sylvain thévoz

13/12/2013

Titeuf et Dany le rouge montent aux barricades

Que partagent en commun Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge, député européen, Zep, dessinateur, Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police ? Le fait de signer, avec 13 autres personnalités de premier plan, un appel du 14 décembre pour que les conseillers municipaux de droite rassemblés dans une alliance trouble MCG-UDC-PLR-PDC ne coupent pas l'essentiel de ce qui forme le coeur et les valeurs de la Ville de Genève : la prévention sociale. Cette prévention sociale fait faire des économies à la Ville de Genève, il ne faut pas la supprimer. 

Face à l'attirail de tronçonneuses, tenailles, haches, tronçonneuses adoucies, petits canifs dont la droite se plaît à faire étalage ces derniers jours, détaillant avec jubilation les différentes coupes qu'elle pourrait opérer ce samedi lors du vote du budget (49 emplois cisaillés, 32 placés en respiration artificielle, 17 découpés, amputation de deux services), ce petit jeu du docteur risque de tourner à l'opération à vif sans anesthésie, au risque d'une hémorragie de la cohésion sociale.

Si l'escalade célèbre la défense et résistance historique des genevois contre l'envahisseur, il est stimulant de relever le prolongement que marque cet appel du 14 décembre. Des genevois-e-s et étranger-e-s s'unissent contre une menace qui est désormais intérieure: celle de voire l'action sociale et les liens de solidarités passés au crible des pertes et profits et sommés, en plus d'être rentables, d'être super-rentables pour rembourser des dettes anticipées ou plutôt: faire des bénéfices. La menace n'est désormais plus symbolisée par des échelles sur une muraille mais par des lignes barrées colonnes après colonnes sur un budget. Au final: un déficit abyssal de sens et des charges supplémentaires pour les services sécuritaires qui sont déjà entravés dans leurs missions fondamentales pour faire du travail de médiation sociale et de liens, ce qui est contre-productif et coûteux.  

La volonté de gérer la Ville comme une entreprise cotée en bourse montre que la droite réunie sous la grande bannière de la faux joue avec ses engagements vis-à-vis de la Ville et ses citoyen-ne-s, mais aussi ses valeurs profondes. Si une entreprise privée doit des comptes à ses actionnaires, il est surprenant que des conseillers municipaux prennent leurs ordres dans des états-majors cantonaux contre les intérêts de leur cité et de ses citoyen-ne-s.     

Dans l'appel du 14 décembre, Titeuf et Dany le rouge, parmi d'autres, montent aux barricades pour rappeler des fondamentaux. Une tradition humaniste, des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable. Cet appel est à prendre au sérieux. Ce ne sont pas que des mots, mais le reflet d'actes et des contours que prendra la Genève de demain, qu'on l'appelle Grand Genève, Genève internationale, agglomération, cette Genève qui se construit et construira à cheval sur plusieurs frontières devra faire bien attention à prendre avant tout soin de ses citoyen-ne-s, favoriser les liens sociaux et la cohésion sociale, dans toutes ses ramifications, complexités.  

Genève ne se construira ni à coup de baguettes magiques ni à coups de haches. Noël approche. Les démocrates chrétiens et le MCG, surprenante alliance, se sont unis à la cognée pour casser des branches. 

Ne laissons pas faire du petit bois de ce qui fait la richesse et la sève de notre ville: son capital humain. Car au final, ce ne sont pas que de chiffres que l'on parle. Et ce qui est brisé se reconstruit difficilement.        

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11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

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02/10/2013

Votez pour moi, qu'on en finisse!

Je me suis donné sans compter dans cette campagne. J'ai payé de ma personne, jusqu'à ouvrir un petit crédit. J'ai parcouru en tous sens la campagne et la ville, battu le rappel, couvert plus de dix mille kilomètres à pieds; arpenté les trottoirs dans tous les sens et parfois dans le vide, j'ai les zygomatiques tendus, 5 kilos en trop. Si la politique est un sport à risque, les élections c'est jouer à zig-zag-zoug dans un champ de mine. Vivement qu'on en finisse. Faut-il vraiment risquer autant pour si peu? J'ai distribué 3'613 flyers. Je n'en suis pas peu fier. J'ai même laissé deux ongles dans la boîte aux lettres de mon voisin, retirant le flyer de mes adversaires. (Mon flyer a aussi fini dans la poubelle. je l'ai regardé comme un bébé abandonné. S'ils savaient ce que j'y ai mis!) 432 sonnettes activées. On m'a toujours ouvert, et ça m'a quand même fait de l'effet, surtout quand le chien aboyait. Je pensais que les gens allaient avoir peur, mais non, ils étaient contents de me voir, soulagés que je ne sois pas témoin de Jéhovah, curé, ou pire: un créancier. Ils disaient: c'est si gentil de venir nous voir, on se sent parfois si seuls dans ce quartier. 32 fois on m'a offert de rester boire un café, toujours j'ai accepté. Ce qui se raconte sur les pas-de-porte, vous n'avez même pas idée... Je ne me souviens pas le nombre de cafés que j'ai bus, je ne les compte même plus. J'en ai payé tout autant, j'en suis tout excité. Offrir des pots, c'est ce que recommandaient les anciens, pour ne pas boire la tasse.

Les pieds plats

Je croyais que la politique était un investissement; au final, pieds couverts de camphre de menthol et de cloques, je crois que c'est un don: convictions et action. J'ai eu ma chance. J'ai eu mes crampes. Je suis un candidat dans le vent. 15 stands dans la rue, sous la tente, sous la pluie, à donner des flyers des biscuits à des gens qui couraient au tram ou accéléraient vers les boutiques. 12'356 mains serrées, ça oui j'ai compté. J'ai toujours aimé rencontrer les gens, les écouter. C'est un amour, ma motivation. 4'200 amis Facebook confirmés; toujours un petit mot pour leur anniversaire, message câlin avant d'aller se coucher. A 2h du matin, je me suis parfois connecté, pour poster une ou deux piques vers mes adversaires. Qui aime bien châtie bien. L'art de la guerre selon Sun Tzu est mon livre de chevet. 132 tweets postés. La petite phrase qui tue, j'ai peu à peu réussi à la ciseler. J'ai reçu 4 lettres d'insultes, ça m'a presque rassuré. C'est là que je me suis dit que j'avais des opinions bien trempées. Deux fois levé pour aller courir à 4h30 du matin. Je n'en ai parlé à personne. Quand même. Vous ne vouliez pas que je dise combien je donne aux handicapés ?   

Les mains serrées

Je suis un candidat en forme. Bien sûr, j'ai grincé des dents. J'ai même pété une ou deux fois les plombs, mais toujours gardé ça pour la maison, à la plus grande joie de ma famille. Ils me remercient tous les jours de faire de la politique en regardant la télé. Ah, 2 petits plateaux de télé seulement; faut dire qu'il y a dix ans j'avais fâché le chef des émissions. J'avais pris de vraies positions politiques, il ne me l'a jamais pardonné. On m'avait pourtant déconseillé de faire ça, faut pas trop la ramener, faut ressembler aux affiches, mais j'ai pas pu m'empêcher. J'aurai bien voulu en faire plus, mais je n'ai pas le bagout facile et mon électorat est sensible. J'aurai dû commenter une affaire de crime? Quoi, me taire m'a sûrement coûté des voix? Je m'en fous. J'aurai pu faire mieux, hurler avec les loups, mais pire aussi... On est 476 sur les listes, c'est une petite société. On sera 100 élu-e-s à l'arrivée. Le choix, vous vous en occupez, électeurs électrices adoré-e-s,  alors dépêchez-vous, qu'on en finisse.

les dents longues

Cela va se jouer à quelques voix. C'est vrai, j'aurai pu être plus saignant. Je fais dare-dare un petit tour dans le quartier. 65 flyers en plus chez mes voisin-ne-s, 234 mains serrées vite-vite, et l'affaire est dans l'urne, effectue mes derniers deals. Tu m'ajoutes sur ta liste, je te mets sur la mienne. D'accord, tu le fais? Oui, clair -souvenirs de cour d'école- croisant mes doigts derrière le dos. Mentant, pas grave, je suis persuadé qu'il fait pareil. Je supplie, je sanglote, rappelle mes ex, descends dans la séduction à des niveaux inédits:  please please glissez-moi sur vos listes, je serais sage, ferais Onex - Vieille Ville à genoux, poserais des ex-voto à Saint-pierre.  La radio? C'est ma plus grande joie. Le jour de l'émission sur MeFM, j'ai salué ma grand-mère, elle en a perdu son dentier. Depuis on raconte que j'ai les dents longues, tsssss, les mauvaises langues!  

Vous pensez que je serai élu? Cela dépend de vous, mais j'y crois. Je suis un mec déjà, paraît que ça paie en politique. Les statistiques fédérales les études américaines le confirment. Si je n'ai pas de réseaux, j'ai le soutien des grands-mères de l'EMS où j'ai travaillé, et j'ai labouré du terrain. Je ne suis pas calviniste, ne crois pas au salaire au mérite. Mais si je suis élu, ce sera juste je crois, car j'ai tout donné. Je n'ose plus dire votez pour moi, je l'ai trop répété. Mes actes parlent en mon nom et mon parti croit en moi. A défaut de la grâce j'ai la foi, et jusqu'à dimanche je vais tout donner. Des fois je me dis que l'élection se jouera à zig-zag-zoug et que j'aurai pu rester à la maison. Fatigué? Même pas. Votez pour moi! Qu'on en finisse.

 

 

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14/08/2013

Nathalie Chaix: Désir addict?

chaix1.jpgNathalie Chaix vit à Genève. Elle travaille dans le domaine de la culture, a publié trois romans, tous aux éditions Campiche (Orbe), trois romans vrais qui pèsent leur poids de désir, d’espace et d’invitation à entrer dans la splendeur et les affres des relations. Dans son premier livre, Exit Adonis (Prix Georges-Nicole 2007), l’auteure nous entraîne dans un mano a mano étourdissant entre une femme éprise d’un homme qui répond finalement à la fascination qu’il lui imprime par une présence énigmatique, effacée, puis son retrait. Elle, elle veut le quitter, elle désire cela, elle n’y parvient pas. On comprend pourquoi elle veut partir. On comprend pourquoi elle n’y parvient pas. Rôde le spectre d’un père absent, des fantômes. On ne s’enlise pas dans la psychologie ou l’analyse cérébrale de l’impuissance, non. On est ici placé dans le domaine du ressenti, des tripes, des morsures, de la machine désirante et du manque. On effleure, on palpe, ressent.

Elle est ainsi l’écriture étonnamment dépouillée et charnelle de Nathalie Chaix. On y éprouve une grande facilité à creuser des espaces, à se mouvoir, explorer, s’y abandonner. Exit Adonis est le récit d’une aliénation ; bref d’une « banale histoire d’amour », d’un empêchement à quitter et d’une impossibilité à être aimé : d’une contrainte. La tension qui traverse ce livre est relatée avec finesse et douceur, une pudeur de la souffrance qui la creuse encore plus dans ce que le personnage porte en elle pour dire l’insupportable. Le récit se construit sur 5 chapitres, autant d’années parcourues. Répétition amoureuse dans la traversée (lente) de la lassitude, des pics de plaisir et des gouffres de l'addiction (grave) au désir. Comment va-t-elle s’en sortir ? Comment peut-elle tant tenir alors qu’elle n’en peut plus ? Inconsciente ? Folle ?

Impossibilité à quitter entêtement à aimer

Dans Exit Adonis, le grand présent c’est l’absent : le père. Comment le mettre dehors ? L’héroïne ne parvient à rien d’autre qu’à répéter : impossible de quitter, entêtement à aimer. Freud marmonne dans sa barbe : éternel recommencement, ambivalence du lien, venez donc vous allonger ! Le vieux se marre. Vraiment ? Nathalie Chaix allonge ses phrases, c’est plus qu’assez. A un moment il y a la libération sans que l’on comprenne comment, l’héroïne a pu se sevrer, elle est passée ailleurs. Elle a quitté. A un moment cette répétition s’est biaisée pour que l’enfermement devienne une spirale et qu’il y ait une possibilité de sortie là où il n’y avait auparavant que l’impasse. Comment? Il faudrait y retourner pour voir…

Qu'est-ce qui vous manque?

Dans Il y a toujours un rêve qui veille (2010), deuxième roman, la famille s’agrandit, les femmes sont convoquées, la mère et la grand-mère invitées : sur-présence de la maternité. D’où vient l’enfant, comment viendra celui qui naît ? Des portraits d’hommes, de femmes, rythment l’ouvrage et répondent à une question simple : qu’est-ce qui vous manque ?  Et toujours l’absence équilibre toute présence. Celle du père, omniabsent, encore lui, jamais assez là, figure du trou, du vide que ne comble pas la nourriture, malgré l’abus.Non, rien ne comble le trou, que ce soit le trop-plein de sucre consommé avec culpabilité ou la quête de l’homme comprise avec douleur pour assouvir l’inassouvissable. Délectation des sucres sur la langue, orgie du sexe dans la bouche, mais très vite : retour au vide, au manque. Encore. Condamnée au bagne de ce qui manque.

N'est-ce pas toujours sur le fil du rasoir que l’on se meut dans les romans de Nathalie Chaix, là où l’on passe, à fleur de peau? Et là où tous les chameaux d’hommes passent, par le trou de l’aiguille, on va. Mais il faut être pauvre et nu pour comprendre la souffrance d’aimer, du manque d’amour. Si en apparence on vit la même chose, on ne vit pas la même chose, elle dit. C’est chaque fois un singulier pluriel. Un homme,  à l’ombre d’un père manquant, ne répond pas présent. Je suis amoureuse de toi elle dit sur tous les tons, ça permet de rejouer la partition : celle du père absent. Dans ce second opus ça fait mal encore, ça tabasse sec. L’homme aimé en a une autre, l’homme aimé ment, manque, manipule. Les femmes sont trahies. Les femmes sont baisées. Les femmes se font avoir ; ça cogne sexe.

Faut-il être une femme pour suivre l’auteure? Non. Même si parfois on a le sentiment de s’asseoir à une table avec ses ami-e-s proches pour papoter, tout se dire raconter, la voix de l’auteure est résolument plus fine, tendre, tranchante, que celle d’une fin de soirée un peu moelleuse presque mièvre. Ce qui en fait la pointe ? La finesse du trait sur ce qu’elle dit du désir féminin, dans ce désir féminin qui le creuse encore et exprime son devenir mystérieux.


Il y a encore un troisième roman, sorti l'année passée:  Grand Nu orange  (2012) Rejoue-t-il la loi de l'éternel recommencement?  La passion triste et impossible ? Allez-y pour voir alors que l'on bascule doucement vers la fin de l'été, vous m’en direz des nouvelles….. la chute est partout, et la sortie, marqué EXIT, dans une autre langue, excite.

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04/08/2013

Culture et érotisme en ville de Genève

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Ah la belle lune de miel que nous avons passé dans nos musées. Souvenez-vous, les 11 et 12 mai derniers alors que le soleil basculait derrière l'horizon, les genvois-e-s disaient oui aux musées en se passant tendrement la bague aux doigts. Oui à la culture, à l'ouverture de lieux d'ordinaire fermés à la nuit tombée, ouuuuuui, on a crié, beaucoup.

Les petites bagues bleues et roses échangées, c'était glamour, et scellait l'union gratuite et sacrée avec nos vieux musées moelleux qu'il nous faut vite rénover, au risque de ne plus y vivre que des amours platoniques ou surranées. Pendant que nous nous aimions ainsi le temps d'une nuit, en France, le peuple s'étripait sur le mariage gay. De voir voler tout feu tout flamme ces petits cupidons culs nus faisant la nique à Calvin m'a rendu guilleret. J'ai aimé.

Bon, l'after c'était priorité aux familles. Célibataire sans enfant, il valait mieux te rhabiller; là-bas on allait seulement se déhancher avec papy et mamy, promis juré. Les appolons et aphrodites avaient pour sûr bien mieux à faire que de courir derrière des armures ou une exhibition de chauve-souris. Quoique... c'était mal nous connaître, nous sommes venus en grappe y assister. 

Enfin, si Amsterdam a son musée du sexe, Genève aurait désormais sa nuit des musées! Mais non, voyons, cela n'a rien à voir. Vous ne pouvez tout confondre et comparer des pommes et des poires. Certaines mauvaises langues ont affirmé que nous en étions restés au stade des préliminaires; ambiance fleur bleue d'une nuit qui se termine avant même de commencer. Ah, les frustré-e-s, c'est qu'ils la voulaient plus dyonisiaque qu'aphrodisiaque cette soirée. Or, dans le mariage, ce n'est jamais la première nuit qui compte. Tout s'améliore avec le temps. D'abord on prend ses marques, puis la mesure, enfin ses aises. Et puis, premiers émois et vibrations, c'était le printemps, le temps était encore gris et froid. L'été venu, l'amour allait sortir du bois, les corps et la culture fusionner. Avant le premier août, vous alliez voir de quel bois nous nous chauffions. Sur un air de Joe Dassin? Plutôt de Selah Sue, idéalement.

Mais d'où allait venir ce geste dyonisiaque, le buzz érotique de l'été? Du Bain des Pâquis et de ses aubes lascives, des crépuscules orangés du théâtre de l'Orangerie, des nuits surrannées des fêtes de Genève aux lambadas serrées serrées? D'un rythme cubain sur la scène Ella Fitzgerald saturée de sueur ? Faudrait-il attendre jusqu'à la Bâtie? Non, pitié!

Surprise, le geste le plus culotté surgit de nulle part, ou plutôt de la maison Rousseau et de la littérature qui décida ni une ni deux de s'encanailler avec un strip-tease estival devant lequel même Nabokov aurait salivé. La maison invitait sur ses affiches les auteurs à venir faire des galipettes sur le gazon de jeunes nymphes alanguies, buste pointé vers le ciel, puis à venir nous raconter leurs aventures. Qu'est-ce qui inspire les auteurs aujourd'hui ? Mmmmh Plutôt un sourire ou des cheveux négligemment défaits? Allez savoir....

Mais alors, les écrivaines, les autrices, elles n'ont pas droit aux muses, ELLES? Pourtant, cinquante nuances de gris avait ouvert la voie. Et du grille-pain à la baignoire ce n'est pas l'électro-ménager qui manque aux ménagères pour écrire une nouvelle excitante. Qu'est-ce que les autrices se mettent sous la dent avant de créer? Et si on lançait un concours de nouvelles affiches pour que les autrices puissent aussi s'a muser... N'auraient-elles pas aussi droit à leurs jeunes museaux, jolis minois?

Bon, après ce petit coup de chaud, quels enseignements tirer:

1) La nuit des musées, destinée aux familles, avec ses cupidons culs nus qui nous tiraient des flèches en carton n'a pu rivaliser avec la MRL où les auteurs ont batifolé sur des lolitas champêtres à moitié nues à la barbe des autrices

2) La littérature est définitivement plus sexy, excitante que les musées. La force érotique est dans l'imaginaire, bien plus que dans les armures du MAH ou les chauves-souris du MHN. La tendance sera difficile à inverser. A moins que le musée de la Réforme..... 

3) La Culture à Genève carbure au guarana et au gingembre. Pourtant, le musée d'ethnographie est encore fermé. Imaginez une peu l'émeute pour la future expo sur les étuis péniens, l'ethnographie de la chambre à coucher, ça va dépoter... et puis, d'où viendra la prochaine flèche d'Adonis? Des bibliothèques ou du théâtre de Poche?

Culture et érotisme en Ville de Genève, fantastique mélange pour fantasmer. Je crois que je suis en train de tomber amoureux. Enfin. Vivement l'automne... 

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11:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, érotisme, genève, nuit des musées, les auteurs s'a muse, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/06/2013

Genève en fête

fête de la musique, musique en fête, espace public, genève Des gens dans les rues enfin. La fête de la musique a battu son plein, des milliers de personnes ont déambulé dans les rues de Genève il y a pile une semaine, mais était-ce vraiment la musique qui les faisait bouger ou n’était-elle qu’un prétexte ? Prétexte pour se retrouver, boire un verre, manger un morceau ensemble et rencontrer du monde ? Les deux, évidemment. Bon, j’ai réussi à traverser la fête de la musique sans écouter une note, ou presque, pris entre la scène techno et la déambulation, en sandwich dans la foule, trouvant plus de joie à voir les gens qu’à me glisser dans un concert. Mais peut-être que la fête de la musique est aussi une fête pour se réapproprier l’espace public et répond d’abord à une demande de rencontre sociale : faire un bout de ballade urbaine  ensemble ?  Ma plus belle expérience musicale fut  hybride : dans une oreille le Beau lac de Bâle et dans l’autre de la musique techno, en stéréophonie. Génial ! Elle fût celle du zapping aussi : allons vite voir en vieille-ville ce qui s’y passe, pour en revenir aussitôt…. hé on retourne à la cour des casemates...

Cette fête répond peut-être avant tout à une soif de partage des lieux de rassemblement dans l’espace public.  Besoin profond, vieux comme le monde, du citadin de croiser son voisin et de le saluer. Avant, il y avait des lieux géographiques pour cela : la place du village. Maintenant : il y a des événements dans l’année : fête de la musique, fêtes de Genève, fête de l’escalade. Allait-on se poser sur un banc de la place comme l’on va maintenant sous une tente aux bastions pour boire une bière ? Et prenait-on l’air comme l’on prend désormais du son ? Il faut un objectif à la ballade, et une raison de mettre le nez à la fenêtre alors que les incitatifs à demeurer chez soi sont forts (home-cinéma, inertie, économie, épuisement).  Pourtant c’est si beau une ville en fête, ça n’a pas de prix. Et là, ça tombait bien, c’était gratuit pour tout le monde, merci la Ville. Ce week-end on remettait ça, c'était la 31e édition de la fête de l'association pour l'encouragement de la musique improvisée  au parc des Cropettes. Pas vu Paul, pas vu Cécilia, ils devaient être au premier concert de Musique en été qui s'ouvrait ce samedi au Victoria Hall pour se clore le 21 août sur la scène Ella Fitzgerald. Génial, on aura donc tout l'été pour s'y retrouver...  

 

 

 

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25/06/2013

Vendre ou ne pas vendre telle est la question

imagesCANFEN60.jpgMes paroles volent en haut, mes pensées demeurent en bas. Paroles sans pensées ne montent point au ciel (Shakespeare, Hamlet)

Vendre ou ne pas vendre telle est la question se demande-t-il, la télécommande levée devant les yeux. Toute son existence semble être recueillie là, dans ce bouquet de programmes Naxoo et la promesse irréalisée d'un triple Play, comme l'hiver sur la glace il regardait Sourya Bonaly faire des triple lutz jusqu'à en avoir la tête qui tournait. Maintenant, télécommande levée devant les yeux, il préfère que les américains crèvent la gueule ouverte plutôt que de leur vendre une part de la société, et cela à n'importe quel prix. Pourquoi? Parce que tout est pourri au royaume US. Mais alors, comment garantir les emplois ? La question ne se pose pas. Pour lui, il ne faut surtout pas vendre Naxoo, par principe. Arrêt sur image. C'est un dogme, c'est un choix, c'est comme ça. Point final. Etre de gauche pour lui, c'est par principe ne jamais vendre aux américains. Comme être de droite c'est toujours vendre, quoi qu'il en soit. Malheur à qui déroge à cette loi. Fast forward sur la télécommande. Il se passe le débat en accéléré. Le son est un peu fort, en même temps,  c'est censé produire son effet et cela passe bien.

Pause: la téléphonie la télévision et internet évoluent dans un marché hyperconcurrentiel. Comment y régater en étant lié par une convention mal ficelée adoubée en 2006 par les syndicats? Il se gratte le ventre, ouvre une bière. Non, il n'a pas les moyens d’être compétitif, même avec toute la mauvaise volonté du monde. Mais peut-être qu'en y croyant fort, il pourrait y arriver. C’est la lutte finale ? Quand même, lâcher prise devant les suppôts du capital, ça il ne peut s’y résoudre. Et si on osait un petit reply ? En 2006 alors qu’il était aux Service industrielles de genève, le camarade Vanek a vendu les actions SIG aux américains d’UPC Cablecom sans broncher, le traître. Et le camarade Bernard Clerc lui a emboîté le pas en vendant les actions de la Banque cantonale genevoise à UPC Cablecom, le traître, lui aussi. Suppôts de Denver, va ! Mais autres temps autres mœurs, aujourd’hui les mêmes disent niet. S’il faut crever la gueule ouverte, qu’ils crèvent la gueule ouverte les travailleurs de Naxoo ! La politique politicienne avant tout. Ils ne passeront pas dans nos tubes, même si cela implique de les boucher.  

Pourtant, le meilleur moyen de maintenir les emplois, c’est bien de faire en sorte qu'une entreprise soit unie, compétitive, et qu’un patron reprenne la barre pour éviter les blocages entre actionnaires, avec la capacité d’investir. Comment stopper la baisse des emplois (-10 emplois depuis 2011) dans l’entreprise ? Comment stopper la perte de 2% de prises par an pour Naxoo ? Le meilleur moyen de maintenir les emplois ce n’est pas de figer l’entreprise. C’est de la laisser vivre. Et la laisser vivre, pour la Ville de Genève, c’est de vendre les actions qu’elle possède, au plus offrant.

Il pensait trouver du soutien dans les autres communes, mais Vernier, Meyrin, Lancy et même Carouge où Ensemble à Gauche est représenté, ont vendu, eux. Il est presque tout seul devant sa télé, et il est tard. Et il est le dernier à se poser des questions existentielles sur ses parts dans la société. Ce n’est pas une honte de vendre quand il faut sauver une entreprise. Ce n’est pas une honte de sauver des emplois, même s’il faut les négocier avec des américains. Et puis, surtout, le produit de la vente, les 57 millions, n’est-ce pas un bon apport d’argent pour des crèches, le service social, l’aménagement public ? N’est-il pas préférable d’obtenir des millions pour les besoins de la population plutôt que de conserver des prises télévision inutilisées ?  Dans la rue, des employé-e-s inquiets du changement crient : "Naxoo est à nous". Et ils ont raison ! Naxoo est à nous, à la collectivité publique, pas aux extrêmes de gauche ou de droite, qui veulent se l’approprier. Et puisque vendre est le seul moyen de rendre service à la collectivité et aux employé-e-s, il faut donc vendre, et reposer doucement cette télécommande.

Il se gratte le ventre et s'ouvre une nouvelle bière. Il ne veut pas  lâcher et vendre. Non. Vive le statu-quo ! Il veut tourner en bourrique les américains et caresser l’ego des syndicats. Ainsi, ils ne pourront nous contrôler et faire de 022 telegeneve SA, un lieu d'espionnage pointu à la solde de l'oncle Sam, tout savoir de nos messages et nos téléphonies, et voir le fond de nos canettes avant même que nous ne les ayons vidées. Comme si la CIA et la NSA avaient besoin de 022telegeneve pour nous espionner.

Vendre ou ne pas vendre telle est la question de notre Hamlet moderne. Et la folie le guette. Heureusement, sur sa chaîne préférée, il y a la diffusion d’un Marc Dorcell. La philosophie, ça va un temps, après il y faut de l'action. Il ne vendra pas, c’est décidé. Il enfonce la touche off, résolument. Tant pis pour la casse et les emplois. Parce que tout est pourri au royaume US.

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : naxoo, vente, upc cablecom, hamlet, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/05/2013

P.e.e.p.s.h.o.w d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e

Les mains posées sur la table comme dans le film de Wim Wenders "Paris-Texas". Il regarde le spectacle, ça bouge et ça danse derrière la vitre. Lui sait ce qui se donne à voir là dans le petit carré de verre et d'aluminium. Il connaît bien les règles. C'est lui qui les fait. Il dit: DEMOCRATIE= LIBERTE DE DIRE TOUT CE QUI ME PASSE PAR LA TETE. C'est très important pour lui. Un jour on l'a fait taire. Violemment.    

Il remet une pièce quand le rideau se baisse. Le rideau remonte alors doucement. Encore. Il a plaisir à voir le rideau se baisser; plaisir quand le rideau remonte aussi. Tout le monde veut y passer. Il fredonne doucement "you wanna play, you gotta pay" comme dans la chanson de Syleena Johnson. Voyeur? Non, il commente, lui, c'est tout. Il prend les autres à témoin. "Hey brother, it's okay, it's okay mon frère, let it be". Tu ne vas pas quand même pas t'attaquer à une montagne? T'es con ou quoi? 

Peep-show de la Pentecôte. Il se met à bouger un peu. Sabbah. Ahhhhhhh.

Ce qu'il voit c'est un long texte qui s'écrit, mais il n'entend aucun son. Ce n'est pas lu, c'est donc que c'est écrit. C'est un long rouleau oui: fragment de la bible. Un morceau deux fois millénaire, lourd. Le sacré, c'est une certaine idée de Dieu jetée dans le monde. Il se murmure pour lui même: l'écriture c'est encore autre chose, ça a un tout autre statut. Ecriture d'un côté, parole de l'autre. Rue d'un côté / rituel républicain de l'autre. Le mal / le bien. Tu déconnes? Il distingue cela très bien. Mais le bouc émissaire est toujours un peu porteur des deux. C'est un métisse, un hybride, c'est un bâtard, et c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. C'est un martyre, évidemment, le Christ aussi. 

D'un regard précis, il lit : Q.u.a.n.d l.e j.o.u.r d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e a.r.r.i.v.a, l.e.s c.r.o.y.a.n.t.s é.t.a.i.e.n.t r.é.u.n.i.s t.o.u.s e.n.s.e.m.b.l.e a.u m.ê.m.e e.n.d.r.o.i.t

"Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit."

C'est bien ça. C'est la fête aujourd'hui et c'est congé. Pas de Migros, pas de Coop. Personne il va travailler. Sauf lui. Lui, il travaille. Il se frotte le menton, cherche encore une petite pièce dans sa poche. Pas facile de s'arrêter quand on turbine toute la journée, sans jamais prendre de repos, à peine manger. Et avec cette odeur de lessive et de souffre bouilli.... y'en a marre. Maintenant les mains dans le dos il s'avance tout contre l'écran comme cet homme s'avançait contre un autre dans un parlement. Presque à le toucher. N'était l'eau qui les séparait. Et l'injure. 

"T.o.u.t à c.o.u.p, u.n b.r.u.i.t v.i.n.t d.u c.i.e.l, c.o.m.m.e s.i u.n v.e.n.t v.i.o.l.e.n.t s.e m.e.t.t.a.i.t à s.o.u.f.f.l.e.r e.t i.l r.e.m.p.l.i.t t.o.u.t.e l.a m.a.i.s.o.n o.ù i.l.s é.t.a.i.e.nt a.s.s.i.s."

Il faut bien les imaginer ces lettres de feu qui s'impriment une à une sur l'écran. Dans un silence où plus rien ne se dit. Un homme se lève. Au micro il vitupère. Il n'est pas Satan, bien évidemment que non. Satan, si tu le connais, est beaucoup plus suave, beaucoup plus amical aussi. Banalité que tout cela.  Là où il y avait toujours le brouhaha il y a maintenant un parfum de scandale et une caméra qui filme cela.  Complicité de ceux qui parlent. Complicité de ceux qui se taisent. Il faut être tactique et stratégique Paul, tu comprends? 

Alors, power to the theology? Vieille anti-rengaine de la gauche soixante-huitarde. Mais pourquoi se sont-ils rassemblés dans cette pièce? Pour y faire quoi? Ont-ils peur? De qui? La porte est-elle fermée de l'intérieur? L'histoire ne le dit pas. L'histoire d'ailleurs ne dit rien tant que quelqu'un ne prend pas la liberté de l'inventer pour la raconter.

"I.l.s v.i.r.e.n.t a.l.o.r.s a.p.p.a.r.a.î.t.r.e d.e.s l.a.n.g.u.e.s p.a.r.e.i.l.l.e.s à d.e.s f.l.a.m.m.e.s d.e f.e.u; e.l.l.e.s s.e s.é.p.a.r.è.r.e.n.t e.t e.l.l.e.s s.e p.o.s.è.r.e.n.t u.n.e à u.n.e s.u.r c.h.a.c.u.n d.'.e.u.x."

Il y a donc une flamme pour chacun, même s'ils sont un groupe, unis, pourtant des individus toujours. Rivalités. Evidemment. Et s'il y a un groupe, chacun encore reçoit personnellement et donne de même. 1+1+1+1 ainsi jusqu'à 80. Bouche ouverte ou fermée. C'est selon.

"I.l.s f.u.r.e.n.t t.o.u.s r.e.m.p.l.i.s d.u S.a.i.n.t-E.s.p.r.i.t e.t s.e m.i.r.e.n.t à p.a.r.l.e.r e.n d.'a.u.t.r.e.s l.a.n.g.u.e.s, s.e.l.o.n c.e q.u.e l.'.E.s.p.r.i.t l.e.u.r d.o.n.n.a.i.t d.'.e.x.p.r.i.m.e.r."

Un délire?

Il y a là quelque chose qui lui parle qu'il comprend pas. Il relit Boulgakov, vite. "Le maître et Marguerite". C'est une soif, c'est une faim. Il ne veut surtout pas paraître pédant. Mais pourquoi se cacher? Il relit la page 73 dans l'édition Pocket. Une évidence,  Et puis A.c.t.e.s 2,1-4 en lettres rouges fluorescentes qui s'impriment alors que retombe le rideau de fer. Plus de pièce dans les poches. Plus de jus. Rien. Juste un smartphone pour consulter wikipédia et savoir à quoi se rattache Pentecôte. Il lit: du grec ancien πεντεκοστὴ qui signifie cinquantième jour. Cinquantième jour après Pâques. Cette fête marque la descente de l'esprit saint. Une voix lui dit que c'est la fin de la peur, la libération et la découverte de la confiance. Ah bon? Alors allelouhia alors.

Croyant ou non, c'est toujours bon à amorcer: la fin de la peur. Il croyait assister à un spectacle, en fait il s'y donnait. Moralité : on est toujours un peu plus acteur que spectateur, c'est ainsi. Il sort dans la rue, léger, tranquille. Il porte l'étrange sentiment d'avoir fait ce qu'il devait faire. L'été peut venir, les grandes fêtes chrétiennes sont passées. Bye bye peep-show de la pentecôte.  See you peut-être à la fête-Dieu qui sait, si le réglement le permet.

Et puis la dernière voix que l'on entend un tout petit peu avant minuit est comme venue de nulle part : "vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà", répète doctement Blaise, sirotant son soda sur une terrasse de Washington D.C.

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pentecôte, genève, bible etc. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/05/2013

Homophobie ou papillons?

En ce vendredi 17 mai : journée internationale de lutte contre l’homo et la transphobie,  il est plus que jamais important de réaffirmer que la question du choix de l’orientation sexuelle et de son affirmation dans l’espace publique est une question de liberté individuelle et de santé publique. Il faut aussi encourager la Ville de Genève a poursuivre sa lutte contre l’homophobie qui conduit à la dépression et au suicide de nombreux jeunes lors de la période délicate de l’affirmation de leur orientation sexuelle. La campagne des jeunes LGTBTyouth j’interAgis mise en cause par l’extrême droite a d’ailleurs montré cette semaine toute sa pertinence.  

Petit rappel. Lors de la séance du conseil municipal du mercredi 15 mai, un membre du mouvement citoyen genevois a attaqué ces jeunes qui luttent contre l’homophobie en comparant leur campagne j’interAgis à de la « propagande camouflée pour les pédophiles » avant de lancer « demain on mettra des croix gammées ». Ce monsieur a appuyé son intervention en prenant pour cible les papillons de papier j’interAgis que les socialistes avaient déposé sur leur pupitre et a provoqué un scandale.

Il était alors exclu pour les socialistes de retirer ces papillons comme nous avions prévu de le faire sans que ce conseiller municipal, pour le moins, revienne sur ses propos, voir soit rigoureusement sanctionné pour ceux-ci. Le bureau du conseil municipal, à majorité de droite, en choisissant de ne pas tenir compte des insultes de ce monsieur a fait preuve d’un certain laxisme qui a provoqué le blocage de la situation. Une ligne rouge avait été franchie. Elle devait clairement être signifiée, au risque de la suspension de séance. Laisser l’homophobie la plus crasse prendre le pouvoir au sein du conseil municipal n’était tout simplement pas envisageable.

La manière dont une partie de la presse a couvert ces évènements est extrêmement choquante. Mettre sur un pied d’égalité les propos discriminatoires de Monsieur Menoud et le fait que des flyers de papier colorés aient été déposé dans le parlement, contribue à la banalisation de l’homophobie. Il faut donc condamner avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables tenus par ce membre du MCG ainsi que les propos homophobes et sexistes récurrents au sein de ce groupe, comme il faut les combattre au quotidien l’homophobie, la misère sociale et toutes les inégalités sociales.

Qu’est-ce qu’une séance du conseil municipal agitée en regard d’un jeune adolescent ou d’une jeune adolescente qui se suicide en raison du rejet lié à son orientation sexuelle ?

12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, homophobie, intolérance, extrême droite, santé publique | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/04/2013

Camphre, calvaire, selles de cuir et cuisses épilées

05_map.jpgLe voilà il arrive le peloton dans notre rade. Final du tour de romandie sur les quais à Genève ce dimanche, ça sent fort le camphre et la sueur dans l'aire d'arrivée. Les oriflammes colorées et la distribution de gadgets publicitaires rajoutent à la dimension d'un jour de fête. Tiens, j'ai presque envie d'une glace mais une gourde d'isostar glacée fera l'affaire. Pas de voitures à l'horizon, même les oiseaux sont perchés sur les branches pour apprécier le spectacle. C'est beau une ville sans bagnoles. Pas de rivalité pour arriver au feu rouge. Des muscles qui chauffent en attendant le signal du départ. Pas de klaxons, de coups de freins ou de bruit, hormis celui du haut parleur qui égrène les titres des coureurs et les écarts entre leurs positions.

Dans le cyclisme, comme partout ailleurs désormais, c'est le temps qui compte. Celui derrière lequel ils courent, avec lequel ils rivalisent pour boucler leur parcours, ne pas être hors délai, arriver dans les temps ; et si possible même un peu en avance sur celui-ci. Alors ils redescendront de leur selle les jambes un peu arquées et titubant, comme on ressort du grand huit, le ventre barbouillé et la mine mi-réjouie mi-écoeurée d'en avoir terminé.

Qui sont ces dingues qui s'embarquent dans un carrousel de 18km de long pour vingt minuscules minutes d'accélérations? Ici, pas d'esprit balladeur. Le printemps c'est pour ceux qui ont la durée avec eux. Quand ils déboulent dans la rade c'est pour en resortir le plus vite possible après leur contre-la-montre. Eux, ce sont les pilotes de formule1 de l'écologie! Eux, ils sont assez masos pour aller chercher l'hiver au sommet des cols. Et en été, ils iront le plus au sud, là où il fait le plus chaud, se perdre entre Miramas et Marseille sous le cagnard et dans la caillasse. Ils sont liés au bitume comme le marin à sa mer, le pompier au brasier.

Le cycliste ne sait pas où il est, seul l'intéresse où il va. Il ne connaît pas le milieu qu'il traverse, mais seulement les dénivelées, les courbes, et les trajectoires qu'il visualise sans cesse. Ce n'est pas un homme de terrain. C'est un être de passage, de transition. Ce n'est pas un homme de la profondeur, c'est un homme de la superficie et de la vitesse. Et puis, le cycliste fait corps avec sa machine. Son vélo est sa prothèse comme pour d'autres leur smartphone. Le cycliste-cyborg, homme machine, produit de notre temps.

Prière du cycliste : "Mon Dieu donnez-moi mes kilomètres quotidien et mon coup de pédale explosif". Car ça ne rigole pas tous les jours dans l'univers du cyclisme! "Forçats de la route", "porteurs de bidons", "vieux grenadier du groupetto" avec toujours la voiture balais au cul, et dans l'oreillette un sponsor qui lance des invectives: plus de jambons, achetez mon assurance maladie, ma boisson énergétique, c'est de la dynamite; ondes qui parasitent sa lecture de la course pendant que ses yeux s'obnubilent: il doit rattraper celui qui s'est échappé. Il doit faire cela, lui sucer la roue. A tout prix. Cycliste, Sisyphe: même combat! Mais l'homme-cycliste est aussi homme sandwich; panneau publicitaire en mouvement. Il doit toucher le plus grand nombre possible sans jamais s'approcher de personne. Debout les damnés du bitume. Debout les forçats de la route! Mettez-vous en danseuse.

Il y a bien évidemment quelque chose du troupeau ou de la troupe dans ce peloton de solitaires. Toujours des grades et des métaphores guerrières: des lieutenants, des patrons, des chefs de clans, des francs-tireurs; ceux qui veillent au grain, surveillent que tout ce petit monde se tienne bien. Les garde-chiourme qui distribuent les bons de sortie. Ceux qui musèlent les échapées, ceux qui les autorisent. Cyclisme: univers carcéral? Les rôles sont bien répartis. Mais s'il y a des matons, pas de marquage à la culotte. La peau de chamois ne se prête pas tant que cela aux contacts. Et si celui qui part en échappée est un éclaireur, celui qui n'arrive pas au bout est personne. Dure loi du sport et des affaires. Et puis il risque toujours de tomber dans une tranchée; parfois celle d'Arenberg, ou plus modestement dans la béance d'un pavé descellé; pire, sur le museau d'un spectateur gueulard, qui par ses grandes claques dans le dos aura réussi à le faire chuter. Heurts et malheurs du cycliste. Ascension et chute. Tout est là.

Calvaire. Le parcours de ces bipédes sur roue ressemble à s'y méprendre à un chemin de croix. Dans ce cas, c'est le condamné à l'effort qui est porté par sa potence d'aluminum plutôt que porteur de son gibet de bois. Ces garçons sont si bien épilés, et correctement parfumés lorsque les filles leur remettent des fleurs et une bise à l'heure du trophée qu'on leur donnerait le bon Dieu sans confession, sur un air de Pete Doherty. Quant à savoir ce qu'ils trafiquent dans leurs chambres d'hôtels, c'est une autre paire de manche et une drôle de tambouille, d'un goût parfois très douteux qu'ils concoctent là. Les dortoirs-laboratoirs n'infusent pas que le sommeil et les tisanes. Mais s'il est acquis que le cycliste est un bad boy, la course est si belle!

La passion sera toujours le sport le plus vertigineux et dangereux. L'amour n'a qu'un temps. Ce n'est pas celui du chronomètre.

10:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tour de romandie, cyclisme, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/03/2013

Les chiens fous: toutous des plus riches

Ils ont tiré sur leur laisse. Rien pour les arrêter. Ni leurs maîtres qu'ils suivaient bon gré mal gré, et qui ont essayé de les raisonner, ni le peuple, le premier à subir leurs coupes budgétaires. Ils ont brisé leurs engagements, pensant ne rien devoir à personne, n'avoir aucuns comptes à rendre. Les députés PLR, UDC et MCG, les chiens fous, tenté par la politique du pire, ont choisi de bouffer tout ce qui bougeait devant leur nez. Sans distinction, sans faire de quartier: coupe linéaire de 2% sur le budget ! Pourquoi? Parce que ça les démangeait, parce qu'ils en avaient envie, comme d'un caprice, comme d'un morceau de viande, et tant pis si ce dernier n'était pas le leur. Et tant pis si ce qu'ils coupaient, c'est ce qui permettait à d'autres de manger.

Pourquoi la gueule ouverte? Parce que l'on ne touche pas au bouclier fiscal, on ne touche pas aux revenus des plus riches. Ironie du sort, alors qu'aujourd'hui même aboutit l'initiative populaire fédérale "imposer les successions de plusieurs millions pour financer l'AVS" avec 110 205 signatures, alors même que l'initiative Minder plébiscitée par le peuple a montré que c'est bien les hauts salaires et les inégalités sociales qu'il faut combattre, les députés de la droite élitiste, conservatrice, et revancharde, ont montré que plutôt que d'être innovant et d'aller chercher l'argent là où ils se trouve, vers les plus hauts revenus et les fortunes accumulées, dans les niches fiscales aménagées, ils préférent accabler la classe moyenne et ponctionner les citoyen-ne-s en leur faisant payer toujours plus cher des services qu'ils n'auront plus.

Pour rappel, depuis 2002, ces droites au service des pouvoirs économiques ont accordé, selon le rapport de gestion de l'Etat, des allègements fiscaux à 130 entreprises pour plus de 550 millions. Ces cadeaux fiscaux, aujourd'hui, c'est le peuple qui en paie l'addition, dans sa santé, son éducation et sa sécurité. Aujourd'hui le PLR, UDC et MCG ont marqué leur option préférentielle pour les plus riches, au détriment des citoyens. Le MCG est devenue le Mouvement des complices généreux !

Les chiens fous, toutous des plus riches n'ont pas distingué ni choisi ce qui devait diminuer, ce qu'il fallait préserver, ils ont choisi de détruire. Le pouvoir de mordre leur est monté à la tête, l'ivresse de saigner. Peu leur importe que ce soit d'autres qui assument les conséquences de leurs emportements. Au final ce sont 97 millions de services et de soins dévorés d'une coup, 482 postes d'enseignants biffés, 20 millions de moins pour le réseau de santé, et des files d'attente devant les urgences qui promettent de s'allonger, etc., etc., Chauffé à blanc par les jappements de la rigueur budgétaire et le concept du déficit zéro, les chiens fous veulent un citoyen toujours plus seul pour s'autogèrer, s'auto-soigner et s'auto-débrouiller pour assurer sa sécurité. 

Les chiens fous, toutous des plus riches, ont donc choisi de faire payer au citoyen les baisses d'impôts qu'ils ont voté pour des hauts revenus. Leur mission accomplie, ils peuvent se retourner les uns sur les autres et se renifler l'arrière-train ; se congratuler parmi, en se servant du monsieur le député, eux qui pour éviter le prétendu déficit du budget, ont choisi l'option des trous, des déchirures, et de faire le jeu des plus riches, en complices généreux et repus d'avoir planté les crocs.  

 

08:07 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budget, austérité, grand conseil, conseil d'etat, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/12/2012

Dicker, son éditeur, et la Berne fédérale.

Le 4 décembre, l'office fédéral de la culture a désigné les premiers lauréats des prix fédéraux de littérature. Huit auteurs sont primés, quatre alémaniques, trois romands, un italophone nous annonce le communiqué de presse de la Berne fédérale. Irena Brežná, Massimo Daviddi, Thilo Krause, Marius Daniel Popescu, Catherine Safonoff, Frédéric Wandelère, Matthias Zschokke, et Arno Camenisch. Bravo aux écrivains talentueux de ces nouveaux prix qui ont remplacé le bon vieux prix Schiller qui était attribué depuis 1905 à un auteur ou une autrice par année. Bravo aussi aux maisons d'édition qui les ont soutenus, côté romand: les éditions Zoé et la Dogana. 

Mais il faut signaler quand même que le communiqué de presse fédéral ne reconnaît pas le fait qu'Arno Camenisch (certes publié aux Editions d'en-bas) écrive en romanche et qu'il est un écrivain originaire et trouvant assise dans la quatrième langue helvétique, qui est déjà bien suffisamment oubliée et menacée sans que la culture s'en mêle. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que Joël Dicker, primé en France par le grand prix du roman de l'académie française 2012, le Goncourt des lycéens 2012, ou le prix de la vocation de la fondation Bleustein-Blanchet 2012, ne trouve pas grâce aux yeux du jury fédéral. Okay, nul n'est écrivain en son pays, mais là quand même, on frise le blasphème.

Alors, un prix fédéral de littérature de 2012 qui passe à côté de la révélation littéraire helvétique de l'année éditée à l'âge d'homme: scandale? En tout cas, la société genevoise des écrivains n'avait, elle, pas raté le petit Joël. C'était en 2010 sur manuscrit anonyme pour son premier roman: "les derniers jours de nos pères". Bravo les écrivains genevois! Comme quoi, si nul n'est prophète en son pays, il l'est parfois dans son canton... Mais on se calme tout de suite, car il faut laisser son indépendance au jury, et penser qu'il a probablement préféré primer, pour sa première année, des auteurs un peu moins connus, placés à distance respectable du feu des projecteurs. Enfin, peut-être, on spécule... eh bien... non. La raison est à chercher ailleurs que dans un choix artistique du jury, mais tout bonnement dans le fait que le prix était donné sur concours.  Vos manuscrits, si vous aviez des prétentions devaient avoir été envoyés entre le 26 juin et le 15 août 2012 pour avoir une chance de concourir au... prix littéraire de l'année 2012 (ben oui, il valait mieux s'y prendre à l'avance). Alors, Goncourt, Grand prix de l'académie ou pas, cela ne changeait rien à l'affaire. Au moment où le concours fédéral des prix littéraires se bouclait, les prix français n'étaient pas encore attribués. Je vous le dis, y'en a pas des comme nous. La Berne fédérale sélectionne avant les prix français, mais annonce les résultats après ceux-ci. Vous avez dit kafkaïen?

Maintenant, une petite question perfide: Dicker faisait-il partie du lot? Etait-il du nombre des 236 auteurs et autrices à avoir tenté leur chance du premier prix fédéral de la Culture? Si c'est le cas, le premier prix fédéral de littérature serait alors passé à côté du futur grand prix du roman de l'académie française 2012 qu'il n'avait pas vu venir.

Mais cela, seul Dicker, son éditeur et la Berne fédérale le savent....

 

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09/11/2012

Notre état anti-rom

643911_10151279628801826_706181630_n.jpgLa dernière recommandation du Conseil de l'Europe aux Etats membres votée le 12 septembre porte sur la médiation comme moyen efficace de promouvoir le respect des droits de l'homme et l'intégration sociale des roms. Que dit-elle? Tout d'abord, elle reconnaît que les roms, depuis plus de cinq siècles, font face à travers l'Europe à une discrimination, un rejet et une marginalisation généralisée qui touchent tous les domaines de leurs vies, et que le recours à la médiation peut être utile pour améliorer leur intégration, leur accès aux services publics. 

Le Conseil de l'Europe recommande donc à ses membres, (dont la Suisse est le 17e), d'élaborer et mettre en oeuvre des politiques efficaces en faveur de l'intégration des roms ; de mettre en place un dispositif de médiation efficace et de qualité avec les communautés roms, et concevoir des évaluations participatives permettant aux membres de cette communauté d'exprimer leurs besoins et de participer activement à l'élaboration de solutions les mieux adaptées. Conséquent, le conseil de l'Europe a mis sur pied un système de formation pour des médiateurs roms. Toute personne qui en fait la demande peut être formée gratuitement à la médiation dans plus de 15 pays participants. Pourtant, la Suisse refuse, jusqu'à aujourd'hui, d'en faire partie. Pourquoi? http://www.coe-romed.org/

Du coup, je me pose quatre questions :

Pourquoi Isabelle Rochat, alors qu'elle était à la tête du département de la police a interdit tout programme sur les roms et prohibé au Bureau d'intégration des étrangers (BIE) de développer tout programme en lien avec cette population ?

Que va faire Pierre Maudet désormais chef du département de la sécurité pour améliorer l'intégration des roms? Quel sera son nouveau mot d'ordre pour le Bureau d'Intégration des Etrangers? Enfin, quel a été l'efficacité des mesures de nettoyage des campements des bords de l'Arve et de l'interdiction de mendier en Ville pour résoudre d'une manière pérenne les problèmes d'adaptation de cette population européenne?

Pourquoi la ville de Genève impose-t-elle des quotas aux roms pour l'accès à l'abri de la protection civile ainsi qu'aux lieux de distribution de repas chauds et gratuits? Au risque de quoi laisse-t-elle dormir des femmes enceintes et des enfants sur son territoire alors qu'il gèle la nuit et que le seul abri de la protection civile ne sera ouvert que le 15 novembre prochain?

Enfin, et, plus fondamentalement, pourquoi la Suisse qui paie son écôt comme membre du Conseil de l'Europe, n'en reçoit pas les bénéfices en ne faisant pas partie de ce programme de médiation concernant les roms, à tel point que les personnes qui souhaitent se former à la médiation (payée par le Conseil de l'Europe) doivent aller se faire former en France? La Suisse cotise donc pour faire partie d'un club dont elle refuse les avantages....

Avec des réponses claires de la part des pouvoirs fédéraux, cantonaux, municipaux, à ces questions nous aurons, il me semble, quelques pistes nouvelles afin d'améliorer la situation des roms en Suisse en général et à Genève en particulier. En tous les cas, nous aurons fait un pas pour sortir du tabou de notre état anti-rom, dont l'une des conséquences directe est qu'une femme enceinte de 6 mois "dort" sous les ponts le long de l'Arve avec d'autres personnes dans l'indifférence générale malgré les interpellations d'une conseillère municipale et de l'association Mesemrom. Probablement qu'à 4h du matin, la police viendra les faire dégager, comme cela fût le cas il y a trois jours, ce genre d'intervention étant pour l'instant la seule réponse qu'articule Genève face à la question de la présence et de l'intégration des roms sur son territoire.

17:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, état, rom, genève, maudet, rochat, conseil de l'europe, discrimination | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/10/2012

Combler le jet d'eau (et vite)

"A la différence des autres villes, Genève est sans emphase. Paris n'ignore pas qu'il est Paris, Londres la bienséante sait qu'elle est Londres, Genève sait à peine qu'elle est Genève. Les grandes ombres de Calvin, de Rousseau, d'Amiel et de Ferdinand Hodler sont là mais personne n'en parle au voyageur" -J.L.Borges-

Borges se trompe quand il écrit que Genève est sans emphase. Tout d'abord parce que Genève a désormais Borges dans la peau, hôte d'honneur logé au cimetière des rois pour l'éternité. Mais surtout, Genève rayonne culturellement dans le monde entier avec son joyau: le jet d'eau. Oui, notre spécificité mondiale, c'est d'envoyer de l'eau en l'air. Notre distinction: vaporiser du vent, et ça en jette. En cela réside l'esprit du lieu. Le jet d'eau, inconscient collectif, est notre modèle politique rêvé. Les fameuses Genferei et autres lancers de verre d'eau, seau d'eau, sont des tentatives à petite échelle, des ébauches de condensations, maquettes d'embruns pour rivaliser avec notre seule réalisation marquante :viser le ciel pour mieux en retomber. Avec pour seule finalité, se faire voir, ou plutôt: mousser. Nous sommes des Sisyphes lacustres et recommençons sans cesse le même travail. Il faut nous penser heureux (et libérés de la Cour des comptes). 

Allons plus loin. Si l'idée du premier jet d'eau, alors que l'usine hydraulique était à la Coulouvrenière, visait à empêcher la supression, et que le jet d'eau d'une hauteur alors de 30 mètres (on était modestes) permettait de contrôler la pression et de la réguler, notre jet a évolué. Il dispose désormais d'un moteur autonome pour le faire fonctionner. En bref, il n'évacue même plus la pression, mais tourne sur lui même. La masse d'eau suspendue en l'air est conséquente: 7 tonnes et il ne faut que 16 secondes à une goutte sortant de la buse pour revenir au lac. En résumé: c'est joli mais lourd et implacable. Et si ça fait beaucoup d'effet, ça retombe très vite.

Sur la tombe de Borges, une inscription: And Ne Forthedon Na, que l'on peut traduire par: On ne doit pas avoir peur, et qui invite à la tranquillité. Alors que tout semble partir à vau-l'eau dans notre République, du verre d'eau au seau, et que ça risque encore de déborder, on doit craindre désormais un tsunami. Mais assez de psychodrames, remettons les pieds sur terre, il y a urgence. Osons le seul geste culturel radical: combler d'urgence le jet d'eau (serrons-en tout du moins déjà vite les vannes).

Libérés inconsciemment de notre modèle de la chute inéluctable, notre République pourra enfin prendre de la hauteur et qui sait, s'extraire définitivement de sa gangue?

 

14:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jet d'eau, politique, genève, cour des comptes, inconscient collectif | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/10/2012

Flibusterie fiscale

Prostitution pour les faire venir. Supplications pour qu'ils restent. Le Conseil d'Etat continue de se mettre à quatre pattes devant le secteur du négoce des matières premières, des hedge funds et des entreprises dites auxiliaires. Prêt à tout, il a annoncé jeudi la baisse massive de 24,2% à 13% du taux d'imposition global sur toutes les personnes morales. Mais pourquoi écrase-t-il ses taux d'impositions des personnes morales? - Par peur que la constellation des entreprises pirates du négoce alimentaire et des hedge funds laissent Genève en rade.

Le Conseil d'Etat est donc prêt à avaler la couleuvre d'un manque à gagner d'un demi-milliard avec un taux d'imposition à 13% unique pour continuer d'être le port d'attache des pirates. A force de se mettre à quatre pattes et de céder au chantage, il est devenu un paillasson sur lequel le milieu économique essuie ses mocassins. Il a choisi son camp : celui de l'intérêt des entreprises, contre la collectivité. La fédération des entreprises romandes de Genève (FER), applaudit la décision. Merci pour les cadeaux, elle dit.

Le Conseil d'Etat, à son petit jeu fiscal avec les milieux économiques est en train de payer le prix fort de sa logique d'attraction. Pour ne pas accepter l'échec de sa politique de développement économique à court terme et se désavouer, il doit continuer de faire alliance avec les pirates. Sauf que sa logique de céder sur tout pour que les holdings et autres sociétés auxiliaires restent à Genève est en train de se muer en dérive. Sur 5 ans, ce sont déjà 30 milliards que ces entreprises ont soustraits à la collectivité publique grâce à des taux préférentiels. La baisse annoncée à 13% des taux d'imposition va encore augmenter cette somme d'un demi-milliard par an!

Le choix politique suivi par le Conseil d'Etat de se mettre à quattre pattes devant les milieux économiques se résume en une phrase: les petits je les tient, les gros je les engraisse. L'impôt, ainsi instrumentalisé, devient un outil de contrôle social et d'accroissement des inégalités. Le chantage à l'emploi, à la fuite, à la croissance, n'a qu'un seul objectif: servir la maximalisation des intérêt des entreprises; intérêts de classe pour lesquels la collectivité paie le prix fort et le paie toujours plus.

A quatre pattes devant le lobby économique, c'est la ligne politique et la choix tactique voulu par ce Conseil d'Etat ultra libéral. Le peuple, lui, n'est pas condamné à le suivre. Plutôt que de faire leur quatre volonté, il devient urgent de repousser les pirates, de changer ce gouvernement qui prend ses objectifs à court terme pour ses finalités, et de reprendre le contrôle du bateau genevois avant qu'il ne soit pillé et coulé par la flibusterie fiscale. 

 

16/09/2012

Les poumons de ma constitution

2112, on fête les cent ans de l'adoption de la Constitution genevoise dans la joie. Les quais de la rade sont bondés, les gamins jouent aux cyclistes et aux klaxonneurs. On se rappelle avec perplexité, qu'ici et là il y avait une route, un parking, des ponts routiers. Comme les archéologues déterrent des os d'australopithèques et les astronautes un caillou d'une planète lointaine, on a de la peine à croire qu'il y a cent ans, régnait le tout bagnole, que des centaines de kilomètres étaient dévolus à des bandes de bitumes coûteuse qu'il fallait sans cesse remplacer; que les piétons, les cyclistes étaient entassés sur des trottoirs pour laisser la place aux véhicules à moteur.

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10:47 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : constitution genevoise, rues piétonnes, pollution, genève, utopie | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/09/2012

La langue de ma Constitution

images.jpgComment va ma nouvelle constitution? Si une nouvelle constitution est l'adoption symbolique d'un nouveau corps social, avant de revêtir une nouvelle peau, je voulais la soumettre à une auscultation attentive des contours et organes qu'elle contient. Serait-elle bonne? Serait-elle mauvaise? Pire ou meilleure que l'ancienne? Comment la lire? Avant que le peuple ne choisisse son contenant fondamental -14 octobre-, ça méritait un examen individuel. Nul n'est prophète en son pays. Les intérêts biaisent le regard. Sur l'exemple des lettres persanes de Montesquieu, je devais trouver mon persan à moi, un étranger au serail, qui pourrait voir ce corps avec distance et un peu d'ironie.

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21/06/2012

Robin des roms?

Militante des droits humains, je la rencontre dans la rue, elle me dit: moi, je n'ai pas d'avis tranché sur la question des roms que l’on a arrêté hier à la frontière et que la police présente comme des mafieux. Mais je veux te donner un exemple qui explique pourquoi je doute de l’existence du réseau en question. Elle s’allume une cigarette, réfléchit puis dit: Ion n'a pas de travail au pays et n'arrive pas à nourrir sa famille (une femme, 3 enfants) il croise Paul qui revient de France. Avec le pécule gagnée là-bas, il peut ajouter quatre murs a sa maison en construction.  Paul a sa fierté, il ne va pas décrire les conditions de vie inhumaines qu'il a connu là-bas. Il répond qu’en France, il y a beaucoup d’argent à se faire, qu’il y faut juste de la volonté. Ion décide alors de partir mais n’a pas un rond. Il va demander à Codrutz qui a une voiture et a déjà fait du transport de personnes de l'amener. Pierre accepte mais lui rappelle une règle. Je te prête 200 euros et tu as 1 mois pour m'en rendre 400, sinon c'est 800 que tu me rendras. Usure? Je ne suis pas juriste elle dit, mais au moins c’est une chance de changer de vie et c’est donnant-donnant. Les banques, ça fonctionne comme cela aussi, non? 

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12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, roms, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/06/2012

Lettre ouverte aux faux-derches (de la municipalité de Lausanne)

Cher collège de la municipalité de Lausanne. Dans votre contre-projet à l'initiative populaire du Parti libéral Radical "Stop à la mendicité par métier"  de janvier 2011 rendu publique cette semaine, vous incarnez parfaitement la posture des faux-derches. Je m'explique. Dans votre contre-projet hypocritement appelé "restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté", de 27 pages, vous vous proposez non pas d'interdire la mendicité mais d'en limiter la pratique. Les mendiants, je vous cite: "n'auront ainsi plus le droit de prendre à partie les passants, de s'accompagner de mineurs et d'être insistants envers la population. Il leur sera également interdit de se poster à certains endroits considérés comme délicats: où la manipulation d'argent peut induire un certain sentiment d'insécurité (marchés, proximité des horodateurs, des distributeurs d'argent ou des arrêts de transports public, etc., );  où les passants souhaitent de la quiétude (parcs publics, place de jeux, cimetière, lieux de culte -ben ouais, faut pas déranger les croyants avec la misère quand ils sortent de prière- etc.,) ; où le libre accès aux domaines publics et privé est freiné par la présence des mendiants (débarcadère, quais, commerces, administrations publiques, musées, à l'intérieur des magasins, commerces, cinémas, ainsi qu'à moins de 5 mètres de leurs entrées respectives et sur les terrasses, etc., )" On appréciera à sa juste valeur les etc., qui jalonnent votre texte et étendent indéfiniment l'extension de l'interdiction. Comme si celle-ci n'était pas déjà suffisamment exhaustive, ne laissant aux mendiants que les pissotières et les banlieues désertes pour faire appel à la solidarité de leur prochain. Vous correspondez, en cela, à la définition des faux-derches, car vous barrez l'usage public aux mendiants tout en jurant vos grands Dieux de ne pas vouloir bannir la mendicité. Ce n'est donc pas un contre-projet que le vôtre mais le projet affiné, prolongé, de la droite que vous proposez et vous retirez aux personnes démunies l'exercice d'un des droits humains le plus nu: celui de solliciter autrui pour obtenir librement son aide.

 

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18:58 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, rom, genève, lausanne | |  Facebook |  Imprimer | | |