sylvain thévoz

10/12/2014

Le musée mondial de demain

On a beaucoup parlé architecture et financement concernant le Musée d’Art et d’Histoire (MAH). Certains aiment le projet Jean Nouvel, d’autres non. Certains ne veulent pas d’argent privé,  ni de la fondation Gandur pour l’art ; d’autres, au contraire, souhaitent que l’argent privé soit utilisé à bon escient pour des projets servant la collectivité. On a parlé chevrons, vieux clous, d’un restaurant surélevé, de l’extension du musée dans ou hors de la cour. Cela n’est pourtant pas l’essentiel.

Ce dont on a encore trop peu parlé, et qui doit être le centre du projet, c’est sa dimension culturelle. Ce musée doit désormais nous faire rêver. Il doit être un moteur pour Genève. Dans l’exercice d’une muséologie novatrice, nous attendons une ouverture bouleversant la Cité. Les « Beaux-Arts » ne sont pas réservés à une élite, comme la vieille ville l’est aux pédants qui interdisent aux prostituées de travailler aux abords de l’église Russe. 

Ce que sera le MAH ? Une usine de production, une ruche créatrice d’échanges, de liens et de richesses. Le public ? Ce seront les gamins de la Jonction, les adolescents de la Servette, les touristes étrangers ou les aînées des Eaux-vives. Nous voulons un lieu gratuit, fruit d’un savoir-faire local, où pétrir l’art avec des idées neuves ; et que les habitant-e-s puissent se l’approprier par des expositions thématiques et intelligentes qui accompagneront les enjeux sociaux et politiques actuels.   

Oui aux Picasso, aux Vallotton et Soulages, aux mouvements précieux des horlogers, mais oui surtout aux ateliers de dessins, aux machines à hot-dog et au bal musette, aux  sessions de play station et aux nuits du jeu ; à des soirées pyjamas et à des performances contemporaines. Nos modèles peuvent être le Victoria and Albert Museum de Londres, le British Museum, le 104 à Paris, lieu de coopération culturelle, ouvert sur la Cité, avec des gens motivés, dédiés aux publics, proposant des expositions à haute valeur populaire ajoutée.

Les champs de l’art et de la culture ont bougé depuis le XIXe siècle. Nous voulons un lieu décloisonné et neuf. Un lieu unique, où les gens viendront et reviendront encore, parce que ce lieu leur appartiendra. Nous voulons le musée mondial de demain… et nous le voulons aujourd’hui.

Nous avons les plans, nous avons les idées, nous devons maintenant en charger le contenu. Une telle chance nous est offerte une fois par génération, ne la sacrifions pas pour des vieux clous ou des chevrons vétustes.  Nous ne laisserons personne dire que le MAH ne sera pas le plus puissant musée du monde. Et surtout, nous nous battrons pour qu’il le soit.   

 

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06/12/2014

Geneva Girl's Guide : l'enfer en rose

logo.pngVous rêviez d'un guide sexiste, enquillant les préjugés et les stéréotypes sur les femmes? Vous pensiez cet art réservé au XIXe et aux guides de la bonne ménagère ou de la parfaite maîtresse de maison, détrompez-vous, c'est d'actualité, Genève Tourisme l'a fait.


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Guide cache sexe du discours dominant

Dans son guide fait par des femmes à destination des femmes, c'est une image d'Epinal de la femme émotive, égarée, cherchant à se faire belle ou mousser auprès de ses copines jalouses qui est présentée. Shopping, soin de la peau, brunchs et chocolats, voilà ce qui semble être l'horizon d'une "femme" à Genève. Au-delà du fait que composer un guide pour "les femmes" est complètement débile, le sexisme de base qui le porte ne s'explique que par le désir commerçant de construire un sujet singulier de consommation. Ce guide, bête et réducteur ne fait pas la promotion de la ville, mais du sexisme.

Un petit florilège ? Allons-y : "Une touriste peut facilement faire des rencontres. Il suffit de sembler perdue puis de demander des directions". Assurément, avoir l'air fragile et paumée vous facilitera les rencontres dans l'espace public mesdames. Bienvenu à Genève, et... bonne chance!

"Au centre-ville vous trouverez des bars et des boîtes de nuit à instagrammer (LOL) absolument, pour montrer aux copines restées chez elles : imaginez un mobilier rétro des cocktails servis dans des tasses à thé, sans oublier de la bonne musique". En effet, c'est dingue. Merci Geneva Girl's guide de nous ouvrir les yeux sur ce qu'est un bar, et de moderniser un peu les images de dames patronnesses buvant le thé entre elles pendant que les messieurs étaient à la chasse. Ces images commençaient à prendre la poussière. Il était temps que Genève Tourisme réactive les images du sexisme ordinaire.


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Un guide pour nunuches?

En plus du fait que ce guide semble écrit pour des demeurées ou des débiles, à demi autonomes et incapables de s'orienter, à des fashionistas prêtes à claquer 3000 balles en une journée sans avoir à remuer deux méninges du lever du soleil à son coucher, il s'évertue à pousser l'artificiel jusque dans son positivisme le plus forcené. Suivez le guide : " Pour une journée parfaite entre copines, on commencerait par une balade au bord du lac et un petit déj' santé au café Lauren, resto du spa de l'Hôtel La Réserve. Après être rentrée à Genève en bateau, on foncerait au Bon génie se faire une manucure express au Nail Bar, avant de faire chauffer la Visa en s'achetant des fringues. Puis, on prendrait le lunch au soleil, au Cottage Café, un joli bistro dans un jardin. En fin d'après-midi : direction les Bains des Pâquis, farniente sous les rayons du soleil et enfin, apéro". Oui, vraiment une journée de rêve, à consommer et claquer du fric encore. La vie en rose du Geneva Girl's guide semble s'adresser à des créatures fortunées débarquant de la planète Vénus.

La culture: un truc pour se soulager

Ne cherchez pas une adresse de librairie ou la trace d'un théâtre dans ce guide. A part se chicaner pour du chocolat et siroter des apéros, les filles n'ont rien dans le plot, c'est bien connu. Ah si, quand même, il y a deux entrées sur les musées, le Mamco pour se soulager la tête (ah bon) et le musée international de la Croix-Rouge et du croissant rouge où, si vous y allez, les filles: Munissez-vous de vos mouchoirs! Ben oui, la vraie vie est troooooop triste. A pleurer, oui.     

Un guide gag et gadget

Au passage, Helen Calle-Lin y fait son auto-promotion par l'éloge des lieux qu'elle gère et qu'elle auto-présente. On est certes jamais aussi bien servi que par soi-même. Gag ou gadget, le GGG? Un peu des deux. Le sexisme a cela de puissant qu'il permet, en essentialisant une caractéristique, de pouvoir escamoter toutes les autres. Le cauchemar capitaliste s'appelle "la vie en rose". C'est un outil marketing pour dessiner un réel exclusivement consumériste. 

Où sont les hommes?

Ben nulle part, vous n'avez pas suivi? Enfin, si, ils apparaissent ici et là, en tant qu'objets sexuels, quand le guide parle des bains des Pâquis où il est recommandé d'y aller "draguer les Appollons à poil, lors des soirées mixtes". Mmmh, pas sûr que ça soit l'esprit. Cette anthropologie des mâles genevois s'achève sur une psychanalyse sauvage : "Les dames qui débarquent de l'étranger en quête d'amour peuvent avoir un avantage sur les genevoises, qui ont la réputation d'être plutôt réservées. Les hommes locaux adorent les femmes qui se montrent entreprenantes." Certes, puisque la rivalité entre femmes et l'avenir du mâle, il fallait bien un guide pour la perpétuer. 


Le fric c'est chic

Une chose dont on ne parle pas dans ce guide, c'est du fric. Pas de prix, pas de tarifs. Celles à qui s'adresse Genève Tourisme viennent d'une planète où l'on ne compte pas. L'univers des fashionistas ne connaît pas la pénurie de bien. La seule chose qui peut manquer, c'est le temps, donc: " réservez à l'avance. On est toutes d'accord: rien de plus frustrant que de ne pas pouvoir satisfaire ses envies. Alors, pour éviter cris et grincements de dents, contactez les établissements aux numéros de téléphone indiqués dans le guide". Ben oui, pourquoi risquer la crise d'hystérie quand il suffit de prendre son téléphone? Nan mais allô quoi.

Parce que vous le payez bien

Le guide, disponible à Genève Tourisme, coûte 15.- . Il fait l'éloge du privé, de la rivalité et de la futilité en toutes circonstances. Comme l'énonce le site de l'office du tourisme[1]: Oh les filles, oh les filles ! Qu'on se le dise, le Geneva Girls' Guide n'est pas un simple guide. Avec ses bons plans shopping, beauté, bien-être, restos ou encore sorties, il est le must-have pour une virée 100% girly !" Avec le GGG en poche, vous profitez également de p'tits plus : cadeaux, rabais ou encore apéros vous sont offerts. C'est top non ? Alors, appelez vite vos copines et prévenez-les, vous partez en week-end !"

C'est vrai, si vous voulez vraiment être prises pour des connes, les filles, suivez le guide. Personnellement, je ne me réjouis pas de voir arriver les charters de nouilles que semble vouloir attirer à Genève l'Office du Tourisme. Ce guide est une telle source de clichés et stéréotypes, qu'il en devient caricatural. Dans les années 60, ce ne seraient pas uniquement les soutien-gorge qui auraient brûlés, mais aussi le bureau de l'office du tourisme. Et aujourd'hui?

Merci à Genève Tourisme d'arrêter de faire la promotion d'un tourisme bourgeois, décérébré et sexiste; et surtout de s'abstenir de sortir un numéro "mecs", avec la promotion d'un barber-shop, d'une cave à vin, et du Holmes place pour la musculation. On a compris le concept, ce que Genève Tourisme propose de "Genève" se retrouve partout ailleurs, et n'a au final ni parfum, ni sexe, ni identité.      



[1] http://www.geneve-tourisme.ch/fr/a-voir-et-a-faire/attractions/fiche/feed/geneva-girls-guide/

 

 


07:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève tourisme, geneva girl's guide, sexisme ordinaire, gadget, gag, hipsteuse. | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/12/2014

Forfanterie fiscale : Business as usual

La suppression des forfaits fiscaux a été rejetée par 68% des votants à Genève : business as usual serait-on tenté de dire. Tant il est dur de s'attaquer au nerf du capital et tant celui-ci est coriace quand il se sent menacé dans ses intérêts. La droite, dans son entier, pousse un grand ouf de soulagement et valide ainsi le succès d'une campagne basée sur la peur et le déroulement en 3Dimensions du scénario du pire avec beaucoup d'effets spéciaux (merci la chambre genevoise de commerce et d'industrie votre petit clip, c'était digne d'un film de Spielberg). 

Le trouillomètre à zéro

Ils soufflent donc, avec leur trouillomètre à zéro. Aucun riche ne partira, c'est juré, on leur a fait de telles conditions, ils préfèreront crever ici qu'ailleurs. Ils resteront vissés à Genève grâce aux magnanimités que nous leur offrons; leurs rentrées fiscales continueront de nourrir chichement le 1% qu'ils versent au budget cantonal. La Suisse, Genève, son insolente prospérité, ne s'écroulera pas. On a échappé au pire répètent en coeur le MCG, le PLR en passant par le PDC et les Verts libéraux. Franchement, si j'étais un forfaitaire, après cette campagne, je demanderai la gratuité afin ne plus payer un seul centime, vu tout ce que je suis censé amener à la collectivité et la manière dont on m'a ciré les pompes. Tous ces gens que j'emploie, que je fais vivre et mon caractère irremplaçable. Si j'étais un forfaitaire, j'aurai trouvé comique que les tenant d'une préférence cantonale se soient assis dessus pour me faire plaisir à bas prix. Le MCG a montré son vrai visage.  

Le chantage a fonctionné

Tous, unis, conservateurs et défenseurs des intérêts des plus riches, triomphent. Le "business as usual" va continuer. Les intérêts des plus puissants seront préservés. Le chantage a fonctionné. La classe moyenne va continuer de raquer en comptant ses sous et ses fins de mois. Mieux vaut peu que rien. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras. C'est vieux comme le monde. On ne prête qu'aux riches. Tous les autres paient cash.

Toute l'éthique protestante était sollicitée pour ces votations et sa soumission déguisée investie sous les trait de la prudence. Il a suffit de la réactiver pour faire voter le peuple contre ses intérêts. Les prochaines années seront terribles pour les finances publiques et les rentrées fiscales. Les riches garderont leurs privilèges. La droite va maintenant continuer de travailler pour réduire les prestations. Notre démocratie a un arôme de ploutocratie. Mais mieux vaut cela que d'avoir faim. Avale, donc.

Reprendre la main

Le combat pour plus de justice fiscale, donc sociale, reste d'une profonde actualité. Une réforme sérieuse, pour plus de redistribution, est nécessaire. Le triomphe et l'arrogance de certains 'vainqueurs' aujourd'hui ne laisse envisager que le durcissement des lignes de front et des divergences profondes envers ce que signifie faire communauté et vivre ensemble. Il est saisissant que des forfaitaires soient attirés pour venir vivre à Genève sans partager le quotidien des autre citoyens, soumis à des règles d'exception, conditionnés à ne pas travailler. Les status d'exception sont une menace pour la collectivité.   

De Cologny aux abris PC : statuts à la carte

La multiplicité des statuts d'exception, des forfaitaires des villas de Cologny aux abris PC à 50 par dortoirs pour loger les refusés de l'asile, dessine le futur d'une société tellement inégalitaire et fragmentée que les renforts de police et les nouvelles prisons ne pourront éternellement la préserver. Chacun pourra légitimement dire: et moi, pourquoi moi? Vu que chacun sait qu'un autre, suivant sa naissance et son rang, sera traité différemment, d'une manière arbitraire ou plus durement. C'est du contrôle social qu'il s'agit. 

Business as usual, c'est du temps de gagné sur le compte à rebours pour la droite et ceux qui bénéficient du statu-quo. Mais la société ainsi configurée n'ira plus très loin. Elle peut se défendre pour préserver les intérêts de quelques uns, elle ne franchira pas sa butée. A voir si ce seront les particules fines, les grèves ou les émeutes des sans-toit qui gripperont en premier le système. 

Des rapports de force       

La gauche a échoué, c'est vrai. Nous n'avons pas su briser le lien artificiel : suppression des forfaits fiscaux équivaut au départ des super riches; ainsi que l'équation : super riches en suisse = super bénéfice pour la collectivité. Nous n'avons pas su non plus transmettre l'énergie nécessaire aux votants qu'il était dans leur intérêt de supprimer ces forfaits. Nous n'avons enfin pu surmonter la campagne de la peur par une campagne d'adhésion et concrétiser l'attrait des milliards qu'aurait rapporté la suppression des forfaits fiscaux. Le business va donc continuer, comme de coutume. Les statistique démontrent que les super riches dans notre pays sont toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres. Cela ne peut conduire qu'à plus de tensions sociales, des risques d'implosion graves.

Jusqu'ici tout va "bien"

Ce n'est pas de cette votation que viendra un rééquilibrage, même minime. Pas cette fois, le peuple n'en veut pas. Cela va encore comme ça. L'ordre de la cité convient encore, tel qu'il est organisé, des abris PC aux villas de Cologny, des matelas à 6 dans les sous-sol à Curabilis où les matons veillent les malades. Cela va encore, de ne pas monter devant des villas inoccupées autrement qu'en sonnant à la porte poliment avec un flyer pour les votations, et au soir de celle-ci, prendre note de l'avis du peuple, le souverain, et ranger son poing dans la poche.

Boulot as usual

Cela va encore comme ça, car demain il y a le boulot as usual, et ça au moins le peuple connaît. Cela, au moins, ne changera pas: le boulot pour ceux qui s'y accrochent, encore. Et pour les autres... les yeux pour pleurer et la consolation de se dire que ça pourrait être pire encore, les riches auraient pu se barrer, la maladie frapper et le logement être perdu (pour ceux qui en ont encore un).

Bullshit as usual:  la peur, crainte individuelle de tomber.   

Y opposer l'urgence de faire corps.




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28/11/2014

Les forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre

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Les forfaits fiscaux sont une prestation avantageuse offerte à 5702 personnes étrangères résidant en Suisse qui ne paient pas d’impôts sur le revenu ou la fortune, mais uniquement sur leurs dépenses. Ces dépenses sont évaluées d’une manière opaque. Les forfaits fiscaux rapportent peu à la Suisse. Moins d’1% du budget cantonal, encore moins au niveau fédéral. Les supprimer le 30 novembre ne mettra pas en péril les finances publiques. Au contraire, elles y gagneront. Supprimer les forfaits fiscaux c’est assainir les finances. Seuls ceux qui n’oseront pas dire OUI n’y gagneront rien.






Les forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre car :


·      ils sont anticonstitutionnels. L’article 8 de la Constitution Fédérale rappelle l’égalité devant la loi. Il est inadmissible que des contribuables étrangers aient des avantages dont des contribuables suisses ne bénéficient pas. Pourquoi un étranger fortuné payerait-il moins d’impôts que d’autres contribuables du canton de Genève ? Combien de millionnaires suisses partent vivre à Londres aujourd’hui parce qu’ils ne peuvent trouver forfait fiscal à leur taille ? Cette exception à la loi est une injustice. Elle fait perdre de l’argent aux collectivités.  

 

·         ils mettent en danger le financement des prestations publiques à long terme. Le financement d’écoles, de crèches, de transports publics, de complexes sportifs, de lieux d’enseignements, de policiers, sont soumis à des arbitrages difficiles. Est-il juste que des riches étrangers viennent trouver en Suisse une qualité de vie et une qualité de service enviés dans le monde entier sans en payer le juste prix ? Non. Cela n’est pas juste.

 

·    ils sont un fardeau pour la classe moyenne. Les super riches reçoivent une prestation avantageuse financée par les classes moyenne qui compense ainsi l’argent perdu et paie en conséquence plus d’impôts. Supprimer les forfaits fiscaux, c’est alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne.

 

·         ils fragilisent la cohésion nationale. Aujourd’hui, sur les 5702 forfaitaires fiscaux, plus de la moitié se trouve dans les cantons de Genève, Vaud et Valais. Les super riches se déplacent d’un canton à l’autre en fonction de leur attractivité fiscale. Avoir un taux unique au niveau national, c’est éviter aux super riches de nous balader au jeu du bonneteau des riches, escamotant leurs revenus et fortunes en nous les faisant miroiter. Nous ne voulons de ce jeu qui berne la collectivité.  


·        les gens en ont marre de payer autant d'impôts pour bénéficier de moins de prestations. Les super riches ne doivent pas avoir de statut spécial pour échapper à l'effort collectif.  

  

oui_30_novembre.jpgLes forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre car :

 

·   le chantage est l’arme des faibles. Ceux qui avancent que les super riches partiront manquent d’arguments. Ils n’ont que la peur pour en imposer. Dans les faits, depuis 2009, 5 cantons : Zurich, Appenzell Rhodes-Extérieures, Schaffhouse, ainsi que les 2 cantons de Bâle ont abolis les forfaits, sans conséquence pour leurs finances publiques. Le patron d’Ikea,  Ingvar Kamprad — fortune estimée à 35 ou 41 milliards a quitté la commune d’Epalinges sans conséquence notable sur les finances de la commune. Les super riches sont en Suisse pour la qualité de ses installations, sa sécurité, tranquillité, ses moyens technologiques et ses infrastructures. Ils y resteront car ils y trouvent plus que leur intérêt. Et si certains devaient partir, l’augmentation des impôts de ceux qui restent compenseront  les départs. Avec le oui, au mieux on gagne, au pire rien ne change.


·         ces forfaits sont immoraux. Les tenants des forfaits avancent le fait qu’en cas de décès, les droits d’héritage vont à la collectivité. Doit-on vraiment être charognards au point de souhaiter que de vieux riches viennent crever en Suisse ?  Il est plus juste de les taxer de leur vivant. 

 

·         la collectivité a tout à y gagner. Aujourd’hui, les forfaits fiscaux coûtent 2 milliards par an à la collectivité. Les cantons de Genève, Vaud, Valais, sont ceux qui ont le plus à gagner de la suppression de ce statut fiscal. Vous voulez une nouvelle patinoire à Genève ? De nouveaux groupes scolaires ? Ne vous refusez pas le plaisir de voter OUI le 30 novembre.

 

Les forfaits fiscaux : supprimés …. Vous voulez rire ?  

Et si malgré tout, le 30 novembre la peur prenait le dessus et le peuple reculait devant sa suppression ? Il faudra alors envisager le même scénario que celui qui a frappé le secret bancaire. Pression des pays environnants pour que la Suisse cesse ses agissements fiscaux, scandales, érosion de ce statut spécial, dégradation de l’image de notre pays au niveau international, et dans 2 ou 3 ans, abandon des forfaits fiscaux. Nous y viendrons de toute façon, autant prendre les devants. Nous avons tout à y gagner. Les forfaits fiscaux seront supprimés un 30 novembre… 2014 ou 2016, c’est selon, mais c’est inéluctable. Choisissons de le faire pendant que la décision nous appartient, avec un coup d’avance. La stratégie de la peur n’est pas la nôtre. En termes de finances publiques, d’image pour notre pays et notre canton, nous avons tout à gagner en allant de l'avant. Dire OUI à la suppression des forfaits fiscaux, au niveau cantonal et national, c’est juste prendre le risque de gagner gros en supprimant un statut digne des pires ploutocraties.  


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DESSINS :

TOM TIRABOSCO

ADRIENNE BARMAN

HELENE BECQUELIN MOTTET
































Ce texte a paru une première fois le 27 novembre dans la revue Jet d'Encre

http://www.jetdencre.ch/les-forfaits-fiscaux-seront-supprimes-30-novembre-7931.


08:11 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : forfais fiscaux, suppression, oui, tirabosco, barmann, becquelin mottet, 30 novembre | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/11/2014

Barazzone: récupération ou plagiat ?

Le new "Geneva Lux Festival" serait né! Vraiment? A bien y regarder, on constate qu'on veut nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

La Tribune du jour nous présente un scoop. De singulières sculptures survolent la Ville! [1] Un nouveau concept d’œuvres lumineuses serait en chantier! Mazette, on prendrait presque le journaliste Mertenat au mot en découvrant le new « Geneva Lux Festival » tellement c'est beau et poétique. Il n'y a pourtant rien de neuf dans ce concept qui prétend pompeusement allier "modernité, tradition et innovation technique et artistique".[2] Ce concept a 10 ans. Nouvel éclairage : même concept, on nous en met plein les yeux avec les paillettes de la communication. Derrière: c'est du vent.  

Ceci n'est pas une lanterne

Le "Geneva Lux festival" n'est pas une nouveauté du conseiller administratif Guillaume Barazzone, ni la première édition d'un festival. C'est une simple mise à jour (un relooking diraient les new communicants) d'un projet initié par Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, en 2006, suspendant les mêmes oeuvres de l'artiste Cédric Le Borgne. Quelques photos souvenirs illustrent le simple copié-collé que réalise Guillaume Barazzone. [3]

Ce que l'on apprend à tout étudiant de 10 ans, c'est de citer ses sources. Un conseiller administratif serait-il soumis à d'autres règles que celles de l'honnêteté intellectuelle? Doit-on parler ici de plagiat politique ou le mot récupération est-il plus juste quand on s'attribue les mérites d'un autre sans prendre soin de le nommer? 

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Qu'un magistrat s'attribue les mérites d'un autre sans le citer n'est pas brillant. Prétendre faire du Festival Arbres et Lumières un new " Geneva lux festival" est tape-à-l'oeil. Le procédé est vieux comme le monde, il consiste à faire prendre des vessies pour des lanternes. Seuls les benêts seront ébahis, les autres demanderont plus qu'un simple positionnement différent de statuettes et un beau discours estampillé 2014. Moins de communication, plus de création, vite !   

2006                                   2014

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Barazzone roi de la récupération

Barazzone n'en est pas à son coup d'essai en matière de récupération. Déjà le fameux "Urbanature" lancé en grande pompe le 20 mai 2014 reprenait les choix faits par son prédécesseur Pierre Maudet. Hop, un peu de plastique sur des chaises en bois, hop quelques pots déplacés ici et là et une grosse tartine de communication pour vendre le tout. Voilà comment on réinvente la roue à chaque législature. Est-ce suffisant pour faire croire que l'on innove et développe de véritables projets pour la Ville ? En tous les cas, si la population n'est pas dupe, les journalistes se laissent plutôt facilement berner avec une servilité étonnante. Où est passé leur esprit critique? 

 Pierre Maudet, chaise en bois.      Guillaume Barazzone, chaise en bois + plastoc.

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Un vernissage 

Ce vendredi 28 novembre aura lieu le vernissage du new « Geneva Lux Festival » sur le pont de la Machine. Manuel Tornare sera-t-il convié à la fête ? Ce serait la moindre des choses de le convier afin que ce qui appartienne à César soit rendu à César, et que Guillaume Barazzone ait l'humilité de reconnaître qu'à défaut de créer on peut toujours recycler, et que la finalité d'une communication n'est pas uniquement d'être au service d'un projet de vente politique, mais sert aussi à replacer un projet dans son histoire collective. 

L'ère du tout à l'ego?

Si la politique événementielle et spectaculaire prend les tics de l'art contemporain pour sa mise en scène et ses agencements, il nous faut garder un esprit critique. En effet, au-delà de l'image, sur le fond, que penseront les étudiants sermonnés pour plagiat ou les petits enfants guignant la copie de leur voisin si les politiques font de même en toute impunité, oubliant leur valeur d'exemplarité et de modèles résistant aux tentations de s'attribuer tous les mérites de projets qu'ils n'ont pas conçu. Récupération, plagiat, des mots forts? Certainement.

Comment résister aux lumières hypnotiques du tout à l'ego ?    


[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/soir-venu-singulieres-sculptures-survolent-ville/story/24813075 

[2]http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/manifestations-evenements/geneva-festival/

[3]http://blog.athos99.com/yalil/

12:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, barazzone, urbanature, geneva lux festival, art contemporain, politique, modèle | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/11/2014

Grève TPG : l'échec du Conseil d'Etat

1625536_10152795421331826_301594468449128811_n.jpgOn va leur montrer que les petits ont encore du poil au cul! C'est ainsi qu'un conducteur décrit l'action de grève des Transports Publics Genevois ce 19 novembre. Et en effet, les petits se sont mobilisés! Pas un véhicule ne sort. La mobilisation est massive. Aucun conducteur ne prend place derrière les volants. Les mécanos, les rouleurs, tout le monde est à l'arrêt. Les prises de parole se succèdent. La grève ne vise pas les usagers, elle s'adresse au Conseil d'Etat. Cette grève est un coup de semonce, un avertissement. Elle concerne tout le service public, les travailleurs.

 

Les petits résistent sous la pression

Il y a bien eu des tentatives de la direction de faire plier les plus jeunes, leur offrir une paie augmenté, des petits coups de fil le soir d'avant: menacer leur emplois, appeler des sous-traitants. Rien n'y fait. Petites manoeuvres sans envergures. Le mouvement est compact, très suivi. Rien ne roule. Les sous-traitants engagé à l'arrache par les TPG pour fait rouler quelques véhicules sont rapidement retournés au dépôt. Pris à partis par les usagers en colère, leur sécurité était en jeu. On n'arrête pas un mouvement de fond avec des mesurettes.

Un mouvement large, légal et légitime

Aux dépôts, pas de violence, pas de colère; de la résolution et de l'engagement. Autour des piquets de grève, l'ambiance est sérieuse. Rien ne bloque les trams au dépôts du Bachet. Simplement, personne ne veut les faire rouler. Aucun emploi de la force, pas de véhicule bloqué, aucune prise d'otage. Le mouvement est pacifiste. Il y a ici simplement des travailleurs à bout qui disent STOP, ça suffit de tirer sur la corde et de faire porter aux petits tout le poids des efforts. 

Seul le dialogue paiera

Quelques jeunes conducteurs, mis sous pression par une direction irresponsable, pensent à sortir. Ils en sont dissuadés par le dialogue et les conducteurs plus expérimentés. Pourquoi aller au casse-pipe isolés, alors que les chefs de service sont bien au chaud, que l'on ne voit nulle part Barthassat sur le terrain ? Le Conseil d'Etat a laissé tomber les TPG, proposant un contrat de prestation qui supprimerait plus de 100 emplois. Et ce serait aux petits de payer le prix fort d’une gestion désastreuse du Conseil d’Etat; d'assurer le service alors que les moyens pour le faire sont coupés ?

Luc Barthassat perd les pédales

A la télévision, sur Léman Bleu mardi soir, Le Conseiller d'Etat en charge des transports, Luc Barthassat, s'essayait à l'intimidation [1]. A la radio suisse romande, ce mercredi, il récidive [2], et annonce encore des sanctions contre les grévistes (alors que le droit de grève est garanti dans la constitution fédérale, art.28 et dans la constitution genevoise, art.37) Il demande à son collègue Maudet d'envoyer la police. Cela fait rigoler dans les dépôts. Les policiers sont venus ce mercredi matin... et se sont déclarés solidaires du mouvement de grève! Rien, aucune infraction n'est à constater. Les travailleurs et travailleuses des TPG exercent leur droit le plus strict.

Monsieur Barthassat se trompe lourdement en menaçant les grévistes. Il montre tristement combien le Conseil d'Etat a mal anticipé et gère très mal cette crise, l'aggravant par un durcissement de ton sans concertation ni compréhension de la situation sur le terrain.  

Longchamp se tait, Maudet se cache, Barthassat menace

François Longchamp se fait discret, Maudet se cache, Barthassat délègue et menace. C'est la cacophonie au Conseil d'Etat. En attendant, les usagers sont laissés sur le trottoir et râlent légitimement. Mais qu'ils ne se trompent pas de cible. Ils ne sont pas pris en otage par les travailleurs des TPG, qui défendent un service public de qualité et fiable ; ils sont laissés à l'abandon par un Conseil d'Etat à la ramasse.

Une journée de gêne pour éviter des années de galère

La grève est un droit des travailleurs et un échec de la gouvernance. Cette grève d'une journée est un coup de semonce. C'est une journée de gêne pour les usagers afin d'éviter des années de galère. Le Conseil d'Etat s'est planté. Qu'il en assume les conséquences. Monsieur Barthassat est le patron, il doit prendre ses responsabilités. Il ne peut continuer de faire des sondages, de la communication douce ou prendre des mesurettes sur la mobilité et évacuer la gestion de fond des mouvements de contestation. Le Conseil d'Etat veut poursuivre une politique d'austérité sur les services publics en faisant payer le prix cher aux usagers et aux usagères ? Qu'il revoie ses petits calculs et surtout que Monsieur Barthassat se mette au travail, remplace ses menaces par le dialogue social. Sinon, la situation de la mobilité à Genève risque encore de se détériorer.



[1] C'était dans l'émission Genève à Chaud du mardi 18 novembre (à partir de la 22e mn que Luc Barthassat, ministre genevois des transports, envisageait déjà des sanctions contre les grévistes (intimidation), ainsi que l'envoi de la police

« J’ai demandé au directeur des TPG qu’on aille au-delà du service minimum, parce qu’on en a les capacités au niveau des gens qui veulent travailler. C’est un syndicat sur trois qui demande à faire la grève. Ce syndicat est minoritaire. Et si demain, ce syndicat se met en travers des portes pour ne pas laisser travailler les gens qui ont envie d’y aller, eh bien il y aura des sanctions qui seront prises. Les services de M. Maudet sont avertis. Ils seront présents. Et normalement, le service minimum est assuré à partir de 06.30h demain matin. (…..) S’ils se comportent mal, oui, on leur enverra la police. La police sera présente. »


[2] http://www.rts.ch/info/regions/geneve/6315090-luc-barthassat-promet-des-sanctions-apres-la-greve-des-tpg.html

 



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12/11/2014

Du forfait fiscal... à Champ-Dollon

Je suis un forfaiteur fiscal, la magouille ça me connaît. [1]  Je remercie les bonnes âmes qui ont essayé de me  décrire comme un généreux bienfaiteur, soutenant l'économie locale, faisant travailler des femmes de ménage et des menuisiers, mais la réalité est tout autre. Je suis un forfaiteur fiscal. Le bien de la collectivité m'importe peu. Mon objectif, c'est le rendement personnel et la maximalisation de mon intérêt. Mon but est de payer le moins d'impôts possible, de truander légalement la collectivité. Merci encore à celles et ceux qui soutiennent le forfait fiscal pour leur complicité. Je suis un forfaiteur fiscal, un falsificateur, mais je ne pourrai réussir seul.

Donnez donnez donnez moi (le fisc me le rendra)

Aujourd'hui je suis en Suisse, demain je serai ailleurs. Cela ne dépend pas des cadeaux que vous m'offrez, mais de la quantité de sang que j'aurai pu vous pomper avant de filer. Je flaire les bonnes opportunités, merci de m'accueillir. Quand j'aurai bien bu, j'irai ailleurs. Merci pour votre générosité. Vous ne voulez pas me donner un peu de liquidité encore? Franchement, je n'en attendais pas tant. Merci.

Je suis un forfaiteur fiscal. J'ai un statut spécial, comme le tique, le parasite, j'aime avant tout le silence, la discrétion et la chaleur. Je vis sur la collectivité. Qu'elle se saigne, compte ses sous, sans avoir le loisir de voyager pour optimaliser sa niche fiscale. Moi, je migre. J'ai droit à un statut personnel. On est 6000 comme moi en Suisse. C'est un club très select. La démocratie, c'est pour les pauvres. Sur moi, elle ne s'applique pas. Les règles, on les fait à ma taille. Je les édicte, je ne les suis pas.  Mon fric parle pour moi.

Du forfait fiscal à Champ-Dollon

Aujourd'hui, je vous écris de Champ-Dollon. Je n'aurai pas dû pousser l'escroquerie trop loin. N'étant pas de nationalité suisse, n'exerçant pas d’activité lucrative en Suisse, j'avais tous les critères qu'il fallait pour être tranquille. J'ai pris des risques, compris vos avantages comme une invitation à me mettre à l'aise. Pour ma défense, je n'ai pas fait grand chose de mal. D'abord une petite escroquerie à 2 millions de dollars, ça aurait pu passer inaperçu, vu que je ne remplis pas de feuille d'impôts. Hop, ni vu ni connu: une paille. Je n'aurai de toute façon jamais été imposé dessus. J'ai pris vos largesses pour une invitation à en profiter d'autant. Ai-je mal compris ?

Dal Busco abusé

Ce qui m'a fait tomber, c'est ma gourmandise. J'avoue, j'ai récidivé pour plus d'un million cette année, c'en était trop pour la justice. Ne demandez pas à Monsieur Dal Busco s'il  a vu passer quelque chose depuis son département des finances. Peu de fric dépensé et que du pur forfait: rien de plus que l'opacité. Ni vu ni connu et Dal Busco abusé. Pour sa gouverne, je n'existais presque pas. Je suis un forfaiteur fiscal comme les autres, réglo. Je ne suis personne. Mais il paraît même que je vous rapporte de l'argent. Ah, les petits suisses, vous êtes vraiment des bisounours, c'est merveilleux d'être invité chez vous.

Quand je sortirai...

Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez inculpé. J'ai le droit de truander légalement la collectivité mais quand j'en fais de même avec des individus vous me mettez en taule? Pas très lisible votre système finalement. Heureusement, j'ai encore quelques politiciens de mon côté, la chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève pour défendre mes forfaits fiscaux, sinon je serai vraiment dans la misère. 

Je vous écris de Champ-Dollon. Vraiment, cette prison ça craint, vous devriez investir un peu plus pour l'agrandir. Je me retrouve avec des droits communs. Pourtant, je n'ai rien à faire ici. Je suis un forfaiteur fiscal, pas un criminel. Ne me jetez pas la pierre. Vous m'avez donné l'occasion de vous sucer, m'avez tendu la jugulaire. Si vous n'aviez pas un statut si attrayant pour vous saigner, je ne serai pas venu chez vous. Qui sait, je serai peut-être même allé escroquer ailleurs.

Ce qui est extraordinaire, c'est que vous puissiez voter le 30 novembre pour supprimer ce statut d'exception. Et ce qui est incroyable, c'est que vous allez peut-être voter non pour laisser tous mes petits copains continuer de vous gruger et se goberger sur votre dos.

Bon, j'avoue.
 
J'exagère.
 
Mais si c'était à refaire, je recommencerai
 
L'appât du gain, vous comprenez....
 
Mais si vous ne votez pas OUI le 30 novembre à la suppression des forfaits fiscaux.
 
Promis, je me les renégocie.
 
Bande d'ingrats, de bisounours, de communistes !
 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-couple-est-suspecte-d-une-arnaque-ecologique/story/11977306

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : forfait fiscal, abus, prison, escroquerie, dal busco | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/10/2014

Passage piéton: piège à cons?

Chaque jour sur les routes, deux piétons sont gravement blessés et un peu plus d'un en moyenne y perd la vie chaque semaine. Pour l'année 2013, en Suisse, ce sont 69 personnes qui ont laissé leur peau sur le bitume… la plupart du temps sur des passages piétons. 723 piétons ont aussi été grièvement blessés. Les aînés paient le plus lourd tribut. Plus lent à traverser, confrontés à des feux toujours plus rapides pour laisser filer les flux de voitures (la priorité étant donné avant tout aux véhicules à moteur et aux cadences commerciales des transports publics), ils se retrouvent très exposés car non-protégés par une carlingue de métal. Risquer sa vie sur un passage protégé : quel paradoxe. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 est sans appel. [1] Le niveau de sécurité et les accidents frappent avant tout les piétons et les cyclistes de plein fouet. Pourtant, le Conseil d'Etat genevois refuse toujours de mettre en oeuvre l'Initiative 144 pour la mobilité douce qui demande des traversées piétonnes attractives et sécurisées en nombre suffisant sur l’ensemble du réseau de routes primaires et secondaires.

 

Cycliste, piétons: même combat

Dans neuf accidents sur dix ce sont les véhicules à moteur qui sont responsables des accidents. Voilà qui bat en brèche la thèse de "cyclo-terroriste". Il est certes plus facile de pointer du doigt quelques cyclistes qui slaloment dans les parcs entre les piétons à 15km/h que de s'attaquer vraiment à la racine du problème, la prépondérance encore massive du tout-bagnole et des boulevards à flux continu de voitures roulant à haute vitesse en ville. A l'avenir, les nouvelles technologies et des distractions accrues vont menacer encore plus les aînés, les enfants, et les cyclistes. Le vieillissement de la population va exposer toujours plus d'aînés à un environnement urbain de plus en plus dangereux. Chez les cyclistes et les piétons, la baisse des dommages corporels graves est plus faible que chez les autres usagers de la route. Les piétons sont le plus touchés par les blessures mortelles, à savoir 3 fois plus que les occupants de voitures de tourisme. La létalité des motocyclistes et des cyclomotoristes est elle aussi accrue, ce qui peut expliquer pourquoi, tassés entre portières et trottoirs, les cyclistes cherchent finalement refuge sur les trottoirs...

Passage piéton : piège à cons

La politesse se perd. Un passage-piéton n'est plus un signe automatique qui fait ralentir les conducteur. Au contraire, il n'est pas rare que des piétons y poireautent de longues minutes avant de finir pas s'élancer en désespoir de cause, risquant leur vie. Une solution ? Mieux éclairer les passages piétons, les équiper de feux et surtout laisser un temps suffisant pour que les aînés puissent traverser.   

Comme l'évoque le rapport annuel du bureau de prévention des accidents, les cyclistes constituent le groupe d’usagers ayant le plus d’accidents graves (27%) en Suisse alémanique, suivis des piétons (24 %). La part des motocyclistes qui subissent des dommages corporels graves y est «seulement» de 21 %. En Suisse romande et au Tessin, les usagers le plus souvent impliqués dans les accidents graves sont les motocyclistes, suivis des piétons. Ces différences reflètent avant tout le trafic modal des trois régions linguistiques suisses. En résumé : on meurt moins sur les vélos en suisse-romande tout simplement parce qu’il y a moins de personnes qui osent se risquer sur la route ! Il y aurait donc probablement plus de cyclistes sur les routes si ces dernières étaient sécurisées et si des mesures drastiques de protections étaient prises, ce qui réduirait les frais des transports publics et ferait faire des économies sur les réfections des routes et des installations routières pour lesquelles trop d'argent est encore dépensé (bitume phono-absorbant, réfections constantes, nouveaux marquages).

Cyclo-terroristes ? Cyclo-cibles plutôt. 

Cyclo-terroristes vous dites ? A voir. Les conducteurs de voitures causent 66% des collisions graves, les cyclistes à peine 9%. Et ce ne sont pas les risques pris par les cyclistes qui les mettent en péril. Dans la grande majorité des cas, c’est le refus de priorité par les véhicules à moteur ainsi que leur vitesse, qui est en cause. Evaluant mal la vitesse des usagers plus lents ou plus petits, les véhicules à moteur les exposent à la mort.

Selon que vous avez deux ou quatre roues...

Il n’y a pas de cyclistes ou de piétons terroristes, il n’y a que des bipèdes et cyclistes survivants dans une jungle urbaine ou la norme c'est encore: celui qui a la plus grosse carlingue et le plus gros moteur passe en premier. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 rappelle quelques faits et vérités. Il serait bon que les décideurs politiques et notamment Monsieur Barthassat s'y intéressent sérieusement. Et pour les autres, selon que vous avez deux, ou quatre roues, ou pas de roue du tout : Bonne route...

Ou plutôt : bonne chance.



[1] http://www.bfu.ch/fr/Documents/07_Medien/SINUS_2014_FR_Internet.pdf


 

10:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voitures, accidents, piétons, mortalité, cycloteroriste, initiative 144. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/10/2014

Genève a quatre étoiles au Routard

index.jpgGenève Ville d'art et de culture, c'est le joli titre que le guide du routard consacre à notre Ville. Tout habitant se retrouvera flatté que notre cité entre dans la célèbre collection du guide des bourlingueurs et bourlingueuses. Il y ressentira aussi probablement un petit orgueil cocardier et provincial d'être reconnu par ceux de la capitale culturelle: Paris bien sûr, et pour les plus chanceux adoubé d'un petit autocollant "Guide du routard 2015" mis sur la porte de son restaurant, de son café ou sa cabane à kebabs, le distinguant ainsi des concurrents et néanmoins amis. [1]

 

Des musées sinon rien?

En y regardant de près, on est un peu déçu. On s'étonne tout d'abord que la dimension patrimoniale prenne tant de place. On croyait le Routard sortant des chemins battus, explorateur et facilitateurs de détours, on le retrouve très classique, faisant l'éloge (longue) des institutions muséales. En voilà des routards bien polis et gentils! L'intérêt pour l'architecture est certes habilement introduit par le biais de ballades urbaines reprenant avec profit le thème des sentiers culturels déjà développés sur le site de la Ville de Genève[2]. On reste pourtant sur notre faim. Les grands noms du panthéon genevois éveillent notre intérêt. Il est toujours bon de réviser ses classiques, mais cela manque de piment. Que la culture genevoise soit trustée par Dunant, Hodler et Rousseau: sans vouloir renier notre belle histoire, donne l'impression de retourner à l'école. Alors: guide du routard ou manuel historique? Guide du routard ou Genève pour les nuls? A vous de voir.     

Le Routard est rentré dans le rang

Ce qui est clair c'est que le Routard n'est plus un guide exploratoire qui nous sort des sentiers battus. C'est fini. A le lire, on a plutôt l'impression d'avoir le guide bleu Gallimard ou Michelin en main. C'est tranquille, ça ronronne, suit son cours. A l'image de Genève? N'y cherchez ni l'émergence de lieux alternatifs, l'histoire des squats de Rhino à Artamis et leurs descendances, ni des bons plans de dernière minute. Le Routard ne s'y est pas attardé. Même la cave 12 est évacuée. Le Routard a désormais l'âge des voyages paisibles et des traversées en mouettes, préfère le Barocco au café Gavroche. Le guide, cossu avec sa couverture glacée et cartonnée, d'un classicisme convenu fait des infidélités à la publication qui a fait ses lettres de noblesse en enjambant les nids de poule. Si Genève reçoit 4 étoiles du Routard, le Routard aussi est upgradé. Et ce ne sont pas les petites incises peu drôles placées entre parenthèses (pour faire détendu?) qui nous permettront de rire un peu. L'écriture est empâtée, sans âme, sans risques, exhaustive et pédagogique. On en ressort fasciné par la richesse que Genève dispose et propose, mais on s'ennuie vite de ce savoir encyclopédique exposé sans visée. Un guide qui n'ose sortir des sentiers battus, c'est comme un musée fermé les dimanches. 

Un cadeau pour Noël

C'est probablement un cadeau que l'on fera pour Noël à un cousin français, ou que l'on ressortira pour accueillir ses visites, pour la fête des mères ou le dimanche de Toussaint; mais pour venir à Genève, et essayer d'y trouver autre chose que ce que l'office du tourisme propose, on repassera.

On cherchera en vain dans ce guide le regard décentré ou étonné de celui qui découvre un nouveau lieu et nous fait partager son étonnement, la pointe ironique de l'autre, du voisin. Le Routard a perdu en route de son humour. Il semble, à Genève, trop installé chez lui et se perd dans un luxe de détails. Sa typo taille 3 (minuscule) ne fera pas le régal de ceux qui n'ont pas de très bons yeux pour y voir clair.

Un guide bien comme il faut

Le guide est non polémique, non politique, évite tous les sujets qui fâchent. Diable, des français qui écrivent un guide sur Genève et n'évoquent même pas la question du MCG et son obsession des frontaliers, tout fout le camp. L'art et la culture ne sont décidément pas militants chez le Routard. L'intérêt principal de ce guide réside finalement, hormis les quelques clins d'oeil que les genevois-e-s découvriront sur leur ville, dans la manière dont il choisit de découper le champ culturel et de mettre en valeur ce qui permet à une collectivité de se revendiquer d'art et de culture.

Pour le Routard, au risque de me répéter, on l'aura compris, ce sont les musées d'abord, les musées ensuite, les musées toujours. Les gros les petits, ceux qui ont une grosse programmation ou une petite, les blancs, les rouges, les privés, les conformes. On a même droit au musée des sapeurs pompiers! (mais on oublie bêtement celui de l'association pour le patrimoine industriel). L'horlogerie, elle, montre les dents et se taille sa part du lion, que ce soit sur le plan historique ou par ses musées (encore!). 

Le Routard n'aime plus la diversité

La danse? Oubliée. Les théâtres? évacués sur deux minuscules pages seulement. La littérature? La Maison de Rousseau et de la littérature est évoquée en passant et la Fondation Bodmer brossée; toujours dans le sens du poil bien sûr, mais sans attachement particulier. Rien sur les bibliothèques de la Ville et la BGE, les événements littéraires (Poésie en Ville, Fureur de lire) ou le salon du livre. La jolie galerie rue de l'industrie ? - ah les traîtres! Sur la rive droite, ils ont préféré, aux Grottes, nous emmener au quartier des Nations. Le Routard préfère l'ONU à saveurs et couleurs, l'esprit soixante-huitard a vécu. La Bande Dessinée passe à la trappe, hormis Tintin, Cosey, Astérix et Zep. Et ciao bye Papiers gras! On aurait aimé qu’Exem, Alois Lolo, Tirabosco, Wazem, Alex Baladi, Chappatte, Albertine, si intimement liés à la ville, soient honorés, et l'histoire fascinante des halles de l'île rappelée. Les festivals de cinémas, d'une incroyable vitalité, que Genève abrite en nombre, ne sont pas évoqués. Genève ville de cinéma? ( la ville avait le plus grand taux de cinémas par habitant jusqu'à peu en Europe), Godard?  Que nenni. Le cinéma Nord-Sud est oublié. La Réforme, et les églises voilà ce que Genève semble (encore!) faire de plus cinématographique. Long plan séquence devant le mur des réformateurs. On en ressort un peu barbouillé. 

Un guide pour les musées: une ville muséifiée?

Bon, on l’aura compris, les arts vivants, les arts de la scène n'ont pas droit de cité dans le Routard. Une culture qui se visite doit être une culture assignable dans la durée et territorialisée. Il en ressort l'impression trouble d'une ville muséifiée. C'est le risque fatal de tout guide, et le Routard est tombé dedans. Au moins s'évitera-t-il le travail des mises à jour lors de possibles rééditions. On aurait souhaité un guide plus diversifié et équilibré.   

A la vision conventionnelle et convenue de la culture et de l'art que le Routard nous convie, dans un coffrage tiède, a-politique, a-conflictuel, sans arriver à aller plus loin que la visite de politesse à une Ville qui paraît bien bourgeoise, nous regrettons le manque singulier de coups de coeur, de rage, d'émotions, de passions et de choix pour donner envie à un public de vivre la ville et pas seulement la contempler comme derrière une vitrine.   

Ce guide du routard, dans son genre muséal, est exhaustif. On y apprendra de jolies anecdotes sur la cité, Napoléon, Jules César et Lénine sont sanctifiés. Mais qui aime bien châtie bien selon le dicton. Sans être maso, il nous aurait semblé intéressant que le Routard soit moins gentillet pour que l'on n'ait pas l’impression qu’il ait aimé Genève autrement que pour relayer les informations de la Fondation Genève Tourisme et Congrès et remplir ses hôtels le week-end. 

Si ce qui est bon pour la culture et l'art ne l'est pas toujours pour le tourisme, faut-il vraiment croire que ce qui est bon pour le tourisme est bon pour l'art et la culture? Pas sûr. Ni certain que ce guide soit suffisant pour attirer à Genève les touristes de Bordeaux, Nantes et Paris. A voir... Mais en attendant, Genève a ses quatre étoiles au Routard. Bravo. 



[1] http://www.routard.com/guide_agenda/geneve.htm

[2] http://www.ville-geneve.ch/promenades/sentiers-culturels/

 

11:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : routatd, genève, guide, carte, culture, arts | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/10/2014

Le PS: parti de bobos de pédés et de blacks?

Peut-on être socialiste et travailler au Mac Do? Etre socialiste et oeuvrer dans une banque; être un petit patron et s'engager au parti ? Ou plus précisément : peut-on être socialiste et travailler au WEF (World Economic Forum)? C'est la question que Jérôme Béguin, journaliste à Gauchebdo pose d'une manière péremptoire dans un édito intitulé « il faut le dire » en date du 10 octobre[1].

Avis avec oeillères

Pour lui, non, ce n'est pas possible. Le PS ne peut pas "se croire permis d'offrir aux suffrages des électeurs de gauche une senior manager employée du WEF" (sur 33 candidat-e-s). Car le WEF, c'est le mal absolu; donc, tous ceux qui y travaillent sont diaboliques, quoi qu'ils y fassent et quelle que soit leur vie en dehors du boulot. Il est toutefois piquant de constater que Gauchebdo publie en page 5 du même journal un excellent article d’Emmanuel Deonna, candidat ps au conseil municipal (!). Démonstration faite que virulence ne rime pas toujours avec cohérence.[2] 

Une extrême gauche de façade

Je souhaite réfléchir un peu sur cet édito de Gauchebdo, car il illustre une dérive des positions d’extrême gauche vers l'extrême droite. Voulant figer les identités, avec des jugements manichéens, il se donne le beau rôle, omettant de voir que les marges de résistance et de manœuvres sont multiples. Ce journaliste se mue en inquisiteur, pointant du doigt les socialistes coupables d'apostasie. Quoi?! Etre de gauche et occuper le cerveau de la bête? C'est pourtant ce que Che Guevara recommandait à Jean Ziegler: mener la lutte sur tous les terrains, dans tous les milieux, et avant toute chose là où le pouvoir réside. Ce n'est pas en se mettant une médaille de bonne conduite, en se congratulant d'être "bien de gauche", que l'on gagnera le combat, mais dans la lutte pour plus de justice sociale, où que l'on soit, avec qui que ce soit. Critiquer la liste des candidat-e-s du parti socialiste parce qu'elle serait, selon ce journaliste, majoritairement composée de gens ayant fait des études, fonctionnaires, ou engagés dans des associations, "pas de gens d'en bas travaillant plus de 40h", est un avis de droite. Il fait complètement jonction avec les discours les plus virulents de membres du parti libéral radical comme Adrien Genecand, ou du mouvement citoyen genevois type Carlos Medeiros, affichant un mépris pour la fonction publique et enquillant les préjugés et fantasmes sur une réalité qu'ils n'éprouvent pas.

Ni de gauche ni d'extrême gauche mais de droite

Campé dans une pseudo posture d’extrême gauche, c'est en fait dans une position très confortable imbibée de l'air du temps, où se mêle mépris des gens qui ont fait des études et méconnaissance de ceux qui travaillent sans être estampillé "prolo", que ce journaliste caricature des catégories dépassées. Cela illustre parfaitement ce que Luc Boltanski et Arnaud Esquerre décrivent dans leur livre vers l’extrême, extension des domaines de la droite: une pensée conservatrice et dénigrante de tout ce qui ne lui ressemble pas. [3] On assiste, dans ce livre au décryptage des discours d'extrême droite et sa critique, par exemple, du bobo (catégories fourre-tout permettant de dégommer tout ce qui est contestataire et différent) et dans le renforcement de caractéristiques identitaires magnifiées : l’ouvrier, le paysan, le peuple, etc.,etc.,

Il est temps de faire reset camarades

Cette vision complètement creuse de ce qu'est un ouvrier aujourd'hui n'aide pas à comprendre les situations précaires du quotidien. Qu'a-t-il à envier l'ouvrier à la femme monoparentale qui enquille deux boulots, au père divorcé qui est un col blanc mais n'a plus de logement et doit payer une pension alimentaire, aux travailleurs précaires dans le domaine de la culture qui font leurs 80h par semaine pour des clopinettes; à l'expatriée qui n'a aucune sécurité de l'emploi, un contrat précaire, et se fait harceler au travail? A l'enseignant qui se fait quatre établissements scolaires en simultané, et est au bord du burn-out? etc.,

Pavlovisme racoleur

Ce réflexe pavlovien d'extrémiste "de gauche" figeant toutes les catégories dans le temps est stupide et stérile. La gauche a pour ambition de secouer les catégories, découper le réel autrement, réveiller la pensée, pas de s'y vautrer. Pour ma part, je suis heureux que des membres du PS occupent, aient occupés et occuperont encore longtemps j’espère des emplois dans les domaines les plus variés, à n'importe quel niveau. C'est de l'intelligence collective, des ressources multiples pour comprendre la société et le monde d'aujourd'hui dont nous avons besoin. Ce qui compte, c'est ce que sert le coeur, les actes concrets d'engagements, pas les poses de révolutionnaires de salon.

Penser pour après

Heureusement, la vie est toujours plus souple et dynamique que les fantasmes des extrémistes. Telle camarade qui est passée au WEF travaille maintenant à la promotion du sport pour toutes et tous, et dans le cinéma, telle autre a rejoint une organisation luttant contre la mortalité infantile dans les pays du Sud dû à des maladies considérées bénignes au nord. Sorties du WEF, seraient-elles suffisamment socialistes pour Béguin maintenant? Pourtant leur engagement est le même! Le parti socialiste n’est pas sectaire, il a l’intelligence de s’intéresser à ce que les gens pensent et à leurs actions, pas à leur pedigree. Tant mieux si des personnes socialement responsables entrent en résistance là où ils sont. Je préfère des irrévérencieux engagés à des pédants fussent-ils "de gauche".

Diversité maximale

Pour ma part, je suis fier d’être au parti socialiste. Parce que ce parti accueille des gens de tous horizons, tout milieu social. Parce que ce parti n'est pas un club fermé. Il ne dicte ni les comportements, ni les modes de vie, n'édicte pas de directives sur les emplois occupés. Il n'y a pas de teste de "crédibilité socialiste" à l'entrée pour les personnes qui s'engagent dans ce parti composé de patrons, d'étudiant-e-s, de chômeurs, fonctionnaires, d'ouvrières, de syndicalistes, de femmes, de migrants, de suisses, de vieux, de plus vieux encore, d'homosexuelles, d'hétérosexuels, de croyants, d'athées, d'anarchistes, de frontaliers, de retraités, de jeunes fous; de bobos, de pédés et de blacks, etc.,

Ce qui compte, au final, c'est la posture politique, l’engagement collectif, pas le pedigree essentialiste que certains, à droite comme à l’extrême droite veulent coller sur les gens. Il est inquiétant qu'à « l’extrême gauche » ce courant prenne désormais racine; avec le fantasme de faire rentrer dans la réalité des modes de penser nostalgiques et dépassés.

 

Marx sans Engels n'aurait pas été Marx

D’ailleurs, c’est sans surprise que Pascal Décaillet rejoint cette « extrême » là et reprend sur son blog [4] cet édito « délicieusement assassin de Jérôme Béguin sur l’embourgeoisement des socialistes en Ville de Genève », faisant l’éloge des océans de nostalgie que soulève pour lui ce journal. Bourgeoisie? Marx n'aurait jamais été Marx sans Engels. Le manifeste du parti communiste n'aurait pas vu le jour sans ce fils d'industriel, mécène de Karl Marx. Ces catégories de bourgeois et de prolo sont aujourd'hui à reformuler. Il serait intellectuellement honnête, du côté de Gauchebdo, de venir voir sur le terrain qui sont les candidat-e-s du PS, ce qu'ils ont dans la tronche et le bide, pas se contenter vite fait de lister leurs emplois, leurs passe-temps, ou leur genre uniquement. Il serait surtout politiquement salvateur de saisir, à l'extrême gauche, que c'est contre l'extrême droite que se réaliseront les changements sociaux progressistes, pas en utilisant son registre, contre le PS.

Rendez-vous jeudi à 18h au temple des Pâquis 

La première occasion d’une rencontre est offerte ce jeudi 16 octobre à 18h, au temple des Pâquis (encore un endroit pour bobo), rue de Berne, pour la soirée de lancement de campagne du parti socialiste Ville de Genève ; avec la  présentation du journal Causes Communes, imprimé aux Pâquis, et de tous les candidat-e-s.

Encore une soirée de bobos?

A vous de voir...      

 

[1] http://gauchebdo.ch/pdfs/GH41.14.pdf

[2] A toutes fins utiles, il convient de préciser aussi que la candidate en question s'est retirée de la liste. Une belle preuve de la précision du travail de journalisme mené par Gauchebdo. Faites ce que je dis pas ce que je fais! 

[3] Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Vers l’extrême, extension des domaines de la droite. Editions dehors, 2014.

[4] http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2014/10/10/la-solitude-la-petite-mort-le-partage-de-la-joie-260619.html

09/10/2014

Critical Mass: où est le problème?

La Critical Mass n’est pas un problème. Elle révèle un problème. Celui de l’emprise délirante des voitures dans l’espace public. Une Critical Mass est une déambulation sans moteurs chaque dernier vendredi du mois. Que des gens se réunissent pour se déplacer en vélo, en patins à roulette ou planche et trottinettes est réjouissant. Des dizaines, voire d’une centaine de personne, forment alors un cortège et se déplacent en bousculant l’usage qui veut que les cyclistes doivent rouler à la marge, entre trottoirs et portières sur un espace de 60cm. Après tout, l’espace public est à tous. Pourquoi serait-il confisqué toute l'année par des flots continus de voitures qui s’emboîtent les unes dans les autres d’une manière absurde, bloquant tout déplacement possible? Le trafic rend la vie impossible aux habitants par des pollutions sonores et des taux de particules fines potentiellement mortel.

Le tout-bagnole a vécu

La votation du 28 septembre dernier sur la construction d’un tunnel autoroutier sous la rade et son refus par la population a montré que le tout bagnole à Genève a vécu. Nous sommes à un virage. Les automobilistes sont au bout du rouleau. Si la Critical Mass provoque des tensions, c’est qu’elle appuie au point sensible. Elle révèle la nervosité d’automobilistes ne supportant pas d’être freinés dans leur conduite. La contrainte d’un obstacle sur leur route les exaspère. Certains sont même prêts à rouler sur les gens. Juin 2010 un automobiliste, bloqué par le cortège, sort de son véhicule pour menacer les cyclistes avec une batte de base-ball. 26 septembre dernier, un automobiliste fonce sur deux jeunes, manquant de les tuer. La Critical Mass doit-elle être mieux encadrée ? Certainement. Pas par la police, qui a fait preuve de sa difficulté à accompagner cette manifestation originale, mais par des médiateurs, des travailleurs d’associations mandatés pour accompagner, protéger ce cortège et dénoncer les conducteurs qui ne savent plus céder le passage, tout comme d'éventuels excès de membres de la Critical Mass.  

Mobilité : plus de solutions


Le Slow Up (journée sans voitures) est un événement prisé des familles. Lors de ceux-ci, les routes sont bloquées pour que des cyclistes s’y déplacent en sécurité. Pourquoi faut-il isoler ces journées les dimanches, et en général loin des villes ? Pourquoi Critical Mass, Slow Up, ou Parking Day (occupation de places de parking pour des événements culturels et sociaux) sont connotés en anglais ? Parce que Genève a encore du retard avant de sortir du tout-voiture. Les projets novateurs viennent d’ailleurs, même les américains nous devancent ! Le peuple a voté en 2011 l’initiative 144 «pour la mobilité douce» qui demande des pistes cyclables continues, directes et sécurisées pour le réseau des routes primaires et secondaires. A ce jour, rien n’a été fait. Le Conseil d’Etat tarde à mettre en œuvre une vraie politique de mobilité. La Critical Mass n’est pas un problème. C’est l’esquisse d’une solution : une ville où se déplacer sera un plaisir pour tous. Les habitants ont le droit de respirer et de se déplacer en sécurité par les moyens qu’ils désirent.  



05/10/2014

Guérilla urbaine à Genève : selfie coûteux de Maudet.

Monsieur Maudet tenait vraiment à sa fête de la police et à faire parader 500 participants, dont 200 policiers sur une partie de la Rive Gauche ce samedi 4 octobre, bien que le défilé ait été contesté, au risque de provoquer des échauffourées. Le Conseiller d'Etat, capitaine à l'armée, pensait peut-être gérer la police dans la ville comme une armée en campagne, avec bataillons et marches au pas. C'est raté. 

Une fête fictive

Au final, il y a de la casse: trois blessés, des voitures brisées, des fumigènes largués sur la place de Plainpalais et des scènes de guérilla urbaine. Tout ça pour quoi en fait? Parce que Monsieur Maudet tenait à faire une jolie communication avec costumes d'époque, fusils ripolinés et chaussures bien cirées alors que les historiens de l’Université de Genève Marco Cicchini, Michel Porret rappellent que cette commémoration est nulle et inutile dans une édition de la Tribune du mois de juin. Le choix de 1814 comme date de naissance de la force de l’ordre est fictif, et sert purement un discours de communication et de propagande politique.

La police plutôt que l'éducation?

On peut comprendre que cela crée des tensions alors que les autres budgets de l'Etat sont réduits au strict minimum et que seul celui de la sécurité augmente. Est-ce que l'on veut vraiment limiter les places de crèches et les rénovations des écoles pour faire des défilés policiers dans les rues ; dépenser de l'argent à jouer au chat et à la souris avec des bougres qui auraient passé l'après-midi à faire autre chose si on ne leur avait pas proposé une si jolie vitrine pour faire de la casse ? Payer pour plus de sécurité, oui. Mais casquer pour une mise en scène de la sécurité; voir même une exhibition de la police créant de l'insécurité? Faudrait voir pour ne pas trop prendre les citoyens pour des abrutis.   

Vendre ses paniers à salades à tous prix

Monsieur Maudet veut sa communication à tout prix. Est-ce parce qu'il recule sur tous ses dossiers? La police, suite à sa grève de l'uniforme de cet été - diable, il voulait ramener la sécurité dans les rues et ne contrôle même plus ses troupes qui se laissent pousser la barbe et choisissent quand il est temps d'enlever leur T-shirt I love New-York ou leurs étoiles de shérif pour repasser le bleu- a fait reporter la réforme SCORE des barèmes salariaux pour les policiers de deux à trois ans. Le procureur Jornot reconnaît que la politique d'incarcération des migrants à tout prix pour infraction à la Loi sur les étrangers, de leur condamnation à des peines fermes est stérile. Il  y a renoncé. Champ-dollon déborde, les gardiens sont à bout. Les policiers vont désormais aller faire signer le référendum contre la nouvelle Loi sur la police voulu par Monsieur Maudet. Rien pour parader avec ça, non, vaudrait peut-être mieux mettre de l'énergie ailleurs que dans les défilés.     

Défiler à tous prix?

Quelle est la réaction de Monsieur Maudet suite au gâchis et aux violences d'une manifestation mal gérée? " La minorité d'individu dans le rejet de la société qui voulaient casser du flic ne sont pas parvenus à empêcher le bon déroulement du défilé et je m'en réjouis". Ben oui, l'important c'était que le défilé de Monsieur Maudet puisse avoir lieu. C'était en fait la seule chose qui comptait. Mais Monsieur Maudet se trompe lorsqu'il pense que ce sont les policiers qui étaient visés par cette manifestation. C'était lui la cible, lui et sa politique tape à l'oeil, racoleuse, le déclencheur de ces débordements, dont les policiers eux-mêmes font les frais.   

Une fête fictive vraiment nécessaire?

Ce défilé de 500 policiers protégés par au moins autant de troupe, avec une débauche de moyens (chiens, camions, policiers en civils) avait pour seul objectif de garantir la communication du chef et dorer son blason. C'est une manière coûteuse de s'occuper de la sécurité à Genève que de créer des occasions de guérilla urbaine en inventant des fêtes commémoratives fictives! Pour conclure, que Monsieur Maudet en rajoute en venant clamer comme un général d'armée le succès de son opération du jour est peu glorieux et sert les arguments de ceux qui voient dans ces défilés une instrumentalisation de la police à des fins politiques et électorales.    

Le 17 octobre journée du bluff?

Pas de raison toutefois que le chef s'arrête pour si peu. Il a déjà annoncé que le 17 octobre prochain (journée mondiale de lutte contre la misère en passant) le Victoria Hall sera réservé pour un concert de la Garde républicaine française en hommage aux pseudo 200 ans de la police genevoise! (Eh oui, il n'y a pas que les petites frappes qui ont droit au violon). Après l'occupation du domaine public, l'occupation du domaine culturel par la police maintenant? Il y aura donc à nouveau quelques centaines de policiers autour et dans le Victoria hall le 17 octobre. Alors que l'ONU et le monde entier placent cette journée sur le plan de la lutte contre la misère, Maudet prend cette date pour célébrer à nouveau la police!  Est-ce parce qu'il est au final plus facile d'occuper le Victoria Hall ou de défiler Place De-Neuve que d'occuper les quais du Seujet ou le jardin Anglais?

A qui appartient la police?

Enfin, puisque le nouveau slogan de Monsieur Maudet est : "la police n'appartient pas aux policiers mais à la population, elle est l'émanation du corps social", prenons-le au mot et recommandons-lui d'arrêter de l'instrumentaliser et de se l'approprier pour sa petite communication personnelle en provoquant d'inutiles tensions.


Références

1814: Naissance de la police genevoise: "c'est de la propagande!"

http://infopolice.ch/wp-content/uploads/200-ans-police.pdf

 

4 octobre: un défilé pour faire briller les boutons 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/deux-faces-defile-reactions-pierre-maudet/story/25636374

Blog de Demir Sönmez sur les échauffourées du 4 octobre

http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/10/05/la-fete-de-la-police-a-ete-celebree-sous-les-bombes-lacrymog-260428.html

Blog de Haykel Ezzeddine 

http://planetephotos.blog.tdg.ch/archive/2014/10/04/scenes-de-guerilla-urbaine-dans-les-rues-de-geneve-260420.html


17 octobre journée mondiale d'élimination de la pauvreté

http://www.un.org/fr/events/povertyday/


Quand le procureur Jornot reconnu (après sa campagne électorale) avoir emprisonné des gens qui n'avaient pas commis de délits autre qu'une infraction à la loi sur les étrangers, et confirma l'inutilité de cette politique. 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Olivier-Jornot-assouplit-sa-politique-criminelle/story/29210901

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27/09/2014

L'algorithme n'aura pas le dernier mot (II)

Pour changer le monde, il s’agit de changer notre manière de l’exprimer, dans et par le langage. Ce n’est pas l’algorithme qui aura le dernier mot, mais le poème. Et si pour changer l'économie, le politique, on commençait par se parler et se raconter le monde autrement? Parce que le temps est court et quelque chose est en train de basculer, la vieille langue fatiguée ou la langue en aluminium ne suffisent pas. Merci à Amandine Glevarec, de litterature-romande.net pour cet échange.


Amandine Glevarec: Écrire, c’est un engagement ?


Sylvain Thévoz. – Oui, clairement. Avec le désir d’aller subvertir, lutter ou confronter, mais aussi partager, réaffirmer, rassurer, afin que les gens se sentent vivifiés, fortifiés, de ne pas se sentir seuls dans une société fragmentée. Écrire, c’est un élan vers l’être, dans l’émotion, la transcendance aussi, vers des valeurs qui sont entamées par la productivité et le capitalisme débridé. Je crois que la poésie est un outil de lutte. Elle permet de résister, dans sa tête, dans son corps, en rassemblant les forces. Nous devons créer, composer, habiter des territoires où l’humain, le temps, le silence – des valeurs aujourd’hui dévalorisées – passent avant tout le reste, et construire des espaces pour cela. À ce sujet, du 2 au 5 octobre, Poésie en ville, la manifestation qui met la poésie, les lecteurs, les poètes sur le pont, se tiendra aux Bains des Pâquis. Ce sera l’anti territoire off-shore. On est là sur le lac, mais bien ancrés, avec des valeurs réelles, des voix et des corps dans l'espace. http://www.ville-geneve.ch/themes/culture/manifestations-evenements/poesie-ville-2014/programme-2014/

A. – Est-ce qu’on peut dire que la poésie regroupe tes deux facettes, la spiritualité et ton désir d’engagement ?


S. T. – Oui. Mais c’est aussi par la poésie que j’ai rejoint ces deux dimensions, dans la langue d’abord. L’engagement vient après la réflexion. La poésie précède l’action. Mais ce sont avant tout des courants, des désirs, qui s’alimentent les uns les autres. Tu ne peux pas rester à écrire seul dans ton coin sans t’intéresser à la société qui t’entoure. Tu ne peux pas vouloir poétiser seul sur ton rocher, ça n’a pas de sens. Alors tu cherches, tu grattes, tu rencontres des gens qui cherchent, grattent aussi ; tu commences à publier et puis tu rencontres d’autres auteurs. Je navigue entre tout ça, et la spiritualité est le fond archaïque, transcendant, nourrissant, dans lequel je peux puiser. Le langage dit cela tout en le forgeant. La révolution viendra par la langue, ou alors nous serons miteux et creux avant l’heure.

A. – Est-ce que tu continues aussi à t’appuyer sur des lectures ?


S. T. – J’essaye de lire au minimum un livre par semaine. Je fais une critique d'un livre sur la radio YesFM tous les lundis matin. Je picore beaucoup, fonctionne au coup de cœur, mais c’est vrai qu’avec mes engagements, je manque parfois de temps. Je suis dingue de livres, de l’objet livre aussi. La librairie du Parnasse, celle du Boulevard, du Rameau d’or, sont devenues mes repaires. J’y achète des livres que je ne lirai pas. Ce n’est pas grave. Vivre dans leur voisinage me plaît, ensuite je les donne. Je me demande parfois, dans cet enthousiasme, si je ne vais pas me perdre en route. Publier me permet alors d’arrêter le processus de travail – lecture et écriture – du grand brassage dans la langue, et d’être confronté à mes pairs, les lecteurs. Tenir un blog me permet aussi de jalonner la pensée dans une écriture plus quotidienne.

A. – De quelle manière travailles-tu sur tes textes ?


S. T. – Publier, c’est s’obliger à s’arrêter de travailler. Mes textes, je les reprends beaucoup, les lime, les rabote. Parfois, je crains qu’ils ne deviennent trop opaques, indigestes, parce que trop densifiés. Je cherche des formes qui provoquent des émotions, des surprises, créent des sonorités, des brisures, permettent d’interroger le rapport à l’être, au monde. Le langage est une pâte vivante. Ce n’est pas un truc à disposition sur un rayonnage ou dans un dico. C’est une matière à inventer. Créer quelque chose qui n’est pas descriptif ou qui ne nomme pas mais qui avance, qui bouge, comme une bête, j’aime ça. Je travaille beaucoup par associations d’idées, d’images. Ça commence par des jets que je reprends ensuite. Je ne sais jamais où je vais. Le travail n’est pas construit à l’avance. Il n’y a ni échafaudages ni structures, pas de tableaux Excel, mais ce n’est pas pour autant de l’écriture automatique. Je cherche le plaisir dans l’écriture, mais pas à tout prix. J’ai de plus en plus un œil critique. Ce n’est plus comme à 19 ans où c’était du domaine de la révélation, du flux, très spontané, ça dévalait, ça déboulait. Maintenant, je fais plus attention à ne pas me répéter, rentrer trop dans la facilité, gagnant une certaine objectivité, élaguant beaucoup déjà dans le moment de l’écriture. Créer c’est soustraire. C’est penser à l’autre aussi.

A. – Pourquoi ne pas partir carrément dans quelque chose de plus abstrait, avec le langage comme matière ? Le dadaïsme par exemple ?


S. T. – J’aime le jeu, mais je cherche à dire quelque chose de politique, de social, d’animal. Ces choses là ont peut-être été dites mille fois mais j’essaie encore de trouver une forme incarnée, d’autres tonalités. Construire du singulier dans le collectif. Je refuse de m’ennuyer à répéter ce qui a déjà été composé. Je veux creuser dans l’émotion, toujours étonné qu’on me dise qu’on ne me comprend pas. Parce que pour moi cette écriture est limpide. Je suis aussi surpris par cette volonté de comprendre. Comme si la littérature se comparait à la lecture d’un menu au restaurant, et que l’on parcourait Proust comme un magazine de mode. J’y vois là une sorte de paresse. Un refus d’être surpris, débalancé, mis en difficulté. Dans les écritures mathématiques, il y a une dimension ludique qui m’excite moins. Je travaille mieux avec des thèmes de prédilection : le territoire, l’humain, la politique, l’animalité, la sexualité,… qui deviennent une sorte de pâte où ces thèmes se mélangent dans une dimension magmatique. Le résultat, au final, devient plutôt grave, sérieux, mais traversé par de la lumière. Le langage n’est pas quelque chose de gratuit pour moi, avec lequel on peut s’amuser sans conséquences.

A. – La poésie comme un manifeste ?


S. T. – Il y a un peu de ça. Finalement, quand tu lis les Évangiles, c’est aussi violent qu’une déclaration de guerre. Et puis, avec l’usage de la métaphore, on peut partir dans beaucoup de lectures possibles. On ne comprend pas très bien non plus les prophètes. Ce sont des lectures inépuisables, à multiples entrées. Je crois qu’il faut un peu de ça pour réveiller les gens. Pas dans le sens de les choquer, mais plutôt de les inviter à s’interroger, douter, les soulever. Pour changer le monde, il s’agit de changer notre manière de l’exprimer, dans et par le langage. Ce n’est pas l’algorithme qui aura le dernier mot, mais le poème.

A. – Tu n’envisages pas d’écrire un roman ?


S. T. – Oh si, j’aimerais beaucoup. J’ai beaucoup d’admiration pour ces écritures plus lentes, longues, descriptives, mais je n’y arrive pas. Il y a un moment où le langage me dévore, il prend ses aises et je n’avance plus dans le récit. J’aimerais écrire pour le plus grand nombre, un roman de gare ou érotique, porter des réflexions philosophiques, être comme un musicien qui sait jouer de plusieurs instruments. Je n’ai pas envie de devenir monomaniaque, limité aux histoires d’animaux, de bêtes ou de forêts dans des formes clandestines, mais je n’en suis pas encore là je crois. Je reste au service de la langue, et je la suis, Pour l’instant elle m’attire dans la poésie, et je la suis. Peut-être que je serais bientôt emmené ailleurs. Je reste attentif, à l’écoute. Quand j’écris, ce n’est pas toujours moi qui décide. J’essaie d’être au service de quelque chose de plus grand que le moi.



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26/09/2014

L'algorithme n'aura pas le dernier mot (I)

D'où je parle ? Je parle de là, d'ici, aussi, entre autre. J'espère que ça parle aussi au travers, dedans. Merci à Amandine Glevarec, de litterature-romande.net pour cet échange, afin que l'humain ait la première place, pas l'algorithme. Comme l'écrivait Henri David Thoreau, le sommet le plus élevé que nous puissions atteindre n'est pas le Savoir, mais la Sympathie avec l'Intelligence.


Amandine Glevarec: d'où viens-tu ?


Sylvain Thévoz: Je suis né à Toronto mais j’ai grandi à Lausanne puis suis retourné à Montréal suivre des études d’anthropologie. J’ai ensuite vécu 5 ans à Bruxelles. Mon père est suisse et ma mère du sud de la France. Je me sens très européen et francophile. Ma première identité n’était pas une identité de nation mais une identité de langue. C’est le premier territoire où j’ai véritablement ressenti un sentiment d’appartenance.

 

Avant d’être suisse, je suis francophone. Par la suite, j’ai fait le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et là j’ai vécu une rencontre très forte avec le Christ dans une sorte de face à face intime. Je me suis reconnu comme un suiveur du Christ. J’ai continué de marcher, je suis allé au Portugal, dans le Sud de l’Espagne puis un mois au Maroc avec les moines survivants de Tibhirine. J’ai ouvert l’Évangile et je me suis dit : c’est de la dynamite, c’est la révolution sociale ça ! (rires). Je suis revenu en Suisse et ça a été une vraie réconciliation avec moi-même. Je me suis reconnu dans mon identité de chrétien et reconstruit une identité en Suisse.

 

A. – C’était une période où tu étais en rupture ?


 

S. T. – J’ai toujours été en quête, en recherche spirituelle de quelque chose de plus grand que le quotidien et le matérialisme. J’ai toujours pressenti que je n’appartenais pas vraiment à un territoire, que le monde était plus vaste, que « la réalité » pouvait être différente selon les cultures et traditions. La rupture, je l’ai vécue plutôt à 17 ans, quand je suis parti à l’étranger. À 30 ans, je me suis réconcilié. La Suisse des années 80, dans laquelle j’ai grandi, était renfermée, très proprette, rigide même. À Lausanne, il y avait un seul lieu de musique alternative, la Dolce Vita, porté par le mouvement Lôzane Bouge, mais à part ça tu ne t’amusais pas beaucoup et c’était plutôt couvre-feu dès 22h. Les choses ont fondamentalement évolué depuis.

 

A. – Il y a pourtant un durcissement maintenant…

 

S. T. – Je crois qu’il y a un désarroi qui grandit et touche de plus en plus de personnes. La jeunesse qui ne sait pas quelle place prendre, les aînés qui ont peur de ne plus servir à rien, et les classes moyennes qui craignent leur déclassement. On assiste à une fragilisation générale des rapports humains lié à une dérégularisation complète, une précarisation des emplois et du logement. Toutes classes d’âges confondues, les gens sont fragilisés. Le capitalisme fait que tu es remplaçable voire jetable dès que tu n’es plus optimalisable. La santé économique en Suisse est bonne, mais il y règne une avidité néfaste. Vouloir à tous prix continuer de mener la course en tête et maximaliser les revenus du capital placent l’humain dans une position de soumission et de fragilité extrême.

 

A. – Tu es croyant, mais aussi engagé en politique, au sein du Parti Socialiste, Ville de Genève.

 

S. T. – Oui. Et pour moi, c’est très cohérent. Je vis le Christ comme un révolutionnaire social et non pas comme le tenant d’un dogme. Le message que nous a laissé cet homme, ce va-nu-pieds, est celui de la spontanéité, du risque de la rencontre, de sa nécessité. C’est d’oser aller à la découverte, bousculer les dogmes et les lois, aller vers les rejetés, les exclus, les prostituées, toutes les petites gens, parce qu’ils portent, eux, plus que les puissants, quelque chose de divin en eux. La révolution ne viendra pas d’en haut. Le changement ne viendra pas d’en haut, mais de l’intérieur. La politique et la foi, ce sont deux modèles et engagements séparés mais qui se recoupent. Il se joue dans le christianisme et dans le socialisme quelque chose qui a trait à l’émancipation et à la liberté de l’Humain. Les deux vont ensemble pour moi. Un socialisme matérialiste sans dimension spirituelle, culturelle va droit dans le mur. L’Union Soviétique l’a illustré. L’attrait de la puissance et du militarisme impérialiste l’a coulée. Un éco-socialisme inspiré est à (ré)inventer. Nous devons maintenant articuler les bonnes questions dans une période où on s’occupe de tout sauf des questions fondamentales. Nous sommes à une époque où nous n’arrivons pas encore assez bien à forger de véritables alternatives, alors qu’il y a des leviers et des forces incroyables, que le temps presse, que tout peut se soulever du jour au lendemain. Je sens une grande soif de sens et de changements dans la population. Il faut que des gens incarnent mieux ce quelque chose de nouveau, qu’ils parlent, s’expriment, prennent une place, portent de nouvelles espérances. Nous ne voulons plus voir les mêmes tronches à la télé, et les mêmes playmate dans les magazines, ça suffit. L’humain vaut mieux que ça, et il court à sa perte s’il ne change pas, ne l’exprime pas. Cet engagement vital rejoint aussi ma passion pour la littérature, dans le désir de nommer, d’inventer. Je vois la poésie comme le laboratoire de la langue. Là, tu peux t’affranchir du cadre, créer tout ce que tu désires, sortir des clous, et expérimenter de nouvelles manières de raconter le monde, et donc : le réinventer.

 

A. – Quitte à ce que la personne qui te lise ne comprenne pas du tout de quoi tu lui parles ?


 

S. T. – Quitte à ce que le lecteur perçoive une petite musique ou change de chaîne. Le lecteur est libre. Quitte à ce que le lecteur zappe, que ça ne lui parle pas du tout, ou qu’il tende l’oreille, revienne plus tard. Oui. L’essentiel est de faire vivre la diversité, qu’un dépassement, une rupture, des surprises s’immiscent dans une langue nouvelle. Si le résultat n’est pas compris alors tu en prends note et tu continues avec ça. Il n’existe pas de langue individuelle, par contre ça peut être une ambition de créer un parler singulier, quelque chose d’une langue collective, dans la volonté d’échanger avec d’autres.

 

A. – Tu es très « collectifs » d’ailleurs ?


 

S. T. – Oui, j’aime beaucoup ça. Les groupes, les collectifs, les fractions, les ensembles. L’échange, mais aussi l’épreuve de se confronter à la critique, au regard de l’autre. Cela permet de vivifier son propre rapport à la langue avec l’objectif de composer des micros sociétés en réaction (résistance) face aux formules creuses que l’on trouve dans les journaux et les publicités, face à cette langue qui veut vendre ou nous habiter malgré nous. Cette langue qui traîne par terre, qui est fade, triste. La langue du commerce ou de la domination. Composer de micros sociétés dans la langue, c’est créer des espaces de résistances et d’énergie, se tonifier. Publier, ensuite, c’est résister, croître. Il y a là-dedans quelque chose de jouissif, de révolutionnaire, qui offre des outils et des moyens pratiques de grandir.

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24/09/2014

Manifestation contre la police: on casse notre crousille ?

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveUn collectif appelle à manifester samedi 4 octobre contre le défilé historique fêtant les 200 ans de la police genevoise durant lequel 500 participants dont 200 policiers suisses et français sont prévus pour une grande traversée du centre-ville en costume d’époque.[1] Des militants s'offusquent que la police s'auto célèbre. Cette réaction est plutôt compréhensible. La situation à Genève n'est pas bonne concernant la sécurité. On doit donc s'interroger si la priorité de la police doit vraiment être de se payer une opération de communication via un défilé carnavalesque, sans même que la base, les policiers de terrain, soient consultés.

Combien de policiers pour encadrer la police? 

Que le GHI en fasse tout un article et hurle au loup et annonçant des possibles violences contre la police est risible.[2] Non, une Saint-Martin n'est pas à craindre, c'est plutôt un carnaval de mauvais goût dont le citoyen paiera au final le coût qui s'annonce. Combien il y aura-t-il de policiers pour encadrer la manifestation des policiers? Bigre, tous ces policiers rassemblés en même temps! Il faut croire qu'il y a du gras et que les priorités sont étrangement établies dans les états-majors.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveLa caricature: art de la provocation

Bien évidemment, caricaturer un policier avec une tête de cochon est un geste de provocation peu ragoûtant. Cette manière de faire reflète la colère de celles et ceux qui sont pris pour les dindons de la farce. Je regrette, pour ma part, qu'elle désigne l'individu, le policier, qui est avant tout un homme ou une femme au service de la collectivité et du bien commun. C'est à l'institution policière, et surtout à sa direction politique d'essuyer les critiques, pas à l'employé-e de police portant l'uniforme. Que des dérives policières existent, c'est sûr; que des violences policières aient lieu, le fait est notoire. Le site d'infopolice [3] les liste, et met particulièrement l'accent sur les noyades de jeunes hommes fuyant la police dans le Rhône (dernier en date : 13 août 2014). Il faut dénoncer et condamner les politiques policières de chasse au faciès et interroger les politiques qui les fabriquent, pas cibler les policiers qui les supportent.  

Commémorer: mais quoi au fait?

Il est sain que l'acte de fêter le bicentenaire de la police en grandes pompes mette de nombreux citoyen-ne-s en colère alors qu'au quotidien, les politiques extrêmement répressives enferment à tours de bras, limitent la liberté de manifester, d'être dans l'espace public; prônent le harcèlement des pauvres pour des résultats peu probants et une surpopulation de la prison de Champ-Dollon par des personnes en infraction à la loi sur les étrangers n'ayant commis d'autre délit que de ne pas disposer de papiers adéquats.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveCasser la crousille pour de la pub?

Dans un contexte budgétaire difficile, on doit se demander pourquoi les effectifs de police ne cessent d'augmenter, en ville comme au Canton, et pourquoi les prisons sortent maintenant de terre avant les écoles et les musées. Le défilé du 4 octobre fournit quelques clés de réponse. Si derrière chaque policier en action il faut un policier derrière lui pour le surveiller et un autre pour le communiquer : les besoins explosent. Qu'est-ce que cela raconte de la gestion de la sécurité par l'Etat et de son bon usage de la force publique ?

Un défilé coûteux et cochon 

La Parade festive contre le défilé du bicentenaire de la police du 4 octobre 2014 à Genève illustre une seule casse, celle de notre crousille. Les économies des citoyens sont dépensées pour une opération de communication de la police protégée par la police au détriment de la sécurité dans les rues. L'argent dépensé pour la communication : c'est du lard ou du cochon? Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet se lèche les babines. Il vend chèrement son produit police tiré à quatre épingles. Tout cela est bien propret. Et l'addition, bien salée, aussi. 


[1] http://danceagainstpolice.noblogs.org

[2] http://www.ghi.ch/le-journal/geneve/des-activistes-menacent-de-perturber-le-defile-de-la-police 

[3] http://infopolice.ch/bulletin-5/#2

 

 



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18/09/2014

Non à la nasse de la rade

Librement adaptées de la page wikipédia sur la nasse, toutes les situations décrites sur ce blog sont peu fictives. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes, ou ayant existé, ainsi qu'une prochaine votation le 28 septembre sur le principe de base d'une nasse dans la rade, ne sauraient être fortuites.

6images.jpgQu'est-ce qu'une nasse?

Une nasse est un piège destiné à être immergé pour capturer des animaux ( le plus souvent des poissons, mais la nasse peut aussi servir pour des voitures et accessoirement les nigauds qui s'y sont glissés et s'y trouvent irrémédiablement coincés). Traditionnellement, une nasse est composée d'une armature en forme d'entonnoir, ou formant une sorte de cage, avec une petite ouverture en forme d'entonnoir. En mer, une partie de l'efficacité de la nasse tient probablement au fait qu'elle joue un rôle de dispositif de concentration de poissons. En lac, et particulièrement au coeur d'une ville, le principe est le même, sauf qu'en biotope urbain, ce sont les voitures qui se trouvent être volontairement concentrées via le dispositif en entonnoir afin de bien remplir la nasse et la gaver jusqu'à ce qu'elle soit rapidement saturée.

2index.jpgPrincipe de fonctionnement de la nasse

L'animal que l'on veut capturer est attiré par un appât placé à l'intérieur de nasse (par exemple, pouvoir trouver quelque chose à manger, ou pouvoir imaginer frayer plus rapidement, espérer sortir de son véhicule sans délais). Pour entrer, on trouve facilement l'ouverture car on y est guidé par l'entonnoir, mais une fois à l'intérieur, il est très difficile de retrouver la sortie. Claustrophobiques, laissez toute espérance quand vous entrez dans la nasse. La nasse peut d'ailleurs prendre la forme d'une succession de cages, où l'on pénètre toujours plus profondément par l'entonnoir qui mène à la cage suivante. Il devient alors pratiquement impossible au véhicule de retrouver la sortie. Bouchon assurés et immobilisation rapide. Plus la nasse laisse croire qu'une issue est possible, plus elle sera efficace. La nasse est un attrape-nigauds.

 

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Amener le maximum de nigauds dans la nasse

Le principe de la nasse est d'attirer le maximum de véhicules dans son boyau. On prendra évidemment soin d'en rendre l'accès le plus simple possible en construisant de nouveaux moyens d'accès, s'assurant ainsi d'augmenter le nombre de véhicules pouvant y être piégés. Peu importe la qualité de vie de ceux qui vivent proche de la nasse. Ce qui compte dans la nasse c'est ce qui se passe au fond de l'eau, pas aux abords. Ce qui compte avec une nasse, c'est que l'entonnoir soit le plus large possible. Que la nasse, au passage, défigure son environnement, pollue tant et plus, ne compte pas. L'important dans la nasse, c'est toujours de vendre le rêve d'en sortir. L'important dans la nasse, c'est de rester attractive.

Engloutir 1.5 milliard dans la nasse

Plus la nasse est grosse, plus elle est coûteuse. Elle est fidèle en cela au principe du "plus c'est inutile, plus c'est cher"  qui se traduit aussi par : "plus c'est gros, plus ça risque de passer". Pourtant, au final, dans la nasse, rien ne passe. Une nasse se paie rubis sur l'ongle. A Genève, un prototype serait évalué à 1.5 milliard, sans compter les possibles rallonges et rafistolages qui s'en suivront. Parce qu'il faudra ensuite l'entretenir et la réparer: 40 millions par an environ. Une nasse dans la rade, c'est naze.

Comme du poisson pourri

Enfin, et surtout, il faut bien savoir qui construit les nasses. Or, au vu des agissements du bocal genevois, quelle confiance avoir dans ceux qui devront tresser cette nasse? Quand on voit Céline Amaudruz manquer de boire la tasse en essayant de joindre les deux bords à la nage, Luc Barthassat se renverser un seau d'eau glacé sur la tête dans ses vignes pour se donner un air marin, avant que tous deux s'engueulent comme... du poisson pourri sur la toile, on se dit qu'il est bon de ne pas s'enfiler aveuglement dans la nasse ni s'engager dans sa construction avec de tels capitaines.

Qu'est qu'une traversée sous-lacustre de la rade qui débouche sur une impasse?

- Une nasse.

Non à la nasse de la rade.

04/09/2014

La Bâtie: triomphe de quelle liberté?

Dans le cadre de la Bâtie, la pièce El triunfo de la libertad, création de La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente a réveillé le petit monde culturel genevois. Enfin un débat ! Si, comme le décrit Marie-Pierre Genecand dans le Temps[1], « la Comédie a regardé pendant quarante minutes trois prompteurs déroulant linéairement un texte mêlant récit neurasthénique, blague potache et réflexions philosophiques », les réactions à la pièce ont été inversement proportionnelles à la torpeur linéaire de cette « pièce » tenant sur une proposition étirée le long desdits prompteurs débitant un texte banalisé à l’extrême, avec quelques fautes d’orthographe au passage pour faire plus vrai, l’absence des comédiens et la scène de la Comédie vidée de tout décor.

Genève Active, magazine culturel de la Métropole lémanique s’en est régalée [2] : « L’anti-théâtre est l’extase du théâtre. Pour briser la sur-signification imposée aux choses, El Triunfo de La Libertad entre dans un processus de dégradation qui se pose en alternative au réel, à un Autre art catastrophique, non pas au sens d’une apocalypse matérielle, mais d’un dérèglement de toutes les règles du jeu», tout en passant étrangement sous silence le contenu du texte proposé, qui est pourtant le coeur du procédé. Comment parler de quelque chose qui n’existe pas autrement que comme geste, provocation, anti-théâtre justement? L’appareil critique et conceptuel de l’histoire du théâtre contemporain et de l’art est convoqué. On ne parle donc plus du spectacle, mais de l’anti-spectacle donné en spectacle. Vous suivez ? Allez, on se réveille dans le fond ! La démarche est stimulante et durant les 40 minutes du spectacle on ne se fait ni bombarder d'images ni de sons, après tout l'ennui est assez confortable, on peut se laisser bercer dans son fauteuil, rêvasser un peu, personne ne viendra vous tirer de cette torpeur, ni choc ni cri, ni comédien, et ça finira comme ça  a commencé, au prompteur à défaut de forceps. C’était l'intention de la proposition des artistes ? C’est donc réussi. Vous vouliez de l'ennui, de la désillusion? Non? Tant pis, vous voilà servi.

Pourquoi le théâtre, art de la scène art vivant?

Pour ma part, je vais au théâtre, art de la scène, art vivant, pour voir des visages et des corps, des comédiens et entendre des voix. Sinon j'allume une téloche, ouvre le 20mn, ma déception est garantie, assurée au coin de chaque écran. Je sais où la trouver. Etre placé devant trois prompteurs débitant un texte pré-texte était alors une expérience de la déception, frontale, après une annonce de danse avec trois comédiens-performeurs sur scène. Mais plus que l'absence des comédiens-performeurs, c'est l'absence du texte lui même et sa disparition des radars critiques qui pose question. En effet, il ne suscite aucun commentaire, comme s'il s'était agit d'un pré-texte, était transparent. Et en effet, il l'est. Il n’y a rien à en dire, parce qu'il s'étire dans une langue faible, la langue qui traîne par terre : ou plutôt en l'air, aux prompteurs, aux accroches commerciales, copié-collé du commerce et du récit ambiant, avec quelques réflexions philosophico-existentielles mal accrochées. Cette violence faite au langage est peut-être ce qui devrait faire émerger des commentaires.

Un concert de Prince au radio-cassette

J'ai été touché par le désarroi de nombreux spectateurs ayant payé leur écot de 26.- s'étant fait une fête d'une rencontre, et s'estimant trahi dans leur confiance donnée, leurs attentes. Pour une spectatrice, c’était sa première pièce à la Bâtie. Est-ce qu'elle en a eu pour son argent ? Elle a juré qu’on ne l'y reprendrait plus. Le public des experts et critiques avait l’air satisfait. La Bâtie, pour quel public finalement, les convaincus uniquement ? Si j’achète un billet pour un concert de Prince et que lorsque vient le moment du concert, Prince monte sur scène met en marche son radio-cassette et va dans ses loges, je trouverai cela peut-être génial, sûrement énervant, mais je me poserai quand même la question, au final, de ce que j’ai payé, et pourquoi, et quel était le contrat entre l’artiste et l’organisateur. J’aurai l’attente que ce geste ne soit pas la seule vérité du spectacle mais qu’il soit une amorce à autre chose, sinon je resterai sur ma faim. Oui. Il me manquera quelque chose. 

La toute liberté des artistes
Il est important que le mode d’expression des artistes soit libre. Je n’ai aucuns problèmes avec le geste radical, les spectacles sans danseurs; les corps à poil à plumes, ou pas, les spectacles démembrés, mais je tique quand on me fait miroiter quelque chose que je ne trouve pas sur le plateau, oui. Quand je dois rendre un recueil de poésie à un éditeur, je ne me pointe pas avec un traité de philosophie. C'est peut-être con, je vais y réfléchir à deux fois désormais... merci la Bâtie.

La culture, c'est autre chose que de commander une chaise Ikea sur internet

Peut-être que La Ribot avait carte blanche, alors Alya Stürenburg, directrice du festival, a raison de dire, dans l'article du Temps qu'il y a un gros problème de communication sur l’annonce du spectacle. Ou alors : un bug sur la délicate articulation entre programmation et présentation. "Les spectateurs sont arrivés dans l'espoir de voir ces performeurs". Oui. N’y a-t-il pas eu mauvais étiquetage et rupture d’un contrat de confiance entre l'artiste et son public, l'artiste et la production, l'artiste et ceux qui soutiennent et financent la culture ? Mise à mal d’un contrat de confiance mais aussi quelque part, d'une parole donnée sur le contenu culturel qui sera présenté? Relisez l’annonce du programme et comparez avec ce que vous trouvez devant les mirettes le jour de la représentation, vous vous frotterez les yeux. Après tout, si j’entre dans une boulangerie je peux m’attendre à ne pas trouver un paquet de bidoche sur le comptoir. Si je vais dans une librairie, je cherche piteusement encore des livres. Est-ce que je me contenterai d'un recueil vide avec un "coucou c'est qui?" au fond? Peut-être bien. Peut-être que ce serait un chouette concept ou alors c'est que je suis vraiment trop coincé et vieille école. La culture c'est autres chose que de commander une chaise Ikea sur internet. C'est vrai. Merci qui?

Un spectacle affranchi ou à l'image du vide culturel

Bon, vous me direz peut-être que lorsque l’on va à la poste on trouve maintenant un peu de tout, du chocolat, des abonnements de téléphone et accessoirement des timbres. Alors est-ce que l’urgence, le tutti-frutti, la tentation de balancer un truc commercial vers les spectateurs n’est pas l'essence de notre société. Pourquoi le théâtre y échapperait-il? Finalement cette pièce : « le triomphe de la liberté » décidé à la dernière minute, n’est-elle pas exactement la soumission au rythme et cadres actuels : un espace déterritorialisé qui s’affranchit d’une fonction pour lancer une proposition en l'air… laquelle déjà? Rien, ou autre chose que ce que l'on attend. Intéressant. Mince, je mange pourtant ça tous les jours pourtant : l'ennui, la répétition, la déception, les plats cuisinés en urgence. J'aurai espéré y échapper le temps d'un spectacle. Raté. Le triomphe de la liberté est-il un spectacle affranchi ou construit à l'image du vide culturel?

Ma liberté, ta liberté, quelle liberté?

Si "Le triomphe de la liberté" est l'expression triomphante de la liberté des artistes, qu'en est-il de celle laissée au spectateur? Ne lui resterait-il que le choix de se lever et partir ou crier au génie? N'y aurait-il pas de place pour l'expression de sa déception, sa colère, ses doutes, ses avis, même tranchés ? Au moment où les artistes, à Genève, expriment leurs attentes et leurs revendications, voir déceptions envers les pouvoirs politiques[3], il serait piquant qu'ils s'affirment, eux, affranchis de tout cadre, de toute critique et qu'il y ait un tel décalage entre ce qui est proposé sur le papier, le programme, le projet, et ce qui est délivré sur scène. Le triomphe de la liberté? Laquelle ?  Au moment où les artistes, à Genève, réclament des lignes et un cadre, il serait étonnant que les directeurs de festival où d'institution ne se positionnent pas aussi pour poser les leurs et affirmer et défendre leurs programmations culturelles. Le triomphe de la liberté? Pour qui ?

Un très joli titre, au final

Oui, j'attends d'une direction de théâtre ou d'institution des proposition fortes, abouties. Le triomphe de la liberté c'est finalement aussi celle de dire j'aime /j'aime pas, je suis en colère, déçu, même injuste avec une pièce. Je l'ai entendue, je l'ai reçue; je me l'a suis appropriée, elle s'est invitée dans mon imaginaire, je peux la rejeter aussi. C'est bien entendu, aussi, ne pas forcément être d'accord et engager des débats, les reprendre sans cesse, et éprouver la liberté de se tromper aussi, sans être enfermé dans la boîte de la censure, de la camisole de contention ou du procès d'intention. 

Le triomphe de la liberté: c'est, au final, un très joli titre.


[1] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/88282b68-3398-11e4-861b-f2a0f94a952e/Art_ou_canular_La_B%C3%A2tie_fait_scandale

[2] http://www.geneveactive.ch/article/la-desillusion-subtilement-mise-en-scene-en-toute-liberte/

[3] http://www.geneveactive.ch/rencontre-arts-de-la-scene/article/arts-de-la-scene-2014-propositions-des-professionnel-le-s/

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31/08/2014

L'été c'est fini (pot pourri)

L'été c'est fini. Il fait enfin beau, c'est le moment de faire le bilan d'un été pourri. De la Coupe du Monde aux bombes à Gaza, des stades pleins aux villes rasées, avec le soutien actif des états euro-américains envers Israël, c'est toujours meilleurs quand on s'y met à plusieurs pour casser la gueule à quelqu'un.

La Suisse n'est pas restée hors jeu. Elle a programmé l'achat de drones israéliens pour 250 millions (testé à Gaza 2014, performants en Suisse en 2015). Les affaires sont les affaires, il n'y a pas de raison de se gêner. S'affichant, le CICR se fait un triste honneur de financer et sponsoriser une conférence avec des responsables de crimes de guerre israéliens à la rentrée. Pour cause de massacre en cours, la conférence est repoussée à décembre. C'est malin de faire le pari qu'en deux mois tout sera oublié. Ainsi vont les attentions médiatiques. Très fortes, très courtes, et rapidement déplacées. Et nous serions comme des renards pris dans les lumières des phares: comme abrutis et dodelinant de la tête pour essayer d'y voir clair ?

Humanitarisme en été, power-point militaire en hiver. Compris? Tu ne t'étonneras pas ensuite quand tu demanderas aux gazaouis de dégager de leur immeuble qui va se faire détruire par l'armée de défense la plus offensive du monde pourquoi ils hésitent à aller à l'endroit que tu leur indiques - il se fait pillonner-  et pourquoi ils ont des doutes sévères sur qui tu es et qui tu sers quand tu clames "neutralité", "impartialité"... et continues de pioncer dans les 5 étoiles de Tel-Aviv avec même une petite visite médiatique du patron plus indécente que le selfie de Geri Müller dans Gaza saccagée. #PeterMaurer #Bousillez et détruisez tant que vous voulez. On sera toujours là pour reconstruire derrière vous sans hausser la voix et toujours présent sur la photo de fin d'été ou fin de guerre. (Pot pourri).   

Un avion de la Malaysian Airlines disparaît des écrans, petit point lumineux charbonné. Dans ce monde où tout paraît cartographié, numérisé, un avion rend les écrans de radars amnésiques, sans même que quelqu'un lui rappelle quand il glisse dans le néant : " Vous partez déjà? Ne ratez plus rien, connectez-vous via votre mobile." C'est comme si un enfant avait laissé tomber son jouet dans un centre commercial et qu'on ne le retrouvait plus. On a beau chercher, remuer ciel et mer: rien.

Un autre avion civil tombe. De la même compagnie, dézingué dans le ciel ukrainien. Des chefs séparatistes se tapent sur l'épaule, fiers d'avoir cru dévisser un transport de troupe. Mauvaise visette, c'étaient des touristes qui partaient au soleil en goguette. Et il y a plein de poupées et de maillots de bains au milieu des valises ouvertes pendant que les corps pourrissent dans les champs de blé avec des hommes en cagoule qui boivent des cannettes et coupent du saucisson.

A Gaza (encore et encore) : bombes et débris, missiles et fragments, des roquettes plein les yeux, les écoles, les mosquées et des enfants éclatés sur plage. Même pas besoin de monter sur la colline comme les habitants de Sderot pour aller voir le feu d'artifice, tu l'as tous les soirs au 20h en croquant dans ta pizza. Rester passifs voyeurs et silencieux ? ça se débat dans les petites boîtes de plastique et de verre #noscerveaux, tapote sur les touches, pour refuser d'accepter que l'humain ne vaut pas plus qu'un trognon de pomme ; ça se déchaîne sur les réseaux sociaux. Internautes de tous les pays unissez-vous, et continuez de croquer dans la pomme?  

Dehors il continue de pleuvoir. Eté pourri. 2000 personnes se rassemblent à Genève pour une manifestation en solidarité avec le peuple palestinien. La RTS veut filmer des casseurs ou de vilains islamistes mais ne trouve rien à se mettre sous les rétines. Elle repart bredouille non sans faire un reportage sur le déroulement de la manifestation et le manque de débordements sans dire un mot de son sens politique.

#La RTS est un perpétuel selfie pornographie. Elle fait du monde son bureau. #Geri Müller n'aurait pas dû lui faire une concurrence directe.

A la piscine, les maître nageurs sont en doudoune, il y a une croix suisse en plastique qui est installée au pont de la Machine. Rouge et blanc morceau de plastoc qui surnage, type radeau de la Méduse. L'eau devient verte dans le bassin, peu importe, ce qui compte c'est de recycler la flotte tiédasse des grands hôtels, et tant pis si c'est moche, ou fait bidet nationaliste, tant que ça tape à l'oeil.

Patrimoine suisse continue de s'acharner pour empêcher la rénovation du musée d'Art et d'Histoire : vive le vide le délabrement et le rien- le nihilisme c'est bien, c'est une architecture sans taches, et tant pis quand les corniches tombent sur la tête des gens. Ils pourraient plutôt s'intéresser à la votation d'une future traversée sous-lacustre à 1,5 milliards, conduisant à la dénaturation la rade, à la pollution des nappes phréatiques, l'enlaidissement accru des quais. Mais non. La commission des monuments et des sites protège les barrières du pont de Carouge et refuse l'élargissement de la chaussée. Faudra donc que le pont s'effondre pour qu'on le rénove. Voilà. Protéger le patrimoine, c'est défendre les vieilles barrières et les chevrons contre les aspiration des administrations à avoir des ponts viables et des musées accueillants. L'été c'est fini (Pot pourri)


Tu as compris? quand il faut faire quelque chose de vaseux, tu mets une croix suisse dessus et ça passe. N'importe quelle initiative anti-immigrée, un drapeau suisse et c'est plié. Peu importe l'article moisi, un brin de patriotisme mal placé et c'est les like assuré. N'importe quel relais féminin manqué, une croix suisse dessus et c'est (presque) pardonné. Tu pourrais même supprimer l'enseignement du français si tu arrivais à faire croire que c'était pour le bien d'un nouveau caractère national.

Céline Amaudruz ne retente pas une deuxième traversée de la rade à la nage - elle avait failli aller par le fond l'été dernier- démontrant à son corps défendant combien y faire passer des voitures nous fera boire la tasse-. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard 1,5 milliard, ça fait cher le bouchon sous l'eau et promet une longue apnée pour le payer. Amaudruz propose avec son groupe UDC de s'attaquer aux droits humains. Ben oui quoi... une suisse indépendante neutre et... fasciste et plus personne ne viendra nous embêter.

James Foley est décapité en Syrie. Par la reconnaissance vocale, un rapper anglais est identifié comme bourreau. Mise en scène avec combinaison orange, les clones de Washington ont appris la leçon, ils torturent de la même façon qu'à Guantanamo en utilisant la technique de la noyade stimulée et revêtent les mêmes costumes pour une communication télévisuelle terrorisant les esprits. Les barbares violent et dans le Nord de l'Irak les Yazédis, les minorités chrétiennes sont crucifiées - comble de l'horreur. L'armée islamique au Levant est un cancer dit Obama. Il n'y a que la lutte contre la maladie de Charcot pourtant qui lève les foules, et les américains s'occupent toujours de maladies orphelines, très peu de celles dont ils ont la paternité directe.    

Fin de l'été les grandes catastrophes sont comme oubliées, l'attention se porte sur des enjeux à notre portée: les punaises de lit et les mollusques volés au Musée d'Histoire naturelle (à moins qu'il aient été mangé en cassolette : ça fait quand même  cher l'omelette). Après le taureau déplacé devant le musée, les oiseaux battent de l'aile. La tortue à deux têtes est toujours vivante, le Matin l'a confirmé. Une future expo de chauve-souris se prépare dans l'ombre.

Luc Barthassat choisit de s'humilier publiquement en se faisant renverser un saut d'eau glacée sur le citron en mini short canari. Michèle Künzler et Mark Müller rient jaune. Décidément ils n'étaient pas assez cons et racoleurs pour conserver ce poste, alors que Luc a l'air d'avoir tout ce qu'il faut pour y parvenir. Planter des élections mais faire le clown dans les champs, ça rend proche des gens, ça rappelle Paléo. Et tant pis pour les parkings P+R en France voisine tant que c'est cool et qu'il y a des six-packs de bière au festival de rock de Landecy.    

L'été est définitivement fini, c'est le festival de la Bâtie. La pièce de La Ribot est un four, trois prompteurs passent le 20 mn en langage sms bourrés de fautes pendant que Strindberg est revisité sur un mode de télénovelas brésilienne au théâtre du Loup; l'actrice manque de se jeter au Rhône sur ses hauts talons avant qu'on ne la retienne. L'eau est froide, il n'y a eu aucun noyé cet été -personne ne nageait- ce n'est pas le moment de commencer au milieu d'un cocktail carioca. La mademoiselle revient sagement finir la pièce sans savoir vraiment comment. C'est au public de décider pour elle; lui demander de finir la pièce comme s'achève cet été. C'est au public de décider pour tout, finalement; de zapper ou ne pas zapper, composer un pot pourri en alignant des noms des événements et des chocs au gré des nouvelles, des envies, et des modes.

Et bonne rentrée ! Et bienvenue l'automone!

#fin de l'été (pot pourri).   




 



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28/08/2014

Lettre ouverte au directeur du CICR

 

Cher Monsieur Daccord,

Monsieur le directeur Général du CICR 

Je vous écris pour une question précise et politique. Je vous fais parvenir ci-joint un texte publié sur le site de la Tribune de Genève touchant au soutien qu’accorde le CICR à l’organisation d’une conférence à Tel-Aviv sur « les défis de la guerre dans les zone densément peuplées ». [1]

Je m’étonne, dans ce billet, de votre partenariat avec l’INSS (The Institute for National Security Studies) et donc du crédit donné à une institution ayant pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l’INSS, Amos Yadlin, a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009. Il tient des meetings réguliers avec le président israélien, le premier ministre israélien, le commandant des armées, et le ministre de la défense israéliens pour planifier des stratégies de combat. L’INSS est intimement lié à l’appareil militaire et stratégique israélien.

Une conférence unilatérale, inefficace, et légitimant la guerre

S’agit-il vraiment, selon vous, dans ce genre de conférence, d’humaniser la guerre ? Et si oui, comment expliquez-vous malgré les deux éditions précédentes de cette conférence, leur échec complet, au vu du bilan terrible en victimes humaines de l’été 2014 à Gaza (2'130 morts dont 577 enfants) ? Ma question : le CICR peut-il vraiment continuer de soutenir et financer une conférence unilatérale et inefficace en légitimant des faiseurs de guerre ?

J’ai lu attentivement votre entretien dans la Tribune de Genève de ce lundi. Votre terme « d’humaniser la guerre » m’a questionné. Je me demande s’il est souhaitable et même possible « d’humaniser la guerre ». C’est bien entendu une très vaste question. J’aurai plutôt tendance à répondre non. La guerre doit être combattue. Pas humanisée. Votre expérience et l’engagement constant et respectable du CICR me poussent à vous faire confiance sur la ligne que vous choisissez. Vous vous étonnerez peut-être de la transparence et l’ouverture avec laquelle j’amène cette discussion sur la place publique. Cela fait sûrement rupture et peut-être désordre avec les pratiques diplomatiques des bons offices et de la discrétion. Toutefois, je crois que si les choses changent peu, les temps évoluent, et si les pratiques de la confidentialité et de la diplomatie derrière des portes closes ont du bon, il est nécessaire aussi, en démocratie, que les choses se déroulent dans la transparence et soient débattues à l’air libre. Je trouve choquante la non-réponse du CICR à la pétition lancée début juillet par des citoyen-ne-s du peuple palestinien demandant au CICR de se retirer de cette conférence. Paradoxalement, le CICR prétend aider un peuple, et en même temps il ne lui répond pas et nie sa demande. Cela me pousse à vous interpeller ouvertement.

C’est bien entendu la mission même du CICR d’aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans état d’âme, mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là de renforcer leur influence ? Ce n’est pas le participation et le dialogue qui est ici en cause. C’est le fait que le CICR co-organise un tel événement qui est non seulement problématique mais contraire aux principes du CICR. « Le mieux » (plus d'humanisme) ne serait-il pas là le mortel ennemi du bien (ne pas légitimer la guerre)" pour citer Montesquieu ? Que penserait-on du CICR s’il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d’humaniser la guerre ? En s’affichant pareillement comme organisateur de cette conférence aux côtés de colonels et de faiseurs de guerre, le CICR trahit ses principes d’impartialité, de neutralité, et d’indépendance que nous fêtons fièrement à Genève à l’occasion des 150 ans de cette magnifique institution. Le nom de notre ville et sur une emblème que vous associez étroitement aux généraux d'une armée coloniale. Pouvez-vous aussi, en passant, m'indiquer, en tant que co-organisateur, pourquoi cette conférence, initialement prévue le 4 septembre à Tel-Aviv, a été déplacée au 2 décembre 2014 ?   

Je souhaiterai des réponses de votre part à ces questions. Il est important désormais que le CICR se positionne. Soit en envoyant au diable les citoyens palestiniens et leur pétition en maintenant votre financement et votre participation à cette conférence à Tel-Aviv, en expliquant alors qu'elles sont les raisons qui vous poussent à le faire ainsi qu'à maintenir votre présence en ces lieux, soit, et je le souhaite, vous refusez de sponsoriser cette conférence et reprenez une posture neutre, impartiale. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave, et cela déshumanise l'humanité. 

Le CICR n'a bien entendu pas pour mission de supprimer ou d'empêcher les guerres. A-t-il pour autant fonction de la légitimer et de lui rendre un vernis humaniste en lustrant les pompes de ceux qui la font ? Il est peut-être important (pour qui ?) que le CICR dialogue et participe à ce genre d'événement, mais qu'il en soit le sponsor et co-organisateur donne beaucoup trop de légitimité et de crédit aux faiseurs de guerre. Cela entame l'impartialité et la neutralité de cette institution.

La guerre ne s'arrêtera bien entendu pas du fait des institutions humanitaires, mais on peut se poser la question aussi de savoir si, par certains choix, elle ne se prolonge pas parfois du fait de trop de complaisance de la part de celles-ci.

Je vous prie de trouver ci-joint le lien de la pétition provenant de citoyens palestiniens et du monde entier demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées à Tel-Aviv, et demandant au CICR de prononcer des excuses du fait d'avoir co-organisé, participé, et financé les conférences précédentes qui se sont déroulées sous les mêmes auspices, sur le même sujet, et pour des résultats sur le terrain tout aussi nuls. Pour ma part, je la soutiens totalement.  

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

Avec mes meilleures salutations et l'expression de mon entière considération.

Sylvain Thévoz, Conseiller municipal Socialiste, Ville de Genève.



[1] http://www.tdg.ch/vivre/Sylvain-Thevoz-CICR-humaniser-la-guerre-ou-la-sponsoriser /story/11674155

11:47 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cicr, israel, palestine, colonisation, inss | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/08/2014

CICR: humaniser la guerre ou la sponsoriser ?

Cancel the joint conference with the INSS in September 2014

Genève et le monde entier fêtent cette année les 150 ans d'existence de cette institution crée par Henry-Dunant sur le champ de bataille de Solférino. Les drapeaux du CICR ont belle allure sur le pont du Mont Blanc. Comme genevois, élu au conseil municipal de la Ville de Genève, je suis fier de cette institution qui porte haut le nom de notre ville aux quatre coins de la planète, envoie des hommes et des femmes au péril de leur vie parfois dans des zones instables ou en guerre pour fournir protection et assistance aux victimes de conflits armés et d'autres situations de violence, apporter une aide humanitaire dans les situations d'urgence.

Monsieur Yves Daccord, directeur du CICR, présentait dans la Tribune de Genève de ce lundi les objectifs éminemment louables du CICR d'humaniser la guerre. Cette phrase d'humaniser la guerre a fait écho en moi à une pétition lancée le 27 juillet pour demander au CICR de renoncer à participer aux côtés de l'INSS (The Institute for National Security Studies), l'une des institutions militaires les plus influentes en Israël, à une conférence au titre pour le moins cynique sur "les défis de la guerre dans des zones densément peuplées".

Alors que plus de 2130 humains ont péri dans la bande de Gaza sous les missiles de Tsahal dont 577 enfants broyés sous les bombes à haute précision, en regard de 64 soldats israéliens et de 4 civils, il semble difficile d'adhérer à l'idéologie d'une guerre propre et chirurgicale défendue par l'INSS. L'INSS formate le discours politique en Israël sur les questions de "sécurité". Il est donc pour le moins troublant qu'après plus de 40 jours de bombardements israéliens à Gaza ayant vu la destruction d'hôpitaux, d'écoles, de mosquées et d'une quantité astronomique de maisons, le CICR maintienne sa participation à la co-organisation d'un tel événement prévu tout d'abord le 4 septembre et repoussé désormais au 2 décembre comme annoncé sur le site de l'INSS  (http://www.inss.org.il).

Il y a 1.8 millions de personnes à Gaza répartis sur une surface de 360km2. Cela fait une densité de 4'726 habitants au kilomètre carré. Prétendre vouloir relever le défi de la guerre dans des zones densément peuplées est une mascarade ou pire, du cynisme. Y participer, de la part du CICR, m'interpelle fortement.


Sponsoriser une conférence à Tel-Aviv sur le bon usage de la guerre ?

L'INSS est avant tout un institut qui a pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l'INSS, Amos Yadlin est un ex-général des forces armées israéliennes ayant servi durant des années au plus haut niveau à la tête des forces de renseignements d'Israël (Israeli Military Intelligence Directorate). Il a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009 et lors de l'attaque du Mavi Marmara (Le 31 mai 2010 le Mavi Marmara, bateau sur lequel ont embarqué des militants propalestiniens a cherché à rejoindre Gaza. Il est arraisonné par l'armée israélienne. 9 militants des droits de l'homme sont tués lors de l'opération.)

Bien sûr, c'est la mission même du CICR d'aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans états d'âme afin de protéger la vie et la dignité des victimes de conflit armés et d'autres situations de violence, leur porter assistance. Mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là renforcer leur influence ?

Sponsoriser une conférence sur le bon usage des roquettes à Gaza?

Le CICR l'affiche sur son site: la confidentialité est une des valeurs cardinales de l'institution. Pourquoi passer alors à l'exhibition concernant cette conférence? Comment imaginer la manière dont cela est perçu par les palestiniens de Gaza toujours sous les bombes (3 tués à ajouter au compteur aujourd'hui) et par toute personne attachée aux valeurs de la neutralité ? Et puis: combien de palestiniens ont-ils été invités à cette conférence déjà? Il est problématique pour le CICR, et donc pour Genève, de s'afficher ostensiblement avec l'une des parties en conflit et d'aller même jusqu'à sponsoriser une conférence internationale sur les défis de la guerre dans les zones densément peuplées. Que penserait-on du CICR s'il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d'humaniser la guerre?  

Pour le droit des humains pas le droit du plus fort

Certes, le travail du CICR exige de mener des tractations derrière des portes closes et de travailler avec toutes les parties en présence, mais quel rapport avec celui de se montrer et faire récupérer sur le site web de l'INSS en sponsorisant à Tel Aviv une conférence? L'INSS est ravi de placer l'annonce de l'événement conjoint avec le CICR sur son site web; récupérer l'événement à son avantage. Quel gain en tire le CICR et quels sont ces objectifs ? 

Parler avec des criminels de guerre est une chose, leur sponsoriser des conférences en est une autre. Alors que le CICR fête ses 150 ans, a-t-il, dans les vapeurs de sa fête, oublié quelques uns de ses principes de base?  

De la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme?

Comme citoyen genevois, admirateur de l'institution du CICR, je suis gêné et emprunté que notre institution s'affiche d'une manière aussi ostensible avec le belligérant d'un conflit. S'agit-il d'un changement de politique, visant à passer de la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme? Ou est-ce l'expression d'un choix de soutien qui  a été fait ? Auquel cas l'impartialité, la neutralité et l'indépendance du CICR, sa marque intime, son pedigree, s'en trouvent mis à mal.

Le CICR doit maintenant rapidement se positionner, soit en refusant de sponsoriser cette conférence à Tel-Aviv, soit en s'expliquant sur les raisons qui l'ont poussé à le faire ainsi qu'à maintenir sa présence en ces lieux. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave.

Lien pour signer la pétition demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées.

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

 

12:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cicr, icrc, israel, palestine; inss; daccord | |  Facebook |  Imprimer | | |