sylvain thévoz

27/07/2016

D'où est parti le feu ?

 

D'où est parti le feu?

Quelle pente a-t-il remonté, quel fossé sauté, quelles brindilles l'ont fait pétiller, quel combustible a-t-il trouvé en chemin?

 

D'où est parti le feu?

De l'envie de se réchauffer ou de consumer.

De l'inconscience, de l'ignorance, du désir de nuire ou de la pure folie pyromane?

 

D'où vient la pure folie pyromane ?

Du bois dont elle se chauffe.

 

D'où vient ce bois ?

De feu le désir. 

 

Qui a lancé la cigarette, renversé le bidon, frotté sur les jantes, délaissé les papiers, basculé les poubelles, retourné la brouette, brusqué les cendres, soufflé sur les rubis, omis d'agir après le barbecue, s'est endormi.

Qui a juste pissé à côté, et n'a rien fait ?

 

Tout ce qui est rouge ne brûle pas.

Le coeur de la pastèque, le sirop de grenadine, les sorbets de framboises, sont ignifuges.

Mais l'engrais, l'ammoniaque, et le carbone sont explosifs.

 

Qui s'est moqué des pins et des mélèzes pour construire la route, établir sa villa, la piscine chlorée.

Qui a pompé la source, a fait craquer l'écorce, autorisé le trajet du trax ?

Qui s'est moqué de la forêt, a mis du bitume sur la mousse, de la résine sur ses tartines ?

Qui a dit: je ne tomberai pas dans le panneau, nos grands-pères sont morts, vive le pétrole, le nucléaire et le microprocesseur ?

 

Les abeilles ne pollinisent plus rien

La sécheresse est un signe

Qui se soucie des fourmis?

 

Un incendie est maîtrisé, un autre se prépare.

D'ailleurs ou du dedans.

 

Qu'est-ce qui épuise le feu. Qu'est-ce qui le nourrit. Qu'est-ce qui l'éblouit ?

Une brise. Un souffle. Tes lunettes.

Le trajet d'un orage. Un chien policier. Le silence profond.

 

Qui nettoiera la place, arrosera sous les arbres, nourrira les jeunes pousses?

Qui désherbera, donnera sépulture aux vieux cèdres, éclaircira la clairière, donnera un nom au ruisseau ?

 

Les oiseaux perdent des graines en vol

Les sangliers s'enivrent de nuit

Au printemps les vieux nids se rafistolent

Les racines tordues sont aussi des terriers

Le feu : fruit du travail des hommes

 

Toujours plus de pompiers.

Trop peu de gens pour prendre soin de la forêt.

 

 

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06/07/2016

Gouffres et lucidité

Les-lueurs-COUV.jpgDans Les Lueurs, Matthieu Mégevand raconte la traversée d’un tunnel et ce qui a pu, par moment, briller dans celui-ci. Récit d’une maladie survenue à 21 ans et racontée dix ans après, sous forme d’anamnèse, ce travail de mémoire éclaire ce qui a été brutalement plongé dans le tumulte et l’obscurité. Ce récit touche juste par la manière dont il nomme le surgissement de la maladie, en contraste avec la jeunesse et l’insouciance ; et par la volonté, dans l’après-coup, de retrouver scrupuleusement ce qui s’est déroulé. «C’est à moi et à moi seul que je dois demander des comptes : revenir sur ce passé qui n’est même pas si lointain, qui est un passé d’adulte, mais que dix années ont suffi à élaguer, à tordre, à réduire en minuscules lueurs qui miroitent dans les ténèbres de l’oubli».

Sutures de la mémoire
Dans Les lueurs, Matthieu Mégevand ne cesse de travailler son passé. Il interroge les événements et ses émotions d’alors, pondérés par le rabot du temps et de l’oubli. Il réalise une mise à jour et se donne aussi, dix ans après l’événement traumatique, la liberté d’envisager ce qui aurait pu se passer si ... Et si l’annonce de la maladie n’avait pas été un lymphome de hodgkin ou cancer des ganglions, mais une banale grippe? Et si la chimiothérapie n’avait pas eu prise sur la maladie? Et s’il était mort plutôt que demeuré vivant ? Et si rien de tout cela n’était advenu?

Ce faisant, Matthieu Mégevand ouvre des possibilités de bifurcations et souligne l’extrême relativité de l’existence, interrogeant avec beaucoup de sensibilité, ce que vivre est. Sans forcer le trait, sans pathos, mais avec résolution, sobriété, il refait la traversée du tunnel dans l’autre sens, et nous entraîne vers le surgissement des lueurs.

Dire : un acte d’éclaircissement ?
Aidé par des cahiers noirs rédigés alors, ce travail de mémoire permet de réfléchir au statut de «la vérité», aux rôles que chacun joue dans l’existence, et ce que la parole incarne. Matthieu Mégevand ne triche pas. Il se met à poil comme on entre dans un scanner, affirme vouloir écarter tout enjolivement et mensonge. Il n’en rajoute pas... et d’ailleurs à quoi bon, le récit est en soi saisissant. Il s’agit de dire, simplement. Cette minutie et volonté se retrouvent au fil des pages. Par exemple, il ne se rappelle plus de la place que son amie d’alors jouait, ne la voit pas à des moments clés. Il le dit, simplement, nomme les trous, recompose les omissions d’alors. La disparition est création aussi, et le témoignage une possible réappropriation. Sans fards, il décrit son corps, soumis au médical, rendu passif. Ce corps qui acquiesce à tout, passager plutôt qu’acteur, balloté dans une existence dont la durée pourrait s’avérer brutalement réduite à néant.

Les lueurs est un récit saisissant qui révèle la force d’un homme de 31 ans se replaçant devant ce qui a failli l’emporter, ce qu’il en a oublié et retenu, et pourquoi, au final, il se souvient davantage, d’une histoire d’amour naissante, à défaut du jour d’annonce de sa rémission ; d’un livre de Nicolas Bouvier, d’un air de Yann Tiersen et de Lhasa de Sela, plutôt que de la ténacité de l’obscurité. Les lueurs : un hommage à la vie.

 

Matthieu Mégevand,
Les lueurs, récit
Lausanne, L’âge d’homme 2016, 190 p.

 

Ce texte est paru une première fois dans la revue choisir http://www.choisir.ch/arts-philosophie/livres/item/2594-h...

 

 

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02/05/2016

Les éclusiers de la porte étroite

book-07210728.jpgComme de nombreux genevois, je ne suis pas né ici, n'ai pas fait mes classes à Genève. Je suis arrivé dans cette ville en cours de route, ai été touché par sa capacité à accueillir la différence, par sa dimension cosmopolite.

A un âge qui n'était plus celui de l'adolescence, je suis venu travailler à Genève, ai été marqué par la possibilité de m'y sentir bien, en un mot, comme chez moi (en fait, bien mieux). Non pas que j'avais grandi très loin, oh non, à une distance de soixante kilomètres, mais parfois ceux-ci sont plus difficiles à franchir que des milliers, sachant que les rivalités sont aussi cocasses que tenaces, et les barrières bien posées dans les têtes.

Ubi bene, ibi patria dit le proverbe latin : là où je suis bien, là est ma patrie. Genève a toujours été une ville de refuge, elle en tire sa grandeur, sa force et sa beauté.

 Comprendre Genève

Bien sûr, quand on n'est pas du cru, il manque des morceaux pour comprendre le récit local. Quand certains parlent des années des squats où de quelques scandales ayant émaillé la vie politique d'alors, du 25 rue du Stand en passant par les rapports complexes entre l'Etat et les communes; de grands projets ayant modelé ou défiguré Genève, on se rend compte du décalage.

Il y a certaines inimités (ou intimités) aussi que l'on n'explique pas et que mêmes les principaux protagonistes semblent avoir oubliées. Que s'est-il donc passé avant? Quelles Genferei a-t-on loupées? La mémoire vivante est parfois défaillante. Les récits sont contradictoires et l'histoire se réécrit sans cesse. Quelque chose s'est déroulé à Genève, durant les années passées, qui modèle le présent et auquel les nouvelles générations ou les nouveaux arrivants n'ont accès que par sourires entendus ou regards en coin. Il manquait un livre pour lever le voile. Albert Rodrik et Olga Baranova s'y sont attelés.

 

Mémoire vive

Les éclusiers de la porte étroite[1] d'Albert Rodrik et Olga Baranova est un livre généreux qui retourne les cartes. Tout d'abord, parce que tous deux ont ce parcours de migrants, qui leur permet d'avoir un regard distancé sur la réalité locale, mais aussi parce que, camarades socialistes, leur compréhension n'est ni complaisante ni liée à des liens ataviques. Ils sont libres ces deux! Ce recueil éclaire la réalité genevoise, suisse, avec perspicacité, sans pour autant être un livre d'histoire. On y découvre avec plaisir aussi l'excellent texte d'Eloisa Gonzalez Toro, fille de réfugiés chiliens, qui s'exprime sur la nouvelle constitution pour Genève. Pas de langue de bois ici. Les écritures sont tranchées, le parti pris affirmé.

 

Des parcours rythmés par l'engagement

Olga Baranova suivait il y a dix ans les cours d'une classe d'insertion scolaire à Genève. Elle est devenue suissesse juste avant son élection aux municipales de 2011. Aujourd'hui, elle termine ses études en management public, travaille à Berne au sein du parti socialiste en poursuivant son engagement politique à Genève.

Albert Rodrik, est arrivé à Genève en 1955, en provenance d'Istanbul, pour étudier le droit à l'université. Jeune fils d'une famille de commerçants juifs turcs passé chez les frères chrétiens, il ne connaît personne quand il débarque au bout du lac. "Pourquoi Genève? Paris n'était pas envisageable, car je me serais dévergondé, et Bruxelles était mauvaise pour mes bronches! Alors je me suis retrouvé à Genève et j'y suis resté" Syndicaliste, un temps comédien et employé de banque, adhérant au PS en 1975, l'homme a travaillé comme haut fonctionnaire durant 15 ans pour des magistrats de diverses obédiences. Appelé le sage au sein du parti, fin connaisseur de la politique locale, il est un guide, une référence, une mémoire vive.

Ce livre est en fait un carrefour, de générations, de récits, de regards. Albert est un sage, Olga une combattante, et Genève méritait bien cet hommage de deux migrants devenus des références.

Nous ne croyons pas au grand soir mais à tous les petits matins

Je ne suis pas convaincu que, pour les Suisses, la perception d'être un peuple ou des peuples parmi d'autres de cette planète, solidaires qu'ils le veuillent ou non, soit bien ancrée dans leur tête. Albert a raison. Nous avons besoin de ce petit livre qui permet de comprendre un parcours, des communes, un canton, et un peu de cette complexité helvétique dont on est fier sans toujours la saisir.

Car rien n'est acquis, ni à l'abri, que l'on soit né d'ici ou d'ailleurs. Et c'est l'engagement dans le présent qui oriente les pas, change la donne, pas le pedigree, ni la naissance. Comme des éclusiers de la porte étroite, démocrates, réformistes, nous ne croyons pas au grand soir mais à tous ces petits matins où les espaces de liberté sont sans cesse élargis en dépit de l'économie de marché.

J'ai pour ma part trouvé dans ce livre des raisons d'espérer et de mieux comprendre notre Genève où l'engagement quotidien pour une société plus juste se poursuit.  

 

 

[1] Albert Rodrik, Olga Baranova, les éclusiers de la porte étroite, Editions Slatkine, Genève, 2016.

 

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02/04/2016

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever

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A cela qui commence en avance.

A ce qui débute sans bruit.

Aux insomniaques qui se trompent de porte.

Aux rêveurs éveillés.

 

À celui qui gagne au loto et ne retire pas son lot. Au pompier qui cesse de fumer. Au médecin qui se soigne en silence. A la sage femme alerte.

Aux heures sup' des syndicalistes. Au pasteur au désert du doute. A l'écologiste qui reprend son souffle. Aux lanceurs de graines.

 

A ceux qui se trompent de cheval. Au jet d'eau pour le geste. A la tendresse des glaciers. Au passage à l'acte sans personne. Aux accidents de personnes sans mal. Au résistant qui rompt le pain. Aux genevois heureux.

 

A la cause publique. Prix Nobel aux animaux de compagnie!A celui qui désire plus que son nom. Aux mendiants altruistes. Au retour des oiseaux migrateurs. Aux noces jubilatoires. A la fidélité de l'amant. A la précision de l'heure d'été. 

Aux heureux compulsifs. A l'élastique qui tient. A la visite qui vient. A l'alliance renouée. A la redistribution des places. A la revanche des bêtes. Aux crues et aux gués. Au chevreuil et au chat, à la fermeture des abattoirs.

 

A ceux qui appellent dans la nuit. Aux machines fleuries.

A l'effort sur soi.

 

A la main qui se tend. A l'écho. A la langue qui se pend. A Camus à Lourmarin. Au lait cuit, au sel et au pain. Aux déjeuners des sportifs. Aux racines du cri. Au rameau, à la craie. Aux farines des fleurs, au fil des grands discours. 

Au rire de Rilke. A la mort du libéralisme. A la persévérance de l'être.

Aux pompes à chaleur à la vie des nuages aux bricolages d'enfants.

A la fin des fonds.

A celui qui demeure à la hauteur de son abaissement.

 

A l'habitation large, à la mise en commun.

A celui qui n'est plus redevable, à cela qui n'a pas de fin, aux remises de dettes.

A la fin des attentes, au don sans retour, aux sources des racines.

Au désir sans fin.

Au retour des appels, au partage direct, à l'énergie de l'espoir.

Au non-jugement des sentiments.

 

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever.

 

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https://www.youtube.com/watch?v=x5DpM2narOU

https://www.youtube.com/watch?v=ibaoNRS1IZA

 

 

 

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29/03/2016

Dans la jungle, sublime jungle

livre_affiche_2357.jpgAgnès Vannouvong, Après l'amour, nous avait touché avec Gabrielle[1]. Elle nous entraîne Dans la jungle avec son troisième roman.

May a hérité d'une somme d'argent d'un ami mort, Stéphane, disparu en Thaïlande d'un accident de moto. Stéphane vivait vite, Stéphane vivait fort, sa disparition est un mystère, mais nullement une surprise.

May décide d'utiliser la somme de  cet héritage pour se mettre en route et retrouver la trace de l'absent, chercher ses propres racines. Retour à sa terre d'origine entre Laos et Thaïlande, elle y emporte Sur la route de Kerouac mais aurait voulu avoir sous la main Voyage au bout de la nuit de Céline.

Elle oscille entre désir, hasard et fatalité, a laissé famille et enfants pour partir. Elle a remisé sa vie d'avant. Une vie domestiquée, passée à s'oublier, à servir les autres. Son mari est désormais un ex. Elle a cinquante ans et depuis la ménopause, la baisse d'oestrogènes fait de son corps un terrain sensible... elle sait qu'elle n'est plus jeune. Elle sent que sa vie devient de plus en plus intérieure. Elle se réveille. Elle a si souvent fait contre mauvaise fortune bon coeur. C'est une femme qui se libère.

 

Ce qui croît, entre la racine et les fruits

Ce roman sensuel tient de l'origine et de l'accomplissement en même temps. Il porte deuil et renaissance, intériorité et extériorité, désir et ennui. Qu'est-ce que May retrouve, ou quitte, à l'autre bout de la terre? Elle parcourt son passé comme une étrangère... comme une intime aussi. La jungle n'a rien d'hospitalier. Milieu hostile où l'on ne survit pas seul. Elle contient pourtant une trouble familiarité. C'est en elle que May, ankylosée, retrouve le mouvement, découvre le plaisir du risque, des chairs, le sortie de l'hiver. L'eau est partout. Liquide amniotique, symbole de renaissance. La vie a un parfum doux et sucré. Les bouddhas la surplombent. Un nouveau ciel.

 

Méandres des mémoires

May est accompagnée dans sa quête par Say, guide attentionné qui l'oriente, figure de réassurance. Elle est remplie de questions et de doutes. Il fait silence. Elle glisse, pleure. Il s'inquiète. Elle s'affranchit. Il pense la perdre, elle n'est pas étonnée de le revoir. Comme si la confiance et le désir étaient les deux faces d'un même animal se balançant sur une branche. Comme si l'attente avait toujours besoin d'un autre pour se déployer. Comme si seul le mouvement comptait, s'il n'y avait que le point de fuite qui était promesse d'une quelconque complétude, ou le temps d'une étreinte, quand tous les crapauds gueulent plus forts et que les oiseaux de nuits scellent les retrouvailles... avant la séparation. 

Dans la jungle ne reproduit pas une image d'Epinal ou Rousseauiste de la nature. Tout ici est périlleux, voilé, mais comme apaisé. On n'est pas au coeur des ténèbres comme avec Conrad. Les liens et les mots permettent de consolider une présence fragile, presque douce, dans un écosystème complexe. Mais par contraste, la Ville est brutale, sans pitié, cruelle, explicite et... mortelle.

Ce n'est pas dans la jungle que l'on se perd, c'est en en sortant.  

 

Un paysage à quatre saisons

Roman du plaisir d'aller, de contempler; roman d'une quête intérieure et d'un émerveillement mélancolique, où le temps est un allié, Dans la jungle porte dans sa langue la saveur de l'affranchissement et la liberté de la découverte. May porte le nom d'un mois printanier et traverse jungle, village, ville et île, comme on traverse quatre saisons pour se retrouver au même endroit, mais définitivement changé.

On sort de Dans la jungle (ou alors on ne fait qu'y entrer), un peu étourdi, sonné, comme on échoue sur une plage après avoir nagé trop longtemps et bu la tasse dans les vagues. Heureux, soulagé d'être encore en vie, conscient d'avoir échappé à une catastrophe de peu, de l'avoir contemplée à distance... déçu peut-être de n'être pas allé assez loin, vite, et impatient d'y retourner encore.

On contemple alors celui qui est allé au bout du voyage, ce mystérieux Stéphane, sans savoir ce qui lui a empêché de faire retour;  sans connaître les non-dits qui lui ont permis de s'échapper, avec le sentiment que l'énigme demeure, que ce n'est pas la compréhension qui compte, mais le sens;  que ce qui est dit est moins important que ce qui est tu, et ce qui est révélé moins fort que ce qui se cache...

comme dans la jungle. 

 

 

 

 

Agnès Vannouvong, Dans la jungle, Editions Mercure de France, 2016, 113p.

Sortie le 1e avril.

 

[1] http://commecacestdit.blog.tdg.ch/tag/vannouvong 

 

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28/03/2016

Qui roulera la pierre ?

Qui roulera la pierre, qui dégagera l'entrée, qui donnera de l'espace pour l'herbe sur la terre.

Qui ramènera le disparu, rassemblera les bandelettes, les bandages et le bois.

Qui allumera le feu ?

 

Qui fera décoller l'avion, ramènera le peloton.

Qui remplira le distributeur, nourrira les cochons?

Qui vendra son journal, qui gonflera ses ventes, dira non le premier?

Qui cassera la clé dans la serrure?

Que retiendra l'annonceur?

 

Qui trichera sur les mots, fera sauter le fusible, désignera le bouc émissaire?

Qui protégera le système?

Qui fera corps avec lui,  en fera du compost?

 

Qui saura se chauffer? Qui fera sauter la chaudière? 

Qui reconnaîtra le maître, qui jugera Judas, qui votera Pilate,

les imbéciles du Conseil d'Etat?

 

Qui criera : Expulsez-les ! Et libérez l'escroc?

Qui ira chercher l'homme à l'aube pour le séparer de sa femmes et de ses enfants?

Qui fera de l'homme un sans-domicile fixe?

Qui interdira la mendicité et persécutera les pauvres? 

Qui fera de la police une idole asservie ? 

 

Qui sentira le pouls de l'arbre, qui palpera la pierre, qui trouvera la source?

Qui éveillera la conscience, qui cèdera à la colère, que nourrira l'ego ?

Qui gagnera l'eurofoot, remplira le frigo ?


Qui roulera la pierre, qui autorisera les pleurs ?

Qui fera bondir les ventes? Qui toussera sans respirer? Qui polluera sans gêne? 

Qui nourrira les diviseurs, ouvrira un crédit à 4 milliards pour bétonner de l'eau ?

 

Qui servira le pouvoir de l'argent?

Qui roulera en Harley, sponsorisé par le Qatar?

 

Qui détachera les ceintures d'insécurité?

Qui roulera la pierre qui bloque l'entrée? 

 

Qui affirmera sa liberté sans nuire à personne ? 

 

 

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