sylvain thévoz

22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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www.sylvainthevoz.ch

08/07/2014

Boycotter Israël

10533551_564295353690163_1717698667271781513_n.jpgUne personne, de passage en Israël, avec une volonté de "bien faire" et un humanisme sincère, m’a écrit pour critiquer mon dernier billet «  Israël : visage d’Apartheid », me demandant pourquoi je l’avais publié et me racontant ses deux semaines en Israël avec un passage à Naplouse, l’achat touchant de 50 grammes de safran, l’odeur de la chica et de thé, la contemplation des récits de martyrs sur les murs. Mon billet,  à ses yeux, ne contribuait qu'au flou des faits et des acteurs, par la démonisation d'Israël. J’allais trop loin. Elle me proposait de venir voir sur place et faire un article moins fade. J’essaie donc ici de m'exprimer plus clairement que dans mon premier billet.  

Le mur n’est pas une frontière poreuse

Dans son récit de voyage, elle voulait "rendre la frontière poreuse". Louable vertu des échanges : elle a ainsi pu rencontrer le maire d’une ville palestinienne puis manger avec un ambassadeur américain. Mais cette façon de traverser les conflits en croyant que ses privilèges sont une norme, est fallacieuse. Si elle passe bien, c’est avant tout parce qu’européenne, avec un bon profil. Elle ne dérange rien. Pendant ce temps, les Palestiniens, eux, s'agglutinent aux grilles. Allez leur parler de porosité. Allez voir au checkpoint de Kalandia, aux villages de Kalkilya, à Bil'in à Nil'in, coupés par le mur, aux checkpoints de Bethléem à 6h du matin, ce qu’il en est; et déguster le  "petit déjeuner Israélien" aux gaz lacrymogènes, voir les vieux, malades, sécher sur pieds et les femmes enceintes descendre des ambulances parce qu'elles n'ont pas les documents nécessaires pour passer le contrôle. Le mur n’est pas la même frontière pour tous. Il ne garantit pourtant même pas la sécurité d’Israël (cf. René Backmann : un mur en Palestine, Seuil). De nombreux points laissent passer les travailleurs illégaux nécessaires à l’économie israélienne. Le mur est avant tout un outil de domination sociale et de contrainte; un barrage à la paix et un outil nécessaire à la guerre pour Israël, afin d'engranger des terres.  

10462661_564296097023422_6668086022860635688_n.jpgNous n’en sommes pas encore à la loi du talion

Il n’y a pas d'égalité dans ce conflit, mais un rapport totalement dissymétrique. Nous n’en sommes pas encore à la loi du talion: oeil pour oeil dent pour dent est un rapport lointain. Aujourd’hui, c’est encore : pour une dent de lait : dix de tes yeux et ceux de tes enfants avec. Appliquer une loi, fût-ce celle du talion serait déjà un semblant d'équilibre. Tant que, dans les discours, cette exigence d’égalité ne sera pas atteinte, posée comme préalable ; tant que l’on ne partira pas de là, la situation ne pourra changer.

Equilibrer les rapports de force

Les prémisses égalitaires légitiment la domination d’Israël. Les discours déresponsabilisant Israël comme entité politique, reviennent à lui signer un blanc-seing et l'autorisent de facto à faire comme si la violence tombait du ciel, ou plus facilement: arrivait d'en face. Les logiques victimaire ou de légitimisation de la position de martyre d'Israël survivant "seule contre tous" dans un environnement hostile lui permettent de poursuivre sa stratégie de consolidation de sa domination. Les "frères ennemis" ne sont pas dos à dos, c'est faux. Il y en a un qui est assis sur l'autre et l'écrase. Et quand celui qui est frappé se défend, il est très durement puni, et collectivement, pour l'exemple. Et même quand celui qui est frappé ne frappe pas, il est puni, préventivement. Ainsi, la domination continue.

Celui qui dénonce cet état de fait est rapidement accusé. Au mieux de manichéisme, au pire d'antisémitisme. Pas touche à l'état de domination, garantie de sa perpétuation. Il y a certes de nombreuses ONG et des militant-e-s qui oeuvrent pour la justice en Israël (Breaking the Silence, B'Tselem, La paix maintenant, etc., ), je les soutiens. Ils  font un travail incroyable. Et certaines d'entre elles soutiennent le boycott d'Israël.

 

10456829_564295950356770_5967734490309057967_n.jpgLe deux poids deux mesures et les fallacieuses demandes d’équivalences

Pourquoi, alors que le Hamas a été élu démocratiquement (2006), le blocus de Gaza a-t-il été déclenché, le Hamas diabolisé, et la bande de Gaza régulièrement dronée et bombardée (2008-2009 : Opération plomb durci : 1315 Palestiniens tués dans l'offensive israélienne, dont 410 enfants et plus de 100 femmes, 5285 autres blessés), dans un déni de démocratie?

Depuis le début de la deuxième intifada le 29 septembre 2000 jusqu'au 30 novembre 2008, B'Tselem a dénombré, pour la Bande de Gaza, 2994 Palestiniens tués par les Israéliens, 459 Palestiniens tués par d'autres Palestiniens, et 136 Israéliens tués par les Palestiniens. Alors qu’une troisième intifada et peut-être une intervention israélienne à Gaza est envisagée en Israël, combien de milliers de morts palestiniens à venir encore ? Et pourquoi donc, selon les belles logiques d'équivalences, si le Hamas est sur la liste des organisations terroristes de certains pays occidentaux, Israël ne le serait-elle pas? Parce qu'Israël n'est pas une entité terroriste? Certes. Comment expliquer alors les milliers de morts palestiniens? Et comment nommer la violence qui s'exerce sur eux?

Nier la domination, c'est l'alimenter

On assiste à la claire domination d'un Etat sur un peuple. Des majorités politiques de droite dure et d'extrême droite sont élues en Israël sur une conception d'un Etat religieux ultra militarisé et ethnicisé. Fragmenter les groupes, diluer les responsabilités, individualiser ou psychologiser le conflit: et vas-y que c'est "très compliqué" afin de rendre la situation effectivement illisible, finit par la rendre inextricable. La domination est un fait. La nier, c'est la cautionner, donc la nourrir. Quant à la dénoncer, ce n'est pas démoniser Israël, mais encore soutenir les forces démocratiques dans ce pays.

10351837_564295357023496_2634227026970794277_n.jpgLes modérés n’ont rien obtenu

La rhétorique de soutien aux modérés est dysfonctionnelle. Qu’est-ce que les modérés ont obtenu ? Plus modéré que Mahmoud Abbas, c'est introuvable, et qu’est-ce que Mahmoud Abbas a obtenu ? Des promesses, et Ramallah Dream (cf.Benjamin Barthe). Est-ce que le mur a disparu, est-ce que la colonisation a cessé depuis que le Fatah a déposé les armes et que Abbas a pleinement collaboré avec Israël? Non. Pourquoi? Parce qu'Israël a toujours soutenu à bloc l'extension et le développement des colonies, faisant le choix de la politique de l'étouffement et de la parcellisation de la Palestine. Les modérés existent, mais Israël n'a pas accédé à une seule de leur demande. Pas une. Et la colonisation de se poursuivre à grande échelle.

474466_430380493651347_481954151_o.jpgAgir

Pour conclure, l'Europe doit au plus vite se débarrasser d'un vieux complexe "neutrophile" et engager pleinement ses diplomaties pour freiner Israël. Si elle ne le fait pas, ce sont aux peuples solidaires d'opérer le boycott. Si les peuples ne le font pas, à chacun-e de commencer, immédiatement. Le boycott, est une arme de paix efficace. Il a obtenu de nombreux résultats tangibles (Cf. Sodastream). Israël le définit désormais comme "une menace stratégique".

Suivi largement, le boycott permet d'espérer changer les équilibres internes en Israël ; à tout du moins de retenir les gouvernants de ce pays d'agir comme bon leur semble en toute impunité et violations des droits de l'Homme.

Le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation de la Palestine) est une des dernières options crédibles pour la paix. C'est à ce jour la seule dont nous disposons dans nos supermarchés comme au moment d'acheter nos billets d'avion pour les vacances.

Boycotter l'achat de drones israéliens par  la Suisse

Tout d'abord, Ici, maintenant, faire pression sur le Conseil Fédéral pour qu’il renonce à l’achat de drones israéliens pour 300 à 400 millions -les mêmes qui aident à pointer des cibles sur Gaza actuellement-, mais aussi à l’achat de tout matériel militaire provenant de pays violant le droit international et le droit international humanitaire; demander que le Conseil Fédéral suspende toute collaboration et/ ou achat militaire avec tous les pays du Moyen Orient tant que la situation actuelle en matière de droits humains prévaut.

Produits Israéliens ? Non merci ! Ni drones ni tomates ou basilic, jusqu'à ce qu'Israël respecte le droit international et reconnaisse le droit légitime des Palestiniens à une vie libre.

Ni drones ni tomates, mais la justice maintenant.


Merci de signer la pétition : Non à l'achat de drones israéliens.

https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/non-%C3%A0-l-achat-de-drones-isra%C3%A9liens


Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

06:24 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, palestine, boycott, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |