sylvain thévoz

15/05/2015

La corneille est une corneille pour l'Homme

 

 

Alarmant article dans la tribune de Genève. La psychose grandit à Genève.

 

Une personne a été blessée à la tête notamment. Des policiers sont intervenus pour sécuriser les lieux de l'agression. 

 

Celle-ci a eu lieu proche de la gare. Ce n'est pas la première fois que des personnes sont agressées ainsi. Les malfrats étaient à l'abri d'un arbre, laissant passer leurs victimes potentielles avant de fondre dessus. Le motif de l'attaque est difficile à établir. Pas de vol ni revendication à ce jour. Bilan: un crâne écorché, un déploiement de policiers municipaux, une zone sécurisée. Une batterie anti-aérienne a failli être déployée de manière préventive, mais les militaires de la caserne des Vernets étaient en congé. L'enquête suit son cours. Un lien avec les débordements de l'Arve n'est pas exclu. 

 

Selon le journal, les malfrats seraient : devenus agressifs suite à un attroupement de personnes formé autour d'eux. Quelques pandores ont bien essayé de les mettre derrière les barreaux. Las, d'un bond leste, ils étaient loin. Des frontaliers? Soupçonné d'éventrement (sac plastique verts en bordure de parc), éviscerations ( nids, oisillons), kidnapping (écureuils), la bande semble très dangereuse.

 

Les journalistes se perdent en conjoncture : action religieuse un jeudi saint ? émules de l'armée islamique au Levant? Inspiration des clowns agressifs? émanation du gang des panthères roses ? Les raisons de s'angoisser demeurent nombreuses.

La police a toutefois rapidement coupé court aux rumeurs (à défaut de la psychose, qu'elle aime à entretenir). Il s'agit de corneilles, pas de drones...de volatiles à plumes, pas de terroristes voilés. Nous voilà rassurés. Enfin, pas tout à fait..

selon le sondage du jour : 

Les récentes attaques de corneilles sur des animaux et des passants vous inquiètent-elles?

Oui

48.4% !

Non

46.2%

Je n'ai pas d'avis

5.5%
 

L'inquiétude demeure. A raison. Selon une étude américaine, les corneilles sont capables d'identifier des visages humains et se souvenir si l'un d'entre eux représente une menace. Elles seraient même capable d'enseigner aux autres membres de leur groupe à reconnaître ces visages dit « dangereux ».

Cette agression était-elle préméditée? La victime avait-elle mangé une pintade, du poulet? Les oiseaux sont-ils rancuniers? (un sondage! un sondage ! ) Et si les bêtes avaient décidés de prendre leur revanche? Déjà que les renardeaux fouillent nos poubelles, que les abeilles font leur nid n'importe où, que les moustiques piquent... à quand une morsure de brochet pour enflammer la rade?

Et si Hitchcock avaient vu juste; si des tarentules géantes débarquaient, des insectes mutaient, si les chiens, même muselés, recommençaient à mordre ? Le monde est hostile, ça craint. La rubrique des chiens écrasés doit être rebaptisée d'urgence Corneilles agressives pour mieux le refléter. 

 

Comme dit Pierre, émule de la bande : à raconter ses maux, souvent on les soulage.

 

On attend maintenant un communiqué de presse des amis des bêtes:
Nous déplorons que le terme agression ait été employé quand une corneille, au printemps, protège son nid et éloigne, comme elle le fait depuis la nuit des temps celles et ceux qui s'en approchent de trop près. Les citadins devraient se rappeler qu'ils ne vivent pas en vase clos avec leur iphone et leur bouffe lyophilisée, mais qu'ils sont des bêtes parmi d'autres dans un écosystème à partager.       


Morale de l'histoire :

Si l'on prétend que l'Homme est un loup pour l'Homme, il demeure finalement surtout une brute, petite chose fragile et agressive soumise à l'angoisse.

La corneille, elle, reste une corneille pour l'Homme, bien moins bête finalement que nous, bipèdes à iphone. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-corneilles-attaquent-des-passants-pres-de-la-gare/story/12471217

 

11:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : corneilles, menace, angoisse, psychose | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/05/2015

Abou et les vacances d'été

575459999.jpgOn lui a répété de ne pas bouger, pas respirer, pas crier. Quoi qu’il arrive il n’aurait pas moufté.Une fois dans la valise, Abou a pensé qu’il allait passer les douanes tout droit… pas qu’il pouvait crever.  

Il s’est dit : tout plutôt que les touristes adipeux et arrogants, les touristes qui parlent fort et se foutent de nos gueules quand on prie puis s’angoissent au moment de s’en aller, de peur de rater leur vol.

Il serait mort sans un bruit Abou. Il était préparé à cela. Il s’est mordu les lèvres. Il était disposé à disparaître dans son petit cercueil de cuir de 80 sur 80 cm. On aurait pu le mettre direct à la poubelle ensuite, comme s’il n’avait jamais existé. Avec un peu de terre dessus, et bye bye: bon voyage. 

 

Le cousin Omar, Khalid le fils du voisin sont partis au nord et on ne les a plus revu. Un dans la mer, un en Libye. Pour rien.

Avant, la Suisse prenait des demandes d'asile à l'ambassade. On faisait la queue mais on avait cette espérance. Maintenant c'est fini, ce n'est plus possible. Une votation populaire a tout changé. Il faut traverser pour espérer. Risquer sa peau. Encore.  

 

Les douaniers ont envie de rire subitement. Abou: petit con, comment pensait-il passer ainsi, se jouer d’eux d’une manière aussi naïve ?

Les grands frères d'Abou courent vers la barrière et se jettent dessus pour l’escalader, un et deux et dix, individuellement, puis par groupes, ça c'est du sport.

La plupart sont pris, certains passent. La masse l’emportera toujours sur les drones. Les douaniers pensent au début : les cons, nous avons des tasers, des gaz lacrymogènes, des menottes. Mais impossible d’arrêter une armée de pauvres. Une colonne de désespérés, tu ne la stoppes pas.

— La Méditerranée sera comblée par nos corps. Nos petits frères nous marcheront dessus s’il le faut- disent ceux qui embarquent sur les rafiots, les péniches, s’accrochent aux bidons. Plus rien à perdre. 

Les caravanes sont ciblées dans le désert. Ici, on te tire comme un chien. Seule issue, la mer, la fuite vers le Nord sans voie de retour possible. La mer ou la mort et peut-être les deux. Mieux vaut encore crever dans la mer que d’une balle dans la tête - disent ceux qui n'ont plus de choix-  

Les douaniers rêvent de vacances à Helsinki ou Berlin. Là où la frontière est loin, où il fait frais et gris, où rien n’est sec ni salé. Tiens, pourquoi pas Genève, capitale des droits de l’homme, où l’on ne voit pas toute cette merde des gamins asphyxiés dans des valises, dans les soutes des cargos, où les gens se piétinent pour entrer ou sortir. Découvrir une session des Nations unies, le musée de la Croix-Rouge, participer à un colloque de formation continue sur les droits de l'Homme, contempler enfin une guerre à distance. Et puis : un petit crochet par l’exposition universelle à Milan... ça dépendra du petit futé ou du guide du Routard.

 

En attendant les vacances, ici ça pousse encore et ça transpire. Sous les bâches des camions, dans les double fond des coffres, attachés sur des rafiots afin qu’en cas de panique le navire ne chavire pas. Dans les pirogues de fortune, sur des radeaux de planches mal assemblées, dans les trains d’atterrissage des avions, ça s'entasse.

Abou senior, Abou junior, Abou fœtus dans un container, un bidon, un camion frigorifique, dans un carton de banane, une carcasse de bête, sous le poisson, les crevettes, entre les arêtes, faut que ça entre Abou, ça doit entrer, ça doit passer Abou, et sinon tu essaieras à nouveau.

Et toi, tes vacances cet été ? D'abord prévoir. Ne pas oublier de refaire le passeport. Expiration anticipée. Puis, devant la valise, être sans pitié. Ne pas prendre trop de vêtements, juste l’essentiel. Crème solaire, quelques vêtements de rechange, une paire de tongs, de sandales, c'est bien. On voyage mieux léger.

Peut-être une petite laine quand même, au cas où… les soirées à la mer peuvent être fraîches. Le reste : acheter sur place, c’est bien de faire fonctionner l’économie locale. Eviter les pays instables, choisir la sécurité. Renoncer aux pays trop pauvres, trop musulmans, c’est déprimant.

Toujours rester du bon côté du mur, même loin de chez soi, éviter le ramadan, pas sexy. De la musique dans l’ipod, we are the world, c’est touchant. C’est bien, c'est certain. Nous sommes l’universel, des citoyen-ne-s du monde, pas des douaniers des passeurs, des morts-la-faim, des mendiants. Nous sommes des voyageurs, des explorateurs. Alors: pas besoin d’une valise trop grande, une petite de 80 sur 80 suffira pour les livres et les fringues.

Et si vraiment on a besoin d'une valise, on en achètera une nouvelle en route.

Il y en a plein sur les marchés pour pas cher. C’est parfait pour y ranger les bibelots du souk, les cadeaux-souvenirs. De la valise, on prendra soin de négocier le prix. On est pas des pigeons.  

Faudra pas oublier de négocier sec avec le petit Abou qui voudra la vendre.

 

 

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/bd62a8c6-c2f6-11e2-b4cc-25ebe225791f/Ce_que_la_suppression_de_lasile_dans_les_ambassades_va_changer

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/05/12/l-ordinaire-de-la-brutalite-policiere-contre-les-migrants-filme-a-calais_4631949_1654200.html

http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311

 

 

12:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrations, suisse, europe, vacances, été | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/05/2015

Abou dans la valise

Sylvain-1.jpgIl a 8 ans, il est ivoirien, il est pressé dans une valise pour passer la frontière.

La femme qui le transporte, elle a 19 ans. Quand elle arrive au poste de frontière de Ceuta elle regarde à droite et à gauche. Elle semble nerveuse.

Elle ne veut pas mettre la valise sur le tapis du scanner. Cela rend les douaniers suspicieux. (Toute la journée ils scrutent, on ne la leur fait pas).

Ils pensent qu’elle transporte de la drogue. Ils l’arrêtent. Ils ouvrent la valise. Peut-être qu’ils sourient un peu, je ne sais pas. Dedans, il y a un jeune gamin, les genoux repliés sous le menton. Il a très chaud ou très froid, ou alors il a peur. En tous les cas, il grelotte.

Il a soif. Il dit : je m’appelle Abou. Il le dit en français, c’est tout. Il ne connaît pas la femme qui le transporte. Il ne connaît pas les visages qui le scrutent. Il ne sait pas lire. Il ne connaît rien de la Bible, du Coran à peine quelques bribes. La religion c’est du vent.

Il connaît le foot, Messi et Tevez. Abou a grandi aux sabots des chameaux. Il a bu l’eau trouble des gourdes de peau. Il répète que son père est en Espagne. Il ne sait pas où. C’est un chiot du désert, un enfant nourri au sable, au lait, aux dates, aux tablettes de chocolat Herschey’s et cannettes d’Isostar; les touristes les abandonnent avec leurs restes, après avoir tripé dans le désert pour se reconnecter spirituellement dans l’immensité du rien.

Les blondes américaines – doubles graisses – parlent fort et suintent sous le soleil. Elles le prennent en photo, lui laissent encore et encore des plaques de chocolat et des marshmallows. Le chocolat, il connaît bien, il aime ça. Elles viennent, elles twittent, elles sourient, elles aiment les couchers de soleil, puis repartent.

Il a 8 ans, il reste là. Il fait partie du décor.

Il les entend dire, les grosses : citoyenne du monde citizen of the world i am je suis, se prendre en photo, selfie bras dessus bras dessous, et chanter presque we are the world avec un regard mièvre bombé de bonté et de charité sur lui.

Elles se prennent pour Madonna, Mère Teresa, Lady Gaga, elles s’ouvrent les chakras au forceps avec leur road-trip sous les étoiles, avec du sable et du sable encore, partout.

Pendant ce temps, les chameliers bavent. Ses oncles ont envie de sauter sur les blondes. Ils s’agrippent à leur corde usée. Mains calleuses sur les selles, autour du cou des animaux, serrent les licous comme la laine.

Il voit les blondes se dandiner sur les dunes de sable. Il a eu peur qu’elles l’adoptent.

Il préfère la valise en cuir usé de 80 cm sur 80 cm et passer sous les radars, dans les scanners, risquer sa peau en soute, que d’être adopté par la grosse qui l’envisage piteusement comme un affamé de Somalie ou d’Erythrée.

Il préfère voyager clandestin que finir dans une banlieue du New-Hampshire ou de Malibu.

C’est fini l’époque de l’esclavagisme. Il s’appelle Abou, joueur de football en devenir et son père l'attend en Europe de l'autre côté de la mer.

Qui l’a mis au monde, qui l’a fourré dans cette valise?

Qui, au péril de sa vie, a voulu le sauver ?

Qui l’a abandonné, Moïse du 21e siècle dans les mains d’une passeuse post-adolescente complètement larguée ?

Qui l’a bouclé là-dedans, sans trou de respiration, sans vivres, parmi les vêtements épars, l’a laissé se faire embarquer par une main fragile, tremblante au moment de passer des portiques, portails, dispositifs de sécurité, casquettes des douaniers, détecteurs thermiques, caméras, chiens, scanners, détecteurs de métaux, de faux papiers, empreintes digitales, passeports biométriques ?

Qui l’a bourré là-dedans et pensé que c’était : LA MOINS MAUVAISE SOLUTION POSSIBLE ?

Il voulait juste une main ferme bien serrée pour l’aider à traverser la route et aller à l’école. Une main bien posée sur la sienne, ou sur sa tête pour la caresser, rien de plus.


Sylvain-1.jpgIl ne voulait pas la valise Abou. 

Il voulait l'école, le football, et écrire.



 

 


http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html


http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311






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02/05/2015

Abstentionniste un jour, abstentionniste toujours?

Abstentionniste, le 10 mai on vote pour élire le conseil administratif de la Ville de Genève ainsi qu'à Carouge, Onex, Bernex, Chêne-Bourg, etc., Peut-être que tu ne le sais pas, peut-être que tu t’en fous, ou que tu y songes un peu quand même, mais de là à aller voter… au final, tu oublieras?

Tu penses voter… puis tu oublies. Parce que c’est compliqué, parce que tu ne sais pas comment faire, ou finalement: à quoi bon ? Tous pareils, tous pourris, on connaît la chanson. C'est vrai c'est beaucoup plus simple de tout foutre à la poubelle. Pour sûr ainsi ton quotidien ne changera pas.

Abstentionniste, tu me fais penser aux bougons qui disent : à quoi bon voyager tout est partout pareil ou : pourquoi aimer, la passion c'est le début d'une rupture; enfin à quoi bon vivre, puisque l'on va mourir, se lever le matin, il faudra se coucher le soir.


Vote et fais-le savoir

En Ville de Genève, un budget annuel de plus d’un milliard est en jeu. Il est à toi, il t’est offert, tu veux en faire quoi? Quel est ton choix, qui le portera ? Tu vas dire que tu n’as pas le temps d’aller le réclamer, que tu t’en fous. Et en laisser l’usage à d’autres... à n'importe qui, vraiment ? Tu t'abstiens de voter, mais pas de payer tes impôts. Faut vraiment être con. C’est vrai, on se passe très bien de toi. Tu peux continuer de subir les décisions que d’autres prennent pour toi. Les 35% de votants suffisent à légitimer la roue démocratique. Et toi, tu gicles.

Abstentionniste, tu as choisi ton camp: celui de l'évaporation. Dommage. Le pouvoir politique n'est pas si dur (à quoi bon voter, ils décident de toute façon pour nous) ou si mou (ils ne peuvent rien faire, le pouvoir c'est l'économique). Il est ductile (un vrai pouvoir d'action soumis à influences). Il est puissant et fragile à la fois, malléable. Bref: influençable. Mais pour agir sur lui, abstentionniste, il faut que tu l'ouvres et mettes la pression; par ta voix fasse sentir que tu es là, présent. Vote, fais-le savoir. Vote, rends-les redevables de ton acte. Tu verras le pouvoir que tu as. Et les choses changeront, mais il faut faire le suivi après vote aussi....


Sous le minimum démocratique vital

Avec 35% de votant le pouvoir politique est aujourd'hui offert au rabais, sous le minimum démocratique vital. En quoi ceux qui le reçoivent devraient-ils se sentir redevables de ce que leur donne un minorité alors que la grande majorité s'en fout, signe un chèque en blanc à l'aveugle.

Franchement, un pouvoir bradé laisse trop de marge de manoeuvre à ceux qui le ramassent par terre. Face à un peuple qui démissionne en masse : comment ne pas avoir des politicien.ne.s transparent.e.s?  

Abstentionniste, si tu t'en fous à ce point, ne t'étonne pas que l'on décide pour toi et en ton nom. Ta légitimité à gueuler s'effiloche du moment que tu ne te soucies plus de choisir, t'engager.

Tu prends 2 heures par jour pour le soin de ton corps et tes habits et pas 5 mn pour ta démocratie. Abstentionniste, le pouvoir est une relation, une tension, une dialectique. Si toi tu te disparais, c'est fini, il reste un pouvoir qui traîne par terre pour le premier venu ou le premier bonimenteur qui passe.  

Vie, amour, politique : même combat

Abstentionniste, prends mon coup de gueule pour un coup de foudre. La vie, l'amour, la politique: même combat. Ton oui est riche de pressions, de possibles, d’impulsions. Tu trouveras toujours les numéros de téléphone de tes élu.e.s dans l’annuaire. En votant, durant 5 ans tu pourras les secouer, les contredire, avoir un pouvoir sur leur pouvoir. Ce pouvoir est à toi, tu l'as, toute l'année, même quand tu le délègues... tant que tu n'y renonces pas. 

Abstentionniste un jour, Abstentionniste toujours?

Je ne crois pas.

Abstentionniste un soir, électeur un matin...

Si tu veux bien.

09:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève élections municipales, absention | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/04/2015

Poncet Pilate ou le goût de l'antisémitisme

Racisme : à quand la (deuxième) nuit de cristal ? C'est le titre qu'a trouvé Charles Poncet pour signer un billet dans l'Hebdo du 16 avril. Dans celui-ci l'avocat mélange tout ce qu'il peut ramasser pour, pense-t-il, expliquer l'antisémitisme européen. Au final, il favorise surtout son alimentation, par des raccourcis socio-historique et l'instrumentalisation de la Shoah qu'il s'autorise. Utilisant à tort et à travers le terme antisémite Poncet le galvaude et en conséquence, fait du mal au peuple juif.

On ne badine pas avec les génocides

Poncet cite trois vecteurs de l'antisémitisme : les musulmans, les chrétiens et... une certaine gauche ! Le provocateur, loin de s'embarrasser de détails, se fait plaisir en flinguant Carlo Sommaruga, conseiller national, président de la commission de politique extérieure, président du groupe parlementaire Moyen-Orient, lui mettant en tête des idées qui ne sont pas les siennes. Le Suisse Carlo Sommaruga en est (de l’antisémitisme d’une certaine gauche) un exemple des plus poisseux. Admirateur de Marx, il a lu chez son maître à penser que "l’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister". Poncet manie la rhétorique. Malheureusement, il l'utilise à des fins de manipulation et de parade personnelle.    

Poncet projette des génocides

La détestation de la gauche par Poncet, sa rivalité avec Carlo Sommaruga le conduit sur un chemin tordu. "Et s’il fallait pour le résorber (le chancre d'Israël, comme il le nomme) que quelques millions de juifs disparussent à nouveau, M. Sommaruga et ses compères ne s’en émouvraient guère". Pour cette phrase terrible, Poncet devrait être jugé. Parce que prétendre que des adversaires politiques, quand ils ne pensent pas comme lui, seraient indifférents à un génocide, c'est tout bonnement dégueulasse. 


Une amitié lourde à porter

En prétendant que toute critique de la politique menée par l'état d'Israël, et toute dénonciation des violations des droits humains, est de nature antisémite, Poncet se fait un "ami" nocif d'Israël.

Verrouiller toute velléité de discours critique de la politique d'Israël par la Shoah risque d'alimenter la haine. Cette obstruction à la discussion, par un glissement du langage,  fait des abus de droits de l'état israélien un sujet tabou, sacralisé.

En confondant la question politique et la question religieuse liée à Israël, Poncet fait de sa critique de l'antisémitisme une glissade incontrôlée. Confondant gravement l'état d'Israël (ou plutôt les actions de l'état d'Israël avec le peuple juif, il nourrit précisément l'antisémitisme. Car l'état d'Israël n'est pas le tout du peuple juif ; les actions de l'état d'Israël ne sont pas ceux des Juifs. En prétendant que ceux qui les distinguent les amalgament, en les amalgamant lui même, Poncet fait du tort à ce peuple. 

Toutes et tous antisémites?  

Poncet a signé son petit billet incendiaire, instrumentalisant l'antisémitisme pour discréditer ses adversaires. Mais jeter l'anathème pour faire taire la critique est un signe de faiblesse. Et si le mot antisémite peut être lancé au visage du président de la commission de politique extérieure du Conseil National sans raisons, sans fondements et sans preuves, il est à craindre que nous ne soyons tous passibles d'être taxés un jour ou l'autre d'antisémite, et donc, par abus de langage, que plus personne ne le soit.  

La Shoah a tort et à travers

Désignant les musulmans, les chrétiens et une certaine gauche, pour reprendre ses trois "raisons" expliquant l'antisémitisme, Poncet en oublie une quatrième. Ce sont les "amis" d'Israël qui par leur propension à jeter l'anathème d'antisémite à la face de celles et ceux qui critiquent la politique de l'état d'Israël, exhibant l'épouvantail de la Shoah à tort et à travers pour bloquer toute critique, en font un événement historique instrumentalisé, un outil de langage qui le banalise.

Antisémite toi même

Poncet ne semble pas voir qu'avec ses accusations gratuites, il alimente le feu qu'il prétend, d'une manière rhétorique, combattre. Car bien sûr que l'antisémite ce n'est pas lui, c'est toujours l'autre, le Carlo Sommaruga, une certaine gauche, le chrétien traditionnel, le musulman... toujours un autre.

Poncet Pilate a fait son petit billet incendiaire avec la complicité de l'Hebdo. Il a enfermé les autres dans sa rhétorique, y compris les juifs. 

Poncet Pilate a rendu son verdict, il a caressé l'audimat, réglé ses comptes avec une certaine gauche, les chrétiens, les musulmans.

Il va maintenant se laver les mains.


Sources:

http://www.hebdo.ch/hebdo/id%C3%A9es-d%C3%A9bats/detail/racisme-charles-poncet-avocat-antisemitisme#

13:45 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poncet, sommaruga, antisémitisme, israël, politique, hebdo | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/04/2015

Voulez-vous gagner 6 milliards?

En Ville de Genève, ce dimanche, le budget de 5 années est en jeu. Au bas mot : 6 milliards. Tout l'avenir des service sociaux, du logement, de la culture, de la police, du sport, du soutien aux associations, des écoles, de l'aménagement urbain, des parcs, des places de jeu, des pompiers, des terrains de jeux, des nouvelles constructions, des rénovations de bâtiments, des préaux, de la politique pour les aîné.e.s, les jeunes,  etc., etc., est en jeu. Vous voulez gagner 6 milliards ? Allez voter.

Qui ne prend pas son vote ne gagne pas. 100% de ceux qui se sont abstenus perdent leur voix.


Et si vous alliez enfin ouvrir cette enveloppe qui traîne depuis 10 jours sur votre bureau ? 


Chaque voix compte

On arrive à la fin de cette campagne des élections municipales. Certains disent "enfin", ils en ont marre des stands, de son lot de photos, de folklore. La fatigue se fait sentir, tant du côté des candidat.e.s que des citoyen.ne.s. On peut comprendre que certains se sentent harcelés : flyers sur les pare-brise, dans les boîtes aux lettres, dans le journal, sur les écrans, glissés de la main à la main... Qu'on en finisse, remplace bientôt allez voter dans certaines bouches, ou : je vote promis, si vous cessez de me torturer pour d'autres. Chaque voix compte pourtant. Et nous ferons campagne jusqu'au bout.

Pourquoi tant d'abstention ?

Les vacances ont probablement freiné la participation 27.5% a trois jours de l'échéance, c'est très peu. Même si l'on m'opposera qu'il en était de même il y a 4 ans. Pourquoi un tel désintérêt ? Force est de constater qu'il y a encore et malgré les efforts de communications entrepris tant par la Ville que par le Canton un déficit abyssal de compréhension des institutions et de la technique du vote.

Le cumul des enveloppes dans l'enveloppe de vote. - Hein, quoi, une liste bleue dans l'enveloppe bleue une liste jaune dans l'enveloppe jaune, le tout dans l'enveloppe grise? Cela n'aide pas, c'est certain. A cela s'ajoute un désintérêt pour la chose publique, la politique. On a glissé d'une démocratie participative à une démocratie consumériste ou une démocratie d'initiés. Pour voter, il faut presque déjà participer. Ceux qui ne se sentent pas engagés se retrouvent devant les bulletins et les listes comme un voyageur en pays inconnu. C'est notre travail de donner les clés d'accès à cette culture démocratique. Nous l'avons fait. Ce travail doit et devra s'accentuer.

Après les élections... les élections!

La campagne électorale se termine dimanche. Nous n'en aurons pourtant pas fini ce jour avec l'enjeu collectif. Il reprendra... lundi 20 avril à l'aube pour l'élection au deuxième tour au Conseil Administratif, échéance au 10 mai. Et ensuite, durant 5 ans, nous continuerons de travailler pour regagner du terrain sur le désintérêt, l'abstentionnisme, les discours à l'emporte-pièce, les promesses vaines, la haine et la perte de confiance dans ce que sont et font les collectivités publiques.

Nous continuerons à fond d'informer, de sensibiliser, et d'impliquer les citoyen.ne.s. Parce que nous refusons d'avoir une démocratie de type drive-in. 

Jamais trop tôt pour dire merci

Il n'est jamais trop tôt pour dire merci quand on a reçu un cadeau. Le sentiment qui m'habite aujourd'hui, c'est la gratitude.

Merci aux habitant.e.s qui nous ont ouverts leurs portes, se sont intéressés aux points de notre programme, les ont parfois contesté, entamé des discussions sur les pas de porte, devant les postes, les marchés, les commerces.

Merci aux passant.e.s qui ont levé le nez de leurs téléphones portables, ont souri, pris 30 secondes pour s'intéresser à ce que leur tendait un autre humain dans le rythme effréné du quotidien. Merci aux curieux, aux insatisfaits, aux enthousiastes ; à ceux qui ont pris le risque de la parole, de l'autre, de la rencontre, de la sortie de l'anonymat. Merci à ceux qui ont dit : j'ai voté pour vous! ou bravo pour votre engagement, c'était un sacré carburant. Merci à ceux qui ont changé d'avis, se sont remis en question, merci pour votre ouverture d'esprit. Merci à ceux qui ont gueulé, c'était un bon coup de fouet. Merci à celles et ceux qui ont pris leur bulletin de vote en main et s'y sont affirmés. 

Merci, à tous ceux et toutes celles qui ont travaillé d'arrache-pied à cette campagne depuis octobre pour que la Ville de Genève ait une politique marquée à gauche au service de l'humain, un avenir, des moyens.

Merci à celles et ceux qui ont répondu présent dans un monde que nous refuserons toujours d'habiter d'une manière fantomatique.

   

Le parlement de la rue

Le monde est moins pourri dans la rue qu'aux journaux télévisés. Le monde est moins pourri dans la rue qu'avec le nez dans son téléphone.  Etre en campagne, c'est se donner à la rencontre et recevoir des surprises. 

C'est donner de l'information sur la Ville, sa gestion, ses mécanismes, ses enjeux, en proposer un projet politique et recevoir en retour, dans chaque immeuble, à chaque arrêt de tram, des attentes, des demandes, des insatisfactions, et de nouveaux regards.

Le tirage c'est dimanche.

Vous voulez participer ? Allez Voter.

Vous y gagnerez 6 milliards. Nous serons amplement payés de nos efforts.


Merci. 


13/04/2015

Tirabosco: funk the power !

 

th_362ad82be520c4a2c6f4d8fb42218792_wonderland_couv268.pngWonderland, dernier recueil de Tom Tirabosco est le récit d'un enfant timide et renfermé qui dessine. Et quand il dessine, le temps s'arrête et le monde autour de lui n'existe plus.

Wonderland est un recueil sur le temps, la famille et l'origine. Clin d'oeil à la nostalgie, toujours avec, sur la table de chevet, une bibliothèque verte et en tête Goldorak ou Rahan. Récit d'une époque, d'influences et d'un éveil artistique, de ce qui a marqué le gamin d'alors, ce qui l'a écoeuré, soulevé aussi: marqué à vie et entraîné. On se construit avec, on se construit contre aussi. Et ce qui pouvait peut-être sembler insignifiant pour les adultes d'alors, était le fondement d'une vocation pour Tom : dessiner. Les émotions fortes, cela qui demeure. Des détails ? Les débuts, des esquisses.

Wonderland, c'est une bande dessinée en noir et blanc, comme si quelque chose appartenait là à l'intemporel. Comme si des éléments ne vieilliront plus, étant marqué maintenant, dont les couleurs ne peuvent s'estomper. Comme si remontait à la surface quelque chose d'enfoui, de silencieux et de mystérieux, prenant aujourd'hui place et lumière. C'est beau. C'est un récit d'admiration. Pour le père, pour le capitaine Cousteau, pour Stevie Wonder. C'est aussi un carnet intime, pudique, tendre et courageux qui nous est tendu, ouvert.

Tirabosco nous présente sa famille: son frère Michel, handicapé de naissance, sa lutte féroce pour exister; son père italien, réceptionniste d'hôtel, grande gueule, incarnation du père ogresque à la Chessex chantant de l'opéra, peignant dans sa cave, raillant la sensibilité du petit Tom; sa mère travailleuse, aimante, révoltée. Un deuxième frère, Riccardo que l'on voit peu, et qui traverse la bande-dessinée, comme en retrait.

Le recueil ne dit pas tout, évidemment. Il raconte le vécu subjectif de Tom, son regard à distance. Les années ont épuré, travaillé la matière de la mémoire. Il a trouvé un langage pour raconter : les images.   

Wonderland, c'est un travail sur l'angoisse, celle d'être différent, de ne pas y arriver, ne pas être comme les autres, ne pas être reconnu dans le regard du père. C'est le rendu d'une rivalité affective avec le frère : handicapé, courageux, fort, lui, au mental de fer, à qui rien n'est offert. C'est une histoire d'amour pour la famille, qui n'esquive ni les aspérités ni la tendresse. 

C'est une réflexion sur la comparaison, sur la valeur de ce que recèle l'être... et quoi pour l'évaluer? Et quoi pour la jauger; sur les grilles et l'emprisonnement social.. une rage qui trouve sa forme.  

C'est aussi un hommage à l'humour, qui allège et creuse aussi, permet d'approcher, apprivoiser l'insoutenable, de s'y tenir à flot, et d'exprimer le plus brisé. Peut-être que oui, on peut rire de ce que l'on a traversé, de ce que l'on porte en soi. Peut-être est-ce alors à ce moment qu'on l'a intégré... sinon ce serait pure moquerie ou cynisme. Wonderland est dédicacé à Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré, tombés à Charlie Hebdo durant le bouclage de l'album. C'est, on l'aura compris, un recueil qui rend hommage à ceux qui ont construit l'artiste Tirabosco : Titien, le Caravage, Mondrian, les hannetons, Mickey, Donald, les baleines, le père, la mère, le frère, les arbres, "la jeune fille aveugle" de John Everett Millais, Peter Pan, l'île aux pirates, Mowgli, Blanche-Neige, Bambi et Merlin, etc... à un univers où "la réalité" et les modèles artistiques et culturels se mélangent.       

C'est enfin un travail sur l'injustice. Un monde envisagé avec le coeur d'un enfant, sa révolte contre ceux qui confisquent la terre, tuent les bêtes, renvoient les travailleurs au chômage. C'est un recueil levé radicalement contre toute brutalité, économique, physique; contre l'injustice, l'avidité et l'égoïsme. C'est une anarchie funk, un amour échevelé, qui raconte une époque passée, celle d'un temps où le monde semblait infini, avec un puissant désir de jouir et d'en vivre.

Wonderland : anarchie funk, poétique et nostalgique, qui dresse contre le monde "tel qu'il est" celui du sensible, du poétique et d'une forme d'amour profond pour la vie avec course de bobsleigh sur des pneus, grimpette dans les arbres pour se goinfrer de cerises - noyaux sur la mère Groslard dont le mari est flic- et lapins dessinés pour freiner les voitures sur la route ... funk the power ! Toujours.     

Ce recueil est une déclaration d'amour, à une famille, à la terre, aux bêtes et à ce que l'on pourrait nommer la culture, tout ce qui fait de nous autre chose que des machines comptables, mais des êtres d'humour, de sensibilité et d'intuition, de jeux et d'émotion.

Wonderland : une anarchie funk ? Oui. Avec quelque chose de doré et de doux qui coule dans nos veines et que Tirabosco a libéré : un appel à aimer et se laisser aimer.

...

et Funk the power, pour toujours. 



Tom Tirabosco, Wonderland, éditions Atrabile, 2015.


Tom Tirabosco dédicacera Wonderland

Le samedi 18 avril 15h-18h30  Papiers Gras. 1place de l'île. Genève.

www.papiers-gras.com

Le mercredi 22 avril 17h30 Librairie du boulevard, 34 rue de Carouge.

www.librairieduboulevard.ch

 

 

 

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12/04/2015

Servette FC : l'auto-goal de François Longchamp

Alors que Lausanne  fêtera en juin les 100 ans de la présence du comité international olympique (CIO) dans la commune, que le siège de l'UEFA est à Nyon et celui de la FIFA à Zurich, Genève défraie la chronique sportive d'une autre manière, martyrisant son histoire sportive. Le Servette FC, fondé en 1890 et qui fêtera ses 125 ans ce printemps, pourrait faire faillite. La sonnette d'alarme a été tirée le 1e avril par le président du club Hugh Quennec. 


Les sportifs contre les gagne-petits

Les sportifs ont du coeur. Michel Pont, Gérard Castella, Gilbert Guyot, Christian Karembeu, Caroline Abbé et plus de 100'000 personnes passionnés par le foot dans ce canton sont mobilisés. Le Servette FC risque sa peau, plombé par la gestion d'un stade mal géré par un Conseil d'Etat trop content de s'être débarrassé de son exploitation pour 32 ans via l'ancien président du Servette Majid Pishyar.

Ce Conseil d'Etat fait penser à une équipe qui mise sur un 0-0 pour essayer de l'emporter au penalties. Sauf que battre Servette n'apportera rien de bon à Genève. Aujourd'hui, les sportifs luttent contre les gagne-petits.     


La désastreuse gestion de Longchamp

Monsieur François Longchamp se moque du Servette FC et du sport.

Lors de l'émission Forum de la RTS du 1e avril, il a fait preuve d'une morgue incroyable, demeurant catégorique sur son refus d'entrer en matière au sujet du stade de Genève et de la finition des travaux. Non, pas un sou pour les travaux sur ce stade. Non, pas un sou pour éviter au Servette FC la faillite. Non, pas un sou pour le sport. Quel auto-goal de la part du président du Conseil d'Etat, et surtout quel manque d'ouverture au dialogue avec le Grand-Conseil, les habitante.s, et tous ceux qui aiment le sport à Genève!  

Quand Longchamp se mélange les pinceaux

Longchamp confond totalement la question du stade et celle du soutien au club. Il ne s'agit pas ici de soutenir une équipe professionnelle de football mais bien, pour l'Etat, propriétaire du stade, de terminer le boulot, ce qu'il aurait dû faire depuis longtemps. Monsieur Longchamp s'arque boute sur cette convention d'opérette signée avec Pishyar. Cela n'est pas digne de Genève.

Le stade est pourri, le Conseil d'Etat l'a construit. Le Conseil d'Etat est pourri s'il ne reprend pas ce dossier en main. Cela pourrait ressembler à un chant de supporter, c'est pourtant la réalité. Le Conseil d'Etat ne peut pas se défausser de sa responsabilité.   

Longchamp ou le mépris du terrain

Longchamp dit "club de football" comme s'il s'agissait d'un mot sale.

Il montre par là son ignorance de la complexité du monde sportif. Et surtout, il prétend ignorer que pour une collectivité publique qui prétend assumer des tâches sportives régionales, il doit entretenir et fournir des installations adéquates et de qualité. Charles Beer l'avait rappelé en 2013 : "Le stade doit être rénové ou rasé, la politique de l'autruche devient irresponsable".  Qu'a fait le Conseil d'Etat depuis lors ? Rien. Si ce n'est voter une loi pour le Sport sans moyens et sans volonté politique pour l'appliquer. Clap clap clap pour les champions! 


Pas un soutien au club mais un entretien du stade

Il est clair que le club n'a aucun argent à recevoir pour la gestion de l'équipe pro.

Il est par contre injuste que les finances du Servette FC d'aujourd'hui soient écrasées par l'entretien d'un stade pourri, mal pensé par un Conseil d'Etat qui ne l'assume pas.


Politique de l'autruche ou poisson d'avril?

Monsieur Longchamp connait bien les difficultés du Servette FC, et cela depuis longtemps. Il nous prend pour des pives quand il prétend avoir cru à un poisson d'avril lorsque le président du Servette a annoncé le risque de faillite pour le club.

Longchamp botte en touche, fait l'autruche, et laisse Servette couler à cause de la convention d'opérette signée par Majid "magic" Pishar. Le Conseil d'Etat sait depuis longtemps que cette convention est impossible à honorer pour le club. Il a choisi de ne pas s'occuper d'un dossier pourri qu'il a mal géré du début à la fin. C'est moche.

 

Au final, c'est Genève qui perdra

S'il se poursuit, le bras de fer entre le Servette FC et le Conseil d'Etat fera une victime  : le sport à Genève. Si Servette devait aller en faillite, Monsieur Longchamp et son Conseil d'Etat en porteront la responsabilité, ayant joué petit bras et choisi de se défausser sur son locataire de leur responsabilité d'un stade pourri, inadapté et inachevé.


Un conseil d'Etat comptable et mauvais gestionnaire

Le Conseil d'Etat serait bien inspiré, lui d'ordinaire si prompt à donner des leçons aux communes, ayant même l'ambition de vouloir reprendre la gestion de grandes institutions, d'observer comment la Ville de Genève a travaillé pour permettre au club de hockey de se tenir à flot avec un savant équilibre de soutien à la relève (Genève Futur Hockey) et de mise à disposition d'infrastructures avec travaux et réaménagements : réfection des tribunes publiques, aménagement des loges VIP, etc., La collectivité publique a assumé ses responsabilités grâce à Manuel Tornare puis Sami Kanaan.

Aujourd'hui la patinoire arrive au bout, et que fait le Conseil d'Etat pour la nouvelle? Du vent, encore. Longchamp critique même le fait que la Ville veuille s'y investir. Mais qu'il réalise quelque chose alors !    

 

Un Conseil d'Etat incapable d'assumer ses responsabilités

Aujourd'hui, le Conseil d'Etat est sur la touche.

Il a laissé pourrir le dossier du stade de Genève et le projet de la Nouvelle patinoire au Trèfle Blanc est planté.

Monsieur Longchamp, avant de donner des leçons de gestion aux communes devrait regarder son équipe politique, incapable d'aller de l'avant. Si on le laisse aller, il va finir par tuer d'abord le Servette FC puis le Genève Servette Hockey. Que les dieux du stade préservent le club du Conseil d'Etat. Marre des technocrates qui prétendent diriger mais veulent avant tout ne pas perdre et juste donner l'impression qu'ils gèrent.  


Faisons rentrer les remplaçants, et vite

La gestion du dossier du stade de Genève est à ce jour un auto-goal pour Genève. Un de plus de la part d'un Conseil d'Etat gestionnaire et autocratique, légaliste à crever, qui manque totalement de coeur et d'envie.

Faisons rentrer les remplaçants, et vite, que le Grand Conseil prenne en main ce dossier et impose au Conseil d'Etat une solution et un engagement de l'Etat pour terminer la réfection et l'aménagement du stade, sinon ce sera cuit pour le Servette FC.

Ceux qui auront gagnés seront alors ceux qui méprisent le sport et les sportifs, au premier rang desquels si rien ne change, il faudra bien compter Monsieur François Longchamp.      


 

 

Sources:

http://www.tdg.ch/sports/sfc/cinq-raisons-fondamentales-soutenir-servette/story/24985464

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/forum/6649396-le-servette-fc-est-a-nouveau-au-bord-de-la-faillite-01-04-2015.html?f=player/popup

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/forum/6652583-le-torchon-brule-entre-le-servette-fc-et-le-conseil-d-etat-genevois-02-04-2015.html?f=player/popup

09:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : servette football club, sport, canton, longchamp, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/04/2015

Barazzone pédale dans la semoule

Le magistrat en charge du Département de l'environnement urbain et de l'espace public Guillaume Barazzone est très fort pour faire de la communication. On sait l'homme habile pour se mettre en valeur sur des dossiers sans véritables enjeux : mettant du plastique vert ici coupant un arbre là-bas pour en replanter illico un nouveau et annoncer ainsi la "végétalisation" de la Ville. ll est passé maître pour faire du chiffre au détriment du contenu. Mais quand il faut empoigner le taureau par les cornes et lutter sur le terrain, plus personne. L'homme se fait discret ou prend rapidement le train pour Berne.

Vol de vélos : quelles actions ?

Un petit exemple ? Le vol des vélos en Ville de Genève. Véritable fléau. Les chiffres sont sortis vendredi 10 avril. Le Canton de Genève a enregistré 3251 vols de vélos l'an dernier (9 par jour!), soit une hausse de 13% par rapport à 2013. Et combien de vélos volés non déclarés? On est désormais proche du niveau record de 2009 avec 3300 larcins, pour la majorité commis en Ville de Genève. La disparition de la vignette vélo en 2012 a rendu les cycles plus anonymes et vulnérables. Les assurances privées doivent débourser chaque année plus de 60 millions pour rembourser les citoyens lésés! De plus, suite au vol, seul 1% des vélos volés sont restitués à leur propriétaire. Et plus d'un quart de cyclistes renoncent au vélo après s'être fait dérober le leur, ce qui a un impact négatif sur d'autres modes de transport. Que fait le magistrat Barazzone pour lutter contre ces vols répétés ? - Rien. Pire même, il ne prend pas la peine de s'inspirer des propositions que d'autres villes ont réalisé. Toujours plus de policiers municipaux, toujours plus de vélos volés : cherchez l'erreur.


Les cyclistes doivent être mieux défendus

Les Socialistes, s'inspirant d'expériences réalisée dans des pays du nord de l'Europe (champion en terme de vélos), de celle menée avec succès par la Ville d'Yverdon ont déposé une motion au Conseil Municipal le 29 octobre 2014 qui rappelle que le vélo est un moyen écologique, rapide et silencieux de se déplacer en ville. Il permet de diminuer l'impact du trafic automobile et encourage une pratique sportive et récréative qui est bonne pour la santé. Favoriser l'usage du vélo fait clairement partie d'une bonne politique de la ville. La maniabilité de ce mode de transport a toutefois son revers. Un cycliste, c'est vulnérable, et un vélo, c'est facile à se faire voler, ce que confirment les statistiques délivrées cette semaine. Qui, d'ailleurs, ne s'est pas déjà fait voler un vélo à Genève?


Dring dring Barazzone 

Un moyen efficace de lutter contre le vol de vélos existe. Il consiste à placer des puces avec un système de GPS sur le cadre. Si un voleur se saisit du vélo, il est immédiatement possible de le pister, Les expériences ont prouvé que  cette méthode fait chuter de plus de 40% le nombre de vélos volés, principalement par son caractère préventif et dissuasif.

Lorsque les malfrats savent qu'ils risquent à coup sûr d'être pris, ils réfléchissent à deux fois avant de commettre un délit. Ce n'est pas la dureté de la peine qui compte, mais la certitude de sa prononciation. Or, aujourd'hui, c'est l'impunité en terme de vols de vélo. Les policiers municipaux s'acharnent sur les cyclistes plutôt que de les protéger pendant que Barazzone joue au conseiller administratif à temps partiel.  

Les cyclistes trinquent

Toujours plus à Berne, toujours plus soucieux de communication au détriment d'actions permettant aux habitant.e.s de mieux vivre; décidé à poursuivre la politique de discrimination envers les cyclistes nommés "cycloterroristes" par son prédécesseur, Guillaume Barazzone, au sujet de la petite reine, n'a pas fait le boulot attendu, et pédale dans la semoule... 

et ce sont malheureusement les cyclistes qui en paient le prix.

 

 

 

Sources:

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/vols-velos-face-nouvelle-flambee/story/24723468

http://www.lematin.ch/suisse/Nous-avons-traque-des-voleurs-de-velos-par-GPS/story/16409567

http://www.24heures.ch/vaud-regions/nord-vaudois-broye/Une-puce-pour-traquer-les-velos-voles-lancee-a-Yverdon/story/30618799

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/La-police-s-equipe-pour-traquer-les-velos-voles-25836707


08:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélos, vols, ville, santé, sport | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/04/2015

Dis-moi comment tu nommes ta ville je te dirai qui tu es

La Ville de Lausanne a annoncé que la station de métro "Ouchy" sera rebaptisée "Ouchy-Olympique" afin de marquer le centième anniversaire de l'installation du Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Cette décision a été validée par les autorités cantonales et communales. La nouvelle dénomination entrerait en vigueur lors du passage à l'horaire 2016 des transports publics. Bravo les vaudois !

Renommer c'est réinterpréter

Et à Genève? Les choses ne bougent pas, ou si peu. Certes, il est utile de garder une continuité dans l'appellation des lieux (pour les habitant.e.s, les services de secours, les touristes, les commerçants, etc.,) certes les réimpressions des plans, des papiers à lettre, des cartes de visites sont coûteuses, toutefois il serait intéressant de proposer une mise à jour des noms de rues de la ville de Genève afin que toutes les générations puissent s'y identifier. Qui sait : si les noms de la Ville nous ressemblaient un peu plus, peut-être l'identification à la ville serait-elle plus forte et celle-ci plus respectée ? Et si plutôt que d'envisager notre ville en regardant dans le rétroviseur on regardait plutôt vers son présent, ça irait aussi mieux.

Dépasser les archaïsmes

Aujourd'hui, c'est le Conseil d'Etat qui décide des appellation de rue. Ce dernier a une position frileuse et conservatrice. Au milieu des années 90, le conseil administratif de la ville de Genève a décidé, lui, pour des raisons de stabilité de ne plus modifier les noms de rues. Et si, 25 ans plus tard, on ouvrait à nouveau le dossier? 

Globalement, notre rapport aux noms, qu'ils soient de rue ou concernant les bâtiments, est un rapport marqué par le conservatisme, l'indifférence ou la neutralité. Parce qu'un grand nombre de ces noms ont pris la poussière et ne représentent plus grand chose et que nommer c'est choisir aussi, pourquoi  ne pas y repenser?  

Des noms comme  : Pictet de Bock, Goetz-Monnin, Hugo de Senger littéralement, ne nous parlent guère. Pire, on passe devant des noms peu fréquentables portant le poids d'une histoire patriarcale valorisant les faits de guerre et la grande "histoire" au détriment de personnes et de valeurs rejetées dans l'ombre. Ici est mis en valeur un bourreau (rue Tabazan) là un anthropologue (rue Emile Yung) ayant exhibé des "nègres" pour, dans le plus pur style racialiste de l'époque, prétendre en tirer des caractéristiques universelles. Plus loin, on remarque le buste d'un admirateur de Pétain loué pour son écriture. Les femmes sont les grandes absentes des rues. On valorise ainsi le sexisme ordinaire. Les femmes à la maison, les hommes à l'affiche.

Dis-moi comment tu nommes ta Ville, je te dirai qui tu es....


Le langage est une force

Une mise à jour est nécessaire. En effet, les noms de notre ville sont perclus d'officiers et de bourgeois du 19e siècle. Ce ne sont plus des exemples ni des références pour les générations actuelles. Du passé faisons table rase, oui, en effet, mais surtout: plutôt que des vieilles références, proposons-en des nouvelles, plus inspirantes et inclusives. 

Ce ne sont pas les idées qui manquent. Avec l'aide d'historiens et d'une commission composées de citoyen.ne.s, il serait possible de dépoussiérer Genève du passé de ces "grands hommes" qui, avec le recul, même s'ils marquent des étapes de notre histoire, sont désormais des boulets que nous devons tirer. Pourquoi ne pas s'alléger et ranger aux archives les vieux conseillers d'Etat et politiciens du 19e pour des personnalités plus inspirantes, énergisantes et contemporaines ? 

La proposition est peut-être iconoclaste, mais si Lausanne peut le faire, ancrant des noms de rues, de places reflétant un présent, pourquoi ne pas le réaliser aussi dans notre chère Ville?

Il faudra pour cela vaincre l'inertie de certains et la peur du changement des autres mais au final, l'image de notre ville et son dynamisme s'en trouveront revitalisé.

Dis-moi comment tu nommes ta Ville, je te dirai qui tu es

... et même peut-être ce que tu es appelé à devenir.


 

 

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06/04/2015

Je suis celui que tu es


Je suis celui qui est dit : je suis contre tout ce qui nie la vie

je suis celui qui suis Charlie, Gaza, Garissa, Guernica  

et ceux qui tuent ne me ressemblent pas


Que tu sois autre, chrétien juif musulman

ne change rien au fait 

l’être est sacré et tout porte son nom 

 

Que tu sois autre, juif chrétien musulman

te rend serviteur à plein temps

tout ce qui vit est une étape sur terre

 

Que tu sois autre, chrétien juif musulman

t’engage à la pudeur

à la souplesse de ta passion, retenue des proclamations

 

Que tu sois autre, chrétien juif musulman

devrait verrouiller la violence

toute main levée contre l’autre est contre le créateur


Que tu sois autre, juif chrétien musulman

ne change rien au fait

tes croyances sont du vent quand la violence les sangle



Tu es celui qui dit vie

contre ceux qui usurpent ton nom le nient dans le sang

défends le pouls, toutes couleurs toutes religions

 


Tu es au service de la vie vis

tu dis : si je suis c'est que tu es

mon sol mon prochain mon pareil

qui que tu sois, quoi que tu croies

juif chrétien athée musulman

enfant chèvre soleil

une même graine, parole unique


Je suis celui que tu es : obole. 


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03/04/2015

Prière 2.0 du vendredi saint


Notre Père Mère qui est sans Iphone sans Ipod, sans connexion

sans compte bancaire et sécurité privée

mais dans nos coeurs


que ton esprit vive

que ton règne vienne

que la révolution soit faite

sur la terre dans les têtes sur le net et dans le ciel.

 

Donne-nous aujourd'hui notre silence de ce jour

Pardonne-nous nos distractions

comme nous pardonnons aussi

à ceux qui font du buzz une arme de connerie massive

de la lâcheté une ligne de conduite.


Ne nous laisse pas entrer dans l’addiction bête

mais délivre-nous du mal, des ragots et de la haine.

 

Car ce n'est pas à toi qu'appartiennent :

Le fric la spéculation les trusts, les lobbys l’enfermement

la criminalisation des pauvres, la violence le racisme le sexisme

la fermeture sur soi l’ego pour tous, la bêtise et l’ennui.

 

Mais c'est à nous que reviennent :

La terre, la justice, l’amitié,

le risque de la parole

engagement quotidien

notre devenir humain.  


Et pour des siècles et des siècles


Le poing levé. 




Vendredi 3 avril :Service funèbre de Jésus au cimetière des rois, Genève. 17h.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/service-funebre-jesus-cimetiere-rois/story/14457556



09:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/03/2015

Ayop : Victoire du droit et de la mobilisation.

Ayop ne sera pas expulsé par le Canton de Genève. Mis sous pression populaire, associative, et politique, Pierre Maudet a été contraint de reprendre le chemin du droit. Il faut se réjouir de cette victoire des droits humains sur une tentative d'abus d'autorité de la part du magistrat de police, mais faudra-t-il à chaque fois que les associations et toutes les sensibilités politiques de gauche se mobilisent pour faire appliquer un droit qu'un magistrat cherche à court-circuiter?   

Ceci n'est pas une demande de grâce

Exiger de ne pas renvoyer Ayop n'était pas une demande de grâce ni un appel à faveur mais au respect du droit. C'est aujourd'hui une victoire que Maudet revienne au droit, mais on reste inquiet sur le fait que sans une extraordinaire mobilisation et débauche d'énergie, il se serait tout simplement assis dessus.

Pour rappel, Ayop a dû s'opposer jeudi 26 mars à être embarqué manu militari dans un avion. S'il n'avait pas physiquement défendu ses droits, il serait aujourd'hui au large et plus personne ou presque n'en parlerait.

Maudet a cherché à éliminer un témoin gênant. Il doit nous expliquer aujourd'hui comment il pouvait jeudi déporter un être humain et affirmer aujourd'hui avoir "décidé de surseoir à la décision de renvoi, sur la base des éléments du dossier, notamment de sa situation médicale et de son évolution durant le week-end".

Diable, on joue la vie des gens aux dés dans cette république ou quoi?

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile par le Canton. L'incendie des Tattes et la tentative de se débarrasser du témoin Ayop est inquiétante. Il serait faux d'écrire que Monsieur Maudet a écouté la mobilisation des organisations citoyennes. Il est plus juste d'affirmer qu'il a cédé devant elles quand la mobilisation politique, citoyenne, associative est devenue si forte qu'il était trop coûteux pour lui de s'acharner.

Mais pour un Ayop sauvé du renvoi par les cheveux, combien de migrant.e.s dégagés avec des dossiers mal ficelés et le tampon aléatoire de Monsieur Maudet? 


Maudet et l'abus de droit 

Comme le rappelle la Ligue suisse des droits de l'homme dans un communiqué de presse :

Le Canton ne devait pas jeudi exécuter le renvoi car le dossier médical d'Ayop n'avait pas été transmis, en violation avec l'exigence fixée par l'ODM (office fédéral des migrations) à la suite du décès d'un jeune nigérian sur le tarmac de l'aéroport de Kloten.

Le Canton ne devait pas exécuter le renvoi car Ayop s'était constitué partie civile dans le cadre de l'incendie des Tattes; le virer était un déni de droit.

Le Canton ne pouvait se défausser de sa responsabilité en renvoyant Ayop. Il doit réparer le dommage subi par les victimes de l'incendie des Tattes.

Le Canton doit garantir a tout justiciable un droit à un procès équitable, à ce que sa cause soit entendue et traitée équitablement; et garantir le droit à la santé. Ayop a subi des atteintes à son intégrité physique pour sauver sa vie lors de l’incendie. Les séquelles, notamment à la tête, empêchaient tout renvoi, surtout dans les conditions d'un vol spécial.

Tous ces éléments étaient dans les mains de Monsieur Maudet jeudi 26 mars déjà lorsqu'il a essayé de fourrer de force Ayop dans un avion. Rien de nouveau depuis ne s'est ajouté au dossier, si ce n'est une extraordinaire mobilisation associative, citoyenne et politique. Sans celle-ci, Pierre Maudet aurait abusé du droit.


La mobilisation va se poursuivre

Bravo aux associations d'avoir rassemblé largement, à tous ceux et toutes celles qui ont lutté pour ramener Maudet à la raison. C'est une victoire de la mobilisation de celles et ceux qui mettent l'humain et le respect du droit avant la lâcheté et la soumission administrative. C'est donc une petite mais très forte et importante victoire d'étape pour le droit et la République.

Maintenant, de nombreuses questions se posent sur la manière dont Messieurs Maudet et Poggia s'occupent de l'asile, de la police et des renvois. Ce qui s'est passé autour d'Ayop nous invite toutes et tous à redoubler notre engagement et notre attention pour dénoncer les abus de droit du Canton et les dérives autoritaires que s'autorisent des magistrats.      

 

 

Sources:

http://www.lsdh.net (communiqué de presse Ligue suisse des droits de l'Homme)

http://www.stopexclusion.ch




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29/03/2015

Maudet sacrifiera-t-il Ayop pour montrer sa force ?

Le sort d'Ayop semble désormais suspendu à la décision de Pierre Maudet qui a convoqué une conférence de presse pour le lundi 30 mars matin mais semble de plus en plus isolé. Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers lui ont fait savoir leur opposition au renvoi d'Ayop et ont demandé que le Conseil d'Etat se réunisse pour en discuter. De nombreux PDC et même PLR font part de leur incompréhension face à l'entêtement de Maudet qui semble pourtant vouloir aller au bout de son abus d'autorité face à un jeune orphelin de 19 ans, grièvement blessé à la tête, témoin dans une procédure judiciaire dans le cadre de l'incendie des Tattes. 

Une intense mobilisation citoyenne et politique

Depuis l'annonce du renvoi forcé, les manifestations et mobilisations se multiplient. Depuis jeudi, pas une journée sans actions. De nombreux contacts ont été pris à tous les niveaux politiques: municipaux, cantonaux, fédéraux. La Ville de Genève s'est positionnée, les associations oeuvrant dans le champ de l'asile se sont clairement exprimées. Pourtant Maudet, isolé, maintient contre toute raison à ce jour sa position : il faut expulser l'orphelin, se débarrasser du témoin. 

Pourquoi expulser à tout prix l'orphelin ?

Pourquoi expulser à tout prix l'orphelin Ayop ? Dans un billet précédant (http://commecacestdit.blog.tdg.ch), j'exprimais le fait que l'Etat voulait se débarrasser d'un témoin gênant. Je crois maintenant qu'il faut y ajouter l'orgueil politique de Monsieur Maudet qui ne veut pas donner l'impression qu'il reviendrait sur une décision. Mais quel est la valeur d'un homme politique qui se prétend infaillible et s'affirme autiste face aux nombreuses sollicitations qui lui sont adressées?  

On n'expulse pas un blessé

Comme on ne tire pas sur une ambulance, on n'expulse pas un blessé. Monsieur Maudet, militaire de carrière, devrait le savoir. Ayop est atteint dans sa santé physique et psychique. Les médecins reconnaissent qu’il souffre de troubles psychologiques liés à l’incendie des Tattes, à sa chute qui l'a blessé à la tête. Il suit un traitement pour éviter que sa santé se détériore. Et pour l'instant, ce traitement a été stoppé. Ce jeune homme de 19 ans, Genève s'apprête à le dégager au loin pour le faire disparaître. C'est une honte pour notre canton! 

Maudet se cache derrière la Confédération

Maudet se cache derrière la Confédération et laisse entendre qu'il n'a pas le choix d'expulser. C'est faux ! Ce sont les cantons qui décident qui ils font embarquer dans les avions. Il n’y a pas d’ordre nominatif de la Confédération d’expulser telle ou telle personne. Ce sont les cantons qui décident qui et quand ils expulsent. La Confédération, elle veut que les avions affrétés pour les renvois soient pleins, ceci pour des raisons économiques. Des vols spéciaux peuvent coûter jusqu'à 80'000.- et plus. Combien Monsieur Maudet est-il prêt à payer pour montrer qu'il est un homme intraitable?  

Le Canton a plein pouvoir pour surseoir

Si Ayop figure sur la liste des expulsables Dublin établie par la Confédération, cette liste est récapitulative.  Il ne s'agit pas d’un ordre fédéral d'expulsion. Les cantons sont seuls responsables des expulsions. Si Maudet choisissait de ne rien faire, il ne se passerait tout simplement... rien! Il n’y a pas de pénalité pour un canton qui, pour un motif humanitaire ou médical ne renvoie pas un requérant Dublin. Le requérant non expulsé reste inscrit dans le quota cantonal auquel il est déjà affecté et ne constitue pas une unité de plus ou une unité supplémentaire au quota. Vous pensez aux chiffres? Ce qui est coûteux, c'est d'expulser Ayop, pas de le garder. Monsieur Maudet a des portes de sorties. Mais à ce jour il a choisit de s'enfermer par peur de perdre la face. 

Action citoyenne: lundi 30 mars à 9h pierre de Plainpalais 

Monsieur Maudet a fait de cette affaire une affaire personnelle. Il n'ose pas revenir sur sa décision d'expulsion de peur de perdre la face. Personne pourtant n'a le droit d'abuser de son autorité pour endommager la vie d'un être humain au nom de son statut politique. En tous les cas, aucun citoyen d'une démocratie ne doit laisser un homme abusant de son pouvoir en persécuter un autre. 

Ce lundi matin 30 mars à 9h un rassemblement est prévu à la pierre de Plainpalais pour marquer notre refus face à cet abus d'autorité.

Si malgré la pression politique et celle de la rue, Monsieur Maudet maintient à tout prix l'expulsion d'Ayop, orphelin tchadien de 19 ans, n'ayant commis aucun crime si ce n'est de venir en Suisse y demander l'asile, y être victime d'un incendie, y être grièvement blessé à la tête, détenu contre sa volonté dans la prison de la Favra, nous devrons prendre note que Monsieur Maudet s'est placé éthiquement et moralement en position de hors-la-loi. Choisissant de sacrifier Ayop pour montrer sa force, il aura trahi son serment de servir Genève, une Genève de tradition humaniste, refuge pour les persécuté.e.s depuis la Réforme.   

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28/03/2015

Le Conseil d'Etat cherche à liquider un témoin

Tout serait propre en ordre et bien gardé et dans le meilleur des mondes. Monsieur Maudet a fait voter sa nouvelle loi sur la police, nos politiciens se gargarisent de la tradition humaniste de Genève pendant que tout citoyen de notre ville en est fier.


Expulsez ce témoin que l'on se saurait entendre

Mais derrière cette carte postale d'Epinal d'une Genève humaniste, un jeune homme de 19 ans victime de l'incendie des Tattes, témoin dans cette affaire, se trouve être arrêté jeudi 26 mars sur le chemin de son audience et conduit illico presto à l'aéroport pour y être expulsé.

Ce jeune homme s'appelle Ayop, il est tombé du 3e étage du foyer des Tattes pour échapper à la fumée et a été grièvement blessé à la tête. Il suit des traitements, désormais brutalement interrompus. Si des prévenus sont arrêtés à l'étranger, parfois incarcérés à peine la frontière franchie, ici, en revanche un plaignant est arrêté pour être expulsé alors qu'il se rend au tribunal! Incompréhensible? Pas si l'on prend en compte la raison d'Etat. Ayop est devenu le témoin gênant de son dysfonctionnement et Monsieur Maudet veut faire disparaître les témoins. Le Conseil d'Etat se tait. Anne, Antonio, vous en dites quoi. Vous êtes toujours là ?


Maudet, salaud Sartrien 

Cette volonté de renvoyer Ayop empêcherait de fait la victime de faire valoir ses droits dans une procédure contre l'Etat. Le rapport des pompiers dit clairement qu'aux Tattes :"des problèmes techniques ont été constatés", que les "fenêtres avaient été condamnés par des vis" et "les exutoires de fumées sous-dimensionnés".

Ayop, ce jeudi, a résisté courageusement à son expulsion en refusant de monter dans l'avion. Il est désormais détenu et en attente d'expulsion par vol spécial sous 72h. Le Conseil d'Etat macère toujours dans son silence et se cache derrière le tacite et laconique "la procédure suit son cours". Il joue la montre. Mais dans les faits, le CE accepte de liquider un témoin. La Ville de Genève, elle, a courageusement pris position pour demander au Conseil d'Etat de surseoir à cette expulsion. Mais du CE toujours pas de réponses. On a connu Messieurs Longchamp et Maudet beaucoup plus communicants (sur le footing, le plantage d'arbres, la célébration des centenaires, etc). On les imagine sans peine, planqués tranquilles, personne ne voulant y aller, ni François, ni Pierre, ni Mauro, non, chacun disant à l'autre : à toi, non, à toi, vas-y... Ils regardent au plafond, la machine administrative suit son cours, faisant d'eux rien de moins que des salauds au sens Sartrien du terme. Cette façon de faire rappelle l'affaire Adeline. Toujours fait péter les fusibles, les petits, et s'assurer que l'on est responsable de rien. "Assume ce qui ne t'engage à rien, et si tu dois être tenu pour responsable de quelque chose de plus grand, arrange-toi pour trouver un lampiste". Devise du Conseil d'Etat?

Une baffe pour l'Etat de droit

Comment le Conseil d'Etat a-t-il examiné les conditions concrète de vie pour Ayop en Espagne, ses possibilités d'assister en tant que partie plaignante à la procédure pénale le concernant? Les dernières lois adoptées par les autorités espagnoles sur la migration et toutes les restrictions qu'elles apportent aux libertés fondamentales montrent qu'Ayop ne pourra pas défendre ses droits dans l'affaire qui l'occupe à Genève s'il y est effectivement expulsé. La Genève humaniste, de la Croix Rouge et du blabla qui fait plaisir au moment des apéritif mais pour laquelle on ne lève pas le petit doigt, est ridiculisée.

 

Une pétition disparaît

Pour ajouter au déshonneur du Conseil d'Etat, une pétition munie de 2200 signatures demandant de surseoir à l'expulsion d'Ayop est restée coincée "quelque part" dans les tuyaux de l'Etat". Monsieur Maudet, par l'expulsion précipitée d'un témoin gênant empêche de fait l'audition des pétitionnaires et que le Grand Conseil soit saisie de cette affaire. Le Conseil d'Etat ne peut faire comme si cette pétition n'existait pas et nier les droits politiques de 2200 habitant.e.s. Au déni de justice pour Ayop s'ajoute le déni de démocratie pour les pétitionnaires.

Court-circuitage démocratique

La précipitation louche de Monsieur Maudet ne permet pas un traitement serein d'une affaire pénale. Elle éteint la lumière sur une affaire dans laquelle l'Etat est impliqué. Il ne s'agit pas ici d'un affrontement entre le respect du droit d'un côté et une bande de gauchistes humanistes de l'autre. Il s'agit du Droit même qui est attaqué par une raison d'Etat qui ne veut pas que les cendres de l'incendie des Tattes lui retombe dessus. C'est Ayop, 19 ans, qui en fait les frais. 

Ni demande de grâce ni traitement de faveur


Il ne s'agit pas ici de déposer une demande de grâce ou d'un traitement de faveur, mais du respect du droit et de la responsabilité de l'Etat.

Le Conseil d'Etat doit désormais, comme le demande le collectif opposé à l'expulsion d'Ayop

Renoncer à la détention administrative de cette victime, et qu'elle soit relâchée immédiatement.

Que toutes les expulsions des sinistrés de l'incendie du foyer des Tattes soient suspendues jusqu'à la fin du procès afin d'en garantir le bon déroulement.

Sans réponse claires et une prise de position de la part du Conseil d'Etat qui le sorte de sa posture de salaud sartrien, il faudra prendre acte que le Conseil d'Etat est devenu et assume d'être un liquidateur de témoins.  

Il faudra aussi prendre en compte que Maudet, Longchamp, Poggia &cie qui font le dos rond et se terrent dans le silence ont les mains sales.

 

Sources:

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/03/27/ayop-se-leve-tot-heureusement/

http://www.ville-geneve.ch/espace-presse/communiques-presse/detail-communiques-presse/article/1427450380-conseil-administratif-demande-conseil-etat-suspendre-execution-renvoi-monsieur-ayop-aziz/


Rencontre :

Aux Tattes. Dimanche 29 mars de 12h à 16h. Dans la cour centrale du foyer des Tattes ( 1 chemin de Poussy, Vernier)

 


09:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ayop, tattes, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/03/2015

Sports : poursuivons l'effort !

hommage-champions-sport-ville-geneve.jpgLe sport en  Ville de Genève va bon train. Il a un large soutien. Les rénovations des terrains se sont accélérées ces dernières années, et de nouvelles installations de proximité ont vu le jour (les proxisports, installés dans de nombreux parcs, permettent de pratiquer du sport gratuitement et en plein air).

La Ville de Genève a le leadership en terme de sport. Le sport en Ville de Genève, c'est un budget de 43 millions (10 fois plus que celui du Canton), c'est 44% du budget de toutes les communes réunies. C'est près de 133'000 personnes membres d'associations ou de clubs qui fonctionnent grâce à l'apport indispensable du bénévolat. De 2011 à 2015, ce sont 22'000 inscrits aux cours du service des sports et près de 8 millions d'entrées comptabilisées dans les infrastructures sportives, dont 2,9 millions concernent les piscines des Vernets et de Varembé! On peut comprendre que ces piscines commencent à saturer. La demande est imposante. La Ville va ouvrir une nouvelle piscine à Chandieu, rénove le petit bassin des Pâquis, mais il faudra à terme construire une nouvelle piscine olympique.

Soutenir les bénévoles

Le magistrat de la culture et du Sport, Sami Kanaan a récemment organisé un forum sur le bénévolat, conscient des efforts importants que réalisent les passionnés de sport, mais aussi des limites imposées aujourd'hui par la vie professionnelle au bénévolat. Si le bénévolat touchant à des événements ponctuels ou spectaculaires se porte bien (il n'y a pas eu de difficulté pour recruter lors des matchs de coupe Davis à Genève, mais lorsque Federer n'est pas là, la mobilisation est beaucoup plus compliquée). Le bénévolat ponctuel marche bien. Le bénévolat à l'année s'essouffle, que ce soit dans les comités, ou au bord des terrains. Les difficultés ont augmenté (administrative, relationnelles parfois, voire conflictuelle). Dans une société qui semble à cran, le sport est un rempart important contre les pétages de plomb. Comment prendre soin de ses agents, et que faire alors pour améliorer leur situation? Lancer un véritable plan d'action pour le bénévolat, c'est le signal très fort qu'à donné le magistrat Sami Kanaan. Bravo. 

Lutte contre l'homophobie et promotion du sport au féminin

Si la promotion du sport va bon train, il faut relever la belle initiative de la Ville de Genève de mener la campagne de lutte contre l'homophobie avec l'association suisse des services de sport. Le racisme n'a pas sa place dans le sport, ni la violence. Et il reste tellement à réaliser dans le cadre de l'égalité femme-homme. Récemment j'ai été interpellé comme membre de la commission sports du conseil municipal par une habitante témoignant avoir été dégoûtée en voyant un femme s'essayant au proxisport se faire reluquer par des mecs sur un de ces engins. Trop souvent encore, le sport dans l'espace public est pensé au masculin. Basketball / football et puis quoi, c'est tout ? Il nous faut réfléchir à donner de la place à des sports mixtes et à l'identité moins genrée. Et puis, les temps de partage des terrains doivent être mieux répartis, et l'accès à toutes renforcée, en soutenant l'accès au genre le moins représenté sur les lieux d'exercice. Trop souvent les femmes passent après le gars. Il est injustifiable que l'espace public, sportif entre autre, soit encore si difficilement accessible aux femmes, et qu'elles y ramassent discriminations et moqueries. ll  est intolérable qu'une femme se pose la question de savoir si 19h n'est pas une heure trop tardive pour aller faire un footing dans un parc, comme j'ai pu l'entendre parfois.   Nous avons 20 ans de retard sur certains pays en la matière. L'effort sur les mentalités et le partage de l'espace public doit être poursuivi.

Le sport c'est bon, soutenons-le!

Le vieux débat sport professionnel versus sport amateur a trop longtemps été utilisé à gauche pour se désintéresser du sport tout court. Aujourd'hui, de nombreux professionnels gagnent à peine leur vie en pratiquant leur passion, et de trop nombreux bénévoles s'y épuisent. La Ville doit poursuivre son effort, et l'accroître encore, afin de mieux soutenir les clubs qui sont des modèles pour les jeunes, mieux encadrer les gamins, offrir des installations de qualité et multiplier les aménagements d'espaces urbains pour favoriser les sports de proximité (fitness, sports de glisse, de rampe, pistes cyclables).

A l'ère du tout numérique et du règne des écrans, le sport est un facteur essentiel qui ramène au corps, au rapport à l'autre, et à l'environnement. C'est un élément d'éducation au vivre ensemble et de découverte de soi. 

Sports : unissons nos efforts pour poursuivre l'effort, Genève s'en portera mieux.


Sources:

http://www.ville-geneve.ch/fileadmin/public/Departement_3/Rapports/rapport-activite-departement-culture-sport-2011-2015.pdf

http://www.assa-asss.ch/cms/index.php?option=com_content&view=article&id=109:campagne-contre-l-homophobie-dans-le-sport&catid=26&Itemid=249&lang=fr


 

 

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25/03/2015

Le MCG veut la peau de l'aigle Sherkan

gshc_0.pngPendant que le MCG se montre les plumes à Onex avec son pestilentiel slogan "zéro frontalier", il y a un animal qui a lui tout seul illustre bien le ridicule de la position du MCG, c'est l'aigle Sherkan.


Car la coqueluche des genevois, la fierté du Genève Servette Hockey Club, est un vrai, un bon frontalier. Le fauconnier qui s'en occupe s’appelle Jacques-Olivier Travers, il est né en France en 1972. Fauconnier depuis 25 ans, il a créé en 1997, le parc des Aigles du Léman, sur la commune de Sciez en France voisine. Il s’occupe de Sherkan pour le club depuis le début. Diable, que vont désormais penser tous les politiciens du MCG qui adorent se faire prendre en photo à la patinoire et ne manquent pas de souligner combien le club leur tient à coeur alors que le symbole, l'emblème du club est un frontalier, qu'ils veulent à tout prix éradiquer de la vie genevoise  ? 

Sherkan :ambassadeur de Genève

Sherkan a très souvent été présent lors des évènements de la Ville ou du Canton de Genève. On a pu vérifier sa popularité lors de la Coupe Spengler à Davos où près de 900 personnes par jour venaient se faire photographier en sa compagnie. Jolie carte de visite pour Genève! On attend désormais avec impatience la motion ou l'interpellation du groupe MCG au grand conseil ou au conseil municipal demandant de virer l'aigle Sherkan pour engager un local ! Que l'on aille au bout du scénario tragi-comique du MCG. Qui sait, peut-être proposeront-ils la tortue Janus à deux têtes du musée d'histoire naturelle ou une bique du bois de la Bâtie de le remplacer pour chauffer la patinoire. Il n'y a pas à dire, il y aura vraiment du spectacle alors et nos joueurs se sentiront pousser des ailes... 

Sherkan: frontalier étranger !

Sherkan, le frontalier du Léman est né en 1999 au Canada. C'est donc un frontalier et un étranger...  et comme son espérance de vie est de l’ordre de 45-50 ans, il est là pour durer. Le MCG va en avoir des ulcères d'estomac. Un frontalier plane sur la ville! Et pire encore, un autre pygargue des Aigles du Léman est préparé pour remplacer Sherkan au cas où. Son nom : Kéops (pas vraiment un nom bien de chez nous, ça). Il est âgé de 6 ans... et voilà, encore un frontalier pour en remplacer un autre. Il y a du copinage là-dessous pensent les empaillés du MCG en se grattant le caillou.   

Sherkan : traître à la République ! 
Les MCG commence à flairer le bon coup. Vont-ils boycotter la patinoire? Y coller des autocollants zéro frontalier, menacer de tirer à vue sur tout volatile non estampillé swissmade et résidant à Genève qui déplierait ses ailes dans la patinoire? Pire, le MCG réalise qu'en 11 ans Sherkan a manqué deux matchs, une fois parce qu’il était reçu au palais de l’Elysée, et une fois parce qu’il participait à un spectacle d'importance, en France toujours. Diable, deux fois Sherkan a trahi son club au profit de l'hexagone, s'acoquinant même avec le palais de l'Elysée. C'est plus que trop, et suffisant pour virer l'indélicat rapace, traître à la République! Le MCG, par souci de cohérence, demande la peau de l'aigle Sherkan.

Leçon de l'aigle pour les empaillés

Pour conclure, excusez-moi d'avoir cherché à traiter avec un peu d'humour un sujet qui n'en recèle pourtant aucun, celui de la xénophobie et de la posture politique du MCG qui met en danger ce qui fait la force et la fierté de Genève: sa diversité, sa capacité à intégrer et valoriser les compétences de chacun.e, de soutenir la citoyenneté plutôt que le racisme. 

Pour ma part, que l'aigle Sherkan soit un frontalier, son fauconnier, l'infirmier, la juriste, l'enseignante, la boulangère, le chauffeur des TPG etc., des frontaliers aussi n'est pas un critère central. Je préfère me soucier des conditions salariales, du logement, et de la mobilité, facteurs autrement plus nécessaires pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses que l'origine de leur lieu de résidence, la couleur de leurs peaux ou de leurs plumes.  

Que la fiente de l'aigle Sherkan retombe sur la tête de ceux qui veulent en connaître la couleur et l'origine ! En la reniflant bien ils verront que le travail est du travail et que la merde est de la merde, peut importe de quel côté de la frontière elle provient, et qu'elle tombe toujours du haut vers le bas.

 
 
 

Sources: 

http://www.gshc.ch/fr/Club/Sherkan.html (Genève Servette)

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/etude-professeur-flueckiger-frontaliers-prend-mcg-contrepied/story/15846981 (Frontaliers)

https://www.youtube.com/watch?v=AbcyeRJUruU (Oiseaux de passage)

http://www.synonymo.fr/synonyme/fiente (Fiente)

14:29 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gshc, frontalier, sherkan, mcg, fiente, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/03/2015

Ueli Maurer et son petit chocolat chaud

 

C’est un grand jardin et dans ce grand jardin il y a des orangers et des oliviers. Le jardin descend en pente douce jusqu’à la source, de couleur verte émeraude et charbon sur ses bords. Les chevriers y amènent leurs chèvres noires, leurs sabots glissent sur la pierre et les clochettes dorées comme des soleils tintent au milieu du thym joyeusement piétiné.

 

Les bêtes s’ébrouent, bondissent, s’affrontent parfois cornes contre cornes. Le ciel est invariablement bleu et le vent atone. Non, du vent, il n’y en a pas, jamais. Des enfants jouent là, ils font des bulles de savon noir et frottent des cailloux les uns contre les autres pour produire de petites étincelles orangées. Ils prennent un peu de paille la ramassent dans leur paume et l’enflamment. Parfois ils ramassent des cailloux et les lancent.

 

Ils rient en se soufflant de la fumée les uns sur les autres, tournent autour du petit feu. Les femmes lavent leur linge juste à côté. Elles sont courbées, frottent sur la pierre des draps, des nappes, des pantalons de couleur très grands. Elles chantent parfois, une chanson du village que tu ne comprends pas.

 

Elles chantent encore plus fort parfois, et leurs mouvements se font plus lents, leurs mains se crispent sur les anses des bidons, bleus pour le savon noir, blancs pour le linge sale et des paniers d’osier pour la linge propre. Un âne harnaché à une charrette de bois attend, patient. Et dans le ciel : formes grises qui passent en bourdonnant.    

 

Les hommes se réunissent dans la salle du village. Ils fument doucement, se prennent l'avant bras lorsqu'ils rient. Une radio est allumée à longueur de journée. Elle diffuse, dans une langue que tu ne comprends pas, les nouvelles quotidiennes, parfois de la musique aussi. Les yeux des hommes s’embrument très vite, comme quand vient la pluie, ou quand les jeeps apparaissent sur la colline. Ils prétextent alors une poussière dans les yeux et détournent la tête, ou alors ils serrent les poings, forts.

 

Certains, parmi ceux qui ont des visages durs comme des pierres manient les armes. Ils ont tranché la gorge de mouton et savent comment faire jouer des mouvements de culasse. Ils peuvent aussi soudain se mettre à pleurer, là, pour une chanson pour un poème ou pour un conte ancien, presque anodin, racontant comment les figues sont apparues sur cette terre :  graines tombées des cheveux d’une femme qui se lavait à la source avec le lait des chèvres. En s’endormant, elle avait laissé glisser sa tête proche du terrier d’une bête dont les habitants préfèrent ne jamais le nom. La bête dont les habitants préfèrent ne jamais dire le nom a donné les figues aux habitant-e-s du village et le blé, les olives.


Les figues sont belles, elles sont grasses et très lourdes. Les femmes quand elles les mangent regardent les hommes d’une autre manière, et se penchent en avant. Les hommes aussi regardent alors les femmes d’une autre façon. Ils fument doucement et leurs pieds font au sol des cercles, comme des animaux qui grattent le sol, des chiens sauvages quand ils tournent sur eux-mêmes, balayant le sol de leur queue.  

 

Les enfants ont dessiné à la craie des arbres sur la pierre, des oiseaux, en rose en blanc et rouge pastel. Une vieille affiche pour du bouillon Knorr énonce   « once upon a time » :  il était une fois, dans le village, mettant en image une grande bassine en cuivre, une vieille dame toute blanche dont la soupe est comme une histoire que l’on se raconte et que chacun voudrait partager.

Alice au pays des merveilles a visité ce paysage, et  Bambi, et Lady Gaga ? Non. Jamais. Depuis longtemps: plus rien. Il y a des braises qui brasillent sous la casserole. Toujours un cône de terre cuite sous lequel mijote un agneau, un pain chaud et large sur la plaque de fonte brûlante. En hiver, le pain brûle les doigts et les lèvres, embaume les maisons basses. Il est bon alors de le tremper chaud dans l'huile d'olive. En été, pareil : même pain, même chaleur, une pâte de pois chiche qui colle un peu au palais, de la menthe fraîche.   

 

Un tout petit peu plus loin, il y a les barbelés un tout petit peu plus loin encore les tracteurs cassés, et encore un tout petit peu plus loin des hommes casqués. Un tout petit peu plus loin encore un chef de chantier et des plans déposés sur la table. Un tout petit peu plus loin des trax américains qui comme des béliers vont taper les oliviers et briser-fendre-casser les troncs.

Et si une femme se met devant, ils lui roulent dessus pour l'écraser (Rachel Corrie). Et si une femme essaie de les arrêter : ils la tuent. Un tout petit peu plus loin il y a des grands pans de parois de béton que des grues jaunes comme des citrons soulèvent dans le ciel et déposent au milieu des champs dans un nuage de poussière. Un tout petit peu plus loin, il y a la tour centrale à côté du puits condamné et des caméras dessus, un tout petit peu plus loin encore une autre tour, d’autre caméras dessus, et encore une tour, et encore des caméras, et encore une tour, et etc…. là où il y avait avant des oliviers.

 

On entend  du village les morceaux de béton que des hommes habillés de vert soudent et clac fer tendu qui les ceint et clac ces hommes fixent les morceaux de béton entre eux, et clac ils serrent et clac serrent, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumière qui puisse passer, non rien. Jusqu’à ce que fer et béton soient collés comme les lèvres des vieux lorsqu'ils ont expiré, ou lorsque des enfants, dans les manifestations, se prennent une balle dans le front clac clac clac.  

 

Depuis le village on entend ce bruit des morceaux de béton que l’on encastre. Certains enfants croient que la terre tremble ils commencent à pleurer. Mais c'est leur cœur qui tape plus fort, c’est leur cœur qui tape plus fort…. et leurs mains qui se serrent, tu vois.


Et plus loin il y a ceux qui ne se salissent pas les mains, et plus loin il y a ceux qui vendent les bulldozers blindés, et plus loin ceux qui achètent des armes, et plus loin encore ceux qui viennent ici en vacances juste de l'autre côté du mur, pour aller se bronzer, et plus loin encore il y a Ueli Maurer, que la honte soit sur nous et sur notre pays qui abrite les conventions de Genève, qui boit un chocolat chaud loin des barbelé des murs et des gamins avec le coeur qui bat à rompre. Il dit : 400 millions pour vos drones efficaces, je suis prêt à payer, comme cela la Suisse sera bien gardée, bien protégée et nos civils correctement surveillés.   

 

Il boit son chocolat chaud, il saigne un petit peu du nez. 



http://www.rts.ch/emissions/temps-present/5722547-bientot-un-tueur-dans-le-ciel-suisse.html

11:00 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drones, ueli maurer, suisse, conventions de genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/03/2015

Attention aux paradis perdus

product_9782070144433_195x320.jpgPas le temps de lire Balzac, ou Zola? ou plutôt: envie de trouver une inspiration pour y retourner? Le dernier livre de Fabrice Humbert, Eden utopie, esquisse la fresque de deux familles au 20e siècle en France. Roman? Auto-fiction? un peu des deux. Humbert raconte sa famille et celle de ses cousins éloignés, effectue un clin d'oeil aux Rougon-Macquart de Zola. Si, dans les livres du 19e les classes sociales ne se mélangeaient pas et les fronts sociaux étaient bien dessinés, dans Eden Utopie, au 20e, les Meslé et les Courcelles, sujets de l'histoire, se mêlent et connaissent des fortunes diverses.


Tu respecteras ton père et ta mère

Les grands parents ont connu deux guerres mondiales, la pauvreté. A la sortie de la seconde, un grand père, pasteur résistant dans les Cévennes, fonde "la fraternité", espace communautaire jaillissant d'un milieu protestant, austère et travailleur, arrimant l'utopie d'une vie collective et engagée dans le réel. Les aînés sont des fondateurs, les enfants seront des frondeurs, portant en eux à la fois l'utopie des années 68, ses désillusions, l'héritage héroïque d'une éthique de vie protestante, et l'amertume d'un paradis perdu, oscillant entre rêve et réalité, assumant la charge ou la tare de l'héroïsme des aînés avec la volonté de vivre une vie à hauteur d'utopie... rien de moins. La révolution ou la mort! Mais le réel n'est pas aussi simple... il arrive que l'on survive à ses désirs de mort, et alors... 


Portraits de famille

Humbert ne délivre pas de secret de famille, ni ne révèle de grand tabou, non. Il rencontre les acteurs de ces années françaises, les écoute, nous les présente, nous replonge dans cette France d'après-guerre, les trente glorieuses, puis les années 70 puis 80, celle des Belmondo, Brigitte Bardot, Jospin puis Eddy Barclay, où l'on voit émerger la bouille chevelue et talentueuse d'un Dominique Strauss Kahn, passer Jospin dans la communauté protestante, etc., Cette tournée des grands ducs fascine parce qu'elle met en tension la dimension intime et politique, sociale comme quotidienne de l'existence.

La grande histoire se mêle à la petite. On pense aux vies minuscules de Michon, en plus people et glamour, mêlant le papier-glacé des magazines aux tracts politiques d'Action Directe. On se repasse le film de Wadimoff: Opération libertad quand on lit les foirages des apprentis-révolutionnaires, et au final on a le sentiment de contempler une photo de famille, la sienne, la nôtre: portrait de famille étendu à grande échelle où même Oussama Ben Laden fait une apparition en jet-setteur à Saint-Tropez... cela, c'était bien avant les années 2000. 


De fil en aiguille: surveille tes fréquentations

La roue tourne comme dit le diction. Ses dents crénelées ne laissent personne indemne. Le beau-père connait l'ascension sociale, le tout Paris déboule à la maison. Le petit Fabrice assiste aux soirées cossues, ministérielles, fruit de l'ascension sociale. Pendant ce temps, sur l'autre aile de la famille, ça tangue. Les enfants lancés dans la lutte révolutionnaire, de fil en aiguille et de fréquentations en mauvais plans, tombent pour l'une en prison, l'autre en galère de petits boulots en plans miteux; concours de circonstance ou héritage inconscient. Et au final, la route criminelle des militant-e-s d'Action Directe les clouent dans leur quête utopique.


Histoires individuelles - histoires collectives

La grande force de Humbert est de ne pas juger, mais de chercher à comprendre, par la famille, dans la famille, de l'intérieur encore, ce qui est le produit d'un milieu, le reflet de la société et ce qui entremêle les deux. On frôle la notion de destin. Il s'attarde sur ses proches, -de la bonne ou de la moins bonne famille qui peut dire-, qui tous cherchent à sortir de leur milieu, de leur classe, du cocon, à ne pas faire comme leurs parents, ni à imiter les grand-parents; de changer ses habitudes et atavismes, tout en les reproduisant, malgré eux.


Existences héroïques - existences romanesques

Les héritages sautent une génération, reviennent comme des boomerangs dans la tronche des aînés. La vie n'est pas un jeu, même vécue échevelée dans les années 70. Il semble que tout doive se payer un jour, et si certains pensent un temps pouvoir atteindre l'Eden, leur paradis perdu, cette utopie se fracasse sur le réel. Et pourtant la vie continue... Le temps est le véritable héros de ce livre et les familiers deviennent au fil des pages des héros romanesques, tragiques, tristes, et beaux que le temps façonne ou condamne.    


Toute écriture est réécriture

Humbert parvient finalement à faire grincer les gonds de son propre protestantisme et de son milieu. Lui, l'enfant qui s'enfermait dans les livres pour se protéger, passe à l'acte par l'écriture, et ouvre une brèche dans son histoire en la reprenant. Et si la libération venait du langage? Et si le véritable paradis résidait dans la capacité à dire et raconter? Il trouve la bonne distance avec sa famille, ses récits tronqués et ses incompréhensions; avec l'histoire sociale qui l'a produit, mêlant des destins et des fils qui se nouent, improbables.

Il n'est jamais neutre, mais d'une tendresse engagée: Je trouve beaucoup moins con de vouloir changer le monde à seize ans que de jouer aux jeux vidéos et de chercher des images porno toute la nuit sur internet. Il se trompe parfois, et le reconnaît. Après une rencontre avec Jean-Marc Rouillan d'Action Directe il écrit:  Est-ce qu'on n'est pas plus proche d'un terroriste qui aime Rodin que d'un banquier qui joue aux jeux vidéo? avant de se rétracter dans la foulée par un jugement sans appel : phrase stupide et atterrante qui montre que j'ai fini par succomber au numéro Rouillan. 

Faire sa vie 

Cette sincérité et la force de se raconter de l'écrivain est son pouvoir sur le réel aussi. En conciliant imaginaire et témoignage, il propose sa version de l'histoire et renoue avec sa famille, tout en s'en émancipant par un rôle singulier. Il nous arrime sur un pan de l'histoire sociale et politique du 20e siècle, histoire qui continue de se construire et à laquelle volens nolens, que nous le veuillons ou non, nous sommes liés.

Attention aux paradis perdus donc; comme en négatif, mais sans déterminisme, ils dessinent nos chemins de vie.  



 

 

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humbert, eden, utopie, action directe | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/03/2015

Chauffe amour, chauffe

Plus de 100'000 visionnements sur Youtube. Je crois que c'est la chanson en latin la plus écoutée de nos jours.


L'orgue hammond et l'esprit

Une chanson que reprennent tout au long de l'année et chaque été des milliers de jeunes et de moins jeunes à Taizé. Ton amour est plus fort qu'un coup de soleil  (Tui amoris Ignem), tube mondial, est chanté par une centaine de frères venus des quatre coins du monde laissant derrière eux famille, richesse, appartenances pour revêtir une robe blanche plutôt queer et vivre l'évangile à Taizé, Bourgogne, France. Ils répètent en boucle presque des chansons lancinantes dans toutes les langues, sur tous les tons, accompagnés seulement d'un petit orgue Hammond et de l'esprit saint. Ils chantent pour les ados et les bonnes soeurs, mais pas que:  pour des dizaines de milliers de personnes aussi qui s'arrêtent quelques heures, quelques jours  à Taizé. Ils chantent pour Dieu, par amour.   

Frère Roger, la gégène et les génuflexions

Mais avant que Taizé devienne une référence, il n'y avait pas vraiment de quoi pousser la chansonnette (sauf sous la gégène). C'est rude et c'est violent. En 1940, Roger Schutz, futur frère Roger, débarque de Suisse et fonde à Taizé une petite communauté, y cache des juifs pourchassés par les collabos français. La Gestapo débarque, Roger se réfugie en Suisse. Il reviendra en Bourgogne à la fin de la guerre, y accueillera des orphelins de guerre et des prisonniers. La communauté, basée sur la prière et le travail grandira en plaçant l'oecuménisme, l'internationalisme, l'accueil des plus jeunes et l'éveil à la foi au coeur de son engagement.

Comment un homme qui vécut toute sa vie dans la générosité et l'amour peut finir assassiné en pleine prière? Il y a quelque chose qui laisse sans voix. 2005, frère Roger est poignardé par une déséquilibrée en pleine prière (accompagné comme toujours seulement d'un petit orgue Hammond et de l'esprit saint).


La foi : work in progress

J'ai découvert Taizé bien après avoir arrêté d'écouter du heavy-metal. J'ai aimé le grand espace de l'église plusieurs fois agrandie où 3000 personnes se serrent dans le silence et le recueillement. J'ai aimé les parois assemblées de bric et de broc, les moquettes seventies qui rappellent que la construction s'est faite par ajouts, à partir de peu, incarnant la foi dans ce qui vient, confiance dans le don. Les paysans donnent du lait, les commerçants du pain. Manger dans des bols en plastique et risquer les puces dans les dortoirs. Bien. Tout là-bas dit la simplicité, la confiance dans ce qui vient, et toujours: le travail en commun. 

Les larmes nettoient

Les chants de Taizé m'ont fait pleurer. Ils ont réussi même là où Patti Smith a échoué. L'orgue Hammond: plus fort que la batterie. Parce qu'ils m'ont pris aux tripes et que j'ai vu les visages des humains recueillis là, les fatigués, les cassés, les recueillis, les adorants, les extatiques. Quand je vois des gens pleurer, de tristesse ou de joie, je pleure aussi, c'est immédiat, humain : animal donc.

Ce que l'on appelle le refrain chez les laïcs, est ici une prière. La répétition lancinante veni sancte spiritus, tui amoris ignem accende, veni sancte spiritus, veni sancte spiritus : une invitation à lâcher le mental. Cette phrase lourde tourne en boucle, lancinante, percutée par de l'allemand, de l'espagnol, de l'anglais, du français, d'autre langues, mais qui toutes disent la même chose:  viens esprit saint viens, chauffe-nous, brûle-nous de ton amour, ici bas ça caille, on claque des dents, mais nos coeurs même durs sont de paille encore et nous sommes de matière inflammable.  

Dans l'église de Taizé, tout le monde est assis à la même enseigne. Les pauvres, les riches, les boiteux, les handicapés. Pas de sièges d'exception, pas de marques, de différences. Tous au sol, et devant le même mur de lumière, entonnant dans toutes les langues des paroles simples, faciles à répéter, qui vont fouiller bas et font d'un mot un monde. 

L'amour au risque des identités 

Le vendredi, la grande croix de bois est mise au sol. Ceux qui souhaitent s'y prosterner se lèvent, s'avancent, pour déposer leur front sur la croix. Non, ça ne se bouscule pas, ne se presse pas, non;  ça chante, attend son tour et chante encore, dans toutes les langues et dans tous les tons, juste et faux aussi, quelle importance? Parce que les larmes coulent, elles nettoient tout.   

Pourquoi je ne laisserai personne dire que ton amour est un feu n'est pas la plus belle chanson du monde? Parce qu'elle a été écrite dans l'amour, et qu'elle place cet amour au-dessus de la connerie des hommes et de leurs violences, au-dessus des divisions et des jugements ; et que cette phrase  : aimons-nous les uns les autres puisque l'amour est de Dieu, me permet de me replacer sans fin devant cet amour qui vient de plus loin et plus profond que nous,  que nous soyons femmes, hommes, musulmans, chrétiens, athées, bouddhistes ou que sais-je.... parce que l'amour rassemble là où les identités divisent.    


Tui amoris ignem :

https://www.youtube.com/watch?v=YkfSQO9aQG8

10:43 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taizé, frère roger, chanson | |  Facebook |  Imprimer | | |