sylvain thévoz

Humeur - Page 7

  • 10 arguments en faveur d'israël qui alimentent le conflit (6-10)

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    israel,palestine,bdsPour agir, comment se libérer des clichés qui assurent la perpétuation de l'état de violence? Les tenants de la politique du consentement gagnent du terrain. Selon eux, il faudrait prendre le temps de comprendre, se tenir à équidistance des deux côtés, ne pas boycotter, ne plus manifester. Mais "comprendre les deux côtés" revient malheureusement à pencher pour l'état de fait et assure la continuation des pratiques d'une  puissance occupante sur un peuple occupé.

    Au final, renoncer à prendre position revient très vite à abdiquer : "après tout, cela ne nous regarde pas", ou basculer dans une indignation sans embrayage; fatigue de l'impuissance et soumission à la complexité de la situation. Surtout: ne froisser personne. Surtout, ne pas risquer l'impair. Cette posture, au final, revient à renoncer à son pouvoir d'action et d'engagement. Le conflit entre l'état d'israël et le peuple palestinien va se poursuivre. Pourtant, il n'est pas sans fin. C'est le bon moment pour se construire une conscience plutôt que d'utiliser des prêts-à-penser.

    Ce n'est pas la menace militaire qui oriente les préparatifs israéliens, mais le coût ou le gain médiatique et politique d'une intervention armée et la capacité de l'état d'israël à légitimer son action.

    L'intensité émotionnelle du meurtre des enfants sur la plage de Gaza retombera les prochains jours, jusqu'à la banalisation des bombardements et de l'invasion terrestre en préparation. Petit tour des représentations toutes faites qui aggravent le conflit en avançant 10 arguments erronés en faveur d'Israël (6-10).   


    israel,palestine,bds6) Israël n'a pas d'interlocuteurs valables pour la paix

    Faux. Israël a face à lui l'Autorité Palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, interlocuteur de bonne volonté désireux de mettre fin aux violences. La reconnaissance, par l'Autorité Palestinienne de l'état d'israël conduit de fait à la reconnaissance de la prise de 78% du territoire de la Palestine d'avant 1948. L'Autorité Palestinienne l'a fait, conscient que la possibilité d'une paix est à ce prix. Qu'ont-ils reçu en retour? Rien. Pourront-ils accepter que le reste soit grignoté, en souriant ? Non. Soit israël avance avec l'Autorité vers une solution négociée du conflit, soit il choisit de privilégier la violence, option qu'il a malheureusement empoignée à Gaza, provoquant l'embarras des états européens contraint d'appeler à la retenue, incapables d'encourager israël dans sa fuite en avant, impuissant à le freiner.

    Israël, du fait de l'occupation, bafoue quotidiennement toute possibilité de trêve. Les roquettes du Hamas sont un prétexte commode au déclenchement d'une guerre dans une effrayante construction d'un dispositif en miroir. 


    israel,palestine,bds7) La colonisation sert uniquement à mettre la pression sur les palestiniens

    Faux. La colonisation n'est pas un moyen de "faire pression", c'est un moyen d'accomplir une domination dont l'objectif est plus que jamais celui que portait Sharon (2001) de "finir la guerre d'indépendance de 1948", c'est-à-dire: l'expulsion d'un maximum de Palestiniens hors de leurs frontières.

    Sitôt qu'israël accèdera à la reconnaissance de l'état Palestinien, au droit au retour des déplacés de 1948 et renégociera le tracé du mur de séparation, dans un processus, un calendrier, et des objectifs négociés avec l'Autorité Palestinienne, la paix deviendra une possibilité durable et non une accalmie de courte durée entre deux guerres placé sous le signe de l'oppression.

    Israël peut entrer en dialogue, puis traduire dans des actes cette volonté, ou creuser sa monomanie anti-Hamas qui lui permet avant toute chose de ne pas bouger d'un pouce de ses positions conquérantes de colon victimaire, au risque de s'y enfermer dramatiquement.

    Les retombées 

    Ce choix politique d'expansion israélienne fait grandir la crainte d'israël dans toutes les rues du monde, par la monumentale injustice d'asservissement d'un peuple qu'elle abrite. Elle est une menace directe pour tout vivre ensemble par l'idéologie qu'elle revendique. Mais quelle folie furieuse est en train d'emporter israël pour qu'aux yeux de certains, Netanyahu apparaisse maintenant comme un "modéré" ?!

    L'Europe entière pâtit de cette politique va-t-en guerre israélienne. A qui reviendra la  gestion des tensions soulevées par ce conflit en Europe? La Suisse peut-elle, l'air de rien, se faire plaisir en achetant le matériel de guerre israélien (400 millions pour des drones) voulu par Ueli Maurer? Le boycott, le désinvestissement et les sanctions envers israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine demeurent une mesure douce pour préserver une position de la Suisse en accord avec les quatrièmes conventions de Genève, afin qu'elle ne soit pas assimilée à un soutien à israël, coupable de crime de guerre en 2009-2010 à Gaza (opération plomb durci) et récidivant actuellement à Gaza.           

    La colonisation israélienne ne met pas la pression sur les palestiniens, elle les domine. C'est sur les démocraties européennes qu'elle s'exerce. Comment y répondent-elles?

    israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.8) Israël agit avec bonté envers les blessés palestiniens

    Faux. Si, un certain nombre de blessés et de malades palestiniens passent le mur pour se faire soigner, c'est seulement au prix de nombreuses tracasseries; le poids de l'administration conduit à des démarches kafkaïennes. Le mur a isolé des dispensaires. Il oblige les malades à des heures de route et de détours avant de se faire éventuellement soigner. Les rendez-vous sont repoussés de plusieurs mois ou manqués à cause des difficultés ou l'impossibilité d'obtenir des permis de passage. Telle femme atteinte d'un cancer a vu ses autorisations annulées deux fois; telle autre est décédée avant la date de son rendez-vous, repoussé à plusieurs reprises. Les checkpoints ferment à tout moment. Une infime minorité de la population de la Palestine occupée a accès aux soins en israël et surtout, est capable de les payer. Les conditions d'obtention des permis sont drastiques. La colonisation  est responsable, entre autre, de pénurie alimentaire, de hauts taux de mortalité infantile, de non-accès à l'éducation, etc., (Rapport de l'OMS à la soixante cinquième assemblée mondiale de la santé, 2012).

    La situation à Gaza, du fait du blocus, et maintenant des frappes israéliennes est hors normes.  

    israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.9) Les arabes sont des citoyen-ne-s comme les autres en Israël

    Faux. S'il y a des députés arabes israéliens, ils demeurent une minorité et des citoyens de seconde zone. Il n'y a pas une véritable égalité de droits et de devoirs entre arabes et juifs dans l'état d'Israël. Lire pour cela l'article du Monde de Robert Blecher décrivant une "citoyenneté en conflit" (www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/31/les-arabes-d-israel-une-citoyennete-en-conflit_1740023_3232.html). La situation pour les arabes israéliens n'a cessé de se dégrader depuis l'an 2000, la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquées, l'assassinat de sept palestiniens dans les manifestations qui ont suivi et le déclenchement de la deuxième intifada.

    Quelques arabes israéliens obtiennent encore des positions en vue en israël. Sont-ils alors les représentants des minorités (in)visibles ou une caution déformée de la "démocratie" israélienne? 

    Il y a malgré tout encore des raisons d'espérer quand des israéliens, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, se mobilisent pour la paix et manifestent pour arrêter les bombardements à Gaza; quand des associations comme B'tselem, La paix maintenant, JAG (Jews against Genocide) ou Breaking the silence, défendent le droit, la justice, et une paix négociée.

    Les arabes ne sont pas des citoyens comme les autres en Israël. Il reste toutefois encore des citoyen-ne-s israélien-ne-s pour dénoncer cet état de fait.


    israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.10) Il faut être arabe ou juif pour parler de ce conflit religieux

    Faux. Ce conflit n'est pas un conflit religieux, mais un conflit politique avec pour enjeu le contrôle d'un territoire disputé. Les arguments qui renvoient dos à dos Hamas et juifs extrémistes, faisant des identités religieuses un problème essentiel escamotent les enjeux socio-économiques. Je ne suis pour ma part pas juif, pas arabe. J'ai étudié à l'université de Genève, appris l'hébreu pour traduire des passages de la Torah, suivi avec passion les enseignements du rabbin Guedj dans le cadre de la fondation Racines et Sources. Et puis ? Des rencontres et choix politiques m'ont conduit à construire une opinion sur la situation de la colonisation israélienne, à développer une position critique envers celle-ci.

    Pas besoin d'être arabe ou juif pour comprendre ce conflit et s'y engager, ni d'avoir vécu 20 ans au Moyen-Orient. L'appareil de propagande logé dans le langage rend difficile de s'en détacher. Ce qui importe c'est faire sauter,  avec une grille de lecture politique, les rouages de la colonisation qui emprisonne les palestiniens et malgré tout un appareil dissymétrique, un certain nombre d'israéliens aussi. 

    L'enjeu est de mettre fin à une opération de colonisation de la terre et des esprits qui réclame notre complicité, notre collaboration passive, et notre silence pour se poursuivre.

    Devant nous : une colonisation effrénée qui mène, au nom du droit à se défendre d'israël, et à une martyriologie perverse, une guerre d'expansion, aux négations des droits de l'autre. Nous (êtres humains dotés d'empathie) devons choisir si nous souhaitons en être les témoins, les complices ou les opposants.     

     

    Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

    Ces photos illustrent l'action symbolique des JAG (Jews against genocide) qui se sont rendus à Yad Vashem, mémorial Israélien du génocide commis contre les juifs à Jérusalem, devant la Knesset, parlement israélien, et devant la base militaire d'Hakirya à Tel Aviv afin d'y honorer les enfants palestiniens morts sous les bombardements. Anat Cohen, membre du JAG a affirmé que c'étaient les premières manifestations d'une série qui allait se poursuivre tant qu'Israël continuera d'assassiner les enfants palestiniens. Les gardiens de Yad Vashem ont tenté d'interrompre la cérémonie, confisqué les extincteurs des JAG et appelé la police israélienne qui a arrêté les manifestants. "De la même manière que nous honorons les gens qui ont été tué il y a 70 ans en Europe parce qu'ils étaient juifs, nous sommes ici pour honorer les gens qui sont assassinés en ce moment même parce qu'ils sont les autochtones de cette terre et qu'ils ne sont pas juifs" ont communiqué les JAG.

    Ces actions extrêmement fortes illustrent la diversité des avis en Israël, et la capacité des citoyen-ne-s, artistes, et militant-e-s, à contester l'action de leur gouvernement. 





     

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  • 10 arguments en faveur d'Israël qui alimentent le conflit (1-5)

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    israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.Pourquoi la colonisation israélienne nous concerne-t-elle directement? Pourquoi est-il impossible d'esquiver ce conflit en le mettant sur le même pied que ce qui se passe au Tibet ou en Ukraine par exemple ? Pourquoi ne pas s'y impliquer revient à terme à fragiliser notre sécurité et renforce la responsabilité de l'Occident dans les violences qui s'y déroulent? Pour agir, comment se libérer des clichés qui assurent la perpétuation de l'état de violence. Petit tour des représentations toutes faites qui aggravent le conflit en avançant 10 arguments fallacieux en faveur d'Israël (1-5).      

    1) Le mur de séparation assure la sécurité d'Israël  

    Faux. Il y a un paradoxe dans l'argumentation de ceux qui défendent la présence du mur. Ils affirment que le mur protège Israël des terroristes du Hamas. Pourtant, de nombreux travailleurs passent le mur pour travailler en Israël. Le mur n'est pas une garantie sécuritaire, il est non-étanche. De nombreux points de passages laissent entrer des clandestins. Le mur, comme le rappelle René Bachmann (Le Mur, éditions du Seuil) est avant tout un outil visant à découper des terres et à poser de nouvelles frontières au profit de l'état d'Israël, enserrant et protégeant ses colonies. Maale Adumim "perle brillante de l'état d'Israël" selon ses élus municipaux, en est l'une d'elle, construite illégalement, coupant la Cisjordanie en deux. Le mur est un outil de domination économique et géopolitique, pas une garantie de sécurité. Il demeure une des sources du problème, pas une possibilité de sa résolution. Ce n'est pas le mur qui a empêché les attentats terroristes, mais la trêve négociée entre le Hamas et Israël, et le choix politique de l'Autorité Palestinienne de renoncer à la violence. La diplomatie affirmera Israël, pas les murs ni les bombes, ni ses interventions armées qui donnent bien de nouvelles forces à ses détracteurs et attise  la haine. Il n'y a pas de solution militaire à ce conflit et le mur est une construction militaire. 


    israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.2) Israël donne du travail aux palestiniens

    Faux. Israël le fait payer plutôt, et cher. La colonisation produit de la main d'oeuvre bon marché, un lumpenproletariat corvéable à merci. Israël est une économie florissante sous perfusion américaine. Une colonisation ne peut se justifier parce que des colons emploient des colonisés à des salaires horaires misérables. Les français en Afrique employaient des natifs, cela donne-t-il une légitimité à la colonisation? Certainement non. Israël ne donne pas du travail, il développe une économie basée sur l'exploitation. Personne ne s'attend toutefois à ce qu'Israël soit plus vertueux que d'autres pays. Ce n'est pas de la vertu qui est attendue, mais le respect du droit. Si Israël se réclame de la démocratie et veut en honorer les engagements, elle ne peut se satisfaire d'être comparée à l'Egypte des maréchaux ou aux criminels islamistes qui égorgent et tuent en Syrie et en Irak. Comparer Israël à la lie pour lui donner un semblant de légitimité et la placer au-dessus des pires dictatures est humiliant pour elle. Si Israël se revendique de l'Europe, veut pousser la chansonnette à l'Eurovision, continuer d'envoyer ses équipes de football jouer dans les championnats européens, elle doit jouer à ce niveau là, pas se reléguer au niveau des états atomisés aux pratiques criminelles comme l'Irak ou la Syrie avec l'argument fallacieux d'être la "seule démocratie" du Moyen-Orient tout en commettant à Gaza des crimes contre l'humanité.     

    israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.3) Le Hamas veut avant tout la destruction d'Israël

    Faux. Le Hamas est à l'origine un mouvement communautaire et social. Il s'est radicalisé lors de la première intifada (1987) et a, à de nombreuses reprises, signé et accompli des trêves avec Israël. Il a proposé, en 1993, à Israël, la paix en échange de son retrait des territoires occupés. Les cycles de violence du Hamas avec Israël montrent un rapport de force, et un dialogue constant entre les deux entités. Il est impossible au Hamas de créer une véritable économie et donner du travail à  sa population actuellement en raison du blocus israélien (2005) enserrant Gaza; impossible à quiconque de développer une économie viable à Gaza autre que de survie. Le Hamas est une jauge de sécurité pour Israël. Si le Fatah prend de l'ampleur, Israël renforce le Hamas. Si le Hamas gronde, Israël desserre l'étreinte au Fatah. Si les deux s'unissent (2 juin 2014) Israël lance une attaque qui les fragilise tous deux. Le Hamas est une monomanie, une obsession israélienne, son repoussoir favori. En février 2006, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, réitère la proposition de trêve de durée indéterminée et de mettre fin à la lutte armée si Israël se retire de tous les territoires occupés et reconnaît les droits du peuple palestinien. Israël refuse. Il est aujourd'hui pervers de nier le droit à un peuple de s'autodéterminer en prenant en exemple sa composante la plus extrémiste pour la frapper tout en faisant parallèlement le nécessaire pour la renforcer quand elle peut être utile politiquement. L'Autorité Palestinienne ne partage pas l'idéologie et la stratégie du Hamas. Pourquoi Israël n'intensifie-t-il pas ses échanges avec elle? 


    israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.4) Le droit au retour est un luxe dont finiront par se passer les Palestiniens

    Faux. Tant qu'Israël n'accédera pas à cette exigence, le conflit perdurera. Il ne s'agit encore pas là de la vertu ou non d'Israël de s'y plier, mais du respect du droit international et d'honorer les quatrièmes conventions de Genève. Une fois les combats terminés, les civils doivent pouvoir retourner chez eux, dans leurs propres maison. Depuis bientôt quatre générations (1948), ce droit est bafoué par Israël. Il n'y a, là encore, aucun sens d'invoquer les autres états arabes et de pousser vers eux la question Palestinienne. On entend dire: "que les autres états arabes les accueillent". Mais non. Qu'ils choisissent ou non d'accueillir les palestiniens est non-signifiant. Les habitants de Jaffa sont originaires de Jaffa, pas Bagdad, c'est insensé de vouloir les envoyer au loin. Ils doivent pouvoir retourner chez eux, même si leur ville s'appelle Tel-Aviv aujourd'hui. Pourquoi l'Etat d'Israël bloque-t-il ce retour? Parce que ce serait la fin de l'état hébreu disent certains. Quel paradoxe. Si c'est le cas, comment prétendre démocratique un état qui se définirait par essence hébreu et donc par définition à dominance juive? Quelle est la nature de la démocratie de l'état d'Israël si une partie de sa population originaire ne peut y vivre, et celle qui y réside actuellement a pour vocation d'y demeurer minorisée ?      

    5) Les épisodes de violence sont initiés par les arabes

    Faux. La colonisation est un acte de violence, elle est à la racine, au coeur des autres violences qui en découlent. Invoquer le Hamas à tour de bras ne fait que le renforcer et lui donner plus de puissance. Pourquoi Israël ne s'appuie-t-il pas sur l'Autorité Palestinienne, ne renforce-t-il pas la position de Mahmoud Abbas, modéré, pragmatique, ayant reconnu l'état et l'existence d'Israël? Dès 1987 le Hamas a été toléré, accepté, voir soutenu par Israël pour contenir le Fatah selon le principe de "diviser pour régner". Israël, par les excès d'une politique de colonisation effrénée, a tout fait pour fragiliser Mahmoud Abbas qui a été présenté comme "trop tendre". La cote de popularité du Hamas est montée. Certains palestiniens ont cru qu'il pouvait être une alternative au Fatah. La colonisation divise. Choisir d'enfermer un peuple, à Gaza comme en Cisjordanie est une violence continue et quotidienne qui n'a pas besoin de coups de feu pour être dénoncée et sanctionnée. 


    Les arguments 6 à 10 en faveur d'Israël qui alimentent le conflit seront publiés ultérieurement.  

    Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

     

  • Gaza: boucherie sur la plage

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    Gaza est un hachoir. Plus de 150 morts et 1000 blessés depuis 6 jours, pour l'écrasante majorité des civils. Cette boucherie ne peut être qualifiée autrement qu'un crime contre l'humanité. Israël va a engager les combats au sol. Le bilan humain va drastiquement augmenter. Le bain de sang est programmé. Le long de cette plage de la Méditerranée, une boucherie sans crème solaire sous 37 degrés est en route. Israël présente les gazaouis au hachoir des F16 sur une petite musique de drone. Le point de passage de Rafah est bloqué par les militaires égyptiens avec la bénédiction d'Israël. Les habitant-e-s se font tabasser au poste de passage. Ils attendent trois jours de pouvoir fuir avant de se faire refouler dans la nasse. Seuls les détenteurs d'un passeport international peuvent sortir. Les palestiniens sont refoulés. Ce sont les otages d'Israël, désignés pour le hachoir.       

    Gaza, Hébron, Ramallah, même combat 

    Si l'on cherche la source du problème, ce n’est pas en désignant Gaza ou le Hamas qu’on la trouvera. Il faut voir l’entier de la Palestine illégalement occupée par Israël. Les Israéliens affirment qu’ils se sont retirés de Gaza, ah bon? Il est fallacieux de dire que Gaza est un territoire autonome. La Palestine est occupée, Gaza incluse, comme Jérusalem, la Cisjordanie. Il n’y a pas d’occupations 5 étoiles. Il n’y a pas d’occupation démocratique. Il est impossible de rester neutre. L’occupation, peu importe sa légitimation et son appareil de propagande demeure une occupation. C’est une violation des droits de l’homme, de la quatrième Convention de Genève. Le silence du CICR à ce sujet est assourdissant. C'est une source renouvelée de guerre, de conflit, tant que durera l'occupation.

    Une communauté plus interdite qu'internationale

    Il ne faut pas traiter les conséquences mais l’origine des problèmes. Et la racine du problème ne tourne pas autour des missiles qui partent de la bande de Gaza occupée. C'est, cela, une conséquence. Bien sûr, il faut les condamner. Parce qu’ils visent des civils. Parce qu'ils sont absurdes, contreproductifs et vains. Parce qu'ils fragilisent l’unité palestinienne, prise en otage par le Hamas, au profit d'Israël. De la même manière, le problème ne vient pas des enfants qui lancent des pierres sur l’armée occupante en Cisjordanie.

    Le véritable problème c’est: pourquoi il y a-t-il encore et toujours, en 2014, une puissance occupante en Palestine; des colons désireux de se prendre des pierres pour riposter à l'arme de guerre? Pourquoi enfin la communauté internationale a-t-elle cédé clé en mains un pays à Israël en 1948, refusant ce même droit aujourd'hui à une autre entité légitime? La complaisance des états européens est terrible. L'attitude de la France, appelant à la retenue du bout des lèvres et détournant le regard est indigne. L'attitude de la Suisse qui se prépare à acheter pour 400 millions de drones israéliens irresponsable et écoeurante. Cela ne doit pas se faire. Comment obtenir de nos gouvernements qu'ils prennent position contre la guerre, arrêtent de la soutenir, et de la communauté internationale qu'elle soit moins interdite devant ce qui se déroule et est une conséquence aussi de leur inaction?

    Ils tuent collectivement les innocents

    La punition collective n’est pas une chose nouvelle. C'est une politique. Elle est mise en œuvre sur l’ensemble de la Palestine depuis des décennies. Plus de 5000 palestiniens sont détenus aujourd'hui dans les prisons israéliennes. Ce sont des parlementaires, des élus, des militants, des femmes, des mineurs. Israël vient de rafler dans leurs maisons les prisonniers qu'elle avait échangés contre Gilad Shalit.

    Israel affirme qu’il s’est retiré de Gaza, que Gaza est un territoire libre sous contrôle du Hamas. Mais, je le répète: Gaza est une prison bouclée avec des drones qui patrouillent dessus. Personne n’en sort ou n’y rentre sans l’accord d’Israël qui y intervient quand il veut où il veut, sans s'embarrasser de prétextes. Il n’y a aucune circulation libre de biens ou de personnes. Le contrôle de la terre, des airs, de la mer est total. Parfois Israël sort un prétexte toutefois : "roquettes roquettes" le plus souvent.  Mais Gaza n’est pas un monde à part. Le droit humanitaire et international s'y applique. Dans un rapport de 2011, l'OMS, rappelait que: "les obligations d'Israël au regard de ses engagements [internationaux en matière de droit humanitaire] s'appliquent à tous les territoires et populations placés sous son contrôle effectif." Israël "a l'obligation de maintenir [en état de fonctionnement] les établissements et services médicaux de santé publique et d'hygiène dans la bande de Gaza, ce qui implique au minimum qu'Israël - en tant qu'état contrôlant l'entrée et la sortie de la bande de Gaza de tous produits, y compris les produits médicaux, le matériel médical et les matériaux de construction -, tout en étant fondé à protéger sa sécurité, n'entrave pas l'accès aux soins des patients qui en ont besoin".

    Israël viole tous ses engagements et toutes ses responsabilités internationales en bombardant Gaza au cri de « roquettes roquettes » ou « sécurité sécurité » qui sont des cartes truquées, une vieille combine de croupier pour gagner à coups sûrs.   

    Roquettes roquettes !

    Si de centaines de roquettes ont été lancées en direction d’Israël, il n’y a, à ce jour, Dieu merci, aucune victime civile israélienne. La majorité des roquettes ont été interceptées. Les résidents Israéliens le disent eux-mêmes : ce sont des tirs d’amateurs. Ils n'en ont pas peur. Cela démontre :

     1) Combien le Hamas est limité militairement et lance des missiles stériles.

     2) Le système défensif d’Israël est au point. Pourquoi lui faut-il alors encore massacrer Gaza quand son système de défense lui assure sa sécurité? 

    Le cri : Roquettes roquettes! ressemble au cri lancé par Georges Bush au sujet des prétendues armes de destruction massive en Irak. Dans le cas des armes de destruction massive elles étaient réellement destructrices mais inexistantes ; dans la situation d'aujourd'hui, il s’agit des roquettes bien réelles mais totalement inoffensives.  Dans les deux cas, on assiste à une théâtralisation de la menace, un jeu sur les sentiments de peurs; une mascarade identique de radicalisation de la menace pour légitimer une intervention armée dans un territoire étranger et éradiquer toute opposition. 

    D’où partent les roquettes ?

    Sitôt découvert le meurtre des 3 jeunes colons israéliens, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne a clairement condamné le crime et proposé son aide pour trouver les criminels. Mais qui les a horriblement tués ? Qui a mis en place cette opération ? Et à qui bénéficie ce crime qui tombe si bien dans l’agenda politique d’Israël? Pour l’instant, le Hamas continue de démentir en être responsable. L’Autorité Palestinienne a sévèrement  condamné cet acte. Israël, lui sanctionne et punit aveuglément. Que faisaient ces 3 jeunes hommes dans des colonies illégales ? Que font encore des jeunes israélien là-bas d'ailleurs? Qui a pris la responsabilité de les envoyer dans un territoire illégalement occupé, et surtout: quand est-ce qu'une enquête nous dira ce qui s'est réellement passé. « Roquettes roquettes », « Sécurité, sécurité », le principe de l'agression défensive est une ficelle trop grosse et violente pour l'avaler. Force est de constater qu'elle évacue au profit d'Israël de nombreuses questions.

    Neutre = neutralisant

    C’est de l’occupation que ressort l’escalade de la violence. C'est elle qu'il faut tenir pour responsable. C'est contre elle qu'il faut lutter si nous souhaitons sincèrement que la violence cesse, qu'une paix durable s'installe. La neutralité ne sert à rien, elle neutralise. La neutralité est une manière suave de détourner le regard.  

    Dimanche 13 juillet 11h, Israël lance une opération au sol. Elle lâche ses soldats dans une population apeurée et acculée pour y chercher des "Roquettes roquettes" ou plutôt : les preuves de son ignominie.     


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  • Boycotter Israël ou continuer à compter les morts?

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    israel,palestine,droit,bds.Est-ce que le fait d'appeler au boycott d'Israël est une manière de punir les israéliens, les innocents tout autant que les coupables? Est-ce une mesure discriminatoire, injuste? 

    Tout d'abord, rappeler ici que le boycott n’est pas une punition, ni contre des Israéliens innocents (qu’ils soient producteurs, paysans, ou ouvriers), ni contre des israéliens coupables. Le boycott n’est ni un principe moral ou de jugement, c’est un engagement politique et éthique qui vise à faire pression sur une politique menée par un état qui s'est placé au-dessus du droit et prend à la légère les résolutions de la communauté internationale, tout en se rendant actuellement coupable aujourd'hui à Gaza de crime contre l'humanité.

    Le succès du boycott mené en Afrique du Sud est un encouragement et un exemple historique de la capacité des peuples à être solidaires les uns envers les autres en faisant appel au pouvoir individuel de mobilisation et d'engagement. 

    israel,palestine,droit,bds.Le boycott: un outil efficace

    Le boycott vise à donner du pouvoir aux forces progressistes en Israël, afin qu’ils influencent les politiques menées dans leur pays. Le boycott vise à restaurer les droits des producteurs, paysans, ouvriers palestiniens exploité-e-s en Israël comme dans les territoires occupés.

    Il vise à remettre au centre de la question les rapports de domination et d'exploitation actuels en Israël. Avoir un pacifisme plus engagé envers Israël afin de ne pas être complice de ses coups de sangs ou stratégie de contrôle ; être plus critique et exigeant afin de se comporter en possible partenaire d'Israël. Si, par peur de "punir le faible israélien pour la faute de son gouvernement", on se tait, les manoeuvres des puissants sont facilitées et, en dernier recours, le malheur du plus grand nombre. Non, ce n'est pas se comporter en possible partenaire d'Israël que de soutenir les politiques du Likoud et des faucons d'extrême droite, des ultras religieux. Acheter des drones israéliens pour 400 millions, les mêmes qui vrombissent sur Gaza comme le propose le conseiller fédéral Uelie Maurer (UDC) c'est inconscient et dangereux pour la Suisse, sa "neutralité" qui fait sa fierté.

    Non, ce n'est pas se comporter en possible partenaire d'Israël que de censurer les critiques, enterrer les questions... ou consommer des produits provenant de territoires illégalement occupés et confectionnés avec une main d'oeuvre exploitée.

    israel,palestine,droit,bds.Que dit le droit?

    Compter les morts d'une côté, les rendre équivalents aux roquettes de l'autre, pour légitimer ses frappes? Cette comptabilité est morbide. Il faut revenir au droit pour se faire une idée de la singularité de la situation en Israël. Or, que dit le droit ? La résolution 194 du 11 décembre 1948 affirme le droit des réfugiés palestiniens qui le désirent de rentrer dans leurs foyers ou de bénéficier d'indemnités. La résolution 242 du 22 novembre 1967 demande l'évacuation de territoires occupés. La résolution 338 demande l'application de la résolution 242 dans toutes ses parties. La construction du mur de séparation est illégal, l'Assemblée générale des Nations unies l'a affirmé le 21 octobre 2003. Le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice affirme que : « L'édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international » Ces résolutions sont toujours restées lettres mortes, bafouées. Depuis 1948 ce sont des centaines de résolution de l'ONU qui ont été foulé aux pieds.

    En 2005 les représentant-e-s de la société civile palestinienne (plus de 150 associations) ont lancé un appel international au boycott, aux sanctions et aux retraits des investissements en Israël, à l'exemple de la lutte menée contre l'Apartheid en Afrique-du-sud. Cet appel a été renouvelé avec force depuis Gaza assiégé le 09 juillet (http://carol.blog.tdg.ch/archive/2014/07/10/les-conventions-de-geneve-ont-elles-un-sens-bis-257764.html)

     

    israel,palestine,droit,bds.Les syndicats soutiennent le boycott
    Le réseau européen des syndicats alternatifs de base a entendu l'appel au boycott en mars 2014 : La Confederacion General del trabajo, l'Intersindical Alternativa de Catalunya (Espagne), l’Union Sindicale Italiana, la Fédération Sud Vaud (Suisse), la Confédération National du Travail (France), des syndicats français, belges, espagnols, grecs, polonais, de l'Europe entière, soutiennent le boycott.

    Le site BDS Suisse www.bds-info.ch permet de se faire une idée de l'ampleur du mouvement et de son efficacité. 

    Objectifs du boycott

    Le boycott se justifie en ce qu'il est un des moyens de lutte pour atteindre des objectifs circonscrits dans le temps:

    1) Mettre fin à la Colonisation

    2) Démanteler le Mur

    3) Reconnaître les droits des travailleurs arabos palestiniens

    4) Respecter protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés.

    israel,palestine,droit,bds.Tant que ces objectifs ne seront pas atteints, le cycle des violences se poursuivra inexorablement. Est-il possible de rester les bras croisés, voire de contribuer à la poursuite de l'exploitation en consommant des produits israéliens, économie florissante basée sur l'exploitation territoriales et des forces de travail palestiniennes?

    Il est intellectuellement fallacieux et suffisant de se contenter de la rhétorique israélienne de diabolisation du Hamas pour éviter d'avancer sur ces 4 points. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre Israël, mais de donner une possibilité à une paix juste de croître. Sans ce mouvement, le comptage des morts d'un côté et des roquettes de l'autre se poursuivra, et le désintérêt international pour une question "compliquée" la rendra toujours plus inextricable.

    Le boycott est la première mesure ferme, juste, mais symbolique aussi, qui permette de canaliser la rage, la haine pour certains, que l'intervention israélienne génère au-delà de tout contrôle et territoire.


    Le boycott est un moyen d'être actif. C'est aussi une ligne de front. Il est désormais à la portée de chacun-e- de s'engager, ou de continuer à compter les morts.


    Vendredi 11 juillet 16h Place des Nations Genève, Manifestation pour dénoncer les frappes de l'état d'Israël sur Gaza, qualifiées de crime de guerre et de crime contre l'humanité.


    Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

    Photos prises le 09/07 à Tel Aviv lors d'une manifestation s'opposant à l'attaque contre la bande de Gaza.

    Illustrations: "L'occupation nous tue tous"/ "Les femmes juives et palestiniennes ne veulent pas la guerre" / Gauche: "Les politiciens exploitent l'enlèvement des enfants" Droite : "Libérez la Palestine" / "Nous ne voulons pas la guerre" /


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  • Toutes nos victoires dans ce lieu sont de cette nature

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    index.jpgSous l'emprise de la torture certains d'entre nous ont avoué avoir participé à un trafic de missiles, creusé des tranchées, ravitaillé des entrepôts en armes, transmis des lettres aux combattants, nourri des résistants. Tu avoues des actes que tu n'as pas commis ou tu amplifies ceux dont tu es l'auteur... pourvu que la douleur cesse

    Ainsi s'exprime Soha Béchara au début de "La fenêtre" livre écrit avec Cosette Ibrahim, témoignage de ses 10 années passées au camp de Khiam pour avoir tiré sur le général Antoine Lahad, chef de l'armée du Liban-Sud. Libanaise chrétienne, communiste, Soha Béchara sera torturée et subira l'isolement sans jamais n'avoir été jugée. Elle sera libérée à la faveur d'une campagne internationale de soutien. Elle vit désormais à Vernier, Genève. Cosette Ibrahim, née à Beyrouth, sera internée pendant 9 mois en 1999 à Khiam sans être jugée non plus. Elle vit désormais à Paris.  

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  • Boycotter Israël

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    10533551_564295353690163_1717698667271781513_n.jpgUne personne, de passage en Israël, avec une volonté de "bien faire" et un humanisme sincère, m’a écrit pour critiquer mon dernier billet «  Israël : visage d’Apartheid », me demandant pourquoi je l’avais publié et me racontant ses deux semaines en Israël avec un passage à Naplouse, l’achat touchant de 50 grammes de safran, l’odeur de la chica et de thé, la contemplation des récits de martyrs sur les murs. Mon billet,  à ses yeux, ne contribuait qu'au flou des faits et des acteurs, par la démonisation d'Israël. J’allais trop loin. Elle me proposait de venir voir sur place et faire un article moins fade. J’essaie donc ici de m'exprimer plus clairement que dans mon premier billet.  

    Le mur n’est pas une frontière poreuse

    Dans son récit de voyage, elle voulait "rendre la frontière poreuse". Louable vertu des échanges : elle a ainsi pu rencontrer le maire d’une ville palestinienne puis manger avec un ambassadeur américain. Mais cette façon de traverser les conflits en croyant que ses privilèges sont une norme, est fallacieuse. Si elle passe bien, c’est avant tout parce qu’européenne, avec un bon profil. Elle ne dérange rien. Pendant ce temps, les Palestiniens, eux, s'agglutinent aux grilles. Allez leur parler de porosité. Allez voir au checkpoint de Kalandia, aux villages de Kalkilya, à Bil'in à Nil'in, coupés par le mur, aux checkpoints de Bethléem à 6h du matin, ce qu’il en est; et déguster le  "petit déjeuner Israélien" aux gaz lacrymogènes, voir les vieux, malades, sécher sur pieds et les femmes enceintes descendre des ambulances parce qu'elles n'ont pas les documents nécessaires pour passer le contrôle. Le mur n’est pas la même frontière pour tous. Il ne garantit pourtant même pas la sécurité d’Israël (cf. René Backmann : un mur en Palestine, Seuil). De nombreux points laissent passer les travailleurs illégaux nécessaires à l’économie israélienne. Le mur est avant tout un outil de domination sociale et de contrainte; un barrage à la paix et un outil nécessaire à la guerre pour Israël, afin d'engranger des terres.  

    10462661_564296097023422_6668086022860635688_n.jpgNous n’en sommes pas encore à la loi du talion

    Il n’y a pas d'égalité dans ce conflit, mais un rapport totalement dissymétrique. Nous n’en sommes pas encore à la loi du talion: oeil pour oeil dent pour dent est un rapport lointain. Aujourd’hui, c’est encore : pour une dent de lait : dix de tes yeux et ceux de tes enfants avec. Appliquer une loi, fût-ce celle du talion serait déjà un semblant d'équilibre. Tant que, dans les discours, cette exigence d’égalité ne sera pas atteinte, posée comme préalable ; tant que l’on ne partira pas de là, la situation ne pourra changer.

    Equilibrer les rapports de force

    Les prémisses égalitaires légitiment la domination d’Israël. Les discours déresponsabilisant Israël comme entité politique, reviennent à lui signer un blanc-seing et l'autorisent de facto à faire comme si la violence tombait du ciel, ou plus facilement: arrivait d'en face. Les logiques victimaire ou de légitimisation de la position de martyre d'Israël survivant "seule contre tous" dans un environnement hostile lui permettent de poursuivre sa stratégie de consolidation de sa domination. Les "frères ennemis" ne sont pas dos à dos, c'est faux. Il y en a un qui est assis sur l'autre et l'écrase. Et quand celui qui est frappé se défend, il est très durement puni, et collectivement, pour l'exemple. Et même quand celui qui est frappé ne frappe pas, il est puni, préventivement. Ainsi, la domination continue.

    Celui qui dénonce cet état de fait est rapidement accusé. Au mieux de manichéisme, au pire d'antisémitisme. Pas touche à l'état de domination, garantie de sa perpétuation. Il y a certes de nombreuses ONG et des militant-e-s qui oeuvrent pour la justice en Israël (Breaking the Silence, B'Tselem, La paix maintenant, etc., ), je les soutiens. Ils  font un travail incroyable. Et certaines d'entre elles soutiennent le boycott d'Israël.

     

    10456829_564295950356770_5967734490309057967_n.jpgLe deux poids deux mesures et les fallacieuses demandes d’équivalences

    Pourquoi, alors que le Hamas a été élu démocratiquement (2006), le blocus de Gaza a-t-il été déclenché, le Hamas diabolisé, et la bande de Gaza régulièrement dronée et bombardée (2008-2009 : Opération plomb durci : 1315 Palestiniens tués dans l'offensive israélienne, dont 410 enfants et plus de 100 femmes, 5285 autres blessés), dans un déni de démocratie?

    Depuis le début de la deuxième intifada le 29 septembre 2000 jusqu'au 30 novembre 2008, B'Tselem a dénombré, pour la Bande de Gaza, 2994 Palestiniens tués par les Israéliens, 459 Palestiniens tués par d'autres Palestiniens, et 136 Israéliens tués par les Palestiniens. Alors qu’une troisième intifada et peut-être une intervention israélienne à Gaza est envisagée en Israël, combien de milliers de morts palestiniens à venir encore ? Et pourquoi donc, selon les belles logiques d'équivalences, si le Hamas est sur la liste des organisations terroristes de certains pays occidentaux, Israël ne le serait-elle pas? Parce qu'Israël n'est pas une entité terroriste? Certes. Comment expliquer alors les milliers de morts palestiniens? Et comment nommer la violence qui s'exerce sur eux?

    Nier la domination, c'est l'alimenter

    On assiste à la claire domination d'un Etat sur un peuple. Des majorités politiques de droite dure et d'extrême droite sont élues en Israël sur une conception d'un Etat religieux ultra militarisé et ethnicisé. Fragmenter les groupes, diluer les responsabilités, individualiser ou psychologiser le conflit: et vas-y que c'est "très compliqué" afin de rendre la situation effectivement illisible, finit par la rendre inextricable. La domination est un fait. La nier, c'est la cautionner, donc la nourrir. Quant à la dénoncer, ce n'est pas démoniser Israël, mais encore soutenir les forces démocratiques dans ce pays.

    10351837_564295357023496_2634227026970794277_n.jpgLes modérés n’ont rien obtenu

    La rhétorique de soutien aux modérés est dysfonctionnelle. Qu’est-ce que les modérés ont obtenu ? Plus modéré que Mahmoud Abbas, c'est introuvable, et qu’est-ce que Mahmoud Abbas a obtenu ? Des promesses, et Ramallah Dream (cf.Benjamin Barthe). Est-ce que le mur a disparu, est-ce que la colonisation a cessé depuis que le Fatah a déposé les armes et que Abbas a pleinement collaboré avec Israël? Non. Pourquoi? Parce qu'Israël a toujours soutenu à bloc l'extension et le développement des colonies, faisant le choix de la politique de l'étouffement et de la parcellisation de la Palestine. Les modérés existent, mais Israël n'a pas accédé à une seule de leur demande. Pas une. Et la colonisation de se poursuivre à grande échelle.

    474466_430380493651347_481954151_o.jpgAgir

    Pour conclure, l'Europe doit au plus vite se débarrasser d'un vieux complexe "neutrophile" et engager pleinement ses diplomaties pour freiner Israël. Si elle ne le fait pas, ce sont aux peuples solidaires d'opérer le boycott. Si les peuples ne le font pas, à chacun-e de commencer, immédiatement. Le boycott, est une arme de paix efficace. Il a obtenu de nombreux résultats tangibles (Cf. Sodastream). Israël le définit désormais comme "une menace stratégique".

    Suivi largement, le boycott permet d'espérer changer les équilibres internes en Israël ; à tout du moins de retenir les gouvernants de ce pays d'agir comme bon leur semble en toute impunité et violations des droits de l'Homme.

    Le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation de la Palestine) est une des dernières options crédibles pour la paix. C'est à ce jour la seule dont nous disposons dans nos supermarchés comme au moment d'acheter nos billets d'avion pour les vacances.

    Boycotter l'achat de drones israéliens par  la Suisse

    Tout d'abord, Ici, maintenant, faire pression sur le Conseil Fédéral pour qu’il renonce à l’achat de drones israéliens pour 300 à 400 millions -les mêmes qui aident à pointer des cibles sur Gaza actuellement-, mais aussi à l’achat de tout matériel militaire provenant de pays violant le droit international et le droit international humanitaire; demander que le Conseil Fédéral suspende toute collaboration et/ ou achat militaire avec tous les pays du Moyen Orient tant que la situation actuelle en matière de droits humains prévaut.

    Produits Israéliens ? Non merci ! Ni drones ni tomates ou basilic, jusqu'à ce qu'Israël respecte le droit international et reconnaisse le droit légitime des Palestiniens à une vie libre.

    Ni drones ni tomates, mais la justice maintenant.


    Merci de signer la pétition : Non à l'achat de drones israéliens.

    https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/non-%C3%A0-l-achat-de-drones-isra%C3%A9liens


    Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

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  • Israël: visage d'Apartheid

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    10514581_564295400356825_8529882966906594120_n.jpgIsraël, ton visage d'Apartheid crève les yeux. J'aurai voulu pouvoir prendre un avion pour aller à Tel Aviv, retourner à Jérusalem, voir le tombeau du Christ au Saint-Sépulcre, le Mont des oliviers, et pourquoi pas flâner dans le souk cet été, manger des tomates grillées à l'ail, des aubergines grillées au marché, prendre encore un verre sur une terrasse ombragée de la vieille-ville.

    Mais Israël, ton visage d'Apartheid rend impossible le tourisme, de faire comme si de rien n'était en achetant un guide bleu à la librairie de l'aéroport, avant d'aller se baigner au lac de Tibériade. Tu traites tes minorités moins bien que tes chiens; dans ton arrière cour: ratonnades, bastonnades et humiliations quotidiennes. Ta face d'Apartheid est une figure d'épouvante.    

    10492247_564296060356759_5378004022016789853_n.jpgVertus curatives de la boue

    Israël j'aurai aimé me baigner dans la mer sur salée, tes produits de soin y sont réputés. Ils sont exportés dans le monde entier. Hommes et femmes se mettent sur le visage une crème douce, se gomment des impuretés au sel de la mer morte.

    J'aurais pu offrir à mes amis un onguent deadsea : www.premier-deadsea.com c'est de la bonne qualité, pas cher, et puis la boue noire de la mer morte est curative. Elle stimule la circulation sanguine des parties du corps atteintes de rhumatisme. Mais ton visage, Israël, porte désormais un autre reflet. Celui de l'enfant carbonisé avec de la fumée dans les poumons - il était vivant quand il a été consumé-. Grillé vif à 16 ans, parce qu'Arabe, innocent. 

    Israël figure de la peur

    Ta circulation sanguine Israël transporte de gros caillots pour partie déjà acheminés à la tête : extrémisme religieux et radicalisme colonial, allié à un capitalisme avide, orientent ta politique d'Etat. Ils font de ton visage un visage de séparation et de domination. La rupture d'anévrisme te guette, trop de  botox américain, de chairs étirées, tranchées à vif. 

    Le masque se craquelle, malgré tes efforts de normalisation visant à montrer que l'occupation est respectable, la colonisation un facteur nécessaire. Les agences de voyage peuvent toujours continuer d'essayer de vendre de la poudre aux yeux, ta diplomatie du rêve. Jouer à gagner du temps t'en a fait perdre beaucoup. 

     

    Israël, Apartheid, Ce que racontent les cendres

    Réduire en cendre un gamin de 16 ans, kidnappé alors qu'il attendait le retour de son père aurait pu être porté au crédit de quelques radicaux isolés. Mais quand ceux-ci agissent avec l'appui d'une foule qui, sur les réseaux sociaux, s'encourage au cri de : "mort aux arabes" et que cela a été précédé de manifestations monstres anti-africaines immigrés et arabes au mois de mai; que ta police bastonne à mort le cousin de celui qui a été brûlé vif http://bit.ly/1jVslPS que reste-t-il de ton visage démocrate souriant à tes vis-à-vis occidentaux?

    Le peu d'entrain du premier ministre israélien à chercher les tortionnaires de Mohamed abu khdeirs réduit en cendres, et la rétention d'informations par la police, montrent que la justice régresse au profit de la chasse à l'homme; que les lois des milices et l'appartenance ethnique grignotent l'état de droit.

    Encore aller à Jérusalem ? 

    J'aimerai encore aller à Jérusalem au Museum on the seam, rencontrer Andy Wachowski, les chrétiens arabes de la théologie palestinienne de la libération, serrer les mains de celles et ceux qui ont porté des pancartes en anglais en hébreu en arabe pour dire: "pas de punition collective", "terreur de l'occupation", quand Israël a envoyé ses soldats défoncer les portes des maisons la nuit, arrêter plus de 400 personnes et en tuer 10 autres suite à la disparition dans des circonstances troubles de 3 jeunes colons. Mais j'hésite. Je ne sais pas comment tu me laisseras entrer chez toi Israël, et si tu le fais, comment j'en sortirai.

    Crier "touristes" "vive Israël" ou "mort aux arabes" ?

    Aujourd'hui Israël, tu portes le visage de l'Apartheid, de l'impunité et de la haine. Je n'aimerais pas te croiser un soir dans une ruelle de Jérusalem après une manifestation ou à un arrêt de bus. Je ne sais pas alors si je devrais crier "touristes", "vive Israël" ou "mort aux arabes" pour te démontrer que je suis "des tiens", pour ne pas être réduit à rien.

    israël,apartheid

    Voir Israël sans se voiler la face

    Mais je ne suis pas "des tiens". Je ne suis pas des tiens, si cela veut dire griller des enfants de 16 ans, être complice de policiers cagoulés kidnappant, bastonnant, enfermant sans aucune forme de procès des innocents. Je ne suis pas des tiens si cela veut dire soutien à un régime d'Apartheid. Je ne suis pas des tiens enfin, si cela signifie rejet de l'autre derrière le mur de la honte, ou dans des camps de réfugiés et tout faire pour que le monde considère cela comme normal et se taise, par culpabilité, gêne ou fatalisme.

    Israël, ta politique de l'Apartheid et de la violence te défigurent. Derrière ton visage, je ne sais plus qui t'habite et ce qui t'anime. Ou plutôt: j'en ai peur.   

       

    Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement. 



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  • Le mall, cet animal

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    HK2 045.JPGLe mall, cet animal, avance. Le centre commercial rampe, il gagne du terrain, devient la ville même. Comme du chiendent, il se déploie, colonise du terrain. Nul espace ne lui résiste. Il couvre, envahit les recoins, étouffe sous lui les plus petites boutiques. Ce qu'il laisse derrière lui est pré-digéré, considéré comme marginal, quantité négligeable: petits vendeurs de journaux, ou d'électro-ménagers, diseuses d'oracles pour quelques billets, brins d'encens allumés, vendeurs de fruits et légumes. Tu les entends crier longtemps derrière les vitres par dessus le ronronnement de l'air conditionné. Deleuze avait raison quand il déployait les rhizomes, processus d'avancée de la pensée, en les opposant aux racines, considérées comme trop fixistes. Le mall, lui, conjugue les deux: un carottage pour faire fondation, une racine pour bétonner les fondements et le building s'élève, fétiche de métal et de verre s'étirant au plus proche du ciel. Simultanément: dissémination des spores. Ses germes font bouture, bouton, puis... boutique. Les néons clignotent, s'allument, et les antennes sortent : passerelles et bras de béton font ventouse sur l'immeuble voisin. Jonction. C'est un mouvement de reptation: le mall bouge, vit, meurt et renaît sans cesse. La ville est à son image: elle évolue à toute vitesse. Le mall est un animal domestique, citadin. Les humains le nourrissent au grain. Il les colonise, selon ses envies, leurs dépendances.

    mall,centre commercial,architecture,villeLe processus de digestion

    Un an après, tu ne retrouveras plus l'endroit où tu as donné ton premier baiser,  il a disparu. 6 mois plus tard tu ne peux plus t'asseoir sur le banc du petit parc ombragé, il a été recouvert par Esprit Chanel Burberry. 2 mois après ton dernier bol de riz, n'espère pas retrouver ce restaurant au même endroit, il a déménagé au 7e; prends l'ascenseur, les pas-de-porte son impayables. Il faut monter sur le dos de la bête pour espérer s'en sortir, bouger encore dès qu'elle avance et aller voir ailleurs ou accepter d'être recraché, éjecté, sans autre forme de procès que l'annulation du bail à 10'000 dollars que tu avais durement négocié 3 mois auparavant.     

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  • Même pas lost in translation

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    HongKong27.04 099.JPGTu prends l'avion, l'avion te porte: 13h dans un sens, avec un petit plateau repas et l'attention fidèle des hôtesses. Tu prends le décalage qui va avec, la température moite. Tu prends la surprise: à l'arrivée, ce n'est jamais ce à quoi tu t'attends. Enfin, sauf si tu as pris soin de ne t'attendre à rien, ou alors le moins possible. Alors seulement, tu pourrais être surpris, quoi que.... l'inverse est aussi vrai. Je ne sais plus, déjà. A l'arrivée, ce n'est jamais ce à quoi tu t'attends, c'est peut-être d'ailleurs pour ça que tu y vas. Quand tu sauras où tu vas, tu chercheras à aller ailleurs, n'est-ce pas. Pourquoi?

     

    Bribes et brindilles du voyage

    Tu discutes en attendant l'avion. Tu discutes dans l'avion, tu discutes dans le bus qui te mène à un autre avion. Tu ramasses des bribes de récit. Cette femme va visiter sa mère malade à Manille. Elle te donne des brindilles d'une histoire que tu connais déjà. Il est difficile d'en rendre compte autrement que comme ça: par des mots. Si elle la racontait avec les siens, tu ne comprendrais rien. Elle essaie de te faire comprendre. Elle dit: c'est grand, ça va vite, c'est cher, ça change tout le temps, le commerce est roi. Tu traduis. Tu ne la crois qu'à moitié. C'est la surface pour toi : des clichés. Ton expérience sera autre, forcément. Tu oses: Il paraît que cela sent le riz pourri, le jasmin et l'encens? - Non, ce n'est pas vrai. Cela sent la ville, la vitesse et les gaz d'échappement. Et la vanille? C'est une illusion de l'air conditionné.

    HongKong27.04 035.JPGC'est comment ici?

    C'est beaucoup moins pollué qu'en Chine et la vue sur les tours est imprenable. Ah, parce que ce n'est pas la Chine? Non. Enfin, si, un petit peu. Les gens sont gentils, mais moins qu'à Taïwan. Il y a moins de touristes, vous comprenez, les gens ne sont donc pas blasés. Par contre, c'est très sûr, vous pouvez laisser votre sac sur un banc, vous le retrouverez intact, avec tout dedans. Taïwan, vous devriez quand même y aller, c'est magnifique. Vous restez combien de temps? 8 jours. Ah, non, c'est trop court. Allez à Macao plutôt, vous ne serez pas dépaysé. Elle ne te demande ni ton adresse mail, ni ton nom pour te trouver sur facebook, ou twitter. Il est encore possible de faire une belle rencontre qui n'aura pas de suite; juste un moment suspendu dans les airs, un souvenir en rappel de temps en temps.    

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  • Une jolie petite histoire de fleur

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    Je te raconte une jolie histoire de fleur okay? Une histoire de fleur, de pétales et de paille ; une histoire de pistils et de poils. Ce qui s'attire s'unit, c'est incontournable. Tu crois? Je te raconte une petite histoire de fleur effleurée, caressée sans même m'en rendre compte, okay? Une histoire piétinée au hasard, coupée exprès pour faire tienne. Tu suis? Petite histoire d'épines et de feuilles, de tiges et de pollen, de fleur qui pousse derrière la haie, ou même au fond d'une cave; fleur redressée un temps ... à moins que ce n'aie juste été le fait du hasard et que toi, tu aies été là, courant d'air, juste avant la gare, le changement de câble... mais ça, c'est un peu compliqué à raconter... et c'est encore une autre histoire. Une autre saison. 

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  • Le printemps c'est maintenant

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    bonhommeHiver1.pngOn a brûlé des bonhommes hiver un peu partout hier et depuis il fait un petit peu plus... froid. Etrange, et pourtant voilà, c'est le printemps. Les milans noirs ont fait leur retour en ville. Ils reviennent d'Afrique subsaharienne, avec un peu de sable dans les plumes. On les annonçait pour fin-avril, ils ont atterri mi-mars. Ils sont en retard? Mais que sait-on du temps des bêtes? On les a vu mercredi pour la première fois sur les hauteurs de Saint-Jean. Ils repartiront fin août, peut-être...

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  • tu choisiras la vie

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    23437.jpg"Je ne suis pas morte à quatre ans parce que j'adorais lire. Quand, en pleine guerre d'Algérie, la bombe de l'OAS (organisation armée secrète), destinée au ministre André Malraux, qui habitait au-dessus, a explosé sur le rebord de ma fenêtre, j'étais allongée par terre, plongée dans mon livre. De sorte que j'ai perdu la vue, mais pas la vie, quoique de justesse, quand tout a volé en éclat"  Ainsi commence le livre de Delphine Renard "Tu choisiras la vie" écrit 50 ans après l'attentat qui, enfant, l'a défiguré et pris la vue. Cet ouvrage est aussi dédicacé au neuf personnes tués par la police aux ordres du tristement célèbre préfet Papon au métro Charonne à Paris lors des manifestations demandant la paix en Algérie et brutalement réprimées au lendemain de l'attentat. Le plus jeune de ces travailleurs et travailleuses assassinés avait... 16 ans. 

    Que raconte ce livre? il dévoile sans haine la violence aveugle et son inscription irréversible dans un corps. Il déploie, dans une langue puissante, tendre et incarnée, l'intime besoin de dire: je suis marquée à cet endroit par cet événement j'ai traversé ceci et la plaie est encore ouverte. Il souffle la volonté de se construite malgré l'injustice, en refusant la nuit et le silence. Il exprime la résilience, son coût aussi.  

    Le titre s'inspire d'un passage biblique (Deutéronome 30) "Regarde, j'ai mis aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Choisis donc la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité." Il reconstitue un cheminement de mémoire, de compréhension et ouvre les boucles d'émotions de celle qui s'est construite depuis l'horreur et dans l'émancipation, rappelant au passage les tortures pratiquées par Jean-Marie Le Pen durant la guerre d'Algérie pour lier étroitement l'intime et le politique.

    Delphine Renard, dans un interview au journal l'Humanité disait récemment porter une responsabilité à l’égard de ceux qui, atteints par le terrorisme de l’OAS, y ont perdu la vie et ne sont plus là pour en témoigner. Elle disait son écoeurement devant la décoration de la légion d'honneur de certains membres de l'OAS par Chirac et Sarkozy: Michel Alibert en 2006; Gérard Baudry, Jean-François Collin et Hélie Denoix de Saint Marc entre 2007 et 2011. Et son soulagement à voir ces décorations révoquées par François Hollande. Position nouvelle de l'Etat français sur la question de la guerre d'Algérie. 

    Pourquoi écrire aujourd'hui? Parce que les années Sarkozy ont poussé une politique de mémoire révisionniste qui consistait à glorifier d’anciens terroristes de l’OAS et négationniste par le mépris dans lequel étaient tenues les victimes de cette organisation. Le 1er mai 1995, Brahim Bouraam était poussé dans la Seine par un jeune du Front National. Le 5 juin dernier, Clément Meric était frappé à mort à Paris par un membres des jeunesses identitaires. Alors, oui, écrire pour ne pas être complice et jeter la luimière sur les conséquences des mouvements identitaires nationalistes.   

    Delphine Renard termine son livre en racontant le dévoilement de la plaque en mémoire des tués du métro Charron par le marie de Paris,Bertrand Delanoë, le 6 octobre 2012.

    Ce qui était "juste" des mots, puis juste le dévoilement d'une plaque, devenait aussi tout un signal.

    Le choix d'une vie.

    OAS, DElphine Renard, LE Pen, extrême droite, tu choisiras la vie
     

  • L'actu datait d'hier

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    Omar Feisal, photographe chez Reuters a reçu en 2011 le 1e prix dans la catégorie vie quotidienne pour la photo d'un homme transportant un requin dans les rues de Mogadiscio en Somalie. Le mercredi 19 décembre 2012 la photo du jour de la tribune de Genève est désormais l'homme à... l'espadon, photo Reuters toujours (omar Feisal encore?) qui dans une troublante répétition des ruines et de la guerre, rejoue la même histoire. La photo du jour n'est-elle pas celle d'hier, dans un perpétuel recommencement du même? "L'actualité" un plat réchauffé ou plutôt cuisiné avec espadon ou requin mais toujours à la même sauce.... Les commentaires changent, les preneurs d'images, d'otages, ou de sons vieillissent, le propos dominant reste le même.  

    Dans le genre "l'actualité" bégaie. Patrick Simon dans la Tribune toujours,  propose une apologie de la colonisation israélienne vieille comme le monde en resservant les mythes israéliens les plus éculés et insultant les faits.

    1) Israël aspire à vivre en paix avec ses voisins et l'a montré à maintes reprises (Ben oui les bombes c'est bien connu c'est une bonne base pour le bien vivre ensemble. Les Gazaouites peuvent en témoigner. 2002: invasion de la bande de Gaza sous le nom opération bouclier défensif, mai 2004: opération arc-en-ciel. Octobre 2004: opération jours de pénitence.  2006: Opérations pluie d'été, Israël lâche plus de 40'000 bombes et missiles sur la bande de Gaza en un été. 2008: oération hiver chaud contre Gaza encore. 2009: opération plomb durci assaut massif contre la bande de Gaza ainsi qu'une opération en eaux internationales dans la méditerrannée contre une flotille pacifiste. C'est l'opération vent du ciel: neuf morts et vingt huit blessés parmi les miliants. Toujours, les opérations sont affublées de noms rappelant la nature ou la bible pour laisser sous-entendre que les opérations sont de droit divin ou naturel, comme le relève Raja Shehadeh. La place manque ici pour parler des agressions répétées d'Israël contre le Liban. Au rayon chiffre: de juin 2005 à novembre 2008, l'association israélienne B'Tselem compte 1609 palestiniens tués par les israéliens, et 99 israéliens tués par les palestiniens; plus de 8200 détenus palestiniens sont dans les prisons israéliennes, pour un seul détenu israélien, le soldat Guilad Shalit, libéré le 18 octobre 2011. Si c'est vrai qu'Israël aspire à vivre en paix avec ses voisins, il va bien au-delà de l'adage qui dit qu'il faut préparer la guerre, il la fait et frappe fort.

    2)  Israël est un pays démocratique qui accorde aux arabes palestiniens le droit d'être représenté au sein du parlement israélien (Pourquoi alors n'ont-ils pas le même statut de citoyen, sont dispensés de faire l'armée, sont victimes d'inégalités économiques, sociales, culturelles et religieuses? Pourquoi sont-ils de fait, des citoyens de seconde zone de plus en plus marginalisés? De plus, comment un état peut-il être dit démocratique quand il est sous une tutelle économique complète, maintenu en vie sous perfusion par les Etats-unis: environ 85 milliards reçus depuis la création d'israël en aides sonnantes et trébuchantes, sans compter le soutien militaire et diplomatique sans faille. Israël est un pays de colons colonisés, pas encore une démocratie.)

    3) Israël est un ilôt de civilisation et de démocratie entouré de vilains états arabes vivant à l'état sauvage et opposé à la libéralisation de la femme (c'est clair les communauté ultra-orthodoxes juives qui imposent des bus séparés pour les hommes et les femmes, chassent les femmes qui ont des tenues "indécentes", sont un modèle d'équité! Mmh, qui veut faire l'expérience d'aller en jupe à Méa-Sharim? Israël est un pays de colons colonisé par sa propre tentation terroriste et son choix de  sauvage fuite en avant).  

    Enfin, à la fin de cette journée "d'actu", un scoop! L'annonce par Israël de la construction de 2621 logements supplémentaires à Jérusalem Est, qui se rajoutaient aux 1500 annoncés quelques jours plus tôt. L'actu' du jour datait en fait d'hier, voire d'avant-hier. La colonisation se poursuit tant et plus, il y a toujours des voix pour la légitimer. Shalom Simon d'avoir amené ta pierre à l'édifice, à défaut d'avoir porté la croix cette fois-ci. 

    Alors peut-être que demain les archives feront la une? En attendant, si l'histoire n'est pas seulement cet éternel recommencement de "l'actu",  c'est bien parce qu'elle se construit dans ses failles et zones d'ombre, en arrière plan et au revers des écrans.     

    Il y a beaucoup de requins et d'espadons en liberté dans l'océan. 

     

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  • Dicker, son éditeur, et la Berne fédérale.

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    Le 4 décembre, l'office fédéral de la culture a désigné les premiers lauréats des prix fédéraux de littérature. Huit auteurs sont primés, quatre alémaniques, trois romands, un italophone nous annonce le communiqué de presse de la Berne fédérale. Irena Brežná, Massimo Daviddi, Thilo Krause, Marius Daniel Popescu, Catherine Safonoff, Frédéric Wandelère, Matthias Zschokke, et Arno Camenisch. Bravo aux écrivains talentueux de ces nouveaux prix qui ont remplacé le bon vieux prix Schiller qui était attribué depuis 1905 à un auteur ou une autrice par année. Bravo aussi aux maisons d'édition qui les ont soutenus, côté romand: les éditions Zoé et la Dogana. 

    Mais il faut signaler quand même que le communiqué de presse fédéral ne reconnaît pas le fait qu'Arno Camenisch (certes publié aux Editions d'en-bas) écrive en romanche et qu'il est un écrivain originaire et trouvant assise dans la quatrième langue helvétique, qui est déjà bien suffisamment oubliée et menacée sans que la culture s'en mêle. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que Joël Dicker, primé en France par le grand prix du roman de l'académie française 2012, le Goncourt des lycéens 2012, ou le prix de la vocation de la fondation Bleustein-Blanchet 2012, ne trouve pas grâce aux yeux du jury fédéral. Okay, nul n'est écrivain en son pays, mais là quand même, on frise le blasphème.

    Alors, un prix fédéral de littérature de 2012 qui passe à côté de la révélation littéraire helvétique de l'année éditée à l'âge d'homme: scandale? En tout cas, la société genevoise des écrivains n'avait, elle, pas raté le petit Joël. C'était en 2010 sur manuscrit anonyme pour son premier roman: "les derniers jours de nos pères". Bravo les écrivains genevois! Comme quoi, si nul n'est prophète en son pays, il l'est parfois dans son canton... Mais on se calme tout de suite, car il faut laisser son indépendance au jury, et penser qu'il a probablement préféré primer, pour sa première année, des auteurs un peu moins connus, placés à distance respectable du feu des projecteurs. Enfin, peut-être, on spécule... eh bien... non. La raison est à chercher ailleurs que dans un choix artistique du jury, mais tout bonnement dans le fait que le prix était donné sur concours.  Vos manuscrits, si vous aviez des prétentions devaient avoir été envoyés entre le 26 juin et le 15 août 2012 pour avoir une chance de concourir au... prix littéraire de l'année 2012 (ben oui, il valait mieux s'y prendre à l'avance). Alors, Goncourt, Grand prix de l'académie ou pas, cela ne changeait rien à l'affaire. Au moment où le concours fédéral des prix littéraires se bouclait, les prix français n'étaient pas encore attribués. Je vous le dis, y'en a pas des comme nous. La Berne fédérale sélectionne avant les prix français, mais annonce les résultats après ceux-ci. Vous avez dit kafkaïen?

    Maintenant, une petite question perfide: Dicker faisait-il partie du lot? Etait-il du nombre des 236 auteurs et autrices à avoir tenté leur chance du premier prix fédéral de la Culture? Si c'est le cas, le premier prix fédéral de littérature serait alors passé à côté du futur grand prix du roman de l'académie française 2012 qu'il n'avait pas vu venir.

    Mais cela, seul Dicker, son éditeur et la Berne fédérale le savent....

     

  • Lettre ouverte aux faux-derches (de la municipalité de Lausanne)

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    Cher collège de la municipalité de Lausanne. Dans votre contre-projet à l'initiative populaire du Parti libéral Radical "Stop à la mendicité par métier"  de janvier 2011 rendu publique cette semaine, vous incarnez parfaitement la posture des faux-derches. Je m'explique. Dans votre contre-projet hypocritement appelé "restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté", de 27 pages, vous vous proposez non pas d'interdire la mendicité mais d'en limiter la pratique. Les mendiants, je vous cite: "n'auront ainsi plus le droit de prendre à partie les passants, de s'accompagner de mineurs et d'être insistants envers la population. Il leur sera également interdit de se poster à certains endroits considérés comme délicats: où la manipulation d'argent peut induire un certain sentiment d'insécurité (marchés, proximité des horodateurs, des distributeurs d'argent ou des arrêts de transports public, etc., );  où les passants souhaitent de la quiétude (parcs publics, place de jeux, cimetière, lieux de culte -ben ouais, faut pas déranger les croyants avec la misère quand ils sortent de prière- etc.,) ; où le libre accès aux domaines publics et privé est freiné par la présence des mendiants (débarcadère, quais, commerces, administrations publiques, musées, à l'intérieur des magasins, commerces, cinémas, ainsi qu'à moins de 5 mètres de leurs entrées respectives et sur les terrasses, etc., )" On appréciera à sa juste valeur les etc., qui jalonnent votre texte et étendent indéfiniment l'extension de l'interdiction. Comme si celle-ci n'était pas déjà suffisamment exhaustive, ne laissant aux mendiants que les pissotières et les banlieues désertes pour faire appel à la solidarité de leur prochain. Vous correspondez, en cela, à la définition des faux-derches, car vous barrez l'usage public aux mendiants tout en jurant vos grands Dieux de ne pas vouloir bannir la mendicité. Ce n'est donc pas un contre-projet que le vôtre mais le projet affiné, prolongé, de la droite que vous proposez et vous retirez aux personnes démunies l'exercice d'un des droits humains le plus nu: celui de solliciter autrui pour obtenir librement son aide.

     

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