sylvain thévoz

28/08/2015

Réformer l'économie (Contre ceux qui veulent uniquement l'optimaliser)

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Dans le cadre des élections fédérales d'octobre 2015, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, la Fédération des Entreprises Romandes Genève et Economiesuisse  ont convié les candidat(e) aux élections fédérales à une rencontre avec des représentants des milieux économiques.

Cette rencontre, réunissait tous les partis, et se voulait une occasion d'échanges sur les perspectives de l'économie genevoise et les thématiques comme la réforme de la fiscalité des entreprises et de les relations bilatérales avec l'Union européenne.

 

Comme candidat socialiste, je m'y suis donc rendu.

 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... j'ai été déçu.

 

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L'optimalisation au détriment des gens

J'ai découvert un milieu auto-satisfait, ayant produit un jolie brochure rappelant que la suisse est numéro 1 en matière de compétitivité (et en terme de redistribution des richesses, d'écart de salaire entre les plus riches et les plus pauvres?), que l'espérance de vie des Suissesses est de 85 ans en moyenne soit 10 ans de plus qu'en 1960 (omettant de préciser que l'espérance des Suisses est de 82 ans ... tiens pourquoi ce décalage?) ; que Genève et Berne figurent dans le top 15 des villes où la qualité de vie est la plus élevée du monde (grâce à quoi, à qui ?), ajoutant que le phosphore des lacs suisses a fortement diminué et que 1107 musées suisse ont comptabilisé plus de 20 millions d'entrées !!

Vous cherchez le rapport entre ces statistiques? Il est uniquement de vendre l'idée que tous ces bienfaits reviennent à l'économie, omettant bien entendu de dire que celle-ci est responsable de coûts et d'externalités qu'assume uniquement l'Etat (épuisement au travail,  burn-out, stress, pressions, difficultés sociales, augmentation de la précarisation, hausse des frais médicaux.) [1]

Economie suisse, nous peint un monde en rose. Vous reprendrez bien un peu de Fluoxetine Bayer pour la voir ainsi?

Non, merci.

 

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Un milieu dogmatique abusant du chantage catastrophiste

J'ai découvert là un milieu dogmatique défendant becs et ongles les neufs clés du succès helvétique, véritable bible d'une certain économie, soit : un approvisionnement en énergie sûr et compétitif, une protection efficace de l'environnement, des marchés de l'emploi libres et ouverts, des infrastructures performantes, une stabilité macroéconomique, une économie de marché performante, la liberté d'entreprendre, l'accès direct aux marchés mondiaux, un système éducatif et une recherche de pointe, des politiques financières et fiscale compétitives.

Et gare à vous si vous cherchez à étendre, ou redéfinir les clés de ce succès. Vous ne trouvez pas votre place là-dedans ? Vous vous demandez ce qu'il en est de la redistribution des richesses, d'un impôt juste, de la lutte contre les inégalités, et de la responsabilité des entreprises dans celles-ci, du partage du temps de travail ? Economie Suisse ne s'en préoccupe pas. Son objectif, OPTIMALISER les conditions cadres pour les entreprises... pour le reste, vous pouvez : travailleurs, retraités, étudiants, aller vous brosser. 

Economie Suisse défend un seul axe: le maintien de l'existant. Elle souhaite jouer, encore et toujours sa même ritournelle du chantage et des accents catastrophistes. Si vous cherchez à réformer le système pour plus de justice sociale (les entreprises partiront, la suisse reviendra au Moyen-âge), elle mettra le poids financier qu'il faudra.

Cette logique défensive ne sert pas toute l'économie. Elle permet surtout aux plus gros de devenir plus forts.   

 

 

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L'économie contre les droits populaires 

Plus grave, le fait que les droits populaires et les votations soient vues comme un élément qui dérange la stabilité économique, et la sacro-sainte prévisibilité économique des multinationales.

Alors, quand le 9 février arrive ces messieurs (surtout) et dames (peu nombreuses) s'inquiètent. Pourtant, qui a fait le lit de l'extrême droite? Qui, à droite et dans les milieux bourgeois, a toujours défendu becs et ongles les intérêts privés, les grosses fortunes, freiné l'évolution du système bancaire, défendu les privilèges, refusant les naturalisations facilités et le droit de vote des étrangers afin que, PLR-UDC mains dans la main, fassent de l'étranger un bouc émissaire idéal ?

Quand arrive le 9 février 2014, ces messieurs dame sont choqués. Le chantage trop utilisé, ne fonctionne plus. Voilà l'économie en péril du fait du 9 février, on s'agite, on s'inquiète.  Mais ce n'est pas pour autant qu'il est question de se réformer et de remettre en question l'économie, non. Ce sont les droits populaires qu'il faudrait questionner !!! 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... je me suis confronté à un lobby conservateur.

Voulons-nous laisser notre économie dans ces mains là? 

 

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Réformer l'économie

 

Réformons l'économie pour les PME, les gens réels, les paysans, les étudiants, pour l'avenir, pas au profit uniquement des multinationales et de l'intérêt prioritaire des grosses fortunes.

Ce que j'appelle la théorie des miettes, qui vise à défendre le fait que plus les riches sont riches, plus les classes moyennes et les pauvres en reçoivent quelque chose, doit être combattue. La justice sociale n'est pas la mendicité. C'est un rapport de force constructif.

Voilà quelques mesures concrètes pour réformer l'économie et redistribuer les richesses :

 

  • Protéger avant tout les travailleurs et travailleuses, pas uniquement les conditions cadres visant à l'optimalisation fiscale. Extension des conventions de travail.
  • Imposer l'égalité des salaires entre femmes et hommes. 
  • Création d'un impôt sur les transactions boursières pour mettre fin à la spéculation inutile et stabiliser le marché financier.
  • Réformer la fiscalité afin de la rendre transparente. Fini les cadeaux fiscaux et les forfaits fiscaux à la carte dévolus d'une manière totalement opaque.
  • Réforme RIE III des entreprises [2] : pour un taux à 17% uniforme et une défense plus forte de la place de Genève face aux avantages dont jouissent les villes de Bâle et Zurich. 
  • Soutien à l'économie Sociale et Solidaire. Facilitation des prêts pour les petites et moyennes entreprises via des Fonds publics de prêts (type FONDETEC). Mise à disposition de capital pour démarrer des entreprises sans intérêts.
  • Les primes d'assurances-maladie ne doivent pas représenter plus de 10% des revenus d'un ménage. Interdiction de faire de la publicité pour les caisses maladies avec l'argent des primes. L'argent doit aller aux assurés, pas aux conseils d'administration!
  • Constitution d'un cadre légal pour des multinationales responsables (initiative multi), protégeant ainsi les droits humains et l'environnement en mettant sur un pied d'égalité toutes les entreprises et renforçant le label Suisse. Signez l'initiative ! [3]

 

Parce qu'économie suisse demeure le lobby d'une économie partiale visant uniquement à l'optimalisation et à la facilitation des conditions pour les grands acteurs, réformer l'économie est urgent.

Parce que l'économie doit être au service de l'humain, pas le contraire.

Quand j'ai pris la parole pour exposer ce point de vue et ces propositions, celles-ci ont été prises pour de la provocation voir un crime de lèse-majesté par les patrons de l'économie (quoi? on attaque les sacro-saintes conditions cadres?!).

Ceci est la preuve, à mes yeux que l'économie ne se réformera pas toute seule, qu'il ne faut pas attendre autre chose d'elle optimalisation conservatisme et dérégulation, avec une vie peinte en rose pendant que les citoyen-ne-s paient les pots cassés des crises successives.  

L'économie ne prendra jamais toute seule les mesures qui vont contre ses intérêts d'optimalisation.

L'intérêt de l'économie n'est pas toujours celui des citoyen.ne.s

L'optimalisation forcenée n'est pas une fatalité.

A nous, citoyen.ne.s, politiques, de voter pour défendre une économie réelle, freiner l'optimalisation à tous prix aux dépends de certains pour en enrichir d'autres.

A nous d'augmenter la répartition des richesses, gage de durabilité et d'une société sans conflits sociaux.

Une autre économie est possible, plus démocratique, nous souhaitons la réaliser.   

 

 

[1]http://www.uss.ch/index.php?id=144&L=1&tx_ttnews[backPid]=&tx_ttnews[tt_news]=4190&cHash=b273c2a50d4086b75be7bec839dbf47bs

 

[2]https://www.pwc.ch/user_content/editor/files/publications15/pwc_corporate_tax_reform_iii_fr.pdf

 

[3]http://www.solidar.ch/fr/inscription/initiative-pour-des  

 

 

Les illustrations sont tirées du livre de Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon, Etienne Lécroart : Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres? Mon premier manuel de pensée critique, Editions la ville brûle, 2014.

 

 

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24/08/2015

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire

Ami.e entends-tu le discours de division et d'oppression ? Il souffle et laisse entendre qu'il n'y a de vie collective possible que dans la tension et la division; dans la survie du chacun pour soi, dans la peur et le repli. Il veut nous convaincre qu'il n'y a de survie que dans les guerres de tranchées: des jeunes contre les vieux, des noctambules contre les lève-tôt, des étrangers contre les locaux, des locaux contre les frontaliers, de ceux qui veulent aller plus vite contre ceux qui n'ont plus le temps, avec toujours la fragmentation et la peur comme poison. 

 

Ami.e entends-tu la ritournelle ? Elle oppose les besoins, dresse les uns contre les autres: les laïques aux croyants, les juifs contre les non-juifs... et les musulmans contre tous les autres. Elle favorise toujours les puissances du profit ; dresse les sans-emplois contre ceux qui en ont, ceux qui en cherchent contre ceux qui l'ont perdu; elle monte les employés contre les indépendants, les indépendants contre les professions libérales, et fait des fonctionnaires une espèce exotique.

 

Ami.e entends-tu ceux qui montent les blancs contre les moins-blancs, les tachetés contre les mouchetés, les hommes contre les femmes; hétérosexuels contre homosexuels, les familles composée d'un homme et d'une femme... contre toutes les autres, et qui veulent nous faire rendre l'âme pour en profiter encore un peu?


Ami.e entends-tu ceux qui te disent de te serrer la ceinture pendant qu'ils se pètent les bretelles? Les discours de la haine, des semeurs de discorde ? Toujours plus de superficiel et de fiel, ils en font leur miel.   

 

 

Une Suisse ouverte, juste et solidaire

 

Ami.e, développons nos forces et nos solidarités. Toujours aller à la rencontre des personnes, pas de leurs représentations : "les migrants", "les assistés", "les roms", "les classes moyennes" sont le pense-bête de ceux qui veulent faire de la Suisse un pays rétrograde et figé. Rencontrons les personnes, pas leurs images déformées. 

 

Ami.e, toujours plus créatifs et soudés contre la pensée figée, qui travaille pour que la lutte devienne inutile et la loi du plus fort incontournable.

 

Le fatalisme et l'impuissance : nous ne mangeons pas de ce pain là. Ensemble contre toutes les formes de violence, et sa matrice : la violence économique, qui fait de l'humain une machine augmentant le bien être de quelques uns au détriment de tous les autres.

 

Ami.e, nous refusons d'opposer les catégories et d'alimenter la lutte des uns contre les autres. Chacun.e mérite plus que des miettes. Nous ne nous battrons pas entre nous pour celles-ci. Les valeurs de solidarité, d'attention et d'égards sont largement partagées, faisons-les résonner ! Nous ne nous contenterons pas du minimum.

 

La Suisse solidaire, durable, avance. Celle, mesquine, trompeuse, qui fait son beurre de ce qui fait peur, entretient les problèmes et les impuissance, veut nous réduire à une vision à court terme. Les bourses flanchent, le développement chinois s'essouffle. Notre modèle de développement doit être repensé. Ne mettons pas tous nos oeufs dans le même modèle de la finance.   

 

Ami.e, tous ensemble pour la taxation des transactions boursières, des salaires équitables, des logements abordables, des retraites solides, et le renforcement de la protection contre les licenciements.

 

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire.

Pas sa confiscation au profit de quelques uns.

 

 

 

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22/08/2015

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Cela ne vous rappelle rien ?

Une rafle au mois de juin : toi, tu vas au trou, toi tu restes en surface. Parce que tu es un homme, célibataire, que tu as commis un petit délit et même si tu as purgé ta peine :  le sous-sol c'est pour toi.

Les double et triple peine, cela ne vous rappelle rien?  

 

Une rafle au mois de juin :  la police anti-émeute contre des migrants pour les déplacer de force dans l'attente de leur déportation. Cela ne vous rappelle rien?

La police envoyée pour trier des gens. Le pouvoir qui justifie ce tri entre bons migrants et mauvais migrants, invoque la dignité de certains pour traiter les autres en sous-hommes, cela ne vous rappelle rien ?

Un magistrat de police qui tente de siffler la fin des droits humains. Un magistrat de police, capitaine à l'armée, qui use de sa parole et de son pouvoir pour s’en prendre à des militant.e.s des droits de l’homme, menace les citoyens qui font preuve de solidarité et se proposent d'accueillir chez eux des personnes harcelées, cela ne vous rappelle rien?

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de certains des exutoires bon marché, d'autres d'utiles boucs émissaires, considérer l'humain en fonction de son statut, de ses tampons sur ses papiers, des quotas et rouages politiques, plutôt que sa personne. Criminaliser les problèmes sociaux, pénaliser la contestation, décrédibiliser les mouvements qui défendent les droits humains, cela ne vous rappelle rien ?

Vraiment?

 

Abuser de l’argument de l'urgence pour bafouer le droit et la dignité due à toute personnes comme le stipule notre Constitution. Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de la Constitution un simple bout de papier, voir un torchon, avec lequel s'essuyer au nom de l'urgence, de l'économie, ou des principes supérieurs de l'Etat, cela ne vous rappelle rien?

 

Rien n’a commencé par une rafle en juin, tout se poursuit, quotidiennement, depuis des années, dans un état de droit en danger qui tolère que des hommes soient traités en sous-hommes, discriminés, écartés, logés dans des abris avec pour toute nourriture des barquettes à réchauffer; la lumière électriques en continu, et des punaises de lit sur les châlits.

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

Peut-être parce que vous vous dites: cela ne me concerne pas.

 

Mais qui sait, de force, et dans très peu de temps, cela pourrait vous revenir et vous concerner plus directement. 

 

 

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

 

 

 

 

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20/08/2015

La démocratie à l'épreuve des gestionnaires

C'est dans l'air du temps, les gestionnaires et les légalistes sont au pouvoir. Ils se cachent derrière la loi, la règle, pour maintenir le statu-quo et les inégalités sociales.

 

On en a eu récemment un exemple frappant. Monsieur Maudet dézingue un mouvement populaire et militant, No Bunkers, ayant rassemblé des milliers de personnes dans des manifestations. Il invalide tout un mouvement du fait que certains déboutés de l'asile auraient commis des délits; comme s'il y avait de bons ou de mauvais migrants, comme si ses catégories et ses étiquettes disaient l'entier de la personne et permettaient de traiter ceux-là en sous-hommes.

 

D'une façon similiaire, Monsieur Poggia qui répétait il y a peu aux citoyens aux sujets de ces déboutés de l'asile : Prenez-les chez vous ! Mais prenez-les chez vous ! Et quand certains répondent: chiche nous le ferons, il invoque ensuite la loi pour leur interdire de le faire, avec une seule visée en tête : réduire au silence un mouvement, le mettre à tout prix en échec. Il montre là que sa considération humaine est nulle. C'est la gestion des masses et de l'image qui le préoccupe.    

 

La loi : ce cache-sexe du pouvoir

Ce n'est pas le respect de la loi, faussement invoqué, qui est en cause ici, mais plutôt la préservation du pouvoir et de ses intérêts, sa manière de se raconter des histoires et se mettre en scène.

 

Ce n'est pas la "fin de la récréation" que siffle à la fin de l'été Monsieur Maudet, c'est sa propre mise hors-jeu par son incapacité à penser plus large et autrement qu'en fonction de son esprit formaté stratégie et gestion.       

Or, le danger de notre époque vient clairement de ceux qui font appliquer des lois en bafouant leurs fondements, qui ne voient pas plus loin que leur opinion publique, la caressent dans le sens du poil et évitent soigneusement tout risque et décision susceptible de fâcher.

La majorité des politiques sont devenus des suiveurs. Et les "décideurs" des petits caïds du marketing accros à l'opinion publique. Du contrôle de celle-ci dépend leur survie. Ils ne voient pas plus loin.

Et c'est cela que nous appellerions démocratie et devant lequel il faudrait s'incliner comme devant une figure sainte? Devant ce règne des idées molles, sans portées, sans visions, ne visant au final qu'à maintenir l'existant et au pouvoir ceux qui ont eu l'habileté, ou la chance, de s'y faire porter?

Les gestionnaires et les légalistes font subir à la démocratie le pire essorage qu'il soit. Après rinçage, ils la rendent d'une fadeur et d'un hygiénisme puant.

 

Juste bons à voter et se taire ?

La démocratie est plus qu'un légalisme. Elle est plus que la médiacratie et l'étroite justification légale arrangeant le pouvoir en place.

La démocratie est même plus que le respect dû à des majorités élues tous les 4 ou 5 ans à 35% de votant. La démocratie n'est pas une tyrannie de la majorité, mais un équilibre des différentes composantes de la société, chaque citoyen.ne ayant droit de cité et de parole, en tous temps.  

Ceux qui, tel le journaliste Philippe Barraud [1], s'insurgent dans un article du Temps, que des collectifs s'engagent, se mobilisent, pour rappeler aux élu.e.s l'existence de Constitutions, devraient arrêter de vendre au rabais, dans un journal qui devient d'une fadeur affligeante, une démocratie bradée où les élu.e.s uniquement auraient un droit de parole et d'exercice politique alors que les autres pourraient aller se brosser étant "juste bons à voter" et se taire. 

Ceux qui dansent sur le ventre des autres ne sont pas ceux qui s'engagent et manifestent, mais plutôt ces élu.e.s légalistes et gestionnaires, vivant leur mandat comme une rente de situation, faisant semblant d'être dans une stricte observance de la loi, tout en fermant les yeux sur ses abus ou manquements.

Le risque ne vient pas de ceux qui gueulent mais de ceux qui dorment, continuent à se faire bercer en toute bonne conscience.  

 

Qui pour faire respecter la Constitution ?

 

Si l'on relit, par exemple, l'article 15 de la Constitution genevoise :

Art. 15 Egalité
1 Toutes les personnes sont égales en droit.
2 Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d’une déficience.
3 La femme et l’homme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail.
4 La femme et l’homme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale.

 

Qu'un seul politicien "bon gestionnaire" ou garant de la loi et de sa stricte "observance" ose affirmer que ce principe n'est pas bafoué à répétition et à longueur de journée sur notre territoire en toute impunité !

Et quand le président du PLR Alexandre de Senarclens érige la discrimination en règle et l'affirme : oui, mettre ces hommes en sous-sol, c'est une discrimination au détriment d'hommes célibataires, déboutés, il bafoue purement et simplement notre Constitution.[2] 

Art. 39 Droit à un niveau de vie suffisant
1 Toute personne a droit à la couverture de ses besoins vitaux afin de favoriser son intégration sociale et professionnelle.
2 Toute personne a droit aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience.

 

Toute personne, rappelle la Constitution. Pas uniquement les électeurs libéraux-radicaux n'est-ce pas?

Monsieur Maudet, plutôt que de pourchasser de ses foudres une poignée de déboutés, de se positionner en moraliste devrait commencer par faire respecter la Constitution comme il s'y est engagé.

Toute la Constitution, rien que la Constitution, pas seulement les quelques lois qui font son beurre politique après un soigneux écrémage.    

La démocratie est plus que le respect d'un état de fait

 

La délégation du pouvoir ça ne veut pas dire uniquement signer un blanc-seing pour 4 ou 5 ans. La démocratie c'est le frottement des idées: des débats, des refus, des tensions.

Bravo aux collectifs et association, aux citoyen.ne.s qui le rappellent et le font entendre courageusement haut et fort.

Ils sont le tonus de la démocratie.  

 

La démocratie est plus que le respect du pouvoir en place

Elle est la garantie de respect des principes supérieurs et constitutionnels, qui touchent aux droits et au respect de la personne, à sa liberté individuelle et à sa sécurité.

Lorsque ces principes supérieurs sont attaqués, quand certains élu.e.s les perdent de vue au profit du racolage médiatique, alors oui il est légitime de monter aux barricades, de secouer le corps gras et mou que devient notre démocratie, en employant tous les moyens possibles, tous les réseaux nécessaires, qu'ils soient électifs, militants, grévistes, pour ne pas être dans une démocratie de ventriloques où le pouvoir a été confisqué par des gestionnaires à la petite semaine.     

 

L'observance de la loi, de toute la loi, par le pouvoir politique, est sous la surveillance des citoyen.ne.s, tous les citoyen.ne.s. Ces derniers sont légitimes à l'exercer en tous temps.

 

Nous ne sommes ni enrôlés dans une armée, à la messe ou un talk-show.

Parce que nous sommes des êtres libres, il revient à chacun.e. en démocratie, de faire entendre sa voix, lutter pour ses opinions, quelles qu'elles soient.

Délégation du pouvoir ne veut pas dire démission.

 

Voter c'est très bien, agir c'est parfait.     

 

 

[1]http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d62f3918-45a4-11e5-85d0-41b5fd577541/Ces_collectifs_qui_dansent_sur_le_ventre_des_autorit%C3%A9s

 

[2]http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante/

 


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05/08/2015

La capote et le territoire

download10.jpgMercredi

J’ai dans mon sac une pierre prise dans un bas pour cogner. Des talons aiguilles dans les yeux, je t’assure, ça fait mal.

Tu me vois, je suis là, à une et à deux et à trois heures du matin, dans la nuit dans le froid, tout l’hiver parfois. Mais je suis ailleurs en même temps, beaucoup plus loin qu’ici.

Ce que j’expose n’est pas ce que je suis, qui je suis est à l’abri bien loin.  Je me répète peut-être. Peut-être que je t’ennuie… qui je suis n’est pas celle que tu vois.

Qui je suis ne travaille pas après minuit, ne mets jamais de bas.    

Il y a plein de prostitués dans les boîtes d’assurance et les banques.

Je suis travailleuse du sexe.

Ce n’est pas parce que je travaille avec mon corps que je suis à vendre. Je facture un service, c'est à prendre ou à laisser. Ce n’est pas ma personne que je solde. Cela, les mecs ils ne le comprennent pas. Pour que leur fantasme fonctionne, il faut le leur laisser croire. Je suis une comédienne. Life is a stage. Je vais aller voir la pièce de Devanthéry à l’Orangerie cette semaine : to be or not to be. Shakespeare. Ça m'intéresse.

Je parle le moins possible. Je reste toujours le plus neutre possible. Comme cela, les hommes peuvent projeter tout ce qu’ils veulent, remplir ma corbeille vide de leurs joies, leurs colères, d’impatiences et leurs fleurs.

Je facture un fantasme. Ils paient sa réalisation.

Je travaille avec mon sexe. C’est dans ce trou que je fore. Par ce terrier, dans l’abri de verre, que je me construis, en ressors. J’essaie de comprendre ceux qui viennent me prendre. Tu ne peux pas savoir combien j’ai appris sur le trottoir. Ni comme les gens aiment salir, raconter des ragots et te déverser leurs ordures.

Je n’aimerais pas que mon fils apprenne que je travaille dans la rue. C’est la dernière chose que je veux voir. J’aurais trop honte. L’argent que je gagne, c’est durement. Je paie mes impôts, comme tout le monde, je cotise pour ma retraite. Il y a de la place pour tout le monde ici, mais le prix à payer est salé. Tu dois t’exposer, tu peux choisir ce que tu mets en vitrine. Tu n’en sors pas inchangé. Tu dois te vendre. Toi seule évalues ce que tu donnes et pour combien tu l’abandonnes.  

Le territoire, c’est vital.

Les filles, les nouvelles, sont de plus en plus jeunes. Elles s’en foutent de casser les prix. Pour deux fois rien tu baises. Pour quarante balles, elles font tout maintenant. Pour presque rien, un rapport complet. Moi, j’ai des enfants à nourrir, leur éducation à payer. En vieillissant, tu dois aussi t’occuper plus de toi. Les dents, les yeux, les seins.

download.jpgElles, elles cassent le marché. Elles se mettent dans le coin là-bas et si tu les fais chier, leur mac rapplique. C'est difficile dehors, tu vois. La semaine passée, la chinoise s’est fait bastonner. Elle n’est pas encore revenue. Même le plus petit bout de trottoir c'est un enjeu, du moment qu'il est bien exposé.

Les filles savent très bien où se mettre, où il faut aller, ne pas s’arrêter. J'ai trouvé une chaise dans la rue. Je l’ai accrochée à un soupirail avec un cadenas. Je fais 1234 pour le sécuriser. Comme cela, la nuit, quand j'ai mal aux jambes, souhaite m’asseoir, je le fais tranquillement. Cela devient mon salon et je regarde passer ceux qui me regardent m'asseoir. 

Parfois on fait fausse route. On ne pensait pas lâcher autant, ni être rattrapées par le temps. C’est ainsi. Des filles vieillissent mal. L’occasionnel a duré. Elles ne savent plus mordre. Elles sont foutues. Elles ne peuvent plus dire non. 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

 

Texte écrit suite à un travail sur le boulevard des Tranchées avec les travailleuses du sexe pour l'association Aspasie, la rédaction de son journal Mots de Passe.


09:30 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prostitution, genève, nuit, travail du sexe | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/08/2015

Clients, bourreaux, sauveurs

IMG_1138.JPGDimanche

Je préfère la lumière des lampadaires aux boîtes des parkings.  Je ne laisse jamais les mecs prendre trop de pouvoir, se raconter des histoires.

 

Ils veulent tous me sauver, me baiser, me sauver, me baiser, me sauver.

Dans leur tête, c’est du pareil au même.

Mon corps, il est ici. Mon cœur, il est là-bas. Avec mon amoureux qui boit un soda dans sa voiture et attend que j’en finisse.

Je propose un rapport professionnel, et basta. Si le mec s’emballe, je le calme, le recadre, avec doigté, toujours.

J’en ai eu qui m’amenaient des fleurs à chaque fois, voulaient me marier, me placer dans leur bonbonnière. Ils étaient mariés, ils étaient bourrés, ils étaient sincères. Vous ne pouvez pas imaginer les solitudes et les vides intersidéraux que j’ai comblés.  

Il y a un chef d’entreprise qui voulait m’épouser. Je te jure, il venait régulièrement me voir. Mais je suis claustro. Je n’aime pas les espaces clos et les mecs qui m’étouffent, même quand il y a de jolis lustres et deux serviteurs à l’entrée; même quand on reçoit tous les soirs de la semaine et que les noms des invités sont écrits sur de jolis papiers.  

Pour cela, je ne travaillerai jamais en salon. Je respecte les filles qui le font ; mais moi, c’est sur le boulevard que je bosse. J’aime l’indépendance, pas les sonnettes. J'aime le vent et la pluie, pas les chiens à l’entrée, le gravier dans l’allée et les rideaux aux fenêtres.  

 

IMG_1139.JPGJe sors quand je veux. Je turbine quand je peux. Personne ne me dicte de rythme ni d’heures de travail. Je ne fais pas d’abattages. Je ne badge pas. Je ne pointe pas. Je fais des pipes, c’est tout. Je ne m’enquille pas des mecs parce qu’il faut passer par là. D’autres sont moins bien loties.

Je laisse passer des voitures. Je ne retourne pas toujours les sourires. Je choisis. J’ai grandi là-dedans. Je sais comment y faire ma vie.

Clients, bourreaux, sauveurs, ce sont des hommes avant tout. 

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

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01/08/2015

La Suisse est un muscle qui se travaille

C'est toujours un moment singulier que le 1er août, jour de fête nationale. Pas que je sois un fanatique du drapeau, ni que le nationalisme soit quelque chose que je valorise particulièrement, mais en ce jour, ce sont toujours des sentiments de gratitude et de reconnaissance, un rappel de l'incroyable chance de vivre en Suisse qui surgissent. 

Pourquoi ?

Nous vivons en paix, dans un pays serein, fort, qui permet à chacun, de chercher et d'occuper la place qui lui revient.

Malgré les tensions, les dissensions, et parfois les conflits (mais nous n'en arrivons généralement pas là, notre ADN y est réfractaire), nous faisons plus que partager un territoire, nous y vivons ensemble. 

Grâce à notre tradition, notre histoire et notre confiance, nous apprenons des crises et les surmontons.

Le débat, le dialogue, la volonté de servir le bien commun l'emportent encore sur les égoïsmes. Nous constituons une communauté qui se parle et agit pour le bien du plus grand nombre. 

 

1er août d'hier

Le 1er août, relève en partie de souvenirs heureux. Depuis l'enfance : s'émerveiller des feux de la fête nationale sur les montagnes; dans les villages, des lampions, du cor des alpes et les tartes aux noix des grands-parents jouant aux cartes; jappements du bouvier bernois, grésillement de la raclette fondue sur la pierre à l'alpage.

Le 1er août porte sa part de nostalgie et de retour vers les origines. Une forme de ressourcement aussi : ovomaltine froide et barre de ragusa. Le feu qui brûle, les amis rassemblés autour. C'est un moment fort, intemporel et rassembleur. Il fournit une combustion pour aller de l'avant. S'il n'existait pas il faudrait l'inventer... ce que nous avons d'ailleurs fait. Le copyright date de 1891 à l'occasion de la commémoration du 600e anniversaire du pacte de 1291.

Par ces feux, nous perpétuons ce que l'humain a fait depuis qu'il est : se réunir autour d'un feu, ériger un totem (symbole) manger et boire autour, se tenir chaud. Nous ne sommes pas différents des autres. La naissance de la Suisse date en fait de l'origine de l'humanité.

Un nationalisme bien pensé devrait être un humanisme curieux, pas un repli sur soi inquiet; pas un privilège de naissance ou administratif, mais un engagement envers une collectivité en lien avec d'autres.  

 

1er août d'aujourd'hui

Le 1er août, c'est avant tout un présent. Dans des pays voisins, les jours de fête nationale, on brûle aussi des bagnoles. Ici, et pour longtemps encore je l'espère, des morceaux de bois, comme le faisaient nos anciens. Et c'est un moment magique de voir, venant de différents lieux, aux origines multiples, des gamins lancer des fusées, et les différentes langues parlées autour des feux. 

Il m'a toujours semblé que le drapeau suisse à croix blanche, symbolisait la croisée des chemins. Là où certains veulent dessiner pour les quatre branches des impasses, j'y ai pour ma part toujours distingué au moins quatre ouvertures possibles, et des débouchés vers les quatre points cardinaux. Petit pays au centre de l'Europe, notre pays s'est développé par les échanges et s'est fortifié par son hospitalité. Un pays risquant l'ouverture, c'est sa nature.  

Un pays central, ouvert et responsable, qui s'exporte bien à l'étranger, et représente quelque chose de fort dans le monde. Le symbole de la croix rouge s'y confond même. Aujourd'hui, nous devons veiller à ce qu'il ne soit pas écorné, par le monde de l'économie, des multinationales helvétiques avides, qui par le profit absolu qu'elles poursuivent lui font du mal, ou par des tendances politiques autistes, qui stigmatisent l'étranger, les accords internationaux, et laissent entendre que barricadés derrière nos petites frontières, réfugiés dans le quant-à-soi, nous pourrions vivre mieux. C'est une erreur. Ce serait trahir notre histoire. Nous risquons surtout de devenir, aux yeux du monde, un pays égoïste voulant avant tout défendre ses privilèges. Et pour nous même, que l'usure, le refus de vivre et de nous dépasser, nous sclérosent.     

Et si notre croix suisse à quatre branche était un muscle ? Et si nous étions le sang qui bouge pour l'oxygéner. La Suisse : un organe ? C'est un coeur! Un coeur, c'est une pompe : ce sont deux artères, deux veines; un muscle, une circulation. C'est une puissance, une organisation. Mais c'est aussi plus que cela. Un souffle, une oxygénation, un rythme. Et si notre présent était d'amener du sang frais, pour en améliorer la circulation ?

Les conservateurs sont le signe d'un infarctus. Ils veulent figer dans le formol une Suisse qui avance au risque de la tuer. Les racistes? un mauvais cholestérol enkystant la Suisse, la rendant atrophiée et fragile. Quant aux rationalistes, économistes forcenés, ils pensent qu'une boîte en métal est identique à un coeur. 

 

1er août de demain

Le 1er août c'est aussi, et toujours, un moment pour se projeter dans l'avenir. Comment vivrons nous en 2016 et 2018 et 2020, et au-delà? Quels sont les caps que nous voulons nous donner? Qu'adviendra-t-il de notre pays? Comment évoluera-t-il ? Serais-je dans celui-ci une force d'oxygénation ou un corps inerte? Une force de développement ou de repli sur soi, un globule rouge ou un virus noir ? Ferais-je le choix du risque et de l'ouverture ou de l'enfermement et du dépérissement? 

Le 1er août mêle notre passé, notre présent et notre avenir, comme il mêle les langues, les origines diverses. Il permet, dans notre Confédération, de rappeler que s'il n'y en a pas des comme nous, nous constituons toutefois, genevois, vaudois, zurichois, etc., un tout.

De la même manière, si notre pays est singulier, il appartient à un ensemble plus vaste dont il dépend, et auquel il doit une grande partie de sa richesse et de ses succès, et envers lequel il a aussi des responsabilités. 

Le 1er août sera toujours pour moi un hommage à celles et ceux qui font la Suisse, qu'ils en aient le passeport ou non; s'engagent pour le vivre ensemble, au courage qu'il faut pour poursuivre cette aventure. Il sera toujours un moment de lutte contre les périls de fragmentation, de rejet et de repli sur soi qui nous guettent. Un temps de joie, flamboyant.

 

La Suisse est un muscle qui se travaille.

Le 1e août est un temps pour l'exercer. 

 


 

 

 

 

 

 

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31/07/2015

Genève, la nuit

ArwmX5efpF4D43iODWRfhV7Rn-SMyHgaGRUDMkwdAUM.jpgVendredi.

J’ai été violée par mon premier mec.

Mon corps ne m’appartient plus. Ce qui est dedans n’est plus à moi. Il n’y a plus rien de protégé. Plus rien à soustraire, plus rien à préserver.

J’en parle toujours comme s’il s’agissait d’une autre. Comme si c’était arrivé à une femme qui est ma meilleure amie. Parfois je regarde les plaques des rues et je les récite, ça m’empêche de trop penser : rue Jean Sénebier, boulevard Helvétique, rue de l’Athénée, rue François d’Ivernois, puis je recommence dans l’autre sens rue François d’Ivernois, Ferdinand Hodler, rue de l’Athénée, boulevard Helvétique, rue Jean Sénebier. Des mecs que des mecs, tout le temps.

J’exige toujours la capote. Les mecs sont des tarés. En baisant, ils essaient de l’enlever, de te mettre sans protection, à nu. Avec un mec derrière moi, je garde toujours un doigt à la base de son sexe, pas qu’il l’enlève. Quand je tourne le dos je regarde par-dessus moi.

A l’intérieur, à l’intérieur de moi je fais des signes de croix.

Dieu est toujours là quand je travaille.  

Dieu est toujours là quand je baise.

 

Je me protège du mieux que je peux.

Toutes les filles te diront ça, mais tu verras, après, pour le fric, pour un soir, parce qu’elles font confiance, parce qu’elles en ont marre, elles vont risquer leur corps et leur santé.

Moi, je mets les choses au clair. Ce sont les lois du marché qui veulent ça. Le tarif, la durée, où on va et comment : tout est posé d’entrée. Je ne laisse rien au hasard.

Je suis douce, ferme, et polie.

Le client est roi. Mais il ne doit jamais me prendre pour une conne.

Je rentre dans sa voiture. C’est son territoire. Quand je suis embarquée, je prie.

 

yycE4FdUubLTNZmN-MtkVM4KO23_o7ILFgX3aT7FEUE.jpgC’est sur le trottoir, exposée, que je me sens le plus en sécurité. Car il y a les collègues qui travaillent, je connais chaque coin du boulevard, la petite rampe qui monte d’un côté, et redescend de l’autre, les balustrades en ferronnerie rouillée où s’adosser. C’est un lieu que j’ai appris à apprivoiser.  Il m’est devenu en quelque sorte familier.

Dire que je l’aime ce serait trop dire, mais je l’ai apprivoisé. Ou peut-être est-ce l'inverse en fait. Je ne sais pas. Genève, la nuit, pour moi, c'est comme cela.

Voilà tout.

 

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30/07/2015

Amène des fleurs, s’il te plaît

prostitution,genèveJeudi.

Tu vois l’homme qui tourne là-haut depuis toute à l’heure ? C’est un voleur, un dingue peut-être, ou les deux. Ici, on est environnées d'hommes comme ça.

Je ne sais jamais à qui j'ai affaire, sur qui je vais tomber. Me mettre là, sur la route c’est risquer ma vie, ma peau. Quoi que je fasse, c’est ce qui peut arriver.

Un dingue peut planter sa voiture devant moi et me tirer dessus, sans que je n’ai pu bouger ni eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait. Sans que je n’ai rien dit ni fait d’autre que de venir travailler là ; me mettre sur ce bout de route, de trottoir.

Je risque tout le temps de me faire planter, trouer.

Mais je suis croyante, je prie. Si les saints m’abandonnaient, je n’aurais plus aucune protection. Je pourrais mourir ce soir, dans une heure. Tu viendrais, et je ne serais plus là.

A l’hôpital ou à la morgue, amène des fleurs, s’il te plaît.   

Pas d’alcool, pas de drogues. Mon corps, c’est ma fabrication. Je suis une athlète. Je place mes protections en amont. Quand j’arrive, je suis bien préparée. Même à moins cinq degrés, je dois travailler; avoir l’air jolie, ou à tout du moins mutine, selon les lois du marché.

Il faut plaire au client, quel qu’il soit, pour qu’il revienne. Laid ou pas, lavé ou non. Quand tu as tes réguliers, c’est mieux. Ce sont les lois du marché qui veulent ça.

Je ne monte pas avec des personnes que je ne sens pas. J’ai des règles, un code de conduite. Je regarde bien comment la voiture tourne, la gueule du mec, d’où il vient, ses plaques minéralogiques. J’apprends de mon passé. Il y a des mecs, je n’irai plus jamais avec eux, d’autres je m’y risque en disant : prudence, fais gaffe là. Mais parfois, quand faut y aller faut y aller...

 

(La cabane est ouverte aux quatre vents. Les volets tapent et les carreaux sont cassés. Le canapé rouge penche d’un côté, et au milieu il y  a de petits vêtements d’enfant éparpillés.)

 

prostitution,genèveDes filles sont déposées en rase campagne. Elles reviennent en marchant sur leurs talons durant des kilomètres. D’autres sont amenées dans des baraques lointaines avec quatre mecs qui les attendent pour les violer à l’arrivée, ici, à Genève.

Une amie s’est fait prendre par quatre tarés. Elle a dû se faire recoudre de partout. Fils et aiguilles dans la chaire perforée. On ne l’a plus jamais revue. Dents, nez cassées, poignets tordus. Elle n’est plus revenue travailler. Cela ne m’est jamais arrivé encore. C’est la chance ou un compte à rebours enclenché. Je ne sais pas.

Du moment que tu t'embarques, tu risques tes os, ta peau, ta cage thoracique. Ce sont les lois du marché.

Ce qui te bousille aussi, ce sont les dingueries des mecs. Tu dois être bien sûre de ce que tu veux faire ou pas, ce que tu acceptes ou refuses.

Si tu ne sais pas jusqu’où tu veux aller, tu finis par dériver.  

 

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28/07/2015

Soirs après soirs

Nous sommes et resterons libres. Libres de nos corps, libres de notre esprit, libres de notre argent gagné à la sueur de nos culs et de nos cerveaux. Libres comme des oiseaux migrateurs habillés de couleurs somptueuses, survolant de très loin la misérable boue où l’on voudrait nous enterrer. – Grisélidis Réal- 

 

Il9dSHLfQH6znRxJ64zLasErJJGEhsujK52BuCZSmxk.jpgMardi.

Les mecs reviennent, en redemandent, ça me valorise. Beckett, quand on lui demandait pourquoi il écrivait disait : « bon qu’à ça ». Je ne dirai pas que je suis bonne qu’à ça, c’est un moment de mon histoire. C’est du provisoire, ça ne va pas durer ; ça fatigue trop les horaires inversés.

 

Se retrouver tout le temps dehors, toute l’année, ça casse. C’est un métier difficile, mais j’ai besoin d’être seule, dehors, ne dépendre de personne. J’aurai pu travailler sur des chantiers aussi.

Tu vois, cet imposant bâtiment du musée d’Art et d’Histoire ? En Italie, j’étais reléguée dans la zone, les troisièmes cercles, ni salon, ni rue mais les zones portuaires ou industrielles. Là-bas, tu as tous les tarés qui viennent, déambulent, tu es livrée à l’extérieur comme une bête. C’est une rude école de vie... si tu survis. J’ai survécu. J’ai eu de la chance. Ici je travaille proche de Valloton, de Picasso et de Braque, avec même une vue sur le jet d’eau. Les banquiers et les avocats pullulent. C’est bon pour moi. Même s’il y a plein de cons.

 

Le bus là-bas, c’est celui de l’association Aspasie qui soutient les travailleuses du sexe. Elle l’ouvre les mardis et jeudis, pour de la prévention. Elle offre du café chaud et des biscuits, des petits sachets en plastique avec des capotes. Tu ne verras jamais un client venir avec son préservatif. De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. La préservation, tu dois te la donner, te la construire, matériellement comme psychologiquement ; être forte de l’intérieure.

 

 

Parfois, on se retrouve six ou sept femmes dans le bus. On se tient chaud, on rigole. Le temps d’un thé, on échange les dernières nouvelles, nos expériences. On finit par se connaître toutes. On jauge les nouvelles, les connes, celles qui ne sont pas réglos et cassent les prix. C’est le trottoir qui prouve qui tient la route, pas le blablabla ou leur frime. Il y a des filles qui viennent deux soirs et que l’on ne revoit plus. Après le bus, on retourne dehors, et c’est chacune pour soi. C’est le boulot avant tout, le boulot qui veut ça.  Les lois du marché.

 

Je suis croyante. L’église russe est plantée là-bas, juste derrière le pont qui barre le boulevard. Son toit bombé se découpe sur le ciel. Je travaille dans un quartier bourgeois. Une partie du périmètre est interdit pour le travail de nuit désormais. On ne passe pas la rue François Bellot, ne met pas nos escarpins sur Rodolphe Töpffer, Galland, Romilly. Même la rue Emilie Gourd, ils nous l’ont interdite. La féministe se retournerait dans sa tombe.

 

nyJ3GWqn-6_6w97ipMh8Frxu1nA_90JY0RmJgg95_Po.jpgLes bourgeois ne veulent pas de filles qui travaillent sous leurs fenêtres. Ce sont pourtant eux, comme tous les autres, que je vois passer en bagnole quand leurs femmes sont couchées, et qui nous emmènent au parking un peu plus loin pour jouir avant de nous ramener.

 

Les bons pères de famille, les papas avec le siège enfant réglable à l’arrière, porte-skis sur le toit, font leurs tours, obnubilés par nos cuisses, obsessionnels de nos nibards, nous éclairant dans leurs phares. Ce sont les mêmes qui nous interdisent de travailler en bas de chez eux. Pour rien au monde, ils n’aimeraient être associés au sexe tarifé.

 

Magistrats, juges, avocats, ils essaient de te baiser sans capotes avant de retourner dans leur lit douillet vers leur femme, prétextant, si madame se réveille et demande des comptes, une réunion qui a trop duré.

 

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27/07/2015

L'amour, les lois du marché

eric roset, www.eric-roset.ch

La Prostitution est un Art, un Humanisme et une Science

–Grisélidis Réal- 

 

Lundi.

 

D’abord je me mets devant le miroir, et me regarde à peine. Avant toute chose je me maquille, me recouvre de poudre, de rouge à lèvre, m’étire les cils.

Après seulement, je retire mon sweat-shirt à capuche. Je garde mon portable avec moi ; les petites touches qui s’allument, c’est beau comme un sapin de Noël. Cela me change les idées, comme quand je passais gamine sur la rivière, sautant d’une pierre à l’autre, ça me distrait et j’en ris. A ceux qui m’appellent, je réponds en tout temps.

Je suis disponible. Je peux laisser sonner aussi quand je suis épuisée.

Je sais être ouverte, je peux me refermer très vite.

Je prends mon sac à main, un faux truc en croco, petit compact sur le fauteuil d’entrée. Je dis au revoir au chat ; vérifie qu’il a bien toutes ses croquettes, un bol de lait froid. Je ferme la porte doucement. Cela sent la soupe, le chou, le saucisson dans la cage d’escalier. Pas un bruit, les voisins sont couchés. Il savent être discrets. Je ne les connais pas. Je pense à mon fils. A ma mère qui s’en occupe quand je suis loin de lui.  

De chez moi au boulevard Helvétique, il y a 200 mètres seulement, mais j’y vais toujours en taxi. J’appelle toujours le même conducteur, je le connais. J’ai toujours son numéro sur moi. Il vient me prendre à heures régulières, me ramène à la maison quand je veux, n’importe quand.

Au quotidien, je suis basket et training. J’aime être décontractée à la ville. Travailler, c’est enfiler un costume, changer de personnalité. Ou plutôt : la mettre en veille. Je ne marche pas dans les rues quand je suis de mise pour le travail. Je ne marche jamais sur mes talons. J’aurai trop peur que l’on me prenne pour une pute.

Tu me vois la journée, la nuit, tu ne me reconnais pas.

Tu me vois la nuit, la journée tu ne me remarques même pas.

 

01MbV9fLCBcqlkIffjOJp71fP93A_91NwSyBOgSOj5A.jpgLa nuit - c’est différent - je dois tout faire pour me faire voir. Je dois te montrer, clairement, qui je suis, pourquoi je suis là, et ce que je négocie. Ma présence, c’est du boulot mon gars.

A 23h rien n'est clair. A 2 ou 3h du matin tout le devient. Le costume fait la différence. Le regard que je lance aussi. Il n’a pas la même nature ici et là. Tu la vois la différence ?   

Pour aller au travail, je ne marche jamais sur les trottoirs. Je les arpente quand je bosse seulement. Certains soirs, je vais au boulevard Helvétique, au boulevard des Tranchées, comme si je montais au front.

Bon, je ne sais rien de ceux qui vont au boulot comme à la guerre ; mais j’imagine qu’ils y vont dans la banalité, emportés par le mouvement général, et basta. De toute façon il n’y a plus de lignes de nos jours.

La guerre est partout, tout le temps, et le fric, il faut aller le chercher. Selon les lois du marché.

Certains soirs, je ne sais pas pourquoi j’y vais. Ça va te choquer, mais peut-être parce que j’aime ça aussi, faut croire. Etre dehors et aimanter ces mecs du regard, les dominer aussi. Mais surtout, j’ai besoin de fric. Comme tout le monde. Selon les lois du marché.  

Ce que je fais, je le fais bien. J’ai développé des compétences, un savoir-faire.  Je sais y faire, je suis habile, je suis rapide, les hommes: les mariés, les coincés, les timides, les fatigués du pouvoir, aiment ça.

Je me suis adaptée aux lois du marché.

J'y excelle même. Pourquoi me jugent-ils?

 

 

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10/07/2015

Barthassat 2.0 : une mise à jour

Je souhaite ici poursuivre le débat engagé par mon dernier billet  : Baby Barthassat et la chose publique. J'ai été surpris par la charge émotionnelle voire passionnelle que ce dernier a déclenché ; étonné aussi par les injures portées à mon encontre par des gens bien en vue de cette société; des élu-e-s, qu'ils soient PLR ou PDC. Certes, Facebook désinhibe fortement, et ceux qui ne goûtent que peu le débat démocratique et la production d'arguments y cèdent trop facilement.

Beaucoup d'amis de Monsieur Barthassat se sont mis sur la défensive suite à mes propos. Ils ont sincèrement essayé de le défendre (comme s'il n'arrivait pas à le faire tout seul); mais peut-être aussi qu'un vieux fond bourgeois les encourageait à vouloir maintenir inaudible ce que tout le monde murmure tout bas. Lorsque quelqu'un soulève cette coutume, il faut alors inévitablement ... le réduire au silence. Pour ma part, il me semble avoir, certes avec engagement, mis des mots sur des actes qui appartiennent à Monsieur le Conseiller d'Etat Barthassat et dont il ne se cache pas du tout : l'exhibition répétée de son fils dans son cadre professionnel.  

 

Pour ma part, les enfants doivent être tenus en dehors de la vie politique

J'ai été sensible aux deux mots que la fille du Conseiller d'Etat a laissé en commentaire de mon billet. Elle y regrette que son frère voit si peu son papa, elle en souffre elle-même. Comme elle s'invite elle aussi dans le débat, j'aimerais rappeler ici que je ne m'adressais pour ma part en aucune manière au fils, à la fille, au tonton, à la tata, au papa, mais uniquement au Conseiller d'Etat en charge du Département de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture. Les enfants n'ont rien à voir là-dedans. Ils devraient, à mon avis, très soigneusement en être tenus à l'écart. Monsieur Barthassat conviendrait-il de cela? 

Il me sera toutefois difficile de plaindre le Conseiller d'Etat Barthassat. Certes, le métier de CE est exigeant, mais il est aussi composé de joyeux moments de détente. S'y ajoute une rémunération plus que correcte. Ajoutez à cela une retraite à vie, cela paraît suffisant pour que nous ne pleurions pas trop sur son sort. Cela rend encore plus surprenants les cris indignés des supporters de Barthassat, voire pathétique la manière dont ils le victimisent. 

Car enfin, un très grand nombre de nos concitoyen-ne-s vivent les mêmes difficultés que le magistrat Barthassat. Ils ne peuvent voir autant qu'ils le souhaiteraient leurs enfants. S'en plaignent-ils ? Ont-ils le choix ? Ils bossent. Emmènent-ils pour autant leurs bambins sur leur lieux de travail le lundi matin avant de le diffuser sur les réseaux sociaux? J'en doute. Vous avez déjà vu une vendeuse avec son bambin à côté d'elle dans un magasin? Vous vous positionneriez comment devant cela?   

C'est leur situation qui m'interpelle et celle des inégalités sociales. C'est pour changer la condition des familles moins nanties, de celles et ceux qui ne disposent pas d'un train de vie de ministre pour faire vivre leur famille, que je m'engage.

Je suis fier d'appartenir à un parti politique qui travaille activement et concrètement à lutter contre les inégalités, que ce soit par le biais de l'instauration d'un congé parental, pour l'augmentation des places en crèche; pour une égalité plus grande entre les femmes et les hommes tant au niveau des salaires que des responsabilités professionnelles ; un parti qui a instauré les frais de garde pour les élu-e-s siégeant au Conseil municipal, afin précisément que vie familiale et vie professionnelle puissent se dérouler d'une manière optimale, sans confusions de genre, ou que l'une ou l'autre de ces dimensions ne soit sacrifiée; et au final que les enfants en paient le prix. 

 

Et si Barthassat faisait son boulot plutôt que de se substituer à Gala magazine ?


Il est normal qu'un fils veuille passer du temps avec son père me glisse la fille du Conseiller d'Etat en bas de blog. Je suis d'accord avec elle. Il me semblerait encore plus normal, à l'inverse, qu'un père se rapproche davantage de son fils plutôt que de l'entraîner avec lui dans ses bourlingues et bastringues politiques, l'affichant à tout va. Mais de cela je ne suis pas juge, c'est du domaine de sa vie privée... pour autant qu'il ne l'étale pas publiquement à tort et à travers.

Car en affichant très fréquemment des images de son fils sur Facebook, en en faisant un sujet médiatique et politique, le Conseiller d'Etat Barthassat a choisi de projeter son fils dans la sphère publique et polémique. A partir de ce moment, il n'y a rien de choquant à en discuter ouvertement et à prendre une position critique sur cette manière de faire. Cela me semble même plutôt sain. Qu'en pensent d'ailleurs les chefs de services et les fonctionnaires qui travaillent sous Barthassat. On leur demande pour voir?    

En s'indignant de ma critique, les amis de Luc Barthassat le défendent mal. Par leurs insultes, ils confortent plutôt ceux qui pensent qu'il y a un problème dans l'approche du fait qu'un gamin de 15 ans se retrouve avec des hauts fonctionnaires à discuter de projets et de leur mise en oeuvre, avant de retourner à l'école comme si de rien n'était pendant que papa Conseiller d'Etat fait des selfies pour facebook.

 

Ce qu'il faut retenir de cette petite polémique ? 

A mon avis, une opportunité pour aborder des sujets importants pour notre République :

Un Conseiller d'Etat ne doit-il pas faire preuve de prudence dans sa manière d'exposer ses enfants en les impliquant dans sa vie professionnelle ?

Comment vie privée et vie publique se délimitent-elles à l'heure des réseaux sociaux; un élu à l'exécutif peut-il tout mélanger et l'afficher?

Avons-nous la capacité de sortir des débats à bas bruits entre les happy-few de la Vieille-ville comme il est de coutume dans cette République, atteindre une maturité démocratique qui permette de questionner ce qui m'apparaît personnellement comme une dérive d'un dirigeant politique  ?

 

Enfin, et pour conclure, le Conseiller d'Etat Barthassat, puisqu'il est féru de réseaux sociaux, pourrait-il réaliser sa mise à jour 2.0, et arrêter de faire de son fils un hochet médiatique?

 

Car je vois dans cela, pour ma part, quelque chose de profondément troublant pour la gestion de la chose publique et de la représentation qu'il en donne : un domaine que l'on gèrerait comme une petite entreprise familiale personnelle... à se transmettre ensuite ainsi... de père en fils, en quelque sorte.

 

Ce n'est pas ma conception du bien public, ni ce qui fonde mon engagement politique.

 

 

 

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07/07/2015

Prenez-les chez vous! Vous démissionnez alors?

 

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que celles et ceux qui ne veulent ni s'occuper ni voir les problèmes de l'accueil des migrant-e-s terminent une discussion lorsqu'ils sont à court d'arguments... quand ils ne la commencent pas de cette façon.

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que Mauro Poggia, Conseiller d'Etat MCG, se positionne ; de la même manière Daniel Sormani conseiller municipal MCG, quand il envoie un message aux autres élu-e-s. Vous voulez trouver des solutions à ce problème social ? Prenez-les chez vous ! 

La volonté de faire porter à celles et ceux qui s'engagent la responsabilité d'une gestion étatique, doit être entendu comme un aveu d'impuissance ; ou une stratégie pour faire toujours porter aux citoyen-ne-s des charges qui reviennent à l'Etat mais dont il cherche à se défausser.   

Ni vu ni connu : prenez-les chez vous ! 

Vous avez des critiques, vous n'êtes pas satisfaits du travail effectué ? Vous pensez qu'il est indigne de mettre des humains dans des bunkers; que l'Etat a volontairement mal anticipé, mal évalué et mal traité ce problème des migrations ? Vous pensez que l'on peut faire mieux en faisant autrement? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que l'on ne peut pas simplement faire disparaître des humains, comme s'ils n'existaient pas ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que, dans une société vieillissante comme la nôtre, où les aîné-e-s représentent un quart de la population, -cette part ne cessant de croître- laisser des jeunes hommes inoccupés est absurde? Prenez-les chez vous !

Vous pensez que le système administratif et carcéral prétendant gérer la question de l'asile ne fait que l'alourdir et rendre plus coûteuse sa charge à la collectivité ? Vous pensez que ces enjeux doivent être repensés ; que les multiples révisions de l'asile voulues par l'UDC ont totalement crispé la question de l'asile ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez qu'il y a un lien entre la déshérence dans laquelle sont laissés ces hommes et la petite criminalité ? Prenez-les chez vous!

Vous proposez des Assises sur la question de l'asile, incluant les associations, l'Etat, les communes et les communautés religieuses? Prenez-les chez vous!

Prenez-les chez vous ! Cette réponse est indigne d'un Conseil d'Etat. Cette manière culpabilisante de faire de la politique : en individualisant les questions politiques et rendant responsable le citoyen de leur gestion, est désastreuse.

Elle est, de plus, anti-démocratique, parce que précisément, nous élisons nos représentants pour leur déléguer le pouvoir d'agir, pas pour qu'ils nous le renvoient à la gueule sans concertation avec un "Prenez-les chez vous" qui est un aveu de démission. 

 

L'incohérence de Monsieur Poggia

Paradoxalement, en faisant cela, Monsieur Poggia légitime ceux qui prennent la rue et manifestent en occupant des lieux !

Vous voulez qu'on les prenne chez nous ! Bien, on va le faire. Vous démissionnez? On s'en occupera.

C'était le sens de la banderole "Plutôt prendre qu'attendre" qui a été déroulée au 28c route de Meyrin  le 26 juin dernier lors d'une brève occupation de ce bâtiment. Monsieur Poggia, lorsqu'il demande ensuite au collectif de dégager et menace d'envoyer la police est incohérent. 

S'il veut que les gens s'occupent de la délicate gestion des migrants pourquoi le refuse-t-il lorsqu'ils rentrent dans une maison inutilisée de l'Etat, prêts à y faire des travaux, y remettre de l'ordre ?

N'est-ce pas parce que ce qui le dérange profondément, c'est le passage de l'individuel au collectif et le fait qu'un mouvement organisé puisse finalement faire le boulot à sa place?  

 

Séparez-les tous

Prenez-les chez vous.. mais un par un, dit Poggia ! Il affaiblit ainsi tout mouvement social de solidarité.

Prenez-les chez vous! Cette phrase de la droite et l'extrême droite est extensible à tous les domaines dans lesquels l'Etat a le mandat d'être actif, réactif et efficace mais duquel il se retire à bas bruit, s'absente, pour des questions prétendues financières mais liées avant tout à des choix politiques. 

L'avenir que dessinent les politiques de droite et d'extrême droite se profile ainsi clairement devant nous :

Une personne âgée qui n'est plus autonome? Prenez-la chez vous !

De l'insécurité dans votre rue ? Prenez votre batte de baseball !

On vous a volé ? Prenez sur vous !

Vous êtes malade ? Votre famille s'occupera de vous !

 

Chantage à la charité

 

Il faut le dire clairement, ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de se substituer au rôle de l'Etat, d'éponger l'échec des politiques publiques, ni à la charité individuelle de combler ses déficiences.

Ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de payer de leur personne pour les cadeaux fiscaux fait aux entreprises ou aux plus fortunés, ni aux citoyen-ne-s de croire les bobards du Conseil d'Etat quand il dit qu'il n'y a pas d'autres solutions aux enjeux sociaux que l'abri, la prison ou l'expulsion.

 

Et notre Constitution, c'est du flan?

Prenez-les chez vous ! Ce report sauvage de charge de l'Etat vers les citoyen-ne-s est abusif.

En cela, la difficile question de la situation des migrant-e-s est une ligne de combat. C'est une ligne de front qui refuse à l'Etat démissionnaire de reculer encore devant ses missions de base. 

Si nous devons prendre des migrant-e-s chez nous, par substitution, ce ne sera en tout cas pas parce que le Conseil d'Etat aura refusé de faire dignement son travail et nous l'intime. Ce sera contre lui et pour nous organiser collectivement. 

Nous lui demanderons ensuite des comptes: sa démission par exemple, puisque il aura fait preuve de son inutilité; son incapacité d'honorer la délégation de pouvoir, principe constitutionnel, qui implique précisément de réaliser au nom de tous ce que chacun, en société, ne peut ni ne doit faire seul.

 

 

 

 

Références:

http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2015/06/24/un-conseil-d-etat-toujours-aux-abonnes-absents-268258.html

https://stopbunkers.wordpress.com/2015/06/26/communique-de-presse-no-bunkers-collectif-doccupation-du-gru%CC%88tli-vendredi-26-juin-2015-des-solutions-existent-pour-fermer-les-bunkers/

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-policiers-evacuent-un-squat-a-la-route-de-Meyrin/story/10417521

 

 

 

 

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06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

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26/06/2015

Carlos Serra, un regard sur les municipales 2015

01_IMG_0191.jpgPhotographe pour le journal Gauche Hebdo, Carlos Serra a choisi de couvrir les élections municipales en Ville de Genève. Du mois de janvier à mai 2015 il s’est rendu sur les stands politiques, aux événements publics et débats touchant à cette élection. Il souhaitait être au plus près des militants, candidats,  qui se sont lancés dans cette aventure élective. Par la mise en avant de leur engagement, leur énergie, lassitude parfois, c’est un symbole de notre démocratie qu’il a mis en image. Plus de 6000 clichés saisis ! 

 

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Politique mais non partisan

Son travail ne visait pas à la promotion de tel ou tel parti. Carlos Serra a volontairement pris soin d’en suivre plusieurs. Sa démarche n’est pas partisane dans le sens politicien du terme. Elle interroge les rouages de la construction politique, le rapport à l’image, du désir d’être vu à la nécessité d’être visible, que chaque candidat, différemment, gère face au photographe.

 

Carlos Serra nous place face à l’un des moments importants de notre démocratie. Ses photographies permettent de nous interroger sur le sens des élections, ce qui anime celles et ceux qui s’y présentent, la manière dont les citoyen.ne.s les perçoivent ;  il rend compte des échanges et des discussions intenses qui s’y déroulent.

 

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De l'affichage

Et maintenant que les élections sont passées, que reste-t-il de ce temps de campagne, des engagements, des promesses, des candidats déçus (ou pas) ? De leurs regards? L’exposition de photographie de Carlos Serra nous autorise une pertinente mise à distance, permet d’y réfléchir.    

Son travail rappelle celui qu'avait effectué Ariane Arlotti sur le corps politique. Sauf qu'il est en quelque sort inverse. Ariane Arlotti avait choisi de photographier les élu.e.s dans le parlement, avant d'exposer ses photos dans des lieux publics, pour montrer le corps politique à l'oeuvre. Carlos Serra, lui, affronte le politique dans la rue, d'une manière frontale, comme simple citoyen, rejouant sans fards la scène du face à face démocratique.      

 

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L'envers du décor

Il y a quelque chose de touchant à ce qu'un photographe, Carlos Serra, à l'heure du règne des selfie, s'emploie à mettre en valeur des personnes engagées pour la collectivité, en tournant son objectif vers eux.     

 

Les photos de Carlos Serra sont exposées jusqu'à fin juillet au café-restaurant l'envers du décor.

Comment les clients réagissent face à ces photos ? Certains trouvent qu'il y a un... parti pris. Pour l'un il y a trop de rouge, pour un autre trop de vert, mais personne ne s'est encore jeté un verre d'eau au visage. Les serveurs en sourient. Ils trouvent cocasse qu'au moment de manger, les convives se trouvent placés sous le regard des politiques et les cuisinent...  cela anime la discussion. Et puis, quel joli clin d'oeil que d'exposer ces photos de campagne à .. l'envers du décor.

 

Exposition des photos de Carlos Serra : jusqu'au 1e août 

Restaurant l'envers du décor, 10 rue de la Chapelle, 1207 Genève.

 

 

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24/06/2015

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances?

Depuis le lundi 15 juin la Maison des Arts du Grütli est occupée. La Ville de Genève n’a pas choisi cette situation, mais s’est trouvée mise devant l’urgence du fait accompli. Des requérants d’asile, une trentaine, refusant un transfert dans les abris PC, ont investi la maison des Arts du Grütli. Ils sont aujourd'hui plus de 40, ce chiffre pourrait encore augmenter.

 

La Ville a accueilli ces hommes, et entamé un intense travail de recherche de solutions pour que la maison des Arts du Grütli, qui n’est pas un lieu viable  et adapté pour ceux qui s’y sont réfugiés ne soit pas transformé en bunker à ciel ouvert par la faute du Canton.  

 

En tant que résidents de la ville de Genève nous avons pour but commun la poursuite des intérêts de cette dernière et le respect de ses institutions.

Comme socialiste, la recherche du dialogue, le respect du débat politique et la recherche de solutions pragmatiques.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances ?

A un moment toutefois, il ne faut pas hésiter à dire les choses telles qu'elles sont. La gestion par le Conseil d'Etat de cette crise est calamiteuse.

 

D’un côté se trouvent des requérants d’asile, soutenus par des collectifs (Stop bunkers, Solidarité Tattes, collectif sans Retour) qui refusent le fait que l’on loge des êtres humains jusqu’à 6-9-12-18 mois dans des abris de la protection civile en violation de la Constitution Suisse (Article 7 et 12).

Ces revendications sont à ce jour formellement soutenues par le Parti Socialiste, Solidarité, Caritas, CSP, la Ligue Suisse des droits de l'Homme - section Genève-, avec l'appui de la Ville de Genève et celle de Carouge. 

 

La LSDH – Genève s’indigne en outre de l’amateurisme outrageant des autorités responsables qui ont fait preuve non seulement d’un défaut d’humanité dans leur gestion de la situation et le suivi des personnes qui en dépendent directement, mais encore d’une absence totale de planification et d’organisation.

 

L’occupation du Grütli n’est pas un micro événement. Il faut le relier à d’autres, et y réfléchir aussi d’une manière globale. A Lausanne, le collectif R , Stop renvoi, occupe la paroisse de Saint-Laurent depuis des mois. Ces évènement sont des conséquences de la politique restrictive d'asile menées par l'extrême droite au niveau fédéral. Cette politique conduit à une crispation généralisée du système.

 

Un Conseil d'Etat crispé

Face à ces collectifs et partis, il y a un Conseil d’Etat qui se crispe. Pour lui, il n’est pas possible de loger ces requérants ailleurs que dans des abris, pas d’autres solutions que d'être les soldats les plus obéissants de la politique décidée à Berne. C’est le langage de l’impuissance et de la soumission, fruit d’années de négligence dans la gestion de l'asile. Cette ligne rigide du Conseil d’Etat crée inutilement de la violence et de la tension.

 

La Ville de Genève gère l'urgence

La Ville de Genève se retrouve au centre de ce rapport de force entre deux positions en apparence peu conciliable. Bien seule, elle travaille toutefois dignement à dessiner une issue à la crise.

Il faut ici relever les efforts menés depuis plus d'une semaine par le magistrat du Département de la Culture et des sports Sami Kanaan et par la Maire Esther Alder, magistrate du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que du médiateur Monsieur Ueli Leuenberger, qui redoublent d'efforts et d'inventivité.

 

Comment sortir de la crise ?

Monsieur Poggia plutôt que de s’en prendre à Sami Kanaan qui essaie de le sortir un peu de sa torpeur (est-ce là un crime de lèse-majesté ?), de le réveiller un tant soit peu (la sieste au Conseil d’Etat est-elle sacrée ?) devrait effectivement se mettre au travail et proposer des solutions plutôt que de se contenter d'une posture de monarque choqué quand un conseiller administratif questionne sa non-politique et le confronte sur le fait que, depuis 8 jours, la Ville fait front et assume seule une situation héritée de l’inaction du Canton.

J'ai été choqué des lamentos que Monsieur Poggia a poussé quand Monsieur Kanaan l'a interpellé et pressé d'agir.

J'ai été choqué par sa fébrilité. Plutôt que de se sentir attaqué dès qu'il est remis en cause, Monsieur Poggia devrait plutôt arriver avec des propositions et faire preuve d'initiative.

Pour l'instant, la Ville fait le boulot à la place du Canton. Ce n'est pas acceptable. 

 

Rafle, expulsion.. baston?

Lors du Conseil Municipal du lundi 22 et mardi 23 juin, le MCG et le PLR ont voulu voter des résolutions pour faire expulser de force les requérants réfugiés au Grütli.

Après avoir utilisé la police pour  mettre de force des hommes en abri PC, les matraquer hors du Grütli semblerait être une option pour la droite élargie. Mais envoyer la police pour virer les requérants qui occupent actuellement le Grütli n’est pas responsable. Cela fera le jeu des extrémistes, jetant encore plus d’huile sur le feu.

Quand la violence commence, on ne sait pas où elle s’arrête. Quand l’état de droit se transforme en volonté d'abuser de la violence étatique. Il est juste de s’y opposer.  

 

Evacuer de force le Grütli, en voilà une mauvaise idée

Ceux qui préconisent l'évacuation de force du Grütli pensent-ils plus loin que le bout de leur nez?

Comment le boucleront-ils pour éviter une réoccupation ? En le ceinturant de forces de police ? Puis en mettant un cordon de policiers autour de chaque lieu culturel de la Ville ? La réponse de la matraque n'est pas une solution, c'est une fuite en avant.

La droite, en choisissant cette impasse comme option, montre son incapacité à chercher des solutions à cette crise sans cumuler de nouveaux problèmes. 

 

Des issues, il en existe

Les issues à cette situation complexe à la Maison des arts du Grütli, conséquence directe de décennies d’inaction cantonale existent.

Elles sont à trouver par le dialogue, et une implication du Canton. Dialogue entre le Canton et les requérants avant tout, le Canton et la Ville, la Ville et les requérants; entre tous les acteurs en présence. Il n’y a pas d’autre solution viable.

 

Le Canton doit désormais s’impliquer à la recherche de solution, pas seulement à la recherche de sa propre préservation.

Des familles syriennes arrivent. Elles doivent être logées et préservées de la mauvaise gestion de la crise par le Conseil d'Etat.

Le fait que ce Conseil d’Etat trébuche sur le premier écueil n’est pas pour nous rassurer en vue d'un été qui s'annonce chaud.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances? Si ce n'est pas le cas qu'il donne un signe de vie. Qui a entendu Monsieur Longchamp, président du Conseil d'Etat, silencieux depuis plus de 8 jours?

 

François si tu nous entends, donne-nous un signe de vie. On ne se contentera pas d'une carte postale envoyée à la maison des Arts du Grütli, ni en poste restante au fin fond d'un abri pour qui vont y passer l'été

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/monte-ville-geneve-canton/story/21656474

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante

 

 

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, poggia, conseil d'etat, vacances, asile, requérants, négligence | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/06/2015

Papa Poggia et ses patates chaudes

 

Quand le conseiller d'Etat Poggia prend sa plume [1]  pour justifier sa politique en terme d'asile, c'est pour se livrer à un exercice délicat de justification.

A le lire, on se demande quel rôle joue le conseiller d'Etat dans la conduite de solution et de résolution de crise. Il voit, il observe, il accompagne. Jamais il ne parle de sa volonté politique. Jamais il ne prend un rôle de leadership. C'est de la faute aux autres si des solutions ne sont pas trouvées. C'est de la responsabilité de ceux qui s'opposent, ceux qui chicanent. A l'entendre, il n'y aurait pas de problèmes. Pourtant, la politique migratoire est une patate chaude. Quand est-ce qu'elle deviendra une priorité étatique? Poggia ne cesse de souffler sur ses doigts, laisse entendre qu'il n'a pas de pouvoir, et que si on l'a placé là où il est, c'est pour faire état d'une impuissance.

Il a reçu la patate chaude, il fait du mieux qu'il peut avec.

C'est peu, c'est pauvre, c'est insatisfaisant. 

 

 

Auto-satisfaction devant l'échec

 

Poggia semble se satisfaire de l'échec. Il s'en défausse  sur le mouvement Stop bunkers qui, avec toutes ses limites, voire ses excès, a pourtant une vertu certaine que ne lui reconnaît pas Poggia :rendre visible des enjeux depuis trop longtemps glissés sous le tapis.

 

Poggia accuse les associations engagées auprès des migrants de n'avoir pas fait des propositions concrètes. C'est fort de café. C'est comme si l'on vous disait: vous n'avez pas de logement à Genève? Quelles propositions concrètes avez-vous pour construire du logement?

 

Non, ce ne sont pas aux mouvements de tenir la main au gouvernement pour proposer une alternative aux bunkers, même si malgré tout, elles l'ont fait (caserne des Vernets, 28C route de Meyrin, etc.,).

 

 

Poggia n'en peut plus ? Qu'il ouvre le jeu alors

 

Il est trop facile de brandir la force pour faire obéir dans certaines situations et puis invoquer l'impuissance pour mettre au défi les associations de jouer le rôle de l'Etat.

 

On ne gouverne pas en lançant des défis pour voir qui a les plus gros bras.

 

Si vraiment Poggia est à bout de propositions, qu'il invite les associations à travailler avec lui; pour sûr il y aura des solutions qui seront trouvées. Que Poggia ouvre le jeu, montre où sont les locaux vides et les espaces inutilisés. Qu'il en soit assuré, il trouvera alors de l'aide pour en faire quelque chose. Ou alors, s'il veut vraiment démissionner de ses responsabilités, qu'il le fasse réellement ! 

 

 

Une dévalorisation de l'éthique.

 

Opposer de bons migrants et des migrants moins bons comme le fait le Conseiller d'Etat, est dangereux. Dire qu'il est juste que ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC ou qui ont été condamné pénalement doivent subir un sort plus pénible que d'autres, c'est avoir une singulière conception de la justice, et rendre le mot "éthique" bien fade.

 

Ce n'est pas parce qu'une personne est déboutée, doit quitter la Suisse, qu'elle n'a plus droit à un traitement digne. Ce n'est pas parce qu'elle n'est encore jamais allé dans un abri, que sa situation est enviable vis-à-vis d'un autre qui y est depuis des mois. La double peine est un principe que la justice récuse. J'aimerais que le Conseiller d'Etat nous dise comment il va sortir de la logique du tri, de la planification industrielle de l'humain pour évoluer vers une politique conforme avec l'esprit de Genève et les articles de sa Constitution.

 

S'ils sont rentrés un jour sur un territoire qui n'était pas le leur, ces personnes n'ont pas à être considérées comme quantité négligeable ou des criminels, ni à payer pour une gestion politique ayant toujours placé l'asile comme une non-priorité.     

 

 

Papa Poggia distribue ses patates chaudes

 

Justifier la faiblesse d'une politique en arguant du pire et que finalement "ça ne va pas si mal" fait penser à ces repas de famille où l'on te disait:  avale tes patates brûlantes, finis ton assiette et souris, ailleurs il y a des gens qui crèvent la faim.

Papa Poggia montre dans son blog un visage paternaliste et donneur de leçons qui n'a rien à envier à ceux qu'il critique. Ainsi, lorsqu'il s'en prend à la Ville, qui serait en faute d'offrir des abris PC à des sans domiciles lors des grands froids l'hiver, papa Poggia se prend les mains dans sa fourchette. 

 

Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

 

Est-il nécessaire de lui rappeler, concernant l'hébergement en sous-sol par la Ville de Genève, qu'à la différence de la politique qu'il mène, sa durée de résidence est limitée à 3 semaines maximum? Durée maximale que préconise la Commission nationale de la torture.
[2]

Est-il nécessaire de lui rappeler que la Ville est bien seule pour accueillir les grands précaires, et que si
elle est censée le faire de manière subsidiaire au Canton, qu'il nous montre les lieux ouverts par celui-ci pour les sans-domiciles fixes dont il a la responsabilité ! 
 
Est-il nécessaire de lui rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de bienveillance, mais d'article constitutionnels  (article 7 et 12 de la Constitution fédérale) et que s'il est prêt à s'asseoir dessus, ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde!
 
L'incurie du Canton ne peut devenir la norme
 
Ouvrir l'hiver, et même à l'année des structures d'urgence pour parer au plus pressé et accueillir les plus précaires pour 3 semaines maximum, avant de les orienter vers d'autres structures en surface n'est pas ce qui devrait choquer Monsieur Poggia. Qu'il confonde accueil dans le cadre de la politique de l'asile et hébergement des précaires pour se justifier est inquiétant et révèle une confusion. Mélanger les enjeux rendra encore plus difficile l'établissement de solutions. Monsieur Poggia ne devrait pas, avec toute son "éthique" et le rôle qui est le sien, jouer avec cela.
 
Il n'y a pas de solutions est une non-réponse

Que sa politique d'asile soit devenue une politique de l'urgence et de l'enterrement systématique au nom de il n'y a pas de solutions, il n'y a pas d'alternative, et ce depuis des années, c'est cela qu'il faut changer. Monsieur Poggia laisse toutefois entendre que des solutions seront proposées pour 2016. Comme quoi, l'engagement et la lutte paient. Le Conseiller d'Etat laisse entendre que peu à peu il va se bouger. Comme quoi... encore un petit effort Monsieur Poggia, vous allez y arriver.
 
 
La menace du grand incendie
 
Ce n'est pas l'inaction d'années passées qui doit nous conduire à ne rien faire. Justifier une situation actuelle en arguant du passé, et que ceux qui s'indignent aujourd'hui ne se sont pas indignés hier, c'est encore un mauvais argument d'autorité.
 
Terminant son laïus par des menaces d'incendie généralisé, Monsieur Poggia montre que quand on ne parvient à convaincre, on finit par en venir à la menace, ce qui est une preuve de faiblesse et d'impuissance. Et si c'étaient plutôt ses négligences qui créaient souffrance au travail pour les travailleurs de l'Hospice général, maltraitance pour les migrants, et le ras-le-bol de la population ?
 
 
 
Des Assises pour l'asile
 
Plutôt que menacer d'un grand incendie, il est temps que l'Etat rassemble autour de lui les communes, les associations, les communautés religieuses, les élu.e.s, les habitant.e.s de bonne volonté pour donner à sa politique un nouveau souffle et une nouvelle légitimité.
 
Des Assises pour l'asile, et vite, avec des objectifs précis et une communication claire, et moins de vos justifications pâteuses Monsieur Poggia, merci.    

 

 


[1] http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/06/21/stopbunkers-comprendre-avant-de-revendiquer-268192.html

[2] http://mobile2.tdg.ch/articles/11728449

 

 

 

 


 


 



 


 

 

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21/06/2015

Pouvoir du langage propagande du politique

 

Il faut les voir ces hommes et ces femmes

Assis en rond, prenant chacun à leur tour la parole

Celui qui croît être au centre est à la périphérie

La périphérie est le centre

Le micro est à qui veut parler                                       

Celui qui veut parler parle le temps qu'il veut

Les autres l'écoutent.

 

Tu te souviens de la dernière fois où tu es allé à un débat politique?

Combien de temps as-tu-parlé ?

Qui t'a écouté? 

Les petits fours étaient bons?

                                                

Le pouvoir ne veut pas de précédent

Le pouvoir ne veut pas de dérogations

Le pouvoir ne veut pas de solutions

Il se concentre pour gagner du temps

Le temps, c'est de l'urgence

Le temps, c'est de la réélection

Et un et deux et trois Ayop crie quelqu'un.

 

Maudet est au club de Bilderberg

Les migrants dorment à même le sol

à 40 dans un couloir au centre culturel du Grütli.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

Article 7 de notre Constitution Fédérale.

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

Les hommes doivent aller dans des bunkers pour pouvoir être mis dans des avions

Il faut éjecter ceux qui ne peuvent rester

Il faut en maltraiter quelques uns pour le plus grand nombre

Ceux qui ne peuvent rester, c'est ceux qu'il faut mettre dehors

Poggia ciao Poggia ciao Poggia ciao ciao ciao.

 

Propre en ordre

Homme vivant en Suisse depuis 19 ans, expulsé par vol spécial cette semaine

Mère, deux enfants, expulsés par vol spécial cette semaine.

 

 
1000 personnes sont hébergées dans les foyers de l'Hospice Général

1000 personnes ayant obtenu une protection de la Suisse

un permis B - C ou même une nationalité Suisse

Les foyers sont engorgés

Le storytelling s'accommode mal de l'asile

Le Conseil d'Etat reste muet.

 

Il faut opposer les hommes célibataires et les familles syriennes

Il faut opposer les suisses et les non-suisses

ceux qui ont et ceux qui n'ont pas

dit le Conseil d'Etat.

 

Il n'y a pas de suisses qui font le ramadan

Tous les musulmans suisses sont des étrangers

Il n'y a rien d'exceptionnel il n'y a que des cas particuliers

L'urgence c'est la norme

Le quotidien c'est l'urgence

Le Conseil d'Etat : stressé

Une main de fer dans un nuage de fumée.

 

Faut-il fermer les bunkers ou expulser des Hommes?

Ceux qui décident ne peuvent rien décider

Mais c'est eux qui le décident, personne d'autre!

dit le Conseil d'Etat.

 

A Lampedusa, tu crois que l'hôtel est sympa?

Ce que tu ne peux penser évite de l'agir

Ce que tu ne peux agir, évite de le penser

Que sert la confusion ? A qui profite l'indifférence?

 

L'urgence est une inaction planifiée

L'urgence est une violence

L'urgence est une excuse

Comment nomme-t-on une urgence qui dure depuis 20 ans?

 

Il a fait trois semaines de service militaire avec Ovolmaltine et Ragusa

Une semaine à 100 dans un rafiot sur la Méditerranée menaçant de couler

Il n'a jamais essayé.

 

Le Grütli a été investi par les migrants

Les autres pensent à leurs vacances.

 

Le système vieillit

Il faut des jeunes et des forces de travail pour que le système fonctionne

Du travail il n'y en a pas pour ceux qui n'en ont pas

Du travail il y en a, mais il faut un permis

Les jeunes et les diplômés sans permis il faut les expulser

On ne peut donner un permis à celui qui n'en a pas.

 

Le système court à sa perte, qui veut tirer la prise en premier

qui veut jouer à la courte paille avec Kafka ?

 

Il ne faut pas changer de système, il court à sa perte

Il ne faut rien changer

Il faut ouvrir des bunkers et fermer les frontières

dit le Conseil d'Etat. 

 

Il n'y a pas de rafle, il n'y a que des transferts

Il n'y a pas de déportation, il n'y a que des vols spéciaux

Il n'y a pas de langue sale, il faut juste bien savoir communiquer avec.

 

La dignité humaine doit être respectée et protégée

dit la Constitution.

 

 

 

 

 

 

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19/06/2015

Abri or not abri? Telle est la question?

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreAbri or not abri? Telle est la question. Les fronts sont posés. D'un côté le Conseil d'Etat reconnaît qu'héberger des requérants en sous-sol n'est pas  une solution, mais ne fait rien pour dégager des solutions. De l'autre, des associations, des collectifs militants, des partis de gauche réclament du Conseil d'Etat de s'activer pour mettre en oeuvre des solutions, dégager une volonté politique et être créatif, plutôt que de se réfugier derrière son motif d'urgence pour justifier ses négligences.

Le front de ceux qui veulent sortir du tout à l'abri s'élargit chaque jour, jusqu'à l'Hospice général, ayant proposé depuis de nombreux mois des solutions alternatives aux abris PC (la Caserne des Vernets par exemple).

Pourtant, à ce jour, tous se heurtent à un Conseil d'Etat muré dans son refus de sortir du tout à l'abri. Cette attitude contre-productive conduit au chaos, comme lundi passé lorsque des requérants ont pris la route pour quitter les Tattes avec la police aux trousses.

C'est maintenant prouvé, l'attitude rigide du Conseil d'Etat engendre des conflits.

 

Il y a quelque chose de pourri au pays de l'asile

Il est admis que dormir dans un abri PC devrait être uniquement réservé aux situations de catastrophes naturelles, de conflit atomique, ou d'exercice militaire. Il est indigne pour un pays comme la Suisse d'accueillir en sous-sol des personnes dont elle a la responsabilité et la charge, dont l'entretien est même garanti dans sa Constitution (art.12).

Forcer des gens à dormir sous terre est une forme de maltraitance, d'autant plus grande quand les personnes accueillies viennent de parcours de vie que des abus, des traumatisme, et des violences ont fragilisé. Et quand du jour au lendemain le voisin de chambrée est dégagé par vol spécial, cela change jusqu'à la couleur des murs.

Invoquer depuis des dizaines d'années l'urgence pour mettre des gens sous-terre est un argument qui ne tient plus. Depuis des années le Conseil d'Etat à balayé sous le tapis un enjeu de société qui lui revient aujourd'hui, comme un boomerang, en pleine poire. Abri or not abri ne devrait plus être une question. Ce devrait être une ligne rouge au-delà de laquelle le Conseil d'Etat devrait reculer, et rendre des comptes pour son incurie.

 

Le Conseil d'Etat s'attaque à la Culture

A la Maison des arts du Grütli, occupée depuis le lundi 15 juin, la situation semble bloquée. Le mouvement No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli tient désormais le lieu. La Ville héberge jour après jour ceux qui ne peuvent plus aller ailleurs, l'Hospice Général ayant porté ces requérants comme sortis de son institution. La Ville fournit aide et assistance, mais elle n'est ni la Croix-Rouge, ni n'a pour vocation de se substituer à l'Hospice général. En bonne gestion de crise, il serait du devoir de l'institution de tutelle de chercher des solutions. Mais le Conseil d'Etat répond absent. Il reste sur une ligne dure, sans ouverture de négociations, comme si cela ne le concernait pas.

Ce comportement conduit 1) à pousser les requérants d'autres abris PC à rejoindre le Grütli 2) le mouvement à se radicaliser 3) à faire d'un lieu culturel un bunker à ciel ouvert.

Le Conseil d'Etat voudrait faire flamber un lieu culturel qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Faut-il, en plus d'attaques contre la dignité humaine, que le Conseil d'Etat s'en prenne à la Ville, la Culture?

 

Des possibilités existent

Pourquoi le Conseil d'Etat n'enclenche-t-il pas une médiation, avec No Bunkers – Collectif d'occupation du Grütli, la Ville, les communautés religieuses? Certainement, si des églises avaient connaissance de ce qui est en train de se dérouler, elles ne pourraient renier le Christ et laisser celui qui demande à entrer à la porte. La bible rappelle: "Celui qui demande reçoit; celui qui cherche trouve; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvrira. Lequel d'entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ou un serpent quand on lui demande un poisson ?

On pourrait ajouter: 

Lequel d'entre vous forcerait un homme à dormir sous terre quand il le refuse? 

Si le Conseil d'Etat ne veut plus s'occuper des Hommes, pourquoi ne délégue-t-il pas cette responsabilité à ceux qui savent et peuvent le faire. Après tout, il y a un certain nombre d'églises vides à Genève. 

 

We had a dream

On a rêvé, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, que le Conseil d'Etat allait prendre l'initiative d'une sortie de crise, rassemblant les divers acteurs et parties liées à ce qui se joue autour de l'hébergement en sous-sol.

On a imaginé l'Hospice général, la Ville, les collectifs, les communautés religieuses, réunis sous le haut patronage du Conseil d'Etat, chercher des solutions ensemble, et en trouver !

On a rêvé que Genève allait sortir grandie, renouvelée, d'une négociation réussie!

On a rêvé, on espère encore, mais l'attitude butée, fermée, du Conseil d'Etat, laisse entendre que les hauts patronages sont réservés à l'ONU et que les petits chefs qui dirigent l'Etat, préfèrent jouer de la montre et de la matraque que prendre le risque du dialogue et de la négociation.

 

grütli,occupation,no bunker,conseil d'etat,poggia,maudet,la matraque,la montreSamedi 20 juin : fête musicale des réfugiés

Pour la journée mondiale des réfugiés, ce samedi, à 16h, des collectifs de Berne, de Zurich, et des centaines de militants viendront manifester leur soutien, à 16h, au Grütli, pour tous les requérants, pour tous les enfermés.

Une marche est prévue. 

Pour faire entendre, à l'occasion de la fête de la musique, une autre chanson que celle des marches militaire et des vols spéciaux, il est important d'y être.

Car si le Conseil d'Etat aime écouter des chansons grinçantes en boucle, nous pensons que d'autres mélodies existent, que d'autres possibles sont à élaborer.  

 

16:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, occupation, no bunker, conseil d'etat, poggia, maudet, la matraque, la montre | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/06/2015

Le Conseil d'Etat doit sortir de son abri

La Suisse n'est pas la France. Elle n'a pas son passé colonial, ni sa logique centralisatrice et autoritaire, ce qui la met pour partie à l'abri des tensions qui fragilisent ce pays. Pourquoi alors s'en inspirer dans la gestion de l'asile ? Ce qui se passe à Vintimille, se déroule actuellement à petite échelle à Genève. Par l'inaction du Conseil d'Etat, par son manque de vision dans la gestion de l'asile, et surtout son incapacité à trouver des solutions dignes et viables pour les requérants, le Conseil d'Etat facilite le travail de l'extrême droite dans son identification du migrant, de l'étranger, comme bouc émissaire. 

 

La Ville assume, le Canton demeure inactif 

Depuis 3 jours maintenant, des requérants sont hébergés à la Maison des arts du Grütli. La Ville de Genève a assumé sa responsabilité en hébergeant dans l'urgence la quarantaine de requérants qui, refusant de se rendre dans les abris PC de Carouge, ont échoué devant sa porte. La Ville a ainsi permis que des hommes ne se trouvent pas totalement à la rue. Le Conseil d'Etat, lui, il fait quoi? Rien. Il se terre dans une posture d'inflexibilité, montrant par là sa difficulté à négocier, à sortir de ses zones de confort médiatiques.   

 

La non-gestion de crise du Conseil d'Etat

Le fait que Monsieur Poggia se réfugie dans sa posture du "tout à l'abri" sans véritable recherche de solution alternative est attristant. Le fait qu'il n'y ait pas, depuis des années, de prise en compte sérieuse du manque de logements pour les migrants; que le Conseil d'Etat se soit trop facilement et trop longuement satisfait de la solution de rechange des abris PC, a enclenché une bombe à retardement. Cela nous conduit aujourd'hui à une situation tendue. 

Le mouvement Stop bunker, dans ses excès et sa radicalité est un miroir tendu au Conseil d'Etat. Il en est, en quelque sorte, la production. Lorsque des membres de ce collectif, à bout de souffle et de nerfs, dérapent et s'en prennent aux Tattes à des fonctionnaires qui font leur travail du mieux qu'ils peuvent, gérant des situations de vie complexes, le Conseil d'Etat en porte une part de responsabilité. 

 

Les travailleurs en première ligne

Il faut rendre hommage au travail des fonctionnaires de l'hospice général, qui font face à des déboutés de l'asile, mais aussi des migrants ayant obtenus un permis B  ou C, voire même de nationalité Suisse! qui se trouvent encore et toujours dans des lieux inadaptés, inappropriés, voire dangereux. Leur rendre hommage, et dénoncer la passivité de leur employeur, son manque de courage politique.

Vivre dans un abri est plus digne que la bonhomie de Monsieur Poggia.

Le magistrat de tutelle de l’Hospice général ne peut se laver les mains des conditions de ses employés en répétant comme un général à la retraite : "Genève n'a plus de places d'hébergement", laissant les travailleurs en première ligne et les migrants devant un mur, sans solutions alternatives.

   

Poggia fait l'autruche Maudet se planque, Longchamp est aux fraises

Le Conseil d'Etat, très concrètement, met en danger la vie de ses employés, qui se trouvent pris à parti par des requérants au bout du rouleau. Poggia a été élu pour trouver des solutions, pas laisser pourrir des situations, ni étaler le constat de son impuissance. Vous critiquiez la gauche bisounours messieurs? Vous incarnez désormais la droite de l'impuissance.

Maudet a bourré la prison de Champ-Dollon sans rien changer aux problèmes de fond. Aujourd'hui, le deal prospère plus que jamais à Genève. La politique de la droite dans le domaine de l'asile est un échec. Laisser des hommes désoeuvrés dans des situations de vie misérable en fait des candidats à la criminalité. La cosmétique médiatique a ses limites. Les problèmes sont nombreux. Ce n'est pas en les enfermant dans des abris qu'ils disparaîtront.  

 

A qui profite la crise?

L'extrême droite fait son miel de la faiblesse du Conseil d'Etat. Des membres du site pravda.ch ont tourné une vidéo aux Tattes, manipulant un homme tunisien pour alimenter un site français sympathisant d'extrême droite. Plutôt que de demeurer dans une posture de bon gestionnaire ou d'impuissant total, il est temps que le Conseil d'Etat agisse.

 

 
Le déni ou la force ne résoudront rien  

Le ramadan débute ce jeudi, la fête de la musique aura lieu vendredi, samedi et dimanche. Le centre culturel du Grütli est l'une des scènes importantes de cet évènement.

Le Conseil d'Etat aurait tort de penser que ce qui est en train de se dérouler n'est pas de son ressort et s'en remettre à la Ville. Ni la loi, ni la montre, ni l'opinion publique, ne le lui permettent. La quarantaine de requérants réfugiés au Centre culturel du Grütli demandent à l'Etat des propositions de sortie de crise. Le déni ou la force ne résoudront rien.

Le Conseil d'Etat doit faire ce que sa grandeur narcissique l'empêche encore  : négocier une sortie de crise. 

 

Des solutions existent  

Si Monsieur Poggia est de bonne foi quand il dit chercher des solutions, il doit maintenant faire le nécessaire pour en trouver. Par exemple : la Caserne des Vernets, déserte jusqu'au 15 août, les écoles, les églises, etc., pour loger pour une durée limitée les migrants, afin de nouer un dialogue constructif et faire à nouveau évoluer la situation dans le bon sens. 

Personne ne fait l'éloge des abris sous-terre. Ils sont la moins mauvaise solution possible pour certains, la pire pour d'autres, dans tous les cas une solution insatisfaisante à moyen terme. Quelles solutions trouver alors? Comment rendre les abris PC plus viables? Avec quelles activités accompagner ceux qui y résident? Comment limiter la durée maximale de résidence dans ceux-ci ; que ceux qui ont refusé d'y aller s'y rendent aujourd'hui? Le Conseil d'Etat, face à ces questions, se terre, et invoque toujours la situation d'urgence pour ne rien faire; le manque de moyens... qu'il ne s'est jamais donné.

 

Samedi 20 juin : journée mondiale des réfugiés

Le Conseil d'Etat doit rapidement sortir de son abri et prendre des décisions courageuses. Sinon, la tension ira grandissante. Les petits provocateurs et entrepreneurs de la haine s'en frottent déjà les mains.

Le samedi 20 juin est la journée mondiale des réfugiés. Le gratin mondial sera à Genève, à l'ONU. Grands discours et intervention du Conseil d'Etat en vue.

Pendant ce temps, une cinquantaine de personnes dorment dans un couloir du centre culturel du Grütli à même le sol, sans savoir où ils seront demain... et sans que le Conseil d'Etat montre concrètement qu'il s'en soucie. 

   

 

http://www.journee-mondiale.com/94/journee-mondiale-des-refugies.htm

http://www.un.org/fr/events/refugeeday

07:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, poggia, crise, grütli | |  Facebook |  Imprimer | | |