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Humeur - Page 3

  • Trump, l'encouragement à la haine, la force du langage

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    Les événements de Charlottesville nous montrent une chose. Le président Trump cautionne, banalise, caresse dans le sens du poil et entretient volontairement des mouvements mortifères de suprémacistes blancs... parce que ce sont ses soutiens. Le slogan make america great again compris comme make america white again, fait rêver les mouvements les plus faisandés se réclamant de Trump.

    On est plongé dans le cadre d'une gouvernance clientéliste, où le bien commun, la défense du droit, de minorités, passent bien après la préservation de certains groupes, aux idéologies niant la pluralité, apologétiques du nazisme et révisionnistes de tout crins, s'inspirant des figures européennes comme Alain Soral ou Renaud Camus.

    Les assassins de Heather Heyer, les semeurs de haine, sont rendus fréquentables par le Président. Dans la même veine, Trump accusa Ted Cruz, concurrent lors de l'investiture républicaine aux présidentielles de ne pas être un natural born citizen, car né au Canada. Trump refusait d'admettre qu'Obama puisse être né aux USA, insinuant allégations mensongères, rumeurs, avant de reconnaître s'être fourvoyé dans ses théories sur la citoyenneté. [1]

    Cette rhétorique puriste et ce refus de la diversité, nous l'entendons aussi chez nous dans le cadre de l'élection au Conseil Fédéral. Et nous l'avons aussi d'une manière récurrente lors des débats face à l'extrême-droite, qui prétend incarner le "vrai" peuple, le représenter entièrement et détenir à eux seuls l'entier de la représentativité dans les conseils municipaux ou au Grand-Conseil, à Genève. 

    Trump n'est pas fou 

    Quand Trump banalise les agissements des milices d'extrême droite, ce n'est ni une erreur de communication ni un biais de langage. C'est son programme, sur cette base et par cette base qu'il a été élu. Ses éléments de langage visent à euphémiser ou travestir médiatiquement la réalité, par souci politique de renforcer le lien entre son pouvoir et les red neck.

    Trump n'est pas fou, il est partial et clientéliste. Il n'est pas fou, il nie le tout pour s'occuper d'une partie. Trump n'est pas fou, il est lâche et racoleur, comme le sont ceux qui servent les intérêts de petits groupes particuliers. Il est calculateur, pensant aux finalités avant les moyens. Trump n'est pas fou, il est dangereux. Comme Rodrigo Duterte aux Philippines, les messages qu'il transmet, les incitatifs qu'il passe et le blanc-seing qu'il donne à certains groupes sont des signaux destructeurs. Messages constants d'encouragements et d'impunité.

    Regardons dans notre assiette 

    Si les actions de Trump font froid dans le dos, nous avons bien plus proche de nous ce même genre de comportements. Il est bon de regarder dans notre assiette. Les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. L'UDC nous a habitué depuis longtemps à ces rhétoriques racistes stigmatisant certains groupes: les étrangers, les homosexuels, les femmes, banalisant des violences et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés dans un pur souci racoleur de se construire un électorat. 

    Les glissements du langage et la banalisation de la violence conduisent véritablement à des passages à l'acte, et à des violences physiques.  Ils ne doivent pas être minimisés. L'exemple de ce qui vient de se passer à Charlottesville nous invite à être toujours plus rigoureux sur ce qu'on accepte comme prises de position et sous couvert de "liberté d'expression" d'appels à la haine ou de négation de l'autre.

    Quand Eric Hess, conseiller municipal bernois, emploie à dessin un vocabulaire comme celui de nègre [2] pour désigner des individus, il ne "dérape" pas. Il vise sciemment à décrédibiliser, stigmatiser, et faire d'autres être humains des personnes de rang inférieur pour fédérer un groupe de soutiens et asseoir sa domination par le langage.  

    Le langage a pour fonction de découper le monde, et de le rendre accessible. Certains l'emploient aussi pour cibler et détruire.

    Un mot est un acte, rien de moins. 

    Laisserions-nous quelqu'un donner un coup de poing sans réagir? Non.

    Que faisons-nous alors, ici et maintenant, face à l'insulte, l'injure, le dénigrement ?

     

    [1]http://www.slate.fr/story/123571/tweets-trump-lieu-naissance-obama

    [2]https://www.tdg.ch/suisse/racisme-plainte-parlementaire-udc/story/23923248

     

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  • Les plots anti-terroristes ont fait leur preuve : conservons-les !

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    Les fêtes de Genève sont terminées. Les pouvoirs politiques, ayant choisi, au nom de la lutte contre le terrorisme, de poser des plots en béton autour de la rade, nous ont libéré d’un mal bien réel à Genève : les voitures. Ce n’est certes pas d’attaque terroriste que l’on meurt aujourd’hui à Genève, mais sous la pression constante incessante et mortelle du trafic des voitures.

    Il se pourrait que de la peur des menaces vienne de nouvelles opportunités à saisir. Puisque le camion et la voiture deviennent des engins d'attaques et de morts, il faut les considérer pour ce qu’ils sont : un constant danger public. Piétonniser et borner les villes semble donc être la manière la plus sûre de se prémunir contre des risques mortels. Il faudra certes se passer de ce luxe d’un autre temps : prendre son véhicule pour aller chercher ses croissants ou pour partir en vacances. 

    En 2017, il faut vraiment être un imbécile fini, pour croire que libéraliser encore plus la circulation, en transformant des pistes de bus en voies motardes, soit une solution à quoi que ce soit. Cela ne conduit qu'à faire durer encore un peu une manière de faire qui est vouée à l'impasse.  

    D’abord les plots, puis les pioches

    Grâce aux plots temporaires posés autour de la rade, nous voilà à l’abri, sur quelques tronçons et pour une durée limitée, de la menace tuant toute l’année. Les piétons, les cyclistes, les enfants, les commerçants, sont reconnaissants de ce salutaire enclos protecteur.

    Car il conduit à davantage de places pour les terrasses, davantage d’espace pour s’arrêter, flâner, acheter et observer en sécurité. On assiste à une réappropriation salutaire des quais. C’est beau de voir passer les foules le long du quai Gustave Ador et sur le pont du Mont-Blanc, pour une grandiose promenade. C’est beau de voir, à cette occasion, les échanges qui y ont lieu, et de se dire que oui c’est possible, la ville peut-être rendue aux habitant-e-s.

    Oui, c’est possible d’arrêter de sacrifier des volumes incroyables à la route et de déprécier des biens immobiliers à cause du bruit et de la pollution. Oui, c'est possible de réduire les dépenses ahurissantes de réfection, de réparation, d’un mode de transport usant, et d’employer l’intelligence d’ingénieurs à d'autres fins que celles de développer du bitume phono-absorbants ou des traçages à durée de vie éphémère. L’imbécilité sera toujours de mettre une boîte de 2 tonnes en mouvement pour transporter une personne et de croire que cela peut durer. 

    Oui, il est possible de mettre à profit d’autres formes d’intelligence plutôt que de continuer comme avant à rouler, polluer et tuer en plein cœur des villes. Les urgentistes et pneumologues des HUG vous remercient d'avance de tout effort de clarification de l’atmosphère que l’on respire.

    Non à la cuisson lente

    Le changement climatique et le réchauffement global de la planète accompagnés d'une hausse des températures nous indique aussi, que dans un horizon très proche, vivre en ville sur un sol minéral, deviendra une impossibilité. Le rapport à la terre, au bois, au végétal sera une obligation pour les citadins, si nous ne voulons pas littéralement cuire dans les villes où nos sarcophages de béton deviendront des fours.

    A Genève, plus de la moitié des ménages désormais ne possèdent pas de voitures. Ce nombre est en constante augmentation, et l’usage du vélo explose, avec des infrastructures qui ne suivent toujours pas. Il n’y aucune raison objective pour que l’on continue à bétonner, utiliser des surfaces énormes pour stationner alors que le sol est rare et le manque de logement criant.  

    Une action volontaire pour rendre la ville aux habitant-e-s

    Alors oui, merci à ces plots de béton posés aux entrées de la rade. Ils annoncent une période prochaine, où les pelles et pioches viendront  décrocher du bitume. Les villes du 20e ont vécu, il faut désormais accélérer les transitions et les repenser d’une manière volontaire pour les projeter dans celle du 21e. La sécurité, l’économie, le climat exigent de nous de repenser la ville, et cela implique de se débarrasser sur le plus de tronçons possibles de ce qui leur est clairement néfaste : la bétonite aïgue et la rente de situation des moteurs à explosion.

    Le temps de la voiture a vécu, il reste à savoir jusqu’à quand nous voulons continuer à endurer son spectre en lui déroulant encore des kilomètres de bitume retirés aux habitant-e-s. 

     

     

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  • Un trou dans la langue

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    J'ai quelque chose à dire et je pense que personne ne veut entendre.  

    Ou peut-être n’ai-je rien à dire mais je veux parler quand même.

    J’ai peur de parler pour ne rien dire. Ou de parler pour personne. Ou que ce que je dise ne soit rien, ou bien trop long  à dire, et ne soit pas reçu. Alors, je me tais.  

    J’ai quelque chose à exprimer. Mais j’ai peur que cela soit perçu comme une forme d’exhibitionnisme ou que je me découvre nu. Alors je garde ça pour moi. Le silence protège, en toutes circonstances. Tant pis si d’autres parlent pour moi. Je me tais.   

    J’ai peur de ne pas être entendu. Et, si je suis bien entendu, de ne pas être compris. Et si je suis compris, mal compris pour sûr. Cela, entendu, je reste en périphérie.

    D’autres parlent pour moi, ou plutôt contre moi 

    Je me retrouve, comme enfant sur la grande plage, devant la grande vague. Sitôt passé le rouleau, avalé le sel, je dois traverser un mur d’eau, puis un autre et un autre, encore.  Je ne desserre pas les dents. Pas que je veux retenir les mots, non. Ils peuvent bien sortir tous seuls. Je serre les dents, parce que ce que je ne veux plus rien avaler du tout. Ni sel ni crème ni bois mouillé. Que cela soit bien clair. Que cela m’empêche d’articuler n’est pas grave. Ce qui va sortir, je voudrais, avant de le relâcher le mâcher encore, attendre encore, et que cela soit si fortement fort, et radicalement condensé, que cela ébranle jusqu’à la langue même.  

    Je marche le long de la grande route, avec le sourire aux lèvres. C’était un sourire simple  qui annonce la couleur. Un sourire de circonstance, un sourire stratégique, de complaisance presque, comme les babines battantes d’un chien qui veut se montrer inoffensif, ou les lèvres d’une star de la mode sous les foudres des paparazzis. Je reste placide.       

    Mais les gens ne comprennent que les mots. Le reste, ils l’interprètent, et mal.    

    J’ai peur d’être jugé. Sur ma parole. Sur mon silence aussi. J’ai peur que les gens d’ici, sitôt que j’aurai parlé, ne me jugent. Et qu’une fois qu’ils m’aient jugé, ne me condamnent. Alors je n’essaie pas de formuler quoi que ce soit. Je veux bien être l’arabe du coin, le dealer de la forêt, le résidant des escaliers du viol, l’imbécile du bled. J’accepte.  

    Je ne lutte pas contre les préjugés. Aucune parole, aucun mot ne peut les décaper. Il faudrait que quelqu’un d’en face s’engage. Il me faudrait des alliés. Qu’une armée entière sorte du silence. A tout le moins quelques tirailleurs. Je ne dis pas que tout le monde est pareil. Mais on entend souvent les mêmes.

    Ceux d’en face sont hors de portée. Ils font tout pour se distinguer. Ils s’en foutent que leur monde soit étanche. Certains peuvent continuer à taper sur les vitres, ils regardent le paysage.

    Si on s’organise, ils hurlent au communautarisme. Aimant leur certitude et leur sécurité par-dessus tout, ils ont la raison pour eux et leur communautarisme exclusif comme référence. Par définition, ma couleur de peau, ma gueule, mes fringues, me représentent. Je ne peux rien y redire. Alors je me tais.    

    Ils regardent ma barbe et la couleur de ma peau. De mes yeux, de mon sourire, ils se foutent. S’ils pouvaient ajouter deux lignes à mon casier judiciaires ils le feraient. Ma résistance, ce sont mes yeux et mon sourire. 

    Le dialogue était rompu avant même la prise de parole. Je ne comprends pas. Pourtant : même espèce, même bras, même cœur, même yeux, même appétit. Même croix dans le cœur, même promesse pour la poussière.  

    On a beau être, si pas semblable, similaire: on ne se comprend pas. Cela, je ne le saisis pas. Je te jure frère, ça me rend dingue. Même avant les mots, on n’y arrive pas. La distinction, la différence, le snobisme c’est comme des murs invisibles. La langue a bon dos.

    Le racisme est un mal cérébral, ou une atrophie cardiaque. Pourtant ils ont fait des apprentissages. Ce ne sont pas tous des cons non plus.    

    Les gens d’ici parlent lentement et beaucoup, pour finalement ne pas dire grand-chose. Ils disent longtemps ce qu’ils font, combien ils travaillent beaucoup et s’écoutent parler longtemps. Entre eux. Combien  ils font de belles choses. Combien ils vont en faire d’autres encore et encore s’écoutent parler. Ils s’ennuient. Tu le vois à la manière dont ils jugent les autres. Profondément.

    Quand ils parlent, c’est comme s’ils s’adressent à quelqu’un d’autre que la personne face à eux. Comme s’il y avait une caméra cachée. Là, quelqu’un va se lever pour applaudir, une maquilleuse va repoudrer un nez –mais non-. Il n’y a personne. Juste eux et eux. Et le silence. J’ai l’impression qu’ils parlent pour un auditoire, un stade. Leur but est de fixer une note. Et peu importe la pirouette. Subitement, les gens se lèvent. Ils ont inscrit des chiffres entre 1 et 10 sur un petit carton et ils les soulèvent, très fiers d’eux. 

    Je marche le long de la forêt. Je vais à la laiterie. Dans ma tête, ça cause : du fleuve, de la traversée, des canots renversés et de la rame perdue en mer. Une main devant un visage. Et un visage de plus en plus grand. Et une main énorme. Et une grande citerne. Et ça cause en moi, et ça monte plus fort encore, et je me bouche les oreilles avant de m’asseoir sur la route, hébété, secoué comme frappé par la foudre. Et je reste comme ça. Sans mots dans la tempête, sans possibilité de crier ni de me taire avec l’envie de m’attacher à un mât, comme Ulysse.   

    Dans le village, il y a le restaurant national, avec de  grands parasols jaunes Eichof. Les voitures se parquent devant et les gens de la région viennent manger des croûtes  et des beignets au fromage ou alors des filets de fera grillés avec un petit vin blanc fruité.

    Je les regarde rire en buvant. Et boire en riant. Et quand ils se lèvent pour aller pisser, ils ne marchent plus tout à fait droit. Les géraniums sont bien posés sur le rebord des fenêtres. Les vitres sont propres. Il y a un chien attaché avec une chaîne devant la niche. Je regarde leur bouche surtout . Les corps ne m’intéressent pas. Juste la bouche. Et leur langue que je ne comprends pas. Quand quelqu’un rit très fort, je fais le même son. Je mime, j’imite, copie. Parfois, il y a quelqu’un qui se tourne vers moi et dit un mot rapide qui fait rire toute la terrasse. Alors je ris aussi avec eux, pour me faire accepter, devenir ami ami. Cela les fait rire encore plus fort. Alors subitement je ne ris plus, du tout.  

    Je répète Addition, addition, un décit de rouge, un décit de rouge, patron patron patron dans mon coin sur ce banc, dans mon silence qui n’est pas du silence et dans mon étrangeté qui ne dérange personne. Ils ne font pas attention à moi. Je ne suis pas vraiment différent pour eux. Je suis, dans leur tête, ce qu’ils souhaitent que je sois, et dans leur langue, ce qu’ils ont défini pour moi. Ils m’assignent une place et désignent un second rôle.

    Leur représentation, ils l’ont construite avec des mots, avec des petites briques et parfois deux gros blocs. Souvent, ce ne sont même pas leurs mots. Ce sont les mots d’autres et c’est avec cela qu’ils m’envisagent, qu’ils rient de moi ou qu’ils en ont peur. Ils cherchent une pureté ? Ils ne font qu'imiter. Je ne comprends pas. Je ne peux pas leur dire jusqu’à quel point je suis navré. Je n’ai pas les mots. Eux ils ont la langue avec eux, les manchettes de journaux, et parfois même une majorité de voix.

    Mais je peux sourire.  Alors je souris. 

    Dans ma solitude, produit de mon passé et de mes prières,  j’habite un espace plus chaleureux, plus habité que leurs regards qui ne me donnent rien, ne montrent rien de leur langue ou de leur désir curieux. Dans l’abri ils disent tu dois faire des efforts pour t’intégrer. Je me demande si chez eux on dit : tu dois faire des efforts pour intégrer. Mais je ne crois pas.

    Je me réjouis de revenir un jour à Genève, chez moi.

    Pour l’instant, je dois essayer de faire mon trou là-bas.  

  • Le vrai patriote est un étranger

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    1er-aout-2017-contenu-vert.jpg

    A l'occasion de la fête du premier août, la Ville de Genève propose de la fêter conjointement avec un autre pays, le Bénin. C'est une bonne idée et un beau signal d'ouverture. Après tout, la base du pacte fédéral, c'est une alliance, une ouverture à l'autre et au dialogue. Pas de quoi soulever de scandale donc. Et pourtant, une bande d'excités et de rétrogrades pensant que la fête nationale ne se vit qu'entre soi a trouvé bon de lancer une pétition raciste pour que la fête nationale soit réduite à une petite volonté de quant à soi chagrine et à une défense mordicus de la dévoration exclusive du schüblig ou de la fondue.[1] 

     

    J'ai fait un petit sondage dans la rue, demandant aux gens ce qu'évoquait cette journée du premier août. Au final, c'est surtout le fait d'avoir... un jour de congé, qui offre la possibilité de manger une raclette, boire des bières et rencontrer des amis. Loin, très loin des grands chants du patriotisme, et des discours politiques réchauffés autour des feux.

    C'est l'aspect convivial, sympa et détendu qui prévaut. "Pour moi c'est surtout les feux d'artifice. Mais c'est aussi se retrouver entre amis pour des apéros. Cette fête est peut-être plus sympa en sortant des villes, en retrouvant le folklore des villages." "Le premier août, pour moi, ça veut dire congé et manger du fromage, et boire du vin blanc. C'est l'occasion d'aller marcher à la montagne." 

    Des avis plus critiques aussi : "j'exècre cette fête, qui signifie l'appartenance au drapeau, le nationalisme ses risques et ses dérives. Si fêter, ça doit vouloir dire être contre les autres, alors non, je préfère rester à la maison." Les défilés militaires et les bruits de bottes ne sont jamais très loin quand on parle de fête nationale. Chez Brassens, et chez nous, aussi. 

     

    Fêter la fête nationale, c'est avant tout accepter que notre pays se réinvente, qu'il n'a pas de moule unique, que ce qui fait sa force est qu'il n'a cessé de changer et d'évoluer, s'adapter.

     

    La véritable fête serait de rappeler surtout le plaisir de vivre ensemble, la chance d'être dans un état de droit, avec le défi d'articuler une société sans discrimination, doté d'un accès équitable au travail, au logement et aux soins de santé; de partager ces valeurs avec tous ceux et celles qui s'en sentent proches. 

    L'enjeu n'est donc pas de savoir s'il y aura seulement de la saucisse servie au parc La Grange et des lampions rouges et blancs uniquement. Mais bien d'avoir l'ambition de faire grandir la Suisse au-delà du quant-à-soi défensif, signe de nanisme. 

    En y réfléchissant bien, nous avons certainement plus de proximité et de points communs avec le Bénin qu'avec une majorité d'autres cantons suisse. Cela devrait nous aider à réfléchir à ce qui fonde l'unité de notre pays et quelles sont ses limites.

    La prise d'otage par des nationalistes obtus de la fête nationale est pathétique. Elle dessert notre pays.

    Car au final, tout vrai patriote est un étranger chez lui. Il ne prétend pas posséder quelque chose au détriment d'autres, ni que cela lui soit acquis de droit sanguin (ou divin). Il ne prétend pas que nous soyons pareils, au Tessin, dans les Grisons ou à Genève. Il reste curieux, se demandant ce qui fait la Suisse, sa force et son intelligence, et comment la développer encore. Non pas en se recroquevillant sur soi, mais en demeurant ouvert aux différences et prompts à apprendre des autres.

    Fêter la Suisse c'est reconnaître que ce dont on bénéficie ici a été hérité de générations précédentes, que ceux qui ont construit la Suisse étaient de toutes les nationalités, et ce que l'on transmettra à la suivante, sans prétention de se l'accaparer, ne dépendra évidemment pas uniquement de ceux qui ont le passeport à croix blanche. 

    Ce qui fait la beauté de la Suisse c'est d'avoir été capable de faire cohabiter les langues, les identités et les confessions différentes. Et au final, de nous inviter à accepter que l'on soit toujours un peu des étrangers chez soi.

    A ceux qui voudraient faire du 1e août un espace clos et s'insurgent que la fête nationale, à Genève, se fasse main dans la main avec le Bénin, -dont ils ne connaissent très certainement rien-, nous disons simplement que ces gens trahissent les valeurs de Genève et de la Suisse, issues d'une longue tradition d'accueil, de curiosité et d'entraide.

    Le vrai patriote est un étranger avide d'ouverture, pas un taulier défendant sa caverne.

     

    [1] https://m.lecourrier.ch/151345/un_premier_aout_qui_fache_les_nationalistes

     

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  • Les halles de l'île : lieu de culture

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    xfs_800x550_s100_1236074_10151912777078885_1285077189_n.jpgPassé le choc de l'annonce de la fermeture de la librairie Archigraphy, spécialisée dans le domaine de l'architecture, du design et du graphisme.[1] Passé le choc de cette nouvelle perte d'une librairie à Genève, ajout supplémentaire sur une déjà trop longue liste (Forum, Artou, Panchaud, Descombes, la librairie du Musée d'Art et d'histoire, etc...).

    Passé le choc de la réduction de la diversité culturelle, alors que le peuple genevois a dit oui au prix unique du livre à Genève en 2012, et que l'on doit faire davantage pour préserver cette tradition genevoise, élément fondamental pour l'éducation, la formation culturelle et l'intégration.


    Passé le choc de la crainte d'un centre-ville qui se vide de ses arcades culturelles ou commerçantes.

     

    Passé le choc

    Les halles de l'île, avec les 5 studios d'artiste qui les composent, sont un espace culturel important. Cet espace des halles de l'île doit demeurer un espace créatif et culturel accessible pour les habitant-e-s de Genève, si possible sous la forme d'une librairie, ou d'un espace culturel à repenser, dans le respect du Plan d'utilisation du sol et avec une vision d'ensemble pour ce lieu, au coeur de la ville.


    Cette réflexion doit être menée en bonne concertation avec les acteurs culturel du lieu : l'AGACH (Association genevoise des acteurs culturels des halles de l'île) qui regroupe  la galerie Halle Nord[2], s'impliquant dans la promotion des jeunes artistes, la librairie Papier Gras[3], galerie et librairie de bande dessinée, et pourquoi pas aussi le bateau lavoir, qui n'est pas si loin; la Barje, ce qui nous rapproche de l'Usine. Il y a là un potentiel important à valoriser. Sur le modèle de l'axe du miel de la Jonction[4], il y a une jolie cohérence culturelle le long du Rhône à dessiner, aboutissant qui sait, jusqu'à la pointe de la Jonction, à la buvette éponyme. L'axe du fleuve? 


    Une page se tourne, l'histoire continue

    Depuis la transformation de la brasserie des Halles de l’île en 2009, on a toujours défendu les halles de l'île non comme un espace pour salary men descendant du quartier bancaire voisin, mais comme un espace cohérent, artistique, culturel, populaire, permettant de faire vivre ce lieu exceptionnel d'une manière créative.

    Un projet d'initiation à la créativité et aux arts, pour les familles et les jeunes, serait passionnant à mener. Si le centre-ville semble parfois mortel les dimanches matins, ce n'est pas une fatalité.

    La ville a une belle carte à jouer en ce lieu, sur cette jolie presqu'île. Le Canton, une responsabilité, vu qu'il a choisi de s'occuper de la politique du livre. Librairie, initiations culturelles pour petits et grands, lieu d'expression pour le fonds municipal d'art contemporain, les possibilités sont multiples.

    La page Archigraphy se tourne, le projet culturel continue.

     

    [1] https://www.lecourrier.ch/151064/archigraphy_c_est_fini

    [2] http://halle-nord.ch/

    [3] https://www.papiers-gras.com/accueil.html

    [4] http://www.arv-ge.ch/content/visite-de-laxe-du-miel

     

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  • Macron dans la lumière à Lausanne... les dictateurs dans l'ombre à Genève ?

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    IMG_9180.JPGC'était l'événement de ce mardi. Le président français Emmanuel Macron se déplaçait à Lausanne. Au final, pas pour dire grand chose, ni proposer quoi que ce soit, mais pour faire du lobby pour Paris en vue des Jeux olympiques de 2024 ou 2028 et faire en sorte que la ville lumière rafle la mise.

    Pas grand chose donc qui concerne la Suisse non plus, ni nos liens avec notre voisin français. Rien pour retenir notre intérêt au final, si ce n'est l'opportunité du côté people de la visite permettant de prendre la température de notre attrait provincial, un brin idolâtre, pour la chose parisienne. Parce que si les Suisses adorent se comparer aux Français, ce qu'ils aimeraient par-dessus tout serait d'en être les égaux dans le faste et le décorum. Peut-être? Pas sûr? Pas si simple.

     

    Rochebin aux genoux d'Hidalgo   

    On a donc eu droit à un gros plan au 19:30 sur le président français, par où il passait et où il dormait, à qui il serrait la main (à Gorrite plutôt qu'à Leuthard, oh dis donc le scoop). Et allez que ça se bousculait sur les photos pour pouvoir dire j'y étais, j'ai serré la main du prince, du puissant, à se demander si ça allait encore se laver les joues et les chagnottes après ce moment de gloriole. 

    Ceux qui ont pu l'approcher ne pouvaient que reconnaître qu'ils n'avaient pas vraiment discuté d'autre chose que ... de rien. Bref: on était dans une pièce de Beckett, dans l'absurde. Mais à l'inverse de Godot, on n'attendait rien. Macron était bien là, mais il n'y avait rien à en dire ni en penser, et nous... rien à en faire.

    C'est peut-être ça le moment médiatique : l'absurde magnifié et l'événement auto-célébré portant sur... rien. Si au moins, pendant que l'entretien Rochebin-Hidalgo tournait à une platonique ronronnade convenue, Macron avait fait du pédalo à Ouchy, on aurait pu en rigoler. Mais non, même pas! Macron ne connaîtra jamais rien du pâté de féra de la jetée de la Compagnie et de ses petits sirops de fruits rouges, c'est grand dommage pour lui (et tant mieux pour nous).   

     

    Et les avions des dictateurs en marge des visites officielle : on en parle ?   

    En même temps, ce n'est pas comme s'il y avait des pourparlers à Genève sur la Syrie, des manifestations devant les ambassades de Turquie pour demander la libération des militants des droits humains emprisonnés, ni que le festival de Montreux ne drainait son lot d'artistes engagés portant un discours radical sur la société (Casey), ou que l'actualité ne nous plaçait pas au coeur d'enjeux et de luttes fondamentales.

    Jetez un oeil au profil twitter GVA dictator alert qui permet de voir en temps réel le nombre d'avions des régimes autoritaires se poser sur le tarmac de Cointrin. On aimerait bien avoir un peu plus de caméras sur ces visites aussi... [1] 

     

    Cette agitation médiatique donne au final un sentiment de provincialisme abouti

    Mettre tant de moyens pour accompagner la visite d'un chef d'Etat voisin, cela illustre peut-être aussi le fait que les plus grands admirateurs de la monarchie ne sont peut-être pas ceux qui en ont encore une (les anglais), ni ceux qui ont réussi à s'en débarrasser (les français), mais éventuellement ceux qui, comme nous, n'ont jamais pu en faire l'expérience. [2] 

    Une à deux fois par an alors, nous jouons à une sorte de Ballenberg live-show, Ode aux people pour accueillir un roi étranger (chinois ou français), et voir ce que ça fait de mettre les petits plats dans les grands, tourner des hélicos dans le ciel, des navettes de police sur le lac, monter en épingle des interviews, faire crépiter flashs et caméras, avec nos édiles locaux qui se bousculent tous pour en être. Comme si le musée olympique était Versailles, et l'avenue de la Gare les champs Elysées... quitte à ce que ce soit... pour rien. 

    Quant à imaginer que cela puisse, au final, servir à faire diversion face aux vrais enjeux de notre temps, il faudrait vraiment être un gâcheur de fête pour croire cela n'est-ce pas? 

    Car le véritable bonheur serait que Justin Trudeau vienne prochainement à la pêche aux perches au bord du lac Léman avec Melania Trump.

     

    [1] http://www.tdg.ch/economie/entreprises/Un-site-repere-les-avions-de-dictateurs-a-Cointrin/story/28750390

    [2] http://www.tdg.ch/monde/brigitte-macron-adore-lausanne/story/20369698

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  • Moi, François Hollande, ex-président de la République

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    Qu'est-ce que je fais faire maintenant? C'est la question que tout le monde me pose. Bon, c'était déjà celle que l'on me demandait pendant que j'étais président. Tout le monde alors semblait se foutre de ma réponse. Mais maintenant, il y a une importance folle à ce que je dise si je vais planter des pivoines à Trouville, me chercher un appartement à Tulle, ou finalement habiter avec Julie Gayet. Peut-être donner des conférences, créer ma fondation, ça ce serait dans mes cordes (même si les journalistes semblent en douter); ce que tout chef d'état bien constitué fait. J'ai démontré que le pouvoir on peut s'en détacher. Il n'y en a pas beaucoup qui y arrivent. Angela, tout le monde veut la garder, elle n'arrive pas à décrocher. Vladimir on aimerait bien s'en débarrasser mais on n'y arrive pas. Franchement, ils n'ont jamais été mes modèles.

    Je vais peut-être vous étonner, mais pas de retraite anticipée pour moi. Je vais écrire un livre pour dire ma vérité. Certes, j'aurai dû le faire il y a longtemps. Ce mauvais livre écrit par des journalistes durant mon quinquennat m'a plombé. Rien que le titre "un président ne devrait pas dire ça"... ridicule, alors que, au final, je n'ai pratiquement jamais rien dit.

    Maintenant que je suis certain que personne ne lira mes mémoires, c'est le bon moment pour les écrire. Je n'ai jamais aimé aller avec le courant. Ce qui a fait mon style, c'est toujours d'avoir un temps de retard. Certains disent: "en marche", moi ça a toujours été, résolument : "à reculons". J'aurai essayé d'imposer ma marque à la France, mais c'est allé trop vite. Je n'ai pas été compris. Pas sûr qu'un livre va me relancer, mais un bouquin me permettra de laisser ma trace dans l'histoire. Et tant pis si c'est celle d'un animal blessé. Chasseur ou gibier, il fallait choisir son camp. Je n'ai jamais aimé les fusils. Mitterrand a laissé une bibliothèque, je laisserai 200 pages. C'est ainsi. 

    Je demanderai à Manuel d'écrire la préface, lui aussi tire le diable par la queue. Mais pas de regrets, ni remords. Si vous étiez à ma place vous sauriez ce que c'est que de diriger la France. Maintenant je vais devoir affronter plus compliqué : gérer ma vie. Je ne sais pas quel défi est le plus grand, mais si j'ai loupé le premier, je me sens capable de réussir le second. Faudrait juste que j'arrête la politique. Bien que personne ne me le demande, et que personne n'aimerai m'avoir dans les pattes, je suis quand même obligé de dire que je reste dans la course. J'aimerai continuer, parce que sans la politique, qu'est-ce qui va me rester? Je pourrai bien, sur un malentendu, réussir quelque chose.

    Pourquoi insister ? Par peur de m'ennuyer c'est clair, mais surtout parce que je crois que j'ai de réelles compétences pour aider mon pays à se redresser. Mes meilleurs amis me disent que si je veux assister au redressement de la France, la meilleure chose à faire ce serait de m'en tenir éloigné. C'est vache. C'est beaucoup de cruauté la politique. Mais je dois bien reconnaître qu'ils ont un peu raison, les rosses.

    Comme j'ai toujours fait l'inverse de ce que je pensais juste et ne me suis jamais écouté, je vais quand même l'écrire ce bouquin. Peut-être que, en 2023 qui sait, ma chance reviendra. Après tout, j'avais la place pour passer face à Emmanuel, et si je ne m'étais pas retiré, je serai encore à l'Elysée (ils m'ont tous dit ça, ceux qui m'ont poussé à jeter l'éponge).

    Revenir à l'Elysée ? Pour y faire quoi? Je ne sais pas. Mais pour sûr, mes mémoires seront plus épaisses et se vendront mieux, ce qui compte quand même. Je pourrai aussi mieux me faire comprendre, même si je n'ai jamais eu grand chose à dire.

    Et si les français-es ne me comprennent toujours pas, malgré ma pédagogie, mon sens politique, je n'ai qu'une explication : c'est le temps de bien me faire comprendre qui m'a manqué.

    Peut-être que je suis lent, peut-être que j'avance au ralenti. Mais franchement, sans me chercher d'excuses, tout ça est allé très vite. Une petite pause me fera le plus grand bien.

    Je promets de revenir. Je ne suis pas comme Lionel, qui a choisi de disparaître, la France a besoin de moi, tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. Enfin, c'est mon flair politique qui me le dit. Moi, François Hollande, ex-président de la République.    

     

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  • Un mémorial en mémoire de Nelson Mandela à Genève qui nous fait honte (ou devrait nous encourager à agir)

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    index.jpgNous avons, à Genève, un fort épuré mémorial tout neuf (2015) en hommage à Nelson Mandela voulu par le Grand Conseil Genevois. Ces jours, pourtant, nous en avons honte. Et pourquoi en avons-nous honte ? Parce que Nelson Mandela a toujours répété :  "Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète sans la liberté des Palestiniens" Et alors que nous vénérons quotidiennement l'icône du prix Nobel (en oubliant le condamné à perpétuité pour 'terrorisme'), à ce jour 7000 palestinien-ne-s sont en prison, leur détention violant de règles de droit international, et plus de 1000 en sont au 40e jour de leur grève de la faim. Ces derniers risquent leurs vies pour dénoncer des abus de droits et dénis de justice, défendant des valeurs qui sont les nôtres : la liberté, le respect du droit, l'indépendance et la justice. Un mémorial de Mandela à Genève ? Sommes-nous vraiment dignes d'honorer la mémoire d'un tel homme si nous sommes incapables d'endosser ses combats?

     

     

    Les tortures se poursuivent contre les prisonniers en grève de la faim

    Les droits des prisonniers sont bafoués. Leur vie ne tient qu'à un fil. Un grand nombre d'entre eux sont actuellement transférés des prisons vers d'autres centres, pour être nourris de force ou isolés afin de casser le mouvement.[1] La répression s'abat avec force sur les prisonniers. Des témoignages répétés de torture et d'abus sont relayés. Est-ce que l'on en parle ? C'est silence radio dans les media. Pourquoi?

    Mandela s'est toujours tenu aux côtés du peuple palestinien qui s'est toujours engagé aux côtés du peuple sud africain. Genève a un joli monument à la mémoire de Mandela mais ne se prononce pas sur ce que Mandela a dénoncé toute sa vie. Troublant.

     

    Afrique du Sud - Palestine : même combat

    Aujourd'hui, la condition des prisonniers palestinien est pire que celle des détenus en Afrique du Sud dont faisait partie Nelson Mandela. C'est Sunny Sigh qui l'affirme. Ancien détenu, il a passé dix ans à Robben Island pour son engagement au sein de l'aile militaire de l'ANC.[2] Que dit-il aujourd'hui ? Que les demandes des prisonniers palestiniens sont les mêmes que celles des prisonniers de l'ANC à l'époque. Ils mènent une lutte pour des habits, des couvertures, des médicaments, le droit à avoir des visites. Bref, ils luttent pour leur dignité humaine. Il ajoute : "nous étions battus par nos gardes, mais nous n'avons jamais expérimentés le type de torture et d'abus que dénoncent les palestiniens." Il accuse le comité international de la croix rouge d'avoir fermé les yeux sur des pratiques en Afrique du Sud, et redoute que la même chose n'arrive aux prisonniers palestiniens aujourd'hui.

    Avoir un mémorial en mémoire à Nelson Mandela à Genève devrait nous faire honte, ou plutôt nous encourager à agir, en demandant des comptes au CICR pour sa passivité et son silence sur la question des prisonniers palestiniens (oui oui, je sais on nous dira que le CICR se tait pour agir en sous-main... ). Le CICR, aujourd'hui, est mutique sur les tortures et déplacements de prisonniers palestiniens et les violations des droits des prisonniers. Parce que les USA, soutien d'Israël, sont l'un de ses plus grands pourvoyeurs de fonds?

    Enfin, ce mémorial devrait nous encourager à agir sur le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, pour que, s'ils n'osent se prononcer sur ce qui est en train de se passer en Israël, avoir un peu de courage politique et qu'ils retirent ce mémorial. Car si eux l'ont voté, il nous couvre de honte, par son décalage avec l'action de ce Canton en regard des valeurs qu'il prétend honorer.   

    Le deux poids deux mesures n'a jamais apporté la paix

    Nous aimons la liberté, nous aimons la vie, et nous en jouissons. Comment pouvons-nous accepter qu'elle soit niée et foulée aux pieds par un Etat qu'il faut bien appeler "ami", puisque nous lui achetons des drones, lui déroulons le tapis rouge et y envoyons notre ballet du Grand Théâtre en parade? Mais que vaut cette amitié avec un Etat qui ne respecte pas les conventions de Genève ni les droits humains ? Et si elle vaut tripette, comment rappelons-nous cet ami à ses obligations? Se taire alors que les droits humains sont foulés aux pieds n'est qu'une triste conjonction d'intérêt, de logique économique, ou de croyance dans la loi du plus fort où éthique, engagement et droits humains passent à la trappe.

    Se taire maintenant, c'est être indignes de l'héritage de Nelson Mandela

    Alors soit nous arrêtons de prétendre honorer la mémoire de Madiba, en reconnaissant que l'on ne comprend rien à sa lutte, aux moyens qu'il a employé pour la faire triompher, - alors qu'ils sont exactement les mêmes que ses frères emploient aujourd'hui en Palestine -, soit nous agissons pour peser dans la balance et demandons des comptes aux institutions dont nous sommes si fiers à Genève pour qu'elles agissent en faveur des prisonniers de la paix et de la justice.

    18739842_10155165115336826_5436370362299452000_n.jpgPour conclure, cela fait réfléchir d'observer le mémorial  offert par l'Afrique du Sud à l'autorité Palestinienne à Ramallah et de constater deux choses. 1) Son incarnation 2) Son caractère engagé. Et de le comparer avec l'oeuvre éthérée et anonyme de Genève. Parfois l'art raconte aussi beaucoup de choses...

    Alors il n'y a pas mille chemins. Il y en a deux. Celui du silence et de la complicité ou celui de la parole et de l'action. Soit on s'inspire du combat de Mandela pour le mener à sa suite, soit on s'en fout. Et si l'on s'en fout, virons ce mémorial qui nous rend ridicule en plus de nous faire honte.

    Un arbre à la place, ce sera mieux, et plus vivant. 

         

     

     

     

    [1] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.791766

    [2] https://electronicintifada.net/blogs/adri-nieuwhof/israel-treats-prisoners-worse-apartheid-says-robben-island-veteran

     

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  • Pourquoi Donald Trump a posé un lapin à la basilique de la Nativité

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    palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlL'événement est passé inaperçu dans la presse. En visite officielle en Israël, Donald Trump avait annoncé qu'il visiterait la basilique de la Nativité à Bethléem ce mardi. Au dernier moment, il y a renoncé. Pourquoi ? Parce que des familles de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim (plus de 1000 parmi les 7000 détenus dans les prisons israéliennes) se tiennent sous une tente depuis le début de ce mouvement initié par Marwan Barghouti (17 avril 2017, 39e jour aujourd'hui) à deux pas du parvis de la basilique.[1]  

    Les revendications des grévistes sont basiques. Les détenus réclament la fin de la torture, la fin des traitements dégradants et de la négligence médiale. Ils demandent de meilleures conditions de détention, l'abandon de la détention administrative, l'augmentation du nombre de visites (réduites à une par mois depuis un an), l'accès aux soins, à des livres, à des téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec leurs proches. Ils demandent la liberté et la dignité à laquelle ils ont droit.[2]

    Les proches de prisonniers dorment sous tente, proche de la basilique de la Nativité. Ils offrent le café à ceux qui viennent les voir, expliquent leur combat et sensibilisent les touristes à la lutte du peuple Palestinien pour le respect de leurs droits.

    Donald craignait de les croiser, même de loin, et leur donner une visibilité.

     

    Donald Trump, miroir du monde?

    Donald Trump visite les pires criminels du temps dans une tournée de l'immonde, mais croiser des familles de prisonniers, des gens comme vous et moi, c'était trop. Il a préféré, lâchement, éviter de le faire, pour maintenir autant que possible la cause palestinienne hors champ, hors caméra, qu'elle demeure silencieuse et cachée.

    Trump refuse de soulever le rideau de fer, se faisant collaborateur officiel d'un régime de colonisation. Si nous nous taisions, ou allions en vacances à Tel-Aviv sans rendre compte de l'arrière-boutique, nous lui serions pareils, préférant regarder ailleurs plutôt que là où des hommes ont besoin de notre voix pour relayer la leur.   

     

     

    IMG_7223.JPGPour ne pas laisser le monopole de la parole aux lâches et aux violents

    Nous sommes allés à la basilique de la Nativité rencontrer et écouter celles et ceux qui se tiennent sous cette tente. Mohamad est devant la photo de son père, qu'il n'a pas vu depuis 11 ans, et dont il est interdit de visite. Son père a été condamné a 24 ans d'emprisonnement, pour un crime qu'il n'a pas commis. Son fils ne l'a plus vu depuis ses 14 ans. Il en a 25 aujourd'hui, et lutte pour la justice, soutenant le mouvement des grévistes de la faim qui entre désormais, au 38e jour, dans une phase critique pour la santé des prisonniers.[3]

    Le frère de Marwan a été enfermé depuis 16 ans. Marwan ne l'a jamais revu depuis son kidnapping. Son père et sa mère ont pu lui rendre visite en prison, lui non. C'est parce qu'ils sont vieux, qu'ils peuvent y aller dit-il. Lui est jeune. Alors l'état israélien lui interdit le déplacement. Qui pourrait supporter d'être privé de la visite de ses proches ?

     

    Leur domination, leur lâcheté, seraient notre domination, notre lâcheté ?

    Sous cette tente, la mère du frère de Mohamad nous offre le thé et le café. Donald Trump a-t-il eu peur de boire ce thé ou ce café ? Pensait-il qu'il était sale, ce café pur de la saleté de l'oppression? 

    Le Président voulait donc se rendre au lieu de naissance de l'homme accouché dans une étable, mort crucifié, des mains d'une puissance occupante, sans avoir commis de délits. Quelle ironie. Trump voulait aller dans une église voir les reliques de ce qu'il avait bien vivace sous les yeux. Il a préféré les fermer et poser un lapin à la basilique de la nativité.

     

    palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlCe n'est pas là où Trump va qui nous intéresse, mais là où il refuse d'aller

    Et nous, sommes-nous fidèles au rendez-vous, où posons nous également un lapin à ceux qui nous informent sur leur condition ?

    Face à ceux qui bafouent les droits humains, le silence et la neutralité ne sont pas une option. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers. La grève est entré dans une étape critique.[4]

    Quelle doit être notre réponse?

    Trump a pris son avion pour être reçu au Vatican.

    Solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leurs familles.  

     

     

    [1]https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hunger-strike-prisoners-call-for-justice.html?_r=0

    [2]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/greve-generale-en-palestine-pour-soutenir-les-prisonniers-en-greve-de-la-faim_1910612.html

    [3]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/israel-les-detenus-palestiniens-en-greve-de-la-faim-en-danger_1909170.html

    [4]http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens-grevistes-de-faim-seule-mort-stoppera-mouvement/

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  • Trump en goguette : gare aux dégâts

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    Donald Trump se rend pour un voyage de 8 jours au Moyen-Orient et en Europe. Qu'en attendre? Pas grand chose. Si ce n'est, malheureusement, des dégâts.

     

    Un éléphant déboule dans des magasins de porcelaine. Ryad, Jérusalem, Bethléem, Rome, Bruxelles, la Sicile. Le président américain va rencontrer au pas de charge le roi Salmane, le pape François, Netanyahu, Mahmoud Abbas. Il promet un appel à l'Islam depuis la capitale saoudienne devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans, une visite au mur des lamentations à Jérusalem au passage et une rencontre à Bethléem avec le responsable du Fatah. Enfin, une viste au Vatican pour l'ascension.

    Un redneck en roue libre

    Le président va enchaîner les lieux symboliques et chargés d'histoire, lui dont l'ignorance crève l'écran et dont la sensibilité et la finesse semblent faire cruellement défaut. Il évite au passage soigneusement l'Iran, alors qu'un nouveau président y sera élu ce vendredi et que le pays oscille dans sa révolution.[1] De toute façon, les américains n'ont jamais rien compris à l'Iran. Il n'y a aucuns espoirs que cela ne change avec Trump.

    Le président américain va, à la vitesse de l'éclair, faire le tour des problèmes du moyen-orient, y mélanger allègrement business, politique et religion. Il faut se préparer au pire. Au mieux il suscitera de l'incompréhension, si tout va pour le mieux, de l'indignation. Le pire ? Personne ne peut l'envisager.

    La tentation du pire

    En difficulté aux Etats-Unis, Trump va-t-il chercher, par une provocation supplémentaire, de la surenchère, ou alors, par maladresse, à faire oublier ses déboires intérieurs avant de revenir à Washington? Le bonhomme nous a habitué à ne plus pouvoir distinguer entre choix ou hasard : stupidité et maladresse étant intimement liés chez lui.

    Alors que l'été arrive, que les trajets des bateaux de réfugiés cherchant refuge en Europe vont augmenter, que les inégalités migratoires et éco-sociales demeurent l'enjeu majeur de notre siècle, nous n'y trouvons pas de solution viable. Qu'un président adepte de murs et de frontières bouclées s'élance pour traverser en avion en 8 jours dans un sens puis dans l'autre la Méditerranée, en jouant à saute mouton d'un pays à l'autre, fera transpirer tout son staff, pour notre part ça nous glace.   

    8 jours pour faire le tour des principaux problèmes du monde. Insuffisant pour prétendre régler quoi que ce soit, mais bien suffisant pour en créer de nouveaux. Trump en goguette : gare aux dégâts.

    Il ne nous reste plus qu'à espérer que le vilain farceur loupe son vol au départ de Washington ou qu'il demeure coincé à quelque frontière. Qu'il trouve son chemin de Damas, que quelque chose lui tombe dessus : bref, un miracle quoi.

    C'est bien maigre, face à l'état du monde, qu'espérer un miracle pour la tournée de Trump.  Il nous reste à écrire, à agir, pour une limitation des dégâts...

     

    [1]http://www.liberation.fr/planete/2017/05/18/rohani-contre-raisi-le-pragmatisme-face-a-l-ordre-ancien_1570572

     

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  • On a refait le monde. Et si maintenant on changeait notre quotidien?

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    Au sortir de la présidentielle française, après avoir lu quantité de messages et d'analyses sur les réseaux sociaux, porté par la passion de refaire le monde, la France, l'Europe, on a vu passer les anathèmes, les provocations et les enthousiasmes qui ont  traversé cette élection présidentielle, où les noms de Macron ou Mélenchon étaient prononcés plus souvent que bonjour ou au-revoir.  

     

    On a refait le monde, et si on changeait notre quotidien?

    Alors certes, on peut continuer à se passionner pour les législatives françaises, se positionner sur la présidentielle sud-coréenne (aujourd'hui!),  iranienne (19 mai), sur les élections fédérales allemandes du 24 septembre, mais ce serait pas mal aussi de se rappeler qu'il y a une enveloppe annonçant les votations du 21 mai 2017 en Suisse et à Genève qui attend sur la table de la cuisine, et que si l'on peut toujours refaire le monde virtuellement, on a aussi le pouvoir de le changer concrètement.

     

    Irez-vous voter le 21 mai ?

    C'est peut-être moins sexy que de faire barrage au Front National, de rêver la révolution avec Mélenchon, de réanimer la France avec Hamon ou de se mêler des intrigues de Palais et de qui sera le nouveau vizir de l'Elysée; de commenter les taux d'abstention dans l'hexagone et le vote blanc... mais quoique... dans un cas, on rêve en grand une politique individualisée à l'extrême, de l'autre on vote sur des enjeux concrets, réalisables et qui dépendent de nous. Dans un cas on vit la politique par procuration, comme les pétitions en ligne sur lesquelles on clique, de l'autre on se la coltine concrètement.

       

    Trois enjeux "bien de chez nous"

    Le 21 mai, on aura donc le pouvoir, ici et maintenant[1], de décider directement de la politique énergétique suisse, en votant oui à la loi du 30 septembre 2016 sur l'énergie (LEne), développant la production d'énergie propres et respectueuses de l'environnement, et en choisissant, à terme, de couvrir entièrement la consommation par des énergies renouvelables.

    Au niveau cantonal on votera pour valoriser la diversité associative, en acceptant l'initiative populaire pour la valorisation et l'agrandissement de la Maison internationale des associations, lieu de rencontre et d'échange central pour toutes les associations de notre Canton.

    Enfin, dernier objet, et pas des moindres, on vote à nouveau pour maintenir des transports publics genevois accessibles à toutes et tous en refusant un projet qui vise à augmenter les prix des transports publics, et afin que la mobilité à bas prix, soit maintenue. 

    Cela semble terre à terre? Oui, ça l'est, et local, assurément. On aimerait vraiment qu'un centième de l'énergie mise à refaire le monde ou se battre contre des trolls sur les réseaux sociaux soit mise pour convaincre ses voisin-e-s, ses proches, sur des objets qui directement, rapidement, dans les jours ou mois qui suivent modifieront radicalement notre quotidien.

    Cela nous éloigne de l'Elysée? Tant mieux. On a suffisamment donné sur ce sujet. 

    Car aux intrigues de palais lointains, on préfèrera toujours améliorer le quotidien par des projets concrets.  

     

     

    [1] http://www.ps-ge.ch/votations-du-21-mai-2017/

     

     

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  • Macron – Le Pen : choisir malgré tout

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    18118607_10155064809066826_7906081813619339761_n.jpgUn choix ? Quel choix ont les français alors que débute la campagne présidentielle du deuxième tour ? Le choix entre la patriote et le mondialisé, entre la préférence nationale ou celle de l’argent, comme le prétend la frontiste ? Entre le rejet des étrangers ou celui des précaires,  entre la violence ou la vacuité ?

     

    Il n'y pas de non-choix possible

    Et pourtant, le 7 mai, il faudra choisir, et voter.

    En se bouchant le nez, comme en 2002. Voter, pour faire barrage au front national, pour que jamais la rafle du Vél' d’Hiv ne revienne ni de devienne un détail de l’histoire. Risquer le Front au pouvoir, parti fascisant de ses racines jusqu'à ses bourgeons, ce serait le signal que le repli, le refus, le rejet seraient non seulement plébiscités mais montrés en exemple. Ce serait surtout un signal terrible de désinhibition pour les discours de la violence et des boucs émissaires faciles. La levée des derniers freins.  

    Ne pas choisir n'est pas un choix. On peut refaire la première mi-temps autour d’une bière, se dire mon Dieu comment en est-on arrivé là et se rejeter les responsabilités ou regarder ailleurs, mais désormais, la question d’actualité, c’est faire barrage et choisir le moindre mal. Ce n’est pas le glorieux combat espéré, mais ce sera toujours le meilleur choix.  

    La gauche désunie n’y arrive pas   

    Ce qui est sûr, c’est que la gauche s’est plantée. Cumulés, les scores de Mélenchon, de Hamon, de Poutou et d'Arthaud auraient pourtant amenés la gauche autour de 27%, en tête de ce premier tour. Alors non, les idées, les programmes de gauche ne sont pas morts, loin de là.

    Mais elle doit entendre, encore et encore, et jusqu’à ce que ça rentre bien, que désunie, elle ne gagnera pas, et laissera le terrain aux tendances fascistes ou ultra-libérales.

    Qui a refusé l’union ? Mélenchon, dès janvier 2016 en refusant de se soumettre à quelque primaire de gauche que ce soit, ou Hamon, qui selon les insoumis, aurait dû se retirer in extremis quand la courbe des sondages pour Mélenchon prenait l’ascenseur dans la dernière ligne droite de 2017 ? Se battre uniquement pour avoir le leadership de gauche alors que le fascisme monte, c’est assumer une responsabilité historique grave, c'est comme se chamailler le gouvernail du Titanic. 

     

    Le drame s’est joué en amont

    Le drame s’est joué en amont pour la gauche. Par le retrait tardif de Hollande et l'incapacité, pour les frondeurs, de fédérer plus loin que leur groupe de suiveurs (qui a finalement glissé de Hamon à Mélenchon). Plutôt que de fédérer pour se distinguer, on aurait aimé qu'ils parviennent à se distinguer pour fédérer. Cela n'a pas été possible pour de multiples raisons.  

    On va retenir quelques enseignements ce lundi avant de retourner au boulot, pour ne pas répéter encore et encore les mêmes conneries. 

    Le premier, c’est que nous continuerons de toutes nos forces à lutter contre les inégalités, les précarités, pour la redistribution des richesses et que nous refuserons toujours le discours de la haine. Que nous continuerons à lutter pour une société ouverte, créative, celle des possibles, de la diversité, qui n'oppose pas les fragilités.

    Le deuxième c'est qu'une gauche désunie qui se tire dans les pattes ne gagnera pas. Oui la rue c'est très bien, mais les urnes sont incontournables. Il nous faudra travailler ensemble, ou crever divisés.

     

    Faire battre le coeur encore

    Nous n'irons pas voter en courant le 7 mai, ni même en marchant, mais à contre-coeur. Afin que le coeur de la France continue de battre, même sous réa', même faiblement, même au bord de la rupture.

    Nous irons voter, ça c'est sûr.

    Bien plus que pour Macron, nous voterons résolument contre le FN et contre la haine.

     

     

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  • Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

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    présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

     

    Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

    Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

     

    Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

    Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

    Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

    Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

       

    Et si la surprise venait de Hamon?

    Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

    Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

    Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

    La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

    Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

    Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

    Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

     

     

    [1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/06/2426342_les-plus-grandes-erreurs-politiques-des-sondages-sous-la-5eme-republique.html

    [2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

    [3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

     

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  • A quel prix jouer au football ?

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    Mardi, Dortmund. Trois bombes explosent sur le passage du bus des joueurs allemands. Une quatrième bombe n'ayant pas explosée est retrouvée par la suite. Bilan : un joueur blessé.[1] Le choc de découvrir des joueurs pris pour cibles de cinglés ou de terroristes, et que la dimension sportive, festive, du sport, est totalement renversée pour être utilisée comme une caisse de résonance médiatique. Aucune revendication n'est posée. Pas de messages, ni de pistes sur les auteurs de l'attentat. Le match Dortmund-Monaco est alors reporté au lendemain. Et les joueurs allemands, 24h après avoir failli sauter dans un attentat, sont priés de remonter leurs chaussettes, mettre leurs shorts, et retourner divertir les foules, en s'accommodant de leurs traumatismes.

    Jeudi, Lyon. Le match européen entre les français de Lyon et les turcs de Besiktas débute avec 45mn de retard. Les supporters de Lyon ont envahi le terrain pour y trouver refuge suite à des bombardements de projectiles par des supporters adverses.[2] L'avant-match avait déjà été émaillé de bagarres. De nombreux supporters sont venus au match sans billets. N'ayant pu entrer, ils ont commis des violences. Des femmes, des enfants ont été pris à parti. Bilan : 12 interpellations et 7 blessés légers. Le match débute avec des joueurs qui font cercle ensemble pour appeler au calme. Les impératifs de l'argent et du calendrier poussant à maintenir le match malgré une atmosphère de guérilla.

    Dimanche, Bastia. Des supporters du club Corse entrent sur le terrain et s'en prennent au joueurs.  L'entame du match est lancée quand même, sur pression des présidents, et malgré les avis des joueurs et des entraîneurs. A la mi-temps, nouveaux incidents, le match est définitivement annulé. [3]A l'issue du match aller, l'entraîneur corse avait menacé : «Après, il va falloir venir chez nous. Il ne faut pas avoir la grippe. Quand il faudra venir à Bastia, il ne faudra pas avoir la grippe, ni la gastro. Parce que cela va se régler comme d'habitude, comme des hommes, comme des Corses et voilà».[4] Comme des hommes, c'est-à-dire : par la violence?

    Dimanche, les supporters de Saint-Etienne et de Bordeaux sont interdits  de se rendre respectivement à Marseille et à Nantes. [5],[6]. En cause, les risques de violences et le manque d'effectifs des policiers liés à la période de Pâques, et surtout les passifs entre les supporters de ces clubs faisant redouter des violences. L'état d'urgence a beau dos, la violence est chronique. Jouer au football devient, bien plus qu'un jeu, un exercice de gestion du risque et des foules, pour éviter que les supporters se croisent, même en dehors des stades, même loin des matchs, avec des joueurs qui devront bientôt se déplacer en bus blindés pour que leur sécurité soit assurée. Un vrai casse-tête.

    Samedi, en Suisse, le bus du Servette FC s'est fait caillasser sur une air d'autoroute près de Zürich par des supporters du ... FC Sion [7] ! Des joueurs professionnels sont donc pris à parti uniquement en fonction d'une appartenance et d'une couleur de maillot... Le FC Sion a émis un communiqué pour se distancer des violences et les condamner. Salutaire. Communiqué toutefois peu repris dans la presse et sur les réseaux sociaux.

    A quel prix faut-il jouer au football ?

    N'importe quel abruti peut-il donc mettre un maillot d'une équipe et prétendre en son nom insulter, caillasser, ou bastonner en toute impunité?

    Quels sont les rôles de modèles, et les messages que font passer les dirigeants, les joueurs, les présidents ?

    Comment épurer le football de la violence gratuite et de la culture viriliste, machiste, homophobe ayant encore de beaux jours à venir si des campagnes plus énergiques ne sont pas menées?

    Cela fait des années que ces questions sont sur la table. On devrait aller plus loin, par exemple, en instaurant une taxe sur les transferts pour alimenter des fonds de prévention, et surtout que de nouveaux messages plus positifs soient transmis en marge des matchs par les responsables de ce sport. Quels messages sont donnés aux jeunes au-delà de la gagne à tout prix? Il ne s'agit pas que du football, le hockey est touché aussi. 

    A chaque match, des sommes faramineuses sont dépensées par les collectivités pour sécuriser les lieux. Est-ce un bon investissement de mettre le plus gros de l'investissement sur des forces policières pour contenir les fauteurs de troubles alors que les violences ont lieu de plus en plus en marge du match ? Ne faudrait-il pas travailler avec plus de moyens sur la prévention et l'éducation en s'appuyant sur les clubs et les ultras ?

    On aimerait entendre davantage le rappel au fair-play et les moyens que les clubs engagent pour lutter contre les violences. S'ils n'ont pas ces moyens, les collectivités publiques doivent les aider. Au final, ce sera toujours moins cher que de mobiliser des cars entiers de policiers les soirs de matchs.

     

    25 mai : une finale de coupe de suisse à Genève entre flics et vandales ?

    Le 25 mai prochain, la finale de la coupe de Suisse aura lieu à Genève entre le FC Sion et le FC Bâle, équipes dont les supporters respectifs n'ont pour le moins pas la meilleure réputation de Suisse.

    Si, pour certains, la question est déjà: de combien de billets disposera-t-on?[8] Pour d'autres, le compte à rebours pour la baston a commencé. Le traditionnel match entre vandales et policiers aura-t-il lieu ?

    La vraie question à poser est celle de la prévention et du contact avec les clubs afin que ce match soit une fête, pas une nouvelle occasion d'éructations et de violences par des gens qui n'ont rien à voir avec le sport. A quel prix jouer au football ? Pas à celui de la peur en tous cas.

    Et s'il est bien commode de dire, par déni ou pour se dédouaner, que le football n'est que le reflet de la société, il est urgent que cette société prenne acte du reflet sale que le football lui tend, et agisse, pas uniquement par la répression, mais surtout par la prévention et l'éducation, afin d'assainir durablement la situation et passer de nouveaux messages que ceux de la société capitaliste du spectacle et de la domination, créatrice de violences et d'inégalités. 

     

    [1] http://www.lemonde.fr/ligue-des-champions/live/2017/04/11/borussia-dortmund-monaco-suivez-le-quart-de-finale-de-la-ligue-des-champions-en-direct_5109700_1616944.html

    [2]  http://www.ouest-france.fr/sport/football/ligue-europa/ligue-europa-lyon-besiktas-retour-sur-les-incidents-d-avant-match-4928916

    [3]http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/bastia-lyon-nouveaux-incidents-a-la-mi-temps-lopes-agresse-par-des-supporters-855109

    [4] http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/bastia-lyon-les-propos-menacants-de-l-ancien-entraineur-corse-855114

    [5] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/metropole-aix-marseille/marseille/supporters-saint-etienne-interdits-stade-velodrome-marseille-ce-dimanche-1232157.html

    [6] http://www.sudouest.fr/2017/04/10/les-supporters-des-girondins-interdits-de-deplacement-a-nantes-3354298-766.php

    [7] http://www.tdg.ch/sports/sfc/agression-servette-fc-derniers-elements/story/15646094

    [8] http://www.lenouvelliste.ch/dossiers/fc-sion/articles/finale-de-coupe-de-suisse-2017-combien-de-billets-pour-les-fans-du-fc-sion-657777

  • Le Pape en prison : un acte de bisounours?

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    Le fait que le Pape se rende en prison pour laver les pieds des détenus ce jeudi est un acte fort.[1]

    Les mots du pape sur les détenus le sont aussi: «Je le répète encore une fois, tous ont le droit de se tromper. Nous nous sommes tous trompés d'une manière ou d'une autre». Le pape rappelle au passage le manque de cas qui est fait de la réhabilitation et de la réinsertion dans la société. C'est un acte politique fort.

    Il ne marque pas une séparation entre les détenus et les autres, mais place tout un chacun sur le même plan de la responsabilité et de l'erreur, avec la possibilité d'un amendement pour chacun. Surtout, il s'abaisse littéralement au niveau des pieds de personnes condamnées, sans juger, se plaçant même au-dessous des condamnés. Déjà laver les pieds de ceux que l'on aime : combien de fois le faisons-vous? Mais alors de ceux qui ont commis des crimes ou que nous méprisons: qui le ferait?   

    Cela fait-il du pape un bisounours? Non. Il ne s'agit pas ici de nier la réalité, ou l'horreur des actes commis, mais d'entamer un chemin de reconnaissance, de non-jugement, et éventuellement de pardon. Et il faut pour cela pas mal de courage.   

     

    Loin de moi le fait d'être papiste. L'église catholique, sur la question des moeurs, n'a pas encore travaillé sa théologie pour la mettre en phase avec l'évangile et son message d'amour inconditionnel, ni fait travailler la rigidité de sa structure pour servir les hommes plutôt qu'elle-même; mais  devant l'acte qu'opère le pape de se mettre à genoux devant les enfermés, comme le Christ l'avait fait pour ses apôtres, oui, je suis admiratif. Si tous les jours l'actualité amène son lot de geste dégradants et de crimes, voilà pour le moins un geste beau, qui relève. Et si tous les jours la vision d'une société de plus en plus binaire, verticale, avec les bons et les méchants bien séparés, des structures de plus en plus rigides ou impuissantes semble l'emporter, la traversée des murs faisant sauter ces catégorisations et amène est salutaire. 

    Des mauvaises langues diront que c'est là un effet de communication, qu'il ne faut pas être naïf. Peut-être. Mais ce serait trop facile de balayer ainsi ce mouvement d'abaissement et de rapprochement pour en faire un effet de manche. Ce serait oublier aussi que le pape est allé et retourne régulièrement en prison et qu'en faisant cela il interroge directement aussi les enfermements individuels de chacun.

    Ce faisant, il perpétue un appel qui est au coeur de l'évangile (Matthieu 25.31-40) appelant à s'abaisser et à se mettre au service des affamés, des sans-papiers, des encagés, des étrangers, ne préjugeant pas qui est où et de quel côté de la barrière il se trouve, mais appelant chacun à se positionner face à cet appel.

    Au final, je me fous du pape, mais je retiens l'acte.

    Celui d'un homme qui ouvre des portes, franchis des murs et des barbelés, va rencontrer des taulards pour une manucure spirituelle, et imite par là à la perfection un geste posé par un va-nu-pied d'origine juive il y a plus de 2000 ans, qui allait mourir abandonné de tous, après avoir été trahi, moqué et torturé par une armée coloniale, mais en montrant, au-delà de la souffrance, par l'exemple, un chemin de libération et de joie.  

     

     

     

    [1] http://www.tdg.ch/monde/pape-laver-pieds-repentis-mafia/story/18254526

     

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  • Au-delà du voile

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    En voyage en Iran, quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent du voile dont le port est obligatoire, la réponse oscille entre : on en est très fières, ou : ce n’est pas très important, ce qui compte pour nous c’est l’égalité des droits, de pouvoir nous marier avec qui l’on veut, avoir un bon travail.

    Globalement, elles comprennent que ce thème questionne en Europe, et demandent pourquoi. Elles trouvent que c’est un point mineur. Pourquoi certains les perçoivent comme asservies ou soumises parce qu’elles portent un bout de tissu à géométrie variable, plutôt utile pour séduire, suivant sa longueur et sa position sur la tête, dévoilant mèches ou cheveux décolorés, voire une jolie tresse à l’arrière de la tête? L’essentiel serait d’avoir des droits politiques et un gouvernement qui les respecte. L'essentiel n'est pas le voile. 

    D’autres ne parlent pas. Elles n’ont pas d’opinion sur ce sujet. Mais ce silence et cette retenue laissent penser aussi qu’elles ne se sentent pas tout à fait libre ou en confiance pour exprimer leur point de vue.

    Les plus enhardies pourraient répondre du tac au tac : mais qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? Les femmes, en occident, sont-elles si libérées, alors qu'elles dépensent des centaines de dollars pour s’habiller, mettre des vernis sur les ongles, les enlever à l’acétone, ajoutant de la graisse de chat sur les lèvres, s’ébouillantant à la vapeur pour s’ouvrir les pores, s’arracher des poils à la cire pour coller à la mode et être toujours moins payée pour des boulots moins considérés ?

    En occident, les femmes seraient émancipées ? Et parce qu’en Iran, les femmes mettent un carré de tissus sur la tête comme elles le veulent, se riant ici et là des gardiennes de la foi et des mégères de l’ordre, elles seraient cataloguées comme soumises ? Dans les rues de Téhéran ou d'Isphahan, le voile se porte sur un large spectre par la championne de Taekwondo tatouée aux cheveux blonds décolorés, passant par l’étudiante en design urbain aux cheveux ondulés, à la surveillante des mœurs dont l'œil unique dépasse de son tchador noué comme un garrot à son cou.    

    Le maquillage est ici porté avec allégresse. La chirurgie esthétique bat des records ; nez refaits et chirurgies intimes dans les chambres des docteurs. Il n’y a pas lieu d’idéaliser. Les mécanismes de domination seraient plutôt cumulatifs. Mais il serait intéressant de voir les statistiques si l’on veut vraiment comparer et savoir de quoi l'on parle si l'on cherche à évaluer l'égalité entre hommes et femmes.

    En Europe, certaines s’épuisent à courir seules dans des fitness sur des tapis, se serrent à bloc la ceinture à l’approche de l’été. Est-ce par plaisir du sport et pour s’affirmer dans un corps émancipé, ou pour correspondre pile-poil à des critères de beauté, souvent cadenassés par un ordre masculin et mercantile dominant ? Redoubler d’ardeur et de sueur pour être soi-même quand on s’approche en tous points du zénith des canons des magazines de mode, que ce climax esthétique durera tout au plus quelques années avant la décrépitude de l’âge et l’angoisse qui l’accompagne... quelle sinistre forme d’émancipation.

     

    Bien sûr, en Iran, comme ailleurs, ce que signifie être une femme, son devenir, est une balance délicate de pouvoirs entre ce que la société exige et ce que chaque femme désire, ce que la société autorise ou condamne. Comme homme, il est toujours délicat de se positionner sur ce sujet. Mais quoi : demeurer silencieux serait préférable ?

    Le voile, pour revenir à notre sujet, relève aussi de tout autre chose. Il demeure l’expression d’une foi, d’une singularité, et d’une appartenance. Plutôt que de juger et condamner, il serait positif de croiser les points de vue, d’ouvrir la discussion, et de s’intéresser vraiment à ce que les femmes qui le portent ou le refusent en disent. Ce n’est bien sûr pas du tout la même chose de porter un voile en Europe ou en Iran, ni d’être une femme ou un homme se positionnant sur ce sujet.

    Quoi qu’il en soit, il serait bon de sortir des discours dogmatiques binaires opposant domination à affirmation de soi. Le dernier mot, sur ce sujet, revient à celles qui le portent ou ont fait le choix de s’en passer, et de respecter leur choix, dans le degré de liberté qu’elles affirment. Pour le reste, une certaine retenue dans le jugement serait bienvenu.  

    Il y a plusieurs manières d’être voilée. Il y a des voiles d’ignorance, de honte, de soumission et d’arrogance. Certains sont visibles, d’autres non. Il y a aussi des voiles qui protègent, émancipent et libèrent, des voiles imposés et des voiles qu’on s’impose.

    Pour comprendre, le dialogue et l’échange sont incontournables, afin de saisir, si l’on veut parler de domination, les ressorts qui la sous-tendent, la manière dont elle s’exerce, et les stratégies développées pour y résister, et qui eux sont universels. 

    Pour conclure, avant de prétendre libérer l’autre, il est utile d’avoir déjà mis un pied hors de ses propres schèmes de domination. Le féminisme réalise cet effort de compréhension et d’effort sur soi. Les courants qui court-circuitent cette démarche me semblent porteurs d’un fanatisme et d’une présomption égale à ce qu’ils projettent sur un morceau de tissu qui, au final, dévoile bien plus l’identité des intolérant-e-s et ignorant-e-s, qu’il ne dissimule celle de quiconque.

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  • Le 1e avril de Donald Trump

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    Il faut imaginer Donald Trump au pied de son lit se réveiller après une nuit sereine, à qui un employé zélé annonce entre les nouvelles de menues importances (évolution du conflit en Syrie, niveau de la dette américaine, rapprochements entre la Russie et l’Iran), que ce 32e jour du mois de mars est en fait le 1e du mois d’avril et qu’une petite blagounette du président serait bienvenue à cette occasion – c’est de coutume-, afin de détendre une atmosphère mondiale plutôt crispée.

    Il faut imaginer le cerveau de Donald Trump se mettre immédiatement en branle, bouleversant ses plans de la journée, pour chercher quel bon tour il pourrait faire à ses followers sur twitter. Mais quelle blague pourrait faire Donald Trump un 1e avril qu’il n’ait pas déjà faite ? Et quelle plaisanterie semblerait suffisamment loufouque pour être plus drôle que celles qu’il fait sérieusement tous les jours ?

    Il réfléchit (si si). Prétendre construire un mur entre les Etats-unis et le Mexique, le faire payer par les mexicains ? -Déjà fait. Affirmer que le climat va bien, qu’il faut rapidement faire de nouveaux forages dans le grand nord ? -Done. Affirmer vouloir déplacer l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem… elle est bien bonne celle-là, faut la faire durer quelques mois encore. Alors peut-être affirmer que l’ambassade des US en France sera désormais située à Berlin. Mmmmh… Interdire d’entrées aux Etats-unis les résidents de sept pays musulmans, énorme, mais les ingrats n’ont pas ri, c’est fait aussi, peut-être l'étendre à sept autres pays? Une grosse pitrerie : ne plus parler à la presse et faire des faits alternatifs une vérité absolue. Faire l’Amérique grande again, personne n’y croira, mais on peut essayer. Bref que ce soit le 1e avril toute l’année : plus c’est gros mieux ça marchera.     

     

    Vient l’heure du petit-déjeuner, Donald n’a pas avancé. Il jette un œil sur sa mallette nucléaire d’un air malicieux, bon, pas sûr que ça fasse rire tout le monde, mais en choisissant bien le pays, ça pourrait être cocasse. Son employé zélé fronce les sourcils. Pas sûr.

    Envoyer Ivanka sur la lune ? Melania à Moscou, fermer Wall-Street ? Construire un mur dans l’Atlantique, pour éviter que des bateaux n’entrent dans les eaux territoriales américaines sans contrôle. Pas drôle. Un petit clopet d'abord, on verra bien pour la suite.   

    Après-midi. Donald n’a pas bougé de son lit. La dépression guette. Faire de Cuba le 52e état US ? Pas besoin de se presser, ça viendra, chaque chose en son temps… Soutenir l’indépendance du Tibet, les résolutions de l’ONU condamnant la politique coloniale d’Israël? Mouais... petit sieste, on verra bien ensuite.

    Soir. Donald tourne bourrique dans son bureau. En désespoir de cause, rappelle son employé qui lui annonce qu’un bon poisson d’avril doit posséder trois qualités : être crédible, concerner tout le monde, être connecté au quotidien.

     

    - Annoncer ma démission ?

    - Par exemple

    - Sans blague

     

     

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  • Au premier abord

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    Il faut imaginer un couple d’iraniens arrivant en touriste à Genève pour quelques jours. Et des genevois qui leur proposeraient immédiatement, après les salutations d’usage, et de joyeuses propositions de selfies, de venir partager le temps d’un soir un repas chez eux, puis de rester dormir pour la nuit, et si leur cœur leur en dit, de jouer à des jeux de cartes ou de dés à n’en plus finir, avec une petite raclette à partager, tout simplement. Pour leur faire plaisir, ils seraient même allés chercher un peu d’eau de rose ou de cardamone, afin d'agrémenter leur thé, pensant que cela leur rappellerait leur pays : délicate attention.   

    Il faut imaginer notre couple d’iraniens se faisant interpeller sans cesse par des Genevois curieux leur demandant : que pensez-vous de nous, de notre gouvernement, quel regard portez-vous sur nous ? Quelles sont les raisons qui vous portent à la défiance, lesquelles au rapprochement ? Pour nous, les peuples c’est une chose, les gouvernements une autre. Et vous : qu’en pensez-vous ? Des enfants viendraient tester leur anglais et aussi leurs rudiments de farsi, des étudiants diraient fièrement : je fais des études d’anthropologie, je rêve d’aller étudier à Shiraz pour mieux connaître vos traditions.    

    Il faut imaginer des Genevois curieux, sans jugements, s’intéressant fièrement au regard que porte l’autre sur eux, essayant de mettre en avant ce qu’ils connaissent de la culture de l'autre, par exemple, en vrac : Persépolis, la révolution de 1979, la culture ancestrale des dattes, l'inégalé savoir-faire iranien en matière de tapis. Et… ah oui, cette équipe nationale de football avec ce fameux Ali Daei, quel buteur ! L’équipe nationale se qualifiera sûrement pour la prochaine coupe du monde en Russie, avec la Suisse on espère !

    Quelques généralités bien sûr, des clichés aussi, voire des erreurs manifestes. Certains penseront que les perses sont des arabes, pas des chiites mais des sunnites. Ils auront autant de peine à situer Qom ou Kerbala sur une carte qu’ils seraient choqués qu’un perse ne puisse pointer Paris ou Marseille sur une mappemonde, ou confonde Switzerland avec Sweden, quand pour eux le Kurdistan est uniquement une affaire interne turque.  

    Ils se souviendront de quelques vieilles images de la guerre Iran-Irak du début des années 80 jusqu’à la fin de celles-ci -plus d’un million de morts- mais auront la retenue de ne pas trop insister dessus, se rappelant vaguement le rôle que l’Europe y a joué, armant Saddam Hussein jusqu’aux dents, pour le lâcher sur son voisin. Ils n’auront pas forcément envie qu’on leur rappelle les têtes des martyres qui jalonnent sur des kilomètres les entrée des villes perses avec les bouilles de bambins et d’adolescents s’étant fait démembrer dans les tranchées d’Abadan.

    On préférera évoquer Winkelried et Guillaume Tell, en  rappelant les épopées de Nicolas Bouvier et son usage du monde, les lacis de la route de la soie, ou que la Mésopotamie a été le berceau de l’humanité et la Perse son biberon, que de nombreux Suisses : Anne-Marie Schwarzenbach, Ella Maillart ont traversé ce pays charnière pour aller en Orient, et l’ont loué.   

    Il faut imaginer les Genevois s’interrogeant sur les coutumes de leurs hôtes : pourquoi les femmes mettent le voile chez eux, que pensent-il d’un pays de 8 millions d’habitants : est-il plus facile à gouverner qu’un de 80, sachant que la population de la Suisse entière n’atteint pas la moitié de celle de Téhéran… comment survivre au désert, irriguer la terre ? Il faut imaginer ces Genevois habité d’une curiosité discrète, et d’une modestie simple devant la culture de l’autre.

    Il faut imaginer notre couple d’iraniens assailli de questions sur les quais du Mont-Blanc, esquissant des réponses politiques, sportives, religieuses, jusqu’à se perdre entre les bains des Pâquis et la gare de Cornavin, jusqu'à ce qu’un inconnu, toute affaire cessante, n'abandonne son programme de l'heure suivante pour les remettre sur le bon chemin, les accompagnant sans rien attendre en retour, au temps nécessaire de l'hospitalité. 

    Oui, il faut imaginer les Genevois accueillants, comme des iraniens quand on arrive chez eux.   

     

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  • Live music

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    La foule déambule, achète des glaces, se prend en photo, baguenaude, minaude presque. Dans le parc de cette grande ville, il fait beau. Vacances. On a envie de s’approcher des autres en curieux, en êtres hospitaliers qui se connaissent peu mais partagent une même curiosité. Malgré les difficultés de la langue, on arrive toujours à se faire comprendre. Il y a des écoliers, des étudiants, des docteurs. Avec l'aide des mains on arrive à communiquer.    

    La foule est composée de gens qui viennent de partout. C’est un grand brassage. Certains viennent rendre visite à leurs proches - ils se réunissent une fois l’an à cette période- d’autres : touristes que l’on reconnaît à leur air un peu hagard et habillement singulier, ont effectué quelques heures d’avion pour venir ici. Tous vont au grand marché pour négocier quelques boîtes ouvragées, des bijoux ciselés, des herbes aromatiques ou des douceurs au miel pour ramener à leurs proches.

    Un groupe s’est réuni derrière la fontaine. On s’en approche par curiosité. De son cœur, une musique s’élève. On se sent obligé de s’approcher, comme à la fête de la musique quand ça joue juste dans un coin. Le cercle est resserré. Des enfants sont assis au premier rang. Trois hommes sont posés dans l'herbe en tailleur, jouent: l’un du tambour qu’il serre sous le bras, les deux autres agitant des sortes d’hosties géantes où pendent des grelots. La main, agitée en variant rythme, tempo, porte la percussion. De ces trois-là, je veux dire qu’ils sont habités.

    Trois autres hommes sont debout. Dès que quelqu’un veut filmer ou prendre une photo, ils placent leur corps devant l’appareil pour interrompre le film, s’en excusant presque, mais imposant cette mesure avec fermeté à tous ceux qui essaient de prendre une image. On se croirait dans une secte, une tribu aux rites étranges.

    Le cercle grandit autour des musiciens. Dire que c’est beau, ce ne serait pas assez. Cette musique prend aux tripes, raccroche à quelque chose d’archaïque et profond. On revit la scène de la nuit des temps: des hommes frappent sur des peaux de bête, chantent des paroles mystérieuses pour des dieux, l’amour, les récoltes à venir ou la mort.

    Ces musiciens, personne ne sait d’où ils sortent, ni à quoi ils jouent, pourtant personne ne s’en étonne. Avec leurs gueules d’hashshashins, de poètes, de musiciens errants ; de loubards ou de saints, ils sont au cœur de quelques chose qui rayonne. Ils font de ce moment unique un moment qui ne sera gravé nulle part, ni conservé sur aucun autre support que la mémoire de ceux qui y étaient et n’auraient bougé pour rien au monde. Le cercle grandit encore.  

    Un homme aux cheveux gominés portant lunettes noires prend la parole. On ne comprend pas ce qu’il dit. On ne parle pas sa langue, pourtant on s’y sent lié. Après une longue tirade tressée d’alcool, il ouvre l’étui noir d’un instrument, tend au public cette sacoche pour y recevoir une obole : quelques billets bleus et verts chiffonnés, certains déchirés, re-scotchés, rapidement jetés.

    La musique reprend. Le rythme est saccadé, hypnotique, et puissamment calme aussi. Les veilleurs, les vigiles, chantent en coeur. Un enfant danse, le public lui lance de l'argent. Il prend un billet dans sa bouche, en souriant, se déhanche. Rires. Les femmes sont présentes. Elles frappent des mains pendant que d’autres hommes chantent. Certains font les fiers, se prennent par l’épaule. Le centre du cercle fonctionne comme un aimant. Les enfants zigzaguent entre les adultes pour en être.

    Un homme, à 50 mètres, ne pourrait deviner ce qui se passe là. Il penserait peut-être qu’un marchand a étalé au sol des lunettes de soleil ou des pendentifs, qu’une foule de chineurs se presse pour négocier des breloques.   

    Un des vigiles n'a de cesse de tourner la tête de droite à gauche. Oui, c’est pour empêcher quiconque de filmer, mais son regard porte aussi plus loin, comme s’il cherchait de quelle direction allait venir le danger. Il surveille ses petits, tout proche, mais aussi ce qui peut venir de menaçant en lisère. Il a  le teint pâle, les yeux cernés. Un air de chouette chevêche, et demande tout à coup au public de s’asseoir, d'arrêter de taper dans les mains. Les deux premiers rangs s’exécutent. Les autres suivent mollement. Les musiciens continuent à jouer, comme si de rien n’était. Ni plus fort ni plus vite. Ils laissent simplement passer ce qu’ils ne peuvent retenir.

    Pourquoi joueraient-ils dans une cave quand ce parc est si beau et le public attentif ?   

    Un mouvement, un mot : police. Les musiciens serrent leurs instruments, filent en zigzaguant entre deux rangées. Un vigile va au-devant des hommes à moustache qui le regardent fixement, marchant droit sur lui, talkie-walkie à la main. Comme si parmi toute la foule, c’est à lui seul qu’ils en voulaient. Le public se disperse dans toutes les directions pour faire à nouveau partie de la foule. Quelques-uns restent autour du vigile pour l’appuyer, ou le dénoncer, qui sait….  

    A quelques mètres, les marchands continuent de proposer leurs boîtes ouvragées, des bijoux ciselées, des herbes aromatiques et des douceurs au miel pour ceux qui en ramèneront à leurs proches.

    Des touristes sourient presque bêtement, léchant des glaces à la vanille ou au safran en commentant le prix qu’ils ont payé, inquiets de savoir s’ils se sont fait arnaquer d'un ou deux francs...

     

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  • Pourquoi je l'aime

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    poésie,écriture,silenceJe l'aime, parce qu'elle ne cherche pas à parler la première, ni ne s'oblige à terminer une conversation.

    Elle n'a pas besoin de clôture ou de panneaux d'orientation.

    Je l'aime, car elle ne se sert pas de la parole comme d'un burin ou d'un marteau, mais comme si elle en était travaillée. Elle est l'outil de la parole, sa propre finalité. Elle ne communique pas, elle délivre. Elle ne convainc pas, elle offre.

    Je l'aime, parce qu'elle se laisse travailler par celui qui s'en approche, s'affine à son contact, agrandit celui qui la cherche. Pour sa confiance, sa quête d'authenticité. Parce qu'elle sait se laisser trouver, je l'aime.

    Je l'aime, parce qu'elle me donne le sentiment d'être toujours au commencement du commencement, au tout début, et que la source est toujours de biais. 

    Je l'aime, parce qu'elle ne cherche ni à dominer ou contrôler, à rameuter ou refuser. Parce qu'elle n'a rien de chiche, de comptable, de rétréci ou rabougri; rien de la meute ou du clan, du badge, du code-barre, ou code d'entrée.

    Je l'aime, parce qu'elle n'a ni nation, ni drapeau, ni troupes à son service, mais sert les plus détraqués et démunis: les lunatiques, les sensibles, les rêveurs, les épuisés: nous tous. Parce qu'elle est toujours un don, une gratuité, une présence et une option.  

    Je l'aime, parce que la parole ne lui appartient pas. Elle l'accueille seulement, la relaie. Quand elle en est parcourue, tout le monde le ressent, c'est un frisson. La parole la traverse simplement. Elle va son chemin. Elle n'accapare rien.

    Elle ouvre sa maison comme si elle s'étonnait qu'on puisse s'arrêter chez elle, y trouver un intérêt quelconque. Elle illumine tout, le plus simple le plus quotidien. Elle a sûrement préparé la table, pris soin de son intérieur, décoré joliment les choses, déposé quelques fleurs sur le rebord de la fenêtre, mais la parole aurait aussi pu ne jamais venir. Parfois elle se moque des maisons trop bien rangées.

    Je l'aime, parce qu'elle peut attendre sans impatience et donner sans recevoir. Elle est un souffle, un nid pour l'innomé. Parfois rien ne vient. Ce n'est pas cela qui importe. Elle permet de retrouver ce qui est perdu.  

    Je l'aime, parce qu'elle reconnaît les larmes, les rires, les silences, les prières et les insomnies comme le pouls du monde. 

    Je l'aime, parce qu'elle sait accueillir et dire au-revoir à la parole sans s'y attacher, comme si elle la connaissait depuis longtemps et ne s'étonnait plus qu'elle vienne ainsi, à petits pas, à bas bruit, comme un oiseau, un animal de la forêt, bouleverse tout parfois. Je l'aime parce qu'elle connaît la profondeur de la perte. Je l'aime parce qu'elle peut tout reprendre, chambouler.

    Elle découvre ce qui la visite, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, avec l'innocence de l'enfant. Elle sait que les horloges des humains n'ont pas le dernier mot sur le temps. Je l'aime, parce qu'elle ne retient rien, ne contrôle pas, ne planifie jamais.

    Je l'aime, parce qu'elle connaît la liberté, le vertige et le désir, et qu'elle refuse l'imposition. Elle sait de quoi est faite la peur. 

    Je l'aime, parce qu'elle sait dire l'amour, le silence et la mort, qui sont toute la vie.

    Je l'aime parce qu'elle sait se passer des mots aussi, se faire note, oscillation, arbre, couleur, ou simple son.

    Je l'aime, enfin, parce que je crois qu'elle nous survit, nous dépasse et nous agrandit; parce qu'elle est l'absence la plus présente qui soit. 

    La poésie.

     

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    Photo : Eric Roset www.eric-roset.ch

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