sylvain thévoz

17/11/2018

Attention, si vous ne respirez plus vous risquez de mourir

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1. La fin du capitalisme est programmée. On a perdu la télécommande

2. Si vous montez sur une échelle vous pouvez tomber 

3. Quand vous dormez, votre pensée est hors contrôle

4. Lorsque vous êtes éveillé, l’usage de votre carte bancaire est possible. Ne la laissez pas sans surveillance. 

5. Si vous ronflez, c’est incommodant 

6. Si vous êtes incommodant, vous ne pouvez plaire à tout le monde 

7. Si vous ne plaisez pas à tout le monde, vous risquez d’avoir moins d'amis

8. Avoir moins d’amis ne signifie pas que personne ne vous aime

9. Si personne ne vous aime cela ne signifie pas que vous devez vous en prendre à vous même

10. Mourir est une expérience unique. Pourquoi ne pas l’immortaliser par un selfie ? 

 

 

B.

1. Quand vous  fermez les yeux, ils ne sont plus ouverts

2. Quand vous êtes fatigués, vous risquez de dormir

3. Offrez des fleurs ou du chocolat. Pas vos emmerdes

4. N’offrez pas vos emmerdes à n’importe qui. Les cadeaux entretiennent l’amitié

5. Si vous déconnez n’essayez pas de relativiser avec des choses plus graves encore

6. Vous pouvez penser ce que vous voulez, du moment que vous n’en parlez à personne

7. Si la majorité vous donne raison, ayez le triomphe modeste. C’est peut être une majorité de cons

8. Traverser au feu rouge peut nuire à votre santé

9. Jouer à la roulette russe peut provoquer des dommages irréversibles à votre santé 

 

C.

1. Attention, vous êtes responsable de tout, même de votre irreponsabilité 

2. La direction décline toute responsabilité si vous mettez vos doigts dans la prise

3. Si vous vous jetez sous un train, vous risquez de mourir

4. Étalez votre fric pas vos prières 

5. La laïcité est à l’opium comme l’orgasme est à la religion 

6. Ne faites pas de l'équilibrisme sur un toit ne prenez pas de la drogue sans une biscotte, faites toujours comme si tout était interdit 

7. Ne confiez pas vos codes secrets à quelqu’un d’autre qu’un inconnu 

8. Donnez toujours le change affirmez toujours que tout va bien

9. Utilisez la langue de bois. Personne n’ira vérifier si c’est du chêne

10. Qui ne recule pas n’est pas certain d’avancer

 

 

D.

1. S'abriter sous un arbre durant un orage ne rend pas le pépiniériste responsable du foudroiement

2. Si vous souffrez d’allergies ne mangez pas de cacahuètes pour oublier

4. Si vous n’etes pas à la direction : déclinez toute responsabilité 

5. Attendez un sauveur, fabriquez des bourreaux, plaignez les victimes

6. Répétez : on vit une époque formidable 

7. Déclinez toute responsabilité avant d’être tenu pour responsable

8. La confession est à la mode. Soyez hypocrites, demandez pardon, payez vos indulgences. Imitez

9. Rampez s’il le faut.

 

E.

1. C’est scientifique : 100% des accidentés ont eu un accident

2. Ne vous jetez pas au lac sans savoir nager 

3. Le tandem est l’avenir de l’homme. La trottinette vaincra

4. Soyez capitalistes ! exigez un profit maximal croissant et continu

5. Soyez déraisonnables : exigez le possible 

6. Nos salades sont coquettes. On achève bien la planète

7. Les carottes sont bouilles, les pissenlits sont en solde

8. Le capitalisme est mort. Les charognes mangent du big-Mac 

9. Ça sent de plus en plus mauvais. Vive Hermès vive Chanel et Gucci

10. Vae Victis. Vive la comm’ Vive Maudet Barazzone et Madoff, Infantino et les pyramides de Ponzi.

 

 

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08/11/2018

Décès d'une piétonne : commémoration aux Eaux-Vives

45558766_10156586412336826_6955616694542794752_n.jpgCe vendredi 9 novembre dès 07h30 se tiendra une commémoration à l’avenue William-Favre, à l’entrée du parc de La Grange, pour rendre hommage à une piétonne de 27 ans tuée samedi passé après avoir été renversée par une voiture à l’avenue William-Favre.[1] Merci d’amener vos bougies, fleurs et témoignages. Ce moment est important pour, individuellement et collectivement, rendre hommage à cette jeune femme, ainsi qu’à toutes et tous les autres piéton.ne.s, cyclistes, qui ont perdu la vie ou ont été blessé.e.s à Genève ces dernières années. Leur nombre est en constante augmentation et cela nous est totalement intolérable.[2] 

Ce moment de commémoration se veut donc également un appel aux autorités locales pour : réduire les limites de vitesse sur les routes principales du quartier, y compris l’avenue William-Favre, et à Genève ; améliorer l’infrastructure routière pour la sécurité des piéton.ne.s ; mettre en place des campagnes de sensibilisation du public et des conducteurs à la sécurité piétonne et à la conduite responsable, car le décès sur la route n'est ni une fatalité ni un drame qui n'aurait pu être évité.  

Des habitant.e.s avaient déjà attiré l'attention des autorités sur la dangerosité de cette avenue William Favre, et sur la nécessité d'un aménagement pour qu'une zone à vitesse limitée avec davantage de lumières soit réalisée, afin que la sécurité des piéton.ne.s, des cyclistes mais aussi des automobilistes soit garantie.

L'avenue William Favre, en pente, est peu éclairée en raison des frondaisons du parc qui opacifient les luminaires. Les autorités reconnaissent que plusieurs luminaires n'éclairent pas avec une efficience suffisante car ils se trouvent parfois dans le feuillage des arbres et élaguent régulièrement ces derniers. Le grand nombre de voitures parquées, ainsi que le peu de passages piétons et de feux pour sécuriser l'avenue expose les piéton.ne.s s'aventurant sur la route à des dangers accrus et reconnus par les autorités. 

Pour les autorités, l'avenue William Favre fait partie du réseau secondaire de la hiérarchie du réseau. A ce titre, cet axe doit pouvoir assurer des échanges, notamment entre divers quartiers. Pour les autorités, l'avenue William Favre est donc sortie de la zone 30 des Eaux-Vives, et n'est de fait pas soumis à une limitation de vitesse qui demeure donc à 50km/h. 

Pour les autorités, l'aménagement d'un seuil à un croisement avec la rue de Montchoisy modère la vitesse à cet endroit. Mais ce dernier n'enlève rien à la dangerosité des voitures en amont et qui déboulent finalement à plus de 50km/h à l'arrivée de ce seuil, et mettent mortellement en danger les enfants, familles, aîné.e.s, qui sortent de ce parc apprécié et fréquenté par les habitant.e.s du quartier et des genevois.es pour déboucher sur une route dangereuse.

Les autorités reconnaissent tout de même que ce ralentisseur est insuffisant, notamment la nuit, lorsque le trafic est peu important, la topographie en pente de la rue induisant des vitesses trop élevées. Les autorités municipales reconnaissent que leurs marges de manoeuvres sont limitées. L'avenue William Favre est pourtant identifiée dans la stratégie cyclable de la Ville de Genève comme un axe prioritaire devant faire l'objet d'aménagements sécurisés. Ces aménagements participeraient à la modération des vitesses et réduiraient les risques. Néanmoins, la faisabilité technique de cette mesure la rend difficilement réalisable pour les autorités, tout du moins à court terme, car elle nécessite la suppression de 150 places de stationnement, faute de gabarit nécessaire ! 

Une telle suppression de places n'est donc pas envisageable pour les autorités, au regard de la loi sur la compensation du stationnement car le nombre de places qu'il est possible de supprimer en une année est limitée. Mais surtout, vue la forte pression de stationnement pour les habitant.e.s du quartier, des Eaux-Vives, ces places sont importantes pour les habitant.e.s du quartier qui possèdent une voiture et qui ne peuvent souvent pas faire autrement que de la parquer sur l'espace public. Les autorités regrettent de ne pouvoir envisager d'intervenir rapidement sur cet axe pour améliorer encore la modération du trafic et ainsi transformer l'avenue William Favre en zone à vitesse limitée.

Il faudra à un moment se poser froidement la question de savoir si nous voulons défendre des êtres humains ou des places de parc. Nous pensons que ce débat doit urgemment être mené et tranché.  

 

Habitant.e.s des Eaux-Vives, ce vendredi dès 7h30 nous fleurirons le portail du parc La Grange pour signifier  plus jamais ça, demander aux autorités de sortir de leur torpeur pour agir. et sutout rendre hommage à une vie trop tôt fauchée. 

 

[1]https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Deces-d-une-pie...

[2] https://www.tdg.ch/suisse/230-morts-routes-suisses-2017/story/19644613

 

 

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22/10/2018

La religion qui ne dit pas son nom

Certains pensent encore que la religion est l’opium du peuple. Ils n'ont jamais dû prendre le bus le matin et voir la série de visages courbés sur leurs téléphones, possédés comme des déments, rire tout seuls ou jouer à des jeux répétitifs et niais, l’air content. La religion, en regard de la technologie, c'était un bonbon pour la gorge. 

Je me rappelle très bien d’une conférence où Blaise Matthey patron de la FER, en mode grand pape avait levé bien haut son i-phone et louait la technicité de ce jouet affirmant que c’était là rien de moins qu'une perfection de l’humanité, son progrès ultime. On aurait dit qu'il tenait une relique du Christ ou une hostie sainte, rien de moins. C'était Moïse sur la montagne ayant reçu les tables de la loi. L'illumination. 

Sauf que son jouet crée de l’addiction à tout de bras et que dans le sillage de l’intelligence artificielle se trouve la connerie mercantile de l’aliénation et son métallique jus financier. De manière aussi certaine que derrière les chalutiers qui rejettent des carcasses de poissons se trouvent des requins ou sur les décharges publics des rapaces, dans les mines africaines où des multinationales swiss made extraient les précieux métaux, se répand le sang des ouvriers spoliés et exploités. 

 

Pénétrer les cerveaux 

En marchant dans la rue, au bout de la rue du Rhône, j'ai été arrêté devant la vitrine d'une grande banque. Des écrans de 2 mètres sur 1 balancent en continu des petits films (public cible : les enfants, d'ailleurs l'écran est à peu près à hauteur de leurs yeux) avec des personnages joyeux et bêtes mettant des noisettes plus grandes qu'eux dans un panier en souriant, se tapant dans les mains dans ce qui est censé être la plus belle des harmonies. 

En voilà une magnifique éducation au capitalisme sauvage et suave. A l'arrêt de bus, l'air de rien, direct dans les yeux et dans les cerveaux des enfants. Même pas besoin d'allumer un écran, c'est dans la rue directement, dans l'espace public dans les petits cerveaux que ça rentre comme dans du beurre et fait tout son effet.  Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, on emmerde une librairie qui a des bacs à livre pour empiétement sur l'espace public...   

La nouvelle grand messe, c’est la technologie, et la divinité du capitalisme l'utilise avec avidité. Tous à plat ventre. Tous à quatre pattes. Elle a ses prêtres et ses papes. Ils répètent blockchain comme d’autres avant le pater noster et placent des écrans surpixellisés à tous les coins de rue comme avant on y plantait des croix ou des madones. De l’intelligence artificielle à la connerie mercantile : où comment chérir ce qui nous asservit et en redemander en payant le prix fort.

La vacuité de la réflexion sur le sens que l’on veut donner à ces outils n’a d’égal que notre incapacité à se rappeler que l’outil doit être mis au service de l’humain, pas l’inverse. Elle fait de son public cible des ouailles plus soumis et bêlants que des convertis à la sainte trinité. Doigts tendus, ça clique à fond pour accepter n'importe quel cookies et valider des contrats numériques que personne ne lit d'ailleurs, puisque ces textes s'étirent sur un menu déroulant, long comme un jour sans pain, dans une langue plus incompréhensible que le latin. 

Le capitalisme impose de plus en plus sa novlangue spiritualisante. Récemment dans la Tribune de Genève un banquier se déversait sur le supplément d'âme qu'il fallait insuffler à son institution pour en assurer la bonne marche. Suivait un gloubi-boulga ésotérique sur l'esprit, la communion, charabia digne des plus obédientes et rigides sectes religieuses.

En lisant les revues économiques spécialisées, on croit lire un récit de prophéties ou l'apocalypse. Vous avez remarqué, plus le capitalisme devient brutal et violent, plus il lui faut se parer d'atours joyeux annonçant l'Eden sur terre ou la cohabitation sereine à tous les étages de la tour de Babel, et évacuer les rapports de force et de domination. 

Certains ont pensé bon de faire une loi sur la laïcité, car disent-ils, l'Etat entretient des rapports avec les communautés religieuses et il faut les réguler. Ils retardent de quelques siècles dans leur volonté de séparer l'Etat de ce qui pourrait lui nuire. Ce que l'on appelle la religion n'est pas une menace, c'est une idéologie, comme tant d'autres. 

Par contre, ce qui s'appelle capitalisme, et qui n'assume même plus d'être une idéologie pour se prétendre être devenu l'air que l'on respire, s'est dématérialisé au point de se retrouver être la plus nocive des religions : celle qui n'a même plus besoin de dire son nom. La vraie menace.

On peut désormais pointer du doigt un voile, un crucifix ou invoquer la loi afin de bannir une kippa pour trouble à l'ordre public. La belle affaire. La belle excuse. Et surtout le bon prétexte. Pendant ce temps, les affaires continuent. Les marchands du temple ont trouvé leur bouc émissaire. La religion qui ne dit pas son nom va elle pouvoir continuer à faire ses affaires avec la bénédiction de l'Etat.

On n'a pas beaucoup évolué en terme de croyances depuis le Moyen-âge. Simplement muté. Les habits des grands prêtres ont changé, guère plus. Les princes qui s'acoquinaient avec le clergé au XVIIe vont désormais au moyen-orient. Les trajets ne se font plus en fiacre mais en jet, ils font pourtant toujours les mêmes courbettes. 

 

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21/09/2018

Un peu de courage Monsieur Maudet

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Cher Pierre Maudet,

Je constate que vos affaires, vos mensonges continuent de prendre une place démesurée, dans la presse, dans les conversations des gens, et qu'elles commencent sérieusement à lasser, assurément à agacer, voire créer des conflits entre les citoyen.ne.s.

 

Vous en êtes pleinement responsable. Vous entretenez de ce fait un climat impropre à la bonne gestion du Canton. Un Conseiller d'Etat doit servir la collectivité, pas la déchirer. Vous avez certes vos groupies; une poignée de ceux-ci vous défendront certainement jusqu'au bout, mais la grande majorité ne vous comprend plus.

Vous pouvez vous barricader, nier une partie de la réalité, vous comportant comme ces militaires assiégés qui s'enferment dans un bunker avec leurs proches, spéculant sur un joyeux renversement de situation. Vous pouvez continuer de croire à une réalité parallèle. Est-ce du courage ? Je ne crois pas.    

Je ne suis pas un vautour, je ne crie pas avec les hyènes. Je suis un citoyen lambda, élu député pour une durée limitée, travaillant à côté de cet engagement pour la collectivité, ayant prêté, tout comme vous, serment de servir la République et les institutions. Chaque jour qui passe, nous découvrons le lourd coût pour la collectivité de votre combat personnel.

Le respect que certains pouvaient avoir pour vous s'est étiolé devant ce que vous imposez à la collectivité pour votre propre salut. Votre peau n'intéresse pas les Genevois.es. Nous souhaitons simplement que l'Etat fonctionne d'une manière adéquate et transparente. Menez votre combat de votre côté, laissez la collectivité tranquille. Avec vous au milieu, aujourd'hui, ce n'est plus possible. 

Ce n'est pas une élection qui vous a amené au pouvoir, mais un serment pris devant le peuple: votre main levée et une promesse de le servir plutôt que de vous servir et de protéger la République plutôt que de vous en protéger. Il y a une force de ce qui est juré devant la collectivité qui nous lie. Vous avez brisé ce lien. 

Comme la presse en a rendu compte, l'ensemble du Grand Conseil a voté ce jeudi soir votre levée d’immunité pour les besoins d’une enquête pénale. Vous êtes désormais soumis à la justice. C'est déjà mieux que d'être entre les mains de vos "amis libanais" qui vous tenaient par les roubignoles et vous ont peut-être fait chanter, sachant tout de votre voyage officiel à Abu Dhabi sur invitation du prince hériter Mohammed ben Zayed Al Nahyane, voyage que vous avez prétendu être privé, au mépris de la vérité, car vous y avez officiellement été invité comme Conseiller d'Etat et que vous avez été payé pour cela. Ce sont des faits, que vous avez finis par reconnaître. 

Vos "amis libanais" savaient tout de tous vos petits arrangements et dissimulations en marge de ce voyage sur lequel vous allez maintenant vous expliquer devant la justice. Sur ce point vous n'avez toujours pas pris soin de dire la vérité aux Genevois.es: qu'êtes-vous allé faire là-bas, il y avait-il des contreparties à ce voyage, avez-vous favorisé vos amis, quel était votre deal avec l'ancien président du Conseil d'Etat François Longchamp ? Peut-être avons-nous échappé au pire, mais peut-être le pire est-il encore à venir. Le temps qui passe n'est pas le temps de la normalité. Il est le temps de la suspicion, du trouble et des insondables conséquences de vos mensonges que vous continuez à accroître, encore et encore. 

Vous vous accrochez au pouvoir et nous ne savons pas qui vous tient, et nous ne savons pas jusqu'où vos mensonges vous ont rendu servile et redevable. 

Certains disent que c'est maintenant à la justice de faire toute la lumière. Certes. Mais c'est aussi à vous, au nom de votre serment de dire enfin la vérité si vous en êtes capables, et c'est à chacun.e de l'exiger de vous. Si vous ne le pouvez pas : démissionnez. La justice doit pouvoir travailler sans que l'un des hommes encore puissant de cette République, ne garde, au bénéfice de son poste, ses réseaux, ses contacts, ses informateurs et moyens de pression au coeur même de l'Etat. Vous ne pouvez prétendre en même temps être Conseiller d’état et prévenu. Ce mélange des genres est intenable et nocif pour la république, destructeur pour la confiance qu’ont encore les gens dans les institutions. 

Vous pouvez certes vous accrocher au pouvoir. Vous pouvez même agiter vos troupes pour qu'elles vous laissent entendre que vous êtes irremplaçable. Vous pouvez, seul contre tous refuser la transparence, et la clarté, utiliser vos réseaux pour sauver votre carrière politique. Vous montrez par là clairement le peu de valeur que vous accordez à notre système démocratique. 

Vous pouvez être animé par un esprit de revanche et de reconquête. Personne apparemment ne peut vous obliger à changer pour devenir un homme nouveau, ayant fait place nette de ce mélange des genres que vous affectionnez encore aujourd'hui. Vous pouvez mettre vos forces et votre énergie à assurer et organiser votre défense face aux lourdes accusations pénales qui pèsent à votre encontre, plutôt que d'essayer encore de vendre un bilan politique.

Devrons-nous attendre que vous connaissiez votre timing judiciaire et que vous ayez évalué vos chances de rebondir ou pas pour que vous démissionniez ? Un peu de courage Monsieur Maudet, arrêtez de vouloir tout contrôler en entraînant l'Etat dans vos turpitudes.

Le vrai courage, ce n'est pas d'essayer de tirer tout le monde par le bas, pour prétendre que, même à terre, vous maîtrisez encore votre sujet.   

 

Illustration : Patrick Chapatte @LeTemps

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06/09/2018

Affaire Maudet : crash-test pour notre démocratie

Toute l'énergie que Pierre Maudet a mise pour se hisser au pouvoir - et il  faut lui reconnaître qu'il en a mis beaucoup- va être mise désormais au service de s'y maintenir à tout prix. Il n'y a ni surprise ni choc dans le fait qu’il cherche à préserver sa position. Qu’il refuse de s'appliquer à lui-même les règles et lois qu'il a appliquées sans pitié aux autres achève toutefois d’enterrer l’image du monsieur propre au service de la République que ses mensonges ont détruits. Cela démontre que ce n'est pas l'intérêt général qui était poursuivi mais la satisfaction de l'ambition d'un seul. Or, l'ambition et la volonté de puissance d'un homme, si grandes soient-elles, ne peuvent pas primer sur les institutions, surtout quand il est prouvé que ce dernier leur fait du tort comme jamais auparavant aucun politicien ne l'a fait. Pierre Maudet restera a-minima dans l'histoire comme le premier président du Conseil d'Etat inculpé.

Cet enfermement découle de choix assumés, de compromissions torves, de mensonges finement élaborés et répétés depuis des mois et des années pour tromper tout son monde. La justice fera certes toute la lumière sur la profondeur et les véritables motifs et bénéfices de ceux-ci. En attendant, le politique doit tenir son rang, assumer ses responsabilités, sans se décharger de celles ci sur le ministère public, au risque d’en sortir durablement affaibli. 

Il est inimaginable aujourd’hui que les institutions puissent fonctionner avec un homme qui sera inculpé sous peu, et qui n'incarne plus l'Etat. Maudet maintenu à sa tête, ce serait une preuve, la signature que quelque chose est définitivement corrompu dans la République. Aucun Etat démocratique ne peut l'accepter sans être mis en danger dans sa nature et son fonctionnement. Des mois et des années de mensonges ne peuvent se balayer avec un : faites-moi confiance pour solde de tout compte. Cela ne tient pas. 

La contrition tardive et forcée de Pierre Maudet, face caméras, sonne faux. Du choix de ses mots visant à se dédouaner, à la nouvelle réinvention d'une enième version, en jouant cyniquement de la carte affective, de sa famille, mettant ses enfants en avant, est une triste instrumentalisation et provoque le dégoût. Sa volonté de sauver sa place se fait sur le dos de la transparence et de la vérité. 

Pierre Maudet va s'accrocher. Il va utiliser tous les moyens pour rester au pouvoir: les mêmes que ceux qu'il a utilisés pour y parvenir, quitte à entraîner tout le monde et les institutions avec lui.

Mentir à la justice, à une commission de gestion, à des élus, à la presse, bafouer son serment, comme Pierre Maudet l'a fait, aucun élu ne l'a jamais fait dans l'histoire de Genève. C'est inédit. L'enjeu n'est pas aujourd'hui de gloser sur l'immoralité du mensonge, ou de philosopher sur la culpabilité, il est de reconnaître qu'un élu soupçonné avec qui la confiance est totalement rompue n'est plus en état de présider notre République sans continuer de lui causer un tort énorme.

Le 31 mai 2018 Pierre Maudet jurait main levée en faisant le serment suivant : «Je jure ou je promets solennellement: - d’être fidèle à la République et canton de Genève, d’observer et de faire observer scrupuleusement la constitution et les lois, sans jamais perdre de vue que mes fonctions ne sont qu’une délégation de la suprême autorité du peuple; - de maintenir l’indépendance et l’honneur de la République, de même que la sûreté et la liberté de tous les citoyens; - d’être assidu aux séances du Conseil et d’y donner mon avis impartialement et sans aucune acception de personnes; - d’observer tous les devoirs que nous impose notre union à la Confédération suisse et d’en maintenir, de tout mon pouvoir, l’honneur, l’indépendance et la prospérité. » Ayant bafoué ce serment, il doit en tirer les conséquences, point. Il n'est plus digne de la délégation de la suprême autorité du peuple.

 

En tant que politicien de milice. Je donne du temps et de l’énergie pour faire avancer des enjeux pour le bien de la collectivité. Sur des stands, dans la rue, je rencontre et écoute des habitant.e.s qui ont perdu confiance dans la politique. Ils disent : tous pourris, tous les mêmes. Ce qui me fait peur, ce serait de devoir admettre un jour que l'histoire leur a donné raison : que le mensonge et la dissimulation à un degré inouï peuvent l'emporter sur la justice et la transparence, et leur confiance être sciemment abusée. 

Contre les taux d'abstention et la démobilisation nous nous battons pour refaire du lien et redonner confiance. Cette confiance se mérite et se conquiert au-delà du verdict des urnes. Monsieur Maudet doit maintenant démissionner pour que cette nouvelle législature puisse traiter des enjeux importants pour Genève, pas de sa petite personne. 

L’affaire Maudet est un crash-test pour notre démocratie.

 

 

 

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16/08/2018

Le sexisme n'est pas un produit d'importation

Suite à la terrifiante agression de 5 femmes à Genève, des partis politiques de droite et d'extrême droite veulent amalgamer violence sexiste et étrangers. Ils essaient de vendre que le sexisme pourrait être limité à la rue et circonscrit à de hordes sauvages en rut, qui viendraient de l'extérieur. Rien n'est plus faux. En Suisse deux femmes sont tuées chaque mois par leur conjoint ou ex conjoint. Au total, une femme sur cinq a été victime de violences (physiques, sexuelles) au cours de son existence.[1] Les faits le démontrent. Le sexisme et les violences de genre sont largement répandues et touchent toutes les catégories sociales, professions, qu'elles que soient l'origine et la nationalité de leurs auteurs.

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique dans notre pays. Il est estampillé swiss made et se cultive dans ce pays depuis des générations, se transmettant avec le naturel de l'air que l'on partage. 

 

Ayant fait toutes mes classes à Lausanne, effectué mon service militaire à Savatan comme mitrailleur de montagne, joué au football jusqu'aux espoirs du Lausanne sports, je peux témoigner qu'au vestiaire, à la caserne, dans les réfectoires, les bonnes valeurs suisses qui m'ont été transmises, celles bien de chez nous, étaient celles du sexisme, de la domination masculine, de l'injure décomplexée, et du virilisme mal placé.

Pas besoin d'avoir fait une longue migration pour être persuadé qu'en tant qu'homme on est le centre de l'univers, car on y est éduqué. Il m'a suffit de suivre une scolarité normale, faire des études standard, et passer mes week-end dans le gros de Vaud et dans des camps de sport alpins pour devenir un bon petit mâle sexiste, bien dans la norme.  

Moi, Sylvain T, mâle helvète 

Les modèles que j'ai eu (à quelques notables exceptions près): du caporal à l'entraîneur de football au joueur professionnel de football doté d'une femme potiche sexy à ses bras, m'ont appris principalement à m'alcooliser en groupe, être initiée au royaume du porno, aux joutes de celui qui à la plus longue et se rit du plus faible... etc.,

Mon père, médecin, fils de paysan de la Broye n'a pas été ce que l'on peut appeler un gentleman avec les femmes et encore moins avec la sienne. Il était reconnu en société et a mené une carrière remarquable. L'homme à la maison montrait parfois un autre visage.

J'ai été éduqué dans un monde où le masculin était dominant, parlait fort, prenait une place maximale, devait être capable d'imposer sa puissance ou la faire subir. J'en ai été imprégné, naturellement. Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais quand je regarde autour de moi, je ne crois pas qu'il ait encore fondamentalement changé. Considérant le sexisme, on est encore à l'âge de pierre en Suisse. Et le plus grand risque vient de l'intérieur de notre caverne, pas de l'extérieur. 

Dévoilons ce sexisme que l'on ne saurait voir

Certains et certaines, notamment la présidente des femmes PDC Suisse, Babette Sigg, des leaders de l'UDC, aimeraient nous faire croire que la menace vient de l'extérieur, qu'elle est le fait de l'étranger et de migrant.[3]

Ce serait si "confortable" de protéger notre caverne patriarcale et penser que la menace vient d'ailleurs. Mais cette façon de penser revient à prolonger la durée de vie du patriarcat, maintenir un sexisme caché, et laisse entendre que le sexisme peut être circonscris à certains groupes exogènes.

Or, ce que les faits et l'affaire Weinstein, ou Dominique Strauss-Kahn parmi tant d'autres, ont mis en exergue, c'est plutôt que le sexisme touche tous les milieux. Bien souvent, les femmes étrangères sont victimes de violences de la part de bons petits mâles, suisses ou autres. Une violence institutionnelle s'exerce alors avec férocité sur ces femmes victimes de violences conjugales (crainte de porter plainte, obstacle au renouvellement du titre de séjour en cas de séparation, etc).[3]

 

Le couple : risque mortel

Le milieu le plus à risque est... le couple. La première question d'un.e docteur.e recevant une femme en en consultation devrait être : êtes vous en couple, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous subi des violences durant les 6 derniers mois? Plutôt que de passer à côté des vrais enjeux en faisant comme s'ils se déroulaient ailleurs. La menace vient du conjoint, du voisin, de l'homme testostéroné et souvent alcoolisé, pas du passant dans la rue. Certain.e.s peuvent laisser la peur les envahir et les regarder du coin de l'oeil en serrant leurs poings ou leur son sac à main, mais croire que c'est là que se trouve le lieu du danger serait une erreur fatale. 

Etre en couple, pour une femme, est mille fois plus risqué que de sortir seule le soir dans la rue. Cela devrait nous alerter et inviter à adapter notre système en conséquence, même si nos mythes romantiques et autres odes à la vie privée en prendront un coup. Les violences de couple sont le fléau de notre société.

 

Que faire ?
Certain.e.s politicien.ne.s annoncent de nouvelles lois pour lutter contre le sexisme. Peut-être que cela peut-être utile, ou pas. Mais ce qu'il faut avant tout, et rapidement, c'est sortir de notre caverne et changer profondément les mentalités, les manière de se comporter et d'agir. C'est dans les têtes, dans les comportements, et dans les discours que le sexisme doit être dénoncé et éradiqué. C'est là que les violences se préparent, se tolèrent et se banalisent. 

Que faire ? Femmes comme hommes, augmenter la vigilance collective envers nos proches, nos voisin.ne.s, et nos sensibilités aux signaux d'alerte. Pas besoin d'attendre les bleus et les coups pour détecter, alerter, et se mobiliser collectivement, tout corps professionnels confondus : médecins, travailleurs sociaux, juges, infirmiers, politiciens, policiers, etc.,

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique et se cultive en Suisse avec méticulosité depuis la nuit des temps, alimentant et préparant le chemin de la violence psychologique, verbale, physique.

La violence sexiste est largement répandue aujourd'hui, est très largement banalisée encore.

Il est temps de faire ensemble, hommes et femmes, un ménage de fond dans notre caverne.

 

[1] https://www.rts.ch/play/radio/vacarme/audio/les-echos-de-...

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/9778144-bisbilles-politiqu...

[3]https://odae-romand.ch/projet/femmes-etrangeres-victimes-de-violences-conjugales/

 

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08/08/2018

L'anonyme et le génocide du parc La Grange

IMG_4319.jpgTa connerie est sans limite, toi, qui a fait deux croix ciblées sur deux visages de survivants du génocide du Rwanda au parc Lagrange, Genève, en ce mois d'août. 

Mais elle montre aussi, à revers, et malgré toi, toute la beauté et la force de ces photos, et le profond travail de Lana Mesic, qui nous oblige à réfléchir à la violence, au pardon et aux raisons profondes de ceux-ci.

 

 

Tu es passé devant cette photo et as choisi de l'attaquer en faisant deux croix noires sur deux visages noirs. Tu n'as sûrement pas compris qu'il s'agissait là d'un bourreau et d'une victime, que ces deux-là, plus de 20 ans après le génocide du Rwanda, nous donnaient, par leur geste et leur présence, par le fait d'avoir accepté de se retrouver ensemble, une incroyable et troublante leçon de vie.

 

Des croix, au Rwanda, il y en a eu environ 800'000 entre avril et juillet 1994, mais tu l'ignorais peut-être. Tu as pensé qu'il fallait ajouter les deux tiennes. Ou alors tu n'as pensé à rien. Hannah Arendt a beaucoup parlé de la banalité du mal. Le mal qui peut être à la fois banal et extrême, alors que seul le bien est radical... mais tout ça pour toi c'est peut-être comme du chinois quand tu tiens, puissant, ton petit feutre dans ta petite main.

 

Avant ce travail, l'artiste Lana Mesic dit qu'elle n'avait jamais touché la main d'assassins. Par cette série de photos,  elle montre les survivant.e.s et les agresseurs, côte à côte, s'embrassant, buvant ensemble, l'un debout, l'autre assis. Par ses photographies, elle rend compte de la proximité tissé avec celles et ceux qu'elle a choisi d'immortaliser. Elle nous permet de réfléchir à ce que signifie vivre côte à côte, après un génocide, avec les bourreaux de ses proches, avec ceux qui ont attenté à votre vie, et toujours avec les morts qui bien que morts, continuent d'être présents, et de peupler les mémoires.

Tu es passé à côté de ces portraits et tu as fait deux croix sur deux visages. Je me répète peut-être, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Par racisme, bêtise, ennui, volonté de nuire, méchanceté, inconscience? Plutôt que de chercher sans réponse les raisons stupides qui t'ont mené, je constate que malgré toi tu as réalisé une sorte de nouvelle oeuvre.

Oui. Malgré ta bêtise nihiliste, tu as crée une sorte d'égalité forcée entre le bourreau et la victime d'hier, qui se retrouvent encore presque davantage unis, soumis à ta même brutale stupidité. Ils deviennent des égaux, et toi seul, en intervenant, tu te distingues. Tu montres que le mal n'est jamais fixé sur une seule figure, mais qu'il la dépasse sans cesse, que ses racines sont si nombreuses et anonymes, qu'elles sont partout. Toi aussi, l'anonyme, tu joues ton rôle. 

Peut-être, certains diront que ce n'est rien. Juste deux croix noires sur une affiche rouge. Qu'il y a beaucoup de petites nuisances urbaines, petits tags et déchets divers, et qu'il ne faut pas monter sur ses grands chevaux pour si peu. Peut-être, oui, il y en aura ici pour dire cela et invoquer le hasard et demander de banaliser toute cela, hausser les épaules et regarder ailleurs.   

Moi, je n'y crois pas. Il y avait beaucoup d'affiches à griffonner. Pourquoi celle-là?

Que tu t'arrêtes pour biffer deux visages, dans un parc paisible d'un lieu de paix, montes bien haut ton bras, peut-être à la verticale pour, presque sur la pointe de tes pieds, être bien certain de barrer ces visages, comme pour les supprimer, cela ne devrait pas laisser indifférent. 

Je me demande si je te connais, si tu habites le quartier, es l'un de mes voisins.

Je me demande ce que j'aurais fait si je t'avais vu faire.

Comment je t'aurais traité. 

Et s'il y a eu des témoins, s'ils se sont tu ou ont essayé de t'interpeller.

Toi, passant anonyme, et sans visage.  

 

 

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https://www.lanamesic.com/work

 

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01/08/2018

La Suisse existe, comment vit-elle?

La Suisse existe, comment vit-elle ? Ses frontières sont solides, son franc suisse fait front, son espace aérien est bien défini, et son histoire peuplée de mythes avantageux qu'on exhibe une fois par an. Elle a tout ce qu'il faut : drapeau, lampions, langues nationales, représentation à l'ONU, son millionnaire au tennis, une équipe de football qui ne fait (presque) plus honte.

La Suisse existe, comment vit-elle ? Comment, jour après jour, démontre-t-elle qu'elle est plus qu'une somme économique, un assemblage politique ingénieux, et existe sur davantage que ses axiomes éprouvés, capitaliste et néo-protestants: dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es; dis-moi ce que tu thésaurises, tu montreras ce que tu vaux, et arrive à dépasser les inégalités sociales qui placent dans notre pays 600'000 citoyen.ne.s en situation de pauvreté?

 
Je suisse-je donc je suis
Vous pouvez être rassuré.e.s, arrêtez de cogner sur celles et ceux : l'artiste Ben, la socialiste Ada Marra, et d'autres qui, avec une pointe d'humour et de provocation, soulèvent malicieusement le voile crispé de l'angoisse existentielle: suisse-je, donc je suisse? Chaque éruption de haine ou réaction paniquée ne fait que renforcer la pertinence piquante de leur propos: mais oui, la Suisse existe, pas besoin de sauter sur son valium. Ses vaches sont bien gardées, et Johann Schneider-Ammann a toujours le mot pour "rire".
 
Le niveau d'inquiétude identitaire et la forme de panique nationale ayant pris devant trois joueurs de foot mimant le symbole d'un volatile au mondial, se jugeant assez libre pour rappeler leurs multiples origines, prête à sourire. Il laisse toutefois percevoir, lorsque l'on retire du formol patriotique et du bric-à-brac composite des figures tutélaires fantasmées en voie de décomposition, que nos nouveaux héros sont plus métissés, créatifs et incontrôlables. Cela déplaît à certain.e.s. Dommage. Cela demandera un petit temps pour se mettre à jour, mais on y arrivera.
 
Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez puissants ou misérables, jeune ou vieux, suisse ou pas, les lois du marché vous rendront corvéables à merci. Vos droits seront plus ou moins respectés. En Suisse, 2% des plus riches possèdent autant que les 98% restants. Dans un pays où l'on est habitué à dire pardon avant de toucher quiconque, de rester à sa place et accepter son sort avant d'imaginer le changer; où malgré quatre langues nationales, une seule permet l'échange: l'anglais; et où les rapports de classes sont puissants et le vieillissement de la population un vecteur d'accroissement des inégalités ; où le sexisme, le racisme et l'homophobie sont profondément enracinés, voire érigés en modèle ici et là, où les campagnes ont encore un poids dément par rapport aux villes et imposent certains archaïsmes comme des normes nationale, autant que de regarder vers 1291 on devrait viser 2040. Un jour Shaqiri remplacera Guillaume Tell, et Lara Gut prendra le pas sur le général Guisan. C'est en route.
 
La Suisse se vit comme une forteresse dans la forteresse Europe. Or il n'y a pas de forteresse dans l'histoire qui n'aie tenu sans s'effondrer. Jusqu'à quand pourrons-nous nier les besoins et situations d'urgence des populations que les changements climatiques et les situations politiques mettent en danger de mort et obligent à se mettre en mouvement pour franchir la Méditerranée, au péril de leur vie. Bilan : plusieurs milliers de morts chaque année, une traversée toujours plus périlleuse et incertaine. Surtout, une fermeture des frontières voulues par les pays européens coinçant les migrant.e.s dans des espaces inhospitaliers et violents, les exposant à la torture, l'exploitation et la mort. S'étant mis en route vers ce qu'ils imaginaient des pays libres et accueillant, ils en sont rejetés. S'ils parviennent à s'y accrocher, ils y demeurent, marginalisés et relégués, sans possibilité de retour. Il ne faut pas imaginer Guillaume Tell en vacances au bord de la mer mais sur un canot pneumatique, s'efforçant de sauver son fils au risque de la noyade.
 
En 1918 la grève nationale exigeait que les femmes puissent voter et être élues (pour cela, il faudra attendre 1971), revendiquait la réduction de la semaine de travail à 48 heures, soit 6 journées de 8h), l'instauration d'une protection pour les travailleurs et travailleuses âgé.e.s et invalides, et proposait un impôt sur la fortune des gros contribuables pour éponger la dette publique. Il y a 100 ans, ce mouvement décisif plaçait la Suisse sur les rails d'un développement social luttant contre les injustices. Ce mouvement s'est poursuivi. Nous sommes les hériter.e.s des luttes du passé. Rien n'est tombé du ciel ni sans efforts. Hommage ici à celles et ceux qui ont construit les pans sociaux de ce pays et ont lutté pour y établir nos droits. Autant que 1291, nous fêtons aujourd'hui 1918.
 
A nous d'écrire la suite...

 

 

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22/07/2018

Le capitalisme veut ton sourire

Le capitalisme veut ton sourire :

jeune homme courant avec ton tapis sous le bras pour aller au cours de yoga 

trentenaire achetant tes produits bio acheminés en camion depuis la Pologne

famille râlant sur ton vol annulé, continuant chaque été à reprendre la même compagnie d'aviation

féministe refusant la domination masculine et t'épilant méthodiquement, parce que c'est quand même plus joli comme ça

travailleur précaire votant contre l'instauration du salaire minimum.

 

Le capitalisme veut ton sourire:

jeune femme, écouteur sur les oreilles, qui médite sur ton cours de pleine conscience, et traverse tout droit au milieu de la route sans voir les bagnoles

retraité dépassé par l'augmentation de tes primes d'assurance maladie, qui refuse la création d'une caisse publique d'assurance maladie

grand-mère effrayée que les riches partent si on fait sauter les forfaits fiscaux, et qui accepte de payer proportionnellement plus d'impôts qu'eux 

jeune avocat qui veut éradiquer le deal, et achète sa coke à l'étude

boucher qui se tue au travail et vote contre une semaine supplémentaire de vacances pour tous

médecin qui fume deux paquets de clopes par jour et recommande de faire de l'exercice

trentenaire qui trouve que la prostitution c'est mal et se branle sur youporn

étudiant qui refuse de payer 10ct le litre de lait plus cher, et qui bouffe au Mac do

diététicienne qui dit de manger 5 fruits et légumes par jour, quand on a même pas le fric pour aller chez Lidl  

 

Le capitalisme veut ton sourire :

quadra engagé qui trie méthodiquement ses déchets en regardant les camions de la Migros partir à l'incinérateur 

geek qui consomme son information sur Facebook et partage larme à l'œil l'avis mortuaire du Matin sur twitter 

autorité qui pose des bacs à fleur dans l'espace public en interdisant à quiconque d'y mettre un parasol 

autorité qui élargit les routes et interdit les grillades dans l'espace public, parce que cela sent trop mauvais 

vieillards qui râlent comme quoi c'était mieux avant, et continuent à faire que ce soit chaque jour pire

bobos qui aimeraient du silence et gueulent pour que les autres se taisent

décideur politique qui, au nom du respect de l'autre, impose sa loi à tous.

 

Le capitalisme veut ton sourire :

autorité qui invite les gens à se réapproprier l'espace public, puis colle des amendes à ceux qui le font sans autorisation et surtout sans le sponsor qui va avec 

adolescent qui trouve immonde de manger du chat, mais que le cheval ne dérange pas -Un petit lapin c'est si goûtu-

quinqua qui met "indigné" sur son profil facebook, puis retourne regarder le Tour de France après avoir "liké" le Mondial  

bon citoyen qui ne veut pas donner un centime aux mendiants, mais accepte de payer bonbon pour les placer en prison 

polytraumatisé des génuflexions pour qui la religion est encore l'opium du peuple, alors que l'on est passé au crack depuis l'informatique

connard qui dit je ne suis pas raciste, mais…

 

Le capitalisme veut ton sourire:

ingénu qui trouve les pays du sud corrompus et n'est jamais allé à la salle des pas perdus du Palais Fédéral.  

 

Le capitalisme veut le sourire, de tous, tout le temps.

Par des rapports de pouvoir qui sont devenus des habitudes. Par des habitudes de domination et de soumission qui sont devenus des secondes natures.

Par la capacité d'opposer les un.e.s aux autres en tirant structurellement sa manne de l'inaction et des disputes.

Par le nationalisme qui se maquille en folklore typique, par le sexisme qui se travestit en habile commerce. Par le racisme structurel qui se camoufle en distinction narcissique.

Par l'air que tu respires, doux très doux jusqu'à l'asphyxie, pendant que d'autres crèvent la bouche ouverte. Par l'interdiction de la contestation, ou alors seulement sur les T-shirt ou Facebook. 

Le capitalisme veut ton sourire. Par la complicité. Par la férocité de son appétit, par sa facilité à faire de tes désirs ses besoins; et de tes nouveaux besoins ses échanges monétaires.

Le capitalisme veut ton sourire.

Car de ton silence, de ta colère, de tes prières et lectures, il sait qu'il n'aura pas un sou.

 

 

 

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19/07/2018

Déraciner le racisme !

37197741_10156321900956826_2772716446893998080_n.jpgLa France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d'une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu'est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l'école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une "origine" aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l'armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l'activisme et l'indignation de nombreuses personnes pour que l'affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d'alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l'ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d'impunité que certains ressentent. 

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m'interpelle que l'information aie d'abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu'il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s'était saisi de l'affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le "travail journalistique", pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L'indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n'est pas une caricature, c'est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d'une telle image est inacceptable.[2]

C'est inquiétant qu'il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu'il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l'emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans "l'humour" ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l'on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de "chasse aux sorcières" ou de "lynchage médiatique", comme si la personne qui poste publiquement une photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d'être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l'ont bien cherché mais qu'elles sont des victimes d'agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre. 

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu'il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la "blague", l'humour, le renversement du rôle d'agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s'engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d'un autre temps.

Rappelons l'existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse...

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene...

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs...

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-...

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-...

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-...

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

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15/07/2018

Voiture à ras du sol

EA414663-F020-44BB-AB57-A70B202E736B.jpegOn entend souvent parler du grand chassé-croisé estival. Les protagonistes sont identifiés : juillettistes et aoûtiens. C'est vrai que cela fait du bruit quand ils se croisent. Sur des kilomètres, longs bouchons, colonnes de véhicules au ralenti, on en mesure la taille, les temps d'attente au tunnel du Gothard, aux péages. On lui donne des couleurs : rouges ou oranges, des noms d'oiseaux ou de bison, etc. Tout un folklore. Ce n'est pas de ce chassé-croisé que je souhaite parler, mais d'un autre qui est moins médiatique, plus discret.

 

 

L'été en fin de soirée...

Quelque chose attire parfois le regard. Une sorte de ballet autour de véhicules. Des personnes fument, d'autres empoignent une "dernière" valise - pas sûr qu'il n'y en aie pas encore une ou deux-, entament un casse-croûte sommaire, sur un coin de capot ou de trottoir. Voiture chargée de bagages, au ras du sol.

Ce théâtre de rue s'ouvre sitôt prononcées les vacances scolaires. Alors que pour certains la page de leur journée se clôt, pour d'autres un grand chapitre s'ouvre. S'allument les grands phares. C'est de ce chassé croisé là que je veux parler. Celui qui se passe entre ceux qui n'ont plus que quelques mètres à faire pour se mettre sous les plumes, alors que d'autres se préparent à une grande odyssée. Ce chassé-croisé qui durera tout l'été, dans l'anonymat des villes, des vies qui se croisent. 

 

Sur le départ

Ils contrôlent une dernière fois le niveau d'eau, d'huile. Ils vérifient qu'ils n'ont oublié ni triangle de panne, ni la petite couverture, pour quand il fera froid, pour la déposer dans l'herbe pour y pique-niquer tranquille sur l’aire d'autoroute.

Ils  font tourner le moteur. Ils font durer ce moment. Plaisir des ultimes préparatifs. Clôture du chargement. Ce qui est dans l'air avant le départ est bon, peut-être même meilleur, que le voyage lui-même.

Ce qui flotte dans l'air ? Le parfum du retour au pays. Impossible de savoir lequel. Toutes les valises se ressemblent. Les voyageurs aussi. Ils vont partir très longtemps. Et loin, cela se sent. Ils vont revoir des proches. Amener des cadeaux, en ramener aussi. Ils ne prennent pas un avion barbare et bon marché, qui vous catapulte d'un lieu à l'autre en quelques heures, vous laissant échoué et groggy. Non, ils prennent leur voiture, tous leurs bagages, un peu de leur maison d'ici pour la déplacer là-bas.

 

Tetris minutieux

Chaque espace du véhicule est le fruit d'un savant assemblage. Les places sont attribuées à chacun.e, parfois chèrement négociées. Personne ne veut se retrouver sur le siège central.

Ils savent qui conduira, pour combien de temps, qui le relaiera ensuite. Parfois, le conducteur refuse de transmettre le volant. Il en fait une affaire personnelle; ou alors prétend que cela a toujours été fait comme ça, le capitaine c’est lui. Il ne viendrait à l'idée de personne de lui disputer cette responsabilité : un privilège.

Il fera des siestes, biberonnera son red bull. Héros de la route, Ulysse des péages, il avalera les kilomètres : 1000 ou 2000, peut-être même plus. Les autres passagers seront réduits à l'intendance, condamnés à tour de rôle à refuser le sommeil comme des sentinelles. La nuque raide, l’oeil dans le vague, solidaires.

A ce chauffeur, on lui a préparé à manger : des sandwichs, faciles à emporter, enrobés dans du papier d'aluminium. Ses boissons préférée : thé vert ou thermos de café sucré, pour lutter contre le sommeil. Ce sommeil qui finira par emporter tout l'équipage juste avant le petit jour. Sauf lui, évidemment, gardant le cap, malgré la houle et les roulis du bitume. 

 

cycles de sommeil inversés 

C'est le grand départ. L’épopée. Tout le monde, au-delà de minuit, est en alerte, excité. Les enfants n'ont pas dormi les nuits précédentes. Ils ont littéralement piqué du nez à la piscine durant la journée.

C'est le dernier moment pour les derniers contrôles. Passeports, ok, pression des pneus, ok, carte grise rangée dans la boîte à gants, ok. Tout semble en ordre. Dernière bouffée de la dernière clope s'écrase du talon sur le trottoir. Et hop. Claquements de portes. Embrayage. Bye bye Genève, bye bye la Suisse. See you a la fin de l’été.

Parfois, quand on frotte deux cailloux l'un contre l'autre, une petite étincelle en jaillit. Parfois, il en est pareil du croisement de deux existences, il en jaillit alors un parfum, une image. On voit surgir des voitures au ras du sol les toits de villes du sud. On perçoit le parfum des cyprès, l'entêtante résine du mazout des stations essence ou de ports illuminés jour et nuit, le goudron fondu, la poussière sur les fruits trop mûrs.

Pendant que d'autres roulent, mes yeux se croisent.

Je m'endors. Ou plutôt : je rêve et je voyage avec eux.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=MbjIWSTYFWs

 

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07/07/2018

Ô rade ô désespoir

IMG_3082.jpgElle est bichonnée, elle est bien nettoyée, elle l'est surtout pour les touristes qui arpentent ses quais. Elle est objet de tous les soins, tous les égards, comme il sied aux cartes postales ou aux images d'Epinal. Mais n'en fait-on pas trop en terme esthétiques pour ce lieu. Et s'il est aisé de lustrer facilement ce qui brille, au détriment de quoi cela se fait-il ?

 

 

La mobilité en rade

Les cyclistes ne peuvent plus passer le long du jardin anglais, on les a repoussé à l'arrière du jardin (pas sur la route non, ça aurait probablement trop dérangé les automobilistes). Une piste provisoire s'étend le long du pont du Mont-Blanc où les cyclistes s'encolonnent (impossible de dépasser), avec au bout un arrêt mortel au pied de l'hôtel des Bergues, obligeant les vélos à monter sur les trottoirs s'ils veulent tourner pour remonter sur la rue de Chantepoulet pendant que les véhicules les frôlent.

Toujours et encore, la ville demeure pensée pour les voitures avant tout. L'autoroute urbaine qui longe le lac est dangereuse, avec des passages-piétons à risques, insuffisamment signalés le long du quai Gustave Ador, des temps de passage trop courts devant l'Horloge Fleurie - faut être adepte du sprint pour passer-, ou le long du quai Wilson - et tant pis pour les aîné.e.s ou les personnes à mobilité réduite-. La priorité aux voitures demeure la norme, c'est regrettable. Voilà pourtant, au-delà des vernis cosmétiques, ce qui changerait vraiment la rade : la rendre aux habitant.e.s, pas au trafic de transit. 

Au moment où certains évoquent un réaménagement futur de la rade et se réjouissent de l'ouverture de la nouvelle plage aux Eaux-Vives en 2019, pourquoi ne pas aller au-delà de l'esthétisation des quais, et refuser de laisser une autoroute les balafrer? La rade, belle rade, objet de tous les soins et obsessions, est bichonnées, nettoyée, mais malheureusement, aucun choix fort n'est posé pour la rendre à ses habitant.e.s.

 

IMG_3015.jpgSuperficie ici, abandon là-bas

Témoin, le concept de l'été pour la rade : l'Escale. Sorte de structure hybride, accueillant des concerts et une simili-bibliothèque (plutôt une colonne phallique avec trois ouvrages posés dedans), offrant des hamacs pour s'y délasser et à coups de publicités sponsorisés sur Facebook cherchant à faire venir des gens là où ils vont naturellement.

Oui, c'est agréablement fait, avec une prime à l'effet d'aubaine pour celui qui passe par là. Mais finalement à qui cela s'adresse-t-il, avec quelle intention ? Aux badauds, aux touristes? Et pourquoi déposer cette escale dans la rade alors que des quartiers comme le Petit-Saconnex, les Acacias, ou Châtelaine, manquent d'infrastructure publique, que des places de jeux nécessitent des rénovations urgentes sur la rive droite, pendant que des Maisons de quartier déplorent le manque de moyens et de ressources pour les centres aérés et l'accueil de jeunes?

Plutôt que de renforcer encore la centralité, et l'attractivité de lieux naturellement fréquentés, ne serait-il pas plus intéressant de renforcer une présence dans des lieux inanimés ou oubliés et amener les services publics là où il y a un déficit de ressources et, ou, des quartiers impactés par des travaux ou des changements structurels de fond ?

 

Tape à l'oeil

Le développement tape à l'oeil, d'animation facile et racoleur, ce tout à la rade, bien que sympathique accentue surtout, pour certains, le sentiment d'être les oublié.e.s d'une politique centrifuge.

Et certes, s'il est plus sexy pour un magistrat de mettre des lumières autour de la rade en hiver avec le festival Geneva lux, et en été de frimer avec l'Escale, il est intéressant de se demander, en terme de politique publique, si le plus urgent est réellement de mettre des lampions à la place Bel-Air et des hamacs le long du quai Gustave-Ador.

Point de vue communication, ça marche, évidement. Sur instagram c'est joli. Mais cela renforce surtout le sentiment qu'il y a des zones privilégiées et des quartiers éloignés, moins bien équipées et soignés. En terme de cohésion sociale, ce n'est ni bon ni souhaitable. C'est également une manière de surfer sur les problèmes de fond sans les traiter (trafic routier, gentrification). Et si certains exécutent les demandes  des hôtels de luxe de la rive droite pour qu'un tournoi de beach-volley soit déplacé au Port-Noir, car le bruit des sportifs incommodait les clients, ils restent plus hermétiques aux attentes et demandes des associations et habitant.e.s plus éloignés de la rade.

Escale

Le sentiment doux et sucré de lieux comme l'Escale ne fait ainsi aucunement disparaître les rapports de force et d'emprise sur l'espace public.

Au contraire même, en dépit des baby-foot et de la pétanque, ils les accentuent et rappellent qu'en terme de choix de lieux et d'intervention publique, rien n'est neutre.

Politiquement, renforcer ce qui est fort et délaisser ce qui nécessite plus d'attention ne fait que creuser les inégalités. C'est le choix fait quand on bichonne superficiellement la rade, tournant le dos à ce qui se passe fondamentalement au-delà de celle-ci.

Ô rade ô désespoir. Ô communicants ennemis.

 

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06/07/2018

Récit d’une radicalisation

IMG_E3042.JPGIl venait d’une famille normale, comme il y en a tant dans notre pays. Une enfance paisible, à l’abri du besoin, des peines et douleurs excessives. Une famille aimante et sécurisante. Une soeur un peu plus jeune, avec laquelle il a toujours eu une magnifique complicité. La religion ne l’intéressait pas du tout. Il n’a jamais fréquenté de lieu de culte. Ses parents ont toujours souhaité qu’à sa majorité il soit totalement libre de choisir (ou pas) la religion qui serait la sienne. Ils ne l’ont d’ailleurs jamais forcé. Ils n'étaient pas pour autant laxistes. Son père et sa mère avaient leur tronche et des idées bien arrêtées. On peut même dire que c’étaient des militants. Sa mère était engagée dans les années 80 dans le mouvement Touche pas à mon pote. Elle a toujours pensé que le racisme et le sexisme sont les plus grandes saloperies que l’humanité aie jamais engendré. Elle s’est battue toute sa vie pour la justice et l'égalité. Et maintenant...

Des parents comme les autres

Son père était maçon, un autodidacte aussi. Il lisait Libération et La Suisse. Le soir, il lisait des livres d'histoire. C’était un homme simple et droit. Jamais changé d’un pouce. Il prônait le respect du travail bien fait et de la parole donnée. La confiance dans le fait que si on se comporte bien, les gens se comportent correctement avec vous, et que ceux qui dérogent à cette règle paieront un jour d’une manière ou d’une autre (maladie, accident) leurs méfaits, car on ne peut faire souffrir les autres impunément. Il avait une forme de croyance, comme ça. Et maintenant...

Son père est resté maçon toute sa vie. A passé 50 ans, il a fondé sa propre boîte, engagé cinq personnes qu’il traite mieux que lui même, et pour lesquels on pourrait presque dire qu'il se sacrifie. Ok devenir patron, mais toujours assumer les responsabilités et égards dû à cette charge et respecter les gens.

Une enfance sans problèmes

Leur fils est né en 1990. Rien ne fut facile : pas de places de crèches, madame qui arrête de travailler pour s’occuper de lui à la maison. S’occuper des tâches ménagères et nettoyer la maison : le joug de la domination masculine ordinaire. Passée d’infirmière salariée à maman de jour bénévole pour ses enfants. Rapidement, ils découvrent que leur fils a quelque chose de spécial. Il reste seul de longues heures, où joue sans arrêt au foot avec ses amis. Enfin, peut être est-ce seulement après coup que l’on reconstitue tout ça afin de mieux comprendre ce qu'on a pu faire faux ou pas. Parce que, sur le moment, tout semblait normal. Personne n'aurait pu imaginer ce qui allait se passer...

Et si on l'avait su: qu’aurions-nous pu faire? Il ne faut pas accabler les parents, trop personnaliser ces trajectoires. Ce sont avant tout des drames politiques et sociaux. J’ai moi-même joué avec cet enfant. Il était pareil à tant d'autres gamins. Il était comme nous tous à son âge. Il aimait les vignettes Panini, que nous collectionnons à chaque mondial, les glaces à l’eau Rocket et les chicken nuggets. Et surtout, surtout, rouler très vite à vélo.

Quand j’ai appris ce qu’il est devenu ça m’a foutu un choc, comme à tous ceux qui l’ont connu

Je l'ai un peu perdu de vue à l'adolescence mais j'ai toujours entendu parler de lui. Tout semblait normal. Il suivait de bonnes études (payées par ses parents). Il ne manquait de rien. C’était pas l’abondance, mais en tout cas pas la misère. Je ne l’ai jamais entendu lever la voix sur quiconque, ou manquer de respect à une femme. Après, c’était pas un ange non plus. Quand il était ado, il a fait ses conneries. Plusieurs fois, il a roulé bourré, il aurait pu tuer des gens. Il a eu un retrait de permis. On a pensé que ça allait le calmer. Heureusement qu'il y avait sa famille autour, ça l'a aidé à se maintenir.

 

Et puis, ça a commencé à vriller...

Vers 19 ans, quelque chose a changé en lui. Il ne voulait pas reconnaître la loi ni l’autorité. Ses parents se sont inquiétés. On a essayé de discuter avec lui. Ce n’était plus possible. Ses parents ont fait le forcing pour l'inscrire à l’université, en sciences économiques. Il a accepté. Il lisait toujours plus de livres et s’isolait. Boire ne l’intéressait plus, ni voir ses amis, fêter ou danser. Il devenait rigoriste. Il a passé son bachelor et master, avec mention. Un étudiant brillant. Et pourtant...

 

Un voyage d'un an... et la radicalisation

Il a fait ce satané voyage qui l'a radicalement changé. Un an loin de chez lui. Si ses parents avaient su ce qui allait se passer, ils lui auraient confisqué son passeport, l’auraient sûrement empêché de partir. A son retour, personne ne l’a reconnu. C’était fini.

Il est revenu hautain et arrogant, a commencé méthodiquement à mettre en oeuvre son plan. Comme s’il avait subi un lavage de cerveaux. Il n’a pas agi seul. On a compris plus tard qu’il faisait partie d’un réseau et bénéficiait d’appuis. L’enquête de police aurait dû reconstituer les complicités et auditionner celles et ceux qui l’ont poussé sur cette voie. Malheureusement, personne n'a bougé. En apparence, tout était légal.

Il pouvait désormais passer à l'action. Il a été engagé comme trader dans une entreprise de négoces de céréales de Genève. Il a laissé alors pourrir dans des ports des navires chargés de blés quand les cours ne permettaient pas des bénéfices suffisamment luxuriants. La mort de centaines de milliers d’êtres humains en a découlé. Celui lui était égal. Endoctriné. 

Ses parents ont interpellé les politiques : comment a-t-il pu faire ce voyage d'un an à la City de Londres sans que personne ne s'en inquiète, ni qu'il y ait une cellule de déradicalisation à son retour? Pourquoi ne leur a-t-on rien dit, ni prévenu que leur fils allait devenir un tueur froid en col blanc? Désormais, il roule en Porsche Cayenne comme s’il était un roi du monde en se foutant bien du sort de ceux qu'il affame. Il est haï du 99% de l'humanité. Ses parents ont honte de lui.

Un cas parmi des centaines d'autres

Ses parents ont découvert que le destin de leur fils n’était pas unique. Il y a aujourd'hui des dizaines de jeunes hommes ou femmes qui ont le même destin que lui, perdant subitement leur identité et tout sens de l’empathie.

Radicalisés rapidement suite à un voyage, ou lors d’un camp prolongé où le maniement de produits financiers est enseigné, des techniques bien élaborée d’évasion fiscale, ils perdent rapidement tout contact avec la réalité.

Que faire?

Un voyage à la City. Le chemin vers la radicalisation. C’est chez nous, aujourd'hui, au sein de nos quartiers, dans nos familles, dans la tête de nos jeunes. Cette idéologie mortifère se répand et s'implante toujours plus. Faire du fric à tout prix en se foutant royalement des conséquences pour la vie d'autres êtres humains.

Deux parents dans la détresse. Une famille brisée. Ils n’arrivent plus à croire que c’est leur fils qui passe en voiture de luxe avec sa chemise blanche, l’air impeccable du salaud qui ne mesure plus la portée de ses actes et se contrefout de la mort qu’il répand autour de lui. 

Que faire ?

En parler autour de soi, afin que cela n'arrive pas à d'autres jeunes.

Dénoncer sans relâche les criminels qui entraînent toute une jeunesse au meurtre, et la complicité passive des autorités. 

 

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01/07/2018

Spécisme & co

antispécisme,alimentation,chasse,animaux,familiers,domestiquesQuelle est la différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Un bon chasseur il tire, et un mauvais chasseur... il tire aussi. Cette chute d'une vidéo des Inconnus sur les chasseurs a longtemps été citée comme paradigmatique de l'absurde de la chasse[1]. Aujourd'hui, si cette vidéo était prolongée, on pourrait y adjoindre une séquence : quand un chasseur voit la biche : il tire. Si c'est un âne: il tire pas. Ben ouais, la biche c'est un animal, et l'âne c'est... euh... un animal, mais pas comme la biche.

Le bon et le mauvais chasseur 

Un article de la tribune de Genève du 29 juin nous indique qu'un mauvais chasseur a été condamné  pour avoir tiré sur des ânes près du village d'Arith, en France voisine.[2]. Deux bêtes sont mortes sur le coup, deux autres gravement blessées ont été euthanasiées par la suite. Le chasseur a été poursuivi pour actes de cruauté envers animaux domestiques et violation d'ordonnance sur la chasse. La Fédération de chasse de la Savoie s'est aussi constitué partie civile. Le chasseur, pour sa défense, a prétendu avoir confondu les ânes avec des biches. La fédération des chasseurs a confirmé qu'il était impossible, à la distance où se tenait le chasseur, de les confondre. Le chasseur a été condamné à une amende. Son permis de chasse révoqué. Très (très) mauvais chasseur, donc.

Qu'est-ce qui différence un chat d'un chat sauvage?

Cela interpelle et questionne. Car enfin, un bon chasseur peut tirer des biches sans crainte de jugement pour cruauté envers animal, mais pas des ânes. Pourtant, qu'est-ce qui différencie la biche de l'âne? En un mot : la domesticité, qui est un autre mot pour dire la familiarité. L'âne a un propriétaire, là où la biche n'en a pas. Et les enfants, nous précise l'article, caressaient les ânes dans le champ, et jouaient avec eux. Si le mauvais chasseur avait tiré sur une vache, un chat ou un chien, il aurait certainement écopé du même verdict. Au diable galinettes cendrées, sangliers ou chevreuils, ces derniers peuvent passer sans autre à la moulinette. Les enfants n'ont pas de lien particulier avec eux, on ne leur donne pas de petit nom, ne les nomme ni "fleurette" ou "médor". Conséquence: on leur envoie du plomb. C'est la loi, la coutume.

L'acte de nommer ferait donc basculer du champ du sauvage à celui du familier et préserverait des balles. Il est intéressant de relever que le chemin inverse se fait pour les tueurs d'humain. L'histoire nous montre que ces derniers prennent comme première mesure de retirer le nom de leur victime, d'effacer l'identité de celles et ceux qu'ils peuvent ensuite tuer... comme des bêtes. Le fait de nommer distingue ce qui est familier de ce qui ne l'est plus, et qui finit, suivant une pente bien humaine et morbide, de ne plus mériter aucun égard, ni même la vie.

 

Qu'est-ce que le domestique?

Mais notre chasseur d'ânes, pourquoi n'a-t-il pas écopé de dommage à la propriété plutôt que cruauté sur animal ? Et puis,  s'il y a cruauté envers animaux, quand un chasseur s'en prend à des ânes dans un champ, comment se fait-il que le paysan qui envoie ses chevaux à l'abattoir ou fait de son cochon saucisses et boudins, n'écope pas lui aussi d'une même peine ? Ne devrait-il pas être pareillement condamné pour cruauté sur animal ? Les tribunaux seraient alors remplis d'éleveurs, et les chaînes de supermarchés définitivement et lourdement condamnées pour massacres en bande organisée. Pourtant, à ce jour, cela n'arrive pas. La loi protège ceux qui tuent des animaux domestiques pour autant que ces derniers soient sur une liste agrée et que cela se pratique dans les règles.

 

Tu ne tueras point ( sauf exceptions listées ci-dessous)

Résumons :

1) Les bêtes dites sauvages (celles à qui on ne donne pas un nom d'ami), on peut leur tirer dessus (pour autant qu'elles ne soient pas en voie de disparition, parce que là ça va trop loin), à des périodes spécifiques (chasse ou fêtes), en dehors desquelles, il faut les laisser souffler (elles doivent bien pouvoir se reproduire pour qu'on puisse les supprimer).

2) Les bêtes domestiques, il est interdit de leur faire du mal (essayez de tirer sur votre chat pour voir), mais à l'exception de certains animaux domestiques (qui sont joyeusement mis à mort), mais selon certaines règles (n'amenez pas votre chat à la boucherie, vous serez dénoncé, et ne tuez pas votre cheval dans un champ), et ce donc avec une ferveur redoublée  à certaines périodes de l'année (à Noël ou en été, pour la dinde ou les grillades).

3) Enfin, il y a des animaux domestiques qui sont supprimables sans aucuns soucis légaux (vous pouvez broyer de la souris tant que vous voulez, gazer des taupes, éliminer tous les insectes possibles et imaginables, ces derniers étant rangés dans la catégorie des nuisibles, donc considérés comme qualité négligeable, quel que soit le petit nom que vous ou vos enfants leur aurez donné. Un conseil, faites juste gaffe, si votre enfant a appelé mimi la petite souris de la cave, de bien nettoyer la pelle qui aura servi à l'occire, car en cas de disparition avérée, soupçonné, vous aurez à siéger devant le plus sévère des tribunaux : familial, dont la sanction ne sera pas pécuniaire, mais affective, ce qui est grave).

 

L'humain au centre: mais de quoi ?

Ces distinctions arbitraires entre le domestique et le sauvage sont construites sur des bases économiques, culturelles, historiques, relativement complexes. Voulues et pensées par l'humain, c'est lui qui en assume les frontières et les évolutions. L'histoire change, et si une certaine cohérence d'ensemble s'y retrouve, elle est grandement illisible pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas les mêmes codes culturels ou y cherchent une logique éthique (ici on mange les cuisses de grenouille là bas on ne touchera jamais au cuisseau d’un canasson). Bien sûr, tout cela change au fil des siècles, et si nos grands-parents ont massacré des renards, leur tirer dessus quand ils chapardent dans les poubelles du quartier serait condamné, et pas seulement pour trouble à l’ordre public. L'humain aujourd'hui reste le centre, mais l'économie, la culture ont changé, et pas sûr que les coutumes des grands-pères et grands-mères soient encore applicable à notre siècle.

 

L'antispécisme : un temps d'avance

Aujourd'hui, celles et ceux que l'on appelle antispécistes, et qui refusent toute mise à mort d'animaux, ont une avance éthique et une cohérence considérable sur ce sujet. Cela leur donne une puissance incontestable. Que certains d'entre eux en viennent à casser des vitrines pour se faire entendre est regrettable, mais devrait alimenter le débat de fond plutôt que de permettre à certains de se cacher derrière le verre éclaté pour ne pas affronter l’interrogation sur la légitimité au-delà de la légalité pour l’humain de tuer ou non des animaux, et la manière dont il se le permet.

L'humain a décidé des espèce qui lui sont asservies pour sa nourriture, son agrément, et son plaisir. Il a défini les espèces qu'il s’autorise à tuer, et d'autres qu'il peut élever pour un usage segmenté de telle ou partie de la bête - fourrure, oeufs, ou essences-, et d'autres enfin qu'il vénère. Aujourd'hui, cette carte peut, doit évoluer.

Le mauvais chasseur qui a tiré sur des ânes a été condamné pour cruauté sur animal. Les bons chasseurs aux mains immaculées : Monsieur et Madame tout le monde mangeant de bons steak au restaurant et se délectant de filets de perche ne le seront pas...  enfin, pas dans l'immédiat. Il n’empêche, la réflexion sur l’hégemonie humaine du droit de vie ou de mort sur les animaux de la part des bipèdes est à poursuivre.

 

 

[1]https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

[2]https://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Le-chasseur-suisse...

 

 

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28/06/2018

Lettre à un ami athée

athéime,foi,croyance,dialogueMon cher ami, la dernière fois que je t’ai vu, tu m’as dit que tu ne comprenais pas que l’on puisse croire en quelque chose qui n’existe pas. Je t’ai trouvé péremptoire dans ta prise de position. Comme si tu devais absolument effacer du monde une présence que, par ailleurs, tu ne reconnais pas. Mais s'il n'y a rien, pourquoi t'échiner alors à lui donner consistance pour le nier? Il suffirait de laisser le rien n'être rien, non ?

Mais c'est comme si tu savais, de source sûre, ce que signifie croire. Pourtant c'est un mystère, surtout pour celui croit, au point que cela est souvent au coeur même de sa croyance. Demande au croyant ce qu'il croit, et souvent, dans ses réponses, tu entendras un mélange d'embarras, de maladresse ou d'hésitation.

Croire revient, presque par définition, à entrer dans un mystère et à sentir que tout n'est pas dicible et démontrable. Et conduit, en conséquence, à déraciner les certitudes et les affirmations toutes faites pour naviguer un peu à vue. Comme un pilote d’avion entrant dans le brouillard, et dont le pilote automatique tombe en panne, le laissant condamné à s’en remettre à un mélange d'expérience, d’aspiration et d’abandon, pour s'ouvrir un chemin.

Croire serait donc une entrée dans le monde du tâtonnement, de l’intuition, du désir, plus que de la connaissance. À cela tu opposes le bloc compact de ta négation, la persévérance satisfaite de celui qui a une mission définie : nier la prétention de l'autre à toute transcendance. Bon, pour aller dans ton sens, il y a des croyants au dogme et à l'intransigeance morbide et inacceptables. Mais qu'à le fait de croire là-dedans? Il y a bien des athées qui respectent le fait de croire ou de ne pas croire, n'en font pas une croisade, tout comme il y a des croyant.e.s qui savent douter et accueillir chacun.e. dans sa différence.  

Mon cher ami. Comme un lutteur chevronné, tu cherches à plaquer ton adversaire au sol, -l'hésitant croyant qui ne sait dire en quoi et pourquoi il croit, mais cherche et perçoit quelques chose qui le transcende-. Jusqu’à ce que ses deux épaules soient au sol et la soumission acceptée. Tu ne cherches pas le dialogue, mais la victoire par la force. Les croisades, les petits-déjeuners au pensionnat, l'église du XVIe, et les abus sexuels de prêtres déviants, c'est en quelque chose un stade indépassable et illustratif de ton nihilisme. Les points godwin du religieux. Imparables selon toi. 

Mon cher ami, je ne sais pas ce que croire est. Je ne juge pas ceux qui ne croient pas, que l’on nomme agnostique, ou les athées qui ne font pas église de leur non-croyance, ni des animateurs de croyances occultes. Je n’ai pas voulu te contredire, ni entamer une discussion sans fin, sur le sens de tout cela. Cela me semblait perdu d'avance. Tu n’en avais d’ailleurs nulle envie. L’affirmation toute puissante de la non-existence de la foi de l’autre te servait de rempart, pour éviter d'être ébranlé dans ta certitude sur ce qu’est croire et ce que ça recouvre.

Voyant en toi vibrer le feu féroce du zélote, la rage du convaincu, j’ai reconnu la peur fragile envers un Dieu gourmand dont les ouailles sont nombreux. Le Dieu des certitudes toutes faites, et des enclos protecteur excluant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Alors j'ai choisi d'écrire, cela permet de prendre le temps de poser quelques arguments.

Cher ami, je refuse de figer l’autre dans une place qui n’est pas la sienne, l'enrôler sous une bannière ou étiquette, comme s’il n’y avait pas d’allers retours possibles, de déplacements entre une conscience intime et son expression, une identité sociale et une quête intérieure. Le chemin de croire est à mes yeux presque obligatoirement un parcours oscillant entre une présence et une absence, une certitude confuse et un doute radical.

Un peu, au final, comme échanger avec toi. 

 

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23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

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17/05/2018

Tolérance zéro pour les grillades ... et les matraques pour les fumeurs de chichas ?

2-26.jpgDans le journal 20mn, Monsieur Barazzone, par la voix de son porte-parole, annonce que la Ville va "serrer la vis face à de nombreux abus" concernant les grillades "sauvages". Il s'en suit une explication fumeuse sur le fait que des débuts d'incendie de bosquet ont été déclenché après que des gens y aient vidé leurs braises, et que des groupes occupent des grils municipaux, les privatisant de fait. C'est en effet une explication improbable, car le fait  que les grills soient squattés découle précisément du fait qu'ils sont installés en nombre insuffisants, et précisément de l'interdiction de la Ville de laisser la liberté à chacun.e. d'amener son propre grill. Si la Ville veut interdire les grills individuels, qu'elle établisse au moins un nombre suffisant de grills collectifs pour celles et ceux qui souhaitent s'adonner à cette pratique populaire.

Malheureusement, ce n'est pas la voie suivie. Aujourd'hui : tolérance zéro pour les personnes qui veulent juste griller un petit bout de viande ou de tofu en été. Et gel des nouveaux grills collectifs. Avec une seule logique : celle de la répression et de la mise à l'amende. Quand on n'a pas vraiment de position, l'intolérance peut vite devenir une norme.

Et si on sortait de la logique de la répression et de l'amende ?

Il existe pourtant des solutions. Tout d'abord des zones de grillades libres et encadrées, afin que chacun.e. puisse amener son propre matériel. Ou alors, établissement de grills électriques collectifs, qui ne produisent aucune fumée, fonctionnent sans braise ni production de déchets après la grillade. Cette solution permettrait à chacun.e. de griller ses saucisses et ses mets végétariens sans nuire à la qualité de vie dans les parcs et pacifierait le sujet.[2]

Cette solution de grills électriques augmenterait aussi la convivialité. Puisque ce n'est ni un tel ni tel autre qui a allumé le grill, ce dernier se partagerait plus librement. Fin de l'appropriation. La convivialité augmenterait d'autant. Installé en nombre suffisant, ces grills seraient une véritable alternative à la fumée et aux nuisances que peuvent occasionner les grills à charbon. Ils pourraient même être utilisés durant plusieurs saisons et être un mode attractif de faire vivre les parcs aux saisons moins ensoleillées et une alternative à l'enfermement chez soi. Ces grills électriques sont aujourd'hui installés dans plusieurs communes de suisse romande, notamment Nyon, Yverdon, Montreux et Lausanne bientôt.

Belle idée que d'augmenter l'appropriation citoyenne dans les parcs, et populariser la grillade en automne ou en hiver, avec des grills collectifs. Ces derniers pourraient même être solaires. Il faudrait pour cela équiper les parcs et sortir de la logique de parcs sanctuaires et du réflexe de la mise à l'amende pour ce qui ne respect pas la rigidité des règlements. 

Et si, plutôt que d'une position intolérante voulant éteindre un mouvement populaire, on passait à une position de tolérance pour le vivre ensemble en amenant des solutions ?

Avec un peu d'imagination et de créativité, c'est possible.

Genève mérite beaucoup mieux que des policiers chassant aux cris de tolérance zéro les gens qui pique-niquent dans les parcs. 

 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Grillades-dans-les-parcs--la-Ville-va-serrer-la-vis-cet-ete-25217494

[2] http://www.greenplategrill.ch/

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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14:27 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : été, genève, grillades, parcs, promenades, gestion | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/05/2018

Manifeste cycliste

Alors que toujours plus de cyclistes meurent sur les routes, victimes du manque de réactivité des pouvoirs publics qui continuent à vouloir faire cohabiter des véhicules de plusieurs tonnes avec des personnes vulnérables exposées sans aucune protection.

Alors que le nombre de cyclistes augmente sans cesse mais que les infrastructures et pistes cyclables ne suivent pas.

Alors que trop souvent, un simple trait de peinture jaune est tracé sur le sol, et que très souvent, même un peu de peinture, c'est encore trop demander.

Alors qu'aucun trait de peinture n'a jamais empêché quiconque de mourir quand une voiture zigzague sur lui.

Des pistes cyclables sécurisées partout, voilà ce qui arrêtera de faire mourir les cyclistes sur les routes.

 

Alors que les véhicules sont plus gros, et ceux qui sont dedans plus isolés, avec des gadgets toujours plus attractifs pour les distraire.

Alors que les cyclistes se font shooter comme des lapins pour une seconde d'inattention.

Alors que certains continuent de nommer cycloterroristes ceux qui essaient de survivre sans moteur dans un espace routier pensé toujours pour la voiture uniquement.

Des pistes cyclables partout, voilà ce qui mettra fin aux transgressions des cyclistes.

 

Alors que la voiture est un mode de déplacement du siècle dernier voué à disparaître.

Alors que de nombreuses personnes aimeraient se déplacer en vélo mais n'osent pas car ils estiment cela trop dangereux.

Alors que des questions de santé publique (pollution sonore et pics de pollutions) plaident pour une accélération du passage à des modes de transport ni dangereux ni nocifs.

Alors que la loi sur la circulation routière est dépassée et souffre d'un anachronisme grave.

On ne trouvera plus aucun cycliste pour violer la loi routière quand celle-ci sera pensée également pour lui et à son avantage

Ce n'est pas le vélo qui est dangereux c'est les véhicules qui le serrent.

 

Alors que nous sommes placés devant un choix : voir toujours plus de cyclistes mourir parce que les infrastructures et les mentalités ne changent pas ou changer les mentalités et les infrastructures.

Pour partager l'espace il existe une solution évidente: que chacun.e puisse disposer du sien d'une manière sécurisée.

 

Pour toutes celles et tous ceux qui risquent leur vie tous les jours dans la jungle urbaine. En mémoire de toutes celles et de tous ceux qui l'ont perdue dedans.

Construisons des espaces en zone propre pour les vélos et les piétons exclusivement.

Et arrêtons de repousser les cyclistes sur la part congrue des routes mais ramenons-les au centre.

Par tous les moyens nécessaires. 

 

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18:59 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélo, cycliste, route, mobilité, déplacements | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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08:26 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élections, suisse, démocratie, participation | |  Facebook |  Imprimer | | |