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Genève - Page 3

  • Maudet veut en finir avec les Fêtes de Genève

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    fêtes de genève, tourisme, économie, maudet, genève La faillite de Genève Tourisme dans le dossier des fêtes de Genève est sans appel. Pertes financières des éditions 2016 et 2017 (déficit cumulé de 9.2 millions de francs), mais surtout du Conseil d'Etat où malgré les conseils professoraux et fort tardifs de Pierre Maudet, l'incurie de l'Etat a été totale.

    Le magistrat en charge de l'économie du Canton arrive bien tard pour se poser en donneur de leçons alors qu'il a laissé filer les éditions précédentes et même affirmé que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève étaient sans importance, bafouant au passage la démocratie. 

     

    Une tentative de hold-up

    La tentative de hold-up est grossière. On résume. 1) L'Etat ne contrôle pas Genève Tourisme qui fait faillite dans sa gestion des fêtes. 2) Maudet, magistrat à l'économie annonce que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève n'auront aucune importance 3) Il annonce dans la presse qu'il compte utiliser les 16 millions de Genève Tourisme pour faire la promotion des hôtels, des congrès et des cliniques privés! Au final : fin des fêtes, et des millions ai service des intérêts du privé. La tentative de hold-up est parfaite. Les Genevois-e-s se laisseront-ils faire?

    Pierre Maudet se pose aujourd'hui en fossoyeur des fêtes alors que l'Etat n'a rien fait pour assurer le suivi de la perception de la taxe touristique. 16 millions laissés flottant depuis des années!

    Dans certains pays on demanderait la démission du ministre en charge de l'économie pour un tel scandale. A Genève, non, pas encore. Après deux éditions désastreuses, tout le monde est désormais d'accord pour dire que les fêtes doivent évoluer. Mais est-ce à la population, attachée aux fêtes, d'en payer le prix? Non. Est-ce à Monsieur Maudet qui n'a pas pu empêcher la faillite de proposer un nouveau projet ? Sûrement pas. 

     

    Ce n'est pas aux Genevois-e-s de payer le prix du hold-up

    Voilà des années que la Ville de Genève se bat pour que Genève Tourisme évolue, mette plus en avant la culture, et pas seulement les congrès et les banques. Aujourd'hui Maudet veut toujours plus... de la même chose, laissant à la Ville l'héritage de son incurie.

    Parlant d'une fête de 4 jours seulement en 2019, si on suit Maudet, c'en est fini de la fête populaire pour les genevois-e-s. Le magistrat à l'économie pense lui aux... cliniques privées pour valoriser notre ville comme destination de référence pour une clientèle fortunée.

    En résumé, le magot de 16 millions sur lequel Genève Tourisme est assis risque de ne plus du tout revenir aux Genevois-es. Ce magot, le PLR veut donc le mettre à disposition des cliniques privées, des congrès et de l'élite, des cinq étoiles et des joueurs de golf! [1]

    De plus, Monsieur Maudet est drôlement culotté quand il affirme vouloir charger la Ville d'organiser de nouvelles fêtes en été...  alors que son groupe PLR coupe dans les budgets culturels et sociaux chaque année et n'arrête pas de vouloir moins de vie en Ville. Faudrait voir pour accorder ses violons du côté du PLR.

     

    Votations du 4 mars : la population a son mot à dire

    C'est donc aux habitant-e-s, le 4 mars prochain, de faire entendre leur voix, et de dire s'ils souhaitent soutenir une initiative populaire qui ramène les fêtes à 7 jours et charge la Ville de les organiser, laissant ainsi le magot de Genève Tourisme dans les mains des vendeurs de clinique privées, ou s'ils soutiennent le contre-projet qui demande au moins 11 jours de fêtes pour toutes et tous, exigeant de Genève Tourisme et du Conseil d'Etat de s'y impliquer en proposant autre chose que la vente internationale de Genève aux élites!

    La votation du 4 mars garde donc tout son sens. Elle donne un espoir de pouvoir résister à une vision sociétale du type Monaco-sur-Léman que défend Maudet. Les fêtes populaires et les forains ne doivent pas être sacrifiées sur l'autel de la promotion d'une économie élitiste.

    Le 4 mars, je vote Non à l'initiative et Oui au contre-projet, pour éviter que Genève Tourisme et Pierre Maudet n'empochent les millions au détriment de la population.

    Aux Genevois-e-s de voter, s'ils ne veulent pas devenir les dindons de la farce.

     

    [1]https://www.letemps.ch/suisse/pierre-maudet-veux-un-nouveau-pilotage-destination-touristique-geneve

     

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  • Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

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    7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

    Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

    Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

    Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

    Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

    Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

    Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

    C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

    Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

     

    topelement.jpg

    Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

    Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

    Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

    Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

    Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

    Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

    Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

     

     

     

    [1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story/15390676

    [2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

     

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  • 5mn pour la démocratie

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    je-vote-pour-lui.jpgDans la rue, tu es interpellé-e, pour signer une initiative, être informés-e sur les prochaines élections, entamer une discussion sur un enjeu d'importance pour la vie de ton quartier (mobilité douce, vie nocturne, sécurité, santé). Très souvent, tu t'arrêtes, signes une initiative, la lis même parfois, prends un flyer, et de très belles rencontres ont lieu. La quantité de force et d'énergie parfois dormante parfois en attente de déclic est phénoménale.

    Parfois une réponse fuse : je n'ai pas le temps. Pas le temps, ou pas l'envie, ou pas la force peut-être. J'y vois également une forme de politesse. Plutôt que de dire je ne partage aucune de vos idées... ou : j'en ai rien à foutre, il est certes en effet plus poli, plutôt que de dire qu'il ne sert à rien d'en discuter, que le temps manque. Une forme de fatalité quoi.

    Pourtant, ne pas partager les mêmes idées ne devrait pas empêcher d'en débattre. Et s'opposer à une proposition ne pas renoncer à évoquer celle-ci. Les fronts ne sont pas figés. C'est vrai que changer d'idées peut demander de la souplesse et une forme d'ouverture. Une remise en question aussi. Et cela va dans les deux sens. Pour celui qui interpelle autant que pour celui qui est interpellé. 

    Parfois l'intérêt manque, tout simplement. Pourquoi? Je reviens à ma question de départ : combien de temps mets-tu chaque jour pour la démocratie ? Certes, le prochain bus n'attend pas, ni l'achat d'une nouvelle paire de chaussures. Mais au final, si tu ne t'occupes pas de la politique elle se charge de toi. La petite machine du chacun pour soi avance, avec un côté frénétique et doux, suave comme un capitalisme consumériste. Un oeil sur son téléphone portable, un autre sur son porte-monnaie, et au final une société drôlement louche.

     

    5 mn pour la démocratie par jour, est-ce trop ? 

    Faisons le compte : combien de temps chaque jour pour se doucher, manger, prendre soin du choix de ses vêtements... sans compter le temps de se regarder sur les réseaux sociaux, s'oublier dans la contemplation béate d'une match de foot ou d'un concert de Beyoncé ? Les médecins recommandent la consommation de 5 fruits et légumes par jour. Combien faut-il d'investissement personnel pour les enjeux publics afin de bénéficier d'une bonne prévention des maladies sociales graves (individualisme, sentiment d'isolement, aigreurs d'estomac, phobie de l'autre) et renforcer son système immunitaire? Tiens, je propose que la LAMAL rembourse les investissements pour la collectivité, et que l'on mette la SUVA sur le coup pour les messages de prévention.

    A toi de jouer !

    Oui, combien de minutes pour identifier qui prend soin avec intérêt et énergie de la chose commune? A toi de jouer pour identifier qui s'en fiche,  se contente d'être actif deux mois tous les 5 ans, juste avant les élections, pour se rendormir aussi sec sitôt l'échéance électorale passée ; retourner à la promotion de soi sur les réseaux sociaux, faisant de la gestion des enjeux communs une pure administration de produits de placement ?

    J'entends aussi cette rengaine du "tous pourris" et du "à quoi bon", du désenchantement pressé et d'un oubli de son pouvoir d'agir. C'est vrai, prendre position, débattre, voter, peut sembler parfois plus lointain que d'aller sur la lune et en revenir. Et nous avons là une autocritique générale à faire. N'avons-nous pas laissé glisser les choses, oublié l'enseignement du civisme, une véritable éducation populaire, par une valorisation accrue de la chose publique et collective qui, avant même d'être partisane, serait participative?[1]  

     

    L'envers de la médaille du "tous pourris : le "tous absents"

    Si on a les politicien-ne-s que l'on mérite, on a surtout la démocratie que l'on cultive. Il se pourrait bien, au final, que ce ne soit pas une question de temps mais de disponibilité, de désir et de pouvoir d'agir. La démocratie demande, comme un arbre, du temps et de l'attention afin de porter des fruits. Au-delà même de quelques minutes par jour, il se peut plus certainement que ce soit le désir et l'envie de faire monter une forêt qui est en jeu. Et cela, bien sûr, dépend des moyens culturels et économiques dont chacun-e dispose, individuellement et collectivement.

    Les plus fragile, les plus précaires, les plus assommé-e-s, en disposent d'évidence le moins. Pourtant, ce sont eux qui subiront davantage les décisions prises par d'autres, soi-disant au nom de tous, mais souvent sur le dos de l'intérêt commun et des voix les moins fortes.  

    Lutter contre l'abstention, le "je n'ai pas le temps", est une question de sève. Ceux qui en ont le plus sont invités à retrousser les manches pour faire advenir un nouveau printemps à Genève. Sinon, on repartira pour 5 ans d'hiver pour Genève, soit exactement 2'592'000 minutes.

    Deux millions cinq cent nonante deux minutes!

    C'est, en définitive beaucoup, beaucoup de temps.  

    Beaucoup plus que cinq minutes par jour, assurément.

     

     

    [1]https://www.franceculture.fr/oeuvre/le-cens-cache

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  • Eloge du stand

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    C'est le rituel de toute campagne politique. C'est surtout un incontournable de tout engagement militant. Le principe en est simple : une tente, une table, des tracts et quelques ballons, sur l'espace public. Et surtout: des militant-e-s, venant sur leur temps libre, s'engager pour l'animer. Le stand !

    Certains l'aiment à la folie, d'autres un peu moins. Etre plusieurs heures dans la rue, sous une tente, dans les courants d'air et parfois sous la pluie, n'est pas toujours vécu comme l'expérience la plus plaisante qui soit. Et puis, un samedi ou dimanche matin, après une semaine bien chargée, on resterait parfois bien au lit. Pourtant, si cela dépend des charismes, au final, le charme du stand est contagieux, et selon la compagnie qu'on y trouve, très souvent, on y revient.  

    Ouverture et accueil

    J'aime le stand parce qu'il oblige à être ouvert à qui vient, dans un rapport curieux, gratuit. Cela peut conduire à s'exposer à un lot de plaintes ou un chapelet de récriminations. Bien. Mais cela est toujours une expérience humaine fondamental. On ne choisit pas. On est choisit. On va à la rencontre, et on est reçu... ou pas. C'est une sorte de taï-chi aussi que d'accueillir pour bien dire au-revoir ensuite; se laisser traverser pour tenter de comprendre et apporter des réponses enfin. 

    Car l'on est avant tout sur un stand pour entendre, débattre ensuite, et convaincre, parfois. Il n'y a pas de public désigné. Il y a l'ouverture et le hasard, variables selon les quartiers où le stand est déposé. De Champel aux Pâquis, de la Jonction à la Servette, à chacun-e son opinion, ses convictions.

    Allant partout, on se rend-compte aussi que, finalement, les enjeux n'y sont pas très différents : sentiment de ne pas être entendu, laissé pour compte, soucis de logement, d'insécurité, manque emploi, le manque et la fragilité, et le besoin de l'exprimer.

     

    La rue : lieu démocratique par excellence

    Si l'on y réfléchit une seconde, il n'y en a plus beaucoup, dans notre société, de ces lieux gratuits où l'on prend le temps de causer, où une discussion s'engage sur à peu tout et n'importe quoi avec n'importe qui; où on peut choper un-e élu-e ou un membre de parti pour lui demander des comptes, poser ses questions, exprimer un ras-le-bol, partager des histoires personnelles, de voisinage, souvenirs et grandes théories. Non, il n'y en a plus beaucoup de ces espaces où l'on sort du silence, de la rumination, pour le plaisir d'exprimer son point de vue, sans toujours parvenir à se mettre d'accord, évidement, mais où chacun-e se fait entendre.

    Sur le stand, on fait un travail civique de base. Par exemple: rappeler les prochaines votations : 4 mars, trois votes en Ville de Genève, deux au niveau fédéral. On éclaire les enjeux, rappelle avec le plus de transparence possible, les risques, les choix: comment les groupes politiques se positionnent.

    On rappelle qu'il faut être Suisse et résidant dans le canton pour voter au niveau cantonal et fédéral, mais que les étranger-e-s résidant depuis 8 ans en Suisse peuvent le faire au niveau de la commune. C'est souvent une source d'étonnement pour celles et ceux qui se pensent dénués de tous droits politiques, d'apprendre qu'elles, ils, en ont. Et il y a toujours des pétitions à signer, ce que chacun-e- peut faire, pas même besoin de résider ici, ni d'être majeur, et cela permet de prendre part. Et puis, n'importe qui peut entrer dans un parti politique, chacun-e- y à voix au chapitre. Ce n'est pas une question de nationalité ou de niveau de vie. On le rappelle. On a une fonction basique d'agents sociaux.  

     

    L'amour du stand

    J'aime le stand, parce qu'il permet de sensibiliser chacun-e aux enjeux communs, de désacraliser le pouvoir politique qui n'appartient pas à quelques un-e-s mais à toutes et tous. On y explique les mécanismes administratifs, rappelle que notre démocratie est accessible, que le pouvoir de voter et d'élire est une arme précieuse, à ne pas laisser s'enrayer.

    J'aime le stand, pour la diversité des publics que l'on y rencontre. L'autre jour, une vieille dame, rouleau à pâte caché dans son tintébin, racontait qu'un soir, un homme l'avait attrapé par l'épaule, sans crier gare, elle lui avait abattu le bout de bois sur l'occiput. Eloge de l'autodéfense! Un jeune homme parlait de la police, de son incompréhension que les responsables de la police tant au niveau cantonal que municipal soient à Davos à se royaumer, pendant que la justice inculpait trois policier pour vol et abus à Genève et que le deal était partout. Il trouvait que les responsables politiques devaient être plus assidus à leur tâche. Chacun-e- en prend pour son grade. Au final : des leçons d'humilité. Et l'enrichissement de mille et une rencontres dont il est impossible de rendre compte ici. 

    J'aime le stand, parce qu'il expose, oblige, et met en lien des gens qui ne se croiseraient jamais sans cela. Il est, pour un temps limité, un forum à ciel ouvert, où des discussions passionnées s'engagent, tant sur la présence des voitures en ville, le rôle des étrangers à Genève, le niveau des primes d'assurance maladie, le manque d'emplois, les besoins en formations, etc, avec des propos crus et violents parfois, qu'il s'agit d'entendre pour y apporter réponses.

    J'aime le stand, parce qu'il fait tomber les préjugés. Une vieille dame écrit sa date de naissance; d'un geste franc elle note 1927 sur la feuille d'initiative. Un jeune homme marque lui 2000 sous la même rubrique. Pour lui, nouvellement majeur, c'est sa première signature, pour elle peut-être une des dernières. Le stand bouleverse les représentations. Des femmes voilées sont suisses, des bougons vous agressent avant de partager des expériences d'une générosité inoubliable, des gars descendent de grosses bagnoles pour signer des initiatives pour la mobilité douce, etc., Les clichés et les stéréotypes volent en éclat, et ça fait du bien. 

    J'aime le stand, parce qu'il place chacun-e- d'égal à égal, sur le même pied. Il nous pousse à constater que notre société est composée d'individus aux opinions contradictoires, parfois radicales, parfois basées sur des perceptions inédites, et qu'il est évident que cela n'est ni facile ni ne coule de source de construire une vie commune avec cela; qu'il est même évident que ce processus ne peut-être que conflictuel, ce d'autant plus si les espaces de dialogue et de rencontre ne sont pas élargis. Les bases de ce vivre ensemble doivent sans cesse être reposées et renégociées. 

    J'aime le stand, parce qu'il permet, à une toute petite échelle, d'ouvrir ces espaces de dialogue pour construire ensemble une société la plus juste possible. Et puisque l'on ne parviendra jamais à se mettre toujours d'accord, on peut au moins arriver à être le plus clair possible sur les raisons des désaccords, et au-delà des appartenances et des étiquettes de chacun-e-, à réaffirmer le rôle central du dialogue, qui est déjà une manière de faire corps. Si nous perdions ce dialogue, nous perdrions tout.

    J'aime le stand, pour ce qu'il est : un lieu d'écoute, de rassemblement aléatoire, de surprises et de possibles. Il est l'antithèse du quant-à-soi, du salon privatif ou VIP, chaque fois différent.

    J'aime le stand pour ce qu'il est : un mini-parlement à ciel ouvert, où s'exprime souvent des formes de sagesse populaire dont nous avons toutes et tous à nous inspirer.   

     

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  • Ada Marra au Parnasse, et chacun chez soi ?

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    1294647_f.jpgNous avons la chance d'accueillir à Genève ce jeudi à 19h, Ada Marra, conseillère nationale socialiste, qui sera à la librairie du Parnasse pour présenter son dernier livre : "Tu parles bien français pour une italienne" (Georg éditeur) et en débattre.

    Née à Lausanne en 1973, de parents immigrés, ouvrier et ouvrière italiens, arrivés en Suisse au tout début des années 1960, plein de bon sens, d'engagement, ne cédant rien sur l'idéalisme, combattive, Ada Marra signe avec cet ouvrage un livre témoignage et un recueil permettant de réfléchir à ce qu'est l'identité suisse, ce qu'elle recouvre, comment on l'acquière et comment qui la transmet. 

     

    "Je m'appelle Ada ou plutôt Addolorata. Ce qui signifie : Marie au pied de la Croix qui voit mourir son fil crucifié... ou endolorie plus simplement". Ainsi s'ouvre l'avant-propos de ce livre, comme pour rappeler que l'identité on la reçoit déjà, toutes et tous, à travers le nom, et que l'identité est nécessairement toujours plurielle, et doit être envisagée comme quelque chose qui se modifie.

    Addolorata, c'est Ada, jeune fille assistant au départ de son grand-papa au sud de l'italie, et c'est aussi une conseillère nationale montant à la tribune pour déposer en 2008 l'initiative pour une naturalisation facilitée de la troisième génération, initiative plébiscitée par le peuple suisse en 2017 à plus de 60% et par 19 cantons, obtenant ainsi la double majorité nécessaire au changement de la Constitution. Les petits-enfants d'immigrés pourront désormais devenir suisses plus facilement à partir du 15 février 2018![1] Ada c'est une socialiste vaudoise, et aussi une italienne catholique, et tant d'autres choses encore. Eh quoi on peut donc avoir plusieurs identités, plusieurs influences, tout en étant profondément ancré-e et engagé-e en un lieu? Eh oui. Cela semble pourtant si évident. 

     

    Dans ce livre, qui mêle fort joliment politique, histoire et pédagogie, sans oublier les émotions, et ses tripes, Ada Marra parle de son parcours, singulier, mais nécessairement si semblable à d'autres. Il nous fait d'ailleurs penser à celui de femmes faisant la fierté de la Suisse, comme les écrivaines Anne Cuneo[2], Agota Kristof[3], Sandrine Salerno[4], Nuria Gorrite[5], et tant d'autres, femmes naturalisées qui se sont affirmées dans un parcours de déplacement et de service, d'engagement pour une certaine Suisse, maniant le français comme peu d'autres, partageant l'amour des mots et des idées, et celui du débat bien sûr.

     

    Plusieurs identités suisses

    Comme l'exprime Ada Marra dans ce recueil illustré avec finesse par Denis Kormann: "Je pense qu'il n'y a pas une seule identité suisse (que l'on soit né ou non avec le passeport rouge à croix blanche) et que la définition institutionnelle n'est qu'une photo à un moment donné de rapports de force dans la société". C'est là que porte le combat d'Ada Marra : contre les fondamentalismes et la mise en boîte du "nous" contre "eux" ; des uns contre les autres, des hommes contre les femmes, des suisses contre les étrangers, chacun figé dans des blocs hermétiques qui ne se parlent pas. Ne pas réagir avant que cet atrophisme ne nous tue serait un aveuglement coûteux.  

    Ce livre : une ode à la diversité donc, une défense des appartenances multiples, se libérant de devoir se limiter à choisir l'une contre l'autre, plutôt que l'un ET l'autre, mais surtout un combat, celui contre le durcissement de la loi sur la nationalité (LN) entrée en vigueur en 2018 et qui renforce les critères pour accéder à la naturalisation en exigeant de : résider en Suisse depuis 10 ans ; posséder un permis C au moment de la demande ; ne pas être à l'aide sociale ou l'avoir été dans les trois années précédant la demande; passer des tests oraux et écrits par tous les cantons.

     

    La peur du pauvre plus que de l'étranger

    Ada Marra décortique les inégalités que soulèvent le processus de naturalisation et au final conclut que "le Parlement n'est pas xénophobe. Ce ne sont pas les étranger-e-s qu'il n'aime pas... mais les pauvres ! Par la mise en place d'un véritable favoritisme envers les riches, le Parlement a lié l'obtention de la nationalité à un emploi, à une situation. Les riches peuvent s'acheter un permis B même sans travailler, à coup de 50'000.- Les pauvres (d'emploi, de culture ou de langue) se voient, eux dégager des processus de naturalisations. Est-ce ainsi que nous voulons notre démocratie Suisse? 

     

    Se naturaliser : une roulette russe

    Le parcours d'acquisition de la nationalité est miné d'inégalités. Ada Marra relève avec justesse le côté aléatoire des décisions en fonction des lieux, des administrations. Les exemples ont été légion ces dernières temps pour montrer combien elle a raison. Les processus kafakaïens, les décisions ubueques[6], ridicules s'ils n'étaient si importants pour les personnes, allant jusqu'à alerter le Président de la confédération Alain Berset, qui s'est fendu récemment d'une lettre à un citoyen recalée après 45 ans de vie en Suisse pour des motifs proprement ahurissants.[7]

     

    A Genève : fin de la commission des natu'

    A Genève, alors que le conseil municipal vient, ce mardi 17 janvier, de supprimer sa commission des naturalisations qui fonctionnait comme une école à abus ou d'apprentis faiseur de suisse, c'est l'entier du système de naturalisation qui doit être repensé, et la conception que l'on a de l'identité suisse travaillé.

    Le livre d'Ada Marra, dans ce débat profond, nous y aide indéniablement, permettant de revoir les idées reçues et combattre les préjugés, en maintenant ouverte la question de savoir ce que devraient être les critères (sont-ils politiques, administratifs?) pour définir qui est Suisse ou non, selon quelles conditions, et avec quelle souplesse cela doit être mis en oeuvre.

    A partir de quelle couche est-on de souche? Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce qu'être Suisse?  Autant de questions que nous serons heureux de débattre avec Ada Marra, à la librairie du Parnasse, 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse, ce jeudi 18 janvier à 19h. 

    Bienvenue aux gens de tous horizons et de toutes croyances, pour réfléchir ensemble à  ce que sera la Suisse de demain, qui l'habitera et ce que nous aurons choisis de mettre en place pour que tout le monde, quoi qu'il en soit, s'y sente chez soi. 

     

     

    [1] https://www.tdg.ch/suisse/naturalisations-facilitees-15-fevrier/story/23762611

    [2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Cuneo

    [3]https://fr.wikipedia.org/wiki/Agota_Kristof

    [4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Sandrine_Salerno

    [5]http://www.illustre.ch/magazine/nuria-gorrite-mes-amis-evoluent-en-dehors-du-monde-politique

    [6]http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/-Ce-test-de-naturalisation--c-etait-du-harcelement--25755184

    [7] https://www.letemps.ch/suisse/2017/12/15/solidarite-dalain-berset-envers-secondo-recale

     

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  • Un vrai conte de Noël

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    Tu vois ce gamin

    Syrien ou Afghan ? Personne ne sait bien

    il reste toujours dans son coin, ne fait jamais le malin

    caresse son chien, mordille son pouce

    apprend lentement le français.

     

    Tu vois ce gamin

    son père et sa mère bossent pour trois fois rien

    le déposent au préau en vitesse avant de sauter dans le bus

    direction le turbin

    pendant qu’il reste à l’écart à l’école, écrit son nom doucement.

     

    Tu vois ce gamin

    avec ses grands yeux verts

    de qui comprend tout, ne saisit rien

    ses oreilles sont taillées bizarres alors on se moque de lui

    on l’appelle Spock ou le lapin.

     

    Tu vois ce gamin

    personne ne lui porte attention

    il est pareil à tous ses autres copains

    avec l’air de toujours demander de l’air ou de l’affection

    l'envie qu’on lui passe la balle pour marquer un goal.

     

    Tu vois ce gamin

    à l’école la maîtresse lui explique ce qu’est Noël et le petit Jésus

    enfant né dans une étable qu’un roi voulait tuer

    sa famille menacée de mort déplacée d’un coin à l’autre

    dans la rue ça sent les marrons rôtis

    la foule dans les magasins se rue, tout brille

    des serpents colorés coulent sur sa tête.

     

    Tu vois ce gamin

    les flics sont venus le chercher dans son lit ce matin

    direction l’aéroport et bye-bye

    atterrissage forcé à midi à l’autre bout du monde

    ni vu ni connu, c’est loin.

     

     

     

     


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  • Une femme assassinée

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    Une femme est morte dans la rue précise la manchette. Et on nous dit dans quel quartier: Servette ou Grottes, selon l'appréciation géographique de chaque journaliste.[1]

    Mais on s'en fout que ce soit dans la rue.

    Et peu importe que ce soit aux Grottes.

    Condoléance à ses proches et à sa famille.

    Cela fait-il plus de bruits quand le coup de feu est dans la rue que dans un appartement? Et plus de bruit quand c'est un coup de feu qu'un coup de poing?

    Cette femme a été assassinée par un homme.

    Un "inconnu" ? On est dans le cadre des violences faites aux femmes. Et ce n'est pas parce que ce crime se déroule dans l'espace public que cet élément doit devenir le plus marquant et l'emporter sur le reste.

    L'enquête éclaircira les liens et les degrés de proximité entre les protagonistes de ce sordide événement. 

    Si chaque fois qu'une femme était assassinée on donnait le lieu du décès, cela donnerait à peu près ceci :

    une femme est morte en s'habillant pour aller au travail 

    Une femme est morte dans sa voiture

    une femme est morte dans son lit

    sur une chaise

    en regardant la télé

    dans le tram

    dans sa salle de bain

    sur le palier

    on ne sait pas où

    à sa place de travail

    en pelant des patates

    en révisant ses notes

    en changeant une ampoule

    sans rien faire

    entourée de ses amis

    en dormant

    en silence

    en lieu sûr...

    Et on aurait dû, pu le faire, 26 fois par an puisque c'est le nombre de décès de femmes sous les coups de leur conjoint chaque année en Suisse[2] (entre 2000 et 2004), ou 36 en 2015 ou 19 en 2016. Les chiffres varient. La violence structurelle demeure. C'est chaque fois un meurtre de trop. 

    En Suisse, une femme sur cinq subit de la violence physique ou sexuelle au moins une fois dans sa vie de la part de son partenaire ou ex-partenaire. En moyenne 2 femmes par mois sont tuées par leur partenaire ou ex-partenaire.[3]17'685 infractions ont été enregistrée en 2016 en Suisse dans le domaine de la brutalité domestique, selon l'office fédéral de la statistique. Cela ce sont pour les statistiques, les chiffres, qui disent simplement l'ampleur, la profondeur, la racine de la violence contre les femmes dans notre société. 

    Spontanément, un groupe de femmes appelle à un rassemblement ce jeudi aux grottes :

    Ce soir à 18h nous nous réunissons pour Sarra, 36 ans, abattue hier soir rue de l'Industrie, dans le quartier des Grottes. Elle venait de fêter son anniversaire.

    Sarra est morte dans la nuit.

    Nous, les femmes, demandons une vie exempte de violences. #stopféminicide

    Lieu : 5 rue de l'Industrie, 1201 Genève

    Tonight at 6PM we gather for Sarra, 36 years old, shot yesterday night at the rue de l'Industrie in les Grottes, Geneva. She was coming out of her birthday party.
    She died in the night.
    We, women, demand a life without violence. #stopfeminicide
    Where: 5, rue de l'Industrie, 1201 Geneva

     

     

    [1]https://www.tdg.ch/geneve/faits-divers/La-femme-tuee-en-pleine-rue-connaissait-son-meurtrier/story/28680165

    [2] https://www.rts.ch/info/suisse/1148793-violence-conjugale-26-morts-chaque-annee.html

    [3] https://www.vd.ch/themes/vie-privee/violence-domestique/en-savoir-plus/statistiques/

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  • Tempête dans un bassinet

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    index.jpgTempête dans un bassinet. La droite municipale hurle à l'introduction du burkini dans les piscines municipales. La presse s'en fait l'écho, agitant les peurs et les polémiques.[1] Mais de quoi parle-t-on en fait ?

    Tout simplement d'un nouveau règlement (excellent) du service des sports, qui énonce que les usagers et usagères doivent porter une tenue décente et appropriée dans et au bord des piscines. Cela implique que les tenues de bain sont autorisées pour autant qu’elles ne soient ni sales ni négligées. Les combinaisons de triathlète sont désormais autorisées ainsi que les maillots en dessous des genoux, pour autant qu'ils soient destinés à la natation uniquement. Alors oui, c'est vrai, les costumes de bain ne seront plus mesurés par les gardes bains avec un centimètre pour calculer ce qui dépasse et ce qui ne dépasse pas du coude ou du genou, ce qui n'était pas pas dans l’ordre de leur mission, et ce qu'ils n'ont d'ailleurs jamais fait, heureusement. De toute façon ils n'avaient pas de base légale pour le faire.  

    L’objectif de ce nouveau règlement vise donc à assurer l’hygiène, la sécurité, l'accessibilité, et que l’équité de traitement soit garantie dans les piscines. Ce but est respectable. C'est même le seul que doit se proposer un établissement public. Il n'y a donc en aucune manière quoi hurler à la burkinisation des bassins. Au contraire. On a désormais un règlement clair, qui permettra à chacun-e de se vêtir plus librement et se déshabiller de même. En effet, l'ancien règlement rappelait qu'on ne pouvait pénétrer dans la zone de bassin en tenue autre qu'en maillot de bain et de se baigner ou de circuler dans l'établissement sans maillot de bain approprié à chaque sexe (monokini interdit). (art18.al.g). Désormais, le monokini est bienvenu en dehors des bassins. Eh oui. Donc c'est bien plutôt à l'accueil des seins nus que des burkinis qu'il faudrait hurler. Désormais, les femmes ne devront pas se contenter de rester en monokini hors de l'eau. Elles pourront se jeter à l'eau sans remettre le haut et profiter de la sensation de l'eau sur leur poitrine, tout comme les hommes le font déjà.  

     

    L'interprétation désormais plus ouverte de ce qu'est un maillot de bain permet d'accepter dans les piscines non seulement les caleçon de bain en dessous du genou, et les t-shirts de bains protecteur (pour les enfants par exemple). Les mamans et les papas pressés qui ne comprennent pas que leur enfant soit refoulé parce que le maillot de leur enfant tombe bas sur les genoux sont reconnaissants de ce changement. L'enfant que l'on couvre d'un maillot anti-UV ne s'en portera que mieux.

     

    index1.jpgCe règlement n'oblige pas le monokini ou la combi. Simplement les critères qui président à la gestion d'une piscine ne les interdisent pas. Bref. Une piscine est un établissement de bains public et le seul critère autorisant ou non un costume est son adéquation à des critères d'hygiène et de décence, en aucun cas à un prétendu historique chrétien agité comme un grelot qui dirait : bikini échancré pour toutes et tous amen. On ne parle pas de religion. Malgré le traitement polémique, on parle ici simplement d'un règlement de piscine qui a trait à l'usage d'un établissement public, permettant la natation dans les meilleures conditions.

     

    220px-BathingSuit1920s.jpgPour conclure, en début d'année, une polémique éclatait sur l'habillement d'une conseillère aux Etats. Alors que l'obsession sur la manière dont les femmes se vêtissent est plus fort qu'au moyen-âge, alors que l'enjeu de la longueur des jupes des femmes fait toujours polémique, il serait bon et souhaitable de ne plus vouloir contrôler leur manière de s'habiller et de se déshabiller, et de vouloir faire de la politique sur leur dos jusque dans les règlements des piscines. Liberté pour toutes et tous... et manchons pour qui veut. 

     

    [1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Port-du-burkini-autorise-dans-les-bassins-genevois-21832151

     

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  • Le christianisme n’est pas né à Interlaken

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    Certains partis politiques font de l'islamophobie le moteur de leur politique. Ils stigmatisent une religion dont, en Suisse, 5% de la population se réclame. Cette excitation panique autour d'une religion particulière est négative. Elle fabrique un islam uniforme, sans différence culturelles et cultuelles, alors que ces dernières sont nombreuses. Les musulman-e-s de Suisse sont pour moitié des confédérés, pour le reste européens, principalement originaires des Balkans. La réalité est bien éloignée des fantasmes sur la burka et les songes orientalistes.

    Disposer d'une diversité religieuse est une chance et une potentielle source d'enrichissement. Encore faut-il être motivé à la valoriser. Plus de 400 communautés religieuses résident à Genève. 13 communautés musulmanes ont été recensées, appartenant à quatre courants différents.[1] Du dialogue interreligieux et des invitations à la rencontre naissent des liens forts qui permettent de lutter contre le repli sur soi et/ou les certitudes nombrilistes. C'est notamment le sens de la démarche de la plateforme interreligieuse (PFIR) dont il faut saluer les actions et les initiatives, et qui fêtera le 6 novembre prochain ses 25 ans d'existence.[2]

    Il faut avoir fort peu confiance dans nos traditions et nos institutions pour faire sienne la théorie du grand remplacement qui amalgame islam et étranger et les conjugue pour en faire une menace. Craindre l'islam parce qu'il serait un produit extérieur à nos valeurs, c'est oublier que le christianisme n'est pas né à Interlaken. Pourtant, il a modelé l'histoire de notre pays, en a marqué le langage et l'histoire et, pour le meilleur et pour le pire, diront certains, en a nourri et alimenté (et continue de nourrir et alimenter) la vie spirituelle et sociale. Jusqu'au point d'ailleurs, où certains le lient étroitement à notre identité. Pourtant, le christianisme non plus n'est pas homogène, ni soustrait aux dérives sectaires et mortifères. Faut-il rappeler ici les propos homophobes de l'évêque de Coire, ou les positions anti-avortement de certains courants? Or, malgré ces extrémistes, sa reconnaissance n'est pas remise en cause. Sa place évolue et son rôle change, sous la poussée et en dialogue avec les changements sociaux. Pourquoi en serait-il autrement pour d'autres religions ?

    Les différentes formes de l'islam sont présentes en Suisse depuis des siècles. Si l'on veut vraiment en régler les pratiques, il faudra entamer sérieusement sa reconnaissance institutionnelle, et donc en accepter les formes et les manifestations  comme composant une religion officielle, celle de l'islam en Suisse. Cela permettra d'encadrer les formations, donner une place et un véritable statut à cette religion. Finalement, tout comme le christianisme, l'islam n'est pas né à Interlaken, pourtant il en suit le même chemin, et a pleinement droit à sa place en Suisse.

    Au final, l'inquiétude ne vient pas de l'autre mais du doute sur ce qui nous rassemble véritablement et des engagements communs pour lesquels nous sommes prêts à nous mobiliser et nous engager collectivement. C'est là-dessus que nous avons à travailler, ensemble, plutôt que de donner du crédit politique à ceux qui fantasment un Islam hégémonique qui va les manger tout cru. Ces fantasmes sont si massivement injectés dans la réalité d'ailleurs, qu'il faut regretter qu'ils rendent l'islam finalement toujours plus sexy pour celles et ceux qui se cherchent, sont exclus, en quête de quelque chose de plus fort que ce qui leur est proposé ailleurs. Il faut arrêter d'alimenter ces fantasmes et avancer résolument sur les thèmes sociaux, de salaire équitable, de congé paternité, de fiscalité juste, de respect des travailleuses et travailleurs, de la reconnaissance du travail et du soin aux autres, d'écologie, etc.

    Au final, taper sur les minorités, les musulman-e-s, ne fera pas de la Suisse que nous aimons un pays en quoi que ce soit plus fort, mais simplement plus discriminant, donc plus inégalitaire et finalement socialement plus violent. Plutôt que de lutter contre quelque chose qui n'existe pas, engageons-nous pour renforcer une Suisse plurielle, accueillante, exigeante, détricotant les clichés sur qui sont les autres, pour affirmer plutôt ce que nous voulons atteindre: un idéal de justice sociale et sa concrétisation dans la lutte pour une prospérité partagée. Par le respect du droit, et de la loi, qui inclut le choix de croire ou de ne pas croire, mais surtout de vivre et laisser vivre les autres, qu'ils soient nés ou non à Interlaken.    

     

    [1] http://info-religions-geneve.ch/

    [2] http://www.interreligieux.ch/

     

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  • Les 12 propositions du Parlement des Inaudibles

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    IMG_2930.JPGLe parlement des inaudibles s'est réuni pour la première fois ce week-end à l'occasion des 30 ans de la journée de lutte contre la misère.

    Le Parlement des inaudibles était composé de citoyen-ne-s de tout milieu (personnes vivant la précarité au quotidien, membres d'associations et d'institutions sociales, journalistes, élu-e-s, militant-e-s, étudiant-e-s, etc. Avec pour légitimité de prendre la parole et dire haut et fort les parcours dans la précarité et les vécus personnels.

    Le Parlement des inaudibles loin de faire de grandes théories, a mis en discussion et en partage des vécus. La parole a été prise par celles et ceux qui sont directement touchés par la précarité. Les échanges ont porté sur trois thèmes vitaux : le logement, le travail, les discriminations. Les 12 propositions suivantes ont été arrêtées. Il semble incroyable qu'en 2017 il faille encore lutter pour leur mise en œuvre. Ces 12 propositions fondamentales ont été adoptées à l’unanimité.  

     

    Logement

    1. Personne ne doit dormir à la rue. 2. Sans adresse pas de travail : casser ce cercle vicieux. 3. Dormir en sécurité est un droit vital constitutionnellement garanti. Il doit être appliqué. 4. Transformer les espaces vides et inoccupés en logements habitables.

    Travail

    1. Garantir des conditions de vie dignes pour chercher un travail. 2. Pas de travail pas de logement : casser ce cercle vicieux. 3. Stop aux discriminations à l’obtention d’un travail. 4 Démocratiser l’accès aux formations certifiantes et qualifiantes pour obtenir un emploi.

    Discriminations

    1. Respect des droits pour toutes et tous, y compris pour les personnes vivant dans la précarité. 2. Garantir l’accès à toutes et à tous au domaine public. 3. Stop au délit de faciès 4. Pas de fouilles intimes dans la rue.

     

    FullSizeRender.jpgLa force de ce moment, ce fut aussi celui des témoignages recueillis, partagés. Comme l'a relevé un parlementaire des inaudibles, le manque de conditions dignes ( se loger, se laver, se soigner, se raser) conduit des personnes sans abris à devenir des Hommes précaires, des Hommes de série B ou C.

    Il faudrait avoir plus d'accompagnement pour que chacun-e- puisse faire partie de la série A. Mais ce ne sont pas aux personnes qui sont dans la précarité d'apporter les solutions. Il y a une responsabilité sociale, générale. Et beaucoup trop de gens bien se taisent, détournent les yeux, alors que des situations critiques sont glissées sous le tapis des convenances et du conformisme. Tant que les plus précaires ne ferons pas partie des priorités, malheureusement, rien ne changera. Tant que la lutte contre précarité ne sera pas une priorité sociale forte, le fossé continuera de se creuser entre ceux qui vivent la précarité dans leur chaire et les politiques qui s'occupent de beaucoup d'autres choses, parfois importantes, parfois accessoires, très souvent avec un discours décalé par rapport au vécu des citoyen-ne-s. Prendre la parole, sortir du silence, est un moyen de bouger ces lignes. Il n'y a pas de fatalité que la force de la collectivité ne peut remettre en cause.

     

    Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes

     

    C’est curieux que l’on parle des gens qui dorment dans la rue dans la Ville où il y a le siège des Nations Unies, où on parle des droits humains. J’ai vécu trois mois au bord du Rhône. C’est difficile quand on cherche du travail. Dormir, c’est un besoin vital, comme manger. Quand toute l’énergie est prise pour chercher un endroit où dormir « correctement », c’est difficile. Après, pour prendre une douche, tu dois prendre un ticket, faire la queue. Tout prend beaucoup plus de temps. Si tu as un appartement, le réveil, prendre une douche et un petit-déjeuner, prend moins de temps que défaire ton abri et ramasser tes affaires pour ne pas être repéré. Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes. Les touristes ont plus de valeur que nous. L’image de la ville est plus importante que les besoins vitaux des personnes en situation de précarité.

    On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner

    Quand le logement n’est pas assuré, on doit toujours changer de place, négocier des chambres, ou des matelas pour pouvoir dormir et ne pas être à la rue. Mais pour l’adresse c’est une autre histoire. Le possible employeur te demande toujours une adresse, si tu donnes une adresse « sociale », l’employeur ne t’accepte pas. Du coup, tu restes dans la misère. Faciliter l’accès à un logement légal et un loyer juste pour les personnes qui cherchent du travail et qui auraient le droit de travailler, ça faciliterait l’intégration à la société genevoise. On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner. On aimerait juste que le droit au logement et le droit au travail soit respecté.

     

    Je rêve de partager des moments simples avec mes enfants

    Dans ma vie, j’ai eu besoin de personnes qui étaient là pour m’épauler. Les difficultés étaient si grandes qu’elles m’ont fait oublier mes capacités et mes qualités. Avant, je travaillais, j’arrivais à avoir des petits boulots, je m’en sortais. Ce n’était pas parfait, mais je croyais encore à une vie meilleure. Mais à un moment, ma vie a basculé. J’ai perdu ma famille  et avec elle tous mes repères. J’ai sombré. A un moment, quelqu’un a cru en moi, et grâce à elle, j’ai pu reprendre contact avec mes enfants, le moteur de ma vie. Je remonte une pente. Des fois je ne sais pas si j’arriverais ni où j’arriverais. Je m’accroche à la confiance que ma nouvelle famille me fait même si ma vie est très dure. J’espère qu’un jour mon rêve de partager des moments simples avec mes enfants et de pouvoir travailler comme une personne normale se réalise.

     

    Je n’aime pas quand on me met dehors des églises

    C’est très difficile de vivre dans la rue. J’aimerai que toutes les personnes qui vivent dans la rue puissent dormir  à l’abri. Pas seulement en hiver. J’aimerai aussi dire à la police : Laissez-nous tranquilles ! Nous ne sommes pas des voleurs ! Ne mettez pas tout le monde dans le même sac ! Je n’aime pas quand, par exemple, je rentre dans une église pour prier ou me reposer, et que des personnes me prennent par le bras et me mettent dehors juste à cause de mon apparence.

     

     

     

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  • Ne laisse personne être dans une précarité que toi-même ne supporterais pas

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    affichex600.pngLe 17 octobre est la journée internationale du refus de la misère. Cette année 2017 marque d'ailleurs le 30e anniversaire de l’Appel à l’action du Père Joseph Wresinski — qui est au fondement du 17 octobre en tant que Journée mondiale du refus de la misère - et de sa reconnaissance par les Nations Unies comme la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.[1]

     

    Construire un monde qui ne laisse personne de côté

    Que l'on soit suisse, rom, français, femme, que l'on soit jeune, chrétien ou musulman que l'on soit jeune ou âgé, avec ou sans papier, avec ou sans domicile fixe, personne ne doit être laissé de côté. Et personne, ça veut dire personne. Il serait aberrant d'opposer tel ou tel groupe en euphémisant des formes de violences sociales et de précarité sous prétexte qu'elles touchent plutôt tel groupe que tel autre, tel individu à défaut d'un autre. Les droits fondamentaux ne se négocient pas. Les droits fondamentaux ne se racialisent pas. Et ce qui nous rassemble, et nous fonde dans notre humanité partagée, c'est précisément le refus de la misère et la lutte contre toutes les formes de vulnérabilités et de précarités sociales, sans distinction de nationalité ou d'origine. Cela est incarné dans la règle d'or : fais à autrui ce que tu aimerais qu'il te fasse ou, autrement dit : ne laisse personne être dans une précarité que toi même ne supporterais pas. 

     

    Le parlement des inaudibles 

    A l’occasion des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, le Collectif 17 Octobre organise en Ville de Genève de nombreux événements.[2]  Il y en a un parmi ceux-ci qui a une dimension symbolique et politique particulière.

    Le samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Chemin de la Gravière 7), la tenue du parlement des inaudibles permettra à chacun-e de s'exprimer et se faire entendre. Comme le rappelle Guillaume le Blanc : Dans notre société, les plus fragiles tendent à devenir invisibles, à disparaître du champ social. Mais une vie devient invisible à partir du moment où elle est inaudible. Il y a donc un enjeu politique à donner une voix aux sans-voix, à instaurer un parlement des inaudibles.  

    La tenue du parlement des inaudibles sera précédé d’un repas convivial. Il sera suivi de l'adoption des mesures provenant des voix des citoyen-ne-s que l'on n'entend pas ou trop peut et à qui on ne porte pas suffisamment attention.[3] Si le parlement "officiel" est statistiquement celui des hommes blancs de 50 ans, bourgeois, il se trouve que dans la population des groupes bien plus nombreux ont d'autres voix et d'autres paroles à faire entendre que la dominante. Le Parlement des inaudibles débattra donc à haute voix de trois thèmes fondamentaux : les discriminations, le logement, le travail. Ce parlement discutera et votera les propositions travaillées auparavant en petits groupes. 

    La précarité sociale est une violence.[4] Cette violence ne doit pas être glissée loin des regards ou repoussées dans les bois ou sous les ponts par les forces de l'ordre. Ce n'est pas à la force policière qu'il revient de traiter les inégalités sociales. A la violence sociale, il faut répondre par toujours plus d'écoute, de disponibilité, de solidarité, et... de moyens. Comme le rappelle le collectif : Notre société est fière de proclamer que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (préambule de la Constitution Suisse) ? Mais alors, pourquoi lui est-il si difficile de regarder en face et de prendre soin correctement de la précarité sociale qu’elle génère ?

    Durant le parlement des inaudibles des témoignage seront partagés. En voilà deux parmi des centaines, parmi des milliers, qu'il nous revient de faire entendre et partager. 

    Le témoignage d'Alexandre :

    Bonjour, je m'appelle Alexandre, j'ai 30 ans, je suis de nationalité Suisse et Française. Ça fait depuis 2014 que je vis en Suisse. Je n'avais ni papiers français ni papiers suisses. Comme je ne suis pas genevois, je devais attendre 2 ans avant de m'inscrire sur la liste des logements de la ville. Quand j'ai pu enfin m'inscrire, le 1er janvier 2017, on m'a mis sur une liste d'attente de 2 ans de plus. Quand je suis arrivé à Genève, j'ai dormi dans la rue et dans les bunkers de la protection civile. J'ai ensuite été logé par l'hospice général dans un hôtel social. Par la suite, j'ai de nouveau vécu dans la rue. L'Hospice général me demandait de trouver un logement ou un hôtel, mais ils ont refusé de me payer un foyer que j'avais trouvé dans lequel il y avait pourtant des places. Comme je suis marié et que ma femme a un logement, ils ont refusé sous prétexte que je devais habiter avec ma femme. Mais ce n'était pas possible d'habiter avec elle car elle habitait elle-même dans une résidence-hôtel. J'ai donc dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je me suis fait voler mes papiers en dormant dans la rue, j'ai attrapé une pneumonie. Je me faisais expulser par la police et les agents de l'aéroport, je n'avais aucun endroit où aller. A cette saison, les bunkers de la protection civile n'étaient pas ouverts, ils sont ouverts seulement de novembre à avril. Pourtant, durant les autres mois de l'année, on a aussi besoin d'avoir un endroit où dormir. Au mois de novembre, l'Hospice Général nous ont placé, ma femme et moi, dans un hôtel. Ils nous mettaient la pression pour qu'on trouve un logement, en sachant qu'à Genève, c'est très difficile de trouver un logement. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous mettre à la rue en février 2017 si on ne trouvait rien. J'étais très stressé et en colère par rapport à cette situation. Heureusement, on a fini par trouver un logement 2 pièces, une chambre et une cuisine. Je suis encore actuellement dans ce joli appartement.

     

    Le témoignage de Théo:

    Bonjour, je m'appelle Théo, je viens de Roumanie. Je vis à Genève depuis 11 ans. Je suis venu pour la première fois à Genève pour des vacances chez ma tante qui a habité ici pendant plus de 40 ans. Elle travaillait à Meyrin. Ensuite, elle m'a demandé si je pouvais venir habiter avec elle parce qu'elle était malade et qu'elle avait besoin d'aide. J'ai donc quitté la Roumanie et je suis venu m'installer chez elle et je me suis occupé d'elle pendant 7 ans et demie. Après, elle est décédée. Je n'étais pas inscrit sur le bail, alors la régie m'a donné un délai de 3 mois pour quitter l'appartement. J'ai vécu dans la rue pendant 6 mois. Ce n'était pas facile. Ensuite, je suis allé chez un ami qui est malade et qui a besoin que je m'occupe du ménage, des courses, de l'administration, etc., Cela fait 4 ans que je suis chez lui. Sa santé s'est dégradée. Avec mon passeport roumain et mon âge, je n'arrive pas à trouver un travail qui me permette de payer un loyer à Genève, et je ne peux donc pas avoir mon propre studio. Pour moi, un studio, c'est du rêve.

    En Roumanie, je travaillais comme installateur chauffage sanitaire pendant 22 ans. Ensuite, je suis venu m'installer à Genève chez ma tante qui était malade. Je pensais que je pourrai trouver du travail et me faire une nouvelle vie ici, en Suisse. Avec mon passeport roumain, un employeur pourrait faire des démarches pour m'engager mais avec mon âge, je n'ai rien trouvé. Je m'occupe de personnes qui ont besoin de moi pour faire les courses, le ménage, l'administration. Je fais du bénévolat pour des associations. J'aime faire quelque chose pour la société, même si la société ne peut pas forcément faire quelque chose pour moi. Je n'aime pas rester inactif. J'aimerais beaucoup trouver un travail.

     

    Ami entends-tu la voix du parlement des inaudibles ?

    Parlement des inaudibles : samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Gravière 7).

    Bienvenue à toutes et tous.

     

     

    [1]http://www.atd-quartmonde.org/mobilisation2017/30eme-journee-mondiale-refus-de-misere/

    [2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-misere-4-13-14-et-17-octobre-2017/

    [3]https://www.radiolac.ch/actualite/la-precarite-a-geneve-parlons-en/

    [4]https://www.letemps.ch/suisse/2017/10/11/thibaut-lauer-parlement-inaudibles-precarite-une-violence

  • Abolissons la coûteuse et inutile guerre aux pauvres

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    Ce matin, 5 policiers sont autour d'une personne assise à terre. Cela forme une parfaite ceinture bleue. Enserrée au milieu, la femme assise, on ne la voit presque plus. Cinq, cela fait beaucoup de policiers pour une femme immobile, son sac à demi ouvert devant elle.

    Pendant que d'autres vont au boulot, déposent leurs enfants à la crèche, que les cafés sont pleins, que ça court de partout, les policiers ont fait corps autour d'une femme. Ils l'ont littéralement séparée des autre. Elle est contrôlée par deux policières pendant que les trois autres regardent au loin, comme si de là-bas allait venir quelque chose de très important, mais non, rien. Ils ont l'air blasé et faussement concentré, le regard absent de ceux qui aimeraient être ailleurs, mais doivent faire un truc rebutant.

    Quel délit a commis cette femme ? Quelque chose de très grave assurément. Peut-être même a-t-elle volé dans le grand magasin d'à-côté, ou pire encore... a-t-elle mendié? Vu le déploiement policier, pas de toute, ce doit être un crime lié à la précarité (autrement dit touchant à la sécurité économique).

    Etre assise à 9h du matin devant un grand magasin pendant que les autres courent, cela vous rend immédiatement suspecte, voir coupable. Vous pourrez difficilement prétendre être là par hasard, vous être arrêtée pour souffler, ou avoir eu juste envie de vous poser là quelques minutes, avec votre petite sourire et votre main tendue qui ne se levait certes pas pour remettre votre mèche, non. Faut pas prendre les policiers pour des cons. Il font leur boulot. Mendier est un crime qui doit sévèrement être puni. La scène dure de longues minutes puis la patrouille repart et la laisse assise sur le trottoir. Rien n'a changé.

    A une seule différence près : une prune pour mendicité, forme de sanction dure à la hauteur du crime commis, avec amendes progressives et au final des peines de prison pour les contrevenant-e-s à l'injonction de prospérité. [1]

     

    En Suisse, on légalise le cannabis, mais la pauvreté reste totalement interdite

    Alors que le cannabis devient légal et dispose de ses points de vente en Suisse, rien de tel pour la précarité. Elle doit rester cachée, absente, et les espaces publics en être nettoyés de jour comme de nuit, par l'usage des forces de police. quand les plus précaires auront été bien repoussés sur les marges, dans les parcs, dans les bois, invisibilisés sous les ponts et dans les bosquets, on leur demandera poliment le matin de bien emporter leurs couvertures avec eux et de laisser la place propre derrière eux. Si ce gentleman agreement est respecté, si les pauvres sont dociles et propres, dorment sur le sol loin du centre, ne mendient pas, ne salissent pas, ne hurlent pas, ne se révoltent pas, et se déplacent sans cesse pour qu'on ne les voie pas, alors à ce prix, ils seront, ainsi anonymisés, tolérés, et sinon: c'est la police qui ira au contact.  La pauvreté est supportable chez nous du moment qu'elle ne se fait pas voir.

    A Genève, la police s'occupe de la pauvreté - délit en soi rendant immédiatement et suspect et coupable - d'une manière plus étroite que de n'importe quel autre crime.

    Devant cette scène où 5 (cinq!) policiers remplissent leur mission d'encercler une femme en situation de précarité, je constate que notre société a des choix politiques étranges. Dépenser tant d'heures de service, de belles compétences policières bien formées, pour acculer une pauvre assise sur un trottoir, c'est dingue.

    Un voyageur venu d'un pays lointain, ayant d'autres moeurs et coutumes, ne manquerait pas de se demander ce que cette femme a fait, pour que le police s'occupe d'elle si étroitement, plutôt que de prendre soin, par exemple, de ceux qui mettent en danger des vies dans leur voiture en y téléphonant ou ceux, col blanc, faisant trafic et magouilles diverses de millions.

    Si l'on résonne en terme de bonne logique libérale, alors que certaines banques et certains quartiers riches, sont remplis de fraudeurs au fisc qui, serrés, rapporteraient beaucoup d'argent à la société, mener la guerre aux pauvres est un non-sens économique.

    C'est en effet un très mauvais investissement que de douiller les pauvres, dirait un vrai libéral. Combien coûte une nuit de prison à laquelle mènent des amendes pour mendicité non payées : 500.-  par jour environ. Quelle intérêt il y a-t-il donc à envoyer en prison un pauvre pour mendicité, qui en ressortira, si c'est possible toutefois, encore plus pauvre et fauché ?  Un seul intérêt et il n'est pas économique ni sécuritaire. Il est politique. C'est un intérêt de classe: criminaliser les pauvres, stigmatiser les plus précaires, et exonérer les criminels en col blanc de tout contrôle.   

    Faites donc l'addition. Entre les heures policières, les heures de procès verbal, de jugement, d'établissement de la peine de prison, à combien se chiffre la guerre à un pauvre ? En centaines de milliers de francs pour la collectivité. Pour quels résultats?

    - Pour lutter contre une femme assise à terre demandant deux balles aux passants.

    Plutôt que de tolérer la chasse aux pauvres, on ferait bien de s'occuper de la guerre à la pauvreté.

    A l'occasion de la journée internationale de lutte contre la pauvreté, le 17 octobre, cela sera rappelé à Genève.[2]

     

    Et à ceux qui me diront : mais que proposez-vous, je répondrai:

    1) Abolir la loi qui interdit la mendicité car à la pauvreté il ne faut pas rajouter la violence étatique.

    2) Prendre soin des plus précaires, en établissant des logements d'accueil à l'année et en prévenant toutes formes de paupérisation. Ne surtout pas enfermer des gens qui ont commis pour tout délit celui d'être dans la précarité. 

    3) Avec quel argent financer cela ? En faisant la chasse aux délinquants en col blancs et fraudeurs fiscaux, pour remplir les caisses de l'Etat, et en rétablissant des impôts justes sur les grandes entreprises et fortunes. 

     

     

    [1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/amende-mendicite-pratiquement-double/story/11647437

    [2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-misere-4-13-14-et-17-octobre-2017/

     

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  • Merci aux géantes de nous élever !

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    Les géantes sont à Genève, et pour une fois enfin, cette ville ressemble à ce qu'elle pourrait, devrait être tous les jours de l'année : un espace sans voitures, ou les gens peuvent marcher librement, s'émerveiller, et surtout, du fait de la présence de ces deux marionnettes géantes, faire de chaque coin de rue, un espace d'où peut surgir l'inattendu. De par la magie poétique de ces deux être animés, l'espace public, n'étant plus privatisé par les voitures et la circulation, redevient un territoire où déambuler véritablement. Là est déjà l'émerveillement : les géantes nous rendent notre ville ! Et notre ville prend un air de fête et de transgression, en un mot : de possibles.  

    Si les géantes nous regardent de haut, elles nous hissent avant tout à leur hauteur. Elles nous donnent du volume, de l'espace, nous permettent aussi de grandir. Nous qui sommes d'habitude réduits aux trottoirs, tassés aux bords de route avec nos vélos, ou serrés dans les trams, avec parfois la tête dans les épaules, voilà que la route est à nous durant trois jours, où nous devenons véritablement des géants.

    Placés à la hauteur des géantes, on se demande pourquoi nous restons si petits tout le reste de l'année.

    Mais alors que des centaines de milliers de personnes s'enthousiasment de ce grand théâtre à ciel ouvert, s'amusent de cette partie de cache-cache à hauteur d'immeuble,  et de chasse au trésor XXL; alors que les genevois-es, inspirés par le récit merveilleux de cette petite-fille et de la grand-mère, écarquillent des yeux grands comme ça en hissant leurs enfants sur leurs dos, voilà qu'une petite armée de râleurs sortent du bois et persiflent. On leur a volé leur droit de bagnolard ! On a entravé leur droit à rouler en ville, et crée du retard sur la route, des embûches au droit de s'encolonner sans raison... et ça c'est grave! Ce que la ville compte de plus réactionnaire et conservateur klaxonne sur les réseaux sociaux, oubliant que c'est une fois tous les 30 ans qu'un événement d'une telle ampleur a lieu, et qu'il y a des choses bien plus vitales que le droit de rouler stressé : celui de rêver ensemble et d'inviter très loin à la ronde des gens à venir le faire avec nous. 

    C'est beau, c'est absolument magique, de voir les âmes d'enfants se réveiller au passage des géantes, de constater combien ce spectacle réveille la magie d'une ville, et nous rappelle que nous avons, avec elles, toujours le pouvoir de nous élever.

    Alors oui, il y a des blocs en béton et des policiers armés, c'est juste. Mais à ceux qui voient dans cela une incongruité, il faut rappeler que nous ne vivons ni dans un conte de fée ni un monde idéal, mais dans cette réalité ou kalachnikov et poésie coexistent. C'est cela aussi le pouvoir des géantes. Elles n'effacent rien, n'oblitèrent rien, mais nous permettent de voir ce monde parfois étriqué en agrandi, en plus intense, en magnifié. Elles nous offrent un miroir du monde en nous invitant à les regarder. Elles nous montrent notre société dans tout ce qu'elle peut avoir de beau, de nécessaire, mais aussi de violent et de risqué. Elles relèvent avec brio le défi du rassemblement populaire engageant une foule confiante, à une époque où les foules sont plutôt â risque, et les groupe défiants.

    Il faudra toujours nous habituer, et pour longtemps encore, à voir coexister la poésie, les râleurs, et les blocs de béton.

    Merci aux géantes de nous réveiller de notre torpeur et de secouer notre quotidien. Merci à elles d'éclairer le chemin de la poésie et de la magie et de nous inviter à les suivre.

    Grâce à elles, le temps d'une fin de semaine, nous rêvons à une autre échelle... et vivons le fait aussi que les rêves les plus fous deviennent parfois réalité.

     

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  • Tempête dans une tasse de thé ?

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    21751736_10155539708341826_7806048941785785153_n.jpgPassant devant une mosquée à Lausanne, je me suis vu proposer une tasse de thé par deux personnes qui se trouvaient devant celle-ci. J'ai trouvé la proposition belle et touchante. J'étais attendu pour un repas, mais cette invitation m'a ému et m'en a rappelé d'autres, en ce lieu. J'ai  mis la photo jointe sur facebook avec une légende que j'imaginais laconique :  "Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un devant cette mosquée, on m'a proposé d'y entrer pour boire un thé. Ce fut encore le cas aujourd'hui. Merci. #hospitalité"

    J'ai trouvé extrêmement troublant alors que des gens, et même des élus, profitant de ce témoignage d'hospitalité et d'accueil, sortent leur haine de l'Islam, tenant des propos qui faisaient de moi un provocateur pour avoir posté ce message ou un naïf se faisant embobiner par des fanatiques.

    Usant d'amalgames réducteurs, ramenant la diversité de l'Islam[1] à une caricature crasse, l'invitation à boire un thé était presque devenue, sous leur regard, une crainte de la soumission à un prosélytisme. Allons donc, parler de thé et de mosquée aujourd'hui, ce serait être soumis à un risque de contagion? Il faudrait donc que tout ce qui a trait à cette religion et à ceux qui la pratiquent soit tais et tapis, que les musulman-e-s longent les murs silencieusement, et sinon gare : on fera de vous un apôtre de la charia ou du terrorisme.

    Mais excusez-moi, vous ne trouvez pas dingue que dès que l'on prononce le mot musulman, la phobie fasse perdre toute raison? Et que certains citoyen-ne-s se voient heurter dans la pratique légitime de leur culte, leur envie d'inviter des gens à les rencontrer?   

    Tempête dans une tasse de thé ?

    Alors, cette petite histoire: une tempête dans une tasse de thé ? A quoi bon même la relever? A mon avis, il serait plutôt dangereux de la banaliser. Cette petite histoire est illustrative des crispations et des peurs, certaines réactions étant révélatrices d'une ignorance crasse. Pour certains, dès que l'on dit mosquée, minaret ou thé à la menthe, ils sortent leur revolver, donnant un bon indicateur de l'islamophobie ambiante. 

    Cette mosquée est pourtant autofinancée et ne reçoit aucun subside. L'imam y est modéré et prêche la plus grande prudence par rapport à l'Arabie Saoudite  selon un de ses fidèles. Il y est prôné, semble-t-il, un islam suisse avant tout. Plus des deux tiers des membres en ayant la nationalité. Les élu-e-s sont souvent invités aux fêtes musulmanes, même si très peu s'y déplacent. Oscar Tosato, magistrat de la Ville de Lausanne s'y est rendu à de nombreuses reprises, ainsi que d'autres magistrats de tout bords politique. Celui-ci a reçu le prix de l'entreconnaissance 2017 de l'union vaudoise des associations musulmanes. A Genève, Pierre Maudet se rend aussi régulièrement dans des lieux de culte, afin d'ouvrir ou entretenir le dialogue avec des communautés religieuses. Distinction ne veut pas dire négation, et séparation ne veut pas dire relégation.... cela s'appelle tout simplement la laïcité.

    Il s'agissait, avec ce petit témoignage, de rendre compte de cette belle invitation à boire un thé. Un geste d'hospitalité simple, qui n'oblige à rien. En effet, quand on franchit un seuil, rien ne contraint à penser comme la personne qui vous accueille. Certains font de l'Islam une caisse de résonance à leurs fantasmes tordus. Un seul moyen de sortir des miroirs déformants : aller sur place, rencontrer des gens, croiser les points de vue, et se faire une idée par soi-même. 

    Pour conclure, un petit rappel. Je suis un fervent adepte de notre Constitution Suisse qui garantit la liberté de culte et la liberté de croire (Article 15).[2] Je suis laïc et défends donc la liberté de chacun-e, dans notre pays, de croire ce qu'il souhaite croire et d'exercer son culte comme il l’entend... boire ou ne pas boire du thé relevant de la convivialité simple. Je suis un défenseur de l’Etat, et je soutiens son pouvoir de faire respecter la loi et sanctionner celles et ceux qui l’enfreignent. A ce jour, il ne me semble pas qu’offrir du thé soit de quelque manière répréhensible (mais ça va peut-être changer… on a bien eu une initiative sur les minarets, peut-être qu'il y en aura bientôt une bannissant le thé à la menthe).

    Allez, j’ose même une parole folle, j'imagine même que prier est bon pour la santé (ce sentiment étant fondé sur de nombreuses études d’ailleurs), comme l’est également la méditation, ou le jogging (cette question reste débattue). Bon, après, si d’autres préfèrent manger des fruits et des légumes 5 fois par jour, chacun-e- fait ses choix. Tiens, on peut même cumuler jogging, thé à la menthe et prière sans s’en porter plus mal ni nécessairement emmerder son monde, ni tout opposer. Dingue. La vie c’est beau, cela peut-être si simple aussi... soyons heureux, paraît que ça rend moins con.

    Prochaine fois que l'on m'invite à boire un thé, je répondrai oui.

    Et tant pis pour la fatwa des intégristes islamophobes et autres allergiques à une suisse multiculturelle, et tant pis pour les bien-pensant voulant restreindre la liberté de croire de chacun-e au nom de leurs délires paranoïaques.

    Si le thé est trop fort pour eux, ma fois, qu'ils en restent à la tisane, tant qu'ils ne contraignent personne à la boire.  

     

    [1]http://www.geocities.ws/ahmadaminiant/Textes/Diversite.pdf

    [2]https://www.humanrights.ch/.../sources/liberte-religieuse

     

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  • Biji Kurdistan!

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    IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

    Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

    Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

     

    kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

    Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

    En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

    Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

    La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

     

    IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

    En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

     

    Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

    Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

    Biji Kurdistan !

     

    [1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

     

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  • Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

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    IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

    Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

    Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

     

    FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

    Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

    Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

     

    Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

    La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

    Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

    Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

    Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

    Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

     

    [1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2017_InitiativeMunicipale-VilleGE_GeneveZeroPub.pdf

     

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  • Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

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    Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

    Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

    Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

    Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

    Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

    Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

    J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

    Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

    Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

    Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

    Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

     

     

    [1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-du-racisme-en-Suisse/story/10139082

     

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  • QDB : Que du Bouchon !

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    Genève 22 août, 18h. La place des Vingt-Deux-Cantons est totalement congestionnée. Les annonces des TPG sont laconiques. "Circulation dense secteur Cornavin, Gare, place des Vingt-Deux-Cantons" et annonce plus de 30 minutes d'attente pour tous les bus pris dans la nasse et se tamponnant à la queue leu-leu, enchevêtrés au milieu des voitures, avec épars quelques camions. Les ambulances essayent de se frayer un chemin comme elles peuvent, les vélos zigzaguent, un gars de la SUVA voyant ça en ferait un infarctus. Et pour sûr, un trapéziste préférait faire cent fois son numéro de haute voltige que se retrouver au milieu de cet enfer en tant que piéton.

    Pourtant, les fêtes de Genève sont finies. Il n'y a pas de manif. Pas d'événement majeur, rien. On assiste juste au quotidien d'une ville aux artères complètement bouchées. Triste spectacle.

    Quand les moyens ne sont plus mis au bon endroit, l'incivilité devient la norme

    Personne n'est là pour réguler le trafic. On en viendrait presque à regretter le temps béni où un policier assurait la circulation, sifflet à la bouche. Cela permettait de mettre un peu d'ordre dans la gabegie. Parce que là, ça pousse, ça congestionne, ça gueule, ça se met au milieu du carrefour pour gagner quelques mètres. C'est le règne du chacun pour soi, autrement dit: la jungle. Quoique même la jungle, pour sûr, est un espace plus régulé que l'enfer absurde de la place des Vingt-Deux- Cantons. Incivilité générale au milieu de la panade. Chacun joue sa carte individuelle pour s'en sortir, mettant le plus grand nombre dans la misère.

    Vous remarquerez, entre parenthèses, que lorsque l'on parle d'incivilités, la droite attirera toujours l'attention sur les tags, les déchets, les mégots de cigarette au sol, mais rarement sur le trafic routier. Cette droite incrimine toujours facilement les conduites individuelles plutôt que de questionner les enjeux structurels. Dans le cas qui nous intéresse, ce 22 août à 18h à la place des vingt-deux cantons, on pourrait dire que c'est moche de passer au rouge et que cela ne sert qu'à rajouter du chaos au chaos. Mais on peut aussi penser : quel intérêt à cogner sur le pauvre automobiliste coincé là-dedans. Quand un système dysfonctionne, c'est légitime d'essayer de s'en sortir par les moyens que l'on a sous la main (ici:  la pédale de gaz). Les responsables sont les dirigeants incapables de fluidifier ce trafic.  

     

    La violence urbaine c'est ça, pas des graffitis sur les murs  

    J'ai eu une pensée pour la petite dame qui, ce 22 août et sous le cagnard, sortait de chez son médecin et devait attendre plus de 30 minutes son bus. Une pensée aussi pour la personne chargée de ses courses qui aura eu le choix entre marcher 5km ou poireauter 50 minutes, attendant un improbable service publique devenu inopérant, et pour celle qui quittait son boulot et devait encore se faire une heure de transport, malheureusement doublée à cause par l'incurie de certains. 

    Ce que l'on avait là sous les yeux, c'était l'échec d'un système dans lequel il n'y avait plus que des perdants de la mobilité. Il n'y a pas eu de choix courageux de fait, mais des mesurette de surface prises pour plaire. Et cela se paie cher sur le bitume.    

    Les avions en retard: manchettes ! La ville immobile : un quotidien?

    Si Easy Jet a défrayé la chronique pour des retards sur ses vols, et fait la une des journaux, c'est étonnant que plus personne ne s'étonne des retards constants des transport à Genève. Mais alors quoi quand c'est le chaos dans la ville paralysée ça moufte même plus?  Résignés les genevois? Ben quoi on supporte plus une heure de retard d'une compagnie aérienne mais devant un bus on s'habitue, c'est plus la faute à personne...

    QDB : que du bouchon. Le voilà le résultat d'une politique de transport désastreuse. Jusqu'à quand les automobilistes accepteront d'être jetés dans une jungle urbaine sans pouvoir avancer, et les autres usagers de la route de rester en rade parce que certains voient encore la Ville de 2017 comme dans les années 60... faisant un mini buzz en mettant des motos sur des voies de bus... alors que tout le monde se retrouve à l'arrêt? 

     

    On dira : c'était économiquement, écologiquement, une façon de penser la mobilité désastreuse.

    Assez de mesurettes visant à faire le buzz. Il s'agit maintenant de rendre rapidement la ville aux habitant-e-s, en maximisant les transports publics, et la piétonnisation, afin qu'un jour comme le mardi 22 août ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et pas la norme quotidienne des genevois-e-s. 

    Il est urgent que l'on passe de ce système où il n'y avait que des perdants, à un autre priorisant les modes de transports afin que l'on puisse dire : l'été 2017 fut le dernier où marcher jusqu'à son domicile fut plus rapide que de prendre le bus.    

     

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  • Trump, l'encouragement à la haine, la force du langage

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    Les événements de Charlottesville nous montrent une chose. Le président Trump cautionne, banalise, caresse dans le sens du poil et entretient volontairement des mouvements mortifères de suprémacistes blancs... parce que ce sont ses soutiens. Le slogan make america great again compris comme make america white again, fait rêver les mouvements les plus faisandés se réclamant de Trump.

    On est plongé dans le cadre d'une gouvernance clientéliste, où le bien commun, la défense du droit, de minorités, passent bien après la préservation de certains groupes, aux idéologies niant la pluralité, apologétiques du nazisme et révisionnistes de tout crins, s'inspirant des figures européennes comme Alain Soral ou Renaud Camus.

    Les assassins de Heather Heyer, les semeurs de haine, sont rendus fréquentables par le Président. Dans la même veine, Trump accusa Ted Cruz, concurrent lors de l'investiture républicaine aux présidentielles de ne pas être un natural born citizen, car né au Canada. Trump refusait d'admettre qu'Obama puisse être né aux USA, insinuant allégations mensongères, rumeurs, avant de reconnaître s'être fourvoyé dans ses théories sur la citoyenneté. [1]

    Cette rhétorique puriste et ce refus de la diversité, nous l'entendons aussi chez nous dans le cadre de l'élection au Conseil Fédéral. Et nous l'avons aussi d'une manière récurrente lors des débats face à l'extrême-droite, qui prétend incarner le "vrai" peuple, le représenter entièrement et détenir à eux seuls l'entier de la représentativité dans les conseils municipaux ou au Grand-Conseil, à Genève. 

    Trump n'est pas fou 

    Quand Trump banalise les agissements des milices d'extrême droite, ce n'est ni une erreur de communication ni un biais de langage. C'est son programme, sur cette base et par cette base qu'il a été élu. Ses éléments de langage visent à euphémiser ou travestir médiatiquement la réalité, par souci politique de renforcer le lien entre son pouvoir et les red neck.

    Trump n'est pas fou, il est partial et clientéliste. Il n'est pas fou, il nie le tout pour s'occuper d'une partie. Trump n'est pas fou, il est lâche et racoleur, comme le sont ceux qui servent les intérêts de petits groupes particuliers. Il est calculateur, pensant aux finalités avant les moyens. Trump n'est pas fou, il est dangereux. Comme Rodrigo Duterte aux Philippines, les messages qu'il transmet, les incitatifs qu'il passe et le blanc-seing qu'il donne à certains groupes sont des signaux destructeurs. Messages constants d'encouragements et d'impunité.

    Regardons dans notre assiette 

    Si les actions de Trump font froid dans le dos, nous avons bien plus proche de nous ce même genre de comportements. Il est bon de regarder dans notre assiette. Les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. L'UDC nous a habitué depuis longtemps à ces rhétoriques racistes stigmatisant certains groupes: les étrangers, les homosexuels, les femmes, banalisant des violences et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés dans un pur souci racoleur de se construire un électorat. 

    Les glissements du langage et la banalisation de la violence conduisent véritablement à des passages à l'acte, et à des violences physiques.  Ils ne doivent pas être minimisés. L'exemple de ce qui vient de se passer à Charlottesville nous invite à être toujours plus rigoureux sur ce qu'on accepte comme prises de position et sous couvert de "liberté d'expression" d'appels à la haine ou de négation de l'autre.

    Quand Eric Hess, conseiller municipal bernois, emploie à dessin un vocabulaire comme celui de nègre [2] pour désigner des individus, il ne "dérape" pas. Il vise sciemment à décrédibiliser, stigmatiser, et faire d'autres être humains des personnes de rang inférieur pour fédérer un groupe de soutiens et asseoir sa domination par le langage.  

    Le langage a pour fonction de découper le monde, et de le rendre accessible. Certains l'emploient aussi pour cibler et détruire.

    Un mot est un acte, rien de moins. 

    Laisserions-nous quelqu'un donner un coup de poing sans réagir? Non.

    Que faisons-nous alors, ici et maintenant, face à l'insulte, l'injure, le dénigrement ?

     

    [1]http://www.slate.fr/story/123571/tweets-trump-lieu-naissance-obama

    [2]https://www.tdg.ch/suisse/racisme-plainte-parlementaire-udc/story/23923248

     

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  • Les plots anti-terroristes ont fait leur preuve : conservons-les !

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    Les fêtes de Genève sont terminées. Les pouvoirs politiques, ayant choisi, au nom de la lutte contre le terrorisme, de poser des plots en béton autour de la rade, nous ont libéré d’un mal bien réel à Genève : les voitures. Ce n’est certes pas d’attaque terroriste que l’on meurt aujourd’hui à Genève, mais sous la pression constante incessante et mortelle du trafic des voitures.

    Il se pourrait que de la peur des menaces vienne de nouvelles opportunités à saisir. Puisque le camion et la voiture deviennent des engins d'attaques et de morts, il faut les considérer pour ce qu’ils sont : un constant danger public. Piétonniser et borner les villes semble donc être la manière la plus sûre de se prémunir contre des risques mortels. Il faudra certes se passer de ce luxe d’un autre temps : prendre son véhicule pour aller chercher ses croissants ou pour partir en vacances. 

    En 2017, il faut vraiment être un imbécile fini, pour croire que libéraliser encore plus la circulation, en transformant des pistes de bus en voies motardes, soit une solution à quoi que ce soit. Cela ne conduit qu'à faire durer encore un peu une manière de faire qui est vouée à l'impasse.  

    D’abord les plots, puis les pioches

    Grâce aux plots temporaires posés autour de la rade, nous voilà à l’abri, sur quelques tronçons et pour une durée limitée, de la menace tuant toute l’année. Les piétons, les cyclistes, les enfants, les commerçants, sont reconnaissants de ce salutaire enclos protecteur.

    Car il conduit à davantage de places pour les terrasses, davantage d’espace pour s’arrêter, flâner, acheter et observer en sécurité. On assiste à une réappropriation salutaire des quais. C’est beau de voir passer les foules le long du quai Gustave Ador et sur le pont du Mont-Blanc, pour une grandiose promenade. C’est beau de voir, à cette occasion, les échanges qui y ont lieu, et de se dire que oui c’est possible, la ville peut-être rendue aux habitant-e-s.

    Oui, c’est possible d’arrêter de sacrifier des volumes incroyables à la route et de déprécier des biens immobiliers à cause du bruit et de la pollution. Oui, c'est possible de réduire les dépenses ahurissantes de réfection, de réparation, d’un mode de transport usant, et d’employer l’intelligence d’ingénieurs à d'autres fins que celles de développer du bitume phono-absorbants ou des traçages à durée de vie éphémère. L’imbécilité sera toujours de mettre une boîte de 2 tonnes en mouvement pour transporter une personne et de croire que cela peut durer. 

    Oui, il est possible de mettre à profit d’autres formes d’intelligence plutôt que de continuer comme avant à rouler, polluer et tuer en plein cœur des villes. Les urgentistes et pneumologues des HUG vous remercient d'avance de tout effort de clarification de l’atmosphère que l’on respire.

    Non à la cuisson lente

    Le changement climatique et le réchauffement global de la planète accompagnés d'une hausse des températures nous indique aussi, que dans un horizon très proche, vivre en ville sur un sol minéral, deviendra une impossibilité. Le rapport à la terre, au bois, au végétal sera une obligation pour les citadins, si nous ne voulons pas littéralement cuire dans les villes où nos sarcophages de béton deviendront des fours.

    A Genève, plus de la moitié des ménages désormais ne possèdent pas de voitures. Ce nombre est en constante augmentation, et l’usage du vélo explose, avec des infrastructures qui ne suivent toujours pas. Il n’y aucune raison objective pour que l’on continue à bétonner, utiliser des surfaces énormes pour stationner alors que le sol est rare et le manque de logement criant.  

    Une action volontaire pour rendre la ville aux habitant-e-s

    Alors oui, merci à ces plots de béton posés aux entrées de la rade. Ils annoncent une période prochaine, où les pelles et pioches viendront  décrocher du bitume. Les villes du 20e ont vécu, il faut désormais accélérer les transitions et les repenser d’une manière volontaire pour les projeter dans celle du 21e. La sécurité, l’économie, le climat exigent de nous de repenser la ville, et cela implique de se débarrasser sur le plus de tronçons possibles de ce qui leur est clairement néfaste : la bétonite aïgue et la rente de situation des moteurs à explosion.

    Le temps de la voiture a vécu, il reste à savoir jusqu’à quand nous voulons continuer à endurer son spectre en lui déroulant encore des kilomètres de bitume retirés aux habitant-e-s. 

     

     

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