sylvain thévoz

22/07/2018

Le capitalisme veut ton sourire

Le capitalisme veut ton sourire :

jeune homme courant avec ton tapis sous le bras pour aller au cours de yoga 

trentenaire achetant tes produits bio acheminés en camion depuis la Pologne

famille râlant sur ton vol annulé, continuant chaque été à reprendre la même compagnie d'aviation

féministe refusant la domination masculine et t'épilant méthodiquement, parce que c'est quand même plus joli comme ça

travailleur précaire votant contre l'instauration du salaire minimum.

 

Le capitalisme veut ton sourire:

jeune femme, écouteur sur les oreilles, qui médite sur ton cours de pleine conscience, et traverse tout droit au milieu de la route sans voir les bagnoles

retraité dépassé par l'augmentation de tes primes d'assurance maladie, qui refuse la création d'une caisse publique d'assurance maladie

grand-mère effrayée que les riches partent si on fait sauter les forfaits fiscaux, et qui accepte de payer proportionnellement plus d'impôts qu'eux 

jeune avocat qui veut éradiquer le deal, et achète sa coke à l'étude

boucher qui se tue au travail et vote contre une semaine supplémentaire de vacances pour tous

médecin qui fume deux paquets de clopes par jour et recommande de faire de l'exercice

trentenaire qui trouve que la prostitution c'est mal et se branle sur youporn

étudiant qui refuse de payer 10ct le litre de lait plus cher, et qui bouffe au Mac do

diététicienne qui dit de manger 5 fruits et légumes par jour, quand on a même pas le fric pour aller chez Lidl  

 

Le capitalisme veut ton sourire :

quadra engagé qui trie méthodiquement ses déchets en regardant les camions de la Migros partir à l'incinérateur 

geek qui consomme son information sur Facebook et partage larme à l'œil l'avis mortuaire du Matin sur twitter 

autorité qui pose des bacs à fleur dans l'espace public en interdisant à quiconque d'y mettre un parasol 

autorité qui élargit les routes et interdit les grillades dans l'espace public, parce que cela sent trop mauvais 

vieillards qui râlent comme quoi c'était mieux avant, et continuent à faire que ce soit chaque jour pire

bobos qui aimeraient du silence et gueulent pour que les autres se taisent

décideur politique qui, au nom du respect de l'autre, impose sa loi à tous.

 

Le capitalisme veut ton sourire :

autorité qui invite les gens à se réapproprier l'espace public, puis colle des amendes à ceux qui le font sans autorisation et surtout sans le sponsor qui va avec 

adolescent qui trouve immonde de manger du chat, mais que le cheval ne dérange pas -Un petit lapin c'est si goûtu-

quinqua qui met "indigné" sur son profil facebook, puis retourne regarder le Tour de France après avoir "liké" le Mondial  

bon citoyen qui ne veut pas donner un centime aux mendiants, mais accepte de payer bonbon pour les placer en prison 

polytraumatisé des génuflexions pour qui la religion est encore l'opium du peuple, alors que l'on est passé au crack depuis l'informatique

connard qui dit je ne suis pas raciste, mais…

 

Le capitalisme veut ton sourire:

ingénu qui trouve les pays du sud corrompus et n'est jamais allé à la salle des pas perdus du Palais Fédéral.  

 

Le capitalisme veut le sourire, de tous, tout le temps.

Par des rapports de pouvoir qui sont devenus des habitudes. Par des habitudes de domination et de soumission qui sont devenus des secondes natures.

Par la capacité d'opposer les un.e.s aux autres en tirant structurellement sa manne de l'inaction et des disputes.

Par le nationalisme qui se maquille en folklore typique, par le sexisme qui se travestit en habile commerce. Par le racisme structurel qui se camoufle en distinction narcissique.

Par l'air que tu respires, doux très doux jusqu'à l'asphyxie, pendant que d'autres crèvent la bouche ouverte. Par l'interdiction de la contestation, ou alors seulement sur les T-shirt ou Facebook. 

Le capitalisme veut ton sourire. Par la complicité. Par la férocité de son appétit, par sa facilité à faire de tes désirs ses besoins; et de tes nouveaux besoins ses échanges monétaires.

Le capitalisme veut ton sourire.

Car de ton silence, de ta colère, de tes prières et lectures, il sait qu'il n'aura pas un sou.

 

 

 

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19/07/2018

Déraciner le racisme !

37197741_10156321900956826_2772716446893998080_n.jpgLa France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d'une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu'est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l'école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une "origine" aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l'armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l'activisme et l'indignation de nombreuses personnes pour que l'affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d'alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l'ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d'impunité que certains ressentent. 

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m'interpelle que l'information aie d'abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu'il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s'était saisi de l'affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le "travail journalistique", pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L'indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n'est pas une caricature, c'est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d'une telle image est inacceptable.[2]

C'est inquiétant qu'il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu'il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l'emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans "l'humour" ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l'on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de "chasse aux sorcières" ou de "lynchage médiatique", comme si la personne qui poste publiquement une photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d'être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l'ont bien cherché mais qu'elles sont des victimes d'agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre. 

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu'il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la "blague", l'humour, le renversement du rôle d'agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s'engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d'un autre temps.

Rappelons l'existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse...

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene...

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs...

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-...

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-...

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-...

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

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15/07/2018

Voiture à ras du sol

EA414663-F020-44BB-AB57-A70B202E736B.jpegOn entend souvent parler du grand chassé-croisé estival. Les protagonistes sont identifiés : juillettistes et aoûtiens. C'est vrai que cela fait du bruit quand ils se croisent. Sur des kilomètres, longs bouchons, colonnes de véhicules au ralenti, on en mesure la taille, les temps d'attente au tunnel du Gothard, aux péages. On lui donne des couleurs : rouges ou oranges, des noms d'oiseaux ou de bison, etc. Tout un folklore. Ce n'est pas de ce chassé-croisé que je souhaite parler, mais d'un autre qui est moins médiatique, plus discret.

 

 

L'été en fin de soirée...

Quelque chose attire parfois le regard. Une sorte de ballet autour de véhicules. Des personnes fument, d'autres empoignent une "dernière" valise - pas sûr qu'il n'y en aie pas encore une ou deux-, entament un casse-croûte sommaire, sur un coin de capot ou de trottoir. Voiture chargée de bagages, au ras du sol.

Ce théâtre de rue s'ouvre sitôt prononcées les vacances scolaires. Alors que pour certains la page de leur journée se clôt, pour d'autres un grand chapitre s'ouvre. S'allument les grands phares. C'est de ce chassé croisé là que je veux parler. Celui qui se passe entre ceux qui n'ont plus que quelques mètres à faire pour se mettre sous les plumes, alors que d'autres se préparent à une grande odyssée. Ce chassé-croisé qui durera tout l'été, dans l'anonymat des villes, des vies qui se croisent. 

 

Sur le départ

Ils contrôlent une dernière fois le niveau d'eau, d'huile. Ils vérifient qu'ils n'ont oublié ni triangle de panne, ni la petite couverture, pour quand il fera froid, pour la déposer dans l'herbe pour y pique-niquer tranquille sur l’aire d'autoroute.

Ils  font tourner le moteur. Ils font durer ce moment. Plaisir des ultimes préparatifs. Clôture du chargement. Ce qui est dans l'air avant le départ est bon, peut-être même meilleur, que le voyage lui-même.

Ce qui flotte dans l'air ? Le parfum du retour au pays. Impossible de savoir lequel. Toutes les valises se ressemblent. Les voyageurs aussi. Ils vont partir très longtemps. Et loin, cela se sent. Ils vont revoir des proches. Amener des cadeaux, en ramener aussi. Ils ne prennent pas un avion barbare et bon marché, qui vous catapulte d'un lieu à l'autre en quelques heures, vous laissant échoué et groggy. Non, ils prennent leur voiture, tous leurs bagages, un peu de leur maison d'ici pour la déplacer là-bas.

 

Tetris minutieux

Chaque espace du véhicule est le fruit d'un savant assemblage. Les places sont attribuées à chacun.e, parfois chèrement négociées. Personne ne veut se retrouver sur le siège central.

Ils savent qui conduira, pour combien de temps, qui le relaiera ensuite. Parfois, le conducteur refuse de transmettre le volant. Il en fait une affaire personnelle; ou alors prétend que cela a toujours été fait comme ça, le capitaine c’est lui. Il ne viendrait à l'idée de personne de lui disputer cette responsabilité : un privilège.

Il fera des siestes, biberonnera son red bull. Héros de la route, Ulysse des péages, il avalera les kilomètres : 1000 ou 2000, peut-être même plus. Les autres passagers seront réduits à l'intendance, condamnés à tour de rôle à refuser le sommeil comme des sentinelles. La nuque raide, l’oeil dans le vague, solidaires.

A ce chauffeur, on lui a préparé à manger : des sandwichs, faciles à emporter, enrobés dans du papier d'aluminium. Ses boissons préférée : thé vert ou thermos de café sucré, pour lutter contre le sommeil. Ce sommeil qui finira par emporter tout l'équipage juste avant le petit jour. Sauf lui, évidemment, gardant le cap, malgré la houle et les roulis du bitume. 

 

cycles de sommeil inversés 

C'est le grand départ. L’épopée. Tout le monde, au-delà de minuit, est en alerte, excité. Les enfants n'ont pas dormi les nuits précédentes. Ils ont littéralement piqué du nez à la piscine durant la journée.

C'est le dernier moment pour les derniers contrôles. Passeports, ok, pression des pneus, ok, carte grise rangée dans la boîte à gants, ok. Tout semble en ordre. Dernière bouffée de la dernière clope s'écrase du talon sur le trottoir. Et hop. Claquements de portes. Embrayage. Bye bye Genève, bye bye la Suisse. See you a la fin de l’été.

Parfois, quand on frotte deux cailloux l'un contre l'autre, une petite étincelle en jaillit. Parfois, il en est pareil du croisement de deux existences, il en jaillit alors un parfum, une image. On voit surgir des voitures au ras du sol les toits de villes du sud. On perçoit le parfum des cyprès, l'entêtante résine du mazout des stations essence ou de ports illuminés jour et nuit, le goudron fondu, la poussière sur les fruits trop mûrs.

Pendant que d'autres roulent, mes yeux se croisent.

Je m'endors. Ou plutôt : je rêve et je voyage avec eux.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=MbjIWSTYFWs

 

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11/07/2018

Le coupe du monde

444px-Foot_field_AG3.svg.pngLe capitaine, le public, le soigneur, le kiné, les hooligans, le préparateur physique, l’entraîneur, le masseur, le défenseur, le gardien de but, l’attaquant.

L'arbitre, le soigneur, le brancardier, l’ailier gauche, le remplaçant, le patron, le taulier, le libero, le commentateur sportif, le comédien, le président, le politique, le juge de ligne, l’ailier droit, le consultant, le vieux briscard.

Le kop, le parieur, les ultras, le comédien, le stimulateur, le vestiaire, le sponsor, le journaliste, l'équipe, le ramasseur de balle, le 13e homme, le récupérateur, le gratte ballon, le public, le buteur, le match winner, le looser, le millionnaire, le juge de touche, le coupeur de citron, le tacticien, le laveur de maillot, le barbier, le coiffeur, le tatoueur.

 

La testostérone.

Le coupe du monde.   

 

 

 

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07/07/2018

Ô rade ô désespoir

IMG_3082.jpgElle est bichonnée, elle est bien nettoyée, elle l'est surtout pour les touristes qui arpentent ses quais. Elle est objet de tous les soins, tous les égards, comme il sied aux cartes postales ou aux images d'Epinal. Mais n'en fait-on pas trop en terme esthétiques pour ce lieu. Et s'il est aisé de lustrer facilement ce qui brille, au détriment de quoi cela se fait-il ?

 

 

La mobilité en rade

Les cyclistes ne peuvent plus passer le long du jardin anglais, on les a repoussé à l'arrière du jardin (pas sur la route non, ça aurait probablement trop dérangé les automobilistes). Une piste provisoire s'étend le long du pont du Mont-Blanc où les cyclistes s'encolonnent (impossible de dépasser), avec au bout un arrêt mortel au pied de l'hôtel des Bergues, obligeant les vélos à monter sur les trottoirs s'ils veulent tourner pour remonter sur la rue de Chantepoulet pendant que les véhicules les frôlent.

Toujours et encore, la ville demeure pensée pour les voitures avant tout. L'autoroute urbaine qui longe le lac est dangereuse, avec des passages-piétons à risques, insuffisamment signalés le long du quai Gustave Ador, des temps de passage trop courts devant l'Horloge Fleurie - faut être adepte du sprint pour passer-, ou le long du quai Wilson - et tant pis pour les aîné.e.s ou les personnes à mobilité réduite-. La priorité aux voitures demeure la norme, c'est regrettable. Voilà pourtant, au-delà des vernis cosmétiques, ce qui changerait vraiment la rade : la rendre aux habitant.e.s, pas au trafic de transit. 

Au moment où certains évoquent un réaménagement futur de la rade et se réjouissent de l'ouverture de la nouvelle plage aux Eaux-Vives en 2019, pourquoi ne pas aller au-delà de l'esthétisation des quais, et refuser de laisser une autoroute les balafrer? La rade, belle rade, objet de tous les soins et obsessions, est bichonnées, nettoyée, mais malheureusement, aucun choix fort n'est posé pour la rendre à ses habitant.e.s.

 

IMG_3015.jpgSuperficie ici, abandon là-bas

Témoin, le concept de l'été pour la rade : l'Escale. Sorte de structure hybride, accueillant des concerts et une simili-bibliothèque (plutôt une colonne phallique avec trois ouvrages posés dedans), offrant des hamacs pour s'y délasser et à coups de publicités sponsorisés sur Facebook cherchant à faire venir des gens là où ils vont naturellement.

Oui, c'est agréablement fait, avec une prime à l'effet d'aubaine pour celui qui passe par là. Mais finalement à qui cela s'adresse-t-il, avec quelle intention ? Aux badauds, aux touristes? Et pourquoi déposer cette escale dans la rade alors que des quartiers comme le Petit-Saconnex, les Acacias, ou Châtelaine, manquent d'infrastructure publique, que des places de jeux nécessitent des rénovations urgentes sur la rive droite, pendant que des Maisons de quartier déplorent le manque de moyens et de ressources pour les centres aérés et l'accueil de jeunes?

Plutôt que de renforcer encore la centralité, et l'attractivité de lieux naturellement fréquentés, ne serait-il pas plus intéressant de renforcer une présence dans des lieux inanimés ou oubliés et amener les services publics là où il y a un déficit de ressources et, ou, des quartiers impactés par des travaux ou des changements structurels de fond ?

 

Tape à l'oeil

Le développement tape à l'oeil, d'animation facile et racoleur, ce tout à la rade, bien que sympathique accentue surtout, pour certains, le sentiment d'être les oublié.e.s d'une politique centrifuge.

Et certes, s'il est plus sexy pour un magistrat de mettre des lumières autour de la rade en hiver avec le festival Geneva lux, et en été de frimer avec l'Escale, il est intéressant de se demander, en terme de politique publique, si le plus urgent est réellement de mettre des lampions à la place Bel-Air et des hamacs le long du quai Gustave-Ador.

Point de vue communication, ça marche, évidement. Sur instagram c'est joli. Mais cela renforce surtout le sentiment qu'il y a des zones privilégiées et des quartiers éloignés, moins bien équipées et soignés. En terme de cohésion sociale, ce n'est ni bon ni souhaitable. C'est également une manière de surfer sur les problèmes de fond sans les traiter (trafic routier, gentrification). Et si certains exécutent les demandes  des hôtels de luxe de la rive droite pour qu'un tournoi de beach-volley soit déplacé au Port-Noir, car le bruit des sportifs incommodait les clients, ils restent plus hermétiques aux attentes et demandes des associations et habitant.e.s plus éloignés de la rade.

Escale

Le sentiment doux et sucré de lieux comme l'Escale ne fait ainsi aucunement disparaître les rapports de force et d'emprise sur l'espace public.

Au contraire même, en dépit des baby-foot et de la pétanque, ils les accentuent et rappellent qu'en terme de choix de lieux et d'intervention publique, rien n'est neutre.

Politiquement, renforcer ce qui est fort et délaisser ce qui nécessite plus d'attention ne fait que creuser les inégalités. C'est le choix fait quand on bichonne superficiellement la rade, tournant le dos à ce qui se passe fondamentalement au-delà de celle-ci.

Ô rade ô désespoir. Ô communicants ennemis.

 

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01/07/2018

Spécisme & co

antispécisme,alimentation,chasse,animaux,familiers,domestiquesQuelle est la différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Un bon chasseur il tire, et un mauvais chasseur... il tire aussi. Cette chute d'une vidéo des Inconnus sur les chasseurs a longtemps été citée comme paradigmatique de l'absurde de la chasse[1]. Aujourd'hui, si cette vidéo était prolongée, on pourrait y adjoindre une séquence : quand un chasseur voit la biche : il tire. Si c'est un âne: il tire pas. Ben ouais, la biche c'est un animal, et l'âne c'est... euh... un animal, mais pas comme la biche.

Le bon et le mauvais chasseur 

Un article de la tribune de Genève du 29 juin nous indique qu'un mauvais chasseur a été condamné  pour avoir tiré sur des ânes près du village d'Arith, en France voisine.[2]. Deux bêtes sont mortes sur le coup, deux autres gravement blessées ont été euthanasiées par la suite. Le chasseur a été poursuivi pour actes de cruauté envers animaux domestiques et violation d'ordonnance sur la chasse. La Fédération de chasse de la Savoie s'est aussi constitué partie civile. Le chasseur, pour sa défense, a prétendu avoir confondu les ânes avec des biches. La fédération des chasseurs a confirmé qu'il était impossible, à la distance où se tenait le chasseur, de les confondre. Le chasseur a été condamné à une amende. Son permis de chasse révoqué. Très (très) mauvais chasseur, donc.

Qu'est-ce qui différence un chat d'un chat sauvage?

Cela interpelle et questionne. Car enfin, un bon chasseur peut tirer des biches sans crainte de jugement pour cruauté envers animal, mais pas des ânes. Pourtant, qu'est-ce qui différencie la biche de l'âne? En un mot : la domesticité, qui est un autre mot pour dire la familiarité. L'âne a un propriétaire, là où la biche n'en a pas. Et les enfants, nous précise l'article, caressaient les ânes dans le champ, et jouaient avec eux. Si le mauvais chasseur avait tiré sur une vache, un chat ou un chien, il aurait certainement écopé du même verdict. Au diable galinettes cendrées, sangliers ou chevreuils, ces derniers peuvent passer sans autre à la moulinette. Les enfants n'ont pas de lien particulier avec eux, on ne leur donne pas de petit nom, ne les nomme ni "fleurette" ou "médor". Conséquence: on leur envoie du plomb. C'est la loi, la coutume.

L'acte de nommer ferait donc basculer du champ du sauvage à celui du familier et préserverait des balles. Il est intéressant de relever que le chemin inverse se fait pour les tueurs d'humain. L'histoire nous montre que ces derniers prennent comme première mesure de retirer le nom de leur victime, d'effacer l'identité de celles et ceux qu'ils peuvent ensuite tuer... comme des bêtes. Le fait de nommer distingue ce qui est familier de ce qui ne l'est plus, et qui finit, suivant une pente bien humaine et morbide, de ne plus mériter aucun égard, ni même la vie.

 

Qu'est-ce que le domestique?

Mais notre chasseur d'ânes, pourquoi n'a-t-il pas écopé de dommage à la propriété plutôt que cruauté sur animal ? Et puis,  s'il y a cruauté envers animaux, quand un chasseur s'en prend à des ânes dans un champ, comment se fait-il que le paysan qui envoie ses chevaux à l'abattoir ou fait de son cochon saucisses et boudins, n'écope pas lui aussi d'une même peine ? Ne devrait-il pas être pareillement condamné pour cruauté sur animal ? Les tribunaux seraient alors remplis d'éleveurs, et les chaînes de supermarchés définitivement et lourdement condamnées pour massacres en bande organisée. Pourtant, à ce jour, cela n'arrive pas. La loi protège ceux qui tuent des animaux domestiques pour autant que ces derniers soient sur une liste agrée et que cela se pratique dans les règles.

 

Tu ne tueras point ( sauf exceptions listées ci-dessous)

Résumons :

1) Les bêtes dites sauvages (celles à qui on ne donne pas un nom d'ami), on peut leur tirer dessus (pour autant qu'elles ne soient pas en voie de disparition, parce que là ça va trop loin), à des périodes spécifiques (chasse ou fêtes), en dehors desquelles, il faut les laisser souffler (elles doivent bien pouvoir se reproduire pour qu'on puisse les supprimer).

2) Les bêtes domestiques, il est interdit de leur faire du mal (essayez de tirer sur votre chat pour voir), mais à l'exception de certains animaux domestiques (qui sont joyeusement mis à mort), mais selon certaines règles (n'amenez pas votre chat à la boucherie, vous serez dénoncé, et ne tuez pas votre cheval dans un champ), et ce donc avec une ferveur redoublée  à certaines périodes de l'année (à Noël ou en été, pour la dinde ou les grillades).

3) Enfin, il y a des animaux domestiques qui sont supprimables sans aucuns soucis légaux (vous pouvez broyer de la souris tant que vous voulez, gazer des taupes, éliminer tous les insectes possibles et imaginables, ces derniers étant rangés dans la catégorie des nuisibles, donc considérés comme qualité négligeable, quel que soit le petit nom que vous ou vos enfants leur aurez donné. Un conseil, faites juste gaffe, si votre enfant a appelé mimi la petite souris de la cave, de bien nettoyer la pelle qui aura servi à l'occire, car en cas de disparition avérée, soupçonné, vous aurez à siéger devant le plus sévère des tribunaux : familial, dont la sanction ne sera pas pécuniaire, mais affective, ce qui est grave).

 

L'humain au centre: mais de quoi ?

Ces distinctions arbitraires entre le domestique et le sauvage sont construites sur des bases économiques, culturelles, historiques, relativement complexes. Voulues et pensées par l'humain, c'est lui qui en assume les frontières et les évolutions. L'histoire change, et si une certaine cohérence d'ensemble s'y retrouve, elle est grandement illisible pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas les mêmes codes culturels ou y cherchent une logique éthique (ici on mange les cuisses de grenouille là bas on ne touchera jamais au cuisseau d’un canasson). Bien sûr, tout cela change au fil des siècles, et si nos grands-parents ont massacré des renards, leur tirer dessus quand ils chapardent dans les poubelles du quartier serait condamné, et pas seulement pour trouble à l’ordre public. L'humain aujourd'hui reste le centre, mais l'économie, la culture ont changé, et pas sûr que les coutumes des grands-pères et grands-mères soient encore applicable à notre siècle.

 

L'antispécisme : un temps d'avance

Aujourd'hui, celles et ceux que l'on appelle antispécistes, et qui refusent toute mise à mort d'animaux, ont une avance éthique et une cohérence considérable sur ce sujet. Cela leur donne une puissance incontestable. Que certains d'entre eux en viennent à casser des vitrines pour se faire entendre est regrettable, mais devrait alimenter le débat de fond plutôt que de permettre à certains de se cacher derrière le verre éclaté pour ne pas affronter l’interrogation sur la légitimité au-delà de la légalité pour l’humain de tuer ou non des animaux, et la manière dont il se le permet.

L'humain a décidé des espèce qui lui sont asservies pour sa nourriture, son agrément, et son plaisir. Il a défini les espèces qu'il s’autorise à tuer, et d'autres qu'il peut élever pour un usage segmenté de telle ou partie de la bête - fourrure, oeufs, ou essences-, et d'autres enfin qu'il vénère. Aujourd'hui, cette carte peut, doit évoluer.

Le mauvais chasseur qui a tiré sur des ânes a été condamné pour cruauté sur animal. Les bons chasseurs aux mains immaculées : Monsieur et Madame tout le monde mangeant de bons steak au restaurant et se délectant de filets de perche ne le seront pas...  enfin, pas dans l'immédiat. Il n’empêche, la réflexion sur l’hégemonie humaine du droit de vie ou de mort sur les animaux de la part des bipèdes est à poursuivre.

 

 

[1]https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

[2]https://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Le-chasseur-suisse...

 

 

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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11/04/2018

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne dimanche?

csm_Armut_in_der_Schweiz_CH_f_1_1300x547px_c47bcfa5c2.jpgLa pauvreté augmente en Suisse et à Genève. Elle peut frapper chacun.e. Le filet social est d'autant plus important. Pourtant, on peut lire dans le Temps la grande déclaration de l'Entente (les cinq candidats PDC et PLR) qui annonce que son seul objectif pour la prochaine législature serait, en cas d'élection de couper et couper encore dans les budgets.[1]

Pour ce programme d'austérité, ils veulent "une majorité nette" le 15 avril. Pierre Maudet susurre: "on compte sur le vote de dimanche pour pouvoir faire ce que l'on avait dit que l'on ferait et que l'on nous a empêché de faire : des coupes". C'est incroyable quand même. Voilà une droite qui a disposé d'une écrasante majorité au Conseil d'Etat et au Grand Conseil durant 5 ans et qui, à quelques jours de l'élection, piteusement, demande que l'on reparte pour un tour afin qu'ils puissent réaliser ce pour quoi ils ont été élu le coup d'avant. Il faut rappeler à Monsieur Maudet que si la droite majoritaire n'a pas réussi à mener aussi loin qu'elle l'entend son projet d'austérité, elle ne le doit qu'à elle-même et à sa propre faiblesse. En guise de "programme politique", c'est un sacré constat d'échec que reconnaît l'Entente.

 

Ce Conseil d'Etat, à l'écrasante majorité de droite, a été inefficace durant 5 ans

Il faudrait dimanche leur redonner une majorité pour que le coupe-coupe fonctionne encore? Non. Mieux vaut renverser cette majorité et retirer immédiatement tout objet tranchant de ses mains.

En Ville de Genève, l'Entente s'est trouvée empruntée. Elle ne savait pas où couper ni comment, se heurtant à la réalité : une Ville bien gérée, avec des charges maîtrisées, des budgets à l'équilibre et des comptes bénéficiaires. Quand l'Entente a réussi à trouver là où elle voulait couper (culture et social, toujours!), elle s'est heurtée deux fois en votation populaire à un refus très net (plus de 60%) de la part de la population (en 2016 et 2018).[2] Les coupes ne sont pas une voie à suivre. La population n'en veut pas. 

 

Refusons de couper l'aide publique pour engraisser les privés

L'argument de la droite pour sortir le coupe-coupe est de dire qu'à Genève, "les coûts de l’aide sociale ont explosé de 37% lors de la dernière législature, alors que les revenus ont crû de 12%". Il faut contrer cet argument fallacieux. Si l'on veut baisser les coûts de l'aide sociale, il faut appliquer des modèles créatifs et dynamiques,  afin de sortir les gens rapidement de l'aide sociale.

Par exemple, en facilitant la rente-pont[3] pour les personnes qui perdent leur emploi passé 60 ans; en se donnant les moyens de réduire le nombre de dossiers traités par travailleur social; en favorisant le retour à l'emploi rapide, la formation, en augmentant le nombre de places de crèche afin que tout parent puisse travailler. Voilà ce qui nous motive. Pas de précariser encore davantage les personnes vivant seules, dans un ménage monoparental avec des enfants mineurs, ou celles sans formation post-obligatoire, ou vivant dans un ménage sans aucune personne active occupée, etc.[4] 

 

Les coûts de l'aide sociale augmentent parce que la pauvreté augmente, malgré une conjoncture économique favorable.

Le raccourcissement des délais cadre et la diminution des moyens pour lutter contre le chômage, provoque mécaniquement une augmentation des sommes liées à l'aide sociale. La précarité est le révélateur d'une économie où les salaires sont toujours plus faibles et incertains pour une frange de la population. Un tiers des gens qui obtiennent une aide sociale travaillent! Ils n'arrivent tout simplement plus à joindre les deux bouts.

Il faut le marteler, il n'y a pas d'augmentation en Suisse du nombre de personnes à l'aide sociale en regard de la population globale, mais une augmentation du coût de l'aide sociale, lié principalement à l'augmentation des primes d'assurance maladie et au coût du logement !

La gauche l'a compris, en s'attaquant au coût de l'assurance maladie et aux loyer prohibitifs. Là dessus, il y a des économies à faire afin d'arrêter d'engraisser les privés sur le dos de la collectivité, et cela passe par des changements de lois. Le coupe-coupe de la droite ne va lui qu'enfoncer toujours plus les personnes précaires dans la pauvreté, ne permettant nullement de faire des économies, bien au contraire.

Ayant fait aboutir ce printemps deux initiatives réunissant plus de 7700 signatures pour renforcer l'emploi et la réinsertion socioprofessionnelle, le Parti socialiste agit.[5] Personne n'est par plaisir ou choix à l'aide sociale[6] et personne ne doit y rester. Cela demande un vrai engagement et une vraie politique publique dotée de moyens.  

 

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne?

Si la droite gagne dimanche, nous repartirons pour 5 ans d'une même bouillabaisse créant toujours plus d'inégalités. Nous aurons des entreprises privées toujours plus prospères, et des Genevois-e-s toujours plus pauvres. Pendant que l'économie du Canton continuera à croître, ce seront toujours les mêmes qui en paieront le prix. 

La droite aura beau jeu de taper sur les plus fragiles "ceux à l'aide sociale" pour cacher l'incohérence de sa politique et son manque de vision, cela n'amènera en aucune manière plus de prospérité.

Conclusion : retirons dimanche le coupe-coupe des mains de la droite. Celle-ci a déjà trop largement fait preuve, durant les 5 dernières années, de son incompétence et de son manque de vision pour affronter les défis actuels de notre société.

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/economies-coupes-programme-lentente-genevoise

[2]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/peuple-refuse-no...

[3]https://www.vd.ch/themes/social/prestations-assurances-et...

[4]https://www.tdg.ch/suisse/La-Suisse-compte-600-000-pauvre...

[5] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/7700-signatures-...

[6] https://www.rts.ch/info/suisse/9005618-sans-l-aide-...

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09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

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08/03/2018

Féminisme : au boulot les gars !

Le 8 mars, c'est la journée de lutte pour les droits des femmes. Et cela fait toujours réagir. Que ce soit par des remarques amères "c'est une journée pour les femmes, il en restera toujours 364 pour les hommes", ou par le constat désabusé qui fait de cette journée l'équivalent d'une fête des mères ou d'une date anniversaire bidon pour se donner bonne conscience.

Mais cette journée est d'abord l'occasion importante d'une prise de conscience. Et bien au-delà d'une journée c'est, notamment en ville de Genève, une semaine entière d'actions pour l'égalité qui se poursuit ensuite par l'engagement d'associations et de militant-e-s toute l'année pour l'égalité. C'est une étape pour les femmes, mais surtout pour l'égalité entre les genres, pour toutes et tous. Si cela semble presque simple exprimé ainsi, on en est pourtant encore loin.  

Si certain-e-s pensent que c'est aux femmes uniquement de se libérer de l'oppresseur (le sexisme, le patriarcat), il est tout aussi urgent que les hommes remettent profondément en question leurs privilèges. Car il n'est plus possible  de dire que ces avantages sont inconscients ou structurels ou de les nier, pour en être quitte, ni de penser que ce seront aux femmes de faire le travail seules, avec des gars qui se débarrasseraient de cet enjeu, comme ils se délestent de la charge mentale, des double-standards, et du sexisme.

Au final, ces doubles standards, ces rôles de genre stéréotypés affectent l'être humain à partir de sa naissance et le marquent jusqu'à sa mort. Hommes comme femmes en sont marqué-e-s.

   

Féminisme : au boulot les gars!

Combien d'hommes demandent à travailler à temps partiel, combien se mobilisent pour un congé paternité digne de ce nom, ne ricanent pas aux blagues sexistes, haussent le ton ou s'interposent en cas de domination masculine, d'abus, de violence? Combien renoncent à leur carrière au profit de leur conjointe ? Expliquent à leur patron qu'ils ne pourront venir travailler parce que leur enfant et malade, et quand leurs proches aîné-e-s ont besoin de proches aidant-e-s, renoncent à un pourcentage de travail? Un certain nombre, certes; quelques uns, oui. Mais quoi qu'il en soit, trop peu encore. Car si c'était le cas, l'égalité serait déjà notre réalité à toutes et à tous. Or, on en est encore loin.

 

Les gars, si vous engager pour les droits des femmes ne vous semble pas relever de votre core-business. Luttez au moins pour sortir de votre propre aliénation.  

Puisque le féminisme est une lutte pour l'égalité entre femmes et hommes, il est urgent que les hommes y fassent davantage entendre leur voix. Pourtant, on les entend encore trop peu. Mais pire, on ne semble pas en attendre grand chose. Pourquoi? Soit parce que la domination est à leur avantage -donc pourquoi changeraient-ils ? car on a rarement vu un dominant renoncer librement à ses avantages, il doit nécessairement y être contraint. Soit, parce qu'il pense que cela ne le concerne qu'indirectement, et qu'au final, ce ne sont pas ses affaires. Là- dessus, il semble que l'on aie encore un gros travail à faire. 

Ce serait aux femmes d'assumer la défense de leurs droits par elles-mêmes? - Non!
- Penser que le féminisme serait uniquement l'affaire des femmes, ce serait pour un homme non seulement renoncer à l'égalité mais aussi à toute possibilité d'évoluer autrement dans son genre. Bref:  se condamner à l'enfermement.

Hé les gars, vivre c'est pas de continuer à bosser comme des cons à 100%, voir ses gosses de manière limitée, le faire d'une manière abrutie et aliénée, immobilisé dans son désir de sortir de l'expression de rapports de domination, avec quelqu'un en dessous à martyriser et quelqu'un au dessus à craindre, en restant toujours encastré dans la chaîne du pouvoir et de l'aliénation. 

Si le mouvement #metoo est devenu une vague de libération de la voix des femmes, pas sûr qu'il soit encore devenu, du côté masculin, un véritable mouvement d'ouverture des esgourdes avec déclic entre les deux oreilles pour changer radicalement les rapports de genre subis par les deux sexes, de manière diffuse et brutale, avec des intensités différentes.

Pas sûr non plus que les deux genres aient compris que l'ennemi ou l'adversaire ne soit pas l'autre sexe, mais quelque chose de plus tenace, diffus, et qui traverse largement le genre : les rapports de domination et de pouvoir, avec certain-e-s qui empilent les discriminations ( de genre, de classe, d'origine) et d'autres qui s'en trouvent plus épargné-e-s. Que font-ils alors de leurs privilèges?  

Hommes ET Femmes, ensemble, à nous de réfléchir et agir ensemble pour être plus responsables et agissant-e-s dans la lutte contre les inégalités. Il y a urgence.

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20/02/2018

OUI au logement au Petit-Saconnex !

visuel_petitsacc.pngLe 4 mars nous votons OUI à la construction de logements en Ville, et pour un quartier du Petit-Saconnex vivant. Nous soutenons la délibération du Conseil municipal de la Ville de Genève approuvant le projet de modification des limites de zone au Petit-Saconnex. Ce OUI est un signal important au développement de notre ville et à ses habitant-e-s. L’intérêt général est prioritaire. Nous voulons que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse pour l’environnement et pour le bien de toutes et tous. 

 

 

Un peu d’histoire  

Le site Moïse Duboule s’est construit sur d’anciens domaines agricoles, principalement entre 1800 et 1940. Aujourd’hui, il y règne un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée.  Les parcelles y sont découpées par des murets, avec des ruptures d’échelles entre le centre historique et les grandes opérations immobilières des années 70. Cela donne un ensemble disparate qui n’est pas pleinement réalisé. Les propriétaires des 18 villas du site ainsi que l’UDC et le MCG ont soutenu un référendum pour que rien ne bouge. Je porte une autre vision pour notre ville que celle de la nostalgie crispée. Ne pas accepter aujourd’hui le changement de zone signifierait s’aligner avec l’UDC et le MCG et leur vision de la ville passéiste et clientéliste. Créer un Ballenberg genevois, un petit réduit pour des privilégié-e-s, n’est pas compatible avec notre vision sociale.  

Faire évoluer en douceur le quartier  

La modification de plan de zone soumis à votation le 4 mars préserve l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale ainsi que d’implanter 200 logements en ce lieu. Mais attention, sur un horizon de 20 à 30 ans, progressivement ! Il n’y a donc aucun risque de grand chambardement, mais plutôt la chance de permettre une lente évolution. Aucune expulsion n’est à redouter. Les propriétaires qui voudront vendre pourront le faire au fur et à mesure dans le cadre d’un plan localisé de quartier concerté.   

 

Pour le bien de toutes et tous 

La modification de plan de zone sur laquelle nous nous prononçons est raisonnable. Nous sommes face à l’un des derniers secteurs pouvant se développer en Ville de Genève, en conformité avec le plan directeur cantonal. On valorisera le patrimoine bâti existant en créant des venelles piétonnes, alignant les bâtis pour créer une urbanité sur la place du Petit-Saconnex, alignant le chemin de la Tourelle avec l’existant. On valorisera l’espace public avec une densité adaptée à un cœur de village en renforçant les liaisons traversantes existantes, créant un maillage de circulations douces tout en préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Ce quartier est calme, avec un trafic limité. N’est-il pas juste d’en faire profiter le plus grand nombre possible en faisant évoluer l’habitat d’une manière harmonieuse ? Si l’on ne construit pas ici, comment pourrait-on justifier de le faire ailleurs ?  

Un projet qui ne défigure pas le quartier 

Contrairement à ce que prétendent les référendaires, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé ! L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant. On ne casse rien. On modifie. On bonifie.   

 

Conclusion 

Certes, voir évoluer des quartiers bucoliques provoque toujours un pincement au cœur. Mais pensons à celles et ceux qui doivent faire 2h de trajets pour venir au centre-ville car ils ne trouvent pas à s’y loger. Pensons à celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic et refusons le quant-à-soi, la défense d'une qualité de vie de quelques uns alors que le plus grand nombre doit être logé dans des conditions décentes. 

Pour défendre le logement en ville et le rendre accessible au plus grand nombre, il s'agit de voter oui le 4 mars prochain à la modification du plan de zone au Petit-Saconnex. Cela permettra l’ouverture de nouvelles perspectives pour ce quartier, avec une possibilité de densification raisonnable.

Voter oui, c’est se tourner vers demain, en prenant soin que le changement opère en douceur et que celui-ci soit choisi plutôt que subi.  

17:23 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aménagement, petit-saconnex, ville de genève, ville, densification, changement | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/01/2018

Eloge du stand

C'est le rituel de toute campagne politique. C'est surtout un incontournable de tout engagement militant. Le principe en est simple : une tente, une table, des tracts et quelques ballons, sur l'espace public. Et surtout: des militant-e-s, venant sur leur temps libre, s'engager pour l'animer. Le stand !

Certains l'aiment à la folie, d'autres un peu moins. Etre plusieurs heures dans la rue, sous une tente, dans les courants d'air et parfois sous la pluie, n'est pas toujours vécu comme l'expérience la plus plaisante qui soit. Et puis, un samedi ou dimanche matin, après une semaine bien chargée, on resterait parfois bien au lit. Pourtant, si cela dépend des charismes, au final, le charme du stand est contagieux, et selon la compagnie qu'on y trouve, très souvent, on y revient.  

Ouverture et accueil

J'aime le stand parce qu'il oblige à être ouvert à qui vient, dans un rapport curieux, gratuit. Cela peut conduire à s'exposer à un lot de plaintes ou un chapelet de récriminations. Bien. Mais cela est toujours une expérience humaine fondamental. On ne choisit pas. On est choisit. On va à la rencontre, et on est reçu... ou pas. C'est une sorte de taï-chi aussi que d'accueillir pour bien dire au-revoir ensuite; se laisser traverser pour tenter de comprendre et apporter des réponses enfin. 

Car l'on est avant tout sur un stand pour entendre, débattre ensuite, et convaincre, parfois. Il n'y a pas de public désigné. Il y a l'ouverture et le hasard, variables selon les quartiers où le stand est déposé. De Champel aux Pâquis, de la Jonction à la Servette, à chacun-e son opinion, ses convictions.

Allant partout, on se rend-compte aussi que, finalement, les enjeux n'y sont pas très différents : sentiment de ne pas être entendu, laissé pour compte, soucis de logement, d'insécurité, manque emploi, le manque et la fragilité, et le besoin de l'exprimer.

 

La rue : lieu démocratique par excellence

Si l'on y réfléchit une seconde, il n'y en a plus beaucoup, dans notre société, de ces lieux gratuits où l'on prend le temps de causer, où une discussion s'engage sur à peu tout et n'importe quoi avec n'importe qui; où on peut choper un-e élu-e ou un membre de parti pour lui demander des comptes, poser ses questions, exprimer un ras-le-bol, partager des histoires personnelles, de voisinage, souvenirs et grandes théories. Non, il n'y en a plus beaucoup de ces espaces où l'on sort du silence, de la rumination, pour le plaisir d'exprimer son point de vue, sans toujours parvenir à se mettre d'accord, évidement, mais où chacun-e se fait entendre.

Sur le stand, on fait un travail civique de base. Par exemple: rappeler les prochaines votations : 4 mars, trois votes en Ville de Genève, deux au niveau fédéral. On éclaire les enjeux, rappelle avec le plus de transparence possible, les risques, les choix: comment les groupes politiques se positionnent.

On rappelle qu'il faut être Suisse et résidant dans le canton pour voter au niveau cantonal et fédéral, mais que les étranger-e-s résidant depuis 8 ans en Suisse peuvent le faire au niveau de la commune. C'est souvent une source d'étonnement pour celles et ceux qui se pensent dénués de tous droits politiques, d'apprendre qu'elles, ils, en ont. Et il y a toujours des pétitions à signer, ce que chacun-e- peut faire, pas même besoin de résider ici, ni d'être majeur, et cela permet de prendre part. Et puis, n'importe qui peut entrer dans un parti politique, chacun-e- y à voix au chapitre. Ce n'est pas une question de nationalité ou de niveau de vie. On le rappelle. On a une fonction basique d'agents sociaux.  

 

L'amour du stand

J'aime le stand, parce qu'il permet de sensibiliser chacun-e aux enjeux communs, de désacraliser le pouvoir politique qui n'appartient pas à quelques un-e-s mais à toutes et tous. On y explique les mécanismes administratifs, rappelle que notre démocratie est accessible, que le pouvoir de voter et d'élire est une arme précieuse, à ne pas laisser s'enrayer.

J'aime le stand, pour la diversité des publics que l'on y rencontre. L'autre jour, une vieille dame, rouleau à pâte caché dans son tintébin, racontait qu'un soir, un homme l'avait attrapé par l'épaule, sans crier gare, elle lui avait abattu le bout de bois sur l'occiput. Eloge de l'autodéfense! Un jeune homme parlait de la police, de son incompréhension que les responsables de la police tant au niveau cantonal que municipal soient à Davos à se royaumer, pendant que la justice inculpait trois policier pour vol et abus à Genève et que le deal était partout. Il trouvait que les responsables politiques devaient être plus assidus à leur tâche. Chacun-e- en prend pour son grade. Au final : des leçons d'humilité. Et l'enrichissement de mille et une rencontres dont il est impossible de rendre compte ici. 

J'aime le stand, parce qu'il expose, oblige, et met en lien des gens qui ne se croiseraient jamais sans cela. Il est, pour un temps limité, un forum à ciel ouvert, où des discussions passionnées s'engagent, tant sur la présence des voitures en ville, le rôle des étrangers à Genève, le niveau des primes d'assurance maladie, le manque d'emplois, les besoins en formations, etc, avec des propos crus et violents parfois, qu'il s'agit d'entendre pour y apporter réponses.

J'aime le stand, parce qu'il fait tomber les préjugés. Une vieille dame écrit sa date de naissance; d'un geste franc elle note 1927 sur la feuille d'initiative. Un jeune homme marque lui 2000 sous la même rubrique. Pour lui, nouvellement majeur, c'est sa première signature, pour elle peut-être une des dernières. Le stand bouleverse les représentations. Des femmes voilées sont suisses, des bougons vous agressent avant de partager des expériences d'une générosité inoubliable, des gars descendent de grosses bagnoles pour signer des initiatives pour la mobilité douce, etc., Les clichés et les stéréotypes volent en éclat, et ça fait du bien. 

J'aime le stand, parce qu'il place chacun-e- d'égal à égal, sur le même pied. Il nous pousse à constater que notre société est composée d'individus aux opinions contradictoires, parfois radicales, parfois basées sur des perceptions inédites, et qu'il est évident que cela n'est ni facile ni ne coule de source de construire une vie commune avec cela; qu'il est même évident que ce processus ne peut-être que conflictuel, ce d'autant plus si les espaces de dialogue et de rencontre ne sont pas élargis. Les bases de ce vivre ensemble doivent sans cesse être reposées et renégociées. 

J'aime le stand, parce qu'il permet, à une toute petite échelle, d'ouvrir ces espaces de dialogue pour construire ensemble une société la plus juste possible. Et puisque l'on ne parviendra jamais à se mettre toujours d'accord, on peut au moins arriver à être le plus clair possible sur les raisons des désaccords, et au-delà des appartenances et des étiquettes de chacun-e-, à réaffirmer le rôle central du dialogue, qui est déjà une manière de faire corps. Si nous perdions ce dialogue, nous perdrions tout.

J'aime le stand, pour ce qu'il est : un lieu d'écoute, de rassemblement aléatoire, de surprises et de possibles. Il est l'antithèse du quant-à-soi, du salon privatif ou VIP, chaque fois différent.

J'aime le stand pour ce qu'il est : un mini-parlement à ciel ouvert, où s'exprime souvent des formes de sagesse populaire dont nous avons toutes et tous à nous inspirer.   

 

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28/12/2017

Réponse à P.Rothenbühler

Monsieur Rothenbühler,

Dans votre dernier billet paru dans le matin Dimanche, vous vous en prenez aux femmes mendiantes roms, les accusant d’être les vraies harceleuse de notre temps. Empilant les considérations sexistes, racistes, sur une minorité discriminée, vous le faites à dessein pour détourner le regard du harcèlement sexuel de rue, problème social avéré. Votre manœuvre est grossière et ne trompe personne.

Banalisant le harcèlement sexuel de rue, niant son caractère massif, vous devenez l’allié objectif des abuseurs et harceleurs sexuels, dont le pouvoir découle du silence et de la complicité. Niant les rapports les plus récents démontrant l’ampleur du phénomène, vous prétendez qu’il n’y a pas plus de 10 cas par an qui aboutissent à des plaintes. Ce phénomène est donc, selon vous, insignifiant. Vous faites ainsi mine d’ignorer que le chemin menant du harcèlement à la dénonciation est complexe, les preuves difficiles à apporter.

Selon vous donc, une femme qui marche dans les rues, qui se fait harceler, siffler, toucher, est dans le même rapport que vous l’êtes vis-à-vis des femmes mendiantes roms qui vous demandent la pièce. Or, entre une femme harcelée dans la rue et votre choix de donner ou non votre écot, le rapport n’est pas symétrique. Le rapport de force et de domination est et sera toujours totalement à votre avantage face à une mendiante, monsieur Rothenbühler, et vous le savez, jusque dans votre billet qui l’illustre.

Vous n’êtes pas une victime, mais bien un mâle occupant une profession en vue doté d’une parole influente. Prétendre le contraire, face à des femmes battant le pavé pour mendier, c’est travestir la réalité sociale. Il semble hallucinant, qu’il faille ici rappeler de telles évidences.  

 

La grande menace, les femmes mendiantes rom. Vraiment?

En ces temps des fêtes la grande menace pour vous, le grand harcèlement, vient des femmes  mendiantes rom qui, je vous cite : « se mettent en travers du chemin, nous interpellent à tous les coins de rue ». Non content de vous en prendre à une minorité particulièrement vulnérable, vous ciblez, au sein de celle-ci, les plus exposées, en les peignant comme « les plus agressives  et insistantes ». Vous les ciblez pour en faire des furies à la tête de « petites pme roumaines qui squattent l’espace public », mentant allégrement sur les prétendues fortunes qu’elles retirent de l’aumône. Mais, et vous le savez, si elles en obtiennent 3 ou 4 francs de l’heure pour survivre, c’est un miracle. Et finalement peu payé pour se farcir des insultes et parfois des coups de la part de gens qui, je regrette de vous le dire, vous ressemblent furieusement.  

 

Par ailleurs, vous ne désignez pas à votre vindicte ciblée, les toxicodépendants, qui eux aussi s’adonnent à la mendicité, ni les personnes âgées dans la précarité. Peut-être parce qu’il se trouve parmi eux le cousin de votre garagiste, ou le fils d’un ami. Vous faites croire à vos lecteurs que la mendicité ne serait que l’apanage d’un groupe ethnique éloigné. Ce faisant, vous renforcez les préjugés, la stigmatisation et le racisme. Faut-il encore le rappeler : les roms sont discriminés et menacés dans l’ensemble des pays européens. N’ayant suivi aucune scolarité pour la plupart et vivant dans des conditions telles que l’exil est la seule issue; la mendicité, la prostitution, les solidarités familiales, les rares possibilités de revenus pour survivre. Vous avez choisi de faire de ces femmes mendiantes rom vos boucs émissaires. Honte à vous.    

Travestissant les faits, vous vous cachez derrière un « nous » de circonstance, comme si ce que vous énonciez était une vérité largement partagée. Quand vous insultez, Monsieur, à tout le moins dites « Je », ce sera plus courageux, plutôt que de vous faire le porte-parole de vos fantasmes comme si vous étiez un chef de meute. 

Vous me répondrez qu’en démocratie, chacun-e- à le droit de penser ce qu’il veut et de l’exprimer comme il l’entend. C’est vrai. Il m’est donc parfaitement légitime de répondre que ce faisant, par votre billet, vous vous êtes mis au service du sexisme le plus décomplexé. Que vous ayez encore une tribune pour exprimer un tel niveau de violences sexistes, est parfaitement hallucinant.

Monsieur  Rothenbühler, plutôt que de vous lâcher sur les femmes les plus précaires, vous auriez pu écrire directement  à vos confrères Weinstein, Buttet et Ramadan, pour leur dire toute l’admiration que vous leur portez. Certes, ils agissent à une autre échelle, mais ce sont les mêmes serviteurs zélés du sexisme ordinaire que vous pronez dans votre billet.

Pour conclure, le vrai scandale, monsieur Rothenbühler, ce n’est pas, alors que 2017 touche à sa fin, que des femmes mendiantes roms vous demandent une pièce à Noël. Le véritable scandale, c’est que des femmes soient harcelées sexuellement dans la rue, en allant aux courses ou à leur boulot, et encore une fois quand elles y arrivent ; que des gens n’aient pas d’abri où dormir, ni accès à des soins de qualité, que d’autres se fassent virer de leur boulot ou de leur logement comme des malpropres à 50 ans, et qu’il se trouve des gens comme vous pour non seulement nier ces faits, mais même tomber sur celles et ceux qui les subissent, pour les en rendre responsables !   

En 2017, Buttet et Weinstein ont dégagé. Peut-être, devriez-vous aussi songer à vous en inspirer. Si vous ne voulez pas lutter contre le harcèlement sexuel, la précarité sociale, et les violences institutionnelles, au moins pourriez-vous, en vous ressaisissant, par votre silence, cesser de les aggraver.

 

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www.hesge.ch/hets/editions-ies/roms-en-cite

www.lacite.info/nouveauxmondes/2015/09/28/roms-le-combat-...

www.rts.ch/play/radio/linvite-du-12h30/audio/jean-pierre-...

 

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13/12/2017

Tu seras une femme mon fils

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre tous les jours le gain de ton travail

Sans céder sous l'inégalité salariale et le plafond de verre ;

 

Si tu peux être femme sans renoncer à rien,

Si tu peux être forte sans cesser d’être tendre,

Multitâche, sous-payée, ne pas le prendre pour dû

Te sentant harcelée, ne pas harceler à ton tour,

Toujours lutter et te défendre ;

 

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par la presse pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi avocats, politiques et poivrots

Sans mentir toi-même d’un mot ;

 

Si tu peux être libre sans te faire traiter de moins que rien,

Mettre des jupes sans qu'on te mette une main

Devenir qui tu es sous la pression sociale

Défendre tes droits avec force et courage, en gagner de nouveaux;

 

Si tu peux aimer tous tes amies en soeurs,

Sans qu’aucune d’elle ne soit une rivale

Si tu peux résister à toute les violences

Et ne pas devenir aussi destructrice qu'un gars ;

 

Si tu sais méditer, observer et connaitre,

Sans jamais devenir silencieuse ou soumise,

Etre en couple sans subir de coups

Etre seule à 30 ans sans te croire une paria honteuse

Ni penser qu'il faut uniquement être femme pour devenir féministe

Ou maman pour défendre des places de crèche ;

 

Si tu peux être compréhensive sans renoncer aux armes,

Prendre parti sans devenir sexiste

Saisir la parole qu'on te la donne ou pas;

 

Si tu peux obtenir la justice sans avoir toujours à porter plainte

Porter plainte sans qu'on cherche à t'avoir

Si tu peux avorter sans que les prêtres et les pères-la-morale ne l'ouvrent

Voir tes droits respectés sans devoir payer pour;

 

Alors les magistrats, la justice, les hommes et le pouvoir

Constateront qu'il n'y a pas qu'un seul genre sur terre

Et, ce qui vaut mieux que la force et le vit,

Tu seras une femme, mon fils.

 

 

(Librement adapté du poème de Rudyard Kipling ... Si.. tu seras un homme mon fils)

Poème pour l'anthologie bilingue Portugais/ Français réalisée par l'Association Femme Migrante-Suisse en partenariat avec le Projet Solidaire " Etre femme".

 

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08/12/2017

Un vrai conte de Noël

 

Tu vois ce gamin

Syrien ou Afghan ? Personne ne sait bien

il reste toujours dans son coin, ne fait jamais le malin

caresse son chien, mordille son pouce

apprend lentement le français.

 

Tu vois ce gamin

son père et sa mère bossent pour trois fois rien

le déposent au préau en vitesse avant de sauter dans le bus

direction le turbin

pendant qu’il reste à l’écart à l’école, écrit son nom doucement.

 

Tu vois ce gamin

avec ses grands yeux verts

de qui comprend tout, ne saisit rien

ses oreilles sont taillées bizarres alors on se moque de lui

on l’appelle Spock ou le lapin.

 

Tu vois ce gamin

personne ne lui porte attention

il est pareil à tous ses autres copains

avec l’air de toujours demander de l’air ou de l’affection

l'envie qu’on lui passe la balle pour marquer un goal.

 

Tu vois ce gamin

à l’école la maîtresse lui explique ce qu’est Noël et le petit Jésus

enfant né dans une étable qu’un roi voulait tuer

sa famille menacée de mort déplacée d’un coin à l’autre

dans la rue ça sent les marrons rôtis

la foule dans les magasins se rue, tout brille

des serpents colorés coulent sur sa tête.

 

Tu vois ce gamin

les flics sont venus le chercher dans son lit ce matin

direction l’aéroport et bye-bye

atterrissage forcé à midi à l’autre bout du monde

ni vu ni connu, c’est loin.

 

 

 

 


10:55 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/12/2017

Oui j’aime la Nati, le Maggi, Henri Dès, et puis quoi ?

J’ai fait mon école de recrue. Je mange du Toblerone, j’aime skier, et je ne fais pas que du schuss, je sais même godiller. Oui, j’ai appris l’allemand comme première langue nationale à l’école. Je suis fan de la Nati, je peux citer Dürrenmatt, Frisch et Hodler et connais Morgarten, l’histoire de la mère Royaume. Oui, j’ai écouté Henri Dès gamin, etc., Et puis quoi? Quand cessera-t-on de diviser le monde en deux : les natifs et les autres? Séparer ceux qui seraient nés au bled et les autres, comme s'il y avait un critère d'autorité qui enlève à celui qui n'a pas été biberonné à l'ovomaltine depuis tout petit tout regard constructif et positif pour notre société.

L'évolution des taux de natalité de la population suisse - on s’est bien éloigné du taux des années 60, où il y avait encore 2,5 enfants par femme, ou du début du siècle (3.8 enfants par femme)- conduisent à rendre notre société dépendante des migrations pour se renouveler. Aujourd’hui, le taux de natalité seul n’assure plus le remplacement de la population. Et tant mieux. Que l'on soit né ici ou ailleurs, ce qui importe, c'est ce à quoi l'on adhère et ce pour quoi l'on s'engage. Il n'y a pas de rentes de situation. Les mouvements migratoires sont essentiels et une chance pour la Suisse, une ressource vitale pour notre pays. Ils impliquent un brassage des références et des populations. Et c'est tant mieux.

Oui le monde change, c’est inéluctable et cela implique de s'adapter. Le fait d’appartenir à telle ou telle nationalité ou telle ou telle religion ne fait pas d’un autre humain, européen souvent - puisque c’est d'Europe que l'on migre majoritairement en Suisse-, des aliens. Cette classification administrative des humains en catégorie détruit ce qui est et à toujours été la richesse de la Suisse : sa souplesse et sa capacité de mettre ensemble des gens pour travailler à un but commun, et tirer le meilleur de chacun-e.

L’enjeu est donc de savoir comment accompagner les changements et en saisir les opportunités plutôt que de faire de tel détail, de tel ou tel chiffre, un condensé essentiel, pour faire passer des examens de suissitude absurde à telle ou telle personne soupçonnée de ne pas être suffisamment "suisse"... sans bien savoir ce que cela au final représente.

Etre Suisse c'est aussi endosser le fait d'habiter le dernier pays d'Europe qui permet de baffer ses enfants, avoir l'un des taux de violence domestique les plus élevé d'Europe, et des parlementaires fédéraux conservateurs confondant droit de vote et droit de cuissage. Il faut donc assumer que "la suissitude" est aussi, à elle seule, sans besoin de personne, productrice de violences, et d'abus. Selon ce joli tag sur un mur de la ville "étrangers ne nous laissez pas seuls", c'est de l'autre, de l'extérieur, de la confrontation des idées et de l'évolution de notre pays qu'une société plus équitable naîtra et que l'on sortira de la tentation de l'entre-soi fermenté. 

Comment paierons nous les retraites, quels seront les nouveaux emplois du futur? Quel sera enfin le système de soin qui ne nourrira pas les assureurs au dépens des assurés? Comment taxerons-nous les grandes fortunes pour renforcer la redistribution des richesses, lutterons contre le poison de l’optimisation fiscale? Et lutterons-nous contre le banditisme en col blanc des rois de l’évasion fiscale, conserverons des logements accessibles, pour se projeter dans une société ou l'économie des ressources est vitale?

Voilà des enjeux sur lesquels travailler ensemble plutôt que de surfer sur les angoisses de la peur de l'étranger. S'occuper de la couleur de peau de son voisin, de sa religion, n'est pas important, ni ne permettra de renforcer la Suisse solide et solidaire que nous voulons.

Alors oui j’aime le hockey sur glace, le biberli et la petite Arvine, et ne renâcle pas devant une raclette, et alors ? Ce n’est pas cela qui paiera nos retraites. 

Ne me dis pas d'où tu viens, mais plutôt comment tu souhaites t'engager pour le bien commun.

Car c'est cela, avant tout, qui m'intéresse. 

 

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26/11/2017

De la soupe aux lettres à la popote numérique

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y mijote, avant de refermer le couvercle. Parfois nez pincé parfois bouche ouverte.

En général, j’y repêche à la louche des faits insipides voire crades, mais aussi des morceaux héroïques ou d'étonnantes fulgurances, bribes de compréhension. Cela me fait parfois saliver. L’écoeurement n’est jamais loin. Trop gras. Trop sucré. Trop lourd. Plus c’est inconsistant, plus c’est fort.

Quand ça se veut minestrone, ça risque toujours de partir en eau de boudin.

Désormais quand j’allume mon ordinateur, je me mets une serviette autour du cou. C’est désormais mon rituel avant de me mettre à table. Parce que cela tache et qu’il faut se méfier des éclaboussures.

Après tout, quand on jardine on met bien des gants.        

Je plonge ma cuillère, vise au mieux là-dedans, pour trouver entre grumeaux, nappes huileuses, strates sombres, une matière solide. Avec un brin d’expérience, et en sondant profond - mais parfois tout demeure à la surface, et la profondeur est transparente- je nourris un courage, des formes d’alliance et de reconnaissance.

Jamais sûr que cela favorise autre chose que le désir d’une faim plus grande. 

L’estomac gronde. Je lape oui. Je fais claquer langue oui. Et haut le cœur.  

Trop c'est trop et parfois pas assez.

Et souvent pas assez, c'est déjà trop.

Je vous parlerai un autre jour des plats de résistance.

 

Regarde la soupe, car la soupe, elle, ne te voit pas

Les yeux bougent de droite à gauche, les lèvres s’agitent toutes seules.

J’ai conscience du ridicule, avec serviette autour du cou, et l’air obnubilé de-qui-est-scotché devant une publicité alléchante et s’acharne sur un bout de vieille carne refusant de la laisser aller par le fond, la disputant âprement à d’autres.

A quoi bon lutter pour un bout de gras, quand les entrepôts regorgent de saindoux, et que c'est la capacité d'apprêter qui manque : les moyens de confection?

On n’est jamais seul devant sa soupe.

La table n'a pas été mise à notre attention. C’est la tambouille de masse, avec l’utopie du 5 étoiles à la carte service inclus pour les gogos de l’ego qui parlent pour l’humanité entière et, au final, touchent 10 copains dans la salle d’à-côté.

Ça fait très cher payé la gratuité et le all you can eat.

Je pousse de côté les aliments inassimilables – mes allergies- afin de séparer le bon gras de l’ivraie, dans ce qui ressemble à ce qu’était cette « soupe aux lettres » de l’enfance. Avec elle je jouais. Assemblage de vocable pour former des mots basiques. Beaucoup de lettres pour peu de mots. Beaucoup de lettres pour peu de pâtes. Peu de mots pour trop de soupe. Peu de soupe pour la faim.

Injonctions fortes. Finis ta soupe d’abord ! Aujourd’hui, l’injonction est inversée : continue à te distraire, au risque de lécher des panneaux publicitaire, comme les vaches pierre à sel.    

Cette soupe n’est pas qu’un lieu de consommation. On s’y déverse aussi, y fait sa popote. J’y participe avec ces agencements de lettres.

Est-ce que cela à une utilité ? Sitôt déposés dans le bouillon, ces agencements seront dépiautés, désagrégés.

Mais pour se nourrir, on se doit de bien mâcher.

Ayez donc de la patience.

 

Quand l’appétit va, tout va

Dans l’ambiance forcenée d’anorexie-boulimie d’aujourd’hui :

les gras deviennent plus gras et les maigres plus maigres encore.

Quelque chose qui ressemble à une civilité des manières, des échanges et des mets refusant le gavage, est en marche. Elle permet, même dans les bouillons les plus infâmes, de se faire (à) manger d’une infinie de sensibilité et de joie. Une petite cantine quoi, dans des gargotes portatives et communes, où l’on s’agrège par petits groupes, autour du feu ou de quelques brindilles faites d’affinités. Et où tout fait ventre.    

Car vous ne nous mangerez pas tout crus  ! Et si l'on vous choppe on vous bouffe.

Cuisine anthropophage s'il en est.

Pourtant les végétariens sont tous les jours plus nombreux, et heureux de ce choix.

 

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y graille, avant de refermer rapidement le couvercle.

Je retire ma serviette du cou.

Place au dessert maintenant.

 

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03/11/2017

Le christianisme n’est pas né à Interlaken

Certains partis politiques font de l'islamophobie le moteur de leur politique. Ils stigmatisent une religion dont, en Suisse, 5% de la population se réclame. Cette excitation panique autour d'une religion particulière est négative. Elle fabrique un islam uniforme, sans différence culturelles et cultuelles, alors que ces dernières sont nombreuses. Les musulman-e-s de Suisse sont pour moitié des confédérés, pour le reste européens, principalement originaires des Balkans. La réalité est bien éloignée des fantasmes sur la burka et les songes orientalistes.

Disposer d'une diversité religieuse est une chance et une potentielle source d'enrichissement. Encore faut-il être motivé à la valoriser. Plus de 400 communautés religieuses résident à Genève. 13 communautés musulmanes ont été recensées, appartenant à quatre courants différents.[1] Du dialogue interreligieux et des invitations à la rencontre naissent des liens forts qui permettent de lutter contre le repli sur soi et/ou les certitudes nombrilistes. C'est notamment le sens de la démarche de la plateforme interreligieuse (PFIR) dont il faut saluer les actions et les initiatives, et qui fêtera le 6 novembre prochain ses 25 ans d'existence.[2]

Il faut avoir fort peu confiance dans nos traditions et nos institutions pour faire sienne la théorie du grand remplacement qui amalgame islam et étranger et les conjugue pour en faire une menace. Craindre l'islam parce qu'il serait un produit extérieur à nos valeurs, c'est oublier que le christianisme n'est pas né à Interlaken. Pourtant, il a modelé l'histoire de notre pays, en a marqué le langage et l'histoire et, pour le meilleur et pour le pire, diront certains, en a nourri et alimenté (et continue de nourrir et alimenter) la vie spirituelle et sociale. Jusqu'au point d'ailleurs, où certains le lient étroitement à notre identité. Pourtant, le christianisme non plus n'est pas homogène, ni soustrait aux dérives sectaires et mortifères. Faut-il rappeler ici les propos homophobes de l'évêque de Coire, ou les positions anti-avortement de certains courants? Or, malgré ces extrémistes, sa reconnaissance n'est pas remise en cause. Sa place évolue et son rôle change, sous la poussée et en dialogue avec les changements sociaux. Pourquoi en serait-il autrement pour d'autres religions ?

Les différentes formes de l'islam sont présentes en Suisse depuis des siècles. Si l'on veut vraiment en régler les pratiques, il faudra entamer sérieusement sa reconnaissance institutionnelle, et donc en accepter les formes et les manifestations  comme composant une religion officielle, celle de l'islam en Suisse. Cela permettra d'encadrer les formations, donner une place et un véritable statut à cette religion. Finalement, tout comme le christianisme, l'islam n'est pas né à Interlaken, pourtant il en suit le même chemin, et a pleinement droit à sa place en Suisse.

Au final, l'inquiétude ne vient pas de l'autre mais du doute sur ce qui nous rassemble véritablement et des engagements communs pour lesquels nous sommes prêts à nous mobiliser et nous engager collectivement. C'est là-dessus que nous avons à travailler, ensemble, plutôt que de donner du crédit politique à ceux qui fantasment un Islam hégémonique qui va les manger tout cru. Ces fantasmes sont si massivement injectés dans la réalité d'ailleurs, qu'il faut regretter qu'ils rendent l'islam finalement toujours plus sexy pour celles et ceux qui se cherchent, sont exclus, en quête de quelque chose de plus fort que ce qui leur est proposé ailleurs. Il faut arrêter d'alimenter ces fantasmes et avancer résolument sur les thèmes sociaux, de salaire équitable, de congé paternité, de fiscalité juste, de respect des travailleuses et travailleurs, de la reconnaissance du travail et du soin aux autres, d'écologie, etc.

Au final, taper sur les minorités, les musulman-e-s, ne fera pas de la Suisse que nous aimons un pays en quoi que ce soit plus fort, mais simplement plus discriminant, donc plus inégalitaire et finalement socialement plus violent. Plutôt que de lutter contre quelque chose qui n'existe pas, engageons-nous pour renforcer une Suisse plurielle, accueillante, exigeante, détricotant les clichés sur qui sont les autres, pour affirmer plutôt ce que nous voulons atteindre: un idéal de justice sociale et sa concrétisation dans la lutte pour une prospérité partagée. Par le respect du droit, et de la loi, qui inclut le choix de croire ou de ne pas croire, mais surtout de vivre et laisser vivre les autres, qu'ils soient nés ou non à Interlaken.    

 

[1] http://info-religions-geneve.ch/

[2] http://www.interreligieux.ch/

 

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www.sylvainthevoz.ch

09:13 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, islam, religion, religieux, discriminations, islamophobie, égalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/10/2017

Faux prétexte de la séduction, cache-sexe de la domination

La parole refusant la domination est féconde. Et c’est peut-être cela qui retourne les dominants et les ulcère. Qu'une parole qu’ils aient voulu écraser, éteindre et nier, soit aujourd'hui porteuse de lien et de possibles, ça les rend dingue.

Pour les femmes (et les hommes), les milliers de témoignages dénonçant la domination masculine et demandant des comptes, favorisent une prise de conscience de l'étendue des violences sexuelles, de ce qui est généralement banalisé, euphémisé (frotteurs, blagueurs, coureurs, toucheurs, tchatcheurs, etc.,). Ces prises de paroles offrent un point d’appui collectif pour sortir des ambivalences et des ambiguïté. Et par l’écho trouvé au sein d’une communauté, l'opportunité de repenser les rapports de genre. 

En aucune manière la domination sexuelle n'est « normale », en aucune manière « cela n’est rien », ni ne ressort d’une responsabilité individuelle de la personne qui la subit. Cela touche des dizaines des centaines des milliers de milliers de femmes. Cela est dit. On le savait. C’est aujourd'hui clairement et fortement rappelé. Il est désormais plus difficile de prétendre ne pas savoir.

Quand culpabilisation silence et honte, sont encore des moyens d’asseoir les rapports de domination en les individualisant et les psychologisant, parler libère. La reconnaissance permet ainsi une sortie possible de la "petite histoire personnelle" et d'en faire un enjeu politique pour réfléchir collectivement à la sortie du déni.

Bien sûr il y a celles et ceux qui font obstruction. Evitons de plonger dans les latrines des petites phrases extrémistes (Zemmour, Boutin, Bonnant & co) et des rhétoriques complaisantes qui font du harcèlement "une cour amoureuse", pareille à celle des lais et fabliaux du 13e siècle alors que les propos de domination sexuelle sont à des années lumières du badinage des trouvères. [1] Cela nous permettra d'avancer et de sortir de l'ère des bonobos.

 

La séduction a bon dos

Qu’est-ce qui est de la domination, qu’est-ce qui ressort de la séduction ? Lever le nuage de la séduction pour couvrir la retraite de la domination fait penser à une ruse de vieux sioux. La ficelle est pourtant bien grosse. La séduction est aujourd’hui autre que la manière dont elle était vécue (ou subie) il y a 50, 20 ou 10 ans. Celles et ceux qui l'essentialisent en en faisant un intangible nous ramèneraient volontiers à l'âge de pierre pour en vanter les vertus du partage des tâches. C'est anachronique et mensonger.

Il est inconcevable d’imaginer aujourd'hui qu’un seul sexe puisse définir les canons de la séduction ou prétendre qu'elle ressort de tel ou tel ordre, d'une manière unilatérale et non négociée. Puisqu'elle est consciemment ou inconsciemment transmise: par l'éducation, les modèles et les pairs, elle est donc modifiable et négociable. Personne ne peut se l'approprier. Elle est par définition affaire de relation

Les légitimations culturalistes: « on a toujours fait comme ça », ou d’ingénuité « je ne savais pas », voire relativiste « c’est pareil ailleurs », sont des justifications dont se sert le pouvoir dominant pour réduire au silence ce qui le met en cause. Le faux prétexte de la séduction est encore un cache-sexe dont se sert la domination masculine pour s'exhiber en société, alors que, à rapport non-consenti, il s'agit encore d'accaparement, de consommation ou d'appropriation.

Comment se relie-t-on, séduit-on, exprime-t-on son désir ?

Puisque cela est culturellement construit, c'est donc que cela est politique. Le trouble concernant les zones grises (séduction ou abus? séduction pour l'un, violence pour l'autre?) illustre le besoin de négocier et repenser les rapports entre les sexes, et réaliser rapidement un aggiornamento culturel et politique sur comment cela se passe, devrait ou pourrait se passer d'être en relation, puisque c'est de cela qu'il s'agit; en regard de la loi et du droit, certes, mais aussi de la considération pour l'autre et d'une certaine éthique de la relation. Parce que cela n'a jamais été de soi, et que le temps ou l'on pouvait prétendre à l'évidence, à un héritage, aux manuels explicatifs des petits enfants sages ou de la bonne maîtresse de maison est fini

La notion clé pour défaire le noeud gordien demeure le consentement. Et là franchement tout le blabla défensif ou le déni des protecteurs du système de domination masculine prend une autre dimension. On voit le chemin éducatif qu'il faut parcourir[2] et parcourir sans cesse, pour composer des rapports de genre non-maltraitants et plus égalitaires. La campagne de sensibilisation "ça veut dire non", menée en Ville de Genève depuis 2015, faisant la promotion de l’égalité entre femmes et hommes par la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, en est un bon exemple.[3]

 

Dominer la domination

On savait. Certains prétendent ne pas savoir.

On voit. Certains disent n’avoir rien vu.

On entend, clairement. Certains affirment que c'est mal dit. 

Certains aimeraient encore continuer comme avant plutôt que d'inventer comment cela sera après.

Le mouvement actuel d’une parole libérée, émancipatrice, permet d'envisager un changement de nos rapports de genre. La domination et les abus ne sont pas que l’affaire de l’un ou de l’autre, de celle qui les subit ou celui qui les fait subir, mais une responsabilité collective de ne plus les tolérer et les faire cesser. Si l’on est individuellement responsable des actes que l’on pose, on est aussi collectivement responsable des actes que d’autres posent, d'autant plus quand ils prétendent être agis en notre nom.

Cette sortie massive du silence fait espérer que les voix refusant la domination d'un sexe sur l'autre soient aujourd’hui estimées à leur juste valeur, et recueillies, afin que plus personne ne puisse dire « je ne savais pas » ou « je trouvais cela normal » sans que d’autres ne se lèvent immédiatement pour en contester ou éclairer le sens.

 

 

[1] http://blog.francetvinfo.fr/ladies-and-gentlemen/a-propos...

[2] https://www.youtube.com/watch?v=oQbei5JGiT8

[3] http://www.ville-ge.ch/caveutdirenon/

11:24 Publié dans Air du temps, Humeur, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |