sylvain thévoz

02/09/2015

Ni pour le meilleur ni pour le pire (réflexions sur le mariage)

 

L'office fédéral de la statistique nous avertit : 42 couples sur 100 sont voués à l'échec, si le comportement actuel par rapport au divorce ne change pas dans le futur.[1] Diable, mais comment changer le rapport au divorce. En voilà un problème de société, ça cogite sec à Berne...

 

Le PDC n'a pas trouvé la parade. Le "parti de la famille" doit constater son échec. Non seulement il ne sait plus trop ce qu'est la famille, mais par dépit se replie frileusement sur une définition limitée. Le mariage, ce serait l'union d'un homme et d'une femme, basta. Quel manque de créativité, et surtout, de réactivité par rapport aux nouvelles manières de faire famille aujourd'hui. D'autres (UDC) voient des mariages blancs partout, ou des mariages inféconds même quand ceux-ci portent déjà des enfants. Ils veulent défendre la forteresse mariage comme ils isolent la Suisse. La commission juridique du Conseil des Etats elle, vient tout juste d'autoriser le mariage homosexuel par 7 voix contre 5.[2] Voilà enfin une décision qui va dans la bonne direction. 

 

Certains proposent des "solutions" qui n'ont rien à envier au parti démocrate chrétien : si vous n'avez pas réussi votre mariage, réussissez votre divorce! Bof, à tout prendre, on préférerait quand même réussir son union.

Il reste la tentation des aventures extra-maritales, commerciales ou non.  Ashley Madison, spécialisé dans l'offre aux mariés, avec son slogan " la vie est courte, tentez l'aventure", ne convainc pas. Vivre caché n'est pas particulièrement sexy. Et quand la double vie est révélée à tous par un piratage de données, quel ridicule.

Mais, si on ne peut pas changer le rapport au divorce, autant changer le rapport au mariage, non? 

Ce qui sauvera le mariage ? Sa désacralisation et son ouverture à toutes et tous afin de donner à chacun.e l'exercice de ses droits, à l'union, à l'adoption et à la procréation.  

 

Mariages flashs

En 2013, Genève est deuxième concernant le taux brut de divorce pour mille habitants (2.6) et bonne dernière concernant la durée de vie moyenne d'un mariage : 13.5 années.

 

Globalement, au niveau Suisse, la durée de vie d'un mariage progresse de 14,5 à 14.7 années. Explications ? Le divorce menace avant tout les premières années de mariage. Bref, ce n'est ni pour le meilleur ni pour le pire que l'on se quitte, mais en général parce que l'on a n'a pas eu le temps d'expérimenter l'un ou l'autre.

 

Fait nouveau, un nombre croissant de couples divorcent après de longues années en commun. Les couples divorçant après 30 ans ou plus de mariage représentent désormais 8,2% en 2013 contre 3% de tous les divorces prononcés en 1970.

 

Pour résumer, il est de plus en plus dur de durer longtemps dans le mariage. Peut-être aussi parce que l'on dure de plus en plus longtemps... dans la vie? Lorsque l'on a vécu le pire le meilleur avec la même personne, que les enfants seront grands, l'hypothèque payée, on se dit qu'il est temps de tenter autre chose. Bref, si le cadre du mariage a été éprouvé...  pourquoi ne pas expérimenter le divorce pour continuer à aimer. 

 

Mariage pour toutes et tous :en avant  !

Et si plutôt que de réussir son mariage ou son divorce l'ambition, peu importe son orientation sexuelle, son âge, le fait d'avoir des enfants ou non, était de bien réussir à aimer? L'office fédéral de la statistique a-t-il un avis là-dessus?

En tout cas, aujourd'hui : en avant pour le mariage pour toutes et tous, belle manière de rénover cette vénérable institution pour l'adapter à notre société.

Ni pour le meilleur, ni pour le pire.

Simplement, par égalité de traitement.

Et pour mettre le mariage à la page, plutôt qu'à la porte.    

 

 

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[1]http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/01/06/blank/key/06.html

[2]http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/27827293

09:20 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, suisse, droits, lgbtiqh | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/08/2015

Réformer l'économie (Contre ceux qui veulent uniquement l'optimaliser)

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Dans le cadre des élections fédérales d'octobre 2015, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, la Fédération des Entreprises Romandes Genève et Economiesuisse  ont convié les candidat(e) aux élections fédérales à une rencontre avec des représentants des milieux économiques.

Cette rencontre, réunissait tous les partis, et se voulait une occasion d'échanges sur les perspectives de l'économie genevoise et les thématiques comme la réforme de la fiscalité des entreprises et de les relations bilatérales avec l'Union européenne.

 

Comme candidat socialiste, je m'y suis donc rendu.

 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... j'ai été déçu.

 

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L'optimalisation au détriment des gens

J'ai découvert un milieu auto-satisfait, ayant produit un jolie brochure rappelant que la suisse est numéro 1 en matière de compétitivité (et en terme de redistribution des richesses, d'écart de salaire entre les plus riches et les plus pauvres?), que l'espérance de vie des Suissesses est de 85 ans en moyenne soit 10 ans de plus qu'en 1960 (omettant de préciser que l'espérance des Suisses est de 82 ans ... tiens pourquoi ce décalage?) ; que Genève et Berne figurent dans le top 15 des villes où la qualité de vie est la plus élevée du monde (grâce à quoi, à qui ?), ajoutant que le phosphore des lacs suisses a fortement diminué et que 1107 musées suisse ont comptabilisé plus de 20 millions d'entrées !!

Vous cherchez le rapport entre ces statistiques? Il est uniquement de vendre l'idée que tous ces bienfaits reviennent à l'économie, omettant bien entendu de dire que celle-ci est responsable de coûts et d'externalités qu'assume uniquement l'Etat (épuisement au travail,  burn-out, stress, pressions, difficultés sociales, augmentation de la précarisation, hausse des frais médicaux.) [1]

Economie suisse, nous peint un monde en rose. Vous reprendrez bien un peu de Fluoxetine Bayer pour la voir ainsi?

Non, merci.

 

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Un milieu dogmatique abusant du chantage catastrophiste

J'ai découvert là un milieu dogmatique défendant becs et ongles les neufs clés du succès helvétique, véritable bible d'une certain économie, soit : un approvisionnement en énergie sûr et compétitif, une protection efficace de l'environnement, des marchés de l'emploi libres et ouverts, des infrastructures performantes, une stabilité macroéconomique, une économie de marché performante, la liberté d'entreprendre, l'accès direct aux marchés mondiaux, un système éducatif et une recherche de pointe, des politiques financières et fiscale compétitives.

Et gare à vous si vous cherchez à étendre, ou redéfinir les clés de ce succès. Vous ne trouvez pas votre place là-dedans ? Vous vous demandez ce qu'il en est de la redistribution des richesses, d'un impôt juste, de la lutte contre les inégalités, et de la responsabilité des entreprises dans celles-ci, du partage du temps de travail ? Economie Suisse ne s'en préoccupe pas. Son objectif, OPTIMALISER les conditions cadres pour les entreprises... pour le reste, vous pouvez : travailleurs, retraités, étudiants, aller vous brosser. 

Economie Suisse défend un seul axe: le maintien de l'existant. Elle souhaite jouer, encore et toujours sa même ritournelle du chantage et des accents catastrophistes. Si vous cherchez à réformer le système pour plus de justice sociale (les entreprises partiront, la suisse reviendra au Moyen-âge), elle mettra le poids financier qu'il faudra.

Cette logique défensive ne sert pas toute l'économie. Elle permet surtout aux plus gros de devenir plus forts.   

 

 

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L'économie contre les droits populaires 

Plus grave, le fait que les droits populaires et les votations soient vues comme un élément qui dérange la stabilité économique, et la sacro-sainte prévisibilité économique des multinationales.

Alors, quand le 9 février arrive ces messieurs (surtout) et dames (peu nombreuses) s'inquiètent. Pourtant, qui a fait le lit de l'extrême droite? Qui, à droite et dans les milieux bourgeois, a toujours défendu becs et ongles les intérêts privés, les grosses fortunes, freiné l'évolution du système bancaire, défendu les privilèges, refusant les naturalisations facilités et le droit de vote des étrangers afin que, PLR-UDC mains dans la main, fassent de l'étranger un bouc émissaire idéal ?

Quand arrive le 9 février 2014, ces messieurs dame sont choqués. Le chantage trop utilisé, ne fonctionne plus. Voilà l'économie en péril du fait du 9 février, on s'agite, on s'inquiète.  Mais ce n'est pas pour autant qu'il est question de se réformer et de remettre en question l'économie, non. Ce sont les droits populaires qu'il faudrait questionner !!! 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... je me suis confronté à un lobby conservateur.

Voulons-nous laisser notre économie dans ces mains là? 

 

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Réformer l'économie

 

Réformons l'économie pour les PME, les gens réels, les paysans, les étudiants, pour l'avenir, pas au profit uniquement des multinationales et de l'intérêt prioritaire des grosses fortunes.

Ce que j'appelle la théorie des miettes, qui vise à défendre le fait que plus les riches sont riches, plus les classes moyennes et les pauvres en reçoivent quelque chose, doit être combattue. La justice sociale n'est pas la mendicité. C'est un rapport de force constructif.

Voilà quelques mesures concrètes pour réformer l'économie et redistribuer les richesses :

 

  • Protéger avant tout les travailleurs et travailleuses, pas uniquement les conditions cadres visant à l'optimalisation fiscale. Extension des conventions de travail.
  • Imposer l'égalité des salaires entre femmes et hommes. 
  • Création d'un impôt sur les transactions boursières pour mettre fin à la spéculation inutile et stabiliser le marché financier.
  • Réformer la fiscalité afin de la rendre transparente. Fini les cadeaux fiscaux et les forfaits fiscaux à la carte dévolus d'une manière totalement opaque.
  • Réforme RIE III des entreprises [2] : pour un taux à 17% uniforme et une défense plus forte de la place de Genève face aux avantages dont jouissent les villes de Bâle et Zurich. 
  • Soutien à l'économie Sociale et Solidaire. Facilitation des prêts pour les petites et moyennes entreprises via des Fonds publics de prêts (type FONDETEC). Mise à disposition de capital pour démarrer des entreprises sans intérêts.
  • Les primes d'assurances-maladie ne doivent pas représenter plus de 10% des revenus d'un ménage. Interdiction de faire de la publicité pour les caisses maladies avec l'argent des primes. L'argent doit aller aux assurés, pas aux conseils d'administration!
  • Constitution d'un cadre légal pour des multinationales responsables (initiative multi), protégeant ainsi les droits humains et l'environnement en mettant sur un pied d'égalité toutes les entreprises et renforçant le label Suisse. Signez l'initiative ! [3]

 

Parce qu'économie suisse demeure le lobby d'une économie partiale visant uniquement à l'optimalisation et à la facilitation des conditions pour les grands acteurs, réformer l'économie est urgent.

Parce que l'économie doit être au service de l'humain, pas le contraire.

Quand j'ai pris la parole pour exposer ce point de vue et ces propositions, celles-ci ont été prises pour de la provocation voir un crime de lèse-majesté par les patrons de l'économie (quoi? on attaque les sacro-saintes conditions cadres?!).

Ceci est la preuve, à mes yeux que l'économie ne se réformera pas toute seule, qu'il ne faut pas attendre autre chose d'elle optimalisation conservatisme et dérégulation, avec une vie peinte en rose pendant que les citoyen-ne-s paient les pots cassés des crises successives.  

L'économie ne prendra jamais toute seule les mesures qui vont contre ses intérêts d'optimalisation.

L'intérêt de l'économie n'est pas toujours celui des citoyen.ne.s

L'optimalisation forcenée n'est pas une fatalité.

A nous, citoyen.ne.s, politiques, de voter pour défendre une économie réelle, freiner l'optimalisation à tous prix aux dépends de certains pour en enrichir d'autres.

A nous d'augmenter la répartition des richesses, gage de durabilité et d'une société sans conflits sociaux.

Une autre économie est possible, plus démocratique, nous souhaitons la réaliser.   

 

 

[1]http://www.uss.ch/index.php?id=144&L=1&tx_ttnews[backPid]=&tx_ttnews[tt_news]=4190&cHash=b273c2a50d4086b75be7bec839dbf47bs

 

[2]https://www.pwc.ch/user_content/editor/files/publications15/pwc_corporate_tax_reform_iii_fr.pdf

 

[3]http://www.solidar.ch/fr/inscription/initiative-pour-des  

 

 

Les illustrations sont tirées du livre de Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon, Etienne Lécroart : Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres? Mon premier manuel de pensée critique, Editions la ville brûle, 2014.

 

 

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24/08/2015

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire

Ami.e entends-tu le discours de division et d'oppression ? Il souffle et laisse entendre qu'il n'y a de vie collective possible que dans la tension et la division; dans la survie du chacun pour soi, dans la peur et le repli. Il veut nous convaincre qu'il n'y a de survie que dans les guerres de tranchées: des jeunes contre les vieux, des noctambules contre les lève-tôt, des étrangers contre les locaux, des locaux contre les frontaliers, de ceux qui veulent aller plus vite contre ceux qui n'ont plus le temps, avec toujours la fragmentation et la peur comme poison. 

 

Ami.e entends-tu la ritournelle ? Elle oppose les besoins, dresse les uns contre les autres: les laïques aux croyants, les juifs contre les non-juifs... et les musulmans contre tous les autres. Elle favorise toujours les puissances du profit ; dresse les sans-emplois contre ceux qui en ont, ceux qui en cherchent contre ceux qui l'ont perdu; elle monte les employés contre les indépendants, les indépendants contre les professions libérales, et fait des fonctionnaires une espèce exotique.

 

Ami.e entends-tu ceux qui montent les blancs contre les moins-blancs, les tachetés contre les mouchetés, les hommes contre les femmes; hétérosexuels contre homosexuels, les familles composée d'un homme et d'une femme... contre toutes les autres, et qui veulent nous faire rendre l'âme pour en profiter encore un peu?


Ami.e entends-tu ceux qui te disent de te serrer la ceinture pendant qu'ils se pètent les bretelles? Les discours de la haine, des semeurs de discorde ? Toujours plus de superficiel et de fiel, ils en font leur miel.   

 

 

Une Suisse ouverte, juste et solidaire

 

Ami.e, développons nos forces et nos solidarités. Toujours aller à la rencontre des personnes, pas de leurs représentations : "les migrants", "les assistés", "les roms", "les classes moyennes" sont le pense-bête de ceux qui veulent faire de la Suisse un pays rétrograde et figé. Rencontrons les personnes, pas leurs images déformées. 

 

Ami.e, toujours plus créatifs et soudés contre la pensée figée, qui travaille pour que la lutte devienne inutile et la loi du plus fort incontournable.

 

Le fatalisme et l'impuissance : nous ne mangeons pas de ce pain là. Ensemble contre toutes les formes de violence, et sa matrice : la violence économique, qui fait de l'humain une machine augmentant le bien être de quelques uns au détriment de tous les autres.

 

Ami.e, nous refusons d'opposer les catégories et d'alimenter la lutte des uns contre les autres. Chacun.e mérite plus que des miettes. Nous ne nous battrons pas entre nous pour celles-ci. Les valeurs de solidarité, d'attention et d'égards sont largement partagées, faisons-les résonner ! Nous ne nous contenterons pas du minimum.

 

La Suisse solidaire, durable, avance. Celle, mesquine, trompeuse, qui fait son beurre de ce qui fait peur, entretient les problèmes et les impuissance, veut nous réduire à une vision à court terme. Les bourses flanchent, le développement chinois s'essouffle. Notre modèle de développement doit être repensé. Ne mettons pas tous nos oeufs dans le même modèle de la finance.   

 

Ami.e, tous ensemble pour la taxation des transactions boursières, des salaires équitables, des logements abordables, des retraites solides, et le renforcement de la protection contre les licenciements.

 

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire.

Pas sa confiscation au profit de quelques uns.

 

 

 

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22/08/2015

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Cela ne vous rappelle rien ?

Une rafle au mois de juin : toi, tu vas au trou, toi tu restes en surface. Parce que tu es un homme, célibataire, que tu as commis un petit délit et même si tu as purgé ta peine :  le sous-sol c'est pour toi.

Les double et triple peine, cela ne vous rappelle rien?  

 

Une rafle au mois de juin :  la police anti-émeute contre des migrants pour les déplacer de force dans l'attente de leur déportation. Cela ne vous rappelle rien?

La police envoyée pour trier des gens. Le pouvoir qui justifie ce tri entre bons migrants et mauvais migrants, invoque la dignité de certains pour traiter les autres en sous-hommes, cela ne vous rappelle rien ?

Un magistrat de police qui tente de siffler la fin des droits humains. Un magistrat de police, capitaine à l'armée, qui use de sa parole et de son pouvoir pour s’en prendre à des militant.e.s des droits de l’homme, menace les citoyens qui font preuve de solidarité et se proposent d'accueillir chez eux des personnes harcelées, cela ne vous rappelle rien?

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de certains des exutoires bon marché, d'autres d'utiles boucs émissaires, considérer l'humain en fonction de son statut, de ses tampons sur ses papiers, des quotas et rouages politiques, plutôt que sa personne. Criminaliser les problèmes sociaux, pénaliser la contestation, décrédibiliser les mouvements qui défendent les droits humains, cela ne vous rappelle rien ?

Vraiment?

 

Abuser de l’argument de l'urgence pour bafouer le droit et la dignité due à toute personnes comme le stipule notre Constitution. Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de la Constitution un simple bout de papier, voir un torchon, avec lequel s'essuyer au nom de l'urgence, de l'économie, ou des principes supérieurs de l'Etat, cela ne vous rappelle rien?

 

Rien n’a commencé par une rafle en juin, tout se poursuit, quotidiennement, depuis des années, dans un état de droit en danger qui tolère que des hommes soient traités en sous-hommes, discriminés, écartés, logés dans des abris avec pour toute nourriture des barquettes à réchauffer; la lumière électriques en continu, et des punaises de lit sur les châlits.

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

Peut-être parce que vous vous dites: cela ne me concerne pas.

 

Mais qui sait, de force, et dans très peu de temps, cela pourrait vous revenir et vous concerner plus directement. 

 

 

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

 

 

 

 

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20/08/2015

La démocratie à l'épreuve des gestionnaires

C'est dans l'air du temps, les gestionnaires et les légalistes sont au pouvoir. Ils se cachent derrière la loi, la règle, pour maintenir le statu-quo et les inégalités sociales.

 

On en a eu récemment un exemple frappant. Monsieur Maudet dézingue un mouvement populaire et militant, No Bunkers, ayant rassemblé des milliers de personnes dans des manifestations. Il invalide tout un mouvement du fait que certains déboutés de l'asile auraient commis des délits; comme s'il y avait de bons ou de mauvais migrants, comme si ses catégories et ses étiquettes disaient l'entier de la personne et permettaient de traiter ceux-là en sous-hommes.

 

D'une façon similiaire, Monsieur Poggia qui répétait il y a peu aux citoyens aux sujets de ces déboutés de l'asile : Prenez-les chez vous ! Mais prenez-les chez vous ! Et quand certains répondent: chiche nous le ferons, il invoque ensuite la loi pour leur interdire de le faire, avec une seule visée en tête : réduire au silence un mouvement, le mettre à tout prix en échec. Il montre là que sa considération humaine est nulle. C'est la gestion des masses et de l'image qui le préoccupe.    

 

La loi : ce cache-sexe du pouvoir

Ce n'est pas le respect de la loi, faussement invoqué, qui est en cause ici, mais plutôt la préservation du pouvoir et de ses intérêts, sa manière de se raconter des histoires et se mettre en scène.

 

Ce n'est pas la "fin de la récréation" que siffle à la fin de l'été Monsieur Maudet, c'est sa propre mise hors-jeu par son incapacité à penser plus large et autrement qu'en fonction de son esprit formaté stratégie et gestion.       

Or, le danger de notre époque vient clairement de ceux qui font appliquer des lois en bafouant leurs fondements, qui ne voient pas plus loin que leur opinion publique, la caressent dans le sens du poil et évitent soigneusement tout risque et décision susceptible de fâcher.

La majorité des politiques sont devenus des suiveurs. Et les "décideurs" des petits caïds du marketing accros à l'opinion publique. Du contrôle de celle-ci dépend leur survie. Ils ne voient pas plus loin.

Et c'est cela que nous appellerions démocratie et devant lequel il faudrait s'incliner comme devant une figure sainte? Devant ce règne des idées molles, sans portées, sans visions, ne visant au final qu'à maintenir l'existant et au pouvoir ceux qui ont eu l'habileté, ou la chance, de s'y faire porter?

Les gestionnaires et les légalistes font subir à la démocratie le pire essorage qu'il soit. Après rinçage, ils la rendent d'une fadeur et d'un hygiénisme puant.

 

Juste bons à voter et se taire ?

La démocratie est plus qu'un légalisme. Elle est plus que la médiacratie et l'étroite justification légale arrangeant le pouvoir en place.

La démocratie est même plus que le respect dû à des majorités élues tous les 4 ou 5 ans à 35% de votant. La démocratie n'est pas une tyrannie de la majorité, mais un équilibre des différentes composantes de la société, chaque citoyen.ne ayant droit de cité et de parole, en tous temps.  

Ceux qui, tel le journaliste Philippe Barraud [1], s'insurgent dans un article du Temps, que des collectifs s'engagent, se mobilisent, pour rappeler aux élu.e.s l'existence de Constitutions, devraient arrêter de vendre au rabais, dans un journal qui devient d'une fadeur affligeante, une démocratie bradée où les élu.e.s uniquement auraient un droit de parole et d'exercice politique alors que les autres pourraient aller se brosser étant "juste bons à voter" et se taire. 

Ceux qui dansent sur le ventre des autres ne sont pas ceux qui s'engagent et manifestent, mais plutôt ces élu.e.s légalistes et gestionnaires, vivant leur mandat comme une rente de situation, faisant semblant d'être dans une stricte observance de la loi, tout en fermant les yeux sur ses abus ou manquements.

Le risque ne vient pas de ceux qui gueulent mais de ceux qui dorment, continuent à se faire bercer en toute bonne conscience.  

 

Qui pour faire respecter la Constitution ?

 

Si l'on relit, par exemple, l'article 15 de la Constitution genevoise :

Art. 15 Egalité
1 Toutes les personnes sont égales en droit.
2 Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d’une déficience.
3 La femme et l’homme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail.
4 La femme et l’homme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale.

 

Qu'un seul politicien "bon gestionnaire" ou garant de la loi et de sa stricte "observance" ose affirmer que ce principe n'est pas bafoué à répétition et à longueur de journée sur notre territoire en toute impunité !

Et quand le président du PLR Alexandre de Senarclens érige la discrimination en règle et l'affirme : oui, mettre ces hommes en sous-sol, c'est une discrimination au détriment d'hommes célibataires, déboutés, il bafoue purement et simplement notre Constitution.[2] 

Art. 39 Droit à un niveau de vie suffisant
1 Toute personne a droit à la couverture de ses besoins vitaux afin de favoriser son intégration sociale et professionnelle.
2 Toute personne a droit aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience.

 

Toute personne, rappelle la Constitution. Pas uniquement les électeurs libéraux-radicaux n'est-ce pas?

Monsieur Maudet, plutôt que de pourchasser de ses foudres une poignée de déboutés, de se positionner en moraliste devrait commencer par faire respecter la Constitution comme il s'y est engagé.

Toute la Constitution, rien que la Constitution, pas seulement les quelques lois qui font son beurre politique après un soigneux écrémage.    

La démocratie est plus que le respect d'un état de fait

 

La délégation du pouvoir ça ne veut pas dire uniquement signer un blanc-seing pour 4 ou 5 ans. La démocratie c'est le frottement des idées: des débats, des refus, des tensions.

Bravo aux collectifs et association, aux citoyen.ne.s qui le rappellent et le font entendre courageusement haut et fort.

Ils sont le tonus de la démocratie.  

 

La démocratie est plus que le respect du pouvoir en place

Elle est la garantie de respect des principes supérieurs et constitutionnels, qui touchent aux droits et au respect de la personne, à sa liberté individuelle et à sa sécurité.

Lorsque ces principes supérieurs sont attaqués, quand certains élu.e.s les perdent de vue au profit du racolage médiatique, alors oui il est légitime de monter aux barricades, de secouer le corps gras et mou que devient notre démocratie, en employant tous les moyens possibles, tous les réseaux nécessaires, qu'ils soient électifs, militants, grévistes, pour ne pas être dans une démocratie de ventriloques où le pouvoir a été confisqué par des gestionnaires à la petite semaine.     

 

L'observance de la loi, de toute la loi, par le pouvoir politique, est sous la surveillance des citoyen.ne.s, tous les citoyen.ne.s. Ces derniers sont légitimes à l'exercer en tous temps.

 

Nous ne sommes ni enrôlés dans une armée, à la messe ou un talk-show.

Parce que nous sommes des êtres libres, il revient à chacun.e. en démocratie, de faire entendre sa voix, lutter pour ses opinions, quelles qu'elles soient.

Délégation du pouvoir ne veut pas dire démission.

 

Voter c'est très bien, agir c'est parfait.     

 

 

[1]http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d62f3918-45a4-11e5-85d0-41b5fd577541/Ces_collectifs_qui_dansent_sur_le_ventre_des_autorit%C3%A9s

 

[2]http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante/

 


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05/08/2015

La capote et le territoire

download10.jpgMercredi

J’ai dans mon sac une pierre prise dans un bas pour cogner. Des talons aiguilles dans les yeux, je t’assure, ça fait mal.

Tu me vois, je suis là, à une et à deux et à trois heures du matin, dans la nuit dans le froid, tout l’hiver parfois. Mais je suis ailleurs en même temps, beaucoup plus loin qu’ici.

Ce que j’expose n’est pas ce que je suis, qui je suis est à l’abri bien loin.  Je me répète peut-être. Peut-être que je t’ennuie… qui je suis n’est pas celle que tu vois.

Qui je suis ne travaille pas après minuit, ne mets jamais de bas.    

Il y a plein de prostitués dans les boîtes d’assurance et les banques.

Je suis travailleuse du sexe.

Ce n’est pas parce que je travaille avec mon corps que je suis à vendre. Je facture un service, c'est à prendre ou à laisser. Ce n’est pas ma personne que je solde. Cela, les mecs ils ne le comprennent pas. Pour que leur fantasme fonctionne, il faut le leur laisser croire. Je suis une comédienne. Life is a stage. Je vais aller voir la pièce de Devanthéry à l’Orangerie cette semaine : to be or not to be. Shakespeare. Ça m'intéresse.

Je parle le moins possible. Je reste toujours le plus neutre possible. Comme cela, les hommes peuvent projeter tout ce qu’ils veulent, remplir ma corbeille vide de leurs joies, leurs colères, d’impatiences et leurs fleurs.

Je facture un fantasme. Ils paient sa réalisation.

Je travaille avec mon sexe. C’est dans ce trou que je fore. Par ce terrier, dans l’abri de verre, que je me construis, en ressors. J’essaie de comprendre ceux qui viennent me prendre. Tu ne peux pas savoir combien j’ai appris sur le trottoir. Ni comme les gens aiment salir, raconter des ragots et te déverser leurs ordures.

Je n’aimerais pas que mon fils apprenne que je travaille dans la rue. C’est la dernière chose que je veux voir. J’aurais trop honte. L’argent que je gagne, c’est durement. Je paie mes impôts, comme tout le monde, je cotise pour ma retraite. Il y a de la place pour tout le monde ici, mais le prix à payer est salé. Tu dois t’exposer, tu peux choisir ce que tu mets en vitrine. Tu n’en sors pas inchangé. Tu dois te vendre. Toi seule évalues ce que tu donnes et pour combien tu l’abandonnes.  

Le territoire, c’est vital.

Les filles, les nouvelles, sont de plus en plus jeunes. Elles s’en foutent de casser les prix. Pour deux fois rien tu baises. Pour quarante balles, elles font tout maintenant. Pour presque rien, un rapport complet. Moi, j’ai des enfants à nourrir, leur éducation à payer. En vieillissant, tu dois aussi t’occuper plus de toi. Les dents, les yeux, les seins.

download.jpgElles, elles cassent le marché. Elles se mettent dans le coin là-bas et si tu les fais chier, leur mac rapplique. C'est difficile dehors, tu vois. La semaine passée, la chinoise s’est fait bastonner. Elle n’est pas encore revenue. Même le plus petit bout de trottoir c'est un enjeu, du moment qu'il est bien exposé.

Les filles savent très bien où se mettre, où il faut aller, ne pas s’arrêter. J'ai trouvé une chaise dans la rue. Je l’ai accrochée à un soupirail avec un cadenas. Je fais 1234 pour le sécuriser. Comme cela, la nuit, quand j'ai mal aux jambes, souhaite m’asseoir, je le fais tranquillement. Cela devient mon salon et je regarde passer ceux qui me regardent m'asseoir. 

Parfois on fait fausse route. On ne pensait pas lâcher autant, ni être rattrapées par le temps. C’est ainsi. Des filles vieillissent mal. L’occasionnel a duré. Elles ne savent plus mordre. Elles sont foutues. Elles ne peuvent plus dire non. 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

 

Texte écrit suite à un travail sur le boulevard des Tranchées avec les travailleuses du sexe pour l'association Aspasie, la rédaction de son journal Mots de Passe.


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02/08/2015

Clients, bourreaux, sauveurs

IMG_1138.JPGDimanche

Je préfère la lumière des lampadaires aux boîtes des parkings.  Je ne laisse jamais les mecs prendre trop de pouvoir, se raconter des histoires.

 

Ils veulent tous me sauver, me baiser, me sauver, me baiser, me sauver.

Dans leur tête, c’est du pareil au même.

Mon corps, il est ici. Mon cœur, il est là-bas. Avec mon amoureux qui boit un soda dans sa voiture et attend que j’en finisse.

Je propose un rapport professionnel, et basta. Si le mec s’emballe, je le calme, le recadre, avec doigté, toujours.

J’en ai eu qui m’amenaient des fleurs à chaque fois, voulaient me marier, me placer dans leur bonbonnière. Ils étaient mariés, ils étaient bourrés, ils étaient sincères. Vous ne pouvez pas imaginer les solitudes et les vides intersidéraux que j’ai comblés.  

Il y a un chef d’entreprise qui voulait m’épouser. Je te jure, il venait régulièrement me voir. Mais je suis claustro. Je n’aime pas les espaces clos et les mecs qui m’étouffent, même quand il y a de jolis lustres et deux serviteurs à l’entrée; même quand on reçoit tous les soirs de la semaine et que les noms des invités sont écrits sur de jolis papiers.  

Pour cela, je ne travaillerai jamais en salon. Je respecte les filles qui le font ; mais moi, c’est sur le boulevard que je bosse. J’aime l’indépendance, pas les sonnettes. J'aime le vent et la pluie, pas les chiens à l’entrée, le gravier dans l’allée et les rideaux aux fenêtres.  

 

IMG_1139.JPGJe sors quand je veux. Je turbine quand je peux. Personne ne me dicte de rythme ni d’heures de travail. Je ne fais pas d’abattages. Je ne badge pas. Je ne pointe pas. Je fais des pipes, c’est tout. Je ne m’enquille pas des mecs parce qu’il faut passer par là. D’autres sont moins bien loties.

Je laisse passer des voitures. Je ne retourne pas toujours les sourires. Je choisis. J’ai grandi là-dedans. Je sais comment y faire ma vie.

Clients, bourreaux, sauveurs, ce sont des hommes avant tout. 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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01/08/2015

La Suisse est un muscle qui se travaille

C'est toujours un moment singulier que le 1er août, jour de fête nationale. Pas que je sois un fanatique du drapeau, ni que le nationalisme soit quelque chose que je valorise particulièrement, mais en ce jour, ce sont toujours des sentiments de gratitude et de reconnaissance, un rappel de l'incroyable chance de vivre en Suisse qui surgissent. 

Pourquoi ?

Nous vivons en paix, dans un pays serein, fort, qui permet à chacun, de chercher et d'occuper la place qui lui revient.

Malgré les tensions, les dissensions, et parfois les conflits (mais nous n'en arrivons généralement pas là, notre ADN y est réfractaire), nous faisons plus que partager un territoire, nous y vivons ensemble. 

Grâce à notre tradition, notre histoire et notre confiance, nous apprenons des crises et les surmontons.

Le débat, le dialogue, la volonté de servir le bien commun l'emportent encore sur les égoïsmes. Nous constituons une communauté qui se parle et agit pour le bien du plus grand nombre. 

 

1er août d'hier

Le 1er août, relève en partie de souvenirs heureux. Depuis l'enfance : s'émerveiller des feux de la fête nationale sur les montagnes; dans les villages, des lampions, du cor des alpes et les tartes aux noix des grands-parents jouant aux cartes; jappements du bouvier bernois, grésillement de la raclette fondue sur la pierre à l'alpage.

Le 1er août porte sa part de nostalgie et de retour vers les origines. Une forme de ressourcement aussi : ovomaltine froide et barre de ragusa. Le feu qui brûle, les amis rassemblés autour. C'est un moment fort, intemporel et rassembleur. Il fournit une combustion pour aller de l'avant. S'il n'existait pas il faudrait l'inventer... ce que nous avons d'ailleurs fait. Le copyright date de 1891 à l'occasion de la commémoration du 600e anniversaire du pacte de 1291.

Par ces feux, nous perpétuons ce que l'humain a fait depuis qu'il est : se réunir autour d'un feu, ériger un totem (symbole) manger et boire autour, se tenir chaud. Nous ne sommes pas différents des autres. La naissance de la Suisse date en fait de l'origine de l'humanité.

Un nationalisme bien pensé devrait être un humanisme curieux, pas un repli sur soi inquiet; pas un privilège de naissance ou administratif, mais un engagement envers une collectivité en lien avec d'autres.  

 

1er août d'aujourd'hui

Le 1er août, c'est avant tout un présent. Dans des pays voisins, les jours de fête nationale, on brûle aussi des bagnoles. Ici, et pour longtemps encore je l'espère, des morceaux de bois, comme le faisaient nos anciens. Et c'est un moment magique de voir, venant de différents lieux, aux origines multiples, des gamins lancer des fusées, et les différentes langues parlées autour des feux. 

Il m'a toujours semblé que le drapeau suisse à croix blanche, symbolisait la croisée des chemins. Là où certains veulent dessiner pour les quatre branches des impasses, j'y ai pour ma part toujours distingué au moins quatre ouvertures possibles, et des débouchés vers les quatre points cardinaux. Petit pays au centre de l'Europe, notre pays s'est développé par les échanges et s'est fortifié par son hospitalité. Un pays risquant l'ouverture, c'est sa nature.  

Un pays central, ouvert et responsable, qui s'exporte bien à l'étranger, et représente quelque chose de fort dans le monde. Le symbole de la croix rouge s'y confond même. Aujourd'hui, nous devons veiller à ce qu'il ne soit pas écorné, par le monde de l'économie, des multinationales helvétiques avides, qui par le profit absolu qu'elles poursuivent lui font du mal, ou par des tendances politiques autistes, qui stigmatisent l'étranger, les accords internationaux, et laissent entendre que barricadés derrière nos petites frontières, réfugiés dans le quant-à-soi, nous pourrions vivre mieux. C'est une erreur. Ce serait trahir notre histoire. Nous risquons surtout de devenir, aux yeux du monde, un pays égoïste voulant avant tout défendre ses privilèges. Et pour nous même, que l'usure, le refus de vivre et de nous dépasser, nous sclérosent.     

Et si notre croix suisse à quatre branche était un muscle ? Et si nous étions le sang qui bouge pour l'oxygéner. La Suisse : un organe ? C'est un coeur! Un coeur, c'est une pompe : ce sont deux artères, deux veines; un muscle, une circulation. C'est une puissance, une organisation. Mais c'est aussi plus que cela. Un souffle, une oxygénation, un rythme. Et si notre présent était d'amener du sang frais, pour en améliorer la circulation ?

Les conservateurs sont le signe d'un infarctus. Ils veulent figer dans le formol une Suisse qui avance au risque de la tuer. Les racistes? un mauvais cholestérol enkystant la Suisse, la rendant atrophiée et fragile. Quant aux rationalistes, économistes forcenés, ils pensent qu'une boîte en métal est identique à un coeur. 

 

1er août de demain

Le 1er août c'est aussi, et toujours, un moment pour se projeter dans l'avenir. Comment vivrons nous en 2016 et 2018 et 2020, et au-delà? Quels sont les caps que nous voulons nous donner? Qu'adviendra-t-il de notre pays? Comment évoluera-t-il ? Serais-je dans celui-ci une force d'oxygénation ou un corps inerte? Une force de développement ou de repli sur soi, un globule rouge ou un virus noir ? Ferais-je le choix du risque et de l'ouverture ou de l'enfermement et du dépérissement? 

Le 1er août mêle notre passé, notre présent et notre avenir, comme il mêle les langues, les origines diverses. Il permet, dans notre Confédération, de rappeler que s'il n'y en a pas des comme nous, nous constituons toutefois, genevois, vaudois, zurichois, etc., un tout.

De la même manière, si notre pays est singulier, il appartient à un ensemble plus vaste dont il dépend, et auquel il doit une grande partie de sa richesse et de ses succès, et envers lequel il a aussi des responsabilités. 

Le 1er août sera toujours pour moi un hommage à celles et ceux qui font la Suisse, qu'ils en aient le passeport ou non; s'engagent pour le vivre ensemble, au courage qu'il faut pour poursuivre cette aventure. Il sera toujours un moment de lutte contre les périls de fragmentation, de rejet et de repli sur soi qui nous guettent. Un temps de joie, flamboyant.

 

La Suisse est un muscle qui se travaille.

Le 1e août est un temps pour l'exercer. 

 


 

 

 

 

 

 

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31/07/2015

Genève, la nuit

ArwmX5efpF4D43iODWRfhV7Rn-SMyHgaGRUDMkwdAUM.jpgVendredi.

J’ai été violée par mon premier mec.

Mon corps ne m’appartient plus. Ce qui est dedans n’est plus à moi. Il n’y a plus rien de protégé. Plus rien à soustraire, plus rien à préserver.

J’en parle toujours comme s’il s’agissait d’une autre. Comme si c’était arrivé à une femme qui est ma meilleure amie. Parfois je regarde les plaques des rues et je les récite, ça m’empêche de trop penser : rue Jean Sénebier, boulevard Helvétique, rue de l’Athénée, rue François d’Ivernois, puis je recommence dans l’autre sens rue François d’Ivernois, Ferdinand Hodler, rue de l’Athénée, boulevard Helvétique, rue Jean Sénebier. Des mecs que des mecs, tout le temps.

J’exige toujours la capote. Les mecs sont des tarés. En baisant, ils essaient de l’enlever, de te mettre sans protection, à nu. Avec un mec derrière moi, je garde toujours un doigt à la base de son sexe, pas qu’il l’enlève. Quand je tourne le dos je regarde par-dessus moi.

A l’intérieur, à l’intérieur de moi je fais des signes de croix.

Dieu est toujours là quand je travaille.  

Dieu est toujours là quand je baise.

 

Je me protège du mieux que je peux.

Toutes les filles te diront ça, mais tu verras, après, pour le fric, pour un soir, parce qu’elles font confiance, parce qu’elles en ont marre, elles vont risquer leur corps et leur santé.

Moi, je mets les choses au clair. Ce sont les lois du marché qui veulent ça. Le tarif, la durée, où on va et comment : tout est posé d’entrée. Je ne laisse rien au hasard.

Je suis douce, ferme, et polie.

Le client est roi. Mais il ne doit jamais me prendre pour une conne.

Je rentre dans sa voiture. C’est son territoire. Quand je suis embarquée, je prie.

 

yycE4FdUubLTNZmN-MtkVM4KO23_o7ILFgX3aT7FEUE.jpgC’est sur le trottoir, exposée, que je me sens le plus en sécurité. Car il y a les collègues qui travaillent, je connais chaque coin du boulevard, la petite rampe qui monte d’un côté, et redescend de l’autre, les balustrades en ferronnerie rouillée où s’adosser. C’est un lieu que j’ai appris à apprivoiser.  Il m’est devenu en quelque sorte familier.

Dire que je l’aime ce serait trop dire, mais je l’ai apprivoisé. Ou peut-être est-ce l'inverse en fait. Je ne sais pas. Genève, la nuit, pour moi, c'est comme cela.

Voilà tout.

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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30/07/2015

Amène des fleurs, s’il te plaît

prostitution,genèveJeudi.

Tu vois l’homme qui tourne là-haut depuis toute à l’heure ? C’est un voleur, un dingue peut-être, ou les deux. Ici, on est environnées d'hommes comme ça.

Je ne sais jamais à qui j'ai affaire, sur qui je vais tomber. Me mettre là, sur la route c’est risquer ma vie, ma peau. Quoi que je fasse, c’est ce qui peut arriver.

Un dingue peut planter sa voiture devant moi et me tirer dessus, sans que je n’ai pu bouger ni eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait. Sans que je n’ai rien dit ni fait d’autre que de venir travailler là ; me mettre sur ce bout de route, de trottoir.

Je risque tout le temps de me faire planter, trouer.

Mais je suis croyante, je prie. Si les saints m’abandonnaient, je n’aurais plus aucune protection. Je pourrais mourir ce soir, dans une heure. Tu viendrais, et je ne serais plus là.

A l’hôpital ou à la morgue, amène des fleurs, s’il te plaît.   

Pas d’alcool, pas de drogues. Mon corps, c’est ma fabrication. Je suis une athlète. Je place mes protections en amont. Quand j’arrive, je suis bien préparée. Même à moins cinq degrés, je dois travailler; avoir l’air jolie, ou à tout du moins mutine, selon les lois du marché.

Il faut plaire au client, quel qu’il soit, pour qu’il revienne. Laid ou pas, lavé ou non. Quand tu as tes réguliers, c’est mieux. Ce sont les lois du marché qui veulent ça.

Je ne monte pas avec des personnes que je ne sens pas. J’ai des règles, un code de conduite. Je regarde bien comment la voiture tourne, la gueule du mec, d’où il vient, ses plaques minéralogiques. J’apprends de mon passé. Il y a des mecs, je n’irai plus jamais avec eux, d’autres je m’y risque en disant : prudence, fais gaffe là. Mais parfois, quand faut y aller faut y aller...

 

(La cabane est ouverte aux quatre vents. Les volets tapent et les carreaux sont cassés. Le canapé rouge penche d’un côté, et au milieu il y  a de petits vêtements d’enfant éparpillés.)

 

prostitution,genèveDes filles sont déposées en rase campagne. Elles reviennent en marchant sur leurs talons durant des kilomètres. D’autres sont amenées dans des baraques lointaines avec quatre mecs qui les attendent pour les violer à l’arrivée, ici, à Genève.

Une amie s’est fait prendre par quatre tarés. Elle a dû se faire recoudre de partout. Fils et aiguilles dans la chaire perforée. On ne l’a plus jamais revue. Dents, nez cassées, poignets tordus. Elle n’est plus revenue travailler. Cela ne m’est jamais arrivé encore. C’est la chance ou un compte à rebours enclenché. Je ne sais pas.

Du moment que tu t'embarques, tu risques tes os, ta peau, ta cage thoracique. Ce sont les lois du marché.

Ce qui te bousille aussi, ce sont les dingueries des mecs. Tu dois être bien sûre de ce que tu veux faire ou pas, ce que tu acceptes ou refuses.

Si tu ne sais pas jusqu’où tu veux aller, tu finis par dériver.  

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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29/07/2015

La queue des rats

prostitution,genèveMercredi.

Il y a des femmes qui me traitent de putes. Elles, elles passent d’un mec à l’autre quand elles ont bu un verre. Mais moi je n’ai toujours eu qu’un amoureux.

Les choses sont bien claires. Pas question de le tromper ni de passer d’un bras à un autre. La rue c’est une chose, l’intimité une autre. 

Pendant longtemps, mon amoureux m’accompagnait ici. Il m’y conduisait en bagnole, me déposait juste derrière les places bleues, sous le pont de la rue Saint-Victor.

Après, il attendait plus loin que la soirée se termine. On vivait ensemble dans une autre ville.

C’est mieux de mettre de la distance entre le lieu où l’on travaille et celui où l’on aime. Il grillait ses cigarettes, écoutait la radio dans la bagnole.

J’ai voulu arrêter de travailler.

Je lui ai dit que s’il le désirait, je me rangeais de suite. Il n’a pas répondu et continué de m’amener ici, comme si de rien n’était. Puis finalement, il est parti avec une autre. Il m’a trahi, comme un rat.

Je ne dis pas que tous les hommes sont des rats.

Mais leur queue…

 

Photographie: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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28/07/2015

Soirs après soirs

Nous sommes et resterons libres. Libres de nos corps, libres de notre esprit, libres de notre argent gagné à la sueur de nos culs et de nos cerveaux. Libres comme des oiseaux migrateurs habillés de couleurs somptueuses, survolant de très loin la misérable boue où l’on voudrait nous enterrer. – Grisélidis Réal- 

 

Il9dSHLfQH6znRxJ64zLasErJJGEhsujK52BuCZSmxk.jpgMardi.

Les mecs reviennent, en redemandent, ça me valorise. Beckett, quand on lui demandait pourquoi il écrivait disait : « bon qu’à ça ». Je ne dirai pas que je suis bonne qu’à ça, c’est un moment de mon histoire. C’est du provisoire, ça ne va pas durer ; ça fatigue trop les horaires inversés.

 

Se retrouver tout le temps dehors, toute l’année, ça casse. C’est un métier difficile, mais j’ai besoin d’être seule, dehors, ne dépendre de personne. J’aurai pu travailler sur des chantiers aussi.

Tu vois, cet imposant bâtiment du musée d’Art et d’Histoire ? En Italie, j’étais reléguée dans la zone, les troisièmes cercles, ni salon, ni rue mais les zones portuaires ou industrielles. Là-bas, tu as tous les tarés qui viennent, déambulent, tu es livrée à l’extérieur comme une bête. C’est une rude école de vie... si tu survis. J’ai survécu. J’ai eu de la chance. Ici je travaille proche de Valloton, de Picasso et de Braque, avec même une vue sur le jet d’eau. Les banquiers et les avocats pullulent. C’est bon pour moi. Même s’il y a plein de cons.

 

Le bus là-bas, c’est celui de l’association Aspasie qui soutient les travailleuses du sexe. Elle l’ouvre les mardis et jeudis, pour de la prévention. Elle offre du café chaud et des biscuits, des petits sachets en plastique avec des capotes. Tu ne verras jamais un client venir avec son préservatif. De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. La préservation, tu dois te la donner, te la construire, matériellement comme psychologiquement ; être forte de l’intérieure.

 

 

Parfois, on se retrouve six ou sept femmes dans le bus. On se tient chaud, on rigole. Le temps d’un thé, on échange les dernières nouvelles, nos expériences. On finit par se connaître toutes. On jauge les nouvelles, les connes, celles qui ne sont pas réglos et cassent les prix. C’est le trottoir qui prouve qui tient la route, pas le blablabla ou leur frime. Il y a des filles qui viennent deux soirs et que l’on ne revoit plus. Après le bus, on retourne dehors, et c’est chacune pour soi. C’est le boulot avant tout, le boulot qui veut ça.  Les lois du marché.

 

Je suis croyante. L’église russe est plantée là-bas, juste derrière le pont qui barre le boulevard. Son toit bombé se découpe sur le ciel. Je travaille dans un quartier bourgeois. Une partie du périmètre est interdit pour le travail de nuit désormais. On ne passe pas la rue François Bellot, ne met pas nos escarpins sur Rodolphe Töpffer, Galland, Romilly. Même la rue Emilie Gourd, ils nous l’ont interdite. La féministe se retournerait dans sa tombe.

 

nyJ3GWqn-6_6w97ipMh8Frxu1nA_90JY0RmJgg95_Po.jpgLes bourgeois ne veulent pas de filles qui travaillent sous leurs fenêtres. Ce sont pourtant eux, comme tous les autres, que je vois passer en bagnole quand leurs femmes sont couchées, et qui nous emmènent au parking un peu plus loin pour jouir avant de nous ramener.

 

Les bons pères de famille, les papas avec le siège enfant réglable à l’arrière, porte-skis sur le toit, font leurs tours, obnubilés par nos cuisses, obsessionnels de nos nibards, nous éclairant dans leurs phares. Ce sont les mêmes qui nous interdisent de travailler en bas de chez eux. Pour rien au monde, ils n’aimeraient être associés au sexe tarifé.

 

Magistrats, juges, avocats, ils essaient de te baiser sans capotes avant de retourner dans leur lit douillet vers leur femme, prétextant, si madame se réveille et demande des comptes, une réunion qui a trop duré.

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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27/07/2015

L'amour, les lois du marché

eric roset, www.eric-roset.ch

La Prostitution est un Art, un Humanisme et une Science

–Grisélidis Réal- 

 

Lundi.

 

D’abord je me mets devant le miroir, et me regarde à peine. Avant toute chose je me maquille, me recouvre de poudre, de rouge à lèvre, m’étire les cils.

Après seulement, je retire mon sweat-shirt à capuche. Je garde mon portable avec moi ; les petites touches qui s’allument, c’est beau comme un sapin de Noël. Cela me change les idées, comme quand je passais gamine sur la rivière, sautant d’une pierre à l’autre, ça me distrait et j’en ris. A ceux qui m’appellent, je réponds en tout temps.

Je suis disponible. Je peux laisser sonner aussi quand je suis épuisée.

Je sais être ouverte, je peux me refermer très vite.

Je prends mon sac à main, un faux truc en croco, petit compact sur le fauteuil d’entrée. Je dis au revoir au chat ; vérifie qu’il a bien toutes ses croquettes, un bol de lait froid. Je ferme la porte doucement. Cela sent la soupe, le chou, le saucisson dans la cage d’escalier. Pas un bruit, les voisins sont couchés. Il savent être discrets. Je ne les connais pas. Je pense à mon fils. A ma mère qui s’en occupe quand je suis loin de lui.  

De chez moi au boulevard Helvétique, il y a 200 mètres seulement, mais j’y vais toujours en taxi. J’appelle toujours le même conducteur, je le connais. J’ai toujours son numéro sur moi. Il vient me prendre à heures régulières, me ramène à la maison quand je veux, n’importe quand.

Au quotidien, je suis basket et training. J’aime être décontractée à la ville. Travailler, c’est enfiler un costume, changer de personnalité. Ou plutôt : la mettre en veille. Je ne marche pas dans les rues quand je suis de mise pour le travail. Je ne marche jamais sur mes talons. J’aurai trop peur que l’on me prenne pour une pute.

Tu me vois la journée, la nuit, tu ne me reconnais pas.

Tu me vois la nuit, la journée tu ne me remarques même pas.

 

01MbV9fLCBcqlkIffjOJp71fP93A_91NwSyBOgSOj5A.jpgLa nuit - c’est différent - je dois tout faire pour me faire voir. Je dois te montrer, clairement, qui je suis, pourquoi je suis là, et ce que je négocie. Ma présence, c’est du boulot mon gars.

A 23h rien n'est clair. A 2 ou 3h du matin tout le devient. Le costume fait la différence. Le regard que je lance aussi. Il n’a pas la même nature ici et là. Tu la vois la différence ?   

Pour aller au travail, je ne marche jamais sur les trottoirs. Je les arpente quand je bosse seulement. Certains soirs, je vais au boulevard Helvétique, au boulevard des Tranchées, comme si je montais au front.

Bon, je ne sais rien de ceux qui vont au boulot comme à la guerre ; mais j’imagine qu’ils y vont dans la banalité, emportés par le mouvement général, et basta. De toute façon il n’y a plus de lignes de nos jours.

La guerre est partout, tout le temps, et le fric, il faut aller le chercher. Selon les lois du marché.

Certains soirs, je ne sais pas pourquoi j’y vais. Ça va te choquer, mais peut-être parce que j’aime ça aussi, faut croire. Etre dehors et aimanter ces mecs du regard, les dominer aussi. Mais surtout, j’ai besoin de fric. Comme tout le monde. Selon les lois du marché.  

Ce que je fais, je le fais bien. J’ai développé des compétences, un savoir-faire.  Je sais y faire, je suis habile, je suis rapide, les hommes: les mariés, les coincés, les timides, les fatigués du pouvoir, aiment ça.

Je me suis adaptée aux lois du marché.

J'y excelle même. Pourquoi me jugent-ils?

 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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21/07/2015

Tour de France, Tour de fiente ?

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Des forçats de la route, des mecs qui se brisent les vertèbres en chutant comme des dominos, leurs clavicules qui sautent comme une chaîne sur des pignons, au pire moment, à tous moments, sans crier gare.

 

Des mecs qui...

Des mecs qui n'ont pas de repos, pas de répit; sous les lauriers, dans la voiture balais, à l'hosto: sont toujours au taquet, pour gagner, abandonner, se remettre d'aplomb.

(Doivent toujours être les premiers : pour finir leurs assiettes, se mettre au lit, remonter sur la selle).  

Des mecs qui se frottent, se body check sur leurs biclous qui valent plus chers qu'une bagnole, dévalent des cols à plus de 100km/h, valsent au sprint à des vitesses supersoniques quand ils ne terminent pas au tapis, brûlés par le bitume, réduits à rien; un petit vélo cramoisi dans la tête: celui de la commotion cérébrale, tartine de goudron fondu et d'hémoglobine faisant passer pour des icebergs indestructibles les glaces vanille des gamins les ayant vu se gameler, en riant nerveusement.

 

Tiens, encore un soleil 

Des mecs lancés comme des bombes sur des parcours de galériens pour produire du spectacle.

Des mecs donnant tout pour satisfaire les foules, de la grand-maman en EMS aux jeunes balbuzards dans les bars, dizaine de milliers de voyeurs agglutinés le long des routes, 5 millions de français devant le petit écran, 1 ou 3 milliards d'audience cumulée dans le monde. Qui dit mieux? Les jeux olympiques, la coupe du monde de football ? A peine. 

Des mecs qui offrent leur sang, leur sueur, des dents serrées, émiettées, leurs rotules concassées.

Des mecs avec leur tête qui dodeline, s'affaisse, s'effondre, casquettes visées sur le crâne, leurs yeux derrière les vitres de leurs lunettes fluo, comme des mouches, des stars de cinoche dans les eighties.

 

L'Alpe d'Huez, c'est comme Hollywood   

Des mecs: des gladiateurs, des gigolos, gorge sèche, air hagard, qui grommellent sous la charge, mêlant virilité et épilation.

Des porteurs de bidons, des danseuses aux mollets soyeux, la nuque fraîche, leurs parties fines protégées par une peau de chamois. Dieu seul sait quel déo ils utilisent.

Des mecs casqués qui se ressemblent tous et ne ressemblent à rien.

Des extra-terrestres ayant quitté la bipédie. Des mecs à prothèse.

Les êtres bioniques de demain.

La gourde, l'oreillette et la route? Ce que tout le monde vit le matin en allant bosser avec son maillot de sponsor sur le dos (Nike, Gucci ou Hilfiger).

Eux au moins ils y vont en équipe, et ils s'entraident.

Mais la rivalité est la même.

 

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeUne forteresse de type Moyen-âge

Des mecs queer, des esthètes qui vivent comme au Moyen-âge, un compagnonnage de chevaliers sans armures.

Des maigrichons, des balèzes, des rabougris, des timides qui restent toujours entre équipiers, dans leurs mobile home, leurs cars ou leurs chambres d'hôtels, se couchent avec les poules pour reprendre à l'aube, gonflés à bloc, leur travail de stakhanoviste sous surveillance policière. 

Des mecs qui cherchent à tout prix un bouquet de fleurs et les baisers d'une starlette. Des mecs transformés en placard publicitaire, des héros avec quelque chose de désuet, de décati, de décousu.

Des bad-boys, des drogués, des flèches, des camés : des sportifs d'élite, c'est-à-dire:  comme tous ceux de cette trempe : des obsédés.

 

Des Federer qui ne maîtrisent pas leur comm' 

Des mecs qui ont le blues, les tripes à l'air, mais ne refusent jamais de descendre du bus pour aller charbonner. Des mecs qui cuisent comme des oeufs sur des bandeaux de béton, mangent des bordures de bitume au petit-déjeuner.

Des Mike Tyson de la chambre à air. Des puncheurs sans protège-dents.

Des anorexiques soignant le mal par le mal.

Des bagnards, enchaînés à leurs vélos, pour qui le rêve ultime c'est un beignet gras et sucré oscillant sous la banderole estampillée arrivée comme une hallucination dans le désert; la portière de leur directeur de course à laquelle ils s'accrochent comme des naufragés. 

 

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeAttaque attaque encore

Alors oui, pour oublier la souffrance, il y a vraiment de quoi s'enfiler de grosses tartines d'EPO, des suppositoires de testo, afin de résister à la pluie, au vent de face, à la pétoche dans les cols, encore.

Il y a de quoi prendre un cocktail de corticoïdes pour se durcir, en se répétant toujours la même chanson dans la tête pour rire du mec qui braille dans l'oreillette attaque attaque attaque encore...quand les jambes sont en soie et le vélo plombé; afin de pouvoir rêver peinard à la cocaïne de fin de saison à Ibiza.    

Des mecs, des fous furieux, des smicards, des inconnus, des nobody, accros à la vitesse, à l'effort, à la sueur, au Tour de France, au Tour de Flandre, de Suisse, d'Italie ou d'Espagne, des mecs qui veulent exercer leur métier, tourner en rond jusqu'à la victoire avec leur CV cycliste long comme le bras mais qui n'avancent plus, terrassé par le coup de pompe, l'hyper compétitivité, le coup de chaleur, la cabale médiatique, qui jettent l'éponge, et mettent la flèche à droite, filent tout droit, tombent au bord de la route, ne se relèveront pas, disparaîtront de l'écran. Des courageux. Des inconscients. Des lumineux, quand ils ne flambent pas.  

RIP Simpson / Pantani / Casartelli / Kivilev...  


tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeEt si le dopage dopait... l'audience ?

Tour de France, tour de fiente?

Sur ces mecs, la salissure. Les tracter dans la boue avec leurs maillots fluo ça en fait jouir certains. Leur jeter la suspicion à la gueule, dès qu'ils gagnent, dès qu'ils vont vite ou même trop lentement, même quand ils perdent, c'est trop bandant.

Leur crier qu'ils sont défoncés au sperme de taureau, qu'ils développent trop de Watts, ou pas assez, alors que 80% de ceux qui regardent le spectacle sont chargés à la caféine, boursouflés aux antidépresseurs ou à l'huile de palme, peuvent à peine monter un escalier.

Ceux qui leur crient dopés tous dopés et s'enfilent une bière, n'ayant pratiquement jamais mis leurs fesses sur un vélo ni monté un col autrement qu'avec un moteur à explosion ou en téléphérique.

 

Ceux qui ne connaissent rien de l'effort, de la souffrance, avec ou sans dopage. Ceux qui ont expérimenté pour tout tour, d'aller aux toilettes et retour pour rien louper de leur télé avec une régularité d'amateur éclairé;  ceux qui connaissent pour tout tour celui de leur quartier le soir avec toutou.   

Tour de France, tour de fiente, pour ceux qui déversent de l'urine sur les mecs numérotés, filent des coups de poing à ceux qui roulent avec du lactose plein les guiboles, lèvent bien haut leurs pancarte insultant du premier jusqu'au dernier: tous dopés

Tour de France, tour de fiente pour ceux qui se donnent le droit de dire à ces mecs, au nom du passé, au nom de leur vitesse et résistance, tout ce qui leur passe par la tête ou qui leur manque.

 

Le cyclisme est une psychanalyse sauvage

Le doute profite à l'accusé ? Ici, non jamais. Le doute nuit. Même au petit gars qui carbure à l'eau minérale, s'il a le malheur de gagner. Ici ne gagnent que des dopés, ou des tricheurs. C'est ainsi, c'est dit.  

Mais le véritable tour de force du tour de fiente, c'est le recyclage. C'est de parvenir à faire du dopage un élément supplémentaire d'une dramaturgie qui fait vendre. Il métamorphose de la merde en or et fait de l'industrie chimique une valeur gustative supplémentaire.

Je m'explique : la machine médiatique fait du fric avec tout ce qu'elle peut. Sans dopage, les descentes dans les hôtels ou les mystères des mobile home, le cyclisme serait un sport aussi chiant que la course automobile.

 

Le Cluedo du dopage 

Dopés ou pas dopés? Ce facteur d'incertitude augmente encore la tension. Même quand il ne se passe rien sur la route, on peut commenter durant des pages et des heures le fait qu'un tel ou un autre soit chargé comme un mulet; chercher à savoir ce qui se passe dans les chambres d'hôtel la nuit, lorsque la télé est coupée, que l'on ne voit plus les couleurs des maillots, ni les casquettes ou les cuissards, les os saillants ou les mollets trop grands comme ceux des poulets aux hormones, quand on peut fantasmer des orgies d'anabolisants et d'EPO, lumières éteintes, jusqu'à celles des écrans.  


Le gros du spectacle est hors cadre

Injections, inhalations, baumes, camphres, transfusions appliquées?

Que se passe-t-il hors du champ des caméras ? Loft story est has-been, le Tour de France transforme le sport en Cluedo, en enquête policière : c'est le feuilleton de l'été. Et c'est bien parce que la caméra n'est pas toujours là où est l'action que le vélo fascine.

La télé a réduit le foot où passe le ballon.

Le cyclisme démontre que tout se passe ailleurs que là où est le vélo.

 

Qui gagnera le tour de fiente?

Les coureurs ? Les équipes ? les spectateurs ? Les sponsors? les journalistes ? L'organisateur du tour? Le système marchand, qui pousse toujours plus loin toujours plus fort, au détriment de la santé, de l'équilibre, du plaisir même?

Peut-être un peu tout ce monde là, et c'est peut-être aussi pour cela qu'années après années, tous paient pour voir encore, reviennent regarder par le judas de la télé ce que déroulera la caravane colorée jetant bidons de plastique, casquette de toile et morceaux pré-découpés de saucissons, objets gonflables à la volée ; de la merde sur la route, de la merde dans les mains, de la merde dans les veines et les poumons, le tout retransmis en direct à la télé : grand show polystyrénisé.

 

tour de france,tour de fiente,dopage,cyclisme,capitalismeLe vélo avant tout

Les cyclistes sont des héros : non pas parce qu'ils avalent des kilomètres de bitume sous un cagnard infernal. 

Mais psychiquement, parce qu'ils supportent tout ce cirque plastifié.  

Et s'ils se dopent, c'est, je crois, avant tout, pour tenir le coup moralement et continuer à faire leur travail sans entrer en dépression ; pour que les gens en aient pour leur argent, et que le spectacle puisse continuer, année après année, à nous en mettre plein la vue avec ce tour de force.

Parce qu'ils aiment le vélo, plus que tout. 

 

 

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16/07/2015

Retour dans l'oeil du cyclone

james baldwinRetour dans l'oeil du cyclone est une compilation de 14 articles publiés par James Baldwin (1924-1987) dans différentes revues (Mademoiselle, Esquire, Ebony...) entre 1960 et 1985. Traduits et publiés au début de l'année chez Christian Bourgeois, ces textes nous replongent dans l'Amérique des années d'après-guerre, de Martin Luther King à Mohamed Ali, en passant par les marches des droits civiques, la guerre du Vietnam.

 

Baldwin met à nu une Amérique brutale, aux enjeux raciaux et sexuels épidermiques, incapable de se ressaisir (Point de non-retour) ou de se voir dans un miroir. Il y raconte son désarroi (Quelques mots d'un enfant du pays), sa contestation (Le rêve américain et le Noir américain), et la lutte nécessaire pour changer cet état des choses (Reportage en territoire occupé).

 

Qu'est-ce qui a changé ?

Le caractère extrêmement actuel de ces articles, à mettre en relation avec les tensions raciales aux Etats-Unis, est troublant. Ces textes ont gardé un tranchant et une actualité terrible, au point que l'on peut se demander, hormis un "premier président noir des USA", ce qui a vraiment changé au pays de "l'oncle Sam".

Le pouvoir dominant, économique, racial, est bien établi; de Watts à Baltimore, de Los Angeles à Ferguson, les émeutes n'ont jamais cessé. Les non-blancs se font toujours tirer comme des lapins, quand ils ne terminent pas en taule.

Ces textes vont toutefois au-delà de leur contexte historique et politique. Ce que Baldwin écrit sur les rapports de domination, de genre, la discriminations et les solitudes, est universel.

 

Qu'est-ce qui domine le dominant?

Baldwin, dans la lignée d'un Frantz Fanon, développe une réflexion fine sur la domination et l'histoire du colonialisme, les abus du pouvoir et sa violence. Il démonte les rouages psychiques de la participation de l'esclave à son asservissement, mais aussi du maître à sa propre domination.  

Pourtant, aujourd'hui encore, je crois (probablement parce que je suis noir) qu'il est très dangereux de modeler son opposition à la définition arbitraire, à l'épreuve infligée, sur le seul exemple fourni par son oppresseur.

Baldwin renvoie le blanc à son dénuement et à sa vacuité. A Montgomery, quand ceux qui avaient une place assignée dans les bus se sont déplacés, les blancs se sont retrouvés perdus, désemparés; incapables de remodeler leur vision du monde.

 

L'objet de la haine n'est jamais, hélas, situé commodément quelque part à l'extérieur, mais se trouve assis sur vos genoux, bouillonnant dans vos tripes et dictant au coeur ses battements. Ignorer ce fait, c'est courir le risque de devenir une imitation - et donc une continuation - des principes qu'on s'imagine mépriser.

 

Baldwin réfléchit sur l'assignation des places et l'enfermement, sur les moyens d'en sortir en nommant et se déplaçant, pacifiquement.   

 

Une nation à l'intérieur de la nation

Baldwin est animé par une volonté d'émancipation, de liberté et d'égalité. On y retrouve l'inspiration d'un Martin Luther King qu'il rencontre à de nombreuses reprises autour des années 60 (La dangereuse route qui s'ouvre à Martin Luther King).

Ferment de la fierté noire, du Black Power, au Black is Beautiful, les écrits de Baldwin portent une contestation dans la langue même : instrument politique, de pouvoir.   

 

Le rêve américain, l'identité

Baldwin grandit à Harlem. Il est jeune, pauvre, noir, et homosexuel. Bref, son identité contient tout ce qu'il faut pour se faire descendre rapidement... et il le sait. Il quitte le ghetto pour Greenwich village; puis Paris, où il devient écrivain. Il ne cessera jamais de voyager entre les USA et l'Europe.   

Récits sur la résilience, la sensibilité, et l'engagement, Retour dans l'oeil du cyclone est un livre à fleur de peau sur la nature humaine, le monstre américain, et de ce qui le constitue, mais aussi une source d'inspiration et presque d'éveil spirituel.

 

Dans l'oeil du cyclone, là où tout est calme.

Dans l'oeil du cyclone: où la tornade s'organise.  

 

 

 

James Baldwin, Retour dans l'oeil du cyclone, Editions Christian Bourgois, 2015

 

http://www.liberation.fr/monde/2014/08/18/de-watts-a-ferguson-cinquante-ans-d-emeutes-raciales-aux-etats-unis_1082803

 

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10/07/2015

Barthassat 2.0 : une mise à jour

Je souhaite ici poursuivre le débat engagé par mon dernier billet  : Baby Barthassat et la chose publique. J'ai été surpris par la charge émotionnelle voire passionnelle que ce dernier a déclenché ; étonné aussi par les injures portées à mon encontre par des gens bien en vue de cette société; des élu-e-s, qu'ils soient PLR ou PDC. Certes, Facebook désinhibe fortement, et ceux qui ne goûtent que peu le débat démocratique et la production d'arguments y cèdent trop facilement.

Beaucoup d'amis de Monsieur Barthassat se sont mis sur la défensive suite à mes propos. Ils ont sincèrement essayé de le défendre (comme s'il n'arrivait pas à le faire tout seul); mais peut-être aussi qu'un vieux fond bourgeois les encourageait à vouloir maintenir inaudible ce que tout le monde murmure tout bas. Lorsque quelqu'un soulève cette coutume, il faut alors inévitablement ... le réduire au silence. Pour ma part, il me semble avoir, certes avec engagement, mis des mots sur des actes qui appartiennent à Monsieur le Conseiller d'Etat Barthassat et dont il ne se cache pas du tout : l'exhibition répétée de son fils dans son cadre professionnel.  

 

Pour ma part, les enfants doivent être tenus en dehors de la vie politique

J'ai été sensible aux deux mots que la fille du Conseiller d'Etat a laissé en commentaire de mon billet. Elle y regrette que son frère voit si peu son papa, elle en souffre elle-même. Comme elle s'invite elle aussi dans le débat, j'aimerais rappeler ici que je ne m'adressais pour ma part en aucune manière au fils, à la fille, au tonton, à la tata, au papa, mais uniquement au Conseiller d'Etat en charge du Département de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture. Les enfants n'ont rien à voir là-dedans. Ils devraient, à mon avis, très soigneusement en être tenus à l'écart. Monsieur Barthassat conviendrait-il de cela? 

Il me sera toutefois difficile de plaindre le Conseiller d'Etat Barthassat. Certes, le métier de CE est exigeant, mais il est aussi composé de joyeux moments de détente. S'y ajoute une rémunération plus que correcte. Ajoutez à cela une retraite à vie, cela paraît suffisant pour que nous ne pleurions pas trop sur son sort. Cela rend encore plus surprenants les cris indignés des supporters de Barthassat, voire pathétique la manière dont ils le victimisent. 

Car enfin, un très grand nombre de nos concitoyen-ne-s vivent les mêmes difficultés que le magistrat Barthassat. Ils ne peuvent voir autant qu'ils le souhaiteraient leurs enfants. S'en plaignent-ils ? Ont-ils le choix ? Ils bossent. Emmènent-ils pour autant leurs bambins sur leur lieux de travail le lundi matin avant de le diffuser sur les réseaux sociaux? J'en doute. Vous avez déjà vu une vendeuse avec son bambin à côté d'elle dans un magasin? Vous vous positionneriez comment devant cela?   

C'est leur situation qui m'interpelle et celle des inégalités sociales. C'est pour changer la condition des familles moins nanties, de celles et ceux qui ne disposent pas d'un train de vie de ministre pour faire vivre leur famille, que je m'engage.

Je suis fier d'appartenir à un parti politique qui travaille activement et concrètement à lutter contre les inégalités, que ce soit par le biais de l'instauration d'un congé parental, pour l'augmentation des places en crèche; pour une égalité plus grande entre les femmes et les hommes tant au niveau des salaires que des responsabilités professionnelles ; un parti qui a instauré les frais de garde pour les élu-e-s siégeant au Conseil municipal, afin précisément que vie familiale et vie professionnelle puissent se dérouler d'une manière optimale, sans confusions de genre, ou que l'une ou l'autre de ces dimensions ne soit sacrifiée; et au final que les enfants en paient le prix. 

 

Et si Barthassat faisait son boulot plutôt que de se substituer à Gala magazine ?


Il est normal qu'un fils veuille passer du temps avec son père me glisse la fille du Conseiller d'Etat en bas de blog. Je suis d'accord avec elle. Il me semblerait encore plus normal, à l'inverse, qu'un père se rapproche davantage de son fils plutôt que de l'entraîner avec lui dans ses bourlingues et bastringues politiques, l'affichant à tout va. Mais de cela je ne suis pas juge, c'est du domaine de sa vie privée... pour autant qu'il ne l'étale pas publiquement à tort et à travers.

Car en affichant très fréquemment des images de son fils sur Facebook, en en faisant un sujet médiatique et politique, le Conseiller d'Etat Barthassat a choisi de projeter son fils dans la sphère publique et polémique. A partir de ce moment, il n'y a rien de choquant à en discuter ouvertement et à prendre une position critique sur cette manière de faire. Cela me semble même plutôt sain. Qu'en pensent d'ailleurs les chefs de services et les fonctionnaires qui travaillent sous Barthassat. On leur demande pour voir?    

En s'indignant de ma critique, les amis de Luc Barthassat le défendent mal. Par leurs insultes, ils confortent plutôt ceux qui pensent qu'il y a un problème dans l'approche du fait qu'un gamin de 15 ans se retrouve avec des hauts fonctionnaires à discuter de projets et de leur mise en oeuvre, avant de retourner à l'école comme si de rien n'était pendant que papa Conseiller d'Etat fait des selfies pour facebook.

 

Ce qu'il faut retenir de cette petite polémique ? 

A mon avis, une opportunité pour aborder des sujets importants pour notre République :

Un Conseiller d'Etat ne doit-il pas faire preuve de prudence dans sa manière d'exposer ses enfants en les impliquant dans sa vie professionnelle ?

Comment vie privée et vie publique se délimitent-elles à l'heure des réseaux sociaux; un élu à l'exécutif peut-il tout mélanger et l'afficher?

Avons-nous la capacité de sortir des débats à bas bruits entre les happy-few de la Vieille-ville comme il est de coutume dans cette République, atteindre une maturité démocratique qui permette de questionner ce qui m'apparaît personnellement comme une dérive d'un dirigeant politique  ?

 

Enfin, et pour conclure, le Conseiller d'Etat Barthassat, puisqu'il est féru de réseaux sociaux, pourrait-il réaliser sa mise à jour 2.0, et arrêter de faire de son fils un hochet médiatique?

 

Car je vois dans cela, pour ma part, quelque chose de profondément troublant pour la gestion de la chose publique et de la représentation qu'il en donne : un domaine que l'on gèrerait comme une petite entreprise familiale personnelle... à se transmettre ensuite ainsi... de père en fils, en quelque sorte.

 

Ce n'est pas ma conception du bien public, ni ce qui fonde mon engagement politique.

 

 

 

12:11 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barthassat, conseil d'etat, privé, public, transparence, réseaux sociaux | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/07/2015

Baby Barthassat et la chose publique

barthassat, conseil d'etat, Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux économiser sur le baby-sitting. Plus besoin de chercher des solutions quand tu dois laisser ton gamin à la maison, pas de soucis à se faire sur où il va aller, avec qui: tu le prends avec toi.

 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux faire ce que personne n'oserait: te pointer à ton travail avec ton gamin, le laisser comme un enfant roi jouer avec les camions de pompier; dans le tunnel du Mont-Blanc, se faire expliquer comment ça se passe quand le trafic devient ingérable. 

Il faut imaginer alors le haut fonctionnaire qui regarde le père, le fils, et finit par se demander si c'est au fiston ou à papa qu'il doit expliquer son boulot... et surtout, de qui il sera le mieux compris.

 

Quand tu es Conseiller d'Etat PDC, et que le mot d'ordre de ton parti, c'est soi-disant de défendre la famille, tu peux montrer ce que cela signifie pour toi : la mienne d'abord.

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux préparer ta succession, laissant le baby-sitting pour les prolos; et mettre en scène ton gamin, dans un baby-showing décomplexé.

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux te dire que, finalement, la monarchie, comme système, ça permet d'assurer ses arrières. Allez gamin, montre ta bou-bouille, ça fera plaisir aux électeurs; et puis un jour, petit, tu prendras peut-être ma succession. 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux mélanger rendre service et te faire servir, vie privée et vie publique, dans un joyeux mélange 2.0.

 

 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux exiger des autres le respect absolu de ta vie privée, mais l'instrumentaliser et la mettre en scène comme il te sied (et si possible aux frais du contribuable). Viens-là fiston que je te mette la paluche sur l'épaule. Montes un coup sur le camion. Voilà, comme ça c'est parfait. Encore une dure journée de travail d'effectuée. On peut rentrer à la maison maintenant....

 

Quand tu es Conseiller d'Etat PDC, tu peux t'inspirer d'un collègue de parti qui est Conseiller administratif à temps partiel, et faire ton boulot à moitié pour t'occuper simultanément de fiston et de tes dossiers, et si possible bien mélanger les deux. 

Quand tu es Conseiller d'Etat, tu peux tout te permettre et si possible l'afficher.

 

Le privé c'est du privé et par définition - oui, c'est difficile aujourd'hui avec les nouvelles technologies- on cherche à éviter de le confondre dans la sphère publique. Il ne devrait pas concerner le politique, ses vertus décisionnelles et directives. Mais, quand il est injecté massivement dans ce domaine, on réagit comment ? Et maintenant que la confusion est de mise, on s'adresse à qui pour que ça change ? A toi ou à ton fils Luc ? Avant ou après 23h ?

Luc, (tu remarqueras que je te dis tu spontanément; la manière dont tu es Conseiller d'Etat, m'y autorise ainsi que le peu de respect que tu montres pour ta fonction), par égard pour tes électeurs et électrices, pour la République et ses institutions, j'oserai te proposer de laisser au moins ton gamin à la maison quand tu bosses, cela évitera de faire croire que tu as fait de ton boulot une extension du magazine l'Illustré et de ta maisonnée un sujet politique.

Car au final, ton fiston, Luc, on s'en fout.

Ce qui nous intéresse par contre au plus haut point, ce sont les embouteillages à Genève, l'état de délabrement de ton Département, la manière dont tu as traité et poussé à la démission l'ex-directrice des TPG, la réduction de l'offre des TPG, la pollution sonore et constante aux particules fines à Genève, etc., etc.,

Le fait que tu sembles y porter moins d'attention que de bien cadrer fiston sur ton téléphone portable à longueur d'année avec une face joviale est attristant pour le bien public. 

 

 

 

 

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07/07/2015

Prenez-les chez vous! Vous démissionnez alors?

 

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que celles et ceux qui ne veulent ni s'occuper ni voir les problèmes de l'accueil des migrant-e-s terminent une discussion lorsqu'ils sont à court d'arguments... quand ils ne la commencent pas de cette façon.

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que Mauro Poggia, Conseiller d'Etat MCG, se positionne ; de la même manière Daniel Sormani conseiller municipal MCG, quand il envoie un message aux autres élu-e-s. Vous voulez trouver des solutions à ce problème social ? Prenez-les chez vous ! 

La volonté de faire porter à celles et ceux qui s'engagent la responsabilité d'une gestion étatique, doit être entendu comme un aveu d'impuissance ; ou une stratégie pour faire toujours porter aux citoyen-ne-s des charges qui reviennent à l'Etat mais dont il cherche à se défausser.   

Ni vu ni connu : prenez-les chez vous ! 

Vous avez des critiques, vous n'êtes pas satisfaits du travail effectué ? Vous pensez qu'il est indigne de mettre des humains dans des bunkers; que l'Etat a volontairement mal anticipé, mal évalué et mal traité ce problème des migrations ? Vous pensez que l'on peut faire mieux en faisant autrement? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que l'on ne peut pas simplement faire disparaître des humains, comme s'ils n'existaient pas ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que, dans une société vieillissante comme la nôtre, où les aîné-e-s représentent un quart de la population, -cette part ne cessant de croître- laisser des jeunes hommes inoccupés est absurde? Prenez-les chez vous !

Vous pensez que le système administratif et carcéral prétendant gérer la question de l'asile ne fait que l'alourdir et rendre plus coûteuse sa charge à la collectivité ? Vous pensez que ces enjeux doivent être repensés ; que les multiples révisions de l'asile voulues par l'UDC ont totalement crispé la question de l'asile ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez qu'il y a un lien entre la déshérence dans laquelle sont laissés ces hommes et la petite criminalité ? Prenez-les chez vous!

Vous proposez des Assises sur la question de l'asile, incluant les associations, l'Etat, les communes et les communautés religieuses? Prenez-les chez vous!

Prenez-les chez vous ! Cette réponse est indigne d'un Conseil d'Etat. Cette manière culpabilisante de faire de la politique : en individualisant les questions politiques et rendant responsable le citoyen de leur gestion, est désastreuse.

Elle est, de plus, anti-démocratique, parce que précisément, nous élisons nos représentants pour leur déléguer le pouvoir d'agir, pas pour qu'ils nous le renvoient à la gueule sans concertation avec un "Prenez-les chez vous" qui est un aveu de démission. 

 

L'incohérence de Monsieur Poggia

Paradoxalement, en faisant cela, Monsieur Poggia légitime ceux qui prennent la rue et manifestent en occupant des lieux !

Vous voulez qu'on les prenne chez nous ! Bien, on va le faire. Vous démissionnez? On s'en occupera.

C'était le sens de la banderole "Plutôt prendre qu'attendre" qui a été déroulée au 28c route de Meyrin  le 26 juin dernier lors d'une brève occupation de ce bâtiment. Monsieur Poggia, lorsqu'il demande ensuite au collectif de dégager et menace d'envoyer la police est incohérent. 

S'il veut que les gens s'occupent de la délicate gestion des migrants pourquoi le refuse-t-il lorsqu'ils rentrent dans une maison inutilisée de l'Etat, prêts à y faire des travaux, y remettre de l'ordre ?

N'est-ce pas parce que ce qui le dérange profondément, c'est le passage de l'individuel au collectif et le fait qu'un mouvement organisé puisse finalement faire le boulot à sa place?  

 

Séparez-les tous

Prenez-les chez vous.. mais un par un, dit Poggia ! Il affaiblit ainsi tout mouvement social de solidarité.

Prenez-les chez vous! Cette phrase de la droite et l'extrême droite est extensible à tous les domaines dans lesquels l'Etat a le mandat d'être actif, réactif et efficace mais duquel il se retire à bas bruit, s'absente, pour des questions prétendues financières mais liées avant tout à des choix politiques. 

L'avenir que dessinent les politiques de droite et d'extrême droite se profile ainsi clairement devant nous :

Une personne âgée qui n'est plus autonome? Prenez-la chez vous !

De l'insécurité dans votre rue ? Prenez votre batte de baseball !

On vous a volé ? Prenez sur vous !

Vous êtes malade ? Votre famille s'occupera de vous !

 

Chantage à la charité

 

Il faut le dire clairement, ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de se substituer au rôle de l'Etat, d'éponger l'échec des politiques publiques, ni à la charité individuelle de combler ses déficiences.

Ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de payer de leur personne pour les cadeaux fiscaux fait aux entreprises ou aux plus fortunés, ni aux citoyen-ne-s de croire les bobards du Conseil d'Etat quand il dit qu'il n'y a pas d'autres solutions aux enjeux sociaux que l'abri, la prison ou l'expulsion.

 

Et notre Constitution, c'est du flan?

Prenez-les chez vous ! Ce report sauvage de charge de l'Etat vers les citoyen-ne-s est abusif.

En cela, la difficile question de la situation des migrant-e-s est une ligne de combat. C'est une ligne de front qui refuse à l'Etat démissionnaire de reculer encore devant ses missions de base. 

Si nous devons prendre des migrant-e-s chez nous, par substitution, ce ne sera en tout cas pas parce que le Conseil d'Etat aura refusé de faire dignement son travail et nous l'intime. Ce sera contre lui et pour nous organiser collectivement. 

Nous lui demanderons ensuite des comptes: sa démission par exemple, puisque il aura fait preuve de son inutilité; son incapacité d'honorer la délégation de pouvoir, principe constitutionnel, qui implique précisément de réaliser au nom de tous ce que chacun, en société, ne peut ni ne doit faire seul.

 

 

 

 

Références:

http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2015/06/24/un-conseil-d-etat-toujours-aux-abonnes-absents-268258.html

https://stopbunkers.wordpress.com/2015/06/26/communique-de-presse-no-bunkers-collectif-doccupation-du-gru%CC%88tli-vendredi-26-juin-2015-des-solutions-existent-pour-fermer-les-bunkers/

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-policiers-evacuent-un-squat-a-la-route-de-Meyrin/story/10417521

 

 

 

 

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06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

09:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, asile, migrants, elisa-asile | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/07/2015

La Suisse vire au rouge

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La Suisse vire au rouge. Ce ne sont pas les résultats d'une nouvelle élection, mais le recouvrement du pays par une vague de chaleur. L'alerte canicule a été déclenchée. Elle risque de se prolonger durant de nombreux jours. Le mercure est monté à 38 degrés. Les personnes âgées, les plus jeunes sont les plus exposés et parfois même en danger.

Ce sont des gestes très simple, ce sont des gestes gratuits qui peuvent sauver des vies. Aller frapper à la porte d'un voisin-e-, être attentif à ce qui se passe dans son immeuble. Rendre visite, téléphoner aux personnes les plus isolées. Cela prend quelques minutes.

Recommandations de base

Les recommandations de base sont diffusées par les autorités. Tout d'abord: se protéger en maintenant les stores ou les volets fermés durant la journée. Aérer la nuit. En cas de sortie: chapeau, lunettes bien sûr, mais aussi : vêtements amples et aérés en fibre naturelle, coton ou lin afin de favoriser une meilleure circulation de l'air. Ne pas rajouter de la chaleur à la chaleur. Les appareils électriques en produisent abondamment: les débrancher dès que possible. Ne pas utiliser le four, les plaques de cuisson. Boire, boire et encore boire (de l'eau!). La bagnole ? Une bonne idée de la laisser au garage, ça évitera que les cyclistes et les piétons se transforment en saucisse à rôtir et que la pollution atmosphérique rende l'air totalement irrespirable.

Symptômes du coup de chaleur

Agressivité inhabituelle, peau chaude, rouge, sèche, et fièvre, maux de tête, nausée, somnolence et soif intense, confusion convulsions et pertes de connaissance ne sont pas seulement les symptômes du conseil municipal de la Ville de Genève. Ce sont aussi ceux du coup de chaleur.

Un seul remède: le 144. 

 

Les bénéfices collatéraux de l'exceptionnel

Pourquoi la canicule me fait paradoxalement penser à une tempête de glace?

En 1998 j'avais vécu au Québec le verglas massif de 1998. Une pluie fine se transformant en glace avait jeté dans le noir 1 million de foyers, immobilisé totalement Montréal. Aéroport fermé, écroulement de pylônes et de plusieurs lignes à hautes tension. L'armée avait été envoyé dans les rues pour éviter tout pillage, rassurer la population.

Les québecois s'y réfèrent toujours comme la tempête du siècle. Elle avait eu pour vertu collatérale de rassembler les gens, créer des solidarités dans l'échange de vivres, de bougies, afin d'avoir de quoi s'éclairer, se nourrir. Les gens quittaient leurs appartements pour en rejoindre d'autres, se tenir ensemble face à l'inattendu.

Des pics de naissance ont été annoncés 9 mois après la catastrophe... mais ce fait est, paraît-il, contesté par des scientifiques. 

 

Le crash est pour demain? Solidarités et décroissance !

Dans un timing congruent, l'organisation mondiale de la santé (OMS) et l'organisation météorologique mondiale ont annoncé ce mercredi que la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur allaient augmenter en raison du changement climatique.

Ce que la canicule nous enseigne? Notre planète surchauffe. Ce que la canicule nous permet : retrouver une certaine manière plus sobre de vivre; plus économe, simple, qui permette d'éviter la surchauffe et de vivre d'une manière économique.  

Les catastrophes, les crashs, les déstabilisations sociales et écologiques sont notre présent et certainement notre devenir.

Certes, il est vital, ces prochains jours de boire de l'eau en abondance, de porter des vêtements amples, mais il devient surtout toujours plus urgent de réinventer des formes de solidarité et de voisinage qui permettent en amont d'économiser de l'énergie, de faire en sorte que les plus isolés le soient moins (idéalement plus du tout), afin que la catastrophe ne soit pas le temps réduit de formes de solidarités exceptionnelles mais une manière différente et renouvelée d'être au monde.

Que ce ne soit pas seulement à l'occasion d'une canicule, d'une tempête de glace ou d'une coupure de courant général, mais tout au long de l'année, que de nouvelles manières d'être au monde soient confectionnées ensemble ; que ce ne soit plus seulement quand le train est immobilisé ou que la chaleur nous écrase, que l'on commence, contraint, subissant, à penser et agir autrement, langue tirée.    

 

Des choix  

Continuer à l'identique et accepter que la catastrophe devienne notre quotidien.

Faire du quotidien quelque chose de plus exceptionnel, économe, différent que ce qu'il est aujourd'hui durant toute l'année (structurellement et socialement), on pourrait nommer cela l'éco-socialisme.

Pour ceux que le terme rebute, nous dirions plutôt : l'exercice du bon sens.

 

 

http://www.1001infos.net/suisse/vagues-de-chaleur-en-augmentation.html

http://neustartschweiz.ch/userfiles/file/Unterlagen/redmarrer_la_suisse.pdf

 

17:36 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canicule, catastrophe | |  Facebook |  Imprimer | | |