sylvain thévoz

06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

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24/06/2015

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances?

Depuis le lundi 15 juin la Maison des Arts du Grütli est occupée. La Ville de Genève n’a pas choisi cette situation, mais s’est trouvée mise devant l’urgence du fait accompli. Des requérants d’asile, une trentaine, refusant un transfert dans les abris PC, ont investi la maison des Arts du Grütli. Ils sont aujourd'hui plus de 40, ce chiffre pourrait encore augmenter.

 

La Ville a accueilli ces hommes, et entamé un intense travail de recherche de solutions pour que la maison des Arts du Grütli, qui n’est pas un lieu viable  et adapté pour ceux qui s’y sont réfugiés ne soit pas transformé en bunker à ciel ouvert par la faute du Canton.  

 

En tant que résidents de la ville de Genève nous avons pour but commun la poursuite des intérêts de cette dernière et le respect de ses institutions.

Comme socialiste, la recherche du dialogue, le respect du débat politique et la recherche de solutions pragmatiques.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances ?

A un moment toutefois, il ne faut pas hésiter à dire les choses telles qu'elles sont. La gestion par le Conseil d'Etat de cette crise est calamiteuse.

 

D’un côté se trouvent des requérants d’asile, soutenus par des collectifs (Stop bunkers, Solidarité Tattes, collectif sans Retour) qui refusent le fait que l’on loge des êtres humains jusqu’à 6-9-12-18 mois dans des abris de la protection civile en violation de la Constitution Suisse (Article 7 et 12).

Ces revendications sont à ce jour formellement soutenues par le Parti Socialiste, Solidarité, Caritas, CSP, la Ligue Suisse des droits de l'Homme - section Genève-, avec l'appui de la Ville de Genève et celle de Carouge. 

 

La LSDH – Genève s’indigne en outre de l’amateurisme outrageant des autorités responsables qui ont fait preuve non seulement d’un défaut d’humanité dans leur gestion de la situation et le suivi des personnes qui en dépendent directement, mais encore d’une absence totale de planification et d’organisation.

 

L’occupation du Grütli n’est pas un micro événement. Il faut le relier à d’autres, et y réfléchir aussi d’une manière globale. A Lausanne, le collectif R , Stop renvoi, occupe la paroisse de Saint-Laurent depuis des mois. Ces évènement sont des conséquences de la politique restrictive d'asile menées par l'extrême droite au niveau fédéral. Cette politique conduit à une crispation généralisée du système.

 

Un Conseil d'Etat crispé

Face à ces collectifs et partis, il y a un Conseil d’Etat qui se crispe. Pour lui, il n’est pas possible de loger ces requérants ailleurs que dans des abris, pas d’autres solutions que d'être les soldats les plus obéissants de la politique décidée à Berne. C’est le langage de l’impuissance et de la soumission, fruit d’années de négligence dans la gestion de l'asile. Cette ligne rigide du Conseil d’Etat crée inutilement de la violence et de la tension.

 

La Ville de Genève gère l'urgence

La Ville de Genève se retrouve au centre de ce rapport de force entre deux positions en apparence peu conciliable. Bien seule, elle travaille toutefois dignement à dessiner une issue à la crise.

Il faut ici relever les efforts menés depuis plus d'une semaine par le magistrat du Département de la Culture et des sports Sami Kanaan et par la Maire Esther Alder, magistrate du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que du médiateur Monsieur Ueli Leuenberger, qui redoublent d'efforts et d'inventivité.

 

Comment sortir de la crise ?

Monsieur Poggia plutôt que de s’en prendre à Sami Kanaan qui essaie de le sortir un peu de sa torpeur (est-ce là un crime de lèse-majesté ?), de le réveiller un tant soit peu (la sieste au Conseil d’Etat est-elle sacrée ?) devrait effectivement se mettre au travail et proposer des solutions plutôt que de se contenter d'une posture de monarque choqué quand un conseiller administratif questionne sa non-politique et le confronte sur le fait que, depuis 8 jours, la Ville fait front et assume seule une situation héritée de l’inaction du Canton.

J'ai été choqué des lamentos que Monsieur Poggia a poussé quand Monsieur Kanaan l'a interpellé et pressé d'agir.

J'ai été choqué par sa fébrilité. Plutôt que de se sentir attaqué dès qu'il est remis en cause, Monsieur Poggia devrait plutôt arriver avec des propositions et faire preuve d'initiative.

Pour l'instant, la Ville fait le boulot à la place du Canton. Ce n'est pas acceptable. 

 

Rafle, expulsion.. baston?

Lors du Conseil Municipal du lundi 22 et mardi 23 juin, le MCG et le PLR ont voulu voter des résolutions pour faire expulser de force les requérants réfugiés au Grütli.

Après avoir utilisé la police pour  mettre de force des hommes en abri PC, les matraquer hors du Grütli semblerait être une option pour la droite élargie. Mais envoyer la police pour virer les requérants qui occupent actuellement le Grütli n’est pas responsable. Cela fera le jeu des extrémistes, jetant encore plus d’huile sur le feu.

Quand la violence commence, on ne sait pas où elle s’arrête. Quand l’état de droit se transforme en volonté d'abuser de la violence étatique. Il est juste de s’y opposer.  

 

Evacuer de force le Grütli, en voilà une mauvaise idée

Ceux qui préconisent l'évacuation de force du Grütli pensent-ils plus loin que le bout de leur nez?

Comment le boucleront-ils pour éviter une réoccupation ? En le ceinturant de forces de police ? Puis en mettant un cordon de policiers autour de chaque lieu culturel de la Ville ? La réponse de la matraque n'est pas une solution, c'est une fuite en avant.

La droite, en choisissant cette impasse comme option, montre son incapacité à chercher des solutions à cette crise sans cumuler de nouveaux problèmes. 

 

Des issues, il en existe

Les issues à cette situation complexe à la Maison des arts du Grütli, conséquence directe de décennies d’inaction cantonale existent.

Elles sont à trouver par le dialogue, et une implication du Canton. Dialogue entre le Canton et les requérants avant tout, le Canton et la Ville, la Ville et les requérants; entre tous les acteurs en présence. Il n’y a pas d’autre solution viable.

 

Le Canton doit désormais s’impliquer à la recherche de solution, pas seulement à la recherche de sa propre préservation.

Des familles syriennes arrivent. Elles doivent être logées et préservées de la mauvaise gestion de la crise par le Conseil d'Etat.

Le fait que ce Conseil d’Etat trébuche sur le premier écueil n’est pas pour nous rassurer en vue d'un été qui s'annonce chaud.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances? Si ce n'est pas le cas qu'il donne un signe de vie. Qui a entendu Monsieur Longchamp, président du Conseil d'Etat, silencieux depuis plus de 8 jours?

 

François si tu nous entends, donne-nous un signe de vie. On ne se contentera pas d'une carte postale envoyée à la maison des Arts du Grütli, ni en poste restante au fin fond d'un abri pour qui vont y passer l'été

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/monte-ville-geneve-canton/story/21656474

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante

 

 

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, poggia, conseil d'etat, vacances, asile, requérants, négligence | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/06/2015

Papa Poggia et ses patates chaudes

 

Quand le conseiller d'Etat Poggia prend sa plume [1]  pour justifier sa politique en terme d'asile, c'est pour se livrer à un exercice délicat de justification.

A le lire, on se demande quel rôle joue le conseiller d'Etat dans la conduite de solution et de résolution de crise. Il voit, il observe, il accompagne. Jamais il ne parle de sa volonté politique. Jamais il ne prend un rôle de leadership. C'est de la faute aux autres si des solutions ne sont pas trouvées. C'est de la responsabilité de ceux qui s'opposent, ceux qui chicanent. A l'entendre, il n'y aurait pas de problèmes. Pourtant, la politique migratoire est une patate chaude. Quand est-ce qu'elle deviendra une priorité étatique? Poggia ne cesse de souffler sur ses doigts, laisse entendre qu'il n'a pas de pouvoir, et que si on l'a placé là où il est, c'est pour faire état d'une impuissance.

Il a reçu la patate chaude, il fait du mieux qu'il peut avec.

C'est peu, c'est pauvre, c'est insatisfaisant. 

 

 

Auto-satisfaction devant l'échec

 

Poggia semble se satisfaire de l'échec. Il s'en défausse  sur le mouvement Stop bunkers qui, avec toutes ses limites, voire ses excès, a pourtant une vertu certaine que ne lui reconnaît pas Poggia :rendre visible des enjeux depuis trop longtemps glissés sous le tapis.

 

Poggia accuse les associations engagées auprès des migrants de n'avoir pas fait des propositions concrètes. C'est fort de café. C'est comme si l'on vous disait: vous n'avez pas de logement à Genève? Quelles propositions concrètes avez-vous pour construire du logement?

 

Non, ce ne sont pas aux mouvements de tenir la main au gouvernement pour proposer une alternative aux bunkers, même si malgré tout, elles l'ont fait (caserne des Vernets, 28C route de Meyrin, etc.,).

 

 

Poggia n'en peut plus ? Qu'il ouvre le jeu alors

 

Il est trop facile de brandir la force pour faire obéir dans certaines situations et puis invoquer l'impuissance pour mettre au défi les associations de jouer le rôle de l'Etat.

 

On ne gouverne pas en lançant des défis pour voir qui a les plus gros bras.

 

Si vraiment Poggia est à bout de propositions, qu'il invite les associations à travailler avec lui; pour sûr il y aura des solutions qui seront trouvées. Que Poggia ouvre le jeu, montre où sont les locaux vides et les espaces inutilisés. Qu'il en soit assuré, il trouvera alors de l'aide pour en faire quelque chose. Ou alors, s'il veut vraiment démissionner de ses responsabilités, qu'il le fasse réellement ! 

 

 

Une dévalorisation de l'éthique.

 

Opposer de bons migrants et des migrants moins bons comme le fait le Conseiller d'Etat, est dangereux. Dire qu'il est juste que ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC ou qui ont été condamné pénalement doivent subir un sort plus pénible que d'autres, c'est avoir une singulière conception de la justice, et rendre le mot "éthique" bien fade.

 

Ce n'est pas parce qu'une personne est déboutée, doit quitter la Suisse, qu'elle n'a plus droit à un traitement digne. Ce n'est pas parce qu'elle n'est encore jamais allé dans un abri, que sa situation est enviable vis-à-vis d'un autre qui y est depuis des mois. La double peine est un principe que la justice récuse. J'aimerais que le Conseiller d'Etat nous dise comment il va sortir de la logique du tri, de la planification industrielle de l'humain pour évoluer vers une politique conforme avec l'esprit de Genève et les articles de sa Constitution.

 

S'ils sont rentrés un jour sur un territoire qui n'était pas le leur, ces personnes n'ont pas à être considérées comme quantité négligeable ou des criminels, ni à payer pour une gestion politique ayant toujours placé l'asile comme une non-priorité.     

 

 

Papa Poggia distribue ses patates chaudes

 

Justifier la faiblesse d'une politique en arguant du pire et que finalement "ça ne va pas si mal" fait penser à ces repas de famille où l'on te disait:  avale tes patates brûlantes, finis ton assiette et souris, ailleurs il y a des gens qui crèvent la faim.

Papa Poggia montre dans son blog un visage paternaliste et donneur de leçons qui n'a rien à envier à ceux qu'il critique. Ainsi, lorsqu'il s'en prend à la Ville, qui serait en faute d'offrir des abris PC à des sans domiciles lors des grands froids l'hiver, papa Poggia se prend les mains dans sa fourchette. 

 

Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

 

Est-il nécessaire de lui rappeler, concernant l'hébergement en sous-sol par la Ville de Genève, qu'à la différence de la politique qu'il mène, sa durée de résidence est limitée à 3 semaines maximum? Durée maximale que préconise la Commission nationale de la torture.
[2]

Est-il nécessaire de lui rappeler que la Ville est bien seule pour accueillir les grands précaires, et que si
elle est censée le faire de manière subsidiaire au Canton, qu'il nous montre les lieux ouverts par celui-ci pour les sans-domiciles fixes dont il a la responsabilité ! 
 
Est-il nécessaire de lui rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de bienveillance, mais d'article constitutionnels  (article 7 et 12 de la Constitution fédérale) et que s'il est prêt à s'asseoir dessus, ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde!
 
L'incurie du Canton ne peut devenir la norme
 
Ouvrir l'hiver, et même à l'année des structures d'urgence pour parer au plus pressé et accueillir les plus précaires pour 3 semaines maximum, avant de les orienter vers d'autres structures en surface n'est pas ce qui devrait choquer Monsieur Poggia. Qu'il confonde accueil dans le cadre de la politique de l'asile et hébergement des précaires pour se justifier est inquiétant et révèle une confusion. Mélanger les enjeux rendra encore plus difficile l'établissement de solutions. Monsieur Poggia ne devrait pas, avec toute son "éthique" et le rôle qui est le sien, jouer avec cela.
 
Il n'y a pas de solutions est une non-réponse

Que sa politique d'asile soit devenue une politique de l'urgence et de l'enterrement systématique au nom de il n'y a pas de solutions, il n'y a pas d'alternative, et ce depuis des années, c'est cela qu'il faut changer. Monsieur Poggia laisse toutefois entendre que des solutions seront proposées pour 2016. Comme quoi, l'engagement et la lutte paient. Le Conseiller d'Etat laisse entendre que peu à peu il va se bouger. Comme quoi... encore un petit effort Monsieur Poggia, vous allez y arriver.
 
 
La menace du grand incendie
 
Ce n'est pas l'inaction d'années passées qui doit nous conduire à ne rien faire. Justifier une situation actuelle en arguant du passé, et que ceux qui s'indignent aujourd'hui ne se sont pas indignés hier, c'est encore un mauvais argument d'autorité.
 
Terminant son laïus par des menaces d'incendie généralisé, Monsieur Poggia montre que quand on ne parvient à convaincre, on finit par en venir à la menace, ce qui est une preuve de faiblesse et d'impuissance. Et si c'étaient plutôt ses négligences qui créaient souffrance au travail pour les travailleurs de l'Hospice général, maltraitance pour les migrants, et le ras-le-bol de la population ?
 
 
 
Des Assises pour l'asile
 
Plutôt que menacer d'un grand incendie, il est temps que l'Etat rassemble autour de lui les communes, les associations, les communautés religieuses, les élu.e.s, les habitant.e.s de bonne volonté pour donner à sa politique un nouveau souffle et une nouvelle légitimité.
 
Des Assises pour l'asile, et vite, avec des objectifs précis et une communication claire, et moins de vos justifications pâteuses Monsieur Poggia, merci.    

 

 


[1] http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/06/21/stopbunkers-comprendre-avant-de-revendiquer-268192.html

[2] http://mobile2.tdg.ch/articles/11728449

 

 

 

 


 


 



 


 

 

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18/06/2015

Le Conseil d'Etat doit sortir de son abri

La Suisse n'est pas la France. Elle n'a pas son passé colonial, ni sa logique centralisatrice et autoritaire, ce qui la met pour partie à l'abri des tensions qui fragilisent ce pays. Pourquoi alors s'en inspirer dans la gestion de l'asile ? Ce qui se passe à Vintimille, se déroule actuellement à petite échelle à Genève. Par l'inaction du Conseil d'Etat, par son manque de vision dans la gestion de l'asile, et surtout son incapacité à trouver des solutions dignes et viables pour les requérants, le Conseil d'Etat facilite le travail de l'extrême droite dans son identification du migrant, de l'étranger, comme bouc émissaire. 

 

La Ville assume, le Canton demeure inactif 

Depuis 3 jours maintenant, des requérants sont hébergés à la Maison des arts du Grütli. La Ville de Genève a assumé sa responsabilité en hébergeant dans l'urgence la quarantaine de requérants qui, refusant de se rendre dans les abris PC de Carouge, ont échoué devant sa porte. La Ville a ainsi permis que des hommes ne se trouvent pas totalement à la rue. Le Conseil d'Etat, lui, il fait quoi? Rien. Il se terre dans une posture d'inflexibilité, montrant par là sa difficulté à négocier, à sortir de ses zones de confort médiatiques.   

 

La non-gestion de crise du Conseil d'Etat

Le fait que Monsieur Poggia se réfugie dans sa posture du "tout à l'abri" sans véritable recherche de solution alternative est attristant. Le fait qu'il n'y ait pas, depuis des années, de prise en compte sérieuse du manque de logements pour les migrants; que le Conseil d'Etat se soit trop facilement et trop longuement satisfait de la solution de rechange des abris PC, a enclenché une bombe à retardement. Cela nous conduit aujourd'hui à une situation tendue. 

Le mouvement Stop bunker, dans ses excès et sa radicalité est un miroir tendu au Conseil d'Etat. Il en est, en quelque sorte, la production. Lorsque des membres de ce collectif, à bout de souffle et de nerfs, dérapent et s'en prennent aux Tattes à des fonctionnaires qui font leur travail du mieux qu'ils peuvent, gérant des situations de vie complexes, le Conseil d'Etat en porte une part de responsabilité. 

 

Les travailleurs en première ligne

Il faut rendre hommage au travail des fonctionnaires de l'hospice général, qui font face à des déboutés de l'asile, mais aussi des migrants ayant obtenus un permis B  ou C, voire même de nationalité Suisse! qui se trouvent encore et toujours dans des lieux inadaptés, inappropriés, voire dangereux. Leur rendre hommage, et dénoncer la passivité de leur employeur, son manque de courage politique.

Vivre dans un abri est plus digne que la bonhomie de Monsieur Poggia.

Le magistrat de tutelle de l’Hospice général ne peut se laver les mains des conditions de ses employés en répétant comme un général à la retraite : "Genève n'a plus de places d'hébergement", laissant les travailleurs en première ligne et les migrants devant un mur, sans solutions alternatives.

   

Poggia fait l'autruche Maudet se planque, Longchamp est aux fraises

Le Conseil d'Etat, très concrètement, met en danger la vie de ses employés, qui se trouvent pris à parti par des requérants au bout du rouleau. Poggia a été élu pour trouver des solutions, pas laisser pourrir des situations, ni étaler le constat de son impuissance. Vous critiquiez la gauche bisounours messieurs? Vous incarnez désormais la droite de l'impuissance.

Maudet a bourré la prison de Champ-Dollon sans rien changer aux problèmes de fond. Aujourd'hui, le deal prospère plus que jamais à Genève. La politique de la droite dans le domaine de l'asile est un échec. Laisser des hommes désoeuvrés dans des situations de vie misérable en fait des candidats à la criminalité. La cosmétique médiatique a ses limites. Les problèmes sont nombreux. Ce n'est pas en les enfermant dans des abris qu'ils disparaîtront.  

 

A qui profite la crise?

L'extrême droite fait son miel de la faiblesse du Conseil d'Etat. Des membres du site pravda.ch ont tourné une vidéo aux Tattes, manipulant un homme tunisien pour alimenter un site français sympathisant d'extrême droite. Plutôt que de demeurer dans une posture de bon gestionnaire ou d'impuissant total, il est temps que le Conseil d'Etat agisse.

 

 
Le déni ou la force ne résoudront rien  

Le ramadan débute ce jeudi, la fête de la musique aura lieu vendredi, samedi et dimanche. Le centre culturel du Grütli est l'une des scènes importantes de cet évènement.

Le Conseil d'Etat aurait tort de penser que ce qui est en train de se dérouler n'est pas de son ressort et s'en remettre à la Ville. Ni la loi, ni la montre, ni l'opinion publique, ne le lui permettent. La quarantaine de requérants réfugiés au Centre culturel du Grütli demandent à l'Etat des propositions de sortie de crise. Le déni ou la force ne résoudront rien.

Le Conseil d'Etat doit faire ce que sa grandeur narcissique l'empêche encore  : négocier une sortie de crise. 

 

Des solutions existent  

Si Monsieur Poggia est de bonne foi quand il dit chercher des solutions, il doit maintenant faire le nécessaire pour en trouver. Par exemple : la Caserne des Vernets, déserte jusqu'au 15 août, les écoles, les églises, etc., pour loger pour une durée limitée les migrants, afin de nouer un dialogue constructif et faire à nouveau évoluer la situation dans le bon sens. 

Personne ne fait l'éloge des abris sous-terre. Ils sont la moins mauvaise solution possible pour certains, la pire pour d'autres, dans tous les cas une solution insatisfaisante à moyen terme. Quelles solutions trouver alors? Comment rendre les abris PC plus viables? Avec quelles activités accompagner ceux qui y résident? Comment limiter la durée maximale de résidence dans ceux-ci ; que ceux qui ont refusé d'y aller s'y rendent aujourd'hui? Le Conseil d'Etat, face à ces questions, se terre, et invoque toujours la situation d'urgence pour ne rien faire; le manque de moyens... qu'il ne s'est jamais donné.

 

Samedi 20 juin : journée mondiale des réfugiés

Le Conseil d'Etat doit rapidement sortir de son abri et prendre des décisions courageuses. Sinon, la tension ira grandissante. Les petits provocateurs et entrepreneurs de la haine s'en frottent déjà les mains.

Le samedi 20 juin est la journée mondiale des réfugiés. Le gratin mondial sera à Genève, à l'ONU. Grands discours et intervention du Conseil d'Etat en vue.

Pendant ce temps, une cinquantaine de personnes dorment dans un couloir du centre culturel du Grütli à même le sol, sans savoir où ils seront demain... et sans que le Conseil d'Etat montre concrètement qu'il s'en soucie. 

   

 

http://www.journee-mondiale.com/94/journee-mondiale-des-refugies.htm

http://www.un.org/fr/events/refugeeday

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