sylvain thévoz

05/10/2014

Guérilla urbaine à Genève : selfie coûteux de Maudet.

Monsieur Maudet tenait vraiment à sa fête de la police et à faire parader 500 participants, dont 200 policiers sur une partie de la Rive Gauche ce samedi 4 octobre, bien que le défilé ait été contesté, au risque de provoquer des échauffourées. Le Conseiller d'Etat, capitaine à l'armée, pensait peut-être gérer la police dans la ville comme une armée en campagne, avec bataillons et marches au pas. C'est raté. 

Une fête fictive

Au final, il y a de la casse: trois blessés, des voitures brisées, des fumigènes largués sur la place de Plainpalais et des scènes de guérilla urbaine. Tout ça pour quoi en fait? Parce que Monsieur Maudet tenait à faire une jolie communication avec costumes d'époque, fusils ripolinés et chaussures bien cirées alors que les historiens de l’Université de Genève Marco Cicchini, Michel Porret rappellent que cette commémoration est nulle et inutile dans une édition de la Tribune du mois de juin. Le choix de 1814 comme date de naissance de la force de l’ordre est fictif, et sert purement un discours de communication et de propagande politique.

La police plutôt que l'éducation?

On peut comprendre que cela crée des tensions alors que les autres budgets de l'Etat sont réduits au strict minimum et que seul celui de la sécurité augmente. Est-ce que l'on veut vraiment limiter les places de crèches et les rénovations des écoles pour faire des défilés policiers dans les rues ; dépenser de l'argent à jouer au chat et à la souris avec des bougres qui auraient passé l'après-midi à faire autre chose si on ne leur avait pas proposé une si jolie vitrine pour faire de la casse ? Payer pour plus de sécurité, oui. Mais casquer pour une mise en scène de la sécurité; voir même une exhibition de la police créant de l'insécurité? Faudrait voir pour ne pas trop prendre les citoyens pour des abrutis.   

Vendre ses paniers à salades à tous prix

Monsieur Maudet veut sa communication à tout prix. Est-ce parce qu'il recule sur tous ses dossiers? La police, suite à sa grève de l'uniforme de cet été - diable, il voulait ramener la sécurité dans les rues et ne contrôle même plus ses troupes qui se laissent pousser la barbe et choisissent quand il est temps d'enlever leur T-shirt I love New-York ou leurs étoiles de shérif pour repasser le bleu- a fait reporter la réforme SCORE des barèmes salariaux pour les policiers de deux à trois ans. Le procureur Jornot reconnaît que la politique d'incarcération des migrants à tout prix pour infraction à la Loi sur les étrangers, de leur condamnation à des peines fermes est stérile. Il  y a renoncé. Champ-dollon déborde, les gardiens sont à bout. Les policiers vont désormais aller faire signer le référendum contre la nouvelle Loi sur la police voulu par Monsieur Maudet. Rien pour parader avec ça, non, vaudrait peut-être mieux mettre de l'énergie ailleurs que dans les défilés.     

Défiler à tous prix?

Quelle est la réaction de Monsieur Maudet suite au gâchis et aux violences d'une manifestation mal gérée? " La minorité d'individu dans le rejet de la société qui voulaient casser du flic ne sont pas parvenus à empêcher le bon déroulement du défilé et je m'en réjouis". Ben oui, l'important c'était que le défilé de Monsieur Maudet puisse avoir lieu. C'était en fait la seule chose qui comptait. Mais Monsieur Maudet se trompe lorsqu'il pense que ce sont les policiers qui étaient visés par cette manifestation. C'était lui la cible, lui et sa politique tape à l'oeil, racoleuse, le déclencheur de ces débordements, dont les policiers eux-mêmes font les frais.   

Une fête fictive vraiment nécessaire?

Ce défilé de 500 policiers protégés par au moins autant de troupe, avec une débauche de moyens (chiens, camions, policiers en civils) avait pour seul objectif de garantir la communication du chef et dorer son blason. C'est une manière coûteuse de s'occuper de la sécurité à Genève que de créer des occasions de guérilla urbaine en inventant des fêtes commémoratives fictives! Pour conclure, que Monsieur Maudet en rajoute en venant clamer comme un général d'armée le succès de son opération du jour est peu glorieux et sert les arguments de ceux qui voient dans ces défilés une instrumentalisation de la police à des fins politiques et électorales.    

Le 17 octobre journée du bluff?

Pas de raison toutefois que le chef s'arrête pour si peu. Il a déjà annoncé que le 17 octobre prochain (journée mondiale de lutte contre la misère en passant) le Victoria Hall sera réservé pour un concert de la Garde républicaine française en hommage aux pseudo 200 ans de la police genevoise! (Eh oui, il n'y a pas que les petites frappes qui ont droit au violon). Après l'occupation du domaine public, l'occupation du domaine culturel par la police maintenant? Il y aura donc à nouveau quelques centaines de policiers autour et dans le Victoria hall le 17 octobre. Alors que l'ONU et le monde entier placent cette journée sur le plan de la lutte contre la misère, Maudet prend cette date pour célébrer à nouveau la police!  Est-ce parce qu'il est au final plus facile d'occuper le Victoria Hall ou de défiler Place De-Neuve que d'occuper les quais du Seujet ou le jardin Anglais?

A qui appartient la police?

Enfin, puisque le nouveau slogan de Monsieur Maudet est : "la police n'appartient pas aux policiers mais à la population, elle est l'émanation du corps social", prenons-le au mot et recommandons-lui d'arrêter de l'instrumentaliser et de se l'approprier pour sa petite communication personnelle en provoquant d'inutiles tensions.


Références

1814: Naissance de la police genevoise: "c'est de la propagande!"

http://infopolice.ch/wp-content/uploads/200-ans-police.pdf

 

4 octobre: un défilé pour faire briller les boutons 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/deux-faces-defile-reactions-pierre-maudet/story/25636374

Blog de Demir Sönmez sur les échauffourées du 4 octobre

http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/10/05/la-fete-de-la-police-a-ete-celebree-sous-les-bombes-lacrymog-260428.html

Blog de Haykel Ezzeddine 

http://planetephotos.blog.tdg.ch/archive/2014/10/04/scenes-de-guerilla-urbaine-dans-les-rues-de-geneve-260420.html


17 octobre journée mondiale d'élimination de la pauvreté

http://www.un.org/fr/events/povertyday/


Quand le procureur Jornot reconnu (après sa campagne électorale) avoir emprisonné des gens qui n'avaient pas commis de délits autre qu'une infraction à la loi sur les étrangers, et confirma l'inutilité de cette politique. 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Olivier-Jornot-assouplit-sa-politique-criminelle/story/29210901

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24/09/2014

Manifestation contre la police: on casse notre crousille ?

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveUn collectif appelle à manifester samedi 4 octobre contre le défilé historique fêtant les 200 ans de la police genevoise durant lequel 500 participants dont 200 policiers suisses et français sont prévus pour une grande traversée du centre-ville en costume d’époque.[1] Des militants s'offusquent que la police s'auto célèbre. Cette réaction est plutôt compréhensible. La situation à Genève n'est pas bonne concernant la sécurité. On doit donc s'interroger si la priorité de la police doit vraiment être de se payer une opération de communication via un défilé carnavalesque, sans même que la base, les policiers de terrain, soient consultés.

Combien de policiers pour encadrer la police? 

Que le GHI en fasse tout un article et hurle au loup et annonçant des possibles violences contre la police est risible.[2] Non, une Saint-Martin n'est pas à craindre, c'est plutôt un carnaval de mauvais goût dont le citoyen paiera au final le coût qui s'annonce. Combien il y aura-t-il de policiers pour encadrer la manifestation des policiers? Bigre, tous ces policiers rassemblés en même temps! Il faut croire qu'il y a du gras et que les priorités sont étrangement établies dans les états-majors.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveLa caricature: art de la provocation

Bien évidemment, caricaturer un policier avec une tête de cochon est un geste de provocation peu ragoûtant. Cette manière de faire reflète la colère de celles et ceux qui sont pris pour les dindons de la farce. Je regrette, pour ma part, qu'elle désigne l'individu, le policier, qui est avant tout un homme ou une femme au service de la collectivité et du bien commun. C'est à l'institution policière, et surtout à sa direction politique d'essuyer les critiques, pas à l'employé-e de police portant l'uniforme. Que des dérives policières existent, c'est sûr; que des violences policières aient lieu, le fait est notoire. Le site d'infopolice [3] les liste, et met particulièrement l'accent sur les noyades de jeunes hommes fuyant la police dans le Rhône (dernier en date : 13 août 2014). Il faut dénoncer et condamner les politiques policières de chasse au faciès et interroger les politiques qui les fabriquent, pas cibler les policiers qui les supportent.  

Commémorer: mais quoi au fait?

Il est sain que l'acte de fêter le bicentenaire de la police en grandes pompes mette de nombreux citoyen-ne-s en colère alors qu'au quotidien, les politiques extrêmement répressives enferment à tours de bras, limitent la liberté de manifester, d'être dans l'espace public; prônent le harcèlement des pauvres pour des résultats peu probants et une surpopulation de la prison de Champ-Dollon par des personnes en infraction à la loi sur les étrangers n'ayant commis d'autre délit que de ne pas disposer de papiers adéquats.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveCasser la crousille pour de la pub?

Dans un contexte budgétaire difficile, on doit se demander pourquoi les effectifs de police ne cessent d'augmenter, en ville comme au Canton, et pourquoi les prisons sortent maintenant de terre avant les écoles et les musées. Le défilé du 4 octobre fournit quelques clés de réponse. Si derrière chaque policier en action il faut un policier derrière lui pour le surveiller et un autre pour le communiquer : les besoins explosent. Qu'est-ce que cela raconte de la gestion de la sécurité par l'Etat et de son bon usage de la force publique ?

Un défilé coûteux et cochon 

La Parade festive contre le défilé du bicentenaire de la police du 4 octobre 2014 à Genève illustre une seule casse, celle de notre crousille. Les économies des citoyens sont dépensées pour une opération de communication de la police protégée par la police au détriment de la sécurité dans les rues. L'argent dépensé pour la communication : c'est du lard ou du cochon? Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet se lèche les babines. Il vend chèrement son produit police tiré à quatre épingles. Tout cela est bien propret. Et l'addition, bien salée, aussi. 


[1] http://danceagainstpolice.noblogs.org

[2] http://www.ghi.ch/le-journal/geneve/des-activistes-menacent-de-perturber-le-defile-de-la-police 

[3] http://infopolice.ch/bulletin-5/#2

 

 



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