sylvain thévoz

06/01/2014

De l'érotisme sécuritaire

1620719_pic_970x641.jpgEt s'il entrait dans le désir de plus de caméras et de policiers de la gourmandise plus qu'un argument basé sur la peur et la crainte? Et si le moteur n'était pas le tremblement mais la tension du désir, peut-être un peu inavouable, caché, fantasmatique et goulu, de sentir l'exercice de la force, sa puissance. Tentation de la grosse voiture au bonhomme musclé bien matelassé, de son bâton -big stick- revolver qui en impose, ou son "inverse" qui ne fait que le renforcer encore plus : une jolie dame policière, féminine, blonde si possible, sur-féminisée même, car taillée dans l'uniforme de la force, renversant puissamment les représentations tout en les magnifiant.


Cela vous rassure ou cela vous excite? 

Bon, allons un peu plus loin. Vous avez vu, Genève a sa "police de l'extrême" habillée tout de noir avec la cagoule et se postant à l'entrée de véhicules comme devant des dark-room. You want to come in? Leur regard invite à s'approcher. Venez voir ce qui vous est caché. Venez voir qui peut intervenir à tout moment, entrer partout, jaillir de nulle part. Attention, pour voir, faudra payer. Combien au juste le petit plaisir ? On ne sait pas, c'est secret... vous reprendrez bien une coupe de champagne; comptez voir un petit million pour voir... Genève a sa police de l'extrême, mais le Jura aussi (le GITE), Vaud (le DARD ah bon), Fribourg (le GRIF), Neuchâtel (COUGAR, tiens tiens). Comme si cela ne suffisait pas, l'armée ET l'autorité de la police judiciaire fédérale ont aussi leurs crazy horses. Mazette. Cafouillages garantis lors de chaque opération (une fois tous les 5 ans). C'était le cas, par exemple, lors du ratage face au forcené de Bienne en 2010 qui avait pu partir tranquille de chez lui au nez et à la barbe des barbouzes avant d'être arrêté par une... habitante. Chaque canton désire ses Rambos, peu importe le prix à payer. L'addiction est irrépressible, peu importe l'addition. Ils sont si jolis dans leurs costumes tout noirs, avec une cagoule si seyante. De quand date leur dernière intervention? Euhhhh..... à Genève en 2008 pour sécuriser les matchs de l'Eurofoot selon les mauvaises langues, mais bon on ne minaude pas son petit plaisir secret et coquin. Il faut savoir se faire désirer et être prêt à intervenir au cas où, même si on empile les forces spéciales au kilomètre carré, les redouble avec celles des services étrangers lors des visites des dignitaires, c'est si sexy et vertigineux de jouer avec le danger. Heureusement qu'il reste l'aéroport pour s'envoyer en l'air, ça permet de justifier un corps de police en plus. Et hop. Mais on n'est plus dans l'érotisme là, plutôt dans la pornographie dure. Encore un petit million pour faire passer le tout?


1620761_pic_970x641.jpgQui, combien, pour faire quoi?

Alors, pourquoi, au-delà du raisonnable, et du nécessaire, cette appétence pour les moyens de sécurités qui se redoublent ? D'où vient cette obsession sécuritaire, quel en est le puissant levier? Ce n'est visiblement pas pour que l'on aie moins peur, ça non, on a toujours autant les jetons; pourtant les détournements d'avions et les prises d'otage ne sont pas si légion dans nos régions. Alors? Serait-ce que le jouet est si beau à manier, donne du plaisir à certain pendant qu'il en fait fantasmer d'autres? Cela fera toujours de jolies photos à prendre. Et puis c'est quand même plus sexy à montrer que cent vieilles dames a qui l'on aura pu mettre une prothèse de hanche, n'est-ce pas?


Erotisme sécuritaire

Pourquoi cette appétence pour la mise en scène des moyens de surveillance? Cette fascination pour la figure du policier, de la douane, de la cage, de l'enfermement, des menottes et sirènes?  Tout l'art réside dans le voilé, le dévoilé, bref: un érotisme, contenu dans le plaisir de l'exhibitionnisme (se rendre visible) allié à celui de tout voir, de surveiller tout le temps (voyeurisme). Pouvoir tout voir et contrôler, être soumis à tous en même temps. Tu les entends, ils se moquent bien que la NSA les écoute et que les caméras les filment, car celui qui n'a rien à cacher n'a rien à craindre, en effet : puisque son fantasme est de tout montrer. Et ils s'adonnent avec une passion sucrée à se dévoiler sur tous les médias sociaux, danse lascive. Les polices n'ont pas à les cueillir: ils s'offrent. Erotisme de la surveillance : être sur-veillé.     

   

1620711_pic_970x641.jpgFantasme sécuritaire

L'insécurité n'est pas un fantasme, elle est bien réelle; augmentera si ce qui fait le lien entre les humains et détissé. Mais la sécurité est un fantasme quand elle prend la forme d'un érotisme sécuritaire. On met bien un contrôle parental sur les sites de fesses pour les mineurs; des évangélistes américains donnent leur code d'accès à des personnes de confiance pour ne pas chuter. Peut-être faudrait-il de même instaurer un contrôle citoyen pour les députés qui s'échauffent à toujours plus de police au détriment de la santé, de l'éducation, de la culture et du logement, tâches qui les excitent semble-t-il moins. Alors, à quel moment décidera-t-on de les sevrer du peep-show qui les conduit à faire payer toujours plus cher toujours plus de fantasme sécuritaire pour moins de sécurité?



Toutes les polices se nourrissent d'un érotisme sécuritaire. 

Aucune ne nous protège de son fantasme.


 

10:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erotisme, police, peep-show, sécurité, fantasme, pornographie, media sociaux | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/08/2013

Culture et érotisme en ville de Genève

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Ah la belle lune de miel que nous avons passé dans nos musées. Souvenez-vous, les 11 et 12 mai derniers alors que le soleil basculait derrière l'horizon, les genvois-e-s disaient oui aux musées en se passant tendrement la bague aux doigts. Oui à la culture, à l'ouverture de lieux d'ordinaire fermés à la nuit tombée, ouuuuuui, on a crié, beaucoup.

Les petites bagues bleues et roses échangées, c'était glamour, et scellait l'union gratuite et sacrée avec nos vieux musées moelleux qu'il nous faut vite rénover, au risque de ne plus y vivre que des amours platoniques ou surranées. Pendant que nous nous aimions ainsi le temps d'une nuit, en France, le peuple s'étripait sur le mariage gay. De voir voler tout feu tout flamme ces petits cupidons culs nus faisant la nique à Calvin m'a rendu guilleret. J'ai aimé.

Bon, l'after c'était priorité aux familles. Célibataire sans enfant, il valait mieux te rhabiller; là-bas on allait seulement se déhancher avec papy et mamy, promis juré. Les appolons et aphrodites avaient pour sûr bien mieux à faire que de courir derrière des armures ou une exhibition de chauve-souris. Quoique... c'était mal nous connaître, nous sommes venus en grappe y assister. 

Enfin, si Amsterdam a son musée du sexe, Genève aurait désormais sa nuit des musées! Mais non, voyons, cela n'a rien à voir. Vous ne pouvez tout confondre et comparer des pommes et des poires. Certaines mauvaises langues ont affirmé que nous en étions restés au stade des préliminaires; ambiance fleur bleue d'une nuit qui se termine avant même de commencer. Ah, les frustré-e-s, c'est qu'ils la voulaient plus dyonisiaque qu'aphrodisiaque cette soirée. Or, dans le mariage, ce n'est jamais la première nuit qui compte. Tout s'améliore avec le temps. D'abord on prend ses marques, puis la mesure, enfin ses aises. Et puis, premiers émois et vibrations, c'était le printemps, le temps était encore gris et froid. L'été venu, l'amour allait sortir du bois, les corps et la culture fusionner. Avant le premier août, vous alliez voir de quel bois nous nous chauffions. Sur un air de Joe Dassin? Plutôt de Selah Sue, idéalement.

Mais d'où allait venir ce geste dyonisiaque, le buzz érotique de l'été? Du Bain des Pâquis et de ses aubes lascives, des crépuscules orangés du théâtre de l'Orangerie, des nuits surrannées des fêtes de Genève aux lambadas serrées serrées? D'un rythme cubain sur la scène Ella Fitzgerald saturée de sueur ? Faudrait-il attendre jusqu'à la Bâtie? Non, pitié!

Surprise, le geste le plus culotté surgit de nulle part, ou plutôt de la maison Rousseau et de la littérature qui décida ni une ni deux de s'encanailler avec un strip-tease estival devant lequel même Nabokov aurait salivé. La maison invitait sur ses affiches les auteurs à venir faire des galipettes sur le gazon de jeunes nymphes alanguies, buste pointé vers le ciel, puis à venir nous raconter leurs aventures. Qu'est-ce qui inspire les auteurs aujourd'hui ? Mmmmh Plutôt un sourire ou des cheveux négligemment défaits? Allez savoir....

Mais alors, les écrivaines, les autrices, elles n'ont pas droit aux muses, ELLES? Pourtant, cinquante nuances de gris avait ouvert la voie. Et du grille-pain à la baignoire ce n'est pas l'électro-ménager qui manque aux ménagères pour écrire une nouvelle excitante. Qu'est-ce que les autrices se mettent sous la dent avant de créer? Et si on lançait un concours de nouvelles affiches pour que les autrices puissent aussi s'a muser... N'auraient-elles pas aussi droit à leurs jeunes museaux, jolis minois?

Bon, après ce petit coup de chaud, quels enseignements tirer:

1) La nuit des musées, destinée aux familles, avec ses cupidons culs nus qui nous tiraient des flèches en carton n'a pu rivaliser avec la MRL où les auteurs ont batifolé sur des lolitas champêtres à moitié nues à la barbe des autrices

2) La littérature est définitivement plus sexy, excitante que les musées. La force érotique est dans l'imaginaire, bien plus que dans les armures du MAH ou les chauves-souris du MHN. La tendance sera difficile à inverser. A moins que le musée de la Réforme..... 

3) La Culture à Genève carbure au guarana et au gingembre. Pourtant, le musée d'ethnographie est encore fermé. Imaginez une peu l'émeute pour la future expo sur les étuis péniens, l'ethnographie de la chambre à coucher, ça va dépoter... et puis, d'où viendra la prochaine flèche d'Adonis? Des bibliothèques ou du théâtre de Poche?

Culture et érotisme en Ville de Genève, fantastique mélange pour fantasmer. Je crois que je suis en train de tomber amoureux. Enfin. Vivement l'automne... 

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11:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, érotisme, genève, nuit des musées, les auteurs s'a muse, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |