sylvain thévoz

16/03/2016

Aux douves du doute

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A l'homme capturé à quatre heures du matin. A celui que l'on sépare des siens. A celui qui entend: tu n'as rien à voir avec nous. A nous qui ne sommes rien

A la femme qui pleure. A l'enfant qui l'attend. Au chien qui se terre

A la paille. A la craie

 

A celui que l'on pousse dans la rue. Aux principes fondateurs. Aux mots qui ne disent rien. Au pouvoir de nommer. A la fin du capitalisme. Au monde qui vient

A celui qui se perd. A celui qui se place

A la liberté de croire

Au poreux des frontières. Aux murs de verre. A la gaze sur tes jambes

Aux sorties sans retours

 

 

A l'hospitalité reine. Aux frissons dans les reins

Aux vies qui se sauvent. Au bastingage qui tangue. A la corde sans relâche. Aux coudées affranchies. Aux pensées sans histoires. Aux poissons paresseux. Aux pupilles dilatées. Aux ports de détente. Aux attaches qui tiennent. Au khat et au chanvre. A cela qui résiste. Aux points de passages. 

Aux bras dans le dos. Aux gâchettes sous les doigts. Au bandeau sur la tête. A Leila Alaoui. Au sel sur la langue

A l'avion qui se pose. A celui qui s'en va. A la lampe d'Aladin. A la parole donnée. Au bouquet de jasmin. Aux poignées de riz

Au dumping lexical

Au dompteur

Au dompté

A celui qui a froid

Aux douves du doute.

 

A l'enfant qui se trompe de porte. A la femme qui entre. A l'inanité du rien. A celui qui retombe en amour. A l'enfance. A l'amour sans contenant. A l'apport sans limites. Au guetteur qui s'endort. A Hannah Arendt

A celui qui ne baisse pas les bras. Au transparent. A l'éthéré. Aux poèmes de Char. Aux chants de Taizé. A la fidélité des chiens. Aux films de Miyazaki

A la Pâques. Aux compteurs à zéro. Au pardon. Aux fragments.

A l'irruption du don. Aux rêves prémonitoires

Au sol meuble. A la sève sans nom. Au printemps. Aux palissades hautes. Aux murs des prisons. Aux graffitis ducon. Aux becs des pinsons

Aux trous dans les grillages. A Amanuel. A Ayop. A la foi

Aux partis sans leaders. Aux leaders sans armures

A Mirko Locatelli

Aux fragments et au tout

 

au langage du coeur

à l'arrêt

au retour du un

aux douves du doute.

Au visage vu comme la toute première fois.

 

 

 

Photographie : Eric Roset

Hommage à Mirko Locatelli par Yannis Youlountas : http://blogyy.net/2016/03/14/un-compagnon-de-lutte-nous-a...

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www.sylvainthevoz.ch

17:54 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : leila alaoui, mirko locatelli, hannah arendt, char, miyazaki, amanuel, ayop | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/03/2015

Ayop : Victoire du droit et de la mobilisation.

Ayop ne sera pas expulsé par le Canton de Genève. Mis sous pression populaire, associative, et politique, Pierre Maudet a été contraint de reprendre le chemin du droit. Il faut se réjouir de cette victoire des droits humains sur une tentative d'abus d'autorité de la part du magistrat de police, mais faudra-t-il à chaque fois que les associations et toutes les sensibilités politiques de gauche se mobilisent pour faire appliquer un droit qu'un magistrat cherche à court-circuiter?   

Ceci n'est pas une demande de grâce

Exiger de ne pas renvoyer Ayop n'était pas une demande de grâce ni un appel à faveur mais au respect du droit. C'est aujourd'hui une victoire que Maudet revienne au droit, mais on reste inquiet sur le fait que sans une extraordinaire mobilisation et débauche d'énergie, il se serait tout simplement assis dessus.

Pour rappel, Ayop a dû s'opposer jeudi 26 mars à être embarqué manu militari dans un avion. S'il n'avait pas physiquement défendu ses droits, il serait aujourd'hui au large et plus personne ou presque n'en parlerait.

Maudet a cherché à éliminer un témoin gênant. Il doit nous expliquer aujourd'hui comment il pouvait jeudi déporter un être humain et affirmer aujourd'hui avoir "décidé de surseoir à la décision de renvoi, sur la base des éléments du dossier, notamment de sa situation médicale et de son évolution durant le week-end".

Diable, on joue la vie des gens aux dés dans cette république ou quoi?

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile par le Canton. L'incendie des Tattes et la tentative de se débarrasser du témoin Ayop est inquiétante. Il serait faux d'écrire que Monsieur Maudet a écouté la mobilisation des organisations citoyennes. Il est plus juste d'affirmer qu'il a cédé devant elles quand la mobilisation politique, citoyenne, associative est devenue si forte qu'il était trop coûteux pour lui de s'acharner.

Mais pour un Ayop sauvé du renvoi par les cheveux, combien de migrant.e.s dégagés avec des dossiers mal ficelés et le tampon aléatoire de Monsieur Maudet? 


Maudet et l'abus de droit 

Comme le rappelle la Ligue suisse des droits de l'homme dans un communiqué de presse :

Le Canton ne devait pas jeudi exécuter le renvoi car le dossier médical d'Ayop n'avait pas été transmis, en violation avec l'exigence fixée par l'ODM (office fédéral des migrations) à la suite du décès d'un jeune nigérian sur le tarmac de l'aéroport de Kloten.

Le Canton ne devait pas exécuter le renvoi car Ayop s'était constitué partie civile dans le cadre de l'incendie des Tattes; le virer était un déni de droit.

Le Canton ne pouvait se défausser de sa responsabilité en renvoyant Ayop. Il doit réparer le dommage subi par les victimes de l'incendie des Tattes.

Le Canton doit garantir a tout justiciable un droit à un procès équitable, à ce que sa cause soit entendue et traitée équitablement; et garantir le droit à la santé. Ayop a subi des atteintes à son intégrité physique pour sauver sa vie lors de l’incendie. Les séquelles, notamment à la tête, empêchaient tout renvoi, surtout dans les conditions d'un vol spécial.

Tous ces éléments étaient dans les mains de Monsieur Maudet jeudi 26 mars déjà lorsqu'il a essayé de fourrer de force Ayop dans un avion. Rien de nouveau depuis ne s'est ajouté au dossier, si ce n'est une extraordinaire mobilisation associative, citoyenne et politique. Sans celle-ci, Pierre Maudet aurait abusé du droit.


La mobilisation va se poursuivre

Bravo aux associations d'avoir rassemblé largement, à tous ceux et toutes celles qui ont lutté pour ramener Maudet à la raison. C'est une victoire de la mobilisation de celles et ceux qui mettent l'humain et le respect du droit avant la lâcheté et la soumission administrative. C'est donc une petite mais très forte et importante victoire d'étape pour le droit et la République.

Maintenant, de nombreuses questions se posent sur la manière dont Messieurs Maudet et Poggia s'occupent de l'asile, de la police et des renvois. Ce qui s'est passé autour d'Ayop nous invite toutes et tous à redoubler notre engagement et notre attention pour dénoncer les abus de droit du Canton et les dérives autoritaires que s'autorisent des magistrats.      

 

 

Sources:

http://www.lsdh.net (communiqué de presse Ligue suisse des droits de l'Homme)

http://www.stopexclusion.ch




16:31 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ayop, renvoi, tattes, solidarité, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2015

Le Conseil d'Etat cherche à liquider un témoin

Tout serait propre en ordre et bien gardé et dans le meilleur des mondes. Monsieur Maudet a fait voter sa nouvelle loi sur la police, nos politiciens se gargarisent de la tradition humaniste de Genève pendant que tout citoyen de notre ville en est fier.


Expulsez ce témoin que l'on se saurait entendre

Mais derrière cette carte postale d'Epinal d'une Genève humaniste, un jeune homme de 19 ans victime de l'incendie des Tattes, témoin dans cette affaire, se trouve être arrêté jeudi 26 mars sur le chemin de son audience et conduit illico presto à l'aéroport pour y être expulsé.

Ce jeune homme s'appelle Ayop, il est tombé du 3e étage du foyer des Tattes pour échapper à la fumée et a été grièvement blessé à la tête. Il suit des traitements, désormais brutalement interrompus. Si des prévenus sont arrêtés à l'étranger, parfois incarcérés à peine la frontière franchie, ici, en revanche un plaignant est arrêté pour être expulsé alors qu'il se rend au tribunal! Incompréhensible? Pas si l'on prend en compte la raison d'Etat. Ayop est devenu le témoin gênant de son dysfonctionnement et Monsieur Maudet veut faire disparaître les témoins. Le Conseil d'Etat se tait. Anne, Antonio, vous en dites quoi. Vous êtes toujours là ?


Maudet, salaud Sartrien 

Cette volonté de renvoyer Ayop empêcherait de fait la victime de faire valoir ses droits dans une procédure contre l'Etat. Le rapport des pompiers dit clairement qu'aux Tattes :"des problèmes techniques ont été constatés", que les "fenêtres avaient été condamnés par des vis" et "les exutoires de fumées sous-dimensionnés".

Ayop, ce jeudi, a résisté courageusement à son expulsion en refusant de monter dans l'avion. Il est désormais détenu et en attente d'expulsion par vol spécial sous 72h. Le Conseil d'Etat macère toujours dans son silence et se cache derrière le tacite et laconique "la procédure suit son cours". Il joue la montre. Mais dans les faits, le CE accepte de liquider un témoin. La Ville de Genève, elle, a courageusement pris position pour demander au Conseil d'Etat de surseoir à cette expulsion. Mais du CE toujours pas de réponses. On a connu Messieurs Longchamp et Maudet beaucoup plus communicants (sur le footing, le plantage d'arbres, la célébration des centenaires, etc). On les imagine sans peine, planqués tranquilles, personne ne voulant y aller, ni François, ni Pierre, ni Mauro, non, chacun disant à l'autre : à toi, non, à toi, vas-y... Ils regardent au plafond, la machine administrative suit son cours, faisant d'eux rien de moins que des salauds au sens Sartrien du terme. Cette façon de faire rappelle l'affaire Adeline. Toujours fait péter les fusibles, les petits, et s'assurer que l'on est responsable de rien. "Assume ce qui ne t'engage à rien, et si tu dois être tenu pour responsable de quelque chose de plus grand, arrange-toi pour trouver un lampiste". Devise du Conseil d'Etat?

Une baffe pour l'Etat de droit

Comment le Conseil d'Etat a-t-il examiné les conditions concrète de vie pour Ayop en Espagne, ses possibilités d'assister en tant que partie plaignante à la procédure pénale le concernant? Les dernières lois adoptées par les autorités espagnoles sur la migration et toutes les restrictions qu'elles apportent aux libertés fondamentales montrent qu'Ayop ne pourra pas défendre ses droits dans l'affaire qui l'occupe à Genève s'il y est effectivement expulsé. La Genève humaniste, de la Croix Rouge et du blabla qui fait plaisir au moment des apéritif mais pour laquelle on ne lève pas le petit doigt, est ridiculisée.

 

Une pétition disparaît

Pour ajouter au déshonneur du Conseil d'Etat, une pétition munie de 2200 signatures demandant de surseoir à l'expulsion d'Ayop est restée coincée "quelque part" dans les tuyaux de l'Etat". Monsieur Maudet, par l'expulsion précipitée d'un témoin gênant empêche de fait l'audition des pétitionnaires et que le Grand Conseil soit saisie de cette affaire. Le Conseil d'Etat ne peut faire comme si cette pétition n'existait pas et nier les droits politiques de 2200 habitant.e.s. Au déni de justice pour Ayop s'ajoute le déni de démocratie pour les pétitionnaires.

Court-circuitage démocratique

La précipitation louche de Monsieur Maudet ne permet pas un traitement serein d'une affaire pénale. Elle éteint la lumière sur une affaire dans laquelle l'Etat est impliqué. Il ne s'agit pas ici d'un affrontement entre le respect du droit d'un côté et une bande de gauchistes humanistes de l'autre. Il s'agit du Droit même qui est attaqué par une raison d'Etat qui ne veut pas que les cendres de l'incendie des Tattes lui retombe dessus. C'est Ayop, 19 ans, qui en fait les frais. 

Ni demande de grâce ni traitement de faveur


Il ne s'agit pas ici de déposer une demande de grâce ou d'un traitement de faveur, mais du respect du droit et de la responsabilité de l'Etat.

Le Conseil d'Etat doit désormais, comme le demande le collectif opposé à l'expulsion d'Ayop

Renoncer à la détention administrative de cette victime, et qu'elle soit relâchée immédiatement.

Que toutes les expulsions des sinistrés de l'incendie du foyer des Tattes soient suspendues jusqu'à la fin du procès afin d'en garantir le bon déroulement.

Sans réponse claires et une prise de position de la part du Conseil d'Etat qui le sorte de sa posture de salaud sartrien, il faudra prendre acte que le Conseil d'Etat est devenu et assume d'être un liquidateur de témoins.  

Il faudra aussi prendre en compte que Maudet, Longchamp, Poggia &cie qui font le dos rond et se terrent dans le silence ont les mains sales.

 

Sources:

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/03/27/ayop-se-leve-tot-heureusement/

http://www.ville-geneve.ch/espace-presse/communiques-presse/detail-communiques-presse/article/1427450380-conseil-administratif-demande-conseil-etat-suspendre-execution-renvoi-monsieur-ayop-aziz/


Rencontre :

Aux Tattes. Dimanche 29 mars de 12h à 16h. Dans la cour centrale du foyer des Tattes ( 1 chemin de Poussy, Vernier)

 


09:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ayop, tattes, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |