sylvain thévoz

25/05/2017

Pourquoi Donald Trump a posé un lapin à la basilique de la Nativité

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlL'événement est passé inaperçu dans la presse. En visite officielle en Israël, Donald Trump avait annoncé qu'il visiterait la basilique de la Nativité à Bethléem ce mardi. Au dernier moment, il y a renoncé. Pourquoi ? Parce que des familles de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim (plus de 1000 parmi les 7000 détenus dans les prisons israéliennes) se tiennent sous une tente depuis le début de ce mouvement initié par Marwan Barghouti (17 avril 2017, 39e jour aujourd'hui) à deux pas du parvis de la basilique.[1]  

Les revendications des grévistes sont basiques. Les détenus réclament la fin de la torture, la fin des traitements dégradants et de la négligence médiale. Ils demandent de meilleures conditions de détention, l'abandon de la détention administrative, l'augmentation du nombre de visites (réduites à une par mois depuis un an), l'accès aux soins, à des livres, à des téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec leurs proches. Ils demandent la liberté et la dignité à laquelle ils ont droit.[2]

Les proches de prisonniers dorment sous tente, proche de la basilique de la Nativité. Ils offrent le café à ceux qui viennent les voir, expliquent leur combat et sensibilisent les touristes à la lutte du peuple Palestinien pour le respect de leurs droits.

Donald craignait de les croiser, même de loin, et leur donner une visibilité.

 

Donald Trump, miroir du monde?

Donald Trump visite les pires criminels du temps dans une tournée de l'immonde, mais croiser des familles de prisonniers, des gens comme vous et moi, c'était trop. Il a préféré, lâchement, éviter de le faire, pour maintenir autant que possible la cause palestinienne hors champ, hors caméra, qu'elle demeure silencieuse et cachée.

Trump refuse de soulever le rideau de fer, se faisant collaborateur officiel d'un régime de colonisation. Si nous nous taisions, ou allions en vacances à Tel-Aviv sans rendre compte de l'arrière-boutique, nous lui serions pareils, préférant regarder ailleurs plutôt que là où des hommes ont besoin de notre voix pour relayer la leur.   

 

 

IMG_7223.JPGPour ne pas laisser le monopole de la parole aux lâches et aux violents

Nous sommes allés à la basilique de la Nativité rencontrer et écouter celles et ceux qui se tiennent sous cette tente. Mohamad est devant la photo de son père, qu'il n'a pas vu depuis 11 ans, et dont il est interdit de visite. Son père a été condamné a 24 ans d'emprisonnement, pour un crime qu'il n'a pas commis. Son fils ne l'a plus vu depuis ses 14 ans. Il en a 25 aujourd'hui, et lutte pour la justice, soutenant le mouvement des grévistes de la faim qui entre désormais, au 38e jour, dans une phase critique pour la santé des prisonniers.[3]

Le frère de Marwan a été enfermé depuis 16 ans. Marwan ne l'a jamais revu depuis son kidnapping. Son père et sa mère ont pu lui rendre visite en prison, lui non. C'est parce qu'ils sont vieux, qu'ils peuvent y aller dit-il. Lui est jeune. Alors l'état israélien lui interdit le déplacement. Qui pourrait supporter d'être privé de la visite de ses proches ?

 

Leur domination, leur lâcheté, seraient notre domination, notre lâcheté ?

Sous cette tente, la mère du frère de Mohamad nous offre le thé et le café. Donald Trump a-t-il eu peur de boire ce thé ou ce café ? Pensait-il qu'il était sale, ce café pur de la saleté de l'oppression? 

Le Président voulait donc se rendre au lieu de naissance de l'homme accouché dans une étable, mort crucifié, des mains d'une puissance occupante, sans avoir commis de délits. Quelle ironie. Trump voulait aller dans une église voir les reliques de ce qu'il avait bien vivace sous les yeux. Il a préféré les fermer et poser un lapin à la basilique de la nativité.

 

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlCe n'est pas là où Trump va qui nous intéresse, mais là où il refuse d'aller

Et nous, sommes-nous fidèles au rendez-vous, où posons nous également un lapin à ceux qui nous informent sur leur condition ?

Face à ceux qui bafouent les droits humains, le silence et la neutralité ne sont pas une option. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers. La grève est entré dans une étape critique.[4]

Quelle doit être notre réponse?

Trump a pris son avion pour être reçu au Vatican.

Solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leurs familles.  

 

 

[1]https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hu...

[2]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/greve-generale-en-palestine-pour-soutenir-les-prisonniers-en-greve-de-la-faim_1910612.html

[3]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orien...

[4]http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens...

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17/10/2016

Le Grand Théâtre va dans un champ de mines en chaussons

Le ministre de la culture israélienne Miri Regev a appelé ce dimanche la municipalité de Haifa à annuler le concert d'un rappeur israélien d'origine arabe Tamer Nafar.[1] La municipalité, sous pression, a déplacé le concert du rappeur à une heure tardive. L'annulation du concert est désormais envisagée. Au début du mois, cette même ministre de la culture était sortie d'une salle au moment de la lecture d'un texte du palestinien Mahmoud Darwich[2], l'un des plus grands poètes du XXe siècle, pour marquer sa négation de la voix du poète décédé. Petit rappel encore, en mai 2012, Miri Reguev avait participé à une manifestation anti-immigration appelant les immigrés soudanais un "cancer dans notre corps", avant de s'excuser... auprès des personnes atteinte de cancer pour ses propos! Les artistes et les institutions qui ne respectent pas la culture d'état sont visés par des coupes franches, stigmatisés.[3]

 

Il y a désormais, en israël, une "bonne culture", la culture officielle, politiquement servile ou à tout le moins peu dérangeante, et une autre, à bannir, censurer, qui est chaque jour plus étouffée dans un climat délétère.


Le ballet à la baguette

Ces événements éclairent avec acuité l'urgence du débat lancé par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) Suisse concernant la tournée du ballet du Grand Théâtre Genève (GTG) et du ballet Béjart Lausanne à Tel Aviv.

Que demande BDS au Grand Théâtre Genève par sa lettre ouverte adressée fin septembre à l'institution culturelle[4]? De ne pas danser avec un régime d'Apartheid; que le Grand Théâtre Genève renonce à se produire à Tel Aviv dans l'opéra national (israel opera) financé par l'Etat israélien pour redorer son blason et renforcer sa légitimité internationale.

Le mouvement militant souhaite aussi attirer l'attention des autorités genevoises sur l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d'un régime d'occupation. La colonisation israélienne se poursuit, les droits de l'homme y sont constamment violés et les résolutions de l'ONU toujours pas respectés, alors que l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens reste encore une chimère. 

Dans ces conditions, comment aller danser à l'opéra de Tel Aviv la bouche en coeur, quand 20km plus au sud des gens sont bouclés dans ce qui est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Cela est choquant.

Cette démarche aventureuse de la part du Grand Théâtre Genève mérite des explications. Il me semble important de lire la lettre de BDS[5] et d'appuyer leur démarche.

 

Le Grand Théâtre de Genève pourrait-il répondre?

On peut trouver la démarche de BDS trop radicale. On peut penser que le boycott ne soit pas la meilleure manière de faire avancer une cause. On peut aussi nier l'exemple de l'Afrique du Sud et son régime raciste qui a vacillé lorsque la communauté des états et l'opinion publique l'ont confronté à sa nature non-démocratique. On peut faire fi du fait que le mouvement BDS émerge de 171 associations et organisation non gouvernementales palestiniennes, qu'il est internationalement soutenu. On peut fermer les yeux, ou regarder ailleurs, ou se dire que l'on irait pas en Corée du Nord, mais qu'en Israël oui, pourquoi pas, il n'empêche, la question mérite d'être posée : faut-il aller donner un surplus de légitimité à un état qui se moque de la liberté d'expression, censure les voix qui contestent son hégémonie, et viole le droit international ? 

Sous la culture le cynisme ?

A cette question, un chef d'état répondra certainement d'une manière différente qu'un directeur d'opéra.  Las, le directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, lui, répond dans le Courrier[6] avec pragmatisme et un brin de cynisme qu'il "s’agit d’une collaboration artistique et que le Ballet du Grand Théâtre de Genève a répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel nous entretenons des relations très amicales." A ce jour, le ballet genevois ne semble pas avoir l’intention d’annuler ses dates (du 19 au 22 décembre) avec son très amical partenaire. Pourrait-il toutefois prendre soin de répondre directement à BDS qui l'a interpellé ? Ce serait la moindre des choses pour une entité qui prétend servir le dialogue et la culture. 

L'argument de dire qu'il faut que la culture soit un pont, un lien, et qu'elle doit aller partout est un argument à retenir. Mais il devient naïf ou cynique, si derrière ce mot "culture" se loge une ignorance ou un refus d'assumer dans quel contexte on va se produire, quel pouvoir est servi, et quel sera la récupération dont sa présence se verra affubler. 

La culture rapprocherait les peuples ? Encore faudrait-il qu'elle puisse s'adresser à tous!

Le Ballet Béjart de Lausanne est allé en octobre en israël. Cela n'a empêché en rien la censure du rappeur arabe Tamer Nafar. Si vraiment le Grand Théâtre Genève veut défendre le dialogue et la paix par la culture et la liberté d'expression, pourquoi ne s'engage-t-il pas à aller jouer aussi à Ramallah, ou ne fait-il venir une troupe palestinienne à Genève? Les interdictions de sortie des artistes du territoire palestinien empêchent ces derniers de s'exprimer sur la scène internationale d'une manière récurrente et avec une brutalité implacable ? [7],[8]  Un commentaire là-dessus de la part du Grand Théâtre Genève serait bienvenu.

Tant que le Ballet du Grand Théâtre de Genève -situé de manière temporaire sur la place des Nations, quel symbole !-  n'aura pas répondu à ces questions et proposé en marge de ses spectacles une action, un discours, qui permettent d'honorer la conception de la culture qu'il prétend défendre ainsi que le rayonnement de Genève, nous oserons lui proposer de rester à la maison plutôt que d'aller avec cynisme danser pour d'autres sur un petit air d'apartheid.

Parce qu'un rayonnement qui vise, avec l'aide d'argent public, à faire le jeu d'états ne respectant pas la liberté d'expression, les résolutions de l'ONU et les droits de l'homme, nous n'en voulons pas. Je pense pour ma part que cela dessert Genève sur la scène internationale.

Il y va d'un certain respect de la neutralité suisse, mais aussi d'éviter que les peuples arabes, pour qui le mot Genève évoque d'abord les Conventions de Genève, le CICR et la neutralité, n'en viennent à croire, à cause des tournées hasardeuses du ballet du Grand Théâtre, que celles-ci sont aussi flexibles et serviles que les torsions de jambes des danseurs et danseuses du ballet du Grand Théâtre de Genève. 


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[1]http://www.haaretz.com/israel-news/1.747782

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich

[3]http://www.theatlantic.com/international/archive/2016/10/...

[4]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[5]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[6]http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

[7]http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-artistes-d...

[8]http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/07/18/khaled-j...

 

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15:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grand théâtre, genève, israël, palestine, apartheid, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/07/2014

Israël: visage d'Apartheid

10514581_564295400356825_8529882966906594120_n.jpgIsraël, ton visage d'Apartheid crève les yeux. J'aurai voulu pouvoir prendre un avion pour aller à Tel Aviv, retourner à Jérusalem, voir le tombeau du Christ au Saint-Sépulcre, le Mont des oliviers, et pourquoi pas flâner dans le souk cet été, manger des tomates grillées à l'ail, des aubergines grillées au marché, prendre encore un verre sur une terrasse ombragée de la vieille-ville.

Mais Israël, ton visage d'Apartheid rend impossible le tourisme, de faire comme si de rien n'était en achetant un guide bleu à la librairie de l'aéroport, avant d'aller se baigner au lac de Tibériade. Tu traites tes minorités moins bien que tes chiens; dans ton arrière cour: ratonnades, bastonnades et humiliations quotidiennes. Ta face d'Apartheid est une figure d'épouvante.    

10492247_564296060356759_5378004022016789853_n.jpgVertus curatives de la boue

Israël j'aurai aimé me baigner dans la mer sur salée, tes produits de soin y sont réputés. Ils sont exportés dans le monde entier. Hommes et femmes se mettent sur le visage une crème douce, se gomment des impuretés au sel de la mer morte.

J'aurais pu offrir à mes amis un onguent deadsea : www.premier-deadsea.com c'est de la bonne qualité, pas cher, et puis la boue noire de la mer morte est curative. Elle stimule la circulation sanguine des parties du corps atteintes de rhumatisme. Mais ton visage, Israël, porte désormais un autre reflet. Celui de l'enfant carbonisé avec de la fumée dans les poumons - il était vivant quand il a été consumé-. Grillé vif à 16 ans, parce qu'Arabe, innocent. 

Israël figure de la peur

Ta circulation sanguine Israël transporte de gros caillots pour partie déjà acheminés à la tête : extrémisme religieux et radicalisme colonial, allié à un capitalisme avide, orientent ta politique d'Etat. Ils font de ton visage un visage de séparation et de domination. La rupture d'anévrisme te guette, trop de  botox américain, de chairs étirées, tranchées à vif. 

Le masque se craquelle, malgré tes efforts de normalisation visant à montrer que l'occupation est respectable, la colonisation un facteur nécessaire. Les agences de voyage peuvent toujours continuer d'essayer de vendre de la poudre aux yeux, ta diplomatie du rêve. Jouer à gagner du temps t'en a fait perdre beaucoup. 

 

Israël, Apartheid, Ce que racontent les cendres

Réduire en cendre un gamin de 16 ans, kidnappé alors qu'il attendait le retour de son père aurait pu être porté au crédit de quelques radicaux isolés. Mais quand ceux-ci agissent avec l'appui d'une foule qui, sur les réseaux sociaux, s'encourage au cri de : "mort aux arabes" et que cela a été précédé de manifestations monstres anti-africaines immigrés et arabes au mois de mai; que ta police bastonne à mort le cousin de celui qui a été brûlé vif http://bit.ly/1jVslPS que reste-t-il de ton visage démocrate souriant à tes vis-à-vis occidentaux?

Le peu d'entrain du premier ministre israélien à chercher les tortionnaires de Mohamed abu khdeirs réduit en cendres, et la rétention d'informations par la police, montrent que la justice régresse au profit de la chasse à l'homme; que les lois des milices et l'appartenance ethnique grignotent l'état de droit.

Encore aller à Jérusalem ? 

J'aimerai encore aller à Jérusalem au Museum on the seam, rencontrer Andy Wachowski, les chrétiens arabes de la théologie palestinienne de la libération, serrer les mains de celles et ceux qui ont porté des pancartes en anglais en hébreu en arabe pour dire: "pas de punition collective", "terreur de l'occupation", quand Israël a envoyé ses soldats défoncer les portes des maisons la nuit, arrêter plus de 400 personnes et en tuer 10 autres suite à la disparition dans des circonstances troubles de 3 jeunes colons. Mais j'hésite. Je ne sais pas comment tu me laisseras entrer chez toi Israël, et si tu le fais, comment j'en sortirai.

Crier "touristes" "vive Israël" ou "mort aux arabes" ?

Aujourd'hui Israël, tu portes le visage de l'Apartheid, de l'impunité et de la haine. Je n'aimerais pas te croiser un soir dans une ruelle de Jérusalem après une manifestation ou à un arrêt de bus. Je ne sais pas alors si je devrais crier "touristes", "vive Israël" ou "mort aux arabes" pour te démontrer que je suis "des tiens", pour ne pas être réduit à rien.

israël,apartheid

Voir Israël sans se voiler la face

Mais je ne suis pas "des tiens". Je ne suis pas des tiens, si cela veut dire griller des enfants de 16 ans, être complice de policiers cagoulés kidnappant, bastonnant, enfermant sans aucune forme de procès des innocents. Je ne suis pas des tiens si cela veut dire soutien à un régime d'Apartheid. Je ne suis pas des tiens enfin, si cela signifie rejet de l'autre derrière le mur de la honte, ou dans des camps de réfugiés et tout faire pour que le monde considère cela comme normal et se taise, par culpabilité, gêne ou fatalisme.

Israël, ta politique de l'Apartheid et de la violence te défigurent. Derrière ton visage, je ne sais plus qui t'habite et ce qui t'anime. Ou plutôt: j'en ai peur.   

   

Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement. 



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14/12/2012

L'enfant au pistolet de plastique

Papa regarde plus souvent que d’habitude la télévision. Il dit : ce n’est pas possible qu’ils osent faire cela. Tu vois à l’écran des femmes se prendre les mains dans la tête, et des maisons ouvertes comme des fruits trop mûrs, ou comme si l’on avait donné un coup de pied dans un gâteau d’anniversaire. Papa dit : ils bombardent à nouveau Gaza, comme ça.  Tu es sorti jouer dehors. Avec tes amis, vous faites la course, tu tournes au coin de la rue et tu reviens. La télé est toujours allumée, tu vois des hommes qui lèvent des armes, refusent de se faire traiter et écraser comme des vers. Tu vas chercher dans ton petit placard ton petit pistolet de plastique rouge. C’est décidé, toi aussi, tu vas résister.

30 novembre: Fête à la maison ! Papa et maman chantent, ils tapent des mains, ils disent quelque chose de compliqué qui ressemble à : nous sommes reconnus par l’assemblée des nations unies à New-York comme état observateur non-membre, plus rien ne sera comme avant, notre existence comme pays est acquise aux yeux du monde ! C’est un grand jour. Tu ne comprends pas tout. Ta sœur t’explique : l’assemblée générale des nations unies, c’est comme une cour d’école avec tous les enfants dedans.  Hier, on était dedans mais tout le monde faisait comme si on n’y était pas. Maintenant, les autres enfants nous reconnaissent le droit d’y être et de regarder ce qui s’y passe. Fête à la maison, fête dans la rue, dans toute la ville, on crie et on chante. C’est un moment historique. Mais toi tu dis : regarder, c’est bien, mais c’est quand qu’on pourra y jouer pour vrai dans la cour avec les copains ?

A la télévision, un homme avec une barbe embrasse le sol. Papa dit : c’est Meshaal, en exil depuis plus de 25 ans il revient dans notre pays, la Palestine. Il a tendu la main au Fatah, et le Fatah lui tend la main, les palestiniens marchent unis à nouveau, ça tu comprends bien. Papa sourit, maman aussi, même si elle n’a pas oublié les bombes et les morts des semaines passées. Tu sors jouer au foot avec tes amis. Pas de soldats en vue. Quand ils sont là, c’est plus compliqué, ils confisquent parfois le ballon. Un jour ils ont fait boire leur urine à un copain.  Alors, tu as quand même glissé ton pistolet en plastique rouge dans ta ceinture, au cas où...

La rumeur se répand qu’un des 4700 prisonniers palestiniens en Israël est mort suite à une grève de la faim. Les plus grands du quartier, par rage et dégoût sont allés chercher des pierres, les ont lancées en direction des soldats. Trois arrestations. Personne ne sait quand on les reverra, parfois ça prend des années. Ta sœur pleure. Toi aussi. Ils ont emmené ton copain Marwan. 

Papa dit qu’il n’a pas été payé depuis deux mois. Les taxes perçues par Israël et reversée ensuite à l’Autorité Palestinienne sont bloquées. Un projet de colonisation est réactivé. Ils l’appellent E1. Cela veut dire : ne plus pouvoir traverser la rue, être coupé des voisins et priver à terme notre nouvel état d’accès à sa capitale Jérusalem. Tu enrages. Tu connais bien ça quand tu joues, il y a le gros Rachid qui ne supporte pas que tu le dépasses à la course. Quand tu le fais, il te tape toujours dessus. Là c’est pareil. Le gros David se croit tout permis. Et la décision de l’Organisation des Nations Unies ? Et tous les autres enfants alors, ils disent rien ? Tu sors dans la rue pour crier. C’est pas toujours le plus gros qui va l'eeeeeeemporter et tu fermes tes poings.

12 décembre. Ton père se frotte la moustache. A Bagdad la ligue arabe réunie en conférence signe une déclaration commune en faveur des prisonniers arabes et palestiniens en Israël et promet la création d’un fonds de 100 millions pour l’accompagnement des prisonniers à leur sortie. Ce n’est pas cela qui te rendra Marwan plus vite, la liberté n’a pas de prix. Tu te lèves pour demander à papa une partie des millions. Après tout : murs, barbelés, soldats, toi aussi tu vis dans une prison depuis que tu es né.  

13 décembre Tu sors dans la rue. Tu joues avec tes amis aux résistants et à l’agresseur. Tu cours tout droit et le ciel est franc bleu. Et puis ça crie derrière toi et tu lèves la tête, les bras, et tu vois les soldats. Il y a six ou sept pétards qui éclatent puis tu ne sens plus rien, ni tes bras ni tes jambes, rien, et tu voles. Tu vois Marwan, ta sœur, ta maman à la télé et puis plus rien. Tes petites dents touchent le béton en même temps que ton cœur et tout s’éteint

"Hebron fake gun teenager killed. Israeli troops shot dead a palestinian teenager carrying a fake gun near a holy site in the West bank city of hebron" 

Ta sœur ouvre grand  les yeux sur l’écran de son téléphone avant de crier ton nom et courir dans la rue....  

Hébron, Etat de Palestine occupée, 13.12.2012.

09:22 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, israël, occupation, bds, onu, apartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |