sylvain thévoz

05/10/2014

Guérilla urbaine à Genève : selfie coûteux de Maudet.

Monsieur Maudet tenait vraiment à sa fête de la police et à faire parader 500 participants, dont 200 policiers sur une partie de la Rive Gauche ce samedi 4 octobre, bien que le défilé ait été contesté, au risque de provoquer des échauffourées. Le Conseiller d'Etat, capitaine à l'armée, pensait peut-être gérer la police dans la ville comme une armée en campagne, avec bataillons et marches au pas. C'est raté. 

Une fête fictive

Au final, il y a de la casse: trois blessés, des voitures brisées, des fumigènes largués sur la place de Plainpalais et des scènes de guérilla urbaine. Tout ça pour quoi en fait? Parce que Monsieur Maudet tenait à faire une jolie communication avec costumes d'époque, fusils ripolinés et chaussures bien cirées alors que les historiens de l’Université de Genève Marco Cicchini, Michel Porret rappellent que cette commémoration est nulle et inutile dans une édition de la Tribune du mois de juin. Le choix de 1814 comme date de naissance de la force de l’ordre est fictif, et sert purement un discours de communication et de propagande politique.

La police plutôt que l'éducation?

On peut comprendre que cela crée des tensions alors que les autres budgets de l'Etat sont réduits au strict minimum et que seul celui de la sécurité augmente. Est-ce que l'on veut vraiment limiter les places de crèches et les rénovations des écoles pour faire des défilés policiers dans les rues ; dépenser de l'argent à jouer au chat et à la souris avec des bougres qui auraient passé l'après-midi à faire autre chose si on ne leur avait pas proposé une si jolie vitrine pour faire de la casse ? Payer pour plus de sécurité, oui. Mais casquer pour une mise en scène de la sécurité; voir même une exhibition de la police créant de l'insécurité? Faudrait voir pour ne pas trop prendre les citoyens pour des abrutis.   

Vendre ses paniers à salades à tous prix

Monsieur Maudet veut sa communication à tout prix. Est-ce parce qu'il recule sur tous ses dossiers? La police, suite à sa grève de l'uniforme de cet été - diable, il voulait ramener la sécurité dans les rues et ne contrôle même plus ses troupes qui se laissent pousser la barbe et choisissent quand il est temps d'enlever leur T-shirt I love New-York ou leurs étoiles de shérif pour repasser le bleu- a fait reporter la réforme SCORE des barèmes salariaux pour les policiers de deux à trois ans. Le procureur Jornot reconnaît que la politique d'incarcération des migrants à tout prix pour infraction à la Loi sur les étrangers, de leur condamnation à des peines fermes est stérile. Il  y a renoncé. Champ-dollon déborde, les gardiens sont à bout. Les policiers vont désormais aller faire signer le référendum contre la nouvelle Loi sur la police voulu par Monsieur Maudet. Rien pour parader avec ça, non, vaudrait peut-être mieux mettre de l'énergie ailleurs que dans les défilés.     

Défiler à tous prix?

Quelle est la réaction de Monsieur Maudet suite au gâchis et aux violences d'une manifestation mal gérée? " La minorité d'individu dans le rejet de la société qui voulaient casser du flic ne sont pas parvenus à empêcher le bon déroulement du défilé et je m'en réjouis". Ben oui, l'important c'était que le défilé de Monsieur Maudet puisse avoir lieu. C'était en fait la seule chose qui comptait. Mais Monsieur Maudet se trompe lorsqu'il pense que ce sont les policiers qui étaient visés par cette manifestation. C'était lui la cible, lui et sa politique tape à l'oeil, racoleuse, le déclencheur de ces débordements, dont les policiers eux-mêmes font les frais.   

Une fête fictive vraiment nécessaire?

Ce défilé de 500 policiers protégés par au moins autant de troupe, avec une débauche de moyens (chiens, camions, policiers en civils) avait pour seul objectif de garantir la communication du chef et dorer son blason. C'est une manière coûteuse de s'occuper de la sécurité à Genève que de créer des occasions de guérilla urbaine en inventant des fêtes commémoratives fictives! Pour conclure, que Monsieur Maudet en rajoute en venant clamer comme un général d'armée le succès de son opération du jour est peu glorieux et sert les arguments de ceux qui voient dans ces défilés une instrumentalisation de la police à des fins politiques et électorales.    

Le 17 octobre journée du bluff?

Pas de raison toutefois que le chef s'arrête pour si peu. Il a déjà annoncé que le 17 octobre prochain (journée mondiale de lutte contre la misère en passant) le Victoria Hall sera réservé pour un concert de la Garde républicaine française en hommage aux pseudo 200 ans de la police genevoise! (Eh oui, il n'y a pas que les petites frappes qui ont droit au violon). Après l'occupation du domaine public, l'occupation du domaine culturel par la police maintenant? Il y aura donc à nouveau quelques centaines de policiers autour et dans le Victoria hall le 17 octobre. Alors que l'ONU et le monde entier placent cette journée sur le plan de la lutte contre la misère, Maudet prend cette date pour célébrer à nouveau la police!  Est-ce parce qu'il est au final plus facile d'occuper le Victoria Hall ou de défiler Place De-Neuve que d'occuper les quais du Seujet ou le jardin Anglais?

A qui appartient la police?

Enfin, puisque le nouveau slogan de Monsieur Maudet est : "la police n'appartient pas aux policiers mais à la population, elle est l'émanation du corps social", prenons-le au mot et recommandons-lui d'arrêter de l'instrumentaliser et de se l'approprier pour sa petite communication personnelle en provoquant d'inutiles tensions.


Références

1814: Naissance de la police genevoise: "c'est de la propagande!"

http://infopolice.ch/wp-content/uploads/200-ans-police.pdf

 

4 octobre: un défilé pour faire briller les boutons 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/deux-faces-defile-reactions-pierre-maudet/story/25636374

Blog de Demir Sönmez sur les échauffourées du 4 octobre

http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/10/05/la-fete-de-la-police-a-ete-celebree-sous-les-bombes-lacrymog-260428.html

Blog de Haykel Ezzeddine 

http://planetephotos.blog.tdg.ch/archive/2014/10/04/scenes-de-guerilla-urbaine-dans-les-rues-de-geneve-260420.html


17 octobre journée mondiale d'élimination de la pauvreté

http://www.un.org/fr/events/povertyday/


Quand le procureur Jornot reconnu (après sa campagne électorale) avoir emprisonné des gens qui n'avaient pas commis de délits autre qu'une infraction à la loi sur les étrangers, et confirma l'inutilité de cette politique. 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Olivier-Jornot-assouplit-sa-politique-criminelle/story/29210901

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27/09/2014

L'algorithme n'aura pas le dernier mot (II)

Pour changer le monde, il s’agit de changer notre manière de l’exprimer, dans et par le langage. Ce n’est pas l’algorithme qui aura le dernier mot, mais le poème. Et si pour changer l'économie, le politique, on commençait par se parler et se raconter le monde autrement? Parce que le temps est court et quelque chose est en train de basculer, la vieille langue fatiguée ou la langue en aluminium ne suffisent pas. Merci à Amandine Glevarec, de litterature-romande.net pour cet échange.


Amandine Glevarec: Écrire, c’est un engagement ?


Sylvain Thévoz. – Oui, clairement. Avec le désir d’aller subvertir, lutter ou confronter, mais aussi partager, réaffirmer, rassurer, afin que les gens se sentent vivifiés, fortifiés, de ne pas se sentir seuls dans une société fragmentée. Écrire, c’est un élan vers l’être, dans l’émotion, la transcendance aussi, vers des valeurs qui sont entamées par la productivité et le capitalisme débridé. Je crois que la poésie est un outil de lutte. Elle permet de résister, dans sa tête, dans son corps, en rassemblant les forces. Nous devons créer, composer, habiter des territoires où l’humain, le temps, le silence – des valeurs aujourd’hui dévalorisées – passent avant tout le reste, et construire des espaces pour cela. À ce sujet, du 2 au 5 octobre, Poésie en ville, la manifestation qui met la poésie, les lecteurs, les poètes sur le pont, se tiendra aux Bains des Pâquis. Ce sera l’anti territoire off-shore. On est là sur le lac, mais bien ancrés, avec des valeurs réelles, des voix et des corps dans l'espace. http://www.ville-geneve.ch/themes/culture/manifestations-evenements/poesie-ville-2014/programme-2014/

A. – Est-ce qu’on peut dire que la poésie regroupe tes deux facettes, la spiritualité et ton désir d’engagement ?


S. T. – Oui. Mais c’est aussi par la poésie que j’ai rejoint ces deux dimensions, dans la langue d’abord. L’engagement vient après la réflexion. La poésie précède l’action. Mais ce sont avant tout des courants, des désirs, qui s’alimentent les uns les autres. Tu ne peux pas rester à écrire seul dans ton coin sans t’intéresser à la société qui t’entoure. Tu ne peux pas vouloir poétiser seul sur ton rocher, ça n’a pas de sens. Alors tu cherches, tu grattes, tu rencontres des gens qui cherchent, grattent aussi ; tu commences à publier et puis tu rencontres d’autres auteurs. Je navigue entre tout ça, et la spiritualité est le fond archaïque, transcendant, nourrissant, dans lequel je peux puiser. Le langage dit cela tout en le forgeant. La révolution viendra par la langue, ou alors nous serons miteux et creux avant l’heure.

A. – Est-ce que tu continues aussi à t’appuyer sur des lectures ?


S. T. – J’essaye de lire au minimum un livre par semaine. Je fais une critique d'un livre sur la radio YesFM tous les lundis matin. Je picore beaucoup, fonctionne au coup de cœur, mais c’est vrai qu’avec mes engagements, je manque parfois de temps. Je suis dingue de livres, de l’objet livre aussi. La librairie du Parnasse, celle du Boulevard, du Rameau d’or, sont devenues mes repaires. J’y achète des livres que je ne lirai pas. Ce n’est pas grave. Vivre dans leur voisinage me plaît, ensuite je les donne. Je me demande parfois, dans cet enthousiasme, si je ne vais pas me perdre en route. Publier me permet alors d’arrêter le processus de travail – lecture et écriture – du grand brassage dans la langue, et d’être confronté à mes pairs, les lecteurs. Tenir un blog me permet aussi de jalonner la pensée dans une écriture plus quotidienne.

A. – De quelle manière travailles-tu sur tes textes ?


S. T. – Publier, c’est s’obliger à s’arrêter de travailler. Mes textes, je les reprends beaucoup, les lime, les rabote. Parfois, je crains qu’ils ne deviennent trop opaques, indigestes, parce que trop densifiés. Je cherche des formes qui provoquent des émotions, des surprises, créent des sonorités, des brisures, permettent d’interroger le rapport à l’être, au monde. Le langage est une pâte vivante. Ce n’est pas un truc à disposition sur un rayonnage ou dans un dico. C’est une matière à inventer. Créer quelque chose qui n’est pas descriptif ou qui ne nomme pas mais qui avance, qui bouge, comme une bête, j’aime ça. Je travaille beaucoup par associations d’idées, d’images. Ça commence par des jets que je reprends ensuite. Je ne sais jamais où je vais. Le travail n’est pas construit à l’avance. Il n’y a ni échafaudages ni structures, pas de tableaux Excel, mais ce n’est pas pour autant de l’écriture automatique. Je cherche le plaisir dans l’écriture, mais pas à tout prix. J’ai de plus en plus un œil critique. Ce n’est plus comme à 19 ans où c’était du domaine de la révélation, du flux, très spontané, ça dévalait, ça déboulait. Maintenant, je fais plus attention à ne pas me répéter, rentrer trop dans la facilité, gagnant une certaine objectivité, élaguant beaucoup déjà dans le moment de l’écriture. Créer c’est soustraire. C’est penser à l’autre aussi.

A. – Pourquoi ne pas partir carrément dans quelque chose de plus abstrait, avec le langage comme matière ? Le dadaïsme par exemple ?


S. T. – J’aime le jeu, mais je cherche à dire quelque chose de politique, de social, d’animal. Ces choses là ont peut-être été dites mille fois mais j’essaie encore de trouver une forme incarnée, d’autres tonalités. Construire du singulier dans le collectif. Je refuse de m’ennuyer à répéter ce qui a déjà été composé. Je veux creuser dans l’émotion, toujours étonné qu’on me dise qu’on ne me comprend pas. Parce que pour moi cette écriture est limpide. Je suis aussi surpris par cette volonté de comprendre. Comme si la littérature se comparait à la lecture d’un menu au restaurant, et que l’on parcourait Proust comme un magazine de mode. J’y vois là une sorte de paresse. Un refus d’être surpris, débalancé, mis en difficulté. Dans les écritures mathématiques, il y a une dimension ludique qui m’excite moins. Je travaille mieux avec des thèmes de prédilection : le territoire, l’humain, la politique, l’animalité, la sexualité,… qui deviennent une sorte de pâte où ces thèmes se mélangent dans une dimension magmatique. Le résultat, au final, devient plutôt grave, sérieux, mais traversé par de la lumière. Le langage n’est pas quelque chose de gratuit pour moi, avec lequel on peut s’amuser sans conséquences.

A. – La poésie comme un manifeste ?


S. T. – Il y a un peu de ça. Finalement, quand tu lis les Évangiles, c’est aussi violent qu’une déclaration de guerre. Et puis, avec l’usage de la métaphore, on peut partir dans beaucoup de lectures possibles. On ne comprend pas très bien non plus les prophètes. Ce sont des lectures inépuisables, à multiples entrées. Je crois qu’il faut un peu de ça pour réveiller les gens. Pas dans le sens de les choquer, mais plutôt de les inviter à s’interroger, douter, les soulever. Pour changer le monde, il s’agit de changer notre manière de l’exprimer, dans et par le langage. Ce n’est pas l’algorithme qui aura le dernier mot, mais le poème.

A. – Tu n’envisages pas d’écrire un roman ?


S. T. – Oh si, j’aimerais beaucoup. J’ai beaucoup d’admiration pour ces écritures plus lentes, longues, descriptives, mais je n’y arrive pas. Il y a un moment où le langage me dévore, il prend ses aises et je n’avance plus dans le récit. J’aimerais écrire pour le plus grand nombre, un roman de gare ou érotique, porter des réflexions philosophiques, être comme un musicien qui sait jouer de plusieurs instruments. Je n’ai pas envie de devenir monomaniaque, limité aux histoires d’animaux, de bêtes ou de forêts dans des formes clandestines, mais je n’en suis pas encore là je crois. Je reste au service de la langue, et je la suis, Pour l’instant elle m’attire dans la poésie, et je la suis. Peut-être que je serais bientôt emmené ailleurs. Je reste attentif, à l’écoute. Quand j’écris, ce n’est pas toujours moi qui décide. J’essaie d’être au service de quelque chose de plus grand que le moi.



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26/09/2014

L'algorithme n'aura pas le dernier mot (I)

D'où je parle ? Je parle de là, d'ici, aussi, entre autre. J'espère que ça parle aussi au travers, dedans. Merci à Amandine Glevarec, de litterature-romande.net pour cet échange, afin que l'humain ait la première place, pas l'algorithme. Comme l'écrivait Henri David Thoreau, le sommet le plus élevé que nous puissions atteindre n'est pas le Savoir, mais la Sympathie avec l'Intelligence.


Amandine Glevarec: d'où viens-tu ?


Sylvain Thévoz: Je suis né à Toronto mais j’ai grandi à Lausanne puis suis retourné à Montréal suivre des études d’anthropologie. J’ai ensuite vécu 5 ans à Bruxelles. Mon père est suisse et ma mère du sud de la France. Je me sens très européen et francophile. Ma première identité n’était pas une identité de nation mais une identité de langue. C’est le premier territoire où j’ai véritablement ressenti un sentiment d’appartenance.

 

Avant d’être suisse, je suis francophone. Par la suite, j’ai fait le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et là j’ai vécu une rencontre très forte avec le Christ dans une sorte de face à face intime. Je me suis reconnu comme un suiveur du Christ. J’ai continué de marcher, je suis allé au Portugal, dans le Sud de l’Espagne puis un mois au Maroc avec les moines survivants de Tibhirine. J’ai ouvert l’Évangile et je me suis dit : c’est de la dynamite, c’est la révolution sociale ça ! (rires). Je suis revenu en Suisse et ça a été une vraie réconciliation avec moi-même. Je me suis reconnu dans mon identité de chrétien et reconstruit une identité en Suisse.

 

A. – C’était une période où tu étais en rupture ?


 

S. T. – J’ai toujours été en quête, en recherche spirituelle de quelque chose de plus grand que le quotidien et le matérialisme. J’ai toujours pressenti que je n’appartenais pas vraiment à un territoire, que le monde était plus vaste, que « la réalité » pouvait être différente selon les cultures et traditions. La rupture, je l’ai vécue plutôt à 17 ans, quand je suis parti à l’étranger. À 30 ans, je me suis réconcilié. La Suisse des années 80, dans laquelle j’ai grandi, était renfermée, très proprette, rigide même. À Lausanne, il y avait un seul lieu de musique alternative, la Dolce Vita, porté par le mouvement Lôzane Bouge, mais à part ça tu ne t’amusais pas beaucoup et c’était plutôt couvre-feu dès 22h. Les choses ont fondamentalement évolué depuis.

 

A. – Il y a pourtant un durcissement maintenant…

 

S. T. – Je crois qu’il y a un désarroi qui grandit et touche de plus en plus de personnes. La jeunesse qui ne sait pas quelle place prendre, les aînés qui ont peur de ne plus servir à rien, et les classes moyennes qui craignent leur déclassement. On assiste à une fragilisation générale des rapports humains lié à une dérégularisation complète, une précarisation des emplois et du logement. Toutes classes d’âges confondues, les gens sont fragilisés. Le capitalisme fait que tu es remplaçable voire jetable dès que tu n’es plus optimalisable. La santé économique en Suisse est bonne, mais il y règne une avidité néfaste. Vouloir à tous prix continuer de mener la course en tête et maximaliser les revenus du capital placent l’humain dans une position de soumission et de fragilité extrême.

 

A. – Tu es croyant, mais aussi engagé en politique, au sein du Parti Socialiste, Ville de Genève.

 

S. T. – Oui. Et pour moi, c’est très cohérent. Je vis le Christ comme un révolutionnaire social et non pas comme le tenant d’un dogme. Le message que nous a laissé cet homme, ce va-nu-pieds, est celui de la spontanéité, du risque de la rencontre, de sa nécessité. C’est d’oser aller à la découverte, bousculer les dogmes et les lois, aller vers les rejetés, les exclus, les prostituées, toutes les petites gens, parce qu’ils portent, eux, plus que les puissants, quelque chose de divin en eux. La révolution ne viendra pas d’en haut. Le changement ne viendra pas d’en haut, mais de l’intérieur. La politique et la foi, ce sont deux modèles et engagements séparés mais qui se recoupent. Il se joue dans le christianisme et dans le socialisme quelque chose qui a trait à l’émancipation et à la liberté de l’Humain. Les deux vont ensemble pour moi. Un socialisme matérialiste sans dimension spirituelle, culturelle va droit dans le mur. L’Union Soviétique l’a illustré. L’attrait de la puissance et du militarisme impérialiste l’a coulée. Un éco-socialisme inspiré est à (ré)inventer. Nous devons maintenant articuler les bonnes questions dans une période où on s’occupe de tout sauf des questions fondamentales. Nous sommes à une époque où nous n’arrivons pas encore assez bien à forger de véritables alternatives, alors qu’il y a des leviers et des forces incroyables, que le temps presse, que tout peut se soulever du jour au lendemain. Je sens une grande soif de sens et de changements dans la population. Il faut que des gens incarnent mieux ce quelque chose de nouveau, qu’ils parlent, s’expriment, prennent une place, portent de nouvelles espérances. Nous ne voulons plus voir les mêmes tronches à la télé, et les mêmes playmate dans les magazines, ça suffit. L’humain vaut mieux que ça, et il court à sa perte s’il ne change pas, ne l’exprime pas. Cet engagement vital rejoint aussi ma passion pour la littérature, dans le désir de nommer, d’inventer. Je vois la poésie comme le laboratoire de la langue. Là, tu peux t’affranchir du cadre, créer tout ce que tu désires, sortir des clous, et expérimenter de nouvelles manières de raconter le monde, et donc : le réinventer.

 

A. – Quitte à ce que la personne qui te lise ne comprenne pas du tout de quoi tu lui parles ?


 

S. T. – Quitte à ce que le lecteur perçoive une petite musique ou change de chaîne. Le lecteur est libre. Quitte à ce que le lecteur zappe, que ça ne lui parle pas du tout, ou qu’il tende l’oreille, revienne plus tard. Oui. L’essentiel est de faire vivre la diversité, qu’un dépassement, une rupture, des surprises s’immiscent dans une langue nouvelle. Si le résultat n’est pas compris alors tu en prends note et tu continues avec ça. Il n’existe pas de langue individuelle, par contre ça peut être une ambition de créer un parler singulier, quelque chose d’une langue collective, dans la volonté d’échanger avec d’autres.

 

A. – Tu es très « collectifs » d’ailleurs ?


 

S. T. – Oui, j’aime beaucoup ça. Les groupes, les collectifs, les fractions, les ensembles. L’échange, mais aussi l’épreuve de se confronter à la critique, au regard de l’autre. Cela permet de vivifier son propre rapport à la langue avec l’objectif de composer des micros sociétés en réaction (résistance) face aux formules creuses que l’on trouve dans les journaux et les publicités, face à cette langue qui veut vendre ou nous habiter malgré nous. Cette langue qui traîne par terre, qui est fade, triste. La langue du commerce ou de la domination. Composer de micros sociétés dans la langue, c’est créer des espaces de résistances et d’énergie, se tonifier. Publier, ensuite, c’est résister, croître. Il y a là-dedans quelque chose de jouissif, de révolutionnaire, qui offre des outils et des moyens pratiques de grandir.

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24/09/2014

Manifestation contre la police: on casse notre crousille ?

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveUn collectif appelle à manifester samedi 4 octobre contre le défilé historique fêtant les 200 ans de la police genevoise durant lequel 500 participants dont 200 policiers suisses et français sont prévus pour une grande traversée du centre-ville en costume d’époque.[1] Des militants s'offusquent que la police s'auto célèbre. Cette réaction est plutôt compréhensible. La situation à Genève n'est pas bonne concernant la sécurité. On doit donc s'interroger si la priorité de la police doit vraiment être de se payer une opération de communication via un défilé carnavalesque, sans même que la base, les policiers de terrain, soient consultés.

Combien de policiers pour encadrer la police? 

Que le GHI en fasse tout un article et hurle au loup et annonçant des possibles violences contre la police est risible.[2] Non, une Saint-Martin n'est pas à craindre, c'est plutôt un carnaval de mauvais goût dont le citoyen paiera au final le coût qui s'annonce. Combien il y aura-t-il de policiers pour encadrer la manifestation des policiers? Bigre, tous ces policiers rassemblés en même temps! Il faut croire qu'il y a du gras et que les priorités sont étrangement établies dans les états-majors.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveLa caricature: art de la provocation

Bien évidemment, caricaturer un policier avec une tête de cochon est un geste de provocation peu ragoûtant. Cette manière de faire reflète la colère de celles et ceux qui sont pris pour les dindons de la farce. Je regrette, pour ma part, qu'elle désigne l'individu, le policier, qui est avant tout un homme ou une femme au service de la collectivité et du bien commun. C'est à l'institution policière, et surtout à sa direction politique d'essuyer les critiques, pas à l'employé-e de police portant l'uniforme. Que des dérives policières existent, c'est sûr; que des violences policières aient lieu, le fait est notoire. Le site d'infopolice [3] les liste, et met particulièrement l'accent sur les noyades de jeunes hommes fuyant la police dans le Rhône (dernier en date : 13 août 2014). Il faut dénoncer et condamner les politiques policières de chasse au faciès et interroger les politiques qui les fabriquent, pas cibler les policiers qui les supportent.  

Commémorer: mais quoi au fait?

Il est sain que l'acte de fêter le bicentenaire de la police en grandes pompes mette de nombreux citoyen-ne-s en colère alors qu'au quotidien, les politiques extrêmement répressives enferment à tours de bras, limitent la liberté de manifester, d'être dans l'espace public; prônent le harcèlement des pauvres pour des résultats peu probants et une surpopulation de la prison de Champ-Dollon par des personnes en infraction à la loi sur les étrangers n'ayant commis d'autre délit que de ne pas disposer de papiers adéquats.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveCasser la crousille pour de la pub?

Dans un contexte budgétaire difficile, on doit se demander pourquoi les effectifs de police ne cessent d'augmenter, en ville comme au Canton, et pourquoi les prisons sortent maintenant de terre avant les écoles et les musées. Le défilé du 4 octobre fournit quelques clés de réponse. Si derrière chaque policier en action il faut un policier derrière lui pour le surveiller et un autre pour le communiquer : les besoins explosent. Qu'est-ce que cela raconte de la gestion de la sécurité par l'Etat et de son bon usage de la force publique ?

Un défilé coûteux et cochon 

La Parade festive contre le défilé du bicentenaire de la police du 4 octobre 2014 à Genève illustre une seule casse, celle de notre crousille. Les économies des citoyens sont dépensées pour une opération de communication de la police protégée par la police au détriment de la sécurité dans les rues. L'argent dépensé pour la communication : c'est du lard ou du cochon? Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet se lèche les babines. Il vend chèrement son produit police tiré à quatre épingles. Tout cela est bien propret. Et l'addition, bien salée, aussi. 


[1] http://danceagainstpolice.noblogs.org

[2] http://www.ghi.ch/le-journal/geneve/des-activistes-menacent-de-perturber-le-defile-de-la-police 

[3] http://infopolice.ch/bulletin-5/#2

 

 



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18/09/2014

Non à la nasse de la rade

Librement adaptées de la page wikipédia sur la nasse, toutes les situations décrites sur ce blog sont peu fictives. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes, ou ayant existé, ainsi qu'une prochaine votation le 28 septembre sur le principe de base d'une nasse dans la rade, ne sauraient être fortuites.

6images.jpgQu'est-ce qu'une nasse?

Une nasse est un piège destiné à être immergé pour capturer des animaux ( le plus souvent des poissons, mais la nasse peut aussi servir pour des voitures et accessoirement les nigauds qui s'y sont glissés et s'y trouvent irrémédiablement coincés). Traditionnellement, une nasse est composée d'une armature en forme d'entonnoir, ou formant une sorte de cage, avec une petite ouverture en forme d'entonnoir. En mer, une partie de l'efficacité de la nasse tient probablement au fait qu'elle joue un rôle de dispositif de concentration de poissons. En lac, et particulièrement au coeur d'une ville, le principe est le même, sauf qu'en biotope urbain, ce sont les voitures qui se trouvent être volontairement concentrées via le dispositif en entonnoir afin de bien remplir la nasse et la gaver jusqu'à ce qu'elle soit rapidement saturée.

2index.jpgPrincipe de fonctionnement de la nasse

L'animal que l'on veut capturer est attiré par un appât placé à l'intérieur de nasse (par exemple, pouvoir trouver quelque chose à manger, ou pouvoir imaginer frayer plus rapidement, espérer sortir de son véhicule sans délais). Pour entrer, on trouve facilement l'ouverture car on y est guidé par l'entonnoir, mais une fois à l'intérieur, il est très difficile de retrouver la sortie. Claustrophobiques, laissez toute espérance quand vous entrez dans la nasse. La nasse peut d'ailleurs prendre la forme d'une succession de cages, où l'on pénètre toujours plus profondément par l'entonnoir qui mène à la cage suivante. Il devient alors pratiquement impossible au véhicule de retrouver la sortie. Bouchon assurés et immobilisation rapide. Plus la nasse laisse croire qu'une issue est possible, plus elle sera efficace. La nasse est un attrape-nigauds.

 

index.jpg

Amener le maximum de nigauds dans la nasse

Le principe de la nasse est d'attirer le maximum de véhicules dans son boyau. On prendra évidemment soin d'en rendre l'accès le plus simple possible en construisant de nouveaux moyens d'accès, s'assurant ainsi d'augmenter le nombre de véhicules pouvant y être piégés. Peu importe la qualité de vie de ceux qui vivent proche de la nasse. Ce qui compte dans la nasse c'est ce qui se passe au fond de l'eau, pas aux abords. Ce qui compte avec une nasse, c'est que l'entonnoir soit le plus large possible. Que la nasse, au passage, défigure son environnement, pollue tant et plus, ne compte pas. L'important dans la nasse, c'est toujours de vendre le rêve d'en sortir. L'important dans la nasse, c'est de rester attractive.

Engloutir 1.5 milliard dans la nasse

Plus la nasse est grosse, plus elle est coûteuse. Elle est fidèle en cela au principe du "plus c'est inutile, plus c'est cher"  qui se traduit aussi par : "plus c'est gros, plus ça risque de passer". Pourtant, au final, dans la nasse, rien ne passe. Une nasse se paie rubis sur l'ongle. A Genève, un prototype serait évalué à 1.5 milliard, sans compter les possibles rallonges et rafistolages qui s'en suivront. Parce qu'il faudra ensuite l'entretenir et la réparer: 40 millions par an environ. Une nasse dans la rade, c'est naze.

Comme du poisson pourri

Enfin, et surtout, il faut bien savoir qui construit les nasses. Or, au vu des agissements du bocal genevois, quelle confiance avoir dans ceux qui devront tresser cette nasse? Quand on voit Céline Amaudruz manquer de boire la tasse en essayant de joindre les deux bords à la nage, Luc Barthassat se renverser un seau d'eau glacé sur la tête dans ses vignes pour se donner un air marin, avant que tous deux s'engueulent comme... du poisson pourri sur la toile, on se dit qu'il est bon de ne pas s'enfiler aveuglement dans la nasse ni s'engager dans sa construction avec de tels capitaines.

Qu'est qu'une traversée sous-lacustre de la rade qui débouche sur une impasse?

- Une nasse.

Non à la nasse de la rade.

04/09/2014

La Bâtie: triomphe de quelle liberté?

Dans le cadre de la Bâtie, la pièce El triunfo de la libertad, création de La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente a réveillé le petit monde culturel genevois. Enfin un débat ! Si, comme le décrit Marie-Pierre Genecand dans le Temps[1], « la Comédie a regardé pendant quarante minutes trois prompteurs déroulant linéairement un texte mêlant récit neurasthénique, blague potache et réflexions philosophiques », les réactions à la pièce ont été inversement proportionnelles à la torpeur linéaire de cette « pièce » tenant sur une proposition étirée le long desdits prompteurs débitant un texte banalisé à l’extrême, avec quelques fautes d’orthographe au passage pour faire plus vrai, l’absence des comédiens et la scène de la Comédie vidée de tout décor.

Genève Active, magazine culturel de la Métropole lémanique s’en est régalée [2] : « L’anti-théâtre est l’extase du théâtre. Pour briser la sur-signification imposée aux choses, El Triunfo de La Libertad entre dans un processus de dégradation qui se pose en alternative au réel, à un Autre art catastrophique, non pas au sens d’une apocalypse matérielle, mais d’un dérèglement de toutes les règles du jeu», tout en passant étrangement sous silence le contenu du texte proposé, qui est pourtant le coeur du procédé. Comment parler de quelque chose qui n’existe pas autrement que comme geste, provocation, anti-théâtre justement? L’appareil critique et conceptuel de l’histoire du théâtre contemporain et de l’art est convoqué. On ne parle donc plus du spectacle, mais de l’anti-spectacle donné en spectacle. Vous suivez ? Allez, on se réveille dans le fond ! La démarche est stimulante et durant les 40 minutes du spectacle on ne se fait ni bombarder d'images ni de sons, après tout l'ennui est assez confortable, on peut se laisser bercer dans son fauteuil, rêvasser un peu, personne ne viendra vous tirer de cette torpeur, ni choc ni cri, ni comédien, et ça finira comme ça  a commencé, au prompteur à défaut de forceps. C’était l'intention de la proposition des artistes ? C’est donc réussi. Vous vouliez de l'ennui, de la désillusion? Non? Tant pis, vous voilà servi.

Pourquoi le théâtre, art de la scène art vivant?

Pour ma part, je vais au théâtre, art de la scène, art vivant, pour voir des visages et des corps, des comédiens et entendre des voix. Sinon j'allume une téloche, ouvre le 20mn, ma déception est garantie, assurée au coin de chaque écran. Je sais où la trouver. Etre placé devant trois prompteurs débitant un texte pré-texte était alors une expérience de la déception, frontale, après une annonce de danse avec trois comédiens-performeurs sur scène. Mais plus que l'absence des comédiens-performeurs, c'est l'absence du texte lui même et sa disparition des radars critiques qui pose question. En effet, il ne suscite aucun commentaire, comme s'il s'était agit d'un pré-texte, était transparent. Et en effet, il l'est. Il n’y a rien à en dire, parce qu'il s'étire dans une langue faible, la langue qui traîne par terre : ou plutôt en l'air, aux prompteurs, aux accroches commerciales, copié-collé du commerce et du récit ambiant, avec quelques réflexions philosophico-existentielles mal accrochées. Cette violence faite au langage est peut-être ce qui devrait faire émerger des commentaires.

Un concert de Prince au radio-cassette

J'ai été touché par le désarroi de nombreux spectateurs ayant payé leur écot de 26.- s'étant fait une fête d'une rencontre, et s'estimant trahi dans leur confiance donnée, leurs attentes. Pour une spectatrice, c’était sa première pièce à la Bâtie. Est-ce qu'elle en a eu pour son argent ? Elle a juré qu’on ne l'y reprendrait plus. Le public des experts et critiques avait l’air satisfait. La Bâtie, pour quel public finalement, les convaincus uniquement ? Si j’achète un billet pour un concert de Prince et que lorsque vient le moment du concert, Prince monte sur scène met en marche son radio-cassette et va dans ses loges, je trouverai cela peut-être génial, sûrement énervant, mais je me poserai quand même la question, au final, de ce que j’ai payé, et pourquoi, et quel était le contrat entre l’artiste et l’organisateur. J’aurai l’attente que ce geste ne soit pas la seule vérité du spectacle mais qu’il soit une amorce à autre chose, sinon je resterai sur ma faim. Oui. Il me manquera quelque chose. 

La toute liberté des artistes
Il est important que le mode d’expression des artistes soit libre. Je n’ai aucuns problèmes avec le geste radical, les spectacles sans danseurs; les corps à poil à plumes, ou pas, les spectacles démembrés, mais je tique quand on me fait miroiter quelque chose que je ne trouve pas sur le plateau, oui. Quand je dois rendre un recueil de poésie à un éditeur, je ne me pointe pas avec un traité de philosophie. C'est peut-être con, je vais y réfléchir à deux fois désormais... merci la Bâtie.

La culture, c'est autre chose que de commander une chaise Ikea sur internet

Peut-être que La Ribot avait carte blanche, alors Alya Stürenburg, directrice du festival, a raison de dire, dans l'article du Temps qu'il y a un gros problème de communication sur l’annonce du spectacle. Ou alors : un bug sur la délicate articulation entre programmation et présentation. "Les spectateurs sont arrivés dans l'espoir de voir ces performeurs". Oui. N’y a-t-il pas eu mauvais étiquetage et rupture d’un contrat de confiance entre l'artiste et son public, l'artiste et la production, l'artiste et ceux qui soutiennent et financent la culture ? Mise à mal d’un contrat de confiance mais aussi quelque part, d'une parole donnée sur le contenu culturel qui sera présenté? Relisez l’annonce du programme et comparez avec ce que vous trouvez devant les mirettes le jour de la représentation, vous vous frotterez les yeux. Après tout, si j’entre dans une boulangerie je peux m’attendre à ne pas trouver un paquet de bidoche sur le comptoir. Si je vais dans une librairie, je cherche piteusement encore des livres. Est-ce que je me contenterai d'un recueil vide avec un "coucou c'est qui?" au fond? Peut-être bien. Peut-être que ce serait un chouette concept ou alors c'est que je suis vraiment trop coincé et vieille école. La culture c'est autres chose que de commander une chaise Ikea sur internet. C'est vrai. Merci qui?

Un spectacle affranchi ou à l'image du vide culturel

Bon, vous me direz peut-être que lorsque l’on va à la poste on trouve maintenant un peu de tout, du chocolat, des abonnements de téléphone et accessoirement des timbres. Alors est-ce que l’urgence, le tutti-frutti, la tentation de balancer un truc commercial vers les spectateurs n’est pas l'essence de notre société. Pourquoi le théâtre y échapperait-il? Finalement cette pièce : « le triomphe de la liberté » décidé à la dernière minute, n’est-elle pas exactement la soumission au rythme et cadres actuels : un espace déterritorialisé qui s’affranchit d’une fonction pour lancer une proposition en l'air… laquelle déjà? Rien, ou autre chose que ce que l'on attend. Intéressant. Mince, je mange pourtant ça tous les jours pourtant : l'ennui, la répétition, la déception, les plats cuisinés en urgence. J'aurai espéré y échapper le temps d'un spectacle. Raté. Le triomphe de la liberté est-il un spectacle affranchi ou construit à l'image du vide culturel?

Ma liberté, ta liberté, quelle liberté?

Si "Le triomphe de la liberté" est l'expression triomphante de la liberté des artistes, qu'en est-il de celle laissée au spectateur? Ne lui resterait-il que le choix de se lever et partir ou crier au génie? N'y aurait-il pas de place pour l'expression de sa déception, sa colère, ses doutes, ses avis, même tranchés ? Au moment où les artistes, à Genève, expriment leurs attentes et leurs revendications, voir déceptions envers les pouvoirs politiques[3], il serait piquant qu'ils s'affirment, eux, affranchis de tout cadre, de toute critique et qu'il y ait un tel décalage entre ce qui est proposé sur le papier, le programme, le projet, et ce qui est délivré sur scène. Le triomphe de la liberté? Laquelle ?  Au moment où les artistes, à Genève, réclament des lignes et un cadre, il serait étonnant que les directeurs de festival où d'institution ne se positionnent pas aussi pour poser les leurs et affirmer et défendre leurs programmations culturelles. Le triomphe de la liberté? Pour qui ?

Un très joli titre, au final

Oui, j'attends d'une direction de théâtre ou d'institution des proposition fortes, abouties. Le triomphe de la liberté c'est finalement aussi celle de dire j'aime /j'aime pas, je suis en colère, déçu, même injuste avec une pièce. Je l'ai entendue, je l'ai reçue; je me l'a suis appropriée, elle s'est invitée dans mon imaginaire, je peux la rejeter aussi. C'est bien entendu, aussi, ne pas forcément être d'accord et engager des débats, les reprendre sans cesse, et éprouver la liberté de se tromper aussi, sans être enfermé dans la boîte de la censure, de la camisole de contention ou du procès d'intention. 

Le triomphe de la liberté: c'est, au final, un très joli titre.


[1] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/88282b68-3398-11e4-861b-f2a0f94a952e/Art_ou_canular_La_B%C3%A2tie_fait_scandale

[2] http://www.geneveactive.ch/article/la-desillusion-subtilement-mise-en-scene-en-toute-liberte/

[3] http://www.geneveactive.ch/rencontre-arts-de-la-scene/article/arts-de-la-scene-2014-propositions-des-professionnel-le-s/

16:05 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

31/08/2014

L'été c'est fini (pot pourri)

L'été c'est fini. Il fait enfin beau, c'est le moment de faire le bilan d'un été pourri. De la Coupe du Monde aux bombes à Gaza, des stades pleins aux villes rasées, avec le soutien actif des états euro-américains envers Israël, c'est toujours meilleurs quand on s'y met à plusieurs pour casser la gueule à quelqu'un.

La Suisse n'est pas restée hors jeu. Elle a programmé l'achat de drones israéliens pour 250 millions (testé à Gaza 2014, performants en Suisse en 2015). Les affaires sont les affaires, il n'y a pas de raison de se gêner. S'affichant, le CICR se fait un triste honneur de financer et sponsoriser une conférence avec des responsables de crimes de guerre israéliens à la rentrée. Pour cause de massacre en cours, la conférence est repoussée à décembre. C'est malin de faire le pari qu'en deux mois tout sera oublié. Ainsi vont les attentions médiatiques. Très fortes, très courtes, et rapidement déplacées. Et nous serions comme des renards pris dans les lumières des phares: comme abrutis et dodelinant de la tête pour essayer d'y voir clair ?

Humanitarisme en été, power-point militaire en hiver. Compris? Tu ne t'étonneras pas ensuite quand tu demanderas aux gazaouis de dégager de leur immeuble qui va se faire détruire par l'armée de défense la plus offensive du monde pourquoi ils hésitent à aller à l'endroit que tu leur indiques - il se fait pillonner-  et pourquoi ils ont des doutes sévères sur qui tu es et qui tu sers quand tu clames "neutralité", "impartialité"... et continues de pioncer dans les 5 étoiles de Tel-Aviv avec même une petite visite médiatique du patron plus indécente que le selfie de Geri Müller dans Gaza saccagée. #PeterMaurer #Bousillez et détruisez tant que vous voulez. On sera toujours là pour reconstruire derrière vous sans hausser la voix et toujours présent sur la photo de fin d'été ou fin de guerre. (Pot pourri).   

Un avion de la Malaysian Airlines disparaît des écrans, petit point lumineux charbonné. Dans ce monde où tout paraît cartographié, numérisé, un avion rend les écrans de radars amnésiques, sans même que quelqu'un lui rappelle quand il glisse dans le néant : " Vous partez déjà? Ne ratez plus rien, connectez-vous via votre mobile." C'est comme si un enfant avait laissé tomber son jouet dans un centre commercial et qu'on ne le retrouvait plus. On a beau chercher, remuer ciel et mer: rien.

Un autre avion civil tombe. De la même compagnie, dézingué dans le ciel ukrainien. Des chefs séparatistes se tapent sur l'épaule, fiers d'avoir cru dévisser un transport de troupe. Mauvaise visette, c'étaient des touristes qui partaient au soleil en goguette. Et il y a plein de poupées et de maillots de bains au milieu des valises ouvertes pendant que les corps pourrissent dans les champs de blé avec des hommes en cagoule qui boivent des cannettes et coupent du saucisson.

A Gaza (encore et encore) : bombes et débris, missiles et fragments, des roquettes plein les yeux, les écoles, les mosquées et des enfants éclatés sur plage. Même pas besoin de monter sur la colline comme les habitants de Sderot pour aller voir le feu d'artifice, tu l'as tous les soirs au 20h en croquant dans ta pizza. Rester passifs voyeurs et silencieux ? ça se débat dans les petites boîtes de plastique et de verre #noscerveaux, tapote sur les touches, pour refuser d'accepter que l'humain ne vaut pas plus qu'un trognon de pomme ; ça se déchaîne sur les réseaux sociaux. Internautes de tous les pays unissez-vous, et continuez de croquer dans la pomme?  

Dehors il continue de pleuvoir. Eté pourri. 2000 personnes se rassemblent à Genève pour une manifestation en solidarité avec le peuple palestinien. La RTS veut filmer des casseurs ou de vilains islamistes mais ne trouve rien à se mettre sous les rétines. Elle repart bredouille non sans faire un reportage sur le déroulement de la manifestation et le manque de débordements sans dire un mot de son sens politique.

#La RTS est un perpétuel selfie pornographie. Elle fait du monde son bureau. #Geri Müller n'aurait pas dû lui faire une concurrence directe.

A la piscine, les maître nageurs sont en doudoune, il y a une croix suisse en plastique qui est installée au pont de la Machine. Rouge et blanc morceau de plastoc qui surnage, type radeau de la Méduse. L'eau devient verte dans le bassin, peu importe, ce qui compte c'est de recycler la flotte tiédasse des grands hôtels, et tant pis si c'est moche, ou fait bidet nationaliste, tant que ça tape à l'oeil.

Patrimoine suisse continue de s'acharner pour empêcher la rénovation du musée d'Art et d'Histoire : vive le vide le délabrement et le rien- le nihilisme c'est bien, c'est une architecture sans taches, et tant pis quand les corniches tombent sur la tête des gens. Ils pourraient plutôt s'intéresser à la votation d'une future traversée sous-lacustre à 1,5 milliards, conduisant à la dénaturation la rade, à la pollution des nappes phréatiques, l'enlaidissement accru des quais. Mais non. La commission des monuments et des sites protège les barrières du pont de Carouge et refuse l'élargissement de la chaussée. Faudra donc que le pont s'effondre pour qu'on le rénove. Voilà. Protéger le patrimoine, c'est défendre les vieilles barrières et les chevrons contre les aspiration des administrations à avoir des ponts viables et des musées accueillants. L'été c'est fini (Pot pourri)


Tu as compris? quand il faut faire quelque chose de vaseux, tu mets une croix suisse dessus et ça passe. N'importe quelle initiative anti-immigrée, un drapeau suisse et c'est plié. Peu importe l'article moisi, un brin de patriotisme mal placé et c'est les like assuré. N'importe quel relais féminin manqué, une croix suisse dessus et c'est (presque) pardonné. Tu pourrais même supprimer l'enseignement du français si tu arrivais à faire croire que c'était pour le bien d'un nouveau caractère national.

Céline Amaudruz ne retente pas une deuxième traversée de la rade à la nage - elle avait failli aller par le fond l'été dernier- démontrant à son corps défendant combien y faire passer des voitures nous fera boire la tasse-. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard 1,5 milliard, ça fait cher le bouchon sous l'eau et promet une longue apnée pour le payer. Amaudruz propose avec son groupe UDC de s'attaquer aux droits humains. Ben oui quoi... une suisse indépendante neutre et... fasciste et plus personne ne viendra nous embêter.

James Foley est décapité en Syrie. Par la reconnaissance vocale, un rapper anglais est identifié comme bourreau. Mise en scène avec combinaison orange, les clones de Washington ont appris la leçon, ils torturent de la même façon qu'à Guantanamo en utilisant la technique de la noyade stimulée et revêtent les mêmes costumes pour une communication télévisuelle terrorisant les esprits. Les barbares violent et dans le Nord de l'Irak les Yazédis, les minorités chrétiennes sont crucifiées - comble de l'horreur. L'armée islamique au Levant est un cancer dit Obama. Il n'y a que la lutte contre la maladie de Charcot pourtant qui lève les foules, et les américains s'occupent toujours de maladies orphelines, très peu de celles dont ils ont la paternité directe.    

Fin de l'été les grandes catastrophes sont comme oubliées, l'attention se porte sur des enjeux à notre portée: les punaises de lit et les mollusques volés au Musée d'Histoire naturelle (à moins qu'il aient été mangé en cassolette : ça fait quand même  cher l'omelette). Après le taureau déplacé devant le musée, les oiseaux battent de l'aile. La tortue à deux têtes est toujours vivante, le Matin l'a confirmé. Une future expo de chauve-souris se prépare dans l'ombre.

Luc Barthassat choisit de s'humilier publiquement en se faisant renverser un saut d'eau glacée sur le citron en mini short canari. Michèle Künzler et Mark Müller rient jaune. Décidément ils n'étaient pas assez cons et racoleurs pour conserver ce poste, alors que Luc a l'air d'avoir tout ce qu'il faut pour y parvenir. Planter des élections mais faire le clown dans les champs, ça rend proche des gens, ça rappelle Paléo. Et tant pis pour les parkings P+R en France voisine tant que c'est cool et qu'il y a des six-packs de bière au festival de rock de Landecy.    

L'été est définitivement fini, c'est le festival de la Bâtie. La pièce de La Ribot est un four, trois prompteurs passent le 20 mn en langage sms bourrés de fautes pendant que Strindberg est revisité sur un mode de télénovelas brésilienne au théâtre du Loup; l'actrice manque de se jeter au Rhône sur ses hauts talons avant qu'on ne la retienne. L'eau est froide, il n'y a eu aucun noyé cet été -personne ne nageait- ce n'est pas le moment de commencer au milieu d'un cocktail carioca. La mademoiselle revient sagement finir la pièce sans savoir vraiment comment. C'est au public de décider pour elle; lui demander de finir la pièce comme s'achève cet été. C'est au public de décider pour tout, finalement; de zapper ou ne pas zapper, composer un pot pourri en alignant des noms des événements et des chocs au gré des nouvelles, des envies, et des modes.

Et bonne rentrée ! Et bienvenue l'automone!

#fin de l'été (pot pourri).   




 



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28/08/2014

Lettre ouverte au directeur du CICR

 

Cher Monsieur Daccord,

Monsieur le directeur Général du CICR 

Je vous écris pour une question précise et politique. Je vous fais parvenir ci-joint un texte publié sur le site de la Tribune de Genève touchant au soutien qu’accorde le CICR à l’organisation d’une conférence à Tel-Aviv sur « les défis de la guerre dans les zone densément peuplées ». [1]

Je m’étonne, dans ce billet, de votre partenariat avec l’INSS (The Institute for National Security Studies) et donc du crédit donné à une institution ayant pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l’INSS, Amos Yadlin, a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009. Il tient des meetings réguliers avec le président israélien, le premier ministre israélien, le commandant des armées, et le ministre de la défense israéliens pour planifier des stratégies de combat. L’INSS est intimement lié à l’appareil militaire et stratégique israélien.

Une conférence unilatérale, inefficace, et légitimant la guerre

S’agit-il vraiment, selon vous, dans ce genre de conférence, d’humaniser la guerre ? Et si oui, comment expliquez-vous malgré les deux éditions précédentes de cette conférence, leur échec complet, au vu du bilan terrible en victimes humaines de l’été 2014 à Gaza (2'130 morts dont 577 enfants) ? Ma question : le CICR peut-il vraiment continuer de soutenir et financer une conférence unilatérale et inefficace en légitimant des faiseurs de guerre ?

J’ai lu attentivement votre entretien dans la Tribune de Genève de ce lundi. Votre terme « d’humaniser la guerre » m’a questionné. Je me demande s’il est souhaitable et même possible « d’humaniser la guerre ». C’est bien entendu une très vaste question. J’aurai plutôt tendance à répondre non. La guerre doit être combattue. Pas humanisée. Votre expérience et l’engagement constant et respectable du CICR me poussent à vous faire confiance sur la ligne que vous choisissez. Vous vous étonnerez peut-être de la transparence et l’ouverture avec laquelle j’amène cette discussion sur la place publique. Cela fait sûrement rupture et peut-être désordre avec les pratiques diplomatiques des bons offices et de la discrétion. Toutefois, je crois que si les choses changent peu, les temps évoluent, et si les pratiques de la confidentialité et de la diplomatie derrière des portes closes ont du bon, il est nécessaire aussi, en démocratie, que les choses se déroulent dans la transparence et soient débattues à l’air libre. Je trouve choquante la non-réponse du CICR à la pétition lancée début juillet par des citoyen-ne-s du peuple palestinien demandant au CICR de se retirer de cette conférence. Paradoxalement, le CICR prétend aider un peuple, et en même temps il ne lui répond pas et nie sa demande. Cela me pousse à vous interpeller ouvertement.

C’est bien entendu la mission même du CICR d’aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans état d’âme, mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là de renforcer leur influence ? Ce n’est pas le participation et le dialogue qui est ici en cause. C’est le fait que le CICR co-organise un tel événement qui est non seulement problématique mais contraire aux principes du CICR. « Le mieux » (plus d'humanisme) ne serait-il pas là le mortel ennemi du bien (ne pas légitimer la guerre)" pour citer Montesquieu ? Que penserait-on du CICR s’il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d’humaniser la guerre ? En s’affichant pareillement comme organisateur de cette conférence aux côtés de colonels et de faiseurs de guerre, le CICR trahit ses principes d’impartialité, de neutralité, et d’indépendance que nous fêtons fièrement à Genève à l’occasion des 150 ans de cette magnifique institution. Le nom de notre ville et sur une emblème que vous associez étroitement aux généraux d'une armée coloniale. Pouvez-vous aussi, en passant, m'indiquer, en tant que co-organisateur, pourquoi cette conférence, initialement prévue le 4 septembre à Tel-Aviv, a été déplacée au 2 décembre 2014 ?   

Je souhaiterai des réponses de votre part à ces questions. Il est important désormais que le CICR se positionne. Soit en envoyant au diable les citoyens palestiniens et leur pétition en maintenant votre financement et votre participation à cette conférence à Tel-Aviv, en expliquant alors qu'elles sont les raisons qui vous poussent à le faire ainsi qu'à maintenir votre présence en ces lieux, soit, et je le souhaite, vous refusez de sponsoriser cette conférence et reprenez une posture neutre, impartiale. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave, et cela déshumanise l'humanité. 

Le CICR n'a bien entendu pas pour mission de supprimer ou d'empêcher les guerres. A-t-il pour autant fonction de la légitimer et de lui rendre un vernis humaniste en lustrant les pompes de ceux qui la font ? Il est peut-être important (pour qui ?) que le CICR dialogue et participe à ce genre d'événement, mais qu'il en soit le sponsor et co-organisateur donne beaucoup trop de légitimité et de crédit aux faiseurs de guerre. Cela entame l'impartialité et la neutralité de cette institution.

La guerre ne s'arrêtera bien entendu pas du fait des institutions humanitaires, mais on peut se poser la question aussi de savoir si, par certains choix, elle ne se prolonge pas parfois du fait de trop de complaisance de la part de celles-ci.

Je vous prie de trouver ci-joint le lien de la pétition provenant de citoyens palestiniens et du monde entier demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées à Tel-Aviv, et demandant au CICR de prononcer des excuses du fait d'avoir co-organisé, participé, et financé les conférences précédentes qui se sont déroulées sous les mêmes auspices, sur le même sujet, et pour des résultats sur le terrain tout aussi nuls. Pour ma part, je la soutiens totalement.  

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

Avec mes meilleures salutations et l'expression de mon entière considération.

Sylvain Thévoz, Conseiller municipal Socialiste, Ville de Genève.



[1] http://www.tdg.ch/vivre/Sylvain-Thevoz-CICR-humaniser-la-guerre-ou-la-sponsoriser /story/11674155

11:47 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cicr, israel, palestine, colonisation, inss | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/08/2014

CICR: humaniser la guerre ou la sponsoriser ?

Cancel the joint conference with the INSS in September 2014

Genève et le monde entier fêtent cette année les 150 ans d'existence de cette institution crée par Henry-Dunant sur le champ de bataille de Solférino. Les drapeaux du CICR ont belle allure sur le pont du Mont Blanc. Comme genevois, élu au conseil municipal de la Ville de Genève, je suis fier de cette institution qui porte haut le nom de notre ville aux quatre coins de la planète, envoie des hommes et des femmes au péril de leur vie parfois dans des zones instables ou en guerre pour fournir protection et assistance aux victimes de conflits armés et d'autres situations de violence, apporter une aide humanitaire dans les situations d'urgence.

Monsieur Yves Daccord, directeur du CICR, présentait dans la Tribune de Genève de ce lundi les objectifs éminemment louables du CICR d'humaniser la guerre. Cette phrase d'humaniser la guerre a fait écho en moi à une pétition lancée le 27 juillet pour demander au CICR de renoncer à participer aux côtés de l'INSS (The Institute for National Security Studies), l'une des institutions militaires les plus influentes en Israël, à une conférence au titre pour le moins cynique sur "les défis de la guerre dans des zones densément peuplées".

Alors que plus de 2130 humains ont péri dans la bande de Gaza sous les missiles de Tsahal dont 577 enfants broyés sous les bombes à haute précision, en regard de 64 soldats israéliens et de 4 civils, il semble difficile d'adhérer à l'idéologie d'une guerre propre et chirurgicale défendue par l'INSS. L'INSS formate le discours politique en Israël sur les questions de "sécurité". Il est donc pour le moins troublant qu'après plus de 40 jours de bombardements israéliens à Gaza ayant vu la destruction d'hôpitaux, d'écoles, de mosquées et d'une quantité astronomique de maisons, le CICR maintienne sa participation à la co-organisation d'un tel événement prévu tout d'abord le 4 septembre et repoussé désormais au 2 décembre comme annoncé sur le site de l'INSS  (http://www.inss.org.il).

Il y a 1.8 millions de personnes à Gaza répartis sur une surface de 360km2. Cela fait une densité de 4'726 habitants au kilomètre carré. Prétendre vouloir relever le défi de la guerre dans des zones densément peuplées est une mascarade ou pire, du cynisme. Y participer, de la part du CICR, m'interpelle fortement.


Sponsoriser une conférence à Tel-Aviv sur le bon usage de la guerre ?

L'INSS est avant tout un institut qui a pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l'INSS, Amos Yadlin est un ex-général des forces armées israéliennes ayant servi durant des années au plus haut niveau à la tête des forces de renseignements d'Israël (Israeli Military Intelligence Directorate). Il a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009 et lors de l'attaque du Mavi Marmara (Le 31 mai 2010 le Mavi Marmara, bateau sur lequel ont embarqué des militants propalestiniens a cherché à rejoindre Gaza. Il est arraisonné par l'armée israélienne. 9 militants des droits de l'homme sont tués lors de l'opération.)

Bien sûr, c'est la mission même du CICR d'aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans états d'âme afin de protéger la vie et la dignité des victimes de conflit armés et d'autres situations de violence, leur porter assistance. Mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là renforcer leur influence ?

Sponsoriser une conférence sur le bon usage des roquettes à Gaza?

Le CICR l'affiche sur son site: la confidentialité est une des valeurs cardinales de l'institution. Pourquoi passer alors à l'exhibition concernant cette conférence? Comment imaginer la manière dont cela est perçu par les palestiniens de Gaza toujours sous les bombes (3 tués à ajouter au compteur aujourd'hui) et par toute personne attachée aux valeurs de la neutralité ? Et puis: combien de palestiniens ont-ils été invités à cette conférence déjà? Il est problématique pour le CICR, et donc pour Genève, de s'afficher ostensiblement avec l'une des parties en conflit et d'aller même jusqu'à sponsoriser une conférence internationale sur les défis de la guerre dans les zones densément peuplées. Que penserait-on du CICR s'il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d'humaniser la guerre?  

Pour le droit des humains pas le droit du plus fort

Certes, le travail du CICR exige de mener des tractations derrière des portes closes et de travailler avec toutes les parties en présence, mais quel rapport avec celui de se montrer et faire récupérer sur le site web de l'INSS en sponsorisant à Tel Aviv une conférence? L'INSS est ravi de placer l'annonce de l'événement conjoint avec le CICR sur son site web; récupérer l'événement à son avantage. Quel gain en tire le CICR et quels sont ces objectifs ? 

Parler avec des criminels de guerre est une chose, leur sponsoriser des conférences en est une autre. Alors que le CICR fête ses 150 ans, a-t-il, dans les vapeurs de sa fête, oublié quelques uns de ses principes de base?  

De la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme?

Comme citoyen genevois, admirateur de l'institution du CICR, je suis gêné et emprunté que notre institution s'affiche d'une manière aussi ostensible avec le belligérant d'un conflit. S'agit-il d'un changement de politique, visant à passer de la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme? Ou est-ce l'expression d'un choix de soutien qui  a été fait ? Auquel cas l'impartialité, la neutralité et l'indépendance du CICR, sa marque intime, son pedigree, s'en trouvent mis à mal.

Le CICR doit maintenant rapidement se positionner, soit en refusant de sponsoriser cette conférence à Tel-Aviv, soit en s'expliquant sur les raisons qui l'ont poussé à le faire ainsi qu'à maintenir sa présence en ces lieux. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave.

Lien pour signer la pétition demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées.

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

 

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22/08/2014

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop.

Avant, on pouvait dire, semble-t-il, au sujet des massacres qui se déroulaient pourtant à portée d'oreilles: je ne savais pas. C'était peut-être une excuse, peut-être même que c'était vrai. Si on cherchait à ne pas savoir, pour sûr que l'on pouvait prétendre à l'ignorance et s'en tenir pour quitte. Oui, il pouvait être croyable de se retrancher derrière cela. Impunité pour les ignorants. L'affaire de quelques uns ne nous concernait pas tous. On pouvait s'occuper de cultiver son jardin, en paix. Tout du moins, avec des boules quiès.  

Désormais, cette parole est impossible. On voit, on sait, entend à hautes fréquences et en temps réel. Devant la violence du monde, désormais : on n'en sait que trop. Plein les journaux, plein le web, la radio. L'horreur; l'obscène plein les yeux et à fond dans les oreilles: les stridences des missiles. Pornographie des corps éclatés. On ne sait que trop. Les enfants de Gaza sortis des décombres en morceaux, frappés sur la plage, on a tous vu cela. Les humains en morceaux dans des restes d'hôpitaux, celui d'Al-Shifa de Gaza où un patient sur deux qui arrive est déjà mort. On a tous vu cela. Des morceaux de crâne de jambes de pieds, à longueur de journée parsemés sur tous les écrans. Et puis quoi? L'horreur sans fin. Les yézidis pourchassés, les corps ouverts, les bébés sortis du ventre de leur mère assassinée, des images de chrétiens circoncis de force. Le délire déshumanisé de la taille des corps comme on coupe des arbres. Les giclées de sang qui n'a pourtant ni couleur ni religion et qui coule pourtant. Coule là-bas et ici plein pot dans les tubes cathodiques de notre réalité. 

On ne sait que trop

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop. Mais pourtant qu'est-ce que l'on sait vraiment? On doute. On ruse. On met en doute les images. On ne gobe pas si facilement son litre de sang quotidien. Non. Même si on le cherche parfois. On change de chaîne. On passe au petit rot. Puis on cherche la vidéo de l'égorgement de James Foley et sans réfléchir se rue sur les dernières nouvelles où l'éclat des chairs entrave la pensée. Curiosité morbide? Ou désir quand même de comprendre, de voir pour croire? On n'arrive plus à absorber. Mettre encore mes yeux dans les plaies, pour quoi? Pour croire à quoi plutôt qu'en quoi? Impossible d'y échapper. Mettre un autre spectacle serait encore plus obscène: se retrancher dans le pré-défensif ou l'on sait mais où on ne peut rien; où on devine mais à quoi bon: déprimant. Autant lâcher, vraiment?

Le langage médiatique distingue des sangs de couleurs différentes. Il y aurait des sangs de chrétiens des sangs de yézidis des sangs de kurdes des sangs d'irakiens, des sangs palestiniens, des sangs de gazaouis, des sangs d'israéliens, des sangs d'européens, des sangs d'américains, des sangs juifs, des sangs musulmans, des sangs d'enfants, des sangs d'adultes, des sangs d'adolescents, d'athées aussi? Il n'y a pourtant qu'un sang, le sang humain, celui que l'on verse et celui qui est versé. Celui que la victime voit couler et celui que l'empathie humaine ordonne aux vivants de stopper l'épanchement.

"On ne savait pas" est épuisé. Maintenant on ne sait que trop. Un trop qui tend aussi à l'impuissance. Devant le flot d'horreur et d'obscénités, un retranchement derrière la saturation permettrait de se donner un peu d'air? Non. Pour ne pas entrer dans les rivalités de massacres visant à élire la cause la plus digne d'intérêt, ou céder aux mises en concurrences des massacres pour faire prédominer une cause sur une autre, la légitimer, ou s'en détacher définitivement, quelle réponse donner à cela? Individuellement et collectivement?    

Des roses blanches

Ce mercredi, plus de 500 personnes se sont réunies à l'appel de la plate-forme interreligieuse, une rose blanche à la main au Temple de la Fusterie. Elles ont d'abord tourné autour du temple comme pour l'entourer, faire une chaîne de solidarité. Ensuite, des représentants de diverses religions, communautés, ont pris la parole et posé un acte fort, celui de parler, et de nommer, les uns après les autres, et ensemble. Pour ceux qui le désiraient, prier, se recueillir. Il n'y a qu'un sang, un sang humain. Dieu ne peut être invoqué pour semer la mort.  

Merci à Maurice Gardiol, du comité de la Plateforme interreligieuse, à William McComish, président de l’Association pour l’appel spirituel de Genève, à Pierre Farine, pour l'église catholique, au pasteur Emmanuel Fuchs, au curé Jean-Claude Mokry, A Hafid Ouardiri, de la Fondation de l’Entre-connaissance, à Nicolas Junod, de la communauté Baha'ï, au révérend John Beach, recteur de l'Emmanuel Episcopal Church Genève, à Niverte Noberasco-Yacoub, de l’Eglise copte orthodoxe de Genève, à Karomi Ahlam, de la communauté des chrétiens iraquiens. à Naïf Arbo, de la communauté Yézidi, à Bayla Hassberger de la communauté israélite de Genève, à Nezha Drissi, représentante de la communauté musulmane. A tous ceux et toutes celles qui sont venues se réunir ce mercredi pour dire non à l'horreur.  

Merci à cette jeune femme du centre culturel alévi, qui a lu une partie du Cantique des Cantiques et à Ozam Cagdas qui jouait  du zas et chantait. 

Et quand Ozam a cessé de chanter.

Il a pleuré.

Dans son corps, il savait. 

Le corps a toujours su.

 

Tous les textes lus à l'occasion de ce temps de recueillement sont sur le blog de Demir Sönmez http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/08/21/une-chaine-humaine-silencieuse-sur-la-place-de-la-fusterie-e-258972.html avec des photos de ce temps de recueillement. Merci aussi à Demir, pour son engagement.

09:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yézidis, gaza, irak, recueillement, rose blanche, communauté, prière. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2014

BimBadaBoum, un festival où les enfants s'éclatent.

Les gens se demandent ce qu’ils peuvent faire en Suisse pour s’engager afin que cesse l’agression israélienne contre le peuple palestinien. Ils sont écoeurés par les bombes qui tombent sur les civils et l’usage de la force militaire contre des habitants sans défense. Que faire? Voilà une action concrète portée par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation en Palestine) Genève, qui peut concrètement accélérer la fin de l’agression israélienne contre le peuple palestinien.

download1.jpgBimBadaBoum

Le festival BimBadaBoum est un festival genevois pour enfant. Il est pensé comme un moment d’échange entre adultes et enfants. Il affiche sur son site ses valeurs : une attention à l’écologie et au recyclage, l’intergénérationnel, le multiculturalisme, la promotion des activités culturelles et le respect de l’autre. Il s'est tenu cette année du 14 au 17 août (www.bimbadaboum). Les intentions du festival sont louables. Un des partenaires principal du festival semble toutefois bien en décalage avec celles-ci. Il s’agit de l’entreprise Caterpillar. Cette entreprise est dénoncée depuis plusieurs années pour sa collaboration active avec l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. BDS Genève a écrit une lettre au président de l’association BimBadaBoum afin de l’enjoindre de cesser toute collaboration avec cette entreprise, proposé de le rencontrer,  afin de lui présenter la problématique particulière liée à l'entreprise Caterpillar. Cette lettre n'a pas reçu de réponse à ce jour.


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Bac à sable et mare de sang

C’est tout d’abord une mobilisation des parents qui a attiré l’attention de BDS-Genève sur cette situation. En effet, chaque été des parents, connaissant la responsabilité de Caterpillar dans les territoires occupés, s’étonnent que leurs enfants soient invités à jouer dans un bac à sable sur des camions jaunes marqué du signe Caterpillar dans un festival avec des visées aussi nobles que BimBadaBoum.

Pour rappel, la société Caterpillar fournit depuis les années 50 des bulldozers et pelleteuses à l’armée israélienne. Un modèle est spécialement blindé et outillé d’une mitrailleuse par Israel Military Industries Ltd, une entreprise d’Etat. Ce modèle, le bulldozer Caterpillar D9, est lui aussi fourni par Caterpillar. Des Caterpillar D9 sont actuellement présents aux côtés des chars et des batteries de l’artillerie israélienne dans l’offensive « bordure protectrice » qui se déroule à Gaza en ce mois de juillet et août 2014.[1] 

Le Caterpillar D9 est utilisé par l’armée israélienne pour démolir des maisons et ruiner des terres agricoles. Il a fait ses "preuves" dans la construction du mur de séparation en Cisjordanie, pour les infrastructures des colonies illégales israéliennes, routes, tunnels, etc., En mars 2011, six familles palestiniennes ont déposé une plainte pénale contre la filiale suisse du fabricant de machines de chantier Caterpillar. Motif: complicité de crime de guerre. Deux ONG, l'organisation TRIAL (Track Impunity Always- poursuivre l'impunité sans relâche), basée à Genève, et son homologie palestinien, Al-Haq (la vérité), ont soutenu la plainte contre Caterpillar Sàrl, dont le siège est à Genève.[2]

Certes, l'argent n'a peut-être pas d'odeur, mais quand ça pue, ça pue vraiment, et il est difficile de regarder ailleurs ou de faire comme si de rien n'était. 

Caterpillar et la destruction d’une culture

Des centaines de milliers d’arbres dont un grand nombre d’oliviers (environ 800'000 depuis 1967 dont plus de 550'000 entre 2000 et 2008[2] ) ont été arrachés par les véhicules de l’entreprise partenaire du festival BimBadaBoum ? De même, depuis 1967, plus de 28’000 bâtiments palestiniens ont été détruits par les forces d'occupation. Depuis le début des années 2000, entre 4'000 et 5'000 maisons palestiniennes ont été démolies dans le cadre d'opérations militaires et plus de 900 démolitions ont été ordonnées par l'administration civile israélienne.[3] 

Caterpillar, Bimbadaboum, festival, enfant, Israel, Palestine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une jeune femme pleine de vie, a été écrasée par un bulldozer Caterpillar, à Rafah (bande de Gaza), alors qu’elle se trouvait devant une maison qu’un bulldozer Caterpillar avait pour mission de raser[4].

En 2004, Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation, a interpellé directement le directeur de Caterpillar pour lui demander de cesser ses ventes à l’armée israélienne. A ce jour, il ne lui a pas encore été répondu[5].

En 2012, le rapporteur spécial des Nations Unies  sur les Territoires palestiniens occupés, Richard Falk, a relevé que Caterpillar a été « publiquement critiqué » par des organisations religieuses et des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch pour avoir fourni à l'État d'Israël du matériel, tel que bulldozers et engins de chantier, « utilisé pour démolir ou détruire des maisons, des écoles, des vergers, des oliveraies et des cultures palestiniens[6]».

Malgré ces interpellations, les engins de Caterpillar poursuivent leur oeuvre de destruction des biens palestiniens et de soutien à la colonisation et à l'Apartheid. L'attitude de Caterpillar face à ces interpellations depuis plus de 10 ans, a amené TIAA-CREF, un important fonds de pension (2012), et l'Église presbytérienne des Etats-Unis (2014), à désinvestir de cette entreprise[7].

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Une indignation citoyenne

BDS-Genève, sur l’impulsion des parents d’enfants fréquentant le festival BimBadaBoum, s’est décidé à écrire une lettre ouverte au président de l’association BimBadBoum, persuadé que ce dernier peut faire la différence.  En cessant immédiatement sa collaboration avec l’entreprise Caterpillar, il peut mettre fin au trouble  voisinage entre les valeurs environnementales et de tolérance que le festival BimBadaBoum souhaite promouvoir et l'action d’une entreprise impliquée dans des violations répétées des droits de l’homme, des crimes de guerre, et l’éradication planifiée de la surface de la terre d’une culture et de ses traditions millénaires. BDS-Genève a écrit une lettre ouverte le 11 août et demande à tout citoyen de bonne volonté de s’engager à la lire, la partager sur les réseaux sociaux, et y souscrire[8]

L'argent n'a pas d'odeur ? Pourtant quand ça pue, ça pue

Parce que le silence signifie la complicité, parce qu’il n’est pas désirable que des enfants jouent en Suisse sur les engins d’une entreprise directement responsable d’une entreprise de destruction planifiée d’enfants et d’une culture entière. Parce que les moyens d’agir existent et qu’ils peuvent être saisis. La solidarité entre citoyen-ne-s n’est pas un vain mot mais un moyen d’agir efficace et puissant qui a fait ses preuves tout au long de l’histoire. Pour ces raisons, ici même, à Genève, et partout où des entreprises responsables de la mort de peuple palestinien ont leur siège, nous devons les dénoncer et leur rendre la vie moins facile sans leur permettre de se redorer le blason facilement. 

Ici, à Genève comme partout où des entreprises soutiennent directement ou indirectement l’entreprise illégale de colonisation israélienne, il est possible de s'y opposer, demander des comptes et des explications, afin que celles-ci ne se poursuivent pas avec notre consentement leur oeuvre de destruction, mais soient stoppés par l'engagement citoyen.  

C'est au festival BimBadaBoum de se positionner désormais. Caterpillar se paie en l'état à peu de frais une image de compagnie proche des enfants alors qu'elle fait de l'argent en vendant du matériel qui en tue d'autres. BimBadaBoum veut-il vraiment cautionner et soutenir cette politique? Pour ma part, je pense que BimBadaBoum doit se prononcer et se repositionner avec un regain de cohérence.   



[1]Euronews, 6 août 2014, http://www.dailymotion.com/video/x22xt5x_israel-justifie-son-intervention-et-regrette-les-victimes-civiles_news?start=3  cf aussi Wikipedia, "IDF Caterpillar D9"  http://en.wikipedia.org/wiki/IDF_Caterpillar_D9


[2] http://www.amnesty.ch/fr/actuel/magazine/torture-9-11-un-tournant/israel-et-territoires-occupes-vers-la-fin-de-l2019impunite-des-entreprises

[3]Israël-Palestine. La Guerre des olives, Le Point, 2 décembre 2013  http://www.lepoint.fr/monde/israel-palestine-la-guerre-des-olives-02-12-2013-1763897_24.php

[4]The Israeli Committee Against House Demolitions, mars 2012  http://www.icahd.org/uk/node/458

[5]« Le jugement prononcé dans l'affaire Rachel Corrie illustre l'impunité de l'armée israélienne », Amnesty international, 29 août 2012  http://www.amnesty.org/fr/news/rachel-corrie-verdict-highlights-impunity-israeli-military-2012-08-29

[7]« Rapport du Rapporteur spécial sur la situation des Droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 », Nations Unies: Assemblée générale, 19 septembre 2012  http://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&docid=50a1099c2+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&lr=lang_es|lang_it|lang_fr

[8]« BDS Victory: TIAA-CREF dumps CAT Stock », Jewish Voice for Peace, 21 juin 2012  https://jewishvoiceforpeace.org/blog/bds-victory-tiaa-cref-dumps-cat-stock ; Jewish Voice for Peace applauds Presbyterian Church USA's vote to divest from companies that profit from Israeli Occupation  http://jewishvoiceforpeace.org/blog/jewish-voice-for-peace-applauds-presbyterian-church-usa-s-vote-to-dive  - See more at: http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/158-bds-fr/campagnes/bds-suisse/boycott-culturel-academique/883-festival-bimbadaboum-caterpillar-un-partenaire-non-recommendable#sthash.2xnKbP8N.dpuf

[9] http://www.bds-info.ch/data/docs/14_08_12_BDS_Lettre_ouverte_BimBadaBoum_Caterpillar.pdf

08:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : caterpillar, bimbadaboum, festival, enfant, israel, palestine, bds, boycott. | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/08/2014

Qu'est-ce que cela peut vous foutre que l'on manifeste un peu ?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsIl y a une chanson de Georges Brassens, la mauvaise réputation qui dit : "au village sans prétention j'ai mauvaise réputation que je me démène ou que je reste cois, je passe pour une je-ne-sais-quoi. Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome". Pourquoi alors, depuis trois semaines, des oppositions, grincements de dents contre ceux que l'agression israélienne sur Gaza révulse, et qui le disent haut et fort? Pour paraphraser Brassens : nous ne faisons pourtant de tort à personne en allant manifester un peu.

Ce qui devrait susciter le débat, c'est que nous ne soyons pas encore plus nombreux, plus forts, non pas que nous soyons encore là; que le silence gêné ou l'indignation molle aie encore une telle cote et tant de supporters. Pourtant, la démocratie, c'est bien cela, non, ouvrir des lieux de débat et d'expression, et pas seulement sur facebook ? 

L'agression d'Israël sur Gaza, sur des femmes et des enfants, a vu se lever des citoyen-ne-s descendus spontanément dans la rue, quotidiennement à la place Bel Air à Genève; à la place Saint-Laurent à Lausanne, etc., des débats ont lieu, donnant lieu à des échanges de point de vue, une réaffirmation de solidarité avec les palestinien-ne-s assiégé-e-s.

Car enfin, si vous vous faisiez taper dessus au coin d'une rue, n'auriez vous pas le désir que quelqu'un se lève et dise non, essaie à tout le moins d'arrêter votre agresseur, le retienne par la manche, de quelque manière que ce soit? Et ce d'autant plus si c'est tous les soirs, que vous vous faites péter la gueule, depuis plus de 60 ans? Et ne seriez-vous pas doublement blessés si ceux qui vous regardent vous faire battre ne remuaient pas les lèvres, prétextant mille et une raison pour regarder ailleurs tout en serinant les grands principes de droit international?  Ô vous frères humains.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJuste dire NON

Des rassemblements, des cortèges sont nés, autant d'occasion de dire NON, cela n'est pas juste. NON, il est impossible de laisser faire cela en se taisant. NON. Stop au massacre. Assez. Le bon vieux principe du "qui ne dit mot consent" doit être cassé. Nous refusons d'être complices. En regard du silence de la Suisse, du manque de courage de la plupart des états européens (en regard de l'Amérique latine notamment), il n'est pas possible que cette guerre d'extermination se déroule sans réaction. Triste, fade gouvernement français, qui a essayé de museler l'indignation ne faisant au final que souffler sur ses braises.

A la place Bel Air, une indignation et un débat citoyen a poussé, dans le prolongement de ce qui se passe sur les réseaux sociaux et dans le désir d'une rencontre collective, afin de construire des actions, exprimer d'une manière constructive une révolte. J'ai été surpris pourtant de la vigueur des oppositions rencontrées ici et là.   

-  Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce conflit uniquement? 

Ce n'est pas juste contre cette agression que les gens se mobilisent. Pour ma part, j'étais dans la rue lors de l'intervention américaine en Irak, j'ai signé la pétition contre les violences faites aux chrétiens d'Irak. J'étais dans la rue pour lutter contre la violence des armes. Je suis dans la rue régulièrement pour défendre les droits sociaux, signer des pétitions, des initiatives populaires, contre les révisions successives du droit d'asile. Je suis dans la rue, chaque fois qu'un recul social ou qu'un état, un parti, s'arroge, au nom du pouvoir ou de sa puissance économique, de s'asseoir sur la figure d'êtres humains, chaque fois que je crois qu'un engagement quel qu'il soit, puisse faire la plus petite différence possible. C'est souvent les mêmes personnes que je vois alentour, malheureusement. J'agis en regard de la règle d'or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, entendue comme : ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. C'est grave docteur?

- Mais pourquoi ce conflit là ?

Parce que ce conflit a une intensité particulière. Pour des raisons historiques, géographiques, il est un test, un révélateur. Parce qu'Israël se réclame de l'Europe, de la démocratie, que sa situation géographique et politique en fait un épicentre. Parce que l'Europe a constitué le problème palestino-israélien. Parce que l'on est placé devant le dernier état colonisateur à ne pas avoir été remis à sa place lors des mouvements émancipateurs nationaux des années 60-70. Parce qu'il se joue là quelque chose de notre sécurité aussi, directement, dans le combat particulier d'un peuple (et peut-être déjà de deux peuples), contre un pouvoir militaro-économique qui veut en faire de la chaire à canon ou de la pâte à terroriste uniquement.

- Ne croyez-vous pas que ce conflit ne nous concerne pas? C'est une histoire entre les arabes et les juifs. 

Faux. Ce conflit a été crée par l'Europe qui s'est déculpabilisée du génocide commis contre les juifs à peu de frais, signant un blanc seing pour la création d'un pays au milieu d'une population qui en a été chassée. L'Europe porte une responsabilité, qu'elle continue d'aggraver en soutenant inconditionnellement Israël, en refusant de revoir ses relations avec cet état à l'aune de son évolution récente. Pourquoi inviter royalement Israël à l'eurovision, apprécier la participation de ses clubs au championnat d'Europe de football, de basketball, etc., continuer de nourrir un commerce fleurissant avec une entité qui ne respecte pas les règles du droit international, les viole même en toute impunité, tout en prétendant en propager les valeurs. Dans un avion pour Jérusalem un jeune homme regarde le film 'fight club" sur son ordinateur il a été rappelé d'Angleterre où il vit pour aller se battre a Gaza. Mais il va combattre pour qui et pour quoi en fait ? 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Ne devons-nous pas nous contenter de fournir une aide humanitaire sans nous mêler de politique?  

Non. Ce conflit nous engage parce que nous paierons comme nous avons payé les dernières fois et continuerons de payer pour l'aide humanitaire et la reconstruction de Gaza, qui sera encore rasée dans deux ou trois ans. Nous mettons la main au porte-monnaie pour des programmes qui sont ensuite dévastés. C'est absurde. Continuerons-nous encore longtemps de payer pour rien? A construire ce qu'Israël détruit, puis payer encore pour la reconstruction? C'est coûteux et inutile comme "aide" et maintient dans un état de vie a minima une population exsangue. Vous soutenez cela?

- Vous devriez arrêter avec votre morale. Vous n'êtes pas meilleurs que les autres.

Il ne s'agit pas d'être meilleur que quiconque. Il s'agit de rappeler le droit, et de le faire appliquer, pour toutes et tous. Sinon, les grands principes de la démocratie ne valent pas tripette, et ne résisteront pas longtemps s'ils demeurent soumis à des double standards réservés à un club select qui les applique au détriment d'autres et selon une géométrie variable. Si les crimes d'Israël nous amènent la complicité et au silence, qu'est-ce qui nous fera encore bouger ? Un tsunami, un téléthon? Une coupe du monde? Ceci dit, ce n'est pas pour se prétendre meilleur que quiconque, plutôt pour ne pas être pire que les autres en prétendant faire régulièrement une morale au nom de valeurs que nous ne respectons pas ou si peu ou en choisissant pour seule boussole la voie du cynisme et du repli sur soi.  

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste.

Il est grave de qualifier de terroriste tout mouvement de résistance pour ensuite décrédibiliser ceux qui le portent, les considérant comme quantité négligeable pour les éliminer facilement, sans honte. Leur statut d'humains, d'individus sentant, pensant, aimant, leur aura été retiré. Cette rhétorique qui déshumanise, permet de tuer sans même en assumer la portée. Ainsi, ce ne sont déjà plus des humains qui sont supprimés, mais des moins-que-rien. Il y a probablement en ce moment 1.8 millions de gazaouis qui se réclament du Hamas. Israël va tous les éradiquer? Demandez à un jeune palestinien de Cisjordanie qui est le Hamas. Il vous dira: nous tous, le peuple Palestinien. Israël va donc tous les éradiquer? Jusqu'à combien de morts trouverons-nous cela "justifiable"? Cette rhétorique perverse est un poison. Nous en avons été gavés ces dernières années par Georges Bush et les neo-conservateurs américains qui ont fabriqué des terroristes à la pelle. Poutine a appliqué ce principe en Tchétchénie; Israël, depuis longtemps, l'exerce sur les palestiniens, créant des sources innombrables de conflits en désignant les "terroristes" selon des desiderata politiques pour les dégommer sans sourciller.

- Le Hamas a dans sa charte la destruction d'Israël.

Pourtant, à de nombreuses reprises le Hamas a affirmé être prêt à une Houdna (trêve) indéterminée, pour autant qu'Israël se retire des territoires occupés. Jusqu'à récemment, le Hamas a reconnu être prêt à cesser les combats, si Israël arrêtait ses bombardements et cessait le blocus de Gaza. L'OLP a lui aussi longtemps eu dans sa charte la destruction d'Israël, avant de la retirer. Preuve que le dialogue fonctionne et que les positions évoluent. Il faut comprendre qu'il s'agit là de moyens de maximaliser des postures. Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, voilà la question. Et quand est-ce qu'Israël comprendra que ses "victoires" militaires, acquises au prix d'une défaite politique et morale, et une surenchère dans la violence, l'amènent petit à petit au bord du précipice ? Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, pour vivre en paix avec ses voisins, dites-moi ? J'entends : rien, parce que ce sont des terroristes. Et j'entends, de même, les voix fortes, dominantes voulant un grand Israël, continuer d'avoir dans leurs chartes et leurs plans, la réalisation d'un état recouvrant  tout le territoire palestinien.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- N'êtes-vous pas un peu antisémite pour être aussi critique envers Israël?

La politique antisémite, c'est celle qui importe des colons n'ayant jamais mis les pieds au moyen-orient, des quatre coins de la planète, les poussant dans un environnement qui leur est étranger et sans regard pour les autres peuples y pré-existant. La véritable politique antisémite c'est celle qui, au nom d'un principe religieux, politique, ou religio-politique: le sionisme, mène une guerre d'épuration ethnique et considère comme quantité négligeables celle et ceux qui ne rentrent pas dans son schéma de pensée. La véritable politique antisémite, c'est peut être aussi celle qui accepte tacitement que deux peuples sémites (pour autant que l'on assume cette taxinomie) se déchirent et s'en lave les mains. Enfin, le plus grand antisémite, est peut-être celui qui lance cette accusation à gorge déployée trop facilement quand une critique est adressée à Israël, aggravant le ressentiment et la perception d'un débat entravé, en en dévoyant ainsi le contenu au détriment même de ceux qu'elle prétend protéger. 

- Vous manifestez, grand bien vous fasse, pourquoi ne le faites-vous pas avec un drapeau de chaque pays, pour la paix ?

Parce que la paix sans la justice ne tiendra jamais; et que dans ce conflit, il y a clairement une politique coloniale menée par un état expansionniste qui a toujours refusé de donner une limite à ses frontières. Parce que les victimes de ce conflit ne se trouvent clairement pas des deux cotés du mur, mais que la dimension asymétrique du rapport de force et du rapport des deuils, depuis plus de 60 ans, font que se promener avec un drapeau dans chaque main serait un affront pour le peuple Palestinien, et une manière écoeurante, au nom de notre bonne morale européenne d'affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou pire encore, se rassurer: joie amour et paix, serrez-vous la main maintenant. Après avoir exporté ce conflit, de chercher à tout prix à en importer une paix de la conscience.

- Ce conflit n'aura pas de fin, vous vous fatiguez pour rien.

Il n'y a pas de fins, il n'y a que des moyens. Le mouvement du BDS ( Boycott, Désinvestissement, et Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) est une voie de progrès pour ne pas rester inactifs et agir concrètement pour soutenir le peuple Palestinien dans sa lutte pour la survie. Un jour à la fois. 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Vous devriez vous occuper de vos affaires.

Ce sont mes affaires. Comme européen, comme chrétien, comme méditerranéen, comme citoyen, comme humain. Si je ne m'occupe pas de celles-là, "mes affaires" sont bonnes pour la poubelle, ou alors, elles se rétrécissent comme peau de chagrin. Certes, je pourrai toujours me concentrer sur le tri des déchets jusqu'à la fin de mes jours : verre rouge, verre blanc, aluminium d'un côté, en voilà des enjeux à notre portée.

- N'avez-vous donc rien de mieux à faire que de manifester?

Si, je préférerai. Mais pourquoi est-ce que cela vous emmerde tant que l'on manifeste en solidarité avec un peuple pour son droit à l'autodétermination, que des citoyen-ne-s se mobilisent, parlent, écrivent, inventent encore des moyens de créer des solidarités et soutenir la vie. Et puis, comment se fait-il que vous vous manifestiez si peu ou alors pour râler uniquement, et n'organisiez pas au moins une belle manifestation pour le droit de dormir en paix, le silence des pantoufles, ne plus être dérangé par le tumulte du monde et les cris des gamins brûlés?

Vous me direz peut-être qu'il n'y a plus besoin de manifester pour les gamins brûlés, c'est devenu notre quotidien télévisuel, ainsi va le monde, on n'y peut rien changer. Je vous répondrai pour finir ceci: ainsi va peut-être notre monde, mais c'est la direction que nous choisissons de lui donner. Qu'est-ce qui a pu s'endormir pour que le silence et l'impuissance semblent l'emporter si facilement sur l'indignation et la solidarité? Ou plutôt : qu'est-ce qui n'a pas encore été réveillé et secoué pour que l'on sorte de la torpeur. Et surtout: que faudra-t-il encore attendre de ce monde lorsque le dernier des manifestants aura choisi de rester chez lui devant sa télé et fermé les fenêtres pour ne pas sentir l'odeur des enfants  brûlés?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJe ne sais pas.

Mais rien qu'à y penser, je trouve à me manifester encore.

Une raison d'être en mouvement, d'écrire et partager ce texte. 

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31/07/2014

Gaza: cette guerre n'est pas une guerre défensive

Plus les jours passent, plus le masque tombe. Il n'y a pas d'opération "protective edge" (bouclier protecteur) mené par l'Etat d'israël à Gaza. Il n'y a pas de guerre défensive. Il y a maintenant 1'364 morts à Gaza, plus de 7'000 blessés, 400'000 déplacés, 75 km2 de territoires conquis sur le terrain par Israël. Les victimes sont les femmes, les enfants, les civils. Ce sont désormais des dizaines et des dizaines de civils qui s'entassent dans des "appartements" sans eau, sans électricité, dans des conditions de salubrité effroyable et sous la menace quotidienne des bombes. L'unique central électrique de Gaza a sauté, les habitant-e-s obtiennent deux heures d'électricité par jour. Peut-on imaginer cela sans prendre position? Sur les bords de la Méditerranée, 130km plus au nord, les plages touristiques de Tel Aviv sont, elles, toujours aussi bien vendues auprès des touristes occidentaux par les chambres de commerce israéliennes. Tel Aviv, ville de fête et d'insouciance! "Tel-Aviv, la fête à tout prix. On a beau nous parler à longueur de journaux télévisés du conflit israélo-palestinien, Tel-Aviv reste une ville joyeuse, bouillonnante, décontractée, où l’insouciance est érigée en résistance".* Alors quoi : les familles courent sous les roquettes et l'angoisse domine en israël, ou la vie se poursuit presque à l'identique, sur les plages et au soleil pendant qu'à Gaza les humains meurent à la pelle ?

Une entreprise méthodique et planifiée de destruction

A Gaza, des personnes ont perdu 3, 7, 11 membres de leur famille! Plus de 200 enfants ont été tué. C'est une génération d'orphelins, de  veufs de familles brisées que l'état d'israël, par sa stratégie jusqu'au-boutiste, est en train de fabriquer. C'est un coup radical qu'Israël porte à la paix. Mohammed Abbas, le modéré, est volontairement isolé par israël. Non, il est impossible de se taire et de ne pas dénoncer la stratégie qui vise à pousser la colonisation toujours plus avant, en jouant la partition du pire, tenant et agitant la barbichette des extrémistes. A Gaza, les hôpitaux fonctionnent 24/24 et manquent de matériel de rechange, les stocks sont épuisés, 3 hôpitaux ont dû fermer. Des écoles, des hôpitaux sont bombardés. Chaque jour apporte son lot de crimes et de sang; de nouveaux massacres commis par l'armée israélienne en violation des droits fondamentaux du peuple palestinien. Ce n'est plus, depuis de nombreux jours, de légitime défense qu'il s'agit.  

La seule stratégie qui pourra assurer la paix est connue: Reconnaissance de l'Etat Palestinien avec Jérusalem-Est est comme capitale, sur les frontières de 1967, avec un retour négocié des réfugiés de 1948. Les personnes de bonne volonté, prêt à faire des concessions côté Palestinien existent. Même le Hamas a affirmé à plusieurs reprises être prêt à négocier pour autant qu'Israël arrête les bombardements.** Alors quoi? Pourquoi cette boucherie se poursuit-elle ?    

Rester neutres?

Devant cette barbarie, rester neutre, c'est choisir d'être complice, tacitement, silencieusement. Certains, à Genève, voudraient que soit brandi le drapeau israélien dans des manifestations, en signe d'équité. La belle affaire. Pour les personnes qui se tiennent en solidarité avec le peuple palestinien (civils, femmes et enfants), et pour ceux qui croient dans l'avenir d'une coexistence pacifique possible, il y a quelque chose d'extrêmement choquant de réclamer la présence de ce drapeau dans des manifestations en solidarité avec le peuple palestinien ou d'appel à la "neutralité".

Aujourd'hui, le drapeau israélien ne peut être brandi comme un drapeau de paix. Il baigne dans le sang. Aujourd'hui la stratégie de fuite en avant de l'état d'Israël va à l'encontre des intérêts de sa population et des vies environnantes. En tant qu'état dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse a une responsabilité particulière pour l'application du droit international humanitaire; en tant qu'êtres humains, nous ne pouvons rester silencieux ou croire la propagande qui d'une guerre défensive de l'état d'israël à Gaza. 


Samedi 2 août 2014 à 15h. Manifestation de soutien avec le peuple palestinien, Berne, Place Fédérale.


* http://www.israelvalley.com/news/2013/04/09/39668/la-plage-tel-aviv-semble-bien-avoir-invente-le-mouvement-perpetuel

** http://www.humanite.fr/le-hamas-pret-negocier-si-les-bombardements-cessent-547306

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14:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, israël, protective edge | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/07/2014

La poésie est une faiblesse inarrêtable

Que peut la poésie? Vendredi 25 juillet à midi et au soir, dans le cadre du mouvement poétique mondial, des poètes genevois liront leurs textes dans un geste de faiblesse inarrêtable. 

Conflit israélien, agressions, conflit ukrainien, violences, catastrophes en tout genre, on entend de plus en plus : le monde est malade, miné, le monde est foutu, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Le désarroi et l'impuissance rivalisent avec la violence ; il semble qu'il n'y ait pas de réponses ou de solutions devant la brutalité du monde qui décape toutes bonnes volontés et l'empathie que nous abritons d'une manière innée.

Alors quoi, pour ne pas être blessé il faudrait ne plus voir? Comment résister contre les forces qui nous font désespérer, d'abord du monde, ensuite des autres et au final de nous-même? Comment remettre des liens et de l'ordre entre ces différents niveaux et ne pas céder au pessimisme, au spectre trompeur des news qui montrent le conflictuel et le douloureux au détriment des réalisations et de la joie ; des forces de paix et de réinvention à l'oeuvre quotidiennement? 

Comment dire

Comment ne pas chercher la joie et le positif d'une manière tronquée en s'aveuglant pour partie afin de pouvoir continuer d'avancer sans hurler de douleur à chaque pas? Il faudrait donc gober la pornographie du sang et des larmes autorisée au moins de 12 ans à l'heure du journal télévisé ; continuer d'absorber le goutte-à-goutte des mauvaises nouvelles en intraveineuse et sur onde moyenne, demeurer silencieux ou se replier sur soi? 

Comment dire

La méthode Coué ou les antidépresseurs: une alternative? Moindre mal qui sait.. se doper, se shooter pour tenir le coup, s'égayer un peu? Ce qui se passe là-bas se trame ici. Ce qui se dévide ici à des répercussions là-bas. On nous a vendu un monde global et inter relié, comment l'économie pourrait-elle l'être et notre humanité résorbée ou confinée à la sphère familiale ou au cercle des plus proches, dans un pur réflexe tribal. Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui. Le business serait global et libre et notre capacité d'action et d'indignation n'irait pas plus loin qu'un clic sur une pétition Avaaz? Il serait possible d'avoir les avantages de la soi-dite mondialisation avec des billets d'avion pas cher -super- et la liberté de voyager, sans en payer "le prix", c'est-à-dire un plus grand engagement et une plus grande responsabilité envers les conditions de production, de partage, et de vie des autres humains? Tel Aviv : 79.- avec Easy Jet. Et ce qui se déroule 71 km plus bas: rien à foutre et aucune prise dessus? 

La culture : une rotative

Accueillir ce monde en sensibilité sans s'anesthésier ou être frappé d'handicap par la violence des forces en jeu est un défi; continuer de le penser et d'y tenir son rang sans lâcher prise et être relégué à celui d'amibe consommateur, une épreuve. La culture joue un rôle essentiel de rotative pour métaboliser la boue des journaux télévisés en ferments de vie et le purin des conflits en germes de possibles. Nous croyons au langage. Nous croyons à la poésie comme force mondiale de changement à portée de chacun-e-. Nous croyons que nous changerons le monde quand nous changerons notre manière de le raconter et de croire ou non à ses fables; quand nous fabriquerons un nouveau langage pour le dire; quand nous saurons résister aux forces de destruction, quand nous saurons entendre au travers des mots la sincérité qu'ils portent et l'esprit qui les anime ou non. Quand nous serons tous les jours un peu plus nombreux à être faibles, mais actifs, donc inarrêtables. La culture est une ligne de front collective pas un outil de décoration de supermarchés ou de musées.        

Mouvement poétique mondial

Le mouvement poétique mondial a été fondé dans le contexte de la rencontre mondiale des directeurs de 37 festival international de poésie, à Medellin, Colombie en juillet 2011. Il a pour objectif d'être un lieu de convergence et de création. Il regroupe sur son site (www.wpm2011.org) des annonces d'événements, de lectures et de prises de positions poétiques sur tous les continents. Il milite en faveur de la poésie et de la paix, par des gestes infimes, des actions performatives, ou de grands festivals. Il se donne pour objectif la reconstruction de l'esprit humain, la réconciliation et la préservation de la nature, l'unité culturelle et la diversité des peuples. Le mouvement poétique mondial lutte contre la misère matérielle. Il soutient des actions pour un mouvement global de la poésie. Ni bombes ou roquettes. Bombes et roquettes plutôt: l'arc des mots. 

Vendredi 25 juillet : actions poétiques à Genève

Vendredi 25 juillet 2014, dans le cadre du Mouvement poétique mondial, les poètes genevois Patrice Duret, Vince Fasciani, Heike Fiedler, Jean Firmann, Laure Mi Hyun Croset, Isabelle Sbrissa et Sylvain Thévoz liront leurs textes, individuellement, ensemble, voix de résistance collective devant les forces d'anonymat, de désindividualisation, de l'à-quoi bon et de la lassitude.      

Ces textes seront partagés à midi tout d'abord au Geneva Centre for human rights advancement and global dialogue, 37-39 rue de Vermont. Puis à 20h au Code Bar, rue Baulacre 10.

Ces deux moments, se dérouleront dans un lieu de la "Genève internationale" puis dans un lieu de la "Genève associative" au sein de l'association Carrefour rue luttant contre la précarité sociale. Ces deux moments tisseront des liens entre ces deux Genève. Si global et local sont véritablement intriqués, il est nécessaire que les liens qui les unissent soient resserrés. Ces moments de lecture seront une opportunité de rencontre et de partage. Ils seront suivis d'une verrée et d'un temps d'échange avec le public.

 
Que peut la poésie?

Le mouvement mondial pour la poésie défend le fait que le développement socio-culturel pour le changement est essentiel afin de composer de nouvelles manière de voir et d'envisager le monde. Il vise à susciter de nouvelles attitudes. Pour affronter un monde nouveau nous nécessitons des langages renouvelés pour le re-penser. Nos vieux langages sont fatigués (et fatigants), les "spécialistes", bien souvent les mêmes, et pour certains indéboulonnable, remâchent des postures éculées. Les "faiseurs d'opinion" usinent un langage convenu et produisent de la domination à la chaîne. La poésie nous aide à faire reset. La poésie est une faiblesse inarrêtable. Et comme l'écrivait Mahmoud Darwich (entretiens sur la poésie) c'est peut-être dans cette fragilité qu'il faut trouver la force de continuer et de creuser la résistance alors que la mort fait son siège des territoires habités.    


"Je souhaite être un poète troyen. Je ne suis pas le poète de la victoire, tout simplement parce que nous ne sommes pas victorieux. Et puis, même si nous l'étions, je ne suis pas sûr de pouvoir célébrer la victoire, tant je me suis habitué, poétiquement aux défaites. Je me demande d'ailleurs s'il existe des poètes de la victoire, si la poésie n'est pas toujours l'alliée des perdants, elle qui regarde passer les armées impériales sans s'émouvoir. L'armée d'Alexandre est moins poétique que l'enfant qui la voit défiler, et ce ne sont pas les casques des soldats qui intéressent le poète mais l'herbe qui pourrait y pousser. Non ! Je ne suis pas un poète d'élégies funèbres. Je suis un poète assiégé par la mort."

Ce sera par le fait de changer les mots, subvertir les mécaniques, que les rouleaux compresseurs deviendront des rotatives ; en se réappropriant le langage que les lignes bougeront. Pour que l'interculturalité, la diversité, l'inclusion, la justice ne soient pas des phrases creuses accaparées par d'autres, ils doivent s'ancrer dans des mots d'abord, qui seront des actes, et des actions ensuite. "Ce ne sont que des mots ", "ils jouent avec les mots" Non, ce ne sont pas seulement des mots, le blabla de la langue qui traîne par terre, lavasse, mais des armes à portée de tous, à affûter.    

La poésie est une puissance mondiale

La poésie est une puissance mondiale, intime et fracturée. Elle laisse passer la lumière, tisse des liens. Elle montre sans exclure, dégage du possible, rassemble, faiblesse inarrêtable, insuffisante toujours, essentielle pourtant, pour ne pas céder devant les forces d'atomisation et de destruction qui avancent ici, là-bas, sans arrêt, avec des bombes à fragmentation ou à retardement. "Qui impose son récit hérite la terre du récit" écrivait Mahmoud Darwich.

Oui.

C'est vrai.

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03/07/2014

Genève entre mythe et réalité

xc.pngSommes-nous trop sur terre? L'impôt est-il un cadeau ou un fardeau ? Pour vivre à Genève faut-il forcément aller habiter en France ? Est-ce nécessaire de construire une autoroute à 4 voies dans la rade? A quoi sert la culture, coûte-t-elle trop chère? Voilà quelques unes des questions abordées sérieusement mais sous l'angle de l'humour et avec esprit dans ce numéro 34 du journal Causes Communes.


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29/06/2014

Demain on sera champions du monde

C'est parti pour les hymnes, on aime ou on aime pas, ça fait toujours son effet: sur nos monts quand le soleil annonce allons enfants de la patrie, demain on sera champion du monde. On se regarde le nombril on twitte on s'en régale, c'est pas tous les jours que l'on redouble le 1e août. L'Islande, Chypre la Norvège et le Honduras, on les a liquidés tout de même, ça nous permet d'avoir des prétentions: cette année on sera champions du monde.  

Les chauvins c'est toi qui dit qui est

On peut dire du mal des français on peut les haïr les mépriser ce sont les pires chauvins nationalistes qui disent qui sont. On peut dire : je supporte la Suisse et n'importe quelle équipe qui battra la France et se rapprocher du camp de ceux qui disent: je supporte toute équipe qui battra l'Algérie, surtout si c'est l'Allemagne on peut laisser courir son racisme fleurir son complexe d'infériorité, sa mesquinerie. Le foot autorise / atomise tout. Il n'y a pas que le foot dans la vie, non, il y a le chauvinisme aussi. 

Marignan Manaus même combat

On peut mordre une épaule, donner un coup de boule, se rouler par terre pour rien, on peut prendre le ballon de la main, arracher le tibia de son adversaire, refaire le match mille fois entre le bureau et la chambre à coucher, tomber tomber encore faire semblant de tenir debout, traiter les autres de fils de P**** être d'une formidable mauvaise foi, crier sur la mamy qui passe devant l'écran, klaxonner comme des brutes rouler comme des mules, hoqueter seul dans son coin. Assister aux retournements de veste des commentateurs télé (plus versatiles qu'eux tu meurs) est un spectacle en soi. On ne leur jette pas la balle, on a vu les lettres et courriels qui arrivent à la RTS: soyez plus plus fiers d'être Suisse, ne soyez pas commentateurs, soyez harangueurs. Il faut hisser haut le drapeau, montrer son enthousiasme. Marignan 1515, Manaus 2014, la bataille a commencé, ce sera le même combat. La Suisse a battu le Honduras. Les mercenaires de Milan, de la Juventus de Turin ont bien fait leur boulot. Un jour bientôt, on sera champions du monde. Hop Suisse.

y'a de la joie

Héros ou zéro à quoi ça tient? Vae victis, malheur aux vaincus, mieux vaut mordre, arracher un oeil, que perdre, c'est clair. On pardonnera tout au vainqueur, à la guerre comme à la guerre. Demande à Maradona ce qu'il en pense. Il te dira le bien pour Suarez. Amen. Ils doivent tout donner, mourir sur le terrain s'il le faut. Cours donc espèce de chèvre, sous un soleil à 30 degrés, mais boire une bière tiède devant eux, c'est exclu. S'il faut faire les valises replier les maillots les shorts les chaussettes, ce sera fait, mais d'ici là on peut rêver encore et montrer qu'au klaxon on est très adroits, à la vénération du maillot, au niveau des meilleurs.

On est les champions

Pour l'instant, ne plus parler boulot politique amour poésie; tant que le ballon roule on continue d'exister. Quand il s'arrêtera il y aura peut-être le tour de France pour se consoler. Enfin, non, pas le tour de France, il y a trop de drogués, c'est un milieu qui n'est pas très sain...

On jour bientôt demain on sera champions du monde

On battra l'Argentine mardi je vous le dis et le Brésil derrière, de quoi tous les dégoûter. La petite Suisse deviendra grande, énorme. Elle fera sauter la banque.   

Et sinon je casse ma télé, soutiendrai uniquement l'équipe suisse de Hockey.Mais je préfère ne pas y penser. Demain, on sera champions du monde. Si ce n'est pas le cas, reste à prier pour que la France perde; petit dopant nationaliste, Viagra pestilentiel pour les faibles.   


09:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coupe du monde, nationalisme, chauvinisme, marignan, manaus, même combat, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/06/2014

Marque ou crève

Les bières le coca cola cool au frais. Les chips sur la table, crackers déposés sur un coin de table, drapeau ajusté au balcon, bien accroché autour des bégonias. L'appartement ripoliné pour les copains, tout est propret, c'est joli, tout bien, les voisins sont avertis, mais ce n'est pas ce soir qu'on va rigoler. Ce soir, c'est match couperet. On a les boules ou les foies c'est selon. Les têtes vont tomber. Guillotine pour le perdant : marque ou crève désormais. Il va y avoir du sport oui; le coupe-coupe du résultat sous les chip chip des sifflets de l'arbitre. Mourir ou pas, survivre ou non, telle est la question. Même en petits morceaux, il faut passer ce stade.

On dit facilement on

Nous on va passer l'épaule, on mettra le pied devant, l'orteil dans le frigo, le gigot sur la broche, l'arcade sourcilière s'il le faut. Tant pis pour le vase du salon, la paix du couple, ce joli concert à la fête de la musique qu'on avait repéré.

Maintenant, on dit on tout le temps, on dit on quand on achète les saucisses Shaqiri à la Coop, les barres de céréales Drmic à Denner; on dit on quand on boit le coca cola Behrami, on se gratte le slip en même temps que l'équipe forme le mur : mimétisme.

On dit on, on sourit un peu, on va gagner : champion du monde c'est possible, tiens. Hitzfeld hissé sur un char fleuri dans les rues de Berne, imagine le spectacle, le champagne sur les pavés. On a quand même battu l'Islande, Chypre et l'Albanie... même le Honduras y est passé. On est maintenant presque les favoris. Tiens reprends un peu d'opium. On carbure à l'hélium. Soyons euphoriques, de bons nationalistes. Le drapeau c'est si beau. Tsouin tsouin. Le football et le sport le servent si bien.

Ne soyons pas gentils: gagnons

Il faut bouffer l'adversaire, l'avaler tout cru, mais pas le mordre c'est interdit. Il faut être agressif, avoir faim de ballons, dévorer les espaces, bouffer le gazon comme disent les "spécialistes". Libre champ aux pulsions orales et sadiques, aux métaphores guerrières. Le foot c'est la baston: il faut "relever le défi physique". Vive le culturisme.

Si perdre c'est mourir, gagner c'est juste survivre jusqu'au prochain combat. La faim justifie les milieux de terrain. Ne soyons pas trop gentils, sous-entendus: cessons d'être fair-play: gagnons! Et malheur aux vaincus!  Il y aura de toute façon toujours un jet pour les ramener chez eux. Un jacuzzi qui les attend à la maison.    

La foule mon copain

On trie ses amis: ceux qui n'aiment pas le foot, les rabats-joies : loin. Ceux qui l'aiment mais soutiennent une équipe adverse : suspects, on s'en méfie. Les grincheux s'autocensurent. Il faut applaudir longtemps, être très aigri si l'on perd, retirer le drapeau du balcon en maugréant.

Avant le foot, on n'avait pas grand chose à se dire. Avec le foot, on n'arrive plus à faire semblant. Heureusement, il y a les 7000 anonymes de la fan zone avec qui on communie devant l'écran. Hors-jeu les amis qui vont à l'ADC ou à la Bâtie. Le Mondial c'est un galop d'essai avant les fêtes de Genève. Rien de tel qu'une compétition pour se mettre dans l'ambiance olé olé de l'été.  

Le mondial commence demain

Eliminations directes. Le mondial commence vraiment. Avant, c'était pour débroussailler. Désormais on coupe vraiment. Vive les soldes, tout doit disparaître... sauf un, qui aura le gros lot et le bisou de Blatter. Vae victis, malheur aux vaincus; et pour les gagnants: bonus et primes de match à gogo. Un nouveau coupé BMW, et la Une dans la presse. 

Le Mondial commence seulement maintenant. L'Angleterre, le Portugal, l'Italie apprécieront: éliminés avant d'avoir commencé. Leurs supporters ont maintenant droit à un second choix. Regarder du football, c'est avant tout se choisir un vainqueur, s'ouvrir l'appétit avec un produit phare, puis se dénicher une occasion pour compenser.

Pendant des années: tout faire pour se projeter au mondial. Une fois qu'on y est, tout faire pour y rester. Une fois expulsé: tout faire pour y retourner à la prochaine édition. Le Mondial commence demain. Il n'a pas de fin.

Il faut imaginer Sisyphe jonglant avec un ballon.

Guillaume Tell tirant un pénalty devant une foule d'ébahis.

Et marque ou crève.

   

24/06/2014

Trois mamans israéliennes prises en otage par la raison d'Etat

Ce sont trois mères qui prétendent venir à l'ONU crier leur douleur de voir leurs 3 adolescents israéliens kidnappés dans les territoires de Palestine occupée. Ce sont surtout trois mères qui viennent sans preuve accuser le Hamas, coller l'adjectif bien utile de "terroriste" sur des actes dont on ignore pour l'instant la portée et qui en sont les véritables commanditaires. Ce sont trois mères qui se font porte-parole d'une raison d'Etat; des mères égarées qui se moquent de la douleur de toutes les autres mères, celles d'en face, quand on leur annonce que la "riposte" israélienne a elle enfermé 360 Palestiniens, que 4 personnes ont été tuées, dont un enfant et un handicapé mental. Elles, elles sont venues parler de leur enfant à eux. Ce qui arrive à ceux d'en face, ne les intéresse pas. Elles le passent sous silence et le rejettent dans une indécence sans limite en faisant de la souffrance des mères une arme de communication.       

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19:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, knesset, otages, israél, palestine | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/06/2014

Barazzone.com : le bug de l'apprenti jardinier

Le plan comm' était presque parfait. Nommer urbanature© le déplacement de quelques moutons du parc de la Bâtie au parc Lagrange et la pose de sièges en plastoc verts comme mobilier urbain en mettant un peu de gazon synthétique dessus aurait pu être le plan comm' de l'été. Décorer les places d'orangers, de citroniers, de grenadiers (et pourquoi pas de cocotiers pendant qu'on y est), aurait pu être la petite touche de "nature" sudiste dont l'agriculture de proximité se serait bien passée sans que l'on ne trouve rien à y redire tellement c'était bien emballé. Faire travailler les employés du service des espaces verts à lever et déposer des bacs alors qu'ils n'ont plus le temps de s'occuper des parcs, les mener en bateau lorsqu'ils viennent manifester, aurait pu être habilement dissimulé derrière des écrans de fougères. Mais voilà, le plan comm' de Barazzone a buggé à cause de quelques foutus lauriers-roses. Et quand la comm' arrête de faire écran, que découvre-t-on: beaucoup de vent, pas de racines, et le trouillomètre à zéro du magistrat, apprenti jardinier. Le bug de comm', c'est quel type d'insecte déjà?  

Le pot aux roses 

A peine quelques habitants se sont-ils plaints du risque de toxicité de la plante, que les malheureux lauriers-rose déposés par bacs aux Pâquis ont été retiré fissa. De Toulouse à Marseille, on rigole encore de ce retrait précipité. Peuchère, combien il y a-t-il d'espèces dangereuses dans les parcs de la ville ? Environ 50, 100 ? On ira avec plaisir consulter le jardin empoisonné du Jardin botanique http://www.ville-ge.ch/cjb/jardin_off.php pour s'en faire une idée. Barazzone va-t-il maintenant faire interdire la vente du muguet en mai prochain, empêcher les champignons de pousser? L'expert en communication d'urbanature© est convoqué : on arrache ou pas? On interdit ou non? On se couvre de ridicule... encore ? L'important, c'est de continuer à communiquer à tout prix... L'année prochaine, je parie : urbanature© ne proposera que des arbres en plastique et des moutons que l'on remonte pour les faire fonctionner. Pour sûr ce sera moins risqué, et la comm' sera plus facile.   

Combien la comm ?

Une habitante a posé une question intéressante via facebook à "Guillaume Barazzone, roi de la communication". Je la reprends ici au cas où il ne l'aurait pas reçue. Cette habitante s'interroge sur le fait qu'il est "le seul élu capable de payer et de sponsoriser ses publications facebook pour qu'on se coltine des jours de suite sur le fil d'actualité ses action lambda (de refleurissement de la ville)." Elle souhaite savoir si cela est payé avec l'argent des contribuables, et surtout : combien d'argent a été mis dans la comm' sans une seule motte de terre ou d'herbe en plus. Combien coûte urbanature©, avec ou sans les lauriers-roses, et sa pub sur facebook?

La mauvaise herbe de la comm'

La question mérite une réponse, car la comm' est beaucoup plus toxique que les lauriers-roses. Elle coûte plus cher, menace la santé mentale des contributeurs et surtout leur porte-monnaie. Puisque des lauriers-roses fraîchement plantés aux Pâquis ont été retiré en 48h, la cohérence serait de débarrasser tout aussi rapidement les médias sociaux de la mauvaise herbe communicationnelle si des citoyens s'en plaignent de même, non? L'objectif est-il vraiment la promotion de la nature en ville, ou de jouer à l'apprenti-jardinier pour faire de l'auto-promotion? Les moutons, les travailleurs du service des espaces verts, les amoureux de la nature s'interrogent. Moins de comm' plus de pommes, ça pourrait être un bon slogan (ça fait deux fois que je le propose). Dites, si on est trois à le demander: vous agirez Monsieur Barazzone ? 

Interroge-toi c'est gratuit

Le plus piquant, dans toute cette histoire, c'est que Monsieur Ricou, PDC élu au conseil municipal ait attaqué, sur son blog, le service Interroge des bibliothèques de la Ville et même demandé sa suppression (http://lionelricou.blog.tdg.ch). Interroge c'est ce service gratuit qui répond en ligne à toutes les questions. En novembre 2013, ce service répondait à une question sur la nocivité des plantes dans les parcs de la Ville de Genève. On lira avec délice cette information http://bit.ly/1s0U5LI listant comme il se doit le laurier-rose au rang des plantes toxiques. Dommage que Barazzone ne l'ait pas consulté. 

Il faut cultiver son jardin

Ce n'est donc pas Interroge qu'il faut supprimer, mais ceux qui lancent tout un plan comm', engagent l'arrachage et le replantage d'arbustes, sur les impôts des contribuables et de la "nature". Enfin, si le PDC est vraiment contre les doublons, qu'il exige de son magistrat Barazzone de choisir entre Berne et Genève, parce qu'à trop vouloir faire les deux, il semble que le magistrat et conseiller national, apprenti jardinier, se soit un peu perdu dans la nature....   

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04/06/2014

Barazzone, les moutons, et le mort

urbanature,william favre,parc lagrange,nature en villeEn 1917, William Favre, homme politique et protecteur des arts lègue son parc Lagrange à la Ville de Genève. Dans ses dernières volontés, il pose une condition: que le parc soit ouvert du lever du jour à la tombée de celui-ci. Le site de la Ville de Genève le rappelle d'ailleurs fort à propos (http://bit.ly/1hwNzI3). Si la légende raconte que William Favre voulait ainsi empêcher sa femme de s'enfuir à travers le parc pour lui faire des infidélités, la vérité est autre. Cet homme souhaitait surtout garantir la possibilité pour les habitant-e-s de fréquenter ce parc au maximum de ses potentiels suivant la luminosité liée aux saisons. 

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