sylvain thévoz

26/11/2017

De la soupe aux lettres à la popote numérique

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y mijote, avant de refermer le couvercle. Parfois nez pincé parfois bouche ouverte.

En général, j’y repêche à la louche des faits insipides voire crades, mais aussi des morceaux héroïques ou d'étonnantes fulgurances, bribes de compréhension. Cela me fait parfois saliver. L’écoeurement n’est jamais loin. Trop gras. Trop sucré. Trop lourd. Plus c’est inconsistant, plus c’est fort.

Quand ça se veut minestrone, ça risque toujours de partir en eau de boudin.

Désormais quand j’allume mon ordinateur, je me mets une serviette autour du cou. C’est désormais mon rituel avant de me mettre à table. Parce que cela tache et qu’il faut se méfier des éclaboussures.

Après tout, quand on jardine on met bien des gants.        

Je plonge ma cuillère, vise au mieux là-dedans, pour trouver entre grumeaux, nappes huileuses, strates sombres, une matière solide. Avec un brin d’expérience, et en sondant profond - mais parfois tout demeure à la surface, et la profondeur est transparente- je nourris un courage, des formes d’alliance et de reconnaissance.

Jamais sûr que cela favorise autre chose que le désir d’une faim plus grande. 

L’estomac gronde. Je lape oui. Je fais claquer langue oui. Et haut le cœur.  

Trop c'est trop et parfois pas assez.

Et souvent pas assez, c'est déjà trop.

Je vous parlerai un autre jour des plats de résistance.

 

Regarde la soupe, car la soupe, elle, ne te voit pas

Les yeux bougent de droite à gauche, les lèvres s’agitent toutes seules.

J’ai conscience du ridicule, avec serviette autour du cou, et l’air obnubilé de-qui-est-scotché devant une publicité alléchante et s’acharne sur un bout de vieille carne refusant de la laisser aller par le fond, la disputant âprement à d’autres.

A quoi bon lutter pour un bout de gras, quand les entrepôts regorgent de saindoux, et que c'est la capacité d'apprêter qui manque : les moyens de confection?

On n’est jamais seul devant sa soupe.

La table n'a pas été mise à notre attention. C’est la tambouille de masse, avec l’utopie du 5 étoiles à la carte service inclus pour les gogos de l’ego qui parlent pour l’humanité entière et, au final, touchent 10 copains dans la salle d’à-côté.

Ça fait très cher payé la gratuité et le all you can eat.

Je pousse de côté les aliments inassimilables – mes allergies- afin de séparer le bon gras de l’ivraie, dans ce qui ressemble à ce qu’était cette « soupe aux lettres » de l’enfance. Avec elle je jouais. Assemblage de vocable pour former des mots basiques. Beaucoup de lettres pour peu de mots. Beaucoup de lettres pour peu de pâtes. Peu de mots pour trop de soupe. Peu de soupe pour la faim.

Injonctions fortes. Finis ta soupe d’abord ! Aujourd’hui, l’injonction est inversée : continue à te distraire, au risque de lécher des panneaux publicitaire, comme les vaches pierre à sel.    

Cette soupe n’est pas qu’un lieu de consommation. On s’y déverse aussi, y fait sa popote. J’y participe avec ces agencements de lettres.

Est-ce que cela à une utilité ? Sitôt déposés dans le bouillon, ces agencements seront dépiautés, désagrégés.

Mais pour se nourrir, on se doit de bien mâcher.

Ayez donc de la patience.

 

Quand l’appétit va, tout va

Dans l’ambiance forcenée d’anorexie-boulimie d’aujourd’hui :

les gras deviennent plus gras et les maigres plus maigres encore.

Quelque chose qui ressemble à une civilité des manières, des échanges et des mets refusant le gavage, est en marche. Elle permet, même dans les bouillons les plus infâmes, de se faire (à) manger d’une infinie de sensibilité et de joie. Une petite cantine quoi, dans des gargotes portatives et communes, où l’on s’agrège par petits groupes, autour du feu ou de quelques brindilles faites d’affinités. Et où tout fait ventre.    

Car vous ne nous mangerez pas tout crus  ! Et si l'on vous choppe on vous bouffe.

Cuisine anthropophage s'il en est.

Pourtant les végétariens sont tous les jours plus nombreux, et heureux de ce choix.

 

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y graille, avant de refermer rapidement le couvercle.

Je retire ma serviette du cou.

Place au dessert maintenant.

 

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23/11/2017

Une femme assassinée

Une femme est morte dans la rue précise la manchette. Et on nous dit dans quel quartier: Servette ou Grottes, selon l'appréciation géographique de chaque journaliste.[1]

Mais on s'en fout que ce soit dans la rue.

Et peu importe que ce soit aux Grottes.

Condoléance à ses proches et à sa famille.

Cela fait-il plus de bruits quand le coup de feu est dans la rue que dans un appartement? Et plus de bruit quand c'est un coup de feu qu'un coup de poing?

Cette femme a été assassinée par un homme.

Un "inconnu" ? On est dans le cadre des violences faites aux femmes. Et ce n'est pas parce que ce crime se déroule dans l'espace public que cet élément doit devenir le plus marquant et l'emporter sur le reste.

L'enquête éclaircira les liens et les degrés de proximité entre les protagonistes de ce sordide événement. 

Si chaque fois qu'une femme était assassinée on donnait le lieu du décès, cela donnerait à peu près ceci :

une femme est morte en s'habillant pour aller au travail 

Une femme est morte dans sa voiture

une femme est morte dans son lit

sur une chaise

en regardant la télé

dans le tram

dans sa salle de bain

sur le palier

on ne sait pas où

à sa place de travail

en pelant des patates

en révisant ses notes

en changeant une ampoule

sans rien faire

entourée de ses amis

en dormant

en silence

en lieu sûr...

Et on aurait dû, pu le faire, 26 fois par an puisque c'est le nombre de décès de femmes sous les coups de leur conjoint chaque année en Suisse[2] (entre 2000 et 2004), ou 36 en 2015 ou 19 en 2016. Les chiffres varient. La violence structurelle demeure. C'est chaque fois un meurtre de trop. 

En Suisse, une femme sur cinq subit de la violence physique ou sexuelle au moins une fois dans sa vie de la part de son partenaire ou ex-partenaire. En moyenne 2 femmes par mois sont tuées par leur partenaire ou ex-partenaire.[3]17'685 infractions ont été enregistrée en 2016 en Suisse dans le domaine de la brutalité domestique, selon l'office fédéral de la statistique. Cela ce sont pour les statistiques, les chiffres, qui disent simplement l'ampleur, la profondeur, la racine de la violence contre les femmes dans notre société. 

Spontanément, un groupe de femmes appelle à un rassemblement ce jeudi aux grottes :

Ce soir à 18h nous nous réunissons pour Sarra, 36 ans, abattue hier soir rue de l'Industrie, dans le quartier des Grottes. Elle venait de fêter son anniversaire.

Sarra est morte dans la nuit.

Nous, les femmes, demandons une vie exempte de violences. #stopféminicide

Lieu : 5 rue de l'Industrie, 1201 Genève

Tonight at 6PM we gather for Sarra, 36 years old, shot yesterday night at the rue de l'Industrie in les Grottes, Geneva. She was coming out of her birthday party.
She died in the night.
We, women, demand a life without violence. #stopfeminicide
Where: 5, rue de l'Industrie, 1201 Geneva

 

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/faits-divers/La-femme-tuee-en-p...

[2] https://www.rts.ch/info/suisse/1148793-violence-conjugale...

[3] https://www.vd.ch/themes/vie-privee/violence-domestique/en-savoir-plus/statistiques/

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16/11/2017

Tempête dans un bassinet

index.jpgTempête dans un bassinet. La droite municipale hurle à l'introduction du burkini dans les piscines municipales. La presse s'en fait l'écho, agitant les peurs et les polémiques.[1] Mais de quoi parle-t-on en fait ?

Tout simplement d'un nouveau règlement (excellent) du service des sports, qui énonce que les usagers et usagères doivent porter une tenue décente et appropriée dans et au bord des piscines. Cela implique que les tenues de bain sont autorisées pour autant qu’elles ne soient ni sales ni négligées. Les combinaisons de triathlète sont désormais autorisées ainsi que les maillots en dessous des genoux, pour autant qu'ils soient destinés à la natation uniquement. Alors oui, c'est vrai, les costumes de bain ne seront plus mesurés par les gardes bains avec un centimètre pour calculer ce qui dépasse et ce qui ne dépasse pas du coude ou du genou, ce qui n'était pas pas dans l’ordre de leur mission, et ce qu'ils n'ont d'ailleurs jamais fait, heureusement. De toute façon ils n'avaient pas de base légale pour le faire.  

L’objectif de ce nouveau règlement vise donc à assurer l’hygiène, la sécurité, l'accessibilité, et que l’équité de traitement soit garantie dans les piscines. Ce but est respectable. C'est même le seul que doit se proposer un établissement public. Il n'y a donc en aucune manière quoi hurler à la burkinisation des bassins. Au contraire. On a désormais un règlement clair, qui permettra à chacun-e de se vêtir plus librement et se déshabiller de même. En effet, l'ancien règlement rappelait qu'on ne pouvait pénétrer dans la zone de bassin en tenue autre qu'en maillot de bain et de se baigner ou de circuler dans l'établissement sans maillot de bain approprié à chaque sexe (monokini interdit). (art18.al.g). Désormais, le monokini est bienvenu en dehors des bassins. Eh oui. Donc c'est bien plutôt à l'accueil des seins nus que des burkinis qu'il faudrait hurler. Désormais, les femmes ne devront pas se contenter de rester en monokini hors de l'eau. Elles pourront se jeter à l'eau sans remettre le haut et profiter de la sensation de l'eau sur leur poitrine, tout comme les hommes le font déjà.  

 

L'interprétation désormais plus ouverte de ce qu'est un maillot de bain permet d'accepter dans les piscines non seulement les caleçon de bain en dessous du genou, et les t-shirts de bains protecteur (pour les enfants par exemple). Les mamans et les papas pressés qui ne comprennent pas que leur enfant soit refoulé parce que le maillot de leur enfant tombe bas sur les genoux sont reconnaissants de ce changement. L'enfant que l'on couvre d'un maillot anti-UV ne s'en portera que mieux.

 

index1.jpgCe règlement n'oblige pas le monokini ou la combi. Simplement les critères qui président à la gestion d'une piscine ne les interdisent pas. Bref. Une piscine est un établissement de bains public et le seul critère autorisant ou non un costume est son adéquation à des critères d'hygiène et de décence, en aucun cas à un prétendu historique chrétien agité comme un grelot qui dirait : bikini échancré pour toutes et tous amen. On ne parle pas de religion. Malgré le traitement polémique, on parle ici simplement d'un règlement de piscine qui a trait à l'usage d'un établissement public, permettant la natation dans les meilleures conditions.

 

220px-BathingSuit1920s.jpgPour conclure, en début d'année, une polémique éclatait sur l'habillement d'une conseillère aux Etats. Alors que l'obsession sur la manière dont les femmes se vêtissent est plus fort qu'au moyen-âge, alors que l'enjeu de la longueur des jupes des femmes fait toujours polémique, il serait bon et souhaitable de ne plus vouloir contrôler leur manière de s'habiller et de se déshabiller, et de vouloir faire de la politique sur leur dos jusque dans les règlements des piscines. Liberté pour toutes et tous... et manchons pour qui veut. 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Port-du-burkini-...

 

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07/11/2017

Christian Constantin, roi des types

Christian Constantin va incarner Elvis à Las Vegas. C'est le journal le Matin qui nous l'apprend ce mardi. Le journal en fait sa manchette. Cet article occupe le quotidien sur pas moins de 7 pages. On y fait miroiter le rêve américain du millionnaire valaisan, qui s'en va avec les comiques Yann Lambiel, Vincent Kucholl et Vincent Veillon, animateurs vedette du 26 minutes, tourner un nanar aux US nommé Valais Bad trip. Au final, cet article sert la mise en avant de l'ego de de Constantin. Voilà pour la page glamour.

Troublant toutefois, que le même homme qui ait frappé au bord d'un terrain de football le commentateur sportif  Rolf Fringer fin septembre, se refasse ainsi une virginité médiatique. Troublant que celui qui cogne en prétendant que  son action avait été "un peu trop valaisanne", ne l'ayant ni regretté ni ne s'en soit excusé, ajoutant avoir appliqué la loi du talion, soit en Une. Que celui qui justifie sa violence avec des arguments pour la banaliser, en faisant un élément pulsionnel, soit ensuite valorisé dans la presse comme modèle de réussite. Les coups portés ont été prémédité et exercé de sang froid.[1] Il a été reconnu coupable, condamné à 100'000.- d'amende et interdit de stade pour 14 mois[2]. Voilà. Un type qui en cogne un autre, se fait 7 pleines pages dans un journal de la place. Un héros. Notre lilliputien B.Cantat à nous. 

Mais au final, Constantin n'est pas très intéressant. Ce qui est remarquable, et doit faire réfléchir, c'est la manière dont notre société accepte et banalise certaines violences, en condamne fortement d'autres, et découpe politiquement le traitement de ces violences.   

Car il est clair que la violence reçoit des traitements différents suivant qui l'exerce. Allez faire comprendre ensuite au gars devant sa téloche qu'il finira au poste s'il en cogne un autre à la fin du match, ou met quelques claques et un coup de pied au cul à sa femme comme le boss Constantin? Ou au jeune qui s'énerve au bord du terrain que le fair-play est plus important que de marcher sur son adversaire. Ah oui, la RTS nous informait cette semaine d'une augmentation des hooligans étrangers en Suisse. Surprenant non, le hooliganisme est à la fois dénoncé et un hooligan millionnaire est érigé comme modèle de réussite. [3]

La violence, finalement, c'est toujours les prolos et les étrangers qui l'exercent, non ? Quand c'est quelqu'un de chez nous qui l'exerce, c'est un trait régional ou la banale expression de la tradition...

Christian Constantin, roi des types. La culture de la violence et le machisme ont encore de beaux jours devant eux...

 

 

[1]https://www.tdg.ch/sports/football/constantin-rolf-fringe... 

[2] https://www.24heures.ch/sports/actu/amende-salee-christia...

[3]https://www.rts.ch/info/suisse/9063376-toujours-plus-de-hooligans-etrangers-viennent-chercher-la-bagarre-en-suisse.html

 

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03/11/2017

Le christianisme n’est pas né à Interlaken

Certains partis politiques font de l'islamophobie le moteur de leur politique. Ils stigmatisent une religion dont, en Suisse, 5% de la population se réclame. Cette excitation panique autour d'une religion particulière est négative. Elle fabrique un islam uniforme, sans différence culturelles et cultuelles, alors que ces dernières sont nombreuses. Les musulman-e-s de Suisse sont pour moitié des confédérés, pour le reste européens, principalement originaires des Balkans. La réalité est bien éloignée des fantasmes sur la burka et les songes orientalistes.

Disposer d'une diversité religieuse est une chance et une potentielle source d'enrichissement. Encore faut-il être motivé à la valoriser. Plus de 400 communautés religieuses résident à Genève. 13 communautés musulmanes ont été recensées, appartenant à quatre courants différents.[1] Du dialogue interreligieux et des invitations à la rencontre naissent des liens forts qui permettent de lutter contre le repli sur soi et/ou les certitudes nombrilistes. C'est notamment le sens de la démarche de la plateforme interreligieuse (PFIR) dont il faut saluer les actions et les initiatives, et qui fêtera le 6 novembre prochain ses 25 ans d'existence.[2]

Il faut avoir fort peu confiance dans nos traditions et nos institutions pour faire sienne la théorie du grand remplacement qui amalgame islam et étranger et les conjugue pour en faire une menace. Craindre l'islam parce qu'il serait un produit extérieur à nos valeurs, c'est oublier que le christianisme n'est pas né à Interlaken. Pourtant, il a modelé l'histoire de notre pays, en a marqué le langage et l'histoire et, pour le meilleur et pour le pire, diront certains, en a nourri et alimenté (et continue de nourrir et alimenter) la vie spirituelle et sociale. Jusqu'au point d'ailleurs, où certains le lient étroitement à notre identité. Pourtant, le christianisme non plus n'est pas homogène, ni soustrait aux dérives sectaires et mortifères. Faut-il rappeler ici les propos homophobes de l'évêque de Coire, ou les positions anti-avortement de certains courants? Or, malgré ces extrémistes, sa reconnaissance n'est pas remise en cause. Sa place évolue et son rôle change, sous la poussée et en dialogue avec les changements sociaux. Pourquoi en serait-il autrement pour d'autres religions ?

Les différentes formes de l'islam sont présentes en Suisse depuis des siècles. Si l'on veut vraiment en régler les pratiques, il faudra entamer sérieusement sa reconnaissance institutionnelle, et donc en accepter les formes et les manifestations  comme composant une religion officielle, celle de l'islam en Suisse. Cela permettra d'encadrer les formations, donner une place et un véritable statut à cette religion. Finalement, tout comme le christianisme, l'islam n'est pas né à Interlaken, pourtant il en suit le même chemin, et a pleinement droit à sa place en Suisse.

Au final, l'inquiétude ne vient pas de l'autre mais du doute sur ce qui nous rassemble véritablement et des engagements communs pour lesquels nous sommes prêts à nous mobiliser et nous engager collectivement. C'est là-dessus que nous avons à travailler, ensemble, plutôt que de donner du crédit politique à ceux qui fantasment un Islam hégémonique qui va les manger tout cru. Ces fantasmes sont si massivement injectés dans la réalité d'ailleurs, qu'il faut regretter qu'ils rendent l'islam finalement toujours plus sexy pour celles et ceux qui se cherchent, sont exclus, en quête de quelque chose de plus fort que ce qui leur est proposé ailleurs. Il faut arrêter d'alimenter ces fantasmes et avancer résolument sur les thèmes sociaux, de salaire équitable, de congé paternité, de fiscalité juste, de respect des travailleuses et travailleurs, de la reconnaissance du travail et du soin aux autres, d'écologie, etc.

Au final, taper sur les minorités, les musulman-e-s, ne fera pas de la Suisse que nous aimons un pays en quoi que ce soit plus fort, mais simplement plus discriminant, donc plus inégalitaire et finalement socialement plus violent. Plutôt que de lutter contre quelque chose qui n'existe pas, engageons-nous pour renforcer une Suisse plurielle, accueillante, exigeante, détricotant les clichés sur qui sont les autres, pour affirmer plutôt ce que nous voulons atteindre: un idéal de justice sociale et sa concrétisation dans la lutte pour une prospérité partagée. Par le respect du droit, et de la loi, qui inclut le choix de croire ou de ne pas croire, mais surtout de vivre et laisser vivre les autres, qu'ils soient nés ou non à Interlaken.    

 

[1] http://info-religions-geneve.ch/

[2] http://www.interreligieux.ch/

 

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27/10/2017

La vie comme dérangement

Par le goût du raccommodage, du tissage de la suture, de la couture du ravaudage, par la saveur du sparadrap.

Par le délice du décalage, par la douceur de l'incompréhension, l'intraduisible liaison, ce qui s'élance.

Par le contrat cadre-convention-signature, par le dérangement sans salaire, l'appel sans travail et la grève.

Par le signal de pose, attention : selfie

Par l'arrêt automatomique, les diagnostics à retardement, les mines contraires du matin. Par le refus du pas de choix.

Maintenant on t'enlève l'estomac, Xanaxe-toi.

Par ce que tu prends de rayons X, par ton café de vernis et d'aluminium, par ce qui ne franchit plus le mur hormis hautes ondes et écume.

Par ce que tu dis dans la douve : vous n'aurez pas mes soupirs. Tout le reste abdiqué et cédé au langage.

Si tu lâches ton sac avec ta brosse à dent une seconde, on te la fait sauter. Tout est passager.

Par les alertes qui n'alarment plus, la nourriture qui  . Par les progrès de la médecine, les files d'attente aux urgences. Par le poids du téléphone portable. 

Par ce que ce que l'on croit maîtriser et qui nous dompte, ce que nous devons aux oiseaux et que Wikipédia n'a pas.

Par la tache la souillure. Par l'échange sans la polémique, par le piétinement du troupeau. Par la bauge des bains bulle.

Quelque chose qui s'appelle sincérité.

Par le retard.. Parce qu'il y a encore des alternatives. 

Par la comparaison des fers, l'aménagement des boîtes, la lutte entre les biceps et talons.

Par le léger déraillement dans la langue, le bégaiement complet, le désir d'en être.

Par la vie pour l'esbrouffe: quoi qu'il en coûte, donner le change? Creuser sa tombe dans le vif.

Par le Frambois, le Champ-Dolloriste le HUGyéniste, les archivistes de la Ville. Le besoin du beau.

Par la mercerie classe A, l'amour Crédit Suisse, le ralenti RTSiste, les merguez du Mac Donald's, les orteils en chausson aux pommes,, etcaetera etcaetera... 

 

Par le bouton qui ne s'enfonce pas, la touche qui n'enregistre pas, le retardateur en retard, le détonateur atone.

Par le véhicule qui ne démarre pas, l'amour qui n'amarre pas, le soleil qui n'ensoleille pas, les pochettes sans surprise et les radiateurs blancs en juillet.

Par les choix qui nous échoient, par le banc bancal, la plateforme déformée, le chercheur d'emploi surbooké, le chômeur en fin de joie, le burn-out sans fumée, le patron apathique, la morphine sans effet, la famine de l'excès, la fugueuse au foyer, le nomade immobile, le médecin boulimique, l'inaudible langue des signes. 

Par les identités résistantes et froissées.

Par les déchets qui ne se jettent pas, les ordures que l'on ramène chez soi. La coupure de courant continue, l'épuisement du renouvelable.

Par la mobilité sans douceur, les fusibles sans ressort. Le langage sans objets, les mots sans sujets, les sujets sans désir, l'adresse inconnue.

Par la langue weight watcher's, le discours sans matière grasse ni saveur. 

Par le trading du sujet, le marché des pronoms, le bric-à-brac du verbe, le désir du même, la passion des promus.

Par la vivisection des bêtes, l'enraiement des usines, l'enrouement des chimies, l'éternuement de Simone Weil.

 

Par la prière comme respiration.

La vie comme dérangement.

 

La vie comme dérangement. 

 

 

" La question n'est pas de dire qui l'on est, d'où l'on vient, mais qui l'on sera si l'on s'assemble, ce que l'on pourra si l'on s'y met à plusieurs - ou ce qu'on ne pourra plus, et dont on ne voudra plus." Marielle Macé 

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23/10/2017

Faux prétexte de la séduction, cache-sexe de la domination

La parole refusant la domination est féconde. Et c’est peut-être cela qui retourne les dominants et les ulcère. Qu'une parole qu’ils aient voulu écraser, éteindre et nier, soit aujourd'hui porteuse de lien et de possibles, ça les rend dingue.

Pour les femmes (et les hommes), les milliers de témoignages dénonçant la domination masculine et demandant des comptes, favorisent une prise de conscience de l'étendue des violences sexuelles, de ce qui est généralement banalisé, euphémisé (frotteurs, blagueurs, coureurs, toucheurs, tchatcheurs, etc.,). Ces prises de paroles offrent un point d’appui collectif pour sortir des ambivalences et des ambiguïté. Et par l’écho trouvé au sein d’une communauté, l'opportunité de repenser les rapports de genre. 

En aucune manière la domination sexuelle n'est « normale », en aucune manière « cela n’est rien », ni ne ressort d’une responsabilité individuelle de la personne qui la subit. Cela touche des dizaines des centaines des milliers de milliers de femmes. Cela est dit. On le savait. C’est aujourd'hui clairement et fortement rappelé. Il est désormais plus difficile de prétendre ne pas savoir.

Quand culpabilisation silence et honte, sont encore des moyens d’asseoir les rapports de domination en les individualisant et les psychologisant, parler libère. La reconnaissance permet ainsi une sortie possible de la "petite histoire personnelle" et d'en faire un enjeu politique pour réfléchir collectivement à la sortie du déni.

Bien sûr il y a celles et ceux qui font obstruction. Evitons de plonger dans les latrines des petites phrases extrémistes (Zemmour, Boutin, Bonnant & co) et des rhétoriques complaisantes qui font du harcèlement "une cour amoureuse", pareille à celle des lais et fabliaux du 13e siècle alors que les propos de domination sexuelle sont à des années lumières du badinage des trouvères. [1] Cela nous permettra d'avancer et de sortir de l'ère des bonobos.

 

La séduction a bon dos

Qu’est-ce qui est de la domination, qu’est-ce qui ressort de la séduction ? Lever le nuage de la séduction pour couvrir la retraite de la domination fait penser à une ruse de vieux sioux. La ficelle est pourtant bien grosse. La séduction est aujourd’hui autre que la manière dont elle était vécue (ou subie) il y a 50, 20 ou 10 ans. Celles et ceux qui l'essentialisent en en faisant un intangible nous ramèneraient volontiers à l'âge de pierre pour en vanter les vertus du partage des tâches. C'est anachronique et mensonger.

Il est inconcevable d’imaginer aujourd'hui qu’un seul sexe puisse définir les canons de la séduction ou prétendre qu'elle ressort de tel ou tel ordre, d'une manière unilatérale et non négociée. Puisqu'elle est consciemment ou inconsciemment transmise: par l'éducation, les modèles et les pairs, elle est donc modifiable et négociable. Personne ne peut se l'approprier. Elle est par définition affaire de relation

Les légitimations culturalistes: « on a toujours fait comme ça », ou d’ingénuité « je ne savais pas », voire relativiste « c’est pareil ailleurs », sont des justifications dont se sert le pouvoir dominant pour réduire au silence ce qui le met en cause. Le faux prétexte de la séduction est encore un cache-sexe dont se sert la domination masculine pour s'exhiber en société, alors que, à rapport non-consenti, il s'agit encore d'accaparement, de consommation ou d'appropriation.

Comment se relie-t-on, séduit-on, exprime-t-on son désir ?

Puisque cela est culturellement construit, c'est donc que cela est politique. Le trouble concernant les zones grises (séduction ou abus? séduction pour l'un, violence pour l'autre?) illustre le besoin de négocier et repenser les rapports entre les sexes, et réaliser rapidement un aggiornamento culturel et politique sur comment cela se passe, devrait ou pourrait se passer d'être en relation, puisque c'est de cela qu'il s'agit; en regard de la loi et du droit, certes, mais aussi de la considération pour l'autre et d'une certaine éthique de la relation. Parce que cela n'a jamais été de soi, et que le temps ou l'on pouvait prétendre à l'évidence, à un héritage, aux manuels explicatifs des petits enfants sages ou de la bonne maîtresse de maison est fini

La notion clé pour défaire le noeud gordien demeure le consentement. Et là franchement tout le blabla défensif ou le déni des protecteurs du système de domination masculine prend une autre dimension. On voit le chemin éducatif qu'il faut parcourir[2] et parcourir sans cesse, pour composer des rapports de genre non-maltraitants et plus égalitaires. La campagne de sensibilisation "ça veut dire non", menée en Ville de Genève depuis 2015, faisant la promotion de l’égalité entre femmes et hommes par la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, en est un bon exemple.[3]

 

Dominer la domination

On savait. Certains prétendent ne pas savoir.

On voit. Certains disent n’avoir rien vu.

On entend, clairement. Certains affirment que c'est mal dit. 

Certains aimeraient encore continuer comme avant plutôt que d'inventer comment cela sera après.

Le mouvement actuel d’une parole libérée, émancipatrice, permet d'envisager un changement de nos rapports de genre. La domination et les abus ne sont pas que l’affaire de l’un ou de l’autre, de celle qui les subit ou celui qui les fait subir, mais une responsabilité collective de ne plus les tolérer et les faire cesser. Si l’on est individuellement responsable des actes que l’on pose, on est aussi collectivement responsable des actes que d’autres posent, d'autant plus quand ils prétendent être agis en notre nom.

Cette sortie massive du silence fait espérer que les voix refusant la domination d'un sexe sur l'autre soient aujourd’hui estimées à leur juste valeur, et recueillies, afin que plus personne ne puisse dire « je ne savais pas » ou « je trouvais cela normal » sans que d’autres ne se lèvent immédiatement pour en contester ou éclairer le sens.

 

 

[1] http://blog.francetvinfo.fr/ladies-and-gentlemen/a-propos...

[2] https://www.youtube.com/watch?v=oQbei5JGiT8

[3] http://www.ville-ge.ch/caveutdirenon/

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21/10/2017

La domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique

Elles ont une force tellurique les voix des femmes demandant justice, criant douleur, colère, joie ou soulagement de pouvoir enfin exprimer une vérité intime, fracasser l’injustice.

Parce qu’elles viennent de l’intime, du vécu, elles laissent d’abord sans voix et obligent à entendre profondément ce qui se dit là.

Les voix qui s’expriment nomment les rapports de domination, les attouchements, les abus, les viols, qui se déroulent dans tous les espaces, en tous temps, dans toutes les classes. Elles disent la domination masculine et sa bonhomme assurance. Elles disent l’ambivalence liée à un système banalisant la domination d’un sexe sur l’autre : « je sentais que quelque chose de totalement anormal se passait, mais tout le monde autour de moi prétendait qu’il n’en était rien ». Elles désignent des témoins absents – ou aveugles et/ou muets-, comme si ces derniers avaient préféré regarder ailleurs. Ces voix nomment la violence et la banalité de la domination, qui se déroule sous nos yeux, majoritairement agi par des pères, des frères, des maris, dans un jeu de dupe destructeur.

Elles nomment la sidération et la difficulté de comprendre ce qui se passe quand l’entourage social semble trouver tout à fait normal la blague sexiste, le tripotage « bon enfant », le rabaissement humiliant. Enfin, elles disent ce qui se passe en soi quand les limites intimes, sociales et légales sont flétries, sans que personne ne le relève, et le sentiment crade d’abandon, de culpabilité et d’effritement personnel qui en découle.

Ces mots qui sortent du silence sont bouleversants.

Il n’y a rien à ajouter à leur puissance.

La domination ne peut plus prétendre se signer à l’encre sympathique

Ces voix illustrent le fait que la domination ne peut être circonscrite. Elle ne concerne pas que le harcèlement de rue –certains auraient été heureux de l’assigner à cette place et d’en faire porter la responsabilité aux migrants ou aux précaires.- Le harcèlement de rue n’est qu’une des facettes identifiée d’une domination générale s’exerçant dans tous les domaines de la société. Elle ne concerne pas tel ou tel moment du jour ou de la nuit, telle ou telle partie de la ville. Non, elle est bel est bien générale et généralisée.

Les dizaines, les centaines, les milliers de milliers de femmes qui s’expriment ces jours en témoignent. Elles illustrent le degré de sexisme et la capacité d’auto-aveuglement de notre société ainsi que l’intériorisation de cette domination par les femmes et les hommes.

La force de ces témoignages est de ramener, par la parole, clairement et distinctement ce qui se déroule à bas bruit et son caractère inacceptable. En un mot : de mettre en crise ce système, qui ne peut plus répondre à cette dénonciation en tapant individuellement sur telle ou telle femme accusée d’être : consentante hystérique ou aguicheuse afin de la faire taire, ou tel ou tel homme d'être une tarlouze ou une tafiole s'il s'y soustrait, mais se retrouve acculé par le nombre d'en prendre acte.

La domination forme système et porte une signature sociale. Aujourd’hui, la domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique. La lumière est tombée. Mais assurément, elle le fera encore, prétendant être inodore, incolore, invisible, et sans souffrance pour quiconque. C’est dans sa nature, c’est là la source de son déni. A nous, individuellement, collectivement, de le refuser.

  

Puissance collective de la parole singulière

Un pan de la chape de silence, du déni, s’est massivement fissuré. Nous assistons à une affirmation de la parole et à l’exercice sa puissance partagée. Alors que le passage à l’acte dominant a pour lui la violence sidérante du geste non-consenti, de rendre muet et stupéfier, il y a une expérience collective de dire qui distingue, soigne, répare. Ce #metoo singulier partagé est désormais l’expression d’une puissance collective. Un lieu de résistance.  

Parler et entendre, ce sont des actes importants. Ils appellent à se positionner, à répondre, et réagir. Le faire sans prendre une voix qui surplombe, qui rajoute du plomb à la vivacité des paroles, c’est aussi une question de sensibilité.

La force qui se dégage aujourd’hui des témoignages de domination provoque une prise de conscience radicale. Elle ramène sur le devant de la scène des non-dit, des sensibilités, des constats de violence et en dresse l’implacable logique, pour en faire un enjeu collectif. En cela, cette expression est politique.

Je suis celle qui est

Dans la lignées des indignations de #JesuisCharlie, #JesuisParis ou Barcelone, quelle sera la suite de ce je suis #moiaussi, de ce je suis je, et pas une chose... et pas ta chose, monsieur, bouleversant?

La sortie massive du silence et l'indignation partagée alimentent les voix réclamant la fin de la culture du viol, de l’impunité et de la domination d’un genre sur l’autre.

Il revient aux femmes aussi bien qu’aux hommes, en tant qu’alliés, de se faire radicalement, inlassablement, individuellement et collectivement, les agents actifs de cette parole libératrice.

 

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15/10/2017

Les 12 propositions du Parlement des Inaudibles

IMG_2930.JPGLe parlement des inaudibles s'est réuni pour la première fois ce week-end à l'occasion des 30 ans de la journée de lutte contre la misère.

Le Parlement des inaudibles était composé de citoyen-ne-s de tout milieu (personnes vivant la précarité au quotidien, membres d'associations et d'institutions sociales, journalistes, élu-e-s, militant-e-s, étudiant-e-s, etc. Avec pour légitimité de prendre la parole et dire haut et fort les parcours dans la précarité et les vécus personnels.

Le Parlement des inaudibles loin de faire de grandes théories, a mis en discussion et en partage des vécus. La parole a été prise par celles et ceux qui sont directement touchés par la précarité. Les échanges ont porté sur trois thèmes vitaux : le logement, le travail, les discriminations. Les 12 propositions suivantes ont été arrêtées. Il semble incroyable qu'en 2017 il faille encore lutter pour leur mise en œuvre. Ces 12 propositions fondamentales ont été adoptées à l’unanimité.  

 

Logement

  1. Personne ne doit dormir à la rue. 2. Sans adresse pas de travail : casser ce cercle vicieux. 3. Dormir en sécurité est un droit vital constitutionnellement garanti. Il doit être appliqué. 4. Transformer les espaces vides et inoccupés en logements habitables.

Travail

  1. Garantir des conditions de vie dignes pour chercher un travail. 2. Pas de travail pas de logement : casser ce cercle vicieux. 3. Stop aux discriminations à l’obtention d’un travail. 4 Démocratiser l’accès aux formations certifiantes et qualifiantes pour obtenir un emploi.

Discriminations

  1. Respect des droits pour toutes et tous, y compris pour les personnes vivant dans la précarité. 2. Garantir l’accès à toutes et à tous au domaine public. 3. Stop au délit de faciès 4. Pas de fouilles intimes dans la rue.

 

FullSizeRender.jpgLa force de ce moment, ce fut aussi celui des témoignages recueillis, partagés. Comme l'a relevé un parlementaire des inaudibles, le manque de conditions dignes ( se loger, se laver, se soigner, se raser) conduit des personnes sans abris à devenir des Hommes précaires, des Hommes de série B ou C.

Il faudrait avoir plus d'accompagnement pour que chacun-e- puisse faire partie de la série A. Mais ce ne sont pas aux personnes qui sont dans la précarité d'apporter les solutions. Il y a une responsabilité sociale, générale. Et beaucoup trop de gens bien se taisent, détournent les yeux, alors que des situations critiques sont glissées sous le tapis des convenances et du conformisme. Tant que les plus précaires ne ferons pas partie des priorités, malheureusement, rien ne changera. Tant que la lutte contre précarité ne sera pas une priorité sociale forte, le fossé continuera de se creuser entre ceux qui vivent la précarité dans leur chaire et les politiques qui s'occupent de beaucoup d'autres choses, parfois importantes, parfois accessoires, très souvent avec un discours décalé par rapport au vécu des citoyen-ne-s. Prendre la parole, sortir du silence, est un moyen de bouger ces lignes. Il n'y a pas de fatalité que la force de la collectivité ne peut remettre en cause.

 

Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes

 

C’est curieux que l’on parle des gens qui dorment dans la rue dans la Ville où il y a le siège des Nations Unies, où on parle des droits humains. J’ai vécu trois mois au bord du Rhône. C’est difficile quand on cherche du travail. Dormir, c’est un besoin vital, comme manger. Quand toute l’énergie est prise pour chercher un endroit où dormir « correctement », c’est difficile. Après, pour prendre une douche, tu dois prendre un ticket, faire la queue. Tout prend beaucoup plus de temps. Si tu as un appartement, le réveil, prendre une douche et un petit-déjeuner, prend moins de temps que défaire ton abri et ramasser tes affaires pour ne pas être repéré. Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes. Les touristes ont plus de valeur que nous. L’image de la ville est plus importante que les besoins vitaux des personnes en situation de précarité.

On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner

Quand le logement n’est pas assuré, on doit toujours changer de place, négocier des chambres, ou des matelas pour pouvoir dormir et ne pas être à la rue. Mais pour l’adresse c’est une autre histoire. Le possible employeur te demande toujours une adresse, si tu donnes une adresse « sociale », l’employeur ne t’accepte pas. Du coup, tu restes dans la misère. Faciliter l’accès à un logement légal et un loyer juste pour les personnes qui cherchent du travail et qui auraient le droit de travailler, ça faciliterait l’intégration à la société genevoise. On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner. On aimerait juste que le droit au logement et le droit au travail soit respecté.

 

Je rêve de partager des moments simples avec mes enfants

Dans ma vie, j’ai eu besoin de personnes qui étaient là pour m’épauler. Les difficultés étaient si grandes qu’elles m’ont fait oublier mes capacités et mes qualités. Avant, je travaillais, j’arrivais à avoir des petits boulots, je m’en sortais. Ce n’était pas parfait, mais je croyais encore à une vie meilleure. Mais à un moment, ma vie a basculé. J’ai perdu ma famille  et avec elle tous mes repères. J’ai sombré. A un moment, quelqu’un a cru en moi, et grâce à elle, j’ai pu reprendre contact avec mes enfants, le moteur de ma vie. Je remonte une pente. Des fois je ne sais pas si j’arriverais ni où j’arriverais. Je m’accroche à la confiance que ma nouvelle famille me fait même si ma vie est très dure. J’espère qu’un jour mon rêve de partager des moments simples avec mes enfants et de pouvoir travailler comme une personne normale se réalise.

 

Je n’aime pas quand on me met dehors des églises

C’est très difficile de vivre dans la rue. J’aimerai que toutes les personnes qui vivent dans la rue puissent dormir  à l’abri. Pas seulement en hiver. J’aimerai aussi dire à la police : Laissez-nous tranquilles ! Nous ne sommes pas des voleurs ! Ne mettez pas tout le monde dans le même sac ! Je n’aime pas quand, par exemple, je rentre dans une église pour prier ou me reposer, et que des personnes me prennent par le bras et me mettent dehors juste à cause de mon apparence.

 

 

 

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12/10/2017

Ne laisse personne être dans une précarité que toi-même ne supporterais pas

affichex600.pngLe 17 octobre est la journée internationale du refus de la misère. Cette année 2017 marque d'ailleurs le 30e anniversaire de l’Appel à l’action du Père Joseph Wresinski — qui est au fondement du 17 octobre en tant que Journée mondiale du refus de la misère - et de sa reconnaissance par les Nations Unies comme la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.[1]

 

Construire un monde qui ne laisse personne de côté

Que l'on soit suisse, rom, français, femme, que l'on soit jeune, chrétien ou musulman que l'on soit jeune ou âgé, avec ou sans papier, avec ou sans domicile fixe, personne ne doit être laissé de côté. Et personne, ça veut dire personne. Il serait aberrant d'opposer tel ou tel groupe en euphémisant des formes de violences sociales et de précarité sous prétexte qu'elles touchent plutôt tel groupe que tel autre, tel individu à défaut d'un autre. Les droits fondamentaux ne se négocient pas. Les droits fondamentaux ne se racialisent pas. Et ce qui nous rassemble, et nous fonde dans notre humanité partagée, c'est précisément le refus de la misère et la lutte contre toutes les formes de vulnérabilités et de précarités sociales, sans distinction de nationalité ou d'origine. Cela est incarné dans la règle d'or : fais à autrui ce que tu aimerais qu'il te fasse ou, autrement dit : ne laisse personne être dans une précarité que toi même ne supporterais pas. 

 

Le parlement des inaudibles 

A l’occasion des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, le Collectif 17 Octobre organise en Ville de Genève de nombreux événements.[2]  Il y en a un parmi ceux-ci qui a une dimension symbolique et politique particulière.

Le samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Chemin de la Gravière 7), la tenue du parlement des inaudibles permettra à chacun-e de s'exprimer et se faire entendre. Comme le rappelle Guillaume le Blanc : Dans notre société, les plus fragiles tendent à devenir invisibles, à disparaître du champ social. Mais une vie devient invisible à partir du moment où elle est inaudible. Il y a donc un enjeu politique à donner une voix aux sans-voix, à instaurer un parlement des inaudibles.  

La tenue du parlement des inaudibles sera précédé d’un repas convivial. Il sera suivi de l'adoption des mesures provenant des voix des citoyen-ne-s que l'on n'entend pas ou trop peut et à qui on ne porte pas suffisamment attention.[3] Si le parlement "officiel" est statistiquement celui des hommes blancs de 50 ans, bourgeois, il se trouve que dans la population des groupes bien plus nombreux ont d'autres voix et d'autres paroles à faire entendre que la dominante. Le Parlement des inaudibles débattra donc à haute voix de trois thèmes fondamentaux : les discriminations, le logement, le travail. Ce parlement discutera et votera les propositions travaillées auparavant en petits groupes. 

La précarité sociale est une violence.[4] Cette violence ne doit pas être glissée loin des regards ou repoussées dans les bois ou sous les ponts par les forces de l'ordre. Ce n'est pas à la force policière qu'il revient de traiter les inégalités sociales. A la violence sociale, il faut répondre par toujours plus d'écoute, de disponibilité, de solidarité, et... de moyens. Comme le rappelle le collectif : Notre société est fière de proclamer que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (préambule de la Constitution Suisse) ? Mais alors, pourquoi lui est-il si difficile de regarder en face et de prendre soin correctement de la précarité sociale qu’elle génère ?

Durant le parlement des inaudibles des témoignage seront partagés. En voilà deux parmi des centaines, parmi des milliers, qu'il nous revient de faire entendre et partager. 

Le témoignage d'Alexandre :

Bonjour, je m'appelle Alexandre, j'ai 30 ans, je suis de nationalité Suisse et Française. Ça fait depuis 2014 que je vis en Suisse. Je n'avais ni papiers français ni papiers suisses. Comme je ne suis pas genevois, je devais attendre 2 ans avant de m'inscrire sur la liste des logements de la ville. Quand j'ai pu enfin m'inscrire, le 1er janvier 2017, on m'a mis sur une liste d'attente de 2 ans de plus. Quand je suis arrivé à Genève, j'ai dormi dans la rue et dans les bunkers de la protection civile. J'ai ensuite été logé par l'hospice général dans un hôtel social. Par la suite, j'ai de nouveau vécu dans la rue. L'Hospice général me demandait de trouver un logement ou un hôtel, mais ils ont refusé de me payer un foyer que j'avais trouvé dans lequel il y avait pourtant des places. Comme je suis marié et que ma femme a un logement, ils ont refusé sous prétexte que je devais habiter avec ma femme. Mais ce n'était pas possible d'habiter avec elle car elle habitait elle-même dans une résidence-hôtel. J'ai donc dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je me suis fait voler mes papiers en dormant dans la rue, j'ai attrapé une pneumonie. Je me faisais expulser par la police et les agents de l'aéroport, je n'avais aucun endroit où aller. A cette saison, les bunkers de la protection civile n'étaient pas ouverts, ils sont ouverts seulement de novembre à avril. Pourtant, durant les autres mois de l'année, on a aussi besoin d'avoir un endroit où dormir. Au mois de novembre, l'Hospice Général nous ont placé, ma femme et moi, dans un hôtel. Ils nous mettaient la pression pour qu'on trouve un logement, en sachant qu'à Genève, c'est très difficile de trouver un logement. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous mettre à la rue en février 2017 si on ne trouvait rien. J'étais très stressé et en colère par rapport à cette situation. Heureusement, on a fini par trouver un logement 2 pièces, une chambre et une cuisine. Je suis encore actuellement dans ce joli appartement.

 

Le témoignage de Théo:

Bonjour, je m'appelle Théo, je viens de Roumanie. Je vis à Genève depuis 11 ans. Je suis venu pour la première fois à Genève pour des vacances chez ma tante qui a habité ici pendant plus de 40 ans. Elle travaillait à Meyrin. Ensuite, elle m'a demandé si je pouvais venir habiter avec elle parce qu'elle était malade et qu'elle avait besoin d'aide. J'ai donc quitté la Roumanie et je suis venu m'installer chez elle et je me suis occupé d'elle pendant 7 ans et demie. Après, elle est décédée. Je n'étais pas inscrit sur le bail, alors la régie m'a donné un délai de 3 mois pour quitter l'appartement. J'ai vécu dans la rue pendant 6 mois. Ce n'était pas facile. Ensuite, je suis allé chez un ami qui est malade et qui a besoin que je m'occupe du ménage, des courses, de l'administration, etc., Cela fait 4 ans que je suis chez lui. Sa santé s'est dégradée. Avec mon passeport roumain et mon âge, je n'arrive pas à trouver un travail qui me permette de payer un loyer à Genève, et je ne peux donc pas avoir mon propre studio. Pour moi, un studio, c'est du rêve.

En Roumanie, je travaillais comme installateur chauffage sanitaire pendant 22 ans. Ensuite, je suis venu m'installer à Genève chez ma tante qui était malade. Je pensais que je pourrai trouver du travail et me faire une nouvelle vie ici, en Suisse. Avec mon passeport roumain, un employeur pourrait faire des démarches pour m'engager mais avec mon âge, je n'ai rien trouvé. Je m'occupe de personnes qui ont besoin de moi pour faire les courses, le ménage, l'administration. Je fais du bénévolat pour des associations. J'aime faire quelque chose pour la société, même si la société ne peut pas forcément faire quelque chose pour moi. Je n'aime pas rester inactif. J'aimerais beaucoup trouver un travail.

 

Ami entends-tu la voix du parlement des inaudibles ?

Parlement des inaudibles : samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Gravière 7).

Bienvenue à toutes et tous.

 

 

[1]http://www.atd-quartmonde.org/mobilisation2017/30eme-jour...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-mi...

[3]https://www.radiolac.ch/actualite/la-precarite-a-geneve-parlons-en/

[4]https://www.letemps.ch/suisse/2017/10/11/thibaut-lauer-pa...

07/10/2017

Abolissons la coûteuse et inutile guerre aux pauvres

Ce matin, 5 policiers sont autour d'une personne assise à terre. Cela forme une parfaite ceinture bleue. Enserrée au milieu, la femme assise, on ne la voit presque plus. Cinq, cela fait beaucoup de policiers pour une femme immobile, son sac à demi ouvert devant elle.

Pendant que d'autres vont au boulot, déposent leurs enfants à la crèche, que les cafés sont pleins, que ça court de partout, les policiers ont fait corps autour d'une femme. Ils l'ont littéralement séparée des autre. Elle est contrôlée par deux policières pendant que les trois autres regardent au loin, comme si de là-bas allait venir quelque chose de très important, mais non, rien. Ils ont l'air blasé et faussement concentré, le regard absent de ceux qui aimeraient être ailleurs, mais doivent faire un truc rebutant.

Quel délit a commis cette femme ? Quelque chose de très grave assurément. Peut-être même a-t-elle volé dans le grand magasin d'à-côté, ou pire encore... a-t-elle mendié? Vu le déploiement policier, pas de toute, ce doit être un crime lié à la précarité (autrement dit touchant à la sécurité économique).

Etre assise à 9h du matin devant un grand magasin pendant que les autres courent, cela vous rend immédiatement suspecte, voir coupable. Vous pourrez difficilement prétendre être là par hasard, vous être arrêtée pour souffler, ou avoir eu juste envie de vous poser là quelques minutes, avec votre petite sourire et votre main tendue qui ne se levait certes pas pour remettre votre mèche, non. Faut pas prendre les policiers pour des cons. Il font leur boulot. Mendier est un crime qui doit sévèrement être puni. La scène dure de longues minutes puis la patrouille repart et la laisse assise sur le trottoir. Rien n'a changé.

A une seule différence près : une prune pour mendicité, forme de sanction dure à la hauteur du crime commis, avec amendes progressives et au final des peines de prison pour les contrevenant-e-s à l'injonction de prospérité. [1]

 

En Suisse, on légalise le cannabis, mais la pauvreté reste totalement interdite

Alors que le cannabis devient légal et dispose de ses points de vente en Suisse, rien de tel pour la précarité. Elle doit rester cachée, absente, et les espaces publics en être nettoyés de jour comme de nuit, par l'usage des forces de police. quand les plus précaires auront été bien repoussés sur les marges, dans les parcs, dans les bois, invisibilisés sous les ponts et dans les bosquets, on leur demandera poliment le matin de bien emporter leurs couvertures avec eux et de laisser la place propre derrière eux. Si ce gentleman agreement est respecté, si les pauvres sont dociles et propres, dorment sur le sol loin du centre, ne mendient pas, ne salissent pas, ne hurlent pas, ne se révoltent pas, et se déplacent sans cesse pour qu'on ne les voie pas, alors à ce prix, ils seront, ainsi anonymisés, tolérés, et sinon: c'est la police qui ira au contact.  La pauvreté est supportable chez nous du moment qu'elle ne se fait pas voir.

A Genève, la police s'occupe de la pauvreté - délit en soi rendant immédiatement et suspect et coupable - d'une manière plus étroite que de n'importe quel autre crime.

Devant cette scène où 5 (cinq!) policiers remplissent leur mission d'encercler une femme en situation de précarité, je constate que notre société a des choix politiques étranges. Dépenser tant d'heures de service, de belles compétences policières bien formées, pour acculer une pauvre assise sur un trottoir, c'est dingue.

Un voyageur venu d'un pays lointain, ayant d'autres moeurs et coutumes, ne manquerait pas de se demander ce que cette femme a fait, pour que le police s'occupe d'elle si étroitement, plutôt que de prendre soin, par exemple, de ceux qui mettent en danger des vies dans leur voiture en y téléphonant ou ceux, col blanc, faisant trafic et magouilles diverses de millions.

Si l'on résonne en terme de bonne logique libérale, alors que certaines banques et certains quartiers riches, sont remplis de fraudeurs au fisc qui, serrés, rapporteraient beaucoup d'argent à la société, mener la guerre aux pauvres est un non-sens économique.

C'est en effet un très mauvais investissement que de douiller les pauvres, dirait un vrai libéral. Combien coûte une nuit de prison à laquelle mènent des amendes pour mendicité non payées : 500.-  par jour environ. Quelle intérêt il y a-t-il donc à envoyer en prison un pauvre pour mendicité, qui en ressortira, si c'est possible toutefois, encore plus pauvre et fauché ?  Un seul intérêt et il n'est pas économique ni sécuritaire. Il est politique. C'est un intérêt de classe: criminaliser les pauvres, stigmatiser les plus précaires, et exonérer les criminels en col blanc de tout contrôle.   

Faites donc l'addition. Entre les heures policières, les heures de procès verbal, de jugement, d'établissement de la peine de prison, à combien se chiffre la guerre à un pauvre ? En centaines de milliers de francs pour la collectivité. Pour quels résultats?

- Pour lutter contre une femme assise à terre demandant deux balles aux passants.

Plutôt que de tolérer la chasse aux pauvres, on ferait bien de s'occuper de la guerre à la pauvreté.

A l'occasion de la journée internationale de lutte contre la pauvreté, le 17 octobre, cela sera rappelé à Genève.[2]

 

Et à ceux qui me diront : mais que proposez-vous, je répondrai:

1) Abolir la loi qui interdit la mendicité car à la pauvreté il ne faut pas rajouter la violence étatique.

2) Prendre soin des plus précaires, en établissant des logements d'accueil à l'année et en prévenant toutes formes de paupérisation. Ne surtout pas enfermer des gens qui ont commis pour tout délit celui d'être dans la précarité. 

3) Avec quel argent financer cela ? En faisant la chasse aux délinquants en col blancs et fraudeurs fiscaux, pour remplir les caisses de l'Etat, et en rétablissant des impôts justes sur les grandes entreprises et fortunes. 

 

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/amende-mendicite...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la...

 

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29/09/2017

Merci aux géantes de nous élever !

Les géantes sont à Genève, et pour une fois enfin, cette ville ressemble à ce qu'elle pourrait, devrait être tous les jours de l'année : un espace sans voitures, ou les gens peuvent marcher librement, s'émerveiller, et surtout, du fait de la présence de ces deux marionnettes géantes, faire de chaque coin de rue, un espace d'où peut surgir l'inattendu. De par la magie poétique de ces deux être animés, l'espace public, n'étant plus privatisé par les voitures et la circulation, redevient un territoire où déambuler véritablement. Là est déjà l'émerveillement : les géantes nous rendent notre ville ! Et notre ville prend un air de fête et de transgression, en un mot : de possibles.  

Si les géantes nous regardent de haut, elles nous hissent avant tout à leur hauteur. Elles nous donnent du volume, de l'espace, nous permettent aussi de grandir. Nous qui sommes d'habitude réduits aux trottoirs, tassés aux bords de route avec nos vélos, ou serrés dans les trams, avec parfois la tête dans les épaules, voilà que la route est à nous durant trois jours, où nous devenons véritablement des géants.

Placés à la hauteur des géantes, on se demande pourquoi nous restons si petits tout le reste de l'année.

Mais alors que des centaines de milliers de personnes s'enthousiasment de ce grand théâtre à ciel ouvert, s'amusent de cette partie de cache-cache à hauteur d'immeuble,  et de chasse au trésor XXL; alors que les genevois-es, inspirés par le récit merveilleux de cette petite-fille et de la grand-mère, écarquillent des yeux grands comme ça en hissant leurs enfants sur leurs dos, voilà qu'une petite armée de râleurs sortent du bois et persiflent. On leur a volé leur droit de bagnolard ! On a entravé leur droit à rouler en ville, et crée du retard sur la route, des embûches au droit de s'encolonner sans raison... et ça c'est grave! Ce que la ville compte de plus réactionnaire et conservateur klaxonne sur les réseaux sociaux, oubliant que c'est une fois tous les 30 ans qu'un événement d'une telle ampleur a lieu, et qu'il y a des choses bien plus vitales que le droit de rouler stressé : celui de rêver ensemble et d'inviter très loin à la ronde des gens à venir le faire avec nous. 

C'est beau, c'est absolument magique, de voir les âmes d'enfants se réveiller au passage des géantes, de constater combien ce spectacle réveille la magie d'une ville, et nous rappelle que nous avons, avec elles, toujours le pouvoir de nous élever.

Alors oui, il y a des blocs en béton et des policiers armés, c'est juste. Mais à ceux qui voient dans cela une incongruité, il faut rappeler que nous ne vivons ni dans un conte de fée ni un monde idéal, mais dans cette réalité ou kalachnikov et poésie coexistent. C'est cela aussi le pouvoir des géantes. Elles n'effacent rien, n'oblitèrent rien, mais nous permettent de voir ce monde parfois étriqué en agrandi, en plus intense, en magnifié. Elles nous offrent un miroir du monde en nous invitant à les regarder. Elles nous montrent notre société dans tout ce qu'elle peut avoir de beau, de nécessaire, mais aussi de violent et de risqué. Elles relèvent avec brio le défi du rassemblement populaire engageant une foule confiante, à une époque où les foules sont plutôt â risque, et les groupe défiants.

Il faudra toujours nous habituer, et pour longtemps encore, à voir coexister la poésie, les râleurs, et les blocs de béton.

Merci aux géantes de nous réveiller de notre torpeur et de secouer notre quotidien. Merci à elles d'éclairer le chemin de la poésie et de la magie et de nous inviter à les suivre.

Grâce à elles, le temps d'une fin de semaine, nous rêvons à une autre échelle... et vivons le fait aussi que les rêves les plus fous deviennent parfois réalité.

 

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20/09/2017

Tempête dans une tasse de thé ?

21751736_10155539708341826_7806048941785785153_n.jpgPassant devant une mosquée à Lausanne, je me suis vu proposer une tasse de thé par deux personnes qui se trouvaient devant celle-ci. J'ai trouvé la proposition belle et touchante. J'étais attendu pour un repas, mais cette invitation m'a ému et m'en a rappelé d'autres, en ce lieu. J'ai  mis la photo jointe sur facebook avec une légende que j'imaginais laconique :  "Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un devant cette mosquée, on m'a proposé d'y entrer pour boire un thé. Ce fut encore le cas aujourd'hui. Merci. #hospitalité"

J'ai trouvé extrêmement troublant alors que des gens, et même des élus, profitant de ce témoignage d'hospitalité et d'accueil, sortent leur haine de l'Islam, tenant des propos qui faisaient de moi un provocateur pour avoir posté ce message ou un naïf se faisant embobiner par des fanatiques.

Usant d'amalgames réducteurs, ramenant la diversité de l'Islam[1] à une caricature crasse, l'invitation à boire un thé était presque devenue, sous leur regard, une crainte de la soumission à un prosélytisme. Allons donc, parler de thé et de mosquée aujourd'hui, ce serait être soumis à un risque de contagion? Il faudrait donc que tout ce qui a trait à cette religion et à ceux qui la pratiquent soit tais et tapis, que les musulman-e-s longent les murs silencieusement, et sinon gare : on fera de vous un apôtre de la charia ou du terrorisme.

Mais excusez-moi, vous ne trouvez pas dingue que dès que l'on prononce le mot musulman, la phobie fasse perdre toute raison? Et que certains citoyen-ne-s se voient heurter dans la pratique légitime de leur culte, leur envie d'inviter des gens à les rencontrer?   

Tempête dans une tasse de thé ?

Alors, cette petite histoire: une tempête dans une tasse de thé ? A quoi bon même la relever? A mon avis, il serait plutôt dangereux de la banaliser. Cette petite histoire est illustrative des crispations et des peurs, certaines réactions étant révélatrices d'une ignorance crasse. Pour certains, dès que l'on dit mosquée, minaret ou thé à la menthe, ils sortent leur revolver, donnant un bon indicateur de l'islamophobie ambiante. 

Cette mosquée est pourtant autofinancée et ne reçoit aucun subside. L'imam y est modéré et prêche la plus grande prudence par rapport à l'Arabie Saoudite  selon un de ses fidèles. Il y est prôné, semble-t-il, un islam suisse avant tout. Plus des deux tiers des membres en ayant la nationalité. Les élu-e-s sont souvent invités aux fêtes musulmanes, même si très peu s'y déplacent. Oscar Tosato, magistrat de la Ville de Lausanne s'y est rendu à de nombreuses reprises, ainsi que d'autres magistrats de tout bords politique. Celui-ci a reçu le prix de l'entreconnaissance 2017 de l'union vaudoise des associations musulmanes. A Genève, Pierre Maudet se rend aussi régulièrement dans des lieux de culte, afin d'ouvrir ou entretenir le dialogue avec des communautés religieuses. Distinction ne veut pas dire négation, et séparation ne veut pas dire relégation.... cela s'appelle tout simplement la laïcité.

Il s'agissait, avec ce petit témoignage, de rendre compte de cette belle invitation à boire un thé. Un geste d'hospitalité simple, qui n'oblige à rien. En effet, quand on franchit un seuil, rien ne contraint à penser comme la personne qui vous accueille. Certains font de l'Islam une caisse de résonance à leurs fantasmes tordus. Un seul moyen de sortir des miroirs déformants : aller sur place, rencontrer des gens, croiser les points de vue, et se faire une idée par soi-même. 

Pour conclure, un petit rappel. Je suis un fervent adepte de notre Constitution Suisse qui garantit la liberté de culte et la liberté de croire (Article 15).[2] Je suis laïc et défends donc la liberté de chacun-e, dans notre pays, de croire ce qu'il souhaite croire et d'exercer son culte comme il l’entend... boire ou ne pas boire du thé relevant de la convivialité simple. Je suis un défenseur de l’Etat, et je soutiens son pouvoir de faire respecter la loi et sanctionner celles et ceux qui l’enfreignent. A ce jour, il ne me semble pas qu’offrir du thé soit de quelque manière répréhensible (mais ça va peut-être changer… on a bien eu une initiative sur les minarets, peut-être qu'il y en aura bientôt une bannissant le thé à la menthe).

Allez, j’ose même une parole folle, j'imagine même que prier est bon pour la santé (ce sentiment étant fondé sur de nombreuses études d’ailleurs), comme l’est également la méditation, ou le jogging (cette question reste débattue). Bon, après, si d’autres préfèrent manger des fruits et des légumes 5 fois par jour, chacun-e- fait ses choix. Tiens, on peut même cumuler jogging, thé à la menthe et prière sans s’en porter plus mal ni nécessairement emmerder son monde, ni tout opposer. Dingue. La vie c’est beau, cela peut-être si simple aussi... soyons heureux, paraît que ça rend moins con.

Prochaine fois que l'on m'invite à boire un thé, je répondrai oui.

Et tant pis pour la fatwa des intégristes islamophobes et autres allergiques à une suisse multiculturelle, et tant pis pour les bien-pensant voulant restreindre la liberté de croire de chacun-e au nom de leurs délires paranoïaques.

Si le thé est trop fort pour eux, ma fois, qu'ils en restent à la tisane, tant qu'ils ne contraignent personne à la boire.  

 

[1]http://www.geocities.ws/ahmadaminiant/Textes/Diversite.pdf

[2]https://www.humanrights.ch/.../sources/liberte-religieuse

 

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11/09/2017

Biji Kurdistan!

IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

 

kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

 

IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

 

Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

Biji Kurdistan !

 

[1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

 

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06/09/2017

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

 

FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

 

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

 

[1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2...

 

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03/09/2017

Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-d...

 

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23/08/2017

QDB : Que du Bouchon !

Genève 22 août, 18h. La place des Vingt-Deux-Cantons est totalement congestionnée. Les annonces des TPG sont laconiques. "Circulation dense secteur Cornavin, Gare, place des Vingt-Deux-Cantons" et annonce plus de 30 minutes d'attente pour tous les bus pris dans la nasse et se tamponnant à la queue leu-leu, enchevêtrés au milieu des voitures, avec épars quelques camions. Les ambulances essayent de se frayer un chemin comme elles peuvent, les vélos zigzaguent, un gars de la SUVA voyant ça en ferait un infarctus. Et pour sûr, un trapéziste préférait faire cent fois son numéro de haute voltige que se retrouver au milieu de cet enfer en tant que piéton.

Pourtant, les fêtes de Genève sont finies. Il n'y a pas de manif. Pas d'événement majeur, rien. On assiste juste au quotidien d'une ville aux artères complètement bouchées. Triste spectacle.

Quand les moyens ne sont plus mis au bon endroit, l'incivilité devient la norme

Personne n'est là pour réguler le trafic. On en viendrait presque à regretter le temps béni où un policier assurait la circulation, sifflet à la bouche. Cela permettait de mettre un peu d'ordre dans la gabegie. Parce que là, ça pousse, ça congestionne, ça gueule, ça se met au milieu du carrefour pour gagner quelques mètres. C'est le règne du chacun pour soi, autrement dit: la jungle. Quoique même la jungle, pour sûr, est un espace plus régulé que l'enfer absurde de la place des Vingt-Deux- Cantons. Incivilité générale au milieu de la panade. Chacun joue sa carte individuelle pour s'en sortir, mettant le plus grand nombre dans la misère.

Vous remarquerez, entre parenthèses, que lorsque l'on parle d'incivilités, la droite attirera toujours l'attention sur les tags, les déchets, les mégots de cigarette au sol, mais rarement sur le trafic routier. Cette droite incrimine toujours facilement les conduites individuelles plutôt que de questionner les enjeux structurels. Dans le cas qui nous intéresse, ce 22 août à 18h à la place des vingt-deux cantons, on pourrait dire que c'est moche de passer au rouge et que cela ne sert qu'à rajouter du chaos au chaos. Mais on peut aussi penser : quel intérêt à cogner sur le pauvre automobiliste coincé là-dedans. Quand un système dysfonctionne, c'est légitime d'essayer de s'en sortir par les moyens que l'on a sous la main (ici:  la pédale de gaz). Les responsables sont les dirigeants incapables de fluidifier ce trafic.  

 

La violence urbaine c'est ça, pas des graffitis sur les murs  

J'ai eu une pensée pour la petite dame qui, ce 22 août et sous le cagnard, sortait de chez son médecin et devait attendre plus de 30 minutes son bus. Une pensée aussi pour la personne chargée de ses courses qui aura eu le choix entre marcher 5km ou poireauter 50 minutes, attendant un improbable service publique devenu inopérant, et pour celle qui quittait son boulot et devait encore se faire une heure de transport, malheureusement doublée à cause par l'incurie de certains. 

Ce que l'on avait là sous les yeux, c'était l'échec d'un système dans lequel il n'y avait plus que des perdants de la mobilité. Il n'y a pas eu de choix courageux de fait, mais des mesurette de surface prises pour plaire. Et cela se paie cher sur le bitume.    

Les avions en retard: manchettes ! La ville immobile : un quotidien?

Si Easy Jet a défrayé la chronique pour des retards sur ses vols, et fait la une des journaux, c'est étonnant que plus personne ne s'étonne des retards constants des transport à Genève. Mais alors quoi quand c'est le chaos dans la ville paralysée ça moufte même plus?  Résignés les genevois? Ben quoi on supporte plus une heure de retard d'une compagnie aérienne mais devant un bus on s'habitue, c'est plus la faute à personne...

QDB : que du bouchon. Le voilà le résultat d'une politique de transport désastreuse. Jusqu'à quand les automobilistes accepteront d'être jetés dans une jungle urbaine sans pouvoir avancer, et les autres usagers de la route de rester en rade parce que certains voient encore la Ville de 2017 comme dans les années 60... faisant un mini buzz en mettant des motos sur des voies de bus... alors que tout le monde se retrouve à l'arrêt? 

 

On dira : c'était économiquement, écologiquement, une façon de penser la mobilité désastreuse.

Assez de mesurettes visant à faire le buzz. Il s'agit maintenant de rendre rapidement la ville aux habitant-e-s, en maximisant les transports publics, et la piétonnisation, afin qu'un jour comme le mardi 22 août ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et pas la norme quotidienne des genevois-e-s. 

Il est urgent que l'on passe de ce système où il n'y avait que des perdants, à un autre priorisant les modes de transports afin que l'on puisse dire : l'été 2017 fut le dernier où marcher jusqu'à son domicile fut plus rapide que de prendre le bus.    

 

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17/08/2017

Trump, l'encouragement à la haine, la force du langage

Les événements de Charlottesville nous montrent une chose. Le président Trump cautionne, banalise, caresse dans le sens du poil et entretient volontairement des mouvements mortifères de suprémacistes blancs... parce que ce sont ses soutiens. Le slogan make america great again compris comme make america white again, fait rêver les mouvements les plus faisandés se réclamant de Trump.

On est plongé dans le cadre d'une gouvernance clientéliste, où le bien commun, la défense du droit, de minorités, passent bien après la préservation de certains groupes, aux idéologies niant la pluralité, apologétiques du nazisme et révisionnistes de tout crins, s'inspirant des figures européennes comme Alain Soral ou Renaud Camus.

Les assassins de Heather Heyer, les semeurs de haine, sont rendus fréquentables par le Président. Dans la même veine, Trump accusa Ted Cruz, concurrent lors de l'investiture républicaine aux présidentielles de ne pas être un natural born citizen, car né au Canada. Trump refusait d'admettre qu'Obama puisse être né aux USA, insinuant allégations mensongères, rumeurs, avant de reconnaître s'être fourvoyé dans ses théories sur la citoyenneté. [1]

Cette rhétorique puriste et ce refus de la diversité, nous l'entendons aussi chez nous dans le cadre de l'élection au Conseil Fédéral. Et nous l'avons aussi d'une manière récurrente lors des débats face à l'extrême-droite, qui prétend incarner le "vrai" peuple, le représenter entièrement et détenir à eux seuls l'entier de la représentativité dans les conseils municipaux ou au Grand-Conseil, à Genève. 

Trump n'est pas fou 

Quand Trump banalise les agissements des milices d'extrême droite, ce n'est ni une erreur de communication ni un biais de langage. C'est son programme, sur cette base et par cette base qu'il a été élu. Ses éléments de langage visent à euphémiser ou travestir médiatiquement la réalité, par souci politique de renforcer le lien entre son pouvoir et les red neck.

Trump n'est pas fou, il est partial et clientéliste. Il n'est pas fou, il nie le tout pour s'occuper d'une partie. Trump n'est pas fou, il est lâche et racoleur, comme le sont ceux qui servent les intérêts de petits groupes particuliers. Il est calculateur, pensant aux finalités avant les moyens. Trump n'est pas fou, il est dangereux. Comme Rodrigo Duterte aux Philippines, les messages qu'il transmet, les incitatifs qu'il passe et le blanc-seing qu'il donne à certains groupes sont des signaux destructeurs. Messages constants d'encouragements et d'impunité.

Regardons dans notre assiette 

Si les actions de Trump font froid dans le dos, nous avons bien plus proche de nous ce même genre de comportements. Il est bon de regarder dans notre assiette. Les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. L'UDC nous a habitué depuis longtemps à ces rhétoriques racistes stigmatisant certains groupes: les étrangers, les homosexuels, les femmes, banalisant des violences et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés dans un pur souci racoleur de se construire un électorat. 

Les glissements du langage et la banalisation de la violence conduisent véritablement à des passages à l'acte, et à des violences physiques.  Ils ne doivent pas être minimisés. L'exemple de ce qui vient de se passer à Charlottesville nous invite à être toujours plus rigoureux sur ce qu'on accepte comme prises de position et sous couvert de "liberté d'expression" d'appels à la haine ou de négation de l'autre.

Quand Eric Hess, conseiller municipal bernois, emploie à dessin un vocabulaire comme celui de nègre [2] pour désigner des individus, il ne "dérape" pas. Il vise sciemment à décrédibiliser, stigmatiser, et faire d'autres être humains des personnes de rang inférieur pour fédérer un groupe de soutiens et asseoir sa domination par le langage.  

Le langage a pour fonction de découper le monde, et de le rendre accessible. Certains l'emploient aussi pour cibler et détruire.

Un mot est un acte, rien de moins. 

Laisserions-nous quelqu'un donner un coup de poing sans réagir? Non.

Que faisons-nous alors, ici et maintenant, face à l'insulte, l'injure, le dénigrement ?

 

[1]http://www.slate.fr/story/123571/tweets-trump-lieu-naissa...

[2]https://www.tdg.ch/suisse/racisme-plainte-parlementaire-udc/story/23923248

 

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15/08/2017

Les plots anti-terroristes ont fait leur preuve : conservons-les !

Les fêtes de Genève sont terminées. Les pouvoirs politiques, ayant choisi, au nom de la lutte contre le terrorisme, de poser des plots en béton autour de la rade, nous ont libéré d’un mal bien réel à Genève : les voitures. Ce n’est certes pas d’attaque terroriste que l’on meurt aujourd’hui à Genève, mais sous la pression constante incessante et mortelle du trafic des voitures.

Il se pourrait que de la peur des menaces vienne de nouvelles opportunités à saisir. Puisque le camion et la voiture deviennent des engins d'attaques et de morts, il faut les considérer pour ce qu’ils sont : un constant danger public. Piétonniser et borner les villes semble donc être la manière la plus sûre de se prémunir contre des risques mortels. Il faudra certes se passer de ce luxe d’un autre temps : prendre son véhicule pour aller chercher ses croissants ou pour partir en vacances. 

En 2017, il faut vraiment être un imbécile fini, pour croire que libéraliser encore plus la circulation, en transformant des pistes de bus en voies motardes, soit une solution à quoi que ce soit. Cela ne conduit qu'à faire durer encore un peu une manière de faire qui est vouée à l'impasse.  

D’abord les plots, puis les pioches

Grâce aux plots temporaires posés autour de la rade, nous voilà à l’abri, sur quelques tronçons et pour une durée limitée, de la menace tuant toute l’année. Les piétons, les cyclistes, les enfants, les commerçants, sont reconnaissants de ce salutaire enclos protecteur.

Car il conduit à davantage de places pour les terrasses, davantage d’espace pour s’arrêter, flâner, acheter et observer en sécurité. On assiste à une réappropriation salutaire des quais. C’est beau de voir passer les foules le long du quai Gustave Ador et sur le pont du Mont-Blanc, pour une grandiose promenade. C’est beau de voir, à cette occasion, les échanges qui y ont lieu, et de se dire que oui c’est possible, la ville peut-être rendue aux habitant-e-s.

Oui, c’est possible d’arrêter de sacrifier des volumes incroyables à la route et de déprécier des biens immobiliers à cause du bruit et de la pollution. Oui, c'est possible de réduire les dépenses ahurissantes de réfection, de réparation, d’un mode de transport usant, et d’employer l’intelligence d’ingénieurs à d'autres fins que celles de développer du bitume phono-absorbants ou des traçages à durée de vie éphémère. L’imbécilité sera toujours de mettre une boîte de 2 tonnes en mouvement pour transporter une personne et de croire que cela peut durer. 

Oui, il est possible de mettre à profit d’autres formes d’intelligence plutôt que de continuer comme avant à rouler, polluer et tuer en plein cœur des villes. Les urgentistes et pneumologues des HUG vous remercient d'avance de tout effort de clarification de l’atmosphère que l’on respire.

Non à la cuisson lente

Le changement climatique et le réchauffement global de la planète accompagnés d'une hausse des températures nous indique aussi, que dans un horizon très proche, vivre en ville sur un sol minéral, deviendra une impossibilité. Le rapport à la terre, au bois, au végétal sera une obligation pour les citadins, si nous ne voulons pas littéralement cuire dans les villes où nos sarcophages de béton deviendront des fours.

A Genève, plus de la moitié des ménages désormais ne possèdent pas de voitures. Ce nombre est en constante augmentation, et l’usage du vélo explose, avec des infrastructures qui ne suivent toujours pas. Il n’y aucune raison objective pour que l’on continue à bétonner, utiliser des surfaces énormes pour stationner alors que le sol est rare et le manque de logement criant.  

Une action volontaire pour rendre la ville aux habitant-e-s

Alors oui, merci à ces plots de béton posés aux entrées de la rade. Ils annoncent une période prochaine, où les pelles et pioches viendront  décrocher du bitume. Les villes du 20e ont vécu, il faut désormais accélérer les transitions et les repenser d’une manière volontaire pour les projeter dans celle du 21e. La sécurité, l’économie, le climat exigent de nous de repenser la ville, et cela implique de se débarrasser sur le plus de tronçons possibles de ce qui leur est clairement néfaste : la bétonite aïgue et la rente de situation des moteurs à explosion.

Le temps de la voiture a vécu, il reste à savoir jusqu’à quand nous voulons continuer à endurer son spectre en lui déroulant encore des kilomètres de bitume retirés aux habitant-e-s. 

 

 

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06/08/2017

Un trou dans la langue

J'ai quelque chose à dire et je pense que personne ne veut entendre.  

Ou peut-être n’ai-je rien à dire mais je veux parler quand même.

J’ai peur de parler pour ne rien dire. Ou de parler pour personne. Ou que ce que je dise ne soit rien, ou bien trop long  à dire, et ne soit pas reçu. Alors, je me tais.  

J’ai quelque chose à exprimer. Mais j’ai peur que cela soit perçu comme une forme d’exhibitionnisme ou que je me découvre nu. Alors je garde ça pour moi. Le silence protège, en toutes circonstances. Tant pis si d’autres parlent pour moi. Je me tais.   

J’ai peur de ne pas être entendu. Et, si je suis bien entendu, de ne pas être compris. Et si je suis compris, mal compris pour sûr. Cela, entendu, je reste en périphérie.

D’autres parlent pour moi, ou plutôt contre moi 

Je me retrouve, comme enfant sur la grande plage, devant la grande vague. Sitôt passé le rouleau, avalé le sel, je dois traverser un mur d’eau, puis un autre et un autre, encore.  Je ne desserre pas les dents. Pas que je veux retenir les mots, non. Ils peuvent bien sortir tous seuls. Je serre les dents, parce que ce que je ne veux plus rien avaler du tout. Ni sel ni crème ni bois mouillé. Que cela soit bien clair. Que cela m’empêche d’articuler n’est pas grave. Ce qui va sortir, je voudrais, avant de le relâcher le mâcher encore, attendre encore, et que cela soit si fortement fort, et radicalement condensé, que cela ébranle jusqu’à la langue même.  

Je marche le long de la grande route, avec le sourire aux lèvres. C’était un sourire simple  qui annonce la couleur. Un sourire de circonstance, un sourire stratégique, de complaisance presque, comme les babines battantes d’un chien qui veut se montrer inoffensif, ou les lèvres d’une star de la mode sous les foudres des paparazzis. Je reste placide.       

Mais les gens ne comprennent que les mots. Le reste, ils l’interprètent, et mal.    

J’ai peur d’être jugé. Sur ma parole. Sur mon silence aussi. J’ai peur que les gens d’ici, sitôt que j’aurai parlé, ne me jugent. Et qu’une fois qu’ils m’aient jugé, ne me condamnent. Alors je n’essaie pas de formuler quoi que ce soit. Je veux bien être l’arabe du coin, le dealer de la forêt, le résidant des escaliers du viol, l’imbécile du bled. J’accepte.  

Je ne lutte pas contre les préjugés. Aucune parole, aucun mot ne peut les décaper. Il faudrait que quelqu’un d’en face s’engage. Il me faudrait des alliés. Qu’une armée entière sorte du silence. A tout le moins quelques tirailleurs. Je ne dis pas que tout le monde est pareil. Mais on entend souvent les mêmes.

Ceux d’en face sont hors de portée. Ils font tout pour se distinguer. Ils s’en foutent que leur monde soit étanche. Certains peuvent continuer à taper sur les vitres, ils regardent le paysage.

Si on s’organise, ils hurlent au communautarisme. Aimant leur certitude et leur sécurité par-dessus tout, ils ont la raison pour eux et leur communautarisme exclusif comme référence. Par définition, ma couleur de peau, ma gueule, mes fringues, me représentent. Je ne peux rien y redire. Alors je me tais.    

Ils regardent ma barbe et la couleur de ma peau. De mes yeux, de mon sourire, ils se foutent. S’ils pouvaient ajouter deux lignes à mon casier judiciaires ils le feraient. Ma résistance, ce sont mes yeux et mon sourire. 

Le dialogue était rompu avant même la prise de parole. Je ne comprends pas. Pourtant : même espèce, même bras, même cœur, même yeux, même appétit. Même croix dans le cœur, même promesse pour la poussière.  

On a beau être, si pas semblable, similaire: on ne se comprend pas. Cela, je ne le saisis pas. Je te jure frère, ça me rend dingue. Même avant les mots, on n’y arrive pas. La distinction, la différence, le snobisme c’est comme des murs invisibles. La langue a bon dos.

Le racisme est un mal cérébral, ou une atrophie cardiaque. Pourtant ils ont fait des apprentissages. Ce ne sont pas tous des cons non plus.    

Les gens d’ici parlent lentement et beaucoup, pour finalement ne pas dire grand-chose. Ils disent longtemps ce qu’ils font, combien ils travaillent beaucoup et s’écoutent parler longtemps. Entre eux. Combien  ils font de belles choses. Combien ils vont en faire d’autres encore et encore s’écoutent parler. Ils s’ennuient. Tu le vois à la manière dont ils jugent les autres. Profondément.

Quand ils parlent, c’est comme s’ils s’adressent à quelqu’un d’autre que la personne face à eux. Comme s’il y avait une caméra cachée. Là, quelqu’un va se lever pour applaudir, une maquilleuse va repoudrer un nez –mais non-. Il n’y a personne. Juste eux et eux. Et le silence. J’ai l’impression qu’ils parlent pour un auditoire, un stade. Leur but est de fixer une note. Et peu importe la pirouette. Subitement, les gens se lèvent. Ils ont inscrit des chiffres entre 1 et 10 sur un petit carton et ils les soulèvent, très fiers d’eux. 

Je marche le long de la forêt. Je vais à la laiterie. Dans ma tête, ça cause : du fleuve, de la traversée, des canots renversés et de la rame perdue en mer. Une main devant un visage. Et un visage de plus en plus grand. Et une main énorme. Et une grande citerne. Et ça cause en moi, et ça monte plus fort encore, et je me bouche les oreilles avant de m’asseoir sur la route, hébété, secoué comme frappé par la foudre. Et je reste comme ça. Sans mots dans la tempête, sans possibilité de crier ni de me taire avec l’envie de m’attacher à un mât, comme Ulysse.   

Dans le village, il y a le restaurant national, avec de  grands parasols jaunes Eichof. Les voitures se parquent devant et les gens de la région viennent manger des croûtes  et des beignets au fromage ou alors des filets de fera grillés avec un petit vin blanc fruité.

Je les regarde rire en buvant. Et boire en riant. Et quand ils se lèvent pour aller pisser, ils ne marchent plus tout à fait droit. Les géraniums sont bien posés sur le rebord des fenêtres. Les vitres sont propres. Il y a un chien attaché avec une chaîne devant la niche. Je regarde leur bouche surtout . Les corps ne m’intéressent pas. Juste la bouche. Et leur langue que je ne comprends pas. Quand quelqu’un rit très fort, je fais le même son. Je mime, j’imite, copie. Parfois, il y a quelqu’un qui se tourne vers moi et dit un mot rapide qui fait rire toute la terrasse. Alors je ris aussi avec eux, pour me faire accepter, devenir ami ami. Cela les fait rire encore plus fort. Alors subitement je ne ris plus, du tout.  

Je répète Addition, addition, un décit de rouge, un décit de rouge, patron patron patron dans mon coin sur ce banc, dans mon silence qui n’est pas du silence et dans mon étrangeté qui ne dérange personne. Ils ne font pas attention à moi. Je ne suis pas vraiment différent pour eux. Je suis, dans leur tête, ce qu’ils souhaitent que je sois, et dans leur langue, ce qu’ils ont défini pour moi. Ils m’assignent une place et désignent un second rôle.

Leur représentation, ils l’ont construite avec des mots, avec des petites briques et parfois deux gros blocs. Souvent, ce ne sont même pas leurs mots. Ce sont les mots d’autres et c’est avec cela qu’ils m’envisagent, qu’ils rient de moi ou qu’ils en ont peur. Ils cherchent une pureté ? Ils ne font qu'imiter. Je ne comprends pas. Je ne peux pas leur dire jusqu’à quel point je suis navré. Je n’ai pas les mots. Eux ils ont la langue avec eux, les manchettes de journaux, et parfois même une majorité de voix.

Mais je peux sourire.  Alors je souris. 

Dans ma solitude, produit de mon passé et de mes prières,  j’habite un espace plus chaleureux, plus habité que leurs regards qui ne me donnent rien, ne montrent rien de leur langue ou de leur désir curieux. Dans l’abri ils disent tu dois faire des efforts pour t’intégrer. Je me demande si chez eux on dit : tu dois faire des efforts pour intégrer. Mais je ne crois pas.

Je me réjouis de revenir un jour à Genève, chez moi.

Pour l’instant, je dois essayer de faire mon trou là-bas.  

11:49 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : accueil, migration, langue, littérature, intégration | |  Facebook |  Imprimer | | |