sylvain thévoz

31/12/2016

Il ne faut pas tourner la page

Ce samedi 31 décembre, fredonner la chanson de Nougaro serait bien approprié. Pourtant, non, on ne veut pas tourner la page, ni changer de paysage. On rechigne à faire comme si, par magie et dans les pétarades du soir, les fulgurances des cotillons, cette année écoulée magiquement se dissiperai... et hop les compteurs seraient remis à zéro pour repartir du bon pied? Non.

Il n'y a pas de grâce présidentielle pour l'année écoulée. Elle s'empile à la précédente qui s'empile à la précédente qui s'appuie sur un héritage qui se cumule. La magie du nouvel an est une crémeuse fumisterie. Rien n'est classé, liquidé, résilié. Non, de cette année 2016 nous ne serons pas quittes à minuit.

 

Dimanche 1e janvier : 366e jour de l'année 

On va s'y efforcer quand même? Faire sauter quelques bouchons, valser les bouteilles, trinquer, guincher, s'alka-seltzeriser? Et s'embrasser? S'embrasser, oui! Il nous faudra encore bien quelques jours pour ne pas dater de 2016 les premiers courriers de l'année. Mais enfin, si on y réfléchit, qui écrit encore des courriers aujourd'hui, et les date même ? Les courriels ont une mise à jour automatique, plus besoin de les dater, de remonter les pendules, de retourner les clepsydres, secouer les coucous. La machine se charge elle-même de se remettre à jour. Nous allons avec le mouvement, et n'avons pas avancé depuis les grecs : le champagne que nous buvons le soir du 31 est-il toujours le même ou chaque fois différent ? Héraclite a la gueule de bois.  

Le compte à rebours : ultime ringardise

Le domaine commun, aujourd'hui, c'est le changement, la fulgurance, le dépassement de soi. Le 31 décembre est devenu la fête la plus lente qui soit, la seule qui fait du temps son unique enjeu et ne célèbre que son passage dans une période où la fuite en avant est continue.

Or, quand le temps n'est plus qu'à la course, à quoi bon célébrer encore l'accélération? Le 31 se voudrait la fête du dépassement, elle devient paradoxalement celle du ralentissement, de la rétrospective, voire de la nostalgie; le seul moment de l'année où l'on fait encore un compte à rebours de 10 à zéro pour sourire béatement sur un zéro qu'on voudrait prolonger à l'infini. Alors qu'on ne fait même plus de compte à rebours pour envoyer des satellites dans l'espace, on continue à faire le compte à rebours pour les cotillons. Beau. 

 

Le temps n'est pas à la fête 

Pas de jour de repos, pas de trêve, pas de vieux cahier des charges à jeter, même plus d'agenda à changer, la mise à jour se met automatiquement à jour sur le smartphone.

Pas de silence à faire, tout continue comme avant, rien de neuf et de nouveau. Plus de résolutions, d'ailleurs, on y croit plus vraiment. A peine un nouvel abonnement de fitness à offrir, histoire d'y aller pour 3 semaines, on verra pour la suite... un promesse d'arrêter de fumer? ça devrait tenir les 3 premiers mois, après on se remettra à torailler.

Non, il ne faut pas tourner la page, rien ne change vraiment le 31 décembre, mais quel joli prétexte pour festoyer un peu quand même.

Il n'y a plus rien à fêter le 31. Mais avec un brin de distraction, on passe même à la nouvelle année sans s'en rendre compte. Hommage à ceux qui bossent ce soir, et ceux qui se couchent à 22h après un repas sommaire, réveillonnent avec une bande-dessinée.  Et à ceux qui s'embrassent, malgré tout, toujours!

 

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27/12/2016

Madonna peut aller se faire foutre

 

C'est devenu un rituel remarquable. A chaque star du showbizz qui casse sa pipe, à un âge respectable pourtant ou comme conséquence inéluctable d'une vie flambée, la litanie de la plainte grandit et se déverse sur les réseaux sociaux sous forme d'hommage et de complainte charitable où chacun en profite pour confesser ses premiers slows ou refrains fredonnées sous les vibratos de la star; exhumer s'il le peut une photo, un truc griffonnée avec son icône et où, au final, la mort de l'autre devient encore le lieu d'un culte de soi et d'une mise en avant de son propre vécu sur le dos des osselets fumants d'un roi de la pop ou du rock.

 

Orgie d'egos

Les petits mausolées numériques (aussi vite érigés qu'abandonnés) deviennent, au fil des mois, les tas grossiers d'une orgie compassionnelle devenant d'autant plus ridicules ou vulgaires que, forcément, le temps passe et les morts balisent le calendrier au rythme des saisons.

On ne sait plus trop distinguer alors qui mérite son mausolée ou pas, qui est laissé de côté et qui devient un martyre auréolé de strass, de pixels et de paillettes, le tout dans un scintillement approchant la saturation au fur et à mesure que la fin d'année approche et que la baudruche mortifère grandit... la répétition d'une expression de compassion numérique devenant de plus en plus guignolesque... heureusement, la nouvelle année remettra les compteurs à zéro... ouf, on a failli imploser. Mais quoi, le même cirque recommencera dès janvier. C'est ainsi, c'est la vie. 

On arrive ainsi au pic de l'éblouissement lorsque Madonna[1], suite à un deuil de trop, ou comme un ultime nombrilisme, propose à 2016 d'aller se faire foutre... hé, bravache la petite, il suffirait de peu que 2016 ne décide qu'elle aussi a fait son temps, et malgré la toute puissance de l'image et de l'argent, il soit temps pour elle, comme pour tout un chacun, de rendre l'âme et le tablier ...  Eh quoi une poignée de pop-stars meurent et elle envoie toute une année au diable? 

 

Il n'y a pas que les stars qui meurent il y a tous les péquins aussi

Car enfin, ça n'arrête pas de claquer sur cette planète. A la pelle même, des morts anonymes dans les ruines d'Alep, au Yemen, au Nigéria, en Irak, en Afghanistan, dans les prisons, les  brousses, les steppes, les ems, les océans et les hôpitaux du monde entier, ça tombe et ça meurt, ça naît et ça disparaît, à un rythme autrement plus élevé que la poignée de stars qui ont disparu cette année et semblent pourtant engloutir avec eux une partie de l'univers. 

Bien sûr que je ne suis pas insensible à la mort de Fidel Castro, de George Michael ou au dernier souffle de Leonard Cohen, c'est dramatique, mais franchement, tant que des enfants continueront de mourir en silence et dans l'anonymat complet, sans que l'on soit capable de sortir l'Occident de ses deux postures favorites : impuissance ou charité...

Madonna peut aller se faire foutre.   

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/12/26/george-michael-est-mort_5053868_3246.html

 

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21/12/2016

Budget de la Ville de Genève : le PLR refusera-t-il encore l'obstacle?

saut-obstacles-problemes-abords-1.jpgLa Ville de Genève aura-t-elle un budget pour 2017 ce jeudi? Rien n'est moins sûr. La faute aux atermoiements du PLR, de l'extrême gauche et de l'extrême droite. Ces derniers, après avoir choisi, durant 3 mois, soit de septembre à décembre de ne pas amender le budget proposé par le Conseil Administratif, ni de travailler sur celui-ci, se sont réveillés... pour choisir de ne rien faire et d'attendre encore avant de décider quoi que ce soit, se mettant au passage dans une infantile posture victimaire.

 

Ce n'est pas à la population d'en faire les frais   

Le budget présenté par le Conseil Administratif est à l'équilibre. Il est même un brin bénéficiaire. Il garantit les prestations à la population, les conditions cadres de l'exercice des services publics, alors même que la population et ses besoins sont croissants. C'est devant un budget responsable et équilibré que les forces politiques de droite et de l'extrême gauche jouent aux enfants colériques (mais sans amener de véritables revendications).  

Lors de la plénière du 10 décembre dernier, une pluie d'amendements, aussi tardifs qu'une première neige est tombée sur le parlement municipal. Le groupe MCG n'a rien trouvé de plus malin d'agglomérer une majorité constituée de PLR, d'UDC, d'extrême gauche et de quelques verts, pour renvoyer l'examen de ces amendements en commission.

En équitation on appelle cela un refus devant l'obstacle. Sandrine Salerno a eu beau tirer sur les rênes pour faire avancer l'attelage, rien à faire. Depuis, il ne s'est pas passé grand chose. Les élus rétifs tournent en rond devant l'obstacle et refusent d'assumer la responsabilité de leur plantage.  

En commission des finances, le Président du Conseil d'Etat, François Longchamp est venu en personne remonter les bretelles des conseillers municipaux, leur rappelant leurs devoirs et les limites de leurs pouvoirs. Les conseillers administratifs sont revenus rappeler une enième fois qu'un budget est une autorisation de dépenses, et qu'au final, c'est aux comptes que tout se joue, que ce budget est bon et qu'avec un peu de volonté il est possible de sauter l'obstacle... mais certains traînent encore des sabots.

Au passage, ce sont de nouvelles auditions qui ont été votées, quelques dizaines de milliers de francs dépensée pour faire siéger des élus qui ne savent, au final, toujours pas ce qu'ils veulent ni comment l'obtenir, et font de l'obstruction parlementaire alors qu'ils sont majoritaires. 

 

PLR et Extrême gauche cul et chemise pour saboter le vote du budget

Le PLR peut hurler au complot tant qu'il peut, répéter que le Conseil Administratif n'a pas fait son travail, ils ne trompent personne. Les faits sont têtus. On ne peut à la fois être majoritaire dans une arène politique et faire une politique d'obstruction et de délégitimation aussi massive. Le PLR montre là un visage d'incurie. Lui, pourtant si prompt à donner des leçons de bonne gestion et d'efficacité... les PME et l'économie apprécieront le trouble et l'incertitude que ce parti crée de toute pièce.

Que l'extrême gauche s'acoquine avec le PLR et oublie qu'il a en la personne de Rémy Pagani un responsable de l'exécutif est par ailleurs dramatique. Si c'est la stratégie de la rupture que l'extrême gauche veut jouer, que Pagani démissionne, plutôt que de laisser saboter un budget nécessaire à la collectivité. Ce ne sont pas aux habitant-e-s de payer les tâtonnements idéologiques de l'extrême gauche.

La posture du PDC est bien plus claire. Le groupe a choisit d'assumer ses responsabilités et d'aller de l'avant. 

 

Incertitudes devant l'obstacle

Que va-t-il se passer ce jeudi ? Différents scénarios se dessinent : soit le PLR, l'extrême gauche et l'extrême droite se rappellent à leurs devoirs, arrêtent leur pantalonnade et votent le budget amendé par leurs soins, soit la Ville n'aura pas de budget et fonctionnera sur ce que l'on appelle les 12e provisionnels, soit des autorisations de dépenses votées chaque mois chargeant inutilement l'administration et l'appareil bureaucratique d'une manière coûteuse.

La droite élargie acceptera-t-elle enfin de sauter l'obstacle ou tournera-t-elle casaque, faisant perdre encore des centaines de milliers de francs à la collectivité? On doit espérer que, dans chaque écurie, des élu-e-s sauront prendre leur responsabilité pour avancer et éviter de sombrer dans l'indigence.

Car le niveau a déjà bien baissé. Refuser encore l'obstacle reviendra à ramper à quatre pattes. Certes, les aplatis dénonceront ensuite la vilaine gauche, le méchant conseil administratif.

Mais il n'empêche, quand on ne veut pas passer des obstacles, on devrait en rester à l'accompagnement de poneys, pas au vote du budget de plus d'un milliard de la deuxième ville de Suisse.   

 

 

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20/12/2016

Alleluia Noël : apnée ou respiration?

noël,fêteNous ne nous laisserons pas emporter par la dépression, par les déflagrations. Cela a beau péter de tous côté, donner l'impression que c'est la fin du monde, la fin de l'histoire, qu'il n'y aura plus rien après notre prochain souffle - hé surprise tu es encore là toi?- nous ne nous laisserons pas tomber.

L'après vient, il est en gestation, maintenant, dépend de nos engagements, nos grandes petites mains, plongées dans le mystère du miracle d'être, du devenir gigotant avec, dans notre tube gastrique, en gestation dans la soupe primordiale colorée de milliers de calories tourbillonnantes, pour gérer l'angoisse post-brexit, post-trumpiste, pré-lepensite ou que sais-je : la farouche volonté d'être.

La farouche volonté d'aimer, de se tromper, d'oser, de recommencer, de lutter, d'écrire, de perdre, de recommencer encore, de témoigner, d'être jugé... et de s'en foutre. 

Patrick Chauvel[1] quand il rentrait de reportage de guerre, tentait de se poser et de ne pas repartir immédiatement. Mais il était tellement out, en décalage entre deux mondes, à distance d'un vol de l'horreur et ramené parmi les vivants, qu'il échouait, envoyait bouler les chauffeurs de taxi qui ne savaient pas ce que c'était que Viêt-Nam ou Liban et se relançait à nouveau, sur d'autres terrains.   

Ce n'est pas la catastrophe qui l'emportera, ni le double gras de la dinde aux marrons, ou la charité. Il y a une voie large entre se gaver de gras ou grogner sous les gravats, avec quelque chose de la distance à l'événement et l'engagement, pour ne pas se réfugier dans le quant-à- soi, la dépression, ou l'impuissance. Il y a mille manière de résister, de dire non. On se laissera pas bouffer la tête, ronger l'os par le cancer du renoncement.

Mille façons aussi de s'organiser, d'accroître la beauté, comme cet homme qui passe doucement de la musique à la radio le soir, choisissant des airs décalés, de jazz ou de rumba, et ouvre les fenêtres de l'esprit comme un petit calendrier de l'Avent.

Comme cette femme qui griffonne des textes sur les tables des cafés et répète d'un air inspiré à tous ceux qui lui offrent un verre : tu dois lire Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey, tu verras un Christ déglingué revenant tel un clodo dans le New-York d'aujourd'hui... tu dois lire Antonin Artaud ou Michaux, écrire tout ce qui te passe par la tête, limer toutes tes pensées, pour faire briller une autre densité, une autre lumière.  

Ces journées ou s'emboutissent sur ton écran un assassinat, une fusillade, des bombardements et des naufrages - comme si c'était quelque chose d'aussi banal qu'une liste de commissions; où tu te retrouves scotché comme un batracien devant la dureté du monde, et en même temps, où tout atteste de sa dématérialisation, car rien n'empêchera le sprint radical, décisif, forcené et bouillant vers... les cadeaux de Noël.

S'y ajoute, nécessairement le temps des rétrospectives, des hommages, des bilans, des retours en arrière, et des fleurs déposées sur les tombes. Et puisque c'est la fête des familles, c'est donc nécessairement celle de ceux qui n'en font plus partie, l'ont quitté ou glissé au-dehors. Et tu brasses tout cela, faisant mémoire par un mantra silencieux des noms disparus ou présents à jamais.  

Alleluia Noël : apnée ou respiration ?

Sur le fil ou sous la flamme, vivre est encore une fête. 

 

 

 [1] Patrick Chauvel, rapporteur de guerre, Editions J'ai lu, 2004. 

 

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15/12/2016

On, solidaires, ou personne pour le faire

 

 

on,personne,vie,viveOn s'assied on se voit, on  se parle.

On budgétise, on comptabilise. On planifie. On sectorise.

On avance, on reprend, on écrit. On témoigne, on rabiboche, on se goure, on poursuit, travaille la sente, jongle avec le temps, saute sur les bois roulants. 

On compose, on résiste, on s'engage, on dit non.

On dit bon, on se lance.

 

 

Quand ils n'ont que le mot coupes à la bouche. On a liens sur les lèvres.

On dit viens.

On s'enflamme.

Moins de langue de bois, plus de feu dans les mains.

On tartine son pain, cherche une simplicité, à se laisser rejoindre.

 

 

on,personne,vie,viveOn fait demeure de coquelicots et de tuiles, on se tait, on se bouge, on s'étend.

On se parle, on s’allume.

On mâchonne les cailloux, allume des bougies.

On regarde de loin, du plus près que l'on peut, ce qui là-bas déchire.

On peut peu, on peut plus, et ce que l'on peut faire, on le doit.

On sent que ça ne peut pas passer comme ça.

On écoute.

On s'alepise, épilepsise, et parfois on ne voit plus rien.

Anesthésie ou débattue. 

 

 

On avance, on essaime, prend sa chance, lance la danse.

On s’attire, on s’aimante, on se dore, se ronronne.

On s’éprend, on s’appelle, se reprend, se sourit.

On se baigne, on se tanne, on se saque, on s’étire, on respire.

Pas céder.

Du moment qu'on avance et qu'on sait: le plus beau à venir.

Pas céder.

 

 

on,personne,vie,viveOn se vit.

On fait deux, on fait meute, on fait groupe, on fait bande.

Le parti, le duo, amoureux, sur le ventre, sur le dos, la balade, sous la pluie.

Le chemin nous enseigne.  

On appuie sur les chaînes, on enfonce les pédales, on étire par le fond, les paumes posées à table.

On reprend les virages à la corde, on se calme on s’attend, on se pose, on respire, on s'entraide.

On se casque, on s'enfonce, on sourit.

 

 

Moins de cadeaux, davantage de dons. 

On s'accorde. 

On, solidaires, ou personne pour le faire. 

 

 

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07/12/2016

Les chauds froids (il n'y a plus de saison vous dites?)

 

Après la fête de l'escalade, avant la coupe de Noël, avant les polémiques sur les crèches qui vont nous tomber dessus.

Avant la chaleur des fêtes de fin d'année, après l'ouverture des abris PC pour ceux qui sont à la rue toute l'année. 

Dans l'hiver qui vient, à tous les chauds-froids qui nous saisissent.

Dans la ronde des primaires françaises, où pareilles à celles des stands de foire, de petites figurines politiques sont dressées puis dézinguées.

Alors, comme lors d'un tir à la carabine de plomb, des pipes en plâtre sont volatilisées.

A ceux qui n'osent pas lever la tête, à ceux qui ont peur de se prendre une volée. A ceux qui se taisent.

Au sentiment d'assister au freak show, à la ballade des monstres qui jouent du simulacre, du retournement de veste ou du mime, devant une foule de badauds grignotant du pop-corn, ou se pinçant pour y croire, voire regardant ailleurs... Il y a-t-il spectacle plus saisissant?

Ce serait donc vraiment lui, l'homme qui va faire éclater les chaînes, et celle-là réellement va se faire couper en deux, sans même montrer qu'elle souffre ni hurler ? Spectaculaire.

 

Diversions

A la foire. Aux miroirs déformants, au minces qui se sentent obèses, aux poids lourds qui ne passent plus les portes, mais qui demeurent pourtant tout finauds, pour disparaître d'un coup, quand tourne le vent ou change l'éclairage. 

A l'étrange sentiment d'assister à une course de chevaux, avec des paris furieux, des papiers qui volent, des poubelles pleines de quittances désuètes ou de prises éparses de note, des papiers gras glissés de main en main, avec la peur qui tourne bleue dans les yeux. Il y a même des femmes à barbe maintenant!

Vite, lancer une balle encore, peut-être que l'on atteindra le trou des 100, remplira le panier.

Parier encore sur une autre bestiole. Celle avec une belle crinière, l'autre, avec les sabots à l'équerre.

Hypothéquer sa confiance s'il le faut! Car ce canasson là, c'est le bon (ou plutôt, puisqu'il en faut un, pourquoi ne pas parier sur celui qui serait à cent contre un: perdu pour perdu autant, en rire encore un peu).

A la grande réjouissance de revenir de l'arrière et de coiffer au poteau les plus aguerris, les blanchis sous le harnais, à la grande tentation du pire céder? Mais peut-on se satisfaire du côté revanchard et d'en jouir?

C'est-à-dire: d'en faire perdre certains plutôt que véritablement gagner d'autres, et cesser de construire? 

Ce serait là notre maximum?

 

La course à l'échalote

A l'échauffement des voix, concomitant à l'essoufflement des naseaux; au démaquillage d'Hillary Clinton au lendemain de sa défaite, au vernis de David qui dégouline de sueur quand il s'approche d'une dame. A sa transpiration abondante dans sa tour de verre aux lumières clignotantes. Aux milliardaires convoqué d'une manière cinématographique - on se croirait dans un talk show -ploutocratie-. Et la foule qui suit, les badauds qui regardent le spectacle, comme si ce qui se décidait là en concernait d'autres qu'eux-mêmes.

Oui.

Comme si cela n'était qu'un spectacle. 

A l'angoisse de la fin du monde. A Alain qui s'effondre, à François qui se débine, à tout ce qui pousse tranquillement.  

Bientôt, peut-être, le peuple votera aussi pour retenir ou non son ministre et décidera par sondage des mesures à prendre. Et le président, ou l'algorithme, leur confirmera par tweet leur choix final.

Mais il n'y aura pas un gramme de pouvoir en plus dans la balance pour le peuple. Ce sera un divertissement supplémentaire, enfin, je veux dire plutôt : une distraction en plus.

 

Le cirque

Par les votes des budgets, dans la glaciation de ceux qui dézinguent des lignes à l'aveugle, ne sachant pas à ce qu'ils touchent, mais y allant de leur coup de taser sur ce qui leur déplaît, pour bien montrer qui seraient les patrons, qui peut imposer sa force, ce qui plaît bien et ce qui ne plaît pas - et au diable le bien commun- régime pour tous et ceinture, et ration supplémentaire, pour quelques uns seulement.

Ce qui compte pour eux, c'est de rappeler qui est le boss de l'esthétique budgétaire. Il ne faut pas que ça dépasse ici, que ça aille une jolie forme là et que ça puisse entrer au millimètre dans la pointure inférieure, quitte à tordre, à casser le bout des orteils.

Et finalement : cahin-caha, ça avancerait toujours pareil?

   

Contrôle

La droite obéit à la logique de l'expérience de Milgram. C'est à savoir qui sera le plus désinhibé et augmentera les décharges que porte l'emphase.

Car oui, il faut bien envoyer des décharges électriques, afin que tous aient suffisamment peur, et prennent conscience que les entreprises peuvent partir, vont partir, que la pénurie guette, que la lutte des places sera sans pitié, si on ne déroule pas le tapis rouge pour quelques uns.

C'est du sentiment bien clair du manque et de l'isolement que viendra la paix sociale. Ah, vous le croyez vraiment?  (ça s'échauffe dans les coins).

Dans l'annonce du refus de sortir du nucléaire, dans l'incandescence de la fission des finances publiques ; par Rie3 : dans l'ère de glaciation.

Dans l'hiver qui vient, dans la chaleur brûlante de décembre.

 

Il n'y a plus de saison vous dites?

Dans les frissons des frimas, sur les plaques de glace, avec la neige pixelisée dans les yeux, au risque de glisser.

Aux artistes qui chantent, à ceux qui continuent de patiner sur une surface lisse dont l'épaisseur diminue pourtant. A ceux qui vont vite, à ceux qui font des trous dans la glace pour trouver de la nourriture, et la partagent encore sur le feu.

A la beauté de l'exercice.

A la menthe fraîche. Au givre sur les roseaux. A l'amour.

Au silence des oiseaux.

Au printemps qui vient, à sa chaleur puissante.

 

 

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22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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11/11/2016

Au plus grossier dénominateur commun

 

R comme résistance

Résistance au clapet de la haine, au mépris, au désir de puissance.

A la langue molle, qui colle et ne choisit plus, ne parle plus d'elle-même.

A la langue qui sèche, celle qui lèche.

 

A la langue putassière ou pâteuse, aux reflux, rejets et masques hideux.

Aux clapiers et terriers fumeux, aux territoires de délégation silencieuse.

A la langue du clan, des débilités congénitales, des ethnies aux nostalgies coloniales.

 

R comme résistance

Résistance à la dérégulation complète, aux lois du marché qui bradent, dévalorisent, sous-traitent, mettent aux enchères, au chômage ceux qui y ont cru.

A poil les plus précaires, au trou les plus à poil et sur I-pad tous les autres!

Tu as bien servi kleenex: aux chiottes maintenant ! La loi du rendement, après 20 ans de boîte, 3 semaines de stage non payé, sans pouvoir prendre tes affaires, sur le trottoir sans comprendre ce qui t'arrive et pourquoi ceux qui te courtisaient te virent comme un malpropre, avec le sentiment maintenant de t'être fait bien baiser... et que celui qui sourit vienne te montrer ses propres dents en face.  

La question est : vas-tu te laisser tétaniser par cela?

 

Résistance à la diarrhée médiatique, à ce qui liquéfie la pensée, glisse trop bien dans les tuyaux.

Résistance au désir de vaincre, à l'encrassage des neurones, aux distractions complètes, aux grumeaux et au lait caillé. 

Résistance aux cercles satisfaits -félicitations permanentes- qui se protègent et consolent parmi,

se font écrire leurs textes par d'autres et répètent en boucle le même discours, une main sur le coeur ou l'épaule.

 

Aux retourneurs de veste: ils te font les poches dans un sens puis dans l'autre.

Tu leurs achèterais encore du tissu? 

 

R comme résistance

Résistance complète au mouvement complet de déshumanisation de l'Homme, à la marchandisation de l'être, à l'indifférenciation des pommes, aux rouages de l'indifférence.

Résistance aux discours de haine, aux formules creuses, aux postures de mode, à toutes les complaisances.

A ceux qui viennent habillées comme des révolutionnaires pour remplir leurs bidons,

vider les fontaines comme tant d'autres.

 

Résistance aux grands titres, aux notes de bas de page.

A tout ce qui n'est pas dans le corps du texte.

A ce qui passe très loin de ta portée, porte à lâcher l'action ici même.

 

Résistance aux discours des caporaux, des moralistes, des majoritaires.

 

A l'effroi des masses, à l'effet de troupeaux, au rassemblement autour du plus grossier dénominateur commun.

 

Résistance à l'ignorance, aux additions des calculateurs, aux soustractions des manipulateurs, à l'égalité médiocre.

A la pâte à pensée, à l'identique pâte à modeler.

A la puissance de séduction, désolation morbide.

 

R comme résistance

Résistance à chouiner, à couiner, ronronner dans le lard, être spectateurs ou poulet frit.

Résistance à la mise à distance, hors de l'action, au refus de prendre part, à l'abstention. 

A abandonner le terrain, à céder sur les mots, à la tentation des pitres. 

 

Entrer dans les choses, comme on rencontre les êtres.

Entrer en dissidence.

 

Elle vient l'époque du grand tamis, ou tout ce qui n'a pas de forme, de figure ou de cri,

tout ce qui ne dépasse pas, ne sera pas uni, sera englouti.

 

A l'aspiration nihiliste. 

R comme résistance, comme l'air que l'on expire. 

 

 

 

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03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/10/2016

Le Grand Théâtre va dans un champ de mines en chaussons

Le ministre de la culture israélienne Miri Regev a appelé ce dimanche la municipalité de Haifa à annuler le concert d'un rappeur israélien d'origine arabe Tamer Nafar.[1] La municipalité, sous pression, a déplacé le concert du rappeur à une heure tardive. L'annulation du concert est désormais envisagée. Au début du mois, cette même ministre de la culture était sortie d'une salle au moment de la lecture d'un texte du palestinien Mahmoud Darwich[2], l'un des plus grands poètes du XXe siècle, pour marquer sa négation de la voix du poète décédé. Petit rappel encore, en mai 2012, Miri Reguev avait participé à une manifestation anti-immigration appelant les immigrés soudanais un "cancer dans notre corps", avant de s'excuser... auprès des personnes atteinte de cancer pour ses propos! Les artistes et les institutions qui ne respectent pas la culture d'état sont visés par des coupes franches, stigmatisés.[3]

 

Il y a désormais, en israël, une "bonne culture", la culture officielle, politiquement servile ou à tout le moins peu dérangeante, et une autre, à bannir, censurer, qui est chaque jour plus étouffée dans un climat délétère.


Le ballet à la baguette

Ces événements éclairent avec acuité l'urgence du débat lancé par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) Suisse concernant la tournée du ballet du Grand Théâtre Genève (GTG) et du ballet Béjart Lausanne à Tel Aviv.

Que demande BDS au Grand Théâtre Genève par sa lettre ouverte adressée fin septembre à l'institution culturelle[4]? De ne pas danser avec un régime d'Apartheid; que le Grand Théâtre Genève renonce à se produire à Tel Aviv dans l'opéra national (israel opera) financé par l'Etat israélien pour redorer son blason et renforcer sa légitimité internationale.

Le mouvement militant souhaite aussi attirer l'attention des autorités genevoises sur l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d'un régime d'occupation. La colonisation israélienne se poursuit, les droits de l'homme y sont constamment violés et les résolutions de l'ONU toujours pas respectés, alors que l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens reste encore une chimère. 

Dans ces conditions, comment aller danser à l'opéra de Tel Aviv la bouche en coeur, quand 20km plus au sud des gens sont bouclés dans ce qui est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Cela est choquant.

Cette démarche aventureuse de la part du Grand Théâtre Genève mérite des explications. Il me semble important de lire la lettre de BDS[5] et d'appuyer leur démarche.

 

Le Grand Théâtre de Genève pourrait-il répondre?

On peut trouver la démarche de BDS trop radicale. On peut penser que le boycott ne soit pas la meilleure manière de faire avancer une cause. On peut aussi nier l'exemple de l'Afrique du Sud et son régime raciste qui a vacillé lorsque la communauté des états et l'opinion publique l'ont confronté à sa nature non-démocratique. On peut faire fi du fait que le mouvement BDS émerge de 171 associations et organisation non gouvernementales palestiniennes, qu'il est internationalement soutenu. On peut fermer les yeux, ou regarder ailleurs, ou se dire que l'on irait pas en Corée du Nord, mais qu'en Israël oui, pourquoi pas, il n'empêche, la question mérite d'être posée : faut-il aller donner un surplus de légitimité à un état qui se moque de la liberté d'expression, censure les voix qui contestent son hégémonie, et viole le droit international ? 

Sous la culture le cynisme ?

A cette question, un chef d'état répondra certainement d'une manière différente qu'un directeur d'opéra.  Las, le directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, lui, répond dans le Courrier[6] avec pragmatisme et un brin de cynisme qu'il "s’agit d’une collaboration artistique et que le Ballet du Grand Théâtre de Genève a répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel nous entretenons des relations très amicales." A ce jour, le ballet genevois ne semble pas avoir l’intention d’annuler ses dates (du 19 au 22 décembre) avec son très amical partenaire. Pourrait-il toutefois prendre soin de répondre directement à BDS qui l'a interpellé ? Ce serait la moindre des choses pour une entité qui prétend servir le dialogue et la culture. 

L'argument de dire qu'il faut que la culture soit un pont, un lien, et qu'elle doit aller partout est un argument à retenir. Mais il devient naïf ou cynique, si derrière ce mot "culture" se loge une ignorance ou un refus d'assumer dans quel contexte on va se produire, quel pouvoir est servi, et quel sera la récupération dont sa présence se verra affubler. 

La culture rapprocherait les peuples ? Encore faudrait-il qu'elle puisse s'adresser à tous!

Le Ballet Béjart de Lausanne est allé en octobre en israël. Cela n'a empêché en rien la censure du rappeur arabe Tamer Nafar. Si vraiment le Grand Théâtre Genève veut défendre le dialogue et la paix par la culture et la liberté d'expression, pourquoi ne s'engage-t-il pas à aller jouer aussi à Ramallah, ou ne fait-il venir une troupe palestinienne à Genève? Les interdictions de sortie des artistes du territoire palestinien empêchent ces derniers de s'exprimer sur la scène internationale d'une manière récurrente et avec une brutalité implacable ? [7],[8]  Un commentaire là-dessus de la part du Grand Théâtre Genève serait bienvenu.

Tant que le Ballet du Grand Théâtre de Genève -situé de manière temporaire sur la place des Nations, quel symbole !-  n'aura pas répondu à ces questions et proposé en marge de ses spectacles une action, un discours, qui permettent d'honorer la conception de la culture qu'il prétend défendre ainsi que le rayonnement de Genève, nous oserons lui proposer de rester à la maison plutôt que d'aller avec cynisme danser pour d'autres sur un petit air d'apartheid.

Parce qu'un rayonnement qui vise, avec l'aide d'argent public, à faire le jeu d'états ne respectant pas la liberté d'expression, les résolutions de l'ONU et les droits de l'homme, nous n'en voulons pas. Je pense pour ma part que cela dessert Genève sur la scène internationale.

Il y va d'un certain respect de la neutralité suisse, mais aussi d'éviter que les peuples arabes, pour qui le mot Genève évoque d'abord les Conventions de Genève, le CICR et la neutralité, n'en viennent à croire, à cause des tournées hasardeuses du ballet du Grand Théâtre, que celles-ci sont aussi flexibles et serviles que les torsions de jambes des danseurs et danseuses du ballet du Grand Théâtre de Genève. 


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[1]http://www.haaretz.com/israel-news/1.747782

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich

[3]http://www.theatlantic.com/international/archive/2016/10/...

[4]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[5]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[6]http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

[7]http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-artistes-d...

[8]http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/07/18/khaled-j...

 

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15:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grand théâtre, genève, israël, palestine, apartheid, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/10/2016

Croyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous

_DSC0225.jpgCroyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous. La phrase m’est venue en tête lorsque la revue Choisir[1] m'a proposé d’écrire un petit texte sur l’articulation entre le politique et le religieux. Mais comment avancer sur ce terrain délicat? Les débats brûlants et mal-menés autour du thème de la laïcité, de l’islamophobie rampante ; les traumatismes envers un christianisme dévoyé, un temps religion d’Etat dans l’oubli de ses racines ; l’horreur du terrorisme, le visage répugnant de certains mouvements se réclamant d’un islam politique, laissent en effet très peu d’espace pour un dialogue fécond concernant la place de la religion en politique et l’emplacement du politique en religion.

Pire, ces débats, reliquats, ont acculé la religion dans une représentation désuète ou destructrice.

Mon royaume n’est pas de ce monde  

« Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jean 18, 36). Faut-il que les croyants s’inspirent de cette phrase pour rendre les armes et abandonner ce monde à ses tracas, ses nécessaires conflictualités, et affirmer que la foi et le désir de spiritualité n’ont rien à voir avec l'engagement dans le monde ?

Si le royaume promis n’est pas de ce monde, pourquoi le croyant se salirait les mains, ou la soutane, ici-bas? Lutter contre les injustices ne serait pas une aspiration essentielle. La foi serait alors une petite histoire personnelle et intime, une abstention prudente, un recueillement ayant pour objectif la perfection de soi, avec à peine une condamnation chaste et molle des injustices par-ci par-là, et basta.

Arrivé à ce renoncement, pousser jusqu’à en faire une marque honteuse retirée de l’espace public, ou une trace triste longeant les murs, ne demanderait qu’un pas. Que resterait-il alors, dans cette posture, de la radicalité des évangiles et de la démesure du message de foi, appelant à lutter contre les injustices sociales (parce que ce que vous faites au plus petit vous le faites à lui-même, Mathieu 25:40); et en un mot se dépasser soi-même en allant vers l'autre plutôt que se centrer sur soi en le niant. 

 

_DSC8607.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Esprit es-tu là ?

Tout l’exemple chrétien invite à approfondir l’amour de Dieu. Pas à le claironner (Mais toi, quand tu fais ton aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite. Mathieu 6:3), ni à éviter honteusement de l’affirmer par des actes et des engagements. Au nom de quoi, ou plutôt en vertu de quelles trahisons, le croyant abandonnerait-il le terrain aux violents et aux corrompus, aux pouvoirs politiques quels qu’ils soient, pour laisser en friche et sans relais la parole libératrice du Christ, de Moïse, de Mahomet et des prophètes ? Inspiration vivace à lutter contre toutes les formes d’oppressions.

Certains ont affirmé que le Christ était le premier des révolutionnaires. Les théologies de la libération ont allié marxisme et foi pour lutter contre les pires dictatures, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), les jeunes chrétiens combattants (JCC) et les mouvements de résistances aux totalitarismes ont combattu sur le terrain politique. Dietrich Bonhoeffer, Simone Weil, Edith Stein, martyrs de la résistance.

Eh quoi, il existerait des chrétien-ne-s pour accepter l’injustice du monde tel qu’il est ? Des chrétien-ne-s qui, en toute conscience, détourneraient la tête devant les violations du droit, les abus et les violences, la destruction planifiée, organisée de l’humain et de  l’écosystème, sans s’engager? Et ils prétendraient être en accord avec la parole de celui dont ils revendiquent le nom ?

 

Séparer le pouvoir de l’Etat… du pouvoir de l'abus

Simone Weil, dans Formes de l’amour implicite de Dieu a cette phrase extrêmement forte : « Tant qu’il y aura du malheur dans la vie sociale, tant que l’aumône légale ou privée et le châtiment seront inévitables, la séparation entre les institutions civiles et la vie religieuse sera un crime. L’idée laïque prise en elle-même est toute à fait fausse. »[2]

Idée agrandie qu'à de la religion Simone la mystique. Dans une société où le pouvoir de l’argent domine, où les inégalités sociales s’accroissent, où la laideur et la vulgarité, tentation de salir et rabaisser accroissent leur emprise, où la discrimination envers les plus précaires est récurrente,  se défier des croyant-e-s et tenir des discours sur la religion datant d’il y a 3 siècles est étonnant et ne semble pas être la première des urgences sociales.

La prétendue neutralité confessionnelle de l’Etat serait de fait un mariage de l’Etat et du néolibéralisme, et parfois avec les ressources les plus crapuleuses du management conduisant à la gestion de l’humain comme une boîte de conserve. L'idolâtrie a décidément de nombreux visages. Ce n’est pas du religieux que vient la plus grande menace pour la société. Le religieux semble plutôt un commode épouvantail pour faire diversion. L'essentiel du combat revient avant tout à séparer le pouvoir de l’Etat du… pouvoir de l'abus;  pas de la croyance ou de l’engouement pour la justice sociale.

Aujourd’hui, la laïcité tient un rôle de cache-sexe étriqué, qui dissimule les pires boursouflures de la compétition, du cynisme et de la reproduction des inégalités ; l’appétence des chiffres, des cadres économiques et des abus de ceux-ci.

L’homme serait réduit à être un dominant ou un dominé, un producteur ou un déchet, sans égard pour sa vie intérieure et sensible ? L’humain deviendrait une matière aussi insignifiante que du sable ou de la cendre, avec la bénédiction toute laïque des fossoyeurs au pouvoir ? Qui pourrait assister à cela sans réagir et s’engager ?

 

_DSC4078.jpgLe politique ne survivra pas sans l’esprit

Hindou, musulman, juïf, chrétien, baha’i,  peu importe. Peu importe qu'ils portent le voile ou non, consomment du porc, du pain sans levain ou pas, plutôt le soir ou le matin, le vendredi ou le dimanche. La seule chose qui compte, c’est si de savoir qui rejoint la règle d’or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ou : fais à autrui ce que tu voudrais que l'on te fasse, et refuser à tout pouvoir, quel qu’il soit, d’user de la violence et de la force pour s’imposer au détriment de la justice sociale.

Croyant-e-s de toutes les croyances, unissez-vous : contre la ségrégation, la domination, la réduction de l’humain à un rouage inerte d’une machine de production, à la négation de sa part spirituelle, unique, miraculeuse : vitale affirmation du souffle, de l'inspiration. A la mort de l'esprit.

 

Je crois donc je lutte

Le croyant dira : je crois, je prie. Je prie, donc je lutte.

Croire, c’est être invité-e dans ce monde, et invité à le changer.

C’est nécessairement avoir une dimension engagée, politique, tout en reconnaissant que l'humain n'a pas le dernier mot sur l'histoire.

Le croyant ne se résigne pas à faire de la religion un petit carré spiritualiste ayant pour vocation de commenter des états d’âme. Les barricades, les arènes politiques et l’espace public sont des lieux d’expression comme d’autres, où refuser tous les abus de droit, qu’ils soient économiques, institutionnels, langagiers ou administratifs.

Tout espace, social, politique, doit être investi, sans aucune retenue ou timidité.  

Car si son royaume n’est pas de ce monde, à tout le moins, des humains vivent ici-bas. 

Et la justice sociale réclame des actes, des engagements... pas seulement des prières.

 

 

PHOTOS ERIC ROSET

www.eric-roset.ch

 

[1] https://www.choisir.ch

[2] in Attentes de Dieu, La Colombe, éditions du Vieux colombier 1950, repris in Simone Weil, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2003, p.730.

 

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28/09/2016

Loin des yeux, loin des heurts ?

J'ai laissé confiant mon vélo à l'arrière-cour d'un bâtiment public. Quand, à 22h, je suis allé le récupérer, la porte du grillage était fermée. J'ai fait tranquille le tour du bâtiment pour le récupérer. Malheur, de l'autre côté aussi : porte verrouillée. Vélo: kidnappé. Rien de dramatique. Rien à faire non plus. L'espace public, ouvert il y avait quelques heures à peine, s'était transformé en petite geôle, sans préavis ou signe avant coureur de privatisation sauvage. 

Cela m'a conduit à réfléchir à ceux qui veulent, en Ville, fermer, par exemple, tous les préaux, les boucler parce que certains y font la fête la nuit. Aujourd'hui, dix préaux sont fermés à la tombée du jour (Necker, Saint-Gervais, Ferdinand-Hodler, Eaux-Vives, Montchoisy, Vollandes, Sécheron, Chateaubriand, La Roseraie et Mail). Alors, ce serait une solution ? Fermer les uns après les autres tous les préaux, en commençant par celui qui est en bas de chez soi, avec pour seul résultat de repousser les problèmes plus loin, chez d'autres, selon le même principe: loin des yeux, loin des heurts.

 

Fermons fermons, le problème ira ailleurs

Après les préaux, réclamer la fermeture des parcs, des terrains de jeux, car il y aura toujours trop d'espaces ouverts dans l'espace public ? Car enfin, ceux qui y passent une partie de la nuit, discutent sur un banc, dérangent. Ils laisseront quelques détritus au sol (à quelques mètres d'une poubelle, ou quelques longueurs. de pas : infâmes provocateurs ou corniauds, ils l'auront évidemment fait exprès, les mal éduqués).

Même si ceux qui salissent, souvent, ne sont pas forcément ceux qui crient le plus fort, il est aisé d'incriminer sans distinction "les pauvres ou les jeunes", c'est selon. Bien entendu, quoi qu'il en soit, la police demandera au matin aux précaires de dégager. Sinon, on verrait combien ils sont à dormir dans les parcs. Mais cela non, on ne veut pas le voir ni savoir... pas en bas de chez soi en tout cas... plus loin ce n'est pas si grave, on peut faire comme si cela n'existait pas. Tant qu'ils demeurent invisible et inaudibles ils peuvent même s'entasser sous les ponts.

Mais qu'ils gardent un matelas et voilà que la police le jette à la benne. Vous ne pouvez pas privatiser l'espace public, leur lancera le magistrat de la sécurité, se permettant lui, au passage, de jeter leurs affaires privées, sac en papier et parfois médicaments aux ordures. Vous ne pouvez privatiser l'espace public... toutefois, je peux vous en exclure : et quand, indésirables, vous serez dans les recoins des bois, des parcs, vous en faire sortir, si je le désire.   

 

Petite histoire de réduction des libertés

On commence donc par les digicodes, on condamne ensuite les cours intérieures, les caves d'immeuble. Et puis, on étend ensuite le système aux préaux. On continue avec les arrières cours des bâtiments publics, tous les espaces vides, on poursuit avec les transports publics, où ceux qui ne peuvent payer de tickets sont amendés, et ensuite enfermés. La liberté de déplacement, qui est pourtant un droit fondamental, est entravée. Cela, pour quels résultats?

Repousser, chasser, déplacer, fermer à tout va, camériser à tous crins, et au final ne jamais résoudre la question centrale : comment créer des lieux adaptés et accessibles pour ceux qui veulent se réunir ou se déplacer mais ont peu ou pas de moyens. Cette question est escamotée.

On préfère déplacer ce que l'on ne veut pas voir en bas de chez soi, repoussant ainsi toujours plus loin, ailleurs, des problématiques que l'on s'ingéniera à ne pas régler, dans une ville où l'espace public se modifie pour devenir un espace pour certains publics, à certaines heures seulement.

 

Les indésirables

Que certains espaces soient publics à temps variables pose quand même question. Et même temporairement ouverts, certaines catégories de la population n'y sont jamais bienvenus. L'espace public n'est plus à tout le monde. Il est fait pour circuler ou commercer avant tout, pas pour être ou y rester (sauf quand on ferme les quais et qu'il est de si bon ton d'y mettre des tables pour mieux apprécier que le reste de l'année on y tousse et que les bagnoles l'ont annexés). Autrement dit, l'espace peut être rendu au public de manière précaire et réversible un jour par an à tout un chacun, mais le reste de l'année, il est privatisable et réservé à l'usage de ceux qui n'y laisseront ni marque ni trace hormis gaz d'échappements).

Loin des yeux, loin des heurts. Je m'en foutais de mon vélo confisqué. Ce dernier m'avait juste fait penser aux hommes et aux femmes qui finissent à Champ-Dollon pour amendes de TPG impayées ou parce que la police les incrimine d'avoir mendié, quand bien même ils étaient juste assis sur un banc.

Car si les vélos, eux, sont libérés au matin, dans ce beau Canton de Genève, on boucle les précaires pour amendes impayées et pour plus longtemps qu'une nuit.

 

 

 

 

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05/09/2016

Burqa de chair

images.jpgEn 2011 paraît le livre posthume de Nelly Arcan (née Isabelle Fortier) Burqa de chair. L’auteure s’est pendue peu de temps avant la sortie de celui-ci. L’auteure québecoise de : Putain (2001), Folle (2004), A ciel ouvert (2007), Paradis clef en main (2009) (posthume lui aussi), en finit avec la vie à trente-quatre ans dans son appartement montréalais (septembre 2009), après plusieurs tentatives qu’elle raconte sans fard (Nelly avait chuté de sa pendaison, était tombée en bas de l’élastique, qui n’avait pas supporté le poids de son corps et se secouait comme un damné). En 2011, Nelly ne se loupe pas et met un point final à une existence intense et douloureuse.[1]  

Burqa de chair est préfacé par Nancy Houston. Elle met en exergue la dimension philosophique d'Arcan, son talent d'écrivaine, et, dans l’accueil de la souffrance, une grandeur qui touche à la mystique. L'écriture percutante d'Arcan dénonce le traitement imposé à son corps et  parle « des images comme des cages, dans un monde où des femmes, de plus en plus nues, de plus en plus photographiées, qui se recouvraient de mensonges, devaient se donner des moyens de plus en plus fantastiques de temps et d’argent, des moyens de douleurs, moyens techniques, médicaux, pour se masquer, substituer à leur corps un uniforme voulu infaillible, imperméable ».

La Burqa de chaire occidentale

Ce qu'écrit Arcan : les femmes occidentales se recouvrent d’une burqa de chair. Acharnement esthétique, opérations, hantise du vieillissement. Sa voix féministe dénonce l’emprise de la domination masculine sur les corps des femmes et la comédie sociale, qui exige à chacun-e de tenir son rôle, se voiler la face, se modeler les seins, pour parvenir à continuer à aller de l'avant sans perdre pieds.Elle l’a vécu, à fond, dans son rapport aux hommes, au sexe, aux medias.

Arcan fait retour sur son enfance, « c’était le bon temps de la beauté non faite de canons, la beauté non imprégnée du sexe des hommes, celui de la facétie, de l’autodérision où l’on se trouve à son aise devant les traits de son visage qui deviendront un jour ingrats ; c’était le temps où ça fait plaisir de s’enlaidir, pour rire ; c’était le temps d’avant la dramatisation du visage où tout est à remodeler, le temps d’avant le temps de l’aimantation, du plus grand sérieux de la capture des hommes. »

Car la vérité de la rencontre avec sa personne, hors canons, hors étalons de beauté, est périlleuse, et l'affirmation de soi risquée, voire mortelle.

Arcan face au pouvoir masculin

Nostalgie du monde de l’enfance, visitation de son rapport à ses parents et irruption de la sexualité, Arcan fait l'inventaire des problèmes de poids, de l’anorexie, de la peau trop graisseuse, puis du désir. Elle revient sur l’humiliation subie lors d’un talk-show en 2007. Putain, autofiction, s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, a été nominé pour les prix Médicis et Fémina, elle est quelqu'un, une écrivaine à succès... mais non, elle n'est personne. Devant 2 millions de spectateurs, dans sa belle robe décolletée, elle encaisse les railleries de l'animateur qui la rabroue et l'accule au rang de prostituée. L'homme exerce à plein sa domination masculine, la connerie du dévoilement télévisuel. Elle écrira plus tard : « La haine contenue dans ces questions lui entama le visage, qui s’ouvrit comme un livre où son âme s’était donnée à lire, péché télévisuel entre tous. Etre lue en dehors du jeu, en dehors du théâtre, en dehors du cinéma, revient à être humiliée, à laisser échapper de soi les articulations de la décontenance derrière l’opacité, l’aristocratie du masque social. Elle perdit la face tandis que son décolleté remontait à la surface. »

Nelly Arcan avait raison. Il n'y a pas besoin de tissus pour être sous burqas. Les corsets sont bien serrés, qu'ils soient visibles ou invisible. Et il semble bien "pratique" de désigner les burqas des autres pour passer les siennes sous silences ; de céder à l'hypocrisie, au harcèlement de rue, aux inégalités salariales, aux violences conjugales, à la violence institutionnelle la place que l'on dénie à un bout de tissu censé incarner à lui tout seul l'entier d'une domination.   

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Pour Noël : une nouvelle paire de seins ou un menton qui déchire ?

Durant la période des Fêtes de noël, les chirurgiens plastiques opèrent trois fois plus que le reste de l'année. "Désormais, la chirurgie plastique concurrence le sac Gucci ou les chaussures Manolo sous le sapin. Les redressements de poitrine, les abdominoplasties, les liftings et les lipposucions sont ainsi particulièrement prisées.[2] Alors quoi, le fait de déposer un voile sur sa tête serait le fait de la domination masculine... tandis que celui de se refaire les seins, le nez et les fesses, de se mettre des blocs de silicone dans le corps, celle d'une émancipation joyeuse?

Si nous décidions, ici et maintenant, de faire la chasse aux voiles, ne faudrait-il pas les soulever tous, et identifier ce qui les relie entre eux, plutôt que de faire croire que c'est sous le petit bout de tissu et nulle part ailleurs que se cache la violence et la domination?

 

 

En finir avec tous les pouvoirs masculins dominants

Quand est-ce que, homme, femmes, gros, petites, poilues, pourront s’habiller ou se déshabiller comme ils et elles l’entendent, se voiler ou ne pas se voiler comme elles le désirent, non pas selon des critères politiques, industriels et financiers, tordus d’une majorité masculine visant à asseoir plus fortement domination et profit ?

Arcan avait raison : la burqa de chair est liée à l’impossible défi d’être soi-même dans un monde d'apparence. 

Nous devons en finir avec les pouvoirs masculins dominants.

Ni burqa de chair ni burqa de tissu ou burqa de pensée, mais liberté d’être! 

Alors tous les voiles tomberont d'eux-mêmes... et chacun-e sera libre de porter ou non le sien: de silicone, de flanelle, comme il l'entend et l'a décidé.

 

[1] www.nellyarcan.com

[2] http://www.24heures.ch/suisse/Pour-Noel-les-Alemaniques-s...

 

 

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11/08/2016

La peur est mauvaise conseillère

 

La peur est mauvaise conseillère. Elle provoque des réactions excessives et coûteuses. Voilà des blocs de béton sur la route. Eh quoi ? Si un hélico vient à foncer du ciel sur des gens en Allemagne, on vivra sous filet ou sous verre, histoire de protéger nos vies ? Jusqu'où faudra-t-il aller dans la réaction, avec des mesures de police et de contrôle toujours plus démonstratives?

 

Les terrorisants sont en train de gagner la bataille des esprits, et d'obliger, avec des moyens rudimentaires, certains de nos dirigeants à faire de la surenchère médiatique, au détriment de nos libertés, et à mettre en péril ce qui fonde nos démocraties: le droit et la justice, au profit d'opérations de communication ou de soin de l'audimat.  

 

Vous voulez prévenir des attentats? Faites advenir la justice sociale

Chaque précieuse vie mérite complète sécurité et attention.

Quelle justice alors pour les 4’000 migrants ayant perdu la leur lorsque les rafiots dans lesquels ils ont pris place ont coulé dans la Méditerranée? Cela sans que grand monde, réellement s’en soucie, ou alors philosophiquement, charitablement, virtuellement, voire, à l’inverse, en regardant d’autant plus de travers ceux qui y ont survécu, durcissant l’asile, avec des foyers toujours également sous-dotés et des politiques discriminatoires plus sévères.

Comment ne pas citer l'exemple de ce camp au sud du Tessin, où se trouvent actuellement des personnes s'étant vues dénier le droit de déposer l'asile en Suisse, étant refoulées en toute illégalité avec confiscation de leurs papiers à la clé, alors que leur famille se trouvait dans la Confédération ou qu'ils souhaitaient traverser notre pays pour en rejoindre un autre.[1] Ne pensez-vous pas que l'on fabrique là des bombes sociales ? Qui en sont les artificiers ?

Il serait bon d’avoir une vision plus large de « la sécurité » que celle consistant à placer en dernier recours des blocs de béton sur la route en laissant entendre que toujours plus de contrôle sera une solution. Cela nous mène à une surenchère qui mène à l'impasse.

 

Nous voilà placés dans une sale alternative

D’un côté ceux qui font commerce de terroriser, et de l’autre… ceux qui font presse de sécuriser, et pour qui le risque zéro tend vers la paranoïa maximale, empilant des mesures démonstratives afin de montrer que... des mesures sont prises. Sauf que ces mesures, visant avant tout à faire toujours plus de la même chose, nourrissent avant tout la peur.

Crever de trouille mais ne pas perdre la face, est-ce vraiment ce que l'on peut attendre de mieux de la part de nos dirigeants?

Quelles sont leurs perspectives à disons, ne serait-ce que deux ans, plutôt que ressasser l'immédiateté et être toujours dans la réaction (avec sempiternellement un temps de retard) ?

   

Pourquoi emprunter le même chemin que la France ?

S’inspirer de la logique sécuritaire française est la meilleure manière d’importer pareillement le mal qu’elle combat d'une main et nourrit de l'autre.

Vous croyez aux attaques irrationnelles, contre tous et sans but, comme dans les dents de la mer ? Serions-nous de ceux qui renonceront à toute baignade en mer, sous prétexte qu'un monstre y est tapi?

Triste réalité, c'est un mélanome du fait d'une exposition prolongée au soleil qui vous emportera... ou l'hélice d'un hors-bord.

La peur est mauvaise conseillère.  

 

Donner toujours plus de champ à la peur ? 

Même les voitures de police qui tournent dans les quartiers 24h/24, en redemander encore ? Doubler, tripler les surfaces de Champ-Dollon, priver de promenade ceux qui y vivent, et de libération conditionnelle ceux qui le peuvent : serrer la vis encore d’un bon cran? Pour sûr, quand les encagés passeront les grilles, ce sera beau  voir… à défaut de lutter contre un mal, cela le renforcera surtout.

 

Méthode Maudet: de la comm' avant toute chose, des fusibles à faire sauter au cas où, et après lui le déluge... 

 

Et surtout : moins de moyens pour les primo-arrivant, pour la médecine et la psychiatrie, plus de cadences infernales, et forçons sur les rivalités et les angoisses en accentuant les inégalités sociales et faisant toujours porter aux plus précaires le poids de la menace.

Discriminer l’engagement de personnel ayant un casier judiciaire à l’aéroport est immonde ; s’en moquer parallèlement aux TPG illustre à quel point le Conseil d'Etat est désuni en terme de politique sécuritaire ; et, en parlant des TPG, cogner sur des frontaliers sans préciser que si leur taux d'absentéisme et important c'est bien parce que la pénibilité de leur travail l'est d'autant, est de la désinformation pure et simple[2].

La logique de la peur conduit à l'irrationnel. L'irrationnel à la violence et à l'injustice.    

 

Le rôle anxiogène de la presse 

Il n’y a pas un terroriste derrière la barbe de chaque jeune ou chaque hipster en quête de révolte ou d’identité. La journaliste Lugon[3] cherchant frénétiquement le scoop en stigmatisant des quartiers entiers parce qu’un jeune est parti Dieu sait où ressemble en tous points à cette femme qui a fait une fausse alerte à la bombe à l'aéroport pour retenir son mari[4] … sauf qu’elle l'a fait pour son rédacteur en chef et son audimat... et n’a pas été condamnée à faire de la taule.  

Ce qui nous menace le plus sûrement, c’est la terreur dans les têtes, et le fait que ceux qui font métier ou sont désignés pour lutter contre l’alimentent.  

Ou encore, ce genre "d'infos"[5]: "90% des requérants recourent à l'aide sociale", ou la presse balance encore des données brutes, sans les expliquer, sans illustrer en quoi cela s'explique par le niveaux de précarité des nouveaux arrivants, ni combien de temps ils le sont avant justement de pouvoir prendre une autre place dans la société. On prend des données brutes et on les jette, alimentant par là la violence et la confusion, sur des lignes de rupture. 

 

A force de crier au loup, ça finira par mordre

Vous en voulez encore des pyromanes? Et voilà un article supplémentaire de Sophie Rosselli journaliste de la TDG, qui en devient carrément indécente dans sa promotion continuelle du couple flic-terroriste, et dans son inlassable capacité à broder l'ouvrage hystérique sur le chablon des informations prises en ligne directe chez Maudet, parce que : c’est ça désormais que les gens veulent entendre… (ah oui, on a vu lors du drame de Nice ce que la presse sort de plus beau quand elle est soumise à l’émotion galopante et court à l’effroi séance tenante, ou alors, quand elle pompe ses information au pouvoir policier).

L’hystérisme social est avancé. Mangez et tremblez-en tous. Je ne serai pour ma part pas étonné quand certains décideront, soudainement, d'y planter les crocs. Cette hystérie contribue à renforcer la menace qu'elle prétend dénoncer. Vous voulez prévenir la violence? Faisons plutôt advenir la justice sociale. Et vite.

Si l’on demeure pragmatique et réaliste, avant, bien avant que le menace islamiste ne s’approche et ne saisisse votre vie, pour sûr, le risque de mourir, à choix :

de connerie

de diabète

d’obésité

d’une classique compression de l’aorte

de particules fines avalées tous les jours à haute dose

d’accident de voiture

d’anévrisme

d'enfumage journalistique aggravée

de l’explosion de Mühleberg

d’un crime passionnel

d’une glissade dans l’escalier

aura eu raison de vous.

 

 

Faut-il donc mettre un policier derrière chacun pour sécuriser ?  

La peur est mauvaise conseillère.

 

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2016/08/05/un-camp-migrants...

[2]https://www.letemps.ch/suisse/2016/07/21/aux-tpg-frontali...

[3] https://www.letemps.ch/suisse/2015/10/02/piste-islam-radi...

[4]http://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Prison-ferme-pour-u...

[5]http://www.tdg.ch/suisse/90-requerants-recourent-aide-soc...

 

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29/07/2016

Où va le feu ?

 

Pourquoi a-t-on tant de noms pour nommer les vents

et si peu pour les feux ?

 

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Que désire le feu du bois

Qu'a compris l'eau du feu?

 

  

Dans ces têtes un feu de savane.

Qui prends-tu pour exemple ?

 

 

 

Le sourcier cherche sa baguette

Un verre d'eau est déposé sur la forêt brûlée

Discours larmoyant paroles cassantes  

Le Canadair s'attarde sur les grillades du dimanche

Les caméras sont enfumées.

 

L'encre n'est pas encore sèche 

Ils en remettent pourtant une couche

Avant l'heure de tombée

Que disent les corps sans tête ?

(Be/headed, dans sa double acception: être décapité / être dirigé).

 

Chassez le Pokémon

il revient au galop.

 

Où va le feu qui vient

Et la flamme quand le feu est parti? 

 

La femme mijote dans sa rage

brûle son pot-au-feu 

6 mois au frais

qui menace la forêt? 

 

Un tel texte !

une forêt coupée pour 500 signes

espace compris.

 

Pourquoi les allumettes sont dans la poche 

faites de souffre et de bois pareillement

et allument indistinctement

la cuisinière pour manger et le feu cuisant ?

 

Qui se nourrit d'une seule main

de mie de feu et d'étincelles ? 

 

Pour le feu sauvage sur ta lèvre

le fruit frais d'un baiser

dit le Christ.

 

Dans la cendre ou le doré du pain 

avec l'âcre écoeurement le dégoût 

la pulsion du reviens-y 

...

c'est là je crois que le feu va.

 

 

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27/07/2016

D'où est parti le feu ?

 

D'où est parti le feu?

Quelle pente a-t-il remonté, quel fossé sauté, quelles brindilles l'ont fait pétiller, quel combustible a-t-il trouvé en chemin?

 

D'où est parti le feu?

De l'envie de se réchauffer ou de consumer.

De l'inconscience, de l'ignorance, du désir de nuire ou de la pure folie pyromane?

 

D'où vient la pure folie pyromane ?

Du bois dont elle se chauffe.

 

D'où vient ce bois ?

De feu le désir. 

 

Qui a lancé la cigarette, renversé le bidon, frotté sur les jantes, délaissé les papiers, basculé les poubelles, retourné la brouette, brusqué les cendres, soufflé sur les rubis, omis d'agir après le barbecue, s'est endormi.

Qui a juste pissé à côté, et n'a rien fait ?

 

Tout ce qui est rouge ne brûle pas.

Le coeur de la pastèque, le sirop de grenadine, les sorbets de framboises, sont ignifuges.

Mais l'engrais, l'ammoniaque, et le carbone sont explosifs.

 

Qui s'est moqué des pins et des mélèzes pour construire la route, établir sa villa, la piscine chlorée.

Qui a pompé la source, a fait craquer l'écorce, autorisé le trajet du trax ?

Qui s'est moqué de la forêt, a mis du bitume sur la mousse, de la résine sur ses tartines ?

Qui a dit: je ne tomberai pas dans le panneau, nos grands-pères sont morts, vive le pétrole, le nucléaire et le microprocesseur ?

 

Les abeilles ne pollinisent plus rien

La sécheresse est un signe

Qui se soucie des fourmis?

 

Un incendie est maîtrisé, un autre se prépare.

D'ailleurs ou du dedans.

 

Qu'est-ce qui épuise le feu. Qu'est-ce qui le nourrit. Qu'est-ce qui l'éblouit ?

Une brise. Un souffle. Tes lunettes.

Le trajet d'un orage. Un chien policier. Le silence profond.

 

Qui nettoiera la place, arrosera sous les arbres, nourrira les jeunes pousses?

Qui désherbera, donnera sépulture aux vieux cèdres, éclaircira la clairière, donnera un nom au ruisseau ?

 

Les oiseaux perdent des graines en vol

Les sangliers s'enivrent de nuit

Au printemps les vieux nids se rafistolent

Les racines tordues sont aussi des terriers

Le feu : fruit du travail des hommes

 

Toujours plus de pompiers.

Trop peu de gens pour prendre soin de la forêt.

 

 

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21/07/2016

Chrétienne, hermaphrodite, travailleuse du sexe

index.jpgCroyante et catholique pratiquante mais distante de tous dogmes romains, hermaphrodite et travailleuse du sexe, Claudette Plumey, bouleverse les catégories et touche par sa capacité à forte à assumer qui elle est. Dans La trace, dits et récits d'une hermaphrodite, elle se raconte. Retour sur sa naissance d'abord. Claudette est née au Maroc, à Meknès, avec deux sexes, à une époque et en un lieu où il ne se pratiquait heureusement pas d'opération forcée et de traitements hormonaux sur les enfants nés avec des organes sexuels indéterminés.

Marquées par les souvenirs des bombardements des forces alliées en 1942, la petite Claudette grandit alors dans une ambivalence de genre et avec des expériences sexuelles marquantes. "J'ai commencé à avoir mes premiers orgasmes avec une petite fille qui devait avoir douze ans. Elle s'appelait Mireille et je l'ai toujours dans mon coeur, car c'est avec elle que j'ai ressenti mes premiers émois." 

Vers douze ans, doutes sur son identité: suis-je une fille ou un garçon ? La réponse de sa mère est claire : "tu peux être fille, tu peux être garçon, c'est toi qui choisiras en grandissant". Et l'étonnement. Là où tous sont de l'un ou l'autre sexe, elle est des deux et préserve sa capacité de passer de l'un à l'autre. Le mot jonglage revient sans cesse au cours de ce livre qui mêle souvenirs et temporalités et dont le désir de se montrer dans une vérité nue est touchant. 

 

Jongler et lutter

Et en effet, Claudette depuis toute petite jongle, entre les genres et les amours. Son magnétisme l'a, à ses yeux, destinée aux jeux de l'amour, du désir et de la séduction. Elle découvre tôt les richesses sexuelles de son corps. Liée par amour à une femme, avec un désir de se prouver à elle même qu'elle est bien une femme et peut travailler dans un bordel - car il n'y a pas d'hommes qui y travaillent-  Elle fait le pas à Tanger, et commence, à 15 ans, à travailler au Sphinx, entre maison de passe select et maison d'abattage où "c'était cinq à dix clients toutes les heures. J'en ai eu jusqu'à cent cinquante en un jour. Ils se tenaient en file indienne d'une centaine de mètres devant la maison, dans le couloir, les escaliers, des Marocains, des Africains, des ouvriers."

Claudette raconte sa vie, dans la trace, sans rien cacher, glorifier ou justifier, quitte à choquer, à faire faire des hauts le coeur aux moralistes, aux prétendues féministes en assumant pleinement qui elle est, ce qu'elle a fait et désire, et les luttes qui continuent à la faire avancer. Aujourd'hui, près d'un enfant sur 2000 naît hermaphrodite.[1] Les mentalités ont-elles vraiment évoluées?

Les hauts les bas d'une existence engagée

Elle raconte d'un même mouvement les passes contre des liasses de dollars d'un pays inconnu, les chambres d'hôtel à 6 euros, la médiatisation extrême ou l'anonymat, les réceptions chez les ambassadeurs et son séjour en prison conséquence de sa lutte pour la création du canton du Jura. Elle accueille les récompenses reçues, les coups durs, et toujours les amours, qu'ils soient d'une nuit, d'une semaine ou d'une vie, traits marquants d'une existence menée tambour battant.

Le travail et le sport -Claudette pratique le vélo de compétition-  sont de formidables moteur de vie. Claudette rédige, dans La trace, une sorte de testament, où elle annonce, malgré les 4 cancers contre lesquels elle lutte, ses 5 opérations, un défi supplémentaire : "je vais avoir quatre-vingt ans et je vais m'attaquer au record mondial cycliste de l'heure sur piste dans la catégorie des quatre-vingts à quatre-vingt-quatre ans".

Claudette prépare un reportage sur ce record cycliste avec la participation de sa cancérologue et l'autorisation de l'hôpital d'Annecy afin de redonner espoir aux cancéreux afin de montrer que l'on peut sortir de cette maladie avec beaucoup de courage et de positivité. Elle pense que ce sera son dernier combat...  Ce projet sera monté avec Malika Gaudin-Delrieu, avec qui Claudette avait déjà travaillé sur une touchante série de portraits photos : la vie en rose. [2]

 

Présidente de l'associations ProCoRe (Prostitution Collectif de Réflexion), membre du comité d'Aspasie, présidente de l'ADTS (Association de Défense des Travailleuse du Sexe) : Claudette est une militante engagée depuis de nombreuses années dans la défense des droits humains. Elle lutte pour la reconnaissance du travail du sexe en tant que profession et continue de militer pour que, malgré des papiers qui disent "monsieur", elle puisse continuer de dire: "oui, je suis madame", sans honte, sans peur, et avec fierté. Sa vie est un exemple d'autodétermination et d'affirmation de soi.

 

Le film de Sylvie Cachin : Claudette[3] lui a rendu hommage en 2008. Il est à revoir absolument.

Le livre La trace[4] vient donner un éclairage supplémentaire aux diverses facettes de cette femme fascinante, qui invite à repenser genre, amour et sexualité, et comment ils s'articulent singulièrement pour chaque personne.

Claudette interviendra le 29 septembre prochain en marge du spectacle KKG King Kong Girl, création théâtrale sur la notion d’identité de genre et son ambivalence. [5]

 

[1] http://www.swissinfo.ch/fre/le-combat-des-hermaphrodites-...

[2]  http://www.featureshoot.com/2014/03/malika-gaudin-delrieu...

[3]Claudette, documentaire de Sylvie Cachin, documentaire, 65 mn, 2008, Lunafilm, Suisse.

[4]La trace, dites et récits d'une hermaphrodite, travailleuse du sexe, Claudette Plumey, Christine Delory-Momberger, Téraèdre éditions, Paris, 2016.

[5]https://edu.ge.ch/site/ecoleetculture/activite/kkg-king-k...

 

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30/06/2016

Est-il encore autorisé d'autoriser?

Le signe d'impuissance d'une autorité, c'est d'interdire sans régler les comportements et se barricader derrière la sanction sans réussir à régler les enjeux du vivre ensemble. Interdire et punir, solution de facilité, peu efficace, coûteuse et qui fonctionne mal, déresponsabilise les citoyen-ne-s plutôt que de les impliquer dans un rapport positif au vivre ensemble.

Deux décisions récentes, prises en Ville de Genève par le responsable de la gestion de l'espace public, le magistrat Guillaume Barazzone, ont fait beaucoup réagir. L'interdiction, pour les vélos, de circuler dans les parcs, ainsi que l'interdiction pour les citoyen-ne-s d'y griller leurs saucisses[2]. Malheur total à ceux qui roulent en vélo avec des saucisses dans leur sac, les pandores pourront doublement sanctionner ces dangereux "cycloterroristes grillophiles"...

Interdire ne résout rien

Ces interdictions ne vont pas dans le bon sens. Elles marquent un durcissement fébrile. Plutôt que d'arbitrer intelligemment les enjeux de gestion de l'espace public, on bannit. Certes, il y a des tensions entre ceux qui veulent rouler en vélo, et ceux qui ne les voient pas venir, entre ceux qui veulent une ville animée, et d'autres qui en craignent les excès, entre ceux qui ont envie de griller un morceau de viande en plein air, et ceux que la fumée incommode (tout en ingérant en silence des tonnes de particules fines renvoyées par les bagnoles); entre ceux qui veulent dormir, et ceux qui veulent faire la fête, etc. C'est la base de l'espace public que d'être un espace disputé, négocié. C'est l'essence de la ville aussi. 

Accentuer, par des interdictions, les tensions, renforcer les fronts les plus durs, est un mauvais calcul. Surtout, c'est méconnaître les genevois, attachés à leur liberté, et à ne pas se laisser intimider par l'Etat. Franchement, faire appel à la police, pour des saucisses et des boyaux? Où va-t-on ? 

 

Vers un clientélisme de la norme et l'arbitraire

Réguler les enjeux du vivre ensemble devrait être résolu par des politiques de dialogue et de prévention, et l'aménagement d'espaces qui conviennent aux nouveaux usages de la ville. Les interdictions créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. Elles ouvrent à une dimension ubuesque et arbitraire.

Le magistrat Barazzone rappelle au matin l'interdiction des vélos dans les parcs, mais au soir, il affirme, par son porte-parole, que : "Il ne s’agira pas de faire la chasse à tous les cyclistes mais à ceux qui roulent à tombeau ouvert et mettent en danger les piétons, surtout avec la multiplication des vélos électriques"[1] 

Mais alors, de deux choses l'une, soit on met des panneaux interdisant l'accès aux parcs aux vélos, soit on les autorise. Mais prétendre faire appliquer une loi d'interdiction tout en rappelant une certaine tolérance ouvre la porte à l'arbitraire. Honnêtement, quel usager de parc, pourra s'y retrouver? Et quel cycliste sait aujourd'hui s'il peut pédaler dans un parc ou non, au vu des déclaration contradictoires de Monsieur Barazzone qui souffle le chaud et le froid, sur les grillades comme dans le dos des cyclistes. 

On quitte là le domaine de l'application de la loi pour entrer dans celui du flou, de l'arbitraire, voire de l'intimidation. Ce n'est plus le rapport et le dialogue entre les gens qui règlent leurs conduites, mais le recours constant à la police qui, avec toute sa subjectivité, des règles mal posées, devra cadrer les conduites.

 

S'en remettre à la police pour tout: un mauvais calcul

Le calcul du magistrat semble être le suivant: faisons peur aux cyclistes, dissuadons-les, menaçons-les, espérant ensuite qu'ils renoncent à circuler. C'est, petite digression, la même politique qui est d'ailleurs suivie vis-à-vis des précaires, qui sont déplacés d'un coin à l'autre de la Ville, intimidés et amendés parfois simplement parce qu'ils proposent à quelqu'un de lui porter son sac de commissions. Ce geste d'entraide étant, pour certains policiers zélés, considéré comme une approche afin de commettre un vol et suffisant pour soustraire les piécettes que la personne a sur elle, l'emmener pour quelques heures au poste sans autre motif valable. L'interdiction de la mendicité pour tous a donné une marge arbitraire pour en persécuter sévèrement quelques uns. 

On ne peut qu'espérer que les genevois ne se laisseront pas intimider par l'arbitraire et continueront d'aller en vélo, se rassembler, manger et respirer librement dans l'espace public, qui appartient à tous, et donc à personne. Et que plutôt que de ne plus rien faire du tout, par crainte de faire quoi que ce soit, ils continuent à affirmer leur liberté, leur volonté de vivre ensemble, dans le respect de l'autre.   

Quant au magistrat Barazzone, plutôt que d'ennuyer les gens avec des directives floues et rigides visant à restreindre l'usage de l'espace public, qu'il s'autorise à autoriser, plutôt que d'interdire à tout va. Pour sûr, notre ville, et l'air que l'on y respire, y gagnera!

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/velos-interdits-p...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/2016/06/28/ville-geneve-dresse-une-barriere-saucisse-entre-deux-rives

 

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19/06/2016

Euroloft 2016 ?

On connaît le conseil des médecins de consommer 5 fruits et légumes par jour, mais que penser du régime de l'eurofoot, 3 matchs après-midi-soirée-nuit, consommables tous les jours et sans possible modération? Leur présence sur tous les écrans, dans les journaux, avec les rappels aux balcons via des drapeaux de toutes les couleurs, et jusqu'aux petits pains d'un supermarché imprimés de losanges mimant le ballon avec un slogan "nouvelle règle du football, il est permis de mordre", tout cela rend ardu le fait de se soustraire à ce régime. Pour cet eurofoot 2016, le nombre de matchs et la durée du tournoi ont été rallongés. C'est encore plus de matchs, de diffusions télévisées, de pubs pour déos, bières et chips! [1]

Le risque d'obésité guette. Qui pourrait possiblement suivre ce régime sans risquer l'embonpoint, à tout le moins la saturation? Même les pelouses des stades ne supportent plus ce rythme effréné, encore moins les supporters, qui finissent par trouver le rythme éprouvant, pour leurs nerfs ou leurs conjoint-e-s[2] ; on déplore 2 morts, arrêt cardiaque et chutes, sans compter les victimes des bastonnades, et pourtant, ça continue, trois matchs par jours, sans compter les rediffusions, les résumés, les ralentis, les analyses, les best-off... etc, etc.

Mais surtout, comme le foot ne semble plus suffire au foot, n'assure plus en soi suffisamment de spectacle, c'est désormais en-dehors du champ que le spectacle se poursuit. Longs rubans de supporters dans les rues ou fans qui chantent un hymne à la gloire de la police française[3], tout est bon pour que le match, dont le coup d'envoi a été donné le 10 juin, ne marque aucun temps d'arrêt jusqu'au 10 juillet. Et que le spectacle soit continu!

To foot or not to ball

Les caméras sont partout. Les joueurs scrutés des pieds à la tête, les arbitres[4], les entraîneurs... un tel qui avait sorti une crotte de son nez à une coupe du monde a cette fois été filmé se grattant des parties intimes[5]; un joueur a lancé une polémique en faisant un bras d'honneur, mais s'en est défendu en annonçant qu'il avait fait sa sarabande habituelle[6]; un autre a défrayé la chronique en utilisant tweeter pour commenter sa non-sélection[7], entraînant à sa suite une avalanche de commentaires.

Bref, le foot est devenu un prétexte à polémiques ou commentaires sans fin. Comme si le ballon était devenu secondaire. A la blague potache de ceux qui disent : pourquoi est-ce que 22 gaillards courent après un seul ballon, on pourrait leur en donner plusieurs pour les satisfaire. On a presque envie de répondre... pourquoi leur donner encore un ballon, une caméra suffit à les combler.

L'essentiel est hors-champ?

En forçant un peu le trait, on pourrait dire : ça ne se joue plus sur le terrain. Loana dans sa piscine peut donc aller définitivement se rhabiller, il y a plus vendeur que le loft story (Big brother), qui se jouait aussi à onze pourtant, il y a le footloft ou euroloft, avec ses stars, ses millionnaires, filmés sous toutes les coutures, mettant leur main devant la bouche pour empêcher le décryptage de leurs échanges. "Epié" est le mot qu'employait un journaliste en parlant des joueurs, dont tous les gestes sont soumis à l'oeil panoptique, omniscient, des drones, caméras, appareils photos, faisant passer les arbitres pour des surveillants préhistoriques, de doux rêveurs romantiques, qui agitent encore des drapeaux et portent un sifflet à leur bouche, geste chargé de nostalgie, comme le faisaient les chefs de gare d'antan.

Bien sûr, le : "soyez-vous même", s'applique au sport comme à la téléréalité, et il sous-entend à l'adresse des joueurs: soyez de bons comédiens, à tout le moins crédibles : roulades, fanfaronnades ou provocations télévisuelles, ce n'est plus seulement du football qu'il est attendu de vous, c'est un spectacle total.  Alors : footloft ou euroloft, un sport universel qui se joue à 22 joueurs, avec 1 ballons et 600 caméras, et dont le but est de booster une image en marquant des buts devant des placards pour energy of azerbaijan ou Mac Donald's  ?

Que regarde-t-on encore quand on regarde un match ?

Est-ce encore le match de football qui est le centre, ou celui-ci est-il devenu un pré-texte et les spectateurs les voyeurs d'un spectacle burlesque qui se dispute entre le banc, le terrain, les gradins, là où des abrutis finis se mettent parfois en évidence, et où les femmes des joueurs sont exhibées dans une parodie sexiste comme des poupées, sorte de surenchère people pour occuper l'écran.

Ce qui demeure au milieu de cette orgie cathodique?

Le football. Ce ballon qui roule et des passes qui se donnent, des appels et des mouvements, technique et tactique. L'amour du ballon, du cuir, poussé par des jambes, rebondissant de têtes en têtes. Des enfants émerveillés, des adultes retrouvant une part d'enfance, la passion folle et intacte devant la magie du sport qui est une mise en scène, mais qui met aussi en scène la société dans laquelle il se développe.

Euroloft 2016, quand il n'y a plus rien à voir ou commenter, il demeure la radio, pour suivre les matchs, avec une voix seulement pour traduire l'émotion et rêver le reste.

Alors: football exutoire, miroir, catharsis, dérive, excès, violence, union, fusion? Un peu de tout cela à la fois certainement, dans une expérience qui nous fait vivre quelque chose de fort, individuellement et collectivement. 

Et au final, la superstar, il n'y en a qu'une : ce ballon insaisissable qui n'est à personne et après lequel tout le monde court.

 

 

 

 

[1] http://www.sofoot.com/euro-2016-24-pays-pour-quoi-faire-1...

[2]https://www.youtube.com/watch?v=ZrcX10HYMww

[3] http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Les-supporters-...

[4] http://www.lematin.ch/euro2016/international/arbitres-sta...

[5]http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/13/joachim-low-video...

[6]http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Didier-deschamps-a-confiance-en-la-version-de-paul-pogba-sur-son-geste-polemique/696504

[7]http://www.lemonde.fr/football/article/2016/06/02/cantona...

 

 

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06/06/2016

Si j'étais de droite...

Les conseillers municipaux de droite ne se sont pas présentés à l'annonce des résultats ce dimanche 5 juin à l'hôtel de Ville. Hormis l'extrême droite, deux PLR et le nouveau président du PDC Ville de Genève, bien isolés, tous les autres étaient absents du rendez-vous démocratique. Il semble en effet plus facile de couper 8 millions dans le budget de la Ville en appuyant sur un bouton un soir d'hiver, que de venir assumer les conséquences de ses actes devant le peuple.

Un désaveu très clair de la politique du coupe-coupe

Les élus de droite ont-ils eu peur de voir leur politique désavouée par plus de 60% du corps électoral en Ville de Genève? Ou avaient-ils encore en tête le désaveu frontal que la chambre constitutionnelle leur avait porté quelques jours avant le scrutin sur leur recours administratif considéré nul et non avenu ? Cet abstentionnisme des élus de droite pousse à réfléchir. Il fait écho à une campagne où la droite s'est effilochée et réfugiée dans une posture victimaire et plaintive, incapable d'assumer politiquement ses coupes.

Le résultat des urnes allait-il faire réfléchir les élus de droite? Il semble, malheureusement, à écouter ceux qui y ont réagi, que non. Au soir d'un désaveu électoral massif, Simon Brandt, PLR signe sur son blog un nouvel acte d'accusation contre les autorités, relayé en communiqué de presse par les quatre partis de l'Entente, où il promet de nouvelles coupes.[1]     

Une droite autiste et obsessionnelle

Face à la décision très claire des habitants de la Ville de Genève de refuser de taillader un budget bénéficiaire. Face à un choix démocratique qui transcende les camps politiques, s'appuyant sur des comptes 2015 dotés de 40 millions de bénéfices, rappelant qu'une partie de la prospérité de la Ville est construite sur la culture et le social, la droite répond par l'autisme et l'obsession en annonçant la poursuite des coupes dans la prospérité de la Ville [2].

La droite dysphorique réaffirme sa volonté de nuire, son sentiment infantile de ne pas être entendue par le Conseil administratif et la Gauche. Or, il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le peuple s'est exprimé clairement ce dimanche et a fait entendre sa voix: des coupes, il n'en veut pas! Est-ce si dur à entendre? Plutôt que des coupes, on a envie de proposer à la droite un bon nettoyage d'esgourdes.  

 

Si j'étais de droite...

Si j'étais de droite, ce lundi, je me demanderais pourquoi 60% du corps électoral  m'a clairement signifié son désaccord. Si j'étais de droite, je m'interrogerais pour savoir en quoi ma volonté de coupes forcées est encore légitime. Je ne mettrais pas en cause ma "méthode" mais mes manies. Si j'étais de droite, pourquoi trahirais-je ce qui a bâti la prospérité de la Suisse: sa valorisation du consensus, du dialogue, et le respect des majorités comme des minorités, dans la défaite comme dans la victoire ?

Si j'étais de droite, et de droite, disons modérée, je me demanderais pourquoi renier mon héritage politique, humaniste et social. Je remettrais en question mon plan quinquennal de coupes, et en l'interrogeant, je ferais preuve d'évolution politique, me séparant au passage de quelques extrémistes peu inspirés. Si j'étais de droite, pourquoi rejouerais-je au budget 2017, ce qui a échoué au budget 2016?

Si j'étais de droite, je ne mépriserais pas la démocratie suisse en raillant les référendums comme certains l'ont osé dans mon camp, mais la respecterais, et m'inclinerais devant elle. Si les élus passent, la démocratie demeure; et il revient aux élus d'être au service de celle-ci, pas l'inverse... je ne chercherais pas à forcer ma politique à 43 bonhommes contre l'avis du peuple[3].  

Si j'étais de droite, enfin, j'irais au théâtre, au cinéma, ouvrirais des livres, remerciant ceux qui les créent de ne pas être rancunier ou aigri, car offrant sans compter ce qui rend l'Homme éclairé.

 

 

   

[1] http://simonbrandt.blog.tdg.ch/archive/2016/06/05/ville-de-geneve-a-nouveau-budget-nouvelles-methodes-276682.html

[2] http://plr-villedegeneve.ch/2016/06/ville-de-geneve-a-nou...

[3] La droite dysphorique, disposant de 43 sièges sur 80 depuis les élections municipales du printemps 2015, s'est mise en tête que cette faible majorité lui donne toute légitimité pour imposer ses vues, sans tenir compte de l'avis populaire. 

 

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