sylvain thévoz

15/07/2018

Voiture à ras du sol

EA414663-F020-44BB-AB57-A70B202E736B.jpegOn entend souvent parler du grand chassé-croisé estival. Les protagonistes sont identifiés : juillettistes et aoûtiens. C'est vrai que cela fait du bruit quand ils se croisent. Sur des kilomètres, longs bouchons, colonnes de véhicules au ralenti, on en mesure la taille, les temps d'attente au tunnel du Gothard, aux péages. On lui donne des couleurs : rouges ou oranges, des noms d'oiseaux ou de bison, etc. Tout un folklore. Ce n'est pas de ce chassé-croisé que je souhaite parler, mais d'un autre qui est moins médiatique, plus discret.

 

 

L'été en fin de soirée...

Quelque chose attire parfois le regard. Une sorte de ballet autour de véhicules. Des personnes fument, d'autres empoignent une "dernière" valise - pas sûr qu'il n'y en aie pas encore une ou deux-, entament un casse-croûte sommaire, sur un coin de capot ou de trottoir. Voiture chargée de bagages, au ras du sol.

Ce théâtre de rue s'ouvre sitôt prononcées les vacances scolaires. Alors que pour certains la page de leur journée se clôt, pour d'autres un grand chapitre s'ouvre. S'allument les grands phares. C'est de ce chassé croisé là que je veux parler. Celui qui se passe entre ceux qui n'ont plus que quelques mètres à faire pour se mettre sous les plumes, alors que d'autres se préparent à une grande odyssée. Ce chassé-croisé qui durera tout l'été, dans l'anonymat des villes, des vies qui se croisent. 

 

Sur le départ

Ils contrôlent une dernière fois le niveau d'eau, d'huile. Ils vérifient qu'ils n'ont oublié ni triangle de panne, ni la petite couverture, pour quand il fera froid, pour la déposer dans l'herbe pour y pique-niquer tranquille sur l’aire d'autoroute.

Ils  font tourner le moteur. Ils font durer ce moment. Plaisir des ultimes préparatifs. Clôture du chargement. Ce qui est dans l'air avant le départ est bon, peut-être même meilleur, que le voyage lui-même.

Ce qui flotte dans l'air ? Le parfum du retour au pays. Impossible de savoir lequel. Toutes les valises se ressemblent. Les voyageurs aussi. Ils vont partir très longtemps. Et loin, cela se sent. Ils vont revoir des proches. Amener des cadeaux, en ramener aussi. Ils ne prennent pas un avion barbare et bon marché, qui vous catapulte d'un lieu à l'autre en quelques heures, vous laissant échoué et groggy. Non, ils prennent leur voiture, tous leurs bagages, un peu de leur maison d'ici pour la déplacer là-bas.

 

Tetris minutieux

Chaque espace du véhicule est le fruit d'un savant assemblage. Les places sont attribuées à chacun.e, parfois chèrement négociées. Personne ne veut se retrouver sur le siège central.

Ils savent qui conduira, pour combien de temps, qui le relaiera ensuite. Parfois, le conducteur refuse de transmettre le volant. Il en fait une affaire personnelle; ou alors prétend que cela a toujours été fait comme ça, le capitaine c’est lui. Il ne viendrait à l'idée de personne de lui disputer cette responsabilité : un privilège.

Il fera des siestes, biberonnera son red bull. Héros de la route, Ulysse des péages, il avalera les kilomètres : 1000 ou 2000, peut-être même plus. Les autres passagers seront réduits à l'intendance, condamnés à tour de rôle à refuser le sommeil comme des sentinelles. La nuque raide, l’oeil dans le vague, solidaires.

A ce chauffeur, on lui a préparé à manger : des sandwichs, faciles à emporter, enrobés dans du papier d'aluminium. Ses boissons préférée : thé vert ou thermos de café sucré, pour lutter contre le sommeil. Ce sommeil qui finira par emporter tout l'équipage juste avant le petit jour. Sauf lui, évidemment, gardant le cap, malgré la houle et les roulis du bitume. 

 

cycles de sommeil inversés 

C'est le grand départ. L’épopée. Tout le monde, au-delà de minuit, est en alerte, excité. Les enfants n'ont pas dormi les nuits précédentes. Ils ont littéralement piqué du nez à la piscine durant la journée.

C'est le dernier moment pour les derniers contrôles. Passeports, ok, pression des pneus, ok, carte grise rangée dans la boîte à gants, ok. Tout semble en ordre. Dernière bouffée de la dernière clope s'écrase du talon sur le trottoir. Et hop. Claquements de portes. Embrayage. Bye bye Genève, bye bye la Suisse. See you a la fin de l’été.

Parfois, quand on frotte deux cailloux l'un contre l'autre, une petite étincelle en jaillit. Parfois, il en est pareil du croisement de deux existences, il en jaillit alors un parfum, une image. On voit surgir des voitures au ras du sol les toits de villes du sud. On perçoit le parfum des cyprès, l'entêtante résine du mazout des stations essence ou de ports illuminés jour et nuit, le goudron fondu, la poussière sur les fruits trop mûrs.

Pendant que d'autres roulent, mes yeux se croisent.

Je m'endors. Ou plutôt : je rêve et je voyage avec eux.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=MbjIWSTYFWs

 

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11/07/2018

Le coupe du monde

444px-Foot_field_AG3.svg.pngLe capitaine, le public, le soigneur, le kiné, les hooligans, le préparateur physique, l’entraîneur, le masseur, le défenseur, le gardien de but, l’attaquant.

L'arbitre, le soigneur, le brancardier, l’ailier gauche, le remplaçant, le patron, le taulier, le libero, le commentateur sportif, le comédien, le président, le politique, le juge de ligne, l’ailier droit, le consultant, le vieux briscard.

Le kop, le parieur, les ultras, le comédien, le stimulateur, le vestiaire, le sponsor, le journaliste, l'équipe, le ramasseur de balle, le 13e homme, le récupérateur, le gratte ballon, le public, le buteur, le match winner, le looser, le millionnaire, le juge de touche, le coupeur de citron, le tacticien, le laveur de maillot, le barbier, le coiffeur, le tatoueur.

 

La testostérone.

Le coupe du monde.   

 

 

 

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07/07/2018

Ô rade ô désespoir

IMG_3082.jpgElle est bichonnée, elle est bien nettoyée, elle l'est surtout pour les touristes qui arpentent ses quais. Elle est objet de tous les soins, tous les égards, comme il sied aux cartes postales ou aux images d'Epinal. Mais n'en fait-on pas trop en terme esthétiques pour ce lieu. Et s'il est aisé de lustrer facilement ce qui brille, au détriment de quoi cela se fait-il ?

 

 

La mobilité en rade

Les cyclistes ne peuvent plus passer le long du jardin anglais, on les a repoussé à l'arrière du jardin (pas sur la route non, ça aurait probablement trop dérangé les automobilistes). Une piste provisoire s'étend le long du pont du Mont-Blanc où les cyclistes s'encolonnent (impossible de dépasser), avec au bout un arrêt mortel au pied de l'hôtel des Bergues, obligeant les vélos à monter sur les trottoirs s'ils veulent tourner pour remonter sur la rue de Chantepoulet pendant que les véhicules les frôlent.

Toujours et encore, la ville demeure pensée pour les voitures avant tout. L'autoroute urbaine qui longe le lac est dangereuse, avec des passages-piétons à risques, insuffisamment signalés le long du quai Gustave Ador, des temps de passage trop courts devant l'Horloge Fleurie - faut être adepte du sprint pour passer-, ou le long du quai Wilson - et tant pis pour les aîné.e.s ou les personnes à mobilité réduite-. La priorité aux voitures demeure la norme, c'est regrettable. Voilà pourtant, au-delà des vernis cosmétiques, ce qui changerait vraiment la rade : la rendre aux habitant.e.s, pas au trafic de transit. 

Au moment où certains évoquent un réaménagement futur de la rade et se réjouissent de l'ouverture de la nouvelle plage aux Eaux-Vives en 2019, pourquoi ne pas aller au-delà de l'esthétisation des quais, et refuser de laisser une autoroute les balafrer? La rade, belle rade, objet de tous les soins et obsessions, est bichonnées, nettoyée, mais malheureusement, aucun choix fort n'est posé pour la rendre à ses habitant.e.s.

 

IMG_3015.jpgSuperficie ici, abandon là-bas

Témoin, le concept de l'été pour la rade : l'Escale. Sorte de structure hybride, accueillant des concerts et une simili-bibliothèque (plutôt une colonne phallique avec trois ouvrages posés dedans), offrant des hamacs pour s'y délasser et à coups de publicités sponsorisés sur Facebook cherchant à faire venir des gens là où ils vont naturellement.

Oui, c'est agréablement fait, avec une prime à l'effet d'aubaine pour celui qui passe par là. Mais finalement à qui cela s'adresse-t-il, avec quelle intention ? Aux badauds, aux touristes? Et pourquoi déposer cette escale dans la rade alors que des quartiers comme le Petit-Saconnex, les Acacias, ou Châtelaine, manquent d'infrastructure publique, que des places de jeux nécessitent des rénovations urgentes sur la rive droite, pendant que des Maisons de quartier déplorent le manque de moyens et de ressources pour les centres aérés et l'accueil de jeunes?

Plutôt que de renforcer encore la centralité, et l'attractivité de lieux naturellement fréquentés, ne serait-il pas plus intéressant de renforcer une présence dans des lieux inanimés ou oubliés et amener les services publics là où il y a un déficit de ressources et, ou, des quartiers impactés par des travaux ou des changements structurels de fond ?

 

Tape à l'oeil

Le développement tape à l'oeil, d'animation facile et racoleur, ce tout à la rade, bien que sympathique accentue surtout, pour certains, le sentiment d'être les oublié.e.s d'une politique centrifuge.

Et certes, s'il est plus sexy pour un magistrat de mettre des lumières autour de la rade en hiver avec le festival Geneva lux, et en été de frimer avec l'Escale, il est intéressant de se demander, en terme de politique publique, si le plus urgent est réellement de mettre des lampions à la place Bel-Air et des hamacs le long du quai Gustave-Ador.

Point de vue communication, ça marche, évidement. Sur instagram c'est joli. Mais cela renforce surtout le sentiment qu'il y a des zones privilégiées et des quartiers éloignés, moins bien équipées et soignés. En terme de cohésion sociale, ce n'est ni bon ni souhaitable. C'est également une manière de surfer sur les problèmes de fond sans les traiter (trafic routier, gentrification). Et si certains exécutent les demandes  des hôtels de luxe de la rive droite pour qu'un tournoi de beach-volley soit déplacé au Port-Noir, car le bruit des sportifs incommodait les clients, ils restent plus hermétiques aux attentes et demandes des associations et habitant.e.s plus éloignés de la rade.

Escale

Le sentiment doux et sucré de lieux comme l'Escale ne fait ainsi aucunement disparaître les rapports de force et d'emprise sur l'espace public.

Au contraire même, en dépit des baby-foot et de la pétanque, ils les accentuent et rappellent qu'en terme de choix de lieux et d'intervention publique, rien n'est neutre.

Politiquement, renforcer ce qui est fort et délaisser ce qui nécessite plus d'attention ne fait que creuser les inégalités. C'est le choix fait quand on bichonne superficiellement la rade, tournant le dos à ce qui se passe fondamentalement au-delà de celle-ci.

Ô rade ô désespoir. Ô communicants ennemis.

 

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06/07/2018

Récit d’une radicalisation

IMG_E3042.JPGIl venait d’une famille normale, comme il y en a tant dans notre pays. Une enfance paisible, à l’abri du besoin, des peines et douleurs excessives. Une famille aimante et sécurisante. Une soeur un peu plus jeune, avec laquelle il a toujours eu une magnifique complicité. La religion ne l’intéressait pas du tout. Il n’a jamais fréquenté de lieu de culte. Ses parents ont toujours souhaité qu’à sa majorité il soit totalement libre de choisir (ou pas) la religion qui serait la sienne. Ils ne l’ont d’ailleurs jamais forcé. Ils n'étaient pas pour autant laxistes. Son père et sa mère avaient leur tronche et des idées bien arrêtées. On peut même dire que c’étaient des militants. Sa mère était engagée dans les années 80 dans le mouvement Touche pas à mon pote. Elle a toujours pensé que le racisme et le sexisme sont les plus grandes saloperies que l’humanité aie jamais engendré. Elle s’est battue toute sa vie pour la justice et l'égalité. Et maintenant...

Des parents comme les autres

Son père était maçon, un autodidacte aussi. Il lisait Libération et La Suisse. Le soir, il lisait des livres d'histoire. C’était un homme simple et droit. Jamais changé d’un pouce. Il prônait le respect du travail bien fait et de la parole donnée. La confiance dans le fait que si on se comporte bien, les gens se comportent correctement avec vous, et que ceux qui dérogent à cette règle paieront un jour d’une manière ou d’une autre (maladie, accident) leurs méfaits, car on ne peut faire souffrir les autres impunément. Il avait une forme de croyance, comme ça. Et maintenant...

Son père est resté maçon toute sa vie. A passé 50 ans, il a fondé sa propre boîte, engagé cinq personnes qu’il traite mieux que lui même, et pour lesquels on pourrait presque dire qu'il se sacrifie. Ok devenir patron, mais toujours assumer les responsabilités et égards dû à cette charge et respecter les gens.

Une enfance sans problèmes

Leur fils est né en 1990. Rien ne fut facile : pas de places de crèches, madame qui arrête de travailler pour s’occuper de lui à la maison. S’occuper des tâches ménagères et nettoyer la maison : le joug de la domination masculine ordinaire. Passée d’infirmière salariée à maman de jour bénévole pour ses enfants. Rapidement, ils découvrent que leur fils a quelque chose de spécial. Il reste seul de longues heures, où joue sans arrêt au foot avec ses amis. Enfin, peut être est-ce seulement après coup que l’on reconstitue tout ça afin de mieux comprendre ce qu'on a pu faire faux ou pas. Parce que, sur le moment, tout semblait normal. Personne n'aurait pu imaginer ce qui allait se passer...

Et si on l'avait su: qu’aurions-nous pu faire? Il ne faut pas accabler les parents, trop personnaliser ces trajectoires. Ce sont avant tout des drames politiques et sociaux. J’ai moi-même joué avec cet enfant. Il était pareil à tant d'autres gamins. Il était comme nous tous à son âge. Il aimait les vignettes Panini, que nous collectionnons à chaque mondial, les glaces à l’eau Rocket et les chicken nuggets. Et surtout, surtout, rouler très vite à vélo.

Quand j’ai appris ce qu’il est devenu ça m’a foutu un choc, comme à tous ceux qui l’ont connu

Je l'ai un peu perdu de vue à l'adolescence mais j'ai toujours entendu parler de lui. Tout semblait normal. Il suivait de bonnes études (payées par ses parents). Il ne manquait de rien. C’était pas l’abondance, mais en tout cas pas la misère. Je ne l’ai jamais entendu lever la voix sur quiconque, ou manquer de respect à une femme. Après, c’était pas un ange non plus. Quand il était ado, il a fait ses conneries. Plusieurs fois, il a roulé bourré, il aurait pu tuer des gens. Il a eu un retrait de permis. On a pensé que ça allait le calmer. Heureusement qu'il y avait sa famille autour, ça l'a aidé à se maintenir.

 

Et puis, ça a commencé à vriller...

Vers 19 ans, quelque chose a changé en lui. Il ne voulait pas reconnaître la loi ni l’autorité. Ses parents se sont inquiétés. On a essayé de discuter avec lui. Ce n’était plus possible. Ses parents ont fait le forcing pour l'inscrire à l’université, en sciences économiques. Il a accepté. Il lisait toujours plus de livres et s’isolait. Boire ne l’intéressait plus, ni voir ses amis, fêter ou danser. Il devenait rigoriste. Il a passé son bachelor et master, avec mention. Un étudiant brillant. Et pourtant...

 

Un voyage d'un an... et la radicalisation

Il a fait ce satané voyage qui l'a radicalement changé. Un an loin de chez lui. Si ses parents avaient su ce qui allait se passer, ils lui auraient confisqué son passeport, l’auraient sûrement empêché de partir. A son retour, personne ne l’a reconnu. C’était fini.

Il est revenu hautain et arrogant, a commencé méthodiquement à mettre en oeuvre son plan. Comme s’il avait subi un lavage de cerveaux. Il n’a pas agi seul. On a compris plus tard qu’il faisait partie d’un réseau et bénéficiait d’appuis. L’enquête de police aurait dû reconstituer les complicités et auditionner celles et ceux qui l’ont poussé sur cette voie. Malheureusement, personne n'a bougé. En apparence, tout était légal.

Il pouvait désormais passer à l'action. Il a été engagé comme trader dans une entreprise de négoces de céréales de Genève. Il a laissé alors pourrir dans des ports des navires chargés de blés quand les cours ne permettaient pas des bénéfices suffisamment luxuriants. La mort de centaines de milliers d’êtres humains en a découlé. Celui lui était égal. Endoctriné. 

Ses parents ont interpellé les politiques : comment a-t-il pu faire ce voyage d'un an à la City de Londres sans que personne ne s'en inquiète, ni qu'il y ait une cellule de déradicalisation à son retour? Pourquoi ne leur a-t-on rien dit, ni prévenu que leur fils allait devenir un tueur froid en col blanc? Désormais, il roule en Porsche Cayenne comme s’il était un roi du monde en se foutant bien du sort de ceux qu'il affame. Il est haï du 99% de l'humanité. Ses parents ont honte de lui.

Un cas parmi des centaines d'autres

Ses parents ont découvert que le destin de leur fils n’était pas unique. Il y a aujourd'hui des dizaines de jeunes hommes ou femmes qui ont le même destin que lui, perdant subitement leur identité et tout sens de l’empathie.

Radicalisés rapidement suite à un voyage, ou lors d’un camp prolongé où le maniement de produits financiers est enseigné, des techniques bien élaborée d’évasion fiscale, ils perdent rapidement tout contact avec la réalité.

Que faire?

Un voyage à la City. Le chemin vers la radicalisation. C’est chez nous, aujourd'hui, au sein de nos quartiers, dans nos familles, dans la tête de nos jeunes. Cette idéologie mortifère se répand et s'implante toujours plus. Faire du fric à tout prix en se foutant royalement des conséquences pour la vie d'autres êtres humains.

Deux parents dans la détresse. Une famille brisée. Ils n’arrivent plus à croire que c’est leur fils qui passe en voiture de luxe avec sa chemise blanche, l’air impeccable du salaud qui ne mesure plus la portée de ses actes et se contrefout de la mort qu’il répand autour de lui. 

Que faire ?

En parler autour de soi, afin que cela n'arrive pas à d'autres jeunes.

Dénoncer sans relâche les criminels qui entraînent toute une jeunesse au meurtre, et la complicité passive des autorités. 

 

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01/07/2018

Spécisme & co

antispécisme,alimentation,chasse,animaux,familiers,domestiquesQuelle est la différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Un bon chasseur il tire, et un mauvais chasseur... il tire aussi. Cette chute d'une vidéo des Inconnus sur les chasseurs a longtemps été citée comme paradigmatique de l'absurde de la chasse[1]. Aujourd'hui, si cette vidéo était prolongée, on pourrait y adjoindre une séquence : quand un chasseur voit la biche : il tire. Si c'est un âne: il tire pas. Ben ouais, la biche c'est un animal, et l'âne c'est... euh... un animal, mais pas comme la biche.

Le bon et le mauvais chasseur 

Un article de la tribune de Genève du 29 juin nous indique qu'un mauvais chasseur a été condamné  pour avoir tiré sur des ânes près du village d'Arith, en France voisine.[2]. Deux bêtes sont mortes sur le coup, deux autres gravement blessées ont été euthanasiées par la suite. Le chasseur a été poursuivi pour actes de cruauté envers animaux domestiques et violation d'ordonnance sur la chasse. La Fédération de chasse de la Savoie s'est aussi constitué partie civile. Le chasseur, pour sa défense, a prétendu avoir confondu les ânes avec des biches. La fédération des chasseurs a confirmé qu'il était impossible, à la distance où se tenait le chasseur, de les confondre. Le chasseur a été condamné à une amende. Son permis de chasse révoqué. Très (très) mauvais chasseur, donc.

Qu'est-ce qui différence un chat d'un chat sauvage?

Cela interpelle et questionne. Car enfin, un bon chasseur peut tirer des biches sans crainte de jugement pour cruauté envers animal, mais pas des ânes. Pourtant, qu'est-ce qui différencie la biche de l'âne? En un mot : la domesticité, qui est un autre mot pour dire la familiarité. L'âne a un propriétaire, là où la biche n'en a pas. Et les enfants, nous précise l'article, caressaient les ânes dans le champ, et jouaient avec eux. Si le mauvais chasseur avait tiré sur une vache, un chat ou un chien, il aurait certainement écopé du même verdict. Au diable galinettes cendrées, sangliers ou chevreuils, ces derniers peuvent passer sans autre à la moulinette. Les enfants n'ont pas de lien particulier avec eux, on ne leur donne pas de petit nom, ne les nomme ni "fleurette" ou "médor". Conséquence: on leur envoie du plomb. C'est la loi, la coutume.

L'acte de nommer ferait donc basculer du champ du sauvage à celui du familier et préserverait des balles. Il est intéressant de relever que le chemin inverse se fait pour les tueurs d'humain. L'histoire nous montre que ces derniers prennent comme première mesure de retirer le nom de leur victime, d'effacer l'identité de celles et ceux qu'ils peuvent ensuite tuer... comme des bêtes. Le fait de nommer distingue ce qui est familier de ce qui ne l'est plus, et qui finit, suivant une pente bien humaine et morbide, de ne plus mériter aucun égard, ni même la vie.

 

Qu'est-ce que le domestique?

Mais notre chasseur d'ânes, pourquoi n'a-t-il pas écopé de dommage à la propriété plutôt que cruauté sur animal ? Et puis,  s'il y a cruauté envers animaux, quand un chasseur s'en prend à des ânes dans un champ, comment se fait-il que le paysan qui envoie ses chevaux à l'abattoir ou fait de son cochon saucisses et boudins, n'écope pas lui aussi d'une même peine ? Ne devrait-il pas être pareillement condamné pour cruauté sur animal ? Les tribunaux seraient alors remplis d'éleveurs, et les chaînes de supermarchés définitivement et lourdement condamnées pour massacres en bande organisée. Pourtant, à ce jour, cela n'arrive pas. La loi protège ceux qui tuent des animaux domestiques pour autant que ces derniers soient sur une liste agrée et que cela se pratique dans les règles.

 

Tu ne tueras point ( sauf exceptions listées ci-dessous)

Résumons :

1) Les bêtes dites sauvages (celles à qui on ne donne pas un nom d'ami), on peut leur tirer dessus (pour autant qu'elles ne soient pas en voie de disparition, parce que là ça va trop loin), à des périodes spécifiques (chasse ou fêtes), en dehors desquelles, il faut les laisser souffler (elles doivent bien pouvoir se reproduire pour qu'on puisse les supprimer).

2) Les bêtes domestiques, il est interdit de leur faire du mal (essayez de tirer sur votre chat pour voir), mais à l'exception de certains animaux domestiques (qui sont joyeusement mis à mort), mais selon certaines règles (n'amenez pas votre chat à la boucherie, vous serez dénoncé, et ne tuez pas votre cheval dans un champ), et ce donc avec une ferveur redoublée  à certaines périodes de l'année (à Noël ou en été, pour la dinde ou les grillades).

3) Enfin, il y a des animaux domestiques qui sont supprimables sans aucuns soucis légaux (vous pouvez broyer de la souris tant que vous voulez, gazer des taupes, éliminer tous les insectes possibles et imaginables, ces derniers étant rangés dans la catégorie des nuisibles, donc considérés comme qualité négligeable, quel que soit le petit nom que vous ou vos enfants leur aurez donné. Un conseil, faites juste gaffe, si votre enfant a appelé mimi la petite souris de la cave, de bien nettoyer la pelle qui aura servi à l'occire, car en cas de disparition avérée, soupçonné, vous aurez à siéger devant le plus sévère des tribunaux : familial, dont la sanction ne sera pas pécuniaire, mais affective, ce qui est grave).

 

L'humain au centre: mais de quoi ?

Ces distinctions arbitraires entre le domestique et le sauvage sont construites sur des bases économiques, culturelles, historiques, relativement complexes. Voulues et pensées par l'humain, c'est lui qui en assume les frontières et les évolutions. L'histoire change, et si une certaine cohérence d'ensemble s'y retrouve, elle est grandement illisible pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas les mêmes codes culturels ou y cherchent une logique éthique (ici on mange les cuisses de grenouille là bas on ne touchera jamais au cuisseau d’un canasson). Bien sûr, tout cela change au fil des siècles, et si nos grands-parents ont massacré des renards, leur tirer dessus quand ils chapardent dans les poubelles du quartier serait condamné, et pas seulement pour trouble à l’ordre public. L'humain aujourd'hui reste le centre, mais l'économie, la culture ont changé, et pas sûr que les coutumes des grands-pères et grands-mères soient encore applicable à notre siècle.

 

L'antispécisme : un temps d'avance

Aujourd'hui, celles et ceux que l'on appelle antispécistes, et qui refusent toute mise à mort d'animaux, ont une avance éthique et une cohérence considérable sur ce sujet. Cela leur donne une puissance incontestable. Que certains d'entre eux en viennent à casser des vitrines pour se faire entendre est regrettable, mais devrait alimenter le débat de fond plutôt que de permettre à certains de se cacher derrière le verre éclaté pour ne pas affronter l’interrogation sur la légitimité au-delà de la légalité pour l’humain de tuer ou non des animaux, et la manière dont il se le permet.

L'humain a décidé des espèce qui lui sont asservies pour sa nourriture, son agrément, et son plaisir. Il a défini les espèces qu'il s’autorise à tuer, et d'autres qu'il peut élever pour un usage segmenté de telle ou partie de la bête - fourrure, oeufs, ou essences-, et d'autres enfin qu'il vénère. Aujourd'hui, cette carte peut, doit évoluer.

Le mauvais chasseur qui a tiré sur des ânes a été condamné pour cruauté sur animal. Les bons chasseurs aux mains immaculées : Monsieur et Madame tout le monde mangeant de bons steak au restaurant et se délectant de filets de perche ne le seront pas...  enfin, pas dans l'immédiat. Il n’empêche, la réflexion sur l’hégemonie humaine du droit de vie ou de mort sur les animaux de la part des bipèdes est à poursuivre.

 

 

[1]https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

[2]https://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Le-chasseur-suisse...

 

 

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28/06/2018

Lettre à un ami athée

athéime,foi,croyance,dialogueMon cher ami, la dernière fois que je t’ai vu, tu m’as dit que tu ne comprenais pas que l’on puisse croire en quelque chose qui n’existe pas. Je t’ai trouvé péremptoire dans ta prise de position. Comme si tu devais absolument effacer du monde une présence que, par ailleurs, tu ne reconnais pas. Mais s'il n'y a rien, pourquoi t'échiner alors à lui donner consistance pour le nier? Il suffirait de laisser le rien n'être rien, non ?

Mais c'est comme si tu savais, de source sûre, ce que signifie croire. Pourtant c'est un mystère, surtout pour celui croit, au point que cela est souvent au coeur même de sa croyance. Demande au croyant ce qu'il croit, et souvent, dans ses réponses, tu entendras un mélange d'embarras, de maladresse ou d'hésitation.

Croire revient, presque par définition, à entrer dans un mystère et à sentir que tout n'est pas dicible et démontrable. Et conduit, en conséquence, à déraciner les certitudes et les affirmations toutes faites pour naviguer un peu à vue. Comme un pilote d’avion entrant dans le brouillard, et dont le pilote automatique tombe en panne, le laissant condamné à s’en remettre à un mélange d'expérience, d’aspiration et d’abandon, pour s'ouvrir un chemin.

Croire serait donc une entrée dans le monde du tâtonnement, de l’intuition, du désir, plus que de la connaissance. À cela tu opposes le bloc compact de ta négation, la persévérance satisfaite de celui qui a une mission définie : nier la prétention de l'autre à toute transcendance. Bon, pour aller dans ton sens, il y a des croyants au dogme et à l'intransigeance morbide et inacceptables. Mais qu'à le fait de croire là-dedans? Il y a bien des athées qui respectent le fait de croire ou de ne pas croire, n'en font pas une croisade, tout comme il y a des croyant.e.s qui savent douter et accueillir chacun.e. dans sa différence.  

Mon cher ami. Comme un lutteur chevronné, tu cherches à plaquer ton adversaire au sol, -l'hésitant croyant qui ne sait dire en quoi et pourquoi il croit, mais cherche et perçoit quelques chose qui le transcende-. Jusqu’à ce que ses deux épaules soient au sol et la soumission acceptée. Tu ne cherches pas le dialogue, mais la victoire par la force. Les croisades, les petits-déjeuners au pensionnat, l'église du XVIe, et les abus sexuels de prêtres déviants, c'est en quelque chose un stade indépassable et illustratif de ton nihilisme. Les points godwin du religieux. Imparables selon toi. 

Mon cher ami, je ne sais pas ce que croire est. Je ne juge pas ceux qui ne croient pas, que l’on nomme agnostique, ou les athées qui ne font pas église de leur non-croyance, ni des animateurs de croyances occultes. Je n’ai pas voulu te contredire, ni entamer une discussion sans fin, sur le sens de tout cela. Cela me semblait perdu d'avance. Tu n’en avais d’ailleurs nulle envie. L’affirmation toute puissante de la non-existence de la foi de l’autre te servait de rempart, pour éviter d'être ébranlé dans ta certitude sur ce qu’est croire et ce que ça recouvre.

Voyant en toi vibrer le feu féroce du zélote, la rage du convaincu, j’ai reconnu la peur fragile envers un Dieu gourmand dont les ouailles sont nombreux. Le Dieu des certitudes toutes faites, et des enclos protecteur excluant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Alors j'ai choisi d'écrire, cela permet de prendre le temps de poser quelques arguments.

Cher ami, je refuse de figer l’autre dans une place qui n’est pas la sienne, l'enrôler sous une bannière ou étiquette, comme s’il n’y avait pas d’allers retours possibles, de déplacements entre une conscience intime et son expression, une identité sociale et une quête intérieure. Le chemin de croire est à mes yeux presque obligatoirement un parcours oscillant entre une présence et une absence, une certitude confuse et un doute radical.

Un peu, au final, comme échanger avec toi. 

 

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23/06/2018

L'UDC tacle notre équipe nationale de football. Carton rouge pour ce parti.

football,mondial,shaqiri,xhakaLa Suisse a battu la Serbie 2-1 ce vendredi soir lors du mondial de football en Russie, grâce à un magnifique travail de coaching, une belle dynamique de groupe et deux splendides buts de Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. 

 

L'UDC alimente une vaine polémique

Les deux buts marqués par la Suisse ont été célébré par les joueurs en joignant les deux mains pour former un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. Que deux joueurs suisses aient, dans un moment de joie extrême, symbolisé leur double identité est de leur plus pure liberté. Mais cela a conduit des nationalistes aigris à s'étrangler devant ce symbole, y voyant un manque de respect, ou pire une trahison des couleurs helvétiques, cherchant une polémique qui prend surtout sa source dans leur esprit étriqué. 

 

Liberté du jeu

Ils sont libres ces joueurs de célébrer leur but comme bon leur semble. Ils sont libres de convoquer les esprits et les identités qui les inspirent. Certains lèvent deux doigts au ciel, d'autres font un signe de croix, d'autres encore soulèvent leur T-shirt pour montrer le visage de leur nouveau né; ou saluent la mémoire d'un être cher décédé, quand certains crient Allah Akbhar quand ils marquent. Et alors ? 

Il faudrait vraiment être tordu pour invoquer la laïcité afin de critiquer un joueur de football qui ferait le signe de croix en entrant sur le terrain, ou voire dans ce qui est un signe individuel d'appartenance, une atteinte envers tel ou tel groupe ou religion. Des appartenances, tout le monde en a plusieurs, et chacun est libre de les convoquer comme il l'entend pour les exprimer. À moins que l’on veuille des joueurs type robotique et aseptisés. Dites, vous croyez que l’UdC va bientôt poser une motion au parlement demandant à la police fédérale de contrôler la teneur des tatouages de nos joueurs? 

Dans la même veine, il serait absurde de penser que ce serait trahir la Suisse si un joueur faisait un signe de coeur à sa femme plutôt que de mettre sa main sur son maillot, à l'emplacement de la croix suisse. C'est pourtant cette critique que porte l'UDC. Ce parti  aimerait que les joueurs de la Nati soient des bons petits soldats tous identiques et à la botte de leur idéologie totalitaire.

Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, membre de l'action pour une suisse indépendante et neutre, ne s'est pas réjouie des buts et de la victoire de l'équipe suisse, car ces derniers étaient, selon son appréciation, marqués plutôt pour le Kosovo que pour la Suisse. Ce commentaire est aussi bête que de penser que quand Federer gagne la Coupe Davis est envoie des baisers à sa femme Mirka, ce n'est pas la Suisse qui gagne.

 

Les joueurs ne sont pas du bétail propriété d’un club ou d’un pays 

Xhaka est Suisse. Il est né à Bâle. Shaqiri est Suisse, il est né dans ce qui est aujourd’hui le Kosovo, est arrivé en Suisse alors qu'il avait un an. Tous deux ont choisi de jouer pour la Suisse. Ce sont des joueurs professionnels qui ont été formés dans notre pays et dont on peut être fiers. Ils exercent aujourd’hui leur métier en Angleterre, tout en étant tissé d'identités multiples, assumant de les revendiquer.

Les attaques de l'UDC contre l'équipe de Suisse montrent une chose avant tout :  le caractère nationaliste, intolérant et totalitaire de ce parti, qui n'est plus en phase avec la population. Il est lassant de voir que pour certains, il y a encore différentes classes de Suisse. Les segundos, les suisses d'origine étrangère, les suisses naturalisés, ceux qui font l'aigle et ceux qui ne le font pas, tous étant plus ou moins suspect de ne pas atteindre le même niveau de suissitude que les suisses prétendus "de souche", etc. Toutes ces distinctions sont absurdes et insignifiantes.

Quand on est Suisse, on est Suisse, point. On peut manger de la fondue ou pas, faire le signe de croix ou pas, effectuer plutôt le ramadan que shabbat, dessiner des aigles, des petits fleurs ou des lotus avec ses doigts, selon ses croyances, ses libertés, sa créativité et ses appartenances, cela n’autorise personne à catégoriser et distinguer entre  ce qui serait l'essence de la suisse et ce qui ne le serait pas, et surtout cela n'autorise personne à dégrader celui-ci ou critiquer celui-là en se prétendant être la norme. 

L'UDC a toujours cherché à créer la division entre les Suisses et les étrangers. Il cherche maintenant à créer la division entre les Suisses au moment où tout un pays communie dans la joie.

Je souhaite, pour ma part, de tout cœur, à notre équipe nationale de football, toujours plus de victoires et de joies, de diversité et de liberté, car ce sont des énergies positives, fruit d'un travail et d'objectifs élevés et rassembleurs. Et pour l'UDC: un carton rouge, pour le sortir enfin du terrain où son jeu agressif et mesquin est source de troubles et de désunions uniquement.

C'est la meilleure chose que l'on peut souhaiter à notre beau pays, si riche dans sa diversité.

Suisse 1- UDC 0

 

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05/06/2018

Bye bye Conseil Municipal, bonjour Grand Conseil

topelement.jpgAprès 7 ans passés au Conseil municipal de la Ville de Genève, je quitte celui-ci ce mardi 5 juin à 19h. Je pars avec une pointe d’émotion mais surtout une grande satisfaction, celle d’avoir donné de mon temps et de mon énergie pour le bien de la collectivité. Dans toutes les commissions où j’ai pu siéger, durant les séances plénières, je me suis toujours efforcé d’honorer la confiance que les habitant.e.s de notre ville m’ont faite en m’y portant.

Siéger à 80 élu.e.s, avec les conseillers administratifs et conseillères administratives, 7 groupes politiques, et des indépendants, est un bel exercice de dynamique de groupe, une exigeante école de vie, qui oblige à une forme de modestie et de relativisme, à dialoguer avec d'autres personnes qui n'ont pas toujours, voire rarement les mêmes idées, tentant de trouver, y parvenant parfois, souvent, des convergences, des points communs, obtenant des résultats, se voyant opposer des objections, tentant de travailler les consciences, en se confrontant aux logiques et idéologies de chacun.e.

La politique municipale c'est du concret, une belle illustration que rien n'est facile ni ne va de soi. Il ne suffit pas de mettre des gens ensemble pour qu'ils soient d'accord, ni n'obtiennent des résultats. Regardez bien votre famille, vous y êtes 5 ou 6? Eh bien imaginez, en étant 80 à chaque repas où il faudrait décider de quelque chose, ce que ça donnerait... Alors bien entendu, il faut s'armer de patience, avoir un brin de philosophie et une louche de bonne volonté pour durer, accueillir victoires et défaites en continuant à travailler.

J'ai aimé ce rôle de lien avec des associations, les habitant.e.s individuel.le.s, afin de formuler et porter des enjeux à travers la voie délibérative (pour le sport, la culture, pour une ville plus accueillante, plus en phase avec son époque en terme de mobilité douce et de place pour les piétons et vélos dans la ville; pour des repas végétariens dans les écoles, des espaces plus inclusifs pour les diverses minorités, pour défendre les moyens d'une collectivité prospère mais avec de grands écarts en terme de revenus individuels, et de grandes zones d'ombre où s'exercent les discriminations ; ayant le pouvoir de favoriser la redistribution des richesses au maximum, luttant contre la précarité et le sans-abrisme.

J'ai eu beaucoup de plaisir à être ce relais critique, d'être à disposition (nos numéros sont accessibles à chacun.e.sur le site de la Ville) des celles et ceux qui portent des idées, des plaintes et des combats : les associations, des habitant.e.s engagé.e.s, les magistrats. Ce n'est pas un engagement facile, mais c'est une chance aussi. Il se fait certes en plus d'un engagement professionnel, sur le temps que l'on rêve parfois d'employer pour des loisirs ou la détente, de la lecture, mais il est terriblement gratifiant et nourrissant.

Certains disent parfois qu'un mandat politique est une forme de formation continue. C'est aussi vrai. C'est en tout cas une belle manière de découvrir le pouvoir que l'on peut avoir comme citoyen.ne, et saisir le système dans lequel on baigne pour mieux l'utiliser et le mettre au service de la collectivité. C'est surtout un bon antidote au défaitisme ou aux mouvements dépressifs de type: "de toute façon on est foutu", "ils ne font que ce qu'ils veulent", "on n'a aucun pouvoir". C'est à mes yeux, au contraire, l'apprentissage limité et tonifiant de constater que l'on obtient le pouvoir que l'on conquiert et qu'on a besoin d'aller le chercher collectivement. Mauvaise nouvelle : il ne tombe pas du ciel, il faut aller le conquérir. Bonne nouvelle : une fois que l'on est en route, il n'y a pas de limite à ce que l'on peut obtenir, et les possibles sont immenses. Tout dépend, au final, de l'énergie déployée et de la force des collectifs.       

Aujourd’hui, je me réjouis qu’une socialiste reprenne la place que je quitte dans ce Conseil. Elle défendra avec la même ardeur des politiques publiques incisives pour atteindre la justice sociale et renforcer la lutte contre les discriminations et inégalités frappant les habitant.e.s de notre belle ville. Je prolongerai pour ma part désormais ce combat à une autre échelle, mais d’une manière identique sur le fond, au sein d'un autre groupe socialiste, au Grand Conseil.

J’aimerai, pour conclure ces quelques lignes, remercier chaleureusement le groupe socialiste du Conseil municipal, ma section, mon parti, pour l'engagement sans faille que nous avons porté ensemble au cours de ces années pour nos idéaux et notre projet de société. Remercier aussi chaleureusement les collaborateurs et collaboratrices de l’administration qui garantissent la qualité des prestations municipales et font un travail essentiel pour le vivre ensemble et la lutte contre les inégalités à Genève. 

Bye bye Conseil municipal, bonjour Grand Conseil.

Mon engagement, lui, reste le même.  

 

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28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

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23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

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17/05/2018

Tolérance zéro pour les grillades ... et les matraques pour les fumeurs de chichas ?

2-26.jpgDans le journal 20mn, Monsieur Barazzone, par la voix de son porte-parole, annonce que la Ville va "serrer la vis face à de nombreux abus" concernant les grillades "sauvages". Il s'en suit une explication fumeuse sur le fait que des débuts d'incendie de bosquet ont été déclenché après que des gens y aient vidé leurs braises, et que des groupes occupent des grils municipaux, les privatisant de fait. C'est en effet une explication improbable, car le fait  que les grills soient squattés découle précisément du fait qu'ils sont installés en nombre insuffisants, et précisément de l'interdiction de la Ville de laisser la liberté à chacun.e. d'amener son propre grill. Si la Ville veut interdire les grills individuels, qu'elle établisse au moins un nombre suffisant de grills collectifs pour celles et ceux qui souhaitent s'adonner à cette pratique populaire.

Malheureusement, ce n'est pas la voie suivie. Aujourd'hui : tolérance zéro pour les personnes qui veulent juste griller un petit bout de viande ou de tofu en été. Et gel des nouveaux grills collectifs. Avec une seule logique : celle de la répression et de la mise à l'amende. Quand on n'a pas vraiment de position, l'intolérance peut vite devenir une norme.

Et si on sortait de la logique de la répression et de l'amende ?

Il existe pourtant des solutions. Tout d'abord des zones de grillades libres et encadrées, afin que chacun.e. puisse amener son propre matériel. Ou alors, établissement de grills électriques collectifs, qui ne produisent aucune fumée, fonctionnent sans braise ni production de déchets après la grillade. Cette solution permettrait à chacun.e. de griller ses saucisses et ses mets végétariens sans nuire à la qualité de vie dans les parcs et pacifierait le sujet.[2]

Cette solution de grills électriques augmenterait aussi la convivialité. Puisque ce n'est ni un tel ni tel autre qui a allumé le grill, ce dernier se partagerait plus librement. Fin de l'appropriation. La convivialité augmenterait d'autant. Installé en nombre suffisant, ces grills seraient une véritable alternative à la fumée et aux nuisances que peuvent occasionner les grills à charbon. Ils pourraient même être utilisés durant plusieurs saisons et être un mode attractif de faire vivre les parcs aux saisons moins ensoleillées et une alternative à l'enfermement chez soi. Ces grills électriques sont aujourd'hui installés dans plusieurs communes de suisse romande, notamment Nyon, Yverdon, Montreux et Lausanne bientôt.

Belle idée que d'augmenter l'appropriation citoyenne dans les parcs, et populariser la grillade en automne ou en hiver, avec des grills collectifs. Ces derniers pourraient même être solaires. Il faudrait pour cela équiper les parcs et sortir de la logique de parcs sanctuaires et du réflexe de la mise à l'amende pour ce qui ne respect pas la rigidité des règlements. 

Et si, plutôt que d'une position intolérante voulant éteindre un mouvement populaire, on passait à une position de tolérance pour le vivre ensemble en amenant des solutions ?

Avec un peu d'imagination et de créativité, c'est possible.

Genève mérite beaucoup mieux que des policiers chassant aux cris de tolérance zéro les gens qui pique-niquent dans les parcs. 

 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Grillades-dans-les-parcs--la-Ville-va-serrer-la-vis-cet-ete-25217494

[2] http://www.greenplategrill.ch/

19:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2018

Gandhi à Gaza

1522432572_gaza-12-morts-ensanglantent-la-grande-marche-du-retour.jpgIl s’est mis sur le petit rocher. Il voit la foule avancer. La foule de celles et ceux qui vivent dans une prison à ciel ouvert. La foule de celles et ceux qui n’ont plus rien à perdre, de celles et ceux qui ont été chassé de leur terre il y a 70 ans, qui ont le droit et la justice pour eux, et des fusils sur la tempe. 

 

Il secoue la tête pendant que la foule avance vers les barrières de sécurité et que les soldats chargent leurs armes pour viser celles et ceux qui sont devant. Il regarde mieux. Ce n'est plus une foule qu'il voit, mais des femmes et des enfants, des avocats et des médecins, monsieur et madame tout le monde, un vieillard qui marche courbé, un homme en chaise roulante que son frère pousse. Ils se dirigent vers les barrières de sécurité. [1] 

Il voit l’arrogance du pouvoir, cette toute puissance crasse du pouvoir colonial, de la force pure et de l'abus. Il sait qu’à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la  barrière, des officiels, triomphants, fêtent, protégés par des centaines de soldats et de policiers. Ils trinquent, gorgés de pouvoir à l’établissement d’une humiliation supplémentaire. Ce sont des petits blancs qui sont là, de jolis blonds américains, des occidentaux venus faire la loi et poursuivre l'état des colonies. Du sang sur les mains. Du sang sur les mains. 

Au moment où certains commémorent la Nakba, l'exode palestinien de 1948 en agitant les clés et criant leur droit au retour, d'autres rajoutent une humiliation de plus à une très très longue série. Ils trinquent, en appuyant de leur bottes sur les visages de celles et ceux qui sont placés sous eux. Qui pour protester devant cette injustice?

De l’autre côté de la barrière, enfermés à double tour, les boulangers et les ferrailleurs, les pécheurs et les balayeuses continuent de marcher vers les barbelés. 

Gandhi reconnaît la profonde résolution de celles et ceux qui ont un droit et qui sont prêt à mourir pour. Il voit les fusils s'abaisser et les soldats tirer sur les boulangers, les enseignantes, les enfants, à les tuer les uns après les autres, comme des lapins, comme des pipes en plâtre à la foire, comme à Sabra et Chatila les sinistres exécutants, comme s'ils en avaient le droit, comme si ces vies là n'avaient pas d'importance, leur appartenaient, et qu'ils pouvaient en couper les fils comme ils le voulaient. 

Les soldats sont bien protégés derrière leurs casques, intouchables derrière leurs remparts, riant de l'éclat intouchable des lâches que la domination a placé du bon côté de la barrière.

Impossible de plaider la légitime défense, aucun inconscient ne le ferait. Gandhi est avocat de formation, il sait distinguer un assassinat d'une bavure, la légitime défense d'une exécution.     

Gandhi est venu à Gaza, il y vu la marche non violente du peuple de Gaza pour obtenir ses droits et briser ses chaînes. Il a vu le sang de ceux qui subissent les vexations racistes, les préjugés, l'enfermement, les rationnements, et l'assassinat.

Et il a entendu les gouvernements qui plaident la paix et la démocratie s'accommoder d'un massacre immonde et se taire honteusement. Et il a entendu les états amis ronchonner un peu mais continuer de s'accommoder de l'innommable comme s'ils n'avaient aucune responsabilité là-dedans et comme s'ils ne jouaient aucun rôle. 

Gandhi se rappelle d'Amirtsar, en 1919 lorsque les troupes britanniques avaient tiré sur son peuple, femmes et hommes réunis dans les jardins de Jallianwallah Bagh. Plus de 379 morts et 1200 blessés, un général anglais acclamé à son retour en Angleterre devenant un héros. Ce fut le début d'une grande lutte d'indépendance.

Aujourd'hui, les soldats israéliens tirent dans la foule démunie comme hier les anglais tiraient sur les indiens et les français sur les algériens.

Seront-ils arrêtés avant d'avoir supprimés 1,9 millions de gazaouis ?

Gandhi se lève et va saisir un drapeau noir rouge vert et blanc. Il avance vers les barrières.

Il y a plein d'enfants qui courent autour de lui. Ils rient de ses petites lunettes et de son drôle de costume qui flotte au vent.

Ils s'en amusent, comme des cerf-volants qu'ils voient danser au dessus de leurs têtes.   

 

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/des-palestiniens-abandonnes-et-deshumanises_5299183_3232.html

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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08/05/2018

Manifeste cycliste

Alors que toujours plus de cyclistes meurent sur les routes, victimes du manque de réactivité des pouvoirs publics qui continuent à vouloir faire cohabiter des véhicules de plusieurs tonnes avec des personnes vulnérables exposées sans aucune protection.

Alors que le nombre de cyclistes augmente sans cesse mais que les infrastructures et pistes cyclables ne suivent pas.

Alors que trop souvent, un simple trait de peinture jaune est tracé sur le sol, et que très souvent, même un peu de peinture, c'est encore trop demander.

Alors qu'aucun trait de peinture n'a jamais empêché quiconque de mourir quand une voiture zigzague sur lui.

Des pistes cyclables sécurisées partout, voilà ce qui arrêtera de faire mourir les cyclistes sur les routes.

 

Alors que les véhicules sont plus gros, et ceux qui sont dedans plus isolés, avec des gadgets toujours plus attractifs pour les distraire.

Alors que les cyclistes se font shooter comme des lapins pour une seconde d'inattention.

Alors que certains continuent de nommer cycloterroristes ceux qui essaient de survivre sans moteur dans un espace routier pensé toujours pour la voiture uniquement.

Des pistes cyclables partout, voilà ce qui mettra fin aux transgressions des cyclistes.

 

Alors que la voiture est un mode de déplacement du siècle dernier voué à disparaître.

Alors que de nombreuses personnes aimeraient se déplacer en vélo mais n'osent pas car ils estiment cela trop dangereux.

Alors que des questions de santé publique (pollution sonore et pics de pollutions) plaident pour une accélération du passage à des modes de transport ni dangereux ni nocifs.

Alors que la loi sur la circulation routière est dépassée et souffre d'un anachronisme grave.

On ne trouvera plus aucun cycliste pour violer la loi routière quand celle-ci sera pensée également pour lui et à son avantage

Ce n'est pas le vélo qui est dangereux c'est les véhicules qui le serrent.

 

Alors que nous sommes placés devant un choix : voir toujours plus de cyclistes mourir parce que les infrastructures et les mentalités ne changent pas ou changer les mentalités et les infrastructures.

Pour partager l'espace il existe une solution évidente: que chacun.e puisse disposer du sien d'une manière sécurisée.

 

Pour toutes celles et tous ceux qui risquent leur vie tous les jours dans la jungle urbaine. En mémoire de toutes celles et de tous ceux qui l'ont perdue dedans.

Construisons des espaces en zone propre pour les vélos et les piétons exclusivement.

Et arrêtons de repousser les cyclistes sur la part congrue des routes mais ramenons-les au centre.

Par tous les moyens nécessaires. 

 

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18:59 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélo, cycliste, route, mobilité, déplacements | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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12/04/2018

Dites-leur bien que nous sommes des hommes, pas des animaux

La connaissance de la misère humaine est difficile au riche, au puissant, parce qu'il est presque invinciblement porté à croire qu'il est quelque chose. Elle est également difficile au misérable parce qu'il est presque invinciblement porté à croire que le riche, ou le puissant, est quelque chose. (Simone Weil, la pesanteur et la grâce)

Dans la prison se tisse un lien étrange entre les détenus et ceux qui viennent les visiter. Une relation faite de nécessité et de fragilité, mais aussi de pouvoir, de domination et de peurs. Peur du vertige, du jugement et de la liberté d'un côté, de l'agressivité et de l'inconnu de l'autre. Visiteurs, nous sommes là pour un temps, de passage sur le territoire de l'autre qui y est retenu contre sa volonté.

Un premier homme dit : "Je n'ai plus rien à perdre, c'est fini..."

Que peut-on attendre de quelqu'un qui n'a plus rien à perdre ? Quoi qu'il fasse, il passera les trente prochaines années de sa vie derrière les barreaux.

"... mais je veux vous montrer ma cellule".

Hans, petit homme condamné à 20 ans, nous ouvre la porte de son monde 2x2.

Il nous montre ses quatre mètres carrés et s'exclame : 15 ans que je suis là. 15 ans : une vie. Les livres sont partout, pour être lus ou soutenir un lit fragile. Au mur, des photos du Ché, de Tania, révolutionnaire allemande des années 60. Cadeau d'une amie avec laquelle il correspond depuis des années, un drapeau basque suspendu signifie la lutte solidaire pour toutes les minorités. C'est comme si le temps s'était figé, que la révolution était juste pour demain, et que les ombres des camarades disparus signifiaient encore la possibilité d'un changement radical et immédiat de la société.

Hans nous parle de l'ancien régime de la prison. Tous devaient être au matin au pied du lit pour répondre à l'appel. Les gardes contrôlaient la propreté, passaient leur doigt sous les commodes. Une trace de poussière : une faute. Trois fautes : l'isolement. "Nous étions traités comme à l'armée, les conditions de vie étaient infectes. Il y avait partout des caméras de surveillance, une interdiction de se rassembler à plus que trois et nous ne pouvions sortir qu'une heure par jour de notre cellule. Des miradors en nombre et des soldats qui, au travers de mégaphones, nous criaient de nous disperser si nous transgressions le code de conduite."

Système absolu de surveillance panoptique. Personne ne peut voir ceux qui voient tout. Personne ne peut savoir ce que voit ceux qui peuvent tout voir. Un truc à devenir fou. Et même plus la possibilité de tourner une clé ou actionner une poignée. 

Avant, la prison était dans la vieille ville, maintenant elle a été déplacée à l'extérieur. Il n'y a même plus les bruits de la ville, les cris des enfants. Juste un bout de ciel et quelques arbres.

Les prisonniers ont fait une grève de la faim, puis une mutinerie. Il  ont brûlé un bloc. Détruit des caméras. Il en reste quelques fils pendant aux murs et puis de la suie au plafond, c'est tout. Le régime de la prison a changé. Il y fut contraint. Ainsi, les pauvres, les moins que rien ont pu déployer une puissance suffisante pour faire plier l'autorité. A l'extérieur, personne n'en parla. Ce qui se passe là-dedans reste là-dedans. Mais les rapports de force sont complexe. Ils doivent, à partir d'un certain niveau, être basé sur des rapports d'équilibre, d'acceptation réciproque, être négociés, et chèrement parfois. Pouvoir, peur, prison. 

Le négoce des choses

Un homme nous demande de lui acheter un pull dès que nous serons dehors. D'ailleurs, chacun, a tour de rôle vient nous trouver avec ses demandes et veut nous faire participer à des plans illégaux en nous testant, toujours sur le ton de la blague, mais avec un oeil curieux, toujours. Marchera ou ne marchera pas? Au début, le regard est scrutateur, puis devient observateur et peut-être ensuite, complice.

L'humour est salvateur pour louvoyer, se dégager, placer le discours en un autre lieu, faire comme si... sans rien rejeter ou promettre. Ici, les attentes sont énormes, rien ne s'oublie d'un projet, d'une promesse. La confiance est fragile, les mots essentiels, et un rien les brise. Le langage est tout ce qui reste, avec le corps, d'une puissance exprimable. Chacun a été trahi et semble guetter le moment de la prochain faillite, avec un mélange de crainte et de certitude face à la réalisation de la prophétie négative, la confirmation de leur nullité... et cela conduit à la rage ou à la résignation.

Nous travaillons à ne pas susciter d'attentes, de désirs excessifs. Pourtant, des désirs, il y en a toujours, de toute façon. On baigne dedans, du moment que l'on met un pied en prison. Alors, à la limite : Agrandir encore. Tourner les choses en dérision. -Si on peut amener une fille la prochaine fois ? Mais oui bien sûr. Une brune ou une blonde ? - Rires. Fantasmes, évasion, rêves. Tout plutôt que rester collé là-dedans, entre quatre murs.

Les rires montent. Pour s'éloigner à vitesse supersonique de la pesanteur du quotidien. Impossible néanmoins d'échapper au manque, au vide, à l'impasse. Il se glisse partout et prend toute la place.

Les familles, souvent, pour des raisons de distance, de honte, d'argent, de peur, de colère, ne viennent plus visiter les leurs qu'elles ne considèrent plus comme tels. Reste les femmes souvent; les mères, les soeurs, surtout.

Parfois la tentation de Dieu surgit. Celle de la violence ou de la mort, pour donner au vide une teinte accomplie, se réapproprier son histoire jusqu'à sa négation. Les grilles  alors, ni même les cachetons, bien qu'ils aient pu jouer un temps cette fonction, ne suffisent plus à contenir l'angoisse intérieur. A se taper la tête contre les murs alors.

L'enfermement dans l'enfermement. Alors, à la fin, tout est égal, s'aligne sur un même horizon. Quelle descendance rêver en prison, quelle suite? Vie et mort semblent tisser une trame indistincte, quand une vieille parole chargée de la poussière des siècles remonte : "j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité".

Tout est égal et pourtant : une salade de fruit, un avion dans le ciel, quelques brins de tabac. Une fête. Tout est égal, et pourtant : une promesse de partie de football dans trois jours au préau central, ça c'est quelque chose. Personne n'aimerait le manquer, c'est un événement inédit.

Hans referme la porte de sa cellule comme on ferme un livre. Il range son couteau, nettoie sa tasse, se frotte la bouche du revers de la manche.

On se dit au-revoir, on s'en va, mais c'est certain, on se retrouve dans trois jours sur le préau central, pour cette partie de football.

Le rendez-vous est pris, pour se mesurer, avec ses fragilités et ses forces.

Pour rien au monde, de part et d'autre, on ne voudrait manquer cela.

Hans dit encore, au moment ou la porte se referme : dites-leur bien que nous sommes des hommes, pas des animaux.

 

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11/04/2018

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne dimanche?

csm_Armut_in_der_Schweiz_CH_f_1_1300x547px_c47bcfa5c2.jpgLa pauvreté augmente en Suisse et à Genève. Elle peut frapper chacun.e. Le filet social est d'autant plus important. Pourtant, on peut lire dans le Temps la grande déclaration de l'Entente (les cinq candidats PDC et PLR) qui annonce que son seul objectif pour la prochaine législature serait, en cas d'élection de couper et couper encore dans les budgets.[1]

Pour ce programme d'austérité, ils veulent "une majorité nette" le 15 avril. Pierre Maudet susurre: "on compte sur le vote de dimanche pour pouvoir faire ce que l'on avait dit que l'on ferait et que l'on nous a empêché de faire : des coupes". C'est incroyable quand même. Voilà une droite qui a disposé d'une écrasante majorité au Conseil d'Etat et au Grand Conseil durant 5 ans et qui, à quelques jours de l'élection, piteusement, demande que l'on reparte pour un tour afin qu'ils puissent réaliser ce pour quoi ils ont été élu le coup d'avant. Il faut rappeler à Monsieur Maudet que si la droite majoritaire n'a pas réussi à mener aussi loin qu'elle l'entend son projet d'austérité, elle ne le doit qu'à elle-même et à sa propre faiblesse. En guise de "programme politique", c'est un sacré constat d'échec que reconnaît l'Entente.

 

Ce Conseil d'Etat, à l'écrasante majorité de droite, a été inefficace durant 5 ans

Il faudrait dimanche leur redonner une majorité pour que le coupe-coupe fonctionne encore? Non. Mieux vaut renverser cette majorité et retirer immédiatement tout objet tranchant de ses mains.

En Ville de Genève, l'Entente s'est trouvée empruntée. Elle ne savait pas où couper ni comment, se heurtant à la réalité : une Ville bien gérée, avec des charges maîtrisées, des budgets à l'équilibre et des comptes bénéficiaires. Quand l'Entente a réussi à trouver là où elle voulait couper (culture et social, toujours!), elle s'est heurtée deux fois en votation populaire à un refus très net (plus de 60%) de la part de la population (en 2016 et 2018).[2] Les coupes ne sont pas une voie à suivre. La population n'en veut pas. 

 

Refusons de couper l'aide publique pour engraisser les privés

L'argument de la droite pour sortir le coupe-coupe est de dire qu'à Genève, "les coûts de l’aide sociale ont explosé de 37% lors de la dernière législature, alors que les revenus ont crû de 12%". Il faut contrer cet argument fallacieux. Si l'on veut baisser les coûts de l'aide sociale, il faut appliquer des modèles créatifs et dynamiques,  afin de sortir les gens rapidement de l'aide sociale.

Par exemple, en facilitant la rente-pont[3] pour les personnes qui perdent leur emploi passé 60 ans; en se donnant les moyens de réduire le nombre de dossiers traités par travailleur social; en favorisant le retour à l'emploi rapide, la formation, en augmentant le nombre de places de crèche afin que tout parent puisse travailler. Voilà ce qui nous motive. Pas de précariser encore davantage les personnes vivant seules, dans un ménage monoparental avec des enfants mineurs, ou celles sans formation post-obligatoire, ou vivant dans un ménage sans aucune personne active occupée, etc.[4] 

 

Les coûts de l'aide sociale augmentent parce que la pauvreté augmente, malgré une conjoncture économique favorable.

Le raccourcissement des délais cadre et la diminution des moyens pour lutter contre le chômage, provoque mécaniquement une augmentation des sommes liées à l'aide sociale. La précarité est le révélateur d'une économie où les salaires sont toujours plus faibles et incertains pour une frange de la population. Un tiers des gens qui obtiennent une aide sociale travaillent! Ils n'arrivent tout simplement plus à joindre les deux bouts.

Il faut le marteler, il n'y a pas d'augmentation en Suisse du nombre de personnes à l'aide sociale en regard de la population globale, mais une augmentation du coût de l'aide sociale, lié principalement à l'augmentation des primes d'assurance maladie et au coût du logement !

La gauche l'a compris, en s'attaquant au coût de l'assurance maladie et aux loyer prohibitifs. Là dessus, il y a des économies à faire afin d'arrêter d'engraisser les privés sur le dos de la collectivité, et cela passe par des changements de lois. Le coupe-coupe de la droite ne va lui qu'enfoncer toujours plus les personnes précaires dans la pauvreté, ne permettant nullement de faire des économies, bien au contraire.

Ayant fait aboutir ce printemps deux initiatives réunissant plus de 7700 signatures pour renforcer l'emploi et la réinsertion socioprofessionnelle, le Parti socialiste agit.[5] Personne n'est par plaisir ou choix à l'aide sociale[6] et personne ne doit y rester. Cela demande un vrai engagement et une vraie politique publique dotée de moyens.  

 

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne?

Si la droite gagne dimanche, nous repartirons pour 5 ans d'une même bouillabaisse créant toujours plus d'inégalités. Nous aurons des entreprises privées toujours plus prospères, et des Genevois-e-s toujours plus pauvres. Pendant que l'économie du Canton continuera à croître, ce seront toujours les mêmes qui en paieront le prix. 

La droite aura beau jeu de taper sur les plus fragiles "ceux à l'aide sociale" pour cacher l'incohérence de sa politique et son manque de vision, cela n'amènera en aucune manière plus de prospérité.

Conclusion : retirons dimanche le coupe-coupe des mains de la droite. Celle-ci a déjà trop largement fait preuve, durant les 5 dernières années, de son incompétence et de son manque de vision pour affronter les défis actuels de notre société.

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/economies-coupes-programme-lentente-genevoise

[2]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/peuple-refuse-no...

[3]https://www.vd.ch/themes/social/prestations-assurances-et...

[4]https://www.tdg.ch/suisse/La-Suisse-compte-600-000-pauvre...

[5] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/7700-signatures-...

[6] https://www.rts.ch/info/suisse/9005618-sans-l-aide-...

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09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

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05/04/2018

Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

 

Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

 

La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

 

Un gros problème d'humanité

Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

 

Assez de technocratisme !

1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

A gauche !

Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

 

[1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/inter...

 

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29/03/2018

Passer à l'Action

csm_ACTIONS_logo_low_e88433c644.pngLa maison de quartier des Eaux-Vives m’a proposé de participer au projet Actions de Yan Duyvendak[1]. Ce projet de théâtre action a pour objectif de constituer une arène démocratique où des acteurs différents : requérants d’asile, politiques, fonctionnaires, travailleurs sociaux, sont réunis et ouvrent en présence d'un public le débat de la migration durant presque deux heures.[2]

Je ne savais pas à quoi je m’engageais, mais j’ai accepté, immédiatement. D’abord parce que j’habite à quelques centaines de mètres du foyer Frank Thomas, qui accueille des requérants d’asile, et que la maison de quartier me semblait être un lieu parfait pour ouvrir ce genre de débat, ensuite parce que la question de la migration, les conditions pratiques avec lesquelles sont accueilli.e.s celles et ceux qui arrivent à Genève est primordiale, et l’urgence d’en débattre manifeste.

Mais surtout, parce que si l’on parle de migrations et de migrant.e.s, quand est-ce que concrètement l’on s’en parle, face à face, et cherchons ensemble des solutions pour réduire les distances entre nos vies, contenir le rythme de celles-ci qui repousse certains dans les marges de l'indifférence. 

Participer à Actions était une bonne manière d’élever le niveau de conscience politique et éthique concernant la responsabilité envers autrui pour faire émerger des moyens concrets, ensemble, pour améliorer concrètement les situations de vie de, celles et ceux qui sont accueilli.e.s, et la compréhension de celles et ceux à qui il revient d'accueillir.

  

index.jpgUne méthode de travail

Le projet Actions est efficace. Il propose, à l’aide des outils du théâtre (production, dramaturgie, direction), un cadre pour poser et faire avancer un débat dynamique. Il permet, à l’image du dispositif des chaises placées en cercles concentriques, de progresser d’une manière circulaire, sans tomber dans l’opposition ou les contradictions conduisant aux blocage usuels.

La puissance de ce projet est celui de contraindre à croiser les divers points de vue, sans attribuer à quiconque de monopole de la parole ni céder à la tentation d’un locuteur tout puissant. Cela permet ainsi à chacun.e de s’exprimer de là où il, elle, se trouve et mettre ainsi le spectateur face à un déroulement qui, certes est un spectacle, mais plus réel que la réalité, est surtout une sorte de condensé de celle-ci.

Celui qui participe réalise alors que, s’il est un spectateur, il est profondément, comme humain, un acteur responsable. Il est alors amené, à la fin de la soirée, à s’engager, en remplissant une fiche sur laquelle il va poser ses propositions, ses disponibilités, pour réaliser des actions concrètes.

 

C'est le face à face qui nous change

Participer à Actions m’a permis de mieux comprendre la situation des migrant.e.s. Lorsque l’on est confronté à la parole de l’autre, à son corps et son visage, on ne peut s’y dérober. Les fantasmes ou les allégories sur les migrant.e.s disparaissent sous la force du témoignage de celles et ceux qui se lèvent pour parler de leur vécu. Elles nomment alors l’incompréhension, les blocages de la langue, l’éloignement, la souffrance, le rapport kafkaïen aux règles et règlements, le sentiment d’avoir quitté une prison pour une autre, et l’inhumanité des mécanismes administratifs.

Ces paroles sont de celles qui transpercent. Le dispositif d’Actions permet de constater que chacun.e, selon là où il est placé, fait de son mieux (ou au moins pire). Autant le travailleur de l’Hospice général que le fonctionnaire du bureau de l’intégration des étrangers assument leur position, qui est loin d’être simple, et jouent leur rôle, au sens propre comme au sens figuré.

Il n’y a pas ici des victimes et des bourreaux, des situations binaires, mais des humains embarqués dans une histoire.

D’une manière complexe, et peut-être tragique, nous sommes au final toutes et tous placés dans un système qui, à partir de notre place dans celui-ci, oriente nos conduites et nos paroles, limite nos choix ou les oriente. Vous avez beau faire le même voyage en autobus, selon que vous êtes assis ou debout, ou avec quelqu’un qui vous écrase le pied, ce ne sera clairement pas le même trajet. Qui refuserait de soulever son pied si on lui disait clairement qu'il pèse sur celui d'un autre?

 

Pas une posture morale, mais un chemin éthique

Nous sommes responsables des systèmes que nous constituons et donc alimentons, passivement ou activement. Il s’agit donc de mieux comprendre les enjeux structurels et collectifs pour les changer concrètement.

Si nous bénéficions de la force des systèmes, pourquoi leur donner tant de puissance quand ces derniers contraignent fortement d’autres êtres humains ? Nous sommes responsables des alliances que nous tissons avec celles et ceux qui subissent le plus durement des inégalités. Qu’est-ce qui fait que nous nous sentons liés, ou pas, à la souffrance d’autrui? 

Le projet Actions permet de passer d’une position distante et/ou indifférente à une position responsable. Ce projet place chacun.e devant le visage d’autrui et oblige, comme l’énonçait le philosophe Lévinas, à y percevoir au-delà d'une simple image ou reflet, une existence et une exigence, celle de mon entière responsabilité envers cet autre comme moi-même. Et donc, selon ses paroles, ses attentes, ses besoins et les miens, de passer rapidement à l’action pour ne pas être spectateur et ultimement complice des injustices, mais bel et bien un acteur engagé et responsable.     

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=BQjvtdEZcqI

[2] http://www.duyvendak.com/index.php?/performances/actions/

17:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théatre, actions, duyvendak, migrants, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |