sylvain thévoz

27/07/2015

L'amour, les lois du marché

eric roset, www.eric-roset.ch

La Prostitution est un Art, un Humanisme et une Science

–Grisélidis Réal- 

 

Lundi.

 

D’abord je me mets devant le miroir, et me regarde à peine. Avant toute chose je me maquille, me recouvre de poudre, de rouge à lèvre, m’étire les cils.

Après seulement, je retire mon sweat-shirt à capuche. Je garde mon portable avec moi ; les petites touches qui s’allument, c’est beau comme un sapin de Noël. Cela me change les idées, comme quand je passais gamine sur la rivière, sautant d’une pierre à l’autre, ça me distrait et j’en ris. A ceux qui m’appellent, je réponds en tout temps.

Je suis disponible. Je peux laisser sonner aussi quand je suis épuisée.

Je sais être ouverte, je peux me refermer très vite.

Je prends mon sac à main, un faux truc en croco, petit compact sur le fauteuil d’entrée. Je dis au revoir au chat ; vérifie qu’il a bien toutes ses croquettes, un bol de lait froid. Je ferme la porte doucement. Cela sent la soupe, le chou, le saucisson dans la cage d’escalier. Pas un bruit, les voisins sont couchés. Il savent être discrets. Je ne les connais pas. Je pense à mon fils. A ma mère qui s’en occupe quand je suis loin de lui.  

De chez moi au boulevard Helvétique, il y a 200 mètres seulement, mais j’y vais toujours en taxi. J’appelle toujours le même conducteur, je le connais. J’ai toujours son numéro sur moi. Il vient me prendre à heures régulières, me ramène à la maison quand je veux, n’importe quand.

Au quotidien, je suis basket et training. J’aime être décontractée à la ville. Travailler, c’est enfiler un costume, changer de personnalité. Ou plutôt : la mettre en veille. Je ne marche pas dans les rues quand je suis de mise pour le travail. Je ne marche jamais sur mes talons. J’aurai trop peur que l’on me prenne pour une pute.

Tu me vois la journée, la nuit, tu ne me reconnais pas.

Tu me vois la nuit, la journée tu ne me remarques même pas.

 

01MbV9fLCBcqlkIffjOJp71fP93A_91NwSyBOgSOj5A.jpgLa nuit - c’est différent - je dois tout faire pour me faire voir. Je dois te montrer, clairement, qui je suis, pourquoi je suis là, et ce que je négocie. Ma présence, c’est du boulot mon gars.

A 23h rien n'est clair. A 2 ou 3h du matin tout le devient. Le costume fait la différence. Le regard que je lance aussi. Il n’a pas la même nature ici et là. Tu la vois la différence ?   

Pour aller au travail, je ne marche jamais sur les trottoirs. Je les arpente quand je bosse seulement. Certains soirs, je vais au boulevard Helvétique, au boulevard des Tranchées, comme si je montais au front.

Bon, je ne sais rien de ceux qui vont au boulot comme à la guerre ; mais j’imagine qu’ils y vont dans la banalité, emportés par le mouvement général, et basta. De toute façon il n’y a plus de lignes de nos jours.

La guerre est partout, tout le temps, et le fric, il faut aller le chercher. Selon les lois du marché.

Certains soirs, je ne sais pas pourquoi j’y vais. Ça va te choquer, mais peut-être parce que j’aime ça aussi, faut croire. Etre dehors et aimanter ces mecs du regard, les dominer aussi. Mais surtout, j’ai besoin de fric. Comme tout le monde. Selon les lois du marché.  

Ce que je fais, je le fais bien. J’ai développé des compétences, un savoir-faire.  Je sais y faire, je suis habile, je suis rapide, les hommes: les mariés, les coincés, les timides, les fatigués du pouvoir, aiment ça.

Je me suis adaptée aux lois du marché.

J'y excelle même. Pourquoi me jugent-ils?

 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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21/07/2015

Tour de France, Tour de fiente ?

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Des forçats de la route, des mecs qui se brisent les vertèbres en chutant comme des dominos, leurs clavicules qui sautent comme une chaîne sur des pignons, au pire moment, à tous moments, sans crier gare.

 

Des mecs qui...

Des mecs qui n'ont pas de repos, pas de répit; sous les lauriers, dans la voiture balais, à l'hosto: sont toujours au taquet, pour gagner, abandonner, se remettre d'aplomb.

(Doivent toujours être les premiers : pour finir leurs assiettes, se mettre au lit, remonter sur la selle).  

Des mecs qui se frottent, se body check sur leurs biclous qui valent plus chers qu'une bagnole, dévalent des cols à plus de 100km/h, valsent au sprint à des vitesses supersoniques quand ils ne terminent pas au tapis, brûlés par le bitume, réduits à rien; un petit vélo cramoisi dans la tête: celui de la commotion cérébrale, tartine de goudron fondu et d'hémoglobine faisant passer pour des icebergs indestructibles les glaces vanille des gamins les ayant vu se gameler, en riant nerveusement.

 

Tiens, encore un soleil 

Des mecs lancés comme des bombes sur des parcours de galériens pour produire du spectacle.

Des mecs donnant tout pour satisfaire les foules, de la grand-maman en EMS aux jeunes balbuzards dans les bars, dizaine de milliers de voyeurs agglutinés le long des routes, 5 millions de français devant le petit écran, 1 ou 3 milliards d'audience cumulée dans le monde. Qui dit mieux? Les jeux olympiques, la coupe du monde de football ? A peine. 

Des mecs qui offrent leur sang, leur sueur, des dents serrées, émiettées, leurs rotules concassées.

Des mecs avec leur tête qui dodeline, s'affaisse, s'effondre, casquettes visées sur le crâne, leurs yeux derrière les vitres de leurs lunettes fluo, comme des mouches, des stars de cinoche dans les eighties.

 

L'Alpe d'Huez, c'est comme Hollywood   

Des mecs: des gladiateurs, des gigolos, gorge sèche, air hagard, qui grommellent sous la charge, mêlant virilité et épilation.

Des porteurs de bidons, des danseuses aux mollets soyeux, la nuque fraîche, leurs parties fines protégées par une peau de chamois. Dieu seul sait quel déo ils utilisent.

Des mecs casqués qui se ressemblent tous et ne ressemblent à rien.

Des extra-terrestres ayant quitté la bipédie. Des mecs à prothèse.

Les êtres bioniques de demain.

La gourde, l'oreillette et la route? Ce que tout le monde vit le matin en allant bosser avec son maillot de sponsor sur le dos (Nike, Gucci ou Hilfiger).

Eux au moins ils y vont en équipe, et ils s'entraident.

Mais la rivalité est la même.

 

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeUne forteresse de type Moyen-âge

Des mecs queer, des esthètes qui vivent comme au Moyen-âge, un compagnonnage de chevaliers sans armures.

Des maigrichons, des balèzes, des rabougris, des timides qui restent toujours entre équipiers, dans leurs mobile home, leurs cars ou leurs chambres d'hôtels, se couchent avec les poules pour reprendre à l'aube, gonflés à bloc, leur travail de stakhanoviste sous surveillance policière. 

Des mecs qui cherchent à tout prix un bouquet de fleurs et les baisers d'une starlette. Des mecs transformés en placard publicitaire, des héros avec quelque chose de désuet, de décati, de décousu.

Des bad-boys, des drogués, des flèches, des camés : des sportifs d'élite, c'est-à-dire:  comme tous ceux de cette trempe : des obsédés.

 

Des Federer qui ne maîtrisent pas leur comm' 

Des mecs qui ont le blues, les tripes à l'air, mais ne refusent jamais de descendre du bus pour aller charbonner. Des mecs qui cuisent comme des oeufs sur des bandeaux de béton, mangent des bordures de bitume au petit-déjeuner.

Des Mike Tyson de la chambre à air. Des puncheurs sans protège-dents.

Des anorexiques soignant le mal par le mal.

Des bagnards, enchaînés à leurs vélos, pour qui le rêve ultime c'est un beignet gras et sucré oscillant sous la banderole estampillée arrivée comme une hallucination dans le désert; la portière de leur directeur de course à laquelle ils s'accrochent comme des naufragés. 

 

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeAttaque attaque encore

Alors oui, pour oublier la souffrance, il y a vraiment de quoi s'enfiler de grosses tartines d'EPO, des suppositoires de testo, afin de résister à la pluie, au vent de face, à la pétoche dans les cols, encore.

Il y a de quoi prendre un cocktail de corticoïdes pour se durcir, en se répétant toujours la même chanson dans la tête pour rire du mec qui braille dans l'oreillette attaque attaque attaque encore...quand les jambes sont en soie et le vélo plombé; afin de pouvoir rêver peinard à la cocaïne de fin de saison à Ibiza.    

Des mecs, des fous furieux, des smicards, des inconnus, des nobody, accros à la vitesse, à l'effort, à la sueur, au Tour de France, au Tour de Flandre, de Suisse, d'Italie ou d'Espagne, des mecs qui veulent exercer leur métier, tourner en rond jusqu'à la victoire avec leur CV cycliste long comme le bras mais qui n'avancent plus, terrassé par le coup de pompe, l'hyper compétitivité, le coup de chaleur, la cabale médiatique, qui jettent l'éponge, et mettent la flèche à droite, filent tout droit, tombent au bord de la route, ne se relèveront pas, disparaîtront de l'écran. Des courageux. Des inconscients. Des lumineux, quand ils ne flambent pas.  

RIP Simpson / Pantani / Casartelli / Kivilev...  


tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeEt si le dopage dopait... l'audience ?

Tour de France, tour de fiente?

Sur ces mecs, la salissure. Les tracter dans la boue avec leurs maillots fluo ça en fait jouir certains. Leur jeter la suspicion à la gueule, dès qu'ils gagnent, dès qu'ils vont vite ou même trop lentement, même quand ils perdent, c'est trop bandant.

Leur crier qu'ils sont défoncés au sperme de taureau, qu'ils développent trop de Watts, ou pas assez, alors que 80% de ceux qui regardent le spectacle sont chargés à la caféine, boursouflés aux antidépresseurs ou à l'huile de palme, peuvent à peine monter un escalier.

Ceux qui leur crient dopés tous dopés et s'enfilent une bière, n'ayant pratiquement jamais mis leurs fesses sur un vélo ni monté un col autrement qu'avec un moteur à explosion ou en téléphérique.

 

Ceux qui ne connaissent rien de l'effort, de la souffrance, avec ou sans dopage. Ceux qui ont expérimenté pour tout tour, d'aller aux toilettes et retour pour rien louper de leur télé avec une régularité d'amateur éclairé;  ceux qui connaissent pour tout tour celui de leur quartier le soir avec toutou.   

Tour de France, tour de fiente, pour ceux qui déversent de l'urine sur les mecs numérotés, filent des coups de poing à ceux qui roulent avec du lactose plein les guiboles, lèvent bien haut leurs pancarte insultant du premier jusqu'au dernier: tous dopés

Tour de France, tour de fiente pour ceux qui se donnent le droit de dire à ces mecs, au nom du passé, au nom de leur vitesse et résistance, tout ce qui leur passe par la tête ou qui leur manque.

 

Le cyclisme est une psychanalyse sauvage

Le doute profite à l'accusé ? Ici, non jamais. Le doute nuit. Même au petit gars qui carbure à l'eau minérale, s'il a le malheur de gagner. Ici ne gagnent que des dopés, ou des tricheurs. C'est ainsi, c'est dit.  

Mais le véritable tour de force du tour de fiente, c'est le recyclage. C'est de parvenir à faire du dopage un élément supplémentaire d'une dramaturgie qui fait vendre. Il métamorphose de la merde en or et fait de l'industrie chimique une valeur gustative supplémentaire.

Je m'explique : la machine médiatique fait du fric avec tout ce qu'elle peut. Sans dopage, les descentes dans les hôtels ou les mystères des mobile home, le cyclisme serait un sport aussi chiant que la course automobile.

 

Le Cluedo du dopage 

Dopés ou pas dopés? Ce facteur d'incertitude augmente encore la tension. Même quand il ne se passe rien sur la route, on peut commenter durant des pages et des heures le fait qu'un tel ou un autre soit chargé comme un mulet; chercher à savoir ce qui se passe dans les chambres d'hôtel la nuit, lorsque la télé est coupée, que l'on ne voit plus les couleurs des maillots, ni les casquettes ou les cuissards, les os saillants ou les mollets trop grands comme ceux des poulets aux hormones, quand on peut fantasmer des orgies d'anabolisants et d'EPO, lumières éteintes, jusqu'à celles des écrans.  


Le gros du spectacle est hors cadre

Injections, inhalations, baumes, camphres, transfusions appliquées?

Que se passe-t-il hors du champ des caméras ? Loft story est has-been, le Tour de France transforme le sport en Cluedo, en enquête policière : c'est le feuilleton de l'été. Et c'est bien parce que la caméra n'est pas toujours là où est l'action que le vélo fascine.

La télé a réduit le foot où passe le ballon.

Le cyclisme démontre que tout se passe ailleurs que là où est le vélo.

 

Qui gagnera le tour de fiente?

Les coureurs ? Les équipes ? les spectateurs ? Les sponsors? les journalistes ? L'organisateur du tour? Le système marchand, qui pousse toujours plus loin toujours plus fort, au détriment de la santé, de l'équilibre, du plaisir même?

Peut-être un peu tout ce monde là, et c'est peut-être aussi pour cela qu'années après années, tous paient pour voir encore, reviennent regarder par le judas de la télé ce que déroulera la caravane colorée jetant bidons de plastique, casquette de toile et morceaux pré-découpés de saucissons, objets gonflables à la volée ; de la merde sur la route, de la merde dans les mains, de la merde dans les veines et les poumons, le tout retransmis en direct à la télé : grand show polystyrénisé.

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeLe vélo avant tout

Les cyclistes sont des héros : non pas parce qu'ils avalent des kilomètres de bitume sous un cagnard infernal. 

Mais psychiquement, parce qu'ils supportent tout ce cirque plastifié.  

Et s'ils se dopent, c'est, je crois, avant tout, pour tenir le coup moralement et continuer à faire leur travail sans entrer en dépression ; pour que les gens en aient pour leur argent, et que le spectacle puisse continuer, année après année, à nous en mettre plein la vue avec ce tour de force.

Parce qu'ils aiment le vélo, plus que tout. 

 

 

08:32 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tour de france, tour de fiente, dopage, cyclisme, capitalisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/07/2015

Retour dans l'oeil du cyclone

james baldwinRetour dans l'oeil du cyclone est une compilation de 14 articles publiés par James Baldwin (1924-1987) dans différentes revues (Mademoiselle, Esquire, Ebony...) entre 1960 et 1985. Traduits et publiés au début de l'année chez Christian Bourgeois, ces textes nous replongent dans l'Amérique des années d'après-guerre, de Martin Luther King à Mohamed Ali, en passant par les marches des droits civiques, la guerre du Vietnam.

 

Baldwin met à nu une Amérique brutale, aux enjeux raciaux et sexuels épidermiques, incapable de se ressaisir (Point de non-retour) ou de se voir dans un miroir. Il y raconte son désarroi (Quelques mots d'un enfant du pays), sa contestation (Le rêve américain et le Noir américain), et la lutte nécessaire pour changer cet état des choses (Reportage en territoire occupé).

 

Qu'est-ce qui a changé ?

Le caractère extrêmement actuel de ces articles, à mettre en relation avec les tensions raciales aux Etats-Unis, est troublant. Ces textes ont gardé un tranchant et une actualité terrible, au point que l'on peut se demander, hormis un "premier président noir des USA", ce qui a vraiment changé au pays de "l'oncle Sam".

Le pouvoir dominant, économique, racial, est bien établi; de Watts à Baltimore, de Los Angeles à Ferguson, les émeutes n'ont jamais cessé. Les non-blancs se font toujours tirer comme des lapins, quand ils ne terminent pas en taule.

Ces textes vont toutefois au-delà de leur contexte historique et politique. Ce que Baldwin écrit sur les rapports de domination, de genre, la discriminations et les solitudes, est universel.

 

Qu'est-ce qui domine le dominant?

Baldwin, dans la lignée d'un Frantz Fanon, développe une réflexion fine sur la domination et l'histoire du colonialisme, les abus du pouvoir et sa violence. Il démonte les rouages psychiques de la participation de l'esclave à son asservissement, mais aussi du maître à sa propre domination.  

Pourtant, aujourd'hui encore, je crois (probablement parce que je suis noir) qu'il est très dangereux de modeler son opposition à la définition arbitraire, à l'épreuve infligée, sur le seul exemple fourni par son oppresseur.

Baldwin renvoie le blanc à son dénuement et à sa vacuité. A Montgomery, quand ceux qui avaient une place assignée dans les bus se sont déplacés, les blancs se sont retrouvés perdus, désemparés; incapables de remodeler leur vision du monde.

 

L'objet de la haine n'est jamais, hélas, situé commodément quelque part à l'extérieur, mais se trouve assis sur vos genoux, bouillonnant dans vos tripes et dictant au coeur ses battements. Ignorer ce fait, c'est courir le risque de devenir une imitation - et donc une continuation - des principes qu'on s'imagine mépriser.

 

Baldwin réfléchit sur l'assignation des places et l'enfermement, sur les moyens d'en sortir en nommant et se déplaçant, pacifiquement.   

 

Une nation à l'intérieur de la nation

Baldwin est animé par une volonté d'émancipation, de liberté et d'égalité. On y retrouve l'inspiration d'un Martin Luther King qu'il rencontre à de nombreuses reprises autour des années 60 (La dangereuse route qui s'ouvre à Martin Luther King).

Ferment de la fierté noire, du Black Power, au Black is Beautiful, les écrits de Baldwin portent une contestation dans la langue même : instrument politique, de pouvoir.   

 

Le rêve américain, l'identité

Baldwin grandit à Harlem. Il est jeune, pauvre, noir, et homosexuel. Bref, son identité contient tout ce qu'il faut pour se faire descendre rapidement... et il le sait. Il quitte le ghetto pour Greenwich village; puis Paris, où il devient écrivain. Il ne cessera jamais de voyager entre les USA et l'Europe.   

Récits sur la résilience, la sensibilité, et l'engagement, Retour dans l'oeil du cyclone est un livre à fleur de peau sur la nature humaine, le monstre américain, et de ce qui le constitue, mais aussi une source d'inspiration et presque d'éveil spirituel.

 

Dans l'oeil du cyclone, là où tout est calme.

Dans l'oeil du cyclone: où la tornade s'organise.  

 

 

 

James Baldwin, Retour dans l'oeil du cyclone, Editions Christian Bourgois, 2015

 

http://www.liberation.fr/monde/2014/08/18/de-watts-a-ferguson-cinquante-ans-d-emeutes-raciales-aux-etats-unis_1082803

 

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10/07/2015

Barthassat 2.0 : une mise à jour

Je souhaite ici poursuivre le débat engagé par mon dernier billet  : Baby Barthassat et la chose publique. J'ai été surpris par la charge émotionnelle voire passionnelle que ce dernier a déclenché ; étonné aussi par les injures portées à mon encontre par des gens bien en vue de cette société; des élu-e-s, qu'ils soient PLR ou PDC. Certes, Facebook désinhibe fortement, et ceux qui ne goûtent que peu le débat démocratique et la production d'arguments y cèdent trop facilement.

Beaucoup d'amis de Monsieur Barthassat se sont mis sur la défensive suite à mes propos. Ils ont sincèrement essayé de le défendre (comme s'il n'arrivait pas à le faire tout seul); mais peut-être aussi qu'un vieux fond bourgeois les encourageait à vouloir maintenir inaudible ce que tout le monde murmure tout bas. Lorsque quelqu'un soulève cette coutume, il faut alors inévitablement ... le réduire au silence. Pour ma part, il me semble avoir, certes avec engagement, mis des mots sur des actes qui appartiennent à Monsieur le Conseiller d'Etat Barthassat et dont il ne se cache pas du tout : l'exhibition répétée de son fils dans son cadre professionnel.  

 

Pour ma part, les enfants doivent être tenus en dehors de la vie politique

J'ai été sensible aux deux mots que la fille du Conseiller d'Etat a laissé en commentaire de mon billet. Elle y regrette que son frère voit si peu son papa, elle en souffre elle-même. Comme elle s'invite elle aussi dans le débat, j'aimerais rappeler ici que je ne m'adressais pour ma part en aucune manière au fils, à la fille, au tonton, à la tata, au papa, mais uniquement au Conseiller d'Etat en charge du Département de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture. Les enfants n'ont rien à voir là-dedans. Ils devraient, à mon avis, très soigneusement en être tenus à l'écart. Monsieur Barthassat conviendrait-il de cela? 

Il me sera toutefois difficile de plaindre le Conseiller d'Etat Barthassat. Certes, le métier de CE est exigeant, mais il est aussi composé de joyeux moments de détente. S'y ajoute une rémunération plus que correcte. Ajoutez à cela une retraite à vie, cela paraît suffisant pour que nous ne pleurions pas trop sur son sort. Cela rend encore plus surprenants les cris indignés des supporters de Barthassat, voire pathétique la manière dont ils le victimisent. 

Car enfin, un très grand nombre de nos concitoyen-ne-s vivent les mêmes difficultés que le magistrat Barthassat. Ils ne peuvent voir autant qu'ils le souhaiteraient leurs enfants. S'en plaignent-ils ? Ont-ils le choix ? Ils bossent. Emmènent-ils pour autant leurs bambins sur leur lieux de travail le lundi matin avant de le diffuser sur les réseaux sociaux? J'en doute. Vous avez déjà vu une vendeuse avec son bambin à côté d'elle dans un magasin? Vous vous positionneriez comment devant cela?   

C'est leur situation qui m'interpelle et celle des inégalités sociales. C'est pour changer la condition des familles moins nanties, de celles et ceux qui ne disposent pas d'un train de vie de ministre pour faire vivre leur famille, que je m'engage.

Je suis fier d'appartenir à un parti politique qui travaille activement et concrètement à lutter contre les inégalités, que ce soit par le biais de l'instauration d'un congé parental, pour l'augmentation des places en crèche; pour une égalité plus grande entre les femmes et les hommes tant au niveau des salaires que des responsabilités professionnelles ; un parti qui a instauré les frais de garde pour les élu-e-s siégeant au Conseil municipal, afin précisément que vie familiale et vie professionnelle puissent se dérouler d'une manière optimale, sans confusions de genre, ou que l'une ou l'autre de ces dimensions ne soit sacrifiée; et au final que les enfants en paient le prix. 

 

Et si Barthassat faisait son boulot plutôt que de se substituer à Gala magazine ?


Il est normal qu'un fils veuille passer du temps avec son père me glisse la fille du Conseiller d'Etat en bas de blog. Je suis d'accord avec elle. Il me semblerait encore plus normal, à l'inverse, qu'un père se rapproche davantage de son fils plutôt que de l'entraîner avec lui dans ses bourlingues et bastringues politiques, l'affichant à tout va. Mais de cela je ne suis pas juge, c'est du domaine de sa vie privée... pour autant qu'il ne l'étale pas publiquement à tort et à travers.

Car en affichant très fréquemment des images de son fils sur Facebook, en en faisant un sujet médiatique et politique, le Conseiller d'Etat Barthassat a choisi de projeter son fils dans la sphère publique et polémique. A partir de ce moment, il n'y a rien de choquant à en discuter ouvertement et à prendre une position critique sur cette manière de faire. Cela me semble même plutôt sain. Qu'en pensent d'ailleurs les chefs de services et les fonctionnaires qui travaillent sous Barthassat. On leur demande pour voir?    

En s'indignant de ma critique, les amis de Luc Barthassat le défendent mal. Par leurs insultes, ils confortent plutôt ceux qui pensent qu'il y a un problème dans l'approche du fait qu'un gamin de 15 ans se retrouve avec des hauts fonctionnaires à discuter de projets et de leur mise en oeuvre, avant de retourner à l'école comme si de rien n'était pendant que papa Conseiller d'Etat fait des selfies pour facebook.

 

Ce qu'il faut retenir de cette petite polémique ? 

A mon avis, une opportunité pour aborder des sujets importants pour notre République :

Un Conseiller d'Etat ne doit-il pas faire preuve de prudence dans sa manière d'exposer ses enfants en les impliquant dans sa vie professionnelle ?

Comment vie privée et vie publique se délimitent-elles à l'heure des réseaux sociaux; un élu à l'exécutif peut-il tout mélanger et l'afficher?

Avons-nous la capacité de sortir des débats à bas bruits entre les happy-few de la Vieille-ville comme il est de coutume dans cette République, atteindre une maturité démocratique qui permette de questionner ce qui m'apparaît personnellement comme une dérive d'un dirigeant politique  ?

 

Enfin, et pour conclure, le Conseiller d'Etat Barthassat, puisqu'il est féru de réseaux sociaux, pourrait-il réaliser sa mise à jour 2.0, et arrêter de faire de son fils un hochet médiatique?

 

Car je vois dans cela, pour ma part, quelque chose de profondément troublant pour la gestion de la chose publique et de la représentation qu'il en donne : un domaine que l'on gèrerait comme une petite entreprise familiale personnelle... à se transmettre ensuite ainsi... de père en fils, en quelque sorte.

 

Ce n'est pas ma conception du bien public, ni ce qui fonde mon engagement politique.

 

 

 

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09/07/2015

Baby Barthassat et la chose publique

barthassat, conseil d'etat, Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux économiser sur le baby-sitting. Plus besoin de chercher des solutions quand tu dois laisser ton gamin à la maison, pas de soucis à se faire sur où il va aller, avec qui: tu le prends avec toi.

 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux faire ce que personne n'oserait: te pointer à ton travail avec ton gamin, le laisser comme un enfant roi jouer avec les camions de pompier; dans le tunnel du Mont-Blanc, se faire expliquer comment ça se passe quand le trafic devient ingérable. 

Il faut imaginer alors le haut fonctionnaire qui regarde le père, le fils, et finit par se demander si c'est au fiston ou à papa qu'il doit expliquer son boulot... et surtout, de qui il sera le mieux compris.

 

Quand tu es Conseiller d'Etat PDC, et que le mot d'ordre de ton parti, c'est soi-disant de défendre la famille, tu peux montrer ce que cela signifie pour toi : la mienne d'abord.

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux préparer ta succession, laissant le baby-sitting pour les prolos; et mettre en scène ton gamin, dans un baby-showing décomplexé.

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux te dire que, finalement, la monarchie, comme système, ça permet d'assurer ses arrières. Allez gamin, montre ta bou-bouille, ça fera plaisir aux électeurs; et puis un jour, petit, tu prendras peut-être ma succession. 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux mélanger rendre service et te faire servir, vie privée et vie publique, dans un joyeux mélange 2.0.

 

 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux exiger des autres le respect absolu de ta vie privée, mais l'instrumentaliser et la mettre en scène comme il te sied (et si possible aux frais du contribuable). Viens-là fiston que je te mette la paluche sur l'épaule. Montes un coup sur le camion. Voilà, comme ça c'est parfait. Encore une dure journée de travail d'effectuée. On peut rentrer à la maison maintenant....

 

Quand tu es Conseiller d'Etat PDC, tu peux t'inspirer d'un collègue de parti qui est Conseiller administratif à temps partiel, et faire ton boulot à moitié pour t'occuper simultanément de fiston et de tes dossiers, et si possible bien mélanger les deux. 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux tout te permettre et si possible l'afficher.

 

Le privé c'est du privé et par définition - oui, c'est difficile aujourd'hui avec les nouvelles technologies- on cherche à éviter de le confondre dans la sphère publique. Il ne devrait pas concerner le politique, ses vertus décisionnelles et directives. Mais, quand il est injecté massivement dans ce domaine, on réagit comment ? Et maintenant que la confusion est de mise, on s'adresse à qui pour que ça change ? A toi ou à ton fils Luc ? Avant ou après 23h ?

Luc, (tu remarqueras que je te dis tu spontanément; la manière dont tu es Conseiller d'Etat, m'y autorise ainsi que le peu de respect que tu montres pour ta fonction), par égard pour tes électeurs et électrices, pour la République et ses institutions, j'oserai te proposer de laisser au moins ton gamin à la maison quand tu bosses, cela évitera de faire croire que tu as fait de ton boulot une extension du magazine l'Illustré et de ta maisonnée un sujet politique.

Car au final, ton fiston, Luc, on s'en fout.

Ce qui nous intéresse par contre au plus haut point, ce sont les embouteillages à Genève, l'état de délabrement de ton Département, la manière dont tu as traité et poussé à la démission l'ex-directrice des TPG, la réduction de l'offre des TPG, la pollution sonore et constante aux particules fines à Genève, etc., etc.,

Le fait que tu sembles y porter moins d'attention que de bien cadrer fiston sur ton téléphone portable à longueur d'année avec une face joviale est attristant pour le bien public. 

 

 

 

 

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07/07/2015

Prenez-les chez vous! Vous démissionnez alors?

 

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que celles et ceux qui ne veulent ni s'occuper ni voir les problèmes de l'accueil des migrant-e-s terminent une discussion lorsqu'ils sont à court d'arguments... quand ils ne la commencent pas de cette façon.

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que Mauro Poggia, Conseiller d'Etat MCG, se positionne ; de la même manière Daniel Sormani conseiller municipal MCG, quand il envoie un message aux autres élu-e-s. Vous voulez trouver des solutions à ce problème social ? Prenez-les chez vous ! 

La volonté de faire porter à celles et ceux qui s'engagent la responsabilité d'une gestion étatique, doit être entendu comme un aveu d'impuissance ; ou une stratégie pour faire toujours porter aux citoyen-ne-s des charges qui reviennent à l'Etat mais dont il cherche à se défausser.   

Ni vu ni connu : prenez-les chez vous ! 

Vous avez des critiques, vous n'êtes pas satisfaits du travail effectué ? Vous pensez qu'il est indigne de mettre des humains dans des bunkers; que l'Etat a volontairement mal anticipé, mal évalué et mal traité ce problème des migrations ? Vous pensez que l'on peut faire mieux en faisant autrement? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que l'on ne peut pas simplement faire disparaître des humains, comme s'ils n'existaient pas ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que, dans une société vieillissante comme la nôtre, où les aîné-e-s représentent un quart de la population, -cette part ne cessant de croître- laisser des jeunes hommes inoccupés est absurde? Prenez-les chez vous !

Vous pensez que le système administratif et carcéral prétendant gérer la question de l'asile ne fait que l'alourdir et rendre plus coûteuse sa charge à la collectivité ? Vous pensez que ces enjeux doivent être repensés ; que les multiples révisions de l'asile voulues par l'UDC ont totalement crispé la question de l'asile ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez qu'il y a un lien entre la déshérence dans laquelle sont laissés ces hommes et la petite criminalité ? Prenez-les chez vous!

Vous proposez des Assises sur la question de l'asile, incluant les associations, l'Etat, les communes et les communautés religieuses? Prenez-les chez vous!

Prenez-les chez vous ! Cette réponse est indigne d'un Conseil d'Etat. Cette manière culpabilisante de faire de la politique : en individualisant les questions politiques et rendant responsable le citoyen de leur gestion, est désastreuse.

Elle est, de plus, anti-démocratique, parce que précisément, nous élisons nos représentants pour leur déléguer le pouvoir d'agir, pas pour qu'ils nous le renvoient à la gueule sans concertation avec un "Prenez-les chez vous" qui est un aveu de démission. 

 

L'incohérence de Monsieur Poggia

Paradoxalement, en faisant cela, Monsieur Poggia légitime ceux qui prennent la rue et manifestent en occupant des lieux !

Vous voulez qu'on les prenne chez nous ! Bien, on va le faire. Vous démissionnez? On s'en occupera.

C'était le sens de la banderole "Plutôt prendre qu'attendre" qui a été déroulée au 28c route de Meyrin  le 26 juin dernier lors d'une brève occupation de ce bâtiment. Monsieur Poggia, lorsqu'il demande ensuite au collectif de dégager et menace d'envoyer la police est incohérent. 

S'il veut que les gens s'occupent de la délicate gestion des migrants pourquoi le refuse-t-il lorsqu'ils rentrent dans une maison inutilisée de l'Etat, prêts à y faire des travaux, y remettre de l'ordre ?

N'est-ce pas parce que ce qui le dérange profondément, c'est le passage de l'individuel au collectif et le fait qu'un mouvement organisé puisse finalement faire le boulot à sa place?  

 

Séparez-les tous

Prenez-les chez vous.. mais un par un, dit Poggia ! Il affaiblit ainsi tout mouvement social de solidarité.

Prenez-les chez vous! Cette phrase de la droite et l'extrême droite est extensible à tous les domaines dans lesquels l'Etat a le mandat d'être actif, réactif et efficace mais duquel il se retire à bas bruit, s'absente, pour des questions prétendues financières mais liées avant tout à des choix politiques. 

L'avenir que dessinent les politiques de droite et d'extrême droite se profile ainsi clairement devant nous :

Une personne âgée qui n'est plus autonome? Prenez-la chez vous !

De l'insécurité dans votre rue ? Prenez votre batte de baseball !

On vous a volé ? Prenez sur vous !

Vous êtes malade ? Votre famille s'occupera de vous !

 

Chantage à la charité

 

Il faut le dire clairement, ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de se substituer au rôle de l'Etat, d'éponger l'échec des politiques publiques, ni à la charité individuelle de combler ses déficiences.

Ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de payer de leur personne pour les cadeaux fiscaux fait aux entreprises ou aux plus fortunés, ni aux citoyen-ne-s de croire les bobards du Conseil d'Etat quand il dit qu'il n'y a pas d'autres solutions aux enjeux sociaux que l'abri, la prison ou l'expulsion.

 

Et notre Constitution, c'est du flan?

Prenez-les chez vous ! Ce report sauvage de charge de l'Etat vers les citoyen-ne-s est abusif.

En cela, la difficile question de la situation des migrant-e-s est une ligne de combat. C'est une ligne de front qui refuse à l'Etat démissionnaire de reculer encore devant ses missions de base. 

Si nous devons prendre des migrant-e-s chez nous, par substitution, ce ne sera en tout cas pas parce que le Conseil d'Etat aura refusé de faire dignement son travail et nous l'intime. Ce sera contre lui et pour nous organiser collectivement. 

Nous lui demanderons ensuite des comptes: sa démission par exemple, puisque il aura fait preuve de son inutilité; son incapacité d'honorer la délégation de pouvoir, principe constitutionnel, qui implique précisément de réaliser au nom de tous ce que chacun, en société, ne peut ni ne doit faire seul.

 

 

 

 

Références:

http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2015/06/24/un-conseil-d-etat-toujours-aux-abonnes-absents-268258.html

https://stopbunkers.wordpress.com/2015/06/26/communique-de-presse-no-bunkers-collectif-doccupation-du-gru%CC%88tli-vendredi-26-juin-2015-des-solutions-existent-pour-fermer-les-bunkers/

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-policiers-evacuent-un-squat-a-la-route-de-Meyrin/story/10417521

 

 

 

 

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06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

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01/07/2015

La Suisse vire au rouge

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La Suisse vire au rouge. Ce ne sont pas les résultats d'une nouvelle élection, mais le recouvrement du pays par une vague de chaleur. L'alerte canicule a été déclenchée. Elle risque de se prolonger durant de nombreux jours. Le mercure est monté à 38 degrés. Les personnes âgées, les plus jeunes sont les plus exposés et parfois même en danger.

Ce sont des gestes très simple, ce sont des gestes gratuits qui peuvent sauver des vies. Aller frapper à la porte d'un voisin-e-, être attentif à ce qui se passe dans son immeuble. Rendre visite, téléphoner aux personnes les plus isolées. Cela prend quelques minutes.

Recommandations de base

Les recommandations de base sont diffusées par les autorités. Tout d'abord: se protéger en maintenant les stores ou les volets fermés durant la journée. Aérer la nuit. En cas de sortie: chapeau, lunettes bien sûr, mais aussi : vêtements amples et aérés en fibre naturelle, coton ou lin afin de favoriser une meilleure circulation de l'air. Ne pas rajouter de la chaleur à la chaleur. Les appareils électriques en produisent abondamment: les débrancher dès que possible. Ne pas utiliser le four, les plaques de cuisson. Boire, boire et encore boire (de l'eau!). La bagnole ? Une bonne idée de la laisser au garage, ça évitera que les cyclistes et les piétons se transforment en saucisse à rôtir et que la pollution atmosphérique rende l'air totalement irrespirable.

Symptômes du coup de chaleur

Agressivité inhabituelle, peau chaude, rouge, sèche, et fièvre, maux de tête, nausée, somnolence et soif intense, confusion convulsions et pertes de connaissance ne sont pas seulement les symptômes du conseil municipal de la Ville de Genève. Ce sont aussi ceux du coup de chaleur.

Un seul remède: le 144. 

 

Les bénéfices collatéraux de l'exceptionnel

Pourquoi la canicule me fait paradoxalement penser à une tempête de glace?

En 1998 j'avais vécu au Québec le verglas massif de 1998. Une pluie fine se transformant en glace avait jeté dans le noir 1 million de foyers, immobilisé totalement Montréal. Aéroport fermé, écroulement de pylônes et de plusieurs lignes à hautes tension. L'armée avait été envoyé dans les rues pour éviter tout pillage, rassurer la population.

Les québecois s'y réfèrent toujours comme la tempête du siècle. Elle avait eu pour vertu collatérale de rassembler les gens, créer des solidarités dans l'échange de vivres, de bougies, afin d'avoir de quoi s'éclairer, se nourrir. Les gens quittaient leurs appartements pour en rejoindre d'autres, se tenir ensemble face à l'inattendu.

Des pics de naissance ont été annoncés 9 mois après la catastrophe... mais ce fait est, paraît-il, contesté par des scientifiques. 

 

Le crash est pour demain? Solidarités et décroissance !

Dans un timing congruent, l'organisation mondiale de la santé (OMS) et l'organisation météorologique mondiale ont annoncé ce mercredi que la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur allaient augmenter en raison du changement climatique.

Ce que la canicule nous enseigne? Notre planète surchauffe. Ce que la canicule nous permet : retrouver une certaine manière plus sobre de vivre; plus économe, simple, qui permette d'éviter la surchauffe et de vivre d'une manière économique.  

Les catastrophes, les crashs, les déstabilisations sociales et écologiques sont notre présent et certainement notre devenir.

Certes, il est vital, ces prochains jours de boire de l'eau en abondance, de porter des vêtements amples, mais il devient surtout toujours plus urgent de réinventer des formes de solidarité et de voisinage qui permettent en amont d'économiser de l'énergie, de faire en sorte que les plus isolés le soient moins (idéalement plus du tout), afin que la catastrophe ne soit pas le temps réduit de formes de solidarités exceptionnelles mais une manière différente et renouvelée d'être au monde.

Que ce ne soit pas seulement à l'occasion d'une canicule, d'une tempête de glace ou d'une coupure de courant général, mais tout au long de l'année, que de nouvelles manières d'être au monde soient confectionnées ensemble ; que ce ne soit plus seulement quand le train est immobilisé ou que la chaleur nous écrase, que l'on commence, contraint, subissant, à penser et agir autrement, langue tirée.    

 

Des choix  

Continuer à l'identique et accepter que la catastrophe devienne notre quotidien.

Faire du quotidien quelque chose de plus exceptionnel, économe, différent que ce qu'il est aujourd'hui durant toute l'année (structurellement et socialement), on pourrait nommer cela l'éco-socialisme.

Pour ceux que le terme rebute, nous dirions plutôt : l'exercice du bon sens.

 

 

http://www.1001infos.net/suisse/vagues-de-chaleur-en-augmentation.html

http://neustartschweiz.ch/userfiles/file/Unterlagen/redmarrer_la_suisse.pdf

 

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26/06/2015

Carlos Serra, un regard sur les municipales 2015

01_IMG_0191.jpgPhotographe pour le journal Gauche Hebdo, Carlos Serra a choisi de couvrir les élections municipales en Ville de Genève. Du mois de janvier à mai 2015 il s’est rendu sur les stands politiques, aux événements publics et débats touchant à cette élection. Il souhaitait être au plus près des militants, candidats,  qui se sont lancés dans cette aventure élective. Par la mise en avant de leur engagement, leur énergie, lassitude parfois, c’est un symbole de notre démocratie qu’il a mis en image. Plus de 6000 clichés saisis ! 

 

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Politique mais non partisan

Son travail ne visait pas à la promotion de tel ou tel parti. Carlos Serra a volontairement pris soin d’en suivre plusieurs. Sa démarche n’est pas partisane dans le sens politicien du terme. Elle interroge les rouages de la construction politique, le rapport à l’image, du désir d’être vu à la nécessité d’être visible, que chaque candidat, différemment, gère face au photographe.

 

Carlos Serra nous place face à l’un des moments importants de notre démocratie. Ses photographies permettent de nous interroger sur le sens des élections, ce qui anime celles et ceux qui s’y présentent, la manière dont les citoyen.ne.s les perçoivent ;  il rend compte des échanges et des discussions intenses qui s’y déroulent.

 

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De l'affichage

Et maintenant que les élections sont passées, que reste-t-il de ce temps de campagne, des engagements, des promesses, des candidats déçus (ou pas) ? De leurs regards? L’exposition de photographie de Carlos Serra nous autorise une pertinente mise à distance, permet d’y réfléchir.    

Son travail rappelle celui qu'avait effectué Ariane Arlotti sur le corps politique. Sauf qu'il est en quelque sort inverse. Ariane Arlotti avait choisi de photographier les élu.e.s dans le parlement, avant d'exposer ses photos dans des lieux publics, pour montrer le corps politique à l'oeuvre. Carlos Serra, lui, affronte le politique dans la rue, d'une manière frontale, comme simple citoyen, rejouant sans fards la scène du face à face démocratique.      

 

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L'envers du décor

Il y a quelque chose de touchant à ce qu'un photographe, Carlos Serra, à l'heure du règne des selfie, s'emploie à mettre en valeur des personnes engagées pour la collectivité, en tournant son objectif vers eux.     

 

Les photos de Carlos Serra sont exposées jusqu'à fin juillet au café-restaurant l'envers du décor.

Comment les clients réagissent face à ces photos ? Certains trouvent qu'il y a un... parti pris. Pour l'un il y a trop de rouge, pour un autre trop de vert, mais personne ne s'est encore jeté un verre d'eau au visage. Les serveurs en sourient. Ils trouvent cocasse qu'au moment de manger, les convives se trouvent placés sous le regard des politiques et les cuisinent...  cela anime la discussion. Et puis, quel joli clin d'oeil que d'exposer ces photos de campagne à .. l'envers du décor.

 

Exposition des photos de Carlos Serra : jusqu'au 1e août 

Restaurant l'envers du décor, 10 rue de la Chapelle, 1207 Genève.

 

 

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24/06/2015

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances?

Depuis le lundi 15 juin la Maison des Arts du Grütli est occupée. La Ville de Genève n’a pas choisi cette situation, mais s’est trouvée mise devant l’urgence du fait accompli. Des requérants d’asile, une trentaine, refusant un transfert dans les abris PC, ont investi la maison des Arts du Grütli. Ils sont aujourd'hui plus de 40, ce chiffre pourrait encore augmenter.

 

La Ville a accueilli ces hommes, et entamé un intense travail de recherche de solutions pour que la maison des Arts du Grütli, qui n’est pas un lieu viable  et adapté pour ceux qui s’y sont réfugiés ne soit pas transformé en bunker à ciel ouvert par la faute du Canton.  

 

En tant que résidents de la ville de Genève nous avons pour but commun la poursuite des intérêts de cette dernière et le respect de ses institutions.

Comme socialiste, la recherche du dialogue, le respect du débat politique et la recherche de solutions pragmatiques.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances ?

A un moment toutefois, il ne faut pas hésiter à dire les choses telles qu'elles sont. La gestion par le Conseil d'Etat de cette crise est calamiteuse.

 

D’un côté se trouvent des requérants d’asile, soutenus par des collectifs (Stop bunkers, Solidarité Tattes, collectif sans Retour) qui refusent le fait que l’on loge des êtres humains jusqu’à 6-9-12-18 mois dans des abris de la protection civile en violation de la Constitution Suisse (Article 7 et 12).

Ces revendications sont à ce jour formellement soutenues par le Parti Socialiste, Solidarité, Caritas, CSP, la Ligue Suisse des droits de l'Homme - section Genève-, avec l'appui de la Ville de Genève et celle de Carouge. 

 

La LSDH – Genève s’indigne en outre de l’amateurisme outrageant des autorités responsables qui ont fait preuve non seulement d’un défaut d’humanité dans leur gestion de la situation et le suivi des personnes qui en dépendent directement, mais encore d’une absence totale de planification et d’organisation.

 

L’occupation du Grütli n’est pas un micro événement. Il faut le relier à d’autres, et y réfléchir aussi d’une manière globale. A Lausanne, le collectif R , Stop renvoi, occupe la paroisse de Saint-Laurent depuis des mois. Ces évènement sont des conséquences de la politique restrictive d'asile menées par l'extrême droite au niveau fédéral. Cette politique conduit à une crispation généralisée du système.

 

Un Conseil d'Etat crispé

Face à ces collectifs et partis, il y a un Conseil d’Etat qui se crispe. Pour lui, il n’est pas possible de loger ces requérants ailleurs que dans des abris, pas d’autres solutions que d'être les soldats les plus obéissants de la politique décidée à Berne. C’est le langage de l’impuissance et de la soumission, fruit d’années de négligence dans la gestion de l'asile. Cette ligne rigide du Conseil d’Etat crée inutilement de la violence et de la tension.

 

La Ville de Genève gère l'urgence

La Ville de Genève se retrouve au centre de ce rapport de force entre deux positions en apparence peu conciliable. Bien seule, elle travaille toutefois dignement à dessiner une issue à la crise.

Il faut ici relever les efforts menés depuis plus d'une semaine par le magistrat du Département de la Culture et des sports Sami Kanaan et par la Maire Esther Alder, magistrate du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que du médiateur Monsieur Ueli Leuenberger, qui redoublent d'efforts et d'inventivité.

 

Comment sortir de la crise ?

Monsieur Poggia plutôt que de s’en prendre à Sami Kanaan qui essaie de le sortir un peu de sa torpeur (est-ce là un crime de lèse-majesté ?), de le réveiller un tant soit peu (la sieste au Conseil d’Etat est-elle sacrée ?) devrait effectivement se mettre au travail et proposer des solutions plutôt que de se contenter d'une posture de monarque choqué quand un conseiller administratif questionne sa non-politique et le confronte sur le fait que, depuis 8 jours, la Ville fait front et assume seule une situation héritée de l’inaction du Canton.

J'ai été choqué des lamentos que Monsieur Poggia a poussé quand Monsieur Kanaan l'a interpellé et pressé d'agir.

J'ai été choqué par sa fébrilité. Plutôt que de se sentir attaqué dès qu'il est remis en cause, Monsieur Poggia devrait plutôt arriver avec des propositions et faire preuve d'initiative.

Pour l'instant, la Ville fait le boulot à la place du Canton. Ce n'est pas acceptable. 

 

Rafle, expulsion.. baston?

Lors du Conseil Municipal du lundi 22 et mardi 23 juin, le MCG et le PLR ont voulu voter des résolutions pour faire expulser de force les requérants réfugiés au Grütli.

Après avoir utilisé la police pour  mettre de force des hommes en abri PC, les matraquer hors du Grütli semblerait être une option pour la droite élargie. Mais envoyer la police pour virer les requérants qui occupent actuellement le Grütli n’est pas responsable. Cela fera le jeu des extrémistes, jetant encore plus d’huile sur le feu.

Quand la violence commence, on ne sait pas où elle s’arrête. Quand l’état de droit se transforme en volonté d'abuser de la violence étatique. Il est juste de s’y opposer.  

 

Evacuer de force le Grütli, en voilà une mauvaise idée

Ceux qui préconisent l'évacuation de force du Grütli pensent-ils plus loin que le bout de leur nez?

Comment le boucleront-ils pour éviter une réoccupation ? En le ceinturant de forces de police ? Puis en mettant un cordon de policiers autour de chaque lieu culturel de la Ville ? La réponse de la matraque n'est pas une solution, c'est une fuite en avant.

La droite, en choisissant cette impasse comme option, montre son incapacité à chercher des solutions à cette crise sans cumuler de nouveaux problèmes. 

 

Des issues, il en existe

Les issues à cette situation complexe à la Maison des arts du Grütli, conséquence directe de décennies d’inaction cantonale existent.

Elles sont à trouver par le dialogue, et une implication du Canton. Dialogue entre le Canton et les requérants avant tout, le Canton et la Ville, la Ville et les requérants; entre tous les acteurs en présence. Il n’y a pas d’autre solution viable.

 

Le Canton doit désormais s’impliquer à la recherche de solution, pas seulement à la recherche de sa propre préservation.

Des familles syriennes arrivent. Elles doivent être logées et préservées de la mauvaise gestion de la crise par le Conseil d'Etat.

Le fait que ce Conseil d’Etat trébuche sur le premier écueil n’est pas pour nous rassurer en vue d'un été qui s'annonce chaud.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances? Si ce n'est pas le cas qu'il donne un signe de vie. Qui a entendu Monsieur Longchamp, président du Conseil d'Etat, silencieux depuis plus de 8 jours?

 

François si tu nous entends, donne-nous un signe de vie. On ne se contentera pas d'une carte postale envoyée à la maison des Arts du Grütli, ni en poste restante au fin fond d'un abri pour qui vont y passer l'été

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/monte-ville-geneve-canton/story/21656474

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante

 

 

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22/06/2015

Papa Poggia et ses patates chaudes

 

Quand le conseiller d'Etat Poggia prend sa plume [1]  pour justifier sa politique en terme d'asile, c'est pour se livrer à un exercice délicat de justification.

A le lire, on se demande quel rôle joue le conseiller d'Etat dans la conduite de solution et de résolution de crise. Il voit, il observe, il accompagne. Jamais il ne parle de sa volonté politique. Jamais il ne prend un rôle de leadership. C'est de la faute aux autres si des solutions ne sont pas trouvées. C'est de la responsabilité de ceux qui s'opposent, ceux qui chicanent. A l'entendre, il n'y aurait pas de problèmes. Pourtant, la politique migratoire est une patate chaude. Quand est-ce qu'elle deviendra une priorité étatique? Poggia ne cesse de souffler sur ses doigts, laisse entendre qu'il n'a pas de pouvoir, et que si on l'a placé là où il est, c'est pour faire état d'une impuissance.

Il a reçu la patate chaude, il fait du mieux qu'il peut avec.

C'est peu, c'est pauvre, c'est insatisfaisant. 

 

 

Auto-satisfaction devant l'échec

 

Poggia semble se satisfaire de l'échec. Il s'en défausse  sur le mouvement Stop bunkers qui, avec toutes ses limites, voire ses excès, a pourtant une vertu certaine que ne lui reconnaît pas Poggia :rendre visible des enjeux depuis trop longtemps glissés sous le tapis.

 

Poggia accuse les associations engagées auprès des migrants de n'avoir pas fait des propositions concrètes. C'est fort de café. C'est comme si l'on vous disait: vous n'avez pas de logement à Genève? Quelles propositions concrètes avez-vous pour construire du logement?

 

Non, ce ne sont pas aux mouvements de tenir la main au gouvernement pour proposer une alternative aux bunkers, même si malgré tout, elles l'ont fait (caserne des Vernets, 28C route de Meyrin, etc.,).

 

 

Poggia n'en peut plus ? Qu'il ouvre le jeu alors

 

Il est trop facile de brandir la force pour faire obéir dans certaines situations et puis invoquer l'impuissance pour mettre au défi les associations de jouer le rôle de l'Etat.

 

On ne gouverne pas en lançant des défis pour voir qui a les plus gros bras.

 

Si vraiment Poggia est à bout de propositions, qu'il invite les associations à travailler avec lui; pour sûr il y aura des solutions qui seront trouvées. Que Poggia ouvre le jeu, montre où sont les locaux vides et les espaces inutilisés. Qu'il en soit assuré, il trouvera alors de l'aide pour en faire quelque chose. Ou alors, s'il veut vraiment démissionner de ses responsabilités, qu'il le fasse réellement ! 

 

 

Une dévalorisation de l'éthique.

 

Opposer de bons migrants et des migrants moins bons comme le fait le Conseiller d'Etat, est dangereux. Dire qu'il est juste que ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC ou qui ont été condamné pénalement doivent subir un sort plus pénible que d'autres, c'est avoir une singulière conception de la justice, et rendre le mot "éthique" bien fade.

 

Ce n'est pas parce qu'une personne est déboutée, doit quitter la Suisse, qu'elle n'a plus droit à un traitement digne. Ce n'est pas parce qu'elle n'est encore jamais allé dans un abri, que sa situation est enviable vis-à-vis d'un autre qui y est depuis des mois. La double peine est un principe que la justice récuse. J'aimerais que le Conseiller d'Etat nous dise comment il va sortir de la logique du tri, de la planification industrielle de l'humain pour évoluer vers une politique conforme avec l'esprit de Genève et les articles de sa Constitution.

 

S'ils sont rentrés un jour sur un territoire qui n'était pas le leur, ces personnes n'ont pas à être considérées comme quantité négligeable ou des criminels, ni à payer pour une gestion politique ayant toujours placé l'asile comme une non-priorité.     

 

 

Papa Poggia distribue ses patates chaudes

 

Justifier la faiblesse d'une politique en arguant du pire et que finalement "ça ne va pas si mal" fait penser à ces repas de famille où l'on te disait:  avale tes patates brûlantes, finis ton assiette et souris, ailleurs il y a des gens qui crèvent la faim.

Papa Poggia montre dans son blog un visage paternaliste et donneur de leçons qui n'a rien à envier à ceux qu'il critique. Ainsi, lorsqu'il s'en prend à la Ville, qui serait en faute d'offrir des abris PC à des sans domiciles lors des grands froids l'hiver, papa Poggia se prend les mains dans sa fourchette. 

 

Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

 

Est-il nécessaire de lui rappeler, concernant l'hébergement en sous-sol par la Ville de Genève, qu'à la différence de la politique qu'il mène, sa durée de résidence est limitée à 3 semaines maximum? Durée maximale que préconise la Commission nationale de la torture.
[2]

Est-il nécessaire de lui rappeler que la Ville est bien seule pour accueillir les grands précaires, et que si
elle est censée le faire de manière subsidiaire au Canton, qu'il nous montre les lieux ouverts par celui-ci pour les sans-domiciles fixes dont il a la responsabilité ! 
 
Est-il nécessaire de lui rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de bienveillance, mais d'article constitutionnels  (article 7 et 12 de la Constitution fédérale) et que s'il est prêt à s'asseoir dessus, ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde!
 
L'incurie du Canton ne peut devenir la norme
 
Ouvrir l'hiver, et même à l'année des structures d'urgence pour parer au plus pressé et accueillir les plus précaires pour 3 semaines maximum, avant de les orienter vers d'autres structures en surface n'est pas ce qui devrait choquer Monsieur Poggia. Qu'il confonde accueil dans le cadre de la politique de l'asile et hébergement des précaires pour se justifier est inquiétant et révèle une confusion. Mélanger les enjeux rendra encore plus difficile l'établissement de solutions. Monsieur Poggia ne devrait pas, avec toute son "éthique" et le rôle qui est le sien, jouer avec cela.
 
Il n'y a pas de solutions est une non-réponse

Que sa politique d'asile soit devenue une politique de l'urgence et de l'enterrement systématique au nom de il n'y a pas de solutions, il n'y a pas d'alternative, et ce depuis des années, c'est cela qu'il faut changer. Monsieur Poggia laisse toutefois entendre que des solutions seront proposées pour 2016. Comme quoi, l'engagement et la lutte paient. Le Conseiller d'Etat laisse entendre que peu à peu il va se bouger. Comme quoi... encore un petit effort Monsieur Poggia, vous allez y arriver.
 
 
La menace du grand incendie
 
Ce n'est pas l'inaction d'années passées qui doit nous conduire à ne rien faire. Justifier une situation actuelle en arguant du passé, et que ceux qui s'indignent aujourd'hui ne se sont pas indignés hier, c'est encore un mauvais argument d'autorité.
 
Terminant son laïus par des menaces d'incendie généralisé, Monsieur Poggia montre que quand on ne parvient à convaincre, on finit par en venir à la menace, ce qui est une preuve de faiblesse et d'impuissance. Et si c'étaient plutôt ses négligences qui créaient souffrance au travail pour les travailleurs de l'Hospice général, maltraitance pour les migrants, et le ras-le-bol de la population ?
 
 
 
Des Assises pour l'asile
 
Plutôt que menacer d'un grand incendie, il est temps que l'Etat rassemble autour de lui les communes, les associations, les communautés religieuses, les élu.e.s, les habitant.e.s de bonne volonté pour donner à sa politique un nouveau souffle et une nouvelle légitimité.
 
Des Assises pour l'asile, et vite, avec des objectifs précis et une communication claire, et moins de vos justifications pâteuses Monsieur Poggia, merci.    

 

 


[1] http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/06/21/stopbunkers-comprendre-avant-de-revendiquer-268192.html

[2] http://mobile2.tdg.ch/articles/11728449

 

 

 

 


 


 



 


 

 

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21/06/2015

Pouvoir du langage propagande du politique

 

Il faut les voir ces hommes et ces femmes

Assis en rond, prenant chacun à leur tour la parole

Celui qui croît être au centre est à la périphérie

La périphérie est le centre

Le micro est à qui veut parler                                       

Celui qui veut parler parle le temps qu'il veut

Les autres l'écoutent.

 

Tu te souviens de la dernière fois où tu es allé à un débat politique?

Combien de temps as-tu-parlé ?

Qui t'a écouté? 

Les petits fours étaient bons?

                                                

Le pouvoir ne veut pas de précédent

Le pouvoir ne veut pas de dérogations

Le pouvoir ne veut pas de solutions

Il se concentre pour gagner du temps

Le temps, c'est de l'urgence

Le temps, c'est de la réélection

Et un et deux et trois Ayop crie quelqu'un.

 

Maudet est au club de Bilderberg

Les migrants dorment à même le sol

à 40 dans un couloir au centre culturel du Grütli.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

Article 7 de notre Constitution Fédérale.

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

Les hommes doivent aller dans des bunkers pour pouvoir être mis dans des avions

Il faut éjecter ceux qui ne peuvent rester

Il faut en maltraiter quelques uns pour le plus grand nombre

Ceux qui ne peuvent rester, c'est ceux qu'il faut mettre dehors

Poggia ciao Poggia ciao Poggia ciao ciao ciao.

 

Propre en ordre

Homme vivant en Suisse depuis 19 ans, expulsé par vol spécial cette semaine

Mère, deux enfants, expulsés par vol spécial cette semaine.

 

 
1000 personnes sont hébergées dans les foyers de l'Hospice Général

1000 personnes ayant obtenu une protection de la Suisse

un permis B - C ou même une nationalité Suisse

Les foyers sont engorgés

Le storytelling s'accommode mal de l'asile

Le Conseil d'Etat reste muet.

 

Il faut opposer les hommes célibataires et les familles syriennes

Il faut opposer les suisses et les non-suisses

ceux qui ont et ceux qui n'ont pas

dit le Conseil d'Etat.

 

Il n'y a pas de suisses qui font le ramadan

Tous les musulmans suisses sont des étrangers

Il n'y a rien d'exceptionnel il n'y a que des cas particuliers

L'urgence c'est la norme

Le quotidien c'est l'urgence

Le Conseil d'Etat : stressé

Une main de fer dans un nuage de fumée.

 

Faut-il fermer les bunkers ou expulser des Hommes?

Ceux qui décident ne peuvent rien décider

Mais c'est eux qui le décident, personne d'autre!

dit le Conseil d'Etat.

 

A Lampedusa, tu crois que l'hôtel est sympa?

Ce que tu ne peux penser évite de l'agir

Ce que tu ne peux agir, évite de le penser

Que sert la confusion ? A qui profite l'indifférence?

 

L'urgence est une inaction planifiée

L'urgence est une violence

L'urgence est une excuse

Comment nomme-t-on une urgence qui dure depuis 20 ans?

 

Il a fait trois semaines de service militaire avec Ovolmaltine et Ragusa

Une semaine à 100 dans un rafiot sur la Méditerranée menaçant de couler

Il n'a jamais essayé.

 

Le Grütli a été investi par les migrants

Les autres pensent à leurs vacances.

 

Le système vieillit

Il faut des jeunes et des forces de travail pour que le système fonctionne

Du travail il n'y en a pas pour ceux qui n'en ont pas

Du travail il y en a, mais il faut un permis

Les jeunes et les diplômés sans permis il faut les expulser

On ne peut donner un permis à celui qui n'en a pas.

 

Le système court à sa perte, qui veut tirer la prise en premier

qui veut jouer à la courte paille avec Kafka ?

 

Il ne faut pas changer de système, il court à sa perte

Il ne faut rien changer

Il faut ouvrir des bunkers et fermer les frontières

dit le Conseil d'Etat. 

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

dit la Constitution.

 

 

 

 

 

 

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19/06/2015

Abri or not abri? Telle est la question?

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreAbri or not abri? Telle est la question. Les fronts sont posés. D'un côté le Conseil d'Etat reconnaît qu'héberger des requérants en sous-sol n'est pas  une solution, mais ne fait rien pour dégager des solutions. De l'autre, des associations, des collectifs militants, des partis de gauche réclament du Conseil d'Etat de s'activer pour mettre en oeuvre des solutions, dégager une volonté politique et être créatif, plutôt que de se réfugier derrière son motif d'urgence pour justifier ses négligences.

Le front de ceux qui veulent sortir du tout à l'abri s'élargit chaque jour, jusqu'à l'Hospice général, ayant proposé depuis de nombreux mois des solutions alternatives aux abris PC (la Caserne des Vernets par exemple).

Pourtant, à ce jour, tous se heurtent à un Conseil d'Etat muré dans son refus de sortir du tout à l'abri. Cette attitude contre-productive conduit au chaos, comme lundi passé lorsque des requérants ont pris la route pour quitter les Tattes avec la police aux trousses.

C'est maintenant prouvé, l'attitude rigide du Conseil d'Etat engendre des conflits.

 

Il y a quelque chose de pourri au pays de l'asile

Il est admis que dormir dans un abri PC devrait être uniquement réservé aux situations de catastrophes naturelles, de conflit atomique, ou d'exercice militaire. Il est indigne pour un pays comme la Suisse d'accueillir en sous-sol des personnes dont elle a la responsabilité et la charge, dont l'entretien est même garanti dans sa Constitution (art.12).

Forcer des gens à dormir sous terre est une forme de maltraitance, d'autant plus grande quand les personnes accueillies viennent de parcours de vie que des abus, des traumatisme, et des violences ont fragilisé. Et quand du jour au lendemain le voisin de chambrée est dégagé par vol spécial, cela change jusqu'à la couleur des murs.

Invoquer depuis des dizaines d'années l'urgence pour mettre des gens sous-terre est un argument qui ne tient plus. Depuis des années le Conseil d'Etat à balayé sous le tapis un enjeu de société qui lui revient aujourd'hui, comme un boomerang, en pleine poire. Abri or not abri ne devrait plus être une question. Ce devrait être une ligne rouge au-delà de laquelle le Conseil d'Etat devrait reculer, et rendre des comptes pour son incurie.

 

Le Conseil d'Etat s'attaque à la Culture

A la Maison des arts du Grütli, occupée depuis le lundi 15 juin, la situation semble bloquée. Le mouvement No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli tient désormais le lieu. La Ville héberge jour après jour ceux qui ne peuvent plus aller ailleurs, l'Hospice Général ayant porté ces requérants comme sortis de son institution. La Ville fournit aide et assistance, mais elle n'est ni la Croix-Rouge, ni n'a pour vocation de se substituer à l'Hospice général. En bonne gestion de crise, il serait du devoir de l'institution de tutelle de chercher des solutions. Mais le Conseil d'Etat répond absent. Il reste sur une ligne dure, sans ouverture de négociations, comme si cela ne le concernait pas.

Ce comportement conduit 1) à pousser les requérants d'autres abris PC à rejoindre le Grütli 2) le mouvement à se radicaliser 3) à faire d'un lieu culturel un bunker à ciel ouvert.

Le Conseil d'Etat voudrait faire flamber un lieu culturel qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Faut-il, en plus d'attaques contre la dignité humaine, que le Conseil d'Etat s'en prenne à la Ville, la Culture?

 

Des possibilités existent

Pourquoi le Conseil d'Etat n'enclenche-t-il pas une médiation, avec No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli, la Ville, les communautés religieuses? Certainement, si des églises avaient connaissance de ce qui est en train de se dérouler, elles ne pourraient renier le Christ et laisser celui qui demande à entrer à la porte. La bible rappelle: "Celui qui demande reçoit; celui qui cherche trouve; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvrira. Lequel d'entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ou un serpent quand on lui demande un poisson ?

On pourrait ajouter: 

Lequel d'entre vous forcerait un homme à dormir sous terre quand il le refuse? 

Si le Conseil d'Etat ne veut plus s'occuper des Hommes, pourquoi ne délégue-t-il pas cette responsabilité à ceux qui savent et peuvent le faire. Après tout, il y a un certain nombre d'églises vides à Genève. 

 

We had a dream

On a rêvé, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, que le Conseil d'Etat allait prendre l'initiative d'une sortie de crise, rassemblant les divers acteurs et parties liées à ce qui se joue autour de l'hébergement en sous-sol.

On a imaginé l'Hospice général, la Ville, les collectifs, les communautés religieuses, réunis sous le haut patronage du Conseil d'Etat, chercher des solutions ensemble, et en trouver !

On a rêvé que Genève allait sortir grandie, renouvelée, d'une négociation réussie!

On a rêvé, on espère encore, mais l'attitude butée, fermée, du Conseil d'Etat, laisse entendre que les hauts patronages sont réservés à l'ONU et que les petits chefs qui dirigent l'Etat, préfèrent jouer de la montre et de la matraque que prendre le risque du dialogue et de la négociation.

 

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreSamedi 20 juin : fête musicale des réfugiés

Pour la journée mondiale des réfugiés, ce samedi, à 16h, des collectifs de Berne, de Zurich, et des centaines de militants viendront manifester leur soutien, à 16h, au Grütli, pour tous les requérants, pour tous les enfermés.

Une marche est prévue. 

Pour faire entendre, à l'occasion de la fête de la musique, une autre chanson que celle des marches militaire et des vols spéciaux, il est important d'y être.

Car si le Conseil d'Etat aime écouter des chansons grinçantes en boucle, nous pensons que d'autres mélodies existent, que d'autres possibles sont à élaborer.  

 

16:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, occupation, no bunker, conseil d'etat, poggia, maudet, la matraque, la montre | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/06/2015

Le Conseil d'Etat doit sortir de son abri

La Suisse n'est pas la France. Elle n'a pas son passé colonial, ni sa logique centralisatrice et autoritaire, ce qui la met pour partie à l'abri des tensions qui fragilisent ce pays. Pourquoi alors s'en inspirer dans la gestion de l'asile ? Ce qui se passe à Vintimille, se déroule actuellement à petite échelle à Genève. Par l'inaction du Conseil d'Etat, par son manque de vision dans la gestion de l'asile, et surtout son incapacité à trouver des solutions dignes et viables pour les requérants, le Conseil d'Etat facilite le travail de l'extrême droite dans son identification du migrant, de l'étranger, comme bouc émissaire. 

 

La Ville assume, le Canton demeure inactif 

Depuis 3 jours maintenant, des requérants sont hébergés à la Maison des arts du Grütli. La Ville de Genève a assumé sa responsabilité en hébergeant dans l'urgence la quarantaine de requérants qui, refusant de se rendre dans les abris PC de Carouge, ont échoué devant sa porte. La Ville a ainsi permis que des hommes ne se trouvent pas totalement à la rue. Le Conseil d'Etat, lui, il fait quoi? Rien. Il se terre dans une posture d'inflexibilité, montrant par là sa difficulté à négocier, à sortir de ses zones de confort médiatiques.   

 

La non-gestion de crise du Conseil d'Etat

Le fait que Monsieur Poggia se réfugie dans sa posture du "tout à l'abri" sans véritable recherche de solution alternative est attristant. Le fait qu'il n'y ait pas, depuis des années, de prise en compte sérieuse du manque de logements pour les migrants; que le Conseil d'Etat se soit trop facilement et trop longuement satisfait de la solution de rechange des abris PC, a enclenché une bombe à retardement. Cela nous conduit aujourd'hui à une situation tendue. 

Le mouvement Stop bunker, dans ses excès et sa radicalité est un miroir tendu au Conseil d'Etat. Il en est, en quelque sorte, la production. Lorsque des membres de ce collectif, à bout de souffle et de nerfs, dérapent et s'en prennent aux Tattes à des fonctionnaires qui font leur travail du mieux qu'ils peuvent, gérant des situations de vie complexes, le Conseil d'Etat en porte une part de responsabilité. 

 

Les travailleurs en première ligne

Il faut rendre hommage au travail des fonctionnaires de l'hospice général, qui font face à des déboutés de l'asile, mais aussi des migrants ayant obtenus un permis B  ou C, voire même de nationalité Suisse! qui se trouvent encore et toujours dans des lieux inadaptés, inappropriés, voire dangereux. Leur rendre hommage, et dénoncer la passivité de leur employeur, son manque de courage politique.

Vivre dans un abri est plus digne que la bonhomie de Monsieur Poggia.

Le magistrat de tutelle de l’Hospice général ne peut se laver les mains des conditions de ses employés en répétant comme un général à la retraite : "Genève n'a plus de places d'hébergement", laissant les travailleurs en première ligne et les migrants devant un mur, sans solutions alternatives.

   

Poggia fait l'autruche Maudet se planque, Longchamp est aux fraises

Le Conseil d'Etat, très concrètement, met en danger la vie de ses employés, qui se trouvent pris à parti par des requérants au bout du rouleau. Poggia a été élu pour trouver des solutions, pas laisser pourrir des situations, ni étaler le constat de son impuissance. Vous critiquiez la gauche bisounours messieurs? Vous incarnez désormais la droite de l'impuissance.

Maudet a bourré la prison de Champ-Dollon sans rien changer aux problèmes de fond. Aujourd'hui, le deal prospère plus que jamais à Genève. La politique de la droite dans le domaine de l'asile est un échec. Laisser des hommes désoeuvrés dans des situations de vie misérable en fait des candidats à la criminalité. La cosmétique médiatique a ses limites. Les problèmes sont nombreux. Ce n'est pas en les enfermant dans des abris qu'ils disparaîtront.  

 

A qui profite la crise?

L'extrême droite fait son miel de la faiblesse du Conseil d'Etat. Des membres du site pravda.ch ont tourné une vidéo aux Tattes, manipulant un homme tunisien pour alimenter un site français sympathisant d'extrême droite. Plutôt que de demeurer dans une posture de bon gestionnaire ou d'impuissant total, il est temps que le Conseil d'Etat agisse.

 

 
Le déni ou la force ne résoudront rien  

Le ramadan débute ce jeudi, la fête de la musique aura lieu vendredi, samedi et dimanche. Le centre culturel du Grütli est l'une des scènes importantes de cet évènement.

Le Conseil d'Etat aurait tort de penser que ce qui est en train de se dérouler n'est pas de son ressort et s'en remettre à la Ville. Ni la loi, ni la montre, ni l'opinion publique, ne le lui permettent. La quarantaine de requérants réfugiés au Centre culturel du Grütli demandent à l'Etat des propositions de sortie de crise. Le déni ou la force ne résoudront rien.

Le Conseil d'Etat doit faire ce que sa grandeur narcissique l'empêche encore  : négocier une sortie de crise. 

 

Des solutions existent  

Si Monsieur Poggia est de bonne foi quand il dit chercher des solutions, il doit maintenant faire le nécessaire pour en trouver. Par exemple : la Caserne des Vernets, déserte jusqu'au 15 août, les écoles, les églises, etc., pour loger pour une durée limitée les migrants, afin de nouer un dialogue constructif et faire à nouveau évoluer la situation dans le bon sens. 

Personne ne fait l'éloge des abris sous-terre. Ils sont la moins mauvaise solution possible pour certains, la pire pour d'autres, dans tous les cas une solution insatisfaisante à moyen terme. Quelles solutions trouver alors? Comment rendre les abris PC plus viables? Avec quelles activités accompagner ceux qui y résident? Comment limiter la durée maximale de résidence dans ceux-ci ; que ceux qui ont refusé d'y aller s'y rendent aujourd'hui? Le Conseil d'Etat, face à ces questions, se terre, et invoque toujours la situation d'urgence pour ne rien faire; le manque de moyens... qu'il ne s'est jamais donné.

 

Samedi 20 juin : journée mondiale des réfugiés

Le Conseil d'Etat doit rapidement sortir de son abri et prendre des décisions courageuses. Sinon, la tension ira grandissante. Les petits provocateurs et entrepreneurs de la haine s'en frottent déjà les mains.

Le samedi 20 juin est la journée mondiale des réfugiés. Le gratin mondial sera à Genève, à l'ONU. Grands discours et intervention du Conseil d'Etat en vue.

Pendant ce temps, une cinquantaine de personnes dorment dans un couloir du centre culturel du Grütli à même le sol, sans savoir où ils seront demain... et sans que le Conseil d'Etat montre concrètement qu'il s'en soucie. 

   

 

http://www.journee-mondiale.com/94/journee-mondiale-des-refugies.htm

http://www.un.org/fr/events/refugeeday

07:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, poggia, crise, grütli | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/06/2015

La rafle des Tattes, l'abri du Grütli

 
Que l’Hospice Général décide de déplacer dans des abris PC à Carouge les hommes migrants célibataires du foyer des Tattes afin de libérer de la place pour des familles syriennes c’est une chose. Que la police soit envoyée ce mardi pour exécuter l’ordre est tout autre chose. 
 
Parce que certains migrants ont reçu des courriers leurs annonçant ce déménagement, d’autres non. Parce que certains se sont présentés à l’abri PC de la Gabelle, d’autres ont refusé de le faire, d’autres n’ont pas compris ce que ce courrier leur intimait de faire. Parce qu’il est dégueulasse d’envoyer la police pour réduire des gens dans des abris PC.  Un problème social doit être réglé d’une manière sociale, politique, pas policière.  
 
Ces hommes ne sont pas du bétail
A qui peut-on reprocher de ne pas se présenter à la porte d’un abri pour y être placé dans des conditions de survie ? Toute personne censée résisterait, encore plus quand un parcours de migration, de guerre, de traumatisme et d’abus a fragilisé tous les rapports à l’autorité et à la force policière. Non, tous les migrants destinés à l’abri de la Gabelle ne sont pas allés spontanément se faire enfermer. Certains n'ont pas compris ce que la police leur voulait. Ils n'ont pas compris! Fallait-il user de la force publique pour les déplacer de force ? C’est ce que le Conseil d’Etat a choisi de faire, envoyant la police au foyer des Tattes pour aller rafler ces hommes. Et maintenant : le reste à Champ-Dollon?
 
La rafle des Tattes  
Ce lundi 15 juin, les policiers entrent aux Tattes, dans les studios. Ils pointent des hommes du doigt et disent : toi, et  toi et toi, essaient d’emmener de force ceux qui  ne comprennent pas ce qui leur arrive.  Employer la rafle et la force n’est pas responsable pour un Canton comme celui de Genève. A une question sociale il faut une réponse sociale, pas policière. 
 
La dignité comme résistance 
Les migrants, appuyés par le mouvement Solidarité Tattes et Stop bunkers se sont alors réunis pacifiquement dans la cour des Tattes et ont organisé une forme de résistance citoyenne. Le groupe décide de quitter les Tattes et descendre à l’église du Sacré Cœur, à Plainpalais. La police poursuit le cortège, le laisse se faire son chemin sans le protéger de  la circulation. Arrivé devant l’église du Sacré Cœur, la porte est close. L’église catholique n’ouvrira pas aux migrants jetés sur la route.
 
Le symbole du Grütli 
Le seul refuge que trouve la quarantaine de migrants est le centre culturel du Grütli. Les portes du théâtre sont ouvertes par le Conseiller administratif en charge de la culture Sami Kanaan avec l'accord du Conseil administratif de la Ville.. Face à la violence de la police, face à la désorganisation d’un déplacement mal organisé de migrants terrorisés, la culture joue son rôle de refuge et d’abri. Face à la rafle policière décidée par le Canton, un espace culturel  est ouvert dans l'urgence pour que des hommes ne dorment pas à la rue ou soient enfermés comme des chiens sans collier. 
 
 
Le Grütli accueille les migrants 
Il y a là une image très forte pour la Suisse et Genève, que des migrants, déplacés, réfugiés, traumatisés, que l’on chasse avec des policiers pour les mettre dans des abris sous-terre, que l’on cherche à cacher encore, trouvent refuge dans un lieu culturel qui plus est nommé Grütli, lieu du mythe fondateur de la Suisse!
Cela doit nous faire réfléchir sur la place que notre société donne aux plus précaires et comment notre pays respecte sa propre constitution, honore son préambule qui rappelle notre devoir d’assumer nos responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres.
 
En espérant qu’un nouveau pacte, culturel, social et non policier, puisse naître de ce refuge trouvé par des migrants un jour de juin à Genève, alors qu’ils avaient la police à leur trousse et le langage de la violence pour toute réponse à leur demande d'asile. 
 
RASSEMBLEMENT MARDI 16 JUIN 18H GRÜTLI
derrière le bâtiment -place Bela-Bartok- côté place du cirque. 
 

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15/06/2015

(D)ébauche du père

 

ebauche-du-pere-de-jean-senac.jpg

 

Le calendrier des saints laïques est bien ordonnée : Mandela, JFK, Gandhi, celui des religieux aussi : Mère Teresa, l'abbé Pierre sont parés d'honneurs, sans parler de celui des révolutionnaires : Ché Guevara en tête. Il est un homme qui pourrait revendiquer une place hors catégories et pourtant dans toutes celles-ci, c'est Jean Sénac, à côté de Pasolini, Antonin Artaud et Jean Genet.

 

 

Un saint roulé dans le sable et carbonisé.  

Jean Sénac est né en 1926 à Béni Saf, petit port de l'ouest algérien, d'une mère d'origine espagnole et d'un père inconnu. Il grandit à Oran, dans la pauvreté et un milieu multiculturel et religieux. Je suis né arabe, espagnol, berbère, juif, français. Je suis né mozabite et bâtisseur de minarets, fils de grande tente et gazelle des steppes. Il naît sans père, du viol de sa mère.

Très vite il se tourne vers l'écriture, entame une correspondance passionnée avec Camus. Proche de René Char, il fonde la revue Soleil, publie les poètes Kateb Yacine, Mohamed Dib, Mouloud Feraoun, s'engage corps et âme pour la révolution algérienne. Il entre en résistance par la langue, devient un chantre de la révolution avant que celle-ci ne le rejette à la fin des années 60, lui, le bâtard, l'occidental. Il vit alors dans une cave comme un reclus et place, martyrisé, à demi fou, la poésie en premier lieu, animant une émission de radio : Poésie sur tous les fronts. Il est de ceux qui répondent à la violence par le pouvoir du langage et son incantation, ouvre les identités à la pluralité.

Pied noir solaire, de souche transcendante, pour lui l'algérien n'est pas qu'un arabe musulman, mais aussi un homosexuel chrétien, un animal, un poète, révolutionnaire mystique, animiste, berbère, combattant dans la langue et l'érotisme les pouvoirs dominants d'où qu'ils viennent.   

 

jean sénac,poésie,révolution,père,algérieJean Sénac fonde le front homosexuel d'action révolutionnaire, vit d'amours clandestins et multiples; fréquente voyous et brigands la nuit. L'extrême droite française le combat, il est le symbole de ce que redoute les fachos: la féminité, l'affaiblissement des moeurs, une contamination du nord par le sud. Les nationalistes algériens l'isolent : trop différent, trop singulier pour correspondre aux images de la nouvelle propagande. L'homme signe ses lettres d'un soleil à cinq branches, symbole de fraternité. Il meurt mystérieusement assassiné le 30 août 1973 à Alger. 

 

jean sénac,poésie,révolution,père,algérieSon héritage n'est précédé d'aucun testament

Dans ébauche du père, publié comme la plupart de ses écrits à titre posthume, Jean Sénac propose d'en finir avec l'enfance. Il ne fait pourtant que réifier la figure du père, l'adoré, le manquant, le troué. Il lui règle son compte, il lui érige une stèle, l'embrasse de la bouche à la bouche, comme un chien.

Dans une langue solaire et crue, Sénac travaille un roman-poème, autobiographique et troué, où il se dévide et compose, plaçant dans le corps, le plaisir, le noyau de la résistance aux oppressions, avec une revendication forte de pouvoir habiter ce monde tel qu'il est, comme un animal, un souffle, une prière.

Dimension archaïque et mystique de la langue; ébauche du père: débauche d'énergie et cri puissant. Parfums, odeurs, incarnation forte de la langue. Odeur de lait, de café, un peu d'urine secouée, et d'eau de cologne. Bonnes odeurs du matin. Et le soleil partout. Dehors. Dans la cour. Car on n'avait pas encore ouvert les volets. On est projeté dans le port, dans la rue, les venelles du souk, sous le soleil, dans le soleil même. On n'a rien ouvert encore.

 

Jean Sénac figure actuelle   

Dans la période actuelle, alors que les exclusions et les intolérances vont grandissantes, Jean Sénac, fils bâtard du viol et de l'abandon, transmet une autre image de l'appartenance, celle que l'on se choisit, et non celle à laquelle on se trouve assignée.

La patrie c'est l'endroit où l'on est bien. L'endroit où votre corps est le mieux encastré. Où les pores respirent. Où vos paroles s'ouvrent. Où vos mensonges eux-mêmes n'ont pas peur. Je suis né algérien. Il m'a fallu tourner en tous sens dans les siècles pour redevenir algérien et ne plus avoir de comptes à rendre à ceux qui me parlent d'autres cieux.

Dans la période d'aseptisation actuelle et d'uniformisation généralisée, de construction de ghettos de la pensée, et de sériation des êtres humains, Jean Sénac, libertaire, fou furieux, transgresseur solaire, est un saint inspirant. Un démon qui plonge ses racines multiples pour aller chercher eau, sel, lumière, et sable, au plus profond de la Méditerranée, les passer au tamis du langage pour construire des individualités debout, dressées contre les pouvoirs d'oppression.

jean sénac,poésie,révolution,père,algérieJe suis né, dit Sénac, pour qu'un petit enfant pauvre d'Oran puisse dresser un jour sa voix contre ses maîtres, les maîtres de tous les préjugés et de toutes les contraintes, pour qu'il puisse patauger avec ses sandales trouées dans les larmes de sa mère, pour qu'il élève une barricade de cris intolérables comme un condamnation, un remords, un appel.

Je suis né, dit Sénac, pour que tous les Pères d'Europe, viennent sur ma langue bavarde et contestée recueillir une dernière fois l'écume de leur bave et leurs petites splendeurs, s'enivrer de leur honte et de leurs fausses flammes, avant que tout s'effondre, que s'éveille la fleur des continents proscrits, et que sur nos déchets, naisse enfin l'HOMME HEUREUX. 

 

Jean Sénac, dans le calendrier des saints a une place de père ; dans la débauche et sa folle création il constitue une famille. celle que l'on choisit, que l'on élit, la famille enfin que l'on se transmet, faisant fi de la génétique, des passeport biométriques et de la langue morte qui traîne par terre ou dans les vitrines lubrifiées des magasins.

 

 

 

Jean Sénac, ébauche du père, roman Gallimard, 1989

 

 

http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/4/algerie_litterature_action.pdf

http://www.les-lettres-francaises.fr/2012/06/quel-soleil-chavire-ta-langue/

10:17 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean sénac, poésie, révolution, père, algérie | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/06/2015

Florian Eglin: Solal ou le dandysme déglingué

florian_eglin_-_solal_aronowicz_couverture_la_baconniere.jpgComment ne pas tomber sous le charme de Solal Aronowicz, anti-héros, looser solaire de l'écrivain Florian Eglin qui promène sa carrure de dandy cruel dans le dernier roman du genevois?

Solal Aronowicz a quelque chose de lumineux en lui, on pense alors immédiatement et facilement au roman éponyme d'Albert Cohen, mais sitôt les premières pages avalées, on bascule plutôt dans un univers cinglant à la Kill Bill (Tarantino), piquant comme Old boys (Park Chan-wook), quand le chapitre de la torture à la perceuse rappelle l'arrachage de dents au marteau, voir Fight Club (David Fincher) alias hémoglobine mon amour, pour la jouissance des bastons, masochisme inclu: excès des coups donnés et reçus. C'est chaud devant.

Enfin, qu'Eglin me pardonne, car c'est un peu iconoclaste comme référence: un épisode de Benny Hill, quand Solal notre héros à un seul oeil, à force de s'imbiber de whiskies et de consumer ses cigares, se retrouve avec un troupeau de mecs vulgaires aux trousses disposés à le torturer à mort (il y manque juste la musique douce et la trépignation du gros chauve pour s'y retrouver, avec certes une dose de cruauté en plus mais l'humour britannique bien planté).

On passe du rire gras au silence glacé, comme dans un film de Hanneke : Funny Games par exemple; ou sur une note perverse et grandiose dans la lignée d'Orange mécanique. Mais diable, pourquoi toutes ces références cinématographiques? La force de l'écriture, sa générosité, la construction des chapitres en scénette, renvoie à une forte dimension visuelle. Solal pourrait être adaptée à Hollywood, il en a la gnaque et la violence, mais les amerloques n'y pigeraient que dalle. Le sens, la langue, le lieu : tout est un produit local, de la pierre d'Unspunnen aux masques du Lötschenthal, en passant par la cavalcade dans les cimetières genevois, le foutage de gueule du Conseil d'Etat et de l'UBS,  matraquage d'une assistance sociale à la rue. 

 

florian-eglin-cette-malediction-qui-ne-tombe-finalement-pas.jpgVous l'aurez compris : "une résistances à toute épreuve... faut-il s'en réjouir pour autant?" deuxième ouvrage d'une trilogie ouverte par le fulgurant " cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal" adéquatement sous-titré : roman brutal et improbable, n'est pas un roman fleur bleue, pas un roman pour midinette, pas un assemblage de 300 pages aisé à déglutir. Ce n'est pas un roman du 18e bien léché, c'est un roman estampillé 2014, comme on n'en avait pas lu depuis un moment et qui se réclame de son époque:  tarée, tassée, saturée. 

 

Un roman où ça se castagne d'une manière jubilatoire - et vas-y Solal, défonce-les!- et saigne par longs jets. Scène dantesque d'ouverture du livre où, sur la plaine de Plainpalais, notre Solal doté d'un seul oeil (et ouvre l'oeil Solal, et le bon! lui répète sa femme tout au long du bouquin), fend le crâne d'un avocat, espèce contre lequel il a de sérieux contentieux, avec aussi les politiciens, les flics et les banquiers. Il s'en prend aussi à une vieille, au sonotone mal réglé et l'estourbit derechef au pied de la pierre, monument aux morts de 32. Dégât collatéral, à moins que ce ne soit là encore un symbole de la Suisse : sa vieillesse, que l'auteur a souhaité dégommer.

Solal a du nerf. Les phrases sont longues et le souffle tient. Eglin pratique le name dropping comme d'autres larguent des troupes d'élite sur des territoires à conquérir. On pourrait s'en lasser, il n'en est rien. Comme tout est excessif, agrandi, ironique et subtilement décalé, on en redemande même. Plus c'est gros, mieux ça passe. Eglin arrive à faire des détours une trame et des digressions le centre. On est embarqué dans les délires éthyliques- mystiques- oniriques- de Solal le dandy déglingué qui nous parle tout du long en Je, d'un Je fort, drôle et complice, nous rendant camarade de beuverie, ou de boucherie, c'est selon. Et on s'y sent bien, car il éructe là le chaos, la luxuriance, et l'abondance d'un monde insensé sursaturé de significations, et de stupidité, définitivement trop tordu pour qu'un anti-héros foutraque renonce à s'en emparer. On s'en méfie un peu de ce Solal. Mais en attendant, on part avec lui, cahin-caha. Cette histoire est trop mal emmanchée pour bien se terminer, trop déglinguée pour que l'on renonce à en connaître la fin.  

Une histoire? On dirait plutôt: un écheveau brûlant, entortillé comme la mèche d'un cocktail molotov. Elle se déroule à Genève sur un rythme déjanté qui rappelle le roman du Maître et Marguerite de Boulgakov. Le décor est planté entre la Jonction et Plainpalais, si ce n'est dans la pure toute puissance imaginaire de l'auteur. Le délire mâtiné de considérations sociales et politiques va du souci de voter à l'enfermement d'être toujours joignables -foutus portables- a une sardonique critique du système scolaire. Toujours cela nous ramène au plus prosaïque des quotidiens, à sa fange cachée que Solal nous lance au visage. 

De digressions en fulgurances, Solal se cuite, Solal comme Colombo nous rend pote de sa femme, tabasse et se fait tabasser -encore- nous invite dans son club de messieurs, gros, oisifs et lâches, et se fait encore rosser pour une sombre histoire de mallette qu'il ne veut pas rendre. La langue est riche, forte. On aime, beaucoup, en vrac : mouron, ramdam, vau-l'eau, tripette, ratiches, cafignons, etc., l'argot qui tranche.

Les phrases d'Eglin nous ensuquent et font tanguer. Il écrit à la façon d'un boxeur, y allant doucement et longuement par un travail au corps, qui est son style, de sa patte folle, de sa danse de chat, avant d'asséner une série d'uppercuts bien placés.

Et ça fait mal ! Vous avez intérêt à avoir l'estomac bien accroché pour vous lancer dans ce bouquin.

Il y va loin et fort Solal, clochard céleste, baladant dans la Genève calviniste son caractère de juif errant émancipé, chiant au passage sur les fonds en déshérence, l'hygiénisme helvétique, sa neutralité. Les sujets qui fâchent sont enquillés et traités bien comme il faut, les uns après les autres. Bien helvétique et sytématique dans son délire, le bougre.  C'est évidemment trop gros pour ne pas être vrai. C'est ce qui est bon : ce ton, humour et ironie, une soif vengeresse, méchanceté drôle et grinçante.

Solal est un roman violent, mais d'une violence toute théâtrale, spectaculaire, que l'on devrait finalement plutôt rapprocher du catch que de la boxe. Il se donne à lire comme se déroule un spectacle ou un film en 3D, se dévoile dans sa langue unique avec ses multiples rappels, échos, en sous-titre; ses complicités tissées avec le lecteur.  

Roman drôle et violent, d'une puissance extatique, Solal Aronowicz nous rend à la liberté, celle de jouer avec le réel et de s'en détacher, sans être dupe de ce qui est à l'oeuvre dans le quotidien, ni le nier.

Un dandysme déglingué, lumineux. En un mot: éclairé. 

 

 

 

«Solal Aronowicz: Une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?» Florian Eglin, Ed. La Baconnière, 300 p.

 

 

 

 

 

 


 

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05/06/2015

Roms, pourquoi tant de haine?

Silivaş roms,eric roset,kanaan,frontièresest un petit village situé dans la campagne de Transylvanie. C’est un village « comme un autre » de Roumanie. La partie rom, très pauvre, est séparée de celle des Roumains.

 

Accéder à l'école, pour les roms, n'est pas une sinécure. De fait, la majorité ne sait ni lire ni écrire. Le cimetière ne se partage pas. Les Roumains sont enterrés sur le terrain de l'église, les Roms sur un terrain de remblais. La discrimination sociale se poursuit jusqu’après la mort.

 

Eric Roset, photographe, a réalisé 4 séjours à Silivaş entre 2011 et 2015. A l'initiative de Sami Kanaan et à l'occasion de son année de mairie, ses photographies sont exposées sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Ces photographies nous engagent dans le quotidien de ce village.

La plaine de Plainpalais est le bon endroit pour montrer ces photos. Le gore y est aussi minéral que l'herbe est minimale à Silivaş. Bien sûr, on ne comprend pas l’entier de ce qui est en train de se dérouler. On partage ce quotidien le temps d’un instantané. La pauvreté matérielle frappe comme un contraste avec l’expressivité des visages et une intensité de vivre qui ressemble pourtant à une joie puissante d’être au monde.

 

roms,eric roset,kanaan,frontièresDeuil d’un enfant, réception d’un document administratif – amendes pour mendicité venant de Genève-, lessive dans des bidons, martelage d’un fer à cheval, allaitement d'un enfant, plaisir d’une cigarette : des actes simples, bruts, qui font éclater devant nos yeux l’extrême précarité des conditions de vie.

 

Les maisons sont rudimentaires et brinquebalantes. Les vêtements sont sales. Si la plupart des familles de Silivaş partent tenter leur chance dans des villes européennes, et notamment à Genève, ce n’est pas par appât du gain, par amour inné du nomadisme ou parce que l’herbe y serait plus verte, mais bien poussée par une pauvreté crasse. Parce que les murs en torchis ne tiennent plus debout.

Silivaş, au milieu de la plaine déserte, n’est pas un paradis perdu et romantique, mais un village sans eau courante ni canalisations où l’inégalité économique et les risques sanitaires sont majeurs. Partir de cet endroit est une nécessité vitale. 

 

roms,eric roset,kanaan,frontières

 

Le travail d’Eric Roset est exposé sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Il nous invite sans bruit à Silivaş, village européen. Les maisons y sont ouvertes. -Elles n’ont pas toutes de portes-  

 

 

Sami Kanaan a voulu terminer son année de mairie par l'organisation d'une grande rencontre sur la thématique des roms. Des débats, des conférences et des présentations, mais aussi des contes et des concerts ont eu lieu et permis de voisiner avec la culture rom, de mieux comprendre les mécanismes qui génèrent de la méfiance, voire de la haine.

De Silivaş à Genève, de la Roumanie à la Suisse, ce sont toujours les mêmes rouages du rejet qui sont à l'oeuvre. La magnifique exposition d'Eric Roset et le geste fort de Sami Kanaan permettent d'envisager l'autre avec un regard différent.

En allant se promener sur la plaine de Plainpalais, ce week-end, nous découvrons Silivaş, un village européen, mais aussi, en arrière plan, le panorama de nos préjugés.  

 

 

 

www.eric-roset.ch

 

http://www.ville-geneve.ch/mairies-precedentes/mairie-2014-2015/manifestations-evenements/roms

 

 

 

 

 

 

 

 

12:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, eric roset, kanaan, frontières | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/06/2015

La démocratie : rien que la démocratie

martine sumi,parti socialiste,conseil municipal,présidence,vote,démocratieCe mardi le Conseil Municipal va désigner son président ou sa présidente pour une année. Cela ne sera pas une désignation par défaut. Martine Sumi, socialiste, membre du bureau du conseil municipal brigue cette présidence. Carlos Medeiros, MCG, de même. Certains grincheux regrettent que cette élection n'ait pas été tacite. Ils auraient voulu que le siège revienne de droit au MCG. Le groupe socialiste a choisi de présenter Martine Sumi, parce que la présidence au Conseil Municipal est l'enjeu d'un débat et demande de vraies prises de position sur des valeurs politiques.

 

Tout oppose ces deux candidat-e-s. Martine Sumi est Présidente de GymSeniors, membre du comité de l’Université Populaire Albanaise et de Solidarité Bosnie. Elle s'est toujours engagée pour l'égalité femme-homme. Issue d'un petit village du canton de Vaud, elle aime rappeler que lorsqu'elle est née, les femmes n'y avaient pas encore le droit de vote. Cela l'a été bien tardivement, en 1971, lorsqu'elle avait 15 ans, et cela a été le fruit d'une lutte. Martine Sumi est une femme de dialogue, constructive. Membre du Syndicat SIT, créatrice de F-information et du bureau de l'égalité, créatrice de Viol Secours, de la  Marche mondiale des Femmes, active auprès de l'association Camarada, elle inspire confiance et a toujours placé le respect de l'autre au plus haut point. 

Carlos Medeiros? Pour l'avoir côtoyé durant 4 ans, m'être fait traiter par lui de connard, de tapette, avoir été provoqué: buste en avant et index glissé sous son cou en signe de menace, avoir vu ses insultes fleurir sur les réseaux sociaux, ce monsieur n'est pas le type d'élu dont on rêve pour représenter la Ville de Genève et ses valeurs (pour autant qu'on les partage).

En politique, il faut avoir le cuir épais. Je ne fais pas une affaire personnelle des dérives de Monsieur Medeiros. Je les rappelle simplement ici pour évoquer mon droit démocratique à ne pas soutenir quelqu'un qui fait de l'insulte une banalité et joue de l'intimidation en menaçant physiquement ses adversaires politiques. Soutenir Martine Sumi, c'est promouvoir une certaine idée de la démocratie contre ce qui la menace.  

 

MCG. Ni de gauche, ni de droite, mais prêt à tout pour être élu

Et puis, quelle étrangeté, pour un parti comme le MCG, ne se revendiquant ni de droite ni de gauche, d'invoquer un droit à obtenir cette présidence en regard d'une coutume de tournus profitant aux partis bourgeois. Or, on le sait, les coutumes sont partagées par ceux qui ont en commun les mêmes valeurs. Pour ceux qui les récusent, comment simultanément les invoquer pour en bénéficier?

Le MCG a fondé son engagement sur la contestation du système. Il s'est toujours défini comme refusant le compromis et le partage du pouvoir. Le voilà, maintenant, prêt à tout pour être élu, devenir plus royaliste que le roi, en lançant des coups de téléphone à tout va pour obtenir les voix du PLR et du PDC. Ce parti, prétendu un jour contestataire, promet maintenant de voter tous les budget de la Ville, tous les objets politiques qu'on lui présentera, tout et son contraire finalement, pour autant que son préféré soit élu.

Mais être président-e- du Conseil Municipal ne vise pas à assouvir une revanche personnelle, ce doit être une volonté de servir le bien collectif. Ainsi se pense l'alternance du pouvoir. Il est destiné à promouvoir une finalité collective. La manière dont le MCG gère cette élection montre qu'il n'en a cure. Le MCG pourrait, par exemple, présenter un autre candidat, plus rassembleur et attentif à l'avis collectif. Peut-être alors qu'un certain nombre d'élu-e-s se sentiraient potentiellement représentés par lui. Mais il faudrait, là encore, que le MCG soit prêt à dialoguer, entrer dans le jeu de la représentation, plutôt que de faire de l'autisme et du forcing avec Medeiros.   

 

Pas de putsch du parti socialiste mais une proposition alternative  

Le Parti Socialiste ne provoque pas un putsch en opposant Martine Sumi à Carlos Medeiros. Il continue d'oeuvrer dans le champ démocratique. Il propose à une assemblée à majorité de droite et d'extrême-droite, où un certain nombre voix s'élèvent pour dire qu'il leur est impossible de voter pour Monsieur Medeiros, une alternative.

L'alternative, c'est bien ce qui fonde l'alliance des verts, du ps et d'ensemble à gauche. Une alternative à ce qui met à mal les valeurs de notre République. Une alternative à un nostalgique du dictateur Salazar, aux coups de force et aux intimidations; une possibilité de ne pas subir ce vote mais d'exprimer politiquement une autre option. 

 

La violence n'a pas droit de cité

Il ne s'agit pas, ce mardi, comme l'a faussement fait entendre Julien de Weck dans un éditorial de la Tribune de Genève d'un déni de démocratie ou, comme l'a affirmé Adrien Genecand (PLR) d'un appétit démesuré de la gauche. Si le PLR ou le PDC avaient proposé un.e candidat.e, le parti socialiste l'aurait soutenu.e, par respect pour le tournus gauche-droite. Malheureusement, ils ne l'ont pas fait. Il s'agit de servir la démocratie, rien que la démocratie; et de combattre, par le vote, le MCG. Parce que nous sommes en désaccord total sur ce qu'est la racine de ce parti (le rejet de l'autre, la stigmatisation de l'étranger, le travail de sape contre les institutions, la préférence de quelques uns contre tous les autres).

Laisser accéder Medeiros à la présidence sans combattre, c'est cautionner le fait que les messages de rejet de l'autre, de haine et de violence ont droit de cité aux plus hautes fonctions de la Ville. Contrairement à certains, nous ne nous y résoudrons jamais. 

 

Quand la droite se mêle au MCG

Comment faudrait-il nommer le principe qui laisserait le champ libre en Ville de Genève à celui qui est fier d'être la doublure de Stauffer ?

Le MCG ne progresse plus en Ville de Genève. Il a été rejeté de l'exécutif de la ville d'Onex grâce à l'engagement de forces politiques diverses mobilisées pour empêcher que des "commune zéro frontalier" voient le jour.

Aujourd'hui, l'attitude de la droite est nauséabonde. Alors qu'au Canton elle s'est mobilisée pour barrer le chemin de Stauffer à la présidence, en Ville de Genève elle est prête à se soumettre devant le MCG et construire avec lui une étroite alliance politique.

Le PDC et le PLR appellent désormais ouvertement à voter Medeiros. Alors que le président du PDC, Sébastien Desfaye, avait courageusement, dès le début de sa présidence, appelé à  refuser toute alliance avec le MCG, voilà que son parti se dit prêt à retourner sa veste, se boucher le nez et voter avec l'extrême droite. Voilà que Lionel Ricou, chef de groupe du PDC en Ville de Genève embrasse le MCG, avec le soutien de Guillaume Barazonne. Les électeurs et électrices qui ont pensé voter pour plus de nature en Ville constaterons malheureusement, par ce vote, qu'ils ont soutenu quelqu'un qui préfère le brun. 

 

La démocratie jusqu'au bout

C'est bien parce que le MCG a été élu par les urnes qu'il peut être contesté par un vote. C'est ainsi que le Conseil fédéral avait été débarrassé de Blocher. Il s'agit toujours là de démocratie, de prises de position et de risques.

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner dans ce combat? Pas grand chose. La droite et l'extrême droite seront tentés de se fédérer encore plus étroitement. Carlos Medeiros se pose déjà d'une manière complaisante en angelot-victime. Les intimidations vont augmenter afin de faire payer à la minorité de gauche son acte de résistance démocratique. Si Martine Sumi est élue présidente du conseil municipal, ce sera une voix de moins pour l'Alternative lors des votes en plénière.

Le PS n'a pas grand chose à gagner à la présidence de Martine Sumi. C'est la démocratie qui sortira gagnante si elle est élue à la présidence du Conseil Municipal ce mardi.   

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner : pas grand chose.

La démocratie ? Beaucoup. 

 

 

 

http://www.tdg.ch/signatures/editorial/La-dignite-versus-le-deni-de-democratie/story/24550738

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Sebastien-Desfayes-est-le-nouveau-president-du-PDC-genevois/story/27814809

https://www.ge.ch/egalite/representation-politique/temoignages/sumi-martine.asp

07:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martine sumi, parti socialiste, conseil municipal, présidence, vote, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/06/2015

La perfection est de ce monde (presque)

pascale favre,présent presque parfait,art&fiction,art contemporain,créationIl s'agit de comprendre si on crée, pas de brouiller les pistes.

Présent presque parfait est une histoire de vie collée à l'art ou plutôt un récit artistique où se mêle fiction et autobiographie.

Pascale Favre y raconte une adolescence allemande dans les années 1980-1990, l'émergence d'une conscience, d'une pratique artistique et politique. Elle fait parler un jeune homme, mais c'est bien une femme d'une quarantaine d'années qui l'interpelle et place cet adolescent face à nous. Les doutes, les interrogations, les désirs du jeune homme sont déployés. Présent presque parfait, écrit au passé, est en quelque sorte prémonitoire. Ce passé, sans cesse réinventé: creuset du travail de  l'artiste.

Il faut imaginer Sisyphe heureux écrivait Camus. Il faut imaginer aussi Sisyphe, artiste, aux arts déco. Création ? Creuse ! Encore, sans cesse!

Et d'où parles-tu camarade? De plusieurs lieux répondrait peut-être Pascale Favre... et plusieurs temps.

Le texte est composé de blocs où l'on chemine avec l'ado sensible, éveillé, curieux. Il s'y intercale -comme des tiroirs ouverts-, d'autres blocs où se glissent les mots d'une autre. Pascale Favre entame là un dialogue à plusieurs niveaux, classant la mémoire, la déposant par couches, l'amplifiant, par un procédé ingénieux de construction littéraire.

Strates et couches imbriquées, comme dans une fouille archéologique, où ce qui est révélé du passé est un nouvel agencement.

Ce présent presque parfait est une fascinante construction, création - concaténation?- (et l'on s'étonne à peine quand on découvre que l'auteure a été architecte d'intérieur). Le présent dure-t-il depuis toujours? Aura-t-il vraiment une fin? Qu'est-ce que l'histoire? La grande, la petite ? Ces lignes architecturales (des fondations recouvertes par de nouveaux étages) sont intimement liées, prennent de l'ampleur en s'appuyant les unes sur les autres.

Ce présent presque parfait est un cheminement fascinant dans l'Allemagne post nazie et pour partie soviétique. On y croise Joseph Beuyz, Baselitz, Markus Lüpertz, la cicatrice du mur, la rage du punk, l'expérimentation artistique, corporelle, la découverte artistique, Godard, Wim Wenders, John Cage, les bals communistes, les Levis 501, du schnaps, la mode démodée, et les friches industrielles.

Pascale Favre nous ouvre à l'art et à l'intime, au politique et à l'individuel, au collectif et à l'anarchie créatrice, démontre qu'un pan révolu(tionnaire?) s'écrit au présent.

Ma priorité était de chercher une liberté individuelle, artistique et politique à travers un contexte collectif. L'art était pour moi la meilleur manière d'exprimer cette pensée

Elle ouvre à l'intime, au quotidien, par questions, confidences : Dès que tu rentres en relation intime avec quelqu'un, ça laisse des traces, ça s'inscrit dans notre mémoire, dans notre corps. Elle l'abouche au politique : Il ne manquait que les cacahuètes. Comme des cochons et des singes, voilà comment on avait pensé accueillir les Allemands communistes. Il fallait bien leur montrer la gloire du capitalisme même si celle-ci se camouflait dans la liesse provoquée par la Réunification. 

Ruptures. On passe de souvenirs de la Bande à Baader à un gars faisant un bad trip sur l'île d'Ibiza, terminant sa course en asile psychiatrique; de bains nudistes au départ nocturne sur l'autoroute pour Paris, puis zig-zag entre Cologne, Berlin et Francfort. Considérations économiques sur la production de l'art. L'artiste nous interpelle directement. Elle nous confronte par petites touches : toi qui lis régulièrement des livres sur l'art de la mémoire, est-ce que tu as une technique pour effacer certaines choses?

Trois passages du livre sont d'une force cinématographique. Un premier où le jeune homme rentre dans un terrain d'exercice de l'armée américaine, déboule sur un champ de tir face à une armée en carton; l'autre lorsqu'il est surpris dans la rue par une troupe de japonais qui le flashent, et enfin face à un jury d'art. A chaque fois l'extrême distance et dénuement de l'individu face au pouvoir du groupe,  dévisagé par un groupe factice, anonyme, ou expert.

Pascale Favre nous ouvre ses tiroirs / sa mémoire - mais elle les fabrique!-, et se place, dans la matérialité du livre même, devant une masse. Une artiste devant un groupe. Et nous, lecteurs, devant elle, comment l'envisager ? - seul à seul?-

Chaque homme est un artiste affirmait Joseph Beuys. Et la femme? Pascale Favre interroge sa place, la creuse, en mélangeant les genres, les temps, par la musique, l'écriture, dans un style ciselé, gourmand et maîtrisé.

Présent presque parfait: presque perfection du monde.  

 

 

 

 

Présent presque parfait, Pascale Favre, art&fiction, 96p. 2014. 

 

http://www.pascalefavre.ch

http://www.artfiction.ch