sylvain thévoz

28/07/2015

Soirs après soirs

Nous sommes et resterons libres. Libres de nos corps, libres de notre esprit, libres de notre argent gagné à la sueur de nos culs et de nos cerveaux. Libres comme des oiseaux migrateurs habillés de couleurs somptueuses, survolant de très loin la misérable boue où l’on voudrait nous enterrer. – Grisélidis Réal- 

 

Il9dSHLfQH6znRxJ64zLasErJJGEhsujK52BuCZSmxk.jpgMardi.

Les mecs reviennent, en redemandent, ça me valorise. Beckett, quand on lui demandait pourquoi il écrivait disait : « bon qu’à ça ». Je ne dirai pas que je suis bonne qu’à ça, c’est un moment de mon histoire. C’est du provisoire, ça ne va pas durer ; ça fatigue trop les horaires inversés.

 

Se retrouver tout le temps dehors, toute l’année, ça casse. C’est un métier difficile, mais j’ai besoin d’être seule, dehors, ne dépendre de personne. J’aurai pu travailler sur des chantiers aussi.

Tu vois, cet imposant bâtiment du musée d’Art et d’Histoire ? En Italie, j’étais reléguée dans la zone, les troisièmes cercles, ni salon, ni rue mais les zones portuaires ou industrielles. Là-bas, tu as tous les tarés qui viennent, déambulent, tu es livrée à l’extérieur comme une bête. C’est une rude école de vie... si tu survis. J’ai survécu. J’ai eu de la chance. Ici je travaille proche de Valloton, de Picasso et de Braque, avec même une vue sur le jet d’eau. Les banquiers et les avocats pullulent. C’est bon pour moi. Même s’il y a plein de cons.

 

Le bus là-bas, c’est celui de l’association Aspasie qui soutient les travailleuses du sexe. Elle l’ouvre les mardis et jeudis, pour de la prévention. Elle offre du café chaud et des biscuits, des petits sachets en plastique avec des capotes. Tu ne verras jamais un client venir avec son préservatif. De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. La préservation, tu dois te la donner, te la construire, matériellement comme psychologiquement ; être forte de l’intérieure.

 

 

Parfois, on se retrouve six ou sept femmes dans le bus. On se tient chaud, on rigole. Le temps d’un thé, on échange les dernières nouvelles, nos expériences. On finit par se connaître toutes. On jauge les nouvelles, les connes, celles qui ne sont pas réglos et cassent les prix. C’est le trottoir qui prouve qui tient la route, pas le blablabla ou leur frime. Il y a des filles qui viennent deux soirs et que l’on ne revoit plus. Après le bus, on retourne dehors, et c’est chacune pour soi. C’est le boulot avant tout, le boulot qui veut ça.  Les lois du marché.

 

Je suis croyante. L’église russe est plantée là-bas, juste derrière le pont qui barre le boulevard. Son toit bombé se découpe sur le ciel. Je travaille dans un quartier bourgeois. Une partie du périmètre est interdit pour le travail de nuit désormais. On ne passe pas la rue François Bellot, ne met pas nos escarpins sur Rodolphe Töpffer, Galland, Romilly. Même la rue Emilie Gourd, ils nous l’ont interdite. La féministe se retournerait dans sa tombe.

 

nyJ3GWqn-6_6w97ipMh8Frxu1nA_90JY0RmJgg95_Po.jpgLes bourgeois ne veulent pas de filles qui travaillent sous leurs fenêtres. Ce sont pourtant eux, comme tous les autres, que je vois passer en bagnole quand leurs femmes sont couchées, et qui nous emmènent au parking un peu plus loin pour jouir avant de nous ramener.

 

Les bons pères de famille, les papas avec le siège enfant réglable à l’arrière, porte-skis sur le toit, font leurs tours, obnubilés par nos cuisses, obsessionnels de nos nibards, nous éclairant dans leurs phares. Ce sont les mêmes qui nous interdisent de travailler en bas de chez eux. Pour rien au monde, ils n’aimeraient être associés au sexe tarifé.

 

Magistrats, juges, avocats, ils essaient de te baiser sans capotes avant de retourner dans leur lit douillet vers leur femme, prétextant, si madame se réveille et demande des comptes, une réunion qui a trop duré.

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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27/07/2015

L'amour, les lois du marché

eric roset, www.eric-roset.ch

La Prostitution est un Art, un Humanisme et une Science

–Grisélidis Réal- 

 

Lundi.

 

D’abord je me mets devant le miroir, et me regarde à peine. Avant toute chose je me maquille, me recouvre de poudre, de rouge à lèvre, m’étire les cils.

Après seulement, je retire mon sweat-shirt à capuche. Je garde mon portable avec moi ; les petites touches qui s’allument, c’est beau comme un sapin de Noël. Cela me change les idées, comme quand je passais gamine sur la rivière, sautant d’une pierre à l’autre, ça me distrait et j’en ris. A ceux qui m’appellent, je réponds en tout temps.

Je suis disponible. Je peux laisser sonner aussi quand je suis épuisée.

Je sais être ouverte, je peux me refermer très vite.

Je prends mon sac à main, un faux truc en croco, petit compact sur le fauteuil d’entrée. Je dis au revoir au chat ; vérifie qu’il a bien toutes ses croquettes, un bol de lait froid. Je ferme la porte doucement. Cela sent la soupe, le chou, le saucisson dans la cage d’escalier. Pas un bruit, les voisins sont couchés. Il savent être discrets. Je ne les connais pas. Je pense à mon fils. A ma mère qui s’en occupe quand je suis loin de lui.  

De chez moi au boulevard Helvétique, il y a 200 mètres seulement, mais j’y vais toujours en taxi. J’appelle toujours le même conducteur, je le connais. J’ai toujours son numéro sur moi. Il vient me prendre à heures régulières, me ramène à la maison quand je veux, n’importe quand.

Au quotidien, je suis basket et training. J’aime être décontractée à la ville. Travailler, c’est enfiler un costume, changer de personnalité. Ou plutôt : la mettre en veille. Je ne marche pas dans les rues quand je suis de mise pour le travail. Je ne marche jamais sur mes talons. J’aurai trop peur que l’on me prenne pour une pute.

Tu me vois la journée, la nuit, tu ne me reconnais pas.

Tu me vois la nuit, la journée tu ne me remarques même pas.

 

01MbV9fLCBcqlkIffjOJp71fP93A_91NwSyBOgSOj5A.jpgLa nuit - c’est différent - je dois tout faire pour me faire voir. Je dois te montrer, clairement, qui je suis, pourquoi je suis là, et ce que je négocie. Ma présence, c’est du boulot mon gars.

A 23h rien n'est clair. A 2 ou 3h du matin tout le devient. Le costume fait la différence. Le regard que je lance aussi. Il n’a pas la même nature ici et là. Tu la vois la différence ?   

Pour aller au travail, je ne marche jamais sur les trottoirs. Je les arpente quand je bosse seulement. Certains soirs, je vais au boulevard Helvétique, au boulevard des Tranchées, comme si je montais au front.

Bon, je ne sais rien de ceux qui vont au boulot comme à la guerre ; mais j’imagine qu’ils y vont dans la banalité, emportés par le mouvement général, et basta. De toute façon il n’y a plus de lignes de nos jours.

La guerre est partout, tout le temps, et le fric, il faut aller le chercher. Selon les lois du marché.

Certains soirs, je ne sais pas pourquoi j’y vais. Ça va te choquer, mais peut-être parce que j’aime ça aussi, faut croire. Etre dehors et aimanter ces mecs du regard, les dominer aussi. Mais surtout, j’ai besoin de fric. Comme tout le monde. Selon les lois du marché.  

Ce que je fais, je le fais bien. J’ai développé des compétences, un savoir-faire.  Je sais y faire, je suis habile, je suis rapide, les hommes: les mariés, les coincés, les timides, les fatigués du pouvoir, aiment ça.

Je me suis adaptée aux lois du marché.

J'y excelle même. Pourquoi me jugent-ils?

 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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10/07/2015

Barthassat 2.0 : une mise à jour

Je souhaite ici poursuivre le débat engagé par mon dernier billet  : Baby Barthassat et la chose publique. J'ai été surpris par la charge émotionnelle voire passionnelle que ce dernier a déclenché ; étonné aussi par les injures portées à mon encontre par des gens bien en vue de cette société; des élu-e-s, qu'ils soient PLR ou PDC. Certes, Facebook désinhibe fortement, et ceux qui ne goûtent que peu le débat démocratique et la production d'arguments y cèdent trop facilement.

Beaucoup d'amis de Monsieur Barthassat se sont mis sur la défensive suite à mes propos. Ils ont sincèrement essayé de le défendre (comme s'il n'arrivait pas à le faire tout seul); mais peut-être aussi qu'un vieux fond bourgeois les encourageait à vouloir maintenir inaudible ce que tout le monde murmure tout bas. Lorsque quelqu'un soulève cette coutume, il faut alors inévitablement ... le réduire au silence. Pour ma part, il me semble avoir, certes avec engagement, mis des mots sur des actes qui appartiennent à Monsieur le Conseiller d'Etat Barthassat et dont il ne se cache pas du tout : l'exhibition répétée de son fils dans son cadre professionnel.  

 

Pour ma part, les enfants doivent être tenus en dehors de la vie politique

J'ai été sensible aux deux mots que la fille du Conseiller d'Etat a laissé en commentaire de mon billet. Elle y regrette que son frère voit si peu son papa, elle en souffre elle-même. Comme elle s'invite elle aussi dans le débat, j'aimerais rappeler ici que je ne m'adressais pour ma part en aucune manière au fils, à la fille, au tonton, à la tata, au papa, mais uniquement au Conseiller d'Etat en charge du Département de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture. Les enfants n'ont rien à voir là-dedans. Ils devraient, à mon avis, très soigneusement en être tenus à l'écart. Monsieur Barthassat conviendrait-il de cela? 

Il me sera toutefois difficile de plaindre le Conseiller d'Etat Barthassat. Certes, le métier de CE est exigeant, mais il est aussi composé de joyeux moments de détente. S'y ajoute une rémunération plus que correcte. Ajoutez à cela une retraite à vie, cela paraît suffisant pour que nous ne pleurions pas trop sur son sort. Cela rend encore plus surprenants les cris indignés des supporters de Barthassat, voire pathétique la manière dont ils le victimisent. 

Car enfin, un très grand nombre de nos concitoyen-ne-s vivent les mêmes difficultés que le magistrat Barthassat. Ils ne peuvent voir autant qu'ils le souhaiteraient leurs enfants. S'en plaignent-ils ? Ont-ils le choix ? Ils bossent. Emmènent-ils pour autant leurs bambins sur leur lieux de travail le lundi matin avant de le diffuser sur les réseaux sociaux? J'en doute. Vous avez déjà vu une vendeuse avec son bambin à côté d'elle dans un magasin? Vous vous positionneriez comment devant cela?   

C'est leur situation qui m'interpelle et celle des inégalités sociales. C'est pour changer la condition des familles moins nanties, de celles et ceux qui ne disposent pas d'un train de vie de ministre pour faire vivre leur famille, que je m'engage.

Je suis fier d'appartenir à un parti politique qui travaille activement et concrètement à lutter contre les inégalités, que ce soit par le biais de l'instauration d'un congé parental, pour l'augmentation des places en crèche; pour une égalité plus grande entre les femmes et les hommes tant au niveau des salaires que des responsabilités professionnelles ; un parti qui a instauré les frais de garde pour les élu-e-s siégeant au Conseil municipal, afin précisément que vie familiale et vie professionnelle puissent se dérouler d'une manière optimale, sans confusions de genre, ou que l'une ou l'autre de ces dimensions ne soit sacrifiée; et au final que les enfants en paient le prix. 

 

Et si Barthassat faisait son boulot plutôt que de se substituer à Gala magazine ?


Il est normal qu'un fils veuille passer du temps avec son père me glisse la fille du Conseiller d'Etat en bas de blog. Je suis d'accord avec elle. Il me semblerait encore plus normal, à l'inverse, qu'un père se rapproche davantage de son fils plutôt que de l'entraîner avec lui dans ses bourlingues et bastringues politiques, l'affichant à tout va. Mais de cela je ne suis pas juge, c'est du domaine de sa vie privée... pour autant qu'il ne l'étale pas publiquement à tort et à travers.

Car en affichant très fréquemment des images de son fils sur Facebook, en en faisant un sujet médiatique et politique, le Conseiller d'Etat Barthassat a choisi de projeter son fils dans la sphère publique et polémique. A partir de ce moment, il n'y a rien de choquant à en discuter ouvertement et à prendre une position critique sur cette manière de faire. Cela me semble même plutôt sain. Qu'en pensent d'ailleurs les chefs de services et les fonctionnaires qui travaillent sous Barthassat. On leur demande pour voir?    

En s'indignant de ma critique, les amis de Luc Barthassat le défendent mal. Par leurs insultes, ils confortent plutôt ceux qui pensent qu'il y a un problème dans l'approche du fait qu'un gamin de 15 ans se retrouve avec des hauts fonctionnaires à discuter de projets et de leur mise en oeuvre, avant de retourner à l'école comme si de rien n'était pendant que papa Conseiller d'Etat fait des selfies pour facebook.

 

Ce qu'il faut retenir de cette petite polémique ? 

A mon avis, une opportunité pour aborder des sujets importants pour notre République :

Un Conseiller d'Etat ne doit-il pas faire preuve de prudence dans sa manière d'exposer ses enfants en les impliquant dans sa vie professionnelle ?

Comment vie privée et vie publique se délimitent-elles à l'heure des réseaux sociaux; un élu à l'exécutif peut-il tout mélanger et l'afficher?

Avons-nous la capacité de sortir des débats à bas bruits entre les happy-few de la Vieille-ville comme il est de coutume dans cette République, atteindre une maturité démocratique qui permette de questionner ce qui m'apparaît personnellement comme une dérive d'un dirigeant politique  ?

 

Enfin, et pour conclure, le Conseiller d'Etat Barthassat, puisqu'il est féru de réseaux sociaux, pourrait-il réaliser sa mise à jour 2.0, et arrêter de faire de son fils un hochet médiatique?

 

Car je vois dans cela, pour ma part, quelque chose de profondément troublant pour la gestion de la chose publique et de la représentation qu'il en donne : un domaine que l'on gèrerait comme une petite entreprise familiale personnelle... à se transmettre ensuite ainsi... de père en fils, en quelque sorte.

 

Ce n'est pas ma conception du bien public, ni ce qui fonde mon engagement politique.

 

 

 

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07/07/2015

Prenez-les chez vous! Vous démissionnez alors?

 

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que celles et ceux qui ne veulent ni s'occuper ni voir les problèmes de l'accueil des migrant-e-s terminent une discussion lorsqu'ils sont à court d'arguments... quand ils ne la commencent pas de cette façon.

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que Mauro Poggia, Conseiller d'Etat MCG, se positionne ; de la même manière Daniel Sormani conseiller municipal MCG, quand il envoie un message aux autres élu-e-s. Vous voulez trouver des solutions à ce problème social ? Prenez-les chez vous ! 

La volonté de faire porter à celles et ceux qui s'engagent la responsabilité d'une gestion étatique, doit être entendu comme un aveu d'impuissance ; ou une stratégie pour faire toujours porter aux citoyen-ne-s des charges qui reviennent à l'Etat mais dont il cherche à se défausser.   

Ni vu ni connu : prenez-les chez vous ! 

Vous avez des critiques, vous n'êtes pas satisfaits du travail effectué ? Vous pensez qu'il est indigne de mettre des humains dans des bunkers; que l'Etat a volontairement mal anticipé, mal évalué et mal traité ce problème des migrations ? Vous pensez que l'on peut faire mieux en faisant autrement? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que l'on ne peut pas simplement faire disparaître des humains, comme s'ils n'existaient pas ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que, dans une société vieillissante comme la nôtre, où les aîné-e-s représentent un quart de la population, -cette part ne cessant de croître- laisser des jeunes hommes inoccupés est absurde? Prenez-les chez vous !

Vous pensez que le système administratif et carcéral prétendant gérer la question de l'asile ne fait que l'alourdir et rendre plus coûteuse sa charge à la collectivité ? Vous pensez que ces enjeux doivent être repensés ; que les multiples révisions de l'asile voulues par l'UDC ont totalement crispé la question de l'asile ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez qu'il y a un lien entre la déshérence dans laquelle sont laissés ces hommes et la petite criminalité ? Prenez-les chez vous!

Vous proposez des Assises sur la question de l'asile, incluant les associations, l'Etat, les communes et les communautés religieuses? Prenez-les chez vous!

Prenez-les chez vous ! Cette réponse est indigne d'un Conseil d'Etat. Cette manière culpabilisante de faire de la politique : en individualisant les questions politiques et rendant responsable le citoyen de leur gestion, est désastreuse.

Elle est, de plus, anti-démocratique, parce que précisément, nous élisons nos représentants pour leur déléguer le pouvoir d'agir, pas pour qu'ils nous le renvoient à la gueule sans concertation avec un "Prenez-les chez vous" qui est un aveu de démission. 

 

L'incohérence de Monsieur Poggia

Paradoxalement, en faisant cela, Monsieur Poggia légitime ceux qui prennent la rue et manifestent en occupant des lieux !

Vous voulez qu'on les prenne chez nous ! Bien, on va le faire. Vous démissionnez? On s'en occupera.

C'était le sens de la banderole "Plutôt prendre qu'attendre" qui a été déroulée au 28c route de Meyrin  le 26 juin dernier lors d'une brève occupation de ce bâtiment. Monsieur Poggia, lorsqu'il demande ensuite au collectif de dégager et menace d'envoyer la police est incohérent. 

S'il veut que les gens s'occupent de la délicate gestion des migrants pourquoi le refuse-t-il lorsqu'ils rentrent dans une maison inutilisée de l'Etat, prêts à y faire des travaux, y remettre de l'ordre ?

N'est-ce pas parce que ce qui le dérange profondément, c'est le passage de l'individuel au collectif et le fait qu'un mouvement organisé puisse finalement faire le boulot à sa place?  

 

Séparez-les tous

Prenez-les chez vous.. mais un par un, dit Poggia ! Il affaiblit ainsi tout mouvement social de solidarité.

Prenez-les chez vous! Cette phrase de la droite et l'extrême droite est extensible à tous les domaines dans lesquels l'Etat a le mandat d'être actif, réactif et efficace mais duquel il se retire à bas bruit, s'absente, pour des questions prétendues financières mais liées avant tout à des choix politiques. 

L'avenir que dessinent les politiques de droite et d'extrême droite se profile ainsi clairement devant nous :

Une personne âgée qui n'est plus autonome? Prenez-la chez vous !

De l'insécurité dans votre rue ? Prenez votre batte de baseball !

On vous a volé ? Prenez sur vous !

Vous êtes malade ? Votre famille s'occupera de vous !

 

Chantage à la charité

 

Il faut le dire clairement, ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de se substituer au rôle de l'Etat, d'éponger l'échec des politiques publiques, ni à la charité individuelle de combler ses déficiences.

Ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de payer de leur personne pour les cadeaux fiscaux fait aux entreprises ou aux plus fortunés, ni aux citoyen-ne-s de croire les bobards du Conseil d'Etat quand il dit qu'il n'y a pas d'autres solutions aux enjeux sociaux que l'abri, la prison ou l'expulsion.

 

Et notre Constitution, c'est du flan?

Prenez-les chez vous ! Ce report sauvage de charge de l'Etat vers les citoyen-ne-s est abusif.

En cela, la difficile question de la situation des migrant-e-s est une ligne de combat. C'est une ligne de front qui refuse à l'Etat démissionnaire de reculer encore devant ses missions de base. 

Si nous devons prendre des migrant-e-s chez nous, par substitution, ce ne sera en tout cas pas parce que le Conseil d'Etat aura refusé de faire dignement son travail et nous l'intime. Ce sera contre lui et pour nous organiser collectivement. 

Nous lui demanderons ensuite des comptes: sa démission par exemple, puisque il aura fait preuve de son inutilité; son incapacité d'honorer la délégation de pouvoir, principe constitutionnel, qui implique précisément de réaliser au nom de tous ce que chacun, en société, ne peut ni ne doit faire seul.

 

 

 

 

Références:

http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2015/06/24/un-conseil-d-etat-toujours-aux-abonnes-absents-268258.html

https://stopbunkers.wordpress.com/2015/06/26/communique-de-presse-no-bunkers-collectif-doccupation-du-gru%CC%88tli-vendredi-26-juin-2015-des-solutions-existent-pour-fermer-les-bunkers/

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-policiers-evacuent-un-squat-a-la-route-de-Meyrin/story/10417521

 

 

 

 

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06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

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26/06/2015

Carlos Serra, un regard sur les municipales 2015

01_IMG_0191.jpgPhotographe pour le journal Gauche Hebdo, Carlos Serra a choisi de couvrir les élections municipales en Ville de Genève. Du mois de janvier à mai 2015 il s’est rendu sur les stands politiques, aux événements publics et débats touchant à cette élection. Il souhaitait être au plus près des militants, candidats,  qui se sont lancés dans cette aventure élective. Par la mise en avant de leur engagement, leur énergie, lassitude parfois, c’est un symbole de notre démocratie qu’il a mis en image. Plus de 6000 clichés saisis ! 

 

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Politique mais non partisan

Son travail ne visait pas à la promotion de tel ou tel parti. Carlos Serra a volontairement pris soin d’en suivre plusieurs. Sa démarche n’est pas partisane dans le sens politicien du terme. Elle interroge les rouages de la construction politique, le rapport à l’image, du désir d’être vu à la nécessité d’être visible, que chaque candidat, différemment, gère face au photographe.

 

Carlos Serra nous place face à l’un des moments importants de notre démocratie. Ses photographies permettent de nous interroger sur le sens des élections, ce qui anime celles et ceux qui s’y présentent, la manière dont les citoyen.ne.s les perçoivent ;  il rend compte des échanges et des discussions intenses qui s’y déroulent.

 

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De l'affichage

Et maintenant que les élections sont passées, que reste-t-il de ce temps de campagne, des engagements, des promesses, des candidats déçus (ou pas) ? De leurs regards? L’exposition de photographie de Carlos Serra nous autorise une pertinente mise à distance, permet d’y réfléchir.    

Son travail rappelle celui qu'avait effectué Ariane Arlotti sur le corps politique. Sauf qu'il est en quelque sort inverse. Ariane Arlotti avait choisi de photographier les élu.e.s dans le parlement, avant d'exposer ses photos dans des lieux publics, pour montrer le corps politique à l'oeuvre. Carlos Serra, lui, affronte le politique dans la rue, d'une manière frontale, comme simple citoyen, rejouant sans fards la scène du face à face démocratique.      

 

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L'envers du décor

Il y a quelque chose de touchant à ce qu'un photographe, Carlos Serra, à l'heure du règne des selfie, s'emploie à mettre en valeur des personnes engagées pour la collectivité, en tournant son objectif vers eux.     

 

Les photos de Carlos Serra sont exposées jusqu'à fin juillet au café-restaurant l'envers du décor.

Comment les clients réagissent face à ces photos ? Certains trouvent qu'il y a un... parti pris. Pour l'un il y a trop de rouge, pour un autre trop de vert, mais personne ne s'est encore jeté un verre d'eau au visage. Les serveurs en sourient. Ils trouvent cocasse qu'au moment de manger, les convives se trouvent placés sous le regard des politiques et les cuisinent...  cela anime la discussion. Et puis, quel joli clin d'oeil que d'exposer ces photos de campagne à .. l'envers du décor.

 

Exposition des photos de Carlos Serra : jusqu'au 1e août 

Restaurant l'envers du décor, 10 rue de la Chapelle, 1207 Genève.

 

 

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24/06/2015

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances?

Depuis le lundi 15 juin la Maison des Arts du Grütli est occupée. La Ville de Genève n’a pas choisi cette situation, mais s’est trouvée mise devant l’urgence du fait accompli. Des requérants d’asile, une trentaine, refusant un transfert dans les abris PC, ont investi la maison des Arts du Grütli. Ils sont aujourd'hui plus de 40, ce chiffre pourrait encore augmenter.

 

La Ville a accueilli ces hommes, et entamé un intense travail de recherche de solutions pour que la maison des Arts du Grütli, qui n’est pas un lieu viable  et adapté pour ceux qui s’y sont réfugiés ne soit pas transformé en bunker à ciel ouvert par la faute du Canton.  

 

En tant que résidents de la ville de Genève nous avons pour but commun la poursuite des intérêts de cette dernière et le respect de ses institutions.

Comme socialiste, la recherche du dialogue, le respect du débat politique et la recherche de solutions pragmatiques.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances ?

A un moment toutefois, il ne faut pas hésiter à dire les choses telles qu'elles sont. La gestion par le Conseil d'Etat de cette crise est calamiteuse.

 

D’un côté se trouvent des requérants d’asile, soutenus par des collectifs (Stop bunkers, Solidarité Tattes, collectif sans Retour) qui refusent le fait que l’on loge des êtres humains jusqu’à 6-9-12-18 mois dans des abris de la protection civile en violation de la Constitution Suisse (Article 7 et 12).

Ces revendications sont à ce jour formellement soutenues par le Parti Socialiste, Solidarité, Caritas, CSP, la Ligue Suisse des droits de l'Homme - section Genève-, avec l'appui de la Ville de Genève et celle de Carouge. 

 

La LSDH – Genève s’indigne en outre de l’amateurisme outrageant des autorités responsables qui ont fait preuve non seulement d’un défaut d’humanité dans leur gestion de la situation et le suivi des personnes qui en dépendent directement, mais encore d’une absence totale de planification et d’organisation.

 

L’occupation du Grütli n’est pas un micro événement. Il faut le relier à d’autres, et y réfléchir aussi d’une manière globale. A Lausanne, le collectif R , Stop renvoi, occupe la paroisse de Saint-Laurent depuis des mois. Ces évènement sont des conséquences de la politique restrictive d'asile menées par l'extrême droite au niveau fédéral. Cette politique conduit à une crispation généralisée du système.

 

Un Conseil d'Etat crispé

Face à ces collectifs et partis, il y a un Conseil d’Etat qui se crispe. Pour lui, il n’est pas possible de loger ces requérants ailleurs que dans des abris, pas d’autres solutions que d'être les soldats les plus obéissants de la politique décidée à Berne. C’est le langage de l’impuissance et de la soumission, fruit d’années de négligence dans la gestion de l'asile. Cette ligne rigide du Conseil d’Etat crée inutilement de la violence et de la tension.

 

La Ville de Genève gère l'urgence

La Ville de Genève se retrouve au centre de ce rapport de force entre deux positions en apparence peu conciliable. Bien seule, elle travaille toutefois dignement à dessiner une issue à la crise.

Il faut ici relever les efforts menés depuis plus d'une semaine par le magistrat du Département de la Culture et des sports Sami Kanaan et par la Maire Esther Alder, magistrate du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que du médiateur Monsieur Ueli Leuenberger, qui redoublent d'efforts et d'inventivité.

 

Comment sortir de la crise ?

Monsieur Poggia plutôt que de s’en prendre à Sami Kanaan qui essaie de le sortir un peu de sa torpeur (est-ce là un crime de lèse-majesté ?), de le réveiller un tant soit peu (la sieste au Conseil d’Etat est-elle sacrée ?) devrait effectivement se mettre au travail et proposer des solutions plutôt que de se contenter d'une posture de monarque choqué quand un conseiller administratif questionne sa non-politique et le confronte sur le fait que, depuis 8 jours, la Ville fait front et assume seule une situation héritée de l’inaction du Canton.

J'ai été choqué des lamentos que Monsieur Poggia a poussé quand Monsieur Kanaan l'a interpellé et pressé d'agir.

J'ai été choqué par sa fébrilité. Plutôt que de se sentir attaqué dès qu'il est remis en cause, Monsieur Poggia devrait plutôt arriver avec des propositions et faire preuve d'initiative.

Pour l'instant, la Ville fait le boulot à la place du Canton. Ce n'est pas acceptable. 

 

Rafle, expulsion.. baston?

Lors du Conseil Municipal du lundi 22 et mardi 23 juin, le MCG et le PLR ont voulu voter des résolutions pour faire expulser de force les requérants réfugiés au Grütli.

Après avoir utilisé la police pour  mettre de force des hommes en abri PC, les matraquer hors du Grütli semblerait être une option pour la droite élargie. Mais envoyer la police pour virer les requérants qui occupent actuellement le Grütli n’est pas responsable. Cela fera le jeu des extrémistes, jetant encore plus d’huile sur le feu.

Quand la violence commence, on ne sait pas où elle s’arrête. Quand l’état de droit se transforme en volonté d'abuser de la violence étatique. Il est juste de s’y opposer.  

 

Evacuer de force le Grütli, en voilà une mauvaise idée

Ceux qui préconisent l'évacuation de force du Grütli pensent-ils plus loin que le bout de leur nez?

Comment le boucleront-ils pour éviter une réoccupation ? En le ceinturant de forces de police ? Puis en mettant un cordon de policiers autour de chaque lieu culturel de la Ville ? La réponse de la matraque n'est pas une solution, c'est une fuite en avant.

La droite, en choisissant cette impasse comme option, montre son incapacité à chercher des solutions à cette crise sans cumuler de nouveaux problèmes. 

 

Des issues, il en existe

Les issues à cette situation complexe à la Maison des arts du Grütli, conséquence directe de décennies d’inaction cantonale existent.

Elles sont à trouver par le dialogue, et une implication du Canton. Dialogue entre le Canton et les requérants avant tout, le Canton et la Ville, la Ville et les requérants; entre tous les acteurs en présence. Il n’y a pas d’autre solution viable.

 

Le Canton doit désormais s’impliquer à la recherche de solution, pas seulement à la recherche de sa propre préservation.

Des familles syriennes arrivent. Elles doivent être logées et préservées de la mauvaise gestion de la crise par le Conseil d'Etat.

Le fait que ce Conseil d’Etat trébuche sur le premier écueil n’est pas pour nous rassurer en vue d'un été qui s'annonce chaud.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances? Si ce n'est pas le cas qu'il donne un signe de vie. Qui a entendu Monsieur Longchamp, président du Conseil d'Etat, silencieux depuis plus de 8 jours?

 

François si tu nous entends, donne-nous un signe de vie. On ne se contentera pas d'une carte postale envoyée à la maison des Arts du Grütli, ni en poste restante au fin fond d'un abri pour qui vont y passer l'été

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/monte-ville-geneve-canton/story/21656474

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante

 

 

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, poggia, conseil d'etat, vacances, asile, requérants, négligence | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/06/2015

Papa Poggia et ses patates chaudes

 

Quand le conseiller d'Etat Poggia prend sa plume [1]  pour justifier sa politique en terme d'asile, c'est pour se livrer à un exercice délicat de justification.

A le lire, on se demande quel rôle joue le conseiller d'Etat dans la conduite de solution et de résolution de crise. Il voit, il observe, il accompagne. Jamais il ne parle de sa volonté politique. Jamais il ne prend un rôle de leadership. C'est de la faute aux autres si des solutions ne sont pas trouvées. C'est de la responsabilité de ceux qui s'opposent, ceux qui chicanent. A l'entendre, il n'y aurait pas de problèmes. Pourtant, la politique migratoire est une patate chaude. Quand est-ce qu'elle deviendra une priorité étatique? Poggia ne cesse de souffler sur ses doigts, laisse entendre qu'il n'a pas de pouvoir, et que si on l'a placé là où il est, c'est pour faire état d'une impuissance.

Il a reçu la patate chaude, il fait du mieux qu'il peut avec.

C'est peu, c'est pauvre, c'est insatisfaisant. 

 

 

Auto-satisfaction devant l'échec

 

Poggia semble se satisfaire de l'échec. Il s'en défausse  sur le mouvement Stop bunkers qui, avec toutes ses limites, voire ses excès, a pourtant une vertu certaine que ne lui reconnaît pas Poggia :rendre visible des enjeux depuis trop longtemps glissés sous le tapis.

 

Poggia accuse les associations engagées auprès des migrants de n'avoir pas fait des propositions concrètes. C'est fort de café. C'est comme si l'on vous disait: vous n'avez pas de logement à Genève? Quelles propositions concrètes avez-vous pour construire du logement?

 

Non, ce ne sont pas aux mouvements de tenir la main au gouvernement pour proposer une alternative aux bunkers, même si malgré tout, elles l'ont fait (caserne des Vernets, 28C route de Meyrin, etc.,).

 

 

Poggia n'en peut plus ? Qu'il ouvre le jeu alors

 

Il est trop facile de brandir la force pour faire obéir dans certaines situations et puis invoquer l'impuissance pour mettre au défi les associations de jouer le rôle de l'Etat.

 

On ne gouverne pas en lançant des défis pour voir qui a les plus gros bras.

 

Si vraiment Poggia est à bout de propositions, qu'il invite les associations à travailler avec lui; pour sûr il y aura des solutions qui seront trouvées. Que Poggia ouvre le jeu, montre où sont les locaux vides et les espaces inutilisés. Qu'il en soit assuré, il trouvera alors de l'aide pour en faire quelque chose. Ou alors, s'il veut vraiment démissionner de ses responsabilités, qu'il le fasse réellement ! 

 

 

Une dévalorisation de l'éthique.

 

Opposer de bons migrants et des migrants moins bons comme le fait le Conseiller d'Etat, est dangereux. Dire qu'il est juste que ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC ou qui ont été condamné pénalement doivent subir un sort plus pénible que d'autres, c'est avoir une singulière conception de la justice, et rendre le mot "éthique" bien fade.

 

Ce n'est pas parce qu'une personne est déboutée, doit quitter la Suisse, qu'elle n'a plus droit à un traitement digne. Ce n'est pas parce qu'elle n'est encore jamais allé dans un abri, que sa situation est enviable vis-à-vis d'un autre qui y est depuis des mois. La double peine est un principe que la justice récuse. J'aimerais que le Conseiller d'Etat nous dise comment il va sortir de la logique du tri, de la planification industrielle de l'humain pour évoluer vers une politique conforme avec l'esprit de Genève et les articles de sa Constitution.

 

S'ils sont rentrés un jour sur un territoire qui n'était pas le leur, ces personnes n'ont pas à être considérées comme quantité négligeable ou des criminels, ni à payer pour une gestion politique ayant toujours placé l'asile comme une non-priorité.     

 

 

Papa Poggia distribue ses patates chaudes

 

Justifier la faiblesse d'une politique en arguant du pire et que finalement "ça ne va pas si mal" fait penser à ces repas de famille où l'on te disait:  avale tes patates brûlantes, finis ton assiette et souris, ailleurs il y a des gens qui crèvent la faim.

Papa Poggia montre dans son blog un visage paternaliste et donneur de leçons qui n'a rien à envier à ceux qu'il critique. Ainsi, lorsqu'il s'en prend à la Ville, qui serait en faute d'offrir des abris PC à des sans domiciles lors des grands froids l'hiver, papa Poggia se prend les mains dans sa fourchette. 

 

Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

 

Est-il nécessaire de lui rappeler, concernant l'hébergement en sous-sol par la Ville de Genève, qu'à la différence de la politique qu'il mène, sa durée de résidence est limitée à 3 semaines maximum? Durée maximale que préconise la Commission nationale de la torture.
[2]

Est-il nécessaire de lui rappeler que la Ville est bien seule pour accueillir les grands précaires, et que si
elle est censée le faire de manière subsidiaire au Canton, qu'il nous montre les lieux ouverts par celui-ci pour les sans-domiciles fixes dont il a la responsabilité ! 
 
Est-il nécessaire de lui rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de bienveillance, mais d'article constitutionnels  (article 7 et 12 de la Constitution fédérale) et que s'il est prêt à s'asseoir dessus, ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde!
 
L'incurie du Canton ne peut devenir la norme
 
Ouvrir l'hiver, et même à l'année des structures d'urgence pour parer au plus pressé et accueillir les plus précaires pour 3 semaines maximum, avant de les orienter vers d'autres structures en surface n'est pas ce qui devrait choquer Monsieur Poggia. Qu'il confonde accueil dans le cadre de la politique de l'asile et hébergement des précaires pour se justifier est inquiétant et révèle une confusion. Mélanger les enjeux rendra encore plus difficile l'établissement de solutions. Monsieur Poggia ne devrait pas, avec toute son "éthique" et le rôle qui est le sien, jouer avec cela.
 
Il n'y a pas de solutions est une non-réponse

Que sa politique d'asile soit devenue une politique de l'urgence et de l'enterrement systématique au nom de il n'y a pas de solutions, il n'y a pas d'alternative, et ce depuis des années, c'est cela qu'il faut changer. Monsieur Poggia laisse toutefois entendre que des solutions seront proposées pour 2016. Comme quoi, l'engagement et la lutte paient. Le Conseiller d'Etat laisse entendre que peu à peu il va se bouger. Comme quoi... encore un petit effort Monsieur Poggia, vous allez y arriver.
 
 
La menace du grand incendie
 
Ce n'est pas l'inaction d'années passées qui doit nous conduire à ne rien faire. Justifier une situation actuelle en arguant du passé, et que ceux qui s'indignent aujourd'hui ne se sont pas indignés hier, c'est encore un mauvais argument d'autorité.
 
Terminant son laïus par des menaces d'incendie généralisé, Monsieur Poggia montre que quand on ne parvient à convaincre, on finit par en venir à la menace, ce qui est une preuve de faiblesse et d'impuissance. Et si c'étaient plutôt ses négligences qui créaient souffrance au travail pour les travailleurs de l'Hospice général, maltraitance pour les migrants, et le ras-le-bol de la population ?
 
 
 
Des Assises pour l'asile
 
Plutôt que menacer d'un grand incendie, il est temps que l'Etat rassemble autour de lui les communes, les associations, les communautés religieuses, les élu.e.s, les habitant.e.s de bonne volonté pour donner à sa politique un nouveau souffle et une nouvelle légitimité.
 
Des Assises pour l'asile, et vite, avec des objectifs précis et une communication claire, et moins de vos justifications pâteuses Monsieur Poggia, merci.    

 

 


[1] http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/06/21/stopbunkers-comprendre-avant-de-revendiquer-268192.html

[2] http://mobile2.tdg.ch/articles/11728449

 

 

 

 


 


 



 


 

 

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21/06/2015

Pouvoir du langage propagande du politique

 

Il faut les voir ces hommes et ces femmes

Assis en rond, prenant chacun à leur tour la parole

Celui qui croît être au centre est à la périphérie

La périphérie est le centre

Le micro est à qui veut parler                                       

Celui qui veut parler parle le temps qu'il veut

Les autres l'écoutent.

 

Tu te souviens de la dernière fois où tu es allé à un débat politique?

Combien de temps as-tu-parlé ?

Qui t'a écouté? 

Les petits fours étaient bons?

                                                

Le pouvoir ne veut pas de précédent

Le pouvoir ne veut pas de dérogations

Le pouvoir ne veut pas de solutions

Il se concentre pour gagner du temps

Le temps, c'est de l'urgence

Le temps, c'est de la réélection

Et un et deux et trois Ayop crie quelqu'un.

 

Maudet est au club de Bilderberg

Les migrants dorment à même le sol

à 40 dans un couloir au centre culturel du Grütli.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

Article 7 de notre Constitution Fédérale.

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

Les hommes doivent aller dans des bunkers pour pouvoir être mis dans des avions

Il faut éjecter ceux qui ne peuvent rester

Il faut en maltraiter quelques uns pour le plus grand nombre

Ceux qui ne peuvent rester, c'est ceux qu'il faut mettre dehors

Poggia ciao Poggia ciao Poggia ciao ciao ciao.

 

Propre en ordre

Homme vivant en Suisse depuis 19 ans, expulsé par vol spécial cette semaine

Mère, deux enfants, expulsés par vol spécial cette semaine.

 

 
1000 personnes sont hébergées dans les foyers de l'Hospice Général

1000 personnes ayant obtenu une protection de la Suisse

un permis B - C ou même une nationalité Suisse

Les foyers sont engorgés

Le storytelling s'accommode mal de l'asile

Le Conseil d'Etat reste muet.

 

Il faut opposer les hommes célibataires et les familles syriennes

Il faut opposer les suisses et les non-suisses

ceux qui ont et ceux qui n'ont pas

dit le Conseil d'Etat.

 

Il n'y a pas de suisses qui font le ramadan

Tous les musulmans suisses sont des étrangers

Il n'y a rien d'exceptionnel il n'y a que des cas particuliers

L'urgence c'est la norme

Le quotidien c'est l'urgence

Le Conseil d'Etat : stressé

Une main de fer dans un nuage de fumée.

 

Faut-il fermer les bunkers ou expulser des Hommes?

Ceux qui décident ne peuvent rien décider

Mais c'est eux qui le décident, personne d'autre!

dit le Conseil d'Etat.

 

A Lampedusa, tu crois que l'hôtel est sympa?

Ce que tu ne peux penser évite de l'agir

Ce que tu ne peux agir, évite de le penser

Que sert la confusion ? A qui profite l'indifférence?

 

L'urgence est une inaction planifiée

L'urgence est une violence

L'urgence est une excuse

Comment nomme-t-on une urgence qui dure depuis 20 ans?

 

Il a fait trois semaines de service militaire avec Ovolmaltine et Ragusa

Une semaine à 100 dans un rafiot sur la Méditerranée menaçant de couler

Il n'a jamais essayé.

 

Le Grütli a été investi par les migrants

Les autres pensent à leurs vacances.

 

Le système vieillit

Il faut des jeunes et des forces de travail pour que le système fonctionne

Du travail il n'y en a pas pour ceux qui n'en ont pas

Du travail il y en a, mais il faut un permis

Les jeunes et les diplômés sans permis il faut les expulser

On ne peut donner un permis à celui qui n'en a pas.

 

Le système court à sa perte, qui veut tirer la prise en premier

qui veut jouer à la courte paille avec Kafka ?

 

Il ne faut pas changer de système, il court à sa perte

Il ne faut rien changer

Il faut ouvrir des bunkers et fermer les frontières

dit le Conseil d'Etat. 

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

dit la Constitution.

 

 

 

 

 

 

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19/06/2015

Abri or not abri? Telle est la question?

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreAbri or not abri? Telle est la question. Les fronts sont posés. D'un côté le Conseil d'Etat reconnaît qu'héberger des requérants en sous-sol n'est pas  une solution, mais ne fait rien pour dégager des solutions. De l'autre, des associations, des collectifs militants, des partis de gauche réclament du Conseil d'Etat de s'activer pour mettre en oeuvre des solutions, dégager une volonté politique et être créatif, plutôt que de se réfugier derrière son motif d'urgence pour justifier ses négligences.

Le front de ceux qui veulent sortir du tout à l'abri s'élargit chaque jour, jusqu'à l'Hospice général, ayant proposé depuis de nombreux mois des solutions alternatives aux abris PC (la Caserne des Vernets par exemple).

Pourtant, à ce jour, tous se heurtent à un Conseil d'Etat muré dans son refus de sortir du tout à l'abri. Cette attitude contre-productive conduit au chaos, comme lundi passé lorsque des requérants ont pris la route pour quitter les Tattes avec la police aux trousses.

C'est maintenant prouvé, l'attitude rigide du Conseil d'Etat engendre des conflits.

 

Il y a quelque chose de pourri au pays de l'asile

Il est admis que dormir dans un abri PC devrait être uniquement réservé aux situations de catastrophes naturelles, de conflit atomique, ou d'exercice militaire. Il est indigne pour un pays comme la Suisse d'accueillir en sous-sol des personnes dont elle a la responsabilité et la charge, dont l'entretien est même garanti dans sa Constitution (art.12).

Forcer des gens à dormir sous terre est une forme de maltraitance, d'autant plus grande quand les personnes accueillies viennent de parcours de vie que des abus, des traumatisme, et des violences ont fragilisé. Et quand du jour au lendemain le voisin de chambrée est dégagé par vol spécial, cela change jusqu'à la couleur des murs.

Invoquer depuis des dizaines d'années l'urgence pour mettre des gens sous-terre est un argument qui ne tient plus. Depuis des années le Conseil d'Etat à balayé sous le tapis un enjeu de société qui lui revient aujourd'hui, comme un boomerang, en pleine poire. Abri or not abri ne devrait plus être une question. Ce devrait être une ligne rouge au-delà de laquelle le Conseil d'Etat devrait reculer, et rendre des comptes pour son incurie.

 

Le Conseil d'Etat s'attaque à la Culture

A la Maison des arts du Grütli, occupée depuis le lundi 15 juin, la situation semble bloquée. Le mouvement No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli tient désormais le lieu. La Ville héberge jour après jour ceux qui ne peuvent plus aller ailleurs, l'Hospice Général ayant porté ces requérants comme sortis de son institution. La Ville fournit aide et assistance, mais elle n'est ni la Croix-Rouge, ni n'a pour vocation de se substituer à l'Hospice général. En bonne gestion de crise, il serait du devoir de l'institution de tutelle de chercher des solutions. Mais le Conseil d'Etat répond absent. Il reste sur une ligne dure, sans ouverture de négociations, comme si cela ne le concernait pas.

Ce comportement conduit 1) à pousser les requérants d'autres abris PC à rejoindre le Grütli 2) le mouvement à se radicaliser 3) à faire d'un lieu culturel un bunker à ciel ouvert.

Le Conseil d'Etat voudrait faire flamber un lieu culturel qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Faut-il, en plus d'attaques contre la dignité humaine, que le Conseil d'Etat s'en prenne à la Ville, la Culture?

 

Des possibilités existent

Pourquoi le Conseil d'Etat n'enclenche-t-il pas une médiation, avec No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli, la Ville, les communautés religieuses? Certainement, si des églises avaient connaissance de ce qui est en train de se dérouler, elles ne pourraient renier le Christ et laisser celui qui demande à entrer à la porte. La bible rappelle: "Celui qui demande reçoit; celui qui cherche trouve; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvrira. Lequel d'entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ou un serpent quand on lui demande un poisson ?

On pourrait ajouter: 

Lequel d'entre vous forcerait un homme à dormir sous terre quand il le refuse? 

Si le Conseil d'Etat ne veut plus s'occuper des Hommes, pourquoi ne délégue-t-il pas cette responsabilité à ceux qui savent et peuvent le faire. Après tout, il y a un certain nombre d'églises vides à Genève. 

 

We had a dream

On a rêvé, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, que le Conseil d'Etat allait prendre l'initiative d'une sortie de crise, rassemblant les divers acteurs et parties liées à ce qui se joue autour de l'hébergement en sous-sol.

On a imaginé l'Hospice général, la Ville, les collectifs, les communautés religieuses, réunis sous le haut patronage du Conseil d'Etat, chercher des solutions ensemble, et en trouver !

On a rêvé que Genève allait sortir grandie, renouvelée, d'une négociation réussie!

On a rêvé, on espère encore, mais l'attitude butée, fermée, du Conseil d'Etat, laisse entendre que les hauts patronages sont réservés à l'ONU et que les petits chefs qui dirigent l'Etat, préfèrent jouer de la montre et de la matraque que prendre le risque du dialogue et de la négociation.

 

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreSamedi 20 juin : fête musicale des réfugiés

Pour la journée mondiale des réfugiés, ce samedi, à 16h, des collectifs de Berne, de Zurich, et des centaines de militants viendront manifester leur soutien, à 16h, au Grütli, pour tous les requérants, pour tous les enfermés.

Une marche est prévue. 

Pour faire entendre, à l'occasion de la fête de la musique, une autre chanson que celle des marches militaire et des vols spéciaux, il est important d'y être.

Car si le Conseil d'Etat aime écouter des chansons grinçantes en boucle, nous pensons que d'autres mélodies existent, que d'autres possibles sont à élaborer.  

 

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18/06/2015

Le Conseil d'Etat doit sortir de son abri

La Suisse n'est pas la France. Elle n'a pas son passé colonial, ni sa logique centralisatrice et autoritaire, ce qui la met pour partie à l'abri des tensions qui fragilisent ce pays. Pourquoi alors s'en inspirer dans la gestion de l'asile ? Ce qui se passe à Vintimille, se déroule actuellement à petite échelle à Genève. Par l'inaction du Conseil d'Etat, par son manque de vision dans la gestion de l'asile, et surtout son incapacité à trouver des solutions dignes et viables pour les requérants, le Conseil d'Etat facilite le travail de l'extrême droite dans son identification du migrant, de l'étranger, comme bouc émissaire. 

 

La Ville assume, le Canton demeure inactif 

Depuis 3 jours maintenant, des requérants sont hébergés à la Maison des arts du Grütli. La Ville de Genève a assumé sa responsabilité en hébergeant dans l'urgence la quarantaine de requérants qui, refusant de se rendre dans les abris PC de Carouge, ont échoué devant sa porte. La Ville a ainsi permis que des hommes ne se trouvent pas totalement à la rue. Le Conseil d'Etat, lui, il fait quoi? Rien. Il se terre dans une posture d'inflexibilité, montrant par là sa difficulté à négocier, à sortir de ses zones de confort médiatiques.   

 

La non-gestion de crise du Conseil d'Etat

Le fait que Monsieur Poggia se réfugie dans sa posture du "tout à l'abri" sans véritable recherche de solution alternative est attristant. Le fait qu'il n'y ait pas, depuis des années, de prise en compte sérieuse du manque de logements pour les migrants; que le Conseil d'Etat se soit trop facilement et trop longuement satisfait de la solution de rechange des abris PC, a enclenché une bombe à retardement. Cela nous conduit aujourd'hui à une situation tendue. 

Le mouvement Stop bunker, dans ses excès et sa radicalité est un miroir tendu au Conseil d'Etat. Il en est, en quelque sorte, la production. Lorsque des membres de ce collectif, à bout de souffle et de nerfs, dérapent et s'en prennent aux Tattes à des fonctionnaires qui font leur travail du mieux qu'ils peuvent, gérant des situations de vie complexes, le Conseil d'Etat en porte une part de responsabilité. 

 

Les travailleurs en première ligne

Il faut rendre hommage au travail des fonctionnaires de l'hospice général, qui font face à des déboutés de l'asile, mais aussi des migrants ayant obtenus un permis B  ou C, voire même de nationalité Suisse! qui se trouvent encore et toujours dans des lieux inadaptés, inappropriés, voire dangereux. Leur rendre hommage, et dénoncer la passivité de leur employeur, son manque de courage politique.

Vivre dans un abri est plus digne que la bonhomie de Monsieur Poggia.

Le magistrat de tutelle de l’Hospice général ne peut se laver les mains des conditions de ses employés en répétant comme un général à la retraite : "Genève n'a plus de places d'hébergement", laissant les travailleurs en première ligne et les migrants devant un mur, sans solutions alternatives.

   

Poggia fait l'autruche Maudet se planque, Longchamp est aux fraises

Le Conseil d'Etat, très concrètement, met en danger la vie de ses employés, qui se trouvent pris à parti par des requérants au bout du rouleau. Poggia a été élu pour trouver des solutions, pas laisser pourrir des situations, ni étaler le constat de son impuissance. Vous critiquiez la gauche bisounours messieurs? Vous incarnez désormais la droite de l'impuissance.

Maudet a bourré la prison de Champ-Dollon sans rien changer aux problèmes de fond. Aujourd'hui, le deal prospère plus que jamais à Genève. La politique de la droite dans le domaine de l'asile est un échec. Laisser des hommes désoeuvrés dans des situations de vie misérable en fait des candidats à la criminalité. La cosmétique médiatique a ses limites. Les problèmes sont nombreux. Ce n'est pas en les enfermant dans des abris qu'ils disparaîtront.  

 

A qui profite la crise?

L'extrême droite fait son miel de la faiblesse du Conseil d'Etat. Des membres du site pravda.ch ont tourné une vidéo aux Tattes, manipulant un homme tunisien pour alimenter un site français sympathisant d'extrême droite. Plutôt que de demeurer dans une posture de bon gestionnaire ou d'impuissant total, il est temps que le Conseil d'Etat agisse.

 

 
Le déni ou la force ne résoudront rien  

Le ramadan débute ce jeudi, la fête de la musique aura lieu vendredi, samedi et dimanche. Le centre culturel du Grütli est l'une des scènes importantes de cet évènement.

Le Conseil d'Etat aurait tort de penser que ce qui est en train de se dérouler n'est pas de son ressort et s'en remettre à la Ville. Ni la loi, ni la montre, ni l'opinion publique, ne le lui permettent. La quarantaine de requérants réfugiés au Centre culturel du Grütli demandent à l'Etat des propositions de sortie de crise. Le déni ou la force ne résoudront rien.

Le Conseil d'Etat doit faire ce que sa grandeur narcissique l'empêche encore  : négocier une sortie de crise. 

 

Des solutions existent  

Si Monsieur Poggia est de bonne foi quand il dit chercher des solutions, il doit maintenant faire le nécessaire pour en trouver. Par exemple : la Caserne des Vernets, déserte jusqu'au 15 août, les écoles, les églises, etc., pour loger pour une durée limitée les migrants, afin de nouer un dialogue constructif et faire à nouveau évoluer la situation dans le bon sens. 

Personne ne fait l'éloge des abris sous-terre. Ils sont la moins mauvaise solution possible pour certains, la pire pour d'autres, dans tous les cas une solution insatisfaisante à moyen terme. Quelles solutions trouver alors? Comment rendre les abris PC plus viables? Avec quelles activités accompagner ceux qui y résident? Comment limiter la durée maximale de résidence dans ceux-ci ; que ceux qui ont refusé d'y aller s'y rendent aujourd'hui? Le Conseil d'Etat, face à ces questions, se terre, et invoque toujours la situation d'urgence pour ne rien faire; le manque de moyens... qu'il ne s'est jamais donné.

 

Samedi 20 juin : journée mondiale des réfugiés

Le Conseil d'Etat doit rapidement sortir de son abri et prendre des décisions courageuses. Sinon, la tension ira grandissante. Les petits provocateurs et entrepreneurs de la haine s'en frottent déjà les mains.

Le samedi 20 juin est la journée mondiale des réfugiés. Le gratin mondial sera à Genève, à l'ONU. Grands discours et intervention du Conseil d'Etat en vue.

Pendant ce temps, une cinquantaine de personnes dorment dans un couloir du centre culturel du Grütli à même le sol, sans savoir où ils seront demain... et sans que le Conseil d'Etat montre concrètement qu'il s'en soucie. 

   

 

http://www.journee-mondiale.com/94/journee-mondiale-des-refugies.htm

http://www.un.org/fr/events/refugeeday

07:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, poggia, crise, grütli | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/06/2015

Florian Eglin: Solal ou le dandysme déglingué

florian_eglin_-_solal_aronowicz_couverture_la_baconniere.jpgComment ne pas tomber sous le charme de Solal Aronowicz, anti-héros, looser solaire de l'écrivain Florian Eglin qui promène sa carrure de dandy cruel dans le dernier roman du genevois?

Solal Aronowicz a quelque chose de lumineux en lui, on pense alors immédiatement et facilement au roman éponyme d'Albert Cohen, mais sitôt les premières pages avalées, on bascule plutôt dans un univers cinglant à la Kill Bill (Tarantino), piquant comme Old boys (Park Chan-wook), quand le chapitre de la torture à la perceuse rappelle l'arrachage de dents au marteau, voir Fight Club (David Fincher) alias hémoglobine mon amour, pour la jouissance des bastons, masochisme inclu: excès des coups donnés et reçus. C'est chaud devant.

Enfin, qu'Eglin me pardonne, car c'est un peu iconoclaste comme référence: un épisode de Benny Hill, quand Solal notre héros à un seul oeil, à force de s'imbiber de whiskies et de consumer ses cigares, se retrouve avec un troupeau de mecs vulgaires aux trousses disposés à le torturer à mort (il y manque juste la musique douce et la trépignation du gros chauve pour s'y retrouver, avec certes une dose de cruauté en plus mais l'humour britannique bien planté).

On passe du rire gras au silence glacé, comme dans un film de Hanneke : Funny Games par exemple; ou sur une note perverse et grandiose dans la lignée d'Orange mécanique. Mais diable, pourquoi toutes ces références cinématographiques? La force de l'écriture, sa générosité, la construction des chapitres en scénette, renvoie à une forte dimension visuelle. Solal pourrait être adaptée à Hollywood, il en a la gnaque et la violence, mais les amerloques n'y pigeraient que dalle. Le sens, la langue, le lieu : tout est un produit local, de la pierre d'Unspunnen aux masques du Lötschenthal, en passant par la cavalcade dans les cimetières genevois, le foutage de gueule du Conseil d'Etat et de l'UBS,  matraquage d'une assistance sociale à la rue. 

 

florian-eglin-cette-malediction-qui-ne-tombe-finalement-pas.jpgVous l'aurez compris : "une résistances à toute épreuve... faut-il s'en réjouir pour autant?" deuxième ouvrage d'une trilogie ouverte par le fulgurant " cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal" adéquatement sous-titré : roman brutal et improbable, n'est pas un roman fleur bleue, pas un roman pour midinette, pas un assemblage de 300 pages aisé à déglutir. Ce n'est pas un roman du 18e bien léché, c'est un roman estampillé 2014, comme on n'en avait pas lu depuis un moment et qui se réclame de son époque:  tarée, tassée, saturée. 

 

Un roman où ça se castagne d'une manière jubilatoire - et vas-y Solal, défonce-les!- et saigne par longs jets. Scène dantesque d'ouverture du livre où, sur la plaine de Plainpalais, notre Solal doté d'un seul oeil (et ouvre l'oeil Solal, et le bon! lui répète sa femme tout au long du bouquin), fend le crâne d'un avocat, espèce contre lequel il a de sérieux contentieux, avec aussi les politiciens, les flics et les banquiers. Il s'en prend aussi à une vieille, au sonotone mal réglé et l'estourbit derechef au pied de la pierre, monument aux morts de 32. Dégât collatéral, à moins que ce ne soit là encore un symbole de la Suisse : sa vieillesse, que l'auteur a souhaité dégommer.

Solal a du nerf. Les phrases sont longues et le souffle tient. Eglin pratique le name dropping comme d'autres larguent des troupes d'élite sur des territoires à conquérir. On pourrait s'en lasser, il n'en est rien. Comme tout est excessif, agrandi, ironique et subtilement décalé, on en redemande même. Plus c'est gros, mieux ça passe. Eglin arrive à faire des détours une trame et des digressions le centre. On est embarqué dans les délires éthyliques- mystiques- oniriques- de Solal le dandy déglingué qui nous parle tout du long en Je, d'un Je fort, drôle et complice, nous rendant camarade de beuverie, ou de boucherie, c'est selon. Et on s'y sent bien, car il éructe là le chaos, la luxuriance, et l'abondance d'un monde insensé sursaturé de significations, et de stupidité, définitivement trop tordu pour qu'un anti-héros foutraque renonce à s'en emparer. On s'en méfie un peu de ce Solal. Mais en attendant, on part avec lui, cahin-caha. Cette histoire est trop mal emmanchée pour bien se terminer, trop déglinguée pour que l'on renonce à en connaître la fin.  

Une histoire? On dirait plutôt: un écheveau brûlant, entortillé comme la mèche d'un cocktail molotov. Elle se déroule à Genève sur un rythme déjanté qui rappelle le roman du Maître et Marguerite de Boulgakov. Le décor est planté entre la Jonction et Plainpalais, si ce n'est dans la pure toute puissance imaginaire de l'auteur. Le délire mâtiné de considérations sociales et politiques va du souci de voter à l'enfermement d'être toujours joignables -foutus portables- a une sardonique critique du système scolaire. Toujours cela nous ramène au plus prosaïque des quotidiens, à sa fange cachée que Solal nous lance au visage. 

De digressions en fulgurances, Solal se cuite, Solal comme Colombo nous rend pote de sa femme, tabasse et se fait tabasser -encore- nous invite dans son club de messieurs, gros, oisifs et lâches, et se fait encore rosser pour une sombre histoire de mallette qu'il ne veut pas rendre. La langue est riche, forte. On aime, beaucoup, en vrac : mouron, ramdam, vau-l'eau, tripette, ratiches, cafignons, etc., l'argot qui tranche.

Les phrases d'Eglin nous ensuquent et font tanguer. Il écrit à la façon d'un boxeur, y allant doucement et longuement par un travail au corps, qui est son style, de sa patte folle, de sa danse de chat, avant d'asséner une série d'uppercuts bien placés.

Et ça fait mal ! Vous avez intérêt à avoir l'estomac bien accroché pour vous lancer dans ce bouquin.

Il y va loin et fort Solal, clochard céleste, baladant dans la Genève calviniste son caractère de juif errant émancipé, chiant au passage sur les fonds en déshérence, l'hygiénisme helvétique, sa neutralité. Les sujets qui fâchent sont enquillés et traités bien comme il faut, les uns après les autres. Bien helvétique et sytématique dans son délire, le bougre.  C'est évidemment trop gros pour ne pas être vrai. C'est ce qui est bon : ce ton, humour et ironie, une soif vengeresse, méchanceté drôle et grinçante.

Solal est un roman violent, mais d'une violence toute théâtrale, spectaculaire, que l'on devrait finalement plutôt rapprocher du catch que de la boxe. Il se donne à lire comme se déroule un spectacle ou un film en 3D, se dévoile dans sa langue unique avec ses multiples rappels, échos, en sous-titre; ses complicités tissées avec le lecteur.  

Roman drôle et violent, d'une puissance extatique, Solal Aronowicz nous rend à la liberté, celle de jouer avec le réel et de s'en détacher, sans être dupe de ce qui est à l'oeuvre dans le quotidien, ni le nier.

Un dandysme déglingué, lumineux. En un mot: éclairé. 

 

 

 

«Solal Aronowicz: Une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?» Florian Eglin, Ed. La Baconnière, 300 p.

 

 

 

 

 

 


 

10:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : florian eglin, solal, littérature | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/06/2015

Roms, pourquoi tant de haine?

Silivaş roms,eric roset,kanaan,frontièresest un petit village situé dans la campagne de Transylvanie. C’est un village « comme un autre » de Roumanie. La partie rom, très pauvre, est séparée de celle des Roumains.

 

Accéder à l'école, pour les roms, n'est pas une sinécure. De fait, la majorité ne sait ni lire ni écrire. Le cimetière ne se partage pas. Les Roumains sont enterrés sur le terrain de l'église, les Roms sur un terrain de remblais. La discrimination sociale se poursuit jusqu’après la mort.

 

Eric Roset, photographe, a réalisé 4 séjours à Silivaş entre 2011 et 2015. A l'initiative de Sami Kanaan et à l'occasion de son année de mairie, ses photographies sont exposées sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Ces photographies nous engagent dans le quotidien de ce village.

La plaine de Plainpalais est le bon endroit pour montrer ces photos. Le gore y est aussi minéral que l'herbe est minimale à Silivaş. Bien sûr, on ne comprend pas l’entier de ce qui est en train de se dérouler. On partage ce quotidien le temps d’un instantané. La pauvreté matérielle frappe comme un contraste avec l’expressivité des visages et une intensité de vivre qui ressemble pourtant à une joie puissante d’être au monde.

 

roms,eric roset,kanaan,frontièresDeuil d’un enfant, réception d’un document administratif – amendes pour mendicité venant de Genève-, lessive dans des bidons, martelage d’un fer à cheval, allaitement d'un enfant, plaisir d’une cigarette : des actes simples, bruts, qui font éclater devant nos yeux l’extrême précarité des conditions de vie.

 

Les maisons sont rudimentaires et brinquebalantes. Les vêtements sont sales. Si la plupart des familles de Silivaş partent tenter leur chance dans des villes européennes, et notamment à Genève, ce n’est pas par appât du gain, par amour inné du nomadisme ou parce que l’herbe y serait plus verte, mais bien poussée par une pauvreté crasse. Parce que les murs en torchis ne tiennent plus debout.

Silivaş, au milieu de la plaine déserte, n’est pas un paradis perdu et romantique, mais un village sans eau courante ni canalisations où l’inégalité économique et les risques sanitaires sont majeurs. Partir de cet endroit est une nécessité vitale. 

 

roms,eric roset,kanaan,frontières

 

Le travail d’Eric Roset est exposé sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Il nous invite sans bruit à Silivaş, village européen. Les maisons y sont ouvertes. -Elles n’ont pas toutes de portes-  

 

 

Sami Kanaan a voulu terminer son année de mairie par l'organisation d'une grande rencontre sur la thématique des roms. Des débats, des conférences et des présentations, mais aussi des contes et des concerts ont eu lieu et permis de voisiner avec la culture rom, de mieux comprendre les mécanismes qui génèrent de la méfiance, voire de la haine.

De Silivaş à Genève, de la Roumanie à la Suisse, ce sont toujours les mêmes rouages du rejet qui sont à l'oeuvre. La magnifique exposition d'Eric Roset et le geste fort de Sami Kanaan permettent d'envisager l'autre avec un regard différent.

En allant se promener sur la plaine de Plainpalais, ce week-end, nous découvrons Silivaş, un village européen, mais aussi, en arrière plan, le panorama de nos préjugés.  

 

 

 

www.eric-roset.ch

 

http://www.ville-geneve.ch/mairies-precedentes/mairie-2014-2015/manifestations-evenements/roms

 

 

 

 

 

 

 

 

12:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, eric roset, kanaan, frontières | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/06/2015

La démocratie : rien que la démocratie

martine sumi,parti socialiste,conseil municipal,présidence,vote,démocratieCe mardi le Conseil Municipal va désigner son président ou sa présidente pour une année. Cela ne sera pas une désignation par défaut. Martine Sumi, socialiste, membre du bureau du conseil municipal brigue cette présidence. Carlos Medeiros, MCG, de même. Certains grincheux regrettent que cette élection n'ait pas été tacite. Ils auraient voulu que le siège revienne de droit au MCG. Le groupe socialiste a choisi de présenter Martine Sumi, parce que la présidence au Conseil Municipal est l'enjeu d'un débat et demande de vraies prises de position sur des valeurs politiques.

 

Tout oppose ces deux candidat-e-s. Martine Sumi est Présidente de GymSeniors, membre du comité de l’Université Populaire Albanaise et de Solidarité Bosnie. Elle s'est toujours engagée pour l'égalité femme-homme. Issue d'un petit village du canton de Vaud, elle aime rappeler que lorsqu'elle est née, les femmes n'y avaient pas encore le droit de vote. Cela l'a été bien tardivement, en 1971, lorsqu'elle avait 15 ans, et cela a été le fruit d'une lutte. Martine Sumi est une femme de dialogue, constructive. Membre du Syndicat SIT, créatrice de F-information et du bureau de l'égalité, créatrice de Viol Secours, de la  Marche mondiale des Femmes, active auprès de l'association Camarada, elle inspire confiance et a toujours placé le respect de l'autre au plus haut point. 

Carlos Medeiros? Pour l'avoir côtoyé durant 4 ans, m'être fait traiter par lui de connard, de tapette, avoir été provoqué: buste en avant et index glissé sous son cou en signe de menace, avoir vu ses insultes fleurir sur les réseaux sociaux, ce monsieur n'est pas le type d'élu dont on rêve pour représenter la Ville de Genève et ses valeurs (pour autant qu'on les partage).

En politique, il faut avoir le cuir épais. Je ne fais pas une affaire personnelle des dérives de Monsieur Medeiros. Je les rappelle simplement ici pour évoquer mon droit démocratique à ne pas soutenir quelqu'un qui fait de l'insulte une banalité et joue de l'intimidation en menaçant physiquement ses adversaires politiques. Soutenir Martine Sumi, c'est promouvoir une certaine idée de la démocratie contre ce qui la menace.  

 

MCG. Ni de gauche, ni de droite, mais prêt à tout pour être élu

Et puis, quelle étrangeté, pour un parti comme le MCG, ne se revendiquant ni de droite ni de gauche, d'invoquer un droit à obtenir cette présidence en regard d'une coutume de tournus profitant aux partis bourgeois. Or, on le sait, les coutumes sont partagées par ceux qui ont en commun les mêmes valeurs. Pour ceux qui les récusent, comment simultanément les invoquer pour en bénéficier?

Le MCG a fondé son engagement sur la contestation du système. Il s'est toujours défini comme refusant le compromis et le partage du pouvoir. Le voilà, maintenant, prêt à tout pour être élu, devenir plus royaliste que le roi, en lançant des coups de téléphone à tout va pour obtenir les voix du PLR et du PDC. Ce parti, prétendu un jour contestataire, promet maintenant de voter tous les budget de la Ville, tous les objets politiques qu'on lui présentera, tout et son contraire finalement, pour autant que son préféré soit élu.

Mais être président-e- du Conseil Municipal ne vise pas à assouvir une revanche personnelle, ce doit être une volonté de servir le bien collectif. Ainsi se pense l'alternance du pouvoir. Il est destiné à promouvoir une finalité collective. La manière dont le MCG gère cette élection montre qu'il n'en a cure. Le MCG pourrait, par exemple, présenter un autre candidat, plus rassembleur et attentif à l'avis collectif. Peut-être alors qu'un certain nombre d'élu-e-s se sentiraient potentiellement représentés par lui. Mais il faudrait, là encore, que le MCG soit prêt à dialoguer, entrer dans le jeu de la représentation, plutôt que de faire de l'autisme et du forcing avec Medeiros.   

 

Pas de putsch du parti socialiste mais une proposition alternative  

Le Parti Socialiste ne provoque pas un putsch en opposant Martine Sumi à Carlos Medeiros. Il continue d'oeuvrer dans le champ démocratique. Il propose à une assemblée à majorité de droite et d'extrême-droite, où un certain nombre voix s'élèvent pour dire qu'il leur est impossible de voter pour Monsieur Medeiros, une alternative.

L'alternative, c'est bien ce qui fonde l'alliance des verts, du ps et d'ensemble à gauche. Une alternative à ce qui met à mal les valeurs de notre République. Une alternative à un nostalgique du dictateur Salazar, aux coups de force et aux intimidations; une possibilité de ne pas subir ce vote mais d'exprimer politiquement une autre option. 

 

La violence n'a pas droit de cité

Il ne s'agit pas, ce mardi, comme l'a faussement fait entendre Julien de Weck dans un éditorial de la Tribune de Genève d'un déni de démocratie ou, comme l'a affirmé Adrien Genecand (PLR) d'un appétit démesuré de la gauche. Si le PLR ou le PDC avaient proposé un.e candidat.e, le parti socialiste l'aurait soutenu.e, par respect pour le tournus gauche-droite. Malheureusement, ils ne l'ont pas fait. Il s'agit de servir la démocratie, rien que la démocratie; et de combattre, par le vote, le MCG. Parce que nous sommes en désaccord total sur ce qu'est la racine de ce parti (le rejet de l'autre, la stigmatisation de l'étranger, le travail de sape contre les institutions, la préférence de quelques uns contre tous les autres).

Laisser accéder Medeiros à la présidence sans combattre, c'est cautionner le fait que les messages de rejet de l'autre, de haine et de violence ont droit de cité aux plus hautes fonctions de la Ville. Contrairement à certains, nous ne nous y résoudrons jamais. 

 

Quand la droite se mêle au MCG

Comment faudrait-il nommer le principe qui laisserait le champ libre en Ville de Genève à celui qui est fier d'être la doublure de Stauffer ?

Le MCG ne progresse plus en Ville de Genève. Il a été rejeté de l'exécutif de la ville d'Onex grâce à l'engagement de forces politiques diverses mobilisées pour empêcher que des "commune zéro frontalier" voient le jour.

Aujourd'hui, l'attitude de la droite est nauséabonde. Alors qu'au Canton elle s'est mobilisée pour barrer le chemin de Stauffer à la présidence, en Ville de Genève elle est prête à se soumettre devant le MCG et construire avec lui une étroite alliance politique.

Le PDC et le PLR appellent désormais ouvertement à voter Medeiros. Alors que le président du PDC, Sébastien Desfaye, avait courageusement, dès le début de sa présidence, appelé à  refuser toute alliance avec le MCG, voilà que son parti se dit prêt à retourner sa veste, se boucher le nez et voter avec l'extrême droite. Voilà que Lionel Ricou, chef de groupe du PDC en Ville de Genève embrasse le MCG, avec le soutien de Guillaume Barazonne. Les électeurs et électrices qui ont pensé voter pour plus de nature en Ville constaterons malheureusement, par ce vote, qu'ils ont soutenu quelqu'un qui préfère le brun. 

 

La démocratie jusqu'au bout

C'est bien parce que le MCG a été élu par les urnes qu'il peut être contesté par un vote. C'est ainsi que le Conseil fédéral avait été débarrassé de Blocher. Il s'agit toujours là de démocratie, de prises de position et de risques.

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner dans ce combat? Pas grand chose. La droite et l'extrême droite seront tentés de se fédérer encore plus étroitement. Carlos Medeiros se pose déjà d'une manière complaisante en angelot-victime. Les intimidations vont augmenter afin de faire payer à la minorité de gauche son acte de résistance démocratique. Si Martine Sumi est élue présidente du conseil municipal, ce sera une voix de moins pour l'Alternative lors des votes en plénière.

Le PS n'a pas grand chose à gagner à la présidence de Martine Sumi. C'est la démocratie qui sortira gagnante si elle est élue à la présidence du Conseil Municipal ce mardi.   

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner : pas grand chose.

La démocratie ? Beaucoup. 

 

 

 

http://www.tdg.ch/signatures/editorial/La-dignite-versus-le-deni-de-democratie/story/24550738

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Sebastien-Desfayes-est-le-nouveau-president-du-PDC-genevois/story/27814809

https://www.ge.ch/egalite/representation-politique/temoignages/sumi-martine.asp

07:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martine sumi, parti socialiste, conseil municipal, présidence, vote, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/06/2015

La perfection est de ce monde (presque)

pascale favre,présent presque parfait,art&fiction,art contemporain,créationIl s'agit de comprendre si on crée, pas de brouiller les pistes.

Présent presque parfait est une histoire de vie collée à l'art ou plutôt un récit artistique où se mêle fiction et autobiographie.

Pascale Favre y raconte une adolescence allemande dans les années 1980-1990, l'émergence d'une conscience, d'une pratique artistique et politique. Elle fait parler un jeune homme, mais c'est bien une femme d'une quarantaine d'années qui l'interpelle et place cet adolescent face à nous. Les doutes, les interrogations, les désirs du jeune homme sont déployés. Présent presque parfait, écrit au passé, est en quelque sorte prémonitoire. Ce passé, sans cesse réinventé: creuset du travail de  l'artiste.

Il faut imaginer Sisyphe heureux écrivait Camus. Il faut imaginer aussi Sisyphe, artiste, aux arts déco. Création ? Creuse ! Encore, sans cesse!

Et d'où parles-tu camarade? De plusieurs lieux répondrait peut-être Pascale Favre... et plusieurs temps.

Le texte est composé de blocs où l'on chemine avec l'ado sensible, éveillé, curieux. Il s'y intercale -comme des tiroirs ouverts-, d'autres blocs où se glissent les mots d'une autre. Pascale Favre entame là un dialogue à plusieurs niveaux, classant la mémoire, la déposant par couches, l'amplifiant, par un procédé ingénieux de construction littéraire.

Strates et couches imbriquées, comme dans une fouille archéologique, où ce qui est révélé du passé est un nouvel agencement.

Ce présent presque parfait est une fascinante construction, création - concaténation?- (et l'on s'étonne à peine quand on découvre que l'auteure a été architecte d'intérieur). Le présent dure-t-il depuis toujours? Aura-t-il vraiment une fin? Qu'est-ce que l'histoire? La grande, la petite ? Ces lignes architecturales (des fondations recouvertes par de nouveaux étages) sont intimement liées, prennent de l'ampleur en s'appuyant les unes sur les autres.

Ce présent presque parfait est un cheminement fascinant dans l'Allemagne post nazie et pour partie soviétique. On y croise Joseph Beuyz, Baselitz, Markus Lüpertz, la cicatrice du mur, la rage du punk, l'expérimentation artistique, corporelle, la découverte artistique, Godard, Wim Wenders, John Cage, les bals communistes, les Levis 501, du schnaps, la mode démodée, et les friches industrielles.

Pascale Favre nous ouvre à l'art et à l'intime, au politique et à l'individuel, au collectif et à l'anarchie créatrice, démontre qu'un pan révolu(tionnaire?) s'écrit au présent.

Ma priorité était de chercher une liberté individuelle, artistique et politique à travers un contexte collectif. L'art était pour moi la meilleur manière d'exprimer cette pensée

Elle ouvre à l'intime, au quotidien, par questions, confidences : Dès que tu rentres en relation intime avec quelqu'un, ça laisse des traces, ça s'inscrit dans notre mémoire, dans notre corps. Elle l'abouche au politique : Il ne manquait que les cacahuètes. Comme des cochons et des singes, voilà comment on avait pensé accueillir les Allemands communistes. Il fallait bien leur montrer la gloire du capitalisme même si celle-ci se camouflait dans la liesse provoquée par la Réunification. 

Ruptures. On passe de souvenirs de la Bande à Baader à un gars faisant un bad trip sur l'île d'Ibiza, terminant sa course en asile psychiatrique; de bains nudistes au départ nocturne sur l'autoroute pour Paris, puis zig-zag entre Cologne, Berlin et Francfort. Considérations économiques sur la production de l'art. L'artiste nous interpelle directement. Elle nous confronte par petites touches : toi qui lis régulièrement des livres sur l'art de la mémoire, est-ce que tu as une technique pour effacer certaines choses?

Trois passages du livre sont d'une force cinématographique. Un premier où le jeune homme rentre dans un terrain d'exercice de l'armée américaine, déboule sur un champ de tir face à une armée en carton; l'autre lorsqu'il est surpris dans la rue par une troupe de japonais qui le flashent, et enfin face à un jury d'art. A chaque fois l'extrême distance et dénuement de l'individu face au pouvoir du groupe,  dévisagé par un groupe factice, anonyme, ou expert.

Pascale Favre nous ouvre ses tiroirs / sa mémoire - mais elle les fabrique!-, et se place, dans la matérialité du livre même, devant une masse. Une artiste devant un groupe. Et nous, lecteurs, devant elle, comment l'envisager ? - seul à seul?-

Chaque homme est un artiste affirmait Joseph Beuys. Et la femme? Pascale Favre interroge sa place, la creuse, en mélangeant les genres, les temps, par la musique, l'écriture, dans un style ciselé, gourmand et maîtrisé.

Présent presque parfait: presque perfection du monde.  

 

 

 

 

Présent presque parfait, Pascale Favre, art&fiction, 96p. 2014. 

 

http://www.pascalefavre.ch

http://www.artfiction.ch

31/05/2015

Journalisme de promotion, journalisme de dégradation

Le journaliste Thierry Mertenat adore le magistrat Guillaume Barazzone, le magistrat Guillaume Barazzone adore le journaliste Thierry Mertenat. Depuis de nombreux mois maintenant se succèdent les articles de promotion sur les actions du magistrat : sur les bananiers, sur les dix citronniers donnant des rêves de bar à Mojitos, sur les ouvertures de casernes, les aménagements des pieds d'arbre, la communication de vente de verdure en Ville, sur un festival de lumière, sur les bulbes plantés par le magistrat, des arbres plantés, taillés, décorés, déplacés, replantés, sur l'ouverture des marchés, sur des ruches dérobées, une sombre histoire de lauriers prétendument dangereux pour la population, etc., le journaliste, élogieux, suit à la trace les actions du magistrat, des plus anodines aux plus croquignolesques, ne manquant pas de doubler adéquatement son service de presse et d'adouber, sans fausse note, l'action du magistrat. 

C'est peut-être de bonne guerre me direz-vous. Tout magistrat qui maîtrise la communication gagne une partie de la population. Que certains journalistes servent les plats, se concentrent sur le fait de relayer les actions et paroles de magistrats sans critique, avec servilité, devrait prêter à rire, tant la manoeuvre est grosse, et au final décrédibilise la profession. Cela pose toutefois des questions sur la difficile position critique du journalisme et ce qu'il sert; sur la qualité de l'information et de la manière dont il la traite. Information ou promotion? Certains semblent avoir choisi leur camp.  

Là où cela devient encore plus problématique, c'est quand Monsieur Mertenat pousse plus loin son jeu et passe, dans son dernier article "les pompiers au garde-à-vous devant une faible représentation politique", d'un journalisme de promotion à un journalisme de dégradation. "Les collègues de M. Barazzone n’ont pas fait le déplacement; ceux de Pierre Maudet non plus. Pour eux, nulle obligation protocolaire.Les caves ouvertes, et sans cravates, passent avant cette formelle inspection quadriennale". Il y affirme que parce que les élu.e.s n'étaient pas à la fête de son magistrat favori, ils étaient forcément en train de picoler dans les caves. Pourtant: Marche pour le climat, Débat sur la situation des roms à Genève organisé par le maire de la Ville, Ville est à vous à la Jonction, La fête de l'espoir, Hommage à Grisélidis Réal au cimetière des rois, Fureur de lire, etc., etc., si Monsieur Mertenat avait pu être ailleurs que là où était son magistrat, il aurait pu constater que les élu.e.s, sur de nombreux sujets, en de nombreux lieux, étaient engagés, prenaient la parole et honoraient leur fonction.

Il est dommage de prétendre que tous devaient être à un endroit parce qu'un seul y était. Et que s'ils n'y sont pas, ils sont forcément en un seul lieu : dans les caves. Et il est attristant de voir un journaliste servir de rabatteur et produire des préjugés.    

Dans un univers politique où les élus se prennent parfois pour des rois soleils et supportent mal la contradiction, il est regrettable que des journalistes assument sans honte un rôle de courtisane-s. Arrivés là, il leur serait peut-être profitable de changer de profession. Les magistrats ont des conseillers personnels et des chargés de communication; leur rôle n'en serait alors que plus limpide et l'information de la presse écrite clarifiée. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/pompiers-gardeavous-faible-representation-politique/story/19033302

14:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, information, compromission, dégradation, barazzone, mertenat | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/05/2015

Nouveau MAH : Exiger de Gandur

Le conseil municipal a donc voté, au terme d'un marathon parlementaire, un crédit de 132 millions pour la rénovation-extension du musée d'art et d'histoire.

C'est une très bonne nouvelle. Aujourd'hui, le musée d'art et d'histoire tombe en ruine. Une rénovation s'impose de manière urgente. Le soulagement et la satisfaction domine chez ceux qui ont voté ce crédit. Ils ont donné les moyens à la Ville de Genève de faire de ce musée le grand musée de Genève et de Suisse de demain.

Chez les opposants (Verts, Ensemble à Gauche et UDC), les perdants des dernières élections municipales, c'est la soupe à la grimace et l'annonce déjà d'un référendum. Il sera lancé dès la semaine prochaine. Les opposants auront alors 40 jours pour récolter 4000 signatures. La votation populaire devrait avoir lieu au tout début de l'année prochaine. On peut regretter que seuls les habitants de la Ville de Genève voteront sur celui-ci alors que pour ce musée, ce sont tous les genevois,et même au-delà d'eux, tous les habitant-e-s de la région qui sont concernés.

Sur les 132 millions votés par le conseil municipal, pratiquement la moitié devrait être amené par des privés, dont 40 millions par Monsieur Jean-Claude Gandur. Cet apport est un enjeu important.

Monsieur Gandur n'est ni un gentleman ou un mécène désintéressé (PLR), ni  un buveur de sang (Ensemble à gauche), c'est un businessman, un homme habitué à faire et conclure des deal. Lorsque monsieur Gandur se répand dans la presse, faisant état de ses états d'âme en s'étonnant d'un amendement du Conseil administratif visant à clarifier la convention lors des débats, il fait au mieux du théâtre, au pire: pression sur les élus... et certainement un peu des deux.

Monsieur Gandur devrait se réjouir de la volonté de la Ville de Genève de clarifier la mise en oeuvre de la convention liant la Ville à la Fondation Gandur pour l'Art. Lorsque Monsieur Gandur dit que Monsieur Kanaan ne l'a pas contacté depuis 2011 il fait preuve d'interprétation libre. C'est troublant d'avoir un partenaire à la mémoire sélective. On est aujourd'hui en droit d'avoir des doutes sur la fiabilité de ce partenaire. Il faut rapidement les clarifier.

Par le vote du conseil municipal, un signal extrêmement positif est venu de la Ville de Genève. Le oui au nouveau projet du MAH et le oui à l'accueil de la collection de Monsieur Gandur est important pour Genève. Il faut maintenant veiller soigneusement à ce qu'une convention soumise à de trop larges possibilités d'interprétation ne soit source de conflits futurs et surtout à ce que l'intérêt public, prépondérant, soit garanti dans la convention.  Monsieur Gandur doit accepter que certains points en soient renégociés et précisés.

Ne le ferait-il pas, il serait raisonnable, au nom de l'intérêt public, de l'exiger de lui. Et si Monsieur Gandur refuse toujours, comme partenaire important, de discuter sereinement de la meilleure convention possible pour la Ville et pour la Fondation Gandur pour l'Art, il s'agira alors peut-être de rejoindre monsieur Gandur sur son avis, certes radical, mais peut-être non dénué de bon sens, qui est de se quitter bons amis, comme il l'a annoncé lui-même dans la presse.

Et vous me direz alors : Quid des 40 millions ? Quid des oeuvres de Monsieur Gandur? Cette issue serait regrettable. Toutefois, on ne peut forcer un partenaire décidé à partir à rester. Il existe d'autres partenaires privés, nul n'est irremplaçable, surtout pas dans une ville comme Genève. De nombreux collectionneurs seraient heureux de déposer leurs collections dans le futur nouveau musée d'art et d'histoire.

Certains trouvent que l'avancée de ce projet a pris décidément trop de temps. En même temps, en voyant toutes les étapes franchies par ce projet, je suis marqué par le travail démocratique, de négociation, avec les opposants, dans les forums démocratiques, les commissions, pour arriver aujourd'hui avec un projet à bout touchant.   

Au final, ce sera le peuple qui décidera du sort du nouveau MAH. Au final, suite au vote du conseil municipal, c'est maintenant au conseil administratif de la Ville de Genève d'exiger de Monsieur Gandur un peu plus de considération pour son partenaire et de ne pas se réfugier derrière une convention conclue rapidement et légèrement par le magistrat vert précédant : Patrice Mugny.

Cette convention doit être clarifiée. Pour Genève, pour l'intérêt public, pour le musée d'art et d'histoire et pour que le référendum menaçant ce beau projet soit une opportunité populaire d'exprimer un oui au musée d'art et d'histoire rénové, agrandi, redessinant totalement la carte culturelle de la Ville de Genève.          

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/municipal-accepte-credit-financer-nouveau-mah/story/21306636

http://www.tdg.ch/culture/jean-claude-gandur-dynamite-beau-projet/story/11047569

 

 

10:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, gandur, convention | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2015

La corneille est une corneille pour l'Homme

 

 

Alarmant article dans la tribune de Genève. La psychose grandit à Genève.

 

Une personne a été blessée à la tête notamment. Des policiers sont intervenus pour sécuriser les lieux de l'agression. 

 

Celle-ci a eu lieu proche de la gare. Ce n'est pas la première fois que des personnes sont agressées ainsi. Les malfrats étaient à l'abri d'un arbre, laissant passer leurs victimes potentielles avant de fondre dessus. Le motif de l'attaque est difficile à établir. Pas de vol ni revendication à ce jour. Bilan: un crâne écorché, un déploiement de policiers municipaux, une zone sécurisée. Une batterie anti-aérienne a failli être déployée de manière préventive, mais les militaires de la caserne des Vernets étaient en congé. L'enquête suit son cours. Un lien avec les débordements de l'Arve n'est pas exclu. 

 

Selon le journal, les malfrats seraient : devenus agressifs suite à un attroupement de personnes formé autour d'eux. Quelques pandores ont bien essayé de les mettre derrière les barreaux. Las, d'un bond leste, ils étaient loin. Des frontaliers? Soupçonné d'éventrement (sac plastique verts en bordure de parc), éviscerations ( nids, oisillons), kidnapping (écureuils), la bande semble très dangereuse.

 

Les journalistes se perdent en conjoncture : action religieuse un jeudi saint ? émules de l'armée islamique au Levant? Inspiration des clowns agressifs? émanation du gang des panthères roses ? Les raisons de s'angoisser demeurent nombreuses.

La police a toutefois rapidement coupé court aux rumeurs (à défaut de la psychose, qu'elle aime à entretenir). Il s'agit de corneilles, pas de drones...de volatiles à plumes, pas de terroristes voilés. Nous voilà rassurés. Enfin, pas tout à fait..

selon le sondage du jour : 

Les récentes attaques de corneilles sur des animaux et des passants vous inquiètent-elles?

Oui

48.4% !

Non

46.2%

Je n'ai pas d'avis

5.5%
 

L'inquiétude demeure. A raison. Selon une étude américaine, les corneilles sont capables d'identifier des visages humains et se souvenir si l'un d'entre eux représente une menace. Elles seraient même capable d'enseigner aux autres membres de leur groupe à reconnaître ces visages dit « dangereux ».

Cette agression était-elle préméditée? La victime avait-elle mangé une pintade, du poulet? Les oiseaux sont-ils rancuniers? (un sondage! un sondage ! ) Et si les bêtes avaient décidés de prendre leur revanche? Déjà que les renardeaux fouillent nos poubelles, que les abeilles font leur nid n'importe où, que les moustiques piquent... à quand une morsure de brochet pour enflammer la rade?

Et si Hitchcock avaient vu juste; si des tarentules géantes débarquaient, des insectes mutaient, si les chiens, même muselés, recommençaient à mordre ? Le monde est hostile, ça craint. La rubrique des chiens écrasés doit être rebaptisée d'urgence Corneilles agressives pour mieux le refléter. 

 

Comme dit Pierre, émule de la bande : à raconter ses maux, souvent on les soulage.

 

On attend maintenant un communiqué de presse des amis des bêtes:
Nous déplorons que le terme agression ait été employé quand une corneille, au printemps, protège son nid et éloigne, comme elle le fait depuis la nuit des temps celles et ceux qui s'en approchent de trop près. Les citadins devraient se rappeler qu'ils ne vivent pas en vase clos avec leur iphone et leur bouffe lyophilisée, mais qu'ils sont des bêtes parmi d'autres dans un écosystème à partager.       


Morale de l'histoire :

Si l'on prétend que l'Homme est un loup pour l'Homme, il demeure finalement surtout une brute, petite chose fragile et agressive soumise à l'angoisse.

La corneille, elle, reste une corneille pour l'Homme, bien moins bête finalement que nous, bipèdes à iphone. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-corneilles-attaquent-des-passants-pres-de-la-gare/story/12471217

 

11:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : corneilles, menace, angoisse, psychose | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/05/2015

Abstentionniste un jour, abstentionniste toujours?

Abstentionniste, le 10 mai on vote pour élire le conseil administratif de la Ville de Genève ainsi qu'à Carouge, Onex, Bernex, Chêne-Bourg, etc., Peut-être que tu ne le sais pas, peut-être que tu t’en fous, ou que tu y songes un peu quand même, mais de là à aller voter… au final, tu oublieras?

Tu penses voter… puis tu oublies. Parce que c’est compliqué, parce que tu ne sais pas comment faire, ou finalement: à quoi bon ? Tous pareils, tous pourris, on connaît la chanson. C'est vrai c'est beaucoup plus simple de tout foutre à la poubelle. Pour sûr ainsi ton quotidien ne changera pas.

Abstentionniste, tu me fais penser aux bougons qui disent : à quoi bon voyager tout est partout pareil ou : pourquoi aimer, la passion c'est le début d'une rupture; enfin à quoi bon vivre, puisque l'on va mourir, se lever le matin, il faudra se coucher le soir.


Vote et fais-le savoir

En Ville de Genève, un budget annuel de plus d’un milliard est en jeu. Il est à toi, il t’est offert, tu veux en faire quoi? Quel est ton choix, qui le portera ? Tu vas dire que tu n’as pas le temps d’aller le réclamer, que tu t’en fous. Et en laisser l’usage à d’autres... à n'importe qui, vraiment ? Tu t'abstiens de voter, mais pas de payer tes impôts. Faut vraiment être con. C’est vrai, on se passe très bien de toi. Tu peux continuer de subir les décisions que d’autres prennent pour toi. Les 35% de votants suffisent à légitimer la roue démocratique. Et toi, tu gicles.

Abstentionniste, tu as choisi ton camp: celui de l'évaporation. Dommage. Le pouvoir politique n'est pas si dur (à quoi bon voter, ils décident de toute façon pour nous) ou si mou (ils ne peuvent rien faire, le pouvoir c'est l'économique). Il est ductile (un vrai pouvoir d'action soumis à influences). Il est puissant et fragile à la fois, malléable. Bref: influençable. Mais pour agir sur lui, abstentionniste, il faut que tu l'ouvres et mettes la pression; par ta voix fasse sentir que tu es là, présent. Vote, fais-le savoir. Vote, rends-les redevables de ton acte. Tu verras le pouvoir que tu as. Et les choses changeront, mais il faut faire le suivi après vote aussi....


Sous le minimum démocratique vital

Avec 35% de votant le pouvoir politique est aujourd'hui offert au rabais, sous le minimum démocratique vital. En quoi ceux qui le reçoivent devraient-ils se sentir redevables de ce que leur donne un minorité alors que la grande majorité s'en fout, signe un chèque en blanc à l'aveugle.

Franchement, un pouvoir bradé laisse trop de marge de manoeuvre à ceux qui le ramassent par terre. Face à un peuple qui démissionne en masse : comment ne pas avoir des politicien.ne.s transparent.e.s?  

Abstentionniste, si tu t'en fous à ce point, ne t'étonne pas que l'on décide pour toi et en ton nom. Ta légitimité à gueuler s'effiloche du moment que tu ne te soucies plus de choisir, t'engager.

Tu prends 2 heures par jour pour le soin de ton corps et tes habits et pas 5 mn pour ta démocratie. Abstentionniste, le pouvoir est une relation, une tension, une dialectique. Si toi tu te disparais, c'est fini, il reste un pouvoir qui traîne par terre pour le premier venu ou le premier bonimenteur qui passe.  

Vie, amour, politique : même combat

Abstentionniste, prends mon coup de gueule pour un coup de foudre. La vie, l'amour, la politique: même combat. Ton oui est riche de pressions, de possibles, d’impulsions. Tu trouveras toujours les numéros de téléphone de tes élu.e.s dans l’annuaire. En votant, durant 5 ans tu pourras les secouer, les contredire, avoir un pouvoir sur leur pouvoir. Ce pouvoir est à toi, tu l'as, toute l'année, même quand tu le délègues... tant que tu n'y renonces pas. 

Abstentionniste un jour, Abstentionniste toujours?

Je ne crois pas.

Abstentionniste un soir, électeur un matin...

Si tu veux bien.

09:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève élections municipales, absention | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/04/2015

Poncet Pilate ou le goût de l'antisémitisme

Racisme : à quand la (deuxième) nuit de cristal ? C'est le titre qu'a trouvé Charles Poncet pour signer un billet dans l'Hebdo du 16 avril. Dans celui-ci l'avocat mélange tout ce qu'il peut ramasser pour, pense-t-il, expliquer l'antisémitisme européen. Au final, il favorise surtout son alimentation, par des raccourcis socio-historique et l'instrumentalisation de la Shoah qu'il s'autorise. Utilisant à tort et à travers le terme antisémite Poncet le galvaude et en conséquence, fait du mal au peuple juif.

On ne badine pas avec les génocides

Poncet cite trois vecteurs de l'antisémitisme : les musulmans, les chrétiens et... une certaine gauche ! Le provocateur, loin de s'embarrasser de détails, se fait plaisir en flinguant Carlo Sommaruga, conseiller national, président de la commission de politique extérieure, président du groupe parlementaire Moyen-Orient, lui mettant en tête des idées qui ne sont pas les siennes. Le Suisse Carlo Sommaruga en est (de l’antisémitisme d’une certaine gauche) un exemple des plus poisseux. Admirateur de Marx, il a lu chez son maître à penser que "l’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister". Poncet manie la rhétorique. Malheureusement, il l'utilise à des fins de manipulation et de parade personnelle.    

Poncet projette des génocides

La détestation de la gauche par Poncet, sa rivalité avec Carlo Sommaruga le conduit sur un chemin tordu. "Et s’il fallait pour le résorber (le chancre d'Israël, comme il le nomme) que quelques millions de juifs disparussent à nouveau, M. Sommaruga et ses compères ne s’en émouvraient guère". Pour cette phrase terrible, Poncet devrait être jugé. Parce que prétendre que des adversaires politiques, quand ils ne pensent pas comme lui, seraient indifférents à un génocide, c'est tout bonnement dégueulasse. 


Une amitié lourde à porter

En prétendant que toute critique de la politique menée par l'état d'Israël, et toute dénonciation des violations des droits humains, est de nature antisémite, Poncet se fait un "ami" nocif d'Israël.

Verrouiller toute velléité de discours critique de la politique d'Israël par la Shoah risque d'alimenter la haine. Cette obstruction à la discussion, par un glissement du langage,  fait des abus de droits de l'état israélien un sujet tabou, sacralisé.

En confondant la question politique et la question religieuse liée à Israël, Poncet fait de sa critique de l'antisémitisme une glissade incontrôlée. Confondant gravement l'état d'Israël (ou plutôt les actions de l'état d'Israël avec le peuple juif, il nourrit précisément l'antisémitisme. Car l'état d'Israël n'est pas le tout du peuple juif ; les actions de l'état d'Israël ne sont pas ceux des Juifs. En prétendant que ceux qui les distinguent les amalgament, en les amalgamant lui même, Poncet fait du tort à ce peuple. 

Toutes et tous antisémites?  

Poncet a signé son petit billet incendiaire, instrumentalisant l'antisémitisme pour discréditer ses adversaires. Mais jeter l'anathème pour faire taire la critique est un signe de faiblesse. Et si le mot antisémite peut être lancé au visage du président de la commission de politique extérieure du Conseil National sans raisons, sans fondements et sans preuves, il est à craindre que nous ne soyons tous passibles d'être taxés un jour ou l'autre d'antisémite, et donc, par abus de langage, que plus personne ne le soit.  

La Shoah a tort et à travers

Désignant les musulmans, les chrétiens et une certaine gauche, pour reprendre ses trois "raisons" expliquant l'antisémitisme, Poncet en oublie une quatrième. Ce sont les "amis" d'Israël qui par leur propension à jeter l'anathème d'antisémite à la face de celles et ceux qui critiquent la politique de l'état d'Israël, exhibant l'épouvantail de la Shoah à tort et à travers pour bloquer toute critique, en font un événement historique instrumentalisé, un outil de langage qui le banalise.

Antisémite toi même

Poncet ne semble pas voir qu'avec ses accusations gratuites, il alimente le feu qu'il prétend, d'une manière rhétorique, combattre. Car bien sûr que l'antisémite ce n'est pas lui, c'est toujours l'autre, le Carlo Sommaruga, une certaine gauche, le chrétien traditionnel, le musulman... toujours un autre.

Poncet Pilate a fait son petit billet incendiaire avec la complicité de l'Hebdo. Il a enfermé les autres dans sa rhétorique, y compris les juifs. 

Poncet Pilate a rendu son verdict, il a caressé l'audimat, réglé ses comptes avec une certaine gauche, les chrétiens, les musulmans.

Il va maintenant se laver les mains.


Sources:

http://www.hebdo.ch/hebdo/id%C3%A9es-d%C3%A9bats/detail/racisme-charles-poncet-avocat-antisemitisme#

13:45 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poncet, sommaruga, antisémitisme, israël, politique, hebdo | |  Facebook |  Imprimer | | |