sylvain thévoz

22/08/2014

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop.

Avant, on pouvait dire, semble-t-il, au sujet des massacres qui se déroulaient pourtant à portée d'oreilles: je ne savais pas. C'était peut-être une excuse, peut-être même que c'était vrai. Si on cherchait à ne pas savoir, pour sûr que l'on pouvait prétendre à l'ignorance et s'en tenir pour quitte. Oui, il pouvait être croyable de se retrancher derrière cela. Impunité pour les ignorants. L'affaire de quelques uns ne nous concernait pas tous. On pouvait s'occuper de cultiver son jardin, en paix. Tout du moins, avec des boules quiès.  

Désormais, cette parole est impossible. On voit, on sait, entend à hautes fréquences et en temps réel. Devant la violence du monde, désormais : on n'en sait que trop. Plein les journaux, plein le web, la radio. L'horreur; l'obscène plein les yeux et à fond dans les oreilles: les stridences des missiles. Pornographie des corps éclatés. On ne sait que trop. Les enfants de Gaza sortis des décombres en morceaux, frappés sur la plage, on a tous vu cela. Les humains en morceaux dans des restes d'hôpitaux, celui d'Al-Shifa de Gaza où un patient sur deux qui arrive est déjà mort. On a tous vu cela. Des morceaux de crâne de jambes de pieds, à longueur de journée parsemés sur tous les écrans. Et puis quoi? L'horreur sans fin. Les yézidis pourchassés, les corps ouverts, les bébés sortis du ventre de leur mère assassinée, des images de chrétiens circoncis de force. Le délire déshumanisé de la taille des corps comme on coupe des arbres. Les giclées de sang qui n'a pourtant ni couleur ni religion et qui coule pourtant. Coule là-bas et ici plein pot dans les tubes cathodiques de notre réalité. 

On ne sait que trop

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop. Mais pourtant qu'est-ce que l'on sait vraiment? On doute. On ruse. On met en doute les images. On ne gobe pas si facilement son litre de sang quotidien. Non. Même si on le cherche parfois. On change de chaîne. On passe au petit rot. Puis on cherche la vidéo de l'égorgement de James Foley et sans réfléchir se rue sur les dernières nouvelles où l'éclat des chairs entrave la pensée. Curiosité morbide? Ou désir quand même de comprendre, de voir pour croire? On n'arrive plus à absorber. Mettre encore mes yeux dans les plaies, pour quoi? Pour croire à quoi plutôt qu'en quoi? Impossible d'y échapper. Mettre un autre spectacle serait encore plus obscène: se retrancher dans le pré-défensif ou l'on sait mais où on ne peut rien; où on devine mais à quoi bon: déprimant. Autant lâcher, vraiment?

Le langage médiatique distingue des sangs de couleurs différentes. Il y aurait des sangs de chrétiens des sangs de yézidis des sangs de kurdes des sangs d'irakiens, des sangs palestiniens, des sangs de gazaouis, des sangs d'israéliens, des sangs d'européens, des sangs d'américains, des sangs juifs, des sangs musulmans, des sangs d'enfants, des sangs d'adultes, des sangs d'adolescents, d'athées aussi? Il n'y a pourtant qu'un sang, le sang humain, celui que l'on verse et celui qui est versé. Celui que la victime voit couler et celui que l'empathie humaine ordonne aux vivants de stopper l'épanchement.

"On ne savait pas" est épuisé. Maintenant on ne sait que trop. Un trop qui tend aussi à l'impuissance. Devant le flot d'horreur et d'obscénités, un retranchement derrière la saturation permettrait de se donner un peu d'air? Non. Pour ne pas entrer dans les rivalités de massacres visant à élire la cause la plus digne d'intérêt, ou céder aux mises en concurrences des massacres pour faire prédominer une cause sur une autre, la légitimer, ou s'en détacher définitivement, quelle réponse donner à cela? Individuellement et collectivement?    

Des roses blanches

Ce mercredi, plus de 500 personnes se sont réunies à l'appel de la plate-forme interreligieuse, une rose blanche à la main au Temple de la Fusterie. Elles ont d'abord tourné autour du temple comme pour l'entourer, faire une chaîne de solidarité. Ensuite, des représentants de diverses religions, communautés, ont pris la parole et posé un acte fort, celui de parler, et de nommer, les uns après les autres, et ensemble. Pour ceux qui le désiraient, prier, se recueillir. Il n'y a qu'un sang, un sang humain. Dieu ne peut être invoqué pour semer la mort.  

Merci à Maurice Gardiol, du comité de la Plateforme interreligieuse, à William McComish, président de l’Association pour l’appel spirituel de Genève, à Pierre Farine, pour l'église catholique, au pasteur Emmanuel Fuchs, au curé Jean-Claude Mokry, A Hafid Ouardiri, de la Fondation de l’Entre-connaissance, à Nicolas Junod, de la communauté Baha'ï, au révérend John Beach, recteur de l'Emmanuel Episcopal Church Genève, à Niverte Noberasco-Yacoub, de l’Eglise copte orthodoxe de Genève, à Karomi Ahlam, de la communauté des chrétiens iraquiens. à Naïf Arbo, de la communauté Yézidi, à Bayla Hassberger de la communauté israélite de Genève, à Nezha Drissi, représentante de la communauté musulmane. A tous ceux et toutes celles qui sont venues se réunir ce mercredi pour dire non à l'horreur.  

Merci à cette jeune femme du centre culturel alévi, qui a lu une partie du Cantique des Cantiques et à Ozam Cagdas qui jouait  du zas et chantait. 

Et quand Ozam a cessé de chanter.

Il a pleuré.

Dans son corps, il savait. 

Le corps a toujours su.

 

Tous les textes lus à l'occasion de ce temps de recueillement sont sur le blog de Demir Sönmez http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/08/21/une-chaine-humaine-silencieuse-sur-la-place-de-la-fusterie-e-258972.html avec des photos de ce temps de recueillement. Merci aussi à Demir, pour son engagement.

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18/08/2014

BimBadaBoum, un festival où les enfants s'éclatent.

Les gens se demandent ce qu’ils peuvent faire en Suisse pour s’engager afin que cesse l’agression israélienne contre le peuple palestinien. Ils sont écoeurés par les bombes qui tombent sur les civils et l’usage de la force militaire contre des habitants sans défense. Que faire? Voilà une action concrète portée par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation en Palestine) Genève, qui peut concrètement accélérer la fin de l’agression israélienne contre le peuple palestinien.

download1.jpgBimBadaBoum

Le festival BimBadaBoum est un festival genevois pour enfant. Il est pensé comme un moment d’échange entre adultes et enfants. Il affiche sur son site ses valeurs : une attention à l’écologie et au recyclage, l’intergénérationnel, le multiculturalisme, la promotion des activités culturelles et le respect de l’autre. Il s'est tenu cette année du 14 au 17 août (www.bimbadaboum). Les intentions du festival sont louables. Un des partenaires principal du festival semble toutefois bien en décalage avec celles-ci. Il s’agit de l’entreprise Caterpillar. Cette entreprise est dénoncée depuis plusieurs années pour sa collaboration active avec l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. BDS Genève a écrit une lettre au président de l’association BimBadaBoum afin de l’enjoindre de cesser toute collaboration avec cette entreprise, proposé de le rencontrer,  afin de lui présenter la problématique particulière liée à l'entreprise Caterpillar. Cette lettre n'a pas reçu de réponse à ce jour.


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Bac à sable et mare de sang

C’est tout d’abord une mobilisation des parents qui a attiré l’attention de BDS-Genève sur cette situation. En effet, chaque été des parents, connaissant la responsabilité de Caterpillar dans les territoires occupés, s’étonnent que leurs enfants soient invités à jouer dans un bac à sable sur des camions jaunes marqué du signe Caterpillar dans un festival avec des visées aussi nobles que BimBadaBoum.

Pour rappel, la société Caterpillar fournit depuis les années 50 des bulldozers et pelleteuses à l’armée israélienne. Un modèle est spécialement blindé et outillé d’une mitrailleuse par Israel Military Industries Ltd, une entreprise d’Etat. Ce modèle, le bulldozer Caterpillar D9, est lui aussi fourni par Caterpillar. Des Caterpillar D9 sont actuellement présents aux côtés des chars et des batteries de l’artillerie israélienne dans l’offensive « bordure protectrice » qui se déroule à Gaza en ce mois de juillet et août 2014.[1] 

Le Caterpillar D9 est utilisé par l’armée israélienne pour démolir des maisons et ruiner des terres agricoles. Il a fait ses "preuves" dans la construction du mur de séparation en Cisjordanie, pour les infrastructures des colonies illégales israéliennes, routes, tunnels, etc., En mars 2011, six familles palestiniennes ont déposé une plainte pénale contre la filiale suisse du fabricant de machines de chantier Caterpillar. Motif: complicité de crime de guerre. Deux ONG, l'organisation TRIAL (Track Impunity Always- poursuivre l'impunité sans relâche), basée à Genève, et son homologie palestinien, Al-Haq (la vérité), ont soutenu la plainte contre Caterpillar Sàrl, dont le siège est à Genève.[2]

Certes, l'argent n'a peut-être pas d'odeur, mais quand ça pue, ça pue vraiment, et il est difficile de regarder ailleurs ou de faire comme si de rien n'était. 

Caterpillar et la destruction d’une culture

Des centaines de milliers d’arbres dont un grand nombre d’oliviers (environ 800'000 depuis 1967 dont plus de 550'000 entre 2000 et 2008[2] ) ont été arrachés par les véhicules de l’entreprise partenaire du festival BimBadaBoum ? De même, depuis 1967, plus de 28’000 bâtiments palestiniens ont été détruits par les forces d'occupation. Depuis le début des années 2000, entre 4'000 et 5'000 maisons palestiniennes ont été démolies dans le cadre d'opérations militaires et plus de 900 démolitions ont été ordonnées par l'administration civile israélienne.[3] 

Caterpillar, Bimbadaboum, festival, enfant, Israel, Palestine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une jeune femme pleine de vie, a été écrasée par un bulldozer Caterpillar, à Rafah (bande de Gaza), alors qu’elle se trouvait devant une maison qu’un bulldozer Caterpillar avait pour mission de raser[4].

En 2004, Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation, a interpellé directement le directeur de Caterpillar pour lui demander de cesser ses ventes à l’armée israélienne. A ce jour, il ne lui a pas encore été répondu[5].

En 2012, le rapporteur spécial des Nations Unies  sur les Territoires palestiniens occupés, Richard Falk, a relevé que Caterpillar a été « publiquement critiqué » par des organisations religieuses et des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch pour avoir fourni à l'État d'Israël du matériel, tel que bulldozers et engins de chantier, « utilisé pour démolir ou détruire des maisons, des écoles, des vergers, des oliveraies et des cultures palestiniens[6]».

Malgré ces interpellations, les engins de Caterpillar poursuivent leur oeuvre de destruction des biens palestiniens et de soutien à la colonisation et à l'Apartheid. L'attitude de Caterpillar face à ces interpellations depuis plus de 10 ans, a amené TIAA-CREF, un important fonds de pension (2012), et l'Église presbytérienne des Etats-Unis (2014), à désinvestir de cette entreprise[7].

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Une indignation citoyenne

BDS-Genève, sur l’impulsion des parents d’enfants fréquentant le festival BimBadaBoum, s’est décidé à écrire une lettre ouverte au président de l’association BimBadBoum, persuadé que ce dernier peut faire la différence.  En cessant immédiatement sa collaboration avec l’entreprise Caterpillar, il peut mettre fin au trouble  voisinage entre les valeurs environnementales et de tolérance que le festival BimBadaBoum souhaite promouvoir et l'action d’une entreprise impliquée dans des violations répétées des droits de l’homme, des crimes de guerre, et l’éradication planifiée de la surface de la terre d’une culture et de ses traditions millénaires. BDS-Genève a écrit une lettre ouverte le 11 août et demande à tout citoyen de bonne volonté de s’engager à la lire, la partager sur les réseaux sociaux, et y souscrire[8]

L'argent n'a pas d'odeur ? Pourtant quand ça pue, ça pue

Parce que le silence signifie la complicité, parce qu’il n’est pas désirable que des enfants jouent en Suisse sur les engins d’une entreprise directement responsable d’une entreprise de destruction planifiée d’enfants et d’une culture entière. Parce que les moyens d’agir existent et qu’ils peuvent être saisis. La solidarité entre citoyen-ne-s n’est pas un vain mot mais un moyen d’agir efficace et puissant qui a fait ses preuves tout au long de l’histoire. Pour ces raisons, ici même, à Genève, et partout où des entreprises responsables de la mort de peuple palestinien ont leur siège, nous devons les dénoncer et leur rendre la vie moins facile sans leur permettre de se redorer le blason facilement. 

Ici, à Genève comme partout où des entreprises soutiennent directement ou indirectement l’entreprise illégale de colonisation israélienne, il est possible de s'y opposer, demander des comptes et des explications, afin que celles-ci ne se poursuivent pas avec notre consentement leur oeuvre de destruction, mais soient stoppés par l'engagement citoyen.  

C'est au festival BimBadaBoum de se positionner désormais. Caterpillar se paie en l'état à peu de frais une image de compagnie proche des enfants alors qu'elle fait de l'argent en vendant du matériel qui en tue d'autres. BimBadaBoum veut-il vraiment cautionner et soutenir cette politique? Pour ma part, je pense que BimBadaBoum doit se prononcer et se repositionner avec un regain de cohérence.   



[1]Euronews, 6 août 2014, http://www.dailymotion.com/video/x22xt5x_israel-justifie-son-intervention-et-regrette-les-victimes-civiles_news?start=3  cf aussi Wikipedia, "IDF Caterpillar D9"  http://en.wikipedia.org/wiki/IDF_Caterpillar_D9


[2] http://www.amnesty.ch/fr/actuel/magazine/torture-9-11-un-tournant/israel-et-territoires-occupes-vers-la-fin-de-l2019impunite-des-entreprises

[3]Israël-Palestine. La Guerre des olives, Le Point, 2 décembre 2013  http://www.lepoint.fr/monde/israel-palestine-la-guerre-des-olives-02-12-2013-1763897_24.php

[4]The Israeli Committee Against House Demolitions, mars 2012  http://www.icahd.org/uk/node/458

[5]« Le jugement prononcé dans l'affaire Rachel Corrie illustre l'impunité de l'armée israélienne », Amnesty international, 29 août 2012  http://www.amnesty.org/fr/news/rachel-corrie-verdict-highlights-impunity-israeli-military-2012-08-29

[7]« Rapport du Rapporteur spécial sur la situation des Droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 », Nations Unies: Assemblée générale, 19 septembre 2012  http://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&docid=50a1099c2+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&lr=lang_es|lang_it|lang_fr

[8]« BDS Victory: TIAA-CREF dumps CAT Stock », Jewish Voice for Peace, 21 juin 2012  https://jewishvoiceforpeace.org/blog/bds-victory-tiaa-cref-dumps-cat-stock ; Jewish Voice for Peace applauds Presbyterian Church USA's vote to divest from companies that profit from Israeli Occupation  http://jewishvoiceforpeace.org/blog/jewish-voice-for-peace-applauds-presbyterian-church-usa-s-vote-to-dive  - See more at: http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/158-bds-fr/campagnes/bds-suisse/boycott-culturel-academique/883-festival-bimbadaboum-caterpillar-un-partenaire-non-recommendable#sthash.2xnKbP8N.dpuf

[9] http://www.bds-info.ch/data/docs/14_08_12_BDS_Lettre_ouverte_BimBadaBoum_Caterpillar.pdf

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04/08/2014

Qu'est-ce que cela peut vous foutre que l'on manifeste un peu ?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsIl y a une chanson de Georges Brassens, la mauvaise réputation qui dit : "au village sans prétention j'ai mauvaise réputation que je me démène ou que je reste cois, je passe pour une je-ne-sais-quoi. Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome". Pourquoi alors, depuis trois semaines, des oppositions, grincements de dents contre ceux que l'agression israélienne sur Gaza révulse, et qui le disent haut et fort? Pour paraphraser Brassens : nous ne faisons pourtant de tort à personne en allant manifester un peu.

Ce qui devrait susciter le débat, c'est que nous ne soyons pas encore plus nombreux, plus forts, non pas que nous soyons encore là; que le silence gêné ou l'indignation molle aie encore une telle cote et tant de supporters. Pourtant, la démocratie, c'est bien cela, non, ouvrir des lieux de débat et d'expression, et pas seulement sur facebook ? 

L'agression d'Israël sur Gaza, sur des femmes et des enfants, a vu se lever des citoyen-ne-s descendus spontanément dans la rue, quotidiennement à la place Bel Air à Genève; à la place Saint-Laurent à Lausanne, etc., des débats ont lieu, donnant lieu à des échanges de point de vue, une réaffirmation de solidarité avec les palestinien-ne-s assiégé-e-s.

Car enfin, si vous vous faisiez taper dessus au coin d'une rue, n'auriez vous pas le désir que quelqu'un se lève et dise non, essaie à tout le moins d'arrêter votre agresseur, le retienne par la manche, de quelque manière que ce soit? Et ce d'autant plus si c'est tous les soirs, que vous vous faites péter la gueule, depuis plus de 60 ans? Et ne seriez-vous pas doublement blessés si ceux qui vous regardent vous faire battre ne remuaient pas les lèvres, prétextant mille et une raison pour regarder ailleurs tout en serinant les grands principes de droit international?  Ô vous frères humains.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJuste dire NON

Des rassemblements, des cortèges sont nés, autant d'occasion de dire NON, cela n'est pas juste. NON, il est impossible de laisser faire cela en se taisant. NON. Stop au massacre. Assez. Le bon vieux principe du "qui ne dit mot consent" doit être cassé. Nous refusons d'être complices. En regard du silence de la Suisse, du manque de courage de la plupart des états européens (en regard de l'Amérique latine notamment), il n'est pas possible que cette guerre d'extermination se déroule sans réaction. Triste, fade gouvernement français, qui a essayé de museler l'indignation ne faisant au final que souffler sur ses braises.

A la place Bel Air, une indignation et un débat citoyen a poussé, dans le prolongement de ce qui se passe sur les réseaux sociaux et dans le désir d'une rencontre collective, afin de construire des actions, exprimer d'une manière constructive une révolte. J'ai été surpris pourtant de la vigueur des oppositions rencontrées ici et là.   

-  Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce conflit uniquement? 

Ce n'est pas juste contre cette agression que les gens se mobilisent. Pour ma part, j'étais dans la rue lors de l'intervention américaine en Irak, j'ai signé la pétition contre les violences faites aux chrétiens d'Irak. J'étais dans la rue pour lutter contre la violence des armes. Je suis dans la rue régulièrement pour défendre les droits sociaux, signer des pétitions, des initiatives populaires, contre les révisions successives du droit d'asile. Je suis dans la rue, chaque fois qu'un recul social ou qu'un état, un parti, s'arroge, au nom du pouvoir ou de sa puissance économique, de s'asseoir sur la figure d'êtres humains, chaque fois que je crois qu'un engagement quel qu'il soit, puisse faire la plus petite différence possible. C'est souvent les mêmes personnes que je vois alentour, malheureusement. J'agis en regard de la règle d'or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, entendue comme : ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. C'est grave docteur?

- Mais pourquoi ce conflit là ?

Parce que ce conflit a une intensité particulière. Pour des raisons historiques, géographiques, il est un test, un révélateur. Parce qu'Israël se réclame de l'Europe, de la démocratie, que sa situation géographique et politique en fait un épicentre. Parce que l'Europe a constitué le problème palestino-israélien. Parce que l'on est placé devant le dernier état colonisateur à ne pas avoir été remis à sa place lors des mouvements émancipateurs nationaux des années 60-70. Parce qu'il se joue là quelque chose de notre sécurité aussi, directement, dans le combat particulier d'un peuple (et peut-être déjà de deux peuples), contre un pouvoir militaro-économique qui veut en faire de la chaire à canon ou de la pâte à terroriste uniquement.

- Ne croyez-vous pas que ce conflit ne nous concerne pas? C'est une histoire entre les arabes et les juifs. 

Faux. Ce conflit a été crée par l'Europe qui s'est déculpabilisée du génocide commis contre les juifs à peu de frais, signant un blanc seing pour la création d'un pays au milieu d'une population qui en a été chassée. L'Europe porte une responsabilité, qu'elle continue d'aggraver en soutenant inconditionnellement Israël, en refusant de revoir ses relations avec cet état à l'aune de son évolution récente. Pourquoi inviter royalement Israël à l'eurovision, apprécier la participation de ses clubs au championnat d'Europe de football, de basketball, etc., continuer de nourrir un commerce fleurissant avec une entité qui ne respecte pas les règles du droit international, les viole même en toute impunité, tout en prétendant en propager les valeurs. Dans un avion pour Jérusalem un jeune homme regarde le film 'fight club" sur son ordinateur il a été rappelé d'Angleterre où il vit pour aller se battre a Gaza. Mais il va combattre pour qui et pour quoi en fait ? 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Ne devons-nous pas nous contenter de fournir une aide humanitaire sans nous mêler de politique?  

Non. Ce conflit nous engage parce que nous paierons comme nous avons payé les dernières fois et continuerons de payer pour l'aide humanitaire et la reconstruction de Gaza, qui sera encore rasée dans deux ou trois ans. Nous mettons la main au porte-monnaie pour des programmes qui sont ensuite dévastés. C'est absurde. Continuerons-nous encore longtemps de payer pour rien? A construire ce qu'Israël détruit, puis payer encore pour la reconstruction? C'est coûteux et inutile comme "aide" et maintient dans un état de vie a minima une population exsangue. Vous soutenez cela?

- Vous devriez arrêter avec votre morale. Vous n'êtes pas meilleurs que les autres.

Il ne s'agit pas d'être meilleur que quiconque. Il s'agit de rappeler le droit, et de le faire appliquer, pour toutes et tous. Sinon, les grands principes de la démocratie ne valent pas tripette, et ne résisteront pas longtemps s'ils demeurent soumis à des double standards réservés à un club select qui les applique au détriment d'autres et selon une géométrie variable. Si les crimes d'Israël nous amènent la complicité et au silence, qu'est-ce qui nous fera encore bouger ? Un tsunami, un téléthon? Une coupe du monde? Ceci dit, ce n'est pas pour se prétendre meilleur que quiconque, plutôt pour ne pas être pire que les autres en prétendant faire régulièrement une morale au nom de valeurs que nous ne respectons pas ou si peu ou en choisissant pour seule boussole la voie du cynisme et du repli sur soi.  

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste.

Il est grave de qualifier de terroriste tout mouvement de résistance pour ensuite décrédibiliser ceux qui le portent, les considérant comme quantité négligeable pour les éliminer facilement, sans honte. Leur statut d'humains, d'individus sentant, pensant, aimant, leur aura été retiré. Cette rhétorique qui déshumanise, permet de tuer sans même en assumer la portée. Ainsi, ce ne sont déjà plus des humains qui sont supprimés, mais des moins-que-rien. Il y a probablement en ce moment 1.8 millions de gazaouis qui se réclament du Hamas. Israël va tous les éradiquer? Demandez à un jeune palestinien de Cisjordanie qui est le Hamas. Il vous dira: nous tous, le peuple Palestinien. Israël va donc tous les éradiquer? Jusqu'à combien de morts trouverons-nous cela "justifiable"? Cette rhétorique perverse est un poison. Nous en avons été gavés ces dernières années par Georges Bush et les neo-conservateurs américains qui ont fabriqué des terroristes à la pelle. Poutine a appliqué ce principe en Tchétchénie; Israël, depuis longtemps, l'exerce sur les palestiniens, créant des sources innombrables de conflits en désignant les "terroristes" selon des desiderata politiques pour les dégommer sans sourciller.

- Le Hamas a dans sa charte la destruction d'Israël.

Pourtant, à de nombreuses reprises le Hamas a affirmé être prêt à une Houdna (trêve) indéterminée, pour autant qu'Israël se retire des territoires occupés. Jusqu'à récemment, le Hamas a reconnu être prêt à cesser les combats, si Israël arrêtait ses bombardements et cessait le blocus de Gaza. L'OLP a lui aussi longtemps eu dans sa charte la destruction d'Israël, avant de la retirer. Preuve que le dialogue fonctionne et que les positions évoluent. Il faut comprendre qu'il s'agit là de moyens de maximaliser des postures. Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, voilà la question. Et quand est-ce qu'Israël comprendra que ses "victoires" militaires, acquises au prix d'une défaite politique et morale, et une surenchère dans la violence, l'amènent petit à petit au bord du précipice ? Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, pour vivre en paix avec ses voisins, dites-moi ? J'entends : rien, parce que ce sont des terroristes. Et j'entends, de même, les voix fortes, dominantes voulant un grand Israël, continuer d'avoir dans leurs chartes et leurs plans, la réalisation d'un état recouvrant  tout le territoire palestinien.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- N'êtes-vous pas un peu antisémite pour être aussi critique envers Israël?

La politique antisémite, c'est celle qui importe des colons n'ayant jamais mis les pieds au moyen-orient, des quatre coins de la planète, les poussant dans un environnement qui leur est étranger et sans regard pour les autres peuples y pré-existant. La véritable politique antisémite c'est celle qui, au nom d'un principe religieux, politique, ou religio-politique: le sionisme, mène une guerre d'épuration ethnique et considère comme quantité négligeables celle et ceux qui ne rentrent pas dans son schéma de pensée. La véritable politique antisémite, c'est peut être aussi celle qui accepte tacitement que deux peuples sémites (pour autant que l'on assume cette taxinomie) se déchirent et s'en lave les mains. Enfin, le plus grand antisémite, est peut-être celui qui lance cette accusation à gorge déployée trop facilement quand une critique est adressée à Israël, aggravant le ressentiment et la perception d'un débat entravé, en en dévoyant ainsi le contenu au détriment même de ceux qu'elle prétend protéger. 

- Vous manifestez, grand bien vous fasse, pourquoi ne le faites-vous pas avec un drapeau de chaque pays, pour la paix ?

Parce que la paix sans la justice ne tiendra jamais; et que dans ce conflit, il y a clairement une politique coloniale menée par un état expansionniste qui a toujours refusé de donner une limite à ses frontières. Parce que les victimes de ce conflit ne se trouvent clairement pas des deux cotés du mur, mais que la dimension asymétrique du rapport de force et du rapport des deuils, depuis plus de 60 ans, font que se promener avec un drapeau dans chaque main serait un affront pour le peuple Palestinien, et une manière écoeurante, au nom de notre bonne morale européenne d'affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou pire encore, se rassurer: joie amour et paix, serrez-vous la main maintenant. Après avoir exporté ce conflit, de chercher à tout prix à en importer une paix de la conscience.

- Ce conflit n'aura pas de fin, vous vous fatiguez pour rien.

Il n'y a pas de fins, il n'y a que des moyens. Le mouvement du BDS ( Boycott, Désinvestissement, et Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) est une voie de progrès pour ne pas rester inactifs et agir concrètement pour soutenir le peuple Palestinien dans sa lutte pour la survie. Un jour à la fois. 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Vous devriez vous occuper de vos affaires.

Ce sont mes affaires. Comme européen, comme chrétien, comme méditerranéen, comme citoyen, comme humain. Si je ne m'occupe pas de celles-là, "mes affaires" sont bonnes pour la poubelle, ou alors, elles se rétrécissent comme peau de chagrin. Certes, je pourrai toujours me concentrer sur le tri des déchets jusqu'à la fin de mes jours : verre rouge, verre blanc, aluminium d'un côté, en voilà des enjeux à notre portée.

- N'avez-vous donc rien de mieux à faire que de manifester?

Si, je préférerai. Mais pourquoi est-ce que cela vous emmerde tant que l'on manifeste en solidarité avec un peuple pour son droit à l'autodétermination, que des citoyen-ne-s se mobilisent, parlent, écrivent, inventent encore des moyens de créer des solidarités et soutenir la vie. Et puis, comment se fait-il que vous vous manifestiez si peu ou alors pour râler uniquement, et n'organisiez pas au moins une belle manifestation pour le droit de dormir en paix, le silence des pantoufles, ne plus être dérangé par le tumulte du monde et les cris des gamins brûlés?

Vous me direz peut-être qu'il n'y a plus besoin de manifester pour les gamins brûlés, c'est devenu notre quotidien télévisuel, ainsi va le monde, on n'y peut rien changer. Je vous répondrai pour finir ceci: ainsi va peut-être notre monde, mais c'est la direction que nous choisissons de lui donner. Qu'est-ce qui a pu s'endormir pour que le silence et l'impuissance semblent l'emporter si facilement sur l'indignation et la solidarité? Ou plutôt : qu'est-ce qui n'a pas encore été réveillé et secoué pour que l'on sorte de la torpeur. Et surtout: que faudra-t-il encore attendre de ce monde lorsque le dernier des manifestants aura choisi de rester chez lui devant sa télé et fermé les fenêtres pour ne pas sentir l'odeur des enfants  brûlés?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJe ne sais pas.

Mais rien qu'à y penser, je trouve à me manifester encore.

Une raison d'être en mouvement, d'écrire et partager ce texte. 

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31/07/2014

Gaza: cette guerre n'est pas une guerre défensive

Plus les jours passent, plus le masque tombe. Il n'y a pas d'opération "protective edge" (bouclier protecteur) mené par l'Etat d'israël à Gaza. Il n'y a pas de guerre défensive. Il y a maintenant 1'364 morts à Gaza, plus de 7'000 blessés, 400'000 déplacés, 75 km2 de territoires conquis sur le terrain par Israël. Les victimes sont les femmes, les enfants, les civils. Ce sont désormais des dizaines et des dizaines de civils qui s'entassent dans des "appartements" sans eau, sans électricité, dans des conditions de salubrité effroyable et sous la menace quotidienne des bombes. L'unique central électrique de Gaza a sauté, les habitant-e-s obtiennent deux heures d'électricité par jour. Peut-on imaginer cela sans prendre position? Sur les bords de la Méditerranée, 130km plus au nord, les plages touristiques de Tel Aviv sont, elles, toujours aussi bien vendues auprès des touristes occidentaux par les chambres de commerce israéliennes. Tel Aviv, ville de fête et d'insouciance! "Tel-Aviv, la fête à tout prix. On a beau nous parler à longueur de journaux télévisés du conflit israélo-palestinien, Tel-Aviv reste une ville joyeuse, bouillonnante, décontractée, où l’insouciance est érigée en résistance".* Alors quoi : les familles courent sous les roquettes et l'angoisse domine en israël, ou la vie se poursuit presque à l'identique, sur les plages et au soleil pendant qu'à Gaza les humains meurent à la pelle ?

Une entreprise méthodique et planifiée de destruction

A Gaza, des personnes ont perdu 3, 7, 11 membres de leur famille! Plus de 200 enfants ont été tué. C'est une génération d'orphelins, de  veufs de familles brisées que l'état d'israël, par sa stratégie jusqu'au-boutiste, est en train de fabriquer. C'est un coup radical qu'Israël porte à la paix. Mohammed Abbas, le modéré, est volontairement isolé par israël. Non, il est impossible de se taire et de ne pas dénoncer la stratégie qui vise à pousser la colonisation toujours plus avant, en jouant la partition du pire, tenant et agitant la barbichette des extrémistes. A Gaza, les hôpitaux fonctionnent 24/24 et manquent de matériel de rechange, les stocks sont épuisés, 3 hôpitaux ont dû fermer. Des écoles, des hôpitaux sont bombardés. Chaque jour apporte son lot de crimes et de sang; de nouveaux massacres commis par l'armée israélienne en violation des droits fondamentaux du peuple palestinien. Ce n'est plus, depuis de nombreux jours, de légitime défense qu'il s'agit.  

La seule stratégie qui pourra assurer la paix est connue: Reconnaissance de l'Etat Palestinien avec Jérusalem-Est est comme capitale, sur les frontières de 1967, avec un retour négocié des réfugiés de 1948. Les personnes de bonne volonté, prêt à faire des concessions côté Palestinien existent. Même le Hamas a affirmé à plusieurs reprises être prêt à négocier pour autant qu'Israël arrête les bombardements.** Alors quoi? Pourquoi cette boucherie se poursuit-elle ?    

Rester neutres?

Devant cette barbarie, rester neutre, c'est choisir d'être complice, tacitement, silencieusement. Certains, à Genève, voudraient que soit brandi le drapeau israélien dans des manifestations, en signe d'équité. La belle affaire. Pour les personnes qui se tiennent en solidarité avec le peuple palestinien (civils, femmes et enfants), et pour ceux qui croient dans l'avenir d'une coexistence pacifique possible, il y a quelque chose d'extrêmement choquant de réclamer la présence de ce drapeau dans des manifestations en solidarité avec le peuple palestinien ou d'appel à la "neutralité".

Aujourd'hui, le drapeau israélien ne peut être brandi comme un drapeau de paix. Il baigne dans le sang. Aujourd'hui la stratégie de fuite en avant de l'état d'Israël va à l'encontre des intérêts de sa population et des vies environnantes. En tant qu'état dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse a une responsabilité particulière pour l'application du droit international humanitaire; en tant qu'êtres humains, nous ne pouvons rester silencieux ou croire la propagande qui d'une guerre défensive de l'état d'israël à Gaza. 


Samedi 2 août 2014 à 15h. Manifestation de soutien avec le peuple palestinien, Berne, Place Fédérale.


* http://www.israelvalley.com/news/2013/04/09/39668/la-plage-tel-aviv-semble-bien-avoir-invente-le-mouvement-perpetuel

** http://www.humanite.fr/le-hamas-pret-negocier-si-les-bombardements-cessent-547306

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22/07/2014

La poésie est une faiblesse inarrêtable

Que peut la poésie? Vendredi 25 juillet à midi et au soir, dans le cadre du mouvement poétique mondial, des poètes genevois liront leurs textes dans un geste de faiblesse inarrêtable. 

Conflit israélien, agressions, conflit ukrainien, violences, catastrophes en tout genre, on entend de plus en plus : le monde est malade, miné, le monde est foutu, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Le désarroi et l'impuissance rivalisent avec la violence ; il semble qu'il n'y ait pas de réponses ou de solutions devant la brutalité du monde qui décape toutes bonnes volontés et l'empathie que nous abritons d'une manière innée.

Alors quoi, pour ne pas être blessé il faudrait ne plus voir? Comment résister contre les forces qui nous font désespérer, d'abord du monde, ensuite des autres et au final de nous-même? Comment remettre des liens et de l'ordre entre ces différents niveaux et ne pas céder au pessimisme, au spectre trompeur des news qui montrent le conflictuel et le douloureux au détriment des réalisations et de la joie ; des forces de paix et de réinvention à l'oeuvre quotidiennement? 

Comment dire

Comment ne pas chercher la joie et le positif d'une manière tronquée en s'aveuglant pour partie afin de pouvoir continuer d'avancer sans hurler de douleur à chaque pas? Il faudrait donc gober la pornographie du sang et des larmes autorisée au moins de 12 ans à l'heure du journal télévisé ; continuer d'absorber le goutte-à-goutte des mauvaises nouvelles en intraveineuse et sur onde moyenne, demeurer silencieux ou se replier sur soi? 

Comment dire

La méthode Coué ou les antidépresseurs: une alternative? Moindre mal qui sait.. se doper, se shooter pour tenir le coup, s'égayer un peu? Ce qui se passe là-bas se trame ici. Ce qui se dévide ici à des répercussions là-bas. On nous a vendu un monde global et inter relié, comment l'économie pourrait-elle l'être et notre humanité résorbée ou confinée à la sphère familiale ou au cercle des plus proches, dans un pur réflexe tribal. Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui. Le business serait global et libre et notre capacité d'action et d'indignation n'irait pas plus loin qu'un clic sur une pétition Avaaz? Il serait possible d'avoir les avantages de la soi-dite mondialisation avec des billets d'avion pas cher -super- et la liberté de voyager, sans en payer "le prix", c'est-à-dire un plus grand engagement et une plus grande responsabilité envers les conditions de production, de partage, et de vie des autres humains? Tel Aviv : 79.- avec Easy Jet. Et ce qui se déroule 71 km plus bas: rien à foutre et aucune prise dessus? 

La culture : une rotative

Accueillir ce monde en sensibilité sans s'anesthésier ou être frappé d'handicap par la violence des forces en jeu est un défi; continuer de le penser et d'y tenir son rang sans lâcher prise et être relégué à celui d'amibe consommateur, une épreuve. La culture joue un rôle essentiel de rotative pour métaboliser la boue des journaux télévisés en ferments de vie et le purin des conflits en germes de possibles. Nous croyons au langage. Nous croyons à la poésie comme force mondiale de changement à portée de chacun-e-. Nous croyons que nous changerons le monde quand nous changerons notre manière de le raconter et de croire ou non à ses fables; quand nous fabriquerons un nouveau langage pour le dire; quand nous saurons résister aux forces de destruction, quand nous saurons entendre au travers des mots la sincérité qu'ils portent et l'esprit qui les anime ou non. Quand nous serons tous les jours un peu plus nombreux à être faibles, mais actifs, donc inarrêtables. La culture est une ligne de front collective pas un outil de décoration de supermarchés ou de musées.        

Mouvement poétique mondial

Le mouvement poétique mondial a été fondé dans le contexte de la rencontre mondiale des directeurs de 37 festival international de poésie, à Medellin, Colombie en juillet 2011. Il a pour objectif d'être un lieu de convergence et de création. Il regroupe sur son site (www.wpm2011.org) des annonces d'événements, de lectures et de prises de positions poétiques sur tous les continents. Il milite en faveur de la poésie et de la paix, par des gestes infimes, des actions performatives, ou de grands festivals. Il se donne pour objectif la reconstruction de l'esprit humain, la réconciliation et la préservation de la nature, l'unité culturelle et la diversité des peuples. Le mouvement poétique mondial lutte contre la misère matérielle. Il soutient des actions pour un mouvement global de la poésie. Ni bombes ou roquettes. Bombes et roquettes plutôt: l'arc des mots. 

Vendredi 25 juillet : actions poétiques à Genève

Vendredi 25 juillet 2014, dans le cadre du Mouvement poétique mondial, les poètes genevois Patrice Duret, Vince Fasciani, Heike Fiedler, Jean Firmann, Laure Mi Hyun Croset, Isabelle Sbrissa et Sylvain Thévoz liront leurs textes, individuellement, ensemble, voix de résistance collective devant les forces d'anonymat, de désindividualisation, de l'à-quoi bon et de la lassitude.      

Ces textes seront partagés à midi tout d'abord au Geneva Centre for human rights advancement and global dialogue, 37-39 rue de Vermont. Puis à 20h au Code Bar, rue Baulacre 10.

Ces deux moments, se dérouleront dans un lieu de la "Genève internationale" puis dans un lieu de la "Genève associative" au sein de l'association Carrefour rue luttant contre la précarité sociale. Ces deux moments tisseront des liens entre ces deux Genève. Si global et local sont véritablement intriqués, il est nécessaire que les liens qui les unissent soient resserrés. Ces moments de lecture seront une opportunité de rencontre et de partage. Ils seront suivis d'une verrée et d'un temps d'échange avec le public.

 
Que peut la poésie?

Le mouvement mondial pour la poésie défend le fait que le développement socio-culturel pour le changement est essentiel afin de composer de nouvelles manière de voir et d'envisager le monde. Il vise à susciter de nouvelles attitudes. Pour affronter un monde nouveau nous nécessitons des langages renouvelés pour le re-penser. Nos vieux langages sont fatigués (et fatigants), les "spécialistes", bien souvent les mêmes, et pour certains indéboulonnable, remâchent des postures éculées. Les "faiseurs d'opinion" usinent un langage convenu et produisent de la domination à la chaîne. La poésie nous aide à faire reset. La poésie est une faiblesse inarrêtable. Et comme l'écrivait Mahmoud Darwich (entretiens sur la poésie) c'est peut-être dans cette fragilité qu'il faut trouver la force de continuer et de creuser la résistance alors que la mort fait son siège des territoires habités.    


"Je souhaite être un poète troyen. Je ne suis pas le poète de la victoire, tout simplement parce que nous ne sommes pas victorieux. Et puis, même si nous l'étions, je ne suis pas sûr de pouvoir célébrer la victoire, tant je me suis habitué, poétiquement aux défaites. Je me demande d'ailleurs s'il existe des poètes de la victoire, si la poésie n'est pas toujours l'alliée des perdants, elle qui regarde passer les armées impériales sans s'émouvoir. L'armée d'Alexandre est moins poétique que l'enfant qui la voit défiler, et ce ne sont pas les casques des soldats qui intéressent le poète mais l'herbe qui pourrait y pousser. Non ! Je ne suis pas un poète d'élégies funèbres. Je suis un poète assiégé par la mort."

Ce sera par le fait de changer les mots, subvertir les mécaniques, que les rouleaux compresseurs deviendront des rotatives ; en se réappropriant le langage que les lignes bougeront. Pour que l'interculturalité, la diversité, l'inclusion, la justice ne soient pas des phrases creuses accaparées par d'autres, ils doivent s'ancrer dans des mots d'abord, qui seront des actes, et des actions ensuite. "Ce ne sont que des mots ", "ils jouent avec les mots" Non, ce ne sont pas seulement des mots, le blabla de la langue qui traîne par terre, lavasse, mais des armes à portée de tous, à affûter.    

La poésie est une puissance mondiale

La poésie est une puissance mondiale, intime et fracturée. Elle laisse passer la lumière, tisse des liens. Elle montre sans exclure, dégage du possible, rassemble, faiblesse inarrêtable, insuffisante toujours, essentielle pourtant, pour ne pas céder devant les forces d'atomisation et de destruction qui avancent ici, là-bas, sans arrêt, avec des bombes à fragmentation ou à retardement. "Qui impose son récit hérite la terre du récit" écrivait Mahmoud Darwich.

Oui.

C'est vrai.

patrice duret,vince fasciani,heike fiedler,jean firmann,laure mi hyun croset,isabelle sbrissa,sylvain thévoz,wpm,poésie,lecture

03/07/2014

Genève entre mythe et réalité

xc.pngSommes-nous trop sur terre? L'impôt est-il un cadeau ou un fardeau ? Pour vivre à Genève faut-il forcément aller habiter en France ? Est-ce nécessaire de construire une autoroute à 4 voies dans la rade? A quoi sert la culture, coûte-t-elle trop chère? Voilà quelques unes des questions abordées sérieusement mais sous l'angle de l'humour et avec esprit dans ce numéro 34 du journal Causes Communes.


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29/06/2014

Demain on sera champions du monde

C'est parti pour les hymnes, on aime ou on aime pas, ça fait toujours son effet: sur nos monts quand le soleil annonce allons enfants de la patrie, demain on sera champion du monde. On se regarde le nombril on twitte on s'en régale, c'est pas tous les jours que l'on redouble le 1e août. L'Islande, Chypre la Norvège et le Honduras, on les a liquidés tout de même, ça nous permet d'avoir des prétentions: cette année on sera champions du monde.  

Les chauvins c'est toi qui dit qui est

On peut dire du mal des français on peut les haïr les mépriser ce sont les pires chauvins nationalistes qui disent qui sont. On peut dire : je supporte la Suisse et n'importe quelle équipe qui battra la France et se rapprocher du camp de ceux qui disent: je supporte toute équipe qui battra l'Algérie, surtout si c'est l'Allemagne on peut laisser courir son racisme fleurir son complexe d'infériorité, sa mesquinerie. Le foot autorise / atomise tout. Il n'y a pas que le foot dans la vie, non, il y a le chauvinisme aussi. 

Marignan Manaus même combat

On peut mordre une épaule, donner un coup de boule, se rouler par terre pour rien, on peut prendre le ballon de la main, arracher le tibia de son adversaire, refaire le match mille fois entre le bureau et la chambre à coucher, tomber tomber encore faire semblant de tenir debout, traiter les autres de fils de P**** être d'une formidable mauvaise foi, crier sur la mamy qui passe devant l'écran, klaxonner comme des brutes rouler comme des mules, hoqueter seul dans son coin. Assister aux retournements de veste des commentateurs télé (plus versatiles qu'eux tu meurs) est un spectacle en soi. On ne leur jette pas la balle, on a vu les lettres et courriels qui arrivent à la RTS: soyez plus plus fiers d'être Suisse, ne soyez pas commentateurs, soyez harangueurs. Il faut hisser haut le drapeau, montrer son enthousiasme. Marignan 1515, Manaus 2014, la bataille a commencé, ce sera le même combat. La Suisse a battu le Honduras. Les mercenaires de Milan, de la Juventus de Turin ont bien fait leur boulot. Un jour bientôt, on sera champions du monde. Hop Suisse.

y'a de la joie

Héros ou zéro à quoi ça tient? Vae victis, malheur aux vaincus, mieux vaut mordre, arracher un oeil, que perdre, c'est clair. On pardonnera tout au vainqueur, à la guerre comme à la guerre. Demande à Maradona ce qu'il en pense. Il te dira le bien pour Suarez. Amen. Ils doivent tout donner, mourir sur le terrain s'il le faut. Cours donc espèce de chèvre, sous un soleil à 30 degrés, mais boire une bière tiède devant eux, c'est exclu. S'il faut faire les valises replier les maillots les shorts les chaussettes, ce sera fait, mais d'ici là on peut rêver encore et montrer qu'au klaxon on est très adroits, à la vénération du maillot, au niveau des meilleurs.

On est les champions

Pour l'instant, ne plus parler boulot politique amour poésie; tant que le ballon roule on continue d'exister. Quand il s'arrêtera il y aura peut-être le tour de France pour se consoler. Enfin, non, pas le tour de France, il y a trop de drogués, c'est un milieu qui n'est pas très sain...

On jour bientôt demain on sera champions du monde

On battra l'Argentine mardi je vous le dis et le Brésil derrière, de quoi tous les dégoûter. La petite Suisse deviendra grande, énorme. Elle fera sauter la banque.   

Et sinon je casse ma télé, soutiendrai uniquement l'équipe suisse de Hockey.Mais je préfère ne pas y penser. Demain, on sera champions du monde. Si ce n'est pas le cas, reste à prier pour que la France perde; petit dopant nationaliste, Viagra pestilentiel pour les faibles.   


09:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coupe du monde, nationalisme, chauvinisme, marignan, manaus, même combat, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/06/2014

Marque ou crève

Les bières le coca cola cool au frais. Les chips sur la table, crackers déposés sur un coin de table, drapeau ajusté au balcon, bien accroché autour des bégonias. L'appartement ripoliné pour les copains, tout est propret, c'est joli, tout bien, les voisins sont avertis, mais ce n'est pas ce soir qu'on va rigoler. Ce soir, c'est match couperet. On a les boules ou les foies c'est selon. Les têtes vont tomber. Guillotine pour le perdant : marque ou crève désormais. Il va y avoir du sport oui; le coupe-coupe du résultat sous les chip chip des sifflets de l'arbitre. Mourir ou pas, survivre ou non, telle est la question. Même en petits morceaux, il faut passer ce stade.

On dit facilement on

Nous on va passer l'épaule, on mettra le pied devant, l'orteil dans le frigo, le gigot sur la broche, l'arcade sourcilière s'il le faut. Tant pis pour le vase du salon, la paix du couple, ce joli concert à la fête de la musique qu'on avait repéré.

Maintenant, on dit on tout le temps, on dit on quand on achète les saucisses Shaqiri à la Coop, les barres de céréales Drmic à Denner; on dit on quand on boit le coca cola Behrami, on se gratte le slip en même temps que l'équipe forme le mur : mimétisme.

On dit on, on sourit un peu, on va gagner : champion du monde c'est possible, tiens. Hitzfeld hissé sur un char fleuri dans les rues de Berne, imagine le spectacle, le champagne sur les pavés. On a quand même battu l'Islande, Chypre et l'Albanie... même le Honduras y est passé. On est maintenant presque les favoris. Tiens reprends un peu d'opium. On carbure à l'hélium. Soyons euphoriques, de bons nationalistes. Le drapeau c'est si beau. Tsouin tsouin. Le football et le sport le servent si bien.

Ne soyons pas gentils: gagnons

Il faut bouffer l'adversaire, l'avaler tout cru, mais pas le mordre c'est interdit. Il faut être agressif, avoir faim de ballons, dévorer les espaces, bouffer le gazon comme disent les "spécialistes". Libre champ aux pulsions orales et sadiques, aux métaphores guerrières. Le foot c'est la baston: il faut "relever le défi physique". Vive le culturisme.

Si perdre c'est mourir, gagner c'est juste survivre jusqu'au prochain combat. La faim justifie les milieux de terrain. Ne soyons pas trop gentils, sous-entendus: cessons d'être fair-play: gagnons! Et malheur aux vaincus!  Il y aura de toute façon toujours un jet pour les ramener chez eux. Un jacuzzi qui les attend à la maison.    

La foule mon copain

On trie ses amis: ceux qui n'aiment pas le foot, les rabats-joies : loin. Ceux qui l'aiment mais soutiennent une équipe adverse : suspects, on s'en méfie. Les grincheux s'autocensurent. Il faut applaudir longtemps, être très aigri si l'on perd, retirer le drapeau du balcon en maugréant.

Avant le foot, on n'avait pas grand chose à se dire. Avec le foot, on n'arrive plus à faire semblant. Heureusement, il y a les 7000 anonymes de la fan zone avec qui on communie devant l'écran. Hors-jeu les amis qui vont à l'ADC ou à la Bâtie. Le Mondial c'est un galop d'essai avant les fêtes de Genève. Rien de tel qu'une compétition pour se mettre dans l'ambiance olé olé de l'été.  

Le mondial commence demain

Eliminations directes. Le mondial commence vraiment. Avant, c'était pour débroussailler. Désormais on coupe vraiment. Vive les soldes, tout doit disparaître... sauf un, qui aura le gros lot et le bisou de Blatter. Vae victis, malheur aux vaincus; et pour les gagnants: bonus et primes de match à gogo. Un nouveau coupé BMW, et la Une dans la presse. 

Le Mondial commence seulement maintenant. L'Angleterre, le Portugal, l'Italie apprécieront: éliminés avant d'avoir commencé. Leurs supporters ont maintenant droit à un second choix. Regarder du football, c'est avant tout se choisir un vainqueur, s'ouvrir l'appétit avec un produit phare, puis se dénicher une occasion pour compenser.

Pendant des années: tout faire pour se projeter au mondial. Une fois qu'on y est, tout faire pour y rester. Une fois expulsé: tout faire pour y retourner à la prochaine édition. Le Mondial commence demain. Il n'a pas de fin.

Il faut imaginer Sisyphe jonglant avec un ballon.

Guillaume Tell tirant un pénalty devant une foule d'ébahis.

Et marque ou crève.

   

24/06/2014

Trois mamans israéliennes prises en otage par la raison d'Etat

Ce sont trois mères qui prétendent venir à l'ONU crier leur douleur de voir leurs 3 adolescents israéliens kidnappés dans les territoires de Palestine occupée. Ce sont surtout trois mères qui viennent sans preuve accuser le Hamas, coller l'adjectif bien utile de "terroriste" sur des actes dont on ignore pour l'instant la portée et qui en sont les véritables commanditaires. Ce sont trois mères qui se font porte-parole d'une raison d'Etat; des mères égarées qui se moquent de la douleur de toutes les autres mères, celles d'en face, quand on leur annonce que la "riposte" israélienne a elle enfermé 360 Palestiniens, que 4 personnes ont été tuées, dont un enfant et un handicapé mental. Elles, elles sont venues parler de leur enfant à eux. Ce qui arrive à ceux d'en face, ne les intéresse pas. Elles le passent sous silence et le rejettent dans une indécence sans limite en faisant de la souffrance des mères une arme de communication.       

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19:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, knesset, otages, israél, palestine | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/06/2014

Barazzone.com : le bug de l'apprenti jardinier

Le plan comm' était presque parfait. Nommer urbanature© le déplacement de quelques moutons du parc de la Bâtie au parc Lagrange et la pose de sièges en plastoc verts comme mobilier urbain en mettant un peu de gazon synthétique dessus aurait pu être le plan comm' de l'été. Décorer les places d'orangers, de citroniers, de grenadiers (et pourquoi pas de cocotiers pendant qu'on y est), aurait pu être la petite touche de "nature" sudiste dont l'agriculture de proximité se serait bien passée sans que l'on ne trouve rien à y redire tellement c'était bien emballé. Faire travailler les employés du service des espaces verts à lever et déposer des bacs alors qu'ils n'ont plus le temps de s'occuper des parcs, les mener en bateau lorsqu'ils viennent manifester, aurait pu être habilement dissimulé derrière des écrans de fougères. Mais voilà, le plan comm' de Barazzone a buggé à cause de quelques foutus lauriers-roses. Et quand la comm' arrête de faire écran, que découvre-t-on: beaucoup de vent, pas de racines, et le trouillomètre à zéro du magistrat, apprenti jardinier. Le bug de comm', c'est quel type d'insecte déjà?  

Le pot aux roses 

A peine quelques habitants se sont-ils plaints du risque de toxicité de la plante, que les malheureux lauriers-rose déposés par bacs aux Pâquis ont été retiré fissa. De Toulouse à Marseille, on rigole encore de ce retrait précipité. Peuchère, combien il y a-t-il d'espèces dangereuses dans les parcs de la ville ? Environ 50, 100 ? On ira avec plaisir consulter le jardin empoisonné du Jardin botanique http://www.ville-ge.ch/cjb/jardin_off.php pour s'en faire une idée. Barazzone va-t-il maintenant faire interdire la vente du muguet en mai prochain, empêcher les champignons de pousser? L'expert en communication d'urbanature© est convoqué : on arrache ou pas? On interdit ou non? On se couvre de ridicule... encore ? L'important, c'est de continuer à communiquer à tout prix... L'année prochaine, je parie : urbanature© ne proposera que des arbres en plastique et des moutons que l'on remonte pour les faire fonctionner. Pour sûr ce sera moins risqué, et la comm' sera plus facile.   

Combien la comm ?

Une habitante a posé une question intéressante via facebook à "Guillaume Barazzone, roi de la communication". Je la reprends ici au cas où il ne l'aurait pas reçue. Cette habitante s'interroge sur le fait qu'il est "le seul élu capable de payer et de sponsoriser ses publications facebook pour qu'on se coltine des jours de suite sur le fil d'actualité ses action lambda (de refleurissement de la ville)." Elle souhaite savoir si cela est payé avec l'argent des contribuables, et surtout : combien d'argent a été mis dans la comm' sans une seule motte de terre ou d'herbe en plus. Combien coûte urbanature©, avec ou sans les lauriers-roses, et sa pub sur facebook?

La mauvaise herbe de la comm'

La question mérite une réponse, car la comm' est beaucoup plus toxique que les lauriers-roses. Elle coûte plus cher, menace la santé mentale des contributeurs et surtout leur porte-monnaie. Puisque des lauriers-roses fraîchement plantés aux Pâquis ont été retiré en 48h, la cohérence serait de débarrasser tout aussi rapidement les médias sociaux de la mauvaise herbe communicationnelle si des citoyens s'en plaignent de même, non? L'objectif est-il vraiment la promotion de la nature en ville, ou de jouer à l'apprenti-jardinier pour faire de l'auto-promotion? Les moutons, les travailleurs du service des espaces verts, les amoureux de la nature s'interrogent. Moins de comm' plus de pommes, ça pourrait être un bon slogan (ça fait deux fois que je le propose). Dites, si on est trois à le demander: vous agirez Monsieur Barazzone ? 

Interroge-toi c'est gratuit

Le plus piquant, dans toute cette histoire, c'est que Monsieur Ricou, PDC élu au conseil municipal ait attaqué, sur son blog, le service Interroge des bibliothèques de la Ville et même demandé sa suppression (http://lionelricou.blog.tdg.ch). Interroge c'est ce service gratuit qui répond en ligne à toutes les questions. En novembre 2013, ce service répondait à une question sur la nocivité des plantes dans les parcs de la Ville de Genève. On lira avec délice cette information http://bit.ly/1s0U5LI listant comme il se doit le laurier-rose au rang des plantes toxiques. Dommage que Barazzone ne l'ait pas consulté. 

Il faut cultiver son jardin

Ce n'est donc pas Interroge qu'il faut supprimer, mais ceux qui lancent tout un plan comm', engagent l'arrachage et le replantage d'arbustes, sur les impôts des contribuables et de la "nature". Enfin, si le PDC est vraiment contre les doublons, qu'il exige de son magistrat Barazzone de choisir entre Berne et Genève, parce qu'à trop vouloir faire les deux, il semble que le magistrat et conseiller national, apprenti jardinier, se soit un peu perdu dans la nature....   

07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barazzone, plan comm', ricou, pdc, nature en ville, urbanature | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/06/2014

Barazzone, les moutons, et le mort

urbanature,william favre,parc lagrange,nature en villeEn 1917, William Favre, homme politique et protecteur des arts lègue son parc Lagrange à la Ville de Genève. Dans ses dernières volontés, il pose une condition: que le parc soit ouvert du lever du jour à la tombée de celui-ci. Le site de la Ville de Genève le rappelle d'ailleurs fort à propos (http://bit.ly/1hwNzI3). Si la légende raconte que William Favre voulait ainsi empêcher sa femme de s'enfuir à travers le parc pour lui faire des infidélités, la vérité est autre. Cet homme souhaitait surtout garantir la possibilité pour les habitant-e-s de fréquenter ce parc au maximum de ses potentiels suivant la luminosité liée aux saisons. 

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08:28 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urbanature, william favre, parc lagrange, nature en ville | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/05/2014

Courir pour que ça marche

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Je cours le matin, le soir, je cours quand il pleut, je cours dans la douleur, je cours pour passer le temps, je cours pour rattraper le passé, je cours quand Maudet dort, quand Dal Busco s'arrête. Je cours parce que j'ai lu Echenoz: tu connais Zatopek? Je cours pour faire Sierre-Zinal, je cours pour ne pas crever à Morat-Fribourg, avoir du plaisir à l'escalade. Je cours pour taper dans les mains des gamins le long de la route, je cours pour fuir, me souvenir, retrouver le chemin, Je cours pour ne pas perdre le fil, pour un thé chaud avec une rondelle de citron. Je cours pour maigrir, aller plus vite que mon ombre, plus lentement que le chien, le rat et le renard, beaucoup plus lentement que mon voisin, et je m'en fous. Je cours malgré le vent, avec mes kilos en trop. Je cours pour suer: je ferai mieux de m'arrêter. Je cours moins vite que demain, plus vite qu'hier, pour me remplir de tartines et de lait le dimanche. Je cours pour me punir, pour bien dormir. Je cours pour les endorphines, la confiture, savourer la douche ou même le bain -ah bonheur-. Je cours pour la saveur du pain, pour que ça s'arrête enfin, pour recommencer encore. Je cours pour la forme, entrer en transe, en anaérobie, trouver le rythme, respirer plus largement, vaincre les crampes, avoir un second souffle.    

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08:13 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : race for gifts, reportes sans frontières, courir, donner, marcher | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/05/2014

Nuit des musées: la créature du Dr.Frankenstein, les dinosaures rances, les millionaires à l'amende salée.

10153972_738091769545078_5462956265661287917_n.jpgLa nuit des musées, deuxième édition, ce sont des spiderman en veux-tu en voilà, des batman accrochés au plafond, des superman qui déboulent au musée d'histoire naturelle, un super Kanaan. Les horaires ont été étendus par rapport à l'année passée. Les musées ferment désormais à 23h ou 1h du matin. 33 musées sont dans le coup contre 23 l'année passée. Une partie du programme est en anglais, l'autre se déroule sur les murs. La fête promet d'être belle.

L'attaque désespérée des dinosaures

L'annonce en début de semaine par les dinosaures de Patrimoine Suisse Genève de faire recours contre le jugement du Tribunal administratif de première instance au sujet de l'extension et la rénovation du Musée d'Art et d'Histoire ne gâchera pas la fête. Le mouvement de l'histoire leur est contraire. Ce n'est pas parce que ces dinosaures réactionnaires meurent et veulent faire mourir avec eux  des musées, limiter leurs ouvertures et extensions, qu'ils y parviendront. Ils ne sont plus qu'une dizaine, contre des milliers qui soutiennent le changement et le projet du MAH+: rénovation et extension du musée d'Art et d'Histoire. Même Achille, Héraclès, Ulysse et Trajan veulent la rénovation. Ils ont assez vu tomber de murs, souhaitent désormais des constructions sous les corniches chancelantes du MAH. Pourvu que le ciel ne leur tombe pas sur la tête.     

Brady Dougan supermenteur

Le charme de cette nuit des musées, c'est aussi d'entrer dans de nouveaux espaces, comme cet étonnant Forum du Crédit Suisse où le super-menteur Brady Dougan a aidé les super-résidents américains à frauder le fisc et se retrouve à couver de jeunes artistes helvétiques  pendant que l'héroïque Christian Levrat relève son épée de justicier visant sa tête ainsi que celle du président du crédit suisse Urs Rohner, et le juriste en chef Romeo Cerutti. Un combat de titan, où les super rémunérations à 70 millions du patron du crédit suisse, la belle prune de 2,5 milliards de dollars que CS (Crédit Super) doit aux USA fera apprécier le super prix d'entrée pour cette nuit des musées: 10 balles, autant dire : des cacahuète; un accès démocratique à la culture. Mais quittons l'art bling-bling au service de la banque pour aller, après un passage au musée des sapeurs-pompiers -comment s'éteint un feu- à la plaine de Plainpalais.


1827237_pic_970x641.jpgLa créature sans nom du Dr. Frankenstein

Car le clou de la soirée, l'évènement à ne manquer sous aucun prétexte, c'est l'inauguration de la statue de la créature du Dr. Frankenstein par le collectif Klat. A 21h tapante, dans un tonnerre de décibels et d'éclairs électropyrotechniques, la créature sans nom, sans généalogie, sans foyer, assemblage de bouts de cadavre recousus et composée dans le cerveau de Marie Shelley en 1816 à Genève, fera retour dans sa ville d'origine. Frankie a.k.a The Creature of Doctor Frankenstein figure du double monstrueux fuyant la cruauté des Hommes au milieu d'une Suisse pastorale et luxuriante, marchera désormais à nouveau sur la plaine de Plainpalais en jeans et sweat-shirt à capuche. Elle revient, comme font retour la violence, le désespoir et la nuit quand on les nie, à l'occasion de la fête des musées.

frankie-fmac-ville-geneve-2014.jpgLa créature: symbole d'une révolte

Symbole des marginaux, des rejetés, des égarés, cette statue de la créature est un monument, une reconnaissance des victimes d'expérimentations économiques, de ceux qui repoussent les limites inhumaines du business.  Un contemporain. Quand Viktor Frankenstein revient à Genève, il s'exclame: "Chères montagnes! Mon lac merveilleux! Quel accueil réservez-vous à votre voyageur? (Chapitre VII) Quel accueil ce soir pour la créature ? Sera-t-elle fraîchement accueillie par les aigrefins et les aigris? Peut-être. Elle place de fait devant leurs yeux une part d'eux, de la société, d'ordinaire escamotée et qui fait mal.   

10303943_747348851952703_3098721526191218159_n.jpgA minuit, à la Maison de Rousseau et de Littérature (MRL), trois comédiens donneront voix à la super star du Dr Frankenstein dans l'intimité propice à l'écoute. Place à la danse ensuite à l'usine Kugler avec les WonderWomans DJs, les dinosaures rances du Patrimoine -poussière-, les super millionnaires déchus -paillettes- et la Créature écorchée -bière-. Bal burlesque et bigarré des héros et anti-héros. Pour le brunch des super-familles à 10h, une petite douche, une aspirine, et ça devrait pouvoir le faire.  

Nuit des musées, Genève: 17-18 mai. 

http://www.ville-ge.ch/culture/nuitdesmusees

 

 

 

 

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11/05/2014

une joyeuse fête des mères

A celles qui désossent leur poulet avec les dents, à celles qui mangent avec les mains, conduisent des poids lourds, à celles qui font démarrer des locomotives, à celles qui font tourner des usines, à celles qui passent en contrebande, à celles qui assurent la sécurité, allument le barbecue, font pivoter des grues, à celles qui sont maires, à celles qui président, à celles qui se lèvent toutes les nuits pour leur grand-mère, à celles qui travaillent pour deux fois rien, à celles qui gagnent moins de 4000 francs par mois, une misère, à celles pour qui un boulot ça ne suffit pas, à celles qui changent les couches, à celles qui cuisinent, à celles qui brassent la merde, à celles qui servent à boire, endurent, à celles qui retirent leurs marrons du feu, aux ménagères. A celles qui ont les boules, déjà des cors aux pattes, de l'arthrite à 30 ans. Aux vigies, aux concierges aux pompières aux vigneronnes, aux cheffes d'entreprises, aux boulangères.

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22:22 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joyeuse fête des mères | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/04/2014

Pour que Genève organise la prochaine finale de coupe Suisse de football

genève-foot.jpgVu les dégâts en marge de la finale de coupe Suisse lundi à Berne. Vu la trouille des pouvoirs policiers et politiques qui se disent prêts à jeter l'éponge. Vu que le maire de Berne, Alexander Tschäppät revendique certes que la finale de la Coupe appartient à la Ville fédérale, mais pas à n'importe quel prix. Vu que selon le chef du Département bernois de la police, Hans-Jürg Käser la finale de la Coupe de Suisse de football ne devrait plus être disputée à Berne; des policiers ayant trinqué: cinq d'entre eux ayant des ecchymoses suite à des jets de pierres et de pétards (source TDG). Vu qu'il y a eu des vitrines cassées, vu que les manifestations sportives de grand ampleur, ça fait désordre dans la capitale, c'est peut-être le bon moment pour que Genève se candidate pour organiser la prochaine Coupe de Suisse de Football. Berne est traumatisée par les pétards, Genève peut reprendre la balle au bond.

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07:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : foot, genève, coupe de suisse, berne, hooligans | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/04/2014

Pâques à la rue

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Pour les croyants, Pâques est la fête de la la résurrection, le symbole d'une espérance folle: même quand tout semble perdu, que l'histoire paraît s'achever, il y a une prolongation possible. Quelque chose se relève du silence; et la parole, la vie, demeurent possibles. Pâques, pour les croyants, c'est la fête de la folie et de l'espérance, de la résistance aussi. Pour ceux qui ne croient pas, au-delà du symbole humaniste, c'est un long week-end de congé, un week-end en famille prolongé, un séjour à l'hôtel, en demi pension. Et, pour ceux qui sont à la rue, c'est une nuit sous les ponts, dans la solitude, rien de plus.   

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14/04/2014

Jornot battu par l'abstentionnisme

2144.jpgElection du procureur général à Genève, La victoire n'est pas celle du procureur Jornot, c'est surtout celle, absolue de l'abstentionnisme: 66%. La défaite n'est pas celle de Pierre Bayenet, mais de la démocratie et de la représentativité. Un procureur sortant élu par environ 24% de la population représente qui en fait ? Et que reste-t-il de son bilan qui n'est ni soutenu ni voté par la majorité de la population ? Comment analyser un si faible taux de participation?

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07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baynet, jornot, procureur, élection, genève, palais, justice, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/04/2014

Cornavin: et au milieu du centre commercial passent des trains

nouvelle gare,nouveau centre commercial,architecture,perteUn vendeur de bonbons, un pressing, une pharmacie, un lounge, des fleuristes, des cafés.. et puis quoi encore? La  gare Cornavin, au fur et à mesure que les échafaudages sont retirés apparaît pour ce qu'elle est désormais: un grand centre commercial au milieu duquel circulent des trains. Ne vous étonnez pas d'être entassés comme des sardines, ne vous offusquez pas d'être mis en boîte, il fallait bien faire de la place pour les boutiques, réduire l'espace pour augmenter les surfaces commerciales... Vous avez cru avoir une gare fonctionnelle? Raté, vous héritez d'un centre commercial style néo-romain, archi-pompeux, à qui il manque juste une fontaine ou une cascade en sagex pour être un gros Mall américain.

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12:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle gare, nouveau centre commercial, architecture, perte | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2014

Bayenet - Jornot : corps à corps

topelement.jpgLe débat est dans la salle sans fenêtres mais il n'y a pas de barreaux. Il faut descendre l'escalier. La salle est déjà comble, plus de 200 personnes à vue de nez. Le public est assis sur le rebord des marches. Ce n'est pas uniquement des avocats, des juristes, le petit monde judiciaire qui est là, mais aussi les membres d'associations, habitant-e-s; de gauche, de droite... et d'ailleurs. Chaque candidat a ramené ses soutiens. La gauche est à gauche, la droite est à droite. Monsieur Jornot est bien en place. Il est arrivé à l'avance. Son costume est serré. L'homme a de l'embonpoint, porte une cravate bleue. Il cause avec les journalistes, sourit largement. Les éclairages artificiels donnent une lueur blafarde à la salle. A l'heure du repas de midi, on va parler prisons, arrachages de sac à mains, justice. J'ai pris mon sandwich au vol. Je l'ai payé 6 francs. Dehors, grand soleil. C'est le printemps déjà.

Bayenet à l'heure au rendez-vous

Pierre Bayenet ne se fait pas attendre. Seuls les journalistes sont nerveux. Ils craignaient que l'homme n'arrive en retard. Un débat public, c'est une mise en scène. On se croirait sur un plateau télé. Bayenet est à l'heure au rendez-vous. Il porte une parka vert pomme, cravate rouge, descend rapidement les escaliers, monte sur scène. Il est jeune, précis, avec l'air un peu lunaire de savoir très bien où il va, mais pas encore forcément comment. Il a de grandes chaussures noires, bien cirées. Mon sandwich est bon. J'ai pris l'un des deux qui était devant moi. Je n'avais pas beaucoup de temps, mais j'avais le choix. C'est peut-être un détail pour vous...

Mise en bouche

Ces deux hommes vont passer l'heure du midi à se faire cuisiner. Pas de salamalecs. Ils n'ont pas eu le temps de manger. Qui dévorera qui? Pour l'instant, seul le public les appâte. Ils sont assis face à lui, montés sur leurs tabourets. La table de Bayenet est mal ajustée. Deux personnes, accroupies, la stabilisent. Bayenet ne bouge pas. Il pose ses papiers sur sa table, certains sont annotés. Jornot n'a rien, juste des bouteilles d'eau. Un micro à la main, lunettes sur le nez. Tabula rasa et basta, son bilan.   

Prendre la mesure

Le débat commence. Jornot dit "bonsoir", la pénombre l'a trompé. On n'a pas l'habitude de voir les pieds des gens qui parlent. Dans les journaux, ce sont toujours les têtes que l'on relève, pas les ventres. Pareil pour les criminels... et les procureurs donc. On les prends face / profil, et voilà. On se fout pas mal de leurs cuisses. Et pourtant.... c'est toujours les corps que l'on enferme. La tête résiste, on n'y arrive pas. Et si les pieds parlaient plus que la langue? La voix de Bayenet est stable. Ses mains grandes, collées au corps. Ses pieds bougent sous la table, donnent le rythme. Pour que le débat aille plus vite? Peut-être. L'homme a soif de justice, ça se sent. Peut-être qu'il a un temps d'avance. Grandes jambes, longs bras. Ses dents semblent ok. Il dit: 15% des personnes qui sont à Champ-Dollon le sont à titre d'infraction sur la loi des étrangers. Quand il parle, il est un peu de bais, comme s'il disait des choses qui viennent d'un angle, d'un coin que l'on ne veut pas voir, à peine entendre;  comme s'il cherchait aussi à dire au mieux ce qu'il pense. Il regarde ensuite le public de face. Il cherche le contact, une forme de vérité je crois.

Droit dans ses bottes

Jornot est juché sur sa chaise, bien droit. Il semble droit dans ses bottes. Cet homme a dû faire l'armée. Il amorce ses certitudes, tire quelques cartouches, ça lui donne une contenance, de la puissance presque. Mais que vise-t-il ? L'idée de l'échec doit le tarabuster. Pas facile de passer devant le peuple. On ne sait jamais ce qui peut lui passer par la tête. Pourtant, il l'a déjà fait. Elu au conseil municipal de Veyrier, comme député au Grand Conseil, il a échoué dans sa course interne au PLR pour le Conseil d'Etat contre Mark Müller et Isabel Rochat en 2008. Est-ce que son corps raconte cela? Je ne sais pas. Il a pris du poids, ça c'est sûr. Sa tête bouge très peu. Son corps est immobile, rigide presque. Plus procureur que candidat, plus professionnel que politique, il se place au-dessus de la mêlée. Son coeur se serre pourtant quand il parle politique.

Grand écart et ronds de jambes
Jornot fait un grand écart entre son appartenance partisane et sa fonction. Il se tient pourtant sur scène jambes bien serrées, comme s'il craignait de laisser glisser quelque chose. Il est soutenu par le MCG et l'UDC. On a vu mieux comme pedigree. Dans son groupe de soutien se trouvent des affairistes, la crème du milieu de l'immobilier... et un avocat genevois membre de la fondation Pinochet
lance un homme dans le public. Bref, tout ce que le pouvoir bien établi exige de ronds de jambe. Justice de classe? Jornot s'en défend. Il nomme aussi des procureurs de gauche, rappelle-t-il. Il défend son bilan avec des mouvements précis de la manche et ferme le poing quand il évoque les arrêts domiciliaires. On oublie presque qu'il a 44 ans. On lui en donnerai presque 60 quand il parle de ceux qui, avec des bracelets électroniques, se la coulent douce avec une bière devant leur téloche. On pense qu'il rêve à sa retraite. 

Corps à corps

Les pieds de Bayenet s'animent encore. Il est chaud, mais se contrôle, ça se sent. Ses phrases cherchent le jab, il est vif. Le poing de Jornot se range dans sa poche. Les coups s'échangent, feutrés, puis plus forts. On pense que Bayenet va tomber, mais non, il sait frapper aussi : "Les conditions de travail au Ministère public sont mauvaises. Le taux d'absence est l'un des plus hauts de tout le Canton, avec 7,5%"  Jornot encaisse, rentre la tête, sur la défensive. Il entraîne Bayenet avec lui: "Je suis content que vous alliez dans mon sens en réclamant plus de policiers". Bayenet laisse faire, prend le contre-pied, "j'aimerai bien savoir quel est le bilan de monsieur Jornot en matière de lute contre les escroqueries fiscales, par exemple. Je ne le sais, car cela est gardé secret." Jornot perd pied, à moins qu'il ne feinte. Encore une demie-heure comme cela et il aurait craqué glisse un journaliste. Vrai? Peut-être. Surprise au moment du gong final. Il n'y a pas eu besoin de les départager aux poings. Chacun s'écarte d'un pas chassé. Pierre Bayenet a remporté le débat du jour contre Olivier Jornot. Il était plus frais, plus péchu, et plus proche des réalités sociales. En plus d'un vrai combat gauche-droite cette élection apparaît désormais aussi comme le combat des auto-satisfaits de leur gestion de la justice contre ceux qui la réclament encore. 

Voter avec ses pieds

Aux Pâquis, une amie m'interpelle devant le Temple. Des mecs chient dans son allée, planquent de la dope dans sa boîte aux lettres. Elle n'en peut plus, elle va craquer. Elle est contente de voir la police tourner, ça la rassure. Mais dès qu'elle est passée, c'est de nouveau la merde. Je me souviens des chaussures cirées des deux candidats au poste de procureur. Celui qui bougeait beaucoup me semble alors, dans son insatisfaction et son impatience, plus proche de la réalité que celui qui affirmait qu'il avait tout réglé en vantant son bilan, rappelant que remettre les délinquants dans la rue n’était pas la solution qui améliorerait la situation des genevois alors que les délinquants sont toujours dans la rue et que rien n'a encore changé pour les habitant-e-s des Pâquis ou d'ailleurs.

Je résume le débat du jour à mon amie. Elle me dit que je devrais écrire sur ces deux-là, ils sont rigolos. Voter? Elle me rit au nez. Elle le fera sûrement avec ses pieds le 13 avril... ou peut-être quand même... à la limite... pour celui qui aura su la toucher... si c'est encore possible. 

 

 

 

 

 

 

17:33 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élection, procureur, jornot, bayenet, genève, sécurité, police, prisons, justice | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/03/2014

Le printemps c'est maintenant

bonhommeHiver1.pngOn a brûlé des bonhommes hiver un peu partout hier et depuis il fait un petit peu plus... froid. Etrange, et pourtant voilà, c'est le printemps. Les milans noirs ont fait leur retour en ville. Ils reviennent d'Afrique subsaharienne, avec un peu de sable dans les plumes. On les annonçait pour fin-avril, ils ont atterri mi-mars. Ils sont en retard? Mais que sait-on du temps des bêtes? On les a vu mercredi pour la première fois sur les hauteurs de Saint-Jean. Ils repartiront fin août, peut-être...

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11:47 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, printemps, politique, investissements, culture, social, animal, bêtes | |  Facebook |  Imprimer | | |