sylvain thévoz

08/05/2016

Sortie de route de Barthassat : "6 blessés dont un grave... malgré cela la journée fut belle"

Franchement, fallait pas être malin pour rassembler en plein cœur de Genève, où la circulation était déjà compliquée pour cause de marathon, une masse de motards pour leur bénédiction à l'église des eaux-vives. Quel charme il y a-t-il à venir jouer du gros cube et défoncer les oreilles des passants en montrant qui a la plus grosse? Je l'ignore. On aurait au moins pu s'attendre à ce que ce rassemblement soit correctement encadré et des consignes de sécurité strictes données.

On aurait aussi pu imaginer une bénédiction des motards en proximité d'un circuit de course, à tout le moins d'une route fermée pour l'occasion, mais non, les joyeux drilles, montés sur leurs bécanes, ont trouvé beaucoup plus charmant de se rassembler en plein centre-ville, un samedi après-midi de printemps, puis d'envahir les quais en faisant exploser les décibels, et traversant la ville en tous sens.

 

La vie n'est pas un film américain

Certes, il ne fallait pas être très malin pour venir frimer au guidon de sa moto entre baby-plage et le jardin anglais, en escouade et avec des drapeaux pirates à tête de mort, jouant les gros bras en se croyant sur les longues routes désertes américaines. Mais il fallait être sacrément allumé pour essayer de faire un wheeling, le long des quais et embarquer dans sa chute un piéton et d'autres motards. Le drame a eu lieu au milieu de l'après-midi. Bilan: 6 blessés dont un grave.[1]  Le prêtre qui avait dit quelques heures avant : "Dieu aime la moto, car c'est un plaisir partagé, une communion, c'est quelque chose qui vous lie et vous unit" a dû se mordre la lèvre en fin de journée.  Il n'y a pas grand amour à se faire faucher par un motard tout à la joie de bomber le torse sa belle cylindrée qu'il ne maîtrise pas.[2]  

Barthassat à la masse

Ce n'est qu'à Genève que l'on peut voir un ministre des transports, Luc Barthassat, se pavaner au volant d'une moto avec sa tête de mort sur le cœur et commenter en fin de journée très légèrement : "malgré l'accident sur les quais, la journée fut belle de rencontres et d'amitiés", ce qui est choquant. Il aurait été souhaitable que le magistrat retire ses gants et ses œillères, prenne la mesure du drame, exprime une pensée pour les blessés et leurs familles, et si possible suspende sa virée à moto, plutôt que de continuer à faire des selfies à tête de mort.

Le mot "accident" à bon dos. Il faudrait dire plutôt : suite à des négligences coupables, des gens sont aujourd'hui en petits morceaux dans un hôpital, alors que d'autres finissent d'écluser leurs bières.

Une ville n'est pas un lieu pour faire des rodéos de motard.

Avoir cette conception de la ville, c'est avoir une époque de retard.   

Le Conseil d'Etat va-t-il interdire ces rassemblements dangereux?  

Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat considérant la légèreté avec laquelle la tenue de cet évènement a été autorisée ? Comment le Conseiller d'état responsable, Luc Barthassat, va-t-il s'expliquer devant ses collègues du Conseil d'Etat sur cette funèbre virée de bécanes, avec ou sans sa tête de mort sur le poitrail ?

Les rassemblements de motard doivent se tenir hors des villes, sur des routes sécurisées et surveillées. Même si, dans l'ensemble, les motards sont des gens responsables, l'excitation liée à ce genre de rassemblement, est une invitation à la catastrophe.  

Les organisateurs, lors des courses vélo, protègent le public et les coureurs lorsqu'ils entrent dans des villes. Lors de l'arrivée du Tour de Romandie dimanche passé, les balustrades étaient posées. Comment peut-on lâcher une horde de deux roues mécanisées en pleine ville sans protections ni avertissements à la population?    

 

Stop aux rodéos mortels des motards

Motards, plutôt que d'arborer des têtes de morts, des cuirs et des clous, mettez des fleurs sur vos motos, et allez rouler sur des circuits.  

Les enfants, les familles, les cyclistes et les piétons qui ont risqué leur vie aujourd'hui en croisant votre sinistre parade vous en remercient.

Quand à Luc Barthassat, les mots me manquent pour désigner la légèreté avec laquelle un ministre des transports joue avec la vie des gens. A force de vouloir mettre des motos partout, sur des voies de bus, dans des églises, elles finissent aussi par partir dans le décor. Ce qui s'est passé ce samedi quand 2000 motards ont roulé en bloc sur les quais n'est pas un accident. C'est de la bêtise crasse. Certains en ont payé le prix fort.  

  

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-accident-au-qu...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/benediction-motards-attire-foule...

 

 

 

 

 

17/04/2016

La poésie est une langue de résistance

On m'a posé une question  : la poésie a-t-elle à voir avec le sacré ?[1]

Pour ma part, je vois plutôt la poésie du côté de la résistance que du sacré, de la transgression plutôt que de la vénération. Le sacré serait un espace trop précautionneux, presque ouaté, dans un présent trouble et tendu. La révérence et la sainteté ne me semblent pas aptes à répondre à ce qui nous secoue. Elles ne comblent pas la nécessité d’une parole qui se déploie libre au milieu du chahut, du chaos -pas pour les résoudre et les régler, non-, pour y faire entendre un son autre que les cliquetis monomaniaque des claviers et vaincre l’autisme des casques audio.

La poésie n'est pas l'opium du peuple mais son éphédrine.

Il faut relire  les carnets clandestins du philologue Victor Klemperer: "LTI (lingua tertii imperii), la langue du IIIe Reich" qui s'ouvre par ces mots de Franz Rosenzweig: "la langue est plus que le sang". Ce livre écrit entre 1933 et 1945, publié tardivement en Allemagne en 1995 seulement, analyse les manipulation de la langue par les nazis, comment l'emprise et la destruction ont commencé dans celle-ci. 

Mais si l'emprise et la destruction commencent là, c'est bien de là aussi que peut prendre forme la résistance la plus forte.

La poésie est un acte de résistance
Que la poésie soit une respiration, un soulagement ou un poing levé, oui. Qu’elle puise son énergie au silencieux, au dissimulé, d’évidence. Que l’intime y ait sa part et la sensibilité la nourrisse: clairement. Elle est en cela un lieu de résistance à la vitesse, à la bêtise et à la vulgarité, au discours économique, et à sa force de frappe ; à l’abêtissement par matraquage médiatique ou conformiste. Pourquoi avons-nous faibli jusque dans la langue? La parole a été colonisée par les nababs du bankable. Avant d’être un lieu de vénération, la poésie est un haut-lieu de résistance. La domination du langage "d'implementation, de gouvernance, de sur-sécurisation" doit être subverti. 

La langue qui échappe au discours de l'efficience
Cette résistance dans la langue fait-elle alors de l’écriture poétique un domaine relevant du sacré ? La conduit-elle au religieux ? Non. Voilà longtemps aussi que le sacré et le religieux, tels que nous les entendons, ont cédé dedans la colle de l’engluement. Pourtant, dans la poésie, quelque chose d’un ordre mystérieux et innomé trouve refuge. Qu’un silence s’installe entre deux voyelles, que claque le bris de quelques consonnes, c’est un miracle déjà. Et que dans ces assemblages de paille et de débris, ces nids et terriers, il y ait la vie, se disant avec des moyens pauvres et une nécessité vitale, c’est le signe indéniable d’une puissance, fortifiante.

Bienvenue la parole vivifiée
De la poésie découle une émotion sensible nous immergeant dans une langue neuve, et pourtant donnée et reconnaissable de toujours. Serait-ce qu’elle nous préexiste ? Bienvenue à l’écriture sensible, à l’écriture fragile. Que l’on ne se presse pas trop à lui refermer au museau le couvercle des catégories, des classifications, des chapelles, en l’appelant : écriture du sacré, écriture religieuse ou spirituelle, ou Dieu sait quoi encore. Ne l’organisons pas trop vite en salons ou festival, ne cherchons pas à la rentabiliser. Laissons-la gambader sur les pages, les murs, les écrans, dans les bouches et les corps. Laissons-la à son lent travail d’être et de devenir. Dit-on d’une herbe qu’elle est religieuse ou spirituelle ? Le dit-on d’un toit de tuile ou du bras d’une rivière, du vent et de la pierre ? Pourquoi ferions-nous alors entrer de force un poème qui est présent simplement, agencement de sons, de lettres et de souffles, dans les carcans de la convenance ou de formes identifiables? Pourquoi devrions-nous dire, toujours, comme des enfants : c’est toi qui l’a dit, alors c’est toi qui l’est ? 

Ni carcans ni arcanes

La poésie se sauve sur les sentiers de traverse et évite les assemblées et maison que l’on prépare pour elle. Elle est surprise et effacement, sur le mode ce que Dubuffet énonçait pour l’Art brut. Il est beau de sentir que la graine poétique pousse dans des terres autres que celles des champs ratissés, abondamment traités, et qu’elle refuse de produire une plante standardisée bonne à l'ingestion de masse, dans des sillons gravés. Il est merveilleux de ressentir que la poésie croît dans des terres arides, ingrates, des terres libres ou dont plus personne ne veut, bradées pour deux francs six sous au marché, ou offertes à pleines brassées à qui veut bien les aménager par petits groupes.

Poésie: Sacrilège !
La poésie se nourrit de la différence, de la singularité, de l’intime, de l’unique et de l’éphémère. Elle est, en époque de standardisation, une transgression, une résistance, face au dogme dominant. Elle refuse la rentabilité, la capitalisation du vivant, la standardisation généralisée.

Les premiers hommes se sont nommés ainsi parce qu’ils fleurissaient leurs tombes, couvraient des grottes de pigments de couleurs.

C’est l’acte poétique qui fonde l’humanité, pas sa technologie.

Tout poème est une graine ou une liane.

 

 

[1] http://www.poesieromande.ch/wordpress/

 

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02/04/2016

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever

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A cela qui commence en avance.

A ce qui débute sans bruit.

Aux insomniaques qui se trompent de porte.

Aux rêveurs éveillés.

 

À celui qui gagne au loto et ne retire pas son lot. Au pompier qui cesse de fumer. Au médecin qui se soigne en silence. A la sage femme alerte.

Aux heures sup' des syndicalistes. Au pasteur au désert du doute. A l'écologiste qui reprend son souffle. Aux lanceurs de graines.

 

A ceux qui se trompent de cheval. Au jet d'eau pour le geste. A la tendresse des glaciers. Au passage à l'acte sans personne. Aux accidents de personnes sans mal. Au résistant qui rompt le pain. Aux genevois heureux.

 

A la cause publique. Prix Nobel aux animaux de compagnie!A celui qui désire plus que son nom. Aux mendiants altruistes. Au retour des oiseaux migrateurs. Aux noces jubilatoires. A la fidélité de l'amant. A la précision de l'heure d'été. 

Aux heureux compulsifs. A l'élastique qui tient. A la visite qui vient. A l'alliance renouée. A la redistribution des places. A la revanche des bêtes. Aux crues et aux gués. Au chevreuil et au chat, à la fermeture des abattoirs.

 

A ceux qui appellent dans la nuit. Aux machines fleuries.

A l'effort sur soi.

 

A la main qui se tend. A l'écho. A la langue qui se pend. A Camus à Lourmarin. Au lait cuit, au sel et au pain. Aux déjeuners des sportifs. Aux racines du cri. Au rameau, à la craie. Aux farines des fleurs, au fil des grands discours. 

Au rire de Rilke. A la mort du libéralisme. A la persévérance de l'être.

Aux pompes à chaleur à la vie des nuages aux bricolages d'enfants.

A la fin des fonds.

A celui qui demeure à la hauteur de son abaissement.

 

A l'habitation large, à la mise en commun.

A celui qui n'est plus redevable, à cela qui n'a pas de fin, aux remises de dettes.

A la fin des attentes, au don sans retour, aux sources des racines.

Au désir sans fin.

Au retour des appels, au partage direct, à l'énergie de l'espoir.

Au non-jugement des sentiments.

 

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever.

 

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https://www.youtube.com/watch?v=x5DpM2narOU

https://www.youtube.com/watch?v=ibaoNRS1IZA

 

 

 

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28/03/2016

Qui roulera la pierre ?

Qui roulera la pierre, qui dégagera l'entrée, qui donnera de l'espace pour l'herbe sur la terre.

Qui ramènera le disparu, rassemblera les bandelettes, les bandages et le bois.

Qui allumera le feu ?

 

Qui fera décoller l'avion, ramènera le peloton.

Qui remplira le distributeur, nourrira les cochons?

Qui vendra son journal, qui gonflera ses ventes, dira non le premier?

Qui cassera la clé dans la serrure?

Que retiendra l'annonceur?

 

Qui trichera sur les mots, fera sauter le fusible, désignera le bouc émissaire?

Qui protégera le système?

Qui fera corps avec lui,  en fera du compost?

 

Qui saura se chauffer? Qui fera sauter la chaudière? 

Qui reconnaîtra le maître, qui jugera Judas, qui votera Pilate,

les imbéciles du Conseil d'Etat?

 

Qui criera : Expulsez-les ! Et libérez l'escroc?

Qui ira chercher l'homme à l'aube pour le séparer de sa femmes et de ses enfants?

Qui fera de l'homme un sans-domicile fixe?

Qui interdira la mendicité et persécutera les pauvres? 

Qui fera de la police une idole asservie ? 

 

Qui sentira le pouls de l'arbre, qui palpera la pierre, qui trouvera la source?

Qui éveillera la conscience, qui cèdera à la colère, que nourrira l'ego ?

Qui gagnera l'eurofoot, remplira le frigo ?


Qui roulera la pierre, qui autorisera les pleurs ?

Qui fera bondir les ventes? Qui toussera sans respirer? Qui polluera sans gêne? 

Qui nourrira les diviseurs, ouvrira un crédit à 4 milliards pour bétonner de l'eau ?

 

Qui servira le pouvoir de l'argent?

Qui roulera en Harley, sponsorisé par le Qatar?

 

Qui détachera les ceintures d'insécurité?

Qui roulera la pierre qui bloque l'entrée? 

 

Qui affirmera sa liberté sans nuire à personne ? 

 

 

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27/03/2016

Si j'avais moins d'attentes je chercherais la vie

Si j'avais moins d'attentes je te regarderais dans les yeux, je parlerais aux lièvres. Je dormirais mieux. J'observerais moins ma montre.

Si j'avais moins d'attentes je ne lirais pas sur tes lèvres. Je rêverais plus pour gagner moins. Si j'avais moins d'attentes je perdrais moins de temps. Si j'avais moins d'attente, le temps ne serait rien. J'aurais jeté la pierre comme les autres.  

Si j'avais moins d'attentes, je ne ferais rien pour plaire. Je traverserais le pont. Je dormirais dehors.

Je parlerais aux oiseaux, j'écouterais le vent, je saurais faire silence.

Si j'avais moins d'attentes, je saurais que je suis nu. Si j'avais moins d'attentes, je laisserais tomber les crèmes, l'épilation et le roseau. 

Si j'avais moins d'attente, je serais beaucoup plus clair.

Et barbu.   

Si j'avais moins d'attente je n'aurais pas peur de perdre, je n'aurais pas ces kilos à prendre. Je peindrais sur les murs, des huit et des noeuds.
 
Si j'avais moins d'attentes, je colorierais mes cheveux de bleu. Si j'avais moins d'attentes, je ne ferais rien. Un piercing, peut-être. Pour rire.
 
Je jouerais seulement de la guitare.
Comme Banksy ou Johnny.
Deleuze ou Guattari.
 
Si j'avais moins d'attentes, mon langage ne sonnerait pas creux. J'embrasserais mieux. Si j'avais moins d'attentes, je n'aurais pas peur de qui je suis. Si j'avais moins d'attentes, je serais libre. Je serais Dieu. Je saurais que je ne suis rien. Je ne ferais pas de Pâques un festin familial de charcuteries et d'oeufs.
 
Si j'avais moins d'attentes, je saurais accepter les cadeaux. Je pourrais être en dette. Je mangerais le pain en souriant.
Je bénirais le grain, pas Subway ou Mac do. 
 
Si j'avais moins d'attentes je n'irais pas pieds nus. Je ne prierais pas mon Père. Je me tirerais du Golgotha. Je descendrais de la croix. Je rendrais le tablier. Pourquoi mourir pour eux ? J'éteindrais mon écran. Je passerais sur répondeur.
 
Je ne compterais sur personne pour rouler la pierre, rincer le linceul, sécher les larmes, essorer le linge.
 
Je ne compterais sur personne pour allumer la lumière, souffler les bougies. Je dirais que la résurrection est une blague, une bande de Möbius pour crédules. Je dirais que le nucléaire a de l'avenir, pas l'amour. 
 
 
Si j'avais moins d'attentes, je chercherais la vie.
 
 
 
 
 
 
 
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21:29 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pâques. christ, pain au chocolat, football, banksy, johnny | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/03/2016

Le pape agenouillé montre l'exemple

 

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Le pape François a lavé les pieds de douze migrants de confession hindoue, musulmane et chrétienne et d'une femme employée d'un centre d'hébergement, jeudi à Rome, provoquant l'ire des milieux conservateurs et les grincements de dents des tenants de la théorie de la soumission et des rapports de force, qui y voient une forme de reniement ou de capitulation du Saint-Père.

 

Ce geste de lavement des pieds est un symbole très fort.[1] Il fait mémoire de celui du Christ qui a lavé les pieds des apôtres la veille de sa passion. C'est une marque d'honneur, d'hospitalité, et d'humilité pour celui qui le fait comme pour celui qui le reçoit. C'est aussi une marque de lien. Ce geste fort invite à l'échange, à faire du serviteur un servi et du maître un obligé.

 

Saint patron d'une église qui s'est en général calquée sur les pouvoirs en place : monarchique avec la monarchie, républicaine sous la république, fasciste sous le fascisme et de tout temps patriarcale; le pape, au moment le plus fort de l'angoisse liée au terrorisme, et à la crainte de l'autre, fait un geste simple et courageux signifiant à l'étranger sa sainteté, en lui attribuant un rôle d'apôtre, porteur de confiance et de respect.

 

Ce geste revitalise ainsi la charge subversive et déstabilisante de la parole du va-nu-pied prophète crucifié il y a plus de 2000 ans pour avoir ébranlé les pouvoirs en place. Le pape redonne des couleurs à un christianisme engagé, courageux, pour autant qu'il ne se laisse pas figer dans les herbes soporifiques du pouvoir ou la glace de l'air ambiant. Il nous invite à la nuance et au discernement, à expérimenter par nous-même et à aller à la rencontre de l'autre. Au contact.  

 

Que le Pape se soit mis à genoux n'est pas un abaissement. Que ces migrants, touchés, aient pleuré et l'aient embrassé en retour, est une leçon de vie. Réaliser ce geste fondamental du lavement des pieds, qui est celui de l'hospitalité et de l'accueil, une profonde marque d'humanité, source d'espoir.

 

Si la religion instrumentalisée peut être un facteur de division et de meurtre, elle est surtout un élan pour le lien social et la rencontre de l'autre au-delà des étiquettes sociales, des peurs et des replis angoissés.  

Que les les aigris, les violents, qui voudraient élever partout les murs, les herses de la méfiance, la division et la guerre, pour placer dans un même panier le migrant et le terroriste, l'innocent et le tueur, partent donc à Raqqah, vivre avec ceux qui leur ressemblent dans la négation de la différence, et cessent de se réclamer d'une quelconque civilisation judéo-chrétienne dont ils fabulent une légende et bloquent même tout devenir en invoquant les croisades ou les purges comme seul horizon.    

Je ne suis pas papiste, je ne suis pas catholique, je ne suis pas musulman, je ne suis pas athée, mais quand je vois un être humain se mettre à genoux devant un autre pour l'accueillir et en être accueilli, laissant de côté les guerres de chapelles, les clichés et les craintes, je trouve là une raison d'espérer dans un temps où une ribambelle d'hypocrites, d'incendiaires et de faux culs désignent avec malignité ou irresponsabilité des boucs émissaires afin de dissimuler leurs propres avidités, peurs, et incompétences.      

 

Se soigner ensemble, vivre et survivre ensemble, avec des différences et de multiples appartenances, ou mourir divisés, le défi de notre temps.   

 

 

 

[1] http://www.liberation.fr/planete/2016/03/24/jeudi-saint-le-pape-francois-lave-les-pieds-de-migrants-de-diverses-confessions_1441889

 

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Heureux ceux qui

bonheur,ellul,cruyffHeureux les fiévreux de cœur. Heureux ceux qui ont leurs jambes pour bouger. Heureux ceux qui bougent. Heureux les rescapés des hedge fund, ceux qui ne trahissent pas. Heureux les terroristes qui restent à la maison. Heureux les terrorisés qui sortent dans la rue. Heureux ceux qui n'ont pas peur de mourir. Heureux ceux qui se sont voilés, ceux qui savent parler. Heureux ceux qui vont tête nue. Heureux les chiens vagabonds, les oiseaux migrateurs, ceux qui savent se taire, les truffes humides. 
 
 
Heureux ceux qui savent recevoir. Ils peuvent donner.
 
Heureux ceux qui savent couper le son, qui savent siffler.
Heureux ceux qui osent mendier.
Heureux ceux qui ne cueillent pas les fleurs, ne passent pas à côté.
Heureux ceux qui mettent la table, ne tranchent pas les tiges.
 
Heureux ceux qui laissent venir, ceux qui vont à l'amour. 
Heureuses les paumes ouvertes, les porteurs de sève.
Ceux qui tirent les prises.
Heureux d'un printemps.
 
Heureux ceux qui peuvent aller de tous côtés, leveurs de barrières, dresseurs de barricades. Heureux ceux qui résistent, qui arrosent les plantes, qui désherbent la terre. Heureux ceux qui disent non, sont fidèles aux promesses.
 
Heureuse Agota Kristof, Monique Laederach, Simone Weil.
Heureux Johann Cruyff, Jacques Ellul, Epictète.
Ceux qui sont morts.
 
Heureux les désobéissants, ceux qui croient.
Heureux les trublions, les fantasques, les flambeurs.
Heureux les éperdus, les trompés, les capteurs solaires.
Ceux qui font faillite.
Ce poème est pour eux.   
 
Heureux ceux qui ne savent pas compter, ceux qui font des fausses routes.
Heureux les mauvais tacticiens, les leaders d'opérette, les plaideurs bégayants. Heureux les perdants, les trahis, ceux qui évitent le micro, ratent la photo, manquent une marche, loupent le coche. 
Ils connaissent la voie. 
 
 
Heureuse l'herbe.
Heureuse l'écorce.
Heureux le bûcheron.
La chenille.
 
 
Heureux ceux qui ont du temps, qui le perdent. Heureux ceux qui se grattent, se grillent. Heureux les chasseurs de lumière. Heureux les lapins, ceux qui font des bonds de côté. Heureux ceux qui échappent aux tirs, ceux qui pleurent. Heureux ceux qui attendent, qui pardonnent sans peine, oublient leur passeport. Ils en ont un.
 
Heureux ceux qui ne prévoient rien. Tout peut arriver.
Heureux ceux qui partent en vacances. 
Heureux ceux qui tirent à blanc, sonnent l'alarme.
Heureuse la Pâque juïve, musulmane, animiste ou chrétienne.
Heureux le passage.
 
Heureux ceux qui tombent. 
Ils se relèveront.
    
 
 
   
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16/03/2016

Aux douves du doute

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A l'homme capturé à quatre heures du matin. A celui que l'on sépare des siens. A celui qui entend: tu n'as rien à voir avec nous. A nous qui ne sommes rien

A la femme qui pleure. A l'enfant qui l'attend. Au chien qui se terre

A la paille. A la craie

 

A celui que l'on pousse dans la rue. Aux principes fondateurs. Aux mots qui ne disent rien. Au pouvoir de nommer. A la fin du capitalisme. Au monde qui vient

A celui qui se perd. A celui qui se place

A la liberté de croire

Au poreux des frontières. Aux murs de verre. A la gaze sur tes jambes

Aux sorties sans retours

 

 

A l'hospitalité reine. Aux frissons dans les reins

Aux vies qui se sauvent. Au bastingage qui tangue. A la corde sans relâche. Aux coudées affranchies. Aux pensées sans histoires. Aux poissons paresseux. Aux pupilles dilatées. Aux ports de détente. Aux attaches qui tiennent. Au khat et au chanvre. A cela qui résiste. Aux points de passages. 

Aux bras dans le dos. Aux gâchettes sous les doigts. Au bandeau sur la tête. A Leila Alaoui. Au sel sur la langue

A l'avion qui se pose. A celui qui s'en va. A la lampe d'Aladin. A la parole donnée. Au bouquet de jasmin. Aux poignées de riz

Au dumping lexical

Au dompteur

Au dompté

A celui qui a froid

Aux douves du doute.

 

A l'enfant qui se trompe de porte. A la femme qui entre. A l'inanité du rien. A celui qui retombe en amour. A l'enfance. A l'amour sans contenant. A l'apport sans limites. Au guetteur qui s'endort. A Hannah Arendt

A celui qui ne baisse pas les bras. Au transparent. A l'éthéré. Aux poèmes de Char. Aux chants de Taizé. A la fidélité des chiens. Aux films de Miyazaki

A la Pâques. Aux compteurs à zéro. Au pardon. Aux fragments.

A l'irruption du don. Aux rêves prémonitoires

Au sol meuble. A la sève sans nom. Au printemps. Aux palissades hautes. Aux murs des prisons. Aux graffitis ducon. Aux becs des pinsons

Aux trous dans les grillages. A Amanuel. A Ayop. A la foi

Aux partis sans leaders. Aux leaders sans armures

A Mirko Locatelli

Aux fragments et au tout

 

au langage du coeur

à l'arrêt

au retour du un

aux douves du doute.

Au visage vu comme la toute première fois.

 

 

 

Photographie : Eric Roset

Hommage à Mirko Locatelli par Yannis Youlountas : http://blogyy.net/2016/03/14/un-compagnon-de-lutte-nous-a...

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12/03/2016

L'intimidation, c'est simple comme un coup de fil

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Vous n'avez probablement pas lu la chronique dans le Temps du journaliste Olivier Francey: Bibi fricotin au pays des Mollahs. Et pour cause. Retirée 2h après avoir été mise en ligne et supprimée du print, elle a été gommée, mais demeure toutefois accessible pour les spéléologues du web dans ses strates souterraines, ou ici. [1]

Avec finesse et un esprit mordant dont il a le secret, le journaliste analysait le 3 mars la visite du président de la confédération Johann Schneider-Ammann avec le magistrat Pierre Maudet et le Fribourgeois Beat Vonlanthen à Téhéran: capitale de l’Iran, royaume des riz aux mille saveurs et des paysages contrastés mais aussi chef-lieu des grandes manifestations anti-occidentales et des pendaisons à la chaîne.

Le journaliste dressait alors un portrait non-complaisant et critique du Magistrat Maudet. Il révélait son tête à tête avec l'ayatollah Ali Khamenei  comme "un évènement un peu surréaliste lorsque l'on se rappelle que l'édile, quelques jours plus tôt, s'époumonait contre une employée de la Ville de Genève, voilée à son travail."

#jesuisolivierfrancey ?

Olivier Francey, avec son style libre et jubilatoire, nous rappelait que c'est quand la presse fait usage de sa liberté de parole qu'elle joue vraiment son rôle démocratique de contre-pouvoir. Est-ce alors le style ciselé et percutant de cet article qui l'a condamné aux oubliettes? Ou alors sa trop grande liberté de ton, voire, oh crime de lèse majesté, d'avoir mis en exergue les contradictions et hypocrisies du magistrat Maudet, qui l'a conduit à disparaître en 2 petites heures? 

Ceux qui se sont levés en lançant #JesuisCharlie et défendant la liberté de la presse seraient bien inspirés de ne pas réserver leur indignation aux atteintes qui se portent à des centaines ou milliers de kilomètres mais à celles qui se déroulent dans notre Genève réputée si libre et démocrate. Alors, à quand le hashtag #jesuisolivierfrancey ?

Le pouvoir de l'omerta

Il se dit que le journaliste Didier Tischler, ayant osé être critique envers le magistrat Maudet, pointe désormais au chômage de longue durée après s'être fait virer du Matin[2]. Comment nommer cela ? Le vrai pouvoir, c'est celui qui n'a même plus besoin de s'exercer pour que ses effets se fassent sentir. Faites des articles vitaminés sur comment Maudet fait de la course à pied, son activisme médiatique avec les djihadistes, mais un lien entre ses postures sur la laïcité et sa docilité devant un mollah qui pend des gens; ça, ça ne passe pas.

Le courage le pouvoir le rappel à l'ordre    

Ce qui est certain, c'est qu'Olivier Francey a franchi une ligne rouge. Et il semble que dans notre régime, si on peut prétendre à la liberté de parole, il n'est pas certain que l'on puisse l'exercer librement et surtout sans conséquences. En s'exprimant avec mordant, ce journaliste a dépassé une limite. Laquelle? Et qui l'a rappelé à l'ordre?

Il serait intéressant qu'un journaliste de la place se donne la liberté de faire un petit article sur ce sujet.

 

[1]  https://www.anony.ws/i/2016/03/12/LeTempsIran01.jpg

 https://www.anony.ws/i/2016/03/12/LeTempsIran02.jpg

[2]http://didiertischler.blog.tdg.ch/index-12.html

 

 

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07/03/2016

Pourquoi je marche ?

Pourquoi je marche ?
Marcher est tout d’abord une expérience de la liberté. Celle de pouvoir aller ici et là, sans retenue ni limites. Elle est liée au balancement des bras, au poids du corps et à la légèreté de l’esprit. La marche permet de choisir son rythme, décélérer ou s’arrêter. Personne ne tire, personne ne pousse derrière. Quand on marche, on a le temps avec soi. Dans une vie rapide, où en général ce sont le vélo ou le train qui m’entraînent, marcher est avant tout une expérience du ralentissement, de l’ouverture à la rencontre possible. La marche est la promesse d’une rencontre... avec soi d’abord.

 

Relier les oasis de la Ville
La grandeur de la marche, je la trouve dans le livre de Saint-Exupéry, Terre des Hommes, où il relate son accident dans le Sahara libyen en 1935 où il manqua de peu de mourir de soif. Il y a ce moment extraordinaire où il se met à marcher, sans savoir où il va, pour sauver sa peau. Ce qui lui permet de tenir, la certitude que quelqu’un viendra, qu’il n’est pas possible qu’il n’y ait personne. Dans les jungles urbaines, les villes surchauffées, c’est le même désert. Et la même question : quelqu’un viendra-t-il ? Serait-il possible que personne ne vienne ; que plus personne ne relève la tête de son téléphone portable, qu’aucun visage n’émerge de la multitude ; que ces rues restent désertes la nuit ? Un seul moyen de le savoir : descendre dans la rue, marcher encore, se mettre en chemin, et interroger l’autre, par la parole ou le regard. Questionner celui qui vient, celui qui cherche aussi. Oui, la ville d’aujourd’hui est peut-être le plus peuplé des déserts. Mais elle est aussi riche d’oasis. Comment relier ces différents lieux, et les nomades qui y transitent ?

 

Bienheureux ceux qui marchent

Quand je marche, je me déplace facilement. Le plaisir simple d’aller est déjà un luxe, une source de joie. Qui a fait l’expérience d’avoir des béquilles, d’avancer difficilement en supportant son poids ne me contredira pas. Bienheureux ceux qui marchent, rien ne peut les arrêter.


La marche est un usage révolutionnaire de la Ville. Elle n’a pas d’arrêt prédéfinis, ni de fonction autre qu’en elle-même. Aucun coût. Elle ne connaît pas les bouchons, ni les contraintes. La marche est un usage fluide, où le regard peut se poser où il veut, explorer son environnement, à 360 degrés. Telle couleur de toit, telles moulures sous une vieille charpente, ce petit restaurant… je ne les avais jamais remarqué auparavant. Je les découvre en marchant. Et puis la lumière change. Un léger vent se lève et tout est perçu autrement. D’où vient alors ce plaisir simple et gratuit de contempler, immobile, ce qui bouge alentour ?


La marche est une expérience de la vulnérabilité. La pluie vient, le froid me saisit. La fatigue monte. Le corps est présent. Il rappelle son existence, ses besoins. Et puis, il y a cet homme qui vient vers moi et me demande quelque chose : cinq francs ou une cigarette je crois, mais peut-être que ce n’est pas une pièce qu’il désire en fait, mais surtout de faire un petit bout de route ensemble…

Pourquoi je marche ?  Pour pouvoir m’arrêter. Pouvoir rejoindre et être rejoint.

Et à cette femme qui me demande : comment ça va ?

Je lui réponds, heureux, simplement : ça marche... donc ça va.

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25/02/2016

La politique, c'est comme le sexe

Voilà, nous arrivons au terme de cette longue campagne de votations dotée de 4 objets fédéraux, 8 objets cantonaux, et un vote municipal. Nous n'avons plus que ce jeudi pour voter par correspondance, et sinon il faudra se lever dimanche matin, sortir de la couette pour glisser son enveloppe dans l’urne.

Alors quoi, finies les joutes autour du Musée d’art et d’histoire ? La mauvaise foi crasse des opposants, les coups sous la ceinture, et la volonté malgré tout d’aller de l’avant pour Genève en votant Oui, un oui libérateur et joyeux à ce projet? Eh quoi tout aurait été dit ? Eh non, on n’y est pas encore, pas tout à fait. Alors, encore un petit argument pour aller voter, un petit stand, un mail, un dernier ballon gonflé! Encore une personne ou deux à convaincre, oui !

 

Oh OUI

Quoi qu’il en soit, dimanche on sera délivré. Souvenez-vous du vote sur la loi sur la police à Genève (le oui l'avait emporté par 42 voix, de la votation du 9 février 2014, accepté à 50.3%: 19'000 voix! De la Loi sur la redevance Radio/TV du 14 juin 2015. 3669 voix avaient fait pencher la balance dans le camp du oui). Cela encourage à poursuivre encore le débat, la dispute, l’échange, donner encore de l'énergie avant l’échéance de dimanche…

Car enfin, c’est notre héritage démocratique, citoyen, transmis par les grecs, d’entrer dans cette arène politique et d’y débattre. Et puis, la politique, osons cette comparaison, n'est-elle pas comme le sexe, à savoir : plus on le pratique et plus on en a envie, avec tout de même, une inversion, car si l’on dit du sexe que c’est ceux qui en parlent le plus qui le goûtent le moins, et qu’il est, en général savouré dans la sphère intime, en politique, le silence est onanisme et la retenue revient à s'abstenir de tout débat public. Au final, ce sont celles et ceux qui s'engagent et s'expriment qui l'exercent avec le plus de plaisir...

 

Plus que 3 nuits dormir

Dimanche, c’en sera fini ? Ouf disent certains ! Encore! murmurent d’autres ! Regrets, remords, entre ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui se sont arrêtés trop tard : joie de l’aboutissement. Fatigue. Comment seront les uns et les autres dans la victoire ou la défaite ? Ce qui est certain, c’est que notre système démocratique en sortira gagnant.

Une certitude: je ne partage pas le point de vue de ceux, inquiets, qui pointent du doigt la surcharge démocratique, et la crainte, pour le peuple, de ne plus pouvoir suivre. Au contraire, le travail civique des citoyen.ne.s se trouve renforcé par des votations dotées d’enjeux d’importance, passionnants, voire passionnels, touchant au rapport à l’autre, au droit, à la culture, à la durabilité de notre société et à sa santé économique, éthique.

Des votations gourmandes

Les taux de vote annoncés relativement hauts pour ces votations du 28 février (37% à J-4), laissent entendre que les citoyen.ne.s se déplacent pour voter quand ils perçoivent que leur vote fera la différence. Les partis sortent aussi renforcés de ces votations gourmandes. Dans le doute, s'inspirer des mots d’ordre d’un parti permet de trouver repère et cohérence de vote. Dans l'abondance des choix, suivre une ligne permet d'y voir plus clair et de se faire une idée plus précise des enjeux.   

Si la politique est comme le sexe, il faut alors penser uniquement le 28 février comme un coïtus extaticus. Après, on se repose, on souffle un peu... et dès le 29 février on se remet en jambes en vue de la nouvelle ronde pour les votations du 5 juin. Car le menu s’y annonce tout aussi copieux avec plusieurs objets agendés (Initiative populaire en faveur du service public, pour un revenu de base inconditionnel, pour un financement équitable des transports, la modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, la modification du 25 septembre 2015 de la loi sur l'asile (Lasi), l'éventuel Personal stop, la traversée de la rade, les référendums sur les coupes dans le domaine de la culture et du social en Ville de Genève, etc.,) Miam.  

 

Votons, encore, et encore ! 

Alors, sitôt fini, on recommence? Mais oui ! C'est là la joie et jouissance de notre démocratie helvétique. Celle que l'on partage. Alors, pour conclure, ne boudons pas notre plaisir… votons et faisons voter. Il reste encore quelques jours d'ici dimanche pour faire durer le plaisir et profiter pleinement de ces dernières heures qui, si elles nous prennent entièrement nous rappellent que la vie continue, grande, pleine et belle.

Oui, la politique, c'est comme le sexe. Et peut-être même qu'au final, le plaisir qu'on y trouve dépend tout autant des partenaires avec qui on le pratique et du niveau de participation, que du "résultat".  

 

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17/02/2016

Dynamisme d'un musée

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Il est un petit livre intéressant qu'il faudrait parcourir avant la votation du 28 février sur la rénovation et l'extension du musée d'art et d'histoire. Museum of the future, aux Presses du réel, édité par Cristina Bechtler et Dora Imhof, et dont Lionel Bovier, actuel directeur du Mamco, dirige la collection. Ce livre donne la parole à des artistes, aux curateurs, aux directeurs et directrices de musées. Il permet d'envisager celui-ci autrement qu'en terme d'argent et d'architecture, sur un plan culturel, créatif, et participatif.  

 

Transformer, cultiver, évoluer

"Les musées sont en continuelles transformation et évolution. Le futur des musées dépend de leur flexibilité et de leur capacité à se transformer" (Gerhard Bott, 1970). Pendant trop longtemps, ils ont été considéré et envisagé avant tout comme des lieux de dépose d'oeuvres uniquement, de replis les jours de pluie, royaume d'un conservatisme sans âme ni perspective.

Questionner la place d'un musée dans la cité, c'est questionner le rôle de la culture en son sein. En ce sens : refuser un projet de rénovation de musée conduit aussi à refuser le rôle de rénovation de la culture, surtout si ce sont pour des raisons financières, de jalousie ou de conservatisme suranné, qui n'ont que peu à voir avec celle-ci. Rénover c'est évoluer, sans sacralisation, sans vénération excessive; dans le respect du patrimoine, certes, comme c'est le cas dans le projet du Mah+, mais surtout dans le respect du public.  

 

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l’église de Salemi, Alvaro Siza, 1982
la situation après le tremblement de terre en haut, le projet de Siza en bas

 

La culture toute la culture

En ce sens, le slogan "la culture, toute la culture" porte en son sein un dynamisme, celui de ne pas vouloir opposer les différentes formes d'expression culturelles, et surtout de placer celles-ci à un niveau plus haut que les considérations la réduisant à telle chapelle contre telle autre.   

Respect du patrimoine, entretien, soin pris à restaurer les oeuvres. Travail d'archivage, de catalogage, dans des conditions adéquates et digne des oeuvres que le musée a hérité des anciens; respect du personnel, de ses conditions de travail: le oui au musée d'art et d'histoire dynamisera tous les secteurs culturels : médiateurs, graphistes, danseurs, dessinateurs, etc. Tous les créateurs qui se sont exprimés dans le cadre des soirées culturelles du MAH, peuvent en témoigner. C'est tout le secteur social et culturel qui bénéficiera du nouveau dynamisme du musée d'art et d'histoire.  

Le musée sera plus vivant et accueillant quand il sera rénové et agrandi qu'actuellement alors qu'il suinte sous la chaleur et macère les jours de pluie. Ce coup de fouet culturel que permettra le nouveau musée, nous ne pouvons nous payer le luxe de l'attendre pour dans 20 ou 30 ans.

 

Dynamisme d'un musée!

"Si les circonstances ont fait que, dans le même espace soient réunis l'histoire et l'art, le passé et les espérances de l'avenir, il faut que cet édifice soit non pas un tombeau consacré seulement aux souvenirs du passé, il faut qu'il soit surtout une source de vie et de lumière" - Alfred Cartier, discours d'inauguration du musée d'art et d'histoire, Genève, 1910.

Cette phrase vaut son pesant d'art et d'émerveillement. Parce qu'un musée est un lieu ouvert, inclusif, qui forge des identités et des débats. Ceux qui voudraient nous faire croire que refuser et exclure est la bonne solution, et que l'unanimisme naîtra, comme par magie du refus, d'un hypothétique plan B, plus coûteux et hasardeux, se paient de mots et veulent nous faire avaler un bouillon pour les morts.   

 

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Ne nous rendormons pas

C'est parce que ce projet de rénovation et d'extension du MAH est si décrié et si férocement combattu, qu'il démontre peut-être aussi combien il touche à l'essentiel concernant les enjeux actuels pour Genève, la plus petite des grandes villes. Notre ville ne s'est pas vu grandir, au point de s'étonner aujourd'hui de découvrir ses vêtements trop serrés et trop courts. 

Ce projet de rénovation et d'extension, dont le sort est désormais entre les mains des habitant.e.s de la Ville, hésitant entre le passé et l'avenir, l'ouverture et la fermeture, la culture ou les économies, servira en quelque sorte, d'épreuve pour les ambitions de Genève et sa créativité future. 

Le vote du 28 février démontrera s'il est possible d'aller de l'avant, pour la culture, toute la culture, ou s'il faut prendre - et perdre?- plus de temps encore pour se mettre d'accord avec tous sur tout avant de commencer quoi que ce soit, au risque de la sacralisation de l'identique, d'une Genève qui se fige, par nostalgie ou romantisme d'un passé idéalisé.   

Je crois, pour ma part, fortement, que les habitant.e.s de la Ville sont prêts à faire un pas en avant le 28 février, par curiosité et désir de découvrir ce que ce musée pourra continuer à raconter sur eux et ce qu'ils pourront y vivre de neuf.

 

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16/02/2016

Un oui qui vaut son pesant d'art et d'ouverture

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Ce qui se joue le 28 février, avec la votation sur la rénovation et l'extension du Musée d'art et d'histoire, est bien plus qu'un enjeu architectural. Il s'agit véritablement de la manière dont Genève se voit grandir et dépasser ses limites, se projette dans une autre dimension. Voulons-nous rester un village avec notre petit musée encyclopédique où les bourgeois de la cité ont légué leurs oeuvres, ou passer dans une dimension cosmopolite, dans la contemporanéité, en empoignant ces enjeux passionnant des partenariats privés-publics, de la médiation, d'un nouvel outil muséographique pour le public, afin de repenser notre histoire et notre futur?

 

La culture n'attend pas 

Le 28 février, ce n'est pas juste un oui ou un non à la rénovation et à l'extension du MAH que le peuple prononcera, mais une réponse à la question de savoir si nous souhaitons rester dans la crainte du saccage ou de l'attente éternelle de l'éblouissement ou nous engager, d'une manière pragmatique, avec le meilleur projet possible, à actualiser un musée qui tombe en ruine.

Un musée n'est pas un lieu pour plaire, c'est un lieu pour provoquer, créer le débat. En ce sens, on est tenté de dire que le projet Nouvel dépasse déjà toutes les espérances. Quelles passions, quels échanges, que d'émotions et d'énergies entre les nostalgiques du conservatisme et ceux qui souhaitent voire l'architecture mise au service des oeuvres ; entre ceux pour qui un musée est un lieu mort, où les nouvelles formes de médiation et les soirée de type afterwork ayant secoué la vénérable institution n'ont pas leur place, et ceux qui placent le public au centre.

 

Débat sur les liens entre privé et public

Mais diable, pour une fois qu'un privé sort ses collections de ses caves ou de ses appartements particuliers, n'y a-t-il pas de quoi se réjouir? Le public aura accès à ce qui d'habitude dort aux ports francs ou dans des villas cossues et auquel il n'a jamais accès. Le musée, par l'ajout d'une collection privée, prendra une nouvelle dimension avec des oeuvres capables de dialoguer avec le fond genevois existant.

C'est donc aussi l'ouverture à l'autre que questionne ce projet, la capacité de se lier dans un partenariat qui n'est ni soumission ni absorption, mais tension, et dialogue. N'est-ce pas d'ailleurs pleinement là le sens d'un musée et de toute culture: réveiller, stimuler, exacerber les débats sur des enjeux de société? Ne pas laisser entendre que les choses soient figées une fois pour toutes, mais au contraire en évolution, dans la complexité du présent, en lien avec passé et avenir ? 

 

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Nostalgie quand tu nous tiens    

Ce qui est certain, c'est qu'un non le 28 février signifierait repartir pour une même campagne, dans 10 ans, avec un projet plus cher, les mêmes oppositions, les mêmes j'aime-j'aime pas d'experts auto-proclamés, la perpétuelle sacralisation de la cour, de la butte, des arbres, de chaque clou et caillou sacralisé d'une cour en friche. Pouvons-nous nous payer ce luxe ? 

A un moment donné, ne faut-il pas assumer le risque, le changement, et évoluer? Ou alors, et c'est peut-être secrètement ce que souhaitent les opposants, on fermera le musée, sa cour se remplira d'herbes folles pour nostalgiques, où les opposants de la première heure se souviendront des heures tendres et figées du temps d'avant, où ils venaient compter fleurette un doigt sur la touche play de leur walkmann chargé des premiers tubes des années 80 sur bande magnétique. 

Genève pourra alors rester le village du bout du lac qu'ils ont toujours rêvé. Et comme de bons provinciaux, pour ceux qui en ont les moyens, ils monteront voir des expos à Paris, à défaut d'avoir pu s'imaginer les réaliser ici. Et tant pis pour ceux qui n'ont pas 500 balles à mettre pour visiter un musée parisien... ils auront toujours la nostalgie grise de la cour d'un Musée d'art et d'histoire en ruine pour se consoler.   

Je ne crois pas que les genevois.es se reconnaîtront dans cette logique du refus, alors que leur oui vaut son pesant d'art et d'ouverture. 

 

 

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14/02/2016

MAH : ni sacccage ni éblouissement, une évolution!

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Faut-il laisser le musée d'art et d'histoire tomber en ruine, au nom de la sacralisation de la margelle d'une cour? Faut-il renoncer pour les 15 prochaines années à tout changement, par peur d'évolution ? 

Pourtant, les opposants s'arque-boutent autour de la margelle de la cour, parlent de saccage et figurent Jean Nouvel comme un démon venant tout détruire. Du délire.

Il faut tout d'abord rappeler que la Commission des monuments de la nature et des sites (CMNS) a validé le projet Nouvel comme ne portant pas atteinte au bâtiment. Ensuite, que Patrimoine Suisse, principal opposant, a obtenu 80% de ses demandes de modification sur le projet initial. Il est désormais acquis que les mezzanines, qui offriront des espaces d'exposition supplémentaires, ne toucheront pas au bâtiment; que la lumière naturelle continuera d'illuminer la cour intérieure, qui évoluera comme un plateau d'accueil central, permettant enfin la circulation dans le musée; le restaurant panoramique sera inscrit dans le gabarit du bâtiment, l'espace en sous-sol sera maximalisé (un nouveau forum de 300 places, et surtout 2000m carrés dédiés aux expositions temporaires qui manquent aujourd'hui cruellement pour développer ou accueillir des expositions de format international).

Le projet Nouvel, fruit d'un appel d'offre en 1998, est au final un projet que les opposants ont grandement contribué à améliorer. En fait, mieux que tout concours, il a bénéficié de leur participation directe à l'élaboration du projet. Ni saccage ni éblouissement, c'est désormais un projet mature, comme on en fait chez nous, fruit du compromis, des contraintes patrimoniales et politiques, bien dans les clous financièrement, sur lequel le peuple se prononcera. 

La haine des opposants ne saurait être récompensée 

Les opposants ont choisi de faire une campagne qui salit. Paranoïa, théorie du complot, haine, leur stratégie est de jeter le discrédit total sur ce projet. Ils voient des liens d'intérêts partout, travestissent Nouvel en Nosferatu, un mécène en tyran, et Sami Kanaan, magistrat démocratiquement élu, en potentat soustrayant des informations. Chaque semaine, les mensonges deviennent plus gros... et grossiers. Est-ce que cela marchera? Est-ce que les genevois se laisseront abuser ? Les opposants salissent aussi la Ville de Genève et ses employé.e.s, qui ont calculé au franc près le coût de réalisation de ce projet en les décrivant comme des amateurs, au motif qu'en calculant des volumes à la louche et au pif les opposants arrivent eux à des prix plus élevés. A la longue liste des griefs des opposants, il faut donc ajouter leur mépris pour la fonction publique, qui a travaillé pour ce projet, et oeuvre dans le musée aujourd'hui.

 

Revenir au temps des machines à vapeur ?

Pourquoi un tel déchaînement de négativité? Parce que la margelle d'une cour: c'est sacré! Sérieusement ? Pourtant, si vous êtes allé une seule fois de votre vie au musée d'Orsay, à Paris, vous ne pouvez pas oublier que ce musée autrefois était une gare [1]. Et personne aujourd'hui ne pleure le tabac-journaux qui se trouvait au bout des quais. Personne, aujourd'hui, ne regrette la pissotière qui se trouvait là où, aujourd'hui, on découvre l'entier du musée. Quand vous pensez au musée d'Orsay, demandez-vous si vous souhaiteriez revenir au temps des locomotives à vapeur, et en pensant au MAH, si Genève aurait dû conserver ses fortifications. N'est-ce pas dans l'ordre des choses que les architectures évoluent ? 

 

Nostalgie quand tu nous tiens

Sacraliser la cour du MAH, avec ses quelques herbes folles, et ses flaques d'eau noire, fréquentable 4 mois par an est un réflexe de nostalgie et de refus du changement. Il y a pourtant, au jardin botanique, de belles serres et de magnifiques jardins. Il semblerait donc plus raisonnable qu'un musée soit dédié à l'exposition des oeuvres et à l'accueil de collections, plutôt que de sacrifier une rénovation complète au profit d'une cour vide.

 

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[1] http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/de-la-gare-au-mu...

 

 

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10/02/2016

MAH : le choix de l'intérêt public

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Le moment de voter pour la rénovation et l’extension du Musée d'art et d'histoire a sonné. Ce moment, le MAH le réclame depuis des années. Notre vénérable musée de la vieille-ville tombe en ruine, et tout laisse entendre que si rien n'est fait, il devra être fermé à très courte échéance. L'heure du  choix a sonné également pour effacer la volonté pusillanime d’argumenter et contre–argumenter sans fin. Assez de palabres infinies et actons la volonté de ne pas sacraliser une ruine mais de la rénover!  

Les opposants rabâchent depuis des semaines le même article sur un appel d’offre qui aurait dû être un concours... il y a bientôt 20 ans! Ils ne semblent pas voir qu’ils y sacrifient le musée, ses collections, et son public dans une guerre procédurière dont les genevois.es sont les grands perdants. Et tout cela, parce que l’un d’entre eux n’a pas été retenu à cet appel d’offre. Désolant. Regardons plutôt où se trouve l’intérêt public prépondérant plutôt que de laisser aux aigris trop d'importance. 

 

Le grand gagnant sera le public !

Voter oui, c'est voter pour le doublement des surfaces d’exposition, le doublement des surfaces d’accueil, la création d’un restaurant panoramique, une muséographie repensée, avec un nouveau projet scientifique et culturel qui vient d'être présenté par le magistrat Sami Kanaan. C'est s'offrir un musée renouvelé et agrandit qui réouvrira en 2022. Il sera alors toujours en mains publiques, toujours gratuit, et permettra à chacun.e d'apprendre, de questionner, se renseigner sur l’histoire de Genève, de l'art, et lutter contre l’obscurantisme. De l’emploi sera créé. Ce musée sera un atout touristique de plus pour notre Ville, et les retombées pour celle-ci: majeures. Oui à ce nouveau souffle en vieille-ville et pour tout le bassin genevois !  


Un forum de 300 places sera créé sous le musée, une pompe géothermique alimentera le musée qui, a 80%, sera énergétiquement autonome. Le restaurant et le forum seront indépendants du musée. Ils pourront être ouverts même quand celui-ci sera fermé. Le musée de l’horlogerie sera établi et le musée des instruments anciens créé. Certains se demandent encore si ce projet est un projet de gauche ou de droite? Mais ce débat transcende les front politiques. L'extrême gauche s'est d'ailleurs alliée avec l'extrême droite pour le combattre. Il ne s'agit donc pas d'un front idéologique, mais d'un front qui sépare ceux qui regardent vers demain de ceux qui regardent vers hier.

Financé à 50% par les privés, ce projet préserve les finances publiques. Il permettra d'investir l'argent public ainsi économisé dans d'autres domaines (crèches, écoles, installations sportives), pour le bénéfice et le bien être de toute la collectivité.

 

Le débat démocratique a lieu

Malgré ce que prétendent les opposants (accusations paranoïaques d'opacité), ce projet a été étudié et décortiqué sous toutes ses coutures au Conseil Municipal et dans ses commissions. Un référendum a été lancé et a abouti. Des débats ont lieu désormais presque quotidiennement, le prochain ayant lieu ce jeudi[1], organisé par la Tribune de Genève. Que les opposants annoncent déjà des recours devant les tribunaux montre en fait le peu de confiance que ces derniers ont du peuple, de sa sagesse et de son vote. Leur côté procédurier à l'extrême illustre la faiblesse de leurs arguments.

 

Je voterai oui le 28 février pour le musée d'art et d'histoire. Car ce projet est bon. C'est le meilleur que nous avons en main. Il bénéficiera directement et concrètement aux genevois.e.s, à la culture, au vivre-ensemble et à toute notre région. 



[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/saisir-vite-quatre-enjeux-grand-debat/story/20072159

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06/01/2016

Charlie Hebdo : un numéro spécial plein de vie

4841109_6_22d3_2016-01-04-8854d6f-6317-13nvr84_805b451e8e4cb916641decfe3126f108.jpgLa une de Charlie Hebdo sortie ce mercredi 6 janvier, un an après la tuerie, fait jaser. Ce numéro spécial porte en "une" un Dieu barbu, armé d'une kalachnikov, à l'habit ensanglanté qui annonce la couleur. La cible, c'est Dieu, la religion, responsables d'avoir tué la rédaction.[1] Mais ce numéro rageur, vengeur, dans l'esprit Charlie, vaut beaucoup plus qu'une caricature.

Tiré à 1 million d'exemplaires, ce numéro anniversaire, provocateur (ben oui c'est Charlie), costaud (32 pages) est promis à une belle vente... mais sera-t-il lu? L'éditorial de Riss cogne dur et juste : "Ce ne sont pas deux petits cons encagoulés qui vont foutre en l’air le travail de nos vies. Ce n’est pas eux qui verront crever Charlie. C’est Charlie qui les verra crever." Ce numéro courageux, émotionnel (retranscription de la journée du 7 janvier de l'intérieur qui nous plonge dans l'horreur)rend hommage aux morts comme aux survivants (merveilleux texte de Philippe Lançon) et pose à sa manière des questions fondamentales sur l'époque que nous vivons (subissons?).

La religion, les cons, les tueurs, la fragmentation

Charlie assume sa connerie aussi. Un petit dessin vengeur de Coco en page 8 avec un chat qui défèque en affirmant "religion j'écris ton nom", renvoie la religion au bac à sable. Mais pourquoi confondre les assassins encagoulés et Dieu, offensant ainsi tous les croyants, et invoquant une laïcité dogmatique qui sert parfois de cache-sexe à l'offense et au défouloir? "Il n'était pas pensable qu'au XXIe, en France, une religion tue des journalistes." Sérieusement, Charlie pense que c'est la religion qui est responsable? -Oui. En tout cas, ce n'est plus elle qui sauve : "Les convictions des athées et des laïcs peuvent déplacer encore plus de montagnes que la foi des croyants" (Riss). Putain de Dieu! crie Charlie dans sa colère. On n'est pas loin de l'appel au djhiad laïc mais avec les crayons pour seules armes. 

 

Ne nous emmerdons pas les uns les autres 

Charlie se fait plaisir, aussi. Mais à quoi bon se payer Dieu, gratuitement, lui qui ne demande pas grand chose, si ce n'est, à défaut que l'on s'aime les uns les autres de ne pas s'emmerder les uns les autres? Ce Dieu, que les assassins comme les plumes acerbes, caricaturent grossièrement (ou drôlement), en jouant du blasphème ou de la kalachnikov pour mieux le déformer, ne mériterait-il pas qu'on lui foute la paix ? A quoi bon diviser encore plus le monde entre croyants et athées, laïques, en les clivant? -Au nom de la liberté d'expression? Certainement.    

La sacralité est défoncée depuis le travail critique des lumières au XVIIIe. Voir Charlie "enculer toutes les religions", et ressusciter le cadavre de Dieu pour mieux l'abattre aurait fait marrer Nietzsche, pour sûr. L'obscurantisme a de nombreux voiles. Heureusement, l'humour nous sauvera toujours de la connerie et Vuillemin, dans ce numéro, émeut aux larmes. 

Achetez Charlie : un antidote au dogme

Dieu est autre qu'un gadget pour djihadiste en herbe ou un hochet pour laïcard. Oui. Et puisqu'il y a aujourd'hui des pouvoirs autrement plus matérialisés, nocifs et destructeurs desquels se gausser plutôt que de dézinguer Dieu, Charlie les épingle férocement dans ce numéro, en restant fidèle à sa ligne de rire de tout et de tous (Valse de Vienne pour Marine Le Pen : un rêve de petite fille ! Le dernier grand Chantier de Chirac.. éviter la taule...).

Ce numéro spécial de Charlie est exceptionnel, de force, d'intelligence, de courage et... de connerie, bref : de vie. "Croit-on vraiment que l'on stoppera la propagande totalitaire religieuse avec un communiqué?" interroge Charlie. Non, certainement pas. Mais par l'écriture, la pensée, par le courage et le dialogue, l'intelligence, tout est possible.

La lutte se poursuit... éternel recommencement.

 

 

[1] http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/01/04...

 

 

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02/01/2016

2016 sera-t-il spirituel ou ne sera-t-il pas? (Hommage à Maurice Zundel)

C'est par hasard que je suis tombé, à la rue Lissignol, sur deux petits ouvrages d'inédits de Maurice Zundel publiés aux éditions du Tricorne (Genève) : l'humble présence et Témoin d'une présence.[1] 

Qui était Maurice Zundel ? Maurice Zundel (1896-1975) était un fou. Maurice Zundel était un fou de Dieu. Maurice Zundel avait une petite démarche d’homme de Dieu. Il prenait son café sur l’avenue d’Ouchy à Lausanne avant d’aller à la paroisse du Sacré Cœur découper un saucisson sur un banc en pierre. Maurice Zundel croquait le soir une patate bouillie avec un café au lait tiède, parfois un peu de raisiné ou de beurre frais les jours de fête. Il lisait un psaume avant de se coucher, après avoir parcouru la feuille d’avis. Enfin, cela dépendait des jours. Parfois il ne lisait rien, il priait. C’était un saint, le dernier peut-être. Dieu seul le sait.


Maurice fût l’un des plus grands mystiques du XXe siècle, c’est attesté. Un XXe qui, en terme de mystique n’a pas fait fort ; c'est attesté aussi. Le vrai hit-parade, là où ça se bouscule au portillon, fût celui de la fascisation, des meurtres de masse, et de l’épuisement des ressources naturelles. Dans cette catégorie-là, ils sont légion à vouloir recevoir leurs récompenses. 

 

Mystique de Maurice Zundel


Zundel, lui, était d’une autre catégorie. Il ne reçut aucun prix. Le Pape, toute la hiérarchie catholique l’ont toujours empêché, réduit à rien. Il était trop libre, dérangeant, trop fin, humble, trop simple simplement, authentique, trop croyant, trop divin, divinement.

Un grand pote à Zundel ça aurait pu être Brassens, Georges (1921-1981) mais à ma connaissance ils ne se sont jamais rencontrés ailleurs que dans le cœur du monde. Cela aurait aussi pu être Georges Haldas (1917-2010) greco-genevois qui vécu ses dernières années au Mont-Sur-Lausanne. Maurice lui venait aussi d’ailleurs, de Neuchâtel. A l’époque, venir de Neuchâtel, c’était aussi mal vu que de venir de Syrie, ou d'Afghanistan, ou d'aller à la mosquée; très très mal vu, oui.


Maurice était tellement fou qu’il pouvait écrire : "dans le mal c’est Dieu qui a mal " ou : " le vrai problème n'est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort. "

C’était un bosseur, il écrivait, parlait, pensait : "le Bien c’est quelqu’un à aimer, pas quelque chose à faire". C’était un bûcheur Momo Zundel, parce qu’un feu brûlait en lui, le réclamait. Pas parce qu’il voulait devenir quelqu’un d’autre ou prouver qu’il existait vraiment. Non, ce n’était pas ça, ce n’était pas un petit braquet. Il avait une œuvre à réaliser, une voix à exprimer, au-delà de lui-même, simplement. 

Le féminisme n’avait pas encore passé la deuxième vitesse (1968), mais Maurice avait déjà dépassé haut la main la guerre des sexes. Cela n’avait rien à voir avec sa chasteté ou son célibat de prêtre. Femme, Homme, oiseaux, chats, chiens, dans les jardins et les forêts de Momo Zundel, toute créature était égale, parce qu’elle était avant tout créature de vie, supérieure à ses conditions d'existence, et produit d’éternité, non pas d’une classe, d’un genre, ou d’un drapeau.

Tout cela Maurice l’avait compris très vite. A croire qu’il le savait avant même d’être. Il avait dépassé les formes, les étiquettes ; les looks... de cela, il s’en moquait comme de sa première communion. Il était fixé sur l'être.


François d’Assise (1181-1226), le saint, le fou, était un intime de Momo Zundel. Il pensait un peu comme lui ou peut-être que c’est lui qui pensait dans la voie du frère d’Assise. Enfin, là encore, que ce soit une pensée avant l’autre ou l’une après l’autre, ni le copyright ni le temps linéaire n’ont jamais existé chez les grands mystiques, puisque tous boivent à la même source, plongent leurs racines dans le même terreau.

2016, année spirituelle?

On serait alors sur le levier que Galilée (1564-1642) réclamait pour faire pivoter la terre sur son axe. Ce serait la révolution, l’entrée dans une autre dimension. Et si l'on retournait le matérialisme comme un gant?

Mais cela, est-ce souhaitable? Car enfin, soyons sérieux, s'accrocher au connu, c'est si bon. L'Oréal: c'est délicieux, les barquettes en plastique brûlent très bien, même avec de la viande au centre.

L'inconnu: à repousser! Avec la peur de tomber comme les cours des bourses qui chutent, les unes après les autres, avec les mêmes autorités qui dérégulent, investissent des millions pour que la bicoque de planche de clous d’électronique et de bip- bip tienne encore malgré tout… et qu’elle nous supporte encore un peu…encore un peu... encore un peu... malgré Daech, le cancer, les casseurs, Alzheimer, les forfaits fiscaux pour les nantis, les redressements pour les autres, tout cela qui vrombit et vrille d'une manière confuse et indifférenciée. Prêts à tout pour que ça ne bouge plus? Mais le vent de l'histoire souffle. Quelles voiles lever maintenant?

 

Dépasser la peur

Maurice aka Momo avait dépassé la peur. Il ne travaillait que pour les choses essentielles. Du coup, il ne travaillait plus, il vivait. Simplement.

Il était devenu un passager, un voyageur solaire. Il avait du temps pour tout le monde, avait cessé de se préoccuper de lui-même. Ses plages de rendez-vous étaient végétales. Pas d'Outlook, pas d’I-phone, il était libre pour la vie et la vie l’était pour lui.

Maintenant, Momo Zundel mange les pissenlits par la racine, mais les siens, c’est sûr, ont le goût de la lumière du sel et de l’infini. Il a fini par mourir enfin, afin de commencer à vivre sa vie d’après la vie.

Quand viendra l’hiver cosmique, pas le Winter is coming cathodique, non, mais dans la mendicité de l’infini, il n’y aura plus ni Roms ni Genevois, ni Moldaves ni Zizous ou Vaudois. On ira tous au jardin du silence, pieds nus et fragiles, les uns derrière les autres, tendre la main à Momo Zundel. Et Momo sera là, miracle! avec ses betteraves et ses choux rouges, des aliments que l’on n'aurait jamais pensé manger, que la Migros avait même catalogué invendable.

Et là, coincés entre le silence la faim et la nuit, dans la folie la joie et le crépuscule de la mort, avec de grands feux d'artifice et des publicités pour Mars et Mac Donald sur des écrans géants, des litanies d'annonces de plans vigipirate, et des partis fascisants se posant en victimes à tous les coins de rue, on se mettra debout, et avec le sourire par-dessus le marché car Il faut changer de Dieu, c'est-à-dire qu'il faut trouver Dieu dans une expérience, dans l'expérience même de l'Homme on bêchera les quelques légumes de Momo dans les jardins célestes pour les faire bouillir, se racontant des histoires pour se faire rêver en faisant claquer le D de Démocratie en se souhaitant, encore et toujours une bonne et joyeuse année sans fin, fous que nous sommes.

2016 sera-t-il spirituel ou ne sera-t-il pas?

Le vrai problème c'est d'être vivant aujourd'hui

aurait répondu Maurice "Momo" Zundel en souriant...

car il avait de l'humour, le bougre.    

 

 

 

 

[1] Marc Donzé, l'humble présence, inédits de Maurice Zundel, tome I, Editions du Tricorne, Genève, 1986.

Marc Donzé, témoin d'une présence, inédits de Maurice Zundel, tome II, Editions du Tricorne, Genève, 1987.

 

 

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27/12/2015

Le spa miroir du monde

FullSizeRender.jpgEn me promenant au bord du lac au matin, là où les barrières et les villas n'empêchent pas encore partout de profiter des rives, je suis tombé sur ce portail orné d'une inscription: On ne peut changer le monde mais pour vous nous changeons le décor.

 

Eh quoi, serait-ce donc là réinvention contemporaine et suave du chant troisième de la Divine comédie de Dante: Vous qui entrez, laissez toute espérance? Une invite refusant d'aller au bout du chemin, mais décorant l'enfer, avec jolies tentures et éclairages tamisés, en appliquant les oeillères du consumérisme et l'eau tiède au nombril ?

Le brouillard était épais et le chant des sirènes tentant. J'ai médité un peu devant le portail pour décrypter ce qu'il nommait.

Eh quoi, il ne nous resterait plus que cela : le réduit, le replis hédoniste, le cocon où oublier l'espérance de changer le monde et l'ambition d'en faire autre chose, autrement ? C'est donc aux bu-bulles qu'il faudrait aller pour noyer toute espérance radicale et ne pas se compliquer la vie-déjà-trop-pénible avec la pensée; mais s'anesthésier avec une ou deux flûtes de champagne, un massage à 60 balles ; et se refaire ainsi la façade ?

- Coûteuse anesthésie.

 

Le communautarisme le plus agressif d'aujourd'hui

Le communautarisme le plus à la mode et le plus virulent aujourd'hui est le communautarisme de classe. Celui de l'argent, de ceux qui en ont contre ceux qui n'en ont pas, des puissants contre les autres, de ceux qui se construisent leurs territoires protégés, leurs espaces symboliques, leurs immeubles surveillés, avec un discours taillé sur mesure pour le légitimer.

Entrez ici et oubliez le monde, et dans cet espace du cocon et du ressourcement, vous pourrez pour quelques heures tout oublier... jusqu'à vous même, avec le sentiment de faire partie du club des happy-few.

- Fous que vous êtes. 

 

La nécessité de nommer pour dominer

Oh, le puissant pétrissage des cerveaux, les rotatives de l'usine à saliver qui tournent à plein régime et bâtissent de petits îlots protégés en sucre d'orge ;  sans culpabiliser que le monde s'effrite tout autour, s'en accommodant même d'un trait de plume.

Cette idéologie triste des people et de ce qu'ils mettent sous leur sapin (cf,le Matin), racontant leurs souvenirs communs, ce qui se trouve dans leur assiette ou dans leur lit ; le jeu du pouvoir dominant qui ne rassemble plus rien, ne draine ni espérance ni engouement, mais anesthésie par l'image et le luxe, la conformité ou l'intimidation; le jeu de ceux qui ont envie et de ceux qui font mine d'avoir, mais qui pourtant sont nus.  

 

Comment cela pourrait-il tenir encore, puisque ne reposant plus sur rien ?

 

Oh le puissant déni usant son morceau de savon noir jusqu'au bout, pour nous faire oublier tout engagement et toute responsabilité.

Oh la peau morte qui ne tient plus et partira sans frottement. Il ne lui suffit pas d'exister, elle doit se nommer et se photoshoper pour faire tinter le tiroir caisse. 

 

Tout pour la joie

J'en étais là de ma méditation quand une étrange réjouissance m'a saisi face à ce présent et à l'avenir qui s'ouvre et sera nécessairement un espace de renouveau et de subversion, de solidarité et de partage.

Car ce système, à l'évidence, touche à son terme. Il vit déjà sur ses réserves, avec des contradictions de plus en plus grandes, des injustices plus criantes; et les grosses ficelles qui le maintiennent sont en train de céder. Notre société abrite les plus grands traders et négociants de matière première de la planète, les plus grands affameurs, mais voudrait être quitte de son environnement, et de la solidarité internationale, arrêtant les migrants à 500 kilomètres de là.

Cette société qui se prétend mondialisée mais ne se soucie pas du monde à l'heure du partage ne sera sauvée par aucun spa; et aucun changement de décor, ravalement de façade, ne lui suffira à sortir de ses contradictions et de ses failles; aucune jingle bells aucun message charitable ne cachera sa monstruosité structurelle.     

 

Je suis resté un temps devant cette entrée, invitation à franchir le Léthé, pour y prendre mon pied.

Et j'ai tourné les talons.

- On ne peut changer le décor, ensemble nous changerons le monde.

 

 

 

 

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25/12/2015

Jésus à Champ-Dollon

Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes y jusqu'à ce que je te parle, car Hérode va rechercher le petit enfant pour le faire mourir. (Matthieu 2,10)

Ainsi commence la vie de Jésus selon l'évangile, par une fuite dans la nuit loin de la terreur et d'un empereur voulant le supprimer... puis le retour de cet enfant sur la terre qui l'a vu naître lorsque cet empereur meurt.

Que l'on ait retenu de Noël les cadeaux, les rois mages et la fête de l'abondance, une trace de la joie et de l'allégresse est une chose, mais pourquoi escamoter la dimension politique, marginale et menacée de la naissance de Jésus ? La précarité de sa naissance, qui place d'entrée son existence sous le signe de miracles successifs (comme un petit enfant qui survivrait au naufrage d'une embarcation en Méditerranée).

Cadeau de Noël

Je réfléchissais à cela dans un train pour rejoindre mes parents dans un petit village vaudois. A Gland, le long de la voie ferrée et des baraquements : une trentaine de migrants assis attendaient le train ou n'attendaient rien, ils étaient là.

Dans le wagon, de mon côté, deux vieux, mari et femme, qui regardaient ces hommes comme si tout à coup ce qu'ils voyaient parfois à la télévision avaient rejoint leur réalité, sans qu'il ne me soit possible de savoir ce qu'ils en pensaient vraiment.

Au jour de Noël, à travers le petit écran d'une vitre de verre feuilletée, deux réalités instantanées, croisement fugace. Une question me vient alors : comment les rapprocher, les mettre en lien, ces deux mondes-là? Alors que ni la langue, ni l'histoire, ne les rapproche, et que pourtant ils sont appelés à vivre ensemble, cohabiter, partager les mêmes gares, les mêmes trains, les mêmes nourritures?   

Après quelques minutes d'arrêt, le train est reparti. Les deux anciens, avec leur panier de victuailles et leur sac "île de la Réunion" dans une direction. Les migrants immobiles, demeurant le long des voies ferrées.

C'était mon cadeau de Noël.

Seuls ceux qui ne veulent pas comprendre ne comprendront pas.

 

Jésus étranger à la prétendue "Civilisation judéo-chrétienne"

Je crois Jésus, réfugié politique, étranger à ceux qui parlent de la société judéo-chrétienne, des "valeurs chrétiennes", voulant les travestir et circonscrire à un territoire, une aire géographique, les instrumentalisant pour rejeter tout ce qui ébranle et conteste leurs certitudes et conforts.

Je crois à Jésus, réfugié politique, va-nu pied, migrant, dépossédé, ami des humbles, des doux et opprimés; de sa naissance à sa mort, pourchassé, prisonnier, condamné puis mis à mort, traçant un chemin de Noël à Pâques, sur l'arc d'une trajectoire radicalement étrangère à tout discours sur la prétendue "société judéo-chrétienne" légitimant en fait une société fermée, anti-évangélique et anti-chrétienne.

Je crois à Jésus, assis au bord d'un quai à Gland, prêt à accueillir celui qui descendra du train, dans l'ouverture, toujours.

Je crois à Jésus, bébé emmené dans les bras d'une femme, passant une frontière à Vallorbe ou au Tessin.

Je crois à Jésus, sorti quelque part de Syrie par son père qui s'est levé, pour fuir la mort et répondre à la vie.

Je crois aujourd'hui Jésus, musulman, chrétien, juif ou athée. 

Je crois à Jésus, adolescent, Dieu incarné, désigné du statut de non entrée en matière (NEM), souriant le long d'une voie ferrée.

Je crois à Jésus arrivant à Genève Ville de refuge et dormant sous les ponts, avec les roms déplacés d'une rue à l'autre par les bâtons tactiques.

Je crois Jésus à Champ-Dollon.

 

 

Joyeux Noël. 

 

 

 

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11/12/2015

Voulez-vous être les dindons de la dette?

En Ville de Genève, la droite a annoncé en commission des finances vouloir faire un bénéfice de 15.9 millions. Elle a déposé des amendements pour des réductions linéaires dans le domaine de la culture, du social et de l'économie de proximité.

La droite veut casser l'économie réelle qui produit de la richesse et offre de l'emploi à de nombreux habitant-e-s pour "rembourser la dette". Elle prétend infliger à la structure publique les remèdes qu'elle a développé dans le privé au bénéfice des conseils d'administration et au détriment des gens. Sauf qu'une entité publique ne se gère pas comme un fonds entrepreneurial; ses objectifs ne sont pas similaires. Sa finalité n'est pas de faire du bénéfice, mais de répondre aux besoins de la population.

 

Il n'est pas dans la vocation d'une crèche de faire du bénéfice, il n'est pas dans la vocation d'un théâtre de faire du bénéfice, il n'est pas dans la vocation de la fête de la musique d'augmenter son cash-flow ou aux associations s'occupant des plus précaires de faire du fric!

En réalisant leur mandat social, culturel, économique, ils créent des richesses et évitent l'appauvrissement de notre société. La mission de la collectivité est de leur permettre d'exercer leur travail pour le bien de toutes et tous, pas de l'entraver.

 

L'hypnose de la dette

Rembourser la dette à tout prix est le seul argument que la droite revancharde et frustrée par des années de posture minoritaire parvient à articuler pour montrer qu'elle est désormais aux commandes du cénacle municipal. Mais que veut-elle  ? Elle même ne le sait pas. Elle ne donne aucune impulsion politique, aucune direction, ne fait aucun choix. Elle veut juste "rembourser la dette" (n'importe comment, tout en créant des coûts reportés) et couper au plus court, sans concertation, sans réflexion, en biffant des lignes transversales d'un budget sans savoir ce qu'il y a dedans. 

 

La santé économique de la Ville est excellente

L'argument du remboursement de la dette est extrêmement faible. Tout d'abord, parce que la Ville de Genève bénéficie d'une économie forte avec un produit intérieur brut par habitant très élevé en comparaison internationale. Les dépenses de fonctionnement sont contrôlées (1%). La gouvernance et la gestion financière de la Ville sont excellentes. La gestion de la dette et de la trésorerie est prudente. Genève fait preuve d'un contrôle étroit sur ses entités satellites.

La Ville a effectué en mai 2014 un remboursement obligataire de 200 millions de francs suisse. Les prochains échéances de remboursement obligataire ne seront pas avant 2023. En conséquence, le service de la dette intègre uniquement à l'heure actuelle les charges financières et la dette à courte terme de la Ville. Il ne s'agit pas là de propagande socialiste... mais du rapport de Standard's and Poor's de novembre 2015 qui crédite la Ville de Genève de la note AA- et que l'on ne peut qualifier d'officine de propagande de gauche.

 

Du danger de prendre les gens pour des dindons

L'argument monomaniaque du remboursement de la dette est dangereux. Parce qu'en proposant à une collectivité publique de faire du bénéfice en coupant dans les prestations pour donner de l'argent à une économie virtuelle, cela affaiblit la collectivité et revient à engraisser des banquiers qui n'ont même rien demandé. Ces derniers ont prêté de l'argent sans intérêt à la Ville de Genève, voir à intérêt négatif.  Il est donc faux de dire que l'endettement des collectivités publiques conduit à des politiques restrictives! Ce qui est certain, c'est que la politique du coupe-coupe à courte vue détruit une économie réelle de proximité, des savoirs-faire, et une production de richesse.

 

Garder la tête froide

La déclaration de guerre de la droite élargie visant à faire du bénéfice sur un budget équilibré est négative pour la Ville de Genève. Couper les prestations à la population en temps de crise, est un choix politique périlleux et rajoute de l'insécurité à l'insécurité à un moment où il faut garder la tête froide.

Pas sûr que les genevois-es accepteront de payer plus pour obtenir moins de prestations. Pas sûr non plus que les moins fortunés accepteront d'éponger l'austérité plus fortement que ceux qui ont 10 fois plus de moyens qu'eux. Si la droite va jusqu'au bout de sa logique accidentelle, un référendum s'imposera afin de lui retirer le coupe-coupe des mains.

 

Ne soyons pas les dindons de la dette !

Ce qu'il faut retenir des remèdes ultra-libéraux de la droite ? Toujours moins de prestations pour le public; une fragilisation de l'économie pour un renforcement de l'économie virtuelle au détriment de l'économie réelle; une non-concertation avec les politiques cantonales, un mépris des associations qui vont se voir couper deux fois, et subir en quelque sorte une double peine, d'une manière totalement aléatoire, et sans réflexion sur les buts poursuivis;  un mépris des syndicats, des employés, de toute forme de réflexion participative ; une litanie, : réduire une dette.. pourtant contrôlée qui ne péjore pas les finances de la Ville, bien au contraire, elle lui permet d'entreprendre.

Ce qu'il faut retenir des remèdes ultra-libéraux de la droite ? une fièvre monomaniaque de montrer son pouvoir de nuisance et le dresser contre tout ce qu'elle ne peut comprendre ; enfin : un aveu d'impuissance et de faiblesse politique : détruire est toujours plus facile que construire.

Les genevois accepteront-ils d'être les dindons de la dette, et de payer un prix fort pour voir leurs prestations baisées par les petits comptables frustrés de la droite qui n'ont qu'une idée en tête ... faire jouer les autres au jeu de "qui veut perdre des millions" pendant qu'ils tirent les marrons du feu pour leurs petits copains de la finance et banquiers ? 

Réponse samedi 12 décembre dès 8h pour le vote du budget en Ville de Genève.

Rassemblement citoyen 8h même jour au 2 Hôtel de Ville pour s'opposer aux coupes.

Et joyeuse escalade !

 

 

 

10:06 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budget, conseil municipal, dette, prestations publiques | |  Facebook |  Imprimer | | |