sylvain thévoz

19/08/2013

Il joue à la roulette russe

24203231.jpgLa dernière affiche de l'UDC genevoise en vue des votations fédérale du 22 septembre sur la suppression de l'obligation de servir a la mérite de faire tomber les masques. Violence pure, volonté extrême de faire le buzz en choquant, le soldat Schwitzguebel joue à nous faire peur en se mettant en scène une arme pointée sur sa tête. Cela fonctionne. Il rend compte à merveille de la morbidité de l'armée et des dangers de celle-ci. Il faut faire de la publicité à cette affiche, elle desserre la cause d'une armée suisse qui soi-disant protégerait sa population et lui donne son vrai visage: une institution armée qui menace ses recrues, et tue, accidents après accidents ceux qui, par l'arbitraire de leur sexe ou de leur nationalité, ont le malheur d'y être engagé. L'armée d'amateurs telle que nous la connaissons menace la population plus qu'elle ne la protège en mettant des milliers d'armes en circulation et en initiant à la guerre. L'UDC illustre combien jouer avec les armes peut rendre agressif ou suicidaire. Si l'armée suisse a pour mission de défendre le pays qu'elle prétend servir, concrètement, elle est surtout une institution qui retourne ses armes contre ceux qui la servent. Et ceux qui la servent, avant de se défendre d'un ennemi, sont surtout prêt à en découdre avec eux-mêmes ou avec leurs proches. Les multiples morts en lien avec l'armée sont illustratifs. L'amateurisme et les armes, ça ne fait pas bon ménage.    

Une expérience à Savatan

Mon expérience personnelle de l'armée : 4 mois à Savatan pour une école de recrue. 1 mort. Un jeune homme plein de vie qui marchait peu et que l'on a sanglé pour forcer à avancer, ce qui l'a tué. Rien appris, rien lu, coûté cher à la société, en matériel, en heures de travail perdues et en veilles inutiles dans des trous creusés dans la montagne, siestes à l'arrière de camions, marches sans but dans la nature. Des milliers de cartouches vidées dans la montagne, parce qu'il fallait bien épuiser des stocks de munition. Des levers à 4h30 du matin pour attendre quoi: - rien. Le mythe de l'école de recrue facteur de mixité nationale c'est du bidon. On était entre romands, et ça ne volait pas haut. Cela n'a pas fait de nous "des hommes" mais des abrutis en groupe passant le visage au cirage des plus fragiles et tondant les cheveux des plus petits ou de ceux qui ne tenaient pas les secouées à l'abricotine du mardi matin. L'uniforme porté par des amateurs rend con. L'uniforme porté par plusieurs cons rend au mieux très très con, au pire: méchant.  

Les obsédés des armes repartaient à la maison le vendredi avec des cartouches volées dans les poches avant d'aller se bourrer la gueule le samedi pour oublier qu'ils devaient revenir le lundi. Mon expérience de l'armée aujourd'hui: des courriers qui me viennent de Berne pour me demander si j'ai bien rendu mon fusil militaire il y a environ 10 ans, car l'armée ne sait plus si je l'ai rendu ou pas. Comme je n'ai pas répondu à une première lettre, un rappel deux mois après m'est parvenu et puis plus rien. Aujourd'hui, non seulement l'armée ne sait pas si j'ai rendu mon arme ou pas, mais en plus, elle se moque de savoir que je lui réponde ou non sur le fait que je la lui ai rendue. Bref, c'est le chaos, et on ne parle pas d'allumettes ou des factures Billag, mais d'un fusil militaire. L'amateurisme semble aussi régner en maître à l'arsenal central.  

Vive l'armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, tant qu'elle n'oblige que les mecs

Vive l'armée de mecs amateurs, garantie tout risque contre tous les terroristes

Vive l'école de recrue, vacances garanties où l'on risque sa vie

Vive la mythologie des armes, ça peut toujours servir à un arrêt de bus

Vive n'importe quelle armée, du moment que l'on en a une

Vive les accords militaires avec des états en guerre. Il y a de l'argent à se faire. L'armée de milice sert à tester à peu de frais notre matériel

Combien de morts chaque année grâce à l'armée suisse? Entre les tombés de camion, les noyés de rafting (5 morts sur la Kander en 2008), les ensevelis sous les coulées de neige (6 morts à la Jungfrau en 2010), les heurtés par les tanks (Bure, 2011, 16 blessés graves) les dégommé-e-s à un arrêt de bus par des recrues (Zurich, 2007, 1 morte), les supprimé-e-s au hasard (Dübendorf 2013, 1 blessé grave, Daillon 2013, 3 morts, 2 blessés gravement par un ancien capitaine de l'armée, Menznau, 3 morts, 7 blessés, Baden, 2007, 1 morts, 4 blessés grave etc., etc ) les personnalités (Corinne Rey-Bellet supprimé à l'arme d'officier en 2006), liste non-exhaustive et qui ne retient pas les nombres importants de suicides à l'arme militaire. Nous sommes tous et toutes, toi, toi, toi et moi, et toi encore, victimes potentielles des petits Schwitzguebel qui jouent avec les armes en les pointant sur eux, sur d'autres, en affiche mondiale ou plus banalement depuis leur fenêtres vers la rue. 

Une obligation de servir très récente

L'instauration du service militaire obligatoire ne date que de 1874.  Les conscrits avaient alors à charge de s'auto-armer. L'Etat disposait alors de moyens limités, il a relancé des mythes comme celui de Guillaume Tell et celui du citoyen-soldat, utiles pour discipliner les citoyen-ne-s. Mais désormais, le pouvoir est suffisamment fort pour ne pas laisser traîner des armes dans la natures et les confier à n'importe qui. 466 morts par arme à feu en Suisse 1998. Il y en avait 221 en 2010. Cette baisse va de pair avec la dimimution des effectifs militaires de 850'000 hommes dans les années 1990 à 180'000 actuellement. Moins il y a de soldats, moins il y a d'armes, moins il y de morts. C'est mathématique. Moins il y a d'amateurs qui peuvent se procurer d'armes, moins on risque sa peau. L'armée suisse telle qu'elle est construite aujourd'hui, avec une obligation de servir anachronique, devient une menace plus qu'une assurance.

A quoi sert une armée de milice? A donner aux petits Breivik en puissance des munitions. L'affiche de l'UDC donne la juste image de l'armée suisse. Armée à laquelle il nous est proposé de retirer rapidement les armes cédées aux citoyens qui les manipulent. Chaque citoyen enrôlé en moins c'est un risque diminué. Le 22 septembre, je vote OUI à la suppression de l'obligation de servir pour assurer un peu plus la paix civile et empêcher tous les petits Schwitzguebel de faire un carton.  

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée suisse, udc, milice, amateurisme, meurtre, 22 septembre | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/08/2013

IN CAQUELON WE TRUST

En préambule de la fin : Au nom de Dieu Tout-Puissant, je souhaite de très beaux feux du 1e août à tous les indiens de la réserve helvète.

On a vu des couscoussières péter, des marmites de bouillabaisses se fissurer, des poëlles à paëlla se briser, mais jamais au grand jamais un caquelon de fondue exploser. Cela pourrait-il arriver? Il y a-t-il un risque?  La réponse est non. Que cela explose, c'est impossible. 

Pourquoi? Parce qu'il n'y en a point comme nous. Le caquelon suisse est blindé, il n'explose jamais. A la limite, il implose, mais on ne va pas en parler ici (ce serait trop long à développer). Les casseroles sont au placard. Les sergents, les caporaux, les capitaines veillent au grain. Notre armée est équipée de caquelons derniers cris. 88% des ménages helvètes en possèdent. C'est plus que les pétards, juste un peu moins que les bagnoles. C'est notre arme d'indigestion massive. Et on est prêt à s'en servir si vous venez nous envahir misérables européens, avides américains à l'oeil torve, islamistes à barbe en bataille. Venez donc nous picorer le pain sur la fourchette, tondre la laine sur le dos, triturer les tétines de nos bonnes vaches à lait, nous vous accueillerons avec nos toblerone de 6e génération et des abricots à vous rompre le ventre. Vous en voulez à nos réserves de fromage, mangeurs de pâtes, de grenouilles de schubligs, de tortillas ou d'hostie? Nous avons des drones fins comme des fourchettes qui patrouillent à la frontière et des caquelons avec radars prêts à l'emploi. 

Notre réduit national est le caquelon. Nous aimons sa généreuse convivialité sélective. Notre armée de milice ne vaut rien si ce n'est jouer aux cartes et faire des balades en montagne, mais nous ferons voler des biscottes suédoises pour 6 milliards, nous en sommes capables! Le caquelon, c'est notre symbole, notre étendard, notre navire amiral, nos Champs-Elysées notre Piazza Grande, notre Coran, notre Bible, notre ouverture à la mer! Indestructible, il est fait pour résister à toute épreuve. Etanche, résistance éprouvée, construit pour une sécurité maximale, fonte à double font, clapet de sécurité avec antidérapant au manche, y'en a pas des comme nous, je vous le dis, rien ne peut nous arriver. Nous sommes assurés à la standard & Poor, c'est dire si ça rigole. IN CAQUELON WE TRUST! On n'aime pas les étrangers mais on n'est pas des cons non plus. Pour tous les expats bien dotés on sort les serviettes. On veut juste sélectionner qui s'invite à notre table. Si tu m'achètes mes villas, je t'offre ma fondue. 

Au caquelon on cuisine une fondue équilibrée, harmonieuse, avec des ingrédients de qualité. Rien d'autre, jamais. Le caquelon c'est pour la fondue. Point, barre. Ta lystéria tes poissons on n'en veut pas, ni tes légumes ni ta semoule. Contrôles sévères, normes d'hygiène maximales, avec une marge de liberté uniquement sur le soupoudrage du poivre. -Tu en mets dedans ou à côté? - A côté je préfère, tu peux y aller. Et pan, droit dans les yeux! Si tu peux tu peux toujours déposer plainte au Conseil de l'Europe. En attendant, finis ton assiette, range tes minarets, estime-toi heureux, c'est la meilleure manière de l'être.

Jamais, quoi qu'il arrive, un caquelon à fondue n'explosera en Suisse. C'est dans nos gènes. C'est comme ça. Nous avons une tradition vivace. IN CAQUELON WE TRUST. La Suisse n'est pas qu'un état policé. Elle porte aussi des valeurs de coeur. 

Tu as faim? Pas de piments, pas d'oignons, tous les risques ont été écartés. Plus d'alcool à brûler, une pâte bleue comme un chewing-gum pour faire flamber. Le kirsch est rationné. Tout est sous contrôle. Le feu sécurisé. Rajoute une louche de maïzena, mieux vaut trop de liant que pas assez. Un mètre de sécurité tout autour. C'est bon, je suis paré pour déguster. Il s'agit de touiller doucement le mélange de gommeux avec une petite pelle en bois de nos forêts -pas en fer, non, surtout pas-. Brasser, faire des huits toujours dans le sens des aiguilles de ta swatch jusqu'à l'obtention d'une belle homogénéité, couleur beurre frais, crème double ou patate fripée. Tiens, couleur d'Ueli Maurer bouilli en plus coloré. Voilà, elle est à point. On peut la manger! Mmmmh. Quand il y a des fils, ils sont toujours blancs, en tout cas pas rouges ou bleutés, on n'est pas dans un James Bond ici ou un péplum hollywoodien. La seule musique que je veux entendre c'est celle du vieux chalet avec le choeur des armaillis. Ta house, ta techno ton ethno et ton rap, tu laisses tomber. Montes dans ta chambre, aujourd'hui c'est la fête nationale, on ne regarde pas la télé.  

Pourquoi jamais un caquelon à fondue n'explosera en Suisse ? 

A) ça ferait chenit

A') ce serait pas joli joli

B) mais que vont penser les gens?  

C) vous en avez de ces idées !

D) Champ-Dollon Mühleberg UBS ou la grande Dixence nous péteront à la gueule bien avant

Pour ceux qui ne digèrent pas le plat national, dangereux gauchistes, méchants révolutionnaires, suspects crachant dans le caquelon tout en y becquetant, il reste une alternative de dingue:  se tailler une raclette. Avec quatre cornichons ça passe toujours très bien.  


08:09 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête nationale, fondue, cornichons, kirch, armée suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |