sylvain thévoz

17/11/2015

Le MCG antisémite

Lors de la séance du Conseil Municipal de la Ville de Genève du 10 novembre, le MCG, par le biais d'un de ses conseillers municipal, a tenu les propos suivants :

"(..) au cours de la désormais tristement célèbre Nuit de Cristal du mois d'octobre dernier, des anarchistes et des casseurs se sont livrés à une véritable mise à sac ainsi qu'à des déprédations sur des édifices publics de notre Ville....

Le MCG a donc fait l'amalgame entre la Nuit de Cristal et une manifestation en faveur de l'usine ayant laissé des tags en Ville de Genève.

Cet amalgame, le jour même de l'anniversaire de la Nuit de Cristal qui se déroula, pour rappel, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, où près de deux cents synagogues et lieux de culte furent détruits; où 7 500 commerces et entreprises exploités par des Juifs furent saccagés ; une centaine d'entre eux assassinés, alors que des centaines d'autres se suicidèrent ou moururent des suites de leurs blessures [1], est hideux.

Amalgamer une manifestation qui a dérapé avec un événement qui envoya près de 30 000 juifs en camp de concentration, et dont le pogrom et les déportations qui suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes, constituant une prémice de la Shoah, est immonde. 

Que le MCG choisisse, au jour près, 77 ans après, de comparer une bénigne manifestation à un des pires événements de l'histoire moderne ne peut être le fruit du hasard, mais doit être compris comme un acte antisémite. 

Je remercie la conseillère municipale socialiste Olga Baranova qui a réagi immédiatement à ces propos. 

Le président du conseil municipal, MCG lui aussi, n'a pas bronché, ni le bureau du même conseil municipal, à majorité de droite, cautionnant de fait cet abus de langage. 

Ni journaliste, ni télévision, ni aucun observateur ne l'ont relevé, à ma connaissance.

Personne n'est allé questionner ce conseiller municipal MCG sur son amalgame, sur ce qu'il entendait précisément par là, et s'il se rendait véritablement compte de la profondeur de ses propos.

Je pense qu'il n'y a qu'en Suisse où l'on peut tenir des propos d'une telle violence dans un parlement, sans que personne ne s'en insurge ni même ne s'en étonne.

Le Parti Socialiste, par le biais d'un communiqué aux medias, envoyé le 16 novembre, a tenu à condamner ces propos. 

 

Je pense que quand les mots ne pèsent plus grand chose, que l'on peut les employer à tort et à travers

en toute impunité et sans que plus personne ne les relève

il devient alors envisageable de tuer des gens de même

et que c'est au degré d'impunité, de perversité, et de violence du langage

que l'on peut évaluer la santé d'une société

à tout le moins 

le nombre d'anticorps

résistants au mal

qui la composent.   

 

 

 

 

 

[1] Kurt Pätzold, La « Nuit de Cristal » : les responsables, les victimes et la « majorité silencieuse », in, François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 201.

 

17:23 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuit de cristal, mcg, antisémitisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/04/2015

Poncet Pilate ou le goût de l'antisémitisme

Racisme : à quand la (deuxième) nuit de cristal ? C'est le titre qu'a trouvé Charles Poncet pour signer un billet dans l'Hebdo du 16 avril. Dans celui-ci l'avocat mélange tout ce qu'il peut ramasser pour, pense-t-il, expliquer l'antisémitisme européen. Au final, il favorise surtout son alimentation, par des raccourcis socio-historique et l'instrumentalisation de la Shoah qu'il s'autorise. Utilisant à tort et à travers le terme antisémite Poncet le galvaude et en conséquence, fait du mal au peuple juif.

On ne badine pas avec les génocides

Poncet cite trois vecteurs de l'antisémitisme : les musulmans, les chrétiens et... une certaine gauche ! Le provocateur, loin de s'embarrasser de détails, se fait plaisir en flinguant Carlo Sommaruga, conseiller national, président de la commission de politique extérieure, président du groupe parlementaire Moyen-Orient, lui mettant en tête des idées qui ne sont pas les siennes. Le Suisse Carlo Sommaruga en est (de l’antisémitisme d’une certaine gauche) un exemple des plus poisseux. Admirateur de Marx, il a lu chez son maître à penser que "l’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister". Poncet manie la rhétorique. Malheureusement, il l'utilise à des fins de manipulation et de parade personnelle.    

Poncet projette des génocides

La détestation de la gauche par Poncet, sa rivalité avec Carlo Sommaruga le conduit sur un chemin tordu. "Et s’il fallait pour le résorber (le chancre d'Israël, comme il le nomme) que quelques millions de juifs disparussent à nouveau, M. Sommaruga et ses compères ne s’en émouvraient guère". Pour cette phrase terrible, Poncet devrait être jugé. Parce que prétendre que des adversaires politiques, quand ils ne pensent pas comme lui, seraient indifférents à un génocide, c'est tout bonnement dégueulasse. 


Une amitié lourde à porter

En prétendant que toute critique de la politique menée par l'état d'Israël, et toute dénonciation des violations des droits humains, est de nature antisémite, Poncet se fait un "ami" nocif d'Israël.

Verrouiller toute velléité de discours critique de la politique d'Israël par la Shoah risque d'alimenter la haine. Cette obstruction à la discussion, par un glissement du langage,  fait des abus de droits de l'état israélien un sujet tabou, sacralisé.

En confondant la question politique et la question religieuse liée à Israël, Poncet fait de sa critique de l'antisémitisme une glissade incontrôlée. Confondant gravement l'état d'Israël (ou plutôt les actions de l'état d'Israël avec le peuple juif, il nourrit précisément l'antisémitisme. Car l'état d'Israël n'est pas le tout du peuple juif ; les actions de l'état d'Israël ne sont pas ceux des Juifs. En prétendant que ceux qui les distinguent les amalgament, en les amalgamant lui même, Poncet fait du tort à ce peuple. 

Toutes et tous antisémites?  

Poncet a signé son petit billet incendiaire, instrumentalisant l'antisémitisme pour discréditer ses adversaires. Mais jeter l'anathème pour faire taire la critique est un signe de faiblesse. Et si le mot antisémite peut être lancé au visage du président de la commission de politique extérieure du Conseil National sans raisons, sans fondements et sans preuves, il est à craindre que nous ne soyons tous passibles d'être taxés un jour ou l'autre d'antisémite, et donc, par abus de langage, que plus personne ne le soit.  

La Shoah a tort et à travers

Désignant les musulmans, les chrétiens et une certaine gauche, pour reprendre ses trois "raisons" expliquant l'antisémitisme, Poncet en oublie une quatrième. Ce sont les "amis" d'Israël qui par leur propension à jeter l'anathème d'antisémite à la face de celles et ceux qui critiquent la politique de l'état d'Israël, exhibant l'épouvantail de la Shoah à tort et à travers pour bloquer toute critique, en font un événement historique instrumentalisé, un outil de langage qui le banalise.

Antisémite toi même

Poncet ne semble pas voir qu'avec ses accusations gratuites, il alimente le feu qu'il prétend, d'une manière rhétorique, combattre. Car bien sûr que l'antisémite ce n'est pas lui, c'est toujours l'autre, le Carlo Sommaruga, une certaine gauche, le chrétien traditionnel, le musulman... toujours un autre.

Poncet Pilate a fait son petit billet incendiaire avec la complicité de l'Hebdo. Il a enfermé les autres dans sa rhétorique, y compris les juifs. 

Poncet Pilate a rendu son verdict, il a caressé l'audimat, réglé ses comptes avec une certaine gauche, les chrétiens, les musulmans.

Il va maintenant se laver les mains.


Sources:

http://www.hebdo.ch/hebdo/id%C3%A9es-d%C3%A9bats/detail/racisme-charles-poncet-avocat-antisemitisme#

13:45 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poncet, sommaruga, antisémitisme, israël, politique, hebdo | |  Facebook |  Imprimer | | |