sylvain thévoz

29/10/2014

La R'vue genevoise : moins vraie que nature?

Le défi de la R'vue genevoise ce jeudi 30 octobre au Casino-Théâtre est abyssal : comment faire encore et toujours rire, et surtout, comme l'annonce le site de la R'vue, demeurer "à la hauteur des bêtises de nos vaillants dirigeants"[1]. Les politiciens se donnent en spectacle, Stauffer est, à lui tout seul, un numéro cosmique et caricatural de sa personne autant que de sa fonction; que ce soit dans l'enceinte du parlement où il oblige les policiers à le raccompagner en leur serrant les pognes comme dans un vieux film de Pagnol, un mauvais vaudeville, ou encore dans ses clips amateurs bords de piscine au Marbella club beach club où il se met en scène d'une manière mi-comique mi pathétique, jouant à l'acteur bon marché sur le retour avec sa doublure Medeiros travaillant au ralenti la scène des grosses bouteilles de champagne qui roulent sous le bar comme dans un remake tardif de Top Gun; Roger Golay déguisé en pom-pom girl de flamenco:Olé! Où sont les toilettes, dites ?  

Stauffer clown triste

Clown triste Stauffer? Dans l'excès, la démesure, la grandiloquence et la fuite en avant ; mais comment être plus drôle que lui et arriver à braquer les spotlights sur soi ? Le défi sera de taille pour la R'vue ; de quelle manière brocarder les politiciens, alors qu'une partie de ceux-ci le font très bien sans aide, ni maquillage, ni cachets (mais avec jetons de présence) entre verres d'eau, insultes et sprays au poivre.

Génération selfie

Sur la scène genevoise, le spectacle est continu; la Genferei: une répétition générale. Alors, la scène genevoise, à hurler de... rire? Pourquoi faudrait-il alors payer encore pour aller au théâtre en voir une parodie? Autant aller au Grand Conseil directement, la représentation est gratuite. Le temps où les rois se payaient des bouffons pour se faire rire est révolu. Désormais, la mode est aux selfies. Certains politiciens font des économies, ils se tournent eux-mêmes en dérision. Les caméras tournent en streaming sur Léman Bleu, la R'vue permet juste un arrêt sur image. La raison du succès de la R'vue est, comme pour les rétrospectives de fin d'année, de nous replacer devant l'année écoulée et d'arrêter le temps. Une p'tite dernière Genferei avant la suivante, ça permet toujours de faire le compte et de se mettre à jour avant la prochaine.     

Philippe Cohen : douche froide

Mais alors que je doutais de la capacité de la R'vue à faire plus drôle que les blagounettes du MCG, quelle surprise, en écoutant Couleur 3 lundi matin d'entendre Philippe Cohen dans l'émission de la "douche froide" faire presque plus MCG que le MCG! [2] Nouvelle technique de promotion ? Volonté pour le comique d'aller braconner sur le terrain politique et risquer le chassé-croisé? Aux politiques le comique, aux comiques le politique, trop fort, vraiment.

Alors que l'animateur radio demandait au créateur de la R'vue s’il avait peur de perdre sa subvention quand il faisait une blague et que le maire était dans la salle, la réponse du créateur de la R'vue fusait : mais non, parce que l’on ne se moque pas de lui, mais de son système d'administration pléthorique et inerte. Ahahaha, trop drôle, impayable. - Mais 335'000.- de financement publique par la Ville, ça fait quand même cher la vanne... 70'000.- précisément ? - Mais non répond le plus beau miroir narcissique des politiciens:  "il ne faut pas voir la chose comme cela, la collectivité ne met que 20% du budget... et ce sont même des arnaqueurs la Ville de Genève, il nous reprennent 50% s'il y a des bénéfices à la production." Ahahahaha, quel comique, on aurait pu croire que c'était du Stauffer en vrai, si l'on n'avait deviné que c'était du Cohen pur sucre qui faisait une parodie de Stauffer sans son costume de la R'vue. Le thème de la R'vue cette année: des artistes jouent le rôle de politiques qui prennent des rôles d'artistes pour avoir le pouvoir sur scène. Wouaw : à force d'être moins vraie que nature, elle a fini par l'être encore plus la R'vue. La frontière entre réalité et fiction est si fine... 

Spectacle partout, comique nulle part?

Face au défi, pour la R'vue, de faire plus drôle que les drôles du MCG au théâtre, et moins MCG dans la salle que Philippe Cohen à la radio, on se demande comment la R'vue va trouver sa voix. Suspens. Pour sûr, le spectacle sera avant tout dans la salle, avec les politiciens et journalistes venus en nombre se regarder le nombril et cultiver le reflet du plus petit microcosme vivant: le Genevois. Ensuite, plus de 16'000 spectateurs viendront retrouver ou chercher un peu du comique des politiciens sur scène. Peut-être qu'à force de voir des comiques aux tribunes, il est nécessaire de revenir à des choses moins vraie que nature. La musique et de la danse, ça aide sérieusement à faire passer la pilule.  

Du rire, à tout le moins:  un sourire

Rendez-vous jeudi soir pour rire un bon coût, à tout le moins sourire. La R'vue, institution typique genevoise, comment vivre sans? On aime tellement rire de soi, voire que tout le monde se foute un peu de notre gueule, comment pourrait-on s'en priver? C'est si bon un peu de masochisme ultra médiatique. Quand c'est aux dépens des autres, c'est encore meilleur. La R'vue genevoise : moins vraie que nature, mais délicieux réconfort, à consommer sans modération.

Avec le sourire toujours, bien sûr.    



[1] http://www.larvue.ch

[2] http://www.rts.ch/audio/audio/couleur3/programmes/la-douche-froide/6217294-l-invite-du-jour-philippe-cohen-27-10-2014.html

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18/10/2014

Genève a quatre étoiles au Routard

index.jpgGenève Ville d'art et de culture, c'est le joli titre que le guide du routard consacre à notre Ville. Tout habitant se retrouvera flatté que notre cité entre dans la célèbre collection du guide des bourlingueurs et bourlingueuses. Il y ressentira aussi probablement un petit orgueil cocardier et provincial d'être reconnu par ceux de la capitale culturelle: Paris bien sûr, et pour les plus chanceux adoubé d'un petit autocollant "Guide du routard 2015" mis sur la porte de son restaurant, de son café ou sa cabane à kebabs, le distinguant ainsi des concurrents et néanmoins amis. [1]

 

Des musées sinon rien?

En y regardant de près, on est un peu déçu. On s'étonne tout d'abord que la dimension patrimoniale prenne tant de place. On croyait le Routard sortant des chemins battus, explorateur et facilitateurs de détours, on le retrouve très classique, faisant l'éloge (longue) des institutions muséales. En voilà des routards bien polis et gentils! L'intérêt pour l'architecture est certes habilement introduit par le biais de ballades urbaines reprenant avec profit le thème des sentiers culturels déjà développés sur le site de la Ville de Genève[2]. On reste pourtant sur notre faim. Les grands noms du panthéon genevois éveillent notre intérêt. Il est toujours bon de réviser ses classiques, mais cela manque de piment. Que la culture genevoise soit trustée par Dunant, Hodler et Rousseau: sans vouloir renier notre belle histoire, donne l'impression de retourner à l'école. Alors: guide du routard ou manuel historique? Guide du routard ou Genève pour les nuls? A vous de voir.     

Le Routard est rentré dans le rang

Ce qui est clair c'est que le Routard n'est plus un guide exploratoire qui nous sort des sentiers battus. C'est fini. A le lire, on a plutôt l'impression d'avoir le guide bleu Gallimard ou Michelin en main. C'est tranquille, ça ronronne, suit son cours. A l'image de Genève? N'y cherchez ni l'émergence de lieux alternatifs, l'histoire des squats de Rhino à Artamis et leurs descendances, ni des bons plans de dernière minute. Le Routard ne s'y est pas attardé. Même la cave 12 est évacuée. Le Routard a désormais l'âge des voyages paisibles et des traversées en mouettes, préfère le Barocco au café Gavroche. Le guide, cossu avec sa couverture glacée et cartonnée, d'un classicisme convenu fait des infidélités à la publication qui a fait ses lettres de noblesse en enjambant les nids de poule. Si Genève reçoit 4 étoiles du Routard, le Routard aussi est upgradé. Et ce ne sont pas les petites incises peu drôles placées entre parenthèses (pour faire détendu?) qui nous permettront de rire un peu. L'écriture est empâtée, sans âme, sans risques, exhaustive et pédagogique. On en ressort fasciné par la richesse que Genève dispose et propose, mais on s'ennuie vite de ce savoir encyclopédique exposé sans visée. Un guide qui n'ose sortir des sentiers battus, c'est comme un musée fermé les dimanches. 

Un cadeau pour Noël

C'est probablement un cadeau que l'on fera pour Noël à un cousin français, ou que l'on ressortira pour accueillir ses visites, pour la fête des mères ou le dimanche de Toussaint; mais pour venir à Genève, et essayer d'y trouver autre chose que ce que l'office du tourisme propose, on repassera.

On cherchera en vain dans ce guide le regard décentré ou étonné de celui qui découvre un nouveau lieu et nous fait partager son étonnement, la pointe ironique de l'autre, du voisin. Le Routard a perdu en route de son humour. Il semble, à Genève, trop installé chez lui et se perd dans un luxe de détails. Sa typo taille 3 (minuscule) ne fera pas le régal de ceux qui n'ont pas de très bons yeux pour y voir clair.

Un guide bien comme il faut

Le guide est non polémique, non politique, évite tous les sujets qui fâchent. Diable, des français qui écrivent un guide sur Genève et n'évoquent même pas la question du MCG et son obsession des frontaliers, tout fout le camp. L'art et la culture ne sont décidément pas militants chez le Routard. L'intérêt principal de ce guide réside finalement, hormis les quelques clins d'oeil que les genevois-e-s découvriront sur leur ville, dans la manière dont il choisit de découper le champ culturel et de mettre en valeur ce qui permet à une collectivité de se revendiquer d'art et de culture.

Pour le Routard, au risque de me répéter, on l'aura compris, ce sont les musées d'abord, les musées ensuite, les musées toujours. Les gros les petits, ceux qui ont une grosse programmation ou une petite, les blancs, les rouges, les privés, les conformes. On a même droit au musée des sapeurs pompiers! (mais on oublie bêtement celui de l'association pour le patrimoine industriel). L'horlogerie, elle, montre les dents et se taille sa part du lion, que ce soit sur le plan historique ou par ses musées (encore!). 

Le Routard n'aime plus la diversité

La danse? Oubliée. Les théâtres? évacués sur deux minuscules pages seulement. La littérature? La Maison de Rousseau et de la littérature est évoquée en passant et la Fondation Bodmer brossée; toujours dans le sens du poil bien sûr, mais sans attachement particulier. Rien sur les bibliothèques de la Ville et la BGE, les événements littéraires (Poésie en Ville, Fureur de lire) ou le salon du livre. La jolie galerie rue de l'industrie ? - ah les traîtres! Sur la rive droite, ils ont préféré, aux Grottes, nous emmener au quartier des Nations. Le Routard préfère l'ONU à saveurs et couleurs, l'esprit soixante-huitard a vécu. La Bande Dessinée passe à la trappe, hormis Tintin, Cosey, Astérix et Zep. Et ciao bye Papiers gras! On aurait aimé qu’Exem, Alois Lolo, Tirabosco, Wazem, Alex Baladi, Chappatte, Albertine, si intimement liés à la ville, soient honorés, et l'histoire fascinante des halles de l'île rappelée. Les festivals de cinémas, d'une incroyable vitalité, que Genève abrite en nombre, ne sont pas évoqués. Genève ville de cinéma? ( la ville avait le plus grand taux de cinémas par habitant jusqu'à peu en Europe), Godard?  Que nenni. Le cinéma Nord-Sud est oublié. La Réforme, et les églises voilà ce que Genève semble (encore!) faire de plus cinématographique. Long plan séquence devant le mur des réformateurs. On en ressort un peu barbouillé. 

Un guide pour les musées: une ville muséifiée?

Bon, on l’aura compris, les arts vivants, les arts de la scène n'ont pas droit de cité dans le Routard. Une culture qui se visite doit être une culture assignable dans la durée et territorialisée. Il en ressort l'impression trouble d'une ville muséifiée. C'est le risque fatal de tout guide, et le Routard est tombé dedans. Au moins s'évitera-t-il le travail des mises à jour lors de possibles rééditions. On aurait souhaité un guide plus diversifié et équilibré.   

A la vision conventionnelle et convenue de la culture et de l'art que le Routard nous convie, dans un coffrage tiède, a-politique, a-conflictuel, sans arriver à aller plus loin que la visite de politesse à une Ville qui paraît bien bourgeoise, nous regrettons le manque singulier de coups de coeur, de rage, d'émotions, de passions et de choix pour donner envie à un public de vivre la ville et pas seulement la contempler comme derrière une vitrine.   

Ce guide du routard, dans son genre muséal, est exhaustif. On y apprendra de jolies anecdotes sur la cité, Napoléon, Jules César et Lénine sont sanctifiés. Mais qui aime bien châtie bien selon le dicton. Sans être maso, il nous aurait semblé intéressant que le Routard soit moins gentillet pour que l'on n'ait pas l’impression qu’il ait aimé Genève autrement que pour relayer les informations de la Fondation Genève Tourisme et Congrès et remplir ses hôtels le week-end. 

Si ce qui est bon pour la culture et l'art ne l'est pas toujours pour le tourisme, faut-il vraiment croire que ce qui est bon pour le tourisme est bon pour l'art et la culture? Pas sûr. Ni certain que ce guide soit suffisant pour attirer à Genève les touristes de Bordeaux, Nantes et Paris. A voir... Mais en attendant, Genève a ses quatre étoiles au Routard. Bravo. 



[1] http://www.routard.com/guide_agenda/geneve.htm

[2] http://www.ville-geneve.ch/promenades/sentiers-culturels/

 

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24/09/2014

Manifestation contre la police: on casse notre crousille ?

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveUn collectif appelle à manifester samedi 4 octobre contre le défilé historique fêtant les 200 ans de la police genevoise durant lequel 500 participants dont 200 policiers suisses et français sont prévus pour une grande traversée du centre-ville en costume d’époque.[1] Des militants s'offusquent que la police s'auto célèbre. Cette réaction est plutôt compréhensible. La situation à Genève n'est pas bonne concernant la sécurité. On doit donc s'interroger si la priorité de la police doit vraiment être de se payer une opération de communication via un défilé carnavalesque, sans même que la base, les policiers de terrain, soient consultés.

Combien de policiers pour encadrer la police? 

Que le GHI en fasse tout un article et hurle au loup et annonçant des possibles violences contre la police est risible.[2] Non, une Saint-Martin n'est pas à craindre, c'est plutôt un carnaval de mauvais goût dont le citoyen paiera au final le coût qui s'annonce. Combien il y aura-t-il de policiers pour encadrer la manifestation des policiers? Bigre, tous ces policiers rassemblés en même temps! Il faut croire qu'il y a du gras et que les priorités sont étrangement établies dans les états-majors.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveLa caricature: art de la provocation

Bien évidemment, caricaturer un policier avec une tête de cochon est un geste de provocation peu ragoûtant. Cette manière de faire reflète la colère de celles et ceux qui sont pris pour les dindons de la farce. Je regrette, pour ma part, qu'elle désigne l'individu, le policier, qui est avant tout un homme ou une femme au service de la collectivité et du bien commun. C'est à l'institution policière, et surtout à sa direction politique d'essuyer les critiques, pas à l'employé-e de police portant l'uniforme. Que des dérives policières existent, c'est sûr; que des violences policières aient lieu, le fait est notoire. Le site d'infopolice [3] les liste, et met particulièrement l'accent sur les noyades de jeunes hommes fuyant la police dans le Rhône (dernier en date : 13 août 2014). Il faut dénoncer et condamner les politiques policières de chasse au faciès et interroger les politiques qui les fabriquent, pas cibler les policiers qui les supportent.  

Commémorer: mais quoi au fait?

Il est sain que l'acte de fêter le bicentenaire de la police en grandes pompes mette de nombreux citoyen-ne-s en colère alors qu'au quotidien, les politiques extrêmement répressives enferment à tours de bras, limitent la liberté de manifester, d'être dans l'espace public; prônent le harcèlement des pauvres pour des résultats peu probants et une surpopulation de la prison de Champ-Dollon par des personnes en infraction à la loi sur les étrangers n'ayant commis d'autre délit que de ne pas disposer de papiers adéquats.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveCasser la crousille pour de la pub?

Dans un contexte budgétaire difficile, on doit se demander pourquoi les effectifs de police ne cessent d'augmenter, en ville comme au Canton, et pourquoi les prisons sortent maintenant de terre avant les écoles et les musées. Le défilé du 4 octobre fournit quelques clés de réponse. Si derrière chaque policier en action il faut un policier derrière lui pour le surveiller et un autre pour le communiquer : les besoins explosent. Qu'est-ce que cela raconte de la gestion de la sécurité par l'Etat et de son bon usage de la force publique ?

Un défilé coûteux et cochon 

La Parade festive contre le défilé du bicentenaire de la police du 4 octobre 2014 à Genève illustre une seule casse, celle de notre crousille. Les économies des citoyens sont dépensées pour une opération de communication de la police protégée par la police au détriment de la sécurité dans les rues. L'argent dépensé pour la communication : c'est du lard ou du cochon? Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet se lèche les babines. Il vend chèrement son produit police tiré à quatre épingles. Tout cela est bien propret. Et l'addition, bien salée, aussi. 


[1] http://danceagainstpolice.noblogs.org

[2] http://www.ghi.ch/le-journal/geneve/des-activistes-menacent-de-perturber-le-defile-de-la-police 

[3] http://infopolice.ch/bulletin-5/#2

 

 



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03/07/2014

Genève entre mythe et réalité

xc.pngSommes-nous trop sur terre? L'impôt est-il un cadeau ou un fardeau ? Pour vivre à Genève faut-il forcément aller habiter en France ? Est-ce nécessaire de construire une autoroute à 4 voies dans la rade? A quoi sert la culture, coûte-t-elle trop chère? Voilà quelques unes des questions abordées sérieusement mais sous l'angle de l'humour et avec esprit dans ce numéro 34 du journal Causes Communes.


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24/06/2014

Trois mamans israéliennes prises en otage par la raison d'Etat

Ce sont trois mères qui prétendent venir à l'ONU crier leur douleur de voir leurs 3 adolescents israéliens kidnappés dans les territoires de Palestine occupée. Ce sont surtout trois mères qui viennent sans preuve accuser le Hamas, coller l'adjectif bien utile de "terroriste" sur des actes dont on ignore pour l'instant la portée et qui en sont les véritables commanditaires. Ce sont trois mères qui se font porte-parole d'une raison d'Etat; des mères égarées qui se moquent de la douleur de toutes les autres mères, celles d'en face, quand on leur annonce que la "riposte" israélienne a elle enfermé 360 Palestiniens, que 4 personnes ont été tuées, dont un enfant et un handicapé mental. Elles, elles sont venues parler de leur enfant à eux. Ce qui arrive à ceux d'en face, ne les intéresse pas. Elles le passent sous silence et le rejettent dans une indécence sans limite en faisant de la souffrance des mères une arme de communication.       

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17/05/2014

Nuit des musées: la créature du Dr.Frankenstein, les dinosaures rances, les millionaires à l'amende salée.

10153972_738091769545078_5462956265661287917_n.jpgLa nuit des musées, deuxième édition, ce sont des spiderman en veux-tu en voilà, des batman accrochés au plafond, des superman qui déboulent au musée d'histoire naturelle, un super Kanaan. Les horaires ont été étendus par rapport à l'année passée. Les musées ferment désormais à 23h ou 1h du matin. 33 musées sont dans le coup contre 23 l'année passée. Une partie du programme est en anglais, l'autre se déroule sur les murs. La fête promet d'être belle.

L'attaque désespérée des dinosaures

L'annonce en début de semaine par les dinosaures de Patrimoine Suisse Genève de faire recours contre le jugement du Tribunal administratif de première instance au sujet de l'extension et la rénovation du Musée d'Art et d'Histoire ne gâchera pas la fête. Le mouvement de l'histoire leur est contraire. Ce n'est pas parce que ces dinosaures réactionnaires meurent et veulent faire mourir avec eux  des musées, limiter leurs ouvertures et extensions, qu'ils y parviendront. Ils ne sont plus qu'une dizaine, contre des milliers qui soutiennent le changement et le projet du MAH+: rénovation et extension du musée d'Art et d'Histoire. Même Achille, Héraclès, Ulysse et Trajan veulent la rénovation. Ils ont assez vu tomber de murs, souhaitent désormais des constructions sous les corniches chancelantes du MAH. Pourvu que le ciel ne leur tombe pas sur la tête.     

Brady Dougan supermenteur

Le charme de cette nuit des musées, c'est aussi d'entrer dans de nouveaux espaces, comme cet étonnant Forum du Crédit Suisse où le super-menteur Brady Dougan a aidé les super-résidents américains à frauder le fisc et se retrouve à couver de jeunes artistes helvétiques  pendant que l'héroïque Christian Levrat relève son épée de justicier visant sa tête ainsi que celle du président du crédit suisse Urs Rohner, et le juriste en chef Romeo Cerutti. Un combat de titan, où les super rémunérations à 70 millions du patron du crédit suisse, la belle prune de 2,5 milliards de dollars que CS (Crédit Super) doit aux USA fera apprécier le super prix d'entrée pour cette nuit des musées: 10 balles, autant dire : des cacahuète; un accès démocratique à la culture. Mais quittons l'art bling-bling au service de la banque pour aller, après un passage au musée des sapeurs-pompiers -comment s'éteint un feu- à la plaine de Plainpalais.


1827237_pic_970x641.jpgLa créature sans nom du Dr. Frankenstein

Car le clou de la soirée, l'évènement à ne manquer sous aucun prétexte, c'est l'inauguration de la statue de la créature du Dr. Frankenstein par le collectif Klat. A 21h tapante, dans un tonnerre de décibels et d'éclairs électropyrotechniques, la créature sans nom, sans généalogie, sans foyer, assemblage de bouts de cadavre recousus et composée dans le cerveau de Marie Shelley en 1816 à Genève, fera retour dans sa ville d'origine. Frankie a.k.a The Creature of Doctor Frankenstein figure du double monstrueux fuyant la cruauté des Hommes au milieu d'une Suisse pastorale et luxuriante, marchera désormais à nouveau sur la plaine de Plainpalais en jeans et sweat-shirt à capuche. Elle revient, comme font retour la violence, le désespoir et la nuit quand on les nie, à l'occasion de la fête des musées.

frankie-fmac-ville-geneve-2014.jpgLa créature: symbole d'une révolte

Symbole des marginaux, des rejetés, des égarés, cette statue de la créature est un monument, une reconnaissance des victimes d'expérimentations économiques, de ceux qui repoussent les limites inhumaines du business.  Un contemporain. Quand Viktor Frankenstein revient à Genève, il s'exclame: "Chères montagnes! Mon lac merveilleux! Quel accueil réservez-vous à votre voyageur? (Chapitre VII) Quel accueil ce soir pour la créature ? Sera-t-elle fraîchement accueillie par les aigrefins et les aigris? Peut-être. Elle place de fait devant leurs yeux une part d'eux, de la société, d'ordinaire escamotée et qui fait mal.   

10303943_747348851952703_3098721526191218159_n.jpgA minuit, à la Maison de Rousseau et de Littérature (MRL), trois comédiens donneront voix à la super star du Dr Frankenstein dans l'intimité propice à l'écoute. Place à la danse ensuite à l'usine Kugler avec les WonderWomans DJs, les dinosaures rances du Patrimoine -poussière-, les super millionnaires déchus -paillettes- et la Créature écorchée -bière-. Bal burlesque et bigarré des héros et anti-héros. Pour le brunch des super-familles à 10h, une petite douche, une aspirine, et ça devrait pouvoir le faire.  

Nuit des musées, Genève: 17-18 mai. 

http://www.ville-ge.ch/culture/nuitdesmusees

 

 

 

 

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08/05/2014

Prier au bout du ponton

 

2014-04-30 09.22.40.jpgJe suis venu simplement au bout de la jetée sur le ponton de bois et j’ai joint les mains. Je me suis assis le long de l’eau et j’ai regardé couler, dévider simplement ce qui ne s’arrête pas. Je suis monté sur une petite pierre et j’ai écrit sur un bout de bois, quelques mots, pas grand-chose, même pas le début d’une histoire, pas un poème non. J’ai écrit parce que l’eau le voulait, parce que le flot le murmurait, parce que quelque chose l’exigeait. Dans le ventre ? Dans le ventre. C’est souvent de là que ça monte.

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23/04/2014

Pour que Genève organise la prochaine finale de coupe Suisse de football

genève-foot.jpgVu les dégâts en marge de la finale de coupe Suisse lundi à Berne. Vu la trouille des pouvoirs policiers et politiques qui se disent prêts à jeter l'éponge. Vu que le maire de Berne, Alexander Tschäppät revendique certes que la finale de la Coupe appartient à la Ville fédérale, mais pas à n'importe quel prix. Vu que selon le chef du Département bernois de la police, Hans-Jürg Käser la finale de la Coupe de Suisse de football ne devrait plus être disputée à Berne; des policiers ayant trinqué: cinq d'entre eux ayant des ecchymoses suite à des jets de pierres et de pétards (source TDG). Vu qu'il y a eu des vitrines cassées, vu que les manifestations sportives de grand ampleur, ça fait désordre dans la capitale, c'est peut-être le bon moment pour que Genève se candidate pour organiser la prochaine Coupe de Suisse de Football. Berne est traumatisée par les pétards, Genève peut reprendre la balle au bond.

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07:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : foot, genève, coupe de suisse, berne, hooligans | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/04/2014

Pâques à la rue

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Pour les croyants, Pâques est la fête de la la résurrection, le symbole d'une espérance folle: même quand tout semble perdu, que l'histoire paraît s'achever, il y a une prolongation possible. Quelque chose se relève du silence; et la parole, la vie, demeurent possibles. Pâques, pour les croyants, c'est la fête de la folie et de l'espérance, de la résistance aussi. Pour ceux qui ne croient pas, au-delà du symbole humaniste, c'est un long week-end de congé, un week-end en famille prolongé, un séjour à l'hôtel, en demi pension. Et, pour ceux qui sont à la rue, c'est une nuit sous les ponts, dans la solitude, rien de plus.   

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14:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, roms, ponts, pâques, eric roset, précarité sociale. | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/04/2014

Jornot battu par l'abstentionnisme

2144.jpgElection du procureur général à Genève, La victoire n'est pas celle du procureur Jornot, c'est surtout celle, absolue de l'abstentionnisme: 66%. La défaite n'est pas celle de Pierre Bayenet, mais de la démocratie et de la représentativité. Un procureur sortant élu par environ 24% de la population représente qui en fait ? Et que reste-t-il de son bilan qui n'est ni soutenu ni voté par la majorité de la population ? Comment analyser un si faible taux de participation?

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07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baynet, jornot, procureur, élection, genève, palais, justice, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/04/2014

8 avril: Journée internationale des Roms

Drapeau Rrom.jpgLe 8 avril est, depuis 1971, la journée internationale des Roms. C’est en effet le 8 avril 1971, à Londres, que l’Union Romani Internationale a adopté le terme de Rom qui désigne par son terme masculin (rom) ou féminin (romni), les hommes et femmes se reconnaissant une origine et un devenir commun. Le 8 avril 1971 ont été choisi les symboles de la communauté, un drapeau, un hymne. Bien qu'ils aient un drapeau, les roms ne réclament pas un territoire ou un pays. Ce qu'ils défendent c'est avant tout leur identité en tant que peuple. Le drapeau Rom est bleu comme le ciel, vert comme la nature. La roue, symbole sanscrit, évoque le voyage, les origines indiennes du peuple Rom. Le 8 avril, jour de fête, permet de déployer une autre image que celle, misérabiliste et négative, que la presse et les pouvoirs politiques mettent trop souvent en avant. (http://bit.ly/1suPAqs)

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01/04/2014

Pas de nouvelle patinoire à Genève

ls_drakkar.jpgLa présentation du 28 mars dernier par la municipalité de Lausanne annonçant une nouvelle patinoire à Malley en 2020 et une nouvelle piscine olympique en 2022 pour un montant de 220 millions a fait réfléchir le Conseil d'Etat Genevois. Pour rappel, les communes propriétaires: Lausanne, Prilly et Renens ont réussi à se mettre d'accord (ce qui semble impossible à Genève) pour un projet ambitieux faisant de Lausanne un pôle sportif cantonal. Pourquoi alors ne pas soutenir le projet de Lausanne, et en faire un pôle sportif régional? C'est la proposition que le Conseil d'Etat, placé devant son impuissance à faire avancer le projet de nouvelle patinoire sur le site du Trèfle Blanc a fait à la municipalité de Lausanne. Cette dernière a sauté sur l'occasion. Pas de nouvelle patinoire pour Genève donc, mais un partage des temps de glace à Lausanne, et le développement d'un pôle sportif lémanique. Le soutien financier genevois à Lausanne doit encore être chiffré. Lausanne sera donc la capitale olympique mais aussi lémanique du sport. 

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28/03/2014

Bayenet - Jornot : corps à corps

topelement.jpgLe débat est dans la salle sans fenêtres mais il n'y a pas de barreaux. Il faut descendre l'escalier. La salle est déjà comble, plus de 200 personnes à vue de nez. Le public est assis sur le rebord des marches. Ce n'est pas uniquement des avocats, des juristes, le petit monde judiciaire qui est là, mais aussi les membres d'associations, habitant-e-s; de gauche, de droite... et d'ailleurs. Chaque candidat a ramené ses soutiens. La gauche est à gauche, la droite est à droite. Monsieur Jornot est bien en place. Il est arrivé à l'avance. Son costume est serré. L'homme a de l'embonpoint, porte une cravate bleue. Il cause avec les journalistes, sourit largement. Les éclairages artificiels donnent une lueur blafarde à la salle. A l'heure du repas de midi, on va parler prisons, arrachages de sac à mains, justice. J'ai pris mon sandwich au vol. Je l'ai payé 6 francs. Dehors, grand soleil. C'est le printemps déjà.

Bayenet à l'heure au rendez-vous

Pierre Bayenet ne se fait pas attendre. Seuls les journalistes sont nerveux. Ils craignaient que l'homme n'arrive en retard. Un débat public, c'est une mise en scène. On se croirait sur un plateau télé. Bayenet est à l'heure au rendez-vous. Il porte une parka vert pomme, cravate rouge, descend rapidement les escaliers, monte sur scène. Il est jeune, précis, avec l'air un peu lunaire de savoir très bien où il va, mais pas encore forcément comment. Il a de grandes chaussures noires, bien cirées. Mon sandwich est bon. J'ai pris l'un des deux qui était devant moi. Je n'avais pas beaucoup de temps, mais j'avais le choix. C'est peut-être un détail pour vous...

Mise en bouche

Ces deux hommes vont passer l'heure du midi à se faire cuisiner. Pas de salamalecs. Ils n'ont pas eu le temps de manger. Qui dévorera qui? Pour l'instant, seul le public les appâte. Ils sont assis face à lui, montés sur leurs tabourets. La table de Bayenet est mal ajustée. Deux personnes, accroupies, la stabilisent. Bayenet ne bouge pas. Il pose ses papiers sur sa table, certains sont annotés. Jornot n'a rien, juste des bouteilles d'eau. Un micro à la main, lunettes sur le nez. Tabula rasa et basta, son bilan.   

Prendre la mesure

Le débat commence. Jornot dit "bonsoir", la pénombre l'a trompé. On n'a pas l'habitude de voir les pieds des gens qui parlent. Dans les journaux, ce sont toujours les têtes que l'on relève, pas les ventres. Pareil pour les criminels... et les procureurs donc. On les prends face / profil, et voilà. On se fout pas mal de leurs cuisses. Et pourtant.... c'est toujours les corps que l'on enferme. La tête résiste, on n'y arrive pas. Et si les pieds parlaient plus que la langue? La voix de Bayenet est stable. Ses mains grandes, collées au corps. Ses pieds bougent sous la table, donnent le rythme. Pour que le débat aille plus vite? Peut-être. L'homme a soif de justice, ça se sent. Peut-être qu'il a un temps d'avance. Grandes jambes, longs bras. Ses dents semblent ok. Il dit: 15% des personnes qui sont à Champ-Dollon le sont à titre d'infraction sur la loi des étrangers. Quand il parle, il est un peu de bais, comme s'il disait des choses qui viennent d'un angle, d'un coin que l'on ne veut pas voir, à peine entendre;  comme s'il cherchait aussi à dire au mieux ce qu'il pense. Il regarde ensuite le public de face. Il cherche le contact, une forme de vérité je crois.

Droit dans ses bottes

Jornot est juché sur sa chaise, bien droit. Il semble droit dans ses bottes. Cet homme a dû faire l'armée. Il amorce ses certitudes, tire quelques cartouches, ça lui donne une contenance, de la puissance presque. Mais que vise-t-il ? L'idée de l'échec doit le tarabuster. Pas facile de passer devant le peuple. On ne sait jamais ce qui peut lui passer par la tête. Pourtant, il l'a déjà fait. Elu au conseil municipal de Veyrier, comme député au Grand Conseil, il a échoué dans sa course interne au PLR pour le Conseil d'Etat contre Mark Müller et Isabel Rochat en 2008. Est-ce que son corps raconte cela? Je ne sais pas. Il a pris du poids, ça c'est sûr. Sa tête bouge très peu. Son corps est immobile, rigide presque. Plus procureur que candidat, plus professionnel que politique, il se place au-dessus de la mêlée. Son coeur se serre pourtant quand il parle politique.

Grand écart et ronds de jambes
Jornot fait un grand écart entre son appartenance partisane et sa fonction. Il se tient pourtant sur scène jambes bien serrées, comme s'il craignait de laisser glisser quelque chose. Il est soutenu par le MCG et l'UDC. On a vu mieux comme pedigree. Dans son groupe de soutien se trouvent des affairistes, la crème du milieu de l'immobilier... et un avocat genevois membre de la fondation Pinochet
lance un homme dans le public. Bref, tout ce que le pouvoir bien établi exige de ronds de jambe. Justice de classe? Jornot s'en défend. Il nomme aussi des procureurs de gauche, rappelle-t-il. Il défend son bilan avec des mouvements précis de la manche et ferme le poing quand il évoque les arrêts domiciliaires. On oublie presque qu'il a 44 ans. On lui en donnerai presque 60 quand il parle de ceux qui, avec des bracelets électroniques, se la coulent douce avec une bière devant leur téloche. On pense qu'il rêve à sa retraite. 

Corps à corps

Les pieds de Bayenet s'animent encore. Il est chaud, mais se contrôle, ça se sent. Ses phrases cherchent le jab, il est vif. Le poing de Jornot se range dans sa poche. Les coups s'échangent, feutrés, puis plus forts. On pense que Bayenet va tomber, mais non, il sait frapper aussi : "Les conditions de travail au Ministère public sont mauvaises. Le taux d'absence est l'un des plus hauts de tout le Canton, avec 7,5%"  Jornot encaisse, rentre la tête, sur la défensive. Il entraîne Bayenet avec lui: "Je suis content que vous alliez dans mon sens en réclamant plus de policiers". Bayenet laisse faire, prend le contre-pied, "j'aimerai bien savoir quel est le bilan de monsieur Jornot en matière de lute contre les escroqueries fiscales, par exemple. Je ne le sais, car cela est gardé secret." Jornot perd pied, à moins qu'il ne feinte. Encore une demie-heure comme cela et il aurait craqué glisse un journaliste. Vrai? Peut-être. Surprise au moment du gong final. Il n'y a pas eu besoin de les départager aux poings. Chacun s'écarte d'un pas chassé. Pierre Bayenet a remporté le débat du jour contre Olivier Jornot. Il était plus frais, plus péchu, et plus proche des réalités sociales. En plus d'un vrai combat gauche-droite cette élection apparaît désormais aussi comme le combat des auto-satisfaits de leur gestion de la justice contre ceux qui la réclament encore. 

Voter avec ses pieds

Aux Pâquis, une amie m'interpelle devant le Temple. Des mecs chient dans son allée, planquent de la dope dans sa boîte aux lettres. Elle n'en peut plus, elle va craquer. Elle est contente de voir la police tourner, ça la rassure. Mais dès qu'elle est passée, c'est de nouveau la merde. Je me souviens des chaussures cirées des deux candidats au poste de procureur. Celui qui bougeait beaucoup me semble alors, dans son insatisfaction et son impatience, plus proche de la réalité que celui qui affirmait qu'il avait tout réglé en vantant son bilan, rappelant que remettre les délinquants dans la rue n’était pas la solution qui améliorerait la situation des genevois alors que les délinquants sont toujours dans la rue et que rien n'a encore changé pour les habitant-e-s des Pâquis ou d'ailleurs.

Je résume le débat du jour à mon amie. Elle me dit que je devrais écrire sur ces deux-là, ils sont rigolos. Voter? Elle me rit au nez. Elle le fera sûrement avec ses pieds le 13 avril... ou peut-être quand même... à la limite... pour celui qui aura su la toucher... si c'est encore possible. 

 

 

 

 

 

 

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22/03/2014

Le printemps c'est maintenant

bonhommeHiver1.pngOn a brûlé des bonhommes hiver un peu partout hier et depuis il fait un petit peu plus... froid. Etrange, et pourtant voilà, c'est le printemps. Les milans noirs ont fait leur retour en ville. Ils reviennent d'Afrique subsaharienne, avec un peu de sable dans les plumes. On les annonçait pour fin-avril, ils ont atterri mi-mars. Ils sont en retard? Mais que sait-on du temps des bêtes? On les a vu mercredi pour la première fois sur les hauteurs de Saint-Jean. Ils repartiront fin août, peut-être...

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11:47 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, printemps, politique, investissements, culture, social, animal, bêtes | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/03/2014

Marcher avec les roms

18.jpgEric Roset, photographe, vit avec les roms à Genève. Il a appris le roumain, le romani, et années après années s’est impliqué dans l’association Mesemrom pour la défense et le soutien des roms de passage.  Ses photos sont nées de cet engagement quotidien auprès de personnes sans domicile harcelées par la police, maltraitées et voyant leurs droits quotidiennement violés. Au fur et à mesure qu’une hystérie anti-rom se développait dans la ville, les roms se trouvaient mis en danger dans l’espace public. La proximité et les amitiés qu’Eric Roset a développé avec les roms donne à ses photos une valeur de témoignage intime en profond décalage avec le caractère d’anonymat qui entoure les roms dans la rue et le poids des préjugés qui est projeté sur eux. 

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16/02/2014

Nous sommes les 49,7%

1653540_10152189125346826_1160588183_n.jpgNous sommes le 49,7%. Belle consolation. Et puis quoi? Nous sommes le 49,7%, ce n'est pas rien, certes, mais en l'état ça ne pèse pas encore bien lourd. Il y a dans ce nombre quelque chose de fortifiant, une source de cohésion, mais nous valons mieux, et surtout, plus que cela.


49,7% mais de quoi?

On sait contre quoi nous nous sommes retrouvés : refus de l'initiative trompeuse de l'UDC contre l'immigration de masse qui péjore le développement de la Suisse, complique toute dynamique de création de richesse (sans résoudre la question de sa répartition), en revenant à des contingents pour les travailleurs étrangers. Initiative rendant plus précaires les conditions de travail des employé-e-s, ajoutant des complications aux entreprises, et n'améliorant pas d'un iota la question du dumping salarial, tout en crispant encore plus les rapports sociaux et bureaucratisant à l'extrême les conditions d'embauche des travailleurs et travailleuses. Nous sommes, pour l'instant, le 49,7% du refus au refus, du rejet au rejet de l'autre qui apporte travail et prospérité à la Suisse.

Non à la division des masses

A lire les analyses de la semaine, plutôt qu'une Suisse unie et forte, ce sont la division et l'opposition qui ont marqué des points. Opposition de la suisse-romande à la suisse-allemande, des villes aux campagnes, des vieux aux jeunes, opposition des suisses qui auraient une conscience nationale à ceux qui ne l'ont pas, de la Suisse réelle à la Suisse irréelle, des bobos hystériques au peuple authentique, du quartier des Avanchets et de Châtelaine aux autres communes, des élites autistes au peuple réifié... des 49.7% aux 50,3%. N'est-ce pas surtout là que se nicherait la victoire des initiants?  Dans la division de masse qu'elle a réussit à imposer? Dans le fait de creuser les clivages et la division dans un pays qui a crée sa richesse en faisant travailler ensemble les différences plutôt qu'en les exacerbant? Blocher ne dérape pas quand il dit que les romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. Il poursuit, inlassable, son projet de division des masses, en bon petit patron.

Suspens économique

Et maintenant qu'allons-nous faire? L'annonce de la non-ratification par le Conseil Fédéral de l'accord pour l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie oblige l'Europe à geler la participation de la Suisse aux programmes "Horizon 2020" (8000 emplois potentiels en Suisse de perdus) et Erasmus (fin d'une mobilité facilitée pour les étudiants suisses en Europe). Jusqu'aux CFF, on s'inquiète. 25% des monteurs de voies salariés, 26% des installateurs de ligne de contact, 15% des employés de maintenance sont étrangers. Selon Le Temps, 75% du personnel qui travaille sur les chantiers ferroviaires a un nom à consonance étrangère. Dès 2016, lorsque le fonds d'infrastructure sera débloqué, qui va aller poser les rails et renouveler le réseau ferroviaire? Les retraités à la croix-blanche, comme le désire l'UDC? Il serait bon de les voir serrer les boulons de nuit sur les chantiers ferroviaires. Quel gâchis. Et qui va aller ramasser les patates dans les champs? Les chômeurs ? Quelle illusion.

Un conte rappelle l'histoire d'un homme tellement en colère qu'il marchait dans la rue avec une pierre pour frapper les gens. Ne voulant plus avoir à ramasser sa pierre à chaque fois qu'il en frappait un, il l'avait attaché à un élastique afin qu'elle lui revienne à chaque fois. Parfois il touchait quelqu'un, mais toujours, qu'il atteigne sa cible ou non, la pierre lui revenait... dans la figure. Soulagé, il recommençait plus tard, encore, encore. Effet boomerang, quand tu nous tiens....

download.jpg50,3% de f...âchés ?
Non, "eux" ce ne sont pas 50,3% de fachos, plutôt 50,3% de fâchés (39% à Genève). Je les écoute. Ils disent non aux bus bondés, aux cacas de chiens en bas de chez eux, aux cages d'escalier taguées, oui à la Suisse du formol, non à l'étranger (sans savoir très bien qui c'est au juste), oui à la Suisse éternelle, au goût original du Toblerone, au "c'était mieux avant", à des billets de train moins cher, au deuxième McDo gratuit. Non au changement-si-je-ne-sais-pas-ce-que-j'ai-au-bout, aux jeunes qui traînent dans la rue. Cette Suisse fâchée des 50,3% a mille bonnes raisons de l'être, mais au final, en l'écoutant bien, pas une seule qui rentre directement en adéquation avec le libellé de l'initiative UDC. Cette Suisse des 50,3% vote contre ses intérêts. En suivant sa colère, elle s'est surtout fait instrumentaliser et mal à elle-même. Recommencera-t-elle? C'est à craindre. La Suisse de celles et ceux qui ne sortent plus de chez eux le soir et n'essaient même plus, parce qu'en lisant les nouvelles on voit bien que c'est l'horreur. Et qui maintenant ont même peur chez eux en lisant le GHI qui annonce la torture d'un aîné en Une, créant la psychose  (4 cas avérés rappelle la Police en petit caractère en bas de page). La Suisse de celles et ceux qui veulent retrouver un pays d'avant, mythifié et rêvé, plutôt que de construire le pays d'après, et font confiance à Blocher, petit patron du tassement, qui divise les masses pour mieux prospérer. Une Suisse qui à force d'être en sécurité à tout prix, risque d'être morte avant de commencer à vivre.

Le 18 mai nous serons combien?

Nous étions 49,7%. Il nous a manqué 0,3%. Il a manqué 20'000 voix à l'appel, ou d'avoir pu faire changer d'avis 10'000 personnes. Cela veut-il dire qu'il ne nous manquerait plus que 0,3% pour être une majorité ? Ce serait si facile. Aujourd'hui, une semaine après, combien sommes-nous? Plus ou... moins de 49,7%? Et demain?

Combien serons-nous le 18 mai à refuser de payer la somme astronomique de 3 ou 4 milliards pour acheter des avion de combat Gripen ? Un petit peu plus ou un petit peu moins que 49.7%? Combien serons-nous le 18 mai à accepter l'initiative populaire pour la protection de salaires équitables (initiative sur les salaires minimums) qui résoudra pour partie les questions du dumping salarial et des abus patronaux ? Plus, ou moins de 49,7% ?

Si nous avons su nous rassembler contre une Suisse qui regarde dans le rétroviseur, nous pouvons maintenant réussir à faire une majorité pour la Suisse qui avance, économiquement et socialement. 

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14/01/2014

Un pont, un tunnel sous la rade... Et pourquoi pas une pyramide?

pont,rade,rail,genève,transport,écologie,économiesUne mauvaise initiative: La commission des transports du Grand Conseil a rejeté l’initiative de l'UDC «pour une traversée de la Rade» (Initiative 152)  qui propose une traversée sous le lac de 4 voies de l'avenue de France au Port-Noir, ainsi qu'un tunnel de liaison à 2x1 voies entre le Port-Noir et la route de Malagnou. Ce projet est mal conçu. Il est inadéquat en regard des aménagements réalisés ces dernières années en Ville, bloquera le développement du centre, surchargeant encore plus le trafic. Même le TCS et le Groupement Transports et Economie (GTE) l'affirment, ce projet conduira à une augmentation considérable du trafic. Rue de Lausanne + 40%, Avenue de France +50%, Quai Gustave-Ador +20%, rampe de Cologny +30%, route de Malagnou +10%. Enfin, + 11,5% sur le périmètre de la petite ceinture! Ce projet viendrait perturber le fonctionnement du réseau de voirie actuel et des transports publics. Bref, circulez, il n'y a rien à voir. Un tunnel sous la rade, c'est encore plus de bagnoles au centre et toujours plus de bouchons. L'initiative de l'UDC est nocive pour la Ville, dangereuse pour son développement futur, coûteuse, et ne résout rien. 

Un contre-projet inutile

Ce qui est inquiétant, c'est que la commission des transports du Grand Conseil s’est sentie obligée d’élaborer un contre-projet. Mais un contre projet pour quoi... un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est? Les rêves de grandeurs de certains laisse songeur. Alors que la construction d'une traversée de la rade est évaluée à plus d'un milliard de francs et mettrait en péril d'autre financements importants pour le Canton (Ecoles, crèches, logements, etc), sans aucune garantie de désengorger le centre-ville, ce goût pharaonique pour un grand projet inquiète. Aujourd'hui déjà, les normes liées aux nuisances sonores et à la pollutions de l'air sont largement dépassées. La pollution endommage insidieusement et quotidiennement la santé des genevois-e-s. Il est urgent de limiter les nuisances, les émissions polluantes, et les bouchons, pas d'accroître le trafic.   

Le fédéral dit stop

Le 4 septembre dernier, les techniciens de l’Office fédéral des routes (Ofrou) ont été auditionné par les députés du Grand Conseil. Qu'ont-ils dit ? Que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l’autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faut intégrer la traversée du lac dans un projet d’urbanisation de la Rive gauche. Urbaniser la rive gauche? Diable, ce ne serait donc pas à la commission des transports de faire un contre-projet, mais plutôt à la commission du logement et de l'aménagement du canton. Quand les communes de la Rive gauche auront enfin construit des logements, il sera alors envisageable de discuter avec la Confédération d'un éventuel financement...

Ne pas alimenter un serpent de lac

Devant quelles alternatives nous trouvons-nous aujourd'hui? Voter pour une mauvaise initiative pour traverser la rade à 1 milliard qui créera plus de problèmes qu'elle n'en résout ou soutenir une grande traversée du lac Léman à 3 ou 4 milliards permettant uniquement, si l'on s'embarque dans ce fantasme, de... terminer en cul-de-sac en rase-campagne. Ces deux mauvaises propositions doivent être rejetées et combattues. Alimenter un serpent de lac en y jetant des milliards, sans aucuns contrôles ni des coûts ni des garanties de financements, ce n'est pas responsable et surtout: c'est inutile. Ni petite ni grande traversée du lac : gardons les pieds sur terre en ne cédant ni aux sirènes d'un mauvais projet ni à celles d'un contre-projet coûteux bidouillé en dernière minute.

Une solution qui tient la route : Le rail
Une vraie proposition ? Renoncer à passer autant au-dessus que sous le lac, mais résoudre les enjeux du trafic à Genève en augmentant au maximum le potentiel du rail. Tout d'abord, en terminant rapidement le CEVA, puis en étendant les lignes de trams existantes; en réalisant l'extension souterraine de la gare de Cornavin... mais aussi en construisant des parkings en périphérie, en aménageant plus de pistes cyclables, en développant les services liés aux vélos électriques (prêts, vélo-stations, etc.,). Bref, en étant créatifs et inventifs, plutôt que de déverser des milliards dans le lac. On commencera alors à respirer vraiment, et durablement. Genève n'a pas pour destinée d'être un aspirateur crasseux à bagnoles. Augmenter les transports publics, les modes alternatifs de transports, diminuer le nombre de véhicules à moteurs, c'est la seule alternative VIABLE. Nos poumons et porte-monnaie nous en remercieront. Un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est?

Il y a  une solution bien moins coûteuse à portée de mains: le rail. Et ça tombe bien, la Confédération est prête à le financer! 

 

 

 

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07/01/2014

Mon beau sapin roi... du bitume

download.jpgJ'ai été l'objet de toutes les attentions. Vous m'avez choisi, soupesé les branches, jaugé la taille, bien miré la pointe, gratté un peu le tronc même, pour voir ma robustesse, ou juste par curiosité. Vous n'avez pas négocié le prix, non. Vous me vouliez tellement, vous brûliez d'impatience; que je vienne de Pologne de France ou d'Allemagne peu importe. Vous me vouliez tout de suite. Les enfants criaient tout autour, les acheteurs se pressaient, il fallait faire vite, m'emporter, me ramener à la maison. Hop ni une ni deux me voilà empaqueté, jamais filet ne me fut plus doux. Hop vous me roulez vous me déposez dans votre coffre, n'appuyez pas trop sur ma tête, non. Vous prenez soin de mettre une petite cordelette pour que je ne touche pas le sol, un peu de papier journal sous mes pieds, presque une couverture tiens...

Roi du salon

Avec quel soin vous me déballez, avec quelle délicatesse me transportez! Avec quels égards me faites passer les portes pour que je ne me brise pas une branche... vous ramassez même mes aiguilles qui tombent par terre. Quelle délicatesse. Merci. Vous évaluez longuement ma place. Ici, là? Non, plutôt ici, dans le coin. Vous éloignez le chat, dépoussiérez la place. J'étais le roi des forêts, je suis maintenant le roi du salon! Les enfants se précipitent, m'étreignent, me caressent. Oui, je pique un peu, c'est vrai, mais cela ne les effraie pas, je suis le lien avec le père Noël, j'ai le Mana.  J'abriterai les cadeaux, tout tourne autour de moi. La magie: je l'a transmets. Les enfants se fraient un passage sous mes branches, se bagarrent pour mettre les santons sous moi. Les adultes se chamaillent pour la crèche; croyants, incroyants, peu importe, ils m'encensent. Les boules? ça se bouscule pour les suspendre. On éloigne les bougies, on fait très attention qu'elles ne m'effleurent pas! Et puis ça y est, je suis décoré: guirlandes d'or autour du cou, cascades de perles d'argent sur le dos, je brille, je luis, rayonne dans le noir. On me veille, me couve du regard, on se lève même la nuit pour me voir. 

Noël : le début de la fin

Le 24 décembre c'est l'avalanche des cadeaux, on en empile des montagnes à mes pieds, ça monte, ça monte, cela va-t-il me submerger? Rubans tissus et velours noirs. Tout ça pour moi? Oui! Toujours un mot gentil - il est sublime ce sapin- merci! oh magnifique cette décoration - merci, merci oui je la porte bien - j'en rougis de plaisir, clignote même. Quand le repas de Noël tourne à l'aigre c'est vers moi que l'on se tourne pour se ressourcer. Mon bôôôôô sapin roi des fôôôôôôrets, la petite fille espiège qui chante, me fait frémir la colonne, j'en perds quelques épines, et voilà c'est le début de la fin. Entre deux coupes de champagne que l'on oriente vers moi, sous les vivas, avoir perdu quelques aiguilles est suspect. On ne me le pardonnera pas.

Tenir jusqu'à nouvel An 

On me regarde désormais du coin de l'oeil, mes jours sont comptés, je le sais. J'y laisserai l'écorce, mais avant ou après Nouvel an? Je résiste, ne plie pas, tiendrai le plus longtemps, mais le chat peut désormais se faire les griffes sur moi. Je décline doucement, décatis, parures retirées. J'aurai préféré que l'on me brûle; en finir d'un coup sec, que mon bois serve à la cheminée: dans une dernière flambée réchauffer la famille qui m'avait adopté. Mais ceux qui m'ont protégé du chat veulent me livrer aux chiens. Je vais me faire uriner dessus, ça se sent. On me fera passer par la fenêtre, me précipitera de l'étage pour que mes épines ne salissent pas la cage d'escalier; on me sciera dans un coin. Sordide. Patatras. Je voisine dorénavant avec les vieilles machines à laver, les chaises cassées, parmi les cageots, les emballages de cadeaux roulés.

Roi du bitume

Si j'étais roi de la forêt, roi du salon, je suis désormais le roi... du bitume. Mais quand vous me croiserez ces jours, abandonné dans la rue, délaissé sur des camarades d'infortune, ne déprimez pas, n'en perdez pas le moral. Je trône à tous les coins de rue. Je domine la situation, offre mon échine pour les chiens. Bon, j'aurais quand même bien aimé aussi partager la galette des rois.... Mais ce qui appartient à la forêt retourne à la forêt. Les journées rallongent désormais! Hâtez juste le mouvement, ramassez-moi vite, que je retourne au compost, à la terre, et qui sait dans quelques années je serai de retour dans votre salon, plus lumineux que jamais pour écouter vos jolis chants.

La vie est un éternel recommencement, pour les sapins comme pour les Hommes.

Voilà ma benne.

Je dois y aller.

genève,noël,sapin,fêtes,écologie,recyclage,joyeuses fêtes 

 

 

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29/12/2013

Tu fais quoi le 31 décembre?

geneve-fete-le-31-flyer.jpgTu fais quoi le 31 décembre? T'as un plan? C'est la question qui est en général sur toutes les bouches deux ou trois jours avant la fin de l'année. Les réponses sont multiples. Entre ceux qui, depuis longtemps, ont prévu une escapade loin de la ville, ceux qui filent à la montagne, qui verront bien à la dernière minute, ou ceux qui aimeraient bien mais n'ont pas l'argent, les options et les possibilités sont multiples. Il y a probablement autant de manière de planifier son réveillon que... de le rater. 

Il y a aussi ceux qui n'ont pas de projets, ne veulent pas choisir, préfèrent se laisser emporter par l'instant, les propositions de dernière minutes, saisir les invitations qui viendront (ou pas). Ceux que le 31 décembre rebute, écoeure, fatigue, avec ses aspects clinquants, forcés:  "Ce soir on s'amuse" et pour lesquels réveillon rime plutôt avec "je me terre, je fais le mort, et j'attends que ça passe".

Un 31 décembre en solitaire ?

Subir la pression sociale qui veut que le 31, par définition, est joyeux, festif n'est pas simple. Faire la fête le dernier jour de l'année en solitaire : pas à la porté de tous. Vous avez déjà essayé de faire le 31 décembre devant votre télé et d'attendre les 12 coups avant d'aller vous coucher? L'isolement, le sentiment d'exclusion est renforcé durant les fêtes. Pour celles et ceux qui n'ont pas de réseaux ou de moyens d'agrémenter leurs solitudes, c'est la galère. Les lieux habituels sont fermés, la ville ralentit, les familles se regroupent, les solitudes s'accroissent. On se souviendra, en riant jaune, du film " Le père Noël est une ordure". On se rappellera que le temps des fêtes est aussi celui des solitudes et de l'isolement, un temps de fragilisation et d'augmentation des conduites à risques. 

Bilan de l'année ou bilan de vie?

Nouvel An, c'est aussi le moment de l'année où l'on fait les bilans, subit les innombrables rétrospectives (et moi dans tout ça qu'est-ce que j'ai fait?) où l'on constate que l'on n'est pas le superman Suisse de l'année (Wavrinka) -ah bon?- ou Genevois (Dicker); tiens donc, il n'y a pas de catégorie féminine ? Le 31 décembre, moment où l'on se prend en face la réalité compacte de sa situation sociale. Fêtes des familles séparées, des deuils de l'année, fêtes où l'on-aimerait-bien- oublier-mais-où-l'on-n'y-parvient-jamais-tout-à-fait, fêtes où l'on remarque les absents; papas en prisons, sans travail, mamans éloignées, où les expatriée-e-s ne sont jamais autant sans patrie, et où la helpline suicide des HUG marche à plein (022.372.42.42) 24h sur 24 et 7 jours sur 7.  Alors: Tu fais quoi le 31? Certains s'inventent des plans, pour ne pas dire qu'ils ne font rien, et qu'ils sont seuls sans l'avoir vraiment choisi.


Bravo la Ville de Genève!

Dans ce contexte difficile, bravo à la Ville de Genève qui a compris que le 31 décembre n'est pas un jour comme les autres, et pas qu'une fête. Malgré les rabat-joie de droite, qui pensent peut-être que tout le monde a une famille ou du fric pour s'évader. Exemple: Eric Bertinat, UDC, pour qui le 31 décembre ne peut être qu'un bastringue de musique électro avec des gens bourrés, pétés à l'alcool ou au cannabis, ou Adrien Genecand (PLR) pour qui la Ville n'a pas à se soucier des personnes qui n'ont pas 50 balles pour aller danser, ou des solitudes qui n'ont nulle part où aller un soir de réveillon. Tous deux ne voient que le côté "divertissant" de cette fête tout en jouant les pisse-froid. Triste. Mais puisque le 31 décembre est aussi une fête, qui dit fête, dit évidemment possibles excès, et tant mieux si ceux-ci sont encadrés et canalisés en un lieu.

Bravo à la Ville de Genève de préparer cette fête d'une manière créative bien loin du fantasme des "botellon géant" que craignent ces élus de droite. Bravo à la Ville qui prend ses responsabilités de collectivité publique. Bravo à elle qui sait qu'organiser une fête populaire, gratuite, sur la plaine de Plainpalais est important. Celles et ceux qui ne savent pas où aller, ne peuvent aller nulle part, ou tout simplement veulent faire la fête dans leur Ville sans débourser des centaines de francs, pourront le faire. Et puis, n'est-il pas de la responsabilité de la Ville de Genève, qui se targue de son rang international et de cité d'importance, d'offrir à celles et ceux pour qui notre territoire est avant tout un lieu de transit ou d'accueil et qui de fait sont loin de leurs familles, de commémorer le passage à l'année nouvelle avec d'autres? Et de faire ainsi de l'espace publique autre chose qu'un espace désert, silencieux, et froid?  

Une fête simple et conviviale

Le programme du réveillon sur la plainte de Plainpalais est simple, diversifié, et convivial. Installation d'une grande scène à la pointe de la plaine, avec en début de soirée Aliose, groupe suisse, aux textes poétiques. Place ensuite à de la musique rock-funk-disco des années 70 à nos jours puis vibrations électros jusqu'à 2h du matin. Petit plus: possibilité de transmettre ses voeux (textes, photos, vidéos) en direct et sur grand écran le soir de la fête en utilisant le hashtag #31GE sur les réseaux sociaux (instagram, facebook, google + etc.,). Sympa!


Je ne sais pas si j'irai faire la fête le 31 décembre sur la plaine de Plainpalais, mais savoir qu'elle existe, qu'il y aura là quelque chose plutôt que rien, un espace gratuit pour aller marquer le coup, est réjouissant.

Bravo et merci à la Ville, à celles et ceux qui travailleront ce soir là pour la collectivité; pour qui faire la fête c'est aussi la faire pour d'autres, et bonne année à toutes et tous! 

http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/fete-31-decembre-2013/

 

 

18:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 31 décembre, réveillon, genève, genecand, bertinat, #31ge, 2014, joyeuse année, nouvel an | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/12/2013

Les PDC se lourdent

Ils y vont et ça fait la une de la presse. Le président du PDC suisse Christophe Darbellay et le conseiller national Yannick Buttet (VS) vont pour Noël en villégiature à Lourdes pour fêter l'élection de leurs deux conseillers d'Etat démocrate-chrétien à Genève, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Allelouhia. Joli coup médiatique: faire d'un pari entre chrétien un geste politique sur les réseaux sociaux à la veille de Noël. Sympa? Non. Cohérent? Allez savoir. Ils soutiennent bien une initiative pour faire payer aux femmes le droit à l'avortement, ils peuvent sans soucis aller entre mecs vouer un culte à la vierge à Lourdes. Le départ était paraît-il dans l'esprit des fêtes, avec la petite phrase sibylline et assassine du PLR François Longchamp: "Pour rien au monde je ne louperai le jour où Christophe Darbellay tient une promesse." Décidément, c'est Noël dans les coeurs, et les baisers de Judas volent en guise de baisers d'adieux. Certes, il y a quelque chose de respectable dans le fait de faire ce que l'on a promis et de promettre ce que l'on veut faire. On ne s'étonnera donc pas que Guillaume Barazzone soit resté à la maison. 

Car on aurait bien voulu qu'ils emmènent dans leur sac à dos Guillaume Barazzone. Malheureusement, lui n'a pas tenu parole, il est donc privé de Lourdes. Le conseiller administratif de la Ville de Genève, en effet, en plus de son don d'ubiquité ( il siège en simultané à Berne et à Genève) possède désormais le don du double discours, ayant "défendu" en tant que Conseiller administratif le budget de la Ville de Genève, tout en avalisant le fait que son groupe attaque ce budget en faisant alliance avec l'UDC et le MCG. Au final, Barazzone a quand même réussi à retirer ses hosties du feu en se félicitant que le budget ait été voté et ses postes supplémentaires de policiers municipaux votés. Bravo. Bon, il s'est quand même brûlé les doigts en essayant sur les réseaux sociaux et dans la presse de s'en attribuer le mérite. Raté. Le baiser de Judas de Guillaume à la Ville de Genève n'est pas passé inaperçu. On ne peut pas vouloir casser quelque chose et se féliciter de l'avoir construit. Pas très catholique tout cela. Croire aux miracles est une chose. Nous prendre pour des con-ne-s en est encore une autre.
 
Les PDC, en Ville de Genève, en faisant alliance avec les partis d'extrême droite, attaquant le budget que leur magistrat était supposé défendre collégialement, ont violé leur serment d'élu de servir leur Ville. Ils ont trahi celle-ci au profit d'intérêts cantonaux. Ils peuvent bien, ensuite, voir leurs chefs de partis et conseillers nationaux partir le coeur léger se refaire une virginité dans les eaux baptismales, et les saluer du chapeau même, ce sont des gestes de grenouilles de bénitier. Quand on fait alliance avec l'extrême droite, ce n'est plus à Lourdes, en tant que chrétiens, qu'il faut aller.   
 
Des actes ou des miracles
Un miracle que les PDC aient deux élus cantonaux? Qu'ils aillent jusqu'à Rome sur les genoux s'ils le veulent. Pour moi, le véritable miracle serait que les PDC tiennent parole et fassent ce pour quoi ils s'engagent. Quand Guillaume Barazonne affirme "défendre les intérêts de la Ville" sur la page web de son parti, qu'il le fasse réellement, plutôt que de chercher à la casser au profit d'intérêt cantonaux ou nationaux. 
 
Et puis, plutôt que de promettre Lourdes ou le paradis à la télé ou la radio, il semble plus important que jamais de prendre des mesures rapides pour que le chômage baisse, pour que de nouveaux logements soient construits, pour maintenir le niveau de prestations envers la population, garantir un service social de qualité. Plutôt que d'aller à Lourdes et faire le buzz avec ses nouvelles chaussures, veiller à ce que ceux qui sont déjà élus ne trahissent pas leur parole, et s'engagent à construire une société plus solidaire et responsable. Bref plutôt que de croire aux miracles, faire son boulot, tout simplement, sinon, on risque bien, légitimement, un jour ou l'autre, de se faire, par le peuple, qui ne croit que ce qu'il voit : lourder.   
 

 

 

 

17:15 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lourdes, pdc, darbellay, barazzone, genève, esprit de noël, buttet | |  Facebook |  Imprimer | | |