sylvain thévoz

23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

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17/05/2018

Tolérance zéro pour les grillades ... et les matraques pour les fumeurs de chichas ?

2-26.jpgDans le journal 20mn, Monsieur Barazzone, par la voix de son porte-parole, annonce que la Ville va "serrer la vis face à de nombreux abus" concernant les grillades "sauvages". Il s'en suit une explication fumeuse sur le fait que des débuts d'incendie de bosquet ont été déclenché après que des gens y aient vidé leurs braises, et que des groupes occupent des grils municipaux, les privatisant de fait. C'est en effet une explication improbable, car le fait  que les grills soient squattés découle précisément du fait qu'ils sont installés en nombre insuffisants, et précisément de l'interdiction de la Ville de laisser la liberté à chacun.e. d'amener son propre grill. Si la Ville veut interdire les grills individuels, qu'elle établisse au moins un nombre suffisant de grills collectifs pour celles et ceux qui souhaitent s'adonner à cette pratique populaire.

Malheureusement, ce n'est pas la voie suivie. Aujourd'hui : tolérance zéro pour les personnes qui veulent juste griller un petit bout de viande ou de tofu en été. Et gel des nouveaux grills collectifs. Avec une seule logique : celle de la répression et de la mise à l'amende. Quand on n'a pas vraiment de position, l'intolérance peut vite devenir une norme.

Et si on sortait de la logique de la répression et de l'amende ?

Il existe pourtant des solutions. Tout d'abord des zones de grillades libres et encadrées, afin que chacun.e. puisse amener son propre matériel. Ou alors, établissement de grills électriques collectifs, qui ne produisent aucune fumée, fonctionnent sans braise ni production de déchets après la grillade. Cette solution permettrait à chacun.e. de griller ses saucisses et ses mets végétariens sans nuire à la qualité de vie dans les parcs et pacifierait le sujet.[2]

Cette solution de grills électriques augmenterait aussi la convivialité. Puisque ce n'est ni un tel ni tel autre qui a allumé le grill, ce dernier se partagerait plus librement. Fin de l'appropriation. La convivialité augmenterait d'autant. Installé en nombre suffisant, ces grills seraient une véritable alternative à la fumée et aux nuisances que peuvent occasionner les grills à charbon. Ils pourraient même être utilisés durant plusieurs saisons et être un mode attractif de faire vivre les parcs aux saisons moins ensoleillées et une alternative à l'enfermement chez soi. Ces grills électriques sont aujourd'hui installés dans plusieurs communes de suisse romande, notamment Nyon, Yverdon, Montreux et Lausanne bientôt.

Belle idée que d'augmenter l'appropriation citoyenne dans les parcs, et populariser la grillade en automne ou en hiver, avec des grills collectifs. Ces derniers pourraient même être solaires. Il faudrait pour cela équiper les parcs et sortir de la logique de parcs sanctuaires et du réflexe de la mise à l'amende pour ce qui ne respect pas la rigidité des règlements. 

Et si, plutôt que d'une position intolérante voulant éteindre un mouvement populaire, on passait à une position de tolérance pour le vivre ensemble en amenant des solutions ?

Avec un peu d'imagination et de créativité, c'est possible.

Genève mérite beaucoup mieux que des policiers chassant aux cris de tolérance zéro les gens qui pique-niquent dans les parcs. 

 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Grillades-dans-les-parcs--la-Ville-va-serrer-la-vis-cet-ete-25217494

[2] http://www.greenplategrill.ch/

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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08/05/2018

Manifeste cycliste

Alors que toujours plus de cyclistes meurent sur les routes, victimes du manque de réactivité des pouvoirs publics qui continuent à vouloir faire cohabiter des véhicules de plusieurs tonnes avec des personnes vulnérables exposées sans aucune protection.

Alors que le nombre de cyclistes augmente sans cesse mais que les infrastructures et pistes cyclables ne suivent pas.

Alors que trop souvent, un simple trait de peinture jaune est tracé sur le sol, et que très souvent, même un peu de peinture, c'est encore trop demander.

Alors qu'aucun trait de peinture n'a jamais empêché quiconque de mourir quand une voiture zigzague sur lui.

Des pistes cyclables sécurisées partout, voilà ce qui arrêtera de faire mourir les cyclistes sur les routes.

 

Alors que les véhicules sont plus gros, et ceux qui sont dedans plus isolés, avec des gadgets toujours plus attractifs pour les distraire.

Alors que les cyclistes se font shooter comme des lapins pour une seconde d'inattention.

Alors que certains continuent de nommer cycloterroristes ceux qui essaient de survivre sans moteur dans un espace routier pensé toujours pour la voiture uniquement.

Des pistes cyclables partout, voilà ce qui mettra fin aux transgressions des cyclistes.

 

Alors que la voiture est un mode de déplacement du siècle dernier voué à disparaître.

Alors que de nombreuses personnes aimeraient se déplacer en vélo mais n'osent pas car ils estiment cela trop dangereux.

Alors que des questions de santé publique (pollution sonore et pics de pollutions) plaident pour une accélération du passage à des modes de transport ni dangereux ni nocifs.

Alors que la loi sur la circulation routière est dépassée et souffre d'un anachronisme grave.

On ne trouvera plus aucun cycliste pour violer la loi routière quand celle-ci sera pensée également pour lui et à son avantage

Ce n'est pas le vélo qui est dangereux c'est les véhicules qui le serrent.

 

Alors que nous sommes placés devant un choix : voir toujours plus de cyclistes mourir parce que les infrastructures et les mentalités ne changent pas ou changer les mentalités et les infrastructures.

Pour partager l'espace il existe une solution évidente: que chacun.e puisse disposer du sien d'une manière sécurisée.

 

Pour toutes celles et tous ceux qui risquent leur vie tous les jours dans la jungle urbaine. En mémoire de toutes celles et de tous ceux qui l'ont perdue dedans.

Construisons des espaces en zone propre pour les vélos et les piétons exclusivement.

Et arrêtons de repousser les cyclistes sur la part congrue des routes mais ramenons-les au centre.

Par tous les moyens nécessaires. 

 

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05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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11/04/2018

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne dimanche?

csm_Armut_in_der_Schweiz_CH_f_1_1300x547px_c47bcfa5c2.jpgLa pauvreté augmente en Suisse et à Genève. Elle peut frapper chacun.e. Le filet social est d'autant plus important. Pourtant, on peut lire dans le Temps la grande déclaration de l'Entente (les cinq candidats PDC et PLR) qui annonce que son seul objectif pour la prochaine législature serait, en cas d'élection de couper et couper encore dans les budgets.[1]

Pour ce programme d'austérité, ils veulent "une majorité nette" le 15 avril. Pierre Maudet susurre: "on compte sur le vote de dimanche pour pouvoir faire ce que l'on avait dit que l'on ferait et que l'on nous a empêché de faire : des coupes". C'est incroyable quand même. Voilà une droite qui a disposé d'une écrasante majorité au Conseil d'Etat et au Grand Conseil durant 5 ans et qui, à quelques jours de l'élection, piteusement, demande que l'on reparte pour un tour afin qu'ils puissent réaliser ce pour quoi ils ont été élu le coup d'avant. Il faut rappeler à Monsieur Maudet que si la droite majoritaire n'a pas réussi à mener aussi loin qu'elle l'entend son projet d'austérité, elle ne le doit qu'à elle-même et à sa propre faiblesse. En guise de "programme politique", c'est un sacré constat d'échec que reconnaît l'Entente.

 

Ce Conseil d'Etat, à l'écrasante majorité de droite, a été inefficace durant 5 ans

Il faudrait dimanche leur redonner une majorité pour que le coupe-coupe fonctionne encore? Non. Mieux vaut renverser cette majorité et retirer immédiatement tout objet tranchant de ses mains.

En Ville de Genève, l'Entente s'est trouvée empruntée. Elle ne savait pas où couper ni comment, se heurtant à la réalité : une Ville bien gérée, avec des charges maîtrisées, des budgets à l'équilibre et des comptes bénéficiaires. Quand l'Entente a réussi à trouver là où elle voulait couper (culture et social, toujours!), elle s'est heurtée deux fois en votation populaire à un refus très net (plus de 60%) de la part de la population (en 2016 et 2018).[2] Les coupes ne sont pas une voie à suivre. La population n'en veut pas. 

 

Refusons de couper l'aide publique pour engraisser les privés

L'argument de la droite pour sortir le coupe-coupe est de dire qu'à Genève, "les coûts de l’aide sociale ont explosé de 37% lors de la dernière législature, alors que les revenus ont crû de 12%". Il faut contrer cet argument fallacieux. Si l'on veut baisser les coûts de l'aide sociale, il faut appliquer des modèles créatifs et dynamiques,  afin de sortir les gens rapidement de l'aide sociale.

Par exemple, en facilitant la rente-pont[3] pour les personnes qui perdent leur emploi passé 60 ans; en se donnant les moyens de réduire le nombre de dossiers traités par travailleur social; en favorisant le retour à l'emploi rapide, la formation, en augmentant le nombre de places de crèche afin que tout parent puisse travailler. Voilà ce qui nous motive. Pas de précariser encore davantage les personnes vivant seules, dans un ménage monoparental avec des enfants mineurs, ou celles sans formation post-obligatoire, ou vivant dans un ménage sans aucune personne active occupée, etc.[4] 

 

Les coûts de l'aide sociale augmentent parce que la pauvreté augmente, malgré une conjoncture économique favorable.

Le raccourcissement des délais cadre et la diminution des moyens pour lutter contre le chômage, provoque mécaniquement une augmentation des sommes liées à l'aide sociale. La précarité est le révélateur d'une économie où les salaires sont toujours plus faibles et incertains pour une frange de la population. Un tiers des gens qui obtiennent une aide sociale travaillent! Ils n'arrivent tout simplement plus à joindre les deux bouts.

Il faut le marteler, il n'y a pas d'augmentation en Suisse du nombre de personnes à l'aide sociale en regard de la population globale, mais une augmentation du coût de l'aide sociale, lié principalement à l'augmentation des primes d'assurance maladie et au coût du logement !

La gauche l'a compris, en s'attaquant au coût de l'assurance maladie et aux loyer prohibitifs. Là dessus, il y a des économies à faire afin d'arrêter d'engraisser les privés sur le dos de la collectivité, et cela passe par des changements de lois. Le coupe-coupe de la droite ne va lui qu'enfoncer toujours plus les personnes précaires dans la pauvreté, ne permettant nullement de faire des économies, bien au contraire.

Ayant fait aboutir ce printemps deux initiatives réunissant plus de 7700 signatures pour renforcer l'emploi et la réinsertion socioprofessionnelle, le Parti socialiste agit.[5] Personne n'est par plaisir ou choix à l'aide sociale[6] et personne ne doit y rester. Cela demande un vrai engagement et une vraie politique publique dotée de moyens.  

 

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne?

Si la droite gagne dimanche, nous repartirons pour 5 ans d'une même bouillabaisse créant toujours plus d'inégalités. Nous aurons des entreprises privées toujours plus prospères, et des Genevois-e-s toujours plus pauvres. Pendant que l'économie du Canton continuera à croître, ce seront toujours les mêmes qui en paieront le prix. 

La droite aura beau jeu de taper sur les plus fragiles "ceux à l'aide sociale" pour cacher l'incohérence de sa politique et son manque de vision, cela n'amènera en aucune manière plus de prospérité.

Conclusion : retirons dimanche le coupe-coupe des mains de la droite. Celle-ci a déjà trop largement fait preuve, durant les 5 dernières années, de son incompétence et de son manque de vision pour affronter les défis actuels de notre société.

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/economies-coupes-programme-lentente-genevoise

[2]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/peuple-refuse-no...

[3]https://www.vd.ch/themes/social/prestations-assurances-et...

[4]https://www.tdg.ch/suisse/La-Suisse-compte-600-000-pauvre...

[5] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/7700-signatures-...

[6] https://www.rts.ch/info/suisse/9005618-sans-l-aide-...

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09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

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05/04/2018

Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

 

Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

 

La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

 

Un gros problème d'humanité

Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

 

Assez de technocratisme !

1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

A gauche !

Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

 

[1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/inter...

 

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29/03/2018

Passer à l'Action

csm_ACTIONS_logo_low_e88433c644.pngLa maison de quartier des Eaux-Vives m’a proposé de participer au projet Actions de Yan Duyvendak[1]. Ce projet de théâtre action a pour objectif de constituer une arène démocratique où des acteurs différents : requérants d’asile, politiques, fonctionnaires, travailleurs sociaux, sont réunis et ouvrent en présence d'un public le débat de la migration durant presque deux heures.[2]

Je ne savais pas à quoi je m’engageais, mais j’ai accepté, immédiatement. D’abord parce que j’habite à quelques centaines de mètres du foyer Frank Thomas, qui accueille des requérants d’asile, et que la maison de quartier me semblait être un lieu parfait pour ouvrir ce genre de débat, ensuite parce que la question de la migration, les conditions pratiques avec lesquelles sont accueilli.e.s celles et ceux qui arrivent à Genève est primordiale, et l’urgence d’en débattre manifeste.

Mais surtout, parce que si l’on parle de migrations et de migrant.e.s, quand est-ce que concrètement l’on s’en parle, face à face, et cherchons ensemble des solutions pour réduire les distances entre nos vies, contenir le rythme de celles-ci qui repousse certains dans les marges de l'indifférence. 

Participer à Actions était une bonne manière d’élever le niveau de conscience politique et éthique concernant la responsabilité envers autrui pour faire émerger des moyens concrets, ensemble, pour améliorer concrètement les situations de vie de, celles et ceux qui sont accueilli.e.s, et la compréhension de celles et ceux à qui il revient d'accueillir.

  

index.jpgUne méthode de travail

Le projet Actions est efficace. Il propose, à l’aide des outils du théâtre (production, dramaturgie, direction), un cadre pour poser et faire avancer un débat dynamique. Il permet, à l’image du dispositif des chaises placées en cercles concentriques, de progresser d’une manière circulaire, sans tomber dans l’opposition ou les contradictions conduisant aux blocage usuels.

La puissance de ce projet est celui de contraindre à croiser les divers points de vue, sans attribuer à quiconque de monopole de la parole ni céder à la tentation d’un locuteur tout puissant. Cela permet ainsi à chacun.e de s’exprimer de là où il, elle, se trouve et mettre ainsi le spectateur face à un déroulement qui, certes est un spectacle, mais plus réel que la réalité, est surtout une sorte de condensé de celle-ci.

Celui qui participe réalise alors que, s’il est un spectateur, il est profondément, comme humain, un acteur responsable. Il est alors amené, à la fin de la soirée, à s’engager, en remplissant une fiche sur laquelle il va poser ses propositions, ses disponibilités, pour réaliser des actions concrètes.

 

C'est le face à face qui nous change

Participer à Actions m’a permis de mieux comprendre la situation des migrant.e.s. Lorsque l’on est confronté à la parole de l’autre, à son corps et son visage, on ne peut s’y dérober. Les fantasmes ou les allégories sur les migrant.e.s disparaissent sous la force du témoignage de celles et ceux qui se lèvent pour parler de leur vécu. Elles nomment alors l’incompréhension, les blocages de la langue, l’éloignement, la souffrance, le rapport kafkaïen aux règles et règlements, le sentiment d’avoir quitté une prison pour une autre, et l’inhumanité des mécanismes administratifs.

Ces paroles sont de celles qui transpercent. Le dispositif d’Actions permet de constater que chacun.e, selon là où il est placé, fait de son mieux (ou au moins pire). Autant le travailleur de l’Hospice général que le fonctionnaire du bureau de l’intégration des étrangers assument leur position, qui est loin d’être simple, et jouent leur rôle, au sens propre comme au sens figuré.

Il n’y a pas ici des victimes et des bourreaux, des situations binaires, mais des humains embarqués dans une histoire.

D’une manière complexe, et peut-être tragique, nous sommes au final toutes et tous placés dans un système qui, à partir de notre place dans celui-ci, oriente nos conduites et nos paroles, limite nos choix ou les oriente. Vous avez beau faire le même voyage en autobus, selon que vous êtes assis ou debout, ou avec quelqu’un qui vous écrase le pied, ce ne sera clairement pas le même trajet. Qui refuserait de soulever son pied si on lui disait clairement qu'il pèse sur celui d'un autre?

 

Pas une posture morale, mais un chemin éthique

Nous sommes responsables des systèmes que nous constituons et donc alimentons, passivement ou activement. Il s’agit donc de mieux comprendre les enjeux structurels et collectifs pour les changer concrètement.

Si nous bénéficions de la force des systèmes, pourquoi leur donner tant de puissance quand ces derniers contraignent fortement d’autres êtres humains ? Nous sommes responsables des alliances que nous tissons avec celles et ceux qui subissent le plus durement des inégalités. Qu’est-ce qui fait que nous nous sentons liés, ou pas, à la souffrance d’autrui? 

Le projet Actions permet de passer d’une position distante et/ou indifférente à une position responsable. Ce projet place chacun.e devant le visage d’autrui et oblige, comme l’énonçait le philosophe Lévinas, à y percevoir au-delà d'une simple image ou reflet, une existence et une exigence, celle de mon entière responsabilité envers cet autre comme moi-même. Et donc, selon ses paroles, ses attentes, ses besoins et les miens, de passer rapidement à l’action pour ne pas être spectateur et ultimement complice des injustices, mais bel et bien un acteur engagé et responsable.     

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=BQjvtdEZcqI

[2] http://www.duyvendak.com/index.php?/performances/actions/

17:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théatre, actions, duyvendak, migrants, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2018

Pourquoi je vote

politiqueDepuis les années 70, avec quelques variations, le taux de participation aux élections cantonales genevoises oscille autour de 40% pour les élections au Grand Conseil et de 45% pour le Conseil d'Etat. On était déjà passé sous les 50% au début des années soixante.[1] La voie la plus empruntée, aujourd'hui, dans notre démocratie, c'est donc celle de s'abstenir, subir et se taire. C'est en tout cas celle "choisie" - si l'on peut parler de choix, dans ce mécanisme d'auto-invalidation-, par la majorité des citoyen-ne-s ayant le droit de vote, soit grosso modo 50% de la population.

Au final, c'est donc moins de la moitié de la moitié qui s'exprime. C'est infime. Pourquoi je vote? Pour ne pas faire comme tout le monde. Je n'aime pas suivre la masse. Et la masse, aujourd'hui, laisse son expression s'effilocher. Pourtant, elle subit : primes d'assurance maladie trop hautes, montées des inégalités, pénurie de logement, mobilité en panne, etc. Quel animal accepterait de subir sans réagir?

Dans le cens caché, le politologue Daniel Gaxie montre qu'un des facteurs de l'abstention est le fait que certain.e.s ne se sentent pas compétent.e.s à voter. La durée d'éducation et le niveau socio-économique conduit au sentiment de compétence politique. Une majorité de la population aujourd'hui ne se sent pas habilitée à voter, par manque de compréhension, proximité avec les enjeux politiques. Ce cens caché dépend du niveau d'éducation et des inégalités. Comment changer cela? Il est important d'élargir la démocratie, en permettant à ceux qui n'ont pas le droit de vote de l'avoir plus facilement (j'y vis j'y vote!), en renforçant le sentiment de compétence (et d'appartenance) des citoyen.ne.s pour leur système politique. 

 

L'enveloppe : dans l'urne, pas à la poubelle

Nombreux ceux qui ont le droit de vote et ne l'utilisent pas. Parce qu'ils sont fatigués, dégoutés, trouvent dans le fait de chiffonner l'enveloppe une affirmation de refus, etc. Combien de fois m'a-t-on dit que cette enveloppe de vote passait de la boîte aux lettres au tas de papier (purgatoire), pour au final disparaître à la poubelle. D'autres, a contrario, se damneraient pour voter, mais n'en ont pas le pouvoir.

Je vote parce que mon choix se trouve entre la poubelle et l'urne, et que si l'urne permet de recueillir ma volonté, mon expression, la poubelle ne recueille que mon nihilisme, ma fatigue ou ma lassitude. Je refuse de devenir un être de nihilisme de fatigue ou de lassitude. Et c'est toujours la parole, l'écriture et les choix conscients, même mineurs, qui m'en tiennent éloignés. 

 

Voter par refus du nihilisme

Je vote parce que j'en ai le pouvoir. Parce que je sais et constate que cela change les choses, que ce n'est pas un exercice de style, mais un acte construisant des rapports de force, et des majorités qui auront une influence sur ma vie et celle de mes proches, leur quotidien.

Je vote, parce que je côtoie des gens qui, à partir du pouvoir qui leur a été confié, ont changé concrètement, et pour le meilleur, des pans entiers de notre société, en ont fait des choses belles. Alors que certains, a contrario, s'en sont servis pour la gloriole de leur ego. Ceux-là je ne voudrais pas les récompenser par mon abstention. Je ne voudrais pas que les incompétents, les poseurs ou les nuisibles se voient confortés dans le fait que l'on peut déchoir et gagner des élections en même temps.

Le vote est une arme radicale

Je vote, parce que j'en ai le droit, et que ce droit est une arme. Je vote, parce qu'un droit qui n'est pas utilisé se fossilise ou devient un objet de moquerie. Je vote parce que refuser de le faire, c'est faire le jeu de ceux qui pensent que l'Etat est un organe désuet face au libéralisme effréné et au capitalisme destructeur. Je vote parce que c'est une des armes que j'ai de contre-carrer celui de l'argent et les jeux d'influences. Je ne dis pas que c'est le seul. Mais que c'est l'un des moyens, efficace, de résister. Il y en d'autres : la rue, l'écrit, l'association, la fraternité. Je n'oppose aucun moyen. Je les cumule. Ils doivent tous être utilisés. Le vote, est une arme radicale et puissante. Pourquoi s'en priver?

Le vote est une arme de mobilisation

Dans la rue, on me dit parfois : j'ai voté comme vous, bravo, continuez ou : à quoi bon voter, tous les mêmes. Ce dernier argument de la similitude des engagements ou des défaillances, mettant tout le monde sur un même plan, m'attriste. C'est un des symptômes de l'éloignement de la chose commune et collective. C'est comme si on disait à un marin : vous ne vous ennuyez jamais en mer, ce doit être lassant de voir toujours tout ce bleu. Il ne faut avoir jamais navigué, n'être jamais entré dans le coeur des choses, pour ne pas percevoir les nuances, les changements, les mille et une variations de la mer suivant les vents, les courants, les circonstances.

Je vote, parce que le monde politique n'est pas différent de tous les autres groupes humains : les clubs, les familles, les associations. Dès qu'un groupe se réunit, dès qu'il se donne des règles, des objectifs avec des ressources limitées, des limites, et le fait avec d'autres ou pour d'autres, nécessairement, émergent des tensions, des rapport de pouvoir, de rivalité, allié à des élans enthousiastes et d'adhésion. Cela est le fait de tous les groupes humains. Regardez bien votre famille, comment se porte-t-elle. Pensez-vous que parce qu'elle n'est pas idéale vous en êtes délié? Comment vous sentiriez-vous si vous choisissiez de ne plus y participer ?

Je vote, pour que d'autres ne choisissent pas pour moi. Je vote, parce que je ne suis pas un individu tout puissant qui ne dépend de rien ni de personne et peut choisir de s'affranchir de ce qui le lie. Je vote, parce que c'est un des moyens, patient, tenace, de refuser d'accepter les forces telles qu'elles se donnent aujourd'hui.

Je vote, pour renverser les sinistres et les tristes, parce que c'est un pouvoir que donne notre collectivité, et qu'il la constitue en retour.

Aujourd'hui, je vote.

 

[1] https://www.ge.ch/statistique/graphiques/affichage.asp?filtreGraph=17_02&dom=1

 

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21/03/2018

Laïcité : Maudet dégoupille la grenade

laïcité, églises, débat, politique, lois, Conseil d'Etat

Le projet de loi sur la laïcité voulu par le magistrat Maudet est parti pour rendre tout le monde mécontent. Trituré en commission durant deux ans par les députés, avec quantité d'auditions et une dépense en temps et d'argent conséquente, il a perdu au passage ce qui en faisait sa fragile qualité: une volonté louable mais maladroite de clarifier la place du fait religieux dans la Cité, alors que celle-ci est mise à mal par les extrémistes de tout bord.  

 

Les Eglises se sont positionnées ce mardi pour critiquer la nouvelle mouture sortant de commission.[1] Elles rappellent qu'elles mettent à disposition des aumôneries plus de 40 postes de travail, entièrement financés par leurs soins, que plus de 5'000 visites sont effectuées chaque année par les aumônier.e.s en prison, et que plus de 10'000 visites le sont sur les 6 sites des hôpitaux de Genève. Le Temple des Pâquis accueille plus de 60'000 précaires chaque année, offrant sans véritable dimension confessante un lieu pour se poser et reposer, en bénéficiant de cours donnés par des bénévoles. C'est un lieu qui sert la cohésion sociale. Les aîné.e.s, les précaires, trouvent dans les lieux spirituels, gratuits, un refuge bienvenu. L'Etat est tout content de se délester sur les lieux spirituel d'un travail qui lui incombe. L'Hospice Général envoie sans vergogne vers eux et au mépris de la loi, pour fournir une aide administrative qu'il lui incomberait de fournir.

Les Eglises entretiennent sur leur propre budget l'ensemble des temples et églises. Ce sont des bâtiments patrimoniaux et historiques qui font la fierté de Genève, sont un atout touristique pour notre Canton. Ils risquent aujourd'hui d'être mis en péril.

Le nouveau projet de loi nie les services que rendent les Eglises, avec un accent liberticide et une tonalité anxiogène donnant pouvoir à l'Etat de restreindre la liberté religieuse en cas de besoin, sans expliciter ni décrire quels en seraient les critères. 

Agiter toujours, et d'une manière anxiogène, les montées du fanatisme de l'intégrisme et du communautarisme, revient à faire des croyant.e.s des parias ou des boucs émissaires alors que l'on serait plutôt en droit d'espérer un débat serein, équilibré, et que les églises, ashrams, pagodes et autres mosquées soient valorisés et traités comme toute autre association servant le bien commun. 

 

Vers une discrimination des croyances

Le nouveau projet de loi dit que "les communautés religieuses s'organisent selon les formes du droit privé". Or, l'Etat en vérité discrimine les églises puisqu'il définit de manière très stricte l'utilisation que les églises peuvent faire des biens patrimoniaux. Le projet de loi qui va sortir des débats du parlement risque de rendre encore plus inéquitable la gestion du patrimoine. L'Etat propose aujourd'hui, contre rémunération, de percevoir la contribution ecclésiastique volontaire au nom des églises, en reconnaissance des services rendus à la population. Or, dans la dernière version du projet de loi, elle veut supprimer cette possibilité, ce qui revient de fait à laisser aux lieux de culte supporter seuls des frais importants en leur retirant une source de revenus essentielle. Est-ce équitable d'imposer d'une main des charges, et de refuser de l'autre des revenus?

 

On passe insidieusement d'une volonté rigide de légiférer sur la laïcité à une position de discrimination envers les églises et les autres communautés religieuses. 

Ce jeudi, si le traitement en urgence demandé par le Conseil d'Etat est approuvé par les député.e.s, ces dernier.e.s entameront un débat sensible ayant déjà dérapé en commission, et qui a toute les chances de virer à la foire d'empoigne. Au final, il faut craindre d'aboutir à une loi mal ficelée discriminant les églises et autres mouvements religieux, qui sera probablement attaquable en justice,  ou un enième renvoi en commission. Genferei quand tu nous tiens.... 

Nous ne sommes plus au XVIe siècle... refaire un procès de la religion est un faux débat. Le souci des genevois.es n'est pas de savoir si la transubstantiation a droit de cité... mais plutôt d'avoir un Conseil d'Etat actif sur les enjeux de l'emploi, du logement et de la santé.

 

L'irresponsabilité de Maudet

Le magistrat Maudet tente encore péniblement de justifier son projet de loi. Mais quoi qu'il arrive, au final, il aura échoué à convaincre. Et cerise sur le gâteau, il annonce qu'il ne sera pas à Genève cette semaine pour mener son débat. Il file benoîtement en voyage en Afrique, laissant le pauvre François Longchamp gérer la situation derrière lui, en ne faisant pas là preuve du plus haut sens des responsabilités.

 

Un projet de loi boute-feu plutôt que pare-feu 

Décidément, François Longchamp aura été l'homme à tout faire de cette législature, essuyant les bourdes de Barthassat, encaissant les approximations de ses collègues et héritant d'un débat explosif qui dérapera immanquablement selon les pulsions islamophobes ou laïcardes des députés.

Pierre Maudet, après avoir demandé l'urgence pour l'ouverture de ce débat sur la laïcité, s'en retire. Prétendant que "la future loi sur la laïcité servira de pare-feu"- Il semble plutôt évident que cette grenade dégoupillée ne forme une boule de feu explosive, ce qui est regrettable sur un sujet sensible, à une période tendue. Le rôle de l'Etat devrait être de rassembler et de rassurer, plutôt que d'offrir sans cesse des perches aux plus extrémistes.

 

[1] https://www.tdg.ch/28021747

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08/03/2018

Féminisme : au boulot les gars !

Le 8 mars, c'est la journée de lutte pour les droits des femmes. Et cela fait toujours réagir. Que ce soit par des remarques amères "c'est une journée pour les femmes, il en restera toujours 364 pour les hommes", ou par le constat désabusé qui fait de cette journée l'équivalent d'une fête des mères ou d'une date anniversaire bidon pour se donner bonne conscience.

Mais cette journée est d'abord l'occasion importante d'une prise de conscience. Et bien au-delà d'une journée c'est, notamment en ville de Genève, une semaine entière d'actions pour l'égalité qui se poursuit ensuite par l'engagement d'associations et de militant-e-s toute l'année pour l'égalité. C'est une étape pour les femmes, mais surtout pour l'égalité entre les genres, pour toutes et tous. Si cela semble presque simple exprimé ainsi, on en est pourtant encore loin.  

Si certain-e-s pensent que c'est aux femmes uniquement de se libérer de l'oppresseur (le sexisme, le patriarcat), il est tout aussi urgent que les hommes remettent profondément en question leurs privilèges. Car il n'est plus possible  de dire que ces avantages sont inconscients ou structurels ou de les nier, pour en être quitte, ni de penser que ce seront aux femmes de faire le travail seules, avec des gars qui se débarrasseraient de cet enjeu, comme ils se délestent de la charge mentale, des double-standards, et du sexisme.

Au final, ces doubles standards, ces rôles de genre stéréotypés affectent l'être humain à partir de sa naissance et le marquent jusqu'à sa mort. Hommes comme femmes en sont marqué-e-s.

   

Féminisme : au boulot les gars!

Combien d'hommes demandent à travailler à temps partiel, combien se mobilisent pour un congé paternité digne de ce nom, ne ricanent pas aux blagues sexistes, haussent le ton ou s'interposent en cas de domination masculine, d'abus, de violence? Combien renoncent à leur carrière au profit de leur conjointe ? Expliquent à leur patron qu'ils ne pourront venir travailler parce que leur enfant et malade, et quand leurs proches aîné-e-s ont besoin de proches aidant-e-s, renoncent à un pourcentage de travail? Un certain nombre, certes; quelques uns, oui. Mais quoi qu'il en soit, trop peu encore. Car si c'était le cas, l'égalité serait déjà notre réalité à toutes et à tous. Or, on en est encore loin.

 

Les gars, si vous engager pour les droits des femmes ne vous semble pas relever de votre core-business. Luttez au moins pour sortir de votre propre aliénation.  

Puisque le féminisme est une lutte pour l'égalité entre femmes et hommes, il est urgent que les hommes y fassent davantage entendre leur voix. Pourtant, on les entend encore trop peu. Mais pire, on ne semble pas en attendre grand chose. Pourquoi? Soit parce que la domination est à leur avantage -donc pourquoi changeraient-ils ? car on a rarement vu un dominant renoncer librement à ses avantages, il doit nécessairement y être contraint. Soit, parce qu'il pense que cela ne le concerne qu'indirectement, et qu'au final, ce ne sont pas ses affaires. Là- dessus, il semble que l'on aie encore un gros travail à faire. 

Ce serait aux femmes d'assumer la défense de leurs droits par elles-mêmes? - Non!
- Penser que le féminisme serait uniquement l'affaire des femmes, ce serait pour un homme non seulement renoncer à l'égalité mais aussi à toute possibilité d'évoluer autrement dans son genre. Bref:  se condamner à l'enfermement.

Hé les gars, vivre c'est pas de continuer à bosser comme des cons à 100%, voir ses gosses de manière limitée, le faire d'une manière abrutie et aliénée, immobilisé dans son désir de sortir de l'expression de rapports de domination, avec quelqu'un en dessous à martyriser et quelqu'un au dessus à craindre, en restant toujours encastré dans la chaîne du pouvoir et de l'aliénation. 

Si le mouvement #metoo est devenu une vague de libération de la voix des femmes, pas sûr qu'il soit encore devenu, du côté masculin, un véritable mouvement d'ouverture des esgourdes avec déclic entre les deux oreilles pour changer radicalement les rapports de genre subis par les deux sexes, de manière diffuse et brutale, avec des intensités différentes.

Pas sûr non plus que les deux genres aient compris que l'ennemi ou l'adversaire ne soit pas l'autre sexe, mais quelque chose de plus tenace, diffus, et qui traverse largement le genre : les rapports de domination et de pouvoir, avec certain-e-s qui empilent les discriminations ( de genre, de classe, d'origine) et d'autres qui s'en trouvent plus épargné-e-s. Que font-ils alors de leurs privilèges?  

Hommes ET Femmes, ensemble, à nous de réfléchir et agir ensemble pour être plus responsables et agissant-e-s dans la lutte contre les inégalités. Il y a urgence.

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28/02/2018

Lettre à un défenseur de villas

Cher défenseur de villas, j’ai écouté attentivement ton point de vue concernant la votation de ce dimanche en Ville de Genève sur la modification de zone au Petit-Saconnex. Tu te plains que des groupes progressistes aient défendu ce déclassement de zone afin de pouvoir à terme construire du logement et faire évoluer ce quartier. Ce choix permet pourtant à celles et ceux qui veulent faire évoluer cet espace de pouvoir le faire ; autoriser par exemple l’église, qui souhaite pouvoir créer du logement à aller de l'avant, plutôt que d’avoir des locaux coûteux, partiellement vides et chauffés (pas très écolo).

Cette votation est une chance pour que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse, pour l’environnement, pour le bien de toutes et tous. Trop souvent on entend qu'il est oublié de la collectivité, voilà qu'il va pouvoir se développer. Il règne aujourd'hui un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée. 18 villas occupent le terrain. Ce n'est pas défendre un quartier entier que de béatifier quelques villas, ni un modèle très écolo d'usage du sol.

Je préfère les forêts aux parcs et les parcs aux jardins privatifs, c’est ainsi. Et j’aime mieux que l'on dispose d'espaces pour la collectivité plutôt que de plages de gazon pour quelques-uns, même si ces derniers défilent en criant « halte au béton ». En quoi les habitant-e-s du Petit-Saconnex profitent aujourd'hui des jardins privés des villas ? Réponse : en rien.

La modification de plan de zone au Petit-Saconnex soumis à votation le 4 mars préservera l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale pour implanter 200 logements.

La modification de plan de zone valorisera cet espace en créant des venelles piétonnes, des chemins pour la circulation douce, préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Le grand Conseil, comme le Conseil municipal ont voté OUI au déclassement, à une très large majorité.

Cher défenseur de villas, tu joues sur la peur. Et la peur, comme la défense des intérêts particuliers, ne permet pas de relever les défis collectifs actuels. Contrairement à ce que tu prétends, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé. L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant.

Il faut penser à celles et ceux qui doivent aller se loger loin de Genève, celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic. L’évolution de ce quartier se fera avec une légère densification, et un réaménagement maitrisé. Il n’y aura pas de saccage urbain, pas de perte d’espaces verts, pas de densification massive. Ton indignation est sélective. Elle vise à défendre 18 villas, pas à proposer une réflexion sur la croissance, ou un autre mode de développement. Le pseudo débat sur la densification ne dissimule pas les arguments racistes et xénophobes qui en suintent. On construirait là, selon toi, pour l'étranger. Et malgré les 74% de refus à l’initiative ‘Halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles’ par la population suisse (80% à Genève!), certains voudraient faire d'un vote de modification de zone un ECOPOP bis utilisant l'environnement pour faire triompher le quant-à-soi.

Si Trump veut construire un mur, d'autres ne veulent plus qu'un seul clou ne se plante.   

Certes, quel que soit le résultat de cette votation dimanche, les enjeux du développement et de densification sont sur la table et devront être traités. Mais pour que ce débat aie véritablement lieu, et pour que des projets de qualité ne soient pas pris en otage par des gens qui affirment: pas dans mon arrière-cour, pas chez moi, ou par des xénophobes qui hurlent la barque est pleine, ne confondons pas ce débat de fond sur le développement et la ville de demain avec la défense acrimonieuse d'un fond de commerce, qu'il soit électoral ou viager.   

 

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21/02/2018

Pascal Holenweg, ou comment ne pas s'en débarrasser

DD24D652-52F3-4718-8944-87E5EDEB2E0F.jpegLe pragmatisme sans l'utopie, ce n'est très vite que du cynisme. Et l'utopie sans le pragmatisme, ce n'est très longtemps que de la branlette. Le ton est donné. Dans son dernier livre, le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, qu'il présentera ce mercredi 21 février à 19h à la librairie le Parnasse[1], Pascal Holenweg rappelle non seulement les fondamentaux du socialisme, mais aussi l'utopie et la radicalité qu'il porte. Mâtiné d'un constat étayé sur l'état actuel de la gauche, il rappelle les périls d'un positionnement qui serait signes de défaite: converger vers un centre indistinct, s'efforcer à réformer ou recomposer, alors que la véritable ambition devrait être de retrouver une hégémonie culturelle.

Holenweg, insomniaque notoire et empêcheur de dormir tranquille, par ailleurs politologue, conseiller municipal, membre du parti socialiste genevois, sonne le réveil d'une écriture efficace, où il convoque tour à tour l'histoire et les grandes figures du socialisme, de Marx (Un spectre hante la gauche socialiste européenne : celui de son impotence), à Proudhon, en passant par Gramsci, tout en portant une critique sur le présent, et la manière dont la gauche s'y déploie, qu'elle soit au pouvoir ou cherche à y être. 

Holenweg invite à retourner aux sources et à une radicalité première. Il trace une première ligne rouge sur la question de la propriété, celle-ci étant pensée comme le lieu du clivage entre socialisme et ses adversaires. Pour Holenweg est socialiste toute organisation pour qui la propriété collective prime sur la propriété individuelle et la propriété sociale sur la propriété privée. Il trace une deuxième ligne rouge sur la question de l'égalité concrète des droits, la basant sur l'espace de la gratuité face à celui du paiement, du droit face à la marchandise. Seule la gratuité met le riche et le pauvre sur un pied d'égalité

Il renvoie dos à dos étatisme et capitalisme, ouvrant un chemin de créativité, et d'engagement libertaire. Il allume quelques mèches sur l'obéissance, la nature des conflits, le salariat, et on l'imagine très bien, de nuit, toujours, dans l'arrière-salle d'un café, faisant ce travail de lucidité et de réflexion, comme d'autres préparaient des bombinettes. -car il y a bien cette volonté subversive du résistant, du clandestin, dans le projet social et politique d'Holenweg, fut-il dévoilé au grand jour-

Bréviaire militant, essai philosophique et historique, avec un sens caustique et des punchlines mordantes, ce livre devrait ravir les militant-e-s de 9 à 99 ans qui veulent définitivement changer le monde avant qu'il ne soit trop tard. 

Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser est le livre d'une des plumes les plus pointues et pertinentes de la République. Il sait comme personne tracer avec intelligence dans une lettre, comme il lui plait de le rappeler, à peu près quotidienne et assez généralement socialiste, CauseS Tousjours"[1] ainsi que dans un blog[2] les enjeux, les travers, et les ambitions du politique. La citation de Jean Sénac, poète libertaire algérien, indépendantiste solaire, qu'il porte en signature de son blog : si le socialisme est une pommade lénifiante sous laquelle demeurent les plaies, qu'éclate le socialisme, résume bien le projet du bonhomme. Tout Holenweg est là, dans sa démesure et sa volonté radicale, ancré dans le quotidien, la réalité telle qu'elle est à affronter, avec la responsabilité de n'y rien céder en respectant la liberté des autres et l'intégrité de chacun-e-. 

Pascal Holenweg ou comment ne pas s'en débarrasser.... mais en achetant et en lisant son livre et en venant le rencontrer ce soir au Parnasse pardi !

 

Pascal Holenweg, Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, édition de l'Aire, 2018.

Vernissage du livre mercredi 21 février à 19h, Librairie Le Parnasse, 6 rue de la Terrassière.

 

[1] https://www.facebook.com/events/144294662894825/

[2] https://www.facebook.com/Causestoujours/?hc_ref=ARQI6G4iY...

 [3]http://causetoujours.blog.tdg.ch/

 

 

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20/02/2018

OUI au logement au Petit-Saconnex !

visuel_petitsacc.pngLe 4 mars nous votons OUI à la construction de logements en Ville, et pour un quartier du Petit-Saconnex vivant. Nous soutenons la délibération du Conseil municipal de la Ville de Genève approuvant le projet de modification des limites de zone au Petit-Saconnex. Ce OUI est un signal important au développement de notre ville et à ses habitant-e-s. L’intérêt général est prioritaire. Nous voulons que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse pour l’environnement et pour le bien de toutes et tous. 

 

 

Un peu d’histoire  

Le site Moïse Duboule s’est construit sur d’anciens domaines agricoles, principalement entre 1800 et 1940. Aujourd’hui, il y règne un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée.  Les parcelles y sont découpées par des murets, avec des ruptures d’échelles entre le centre historique et les grandes opérations immobilières des années 70. Cela donne un ensemble disparate qui n’est pas pleinement réalisé. Les propriétaires des 18 villas du site ainsi que l’UDC et le MCG ont soutenu un référendum pour que rien ne bouge. Je porte une autre vision pour notre ville que celle de la nostalgie crispée. Ne pas accepter aujourd’hui le changement de zone signifierait s’aligner avec l’UDC et le MCG et leur vision de la ville passéiste et clientéliste. Créer un Ballenberg genevois, un petit réduit pour des privilégié-e-s, n’est pas compatible avec notre vision sociale.  

Faire évoluer en douceur le quartier  

La modification de plan de zone soumis à votation le 4 mars préserve l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale ainsi que d’implanter 200 logements en ce lieu. Mais attention, sur un horizon de 20 à 30 ans, progressivement ! Il n’y a donc aucun risque de grand chambardement, mais plutôt la chance de permettre une lente évolution. Aucune expulsion n’est à redouter. Les propriétaires qui voudront vendre pourront le faire au fur et à mesure dans le cadre d’un plan localisé de quartier concerté.   

 

Pour le bien de toutes et tous 

La modification de plan de zone sur laquelle nous nous prononçons est raisonnable. Nous sommes face à l’un des derniers secteurs pouvant se développer en Ville de Genève, en conformité avec le plan directeur cantonal. On valorisera le patrimoine bâti existant en créant des venelles piétonnes, alignant les bâtis pour créer une urbanité sur la place du Petit-Saconnex, alignant le chemin de la Tourelle avec l’existant. On valorisera l’espace public avec une densité adaptée à un cœur de village en renforçant les liaisons traversantes existantes, créant un maillage de circulations douces tout en préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Ce quartier est calme, avec un trafic limité. N’est-il pas juste d’en faire profiter le plus grand nombre possible en faisant évoluer l’habitat d’une manière harmonieuse ? Si l’on ne construit pas ici, comment pourrait-on justifier de le faire ailleurs ?  

Un projet qui ne défigure pas le quartier 

Contrairement à ce que prétendent les référendaires, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé ! L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant. On ne casse rien. On modifie. On bonifie.   

 

Conclusion 

Certes, voir évoluer des quartiers bucoliques provoque toujours un pincement au cœur. Mais pensons à celles et ceux qui doivent faire 2h de trajets pour venir au centre-ville car ils ne trouvent pas à s’y loger. Pensons à celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic et refusons le quant-à-soi, la défense d'une qualité de vie de quelques uns alors que le plus grand nombre doit être logé dans des conditions décentes. 

Pour défendre le logement en ville et le rendre accessible au plus grand nombre, il s'agit de voter oui le 4 mars prochain à la modification du plan de zone au Petit-Saconnex. Cela permettra l’ouverture de nouvelles perspectives pour ce quartier, avec une possibilité de densification raisonnable.

Voter oui, c’est se tourner vers demain, en prenant soin que le changement opère en douceur et que celui-ci soit choisi plutôt que subi.  

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15/02/2018

Maudet veut en finir avec les Fêtes de Genève

fêtes de genève, tourisme, économie, maudet, genève La faillite de Genève Tourisme dans le dossier des fêtes de Genève est sans appel. Pertes financières des éditions 2016 et 2017 (déficit cumulé de 9.2 millions de francs), mais surtout du Conseil d'Etat où malgré les conseils professoraux et fort tardifs de Pierre Maudet, l'incurie de l'Etat a été totale.

Le magistrat en charge de l'économie du Canton arrive bien tard pour se poser en donneur de leçons alors qu'il a laissé filer les éditions précédentes et même affirmé que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève étaient sans importance, bafouant au passage la démocratie. 

 

Une tentative de hold-up

La tentative de hold-up est grossière. On résume. 1) L'Etat ne contrôle pas Genève Tourisme qui fait faillite dans sa gestion des fêtes. 2) Maudet, magistrat à l'économie annonce que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève n'auront aucune importance 3) Il annonce dans la presse qu'il compte utiliser les 16 millions de Genève Tourisme pour faire la promotion des hôtels, des congrès et des cliniques privés! Au final : fin des fêtes, et des millions ai service des intérêts du privé. La tentative de hold-up est parfaite. Les Genevois-e-s se laisseront-ils faire?

Pierre Maudet se pose aujourd'hui en fossoyeur des fêtes alors que l'Etat n'a rien fait pour assurer le suivi de la perception de la taxe touristique. 16 millions laissés flottant depuis des années!

Dans certains pays on demanderait la démission du ministre en charge de l'économie pour un tel scandale. A Genève, non, pas encore. Après deux éditions désastreuses, tout le monde est désormais d'accord pour dire que les fêtes doivent évoluer. Mais est-ce à la population, attachée aux fêtes, d'en payer le prix? Non. Est-ce à Monsieur Maudet qui n'a pas pu empêcher la faillite de proposer un nouveau projet ? Sûrement pas. 

 

Ce n'est pas aux Genevois-e-s de payer le prix du hold-up

Voilà des années que la Ville de Genève se bat pour que Genève Tourisme évolue, mette plus en avant la culture, et pas seulement les congrès et les banques. Aujourd'hui Maudet veut toujours plus... de la même chose, laissant à la Ville l'héritage de son incurie.

Parlant d'une fête de 4 jours seulement en 2019, si on suit Maudet, c'en est fini de la fête populaire pour les genevois-e-s. Le magistrat à l'économie pense lui aux... cliniques privées pour valoriser notre ville comme destination de référence pour une clientèle fortunée.

En résumé, le magot de 16 millions sur lequel Genève Tourisme est assis risque de ne plus du tout revenir aux Genevois-es. Ce magot, le PLR veut donc le mettre à disposition des cliniques privées, des congrès et de l'élite, des cinq étoiles et des joueurs de golf! [1]

De plus, Monsieur Maudet est drôlement culotté quand il affirme vouloir charger la Ville d'organiser de nouvelles fêtes en été...  alors que son groupe PLR coupe dans les budgets culturels et sociaux chaque année et n'arrête pas de vouloir moins de vie en Ville. Faudrait voir pour accorder ses violons du côté du PLR.

 

Votations du 4 mars : la population a son mot à dire

C'est donc aux habitant-e-s, le 4 mars prochain, de faire entendre leur voix, et de dire s'ils souhaitent soutenir une initiative populaire qui ramène les fêtes à 7 jours et charge la Ville de les organiser, laissant ainsi le magot de Genève Tourisme dans les mains des vendeurs de clinique privées, ou s'ils soutiennent le contre-projet qui demande au moins 11 jours de fêtes pour toutes et tous, exigeant de Genève Tourisme et du Conseil d'Etat de s'y impliquer en proposant autre chose que la vente internationale de Genève aux élites!

La votation du 4 mars garde donc tout son sens. Elle donne un espoir de pouvoir résister à une vision sociétale du type Monaco-sur-Léman que défend Maudet. Les fêtes populaires et les forains ne doivent pas être sacrifiées sur l'autel de la promotion d'une économie élitiste.

Le 4 mars, je vote Non à l'initiative et Oui au contre-projet, pour éviter que Genève Tourisme et Pierre Maudet n'empochent les millions au détriment de la population.

Aux Genevois-e-s de voter, s'ils ne veulent pas devenir les dindons de la farce.

 

[1]https://www.letemps.ch/suisse/pierre-maudet-veux-un-nouveau-pilotage-destination-touristique-geneve

 

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09/02/2018

Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

 

topelement.jpg

Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

 

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08:56 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramdan, tariq, bonnant, sexisme, machisme, domination ordainire, violences, pouvoir | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/02/2018

5mn pour la démocratie

je-vote-pour-lui.jpgDans la rue, tu es interpellé-e, pour signer une initiative, être informés-e sur les prochaines élections, entamer une discussion sur un enjeu d'importance pour la vie de ton quartier (mobilité douce, vie nocturne, sécurité, santé). Très souvent, tu t'arrêtes, signes une initiative, la lis même parfois, prends un flyer, et de très belles rencontres ont lieu. La quantité de force et d'énergie parfois dormante parfois en attente de déclic est phénoménale.

Parfois une réponse fuse : je n'ai pas le temps. Pas le temps, ou pas l'envie, ou pas la force peut-être. J'y vois également une forme de politesse. Plutôt que de dire je ne partage aucune de vos idées... ou : j'en ai rien à foutre, il est certes en effet plus poli, plutôt que de dire qu'il ne sert à rien d'en discuter, que le temps manque. Une forme de fatalité quoi.

Pourtant, ne pas partager les mêmes idées ne devrait pas empêcher d'en débattre. Et s'opposer à une proposition ne pas renoncer à évoquer celle-ci. Les fronts ne sont pas figés. C'est vrai que changer d'idées peut demander de la souplesse et une forme d'ouverture. Une remise en question aussi. Et cela va dans les deux sens. Pour celui qui interpelle autant que pour celui qui est interpellé. 

Parfois l'intérêt manque, tout simplement. Pourquoi? Je reviens à ma question de départ : combien de temps mets-tu chaque jour pour la démocratie ? Certes, le prochain bus n'attend pas, ni l'achat d'une nouvelle paire de chaussures. Mais au final, si tu ne t'occupes pas de la politique elle se charge de toi. La petite machine du chacun pour soi avance, avec un côté frénétique et doux, suave comme un capitalisme consumériste. Un oeil sur son téléphone portable, un autre sur son porte-monnaie, et au final une société drôlement louche.

 

5 mn pour la démocratie par jour, est-ce trop ? 

Faisons le compte : combien de temps chaque jour pour se doucher, manger, prendre soin du choix de ses vêtements... sans compter le temps de se regarder sur les réseaux sociaux, s'oublier dans la contemplation béate d'une match de foot ou d'un concert de Beyoncé ? Les médecins recommandent la consommation de 5 fruits et légumes par jour. Combien faut-il d'investissement personnel pour les enjeux publics afin de bénéficier d'une bonne prévention des maladies sociales graves (individualisme, sentiment d'isolement, aigreurs d'estomac, phobie de l'autre) et renforcer son système immunitaire? Tiens, je propose que la LAMAL rembourse les investissements pour la collectivité, et que l'on mette la SUVA sur le coup pour les messages de prévention.

A toi de jouer !

Oui, combien de minutes pour identifier qui prend soin avec intérêt et énergie de la chose commune? A toi de jouer pour identifier qui s'en fiche,  se contente d'être actif deux mois tous les 5 ans, juste avant les élections, pour se rendormir aussi sec sitôt l'échéance électorale passée ; retourner à la promotion de soi sur les réseaux sociaux, faisant de la gestion des enjeux communs une pure administration de produits de placement ?

J'entends aussi cette rengaine du "tous pourris" et du "à quoi bon", du désenchantement pressé et d'un oubli de son pouvoir d'agir. C'est vrai, prendre position, débattre, voter, peut sembler parfois plus lointain que d'aller sur la lune et en revenir. Et nous avons là une autocritique générale à faire. N'avons-nous pas laissé glisser les choses, oublié l'enseignement du civisme, une véritable éducation populaire, par une valorisation accrue de la chose publique et collective qui, avant même d'être partisane, serait participative?[1]  

 

L'envers de la médaille du "tous pourris : le "tous absents"

Si on a les politicien-ne-s que l'on mérite, on a surtout la démocratie que l'on cultive. Il se pourrait bien, au final, que ce ne soit pas une question de temps mais de disponibilité, de désir et de pouvoir d'agir. La démocratie demande, comme un arbre, du temps et de l'attention afin de porter des fruits. Au-delà même de quelques minutes par jour, il se peut plus certainement que ce soit le désir et l'envie de faire monter une forêt qui est en jeu. Et cela, bien sûr, dépend des moyens culturels et économiques dont chacun-e dispose, individuellement et collectivement.

Les plus fragile, les plus précaires, les plus assommé-e-s, en disposent d'évidence le moins. Pourtant, ce sont eux qui subiront davantage les décisions prises par d'autres, soi-disant au nom de tous, mais souvent sur le dos de l'intérêt commun et des voix les moins fortes.  

Lutter contre l'abstention, le "je n'ai pas le temps", est une question de sève. Ceux qui en ont le plus sont invités à retrousser les manches pour faire advenir un nouveau printemps à Genève. Sinon, on repartira pour 5 ans d'hiver pour Genève, soit exactement 2'592'000 minutes.

Deux millions cinq cent nonante deux minutes!

C'est, en définitive beaucoup, beaucoup de temps.  

Beaucoup plus que cinq minutes par jour, assurément.

 

 

[1]https://www.franceculture.fr/oeuvre/le-cens-cache

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28/01/2018

Eloge du stand

C'est le rituel de toute campagne politique. C'est surtout un incontournable de tout engagement militant. Le principe en est simple : une tente, une table, des tracts et quelques ballons, sur l'espace public. Et surtout: des militant-e-s, venant sur leur temps libre, s'engager pour l'animer. Le stand !

Certains l'aiment à la folie, d'autres un peu moins. Etre plusieurs heures dans la rue, sous une tente, dans les courants d'air et parfois sous la pluie, n'est pas toujours vécu comme l'expérience la plus plaisante qui soit. Et puis, un samedi ou dimanche matin, après une semaine bien chargée, on resterait parfois bien au lit. Pourtant, si cela dépend des charismes, au final, le charme du stand est contagieux, et selon la compagnie qu'on y trouve, très souvent, on y revient.  

Ouverture et accueil

J'aime le stand parce qu'il oblige à être ouvert à qui vient, dans un rapport curieux, gratuit. Cela peut conduire à s'exposer à un lot de plaintes ou un chapelet de récriminations. Bien. Mais cela est toujours une expérience humaine fondamental. On ne choisit pas. On est choisit. On va à la rencontre, et on est reçu... ou pas. C'est une sorte de taï-chi aussi que d'accueillir pour bien dire au-revoir ensuite; se laisser traverser pour tenter de comprendre et apporter des réponses enfin. 

Car l'on est avant tout sur un stand pour entendre, débattre ensuite, et convaincre, parfois. Il n'y a pas de public désigné. Il y a l'ouverture et le hasard, variables selon les quartiers où le stand est déposé. De Champel aux Pâquis, de la Jonction à la Servette, à chacun-e son opinion, ses convictions.

Allant partout, on se rend-compte aussi que, finalement, les enjeux n'y sont pas très différents : sentiment de ne pas être entendu, laissé pour compte, soucis de logement, d'insécurité, manque emploi, le manque et la fragilité, et le besoin de l'exprimer.

 

La rue : lieu démocratique par excellence

Si l'on y réfléchit une seconde, il n'y en a plus beaucoup, dans notre société, de ces lieux gratuits où l'on prend le temps de causer, où une discussion s'engage sur à peu tout et n'importe quoi avec n'importe qui; où on peut choper un-e élu-e ou un membre de parti pour lui demander des comptes, poser ses questions, exprimer un ras-le-bol, partager des histoires personnelles, de voisinage, souvenirs et grandes théories. Non, il n'y en a plus beaucoup de ces espaces où l'on sort du silence, de la rumination, pour le plaisir d'exprimer son point de vue, sans toujours parvenir à se mettre d'accord, évidement, mais où chacun-e se fait entendre.

Sur le stand, on fait un travail civique de base. Par exemple: rappeler les prochaines votations : 4 mars, trois votes en Ville de Genève, deux au niveau fédéral. On éclaire les enjeux, rappelle avec le plus de transparence possible, les risques, les choix: comment les groupes politiques se positionnent.

On rappelle qu'il faut être Suisse et résidant dans le canton pour voter au niveau cantonal et fédéral, mais que les étranger-e-s résidant depuis 8 ans en Suisse peuvent le faire au niveau de la commune. C'est souvent une source d'étonnement pour celles et ceux qui se pensent dénués de tous droits politiques, d'apprendre qu'elles, ils, en ont. Et il y a toujours des pétitions à signer, ce que chacun-e- peut faire, pas même besoin de résider ici, ni d'être majeur, et cela permet de prendre part. Et puis, n'importe qui peut entrer dans un parti politique, chacun-e- y à voix au chapitre. Ce n'est pas une question de nationalité ou de niveau de vie. On le rappelle. On a une fonction basique d'agents sociaux.  

 

L'amour du stand

J'aime le stand, parce qu'il permet de sensibiliser chacun-e aux enjeux communs, de désacraliser le pouvoir politique qui n'appartient pas à quelques un-e-s mais à toutes et tous. On y explique les mécanismes administratifs, rappelle que notre démocratie est accessible, que le pouvoir de voter et d'élire est une arme précieuse, à ne pas laisser s'enrayer.

J'aime le stand, pour la diversité des publics que l'on y rencontre. L'autre jour, une vieille dame, rouleau à pâte caché dans son tintébin, racontait qu'un soir, un homme l'avait attrapé par l'épaule, sans crier gare, elle lui avait abattu le bout de bois sur l'occiput. Eloge de l'autodéfense! Un jeune homme parlait de la police, de son incompréhension que les responsables de la police tant au niveau cantonal que municipal soient à Davos à se royaumer, pendant que la justice inculpait trois policier pour vol et abus à Genève et que le deal était partout. Il trouvait que les responsables politiques devaient être plus assidus à leur tâche. Chacun-e- en prend pour son grade. Au final : des leçons d'humilité. Et l'enrichissement de mille et une rencontres dont il est impossible de rendre compte ici. 

J'aime le stand, parce qu'il expose, oblige, et met en lien des gens qui ne se croiseraient jamais sans cela. Il est, pour un temps limité, un forum à ciel ouvert, où des discussions passionnées s'engagent, tant sur la présence des voitures en ville, le rôle des étrangers à Genève, le niveau des primes d'assurance maladie, le manque d'emplois, les besoins en formations, etc, avec des propos crus et violents parfois, qu'il s'agit d'entendre pour y apporter réponses.

J'aime le stand, parce qu'il fait tomber les préjugés. Une vieille dame écrit sa date de naissance; d'un geste franc elle note 1927 sur la feuille d'initiative. Un jeune homme marque lui 2000 sous la même rubrique. Pour lui, nouvellement majeur, c'est sa première signature, pour elle peut-être une des dernières. Le stand bouleverse les représentations. Des femmes voilées sont suisses, des bougons vous agressent avant de partager des expériences d'une générosité inoubliable, des gars descendent de grosses bagnoles pour signer des initiatives pour la mobilité douce, etc., Les clichés et les stéréotypes volent en éclat, et ça fait du bien. 

J'aime le stand, parce qu'il place chacun-e- d'égal à égal, sur le même pied. Il nous pousse à constater que notre société est composée d'individus aux opinions contradictoires, parfois radicales, parfois basées sur des perceptions inédites, et qu'il est évident que cela n'est ni facile ni ne coule de source de construire une vie commune avec cela; qu'il est même évident que ce processus ne peut-être que conflictuel, ce d'autant plus si les espaces de dialogue et de rencontre ne sont pas élargis. Les bases de ce vivre ensemble doivent sans cesse être reposées et renégociées. 

J'aime le stand, parce qu'il permet, à une toute petite échelle, d'ouvrir ces espaces de dialogue pour construire ensemble une société la plus juste possible. Et puisque l'on ne parviendra jamais à se mettre toujours d'accord, on peut au moins arriver à être le plus clair possible sur les raisons des désaccords, et au-delà des appartenances et des étiquettes de chacun-e-, à réaffirmer le rôle central du dialogue, qui est déjà une manière de faire corps. Si nous perdions ce dialogue, nous perdrions tout.

J'aime le stand, pour ce qu'il est : un lieu d'écoute, de rassemblement aléatoire, de surprises et de possibles. Il est l'antithèse du quant-à-soi, du salon privatif ou VIP, chaque fois différent.

J'aime le stand pour ce qu'il est : un mini-parlement à ciel ouvert, où s'exprime souvent des formes de sagesse populaire dont nous avons toutes et tous à nous inspirer.   

 

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17/01/2018

Ada Marra au Parnasse, et chacun chez soi ?

1294647_f.jpgNous avons la chance d'accueillir à Genève ce jeudi à 19h, Ada Marra, conseillère nationale socialiste, qui sera à la librairie du Parnasse pour présenter son dernier livre : "Tu parles bien français pour une italienne" (Georg éditeur) et en débattre.

Née à Lausanne en 1973, de parents immigrés, ouvrier et ouvrière italiens, arrivés en Suisse au tout début des années 1960, plein de bon sens, d'engagement, ne cédant rien sur l'idéalisme, combattive, Ada Marra signe avec cet ouvrage un livre témoignage et un recueil permettant de réfléchir à ce qu'est l'identité suisse, ce qu'elle recouvre, comment on l'acquière et comment qui la transmet. 

 

"Je m'appelle Ada ou plutôt Addolorata. Ce qui signifie : Marie au pied de la Croix qui voit mourir son fil crucifié... ou endolorie plus simplement". Ainsi s'ouvre l'avant-propos de ce livre, comme pour rappeler que l'identité on la reçoit déjà, toutes et tous, à travers le nom, et que l'identité est nécessairement toujours plurielle, et doit être envisagée comme quelque chose qui se modifie.

Addolorata, c'est Ada, jeune fille assistant au départ de son grand-papa au sud de l'italie, et c'est aussi une conseillère nationale montant à la tribune pour déposer en 2008 l'initiative pour une naturalisation facilitée de la troisième génération, initiative plébiscitée par le peuple suisse en 2017 à plus de 60% et par 19 cantons, obtenant ainsi la double majorité nécessaire au changement de la Constitution. Les petits-enfants d'immigrés pourront désormais devenir suisses plus facilement à partir du 15 février 2018![1] Ada c'est une socialiste vaudoise, et aussi une italienne catholique, et tant d'autres choses encore. Eh quoi on peut donc avoir plusieurs identités, plusieurs influences, tout en étant profondément ancré-e et engagé-e en un lieu? Eh oui. Cela semble pourtant si évident. 

 

Dans ce livre, qui mêle fort joliment politique, histoire et pédagogie, sans oublier les émotions, et ses tripes, Ada Marra parle de son parcours, singulier, mais nécessairement si semblable à d'autres. Il nous fait d'ailleurs penser à celui de femmes faisant la fierté de la Suisse, comme les écrivaines Anne Cuneo[2], Agota Kristof[3], Sandrine Salerno[4], Nuria Gorrite[5], et tant d'autres, femmes naturalisées qui se sont affirmées dans un parcours de déplacement et de service, d'engagement pour une certaine Suisse, maniant le français comme peu d'autres, partageant l'amour des mots et des idées, et celui du débat bien sûr.

 

Plusieurs identités suisses

Comme l'exprime Ada Marra dans ce recueil illustré avec finesse par Denis Kormann: "Je pense qu'il n'y a pas une seule identité suisse (que l'on soit né ou non avec le passeport rouge à croix blanche) et que la définition institutionnelle n'est qu'une photo à un moment donné de rapports de force dans la société". C'est là que porte le combat d'Ada Marra : contre les fondamentalismes et la mise en boîte du "nous" contre "eux" ; des uns contre les autres, des hommes contre les femmes, des suisses contre les étrangers, chacun figé dans des blocs hermétiques qui ne se parlent pas. Ne pas réagir avant que cet atrophisme ne nous tue serait un aveuglement coûteux.  

Ce livre : une ode à la diversité donc, une défense des appartenances multiples, se libérant de devoir se limiter à choisir l'une contre l'autre, plutôt que l'un ET l'autre, mais surtout un combat, celui contre le durcissement de la loi sur la nationalité (LN) entrée en vigueur en 2018 et qui renforce les critères pour accéder à la naturalisation en exigeant de : résider en Suisse depuis 10 ans ; posséder un permis C au moment de la demande ; ne pas être à l'aide sociale ou l'avoir été dans les trois années précédant la demande; passer des tests oraux et écrits par tous les cantons.

 

La peur du pauvre plus que de l'étranger

Ada Marra décortique les inégalités que soulèvent le processus de naturalisation et au final conclut que "le Parlement n'est pas xénophobe. Ce ne sont pas les étranger-e-s qu'il n'aime pas... mais les pauvres ! Par la mise en place d'un véritable favoritisme envers les riches, le Parlement a lié l'obtention de la nationalité à un emploi, à une situation. Les riches peuvent s'acheter un permis B même sans travailler, à coup de 50'000.- Les pauvres (d'emploi, de culture ou de langue) se voient, eux dégager des processus de naturalisations. Est-ce ainsi que nous voulons notre démocratie Suisse? 

 

Se naturaliser : une roulette russe

Le parcours d'acquisition de la nationalité est miné d'inégalités. Ada Marra relève avec justesse le côté aléatoire des décisions en fonction des lieux, des administrations. Les exemples ont été légion ces dernières temps pour montrer combien elle a raison. Les processus kafakaïens, les décisions ubueques[6], ridicules s'ils n'étaient si importants pour les personnes, allant jusqu'à alerter le Président de la confédération Alain Berset, qui s'est fendu récemment d'une lettre à un citoyen recalée après 45 ans de vie en Suisse pour des motifs proprement ahurissants.[7]

 

A Genève : fin de la commission des natu'

A Genève, alors que le conseil municipal vient, ce mardi 17 janvier, de supprimer sa commission des naturalisations qui fonctionnait comme une école à abus ou d'apprentis faiseur de suisse, c'est l'entier du système de naturalisation qui doit être repensé, et la conception que l'on a de l'identité suisse travaillé.

Le livre d'Ada Marra, dans ce débat profond, nous y aide indéniablement, permettant de revoir les idées reçues et combattre les préjugés, en maintenant ouverte la question de savoir ce que devraient être les critères (sont-ils politiques, administratifs?) pour définir qui est Suisse ou non, selon quelles conditions, et avec quelle souplesse cela doit être mis en oeuvre.

A partir de quelle couche est-on de souche? Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce qu'être Suisse?  Autant de questions que nous serons heureux de débattre avec Ada Marra, à la librairie du Parnasse, 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse, ce jeudi 18 janvier à 19h. 

Bienvenue aux gens de tous horizons et de toutes croyances, pour réfléchir ensemble à  ce que sera la Suisse de demain, qui l'habitera et ce que nous aurons choisis de mettre en place pour que tout le monde, quoi qu'il en soit, s'y sente chez soi. 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/naturalisations-facilitees-15-f...

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Cuneo

[3]https://fr.wikipedia.org/wiki/Agota_Kristof

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Sandrine_Salerno

[5]http://www.illustre.ch/magazine/nuria-gorrite-mes-amis-ev...

[6]http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/-Ce-test-de-natu...

[7] https://www.letemps.ch/suisse/2017/12/15/solidarite-dalai...

 

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16:57 Publié dans Air du temps, Genève, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ada marra, suisse, identité, origine, nationalité, littérature | |  Facebook |  Imprimer | | |