sylvain thévoz

22/07/2018

Le capitalisme veut ton sourire

Le capitalisme veut ton sourire :

jeune homme courant avec ton tapis sous le bras pour aller au cours de yoga 

trentenaire achetant tes produits bio acheminés en camion depuis la Pologne

famille râlant sur ton vol annulé, continuant chaque été à reprendre la même compagnie d'aviation

féministe refusant la domination masculine et t'épilant méthodiquement, parce que c'est quand même plus joli comme ça

travailleur précaire votant contre l'instauration du salaire minimum.

 

Le capitalisme veut ton sourire:

jeune femme, écouteur sur les oreilles, qui médite sur ton cours de pleine conscience, et traverse tout droit au milieu de la route sans voir les bagnoles

retraité dépassé par l'augmentation de tes primes d'assurance maladie, qui refuse la création d'une caisse publique d'assurance maladie

grand-mère effrayée que les riches partent si on fait sauter les forfaits fiscaux, et qui accepte de payer proportionnellement plus d'impôts qu'eux 

jeune avocat qui veut éradiquer le deal, et achète sa coke à l'étude

boucher qui se tue au travail et vote contre une semaine supplémentaire de vacances pour tous

médecin qui fume deux paquets de clopes par jour et recommande de faire de l'exercice

trentenaire qui trouve que la prostitution c'est mal et se branle sur youporn

étudiant qui refuse de payer 10ct le litre de lait plus cher, et qui bouffe au Mac do

diététicienne qui dit de manger 5 fruits et légumes par jour, quand on a même pas le fric pour aller chez Lidl  

 

Le capitalisme veut ton sourire :

quadra engagé qui trie méthodiquement ses déchets en regardant les camions de la Migros partir à l'incinérateur 

geek qui consomme son information sur Facebook et partage larme à l'œil l'avis mortuaire du Matin sur twitter 

autorité qui pose des bacs à fleur dans l'espace public en interdisant à quiconque d'y mettre un parasol 

autorité qui élargit les routes et interdit les grillades dans l'espace public, parce que cela sent trop mauvais 

vieillards qui râlent comme quoi c'était mieux avant, et continuent à faire que ce soit chaque jour pire

bobos qui aimeraient du silence et gueulent pour que les autres se taisent

décideur politique qui, au nom du respect de l'autre, impose sa loi à tous.

 

Le capitalisme veut ton sourire :

autorité qui invite les gens à se réapproprier l'espace public, puis colle des amendes à ceux qui le font sans autorisation et surtout sans le sponsor qui va avec 

adolescent qui trouve immonde de manger du chat, mais que le cheval ne dérange pas -Un petit lapin c'est si goûtu-

quinqua qui met "indigné" sur son profil facebook, puis retourne regarder le Tour de France après avoir "liké" le Mondial  

bon citoyen qui ne veut pas donner un centime aux mendiants, mais accepte de payer bonbon pour les placer en prison 

polytraumatisé des génuflexions pour qui la religion est encore l'opium du peuple, alors que l'on est passé au crack depuis l'informatique

connard qui dit je ne suis pas raciste, mais…

 

Le capitalisme veut ton sourire:

ingénu qui trouve les pays du sud corrompus et n'est jamais allé à la salle des pas perdus du Palais Fédéral.  

 

Le capitalisme veut le sourire, de tous, tout le temps.

Par des rapports de pouvoir qui sont devenus des habitudes. Par des habitudes de domination et de soumission qui sont devenus des secondes natures.

Par la capacité d'opposer les un.e.s aux autres en tirant structurellement sa manne de l'inaction et des disputes.

Par le nationalisme qui se maquille en folklore typique, par le sexisme qui se travestit en habile commerce. Par le racisme structurel qui se camoufle en distinction narcissique.

Par l'air que tu respires, doux très doux jusqu'à l'asphyxie, pendant que d'autres crèvent la bouche ouverte. Par l'interdiction de la contestation, ou alors seulement sur les T-shirt ou Facebook. 

Le capitalisme veut ton sourire. Par la complicité. Par la férocité de son appétit, par sa facilité à faire de tes désirs ses besoins; et de tes nouveaux besoins ses échanges monétaires.

Le capitalisme veut ton sourire.

Car de ton silence, de ta colère, de tes prières et lectures, il sait qu'il n'aura pas un sou.

 

 

 

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13:06 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme, argent, société, paradoxes, ambivalence | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

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11:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : football, karius, ballon, argent, mondial, people, mass, show-business | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/10/2011

Tu es média-cratie

Tu es média-cratie, tu copies-colles, tu acible.jpegmalgames, tu jettes, dégommes, sers la soupe aux chiens, tu es un chien, tu es une chienne, tu encourages les fuites, colmates, conglomères, agglomères, tout t’est permis, on peut bien se tromper tu dis, tu es pilote, es piloté, pilosité, frissons à rebrousse-poil, tu obéis aux commandes, tu commandes, commandites, tu fais le jeu des extrêmes, tu modères, tempères, temporises, tricotes, détricotes, t’emmêles, tu tisses ta toile, tends tes filets de sécurité, tu es média-cratie.

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20:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, politique, scandale, liberté, argent | |  Facebook |  Imprimer | | |