sylvain thévoz

Humeur - Page 2

  • OUI au logement au Petit-Saconnex !

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    visuel_petitsacc.pngLe 4 mars nous votons OUI à la construction de logements en Ville, et pour un quartier du Petit-Saconnex vivant. Nous soutenons la délibération du Conseil municipal de la Ville de Genève approuvant le projet de modification des limites de zone au Petit-Saconnex. Ce OUI est un signal important au développement de notre ville et à ses habitant-e-s. L’intérêt général est prioritaire. Nous voulons que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse pour l’environnement et pour le bien de toutes et tous. 

     

     

    Un peu d’histoire  

    Le site Moïse Duboule s’est construit sur d’anciens domaines agricoles, principalement entre 1800 et 1940. Aujourd’hui, il y règne un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée.  Les parcelles y sont découpées par des murets, avec des ruptures d’échelles entre le centre historique et les grandes opérations immobilières des années 70. Cela donne un ensemble disparate qui n’est pas pleinement réalisé. Les propriétaires des 18 villas du site ainsi que l’UDC et le MCG ont soutenu un référendum pour que rien ne bouge. Je porte une autre vision pour notre ville que celle de la nostalgie crispée. Ne pas accepter aujourd’hui le changement de zone signifierait s’aligner avec l’UDC et le MCG et leur vision de la ville passéiste et clientéliste. Créer un Ballenberg genevois, un petit réduit pour des privilégié-e-s, n’est pas compatible avec notre vision sociale.  

    Faire évoluer en douceur le quartier  

    La modification de plan de zone soumis à votation le 4 mars préserve l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale ainsi que d’implanter 200 logements en ce lieu. Mais attention, sur un horizon de 20 à 30 ans, progressivement ! Il n’y a donc aucun risque de grand chambardement, mais plutôt la chance de permettre une lente évolution. Aucune expulsion n’est à redouter. Les propriétaires qui voudront vendre pourront le faire au fur et à mesure dans le cadre d’un plan localisé de quartier concerté.   

     

    Pour le bien de toutes et tous 

    La modification de plan de zone sur laquelle nous nous prononçons est raisonnable. Nous sommes face à l’un des derniers secteurs pouvant se développer en Ville de Genève, en conformité avec le plan directeur cantonal. On valorisera le patrimoine bâti existant en créant des venelles piétonnes, alignant les bâtis pour créer une urbanité sur la place du Petit-Saconnex, alignant le chemin de la Tourelle avec l’existant. On valorisera l’espace public avec une densité adaptée à un cœur de village en renforçant les liaisons traversantes existantes, créant un maillage de circulations douces tout en préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Ce quartier est calme, avec un trafic limité. N’est-il pas juste d’en faire profiter le plus grand nombre possible en faisant évoluer l’habitat d’une manière harmonieuse ? Si l’on ne construit pas ici, comment pourrait-on justifier de le faire ailleurs ?  

    Un projet qui ne défigure pas le quartier 

    Contrairement à ce que prétendent les référendaires, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé ! L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant. On ne casse rien. On modifie. On bonifie.   

     

    Conclusion 

    Certes, voir évoluer des quartiers bucoliques provoque toujours un pincement au cœur. Mais pensons à celles et ceux qui doivent faire 2h de trajets pour venir au centre-ville car ils ne trouvent pas à s’y loger. Pensons à celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic et refusons le quant-à-soi, la défense d'une qualité de vie de quelques uns alors que le plus grand nombre doit être logé dans des conditions décentes. 

    Pour défendre le logement en ville et le rendre accessible au plus grand nombre, il s'agit de voter oui le 4 mars prochain à la modification du plan de zone au Petit-Saconnex. Cela permettra l’ouverture de nouvelles perspectives pour ce quartier, avec une possibilité de densification raisonnable.

    Voter oui, c’est se tourner vers demain, en prenant soin que le changement opère en douceur et que celui-ci soit choisi plutôt que subi.  

  • Eloge du stand

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    C'est le rituel de toute campagne politique. C'est surtout un incontournable de tout engagement militant. Le principe en est simple : une tente, une table, des tracts et quelques ballons, sur l'espace public. Et surtout: des militant-e-s, venant sur leur temps libre, s'engager pour l'animer. Le stand !

    Certains l'aiment à la folie, d'autres un peu moins. Etre plusieurs heures dans la rue, sous une tente, dans les courants d'air et parfois sous la pluie, n'est pas toujours vécu comme l'expérience la plus plaisante qui soit. Et puis, un samedi ou dimanche matin, après une semaine bien chargée, on resterait parfois bien au lit. Pourtant, si cela dépend des charismes, au final, le charme du stand est contagieux, et selon la compagnie qu'on y trouve, très souvent, on y revient.  

    Ouverture et accueil

    J'aime le stand parce qu'il oblige à être ouvert à qui vient, dans un rapport curieux, gratuit. Cela peut conduire à s'exposer à un lot de plaintes ou un chapelet de récriminations. Bien. Mais cela est toujours une expérience humaine fondamental. On ne choisit pas. On est choisit. On va à la rencontre, et on est reçu... ou pas. C'est une sorte de taï-chi aussi que d'accueillir pour bien dire au-revoir ensuite; se laisser traverser pour tenter de comprendre et apporter des réponses enfin. 

    Car l'on est avant tout sur un stand pour entendre, débattre ensuite, et convaincre, parfois. Il n'y a pas de public désigné. Il y a l'ouverture et le hasard, variables selon les quartiers où le stand est déposé. De Champel aux Pâquis, de la Jonction à la Servette, à chacun-e son opinion, ses convictions.

    Allant partout, on se rend-compte aussi que, finalement, les enjeux n'y sont pas très différents : sentiment de ne pas être entendu, laissé pour compte, soucis de logement, d'insécurité, manque emploi, le manque et la fragilité, et le besoin de l'exprimer.

     

    La rue : lieu démocratique par excellence

    Si l'on y réfléchit une seconde, il n'y en a plus beaucoup, dans notre société, de ces lieux gratuits où l'on prend le temps de causer, où une discussion s'engage sur à peu tout et n'importe quoi avec n'importe qui; où on peut choper un-e élu-e ou un membre de parti pour lui demander des comptes, poser ses questions, exprimer un ras-le-bol, partager des histoires personnelles, de voisinage, souvenirs et grandes théories. Non, il n'y en a plus beaucoup de ces espaces où l'on sort du silence, de la rumination, pour le plaisir d'exprimer son point de vue, sans toujours parvenir à se mettre d'accord, évidement, mais où chacun-e se fait entendre.

    Sur le stand, on fait un travail civique de base. Par exemple: rappeler les prochaines votations : 4 mars, trois votes en Ville de Genève, deux au niveau fédéral. On éclaire les enjeux, rappelle avec le plus de transparence possible, les risques, les choix: comment les groupes politiques se positionnent.

    On rappelle qu'il faut être Suisse et résidant dans le canton pour voter au niveau cantonal et fédéral, mais que les étranger-e-s résidant depuis 8 ans en Suisse peuvent le faire au niveau de la commune. C'est souvent une source d'étonnement pour celles et ceux qui se pensent dénués de tous droits politiques, d'apprendre qu'elles, ils, en ont. Et il y a toujours des pétitions à signer, ce que chacun-e- peut faire, pas même besoin de résider ici, ni d'être majeur, et cela permet de prendre part. Et puis, n'importe qui peut entrer dans un parti politique, chacun-e- y à voix au chapitre. Ce n'est pas une question de nationalité ou de niveau de vie. On le rappelle. On a une fonction basique d'agents sociaux.  

     

    L'amour du stand

    J'aime le stand, parce qu'il permet de sensibiliser chacun-e aux enjeux communs, de désacraliser le pouvoir politique qui n'appartient pas à quelques un-e-s mais à toutes et tous. On y explique les mécanismes administratifs, rappelle que notre démocratie est accessible, que le pouvoir de voter et d'élire est une arme précieuse, à ne pas laisser s'enrayer.

    J'aime le stand, pour la diversité des publics que l'on y rencontre. L'autre jour, une vieille dame, rouleau à pâte caché dans son tintébin, racontait qu'un soir, un homme l'avait attrapé par l'épaule, sans crier gare, elle lui avait abattu le bout de bois sur l'occiput. Eloge de l'autodéfense! Un jeune homme parlait de la police, de son incompréhension que les responsables de la police tant au niveau cantonal que municipal soient à Davos à se royaumer, pendant que la justice inculpait trois policier pour vol et abus à Genève et que le deal était partout. Il trouvait que les responsables politiques devaient être plus assidus à leur tâche. Chacun-e- en prend pour son grade. Au final : des leçons d'humilité. Et l'enrichissement de mille et une rencontres dont il est impossible de rendre compte ici. 

    J'aime le stand, parce qu'il expose, oblige, et met en lien des gens qui ne se croiseraient jamais sans cela. Il est, pour un temps limité, un forum à ciel ouvert, où des discussions passionnées s'engagent, tant sur la présence des voitures en ville, le rôle des étrangers à Genève, le niveau des primes d'assurance maladie, le manque d'emplois, les besoins en formations, etc, avec des propos crus et violents parfois, qu'il s'agit d'entendre pour y apporter réponses.

    J'aime le stand, parce qu'il fait tomber les préjugés. Une vieille dame écrit sa date de naissance; d'un geste franc elle note 1927 sur la feuille d'initiative. Un jeune homme marque lui 2000 sous la même rubrique. Pour lui, nouvellement majeur, c'est sa première signature, pour elle peut-être une des dernières. Le stand bouleverse les représentations. Des femmes voilées sont suisses, des bougons vous agressent avant de partager des expériences d'une générosité inoubliable, des gars descendent de grosses bagnoles pour signer des initiatives pour la mobilité douce, etc., Les clichés et les stéréotypes volent en éclat, et ça fait du bien. 

    J'aime le stand, parce qu'il place chacun-e- d'égal à égal, sur le même pied. Il nous pousse à constater que notre société est composée d'individus aux opinions contradictoires, parfois radicales, parfois basées sur des perceptions inédites, et qu'il est évident que cela n'est ni facile ni ne coule de source de construire une vie commune avec cela; qu'il est même évident que ce processus ne peut-être que conflictuel, ce d'autant plus si les espaces de dialogue et de rencontre ne sont pas élargis. Les bases de ce vivre ensemble doivent sans cesse être reposées et renégociées. 

    J'aime le stand, parce qu'il permet, à une toute petite échelle, d'ouvrir ces espaces de dialogue pour construire ensemble une société la plus juste possible. Et puisque l'on ne parviendra jamais à se mettre toujours d'accord, on peut au moins arriver à être le plus clair possible sur les raisons des désaccords, et au-delà des appartenances et des étiquettes de chacun-e-, à réaffirmer le rôle central du dialogue, qui est déjà une manière de faire corps. Si nous perdions ce dialogue, nous perdrions tout.

    J'aime le stand, pour ce qu'il est : un lieu d'écoute, de rassemblement aléatoire, de surprises et de possibles. Il est l'antithèse du quant-à-soi, du salon privatif ou VIP, chaque fois différent.

    J'aime le stand pour ce qu'il est : un mini-parlement à ciel ouvert, où s'exprime souvent des formes de sagesse populaire dont nous avons toutes et tous à nous inspirer.   

     

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  • Réponse à P.Rothenbühler

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    Monsieur Rothenbühler,

    Dans votre dernier billet paru dans le matin Dimanche, vous vous en prenez aux femmes mendiantes roms, les accusant d’être les vraies harceleuse de notre temps. Empilant les considérations sexistes, racistes, sur une minorité discriminée, vous le faites à dessein pour détourner le regard du harcèlement sexuel de rue, problème social avéré. Votre manœuvre est grossière et ne trompe personne.

    Banalisant le harcèlement sexuel de rue, niant son caractère massif, vous devenez l’allié objectif des abuseurs et harceleurs sexuels, dont le pouvoir découle du silence et de la complicité. Niant les rapports les plus récents démontrant l’ampleur du phénomène, vous prétendez qu’il n’y a pas plus de 10 cas par an qui aboutissent à des plaintes. Ce phénomène est donc, selon vous, insignifiant. Vous faites ainsi mine d’ignorer que le chemin menant du harcèlement à la dénonciation est complexe, les preuves difficiles à apporter.

    Selon vous donc, une femme qui marche dans les rues, qui se fait harceler, siffler, toucher, est dans le même rapport que vous l’êtes vis-à-vis des femmes mendiantes roms qui vous demandent la pièce. Or, entre une femme harcelée dans la rue et votre choix de donner ou non votre écot, le rapport n’est pas symétrique. Le rapport de force et de domination est et sera toujours totalement à votre avantage face à une mendiante, monsieur Rothenbühler, et vous le savez, jusque dans votre billet qui l’illustre.

    Vous n’êtes pas une victime, mais bien un mâle occupant une profession en vue doté d’une parole influente. Prétendre le contraire, face à des femmes battant le pavé pour mendier, c’est travestir la réalité sociale. Il semble hallucinant, qu’il faille ici rappeler de telles évidences.  

     

    La grande menace, les femmes mendiantes rom. Vraiment?

    En ces temps des fêtes la grande menace pour vous, le grand harcèlement, vient des femmes  mendiantes rom qui, je vous cite : « se mettent en travers du chemin, nous interpellent à tous les coins de rue ». Non content de vous en prendre à une minorité particulièrement vulnérable, vous ciblez, au sein de celle-ci, les plus exposées, en les peignant comme « les plus agressives  et insistantes ». Vous les ciblez pour en faire des furies à la tête de « petites pme roumaines qui squattent l’espace public », mentant allégrement sur les prétendues fortunes qu’elles retirent de l’aumône. Mais, et vous le savez, si elles en obtiennent 3 ou 4 francs de l’heure pour survivre, c’est un miracle. Et finalement peu payé pour se farcir des insultes et parfois des coups de la part de gens qui, je regrette de vous le dire, vous ressemblent furieusement.  

     

    Par ailleurs, vous ne désignez pas à votre vindicte ciblée, les toxicodépendants, qui eux aussi s’adonnent à la mendicité, ni les personnes âgées dans la précarité. Peut-être parce qu’il se trouve parmi eux le cousin de votre garagiste, ou le fils d’un ami. Vous faites croire à vos lecteurs que la mendicité ne serait que l’apanage d’un groupe ethnique éloigné. Ce faisant, vous renforcez les préjugés, la stigmatisation et le racisme. Faut-il encore le rappeler : les roms sont discriminés et menacés dans l’ensemble des pays européens. N’ayant suivi aucune scolarité pour la plupart et vivant dans des conditions telles que l’exil est la seule issue; la mendicité, la prostitution, les solidarités familiales, les rares possibilités de revenus pour survivre. Vous avez choisi de faire de ces femmes mendiantes rom vos boucs émissaires. Honte à vous.    

    Travestissant les faits, vous vous cachez derrière un « nous » de circonstance, comme si ce que vous énonciez était une vérité largement partagée. Quand vous insultez, Monsieur, à tout le moins dites « Je », ce sera plus courageux, plutôt que de vous faire le porte-parole de vos fantasmes comme si vous étiez un chef de meute. 

    Vous me répondrez qu’en démocratie, chacun-e- à le droit de penser ce qu’il veut et de l’exprimer comme il l’entend. C’est vrai. Il m’est donc parfaitement légitime de répondre que ce faisant, par votre billet, vous vous êtes mis au service du sexisme le plus décomplexé. Que vous ayez encore une tribune pour exprimer un tel niveau de violences sexistes, est parfaitement hallucinant.

    Monsieur  Rothenbühler, plutôt que de vous lâcher sur les femmes les plus précaires, vous auriez pu écrire directement  à vos confrères Weinstein, Buttet et Ramadan, pour leur dire toute l’admiration que vous leur portez. Certes, ils agissent à une autre échelle, mais ce sont les mêmes serviteurs zélés du sexisme ordinaire que vous pronez dans votre billet.

    Pour conclure, le vrai scandale, monsieur Rothenbühler, ce n’est pas, alors que 2017 touche à sa fin, que des femmes mendiantes roms vous demandent une pièce à Noël. Le véritable scandale, c’est que des femmes soient harcelées sexuellement dans la rue, en allant aux courses ou à leur boulot, et encore une fois quand elles y arrivent ; que des gens n’aient pas d’abri où dormir, ni accès à des soins de qualité, que d’autres se fassent virer de leur boulot ou de leur logement comme des malpropres à 50 ans, et qu’il se trouve des gens comme vous pour non seulement nier ces faits, mais même tomber sur celles et ceux qui les subissent, pour les en rendre responsables !   

    En 2017, Buttet et Weinstein ont dégagé. Peut-être, devriez-vous aussi songer à vous en inspirer. Si vous ne voulez pas lutter contre le harcèlement sexuel, la précarité sociale, et les violences institutionnelles, au moins pourriez-vous, en vous ressaisissant, par votre silence, cesser de les aggraver.

     

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    www.hesge.ch/hets/editions-ies/roms-en-cite

    www.lacite.info/nouveauxmondes/2015/09/28/roms-le-combat-contre-lexclusion

    www.rts.ch/play/radio/linvite-du-12h30/audio/jean-pierre-tabin-et-les-prejuges-sur-les-roms?id=5664879&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

     

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  • Tu seras une femme mon fils

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    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

    Ou perdre tous les jours le gain de ton travail

    Sans céder sous l'inégalité salariale et le plafond de verre ;

     

    Si tu peux être femme sans renoncer à rien,

    Si tu peux être forte sans cesser d’être tendre,

    Multitâche, sous-payée, ne pas le prendre pour dû

    Te sentant harcelée, ne pas harceler à ton tour,

    Toujours lutter et te défendre ;

     

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

    Travesties par la presse pour exciter des sots,

    Et d’entendre mentir sur toi avocats, politiques et poivrots

    Sans mentir toi-même d’un mot ;

     

    Si tu peux être libre sans te faire traiter de moins que rien,

    Mettre des jupes sans qu'on te mette une main

    Devenir qui tu es sous la pression sociale

    Défendre tes droits avec force et courage, en gagner de nouveaux;

     

    Si tu peux aimer tous tes amies en soeurs,

    Sans qu’aucune d’elle ne soit une rivale

    Si tu peux résister à toute les violences

    Et ne pas devenir aussi destructrice qu'un gars ;

     

    Si tu sais méditer, observer et connaitre,

    Sans jamais devenir silencieuse ou soumise,

    Etre en couple sans subir de coups

    Etre seule à 30 ans sans te croire une paria honteuse

    Ni penser qu'il faut uniquement être femme pour devenir féministe

    Ou maman pour défendre des places de crèche ;

     

    Si tu peux être compréhensive sans renoncer aux armes,

    Prendre parti sans devenir sexiste

    Saisir la parole qu'on te la donne ou pas;

     

    Si tu peux obtenir la justice sans avoir toujours à porter plainte

    Porter plainte sans qu'on cherche à t'avoir

    Si tu peux avorter sans que les prêtres et les pères-la-morale ne l'ouvrent

    Voir tes droits respectés sans devoir payer pour;

     

    Alors les magistrats, la justice, les hommes et le pouvoir

    Constateront qu'il n'y a pas qu'un seul genre sur terre

    Et, ce qui vaut mieux que la force et le vit,

    Tu seras une femme, mon fils.

     

     

    (Librement adapté du poème de Rudyard Kipling ... Si.. tu seras un homme mon fils)

    Poème pour l'anthologie bilingue Portugais/ Français réalisée par l'Association Femme Migrante-Suisse en partenariat avec le Projet Solidaire " Etre femme".

     

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  • Un vrai conte de Noël

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    Tu vois ce gamin

    Syrien ou Afghan ? Personne ne sait bien

    il reste toujours dans son coin, ne fait jamais le malin

    caresse son chien, mordille son pouce

    apprend lentement le français.

     

    Tu vois ce gamin

    son père et sa mère bossent pour trois fois rien

    le déposent au préau en vitesse avant de sauter dans le bus

    direction le turbin

    pendant qu’il reste à l’écart à l’école, écrit son nom doucement.

     

    Tu vois ce gamin

    avec ses grands yeux verts

    de qui comprend tout, ne saisit rien

    ses oreilles sont taillées bizarres alors on se moque de lui

    on l’appelle Spock ou le lapin.

     

    Tu vois ce gamin

    personne ne lui porte attention

    il est pareil à tous ses autres copains

    avec l’air de toujours demander de l’air ou de l’affection

    l'envie qu’on lui passe la balle pour marquer un goal.

     

    Tu vois ce gamin

    à l’école la maîtresse lui explique ce qu’est Noël et le petit Jésus

    enfant né dans une étable qu’un roi voulait tuer

    sa famille menacée de mort déplacée d’un coin à l’autre

    dans la rue ça sent les marrons rôtis

    la foule dans les magasins se rue, tout brille

    des serpents colorés coulent sur sa tête.

     

    Tu vois ce gamin

    les flics sont venus le chercher dans son lit ce matin

    direction l’aéroport et bye-bye

    atterrissage forcé à midi à l’autre bout du monde

    ni vu ni connu, c’est loin.

     

     

     

     


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  • Oui j’aime la Nati, le Maggi, Henri Dès, et puis quoi ?

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    J’ai fait mon école de recrue. Je mange du Toblerone, j’aime skier, et je ne fais pas que du schuss, je sais même godiller. Oui, j’ai appris l’allemand comme première langue nationale à l’école. Je suis fan de la Nati, je peux citer Dürrenmatt, Frisch et Hodler et connais Morgarten, l’histoire de la mère Royaume. Oui, j’ai écouté Henri Dès gamin, etc., Et puis quoi? Quand cessera-t-on de diviser le monde en deux : les natifs et les autres? Séparer ceux qui seraient nés au bled et les autres, comme s'il y avait un critère d'autorité qui enlève à celui qui n'a pas été biberonné à l'ovomaltine depuis tout petit tout regard constructif et positif pour notre société.

    L'évolution des taux de natalité de la population suisse - on s’est bien éloigné du taux des années 60, où il y avait encore 2,5 enfants par femme, ou du début du siècle (3.8 enfants par femme)- conduisent à rendre notre société dépendante des migrations pour se renouveler. Aujourd’hui, le taux de natalité seul n’assure plus le remplacement de la population. Et tant mieux. Que l'on soit né ici ou ailleurs, ce qui importe, c'est ce à quoi l'on adhère et ce pour quoi l'on s'engage. Il n'y a pas de rentes de situation. Les mouvements migratoires sont essentiels et une chance pour la Suisse, une ressource vitale pour notre pays. Ils impliquent un brassage des références et des populations. Et c'est tant mieux.

    Oui le monde change, c’est inéluctable et cela implique de s'adapter. Le fait d’appartenir à telle ou telle nationalité ou telle ou telle religion ne fait pas d’un autre humain, européen souvent - puisque c’est d'Europe que l'on migre majoritairement en Suisse-, des aliens. Cette classification administrative des humains en catégorie détruit ce qui est et à toujours été la richesse de la Suisse : sa souplesse et sa capacité de mettre ensemble des gens pour travailler à un but commun, et tirer le meilleur de chacun-e.

    L’enjeu est donc de savoir comment accompagner les changements et en saisir les opportunités plutôt que de faire de tel détail, de tel ou tel chiffre, un condensé essentiel, pour faire passer des examens de suissitude absurde à telle ou telle personne soupçonnée de ne pas être suffisamment "suisse"... sans bien savoir ce que cela au final représente.

    Etre Suisse c'est aussi endosser le fait d'habiter le dernier pays d'Europe qui permet de baffer ses enfants, avoir l'un des taux de violence domestique les plus élevé d'Europe, et des parlementaires fédéraux conservateurs confondant droit de vote et droit de cuissage. Il faut donc assumer que "la suissitude" est aussi, à elle seule, sans besoin de personne, productrice de violences, et d'abus. Selon ce joli tag sur un mur de la ville "étrangers ne nous laissez pas seuls", c'est de l'autre, de l'extérieur, de la confrontation des idées et de l'évolution de notre pays qu'une société plus équitable naîtra et que l'on sortira de la tentation de l'entre-soi fermenté. 

    Comment paierons nous les retraites, quels seront les nouveaux emplois du futur? Quel sera enfin le système de soin qui ne nourrira pas les assureurs au dépens des assurés? Comment taxerons-nous les grandes fortunes pour renforcer la redistribution des richesses, lutterons contre le poison de l’optimisation fiscale? Et lutterons-nous contre le banditisme en col blanc des rois de l’évasion fiscale, conserverons des logements accessibles, pour se projeter dans une société ou l'économie des ressources est vitale?

    Voilà des enjeux sur lesquels travailler ensemble plutôt que de surfer sur les angoisses de la peur de l'étranger. S'occuper de la couleur de peau de son voisin, de sa religion, n'est pas important, ni ne permettra de renforcer la Suisse solide et solidaire que nous voulons.

    Alors oui j’aime le hockey sur glace, le biberli et la petite Arvine, et ne renâcle pas devant une raclette, et alors ? Ce n’est pas cela qui paiera nos retraites. 

    Ne me dis pas d'où tu viens, mais plutôt comment tu souhaites t'engager pour le bien commun.

    Car c'est cela, avant tout, qui m'intéresse. 

     

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  • De la soupe aux lettres à la popote numérique

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    Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y mijote, avant de refermer le couvercle. Parfois nez pincé parfois bouche ouverte.

    En général, j’y repêche à la louche des faits insipides voire crades, mais aussi des morceaux héroïques ou d'étonnantes fulgurances, bribes de compréhension. Cela me fait parfois saliver. L’écoeurement n’est jamais loin. Trop gras. Trop sucré. Trop lourd. Plus c’est inconsistant, plus c’est fort.

    Quand ça se veut minestrone, ça risque toujours de partir en eau de boudin.

    Désormais quand j’allume mon ordinateur, je me mets une serviette autour du cou. C’est désormais mon rituel avant de me mettre à table. Parce que cela tache et qu’il faut se méfier des éclaboussures.

    Après tout, quand on jardine on met bien des gants.        

    Je plonge ma cuillère, vise au mieux là-dedans, pour trouver entre grumeaux, nappes huileuses, strates sombres, une matière solide. Avec un brin d’expérience, et en sondant profond - mais parfois tout demeure à la surface, et la profondeur est transparente- je nourris un courage, des formes d’alliance et de reconnaissance.

    Jamais sûr que cela favorise autre chose que le désir d’une faim plus grande. 

    L’estomac gronde. Je lape oui. Je fais claquer langue oui. Et haut le cœur.  

    Trop c'est trop et parfois pas assez.

    Et souvent pas assez, c'est déjà trop.

    Je vous parlerai un autre jour des plats de résistance.

     

    Regarde la soupe, car la soupe, elle, ne te voit pas

    Les yeux bougent de droite à gauche, les lèvres s’agitent toutes seules.

    J’ai conscience du ridicule, avec serviette autour du cou, et l’air obnubilé de-qui-est-scotché devant une publicité alléchante et s’acharne sur un bout de vieille carne refusant de la laisser aller par le fond, la disputant âprement à d’autres.

    A quoi bon lutter pour un bout de gras, quand les entrepôts regorgent de saindoux, et que c'est la capacité d'apprêter qui manque : les moyens de confection?

    On n’est jamais seul devant sa soupe.

    La table n'a pas été mise à notre attention. C’est la tambouille de masse, avec l’utopie du 5 étoiles à la carte service inclus pour les gogos de l’ego qui parlent pour l’humanité entière et, au final, touchent 10 copains dans la salle d’à-côté.

    Ça fait très cher payé la gratuité et le all you can eat.

    Je pousse de côté les aliments inassimilables – mes allergies- afin de séparer le bon gras de l’ivraie, dans ce qui ressemble à ce qu’était cette « soupe aux lettres » de l’enfance. Avec elle je jouais. Assemblage de vocable pour former des mots basiques. Beaucoup de lettres pour peu de mots. Beaucoup de lettres pour peu de pâtes. Peu de mots pour trop de soupe. Peu de soupe pour la faim.

    Injonctions fortes. Finis ta soupe d’abord ! Aujourd’hui, l’injonction est inversée : continue à te distraire, au risque de lécher des panneaux publicitaire, comme les vaches pierre à sel.    

    Cette soupe n’est pas qu’un lieu de consommation. On s’y déverse aussi, y fait sa popote. J’y participe avec ces agencements de lettres.

    Est-ce que cela à une utilité ? Sitôt déposés dans le bouillon, ces agencements seront dépiautés, désagrégés.

    Mais pour se nourrir, on se doit de bien mâcher.

    Ayez donc de la patience.

     

    Quand l’appétit va, tout va

    Dans l’ambiance forcenée d’anorexie-boulimie d’aujourd’hui :

    les gras deviennent plus gras et les maigres plus maigres encore.

    Quelque chose qui ressemble à une civilité des manières, des échanges et des mets refusant le gavage, est en marche. Elle permet, même dans les bouillons les plus infâmes, de se faire (à) manger d’une infinie de sensibilité et de joie. Une petite cantine quoi, dans des gargotes portatives et communes, où l’on s’agrège par petits groupes, autour du feu ou de quelques brindilles faites d’affinités. Et où tout fait ventre.    

    Car vous ne nous mangerez pas tout crus  ! Et si l'on vous choppe on vous bouffe.

    Cuisine anthropophage s'il en est.

    Pourtant les végétariens sont tous les jours plus nombreux, et heureux de ce choix.

     

    Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y graille, avant de refermer rapidement le couvercle.

    Je retire ma serviette du cou.

    Place au dessert maintenant.

     

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  • Le christianisme n’est pas né à Interlaken

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    Certains partis politiques font de l'islamophobie le moteur de leur politique. Ils stigmatisent une religion dont, en Suisse, 5% de la population se réclame. Cette excitation panique autour d'une religion particulière est négative. Elle fabrique un islam uniforme, sans différence culturelles et cultuelles, alors que ces dernières sont nombreuses. Les musulman-e-s de Suisse sont pour moitié des confédérés, pour le reste européens, principalement originaires des Balkans. La réalité est bien éloignée des fantasmes sur la burka et les songes orientalistes.

    Disposer d'une diversité religieuse est une chance et une potentielle source d'enrichissement. Encore faut-il être motivé à la valoriser. Plus de 400 communautés religieuses résident à Genève. 13 communautés musulmanes ont été recensées, appartenant à quatre courants différents.[1] Du dialogue interreligieux et des invitations à la rencontre naissent des liens forts qui permettent de lutter contre le repli sur soi et/ou les certitudes nombrilistes. C'est notamment le sens de la démarche de la plateforme interreligieuse (PFIR) dont il faut saluer les actions et les initiatives, et qui fêtera le 6 novembre prochain ses 25 ans d'existence.[2]

    Il faut avoir fort peu confiance dans nos traditions et nos institutions pour faire sienne la théorie du grand remplacement qui amalgame islam et étranger et les conjugue pour en faire une menace. Craindre l'islam parce qu'il serait un produit extérieur à nos valeurs, c'est oublier que le christianisme n'est pas né à Interlaken. Pourtant, il a modelé l'histoire de notre pays, en a marqué le langage et l'histoire et, pour le meilleur et pour le pire, diront certains, en a nourri et alimenté (et continue de nourrir et alimenter) la vie spirituelle et sociale. Jusqu'au point d'ailleurs, où certains le lient étroitement à notre identité. Pourtant, le christianisme non plus n'est pas homogène, ni soustrait aux dérives sectaires et mortifères. Faut-il rappeler ici les propos homophobes de l'évêque de Coire, ou les positions anti-avortement de certains courants? Or, malgré ces extrémistes, sa reconnaissance n'est pas remise en cause. Sa place évolue et son rôle change, sous la poussée et en dialogue avec les changements sociaux. Pourquoi en serait-il autrement pour d'autres religions ?

    Les différentes formes de l'islam sont présentes en Suisse depuis des siècles. Si l'on veut vraiment en régler les pratiques, il faudra entamer sérieusement sa reconnaissance institutionnelle, et donc en accepter les formes et les manifestations  comme composant une religion officielle, celle de l'islam en Suisse. Cela permettra d'encadrer les formations, donner une place et un véritable statut à cette religion. Finalement, tout comme le christianisme, l'islam n'est pas né à Interlaken, pourtant il en suit le même chemin, et a pleinement droit à sa place en Suisse.

    Au final, l'inquiétude ne vient pas de l'autre mais du doute sur ce qui nous rassemble véritablement et des engagements communs pour lesquels nous sommes prêts à nous mobiliser et nous engager collectivement. C'est là-dessus que nous avons à travailler, ensemble, plutôt que de donner du crédit politique à ceux qui fantasment un Islam hégémonique qui va les manger tout cru. Ces fantasmes sont si massivement injectés dans la réalité d'ailleurs, qu'il faut regretter qu'ils rendent l'islam finalement toujours plus sexy pour celles et ceux qui se cherchent, sont exclus, en quête de quelque chose de plus fort que ce qui leur est proposé ailleurs. Il faut arrêter d'alimenter ces fantasmes et avancer résolument sur les thèmes sociaux, de salaire équitable, de congé paternité, de fiscalité juste, de respect des travailleuses et travailleurs, de la reconnaissance du travail et du soin aux autres, d'écologie, etc.

    Au final, taper sur les minorités, les musulman-e-s, ne fera pas de la Suisse que nous aimons un pays en quoi que ce soit plus fort, mais simplement plus discriminant, donc plus inégalitaire et finalement socialement plus violent. Plutôt que de lutter contre quelque chose qui n'existe pas, engageons-nous pour renforcer une Suisse plurielle, accueillante, exigeante, détricotant les clichés sur qui sont les autres, pour affirmer plutôt ce que nous voulons atteindre: un idéal de justice sociale et sa concrétisation dans la lutte pour une prospérité partagée. Par le respect du droit, et de la loi, qui inclut le choix de croire ou de ne pas croire, mais surtout de vivre et laisser vivre les autres, qu'ils soient nés ou non à Interlaken.    

     

    [1] http://info-religions-geneve.ch/

    [2] http://www.interreligieux.ch/

     

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  • Faux prétexte de la séduction, cache-sexe de la domination

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    La parole refusant la domination est féconde. Et c’est peut-être cela qui retourne les dominants et les ulcère. Qu'une parole qu’ils aient voulu écraser, éteindre et nier, soit aujourd'hui porteuse de lien et de possibles, ça les rend dingue.

    Pour les femmes (et les hommes), les milliers de témoignages dénonçant la domination masculine et demandant des comptes, favorisent une prise de conscience de l'étendue des violences sexuelles, de ce qui est généralement banalisé, euphémisé (frotteurs, blagueurs, coureurs, toucheurs, tchatcheurs, etc.,). Ces prises de paroles offrent un point d’appui collectif pour sortir des ambivalences et des ambiguïté. Et par l’écho trouvé au sein d’une communauté, l'opportunité de repenser les rapports de genre. 

    En aucune manière la domination sexuelle n'est « normale », en aucune manière « cela n’est rien », ni ne ressort d’une responsabilité individuelle de la personne qui la subit. Cela touche des dizaines des centaines des milliers de milliers de femmes. Cela est dit. On le savait. C’est aujourd'hui clairement et fortement rappelé. Il est désormais plus difficile de prétendre ne pas savoir.

    Quand culpabilisation silence et honte, sont encore des moyens d’asseoir les rapports de domination en les individualisant et les psychologisant, parler libère. La reconnaissance permet ainsi une sortie possible de la "petite histoire personnelle" et d'en faire un enjeu politique pour réfléchir collectivement à la sortie du déni.

    Bien sûr il y a celles et ceux qui font obstruction. Evitons de plonger dans les latrines des petites phrases extrémistes (Zemmour, Boutin, Bonnant & co) et des rhétoriques complaisantes qui font du harcèlement "une cour amoureuse", pareille à celle des lais et fabliaux du 13e siècle alors que les propos de domination sexuelle sont à des années lumières du badinage des trouvères. [1] Cela nous permettra d'avancer et de sortir de l'ère des bonobos.

     

    La séduction a bon dos

    Qu’est-ce qui est de la domination, qu’est-ce qui ressort de la séduction ? Lever le nuage de la séduction pour couvrir la retraite de la domination fait penser à une ruse de vieux sioux. La ficelle est pourtant bien grosse. La séduction est aujourd’hui autre que la manière dont elle était vécue (ou subie) il y a 50, 20 ou 10 ans. Celles et ceux qui l'essentialisent en en faisant un intangible nous ramèneraient volontiers à l'âge de pierre pour en vanter les vertus du partage des tâches. C'est anachronique et mensonger.

    Il est inconcevable d’imaginer aujourd'hui qu’un seul sexe puisse définir les canons de la séduction ou prétendre qu'elle ressort de tel ou tel ordre, d'une manière unilatérale et non négociée. Puisqu'elle est consciemment ou inconsciemment transmise: par l'éducation, les modèles et les pairs, elle est donc modifiable et négociable. Personne ne peut se l'approprier. Elle est par définition affaire de relation

    Les légitimations culturalistes: « on a toujours fait comme ça », ou d’ingénuité « je ne savais pas », voire relativiste « c’est pareil ailleurs », sont des justifications dont se sert le pouvoir dominant pour réduire au silence ce qui le met en cause. Le faux prétexte de la séduction est encore un cache-sexe dont se sert la domination masculine pour s'exhiber en société, alors que, à rapport non-consenti, il s'agit encore d'accaparement, de consommation ou d'appropriation.

    Comment se relie-t-on, séduit-on, exprime-t-on son désir ?

    Puisque cela est culturellement construit, c'est donc que cela est politique. Le trouble concernant les zones grises (séduction ou abus? séduction pour l'un, violence pour l'autre?) illustre le besoin de négocier et repenser les rapports entre les sexes, et réaliser rapidement un aggiornamento culturel et politique sur comment cela se passe, devrait ou pourrait se passer d'être en relation, puisque c'est de cela qu'il s'agit; en regard de la loi et du droit, certes, mais aussi de la considération pour l'autre et d'une certaine éthique de la relation. Parce que cela n'a jamais été de soi, et que le temps ou l'on pouvait prétendre à l'évidence, à un héritage, aux manuels explicatifs des petits enfants sages ou de la bonne maîtresse de maison est fini

    La notion clé pour défaire le noeud gordien demeure le consentement. Et là franchement tout le blabla défensif ou le déni des protecteurs du système de domination masculine prend une autre dimension. On voit le chemin éducatif qu'il faut parcourir[2] et parcourir sans cesse, pour composer des rapports de genre non-maltraitants et plus égalitaires. La campagne de sensibilisation "ça veut dire non", menée en Ville de Genève depuis 2015, faisant la promotion de l’égalité entre femmes et hommes par la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, en est un bon exemple.[3]

     

    Dominer la domination

    On savait. Certains prétendent ne pas savoir.

    On voit. Certains disent n’avoir rien vu.

    On entend, clairement. Certains affirment que c'est mal dit. 

    Certains aimeraient encore continuer comme avant plutôt que d'inventer comment cela sera après.

    Le mouvement actuel d’une parole libérée, émancipatrice, permet d'envisager un changement de nos rapports de genre. La domination et les abus ne sont pas que l’affaire de l’un ou de l’autre, de celle qui les subit ou celui qui les fait subir, mais une responsabilité collective de ne plus les tolérer et les faire cesser. Si l’on est individuellement responsable des actes que l’on pose, on est aussi collectivement responsable des actes que d’autres posent, d'autant plus quand ils prétendent être agis en notre nom.

    Cette sortie massive du silence fait espérer que les voix refusant la domination d'un sexe sur l'autre soient aujourd’hui estimées à leur juste valeur, et recueillies, afin que plus personne ne puisse dire « je ne savais pas » ou « je trouvais cela normal » sans que d’autres ne se lèvent immédiatement pour en contester ou éclairer le sens.

     

     

    [1] http://blog.francetvinfo.fr/ladies-and-gentlemen/a-propos.html

    [2] https://www.youtube.com/watch?v=oQbei5JGiT8

    [3] http://www.ville-ge.ch/caveutdirenon/

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  • La domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique

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    Elles ont une force tellurique les voix des femmes demandant justice, criant douleur, colère, joie ou soulagement de pouvoir enfin exprimer une vérité intime, fracasser l’injustice.

    Parce qu’elles viennent de l’intime, du vécu, elles laissent d’abord sans voix et obligent à entendre profondément ce qui se dit là.

    Les voix qui s’expriment nomment les rapports de domination, les attouchements, les abus, les viols, qui se déroulent dans tous les espaces, en tous temps, dans toutes les classes. Elles disent la domination masculine et sa bonhomme assurance. Elles disent l’ambivalence liée à un système banalisant la domination d’un sexe sur l’autre : « je sentais que quelque chose de totalement anormal se passait, mais tout le monde autour de moi prétendait qu’il n’en était rien ». Elles désignent des témoins absents – ou aveugles et/ou muets-, comme si ces derniers avaient préféré regarder ailleurs. Ces voix nomment la violence et la banalité de la domination, qui se déroule sous nos yeux, majoritairement agi par des pères, des frères, des maris, dans un jeu de dupe destructeur.

    Elles nomment la sidération et la difficulté de comprendre ce qui se passe quand l’entourage social semble trouver tout à fait normal la blague sexiste, le tripotage « bon enfant », le rabaissement humiliant. Enfin, elles disent ce qui se passe en soi quand les limites intimes, sociales et légales sont flétries, sans que personne ne le relève, et le sentiment crade d’abandon, de culpabilité et d’effritement personnel qui en découle.

    Ces mots qui sortent du silence sont bouleversants.

    Il n’y a rien à ajouter à leur puissance.

    La domination ne peut plus prétendre se signer à l’encre sympathique

    Ces voix illustrent le fait que la domination ne peut être circonscrite. Elle ne concerne pas que le harcèlement de rue –certains auraient été heureux de l’assigner à cette place et d’en faire porter la responsabilité aux migrants ou aux précaires.- Le harcèlement de rue n’est qu’une des facettes identifiée d’une domination générale s’exerçant dans tous les domaines de la société. Elle ne concerne pas tel ou tel moment du jour ou de la nuit, telle ou telle partie de la ville. Non, elle est bel est bien générale et généralisée.

    Les dizaines, les centaines, les milliers de milliers de femmes qui s’expriment ces jours en témoignent. Elles illustrent le degré de sexisme et la capacité d’auto-aveuglement de notre société ainsi que l’intériorisation de cette domination par les femmes et les hommes.

    La force de ces témoignages est de ramener, par la parole, clairement et distinctement ce qui se déroule à bas bruit et son caractère inacceptable. En un mot : de mettre en crise ce système, qui ne peut plus répondre à cette dénonciation en tapant individuellement sur telle ou telle femme accusée d’être : consentante hystérique ou aguicheuse afin de la faire taire, ou tel ou tel homme d'être une tarlouze ou une tafiole s'il s'y soustrait, mais se retrouve acculé par le nombre d'en prendre acte.

    La domination forme système et porte une signature sociale. Aujourd’hui, la domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique. La lumière est tombée. Mais assurément, elle le fera encore, prétendant être inodore, incolore, invisible, et sans souffrance pour quiconque. C’est dans sa nature, c’est là la source de son déni. A nous, individuellement, collectivement, de le refuser.

      

    Puissance collective de la parole singulière

    Un pan de la chape de silence, du déni, s’est massivement fissuré. Nous assistons à une affirmation de la parole et à l’exercice sa puissance partagée. Alors que le passage à l’acte dominant a pour lui la violence sidérante du geste non-consenti, de rendre muet et stupéfier, il y a une expérience collective de dire qui distingue, soigne, répare. Ce #metoo singulier partagé est désormais l’expression d’une puissance collective. Un lieu de résistance.  

    Parler et entendre, ce sont des actes importants. Ils appellent à se positionner, à répondre, et réagir. Le faire sans prendre une voix qui surplombe, qui rajoute du plomb à la vivacité des paroles, c’est aussi une question de sensibilité.

    La force qui se dégage aujourd’hui des témoignages de domination provoque une prise de conscience radicale. Elle ramène sur le devant de la scène des non-dit, des sensibilités, des constats de violence et en dresse l’implacable logique, pour en faire un enjeu collectif. En cela, cette expression est politique.

    Je suis celle qui est

    Dans la lignées des indignations de #JesuisCharlie, #JesuisParis ou Barcelone, quelle sera la suite de ce je suis #moiaussi, de ce je suis je, et pas une chose... et pas ta chose, monsieur, bouleversant?

    La sortie massive du silence et l'indignation partagée alimentent les voix réclamant la fin de la culture du viol, de l’impunité et de la domination d’un genre sur l’autre.

    Il revient aux femmes aussi bien qu’aux hommes, en tant qu’alliés, de se faire radicalement, inlassablement, individuellement et collectivement, les agents actifs de cette parole libératrice.

     

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  • Les 12 propositions du Parlement des Inaudibles

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    IMG_2930.JPGLe parlement des inaudibles s'est réuni pour la première fois ce week-end à l'occasion des 30 ans de la journée de lutte contre la misère.

    Le Parlement des inaudibles était composé de citoyen-ne-s de tout milieu (personnes vivant la précarité au quotidien, membres d'associations et d'institutions sociales, journalistes, élu-e-s, militant-e-s, étudiant-e-s, etc. Avec pour légitimité de prendre la parole et dire haut et fort les parcours dans la précarité et les vécus personnels.

    Le Parlement des inaudibles loin de faire de grandes théories, a mis en discussion et en partage des vécus. La parole a été prise par celles et ceux qui sont directement touchés par la précarité. Les échanges ont porté sur trois thèmes vitaux : le logement, le travail, les discriminations. Les 12 propositions suivantes ont été arrêtées. Il semble incroyable qu'en 2017 il faille encore lutter pour leur mise en œuvre. Ces 12 propositions fondamentales ont été adoptées à l’unanimité.  

     

    Logement

    1. Personne ne doit dormir à la rue. 2. Sans adresse pas de travail : casser ce cercle vicieux. 3. Dormir en sécurité est un droit vital constitutionnellement garanti. Il doit être appliqué. 4. Transformer les espaces vides et inoccupés en logements habitables.

    Travail

    1. Garantir des conditions de vie dignes pour chercher un travail. 2. Pas de travail pas de logement : casser ce cercle vicieux. 3. Stop aux discriminations à l’obtention d’un travail. 4 Démocratiser l’accès aux formations certifiantes et qualifiantes pour obtenir un emploi.

    Discriminations

    1. Respect des droits pour toutes et tous, y compris pour les personnes vivant dans la précarité. 2. Garantir l’accès à toutes et à tous au domaine public. 3. Stop au délit de faciès 4. Pas de fouilles intimes dans la rue.

     

    FullSizeRender.jpgLa force de ce moment, ce fut aussi celui des témoignages recueillis, partagés. Comme l'a relevé un parlementaire des inaudibles, le manque de conditions dignes ( se loger, se laver, se soigner, se raser) conduit des personnes sans abris à devenir des Hommes précaires, des Hommes de série B ou C.

    Il faudrait avoir plus d'accompagnement pour que chacun-e- puisse faire partie de la série A. Mais ce ne sont pas aux personnes qui sont dans la précarité d'apporter les solutions. Il y a une responsabilité sociale, générale. Et beaucoup trop de gens bien se taisent, détournent les yeux, alors que des situations critiques sont glissées sous le tapis des convenances et du conformisme. Tant que les plus précaires ne ferons pas partie des priorités, malheureusement, rien ne changera. Tant que la lutte contre précarité ne sera pas une priorité sociale forte, le fossé continuera de se creuser entre ceux qui vivent la précarité dans leur chaire et les politiques qui s'occupent de beaucoup d'autres choses, parfois importantes, parfois accessoires, très souvent avec un discours décalé par rapport au vécu des citoyen-ne-s. Prendre la parole, sortir du silence, est un moyen de bouger ces lignes. Il n'y a pas de fatalité que la force de la collectivité ne peut remettre en cause.

     

    Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes

     

    C’est curieux que l’on parle des gens qui dorment dans la rue dans la Ville où il y a le siège des Nations Unies, où on parle des droits humains. J’ai vécu trois mois au bord du Rhône. C’est difficile quand on cherche du travail. Dormir, c’est un besoin vital, comme manger. Quand toute l’énergie est prise pour chercher un endroit où dormir « correctement », c’est difficile. Après, pour prendre une douche, tu dois prendre un ticket, faire la queue. Tout prend beaucoup plus de temps. Si tu as un appartement, le réveil, prendre une douche et un petit-déjeuner, prend moins de temps que défaire ton abri et ramasser tes affaires pour ne pas être repéré. Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes. Les touristes ont plus de valeur que nous. L’image de la ville est plus importante que les besoins vitaux des personnes en situation de précarité.

    On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner

    Quand le logement n’est pas assuré, on doit toujours changer de place, négocier des chambres, ou des matelas pour pouvoir dormir et ne pas être à la rue. Mais pour l’adresse c’est une autre histoire. Le possible employeur te demande toujours une adresse, si tu donnes une adresse « sociale », l’employeur ne t’accepte pas. Du coup, tu restes dans la misère. Faciliter l’accès à un logement légal et un loyer juste pour les personnes qui cherchent du travail et qui auraient le droit de travailler, ça faciliterait l’intégration à la société genevoise. On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner. On aimerait juste que le droit au logement et le droit au travail soit respecté.

     

    Je rêve de partager des moments simples avec mes enfants

    Dans ma vie, j’ai eu besoin de personnes qui étaient là pour m’épauler. Les difficultés étaient si grandes qu’elles m’ont fait oublier mes capacités et mes qualités. Avant, je travaillais, j’arrivais à avoir des petits boulots, je m’en sortais. Ce n’était pas parfait, mais je croyais encore à une vie meilleure. Mais à un moment, ma vie a basculé. J’ai perdu ma famille  et avec elle tous mes repères. J’ai sombré. A un moment, quelqu’un a cru en moi, et grâce à elle, j’ai pu reprendre contact avec mes enfants, le moteur de ma vie. Je remonte une pente. Des fois je ne sais pas si j’arriverais ni où j’arriverais. Je m’accroche à la confiance que ma nouvelle famille me fait même si ma vie est très dure. J’espère qu’un jour mon rêve de partager des moments simples avec mes enfants et de pouvoir travailler comme une personne normale se réalise.

     

    Je n’aime pas quand on me met dehors des églises

    C’est très difficile de vivre dans la rue. J’aimerai que toutes les personnes qui vivent dans la rue puissent dormir  à l’abri. Pas seulement en hiver. J’aimerai aussi dire à la police : Laissez-nous tranquilles ! Nous ne sommes pas des voleurs ! Ne mettez pas tout le monde dans le même sac ! Je n’aime pas quand, par exemple, je rentre dans une église pour prier ou me reposer, et que des personnes me prennent par le bras et me mettent dehors juste à cause de mon apparence.

     

     

     

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  • Tempête dans une tasse de thé ?

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    21751736_10155539708341826_7806048941785785153_n.jpgPassant devant une mosquée à Lausanne, je me suis vu proposer une tasse de thé par deux personnes qui se trouvaient devant celle-ci. J'ai trouvé la proposition belle et touchante. J'étais attendu pour un repas, mais cette invitation m'a ému et m'en a rappelé d'autres, en ce lieu. J'ai  mis la photo jointe sur facebook avec une légende que j'imaginais laconique :  "Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un devant cette mosquée, on m'a proposé d'y entrer pour boire un thé. Ce fut encore le cas aujourd'hui. Merci. #hospitalité"

    J'ai trouvé extrêmement troublant alors que des gens, et même des élus, profitant de ce témoignage d'hospitalité et d'accueil, sortent leur haine de l'Islam, tenant des propos qui faisaient de moi un provocateur pour avoir posté ce message ou un naïf se faisant embobiner par des fanatiques.

    Usant d'amalgames réducteurs, ramenant la diversité de l'Islam[1] à une caricature crasse, l'invitation à boire un thé était presque devenue, sous leur regard, une crainte de la soumission à un prosélytisme. Allons donc, parler de thé et de mosquée aujourd'hui, ce serait être soumis à un risque de contagion? Il faudrait donc que tout ce qui a trait à cette religion et à ceux qui la pratiquent soit tais et tapis, que les musulman-e-s longent les murs silencieusement, et sinon gare : on fera de vous un apôtre de la charia ou du terrorisme.

    Mais excusez-moi, vous ne trouvez pas dingue que dès que l'on prononce le mot musulman, la phobie fasse perdre toute raison? Et que certains citoyen-ne-s se voient heurter dans la pratique légitime de leur culte, leur envie d'inviter des gens à les rencontrer?   

    Tempête dans une tasse de thé ?

    Alors, cette petite histoire: une tempête dans une tasse de thé ? A quoi bon même la relever? A mon avis, il serait plutôt dangereux de la banaliser. Cette petite histoire est illustrative des crispations et des peurs, certaines réactions étant révélatrices d'une ignorance crasse. Pour certains, dès que l'on dit mosquée, minaret ou thé à la menthe, ils sortent leur revolver, donnant un bon indicateur de l'islamophobie ambiante. 

    Cette mosquée est pourtant autofinancée et ne reçoit aucun subside. L'imam y est modéré et prêche la plus grande prudence par rapport à l'Arabie Saoudite  selon un de ses fidèles. Il y est prôné, semble-t-il, un islam suisse avant tout. Plus des deux tiers des membres en ayant la nationalité. Les élu-e-s sont souvent invités aux fêtes musulmanes, même si très peu s'y déplacent. Oscar Tosato, magistrat de la Ville de Lausanne s'y est rendu à de nombreuses reprises, ainsi que d'autres magistrats de tout bords politique. Celui-ci a reçu le prix de l'entreconnaissance 2017 de l'union vaudoise des associations musulmanes. A Genève, Pierre Maudet se rend aussi régulièrement dans des lieux de culte, afin d'ouvrir ou entretenir le dialogue avec des communautés religieuses. Distinction ne veut pas dire négation, et séparation ne veut pas dire relégation.... cela s'appelle tout simplement la laïcité.

    Il s'agissait, avec ce petit témoignage, de rendre compte de cette belle invitation à boire un thé. Un geste d'hospitalité simple, qui n'oblige à rien. En effet, quand on franchit un seuil, rien ne contraint à penser comme la personne qui vous accueille. Certains font de l'Islam une caisse de résonance à leurs fantasmes tordus. Un seul moyen de sortir des miroirs déformants : aller sur place, rencontrer des gens, croiser les points de vue, et se faire une idée par soi-même. 

    Pour conclure, un petit rappel. Je suis un fervent adepte de notre Constitution Suisse qui garantit la liberté de culte et la liberté de croire (Article 15).[2] Je suis laïc et défends donc la liberté de chacun-e, dans notre pays, de croire ce qu'il souhaite croire et d'exercer son culte comme il l’entend... boire ou ne pas boire du thé relevant de la convivialité simple. Je suis un défenseur de l’Etat, et je soutiens son pouvoir de faire respecter la loi et sanctionner celles et ceux qui l’enfreignent. A ce jour, il ne me semble pas qu’offrir du thé soit de quelque manière répréhensible (mais ça va peut-être changer… on a bien eu une initiative sur les minarets, peut-être qu'il y en aura bientôt une bannissant le thé à la menthe).

    Allez, j’ose même une parole folle, j'imagine même que prier est bon pour la santé (ce sentiment étant fondé sur de nombreuses études d’ailleurs), comme l’est également la méditation, ou le jogging (cette question reste débattue). Bon, après, si d’autres préfèrent manger des fruits et des légumes 5 fois par jour, chacun-e- fait ses choix. Tiens, on peut même cumuler jogging, thé à la menthe et prière sans s’en porter plus mal ni nécessairement emmerder son monde, ni tout opposer. Dingue. La vie c’est beau, cela peut-être si simple aussi... soyons heureux, paraît que ça rend moins con.

    Prochaine fois que l'on m'invite à boire un thé, je répondrai oui.

    Et tant pis pour la fatwa des intégristes islamophobes et autres allergiques à une suisse multiculturelle, et tant pis pour les bien-pensant voulant restreindre la liberté de croire de chacun-e au nom de leurs délires paranoïaques.

    Si le thé est trop fort pour eux, ma fois, qu'ils en restent à la tisane, tant qu'ils ne contraignent personne à la boire.  

     

    [1]http://www.geocities.ws/ahmadaminiant/Textes/Diversite.pdf

    [2]https://www.humanrights.ch/.../sources/liberte-religieuse

     

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  • Biji Kurdistan!

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    IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

    Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

    Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

     

    kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

    Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

    En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

    Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

    La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

     

    IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

    En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

     

    Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

    Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

    Biji Kurdistan !

     

    [1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

     

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  • Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

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    IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

    Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

    Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

     

    FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

    Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

    Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

     

    Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

    La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

    Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

    Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

    Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

    Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

     

    [1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2017_InitiativeMunicipale-VilleGE_GeneveZeroPub.pdf

     

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  • Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

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    Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

    Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

    Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

    Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

    Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

    Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

    J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

    Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

    Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

    Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

    Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

     

     

    [1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-du-racisme-en-Suisse/story/10139082

     

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  • QDB : Que du Bouchon !

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    Genève 22 août, 18h. La place des Vingt-Deux-Cantons est totalement congestionnée. Les annonces des TPG sont laconiques. "Circulation dense secteur Cornavin, Gare, place des Vingt-Deux-Cantons" et annonce plus de 30 minutes d'attente pour tous les bus pris dans la nasse et se tamponnant à la queue leu-leu, enchevêtrés au milieu des voitures, avec épars quelques camions. Les ambulances essayent de se frayer un chemin comme elles peuvent, les vélos zigzaguent, un gars de la SUVA voyant ça en ferait un infarctus. Et pour sûr, un trapéziste préférait faire cent fois son numéro de haute voltige que se retrouver au milieu de cet enfer en tant que piéton.

    Pourtant, les fêtes de Genève sont finies. Il n'y a pas de manif. Pas d'événement majeur, rien. On assiste juste au quotidien d'une ville aux artères complètement bouchées. Triste spectacle.

    Quand les moyens ne sont plus mis au bon endroit, l'incivilité devient la norme

    Personne n'est là pour réguler le trafic. On en viendrait presque à regretter le temps béni où un policier assurait la circulation, sifflet à la bouche. Cela permettait de mettre un peu d'ordre dans la gabegie. Parce que là, ça pousse, ça congestionne, ça gueule, ça se met au milieu du carrefour pour gagner quelques mètres. C'est le règne du chacun pour soi, autrement dit: la jungle. Quoique même la jungle, pour sûr, est un espace plus régulé que l'enfer absurde de la place des Vingt-Deux- Cantons. Incivilité générale au milieu de la panade. Chacun joue sa carte individuelle pour s'en sortir, mettant le plus grand nombre dans la misère.

    Vous remarquerez, entre parenthèses, que lorsque l'on parle d'incivilités, la droite attirera toujours l'attention sur les tags, les déchets, les mégots de cigarette au sol, mais rarement sur le trafic routier. Cette droite incrimine toujours facilement les conduites individuelles plutôt que de questionner les enjeux structurels. Dans le cas qui nous intéresse, ce 22 août à 18h à la place des vingt-deux cantons, on pourrait dire que c'est moche de passer au rouge et que cela ne sert qu'à rajouter du chaos au chaos. Mais on peut aussi penser : quel intérêt à cogner sur le pauvre automobiliste coincé là-dedans. Quand un système dysfonctionne, c'est légitime d'essayer de s'en sortir par les moyens que l'on a sous la main (ici:  la pédale de gaz). Les responsables sont les dirigeants incapables de fluidifier ce trafic.  

     

    La violence urbaine c'est ça, pas des graffitis sur les murs  

    J'ai eu une pensée pour la petite dame qui, ce 22 août et sous le cagnard, sortait de chez son médecin et devait attendre plus de 30 minutes son bus. Une pensée aussi pour la personne chargée de ses courses qui aura eu le choix entre marcher 5km ou poireauter 50 minutes, attendant un improbable service publique devenu inopérant, et pour celle qui quittait son boulot et devait encore se faire une heure de transport, malheureusement doublée à cause par l'incurie de certains. 

    Ce que l'on avait là sous les yeux, c'était l'échec d'un système dans lequel il n'y avait plus que des perdants de la mobilité. Il n'y a pas eu de choix courageux de fait, mais des mesurette de surface prises pour plaire. Et cela se paie cher sur le bitume.    

    Les avions en retard: manchettes ! La ville immobile : un quotidien?

    Si Easy Jet a défrayé la chronique pour des retards sur ses vols, et fait la une des journaux, c'est étonnant que plus personne ne s'étonne des retards constants des transport à Genève. Mais alors quoi quand c'est le chaos dans la ville paralysée ça moufte même plus?  Résignés les genevois? Ben quoi on supporte plus une heure de retard d'une compagnie aérienne mais devant un bus on s'habitue, c'est plus la faute à personne...

    QDB : que du bouchon. Le voilà le résultat d'une politique de transport désastreuse. Jusqu'à quand les automobilistes accepteront d'être jetés dans une jungle urbaine sans pouvoir avancer, et les autres usagers de la route de rester en rade parce que certains voient encore la Ville de 2017 comme dans les années 60... faisant un mini buzz en mettant des motos sur des voies de bus... alors que tout le monde se retrouve à l'arrêt? 

     

    On dira : c'était économiquement, écologiquement, une façon de penser la mobilité désastreuse.

    Assez de mesurettes visant à faire le buzz. Il s'agit maintenant de rendre rapidement la ville aux habitant-e-s, en maximisant les transports publics, et la piétonnisation, afin qu'un jour comme le mardi 22 août ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et pas la norme quotidienne des genevois-e-s. 

    Il est urgent que l'on passe de ce système où il n'y avait que des perdants, à un autre priorisant les modes de transports afin que l'on puisse dire : l'été 2017 fut le dernier où marcher jusqu'à son domicile fut plus rapide que de prendre le bus.    

     

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  • Trump, l'encouragement à la haine, la force du langage

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    Les événements de Charlottesville nous montrent une chose. Le président Trump cautionne, banalise, caresse dans le sens du poil et entretient volontairement des mouvements mortifères de suprémacistes blancs... parce que ce sont ses soutiens. Le slogan make america great again compris comme make america white again, fait rêver les mouvements les plus faisandés se réclamant de Trump.

    On est plongé dans le cadre d'une gouvernance clientéliste, où le bien commun, la défense du droit, de minorités, passent bien après la préservation de certains groupes, aux idéologies niant la pluralité, apologétiques du nazisme et révisionnistes de tout crins, s'inspirant des figures européennes comme Alain Soral ou Renaud Camus.

    Les assassins de Heather Heyer, les semeurs de haine, sont rendus fréquentables par le Président. Dans la même veine, Trump accusa Ted Cruz, concurrent lors de l'investiture républicaine aux présidentielles de ne pas être un natural born citizen, car né au Canada. Trump refusait d'admettre qu'Obama puisse être né aux USA, insinuant allégations mensongères, rumeurs, avant de reconnaître s'être fourvoyé dans ses théories sur la citoyenneté. [1]

    Cette rhétorique puriste et ce refus de la diversité, nous l'entendons aussi chez nous dans le cadre de l'élection au Conseil Fédéral. Et nous l'avons aussi d'une manière récurrente lors des débats face à l'extrême-droite, qui prétend incarner le "vrai" peuple, le représenter entièrement et détenir à eux seuls l'entier de la représentativité dans les conseils municipaux ou au Grand-Conseil, à Genève. 

    Trump n'est pas fou 

    Quand Trump banalise les agissements des milices d'extrême droite, ce n'est ni une erreur de communication ni un biais de langage. C'est son programme, sur cette base et par cette base qu'il a été élu. Ses éléments de langage visent à euphémiser ou travestir médiatiquement la réalité, par souci politique de renforcer le lien entre son pouvoir et les red neck.

    Trump n'est pas fou, il est partial et clientéliste. Il n'est pas fou, il nie le tout pour s'occuper d'une partie. Trump n'est pas fou, il est lâche et racoleur, comme le sont ceux qui servent les intérêts de petits groupes particuliers. Il est calculateur, pensant aux finalités avant les moyens. Trump n'est pas fou, il est dangereux. Comme Rodrigo Duterte aux Philippines, les messages qu'il transmet, les incitatifs qu'il passe et le blanc-seing qu'il donne à certains groupes sont des signaux destructeurs. Messages constants d'encouragements et d'impunité.

    Regardons dans notre assiette 

    Si les actions de Trump font froid dans le dos, nous avons bien plus proche de nous ce même genre de comportements. Il est bon de regarder dans notre assiette. Les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. L'UDC nous a habitué depuis longtemps à ces rhétoriques racistes stigmatisant certains groupes: les étrangers, les homosexuels, les femmes, banalisant des violences et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés dans un pur souci racoleur de se construire un électorat. 

    Les glissements du langage et la banalisation de la violence conduisent véritablement à des passages à l'acte, et à des violences physiques.  Ils ne doivent pas être minimisés. L'exemple de ce qui vient de se passer à Charlottesville nous invite à être toujours plus rigoureux sur ce qu'on accepte comme prises de position et sous couvert de "liberté d'expression" d'appels à la haine ou de négation de l'autre.

    Quand Eric Hess, conseiller municipal bernois, emploie à dessin un vocabulaire comme celui de nègre [2] pour désigner des individus, il ne "dérape" pas. Il vise sciemment à décrédibiliser, stigmatiser, et faire d'autres être humains des personnes de rang inférieur pour fédérer un groupe de soutiens et asseoir sa domination par le langage.  

    Le langage a pour fonction de découper le monde, et de le rendre accessible. Certains l'emploient aussi pour cibler et détruire.

    Un mot est un acte, rien de moins. 

    Laisserions-nous quelqu'un donner un coup de poing sans réagir? Non.

    Que faisons-nous alors, ici et maintenant, face à l'insulte, l'injure, le dénigrement ?

     

    [1]http://www.slate.fr/story/123571/tweets-trump-lieu-naissance-obama

    [2]https://www.tdg.ch/suisse/racisme-plainte-parlementaire-udc/story/23923248

     

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  • Les plots anti-terroristes ont fait leur preuve : conservons-les !

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    Les fêtes de Genève sont terminées. Les pouvoirs politiques, ayant choisi, au nom de la lutte contre le terrorisme, de poser des plots en béton autour de la rade, nous ont libéré d’un mal bien réel à Genève : les voitures. Ce n’est certes pas d’attaque terroriste que l’on meurt aujourd’hui à Genève, mais sous la pression constante incessante et mortelle du trafic des voitures.

    Il se pourrait que de la peur des menaces vienne de nouvelles opportunités à saisir. Puisque le camion et la voiture deviennent des engins d'attaques et de morts, il faut les considérer pour ce qu’ils sont : un constant danger public. Piétonniser et borner les villes semble donc être la manière la plus sûre de se prémunir contre des risques mortels. Il faudra certes se passer de ce luxe d’un autre temps : prendre son véhicule pour aller chercher ses croissants ou pour partir en vacances. 

    En 2017, il faut vraiment être un imbécile fini, pour croire que libéraliser encore plus la circulation, en transformant des pistes de bus en voies motardes, soit une solution à quoi que ce soit. Cela ne conduit qu'à faire durer encore un peu une manière de faire qui est vouée à l'impasse.  

    D’abord les plots, puis les pioches

    Grâce aux plots temporaires posés autour de la rade, nous voilà à l’abri, sur quelques tronçons et pour une durée limitée, de la menace tuant toute l’année. Les piétons, les cyclistes, les enfants, les commerçants, sont reconnaissants de ce salutaire enclos protecteur.

    Car il conduit à davantage de places pour les terrasses, davantage d’espace pour s’arrêter, flâner, acheter et observer en sécurité. On assiste à une réappropriation salutaire des quais. C’est beau de voir passer les foules le long du quai Gustave Ador et sur le pont du Mont-Blanc, pour une grandiose promenade. C’est beau de voir, à cette occasion, les échanges qui y ont lieu, et de se dire que oui c’est possible, la ville peut-être rendue aux habitant-e-s.

    Oui, c’est possible d’arrêter de sacrifier des volumes incroyables à la route et de déprécier des biens immobiliers à cause du bruit et de la pollution. Oui, c'est possible de réduire les dépenses ahurissantes de réfection, de réparation, d’un mode de transport usant, et d’employer l’intelligence d’ingénieurs à d'autres fins que celles de développer du bitume phono-absorbants ou des traçages à durée de vie éphémère. L’imbécilité sera toujours de mettre une boîte de 2 tonnes en mouvement pour transporter une personne et de croire que cela peut durer. 

    Oui, il est possible de mettre à profit d’autres formes d’intelligence plutôt que de continuer comme avant à rouler, polluer et tuer en plein cœur des villes. Les urgentistes et pneumologues des HUG vous remercient d'avance de tout effort de clarification de l’atmosphère que l’on respire.

    Non à la cuisson lente

    Le changement climatique et le réchauffement global de la planète accompagnés d'une hausse des températures nous indique aussi, que dans un horizon très proche, vivre en ville sur un sol minéral, deviendra une impossibilité. Le rapport à la terre, au bois, au végétal sera une obligation pour les citadins, si nous ne voulons pas littéralement cuire dans les villes où nos sarcophages de béton deviendront des fours.

    A Genève, plus de la moitié des ménages désormais ne possèdent pas de voitures. Ce nombre est en constante augmentation, et l’usage du vélo explose, avec des infrastructures qui ne suivent toujours pas. Il n’y aucune raison objective pour que l’on continue à bétonner, utiliser des surfaces énormes pour stationner alors que le sol est rare et le manque de logement criant.  

    Une action volontaire pour rendre la ville aux habitant-e-s

    Alors oui, merci à ces plots de béton posés aux entrées de la rade. Ils annoncent une période prochaine, où les pelles et pioches viendront  décrocher du bitume. Les villes du 20e ont vécu, il faut désormais accélérer les transitions et les repenser d’une manière volontaire pour les projeter dans celle du 21e. La sécurité, l’économie, le climat exigent de nous de repenser la ville, et cela implique de se débarrasser sur le plus de tronçons possibles de ce qui leur est clairement néfaste : la bétonite aïgue et la rente de situation des moteurs à explosion.

    Le temps de la voiture a vécu, il reste à savoir jusqu’à quand nous voulons continuer à endurer son spectre en lui déroulant encore des kilomètres de bitume retirés aux habitant-e-s. 

     

     

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  • Un trou dans la langue

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    J'ai quelque chose à dire et je pense que personne ne veut entendre.  

    Ou peut-être n’ai-je rien à dire mais je veux parler quand même.

    J’ai peur de parler pour ne rien dire. Ou de parler pour personne. Ou que ce que je dise ne soit rien, ou bien trop long  à dire, et ne soit pas reçu. Alors, je me tais.  

    J’ai quelque chose à exprimer. Mais j’ai peur que cela soit perçu comme une forme d’exhibitionnisme ou que je me découvre nu. Alors je garde ça pour moi. Le silence protège, en toutes circonstances. Tant pis si d’autres parlent pour moi. Je me tais.   

    J’ai peur de ne pas être entendu. Et, si je suis bien entendu, de ne pas être compris. Et si je suis compris, mal compris pour sûr. Cela, entendu, je reste en périphérie.

    D’autres parlent pour moi, ou plutôt contre moi 

    Je me retrouve, comme enfant sur la grande plage, devant la grande vague. Sitôt passé le rouleau, avalé le sel, je dois traverser un mur d’eau, puis un autre et un autre, encore.  Je ne desserre pas les dents. Pas que je veux retenir les mots, non. Ils peuvent bien sortir tous seuls. Je serre les dents, parce que ce que je ne veux plus rien avaler du tout. Ni sel ni crème ni bois mouillé. Que cela soit bien clair. Que cela m’empêche d’articuler n’est pas grave. Ce qui va sortir, je voudrais, avant de le relâcher le mâcher encore, attendre encore, et que cela soit si fortement fort, et radicalement condensé, que cela ébranle jusqu’à la langue même.  

    Je marche le long de la grande route, avec le sourire aux lèvres. C’était un sourire simple  qui annonce la couleur. Un sourire de circonstance, un sourire stratégique, de complaisance presque, comme les babines battantes d’un chien qui veut se montrer inoffensif, ou les lèvres d’une star de la mode sous les foudres des paparazzis. Je reste placide.       

    Mais les gens ne comprennent que les mots. Le reste, ils l’interprètent, et mal.    

    J’ai peur d’être jugé. Sur ma parole. Sur mon silence aussi. J’ai peur que les gens d’ici, sitôt que j’aurai parlé, ne me jugent. Et qu’une fois qu’ils m’aient jugé, ne me condamnent. Alors je n’essaie pas de formuler quoi que ce soit. Je veux bien être l’arabe du coin, le dealer de la forêt, le résidant des escaliers du viol, l’imbécile du bled. J’accepte.  

    Je ne lutte pas contre les préjugés. Aucune parole, aucun mot ne peut les décaper. Il faudrait que quelqu’un d’en face s’engage. Il me faudrait des alliés. Qu’une armée entière sorte du silence. A tout le moins quelques tirailleurs. Je ne dis pas que tout le monde est pareil. Mais on entend souvent les mêmes.

    Ceux d’en face sont hors de portée. Ils font tout pour se distinguer. Ils s’en foutent que leur monde soit étanche. Certains peuvent continuer à taper sur les vitres, ils regardent le paysage.

    Si on s’organise, ils hurlent au communautarisme. Aimant leur certitude et leur sécurité par-dessus tout, ils ont la raison pour eux et leur communautarisme exclusif comme référence. Par définition, ma couleur de peau, ma gueule, mes fringues, me représentent. Je ne peux rien y redire. Alors je me tais.    

    Ils regardent ma barbe et la couleur de ma peau. De mes yeux, de mon sourire, ils se foutent. S’ils pouvaient ajouter deux lignes à mon casier judiciaires ils le feraient. Ma résistance, ce sont mes yeux et mon sourire. 

    Le dialogue était rompu avant même la prise de parole. Je ne comprends pas. Pourtant : même espèce, même bras, même cœur, même yeux, même appétit. Même croix dans le cœur, même promesse pour la poussière.  

    On a beau être, si pas semblable, similaire: on ne se comprend pas. Cela, je ne le saisis pas. Je te jure frère, ça me rend dingue. Même avant les mots, on n’y arrive pas. La distinction, la différence, le snobisme c’est comme des murs invisibles. La langue a bon dos.

    Le racisme est un mal cérébral, ou une atrophie cardiaque. Pourtant ils ont fait des apprentissages. Ce ne sont pas tous des cons non plus.    

    Les gens d’ici parlent lentement et beaucoup, pour finalement ne pas dire grand-chose. Ils disent longtemps ce qu’ils font, combien ils travaillent beaucoup et s’écoutent parler longtemps. Entre eux. Combien  ils font de belles choses. Combien ils vont en faire d’autres encore et encore s’écoutent parler. Ils s’ennuient. Tu le vois à la manière dont ils jugent les autres. Profondément.

    Quand ils parlent, c’est comme s’ils s’adressent à quelqu’un d’autre que la personne face à eux. Comme s’il y avait une caméra cachée. Là, quelqu’un va se lever pour applaudir, une maquilleuse va repoudrer un nez –mais non-. Il n’y a personne. Juste eux et eux. Et le silence. J’ai l’impression qu’ils parlent pour un auditoire, un stade. Leur but est de fixer une note. Et peu importe la pirouette. Subitement, les gens se lèvent. Ils ont inscrit des chiffres entre 1 et 10 sur un petit carton et ils les soulèvent, très fiers d’eux. 

    Je marche le long de la forêt. Je vais à la laiterie. Dans ma tête, ça cause : du fleuve, de la traversée, des canots renversés et de la rame perdue en mer. Une main devant un visage. Et un visage de plus en plus grand. Et une main énorme. Et une grande citerne. Et ça cause en moi, et ça monte plus fort encore, et je me bouche les oreilles avant de m’asseoir sur la route, hébété, secoué comme frappé par la foudre. Et je reste comme ça. Sans mots dans la tempête, sans possibilité de crier ni de me taire avec l’envie de m’attacher à un mât, comme Ulysse.   

    Dans le village, il y a le restaurant national, avec de  grands parasols jaunes Eichof. Les voitures se parquent devant et les gens de la région viennent manger des croûtes  et des beignets au fromage ou alors des filets de fera grillés avec un petit vin blanc fruité.

    Je les regarde rire en buvant. Et boire en riant. Et quand ils se lèvent pour aller pisser, ils ne marchent plus tout à fait droit. Les géraniums sont bien posés sur le rebord des fenêtres. Les vitres sont propres. Il y a un chien attaché avec une chaîne devant la niche. Je regarde leur bouche surtout . Les corps ne m’intéressent pas. Juste la bouche. Et leur langue que je ne comprends pas. Quand quelqu’un rit très fort, je fais le même son. Je mime, j’imite, copie. Parfois, il y a quelqu’un qui se tourne vers moi et dit un mot rapide qui fait rire toute la terrasse. Alors je ris aussi avec eux, pour me faire accepter, devenir ami ami. Cela les fait rire encore plus fort. Alors subitement je ne ris plus, du tout.  

    Je répète Addition, addition, un décit de rouge, un décit de rouge, patron patron patron dans mon coin sur ce banc, dans mon silence qui n’est pas du silence et dans mon étrangeté qui ne dérange personne. Ils ne font pas attention à moi. Je ne suis pas vraiment différent pour eux. Je suis, dans leur tête, ce qu’ils souhaitent que je sois, et dans leur langue, ce qu’ils ont défini pour moi. Ils m’assignent une place et désignent un second rôle.

    Leur représentation, ils l’ont construite avec des mots, avec des petites briques et parfois deux gros blocs. Souvent, ce ne sont même pas leurs mots. Ce sont les mots d’autres et c’est avec cela qu’ils m’envisagent, qu’ils rient de moi ou qu’ils en ont peur. Ils cherchent une pureté ? Ils ne font qu'imiter. Je ne comprends pas. Je ne peux pas leur dire jusqu’à quel point je suis navré. Je n’ai pas les mots. Eux ils ont la langue avec eux, les manchettes de journaux, et parfois même une majorité de voix.

    Mais je peux sourire.  Alors je souris. 

    Dans ma solitude, produit de mon passé et de mes prières,  j’habite un espace plus chaleureux, plus habité que leurs regards qui ne me donnent rien, ne montrent rien de leur langue ou de leur désir curieux. Dans l’abri ils disent tu dois faire des efforts pour t’intégrer. Je me demande si chez eux on dit : tu dois faire des efforts pour intégrer. Mais je ne crois pas.

    Je me réjouis de revenir un jour à Genève, chez moi.

    Pour l’instant, je dois essayer de faire mon trou là-bas.  

  • Le vrai patriote est un étranger

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    A l'occasion de la fête du premier août, la Ville de Genève propose de la fêter conjointement avec un autre pays, le Bénin. C'est une bonne idée et un beau signal d'ouverture. Après tout, la base du pacte fédéral, c'est une alliance, une ouverture à l'autre et au dialogue. Pas de quoi soulever de scandale donc. Et pourtant, une bande d'excités et de rétrogrades pensant que la fête nationale ne se vit qu'entre soi a trouvé bon de lancer une pétition raciste pour que la fête nationale soit réduite à une petite volonté de quant à soi chagrine et à une défense mordicus de la dévoration exclusive du schüblig ou de la fondue.[1] 

     

    J'ai fait un petit sondage dans la rue, demandant aux gens ce qu'évoquait cette journée du premier août. Au final, c'est surtout le fait d'avoir... un jour de congé, qui offre la possibilité de manger une raclette, boire des bières et rencontrer des amis. Loin, très loin des grands chants du patriotisme, et des discours politiques réchauffés autour des feux.

    C'est l'aspect convivial, sympa et détendu qui prévaut. "Pour moi c'est surtout les feux d'artifice. Mais c'est aussi se retrouver entre amis pour des apéros. Cette fête est peut-être plus sympa en sortant des villes, en retrouvant le folklore des villages." "Le premier août, pour moi, ça veut dire congé et manger du fromage, et boire du vin blanc. C'est l'occasion d'aller marcher à la montagne." 

    Des avis plus critiques aussi : "j'exècre cette fête, qui signifie l'appartenance au drapeau, le nationalisme ses risques et ses dérives. Si fêter, ça doit vouloir dire être contre les autres, alors non, je préfère rester à la maison." Les défilés militaires et les bruits de bottes ne sont jamais très loin quand on parle de fête nationale. Chez Brassens, et chez nous, aussi. 

     

    Fêter la fête nationale, c'est avant tout accepter que notre pays se réinvente, qu'il n'a pas de moule unique, que ce qui fait sa force est qu'il n'a cessé de changer et d'évoluer, s'adapter.

     

    La véritable fête serait de rappeler surtout le plaisir de vivre ensemble, la chance d'être dans un état de droit, avec le défi d'articuler une société sans discrimination, doté d'un accès équitable au travail, au logement et aux soins de santé; de partager ces valeurs avec tous ceux et celles qui s'en sentent proches. 

    L'enjeu n'est donc pas de savoir s'il y aura seulement de la saucisse servie au parc La Grange et des lampions rouges et blancs uniquement. Mais bien d'avoir l'ambition de faire grandir la Suisse au-delà du quant-à-soi défensif, signe de nanisme. 

    En y réfléchissant bien, nous avons certainement plus de proximité et de points communs avec le Bénin qu'avec une majorité d'autres cantons suisse. Cela devrait nous aider à réfléchir à ce qui fonde l'unité de notre pays et quelles sont ses limites.

    La prise d'otage par des nationalistes obtus de la fête nationale est pathétique. Elle dessert notre pays.

    Car au final, tout vrai patriote est un étranger chez lui. Il ne prétend pas posséder quelque chose au détriment d'autres, ni que cela lui soit acquis de droit sanguin (ou divin). Il ne prétend pas que nous soyons pareils, au Tessin, dans les Grisons ou à Genève. Il reste curieux, se demandant ce qui fait la Suisse, sa force et son intelligence, et comment la développer encore. Non pas en se recroquevillant sur soi, mais en demeurant ouvert aux différences et prompts à apprendre des autres.

    Fêter la Suisse c'est reconnaître que ce dont on bénéficie ici a été hérité de générations précédentes, que ceux qui ont construit la Suisse étaient de toutes les nationalités, et ce que l'on transmettra à la suivante, sans prétention de se l'accaparer, ne dépendra évidemment pas uniquement de ceux qui ont le passeport à croix blanche. 

    Ce qui fait la beauté de la Suisse c'est d'avoir été capable de faire cohabiter les langues, les identités et les confessions différentes. Et au final, de nous inviter à accepter que l'on soit toujours un peu des étrangers chez soi.

    A ceux qui voudraient faire du 1e août un espace clos et s'insurgent que la fête nationale, à Genève, se fasse main dans la main avec le Bénin, -dont ils ne connaissent très certainement rien-, nous disons simplement que ces gens trahissent les valeurs de Genève et de la Suisse, issues d'une longue tradition d'accueil, de curiosité et d'entraide.

    Le vrai patriote est un étranger avide d'ouverture, pas un taulier défendant sa caverne.

     

    [1] https://m.lecourrier.ch/151345/un_premier_aout_qui_fache_les_nationalistes

     

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