sylvain thévoz

Topo Thévoz - Page 2

  • Merci aux femmes*

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    la-greve-des-femmes-a-lhonneur-4-936x546.jpgEn cette journée de grève du 14 juin, les rassemblements aux quatre coins des villes ont commencé, les coups de cuillères sur les casseroles y résonnent depuis minuit déjà. La cathédrale de Lausanne s'est embrasée, Genève va suivre, et Bâle et Zürich et toutes les campagnes. Les journaux font leur une sur cette grève. Le soulèvement est déjà un énorme succès. Désormais, c'est depuis la France, à l'internationale que les messages de soutien, d'émulation affluent. Les réseaux sociaux se couvrent de violet, tout le monde en parle, partout. Avec cette grève, on va en voir de toutes les couleurs. Les femmes* se soulèvent! Quelque chose de grand, d'énorme est en marche. Alors que cette incroyable force se déploie, un mot simple et fort vient sur les lèvres : merci!

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  • Formule 1 et sexisme à La RTS : qu'on en finisse.

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    lewis-hamilton-f1_5323533 (1).jpgPremier juin, Massimo Lorenzi, rédacteur en  chef RTS des sports expliquait au journal du 19:30 pourquoi la chaîne publique ne pouvait pas diffuser la finale de la champion's league de football entre Tottenham et Liverpool : trop cher. Monsieur sports posait un discours clair, celui du refus de l'escalade des chiffres et des coûts faramineux (on parle de 25 à 30 millions) pour diffuser un match de deux fois quarante cinq minutes. Cette somme était impossible à payer selon lui sans péjorer d'autres sports, comme le tennis, le ski, ou les jeux olympiques, sur un budget total de la SSR de 50 millions.[1] Cette position semblait sage et réfléchie, seulement voilà... 

     

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  • Rebaptiser l'Ascension

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    iStock-186967131.jpgEt si on rebaptisait l'Ascension? Alors que les Genevois.e.s ont voté une nouvelle loi sur la laïcité le 10 février dernier, quelques mois plus tard, nous avons toujours officiellement congé pour méditer sur l'élévation au ciel de Jésus suite à sa dernière rencontre avec ses disciples après sa résurrection. Anachronique.

    Alors que la nouvelle loi sur la laïcité proscrit les signes extérieurs d'appartenance religieuse aux employé.e.s du canton, des communes et des établissements de droit public en contact avec le public et que les élu.e.s cantonaux et communaux sont soumis à la même restriction, les fêtes religieuses demeurent des congés officiels alors que plus personne n'y croit. Il est schizophrène, pour une République qui se veut et se prétend laïque, de maintenir ces fêtes, reliquats désuets du passé hégémonique du christianisme. 

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  • Capitalisme bébé

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    tetine-gold-smile.jpg

    - Eh mais tu as eu un enfant, c'était programmé? 

    - Programmé ? 

    - Planifié, préparé anticipé, quoi  

    - Tu veux dire que j'en avais envie? Oui. C'était un désir et un rêve...

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  • Urgence démocratique

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    11E39E96-A101-488C-A2D8-896D6933F74E.JPGFranchement, cette votation du 19 mai était déjà bien compliquée. Les électrices et électeurs s'étaient déjà faits assommer par une brochure explicative longue comme le bras. Ils devaient ensuite, estourbis, chercher dans une deuxième enveloppe leur parvenant en décalé, leur matériel de vote. Déjà la participation plafonnait à une poignée de pourcents (18% à J-10). On se demandait qui allait vraiment voter au final. C’est alors qu'éclatait une bombe : l'annonce de possibles manipulations de matériel de vote au service des élections et votations et ce durant des années, pouvant potentiellement avoir faussé, biaisé des résultats, et déjà entaché les votations du 19 mai. 

    Avant la bombe déjà, cela demandait beaucoup d'abnégation pour voter; un certain nombre de compétences pour comprendre les enjeux, se sentir certain de son choix ou à tout le moins suffisamment serein pour le lâcher, s'en remettre aux mots d'ordre des partis, aux recommandations d’un tel ou une telle. Après la bombe, instantanément, la certitude que sa voix allait porter ne semblait plus garantie. Sentiment de trahison. La bonhomme certitude de la fiabilité du processus volait en éclat. A tel point qu’il faille s’interroger froidement aujourd’hui sur qui ira au bout du processus en allant voter. A cette question, le peuple devrait donner une réponse forte: mobilisation! 

     

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  • Voter est un écogeste

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    A4BC6D73-AFB4-4D2E-B0CA-97059DD825EF.jpegQuel sont les écogestes les plus importants? Trier ses déchets, ne plus prendre l'avion, ne plus consommer de viande, favoriser la marche à pied? Ne respirer plus qu'une fois sur trois, renoncer à avoir un animal de compagnie, des enfants ?

    On voit fleurir, de différents bords politiques, des propositions visant, sans changer fondamentalement le système de production et de consommation à le verdir, ou plutôt, en l'individualisant, à rendre chacun.e plus responsable et donc coupable du salut ou non de la planète. Or si les écogestes sont importants, ils sont insuffisants. C'est le complexe industrialo-financier qui doit être attaqué. Ce n'est pas du salut de la planète dont il est question, mais du défi, à notre échelle, de continuer à faire société d'une manière durable; et de voir clair sur les entreprises d'enfumage du profit à tout prix qui arrive encore, par exemple, à vendre des voitures toujours plus grosses, toujours plus puissantes, et faire croire qu'elles sont toujours plus économes, ou laisser entendre que les inégalités de richesse sont innées, et que celles-ci peuvent continuer de s'accroître encore. 

    C'est d'un exercice de lucidité radical, et de travail politique sans concession que naîtront collectivement les décisions de fond allant au-delà des postures, ou d'une morale individuelle culpabilisante. 

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  • Pousse toi de mon trottoir que je pousse un sprint

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    femina_41_bootcamp_1_0.jpgCe matin un homme torse nu, petit short, s’étire devant la boulangerie où j’ai l’habitude de prendre mon premier café de la journée. Musclé, il fait ses étirements sur le trottoir, comme s’il était dans un parc ou au fitness. Peau bronzée, impeccable, les abdos bien découpés, un banc public fait office de barre d'appui pour ses exercices d'agrès. La patrouilleuse scolaire ne se laisse pas perturber et continue de lever son sémaphore: autre type d'exercice, afin de freiner les voitures pour laisser traverser les écolier.e.s en sécurité. Lui, imperturbable, fait son stretching sur les caissettes de journaux. Le matin orange est mort, vive l'étirement des mollets durcis...   

     

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  • Moins de prévention, plus de droits

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    bd5093f2-bb3f-425e-838d-0b8dd61c6a82.jpegEt ça recommence. Avec le printemps revient la enième campagne de prévention à l'adresse des cyclistes et des piéton.ne.s, pour leur communiquer les bonnes pratiques et les manières d'être bien visibles sur les routes et le long de celles-ci.[1]

    Encore une fois on blâme les victimes, et déresponsabilise les conducteurs à téléphone portable, à l'attention évanescente, au pied vissé sur le champignon. Pensez-donc : si des cyclistes et des piéton.ne.s meurent, c'est de leur faute, ils oublient parfois de mettre leur gilet jaune, pas parce qu'ils avancent en milieu hostile et dangereux prétend le BPA (Bureau de prévention des accidents). 

    Prévention, piège à con

    Le constat est alarmant. Entre 2013 et 2017 le nombre de cyclistes et piéton.ne.s blessé.e.s sur les routes suisses a augmenté de 15%. Le vélo est le seul secteur dans lequel le nombre de personnes tuées ou blessées lors d’accidents a augmenté depuis l’an 2000: plus de 27% ! Alors que celui des automobilistes blessés ou tués a diminué de 34%. De plus en plus de gens se tournent vers le vélo. Pourtant, la circulation est encore régie par et pour les automobilistes. Nous avons des décennies de retard en terme d'infrastructures. 

    Un docte membre du bpa nous rappelle que des éléments ont déjà été pris en compte au niveau des lois, avec l'adoption de via Secura et de mesures sur l'alcoolémie pour les conducteurs et qu'il faudrait maintenant prendre des mesures concernant la mobilité douce. Il veut nous faire croire que l'effort est symétrique, et que c'est au tour des usager.e.s de la mobilité douce de "faire leur part". 

    Cette benoîte campagne nationale espère donc sensibiliser la population aux dangers mortels de la route pour les plus fragiles, nous faisant croire qu'il suffit de ne pas porter des habits sombres et avoir une petite loupiote à la main sur son casque ou à la main pour être "en sécurité".

    Nous avons droit à la sempiternelle vidéo d'un policier goguenard qui à l'aide de la réalité virtuelle à un citoyen de se retrouver virtuellement écrasé par un camion afin de "voir ce que cela fait". Assurément, s'il avait porté deux bandelettes fluorescentes cela ne se serait pas passé ainsi. Cette bonhomie complice nous laisse sans voix alors que les pandores sont impassibles face à l'usage des téléphones portable au volant et passifs face au parking sauvage, sur les pistes cyclables par exemple.  

    2019 : changer de braquet

    On avait déjà eu droit, en 2017, à une campagne irresponsable de la SUVA qui attaquait les cyclistes, les rendant coupables de leur propre insécurité.[2] Aujourd'hui, c'est encore et toujours la même rengaine qui est servie: ce serait aux usager.e.s les plus fragiles, les plus exposé.e.s de la route de faire attention, de se prémunir avec quelques mesurettes pour sauver leur peau.

    Ce n'est pas en respectant les feux que vous ne vous ferez pas tuer, ni en marchant sur des passages piétons que vous éviterez d'être une crêpe (la probabilité est pratiquement identique de s'y faire shooter qu'en dehors[3]). Car si l'espace publique est à tout le monde, la route ne l'est pas, et les véhicules motorisés y règnent en maître depuis plus d'un siècle.

    Les mesurettes et les discours de prévention nous prennent radicalement pour des cons. Pourquoi ? 

    Parce que ce sont les conditions structurelles qu'il faut changer. Le code de la route censé "être le même pour toutes et tous" est un héritage historique à revisiter. Il n'est pas possible d'avoir les mêmes règles pour des usages aussi dissymétriques que la conduite d'un camion ou celle d'un vélo. Les conditions structurelles du partage de l'espace public doivent être changées.

    Nos villes et nos campagnes sont balafrées et dénaturées par les décennies du tout à la route au profit d'un mode de transport. C'est cette architecture anti-écologique et sociale qui fait planer un danger mortel, au point où les jeunes générations prennent moins le vélo qu'avant[4], et que les enfants ne peuvent aller à leur école seul.e.s en sécurité. 

    En ville, le danger est partout, de jour comme de nuit. On ne risque pas sa peau parce que l'on oublie son catadioptre. On est en danger dès que l'on met une roue sur le bitume ou longe un trottoir. Le coût financier et social de notre manque d'évolution en terme de mobilité est énorme. 

    Les villes de demain seront plus vertes, plus sûres et sans bagnoles.

    Hâtons le mouvement!

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes?

    En multipliant les pistes cyclables, en construisant des espaces protégés et distincts pour les divers usagers de la route,  en réduisant les vitesses, en adaptant le code de la route pour protéger efficacement toutes et tous les usager.e.s, enfin en réduisant, puis éliminant les voitures des villes, puis les routes.

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes? En prenant de vraies mesures structurelles pour limiter l'emprise des véhicules motorisé.e.s au coeur de nos villes.

    Sans ce changement fondamental, la prévention ne sera qu'un piège à con, ou une manière sinistre de se moquer des victimes. Un peu comme certains disent aux femmes qui se font violer qu'elles n'avaient qu'à pas mettre une jupe, on lance post mortem aux cyclistes écrasée,s, qu'ils n'avaient qu'à mettre leur gilet jaune.  

    Le 23 septembre dernier, le peuple Suisse a voté OUI à l'inscription du vélo dans la Constitution, donnant mandat aux autorités de revaloriser le trafic cycliste. Le vélo est désormais inscrit dans la Constitution et les pistes cyclables encouragées au même titre que les chemins pédestres. Il serait donc bon qu'il en soit pris acte du changement et qu'il y ait désormais moins de prévention mais plus de droits pour les usagères et usagers de la mobilités douce. 

    En attendant, nous continuerons donc de mettre casques, gants, gilets, lumières, et de serrer les dents, comme si nous allions en expédition ou à la guerre, de craindre pour nos enfants et nos aîné.e.s, alors que nous souhaitons simplement utiliser l'espace public, et que nous y avons droit.  

     

    [1] https://www.rts.ch/play/tv/lactu-en-video/video/pietons-en-danger?id=10303224

    [2]https://www.letemps.ch/opinions/cyclistes-campagne-irresponsable-suva

    [3]https://www.mobilitepietonne.ch/fileadmin/redaktion/publikationen_f/FB_2014_04_Fussgaengerunfaelle_f.pdf

    [4]https://www.rts.ch/info/suisse/9638243-enfants-et-adolescents-apprennent-de-moins-en-moins-a-faire-du-velo.html

     

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  • Graffitis : des réformatrices au mur

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    Dans la nuit de dimanche à lundi passé, un collectif féministe a inscrit la question : "où sont les femmes*?" sur le mur des Réformateurs et sur la statue du général Dufour, légitimant leur action par le ras-le-bol d'une histoire racontée uniquement par et pour les hommes, dénonçant l'invisibilisation des femmes de l'espace public, sur les statues et le nom des rues, et contestant leur sous-représentation dans les lieux de pouvoir et publics, sous l’excuse du contexte historique, et de la glorification masculine.[1].

    Il ne fallait pas être grand clerc pour imaginer que leur action allait faire grincer des dents. Seraient-ce alors Marc Bonnant ou Jean Romain, Eric Stauffer ou Peter Rothenbühler, les tauliers d'une masculinité dominante, qui allaient s'offusquer d'une telle atteinte à la bien-séance et à l'histoire de notre Cité ?  

    Surprise, la réplique est venue d'ailleurs. A l'action coup de poing, provocatrice et contestatrice du collectif féministe, a répondu un billet du jeune journaliste Alexis Favre dans le Temps[2]. Selon lui, ces femmes se trompaient de tags et d'époque. Elles se trompaient également d'interlocuteurs en allant chambrer Théodore de Bèze et Calvin.

    Alexis Favre, écrit que : "L’égalité mérite peut-être mieux qu’un anachronisme un peu benêt, griffonné dans la nuit à la peinture violette". Ce faisant, il réagit pourtant exactement de la manière dont ces femmes dénoncent le patriarcat d'aujourd'hui : en propriétaire des lieux réagissant de manière pavlovienne et en bourgeois sûr de son droit au premier tag violet. Ne serait-ce pas lui qui serait anachronique? Le journaliste d'infrarouge a foncé tête la première sur le premier fichu agité devant lui. Même les taureaux semblent parfois plus subtils dans leur charge que lorsque le beau gosse de la télé pique la mouche.[3]   

     

    Alexis Favre se trompe à mon avis doublement en pensant que ces femmes s'adressent à Théodore de Bèze et à Calvin. Non, c'est bien à nous qu'elles s'adressent, à leur contemporain.e.s. Et il se trompe encore quand il pense que l'histoire est révolue et qu'elle est écrite une fois pour toute. L'histoire est évidemment ce qu'on en fait et comment on la raconte. Si l'on suivait Alexis Favre  dans sa lecture, les statues de Staline orneraient encore la Russie et le mausolée de Franco ne serait pas contesté en Espagne. Au nom de "l'histoire c'est l'histoire et l'on n'y touche pas", on baignerait dans le formol (c'est encore malheureusement trop le cas).   

    Certes, le passé est révolu, mais nos lectures de celui-ci sont politiques, et se font au présent. Il est donc salutaire de renommer des rues, modifier des mausolées, déboulonner des statues... et taguer les murs. Cela s'est toujours fait. C'est la preuve d'un esprit rebelle vivifiant et contestataire. Alexis Favre pense-t-il que les graffitis sur le mur de Berlin étaient des salissures et la fresque de Banksy sur le mur de la honte qui sépare Israël de la Palestine des taches de couleur à nettoyer?  

    C'est une belle intuition d'aller colorer ce mur des réformateurs/trices pour faire d'un lieu de mémoire un lieu progressiste pour notre époque. En cela, c'est presque encore un hommage et une forme de reconnaissance pour ce lieu de parvenir à le rendre vivant pour notre époque en désacralisant avec un brin de transgression cette sacro-sainte légende patriarcale. Finalement le mur des réformateurs sert encore à quelque chose d'autres qu'aux touristes à venir y prendre des photos. Il est utile de s'y adosser pour changer le présent. 

    Celles qui ont tagué ce mur sont les réformatrices d'aujourd'hui. Plutôt que de dénoncer le "vandalisme" en portant plainte, ou s'offusquer dans des billets d'humeur, une belle idée serait de sculpter dans la pierre des figures de femme et de les 'ajouter à la galerie de nos réformateurs.

    Notre époque a effectivement bien besoin d'honorer ses réformatrices. Pourquoi celles qui ont tagué ce mur n'auraient-elles pas leur place sur celui-ci? Et tant pis si cela fait grincer des dents les tenants d'un patriarcat d'un autre âge.

    Un dernier mot, en forme de voeu, en cette journée du 8 mars: plutôt que de s'offusquer de graffitis ou de slogans sur les murs et de symboles écornés, indignons-nous plutôt des inégalités quotidiennes, de la violence sexuelle, de genre, de classe, de race, qui n'est pas du tout révolue et à classer au rayon histoire, mais bien présente et opérante au quotidien.

    Enfin, que chacun.e s'engage dans cette journée de luttes pour les droits des femmes comme elle/il veut : en mixité choisie, sans homme cisgenre, entre mecs, entre jeunes, entre aîné.e.s, peu importe les assemblages pour développer les actions qu'il/elle souhaite, en les faisant bien entendu converger dans la mesure du possible.

    Tant que le poids de l'histoire est secoué et les inégalités du présent déboulonnées, peu importe le genre. Peu importe qui tient le pinceau, la plume, qui agite la tenaille, qui pose un graffiti sur le mur.  

     

    [1] https://renverse.co/La-ville-la-nuit-l-espace-public-et-les-murs-gris-1930

    [2] https://www.letemps.ch/opinions/femmes-mur

    [3]  https://www.illustre.ch/magazine/portrait-dalexis-favre-un-journaliste-beau-gosse-torture

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  • Anachronisme chronophage

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    7A35D62C-2FDE-41A7-8CE8-B82EAAD887B7.jpegAnachronisme chronophage c'est un peu barbare comme énoncé, mais je trouve que ça résume bien le fait qu'il y a des survivances du passé qui aujourd'hui nous empêchent d'être dans le présent.

    Je m'explique : Devant un hôtel 5 étoiles du quai des Bergues, sous les enseignes rutilantes des marques de luxe, des bolides de luxe sont alignés. Des modèles rares sûrement, qui se manoeuvrent avec précaution, s’emboîtant les uns dans les autres pour former une lignée tape à l’œil. 

    Est-ce remarquable ? En tous les cas, cela attire l’attention. En face de ce mur de rétroviseurs stylés, de carénages empâtés, de jeunes hommes prennent des photos, immortalisent un monde en train de mourir, se prenant eux-mêmes en photo devant ces cercueils de métal rendus sexy par des peintures affriolantes. . 

    Ces jeunes hommes s’approchent des modèles comme s’il s’agissait d’un Saint-Graal ou de totems anthropologiques à vénérer. Mais on dirait plutôt des reliques d'un monde défait. Sorte de mausolées ou de cénotaphe, monument funéraire sans corps, sans vie, sans avenir. On se rappelle alors que le quai des Bergues devait être piéton des ponts de l’Ile à l’hôtel des Bergues, et que devant l’hôtel de luxe devait se trouver une zone piétonne. Dans les faits, cet espace sert de fait de parking de luxe offrant l’image la plus vulgaire, à contre-courant de l’histoire et caricaturale que l’on puisse imaginer. On en vient vite au constat de la quantité de vie que prennent ces bolides. Vie des rues, vie des routes, place des places piétonnes. Empiétement et envahissement.   

      

    Mausolée de l'auto

    Ce culte des bagnoles de luxe doit avoir lieu en lien avec une grande messe quelconque. C’est évidemment le traditionnel salon de l’auto qui s’annonce. Ce défilé de bagnoles est aussi vulgaire et anachronique qu’un « ballet aérien » (nom poétique pour dire « vol d'avions en escadron » ou un concours de jet ski.

    Ces occupations du XXe siècle, définitivement ringardes, polluantes, traces historiques d’une période de l’histoire où l’humain pouvait pétarader comme un cochon dans la nature, et avec jubilation s’envoyer en l’air avec son petit avion ou sa grosse bagnole en se pensant le roi du monde et définitivement seul dans celui-ci.

    Ces occupations désuètes devraient être remisées aux expositions du musée d’ethnographie. On pourrait les documenter, en retracer l’histoire, cela aurait des vertus éducationnelles pour les prochaines générations. Pas sûr que cela les fasse rire. Peut-être pleurer. Mais les déployer encore pour en faire des événements publics, en 2019 ? Démontons ces voitures et gardons un rétroviseur pour le musée d'art et d'histoire ou une boîte d'embrayage pour le MEG. Et basta. 

    Dans cet alignement pornographique de bolides de luxe devant un hôtel de luxe, tout y est d’un monde qui s’écroule. Les inégalités sociales jaillissent d’abord, dans ce que les jantes rutilantes laissent voir des employés qui les astiquent, l’étalement vulgaire du luxe, et le cannibalisme visuel de téléphones qui sont exhibés pour prendre en photo des machines pétaradantes et suintantes d'arrogance.   

    La manchette du Temps de ce mardi 5 mars : « La terre est-elle à son point de rupture ?», fait réfléchir. Et si c’était notre cerveau qui était au point de fusion ?

    Anachronisme chronophage c'est un peu barbare comme titre. Je voulais dire que les reliquats d'hier non seulement maltraitent notre présent mais mettent en péril notre futur. Et que si nous voulions commencer à vivre maintenant comme demain, il faudrait se débarrasser rapidement de certaines de ces habitudes archaïques. 

    Mais peut-être devrais-je changer le titre de ce billet. Anachronisme chronophage, ça traîne en longueur.

    Et du temps, nous n'en avons plus beaucoup. 

     

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  • Nos tilleuls sont-ils chinois ?

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    C'est un joli parc de la Ville. Un panneau y annonce que la municipalité va y replanter 7 tilleuls, afin de restaurer le double alignement du parc régulier du XVIIIe siècle. Cela permettra d’accélérer la perspective menant au cœur bâti du domaine.

     

    Ce matin-là, un gros camion aux plaques hollandaises occupe l’espace et des hommes en déchargent des arbres. Renseignements pris, auprès de l’un d’eux, les tilleuls viennent bien de Hollande (parfois seul le camion l’est, car après avoir livré en Espagne il peut remonter à vide et charger en France ou en Italie, ou alors en revenant de Pologne, ajouter du matériel en Suisse-allemande). L’homme à casquette est catégorique. Le chargement vient bien des Pays-Bas... ce qui ne veut toutefois pas encore dire que les arbres aient poussés là-bas. Peut-être viennent-ils d’abord en bateau de plus loin sourit-il, goguenard, en se moquant un peu de moi, et de nous tous finalement, montrant par son ironie, le côté illimité et dément de ces déplacements forcés et des origines masquées. Seraient-ce des tilleuls chinois ? 

     

    Bien sûr, je lui demande pourquoi les arbres ne sont pas indigènes. On ne sait plus planter des tilleuls ici ? Je repense à l’homme qui plantait des arbres, ce livre de jean Giono, qui décrit le geste simple d'un homme qui plante en une terre déserte des glands pour y faire pousser des chênes et qui, par sa générosité, repeuple entièrement une terre déserte. Je me souviens bien de la figure de ce berger, qui examinait attentivement ses glands, les choisissant soigneusement. Une phrase m'est restée : La société de cet homme donnait la paix. La terre appartenait-elle au berger? Non. Elle n'était à personne. Mais il plantait ses arbres dans la solitude et le silence, pour servir la vie, il en planta des centaines, puis des milliers, qui devinrent des dizaines de milliers.[1]

     

    Désert urbain

    Pourquoi ici, dans nos déserts urbains, réglementés, faut-il maintenant, pour les décorer, faire rouler des arbres sur des milliers de kilomètres avec une dépense de pétrole et de caoutchouc brûlé, depuis l’autre bout de l’Europe ? Pourquoi faut-il ici, avant de les mettre en terre, comme on dépote une plante pour la mettre dans un autre contenant, y ajouter force tourbe et terreuses boissons énergétiques, stimulus dopants, pour que le flétrissement de la transplantation ne survienne, que la greffe tienne? Pourquoi faut-il compter sur ses doigts le nombre d'arbres plantés, comme s'il s'agissait de pierres précieuses. Quand les bagnoles s'entassent les unes sur les autres?

    Parfois la greffe prend. Parfois elle ne prend pas. L'arbre meurt. Mais il n'était finalement peut-être jamais né. On ne transplante pas les arbres et les être comme on déplace des choses. On ne plante pas 7 arbres, chichement, sur l'espace que le béton ne nous a pas encore volé, comme on refait un trottoir, en veillant simplement à ce qu'il soit à niveau, en respectant les espacements prescrits. 

      

    Une société qui ne plante plus d'arbres a-t-elle encore un avenir ? 

    Si un arbre tombe, on ne veut plus voir le trou, ni prendre le temps de voir pousser une graine, une tige, puis des branches, avec tous les risques d’échec, de fragilité, que cela comporte. Non. Nous voulons un arbre, direct. 

    Il nous faut un arbre déjà tout fait que l’on puisse planter en terre. S'il était en plastique, à la limite, ça irait aussi. Le remplacement immédiat, comme si de rien n’était.  D'un claquement de doigt. Parce que le temps, c'est de l'argent. Ce serait donc lui qui imprimerait la mesure de toute chose? Parce que nous ne serions plus capables de voir pousser les plantes, les êtres, se développer les choses dans la durée, à leur rythmes? 

     

    Pourquoi ne plus planter d'arbres depuis la graine?

    Peut-être, parce que cela coûte trop cher, parce que les pépiniéristes n’ont plus le temps de passer de la graine à l’arbre. Mais si c'est trop coûteux d'attendre ne devient-il pas pareillement coûteux de vivre? Si nous sommes dans une société qui ne peut plus attendre de voir pousser les arbres, comment imaginer qu'elle puisse avoir le temps d'attendre sa fin sans la précipiter, et de vivre et mourir selon les cycles et les rythmes de la nature, pas ceux du marché.  

     Promenons-nous dans les bois... avant que plus rien n'y soit 

    Je me demande si une société qui ne prend plus le temps de planter et voir pousser des arbres, peut prétendre durer encore. Alors quand je passe maintenant devant ces 7 nouveaux tilleuls du joli parc de la ville, je les regarde avec un mélange de joie et de tristesse.

    Ils me font penser à des survivants ou à des malades luttant pour leur survie, sans que l'on sache bien de quel côté de la vie ils vont basculer, ni comment on peut les aider. Un peu comme nous. Nous sommes à leur image.

    Par sauvage semis de graines, déposé dans ce parc, je m'efforce de les multiplier maintenant...   

     

     

    [1] https://www.youtube.com/watch?v=n5RmEWp-Lsk&t=929s

     

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  • Pour ou contre les catégories?

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    Politique

    Es-tu plutôt:

    pour le mur de Trump ou les plages du Venezuela

    couloirs à bestiaux ou trous de souris

    champ de mine ou champ de blé

    service civil ou secret bancaire

    gibier de potence ou gueule de bois

    sodomie catholique ou sex appeal de Tariq?

     

    Economie

    Es-tu plutôt :

    rat des villes ou riche expatrié

    passe-muraille ou passe droits

    prêt à en découdre ou prompt à lancer les dés

    forfaits fiscaux ou mouche à merde

    défense du pouvoir d’achat ou libre-choix de ne plus acheter

    buvant la tasse ou trinquant à l’amitié ?

     

    Ecologie

    Es-tu plutôt :  

    aux abonnés absents ou sur liste d'attente

    taxe sur le kérosène ou impôt sur le capital

    pour le recyclage du papier ou scan de données sur le cloud

    marche sur l’eau ou tour de la rade à pied

    femmes et enfant d’abord ou égalité oblige ?

     

    Alimentation

    Es-tu plutôt:

    Toblerone halal ou plafonnement des primes LAMAL

    Coca-Cola sans viande ou lasagnes de cheval

    Mac Donald’s au petit dej’ ou fish-sticks en cocktail

    pilule du lendemain ou abstinence sexuelle ?

     

    Social

    Es-tu plutôt :

    taxe sur les robots ou humanisation des bêtes

    Interdiction des minarets ou vente de cannabis légal

    égalité salariale ou interdiction du voile 

    bikini XXL ou épilation à la cire d’abeille  

    justice partout ou police nulle part

    pour des élections anticipées ou l’oubli de la démocratie grecque?

     

    Sport

    Es-tu plutôt

    moi d'abord ou après moi le déluge

    Diagonale du fou ou coupe au carré

    Saut à la perche ou jeu de l’oie

    Champion’s League ou Wikileaks 

    Ronaldo ou Ronnie Mac Donald’s ?

    Juan Antonio Samaranch ou Franco ?

     

    Littérature

    Es-tu plutôt

    Pasolini ou Pessoa

    Pinochet ou Pinocchio

    Jorge Semprun ou Spielberg 

    Pierre dans ton jardin ou pipi sur vos tombes

    Page blanche ou trou de mémoire

    Journée mondiale de la poésie ou minute de silence?

     

    Es-tu plutôt

    Pour ou contre les catégories ?

     

     

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  • Test : Es-tu plutôt... ?

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    test,politique,social.Voilà un petit test à faire en famille ou avec soi-même le soir en s'endormant, avec ses ami.e.s, parce que l'on croit toujours les connaître, et l'on est parfois surpris quand on creuse un peu de leur position politique ou sociale, et parfois on se dit : mince, j'aurai jamais pensé ça.

    On peut même imaginer le faire avec ses adversaires, ça permet aussi d'être surpris et malgré tout de se découvrir quelques points communs, ce qui est, c'est clair, parfois troublant. Il faut être prêt aussi à découvrir que l'on a parfois plus de points communs avec des adversaires que ses ami.e.s; que l'humour peut être l'apanage de gens que l'on combat, et certains alliés emmerdants comme la pluie.

    Bref. Ce petit test du "es-tu plutôt" permet de sonder la profondeur de ses options politiques. Enfin, on s'entend, le monde étant ce qu'il est, il nous invite modestement à se positionner pour le moins mauvais choix personnel possible, ce fameux "choix du moins pire" qui, s'il n'est pas sexy et ne nous fait pas dresser les poils sur les bras et les gambettes, s'il rend parfois maussade et chafouins mes collègues allumant des cierges pour le grand soir, espérant que Santo subito, la révolution viendra nous doucher du jour au lendemain comme une évidence subite, ce petit test un brin ludique (j'espère), permet à tout le moins d'envisager le choix possible évitant peut-être, une décrépitude accélérée pour continuer à lutter pied à pied, millimètres par millimètres pour un monde meilleur ou moins pire, ce qui revient au même : pour que ça rigole un peu plutôt que ça ne dégringole. 

    Ok, le test est un peu biaisé. Et binaire. Et ironique. Bien vu.

    Une amie, un peu sadiquement testait toujours ses copines avec une question qui était invariablement la suivante : préférerais-tu coucher avec Bachar Al-Assad ou Poutine. Le "choix" n'est pas ragoûtant. C'est vrai. Ce sont les mains sales de Sartre. Cela évoque, enfant, le choix de finir ses épinards maintenant ou tout de suite. Parfois la vie veut ça. On a pas toujours le choix. Tu votes ou tu votes pas? Ou le choix est limité. Ou ce qui nous est proposé dans l'assiette est d'une hypocrisie sans fin. Alors changeons l'assiette, le menu. Retournons la table! 

     

    Attention ce test prend 5mn... et ne changera pas le monde. 

     

    Es-tu plutôt:

    gilet jaune ou gueule de bois  ?

    extinction des insectes ou survie des petits commerces

    Emmanuel Macron ou Alexandre Benalla 

    pour le mur de Trump ou celui de Netanyahou 

    champ de mine ou champ de blé ?

     

     

    Es-tu plutôt :  

    aux abonnés absents ou sur liste d'attente

    recyclage du papier ou sauvegarde de données sur le cloud

    méditation sur la rade ou traversée du désert

    démission de Maudet ou apparition de la sainte vierge

    moi d'abord ou après moi le déluge ?

     

    Es-tu plutôt:

    taxe sur le kérozène ou impôt sur le capital

    justice partout ou police nulle part

    toblerone halal ou coca-cola sans viande

    égalité salariale ou interdiction du voile 

    pour des élections anticipées ou un renvoi aux calendes grecques?

     

    Merci pour ta participation. Il ne te sera envoyé aucun fatras commercial, aucune tentative d'accroche, aucun produit d'appel.

    S'il y a peut-être une source d'espoir dans tout ça, c'est la volonté de se bouger avant d'être placé dans l'étau des non-choix; les impasses, fusil sur la temps. La montre tourne contre nous. L'urgence climatique est une urgence de la mobilisation; l'urgence sociale, une volonté de renversement.  

    Préfères-tu crever comme un dinosaure ou comme à Hiroshima... n'étant pas une question que l'on souhaite poser un jour à ses enfants, après avoir regardé une dernière fois le téléjournal. 

     

    Es-tu plutôt test individuel ou engagement collectif? 

     

     

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    Photo : Fredrik Raddum

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  • Déclaration d’amour aux partis politiques (et à celles et ceux qui les font vivre)

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    Il semble fort à la mode d’argumenter contre les partis politiques. Ces derniers seraient lourds, peu agiles, abritant avant toute chose des sommes d’égoïsmes ou d’ambitions avides. Selon certain.e.s, pour que notre démocratie fonctionne mieux, on devrait s’en affranchir.

    On voit donc pousser ici et là des mouvements éphémères (Genève en marche) ou à visées communicationnelles principalement (Opération Libero), sur le modèle des start-up ou des meubles Ikea, laissant entendre que les partis c’est dépassé et que l’improvisation spontanéiste serait tendance.

    Face aux dinosaures de la politique il serait venu le temps des petites bêtes mutantes. Comme dans un Fablab ou un projet à la cool, voire une publicité hype, la politique se ferait en souriant dans un style très décontracté, en lissant son image, à défaut de présenter des arguments, sans se coltiner des sujets rébarbatifs comme la CPEG, RIE3, ou la RFFA, la question technique des bilatérales. Seulement voilà, l’opportunisme décomplexé s’enfilant sur des sujets porteurs en évitant de se casser les dents sur des thèmes complexes, s’il permet éventuellement de secouer des manières traditionnelles de vivre notre politique passe souvent à côté de la défense du bien commun. Il n’est que voir les dérives des mouvements comme En marche en France ou 5 étoiles en Italie pour constater le peu de consistance des mouvements champignons ou construits à la hâte autour de leaders auto-proclamés.

     

    Le bien commune ou l'auto-promotion?

    La politique est bien moins rigolote et sexy qu’il n’y paraît, y durer est un défi. C’est rêche, c’est rude, à l’image du quotidien : une lutte. Celles et ceux qui en doutent n’auront qu’à consulter, par exemple, le menu des votations du 19 mai prochain (ci-joint). Ils seront ainsi assurés, si celui du 10 février leur semblait consistant, de la dimension massive de cette échéance, nécessitant un important travail de mastication ne permettant guère aux opportunismes politiques de s’y glisser. Ce sont pourtant des enjeux cardinaux pour notre collectivité. Quelle serait la qualité du débat publique, la profondeur de notre démocratie, si les partis n'étaient pas là pour les empoigner et les décrypter ?  

    Travail de fond ou shopping list ? 

    La technicité des débats, la complexité des enjeux, leur caractère parfois contradictoire rend ardu le fait de les traiter sans les ressources organisationnelle et les compétences pour le faire (assistant.e.s parlementaires, secrétariats, élu.e.s).

    En cela, l’existence des partis est fondamentale. Ils sont au cœur de notre démocratie semi-directe et représentative. Indiquant des lignes, a minima des repères; offrant lors des votations, à la simple lecture du fascicule de vote, des consignes et des balises pour s’y retrouver.

    Disposer de partis dotés d’une histoire, d’un héritage et qui, votation après votation, sur tous les sujets, posent leur appréciation, demeure un bienfait collectif inestimable. De nombreuses personnes, dans la rue, disent se fier à un parti pour faire leur choix, et votent finalement en confiance en fonction de l’appréciation de telle ou telle couleur politique. L’appartenance et la reconnaissance d’une expertise alliée à des éléments affectifs oriente et assure les choix.

    Sans ce travail de défrichage, à l’ère des nouvelles mensongères, des manipulations de meute des réseaux sociaux et des invasions barbares des trolls numériques, les votes risqueraient d’être toujours plus aléatoires et l’abstentionnisme toujours plus fort. La complexité des sujets, le manque de temps ou l’indécision rendent les arbitrages et prise de position délicates. Au niveau des référendums et des initiatives également, combien passeraient la rampe sans l’appui des partis ou si eux-mêmes n’en lançaient plus ?

    Les partis : des valeurs sûres

    Les partis sont le socle de notre démocratie. Qu’ils doivent être sans cesse investis, rénovés, réinventés, c’est évident. Qu’ils se fassent chambrer par des mouvements qui aimeraient que cela aille plus vite, ou désirant se faire bien voir sur leur dos, en obtenant les bénéfices médiatiques immédiats sans le coût du travail parlementaire, c’est de bonne guerre. Mais imaginer se passer des partis, cela serait périlleux. Des partis faibles, c'est notre démocratie affaiblie.  

    L’enjeu fondamental donc, plutôt que de chanter l’illusoire ou la périlleuse fin des partis, est de les investir toujours davantage pour en faire des outils au service du bien commun et non des egos de quelque un.e.s ; de renforcer  le poids collectif de ces derniers pour utiliser au maximum leurs ressources et leur expertise politique au cœur même des lieux décisionnels. Et pour les partis eux-mêmes : augmenter leur niveau attractif et qualitatif dans les débats sociétaux.  

    Renouveler l'existant plutôt que vendre du neuf en produisant du toc

    Plutôt que prétendre vouloir réinventer la roue, il est surtout important de continuer à la faire rouler dans le sens du bien commun. Pour cela, investir les partis me semble fondamental. Renforcer leurs collectifs, réaffirmer que ce sont des assemblages extraordinaires, des carrefours complexes de ressources, de compétences et de potentiels.  

    Notre démocratie a besoin de partis davantage investis. Ce serait une grave erreur de laisser le nihilisme ou l’acidité des espérances déçues, le spontanéisme communicationnel recouvrir le travail de fond et la résilience qui sont leur marque de fabrique. 

     

    Les partis politiques sont comme l’amour : au-delà du coup de foudre éphémère ou du flirt, ils impliquent un investissement dans la durée, dans la joie et dans la douleur. Ils sont une formidable école de vie où apprendre à perdre (échouer, échouer encore, recommencer échouer mieux, disait Beckett), où savoir gagner sans triompher, l'emporter sans humilier. Dans l'intérêt commun, toujours.  

    Sans retenue, je déclare ma flamme à celles et ceux qui, jour après jour, d'une manière parfois anonyme, souvent désintéressée, font vivre ces entités humaines, et par leur engagement, animent et renforcent notre incroyable mais pourtant si fragile démocratie. 

     

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  • La dent, ce coeur de l'être humain

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    IMG_6950 (2).jpgLe 10 février, les Genevois.e.s sont appelé.e.s à voter l’initiative populaire 160 : "Pour le remboursement des soins dentaires." Cette initiative garantit un accès équitable à des soins médicaux essentiels : les soins dentaires. Il est important de la soutenir.  

    La langue française regorge d'expression avec le mot dents dedans, illustrant le fait que celles-ci sont bien au coeur de nos vies. Ne dit-on pas : mentir comme un arracheur de dents, avoir une dent contre quelqu'un, avoir la dent dure, avoir la (ou les) dents; se mettre quelque chose sous la dent, avoir les dents longues, être sur les dents, parler entre ses dents, se casser les dents, serrer les dents, être armé jusqu'aux dents ?  

    Pourtant, aujourd'hui, le système de l’assurance-santé ne couvre pas les soins dentaires. C’est une aberration totale qu’une partie du corps humain ne soit pas comprise dans le système de l’assurance-maladie. L’initiative populaire « Pour le remboursement des soins dentaires » part du constat de la mauvaise santé dentaire chez certain.e.s Genevois.es et souhaite améliorer cet situation du point de vue de la santé publique.

    Une grande majorité de personnes, notamment dans la classe moyenne, n’ont en effet pas les moyens d’aller chez le dentiste, ou repoussent toujours à plus tard les soins pour des questions financière. Ils délaissent leur santé pour des raisons financières, ne pouvant se payer des soins dentaires élevés, ce qui aggrave à terme les problèmes. Les dents sont évidemment un enjeu de santé publique, mais aussi un problème social important. La profession de dentiste n’étant pas conventionnée, les tarifs des dentistes ne sont pas régulés. Pourquoi une profession échappe-t-elle ainsi à une réglementation et à un contrôle ? Il est pourtant urgent de limiter les tarifs et d’encadrer les pratiques des dentistes. Genève ne dispose actuellement pas de catalogue et fonctionne de façon archaïque puisque les médecins-conseils décident sur des bases floues. Ceci aussi afin d'éviter le tourisme médical et que des Genevois.e.s doivent aller se faire soigner à l'étranger. Cela est un signe de dysfonctionnement et n'est pas optimal pour notre économie locale.  

    Une assurance de l’Etat permettrait dès lors de fixer un tarif maximal pour chaque prestation. Et si les dentistes dépassaient ces tarifs, ils ne seraient pas remboursés. Ce modèle permettrait de responsabiliser les médecins en termes de résultats de santé et de charges financières, afin d’éviter une tarification à l’acte plutôt que sur l’ensemble d’un traitement.

    Tout au long de la vie, les soins dentaires sont estimés à 40’000 ou 50’000.- par personne. L’élément déterminant est donc de savoir comment ces coûts doivent être répartis. Bien sûr, la prévention et la responsabilité individuelle jouent un rôle, mais tout axer sur la prévention est insuffisant. Une excellente hygiène buccale n’empêchera jamais totalement les maladies. L'assurance dentaire serait financée de manière similaire à l’AVS ou à l’assurance maternité: paritairement entre l’employeur et l’employé et en complément par l’Etat. La cotisation salariale ne dépasserait pas 1% du salaire. 

    Pour rappel, le 4 mars 2018, le canton de Vaud a certes refusé une initiative demandant le remboursement des soins dentaires par 57%. Mais, fait remarquable, les villes de Lausanne et de Renens l’ont acceptée, ce qui montre bien que la possibilité existe, à Genève, de faire passer cette initiative progressiste. L’assurance est un système digne mutualisant les coûts et permettant de faire une promotion active de la santé publique.

    Certaines personnes en situation de précarité ne peuvent se permettre de payer des soins dentaires et y renoncent, même si elles ne fréquentent pas pour autant les services sociaux, étant situées dans la classe juste au-dessus de celle ouvrant les droits à l’aide sociale. Pour les personnes âgées, la prévention n’a que peu d’impact. Ce public aîné et économiquement fragilisé ne se voit proposer aucune piste d’amélioration ou de prise en charge. Trop de personnes âgées ne s'occupent plus de leurs dents en raison des coûts. Cela n'est pas acceptable. 

    Il est important de permettre à celles et  ceux qui ont des problèmes dentaires, quels que soient leurs trajectoires de vie, leurs revenus, leur génétique d’être soignés et bien soignés. 

    Croquons donc à pleines dents dans cette initiative, mordons dans la vie, et votons OUI à des soins dentaires pour toutes et tous sans se ruiner ! 

     

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  • A vingt-et-une-heure....

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    1564763793.jpegA vingt-et-une-heure, j'allume une bougie. J'allonge mes bras. Je regarde leur forme, leur ombre sur le mur. 

    A vingt-et-une-heure, je pense à cette journée écoulée, à cette amie croisée dans la rue qui me dit que sa voisine s'est suicidée. A cette collègue réduite à l'hôpital suite à une atteinte grave de sa santé, qui a malgré tout bonne voix et bon moral. A cet homme qui me souffle que sa mère doit être placée en maison de vieillesse. Elle n'a plus toute sa tête. C'est Alzheimer. Je reprends les mots des rencontres d'aujourd'hui. Je les tourne doucement dans ma tête. Pour bien les entendre, comprendre, laisser s'étendre et résonner.

    A la souffrance nommée. A la joie d'être vivant. Parfois, on est pris à vif. Aux combats pour aller mieux. A la lutte pour comprendre. Au besoin de partager et d'être entendu, de ne pas mourir comme un chien, ni saliver comme une bête, haleter ou suffoquer, voir partir sans se réunir autour. Non pas pour dire ce que cela fait de mourir, mais ce que cela fait vraiment d'être vivant. A chaque minute. A chaque seconde. A la fragilité de l'être.   

    En arriver aussi à croire que ce qui était perçu comme une relégation était finalement, parfois, encore une forme de privilège.

    A vingt-et-une-heure je marche avec la maladie et à la mort, à ce qui frappe et ce qui tue, à ce qui handicape et fragilise, coupe et déracine, comme on avance avec un enfant en lui tenant la main.  

    Chance ? Si l'on passe entre les gouttes, ce n'est pas pour autant qu'il ne pleut, que l'averse est douce ou que l'ouragan n'est pas déchaîné.  Simplement, les nuages se déplacent, le noir de la nuit et l'éclair de la foudre tombent, ailleurs: sur cette tête ou ce tibia, ce coude ou cet enfant, parfois au plus proche, sans que l'on puisse en contrôler les lois ou les vents. Ouvrir ou fermer les volets n'ordonne pas le rythme des orages. Rester cloîtré à l'intérieur, ne préserve de rien.

    Comme unique paratonnerre, pour le dedans du plus proche, il y a le silence, la prière. 

    On devrait se réjouir d'atteindre vingt-et-une-heure: comme un marathonien est heureux d'arriver au bout de sa course, un cycliste de boucler son tour, un navigateur de rentrer au port.

    On devrait arriver, à vingt-et-une-heure, comme d'autres gravissent l'Everest; en s'embrassant, en se prenant en photo, en souriant d'épanouissement, en s'appelant les uns les autres pour annoncer la bonne nouvelle, s'assurer que tout le monde a un lit, un toit, une présence à proximité, que le groupe est sain et sauf. Prendre soin les uns des autres, comme objectif premier de vie, sans trop compter ni calculer.  

    On devrait se fêter, d'avoir vécu une journée : de n'avoir pas chuté, pas heurté, été ni coupable ni culpabilisé, ni contraint de subir ou de faire subir, télescopé par la maladie ou la mort, n'avoir ni voulu ni exercé de violences, ni menti, ni été sali par le mensonge.

    Qu'est-ce qui est pire pour toi, exercer une violence ou y être exposé?

    A vingt-et-une-heure, refaire mentalement le trajet à vélo, remercier d'avoir échappé à cette voiture pressée, à ce conducteur maladroit, remercier de n'avoir pas été frappé, comme tant d'autres le sont, au hasard, à l'aveugle, par malchance, par l'AVC, la glissade, l'apathie, par l'attaque subite, par le petit caillot, par tout ce que l'on ne veut pas voir, le gros caillou, ce qui arrive dans le dos ou en pleine face, explose dans le coeur, se dissémine par le foie, quand c'est trop tard pour changer d'un pouce les doses, les  trajectoires, quand il est impossible de se ravoir.  

    A vingt-et-une-heure je me demande quand c'était la dernière fois que je me suis rendu dans un service des urgences; arrêté dans un service hospitalier... pour entendre, partager. 

    A vingt-et-une-heure, j'allume une bougie, pas le grand agrandisseur en couleurs exposant les morts sensationnels, les explosions sévères, et les barricades montées. Pourquoi se gaver d'images, alors qu'il suffit d'écouter? Tendre l'oreille. Il y a cette ligne de basse, à bas bruits et constante, dedans et tout autour, et ça tombe naturellement et sans arrêt, à côté, aux étages supérieurs et inférieurs.

    Il suffit de s'arrêter dans la rue et écouter, tendre l'oreille à ce qui tombe et ce qui est atteint, pour ne plus avoir d'autres soif que de vouloir mettre une trêve aux peines.

    Les écrans ont pour vocation unique de distraire de l'essentiel, de ce qui demande et appelle réconfort.  

    A vingt-et-une-heure, j'allume une bougie. J'allonge mes bras. Je regarde leur forme, leur ombre sur le mur.

    Et puis, j'étreins.

     

     

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  • au silence fécond

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    649CF2BD-DA7F-474F-B5E2-EFDB14398DC8.jpegA ce qui met au monde et redonne vie chaque jour 

    A ce qui met en chemin, laisse ouvertes les voies

    A ce qui ne juge ni commande, ne critique ni ordonne.

     

     

     

     

    A ce qui est touché mais ne blesse pas

    critiqué mais ne critique pas

    A ce qui se tient au coeur, étant extérieur

    reste au creux de la tête sans toucher l'indépendance.

     

    A ce qui brûle.

     

    A ce qui vient en aide.  

     

    A ce qui connaît intimement la douleur

    sans en faire une histoire personnelle.

    A ce qui vit l'injustice, la torture et la soif 

    et choisit sans subir de croire et lutter encore.

     

    A ce qui ne vient pas. 

     

    A l'économie de toutes choses 

    Au miracle de la parole

    Au splendide d'être libre 

    A la puissance de la nudité 

    A la fragilité d'aimer.

     

    A ce qui se rencontre dans la rue

    chaque jour et chaque nuit aussi 

    se salue silencieusement.

     

    Au silence vivifiant 

    au silence fragile

    aux maquettes rafistolées. 

     

    A ce ce qui se perd

    A ce qui se croise.

     

    Au silence fécond

    A ton être qui l'habite. 

     

     

     

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  • Nous n'avons rien vécu en 2018

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    190.JPGC'est le dernier jour de l'année, et après une enième rétrospective, un ultime récapitulatif, un arrêt sur image, même un bilan météo, un bêtisier et une rediffusion des meilleurs moments de 2018, + un résumé au ralenti sur les grands événements de l'année, le présentateur, toujours aussi falot, propre sur lui, que l'on a appris à accueillir comme un membre de la famille au moment du repas, avec les dents aussi blanches que la neige qui ne tombe pas, plus, avec les cheveux aussi lisses que la lac au mois d'août, lâche cette phrase sans appel : nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Cela ne lui ressemble pourtant pas de lancer une phrase aussi sèche lui qui met toujours les formes pour dire quelque chose de suffisamment insignifiant pour plaire au plus grand nombre ; reste toujours dans les clous de la normale et balise bien les bornes de sa banalité -audimat oblige- on en était pourtant à la séquence sur le manque de neige dans les Alpes, la multiplication des canons à neige, et l'impact sur les nappes phréatiques : quel choc. Quelle provocation.

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Bon. Nous avons quand même mimé beaucoup, singé aussi, tweeté à tour de bras, commenté sans cesse, analysé les commentaires des commentaires, proposé d'érudites et sagaces interprétations, depuis notre salon, salivé, digéré, ruminé, coupé les cheveux en quatre, couru pour rattraper le tram. Alors que l'apocalypse sociale et climatique se rapproche, on a quand même continué d'avoir des suppléments automobiles dans les journaux, et malgré #metoo régressé depuis les années 70. Faut pas laisser le capitalisme sans freins.  

     

    Certes, nous avons cuit et recuit la même soupe. C'est dans les vieilles soupières que l'on fait les meilleures tambouilles. Nous avons aimé, quitté, changé, lu, combattu, mordu, voyagé, dormi, des amis sont morts, des enfants sont nés, les factures ont été payées en temps et en heure, nous avons ressenti la douleur, eu du plaisir, mangé des filets de perche et des pizzas margherite, ricotta, sué, chanté, dansé, mince alors, ce n'est pas rien quand même. Faut pas pousser. 

     

    Ce n'est pas rien quand même!

    N'est-ce pas? 

    Il reste sans bouger, brocher. Pas un cil en mouvement.  

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Il dit cela comme si cela n'avait pas d'importance. Comme si on se satisfaisait de peu, comme si l'on grappillait du raisin, à peine mûr, alors que les vendanges ne sont pas commencées, que l'on est à peine à tracer les sillons, préparer des listes; comme si l'on glanait les petites patates restées dans les champs, alors que le gros de la récolte est déjà parti en purée, comme si l'on se satisfaisait de peu, comme si l'on brûlait de la viande à l'usine d'incinération; comme si l'on gaspillait, comme si l'on avait le choix, de vivre une vie agrandie plutôt que se contenter de mijoter avec A.Jolien et Roger.F et JJG : personnalité préférée des français. 

    Peut-être qu'il décompense, à force de servir les "nouvelles" les mêmes tièdes que la veille, à force de maintenir l'ordre du monde comme s'il était immuable alors qu'on le sent, on le sait, ça vient, ça se craquelle, ça se fendille, ce n'est pas tenable, comme cela ça ne va pas jouer: pas pouvoir continuer longtemps, pas pouvoir maintenir le mythe, il ne faut pas, c'est les mêmes qui ramassent le pactole, et le ressort se fatigue, le ressort va casser, pas possible, que ça se ravale, ça se comprime encore, que l'on ne s'organise pas encore davantage.  

    Peut-être encore 5 ans, mais pas une génération, pas même une demie, pas possible, à faire comme si ça pouvait durer toujours, au même rythme, avec la même croissance, à laisser les actionnaires actionner, et les crevards crever, plus au sud, plus au nord, plus au centre; laisser s'écraser frères et soeurs sur les frontières ou se noyer dans la mer, à distinguer selon le passeport ou la couleur de peau, le genre, ou l'origine, comme si cela comptait, comme si chacun.e n'était pas crée de l'éternité, de Dieu, du milieu, appelez cela comme vous voulez, mais priez nom de Dieu, priez. 

    On peut se contenter un moment de l'opération nez rouge et de gratter son ticket de Rento, Tribolo, vivre d'espoir et d'eau fraîche, et se féliciter d'être bien né, au bon endroit au bon moment, et lever haut le drapeau, comme si ce dernier signifiait quoi que ce soit, comme si nous en étions dépositaires, les propriétaires, les héritiers naturels, comme si cela devait amener fierté, ou quoi que ce soit, la main sur la casquette, la chemise bien repassée, et le petit patriote fiérot qui ne se sent plus pisser, alors que ça lui dégouline le long de la jambe. Risée. 

    C'est un peu niais de fêter Noël et de courir dans les supermarchés pour acheter des cadeaux dont on ne sait que faire. C'est un peu niais de se gargariser de sa position quand dans tous les coins du pays la pauvreté , le silence et l'endettement progressent et que ça va de l'office des poursuites à l'Office cantonal de l'emploi sans passer par la case départ.  

     

    Il enlève son micro cravate, son oreillette. Il se lève calmement 

    Il enlève son micro cravate, son oreillette, il se lève calmement. 

     

    Il répète : tout doucement d'abord puis de plus en plus fort : 

     

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Il sort dans la rue, son maquillage encore sur le visage, il longe l'Arve. Il marche doucement, en regardant le ciel, il arrive à la Jonction, monte dans le bois de la Bâtie, il y a là une grotte, inoccupée, inhabitée. Parfois les sans-abris l'investissent, mais les flics les en chassent régulièrement, prennent leurs affaires et les matelas et les couvertures : tout ce qui traîne ils le mettent dans la benne - joyeux Noël- tu verras pas ça sur les reportages de la rts sur la soupe populaire, ou sur une manchette, ça se passe sans bruit, tranquille, il n'y a rien là de compassionnel, rien de positif, rien de bien vendeur, rien qui ne te caresse dans le sens du poil, ça se fait doucement, entre spécialistes : ceux de la sécurité et de l'hygiène sociale, et ceux de la misère et de la galère. Laissons les pros régler ça entre eux et le bâton remplacer le fléau de la balance de la justice. La justice n'est pas de ce monde. C'est bien connu. 

    Dans la grotte il s'assied, avec rien de plus que son costard déjà un peu froissé taché, son téléphone a moins 10% de batterie. Il répète doucement, comme s'il était encore à l'antenne, alors qu'il n'a plus que les chênes et les peupliers comme public fidèle et les nuages et le Rhône majestueux qui coule sur les flots duquel brillent le reflet d'un feu d'artifice poussif et coûteux avec quand même quelques exclamations de surprise ou de joie quand le bleu chasse le jaune et que le rouge recouvre tout.  

     

    2019 sera une autre histoire.

    Vous verrez. 

    Ce n'est plus possible autrement.

     

    Quelques oiseaux s'approchent en volant, pendant que des renards et deux blaireaux s'assoient. En cercle. 

     

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  • A visage découvert

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    410h5Z1xVWL.jpgMacron n’ose plus sortir sans maquillage.[1] D’autres n’ont qu’une langue de bois pour s’exprimer. Certains se créent des personnages de pacotille, entre déni et toute puissance, menant des existences dignes du portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, avec des parts enfouies et des secrets honteux. Pendant que certains hurlent devant des visages couverts d’un voile, portant eux-mêmes plusieurs couches de mensonge ou d’identités troubles sur la face, le seul moment de vérité reste peut-être celui du carnaval, où les puissants sont tenus et considérés pour ce qu'ils sont : des porteurs de masque. Quoi, le moment de la farce serait devenu le moment le plus haut de la vérité ? Certes, il n'y a rien de fondamentalement nouveau là-dedans. C'est l'un des travers de l'exercice du pouvoir. La question qui nous importe aujourd'hui : comment y mettre fin et dénoncer les dérives? #démaquillantpourtous

      

    Trop proche pour être vrai?

    La proximité de notre démocratie semblait nous tenir à l'écart des identités usurpées et des mensonges d'état. Ainsi nous accrochions-nous à ce mythe, et étions presque amusés de voir Pierre Maudet déposer des paniers garnis devant la porte d'autres politiciens lors de sa campagne pour le Conseil fédéral. Cela avait un esprit si sympathique et bonhomme, cette recherche de contact direct. Las, c'était de la comm' encore. De la même manière, sa présence sur les marchés et réactivité sur les réseaux sociaux, ces lettres de lecteur écrites à l'avance par d'autres pour marquer la popularité et les connivences joyeuses, les sondages financés en sous-main: de la comm', encore, du vent.

    Grégoire Chamayou nous rappelle, dans son dernier livre, La société ingouvernable ce qu’est le libéralisme autoritaire en faisant une distinction éclairante entre l'hypocrite et l'hypercrite. 'L’hypocrite est celui qui porte un masque et qui en a conscience. L’hypercrite est celui qui se prend lui-même pour son masque, celui chez qui la conscience de la duplicité s’est évanouie. En s’oubliant elle même, l’hypocrisie bascule dans l’hypercrisie, sorte de profession de foi amnésique par laquelle un homme se trompe lui même en trompant les autres, sans avoir dessin de les tromper.'[2]  

    A force de se croire détenteur de ce pouvoir que d'autres leur ont délégué pour un temps, à force de confondre leur personnalité et leur rôle, brouiller représentation et plan de carrière, les règnes des avatars trouble le rapport à la réalité et en vient même à le saper faisant le jeu de l'indistinction.

    A force de se faire solliciter au nom de leur fonction, et de croire qu'ils la subliment alors qu'ils devraient en être  les garants responsables dont on espère prudence et humilité, cette hubris déconnectée du réel aboutit à l'apothéose risible de Mélenchon sous perquisition judiciaire hurlant ma personne est sacrée alors qu'il n'est rien.

    Ayant ceint en vitesse son écharpe bleue blanc rouge comme un talisman de protection, le tribun se voile encore la face et invente une nouvelle pièce bouffonne. Pendant ce temps le président de la république passe à toute vitesse devant des ronds-point où son effigie est brûlée et pendue au bout d'une corde par des gilets jaunes, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit là d'une carnavalesque provocation ou si Monsieur le Président y passerait vraiment s'il osait mettre un pied à terre. Quand donc les rois et roitelets accepteront-ils de se montrer nus et que le pouvoir qui leur est délégué n'est en définitive et de tout temps pas le leur et qu'ils ne peuvent le confisquer à leur avantage ?     

     

    10592378.jpgQui porte quels masques? 

    Au vu des niveaux de mensonge et de dissimulation atteints, de la dilution de la parole donnée par des je ne savais pas à je n'ai pas vraiment dit ça, et des rhétoriques d'enfumage, de contorsionnistes, de rétropédalages accélérés, à l'industriel découpage de cheveux en quatre, on assiste à une constante entreprise de maquillage et de dissimulation par quelques malfrats politiques.

    Portant perruques et postiches, en changeant selon le contexte et le code vestimentaire exigé, les gentilhomme bien rasés, cravate portée haut et en mode de communication constante, passent de la pénitence au pénal sans sourciller, et s'accrochent comme des moules à des pieux vacillants qu'ils s'ingénient par leur emprise à pourrir toujours plus. Ces "gendres parfaits", dignes descendants des yuppies des eighties, s'accrochent à leur image déchue comme à un viatique, à un discours de proximité et de transparence, alors que plus personne n'écoute ni ne les croit et qu'ils ne pourraient traverser un marché sans se faire houspiller ou  subir un rituel ravalement de façade populaire: bombardement de tomates pourries ou entartage à la crème.

    Le rôle qu'ils veulent tenir, plus personne ne les y voit. Prisonnier d'un masque devenu seconde peau, ils s'en débarrasseront peut-être hâtivement dans une arrière salle de bistrot après des mois de lutte, se déclarant enfin libéré, soulagé (et nous aussi), dans un acte dramatique, provoquant certes soulagement, mais malaise à la fois. Ayant tout misé sur la scène, il ne peuvent croire qu'ils arriveront à survivre à une révérence. Un conseil : relisez Shakespeare pendant les fêtes... 
     

     

    miroir-cosmetique-a-eclairage-led-et-grossissement-5x-a-ventouse-ref_NX5553_6.jpgMiroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....

    Les derniers twits de Joachim Son-Forget[3] nous enfoncent aussi dans le règne des faux-semblants. S'en prenant à Madame Esther Benbassa et l'harponnant sur son maquillage, suscitant un tollé dont il semble se complaire, l'élu des français de l'étranger, circonscription Suisse-Liechtenstein, répond d'une manière alambiquées que sa démarche relevait d'une expérience psycho-cognitive visant à tendre un miroir agrandi. Il provoquait, l'expérimentateur, pour démontrer par une sorte d'abîme d'absurde, les mécanismes des réseaux sociaux. Sauf que personne n'a cru à ses pataudes explications. Plutôt que de jouer son rôle, il est définitivement devenu le jouet de ce qu'il prétendait, à posteriori toujours, animer. Miroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....       

    Certains messieurs propres, prétendants d'un nouvel ordre souhaitant incarner les vertus de la république se sont avérés être des faussaires ou de bien mauvais acteurs... ne tenant pas leur rang, pour avoir perdu de vue les limites de leur rôle et ayant cru faire du langage un matériel souple que l'on pouvait retourner dans tous les sens (à un moment pourtant ça craque. Le discours a des trames, ça résiste, ça tranche.)

    Que souhaiter pour 2019?

    Un nouveau langage et un nouveau casting, à visage découvert. Histoire que l'on puisse croire à nouveau, lorsque l'on s'adresse à un.e élu.e au maximum de sa redevabilité, honnêteté, respect de sa parole donnée et serment prononcé; à sa capacité à remettre son mandat lorsque la confiance n'est plus de mise et qu'il a prouvé avoir bafoué l'une comme l'autre.

    Que souhaiter pour 2019? Des visages découverts, enfin, sans maquillage, sans trucages, sans effet de communication ou spin doctor travaillant en sous-main, sans communication ciblée, sans journalistes copains-choisis, car oui tout le monde peut se tromper, se planter, mais de grâce, merci de le reconnaître, et tirer les conséquences quand il est devenu impossible de reconnaître une erreur sans révéler la fraude qui la provoque. 

     

    d859rg.jpgEn cadeau: miroir et démaquillant! 

    Pour 2019, offrons à nos élus un pot de démaquillant pour le maquillage waterproof et un joli miroir, pour qu'ils clarifient les traits de leur visage et en retrouvent les contours, afin que, à visage découvert, il ne leur soit plus possible de maquiller leur langage, la vérité, la réalité, prétendant jouer un rôle tout en exerçant d'autres partitions, de bonne ou de mauvaise foi. 

     

     

    [1]https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/22/emmanuel-macron-a-huis-clos-en-son-palais_5401266_823448.html

    [2]https://www.lesinrocks.com/2018/11/03/idees/gregoire-chamayou-nous-sommes-entres-dans-lere-du-liberalisme-autoritaire-111139694/

    [3]https://www.letemps.ch/monde/lidiosyncrasie-joachim-sonforget

      

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    www.sylvainthevoz.ch

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  • Aux Joyeux Noël et bonne année !

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    469.JPGA ceux qui mentent comme des arracheurs de dents. A ceux qui pratiquent les indulgences au nom de la laïcité. A ceux qui paient pour leur salut et sanctionnent les péquins. Aux experts en pratiques occultes. Aux mafias en herbe. Aux vers dans le fruit. Aux détournements de fond. A ceux qui veulent changer de ligue.

    Aux professionnels de la manip', aux champions de la fuite. Aux artistes du vol. Aux passifs-agressifs assermentés, aux agressifs victimaires consacrés. Aux requins. 

    A ceux qui font de la politique comme on pratique l’anesthésie et l'imposition des mains. Aux gourous, aux vaudous, aux leaders charismatiques. Aux experts du fist-fucking.

    A ceux qui communiquent à leur guise. A ceux qui réservent leur réponse pour la justice, et changent d'avis pour la presse. Aux géométries variables, aux algèbres déficientes, à la tyrannie de Standard & Poor's.

    A ceux qui font comme ça leur plait, puis au nom du service, font à leur avantage. Aux bonimenteurs aux cireurs de pompe, aux manipulateurs.

    A la machine hystérique. Au droit de désinformer et menacer la presse. Au besoin de se taire. A la parole instrumentalisée. A l’institutionnel manipulée. A la collusion des pouvoirs. A la langue de bois. Au petit Calimero. A tous les coffres fêlés.

    Aux réflexes de cour. Aux habitudes de classes. Aux mépris du prochain. Aux dominés mutiques. A ceux qui gagnent à tous les coups. A ceux qui tirent le gros lot. A la retraite à vie. A ceux qui cherchent des poux et cultivent des lentes. A ceux qui veulent tout tout de suite, pour qui rien ne va jamais assez vite, exigent un tour en jet comme d'autre un berlingot de thé. 

     

    314.JPGA ceux qui se pensent indispensable. A ceux qui disent : jusqu’ici tout va bien, l’important n’est pas la chute, c’est que ça continue. Même la terre, ça se traverse. Même l’éternité, ça passe vite. A ceux qui pensent qu'un match c’est deux fois 45mn, avant les prolongations. A ceux qui croient encore aux règles du jeu et à l'arbitre. 

     

     

    Au déni. Aux bunkers assiégés. A la ligne Maginot. Aux adeptes de la secte, aux hypnotisés de la perte. A ceux qui déplacent au sol des matelas de paille quand le corps céleste chute à grande vitesse. A la brûlure, à la décadence, aux masques de circonstance.

    A la gravitation. A ceux qui refusent de voir. Aux adeptes des complots, aux trajectoires toutes faites. A Icare, à Freud, à Ayrton Senna et Mozart. A Cahuzac, à Fillon, aux comparaisons minables, au cas d’école, à tout ce qui explose en vol.

     

    448.JPGAux feuilles mortes, à tout ce qui ne se ramasse plus. Aux fruits qui pourrissent sur l'arbre. Aux prophètes et aux chiens. 

    A ce qui se pense, à ce qui se tait.

    A Gainsbourg. A Bobin. A Cohen.

    A la connivence des tristes.

    Aux petits secrets des puissants.

     

    A la colère qui gronde, à la lutte des classes.

    Au désir de grandeur, au besoin de hauteur, aux faims de poésie. 

     

    Aux Joyeux Noël et Bonne année ! 

     

     

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