sylvain thévoz

04/03/2015

MAH : Rénover-agrandir ou tergiverser encore?


Ensemble à Gauche, avec drapeaux et calicots, est allée exprimer ce mardi toutes ses réticences sur le projet de rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire.

Des opposants pressés de... tergiverser  

Faut-il ou non rénover et agrandir le MAH? Ce débat est important pour notre ville. Il promet d'être passionnant. Il a déjà commencé en commissions, avec des votes positif à leur sortie. Il aura  lieu encore en avril lors du vote au conseil municipal. Si Ensemble à Gauche, comme il l'a annoncé, lance un référendum (avec probablement l'UDC à ses côtés qui partage les critiques sur la convention Gandur), le peuple se prononcera dessus en 2016. Pourquoi s'exciter déjà maintenant ?


Des opposants nerveux 

Car cela s'échauffe sur les réseaux sociaux. Le débat de fond se fait pourtant difficilement sur facebook et twitter, il est beaucoup plus intéressant que deux like et trois clic. Or, patience pour la polémique, chaque chose en son temps. Mais pour la Culture, en avant toute. Cela fait des dizaines d'années que ce musée doit être rénové. Attendre encore 20 ans qu'il s'effondre parce que le projet de rénovation-extension ne serait pas un idéal-type n'est pas un bon calcul. Nous avons désormais un projet culturel ambitieux qui bénéficiera pleinement aux habitant-e-s de Genève et de toute la région. En faire un enjeu pour les élections municipales d'avril-mai c'est l'instrumentaliser et le prendre en otage. Ce projet vaut mieux qu'un crêpage de chignons sur fond électoral.  


Ensemble à Gauche divisé

Rémi Pagani magistrat et leader d'Ensemble à Gauche soutient le projet de rénovation-extension et l'apport de Monsieur Gandur. Jean Ziegler est régulièrement cité par certains comme un opposant au projet. Si dans son livre 'destruction massive' il porte un regard critique sur les entreprises de Monsieur Gandur, il n'a pourtant pas écrit de livre sur le projet 'rénovation-extension du MAH'. L'instrumentaliser pour lui faire dire ce qu'il ne dit pas sur le MAH est une mauvaise lecture de son oeuvre.

Ce qui est certain, c'est qu'en terme d'œuvres montrées, de projet culturel et d'ouverture au public, le MAH va prendre une nouvelle dimension. Ce projet est une offrande culturelle à ne pas manquer pour Genève. Les milliers d'oeuvres qui dorment dans les caves du MAH ont besoin de nouveaux espaces. Elles seront heureuses si elles peuvent respirer bientôt plutôt que de continuer à moisir sur des rayonnages du siècle passé. 


Un projet qui bénéficie au plus grand nombre

La rénovation-extension du MAH bénéficiera à la collectivité. La liste des soutiens est diversifiée. En la découvrant, forte de plus de 1700 personnes, qui affirment leur soutien au projet de rénovation-extension on trouve une belle diversité :  fleuristes, artistes, politiques, médecins, avocat.e.s, étudiant.e.s, infirmières, etc., (http://www.cerclemahplus.ch/le-cercle-de-soutien)

Dépourvu de budget d'acquisition le MAH n'a pas les moyens d'acquérir de nouvelles oeuvres. La convention avec la Fondation Gandur pour l'Art amènera des oeuvres de qualité mondiale (Dubuffet, Chaissac, Soulages, Riopelle, etc). Aller sur le site de la fondation fait culturellement rêver. (http://fg-art.org). Ces oeuvres sont enviées aujourd'hui par le Louvre et d'autres musées majeurs qui souhaitent les acquérir. Si ce projet ne devait pas se faire à Genève, Lausanne sera toute heureuse de récupérer la collection Gandur pour l'Art. La laisser partir ailleurs serait une perte culturelle pour notre ville.


Partenariat privé public: un mot sale pour la gauche?

Non. Pour autant que les partenariats soient solidement négociés et les conventions interprétées et défendues dans l'intérêt de la Ville par des magistrats forts. Dans le cas qui nous intéresse ici, il ne s'agit pas de privatiser un musée public comme le laissent entendre les opposants, mais de donner les moyens à un musée public de servir au mieux les habitant-e-s. Faire une lecture catastrophiste de la Convention Gandur est une mauvaise lecture.   


Rénover-agrandir ou tergiverser encore? 

Parce que le MAH est à bout de souffle. Parce que les finances publiques vont être soumises à rude épreuve ces prochaines années, parce que la Ville a des immeubles à rénover (Minoteries, Michel Simon), des salles municipales (Faubourg), des crèches à construire, etc., Parce qu'il est antisocial de cracher sur de l'argent qui bénéficiera avant tout aux habitant-e-s de cette ville et créera une nouvelle dynamique au MAH. Parce que, sur la table, nous avons un seul projet aujourd'hui. Voulons-nous payer encore pour des crédits d'étude et raboter le projet d'un musée qui a besoin d'une urgente rénovation, rempiler pour 20 ans de tergiversation autour de ce musée ? Non. Surtout pas cela. 

Nous avons donc aujourd'hui un choix à effectuer entre:

A) Un projet MAH+ de rénovation-extension qui n'est pas l'idéal-type certes, mais permet de mettre une collection mondialement reconnue à disposition du public genevois, de financer une partie du renouvellement du patrimoine historique de la Ville avec un financement privé, de sécuriser un immeuble qui devient dangereux pour les oeuvres et même le public, de donner une impulsion positive au domaine culturel et à Genève.

B) Casser le projet A, repousser à 15-20 ans une rénovation simple, perdre la collection Gandur, donner un mauvais signal aux privés qui engagent leur nom et leur réputation avec la Ville sur des projets ambitieux, renoncer pour un bon moment d'avoir un musée public de l'horlogerie, tout en engloutissant encore quelques millions en frais d'études et réflexion sur de nouvelles variantes (du type "la nouveauté" qu'Ensemble à Gauche a sorti de ses cartons cette semaine et qui a déjà été envisagée-étudiée-écartée) qui finiront par coûter plus cher que toutes les conventions et les projets, aussi bon soient-ils.


Un oui pour Genève et la Culture


Après cette rapide pesée des intérêts, nous sommes placés devant un choix qui peut se résumer ainsi
: rénover-agrandir le musée d'Art et d'Histoire maintenant, ou tergiverser encore et payer plus cher en frais d'études et occasions manquées pour au final n'avoir au bout qu'un vieux musée rafistolé, en rempilant pour 20 ans de tergiversations architecturales et financières au détriment d'un projet culturel.  

Le fait d'avoir lié l'extension à la rénovation est un geste qui fédérera peut-être des oppositions; en même temps, c'est une ambition qui donne de la valeur à ce projet et une nouvelle dimension à Genève.  

J'ai choisi, pour ma part, après réflexion, de dire oui à une rénovation-extension culturellement passionnante et oui à une rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire qui ouvre de belles et nouvelles perspectives pour Genève.  


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25/02/2015

Suissesse et frontalière: elle va se faire voir à Lyon!

Suissesse, vivant à 5 minutes à pied de la frontière côté France, travaillant à Genève, rompue à l'exercice de l'usage d'internet, devant refaire son passeport à croix blanche, se rend avec confiance sur le site de la Confédération.... sans se douter de ce qui l'attend. 


Va te faire voir chez les lyonnais 

Sur le site de la Confédération elle s'inscrit, remplit le formulaire, reçoit une première annonce la prévenant de l'envoi d'un mail qui lui proposera un rendez-vous pour le lieu de saisie de son passeport.

Surprise!

Ce n'est pas l'office cantonal de la population genevoise qui lui est proposé. Non. A choix : Lyon, Strasbourg, Marseille! En tant que Suissesse vivant au pied du Salève, Berne avec la bienveillance du Canton l'invite à une petite balade dans le Sud de la France pour chercher son précieux passeport. Par souci d'économies kilométriques, elle coche Lyon. Bien sûr, entre temps, elle a donné des coups de fil pour essayer de se faciliter la vie. En vain. En général elle tombe sur des boîtes vocales, pas le bon jour, pas la première, perd son temps.. et réalise subitement que le renouvellement de son passeport risque de virer à un voyage touristique d'un ou deux jours...


Consulat de Suisse à Lyon j'écoute...  

Après une bonne journée d'attente arrive le mail lui annonçant que son bureau de référence est situé à... Lyon et qu'il lui faut entrer en contact avec celui-ci. Entre-temps, notre compatriote est passée trois fois devant l'office cantonal de la population pour aller à son boulot. Si, dans une vie idéale, elle aurait pu s'y rendre directement et obtenir son précieux sésame, les voies de l'administration ne sont pas faites pour les citoyen-ne-s vivant de l'autre côté de la frontière. Elle ne peut que passer devant en continuant d'organiser son prochain voyage administratif à Lyon. 


Kafka était un amateur

Notre suissesse frontalière choisit la date qui lui convient pour s'inscrire au consulat de Suisse des bords de Saône. Dans un mail de retour du consulat, elle reçoit une annonce lui confirmant son rendez-vous. Elle peut toutefois, si elle le désire, faire appel à l'office cantonal de la population de son canton....

vous suivez?

3 jours se sont écoulés. Notre suissesse va-t-elle poursuivre ses échanges internationaux avec des formulaires générés électroniquement à Berne, Lyon, ou des boîtes téléphoniques à Genève, afin de pouvoir retirer son passeport à côté de chez elle ?  Va-t-elle risquer deux jours de démarche supplémentaires pour atterrir à la route de Chancy 88 où abréger ses souffrances et se résigner à aller à Lyon?  Se faire naturaliser française?


Office cantonal de la population de Tombouctou j'écoute?

Les heures d'ouvertures des bureaux, tant à Lyon qu'à Onex sont limités entre 7h30 et 13h30 du lundi au vendredi... et comme les premiers rendez-vous sont pris il ne reste que des dispositions éloignées dans le temps. Le désespoir guette notre Suissesse qui se dit que peut-être, pour son futur voyage en Thaïlande, elle aurait été plus inspirée de faire renouveler son document à la dernière minute à l'aéroport... mais peut-être qu'on lui aurait proposé alors de le faire à... Tombouctou, qui sait.... les voies de l'administration fédéral et cantonale sont impénétrables. 


Faciliter la vie des Suisses et Suissesses de "l'étranger"

Comme conclusion à cette petite histoire, je proposerai ceci. Plutôt que d'emmerder les frontaliers qui travaillent en Suisse, facilitons la vie des suisses et suissesses qui vivent en France, par exemple en suggérant à la Confédération que dans un rayon de 50km autour de Genève, toutes les demandes aillent directement au bureau de l'office cantonal de la population à Onex. Je propose aussi au Canton de développer plus rapidement une agglomération qui ne fasse pas de la frontière une coupe-gorge administratif.


Un coût pour l'économie locale

Je suggère aussi à Monsieur Maudet, qui s'occupe dudit bureau de l'office cantonal, qu'il trouve des voies d'accès facilités pour les suisses-ses vivant à proximité de Genève afin de leur éviter d'innombrables échanges téléphoniques, par mail, et une balade de 6 heures à Lyon ... après tout, il est aussi Conseiller d'Etat en charge de l'économie, et s'il s'en fout que les suisses-ses frontalier-e-s aillent se faire voir à Lyon, il devrait être sensible au fait que, pour les employeurs genevois, pour les travailleurs, ces heures d'emmerdements supplémentaires ont un coût pour l'économie locale.

Moins de frontière, plus de services!
Aux dernières nouvelles, notre Suissesse frontalière court toujours après son précieux passeport. Moralité: si tu es frontalier-e- va voir à Lyon si tu es Suisse-sse.

Ou alors: arrête de voter pour ceux qui veulent faire d'une frontière un mur infranchissable générant des surcoûts et des désagréments supplémentaires pour la population. 


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12/02/2015

La rue et l'urne

Tous pourris, tous les mêmes, tous assis au pouvoir une fois qu'ils y sont parvenus!

Cette phrase, je l'entends souvent, c'est un peu la phrase du défaitiste ou de l'enragé: une phrase de dépit, de celles et ceux qui ont délégué non seulement leur faculté de décider mais aussi celle de croire que quelque chose d'autre que la défaite est possible.

Plus tu es éloigné du pouvoir, plus tu es convaincu que celui-ci est destiné à d'autres. Le premier pas révolutionnaire, dans une époque d'atonie, est de commencer par exercer ses droits, les défendre, réclamer, et étendre, pas de constater passivement leur effilochage. Je ne sais plus qui a écrit que le monde était dans un tel état parce que les hommes bons se taisaient. Il est aussi ainsi parce que les hommes en colère utilisent celle-ci avant tout contre eux-mêmes. 

Viser la lune (Amel Bent, Antonio Machado: même combat)

Plutôt que l'attente des grands soirs je préfère la célébration des petits matins, faire des petits pas, des pas timides ou rapides... les grands suivront. Je sais, ça ne sonne pas très glorieux, et pourtant, caminante no hay camino, se hace el camino al andar (marcheur il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant -A.Machado) Mettons-nous, pour commencer, en route déjà.  

Tu réclames la lune? Tu as bien raison. Mais pourquoi gardes-tu ton télescope dans un carton? Qui participera à sortir les outils de ta boîte, les monter? Qui ajustera les lunettes et l'optique? C'est notre boulot, membres de partis, d'associations, de faire ce travail de renseignement, de renforcement du pouvoir d'agir; de construire ensemble, avec ceux qui ont la tête dans les étoiles, des rampes de lancement.

Donnez-moi la lune ou éteignez toutes les lumières.

Attraction du tout ou rien, du trou noir ou de la dépendance. Le pouvoir de dire que tout est corrompu, que la confiance ne peut plus être donnée, c'est encore une étincelle, une énergie. On peut faire chauffer fort des moteurs avec cela, le retournement peut-être rapide. Le poison de l'abstention, s'il est bien utilisé est un bon carburant pour soigner celles et ceux qui ont oublié, une fois sur leur siège, de rendre service plutôt que de se servir, se coulant dans l'exercice de fonctions reconnues avec rentes de fonction.Mais pour cela il faut choisir, élire.

Avec des tripes, pas les titres

Comment filtrer le poison de l'abstention ? Avec ses tripes, pas des titres, en allant au contact par la parole et sa force de conviction. En affinant et clarifiant une conscience de classe, sa position dans la ville et le rôle que chacun-e est destiné à y jouer, les responsabilités à tenir. Il nous faut encore raccourcir les lignes de communication entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui leur ont délégué temporairement ce pouvoir. 

Alors, tous pourris toutes corrompus?

Au quotidien je côtoie des militant-e-s qui s'esquinent les ongles pour monter un stand, se gèlent les doigts pour gonfler des ballons pour les gamins, articulent des discours sur des questions fiscales, affirment petit à petit un point de vue affiné à l'école de la contradiction, dans la rue au contact de qui vient, par apprentissage réciproque. Je vois des heures de grignotage de rue, à éponger des mal être, des colères dirigées contre tout, rien : les frontaliers, les noirs les immigrés, celui, n'importe qui, qui dira le contraire et conduira à penser autrement. Tu veux la lune? Commence par écouter ton voisin, ça décape mais ça ramène bien sur terre. 

La démocratie du tapis roulant

Pourquoi donner ce temps à la collectivité ? Pour s'armer, se partager les armes intellectuelles et collectives dans la défense des droits et leur accroissement, par force de conviction et désir de mobilisation. Il n'y a plus beaucoup d'espaces où toutes les classes sociales, les origines, les âges se mélangent. Il y en a même bientôt plus que deux : la rue et l'urne. J'avoue, le pire, c'est quand ça passe tout droit, pressé, sans plus un regard ni une étincelle de curiosité. L'invective et l'insulte, c'est encore un sursaut ; le regard transparent, c'est la démocratie du tapis roulant, et ça fout les jetons. Au bout il y a un trou noir.  

Horizon avril-mai 2015

Elections municipales 2015, dans 45 communes, 1722 candidat-e-s, 620 femmes ont choisi de s'engager sur des listes pour défendre des choix de société et dessiner l'avenir, revendiquer un droit à la parole, à la contestation, avoir un bras solide, une voix dans les parlements ou aux exécutifs, au nom de et pour celles et ceux qui les y placeront. 

Les élections, ce n'est pas tous les 5 ans, c'est matin après matin, tous les jours, avec un droit de regard, un droit de rappel, et une nécessité de mettre les élu-e-s devant leurs obligation de service, jusqu'à la date de l'élection suivante. 

Il y eut un soir, il y eu un matin.

Il y aura une élection, encore, jusqu'à la révolution. 

 

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04/02/2015

Barazzone plus sectaire que les sectes?

Le Conseiller administratif Barazzone a décidé de refuser aux stands faisant de l’information spirituelle ou religieuse l’usage de l’espace public en Ville de Genève.[1] Après avoir lancé avec succès les Food trucks, consommation à l'emporter de nourritures et boissons, il a donc décidé d'interdire l’usage de l’espace public aux entités « quelles qu’elles soient, faisant la promotion d’activités de type religieux ou spirituel ». Cette décision est –euphémisme- pour le moins surprenante. Elle est même extrêmement grave et contrevient aux principes 3 et 25 de la Constitution Genevoise. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs que cette décision soit attaquée en justice.

Expression oui, prosélytisme non

Quelle mouche a bien pu piquer Monsieur Barazzone, du parti démocrate chrétien tout de même, de s’en prendre d’une manière aussi radicale à la liberté d’expression dont le drapeau a pourtant été hissé bien haut après les attentats sanglants contre Charlie hebdo. Serait-ce que la tenue de stand contrevient à quelque législation que ce soit ? Non. La Loi sur le culte extérieur (LCExt C4 10 ) du 28 août 1875 rappelle l’interdiction, article 1, de toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse sur la voie publique. Mais le stand d’information n’est pas mentionné et ne peut y être assimilé.

De plus, le rapport du groupe de travail sur la laïcité mandaté par le Conseil d'Etat n’a jamais envisagé cette mesure.[2] La page 36-37 de ce rapport doit absolument être lue, et visiblement Monsieur Barazzone a oublié de le faire : « Si le fait de diffuser dans l’espace public les éléments de sa foi est un acte, non seulement légitime, mais encore protégé par la Convention européenne des droits de l’Homme, il n’en demeure pas moins qu’intervenant dans ce même espace public, le harcèlement de tiers, en vue de les convaincre d’adhérer à cette foi, contrevient à l’ordre public. La jurisprudence du Tribunal fédéral permet aux autorités compétentes de distinguer entre la diffusion légitime et le prosélytisme invasif. Selon cette jurisprudence, chacun a le droit d’exprimer ses convictions à un ou plusieurs tiers dans l’espace public ; en revanche, si son ou ses interlocuteurs les rejettent ou refusent d’entrer en discussion, celui qui veut convaincre doit s’abstenir d’insister." Ce qu'il faut retenir : l'expression religieuse n'est pas la même chose que le prosélytisme. L'une est protégé par la Convention européenne des droits de l'Homme et la loi, l'autre est condamné.  Monsieur Barazzone, visiblement, a souhaité mettre les deux dans le même sac et les confond. Ces questions sont extrêmement sensibles. Elles doivent être traitées au cas par cas, pas dans le cadre d'une interdiction générale. 

Vous allez définir comment le spirituel ?

Maintenant, si l’on essaie de suivre un bout le choix du magistrat, on aurait envie de lui demander :  pouvez-vous me définir ce qu’est le religieux, le spirituel ? Pouvez-vous en donner une définition et une limite pratique ? Cela lui sera très difficile. C’en serait donc fini des pubs pour le yoga ou les stands d’information de bouddhisme ou de méditation zen et la location de petits espaces pour les scouts dont les buts et l’esprit peuvent être assimilés à une spiritualité ? Le risque d’arbitraire est immense, et on bascule ici dans son règne en prônant l'interdiction. 

Je regrette pour ma part fortement que les stands spirituels ou religieux se voient arbitrairement privés de leur liberté d’expression. C'est une atteinte à la Constitution et je crains fortement que cette diabolisation ne fasse le lit d’extrémismes. La décision de Monsieur Barazzone est-elle de lutter contre les dérives sectaires? Cette interdiction arbitraire les renforcera d'autant.

Interdire l'accès public a tous les groupes proposant la promotion "d'activités de type religieux ou spirituel" n’ouvre pas, dans ce cas, à un débat sur la laïcité mais sur la liberté d'expression et de pensées. Une bataille aussi mal engagée et menée de cette manière encourage l’arbitraire et décrédibilise les autorités.

C'est toujours, au final, une bien mauvaise manière de lutter contre les sectes en se montrant plus sectaires qu'elles.

Monsieur Barazzone pouvez-vous s'il vous plaît revenir sur terre ?

-ou à tout le moins commencer par choisir entre votre mandat d'élu de Genève ou de Berne, parce qu'à trop faire le conseiller administratif à temps partiel, et le communicant cumulard, cette affaire d'usage d'espace public laisse craindre une volatilité dans le suivi de vos dossiers et un risque pour l'état de droit -




[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Le-proselytisme-religieux-banni-des-rues-genevoises-28765234

[2] http://www.ge.ch/dse/doc/news/141111_Laicite_ComPannexes.pdf

16:58 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, espace public, sectes, barazzone | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/02/2015

Les musées doivent se secouer

Une genevoise s’est dite choquée par mon texte sur le Musée d’art et d’histoire (MAH) du 10 décembre, elle l’a exprimé par un coup de gueule dans la TDG, ce dont je me réjouis. La culture en ville de Genève manque de sel dans les débats et de passions dans ses enjeux. De temps en temps un petit frisson nous parcourt l’échine, mais sinon, il faut l’admettre, ça manque d’enthousiasmes et de passions.   

Oui, cette Genevoise à raison de gueuler ; mais si mon propos est iconoclaste à ses yeux, j’affirme pourtant quelque chose de très simple : le MAH rénové et étendu doit être un musée vivant, avec un public renouvelé, des animations populaires, pas un parc à tableaux. Oui, le musée de papa où l’on roupille, doit mourir. Le mouvement est désormais amorcé ; pour renaître, il faut faire de l’original avec l’ancien, par des coups de pelles et de vrais choix muséaux.   

Pourquoi pas, en effet, des bals musette et des machines à hot dog, des collaborations avec les maisons de quartier ? Quoi de choquant dans le fait que les beaux-arts s’ouvrent aux habitant-e-s, que les collections soient mises au profit du vivre ensemble ? Le musée ne doit plus être  uniquement au service de la compilation des savoirs et des impuissances curatrices des conservateurs, avec un public alibi ou otage. Le musée sensible doit faire plus de liens avec le vécu des habitant-e-s, les engager à participer, à créer du sens par des médiations risquées. Oui à un musée dynamique, un musée qui donne soif de s’en imprégner, pas de poser devant un petit carré de Van Gogh ou de Soulages, s’y faisant prendre en photo consommant sa barre de culture chocolatée.   

J’ai été bouleversé par l’exposition Sade au musée d’Orsay. Pas parce qu’il y avait des machines à hot dog – non, il n’y en avait pas, nul n’est parfait- mais par l’intelligence du dialogue établi entre l’œuvre de l’écrivain et des tableaux, des courts métrages de différentes époques et courants ; tout un agencement accessible, intelligent, articulé, qui offrait au public du matériel pour composer un présent étayant ses désirs, ses cauchemars, ses fantasmes, à partir de choix affirmés.  

Le MAH est riche de possible et d’un potentiel élevé. Ne manquons pas l’opportunité d’être secoués, émus, exaspérés, cultivés et choqués dans nos musées. Rénovons, étendons, repensons, travaillons les médiations. Si ce courant ne l'emporte pas, je pense que la place des musées sera bientôt au cimetière et que les parcs d’attraction les remplaceront adéquatement.

Cela vous choque ? Je dois vous l’avouer : moi aussi.

Sylvain Thévoz

13:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, extension, rénovation, musées | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/01/2015

Hainons-nous les uns les autres?

"Gauche bisounours", est un terme employé avec délectation et facilité par les membres du MCG et de la droite rigide. Elle renvoie la gauche en la caricaturant à une tendresse, une naïveté, une écoute excessive, une certaine passivité et une compréhension du monde enfantine qui la rendrait impuissante. Attributs donnés traditionnellement aux enfants ou aux femmes. Faire de la gauche un marshmallow bisounours, c'est faire étalage de son machisme et son paternalisme, bref entamer un acte de domination par le discours en cherchant à décrédibiliser son interlocuteur. Stratégie vieille comme le monde.

Ni bisounours ni punching-ball

Cette pseudo gauche bisounours n'existe pas hors de l'imagination de ceux qui projettent leurs difficultés et angoisses à accueillir le monde tel qu'il est, avec ses fragilités et failles, réclamant toujours plus de moyens pour les colmater. C'est du niveau de " c'est toi qui est le plus tendre pas moi ". Puisqu'il ne faut pas, surtout pas, donner le sentiment d'être compréhensif et dans l'empathie, non, mieux vaut direct le poing dans la gueule et "hainons-nous les uns les autres" comme nouvel évangile avec des terroristes islamistes partout, à chaque coin de rue.   


Ceux qui ânonnent "gauche bisounours" sont hantés par leur impuissance à contrôler le réel, impuissant devant leurs propres fragilités. Leurs discours martiaux et la mollesse qu'ils prêtent à leurs adversaires politiques leur permet l'exorcisme de dire "tapettes" ou "gonzesses" avec jubilation; ils ne s'en privent pas d'ailleurs. C'est le moto du macho MCG qui de procès en excès, de démesures en mépris, s'empêtre dans ses contradictions et son impuissance, bandant ses muscles pour s’assurer qu’il ne tremble pas. Le MCG n’est pas l’expression d’une colère, mais la tristesse d'un désarroi couvert d'une voix forcée pour donner le change.

Le débat politique serait donc une lutte de domination et de pression, de déconsidération et de rabaissement. Et les enjeux pour le bien commun rabaissés à la lutte pour les parts de marchés électives. Cette stratégie de rigidification accentuée des rapports sociaux et de tension coûte cher, amène au final plus de cassures... et finit par lasser.

Votons votons votons

Serait-ce, à l'aube d'élections municipales, tout le champ des possibles et du discours que nous pouvons attendre du microcosme politique? Si cela se vérifie, les abstentionnistes feront un triomphe en avril et en mai. Le politique ne pourra jamais rivaliser avec un clip publicitaire ou une bonne baston, pourquoi préférer la copie à l'original? A combien devra monter encore le pourcentage d’abstentions pour acter le fait que cette manière de construire une collectivité est un échec?  

Tu fais l'effort, je te domine, ok?

Mais quoi, parce que nous ne savons toujours pas comment construire les uns avec les autres, il faudrait nous haïr? L'échec complet de la "droite rigide", reste son incapacité à produire un discours sur le vivre ensemble, à articuler des idées sur la manière de le réaliser au-delà des chiffres et des effets de manche. Les affiches de campagne au Conseil Administratif de la Ville de Genève des candidats Buffet-Desfayes, Genecand et Conne, PLR, sont édifiantes. Elles tiennent sur trois culs de bus : -10% d'impôts / + 800 logements / +1200 places d'accueil pour nos enfants, sans expliquer bien sûr comment seront réalisées des augmentations de prestation en baissant simultanément les revenus de la collectivité.

Confronté, le PLR réplique : "nous augmenterons l'efficience". Discours éculé, qui laisse entendre qu'il y a encore du gras, du mou, de quoi pressuriser davantage les corps au travail pour leur faire effectuer toujours plus de tâches avec moins de moyens jusqu'à rendre l'âme ; qu'il faut lutter contre les abus, ces derniers étant bien entendu toujours l'apanage des pauvres et des précaires, limités à une classe.

Je crois les citoyen-ne-s fatigué-e-s de cette rhétorique, du toujours plus d'efforts au profit d'autres, laissant, exonéré, le pouvoir des forces de l'argent et du réseautage.  

Barazzone.calculette

Le bilan du Conseiller administratif Guillaume Barazonne est un bel exemple de la politique de la calculette. Ne cherchez pas son visage, ne cherchez pas une présence, ni une expression dans son clip de campagne. Voilà des chiffres bruts, des nombres, une voix monocorde et une linéarité parfaite. [1] C'est d'ailleurs la même construction de clips et boîte de production que celle de la campagne contre les forfaits fiscaux commanditée par le Centre Patronal, la Fédération des Entreprises Romandes, la Chambre de Commerce d’Industrie et de Services de Genève.[2] Si les campagnes se suivent et se ressemblent, faut-il conclure que ce sont les mêmes qui paient les spots web stéréotypés où logotypes et statistiques sont mis en avant au détriment des liens et du relationnel?

Enigma rend l'âme

Ah c’est si simple le monde expliqué par une entreprise de « strategy and branding » pour qui le politique est avant tout du business et de la communication, la promotion d’une marque, ici: Barazzone.com entendu comme vente d'un produit. Voilà un nouveau trend, avec des sièges urbanature en plastique où les pouvoirs de l'argent s'achètent un politique à bas prix; la boîte de com enigma devient faiseuse de rois. 

Vous me direz peut-être, c'est l'époque  qui veut ça : Des chiffres, des stats, le toc de l'efficience et le tic des finances servant la lutte des places et des egos. Si c'est bien l'époque qui veut ça, il s'agit d'exercer son droit à la contrer. C'est là que se situe la distinction de la gauche pour qui  l'humain sera toujours au centre des préoccupations et l'indignation première, où ce n'est pas la fatalité qui fait règle ; pour qui la complexité du réel demandera toujours plus  de moyens qu'un clip fastfood type Mac Do, ou le karcher de ceux qui veulent nettoyer un quartier en 60 jours, avec la pédagogie suave et faisandée d'un conseil d'administration bancaire. 

Hainons-nous les uns les autres ?

Hainons-nous les uns les autres n'est pas mon évangile. Je le laisse à ceux qui voient des bisounours partout et leur cauchemar social comme un fond de commerce. Face à cette entreprise de vente idéologique d'un modèle sociétal clos sur lui-même et auto promotionnel, nous devons creuser et agrandir des espaces pour accélérer la circulation d'idées et entamer cette rigidité, avec un modèle de sensibilité qui relève de la ruse et de la guérilla élective, une sorte de tai-chi politique et éthique où la parole reprendra sa place et les réflexions leurs fonctions comme sur une place athénienne, une assemblée de village.. ou une cabane dans les branches. 

Les boîtes de com et les spots télévisés n'auront pas le dernier mot, ni sur le fond ni sur la forme. 



[1] https://www.youtube.com/watch?v=ZvhtXaaixxs&spfreload=10

[2] https://www.youtube.com/watch?v=QTW6fS7LNZg&spfreload=10




31/12/2014

100 bonnes raisons de fêter la nouvelle année ( à l'attention des grincheux)

Parce que c'est peut-être la dernière fois.


Parce que les voisins n'oseront pas appeler la police avant 3 ou 4 heures du matin. (j'en fais le pari, les miens sont désormais prévenus).

Parce que la police n'osera pas venir. Pas un 31 quand même...


Parce que même le foot et le hockey sont en arrêt à la télé. Tu veux vraiment regarder des dessins animés le soir de Nouvel An?

Parce que c'est en chantant que l'on devient chanteur, en dansant que l'on devient danseur, en fêtant que l'on est joyeux, et...en se souhaitant la bonne année qu'elle le sera... enfin, je le crois.


Parce qu'on en fait un tel foin, à la radio, la télé, au bistrot du coin, qu'on n'y échappera pas.

Tout animal a trois modes de réaction à l'agression : la fuite, la soumission et l'attaque. On ne va quand même pas, un 31, mordre celui qui nous souhaite la bonne année, reculer dans les bois face au grand saut ?

Parce que le tricot peut attendre.


Bachar El Assad toute l'année, ça ne te suffit pas? Tu veux vraiment lui donner l'emprise sur toutes, TOUTES, tes soirées ?


"Une maille à l'endroit, une maille à l'envers" peut être pratiqué dans l'espace public aussi.

Parce qu'il n'y a de toute façon plus d'autre thème qui vaille, ni de sujet de conversation. Le réveillon, c'est un raz-de-marée. Il faut nécessairement qu'il recule avant d'aller se promener pour ramasser des coquillages sur la plage.


Tu n'as pas assez vu la tête de Poutine cette année?

Pour s'éviter la honte de : alors tu as fait quoi? - autant s'occuper-.

J'ai mangé un pot de yogourt en regardant la télé avant d'aller me coucher n'est pas une excuse valable. On n'est pas rebelle en mettant ses chaussons, en tirant les rideaux et montant le chauffage.... même un 31.

C'est pas parce que tu es grincheux que tu es cool.


La rébellion réside dans la joie.

Alain Morisod n'est pas un compagnon de réveillon digne de ce nom.


C'est pas l'Homme qui fait le réveillon, c'est le réveillon qui fait l'Homme chantait bien Renaud.


Si tu ne veux pas faire comme les autres, invente quelque chose de neuf.

Parce que réveillonner est la fête sociale par excellence. La vivre seul, c'est un onanisme social bon pour l'église catholique. C'est un truc à finir sourd, barricadé chez soi, avec les urgences médicales à la porte (que tu n'entendras même plus).

Les chrétiens ont Noël, il faut bien que les païens résistent.

Cela fait trop longtemps que l'on n'a plus entendu Bonnie Tyler, Abba et Boney M dans la même soirée (même si, en général, ils chantent ensemble)

Mieux vaut une bonne cuite que la schizophrénie. A force de balancer entre je fête je fête pas, il faut trancher.

Si tu restes dans ton lit à écouter Brassens (qui a écrit une chanson sur son aversion du 14 juillet, pas sur le réveillon, je rappelle) il faut au minimum un chat et une pipe.

Parce qu'avec tout ce que tu manges depuis des semaines, de repas en soupers de famille, tu doit danser un peu aussi.

Souffler sur ses doigts dans le froid, ça active la circulation. L'exercice, est bon pour la santé.Tu pourras te luger à 4 heures du matin.

Personne n'a pris un rhume après avoir été arrosé de champagne un soir d'hiver. Tu peux te croire à Spa Francorchamps ou au sommet de l'Alpe d'Huez quand on te salue au mousseux.


Parce que ce n'est pas le 31 qu'il faut faire fonctionner tes neurones, mais tout le reste de l'année.

Parce que même si le prosecco vient de Denner et que ta femme en profite pour en embrasser d'autres (ne fais pas ton grincheux, elle a raison de s'amuser) le 31 c'est une part de rêve, et tu te réveilleras toujours demain, avec ou sans confettis dans les cheveux.  


Tu trouves toujours que les gens font la gueule. Pourquoi prendre une mine renfrognée quand tout le monde te sourit?

Puisque tu râles au quotidien qu'on ne se dit plus bonjour, ne se tient plus les portes, ne se lève plus dans le bus afin que les anciens s'assoient. Ce soir tu peux dire "bonne année" à une foule d'inconnus, faire de nouvelles rencontres, embrasser quiconque, profites-en!

Tu trouves que c'est trop forcé, que c'est artificiel? Quand on t'aura mis une valve aortique en métal, tu changeras peut-être d'avis. 

Parce qu'il y a des gens dans des hôpitaux qui ne peuvent même plus remuer le petit doigt, et qui n'arriveront pas à minuit.

Parce que tu peux faire un compte à rebours dans la joie, c'est si rare aujourd'hui.

Parce que tu peux chanter, rire, faire l'amour si tu veux. L'orgasme de minuit, c'est un joli feu d'artifice....  

Parce qu'on est contraint de bosser pour gagner sa vie. Pour une fois que tu es obligé de chanter et danser, tu aurais tort de t'en priver.

Mieux vaut fêter le 31 que bosser le 5 janvier.

Ecrire un texte là-dessus, j'aurais peut-être pu m'en passer, oui c'est vrai. Tu as raison mon grincheux, allez  :

BONNE ANNEE! SOIS HEUREUX !


http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/nouvel/

 

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17/12/2014

Prostitution ou famille?

aspasie, prostitution, famille, Prostitution ou famille ? L'équation ne se pose pas en ces termes. Pour un grand nombre de travailleuses du sexe, la famille leur est consubstantielle et leur défi est de conjuguer leur pratique de la prostitution avec la famille. Le nouveau numéro Mots de Passe de l'association Aspasie sort de presse ce jeudi. Il sera offert au centre Grisélidis Réal et lève le voile sur un côté socialement escamoté des travailleuses du sexe. Ce n'est pas qu'il y a d'un côté la maman et de l'autre la putain, comme dans le film d'Eustache, non, la maman et la putain sont réunies dans la même personne. 

Libérer la parole

Ce numéro de la revue Mots de Passe offre la parole aux travailleuses du sexe. Il leur donne de l'espace pour exprimer leur rapport à la famille, un rapport trop souvent encore fait de honte, de dissimulation, en parallèle d'un grand courage leur permettant, dans des conditions économiques difficiles, de gagner de quoi vivre et faire vivre, et conquérir une plus grande sécurité dans l'existence. LA prostitution n'existe pas. Il y en a plusieurs, en regard du lieu, du contexte, de l'âge et des moyens de celles qui l'exercent. Il n'y a pas une seule manière de se vendre, il y en a des milliers, et celle de négocier une prestation de son corps n'est pas la plus dégradante pour l'être, loin s'en faut.

Les représentations de ce qu'est une prostituée sont encore socialement archaïques. Les trajectoires sont multiples et ce travail, à temps partiel ou le temps d'une saison, temps infini pour certaines, laisse un temps pour beaucoup d'autres choses qui sont le quotidien de chacune et construisent des identités diverses. 

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Dépasser les stéréotypes

Ce numéro de la revue Mots de Passe est à lire de toute urgence, parce qu'il dévoile une parole reléguée et brise les stéréotypes sur ce métier exigeant. Allant au boulevard des Tranchées, on est marqué par l'extrême exposition des travailleuses du sexe, soumises aux aléas des clients, des voleurs qui rôdent, à la bêtise des mâles faisant des tours en voitures, voyeurs; aux abrutis du samedi soir mais du jeudi aussi, à ceux qui abandonnent les filles en rase campagne après avoir joui.

Des paroles fortes

Comment ne pas être marqué par le témoignage d'une femme qui dit: du moment que tu te mets là, tu acceptes que tu peux mourir à chaque instant, ou presque, ça fait partie du travail. Elle a développé une manière de demeurer en vie tout en sachant très bien que, malgré tout, cela ne dépend pas que d'elle. Témoignage de cette femme aussi, qui garde une pierre prise dans un bas, pour se défendre au cas où, et raconte en riant la fois où elle l'a assénée sur le bras d'un voleur qui lui tirait son sac. De cette autre encore, toujours attentive et en alerte pour savoir avec qui elle monte, des précautions à prendre. Mais si le danger dans l'espace public est une chose, le risque du dévoilement de son travail face à sa famille est encore différent. Alors, comment bougent-ils, sous le maquillage, ces yeux plissés et soucieux d'une mère pour son fils ? Comme se gère la séparation entre l'affect et le travail, les prestations vendues et les sentiments personnels... est-ce si différent de ce que tout le monde vit finalement, au quotidien? 


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La famille

Dans un sac à main la photo du fils ou de la fille, l'enveloppe scellée du non-dit aux parents, à la famille. Il y a toujours un lien quelque part, une histoire de vie, un rapport intime, profondément humain avec ceux dont elles ont reçu la vie, à ceux à qui elles l'ont donné.

Mais pas de misérabilisme ni de charité. Une femme affirme que c'est là un métier idéal pour une maman; une autre qu'elle a trouvé dans la prostitution une expérience de vie où s'affirmer, se détacher, se découvrir et prendre du plaisir. Il ne s'agissait pas, dans ce numéro Mots de Passe, de faire l'éloge de la prostitution, mais d'aller à la rencontre des travailleuses du sexe et de celles et ceux qui travaillent à leur côté, et sans pudibonderie, ou protectionnisme charitable, de leur donner la parole et d'entendre le plus distinctement possible ce que la famille représente pour elles.

Cette parole authentique, directe, parfois crue même, exprime ce qu'est la vie d'une prostituée à Genève, mais aussi ce qu'elle est partout ailleurs dans le monde : la vie d'une femme, d'une mère, d'une soeur ou d'une fille. La vie d'une travailleuse dont le sexe est l'outil intime, politique, et commercial. 


Numéro Mots de passe : Prostitution et famille, Aspasie, décembre 2014. Photographies, Eric Roset. 

Lancement : Jeudi 18 décembre 18h au centre Grisélidis Réal (6 rue Amat). Présentation de la revue, lecture, vin chaud. 


www.aspasie.ch

 

 

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12/12/2014

Génocide des Arméniens : un Conseil d'Etat complice du négationnisme?

mémorial,génocide arménien,genève,conseil d'etat,burkhalter,droits humains,négationnismePourquoi l'établissement d'un monument à la mémoire du génocide arménien est-il si compliqué à Genève ? Parce que le Conseil d'Etat n'ose pas prendre de décision, comme il s'y est habitué depuis le début de sa législature. Et que se passe-t-il quand on ne choisit pas? D'autres le font à votre place. Cette semaine, c'est le PLR et conseiller fédéral Didier Burkhalter qui s'est permis de dire à Genève ce qu'il faut faire du monument à la mémoire du génocide arménien : ne pas le placer dans le parc du musée de l'Ariana car trop proche de l'ONU; autant dire, l'enterrer ailleurs. Pourquoi? Parce que Burkhalter a peur de froisser son ami Recep Tayyip Erdogan... dont il souhaite se faire inviter au G20 à Istanbul au printemps prochain. Par sa position, la Suisse s'assied sur des valeurs humanitaires pour favoriser la politique des petits intérêts.  

Burkhalter tendance négationniste

L'argumentation de Didier Burkhalter est scandaleuse. Il invoque, dans une lettre au Conseil d'Etat [1] la nécessité de : "préserver un environnement impartial et paisible permettant aux Nations unies et aux autres organisations internationales de s’acquitter de leurs fonctions dans les meilleures conditions cadre possibles." Impartial? Cela sous-entend qu'avec le monument, on prendrait parti pour une version de l'histoire contre l'autre, ce qui est factuellement faux et surtout conforme au discours négationniste qui cherche toujours à disqualifier la mémoire des victimes en disant que c'est une version de l'histoire. Paisible? C'est encore plus pervers: ça reviendrait, par exemple, à refuser un mémorial de la Shoah sous prétexte que des néo-nazis pourraient le profaner. Il y a, dans le périmètre de l'ONU, aujourd'hui un monument à la mémoire du génocide de Srebrenica [2]. Cela empêche-t-il le maintien d'un environnement "impartiale" et "paisible"? Non, bien entendu. De plus, cela se déroule à la veille de l'année du centenaire du génocide arménien, c'est odieux. Un Conseil d'Etat lâche et servile aux côtés d'un conseiller fédéral entravant le travail de mémoire, collant à la définition du négationnisme [3] sont en train de couvrir Genève de honte.

Notre Conseil d'Etat peut faire des flonflons politiquement corrects et des vernissages sans enjeux. Quand vient le moment des choix courageux : plus personne. Honte!

Une décision politique qui heurte les défenseurs des droits humains

Le Conseil d'Etat est le garant des procédures et des règles en vigueur concernant l'octroi d'une autorisation de construire. En l'espèce, ce dossier est mûr pour une autorisation depuis le mois d'avril 2014. Que fait ce Conseil d'Etat ? Il tergiverse. La peur est contagieuse. Il a pourtant donné un engagement explicite à la communauté arménienne, écrit et oral, de ne pas tenir compte des pressions ni de Berne, ni d'Ankara. Aujourd'hui, il est tenté de revenir sur cet engagement. Le Conseil d'Etat va-t-il renier sa parole pour plaire à Berne qui lèche les bottes de la Turquie?

Burckhalter : "Nous recommandons que l'autorité cantonale compétente pour statuer refuse d'octroyer l'autorisation de construire à l'emplacement envisagé". Eh bien nous, nous recommandons à Burkhalter d'arrêter sa politique de compromission qui va, dans sa lâcheté, de la collaboration militaire étroite avec Israël[4] à la soumission au négationnisme turc ! Et nous appelons le Conseil d'Etat à ne pas céder à la lâcheté et à une déresponsabilisation totale consistant à se faire les complices administratif d'un génocide en s'écrasant pour que le mémorial soit enterré aux Cropettes, au parc Beaulieu, ou Dieu sait où, loin de l'ONU, sa véritable place, dans le parc de l'Ariana, sous les yeux des nations, comme un rappel incontournable envers toutes les victimes, les survivant.e.s et exilé.e.s de tous les génocides.[5]

 

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D'avril 1915 à juillet 1916 deux tiers des arméniens qui vivaient sur le territoire actuel de la Turquie ont été exterminés lors de déportations et de massacres de grandes ampleurs. Ce massacre fut planifié par le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de "Jeunes turcs". Les recherches établissent à 1'500'000 le nombre de victimes.  

Plusieurs historiens et spécialistes de la Shoah, dont Elie Wiesel et Yehuda Bauer, ont pris position pour déclarer incontestable la réalité du génocide arménien et inciter les démocraties occidentales à le reconnaître officiellement. L'institut de l'Holocauste et des génocides (Jérusalem) et l'institut pour l'étude des génocides (New York) ont établi comme fait historique établi le génocide des Arméniens. Le parlement européen a reconnu le génocide des Arméniens en 1987 déjà.

L'arrêt du 12 décembre 2007 du Tribunal fédéral énonce clairement le génocide du peuple arménien par l'empire Ottoman. Le TF rappelle d'abord le jugement du Tribunal de police de Lausanne qui énonce en substance que  "Le génocide arménien est un fait avéré selon l'opinion publique helvétique, aussi bien que plus généralement." Pour ce faire, il s'est "référé à différents actes parlementaires, à des publications juridiques, aux manuels scolaires, ainsi qu'aux déclarations émanant d'autorités politiques fédérales et cantonales. Il a également souligné le poids de la communauté scientifique dans la reconnaissance du génocide arménien par les Etats en relevant que la France en particulier s'est appuyé sur l'avis d'un collège composé d'une centaine d'historiens pour adopter la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915."


Le Tribunal Fédéral confirme cette décision et ajoute que "dans le même sens, lors du débat qui a conduit le conseil national à reconnaître OFFICIELLEMENT le génocide arménien, il a été fait référence aux travaux de recherche internationaux publié sous le titre "der Völkermord an den Armenien und die Shoah" (BO/CN 2003: 2017;intervention Lag. Enfin, le génocide arménien constitue l'un des exemples présentés comme "classiques" dans la littérature générale consacrée au droit pénal international, respectivement à la recherche sur les génocides".

Le Conseil National a reconnu le génocide des Arméniens. Le Conseil d'Etat, sur pression de Burkhalter, est prêt le reléguer dans l'ombre. Honte à ce Conseil d'Etat dont François Longchamp assume une "présidence" qui semble rimer, jusqu'à présent, surtout avec complaisance.  

 


[1] http://www.rts.ch/info/regions/geneve/6369653-nouvelle-resistance-au-memorial-du-genocide-armenien-a-geneve.html

[2] http://archives.tdg.ch/geneve/actu-geneve/pierre-memoire-victimes-srebrenica-2010-11-15

[3] http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=170

[4] http://www.lecourrier.ch/126090/la_prudence_de_la_suisse_confine_a_la_lachete

[5] http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2014/12/11/message-de-berne-a-geneve-il-n-y-a-pas-eu-de-genocide-des-ar-262756.html


Quelques ouvrages de référence sur la question :

Taner Akçam, Un acte honteux : le génocide arménien et la question de le responsabilité turque, Editions Denoël; rééd., Gallimard, "Folio", 2012.

Sévane Garibian, Le crime contre l'humanité au regard des principes fondateurs de l'Etat moderne. Naissance et consécration d'un concept, Schultess, Bruylant, LGDJ, Genève, Bruxelles, Paris, 2009.

Raymond H. Kevorkian, Le Génocide des Arméniens, Odile Jacob, 2006.

Raymond H. Kevorkian et Yves Ternon, Mémorial du génocide des Arméniens, Editions du Seuil, 2014.

Yves Ternon, Les Arméniens: histoire d'un génocide, Seuil, 1977: rééd. coll. Points. 1996.


 



 

 

10/12/2014

Le musée mondial de demain

On a beaucoup parlé architecture et financement concernant le Musée d’Art et d’Histoire (MAH). Certains aiment le projet Jean Nouvel, d’autres non. Certains ne veulent pas d’argent privé,  ni de la fondation Gandur pour l’art ; d’autres, au contraire, souhaitent que l’argent privé soit utilisé à bon escient pour des projets servant la collectivité. On a parlé chevrons, vieux clous, d’un restaurant surélevé, de l’extension du musée dans ou hors de la cour. Cela n’est pourtant pas l’essentiel.

Ce dont on a encore trop peu parlé, et qui doit être le centre du projet, c’est sa dimension culturelle. Ce musée doit désormais nous faire rêver. Il doit être un moteur pour Genève. Dans l’exercice d’une muséologie novatrice, nous attendons une ouverture bouleversant la Cité. Les « Beaux-Arts » ne sont pas réservés à une élite, comme la vieille ville l’est aux pédants qui interdisent aux prostituées de travailler aux abords de l’église Russe. 

Ce que sera le MAH ? Une usine de production, une ruche créatrice d’échanges, de liens et de richesses. Le public ? Ce seront les gamins de la Jonction, les adolescents de la Servette, les touristes étrangers ou les aînées des Eaux-vives. Nous voulons un lieu gratuit, fruit d’un savoir-faire local, où pétrir l’art avec des idées neuves ; et que les habitant-e-s puissent se l’approprier par des expositions thématiques et intelligentes qui accompagneront les enjeux sociaux et politiques actuels.   

Oui aux Picasso, aux Vallotton et Soulages, aux mouvements précieux des horlogers, mais oui surtout aux ateliers de dessins, aux machines à hot-dog et au bal musette, aux  sessions de play station et aux nuits du jeu ; à des soirées pyjamas et à des performances contemporaines. Nos modèles peuvent être le Victoria and Albert Museum de Londres, le British Museum, le 104 à Paris, lieu de coopération culturelle, ouvert sur la Cité, avec des gens motivés, dédiés aux publics, proposant des expositions à haute valeur populaire ajoutée.

Les champs de l’art et de la culture ont bougé depuis le XIXe siècle. Nous voulons un lieu décloisonné et neuf. Un lieu unique, où les gens viendront et reviendront encore, parce que ce lieu leur appartiendra. Nous voulons le musée mondial de demain… et nous le voulons aujourd’hui.

Nous avons les plans, nous avons les idées, nous devons maintenant en charger le contenu. Une telle chance nous est offerte une fois par génération, ne la sacrifions pas pour des vieux clous ou des chevrons vétustes.  Nous ne laisserons personne dire que le MAH ne sera pas le plus puissant musée du monde. Et surtout, nous nous battrons pour qu’il le soit.   

 

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06/12/2014

Geneva Girl's Guide : l'enfer en rose

logo.pngVous rêviez d'un guide sexiste, enquillant les préjugés et les stéréotypes sur les femmes? Vous pensiez cet art réservé au XIXe et aux guides de la bonne ménagère ou de la parfaite maîtresse de maison, détrompez-vous, c'est d'actualité, Genève Tourisme l'a fait.


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Guide cache sexe du discours dominant

Dans son guide fait par des femmes à destination des femmes, c'est une image d'Epinal de la femme émotive, égarée, cherchant à se faire belle ou mousser auprès de ses copines jalouses qui est présentée. Shopping, soin de la peau, brunchs et chocolats, voilà ce qui semble être l'horizon d'une "femme" à Genève. Au-delà du fait que composer un guide pour "les femmes" est complètement débile, le sexisme de base qui le porte ne s'explique que par le désir commerçant de construire un sujet singulier de consommation. Ce guide, bête et réducteur ne fait pas la promotion de la ville, mais du sexisme.

Un petit florilège ? Allons-y : "Une touriste peut facilement faire des rencontres. Il suffit de sembler perdue puis de demander des directions". Assurément, avoir l'air fragile et paumée vous facilitera les rencontres dans l'espace public mesdames. Bienvenu à Genève, et... bonne chance!

"Au centre-ville vous trouverez des bars et des boîtes de nuit à instagrammer (LOL) absolument, pour montrer aux copines restées chez elles : imaginez un mobilier rétro des cocktails servis dans des tasses à thé, sans oublier de la bonne musique". En effet, c'est dingue. Merci Geneva Girl's guide de nous ouvrir les yeux sur ce qu'est un bar, et de moderniser un peu les images de dames patronnesses buvant le thé entre elles pendant que les messieurs étaient à la chasse. Ces images commençaient à prendre la poussière. Il était temps que Genève Tourisme réactive les images du sexisme ordinaire.


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Un guide pour nunuches?

En plus du fait que ce guide semble écrit pour des demeurées ou des débiles, à demi autonomes et incapables de s'orienter, à des fashionistas prêtes à claquer 3000 balles en une journée sans avoir à remuer deux méninges du lever du soleil à son coucher, il s'évertue à pousser l'artificiel jusque dans son positivisme le plus forcené. Suivez le guide : " Pour une journée parfaite entre copines, on commencerait par une balade au bord du lac et un petit déj' santé au café Lauren, resto du spa de l'Hôtel La Réserve. Après être rentrée à Genève en bateau, on foncerait au Bon génie se faire une manucure express au Nail Bar, avant de faire chauffer la Visa en s'achetant des fringues. Puis, on prendrait le lunch au soleil, au Cottage Café, un joli bistro dans un jardin. En fin d'après-midi : direction les Bains des Pâquis, farniente sous les rayons du soleil et enfin, apéro". Oui, vraiment une journée de rêve, à consommer et claquer du fric encore. La vie en rose du Geneva Girl's guide semble s'adresser à des créatures fortunées débarquant de la planète Vénus.

La culture: un truc pour se soulager

Ne cherchez pas une adresse de librairie ou la trace d'un théâtre dans ce guide. A part se chicaner pour du chocolat et siroter des apéros, les filles n'ont rien dans le plot, c'est bien connu. Ah si, quand même, il y a deux entrées sur les musées, le Mamco pour se soulager la tête (ah bon) et le musée international de la Croix-Rouge et du croissant rouge où, si vous y allez, les filles: Munissez-vous de vos mouchoirs! Ben oui, la vraie vie est troooooop triste. A pleurer, oui.     

Un guide gag et gadget

Au passage, Helen Calle-Lin y fait son auto-promotion par l'éloge des lieux qu'elle gère et qu'elle auto-présente. On est certes jamais aussi bien servi que par soi-même. Gag ou gadget, le GGG? Un peu des deux. Le sexisme a cela de puissant qu'il permet, en essentialisant une caractéristique, de pouvoir escamoter toutes les autres. Le cauchemar capitaliste s'appelle "la vie en rose". C'est un outil marketing pour dessiner un réel exclusivement consumériste. 

Où sont les hommes?

Ben nulle part, vous n'avez pas suivi? Enfin, si, ils apparaissent ici et là, en tant qu'objets sexuels, quand le guide parle des bains des Pâquis où il est recommandé d'y aller "draguer les Appollons à poil, lors des soirées mixtes". Mmmh, pas sûr que ça soit l'esprit. Cette anthropologie des mâles genevois s'achève sur une psychanalyse sauvage : "Les dames qui débarquent de l'étranger en quête d'amour peuvent avoir un avantage sur les genevoises, qui ont la réputation d'être plutôt réservées. Les hommes locaux adorent les femmes qui se montrent entreprenantes." Certes, puisque la rivalité entre femmes et l'avenir du mâle, il fallait bien un guide pour la perpétuer. 


Le fric c'est chic

Une chose dont on ne parle pas dans ce guide, c'est du fric. Pas de prix, pas de tarifs. Celles à qui s'adresse Genève Tourisme viennent d'une planète où l'on ne compte pas. L'univers des fashionistas ne connaît pas la pénurie de bien. La seule chose qui peut manquer, c'est le temps, donc: " réservez à l'avance. On est toutes d'accord: rien de plus frustrant que de ne pas pouvoir satisfaire ses envies. Alors, pour éviter cris et grincements de dents, contactez les établissements aux numéros de téléphone indiqués dans le guide". Ben oui, pourquoi risquer la crise d'hystérie quand il suffit de prendre son téléphone? Nan mais allô quoi.

Parce que vous le payez bien

Le guide, disponible à Genève Tourisme, coûte 15.- . Il fait l'éloge du privé, de la rivalité et de la futilité en toutes circonstances. Comme l'énonce le site de l'office du tourisme[1]: Oh les filles, oh les filles ! Qu'on se le dise, le Geneva Girls' Guide n'est pas un simple guide. Avec ses bons plans shopping, beauté, bien-être, restos ou encore sorties, il est le must-have pour une virée 100% girly !" Avec le GGG en poche, vous profitez également de p'tits plus : cadeaux, rabais ou encore apéros vous sont offerts. C'est top non ? Alors, appelez vite vos copines et prévenez-les, vous partez en week-end !"

C'est vrai, si vous voulez vraiment être prises pour des connes, les filles, suivez le guide. Personnellement, je ne me réjouis pas de voir arriver les charters de nouilles que semble vouloir attirer à Genève l'Office du Tourisme. Ce guide est une telle source de clichés et stéréotypes, qu'il en devient caricatural. Dans les années 60, ce ne seraient pas uniquement les soutien-gorge qui auraient brûlés, mais aussi le bureau de l'office du tourisme. Et aujourd'hui?

Merci à Genève Tourisme d'arrêter de faire la promotion d'un tourisme bourgeois, décérébré et sexiste; et surtout de s'abstenir de sortir un numéro "mecs", avec la promotion d'un barber-shop, d'une cave à vin, et du Holmes place pour la musculation. On a compris le concept, ce que Genève Tourisme propose de "Genève" se retrouve partout ailleurs, et n'a au final ni parfum, ni sexe, ni identité.      



[1] http://www.geneve-tourisme.ch/fr/a-voir-et-a-faire/attractions/fiche/feed/geneva-girls-guide/

 

 


07:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève tourisme, geneva girl's guide, sexisme ordinaire, gadget, gag, hipsteuse. | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/12/2014

Forfanterie fiscale : Business as usual

La suppression des forfaits fiscaux a été rejetée par 68% des votants à Genève : business as usual serait-on tenté de dire. Tant il est dur de s'attaquer au nerf du capital et tant celui-ci est coriace quand il se sent menacé dans ses intérêts. La droite, dans son entier, pousse un grand ouf de soulagement et valide ainsi le succès d'une campagne basée sur la peur et le déroulement en 3Dimensions du scénario du pire avec beaucoup d'effets spéciaux (merci la chambre genevoise de commerce et d'industrie votre petit clip, c'était digne d'un film de Spielberg). 

Le trouillomètre à zéro

Ils soufflent donc, avec leur trouillomètre à zéro. Aucun riche ne partira, c'est juré, on leur a fait de telles conditions, ils préfèreront crever ici qu'ailleurs. Ils resteront vissés à Genève grâce aux magnanimités que nous leur offrons; leurs rentrées fiscales continueront de nourrir chichement le 1% qu'ils versent au budget cantonal. La Suisse, Genève, son insolente prospérité, ne s'écroulera pas. On a échappé au pire répètent en coeur le MCG, le PLR en passant par le PDC et les Verts libéraux. Franchement, si j'étais un forfaitaire, après cette campagne, je demanderai la gratuité afin ne plus payer un seul centime, vu tout ce que je suis censé amener à la collectivité et la manière dont on m'a ciré les pompes. Tous ces gens que j'emploie, que je fais vivre et mon caractère irremplaçable. Si j'étais un forfaitaire, j'aurai trouvé comique que les tenant d'une préférence cantonale se soient assis dessus pour me faire plaisir à bas prix. Le MCG a montré son vrai visage.  

Le chantage a fonctionné

Tous, unis, conservateurs et défenseurs des intérêts des plus riches, triomphent. Le "business as usual" va continuer. Les intérêts des plus puissants seront préservés. Le chantage a fonctionné. La classe moyenne va continuer de raquer en comptant ses sous et ses fins de mois. Mieux vaut peu que rien. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras. C'est vieux comme le monde. On ne prête qu'aux riches. Tous les autres paient cash.

Toute l'éthique protestante était sollicitée pour ces votations et sa soumission déguisée investie sous les trait de la prudence. Il a suffit de la réactiver pour faire voter le peuple contre ses intérêts. Les prochaines années seront terribles pour les finances publiques et les rentrées fiscales. Les riches garderont leurs privilèges. La droite va maintenant continuer de travailler pour réduire les prestations. Notre démocratie a un arôme de ploutocratie. Mais mieux vaut cela que d'avoir faim. Avale, donc.

Reprendre la main

Le combat pour plus de justice fiscale, donc sociale, reste d'une profonde actualité. Une réforme sérieuse, pour plus de redistribution, est nécessaire. Le triomphe et l'arrogance de certains 'vainqueurs' aujourd'hui ne laisse envisager que le durcissement des lignes de front et des divergences profondes envers ce que signifie faire communauté et vivre ensemble. Il est saisissant que des forfaitaires soient attirés pour venir vivre à Genève sans partager le quotidien des autre citoyens, soumis à des règles d'exception, conditionnés à ne pas travailler. Les status d'exception sont une menace pour la collectivité.   

De Cologny aux abris PC : statuts à la carte

La multiplicité des statuts d'exception, des forfaitaires des villas de Cologny aux abris PC à 50 par dortoirs pour loger les refusés de l'asile, dessine le futur d'une société tellement inégalitaire et fragmentée que les renforts de police et les nouvelles prisons ne pourront éternellement la préserver. Chacun pourra légitimement dire: et moi, pourquoi moi? Vu que chacun sait qu'un autre, suivant sa naissance et son rang, sera traité différemment, d'une manière arbitraire ou plus durement. C'est du contrôle social qu'il s'agit. 

Business as usual, c'est du temps de gagné sur le compte à rebours pour la droite et ceux qui bénéficient du statu-quo. Mais la société ainsi configurée n'ira plus très loin. Elle peut se défendre pour préserver les intérêts de quelques uns, elle ne franchira pas sa butée. A voir si ce seront les particules fines, les grèves ou les émeutes des sans-toit qui gripperont en premier le système. 

Des rapports de force       

La gauche a échoué, c'est vrai. Nous n'avons pas su briser le lien artificiel : suppression des forfaits fiscaux équivaut au départ des super riches; ainsi que l'équation : super riches en suisse = super bénéfice pour la collectivité. Nous n'avons pas su non plus transmettre l'énergie nécessaire aux votants qu'il était dans leur intérêt de supprimer ces forfaits. Nous n'avons enfin pu surmonter la campagne de la peur par une campagne d'adhésion et concrétiser l'attrait des milliards qu'aurait rapporté la suppression des forfaits fiscaux. Le business va donc continuer, comme de coutume. Les statistique démontrent que les super riches dans notre pays sont toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres. Cela ne peut conduire qu'à plus de tensions sociales, des risques d'implosion graves.

Jusqu'ici tout va "bien"

Ce n'est pas de cette votation que viendra un rééquilibrage, même minime. Pas cette fois, le peuple n'en veut pas. Cela va encore comme ça. L'ordre de la cité convient encore, tel qu'il est organisé, des abris PC aux villas de Cologny, des matelas à 6 dans les sous-sol à Curabilis où les matons veillent les malades. Cela va encore, de ne pas monter devant des villas inoccupées autrement qu'en sonnant à la porte poliment avec un flyer pour les votations, et au soir de celle-ci, prendre note de l'avis du peuple, le souverain, et ranger son poing dans la poche.

Boulot as usual

Cela va encore comme ça, car demain il y a le boulot as usual, et ça au moins le peuple connaît. Cela, au moins, ne changera pas: le boulot pour ceux qui s'y accrochent, encore. Et pour les autres... les yeux pour pleurer et la consolation de se dire que ça pourrait être pire encore, les riches auraient pu se barrer, la maladie frapper et le logement être perdu (pour ceux qui en ont encore un).

Bullshit as usual:  la peur, crainte individuelle de tomber.   

Y opposer l'urgence de faire corps.




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28/11/2014

Les forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre

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Les forfaits fiscaux sont une prestation avantageuse offerte à 5702 personnes étrangères résidant en Suisse qui ne paient pas d’impôts sur le revenu ou la fortune, mais uniquement sur leurs dépenses. Ces dépenses sont évaluées d’une manière opaque. Les forfaits fiscaux rapportent peu à la Suisse. Moins d’1% du budget cantonal, encore moins au niveau fédéral. Les supprimer le 30 novembre ne mettra pas en péril les finances publiques. Au contraire, elles y gagneront. Supprimer les forfaits fiscaux c’est assainir les finances. Seuls ceux qui n’oseront pas dire OUI n’y gagneront rien.






Les forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre car :


·      ils sont anticonstitutionnels. L’article 8 de la Constitution Fédérale rappelle l’égalité devant la loi. Il est inadmissible que des contribuables étrangers aient des avantages dont des contribuables suisses ne bénéficient pas. Pourquoi un étranger fortuné payerait-il moins d’impôts que d’autres contribuables du canton de Genève ? Combien de millionnaires suisses partent vivre à Londres aujourd’hui parce qu’ils ne peuvent trouver forfait fiscal à leur taille ? Cette exception à la loi est une injustice. Elle fait perdre de l’argent aux collectivités.  

 

·         ils mettent en danger le financement des prestations publiques à long terme. Le financement d’écoles, de crèches, de transports publics, de complexes sportifs, de lieux d’enseignements, de policiers, sont soumis à des arbitrages difficiles. Est-il juste que des riches étrangers viennent trouver en Suisse une qualité de vie et une qualité de service enviés dans le monde entier sans en payer le juste prix ? Non. Cela n’est pas juste.

 

·    ils sont un fardeau pour la classe moyenne. Les super riches reçoivent une prestation avantageuse financée par les classes moyenne qui compense ainsi l’argent perdu et paie en conséquence plus d’impôts. Supprimer les forfaits fiscaux, c’est alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne.

 

·         ils fragilisent la cohésion nationale. Aujourd’hui, sur les 5702 forfaitaires fiscaux, plus de la moitié se trouve dans les cantons de Genève, Vaud et Valais. Les super riches se déplacent d’un canton à l’autre en fonction de leur attractivité fiscale. Avoir un taux unique au niveau national, c’est éviter aux super riches de nous balader au jeu du bonneteau des riches, escamotant leurs revenus et fortunes en nous les faisant miroiter. Nous ne voulons de ce jeu qui berne la collectivité.  


·        les gens en ont marre de payer autant d'impôts pour bénéficier de moins de prestations. Les super riches ne doivent pas avoir de statut spécial pour échapper à l'effort collectif.  

  

oui_30_novembre.jpgLes forfaits fiscaux seront supprimés le 30 novembre car :

 

·   le chantage est l’arme des faibles. Ceux qui avancent que les super riches partiront manquent d’arguments. Ils n’ont que la peur pour en imposer. Dans les faits, depuis 2009, 5 cantons : Zurich, Appenzell Rhodes-Extérieures, Schaffhouse, ainsi que les 2 cantons de Bâle ont abolis les forfaits, sans conséquence pour leurs finances publiques. Le patron d’Ikea,  Ingvar Kamprad — fortune estimée à 35 ou 41 milliards a quitté la commune d’Epalinges sans conséquence notable sur les finances de la commune. Les super riches sont en Suisse pour la qualité de ses installations, sa sécurité, tranquillité, ses moyens technologiques et ses infrastructures. Ils y resteront car ils y trouvent plus que leur intérêt. Et si certains devaient partir, l’augmentation des impôts de ceux qui restent compenseront  les départs. Avec le oui, au mieux on gagne, au pire rien ne change.


·         ces forfaits sont immoraux. Les tenants des forfaits avancent le fait qu’en cas de décès, les droits d’héritage vont à la collectivité. Doit-on vraiment être charognards au point de souhaiter que de vieux riches viennent crever en Suisse ?  Il est plus juste de les taxer de leur vivant. 

 

·         la collectivité a tout à y gagner. Aujourd’hui, les forfaits fiscaux coûtent 2 milliards par an à la collectivité. Les cantons de Genève, Vaud, Valais, sont ceux qui ont le plus à gagner de la suppression de ce statut fiscal. Vous voulez une nouvelle patinoire à Genève ? De nouveaux groupes scolaires ? Ne vous refusez pas le plaisir de voter OUI le 30 novembre.

 

Les forfaits fiscaux : supprimés …. Vous voulez rire ?  

Et si malgré tout, le 30 novembre la peur prenait le dessus et le peuple reculait devant sa suppression ? Il faudra alors envisager le même scénario que celui qui a frappé le secret bancaire. Pression des pays environnants pour que la Suisse cesse ses agissements fiscaux, scandales, érosion de ce statut spécial, dégradation de l’image de notre pays au niveau international, et dans 2 ou 3 ans, abandon des forfaits fiscaux. Nous y viendrons de toute façon, autant prendre les devants. Nous avons tout à y gagner. Les forfaits fiscaux seront supprimés un 30 novembre… 2014 ou 2016, c’est selon, mais c’est inéluctable. Choisissons de le faire pendant que la décision nous appartient, avec un coup d’avance. La stratégie de la peur n’est pas la nôtre. En termes de finances publiques, d’image pour notre pays et notre canton, nous avons tout à gagner en allant de l'avant. Dire OUI à la suppression des forfaits fiscaux, au niveau cantonal et national, c’est juste prendre le risque de gagner gros en supprimant un statut digne des pires ploutocraties.  


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DESSINS :

TOM TIRABOSCO

ADRIENNE BARMAN

HELENE BECQUELIN MOTTET
































Ce texte a paru une première fois le 27 novembre dans la revue Jet d'Encre

http://www.jetdencre.ch/les-forfaits-fiscaux-seront-supprimes-30-novembre-7931.


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25/11/2014

Barazzone: récupération ou plagiat ?

Le new "Geneva Lux Festival" serait né! Vraiment? A bien y regarder, on constate qu'on veut nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

La Tribune du jour nous présente un scoop. De singulières sculptures survolent la Ville! [1] Un nouveau concept d’œuvres lumineuses serait en chantier! Mazette, on prendrait presque le journaliste Mertenat au mot en découvrant le new « Geneva Lux Festival » tellement c'est beau et poétique. Il n'y a pourtant rien de neuf dans ce concept qui prétend pompeusement allier "modernité, tradition et innovation technique et artistique".[2] Ce concept a 10 ans. Nouvel éclairage : même concept, on nous en met plein les yeux avec les paillettes de la communication. Derrière: c'est du vent.  

Ceci n'est pas une lanterne

Le "Geneva Lux festival" n'est pas une nouveauté du conseiller administratif Guillaume Barazzone, ni la première édition d'un festival. C'est une simple mise à jour (un relooking diraient les new communicants) d'un projet initié par Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, en 2006, suspendant les mêmes oeuvres de l'artiste Cédric Le Borgne. Quelques photos souvenirs illustrent le simple copié-collé que réalise Guillaume Barazzone. [3]

Ce que l'on apprend à tout étudiant de 10 ans, c'est de citer ses sources. Un conseiller administratif serait-il soumis à d'autres règles que celles de l'honnêteté intellectuelle? Doit-on parler ici de plagiat politique ou le mot récupération est-il plus juste quand on s'attribue les mérites d'un autre sans prendre soin de le nommer? 

2006                                                         2014

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Qu'un magistrat s'attribue les mérites d'un autre sans le citer n'est pas brillant. Prétendre faire du Festival Arbres et Lumières un new " Geneva lux festival" est tape-à-l'oeil. Le procédé est vieux comme le monde, il consiste à faire prendre des vessies pour des lanternes. Seuls les benêts seront ébahis, les autres demanderont plus qu'un simple positionnement différent de statuettes et un beau discours estampillé 2014. Moins de communication, plus de création, vite !   

2006                                   2014

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Barazzone roi de la récupération

Barazzone n'en est pas à son coup d'essai en matière de récupération. Déjà le fameux "Urbanature" lancé en grande pompe le 20 mai 2014 reprenait les choix faits par son prédécesseur Pierre Maudet. Hop, un peu de plastique sur des chaises en bois, hop quelques pots déplacés ici et là et une grosse tartine de communication pour vendre le tout. Voilà comment on réinvente la roue à chaque législature. Est-ce suffisant pour faire croire que l'on innove et développe de véritables projets pour la Ville ? En tous les cas, si la population n'est pas dupe, les journalistes se laissent plutôt facilement berner avec une servilité étonnante. Où est passé leur esprit critique? 

 Pierre Maudet, chaise en bois.      Guillaume Barazzone, chaise en bois + plastoc.

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Un vernissage 

Ce vendredi 28 novembre aura lieu le vernissage du new « Geneva Lux Festival » sur le pont de la Machine. Manuel Tornare sera-t-il convié à la fête ? Ce serait la moindre des choses de le convier afin que ce qui appartienne à César soit rendu à César, et que Guillaume Barazzone ait l'humilité de reconnaître qu'à défaut de créer on peut toujours recycler, et que la finalité d'une communication n'est pas uniquement d'être au service d'un projet de vente politique, mais sert aussi à replacer un projet dans son histoire collective. 

L'ère du tout à l'ego?

Si la politique événementielle et spectaculaire prend les tics de l'art contemporain pour sa mise en scène et ses agencements, il nous faut garder un esprit critique. En effet, au-delà de l'image, sur le fond, que penseront les étudiants sermonnés pour plagiat ou les petits enfants guignant la copie de leur voisin si les politiques font de même en toute impunité, oubliant leur valeur d'exemplarité et de modèles résistant aux tentations de s'attribuer tous les mérites de projets qu'ils n'ont pas conçu. Récupération, plagiat, des mots forts? Certainement.

Comment résister aux lumières hypnotiques du tout à l'ego ?    


[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/soir-venu-singulieres-sculptures-survolent-ville/story/24813075 

[2]http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/manifestations-evenements/geneva-festival/

[3]http://blog.athos99.com/yalil/

12:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, barazzone, urbanature, geneva lux festival, art contemporain, politique, modèle | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/11/2014

Grève TPG : l'échec du Conseil d'Etat

1625536_10152795421331826_301594468449128811_n.jpgOn va leur montrer que les petits ont encore du poil au cul! C'est ainsi qu'un conducteur décrit l'action de grève des Transports Publics Genevois ce 19 novembre. Et en effet, les petits se sont mobilisés! Pas un véhicule ne sort. La mobilisation est massive. Aucun conducteur ne prend place derrière les volants. Les mécanos, les rouleurs, tout le monde est à l'arrêt. Les prises de parole se succèdent. La grève ne vise pas les usagers, elle s'adresse au Conseil d'Etat. Cette grève est un coup de semonce, un avertissement. Elle concerne tout le service public, les travailleurs.

 

Les petits résistent sous la pression

Il y a bien eu des tentatives de la direction de faire plier les plus jeunes, leur offrir une paie augmenté, des petits coups de fil le soir d'avant: menacer leur emplois, appeler des sous-traitants. Rien n'y fait. Petites manoeuvres sans envergures. Le mouvement est compact, très suivi. Rien ne roule. Les sous-traitants engagé à l'arrache par les TPG pour fait rouler quelques véhicules sont rapidement retournés au dépôt. Pris à partis par les usagers en colère, leur sécurité était en jeu. On n'arrête pas un mouvement de fond avec des mesurettes.

Un mouvement large, légal et légitime

Aux dépôts, pas de violence, pas de colère; de la résolution et de l'engagement. Autour des piquets de grève, l'ambiance est sérieuse. Rien ne bloque les trams au dépôts du Bachet. Simplement, personne ne veut les faire rouler. Aucun emploi de la force, pas de véhicule bloqué, aucune prise d'otage. Le mouvement est pacifiste. Il y a ici simplement des travailleurs à bout qui disent STOP, ça suffit de tirer sur la corde et de faire porter aux petits tout le poids des efforts. 

Seul le dialogue paiera

Quelques jeunes conducteurs, mis sous pression par une direction irresponsable, pensent à sortir. Ils en sont dissuadés par le dialogue et les conducteurs plus expérimentés. Pourquoi aller au casse-pipe isolés, alors que les chefs de service sont bien au chaud, que l'on ne voit nulle part Barthassat sur le terrain ? Le Conseil d'Etat a laissé tomber les TPG, proposant un contrat de prestation qui supprimerait plus de 100 emplois. Et ce serait aux petits de payer le prix fort d’une gestion désastreuse du Conseil d’Etat; d'assurer le service alors que les moyens pour le faire sont coupés ?

Luc Barthassat perd les pédales

A la télévision, sur Léman Bleu mardi soir, Le Conseiller d'Etat en charge des transports, Luc Barthassat, s'essayait à l'intimidation [1]. A la radio suisse romande, ce mercredi, il récidive [2], et annonce encore des sanctions contre les grévistes (alors que le droit de grève est garanti dans la constitution fédérale, art.28 et dans la constitution genevoise, art.37) Il demande à son collègue Maudet d'envoyer la police. Cela fait rigoler dans les dépôts. Les policiers sont venus ce mercredi matin... et se sont déclarés solidaires du mouvement de grève! Rien, aucune infraction n'est à constater. Les travailleurs et travailleuses des TPG exercent leur droit le plus strict.

Monsieur Barthassat se trompe lourdement en menaçant les grévistes. Il montre tristement combien le Conseil d'Etat a mal anticipé et gère très mal cette crise, l'aggravant par un durcissement de ton sans concertation ni compréhension de la situation sur le terrain.  

Longchamp se tait, Maudet se cache, Barthassat menace

François Longchamp se fait discret, Maudet se cache, Barthassat délègue et menace. C'est la cacophonie au Conseil d'Etat. En attendant, les usagers sont laissés sur le trottoir et râlent légitimement. Mais qu'ils ne se trompent pas de cible. Ils ne sont pas pris en otage par les travailleurs des TPG, qui défendent un service public de qualité et fiable ; ils sont laissés à l'abandon par un Conseil d'Etat à la ramasse.

Une journée de gêne pour éviter des années de galère

La grève est un droit des travailleurs et un échec de la gouvernance. Cette grève d'une journée est un coup de semonce. C'est une journée de gêne pour les usagers afin d'éviter des années de galère. Le Conseil d'Etat s'est planté. Qu'il en assume les conséquences. Monsieur Barthassat est le patron, il doit prendre ses responsabilités. Il ne peut continuer de faire des sondages, de la communication douce ou prendre des mesurettes sur la mobilité et évacuer la gestion de fond des mouvements de contestation. Le Conseil d'Etat veut poursuivre une politique d'austérité sur les services publics en faisant payer le prix cher aux usagers et aux usagères ? Qu'il revoie ses petits calculs et surtout que Monsieur Barthassat se mette au travail, remplace ses menaces par le dialogue social. Sinon, la situation de la mobilité à Genève risque encore de se détériorer.



[1] C'était dans l'émission Genève à Chaud du mardi 18 novembre (à partir de la 22e mn que Luc Barthassat, ministre genevois des transports, envisageait déjà des sanctions contre les grévistes (intimidation), ainsi que l'envoi de la police

« J’ai demandé au directeur des TPG qu’on aille au-delà du service minimum, parce qu’on en a les capacités au niveau des gens qui veulent travailler. C’est un syndicat sur trois qui demande à faire la grève. Ce syndicat est minoritaire. Et si demain, ce syndicat se met en travers des portes pour ne pas laisser travailler les gens qui ont envie d’y aller, eh bien il y aura des sanctions qui seront prises. Les services de M. Maudet sont avertis. Ils seront présents. Et normalement, le service minimum est assuré à partir de 06.30h demain matin. (…..) S’ils se comportent mal, oui, on leur enverra la police. La police sera présente. »


[2] http://www.rts.ch/info/regions/geneve/6315090-luc-barthassat-promet-des-sanctions-apres-la-greve-des-tpg.html

 



12:14 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grève, tpg, genève, conseil d'etat, arrêt. | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/11/2014

Du forfait fiscal... à Champ-Dollon

Je suis un forfaiteur fiscal, la magouille ça me connaît. [1]  Je remercie les bonnes âmes qui ont essayé de me  décrire comme un généreux bienfaiteur, soutenant l'économie locale, faisant travailler des femmes de ménage et des menuisiers, mais la réalité est tout autre. Je suis un forfaiteur fiscal. Le bien de la collectivité m'importe peu. Mon objectif, c'est le rendement personnel et la maximalisation de mon intérêt. Mon but est de payer le moins d'impôts possible, de truander légalement la collectivité. Merci encore à celles et ceux qui soutiennent le forfait fiscal pour leur complicité. Je suis un forfaiteur fiscal, un falsificateur, mais je ne pourrai réussir seul.

Donnez donnez donnez moi (le fisc me le rendra)

Aujourd'hui je suis en Suisse, demain je serai ailleurs. Cela ne dépend pas des cadeaux que vous m'offrez, mais de la quantité de sang que j'aurai pu vous pomper avant de filer. Je flaire les bonnes opportunités, merci de m'accueillir. Quand j'aurai bien bu, j'irai ailleurs. Merci pour votre générosité. Vous ne voulez pas me donner un peu de liquidité encore? Franchement, je n'en attendais pas tant. Merci.

Je suis un forfaiteur fiscal. J'ai un statut spécial, comme le tique, le parasite, j'aime avant tout le silence, la discrétion et la chaleur. Je vis sur la collectivité. Qu'elle se saigne, compte ses sous, sans avoir le loisir de voyager pour optimaliser sa niche fiscale. Moi, je migre. J'ai droit à un statut personnel. On est 6000 comme moi en Suisse. C'est un club très select. La démocratie, c'est pour les pauvres. Sur moi, elle ne s'applique pas. Les règles, on les fait à ma taille. Je les édicte, je ne les suis pas.  Mon fric parle pour moi.

Du forfait fiscal à Champ-Dollon

Aujourd'hui, je vous écris de Champ-Dollon. Je n'aurai pas dû pousser l'escroquerie trop loin. N'étant pas de nationalité suisse, n'exerçant pas d’activité lucrative en Suisse, j'avais tous les critères qu'il fallait pour être tranquille. J'ai pris des risques, compris vos avantages comme une invitation à me mettre à l'aise. Pour ma défense, je n'ai pas fait grand chose de mal. D'abord une petite escroquerie à 2 millions de dollars, ça aurait pu passer inaperçu, vu que je ne remplis pas de feuille d'impôts. Hop, ni vu ni connu: une paille. Je n'aurai de toute façon jamais été imposé dessus. J'ai pris vos largesses pour une invitation à en profiter d'autant. Ai-je mal compris ?

Dal Busco abusé

Ce qui m'a fait tomber, c'est ma gourmandise. J'avoue, j'ai récidivé pour plus d'un million cette année, c'en était trop pour la justice. Ne demandez pas à Monsieur Dal Busco s'il  a vu passer quelque chose depuis son département des finances. Peu de fric dépensé et que du pur forfait: rien de plus que l'opacité. Ni vu ni connu et Dal Busco abusé. Pour sa gouverne, je n'existais presque pas. Je suis un forfaiteur fiscal comme les autres, réglo. Je ne suis personne. Mais il paraît même que je vous rapporte de l'argent. Ah, les petits suisses, vous êtes vraiment des bisounours, c'est merveilleux d'être invité chez vous.

Quand je sortirai...

Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez inculpé. J'ai le droit de truander légalement la collectivité mais quand j'en fais de même avec des individus vous me mettez en taule? Pas très lisible votre système finalement. Heureusement, j'ai encore quelques politiciens de mon côté, la chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève pour défendre mes forfaits fiscaux, sinon je serai vraiment dans la misère. 

Je vous écris de Champ-Dollon. Vraiment, cette prison ça craint, vous devriez investir un peu plus pour l'agrandir. Je me retrouve avec des droits communs. Pourtant, je n'ai rien à faire ici. Je suis un forfaiteur fiscal, pas un criminel. Ne me jetez pas la pierre. Vous m'avez donné l'occasion de vous sucer, m'avez tendu la jugulaire. Si vous n'aviez pas un statut si attrayant pour vous saigner, je ne serai pas venu chez vous. Qui sait, je serai peut-être même allé escroquer ailleurs.

Ce qui est extraordinaire, c'est que vous puissiez voter le 30 novembre pour supprimer ce statut d'exception. Et ce qui est incroyable, c'est que vous allez peut-être voter non pour laisser tous mes petits copains continuer de vous gruger et se goberger sur votre dos.

Bon, j'avoue.
 
J'exagère.
 
Mais si c'était à refaire, je recommencerai
 
L'appât du gain, vous comprenez....
 
Mais si vous ne votez pas OUI le 30 novembre à la suppression des forfaits fiscaux.
 
Promis, je me les renégocie.
 
Bande d'ingrats, de bisounours, de communistes !
 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-couple-est-suspecte-d-une-arnaque-ecologique/story/11977306

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : forfait fiscal, abus, prison, escroquerie, dal busco | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/10/2014

Passage piéton: piège à cons?

Chaque jour sur les routes, deux piétons sont gravement blessés et un peu plus d'un en moyenne y perd la vie chaque semaine. Pour l'année 2013, en Suisse, ce sont 69 personnes qui ont laissé leur peau sur le bitume… la plupart du temps sur des passages piétons. 723 piétons ont aussi été grièvement blessés. Les aînés paient le plus lourd tribut. Plus lent à traverser, confrontés à des feux toujours plus rapides pour laisser filer les flux de voitures (la priorité étant donné avant tout aux véhicules à moteur et aux cadences commerciales des transports publics), ils se retrouvent très exposés car non-protégés par une carlingue de métal. Risquer sa vie sur un passage protégé : quel paradoxe. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 est sans appel. [1] Le niveau de sécurité et les accidents frappent avant tout les piétons et les cyclistes de plein fouet. Pourtant, le Conseil d'Etat genevois refuse toujours de mettre en oeuvre l'Initiative 144 pour la mobilité douce qui demande des traversées piétonnes attractives et sécurisées en nombre suffisant sur l’ensemble du réseau de routes primaires et secondaires.

 

Cycliste, piétons: même combat

Dans neuf accidents sur dix ce sont les véhicules à moteur qui sont responsables des accidents. Voilà qui bat en brèche la thèse de "cyclo-terroriste". Il est certes plus facile de pointer du doigt quelques cyclistes qui slaloment dans les parcs entre les piétons à 15km/h que de s'attaquer vraiment à la racine du problème, la prépondérance encore massive du tout-bagnole et des boulevards à flux continu de voitures roulant à haute vitesse en ville. A l'avenir, les nouvelles technologies et des distractions accrues vont menacer encore plus les aînés, les enfants, et les cyclistes. Le vieillissement de la population va exposer toujours plus d'aînés à un environnement urbain de plus en plus dangereux. Chez les cyclistes et les piétons, la baisse des dommages corporels graves est plus faible que chez les autres usagers de la route. Les piétons sont le plus touchés par les blessures mortelles, à savoir 3 fois plus que les occupants de voitures de tourisme. La létalité des motocyclistes et des cyclomotoristes est elle aussi accrue, ce qui peut expliquer pourquoi, tassés entre portières et trottoirs, les cyclistes cherchent finalement refuge sur les trottoirs...

Passage piéton : piège à cons

La politesse se perd. Un passage-piéton n'est plus un signe automatique qui fait ralentir les conducteur. Au contraire, il n'est pas rare que des piétons y poireautent de longues minutes avant de finir pas s'élancer en désespoir de cause, risquant leur vie. Une solution ? Mieux éclairer les passages piétons, les équiper de feux et surtout laisser un temps suffisant pour que les aînés puissent traverser.   

Comme l'évoque le rapport annuel du bureau de prévention des accidents, les cyclistes constituent le groupe d’usagers ayant le plus d’accidents graves (27%) en Suisse alémanique, suivis des piétons (24 %). La part des motocyclistes qui subissent des dommages corporels graves y est «seulement» de 21 %. En Suisse romande et au Tessin, les usagers le plus souvent impliqués dans les accidents graves sont les motocyclistes, suivis des piétons. Ces différences reflètent avant tout le trafic modal des trois régions linguistiques suisses. En résumé : on meurt moins sur les vélos en suisse-romande tout simplement parce qu’il y a moins de personnes qui osent se risquer sur la route ! Il y aurait donc probablement plus de cyclistes sur les routes si ces dernières étaient sécurisées et si des mesures drastiques de protections étaient prises, ce qui réduirait les frais des transports publics et ferait faire des économies sur les réfections des routes et des installations routières pour lesquelles trop d'argent est encore dépensé (bitume phono-absorbant, réfections constantes, nouveaux marquages).

Cyclo-terroristes ? Cyclo-cibles plutôt. 

Cyclo-terroristes vous dites ? A voir. Les conducteurs de voitures causent 66% des collisions graves, les cyclistes à peine 9%. Et ce ne sont pas les risques pris par les cyclistes qui les mettent en péril. Dans la grande majorité des cas, c’est le refus de priorité par les véhicules à moteur ainsi que leur vitesse, qui est en cause. Evaluant mal la vitesse des usagers plus lents ou plus petits, les véhicules à moteur les exposent à la mort.

Selon que vous avez deux ou quatre roues...

Il n’y a pas de cyclistes ou de piétons terroristes, il n’y a que des bipèdes et cyclistes survivants dans une jungle urbaine ou la norme c'est encore: celui qui a la plus grosse carlingue et le plus gros moteur passe en premier. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 rappelle quelques faits et vérités. Il serait bon que les décideurs politiques et notamment Monsieur Barthassat s'y intéressent sérieusement. Et pour les autres, selon que vous avez deux, ou quatre roues, ou pas de roue du tout : Bonne route...

Ou plutôt : bonne chance.



[1] http://www.bfu.ch/fr/Documents/07_Medien/SINUS_2014_FR_Internet.pdf


 

10:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voitures, accidents, piétons, mortalité, cycloteroriste, initiative 144. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/10/2014

Genève a quatre étoiles au Routard

index.jpgGenève Ville d'art et de culture, c'est le joli titre que le guide du routard consacre à notre Ville. Tout habitant se retrouvera flatté que notre cité entre dans la célèbre collection du guide des bourlingueurs et bourlingueuses. Il y ressentira aussi probablement un petit orgueil cocardier et provincial d'être reconnu par ceux de la capitale culturelle: Paris bien sûr, et pour les plus chanceux adoubé d'un petit autocollant "Guide du routard 2015" mis sur la porte de son restaurant, de son café ou sa cabane à kebabs, le distinguant ainsi des concurrents et néanmoins amis. [1]

 

Des musées sinon rien?

En y regardant de près, on est un peu déçu. On s'étonne tout d'abord que la dimension patrimoniale prenne tant de place. On croyait le Routard sortant des chemins battus, explorateur et facilitateurs de détours, on le retrouve très classique, faisant l'éloge (longue) des institutions muséales. En voilà des routards bien polis et gentils! L'intérêt pour l'architecture est certes habilement introduit par le biais de ballades urbaines reprenant avec profit le thème des sentiers culturels déjà développés sur le site de la Ville de Genève[2]. On reste pourtant sur notre faim. Les grands noms du panthéon genevois éveillent notre intérêt. Il est toujours bon de réviser ses classiques, mais cela manque de piment. Que la culture genevoise soit trustée par Dunant, Hodler et Rousseau: sans vouloir renier notre belle histoire, donne l'impression de retourner à l'école. Alors: guide du routard ou manuel historique? Guide du routard ou Genève pour les nuls? A vous de voir.     

Le Routard est rentré dans le rang

Ce qui est clair c'est que le Routard n'est plus un guide exploratoire qui nous sort des sentiers battus. C'est fini. A le lire, on a plutôt l'impression d'avoir le guide bleu Gallimard ou Michelin en main. C'est tranquille, ça ronronne, suit son cours. A l'image de Genève? N'y cherchez ni l'émergence de lieux alternatifs, l'histoire des squats de Rhino à Artamis et leurs descendances, ni des bons plans de dernière minute. Le Routard ne s'y est pas attardé. Même la cave 12 est évacuée. Le Routard a désormais l'âge des voyages paisibles et des traversées en mouettes, préfère le Barocco au café Gavroche. Le guide, cossu avec sa couverture glacée et cartonnée, d'un classicisme convenu fait des infidélités à la publication qui a fait ses lettres de noblesse en enjambant les nids de poule. Si Genève reçoit 4 étoiles du Routard, le Routard aussi est upgradé. Et ce ne sont pas les petites incises peu drôles placées entre parenthèses (pour faire détendu?) qui nous permettront de rire un peu. L'écriture est empâtée, sans âme, sans risques, exhaustive et pédagogique. On en ressort fasciné par la richesse que Genève dispose et propose, mais on s'ennuie vite de ce savoir encyclopédique exposé sans visée. Un guide qui n'ose sortir des sentiers battus, c'est comme un musée fermé les dimanches. 

Un cadeau pour Noël

C'est probablement un cadeau que l'on fera pour Noël à un cousin français, ou que l'on ressortira pour accueillir ses visites, pour la fête des mères ou le dimanche de Toussaint; mais pour venir à Genève, et essayer d'y trouver autre chose que ce que l'office du tourisme propose, on repassera.

On cherchera en vain dans ce guide le regard décentré ou étonné de celui qui découvre un nouveau lieu et nous fait partager son étonnement, la pointe ironique de l'autre, du voisin. Le Routard a perdu en route de son humour. Il semble, à Genève, trop installé chez lui et se perd dans un luxe de détails. Sa typo taille 3 (minuscule) ne fera pas le régal de ceux qui n'ont pas de très bons yeux pour y voir clair.

Un guide bien comme il faut

Le guide est non polémique, non politique, évite tous les sujets qui fâchent. Diable, des français qui écrivent un guide sur Genève et n'évoquent même pas la question du MCG et son obsession des frontaliers, tout fout le camp. L'art et la culture ne sont décidément pas militants chez le Routard. L'intérêt principal de ce guide réside finalement, hormis les quelques clins d'oeil que les genevois-e-s découvriront sur leur ville, dans la manière dont il choisit de découper le champ culturel et de mettre en valeur ce qui permet à une collectivité de se revendiquer d'art et de culture.

Pour le Routard, au risque de me répéter, on l'aura compris, ce sont les musées d'abord, les musées ensuite, les musées toujours. Les gros les petits, ceux qui ont une grosse programmation ou une petite, les blancs, les rouges, les privés, les conformes. On a même droit au musée des sapeurs pompiers! (mais on oublie bêtement celui de l'association pour le patrimoine industriel). L'horlogerie, elle, montre les dents et se taille sa part du lion, que ce soit sur le plan historique ou par ses musées (encore!). 

Le Routard n'aime plus la diversité

La danse? Oubliée. Les théâtres? évacués sur deux minuscules pages seulement. La littérature? La Maison de Rousseau et de la littérature est évoquée en passant et la Fondation Bodmer brossée; toujours dans le sens du poil bien sûr, mais sans attachement particulier. Rien sur les bibliothèques de la Ville et la BGE, les événements littéraires (Poésie en Ville, Fureur de lire) ou le salon du livre. La jolie galerie rue de l'industrie ? - ah les traîtres! Sur la rive droite, ils ont préféré, aux Grottes, nous emmener au quartier des Nations. Le Routard préfère l'ONU à saveurs et couleurs, l'esprit soixante-huitard a vécu. La Bande Dessinée passe à la trappe, hormis Tintin, Cosey, Astérix et Zep. Et ciao bye Papiers gras! On aurait aimé qu’Exem, Alois Lolo, Tirabosco, Wazem, Alex Baladi, Chappatte, Albertine, si intimement liés à la ville, soient honorés, et l'histoire fascinante des halles de l'île rappelée. Les festivals de cinémas, d'une incroyable vitalité, que Genève abrite en nombre, ne sont pas évoqués. Genève ville de cinéma? ( la ville avait le plus grand taux de cinémas par habitant jusqu'à peu en Europe), Godard?  Que nenni. Le cinéma Nord-Sud est oublié. La Réforme, et les églises voilà ce que Genève semble (encore!) faire de plus cinématographique. Long plan séquence devant le mur des réformateurs. On en ressort un peu barbouillé. 

Un guide pour les musées: une ville muséifiée?

Bon, on l’aura compris, les arts vivants, les arts de la scène n'ont pas droit de cité dans le Routard. Une culture qui se visite doit être une culture assignable dans la durée et territorialisée. Il en ressort l'impression trouble d'une ville muséifiée. C'est le risque fatal de tout guide, et le Routard est tombé dedans. Au moins s'évitera-t-il le travail des mises à jour lors de possibles rééditions. On aurait souhaité un guide plus diversifié et équilibré.   

A la vision conventionnelle et convenue de la culture et de l'art que le Routard nous convie, dans un coffrage tiède, a-politique, a-conflictuel, sans arriver à aller plus loin que la visite de politesse à une Ville qui paraît bien bourgeoise, nous regrettons le manque singulier de coups de coeur, de rage, d'émotions, de passions et de choix pour donner envie à un public de vivre la ville et pas seulement la contempler comme derrière une vitrine.   

Ce guide du routard, dans son genre muséal, est exhaustif. On y apprendra de jolies anecdotes sur la cité, Napoléon, Jules César et Lénine sont sanctifiés. Mais qui aime bien châtie bien selon le dicton. Sans être maso, il nous aurait semblé intéressant que le Routard soit moins gentillet pour que l'on n'ait pas l’impression qu’il ait aimé Genève autrement que pour relayer les informations de la Fondation Genève Tourisme et Congrès et remplir ses hôtels le week-end. 

Si ce qui est bon pour la culture et l'art ne l'est pas toujours pour le tourisme, faut-il vraiment croire que ce qui est bon pour le tourisme est bon pour l'art et la culture? Pas sûr. Ni certain que ce guide soit suffisant pour attirer à Genève les touristes de Bordeaux, Nantes et Paris. A voir... Mais en attendant, Genève a ses quatre étoiles au Routard. Bravo. 



[1] http://www.routard.com/guide_agenda/geneve.htm

[2] http://www.ville-geneve.ch/promenades/sentiers-culturels/

 

11:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : routatd, genève, guide, carte, culture, arts | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/10/2014

Le PS: parti de bobos de pédés et de blacks?

Peut-on être socialiste et travailler au Mac Do? Etre socialiste et oeuvrer dans une banque; être un petit patron et s'engager au parti ? Ou plus précisément : peut-on être socialiste et travailler au WEF (World Economic Forum)? C'est la question que Jérôme Béguin, journaliste à Gauchebdo pose d'une manière péremptoire dans un édito intitulé « il faut le dire » en date du 10 octobre[1].

Avis avec oeillères

Pour lui, non, ce n'est pas possible. Le PS ne peut pas "se croire permis d'offrir aux suffrages des électeurs de gauche une senior manager employée du WEF" (sur 33 candidat-e-s). Car le WEF, c'est le mal absolu; donc, tous ceux qui y travaillent sont diaboliques, quoi qu'ils y fassent et quelle que soit leur vie en dehors du boulot. Il est toutefois piquant de constater que Gauchebdo publie en page 5 du même journal un excellent article d’Emmanuel Deonna, candidat ps au conseil municipal (!). Démonstration faite que virulence ne rime pas toujours avec cohérence.[2] 

Une extrême gauche de façade

Je souhaite réfléchir un peu sur cet édito de Gauchebdo, car il illustre une dérive des positions d’extrême gauche vers l'extrême droite. Voulant figer les identités, avec des jugements manichéens, il se donne le beau rôle, omettant de voir que les marges de résistance et de manœuvres sont multiples. Ce journaliste se mue en inquisiteur, pointant du doigt les socialistes coupables d'apostasie. Quoi?! Etre de gauche et occuper le cerveau de la bête? C'est pourtant ce que Che Guevara recommandait à Jean Ziegler: mener la lutte sur tous les terrains, dans tous les milieux, et avant toute chose là où le pouvoir réside. Ce n'est pas en se mettant une médaille de bonne conduite, en se congratulant d'être "bien de gauche", que l'on gagnera le combat, mais dans la lutte pour plus de justice sociale, où que l'on soit, avec qui que ce soit. Critiquer la liste des candidat-e-s du parti socialiste parce qu'elle serait, selon ce journaliste, majoritairement composée de gens ayant fait des études, fonctionnaires, ou engagés dans des associations, "pas de gens d'en bas travaillant plus de 40h", est un avis de droite. Il fait complètement jonction avec les discours les plus virulents de membres du parti libéral radical comme Adrien Genecand, ou du mouvement citoyen genevois type Carlos Medeiros, affichant un mépris pour la fonction publique et enquillant les préjugés et fantasmes sur une réalité qu'ils n'éprouvent pas.

Ni de gauche ni d'extrême gauche mais de droite

Campé dans une pseudo posture d’extrême gauche, c'est en fait dans une position très confortable imbibée de l'air du temps, où se mêle mépris des gens qui ont fait des études et méconnaissance de ceux qui travaillent sans être estampillé "prolo", que ce journaliste caricature des catégories dépassées. Cela illustre parfaitement ce que Luc Boltanski et Arnaud Esquerre décrivent dans leur livre vers l’extrême, extension des domaines de la droite: une pensée conservatrice et dénigrante de tout ce qui ne lui ressemble pas. [3] On assiste, dans ce livre au décryptage des discours d'extrême droite et sa critique, par exemple, du bobo (catégories fourre-tout permettant de dégommer tout ce qui est contestataire et différent) et dans le renforcement de caractéristiques identitaires magnifiées : l’ouvrier, le paysan, le peuple, etc.,etc.,

Il est temps de faire reset camarades

Cette vision complètement creuse de ce qu'est un ouvrier aujourd'hui n'aide pas à comprendre les situations précaires du quotidien. Qu'a-t-il à envier l'ouvrier à la femme monoparentale qui enquille deux boulots, au père divorcé qui est un col blanc mais n'a plus de logement et doit payer une pension alimentaire, aux travailleurs précaires dans le domaine de la culture qui font leurs 80h par semaine pour des clopinettes; à l'expatriée qui n'a aucune sécurité de l'emploi, un contrat précaire, et se fait harceler au travail? A l'enseignant qui se fait quatre établissements scolaires en simultané, et est au bord du burn-out? etc.,

Pavlovisme racoleur

Ce réflexe pavlovien d'extrémiste "de gauche" figeant toutes les catégories dans le temps est stupide et stérile. La gauche a pour ambition de secouer les catégories, découper le réel autrement, réveiller la pensée, pas de s'y vautrer. Pour ma part, je suis heureux que des membres du PS occupent, aient occupés et occuperont encore longtemps j’espère des emplois dans les domaines les plus variés, à n'importe quel niveau. C'est de l'intelligence collective, des ressources multiples pour comprendre la société et le monde d'aujourd'hui dont nous avons besoin. Ce qui compte, c'est ce que sert le coeur, les actes concrets d'engagements, pas les poses de révolutionnaires de salon.

Penser pour après

Heureusement, la vie est toujours plus souple et dynamique que les fantasmes des extrémistes. Telle camarade qui est passée au WEF travaille maintenant à la promotion du sport pour toutes et tous, et dans le cinéma, telle autre a rejoint une organisation luttant contre la mortalité infantile dans les pays du Sud dû à des maladies considérées bénignes au nord. Sorties du WEF, seraient-elles suffisamment socialistes pour Béguin maintenant? Pourtant leur engagement est le même! Le parti socialiste n’est pas sectaire, il a l’intelligence de s’intéresser à ce que les gens pensent et à leurs actions, pas à leur pedigree. Tant mieux si des personnes socialement responsables entrent en résistance là où ils sont. Je préfère des irrévérencieux engagés à des pédants fussent-ils "de gauche".

Diversité maximale

Pour ma part, je suis fier d’être au parti socialiste. Parce que ce parti accueille des gens de tous horizons, tout milieu social. Parce que ce parti n'est pas un club fermé. Il ne dicte ni les comportements, ni les modes de vie, n'édicte pas de directives sur les emplois occupés. Il n'y a pas de teste de "crédibilité socialiste" à l'entrée pour les personnes qui s'engagent dans ce parti composé de patrons, d'étudiant-e-s, de chômeurs, fonctionnaires, d'ouvrières, de syndicalistes, de femmes, de migrants, de suisses, de vieux, de plus vieux encore, d'homosexuelles, d'hétérosexuels, de croyants, d'athées, d'anarchistes, de frontaliers, de retraités, de jeunes fous; de bobos, de pédés et de blacks, etc.,

Ce qui compte, au final, c'est la posture politique, l’engagement collectif, pas le pedigree essentialiste que certains, à droite comme à l’extrême droite veulent coller sur les gens. Il est inquiétant qu'à « l’extrême gauche » ce courant prenne désormais racine; avec le fantasme de faire rentrer dans la réalité des modes de penser nostalgiques et dépassés.

 

Marx sans Engels n'aurait pas été Marx

D’ailleurs, c’est sans surprise que Pascal Décaillet rejoint cette « extrême » là et reprend sur son blog [4] cet édito « délicieusement assassin de Jérôme Béguin sur l’embourgeoisement des socialistes en Ville de Genève », faisant l’éloge des océans de nostalgie que soulève pour lui ce journal. Bourgeoisie? Marx n'aurait jamais été Marx sans Engels. Le manifeste du parti communiste n'aurait pas vu le jour sans ce fils d'industriel, mécène de Karl Marx. Ces catégories de bourgeois et de prolo sont aujourd'hui à reformuler. Il serait intellectuellement honnête, du côté de Gauchebdo, de venir voir sur le terrain qui sont les candidat-e-s du PS, ce qu'ils ont dans la tronche et le bide, pas se contenter vite fait de lister leurs emplois, leurs passe-temps, ou leur genre uniquement. Il serait surtout politiquement salvateur de saisir, à l'extrême gauche, que c'est contre l'extrême droite que se réaliseront les changements sociaux progressistes, pas en utilisant son registre, contre le PS.

Rendez-vous jeudi à 18h au temple des Pâquis 

La première occasion d’une rencontre est offerte ce jeudi 16 octobre à 18h, au temple des Pâquis (encore un endroit pour bobo), rue de Berne, pour la soirée de lancement de campagne du parti socialiste Ville de Genève ; avec la  présentation du journal Causes Communes, imprimé aux Pâquis, et de tous les candidat-e-s.

Encore une soirée de bobos?

A vous de voir...      

 

[1] http://gauchebdo.ch/pdfs/GH41.14.pdf

[2] A toutes fins utiles, il convient de préciser aussi que la candidate en question s'est retirée de la liste. Une belle preuve de la précision du travail de journalisme mené par Gauchebdo. Faites ce que je dis pas ce que je fais! 

[3] Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Vers l’extrême, extension des domaines de la droite. Editions dehors, 2014.

[4] http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2014/10/10/la-solitude-la-petite-mort-le-partage-de-la-joie-260619.html

09/10/2014

Critical Mass: où est le problème?

La Critical Mass n’est pas un problème. Elle révèle un problème. Celui de l’emprise délirante des voitures dans l’espace public. Une Critical Mass est une déambulation sans moteurs chaque dernier vendredi du mois. Que des gens se réunissent pour se déplacer en vélo, en patins à roulette ou planche et trottinettes est réjouissant. Des dizaines, voire d’une centaine de personne, forment alors un cortège et se déplacent en bousculant l’usage qui veut que les cyclistes doivent rouler à la marge, entre trottoirs et portières sur un espace de 60cm. Après tout, l’espace public est à tous. Pourquoi serait-il confisqué toute l'année par des flots continus de voitures qui s’emboîtent les unes dans les autres d’une manière absurde, bloquant tout déplacement possible? Le trafic rend la vie impossible aux habitants par des pollutions sonores et des taux de particules fines potentiellement mortel.

Le tout-bagnole a vécu

La votation du 28 septembre dernier sur la construction d’un tunnel autoroutier sous la rade et son refus par la population a montré que le tout bagnole à Genève a vécu. Nous sommes à un virage. Les automobilistes sont au bout du rouleau. Si la Critical Mass provoque des tensions, c’est qu’elle appuie au point sensible. Elle révèle la nervosité d’automobilistes ne supportant pas d’être freinés dans leur conduite. La contrainte d’un obstacle sur leur route les exaspère. Certains sont même prêts à rouler sur les gens. Juin 2010 un automobiliste, bloqué par le cortège, sort de son véhicule pour menacer les cyclistes avec une batte de base-ball. 26 septembre dernier, un automobiliste fonce sur deux jeunes, manquant de les tuer. La Critical Mass doit-elle être mieux encadrée ? Certainement. Pas par la police, qui a fait preuve de sa difficulté à accompagner cette manifestation originale, mais par des médiateurs, des travailleurs d’associations mandatés pour accompagner, protéger ce cortège et dénoncer les conducteurs qui ne savent plus céder le passage, tout comme d'éventuels excès de membres de la Critical Mass.  

Mobilité : plus de solutions


Le Slow Up (journée sans voitures) est un événement prisé des familles. Lors de ceux-ci, les routes sont bloquées pour que des cyclistes s’y déplacent en sécurité. Pourquoi faut-il isoler ces journées les dimanches, et en général loin des villes ? Pourquoi Critical Mass, Slow Up, ou Parking Day (occupation de places de parking pour des événements culturels et sociaux) sont connotés en anglais ? Parce que Genève a encore du retard avant de sortir du tout-voiture. Les projets novateurs viennent d’ailleurs, même les américains nous devancent ! Le peuple a voté en 2011 l’initiative 144 «pour la mobilité douce» qui demande des pistes cyclables continues, directes et sécurisées pour le réseau des routes primaires et secondaires. A ce jour, rien n’a été fait. Le Conseil d’Etat tarde à mettre en œuvre une vraie politique de mobilité. La Critical Mass n’est pas un problème. C’est l’esquisse d’une solution : une ville où se déplacer sera un plaisir pour tous. Les habitants ont le droit de respirer et de se déplacer en sécurité par les moyens qu’ils désirent.