sylvain thévoz

15/03/2013

Les chiens fous: toutous des plus riches

Ils ont tiré sur leur laisse. Rien pour les arrêter. Ni leurs maîtres qu'ils suivaient bon gré mal gré, et qui ont essayé de les raisonner, ni le peuple, le premier à subir leurs coupes budgétaires. Ils ont brisé leurs engagements, pensant ne rien devoir à personne, n'avoir aucuns comptes à rendre. Les députés PLR, UDC et MCG, les chiens fous, tenté par la politique du pire, ont choisi de bouffer tout ce qui bougeait devant leur nez. Sans distinction, sans faire de quartier: coupe linéaire de 2% sur le budget ! Pourquoi? Parce que ça les démangeait, parce qu'ils en avaient envie, comme d'un caprice, comme d'un morceau de viande, et tant pis si ce dernier n'était pas le leur. Et tant pis si ce qu'ils coupaient, c'est ce qui permettait à d'autres de manger.

Pourquoi la gueule ouverte? Parce que l'on ne touche pas au bouclier fiscal, on ne touche pas aux revenus des plus riches. Ironie du sort, alors qu'aujourd'hui même aboutit l'initiative populaire fédérale "imposer les successions de plusieurs millions pour financer l'AVS" avec 110 205 signatures, alors même que l'initiative Minder plébiscitée par le peuple a montré que c'est bien les hauts salaires et les inégalités sociales qu'il faut combattre, les députés de la droite élitiste, conservatrice, et revancharde, ont montré que plutôt que d'être innovant et d'aller chercher l'argent là où ils se trouve, vers les plus hauts revenus et les fortunes accumulées, dans les niches fiscales aménagées, ils préférent accabler la classe moyenne et ponctionner les citoyen-ne-s en leur faisant payer toujours plus cher des services qu'ils n'auront plus.

Pour rappel, depuis 2002, ces droites au service des pouvoirs économiques ont accordé, selon le rapport de gestion de l'Etat, des allègements fiscaux à 130 entreprises pour plus de 550 millions. Ces cadeaux fiscaux, aujourd'hui, c'est le peuple qui en paie l'addition, dans sa santé, son éducation et sa sécurité. Aujourd'hui le PLR, UDC et MCG ont marqué leur option préférentielle pour les plus riches, au détriment des citoyens. Le MCG est devenue le Mouvement des complices généreux !

Les chiens fous, toutous des plus riches n'ont pas distingué ni choisi ce qui devait diminuer, ce qu'il fallait préserver, ils ont choisi de détruire. Le pouvoir de mordre leur est monté à la tête, l'ivresse de saigner. Peu leur importe que ce soit d'autres qui assument les conséquences de leurs emportements. Au final ce sont 97 millions de services et de soins dévorés d'une coup, 482 postes d'enseignants biffés, 20 millions de moins pour le réseau de santé, et des files d'attente devant les urgences qui promettent de s'allonger, etc., etc., Chauffé à blanc par les jappements de la rigueur budgétaire et le concept du déficit zéro, les chiens fous veulent un citoyen toujours plus seul pour s'autogèrer, s'auto-soigner et s'auto-débrouiller pour assurer sa sécurité. 

Les chiens fous, toutous des plus riches, ont donc choisi de faire payer au citoyen les baisses d'impôts qu'ils ont voté pour des hauts revenus. Leur mission accomplie, ils peuvent se retourner les uns sur les autres et se renifler l'arrière-train ; se congratuler parmi, en se servant du monsieur le député, eux qui pour éviter le prétendu déficit du budget, ont choisi l'option des trous, des déchirures, et de faire le jeu des plus riches, en complices généreux et repus d'avoir planté les crocs.  

 

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02/03/2013

Finir nos assiettes et nous taire?

Parti d'angleterre pour se découvrir européen, le scandale des mets préparés avec de la viande de cheval vendu pour du boeuf en Europe, touche désormais la planète entière et l'Afrique du Sud, où un scandale éclate: ce qui était vendu pour de l'antilope était à 90% de la girafe, voir du porc. Au final, ces scandales ont leur source en un lieu, celui de la spéculation alimentaire qui pousse à faire flamber les prix, à tricher à tous les niveaux pour être concurrentiel. Si la traçabilité doit être renforcée, elle est difficile à appliquer. La loi du profit et la mauvaise volonté à jouer le jeu de la transparence vont de pair. Le journal "Entreprise Romande" l'exemplifie dans sa dernière édition: "Il est ainsi question d'obliger les restaurateurs à indiquer la provenance du poisson, comme c'est déjà le cas avec la viande. Or, beaucoup d'établissements reçoivent des arrivages aléatoires pouvant aller jusqu'à deux fois par jour. Comment savoir si le pêcheur du cru trouvera des perches ce jour là. Et comment traduire une telle incertitude dans la carte?". Alors oui, c'est vrai, à un niveau micro comme macro, pour régler l'incertitude, il existe un moyen rapide: toujours dire que c'est du boeuf et de la perche du lac, ça passe mieux auprès des consommateurs pressés et ça se vend pareil. La loi folle du bénéfice maximum ne s'applique pas seulement sur des étiquettes mensongères. Le scandale est économique. Les instances politiques doivent reprendre pied face à la dérégulation des marchés. 

Miam miam du sang dans mes spaghettis

Aujourd'hui, un milliard d'être humains souffrent de la faim, ce n'est pas une fatalité, mais le produit d'un système financier spéculatif poussant la logique du profit à son maximum. Alors qu'il y a suffisamment de nourritures pour couvrir les besoins de toute la population mondiale, la spéculation sur les matières premières fait exploser le coût du riz du maïs et du blé.  Pour y remédier, la transparence doit être exigée à la racine du problème. Solidar a donc lancé une intitiative http://www.solidar.ch/speculation pour faire inscrire dans la Constitution suisse la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles et les denrées alimentaires. 

Car si le système du tout profitable nous roule ici dans la farine, en vendant n'importe quoi sous des emballages bien publicisé, il soustrait ailleurs les aliments à la population. C'est la même logique qui est à l'oeuvre. Des banques, des caisses de pension tirent de gras bénéfices de cette spéculation sur les matières premières. Bouffer de la M.... sans exiger d'en connaître la provenance nous rend au mieux naïf au pire captif; cautionner par nos achats la faim dans le monde : complice. Jean Ziegler a tiré la sonnette d'alarme avec son livre Destruction massive et rappelle que Genève est la capitale mondiale des spéculateurs agroalimentaires. Le Gaïa World Agri Fund, un des plus féroces spéculateurs sur les biens agroalimentaires a son siège ici, et de nombreuses hedge-fund sont accueillies chez nous via la complaisance du Conseil d'Etat. Leur comportement pirate est destructeur pour la planète entière.

L'intitiative de Solidar  vise donc à empêcher les banques, les négociants en valeurs mobilières, les assurances privées, les fonds de placement, les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de fortune indépendants, etc., d'investir dans des instruments financiers se rapportant à des matières premières agricoles. Il faut signer cette intitiative, affamer les affameurs en ne leur permettant pas de faire du profit avec nos ventres. http://www.solidar.ch/speculation  Mais il faudra aussi, si nous voulons vraiment faire le ménage dans nos assiettes, s'occuper rapidement des Hedge-fund qui ne sont pas soumises au contrôle de l'autorité des marchés financiers suisses (la FINMA), par la faute de la complaisance du Conseil d'Etat et des néo-libéraux du Grand Conseil qui les ont fait venir ici sans souci de mettre en place des mécanismes de contrôle de leurs comportements pirates. Il faudra donc commencer par faire la vaisselle chez nous, dans les entreprises que Genève accueille, si nous voulons y voir plus clair dans nos assiettes.

Hurler que nous ne trouvons pas dans nos assiettes ce que l'emballage nous promet, et nourrir en même temps les spéculateurs de matières alimentaires qui participent de cette situation, sous le prétexte que ces derniers nous donnent quelques miettes de leurs bénéfices n'est pas cohérent. Réevaluons plutôt rapidement les assiettes fiscales des hedge-fund, soutenons notre agriculture locale et signons l'initiative de Solidar pour stopper la spéculation sur les biens alimentaires. Finir nos assiettes et nous taire? Et si on en changeait plutôt la composition ?


 


 

 

09/02/2013

A quoi sert la culture?

Le culture ne sert à rien.

Dans un temps social où l'utilité de chaque chose doit être démontrée, quantifiée; ou tout devient moyen et ou les fins sont indécises, la culture ne sert à rien. Elle n'est au service que de sa propre fin, autopromotionnelle. C'est ce qui fait sa singularité et sa faiblesse, ce qui dérange et la rend aussi inessentielle. La Culture est élitiste, superficielle. Elle est par essence incompréhensible. C'est une pièce de théâtre en plus parmi tant d'autres, un livre ajouté à la publication de 70'000 ouvrages; c'est comme une surélévation d'immeuble au dernier étage d'un building qui en compte déjà une dizaine. Ce qui compte, ce qui pèse, c'est la base: la police, l'économique, les vrais travaux. Le reste c'est du vent, on peut faire sans... vraiment? 

Au sport au moins on a trouvé une utilité, il sert l'intégration, et fait bouger les gens. C'est bon pour la santé. Mais la culture... n'est pas un service rendu, n'a pas vocation de nous émouvoir, édifier ou rassembler, de construire un langage commun, des références partagées, faire réfléchir sur notre condition et les fins de notre société. Elle n'est pas la carte de visite d'une ville, et ne joue pour rien en matière d'attrait touristique. Et puis à quoi sert le chant, la danse, le livre et le cinéma; à quoi servent les mains tendues et se dire bonjour. Finalement...

Les députés de droite du grand conseil l'ont bien compris. Suppression de 545'000 francs pour l'aide ponctuelle à la culture, 330'000.- pour l'aide à la création indépendante, 300'000.- d'aide à la diffusion et aux échanges, 500'000.- d'apport à la fondation pour le cinéma, d'aide à la recherche, à la solidarité internationale. Le troisième débat aura lieu en commission des finances après les vacances de février. Jusqu'où tronçonneront-ils, combien de jeunes pousses abattront-ils pour ramasser quelques petites feuilles? La coupe est franche. La volonté de faire une saignée reconnue.

Nous fonctionnons encore sur des catégories du XVIIIe siècles ou pire à la façon de Saint-Thomas qui ne croyait que ce qu'il voyait. La division entre les sciences molles et sciences dures, est encore bien vivace. Il y aurait d'un côté ce qui est vraiment quantifiable, chiffrable: la police, les finances, les constructions et de l'autre les sciences humaines, molles: la culture bien sûr; mais le social, aussi. Or, cette division ne tient plus, tant les champs se correspondent désormais. On loue la transversalité, et pourtant les enjeux de société se pensent encore sur des plans confus qui opposent des éléments qui se complètent. L'obésité, par exemple, est un problème de santé publique directement liée au revenu des ménages, à l'éducation, à une certaine qualité de vie et d'accès à la culture dans les quartiers. Il vaut mieux ouvrir un centre culturel sur la rive droite et continuer de soutenir la création indépendante plutôt que de voir les taux d'obèses ou de gamins désoeuvrés gonfler. 

La culture ne sert à rien? Oui, à rien, tout comme l'air que l'on respire, du moins, tant que l'on n'en manque pas. Puis, en apnée, elle est tout ce qui reste. Alors messieurs les députés du Grand Conseil, faites un geste rationnel, respirez un grand coup, et n'imposez pas à d'autres l'anoxie qui au final coûtera bien plus cher que les quelques "économies" que vous voulez, à courte vue, faire. 

Car si chacun défend sa cabane dans les arbres, une vue dégagée, la culture est la corde qui les relie toutes ensemble.

 

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06/02/2013

On sauve bien les paysans de montagne, pourquoi pas les libraires?

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Le 11 mars 2012, le peuple suisse refusait de soutenir la réglementatin du prix du livre. Néanmoins, Genève et tous les cantons romands montraient clairement leur souci d'assurer la pérennité de la chaîne du livre, de l'auteur au libraire, en passant par l'éditeur, en disant OUI à plus de 66%! Un an pratiquement après le refus par le peuple d'instaurer le prix unique du livre, la situation du marché, des métiers et des politiques du livre, mérite un examen attentif.

L'homo oeconomicus va-t-il l'emporter sur l'homo sapiens? Les attaques contre la Culture, entendu par certains comme quelque chose de non-essentiel, ou un produit économique comme un autre, fait peur. Or: boîte de conserve, livre ou shampoing, ce n'est pas du pareil au même. Il ne peut y avoir de vivre ensemble, sans pensées, sans langages, sans livres, sans presses et sans lecteurs. Pas de relations humaines sans humains qui remplacent la machine ou la commande par internet. La place du livre est fondamentale dans l'élaboration d'une pensée critique et diversifiée. A Genève, les librairies Forum, Artou, Panchaud, Descombes, ont fait les frais du tout profitable. Les prix excessivement élevé des loyers menacent la survie des petites entreprises culturelles. Amazon pratique du dumping pour vendre moins cher des produits livres stéréotypés et contourne la loi pour expédier sans frais de ports ses produits. Au fait, combien Amazon paie-t-il d'impôts sur ses gains, et à qui ? Mystère. Quand il n'y aura plus de librairie, quand le monopole sera atteint par les industriels du livre, de combien seront alors majorés ce qui ne s'appellera peut-être même plus livres? La qualité du service est aussi un bien à défendre, au même titre que la relation de personnes à personnes. Une culture se compose de lieux, de personnes, de souffles et de corps : dernières maisons habitables avant le désert du clic.

La lutte contre le marketing en mode épandage est ouverte ; la réflexion sur l'uniformisation des medias culturels, la standardisation des modes de consommation et la sériation de l'offre aussi. L'accès privilégié à la culture pour toutes et tous, le soutien à des petites entreprises formatrices fournissant à des producteurs de culture de proximité des plateformes d'expression est vital. Maintenir des librairies de proximité, des vitrines de mise en valeur pour les auteur-e-s suisses, à des prix garantis, développer des labels de qualité pour les librairies, c'est résister au mouvement de dématérialisation et de banalisation des créations culturelles. On sauve bien les paysans de montagne, pourquoi pas les libraires? Les petits artisans culturels ne sont pas des cloches. Le livre vaut bien une poya.

Lancement du journal Causes Communes spécial livres mercredi 6 février 17h30 à la librairie du boulevard (34 rue de Carouge) avec Manuel Tornare, Sylviane Dupuis, Gabriel de Montmollin, l'illustrateur, les graphistes, l'imprimeur, les contributeurs et contributrices... lecteurs et lectrices de ce singulier numéro papier. http://www.ps-geneve.ch/

 

 

 

 

 

 

30/01/2013

L'abri:boîte noire à défaut de boîte de nuit

On prend note, on relit attentivement le Courrier d'aujourd'hui, et l'ouverture de la boîte noire du projet culturel public-privé "l'Abri". Que constate-t-on, dans les réponses de Guillaume Barazzone? 1) Que la culture est à la mode. Nous avons désormais un nouveau magistrat de la culture urbaine et de la sécurité, alors qu'Esther Alder continue sa politique de culture de proximité dans les quartiers... que va-t-il rester à Sami Kanaan? 2)Que le projet d'accueil social des jeunes fêtant dans la rue est définitivement enterré. On se dirige résolument vers un projet privé à vocation culturelle visant l'excellence. Quant au contenu plus précis de ce projet...  

Il existe sur la rive droite un très joli théâtre, celui des Grottes (ex théâtre para-Surbeck), de 86 places, avec une scène, une buvette, spécifiquement mis à disposition de jeunes compagnies ou associations oeuvrant dans le domaine des arts de la scène. Les compagnies indépendantes, les associations de quartier, les manifestations organisées par la Ville de Genève y trouvent refuge. Alors, soit ce théâtre des grottes est insuffisant, inadapté, et il serait urgent de lui donner les moyens de fonctionner d'une manière plus adéquate, soit il remplit sa mission de promotion des jeunes artistes locaux, et le projet de l'Abri devient au mieux un doublon, au pire un lieu qui cache son nom dans une offre de scènes publiques déjà abondantes. La rive gauche est déjà l'enfant gâté de la culture, veut-on encore l'alimenter plus au détriment de la rive droite?

Troisième question : qu'est-ce qu'un partenariat public-privé? Au profit et au détriment de qui se réalise-t-il? On ne parle évidemment pas ici de mécénat, et la position de Guillaume Barazonne est extrêmement fragile. La droite rabote les budgets, suspend tout soutien à la fondation romande pour le cinéma, lutte contre ce qu'elle appelle des doublons, mais lorsqu'il s'agit de céder des parcelles de la Ville à des privés, la concertation et les bonnes résolutions s'envolent. Peu importe alors de doubler ou de tripler l'offre, tant que le privé en profite! Quand monsieur Barazonne se réjouit de proposer de la culture à 0.- ne se demande-t-il pas de quoi le prolétariat artistique qui égaiera les spectateurs dans l'abri Wilsdorf vivra? Qui paiera ses créations?

C'est vrai, la Ville aura deux sièges au sein de la fondation privé à but non lucratif qui administrera l'Abri. Mais comme la Ville ne se mêle pas de la programmation des lieux, elle y fera quoi? Un soutien financier quand le projet l'exigera, ou une caution publique et un lustre médiatique à l'heure de couper le ruban ?   

Je comprends le magistrat de la culture et des sports. L'abri commence déjà à se creuser, il faut être pragmatique, rentrer dans le trou et prendre la pelle; en espérant que les voûtes tiennent, et la fondation Wilsdorf ses engagements - mais lesquels?-  

Tant que le canari chante, le coup de grisou ne menace pas.  

L'abri: boîte noire à défaut de boîte de nuit.

 

14:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, wilsdorf, partenariat privé-public, barazonne, kanaan, alder. | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/01/2013

Le projet mal ficelé de Pierre Maudet

culture,aménagement,maudet,solo solo,tantvalacultureauprivékalafinelleseperdLes travaux de transformation de l'ancien abri de la protection civile situé sous la terrasse Agripa d'aubigné vont démarrer le 14 janvier pour livrer un nouvel espace culturel à l'intérieur des remparts de la Vieille Ville. Voilà l'annonce triomphale passée sur le site de la Ville de Genève par les services de monsieur Barazonne. Ce projet rêvé et pensé en 2011 par Pierre Maudet n'a pourtant de culturel que le nom. Ce partenariat, ou plutôt, ce joint-venture, entre la fondation Wilsdorf et le département de l'environnement urbain et de la sécurité est un projet grandiloquent de plus de 600m2 (un an et demi de travaux prévus dans un lieu inadapté), opaque, au concept vendu comme "inédit", mais pour l'instant insaisissable. Surtout, le département de la Culture n'a pas été associé à l'élaboration de ce projet. La délégation à la jeunesse du service social, travaillant directement en lien avec les jeunes, non plus. Les artistes raillent déjà des adaptations architecturales prévues qui ne sont pas en accord avec les pratiques et les besoins du milieu. On a déjà vu mieux en terme de planification.

Ce nouveau "lieu culturel" sera géré par une fondation sans but lucratif qui travaillera sur "une programmation basée sur l'excellence et l'élégance artistique". Mais comment a-t-on pu passer de la lutte contre les botellons des jeunes dans la rue -raison mise en avant par Monsieur Maudet pour développer ce projet- à la promotion d'une boîte à l'élégance artistique? Le public cible a changé en cours de route. Pensé pour des jeunes désoeuvrés causant des nuisances, il s'adresse désormais aux jeunes talents. De projet social il est devenu un projet culturel. Et désormais, de projet culturel, a basculé en projet anti-culturel, se constituant au détriment de lieux existants sans étude sur la nécessité d'ouvrir un tel lieu à cet endroit. 

Alors que les infrastructures de la Ville ont besoin d'argent, que la maille pour rénover le Grand Théâtre, le Musée d'Art et d'Histoire manque; que la Nouvelle Comédie a besoin de soutiens, et le musée d'ehtnographie de moyens supplémentaires, Monsieur Maudet, s'inspirant des mauvaises pratiques du Canton en la matière (qui cède gratuitement l'usage de l'usine Sicli à la route des Acacias à une entreprise "culturelle" privée), a choisi de morceler la culture en bradant des biens publics pour en régaler les privés. Est-ce cela que l'on appelle le partenariat public-privé? N'est-ce pas, au mieux, une politique improvisée et non concertée, et au pire, une politique particulariste visant à satisfaire des investisseurs culturels? Certains théâtres ont des fréquentations en baisse. L'offre est abondante. Faut-il vraiment vouloir ouvrir un nouveau lieu théâtral, à la sauvette?

Alors que le patrimoine de la ville a besoin de soutiens privés en bonne intelligence pour se refaire une façade, pourquoi offrir au privé des espaces publics sans contre-partie? Les intérêts de la collectivité sont placés là sous les intérêts d'une fondation de prestige. Joli cadeau: un écrin en vieille ville avec, cerise sur l'abri, la sécurité fournie par les agents de police municipaux de la Ville... 

Pour terminer, il est troublant que le département de la police municipale et de la voirie élabore dans son coin un projet de nouvel espace culturel. Cela veut-il dire que désormais le département de la culture est invité à s'occuper des casernes de pompier; le service social des espaces verts? Et que va faire désormais Monsieur Barazonne du projet mal ficelé de Pierre Maudet ? La promotion faite sur le site de la Ville de Genève laisse penser qu'il a choisi de le faire sien. Enfin, sien.... celui de la fondation Wilsdorf, plutôt.

 

 

 

20/01/2013

Le socialisme n'est pas une mathématique

rosa_lives.jpgFaut-il que le Parti socialiste aligne quatre candidat-e-s en vue de l'élection au Conseil d'Etat ou seulement deux? Et pourquoi pas trois ? Réduit-on vraiment au carré les ténors comme on le lit dans la presse dominicale? Il y aurait-il donc des petit génies qui réduisent de moitié l'influence de ceux qui comptent ? Qui voudrait la peau des gros numéros, ceux qui pèsent pour quatre?

Combien il y a-t-il de gestionnaires qui font des calculs politiques et de visionnaires qui raisonnent sur la théorie des ensembles? Ce qui est démontré: dans une premier temps, au-delà (ou comme résultante?) des arithmétiques, ce seront les presque mille membres du parti qui poseront l'équation la meilleure, puis le peuple fera ses additions, ses soustractions... et exigera des comptes!

Rosa Luxembourg l'avait compris :"la liberté pour les seuls partisans du gouvernement, pour les seuls membres d'un parti- aussi nombreux soient-ils- ce n'est pas la liberté. La liberté c'est toujours au moins la liberté de celui qui pense autrement" Les calculs doivent englober le plus grand nombre d'inconnu-e-s possible.

Alors quoi, il y aurait des clans, des groupes, des couples, des gens qui se parlent et font de la tactique politique? Il existerait des stratégies pour maximaliser le résultat du parti au bénéfice aussi de résultats personnels? Il y aurait des alliances, des nombres premiers, des intersections et des intervalles ouverts? Quoi, les partis seraient donc des usines de traitement d'idées, d'ambitions, de pouvoirs, de désirs et de vouloirs à géométries variables? Quelle suprise... Et pourtant, les calculs doivent toujours englober le plus grand nombre d'inconnu-e-s possible.

Car rien, évidemment, n'est pure logique et calcul statistique. C'en est même une part réduite. Et pan dans les sinus, et vlan dans les tangentes! L'arithmétique du politique passe par le rêve, l'engagement et la passion, et 2+2 font souvent autre chose que 4. Et 4 fait aussi parfois moins que 2. Celles et ceux qui font les calculs en laboratoire ou au bureau reçoivent alors une bonne pomme bien réelle sur la tête; sortent éclairés d'un bain (de foule?). Heurekâ, nous avons trouvé: les autres d'abord, JE est à leur service. 

Le socialisme n'est pas une mathématique. Si cet axiome s'efface du tableau, toute équation risque bien d'être nulle et tous les petits calculs réduit à zéro. 

 

 

 

18/12/2012

Tamedia Midas moderne?

journalisme,cct,tamedia,travailLes éditeurs de la presse écrite en Suisse romande, par l'intermédaire de leur association, Médias Suisses, ont annoncé la semaine passée qu'ils allaient résilier la convention collective de travail cette année, avec effet au 1e janvier. La convention collective de travail, comme le rappelle impressum, l'association professionnelle des journalistes, prévoit les conditions de travail des journalistes et des photographes de presse, un plan social en cas de licenciement massif, des salaires minima. Elle traite du paiement du salaire en cas de maladie, du congé de maternité et autres absences, prévoit les normes en matière de santé au travail., édicte les délais de congé en cas de licenciement, etc. En bref, c'est la garantie de conditions de travail correctes et d'un minimum de sécurité au travail.

Attaquer la convention de travail (comme l'a aussi fait la RTS plus tôt dans l'année), c'est une déclaration de guerre contre la paix du travail et la porte ouverte aux dumpings et aux inégalités de traitement. C'est l'instauration de la loi de la jungle pour toutes et tous, et surtout, de la part de Tamedia, qui s'était engagé au moment du rachat d'Edipresse de respecter et maintenir la CCT romande et l'accord interne des rédaction, voir son nez s'allonger sur son visage marqué par l'abus de pouvoir, le non-respect des travailleurs, et la dérégulation forcée des conditions de travail. 

On peut se gargariser des mots de démocratie, de participation, de liberté de la presse, mais quand il n'y a presque plus qu'un seul acteur dans le domaine de la presse écrite, et que ce dernier souhaite fixer tout seul les règles du jeu pour faire valser ses journalistes comme bon lui semble, c'est-à-dire: au gré des courbes de ses bénéfices, quel sens pouvons-nous encore donner au mot information et quelle sera demain la qualité de celle-ci, si ceux qui la font seront des journalistes payés au rabais au sein d'une profession toujours plus précarisée?

Tamedia, Midas moderne, ayant fait le choix de vouloir tout changer en or, fait un mauvais calcul. Il perdra ce qui fait la base, le pain et l'eau de son entreprise: l'adhésion des journalistes à leur travail ; leur respect pour celui-ci et leur employeur. Tamedia, en faisant le choix de précariser ses journalistes pour plaire à ses actionnaires, fait à moyen terme un calcul avide qui péjore les conditions de ceux qui sont son unique plus-value. Comment des journalistes payés au rabais et révocables à merci, feront-ils un travail de qualité et garderont-ils un bon niveau de publication?

Mais peut-être est-ce cela, au final qui est visé. Peut-être faut-il se demander si ce n'est pas l'existence même d'une presse de qualité qui est en jeu. Car enfin, pourquoi servir des informations travaillées, et un journalisme fouillé, quand la pâtée molle remplit aussi, et que les pages people sont suffisantes pour agrémenter le voyage en tram et trouver quelques annonceurs?

Dans le final du mythe antique, Midas supplie les dieux de l'arracher à son brillant fardeau, et de revenir à sa nature première. Il finit néanmoins avec des oreilles d'âne allongées, puni d'avoir eu des oreilles si grossières et d'avoir su si mal entendre. Tamedia, Midas moderne, saura-t-il s'épargner la même fin que son ancêtre mythique ? Pas sûr. Il y faudrait une autre volonté, et surtout: une autre éthique que celle de la bourse.



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11/12/2012

Lettre ouverte au capitaine d'Etat Maudet

Monsieur le capitaine d'Etat, depuis votre arrivée au pouvoir au Conseil d'Etat au mois de juin 2012, vous jouez du bâton. En effet, après vous être débarrassé de Fabienne Bugnon, directrice de l’Office des droits humains (ODH), viré manu militari Dominique Roulin, directrice de la Clairière, vous mettiez le 3 décembre aux arrêts Jacques-Eric Richard, directeur ad-interim au motif grave que vos ordres n'avaient pas été respecté. «L’idée était d’avoir deux types de serrures, afin que les employés n’aient pas sur eux les clés permettant de sortir du centre», expliquez-vous. Cet ordre n’ayant pas été exécuté, vous vous sentiez légitime de virer votre directeur. Car vous ordonnez, monsieur le capitaine d'Etat, et vos troupes ont pour mission d'exécuter. Gare à celui, celle, qui ne marche pas droit. Bien entendu, vous, vous n'êtes jamais responsable. Vous commandez, vos subordonnés ont pour mission d'obéir. Si donc la fin des évasions exigent les changements de cylindres, c'est simple comme bonjour, cela devrait fonctionner. Sinon, vous congédiez. L'arbitraire semble faire partie de votre manière de convaincre. Mais si c'étaient vos manières de commander qui étaient à réviser? Car cette stratégie de maximilisation des "résultats" et votre rudesse à les obtenir soulève la question: combien de fusibles allez vous encore faire sauter? A chaque ordre non exécuté vous allez en virer combien, de collaborateurs et de collaboratrices ?

En même temps, sur des dossiers moins exposés médiatiquement, vous faites preuve d'un laisser-faire troublant. Par exemple, dans le rapport du comité anti-torture sur la Suisse du 25 octobre 2012, Genève était salement épinglé. Il y est écrit qu'une proportion troublante de personnes, dont quelques mineurs, avec qui la délégation s'est entretenue dans le canton, se sont plaintes de mauvais traitements physiques que la police leur aurait infligés au moment de l'appréhension, ou peu après. Ces allégations étaient souvent étayées par les données médicales. Le Comité anti-torture du conseil de l'Europe a donc recommandé que des mesures de lutte contre les mauvais traitements soient prises dans le canton, au moyen de meilleures formations et du renforcement des garanties existantes, et que les lésions traumatiques établies en période d'admission à la prison de Champ-Dollon soient automatiquement transmis à un organe d'enquête indépendant. Dites, vous avez suivi ces recommandation monsieur le capitaine d'Etat?

Le 23 novembre dernier, le comité national de prévention de la torture (CNPT) publiait à son tour son rapport dans lequel était à nouveau épinglé Genève. Les locaux de détention à l'aéroport y sont décrits comme inadaptés à l'accueil des enfants. La commission s'est déclarée très préoccupée (dans la bouche diplomate d'une d'officine fédérale, c'est quelque chose) par les conditions d'accueil dans le centre de transit de l'aéroport de Genève. Une prison n'est de fait pas adapté à "l'hébergement" de familles avec femmes et enfants sur une longue période. Les autorités devraient transférer les enfants au CEP de Vallorbe ou faire en sorte que les enfants puissent aller au jardin d'enfants ou à l'école durant la journée. Dites, vous avez suivi ces recommandations monsieur le capitaine d'Etat?

Plus grave encore. L'OPP (Observatoire des pratiques policières) fait état de régulières violences lors d'arrestations, d'insultes racistes, de poignets cassés, de minorités visibles persécutées par, notamment, un agent de police clairement identifié, de citoyens lésés dans leur droit. Dites, vous avez pris soin de recevoir l'observatoire des pratiques policières monsieur le capitaine d'Etat?

A ce jour, à ma connaissance, aucunes  de ces recommandations, que ce soient celles du comité anti-torture du conseil de l'Europe, ni celles du comité national de prévention de la torture n'a été suivi d'effets de votre part. Faut-il en conclure que si vous, vous donnez des ordres, vous êtes récalcitrants à suivre des recommandations?

Enfin, et c'est ce qui m'a poussé à vous écrire, vous vous êtes positionné, le 2 décembre, dans la presse, comme voulant poursuivre et punir ce que vous appelez les plaintes fantaisistes à l'égard des forces de police. Vous avez donc choisi, plutôt que de suivre les recommandations sur des maltraitances effectives de vos services, de mettre la pression sur ceux qui viendraient en témoigner. Vous avez préféré protéger votre troupe (quitte à jeter le discrédit sur elle), plutôt que de faire respecter le droit. Vous avez levé le maillet de la sanction sur ceux qui braveraient la loi du silence; comme si porter plainte contre la police n'était pas déjà chose suffisamment intimidante et difficile.

Certains d'entre-nous, lors du vote de la nouvelle constitution genevoise, craignaient l'engagement potentiel de l'armée pour des tâches d'ordre public. Force est de constater, aujourd'hui, que cette crainte n'est rien en regard du risque bien réel de dérive militaire de la police, et la relégation au second plan du respect des droits humains les plus élémentaires. La conception avant tout répressive de la sécurité que vous défendez. Le cocktail composé de new-management, d'obligations de résultats et d'obéissance militaire avec laquelle vous souhaitez la réaliser fait aujourd'hui peser un risque sur la sécurité des citoyen-ne-s au contact de la police.

Dites, monsieur le capitaine d'Etat, vous n'auriez pas envie de repasser vos habits civil?

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24/11/2012

Et une et deux et trois prisons

Vous vouliez un meilleur accès au logement, plus de crèches, des investissements dans la santé et l'éduction? Raté, vous aurez plus de pénitenciaire et de grosses taules toujours plus chères. Merci Maudet qui devise une troisième extension de Champ-Dollon à 315 millions. Le projet d'extension Curabilis - 109 millions- pour la construction d'un lieu de détention pour 62 adultes psychiquement instables a déjà calé; il faudra encore plus d'argent frais pour mener ce projet à terme. Incurie de l'Etat, Curabilis devait ouvrir cette année, il ne sera pas terminé avant... 2016: il n'y avait personne pour le piloter à la tête de l'Etat! Et une et deux et trois prisons, et combien de millions en plus ensuite pour les faire fonctionner, pour quels résultats? Et si avant de construire une nouvelle prison on essayait déjà de finir celle que l'on n'arrive pas à construire?

Le coût journalier de détention d'un prisonnier est de 1000.- Le tout condamnatoire, gouffre financier, est une fuite en avant. Il saigne les finances de l'Etat pour des résultats douteux sur la sécurité générale. Le maillon faible de la détention n'est pas le nombre de places de détention comme le prétend monsieur Maudet, mais plutôt l'impuissance à penser un système socio-sécuritaire dans son ensemble. Tout compris, le tout répressif coûte environ un milliard à Genève, années après années. Pour quels résultats durables? Monsieur Maudet veut accélérer cette inflation. Enfermer les mendiants, les joueurs de bonneteau et les sans-papiers, c'est vrai que ça n'a pas de prix, mais en quoi contruire toujours plus de prisons toujours plus chères profitera aux citoyen-ne.s? Quel sera leur retour sur investissement? En l'Etat, pas de réponses.

Des solutions urgentes doivent être dégagées du côté de la politique d'asile. Il faut une réflexion sur les centres miteux ou insalubres tels que les Tattes ou les abris de la protection civile qui finissent par devenir des centre de désoeuvrement et d'école de petite criminalité sollicitant massivement les forces de police (allez voir les norias de policiers autour de l'abri situé sous l'ECG Henry-Dunant, etc.,). Il faut intervenir en amont sur ces populations à risque plutôt que de les enfermer à coups de millions  en augmentant les places de détention administratives progressivement de 20 à 218 comme le veut le magistrat.

Par ailleurs, le tout répressif place Genève sur la sellette en matière de respect des droits humains (voir à ce sujet le rapport de la commission nationale de prévention de la torture sorti le 23 novembre qui épingle Genève et les conditions catastrophiques de détention à l'aéroport de Genève). La politique du gros bâton coûte très très cher. L'ivresse répressive fait perdre la tête au magistrat et n'amène pas plus de sécurité et de stabilité, bien au contraire. Avant de se résoudre à payer une addition salée et à s'endetter à vie pour des gardiens et des cages, il est urgent de préparer un autre plan sécuritaire, moins cher, pour une véritable politique sécuritaire plus globable et durable.

Monsieur Maudet veut plus de prisons? C'est une jolie opération de comm'. Je souhaite plus de sécurité, et en connaître le véritable prix.    

12:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, prison, sécurité, économie, droits humains | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/11/2012

Pierre Maudet tentacule froide

Quelles reptations se déroulent au département de la sécurité? Animé par ce qui sonne comme un cinglant désaveu de la politique menée par sa consoeur Isabelle Rochat, Pierre Maudet touche du bout de ses ventouses des mains, ramène les corps à sa bouche, et les boulote. Noyée Dominique Roulin, directrice de la Clairière, excrétée Fabienne Bugnon, directrice de l’Office des droits humains (ODH), broyée la carapace de l'ODH, ouvertes muqueuses et chaires. Vorace, le tentacule accomplit froidement son travail de démembrement. Cela pourrait être un simple basculement entre hyperphagie et boulimie; entendre, en français courant: entre ce qui se vomit et ne se vomit pas. Mais le tentacule, si elle porte toujours une bouche, a nécessairement un anus. Ce qui sort donc d'un côté doit entrer par l'autre, ou plutôt, parce que cela doit entrer d'un côté, il faut d'abord faire le vide de l'autre.

La faim se fait sentir, le besoin de remplir, le transit s'accélère. Après Roulin et Bugnon, c'est le directeur général des systèmes d'informations qui passe dans le tube. Ouverture du poste au 12 octobre, clotûre au 25. Le 31 octobre déjà le Conseil d'Etat annonce la nomination au poste susmentionné de ... l'ancien directeur depuis 2002 des systèmes d'information et de communication de la Ville de Genève ! Et créé au passage le scaphandre doré de directeur-adjoint pour l'ancien-directeur. Même sous l'eau, les chaises musicales ça marche bien, le son est juste un peu assourdi. Ce nouveau directeur est placé directement sous l'autorité hierarchique d'un secrétaire général. Hop, voilà un poste de secrétaire général qui s'ouvre, parution dans la presse le 12 octobre pour une clôture le... 14. Un poste de cette importance à repourvoir en 4 jours? Etrange comme pratique, non? Si j'ai parfois une algue dans l'oeil qui m'empêche de voir le tentacule dans celle du voisin, je mise là mon maillot de bain et mes tongs que l'heureux élu le savait bien avant l'ouverture de son poste. Si la pêche au gros est bonne, elle est très sélective. Où donc est passée l'ancien secrétaire général ? C'est un scaphandre doré de plus qui nage dans les eaux du Canton?  

Le tentacule froid a fait ses gammes. Avant de s'étendre au Canton, il se nourrissait en Ville. Ses petits poissons préférés: les Agents de Police Municipaux. Il en voulait 25 chaque année. Par gourmandise? Au final, c'était soit du surgelé pour le frigidaire, soit commercialisé sous un autre nom. Un exemple? Le conseil municipal votait pour la bonne bouche 6 policiers municipaux, mais par derrière, c'étaient 6 travailleurs à l'unité de gestion des incivilités qui ressortaient. Joli tour de passe-passe. Et personne hors du bocal pour crier au copinage, dénoncer l'arnaque sur l'étiquetage?

Je n'ai pas de lunettes pour voir dans l'eau trouble, ni la vocation du requin pour nager dans le sang. Je lève juste un drapeau de prudence à la baignade. Même si un bon plongeur devrait quand même aller voir de plus près ce qui se passe dans l'aquarium du département de la sécurité. Bien sûr, les vitres de l'aquarium sont propres, le silence règne. Mais il faut douter de l'entreprise de communication qui transforme la boue en eau trop claire et des tentacules en outils de bonne gestion. Car derrière la vitre, ça dégurgite à tout va et à défaut de se la jouer grand bleu, Pierre punit la chaîne Léman Bleu, et rajoute du pschit pschit et son déo sur les vitres.

Qu'est-ce ce qui l'emportera de la digestion ou de l'excrétion; de la communication aseptisée qui cache la merde aux poissons ou de la transparence? Et durant combien de temps accepterons-nous encore que la santé, le logement, le social soient passés à la moulinette aux cris de REGIME pendant que le tentacule se frotte la panse et se fabrique des scaphadres dorés tout en nous rotant au visage des petits poissons morts au milieu de bulles colorées ?

18:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, politique, administration, sécurité | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/11/2012

Notre état anti-rom

643911_10151279628801826_706181630_n.jpgLa dernière recommandation du Conseil de l'Europe aux Etats membres votée le 12 septembre porte sur la médiation comme moyen efficace de promouvoir le respect des droits de l'homme et l'intégration sociale des roms. Que dit-elle? Tout d'abord, elle reconnaît que les roms, depuis plus de cinq siècles, font face à travers l'Europe à une discrimination, un rejet et une marginalisation généralisée qui touchent tous les domaines de leurs vies, et que le recours à la médiation peut être utile pour améliorer leur intégration, leur accès aux services publics. 

Le Conseil de l'Europe recommande donc à ses membres, (dont la Suisse est le 17e), d'élaborer et mettre en oeuvre des politiques efficaces en faveur de l'intégration des roms ; de mettre en place un dispositif de médiation efficace et de qualité avec les communautés roms, et concevoir des évaluations participatives permettant aux membres de cette communauté d'exprimer leurs besoins et de participer activement à l'élaboration de solutions les mieux adaptées. Conséquent, le conseil de l'Europe a mis sur pied un système de formation pour des médiateurs roms. Toute personne qui en fait la demande peut être formée gratuitement à la médiation dans plus de 15 pays participants. Pourtant, la Suisse refuse, jusqu'à aujourd'hui, d'en faire partie. Pourquoi? http://www.coe-romed.org/

Du coup, je me pose quatre questions :

Pourquoi Isabelle Rochat, alors qu'elle était à la tête du département de la police a interdit tout programme sur les roms et prohibé au Bureau d'intégration des étrangers (BIE) de développer tout programme en lien avec cette population ?

Que va faire Pierre Maudet désormais chef du département de la sécurité pour améliorer l'intégration des roms? Quel sera son nouveau mot d'ordre pour le Bureau d'Intégration des Etrangers? Enfin, quel a été l'efficacité des mesures de nettoyage des campements des bords de l'Arve et de l'interdiction de mendier en Ville pour résoudre d'une manière pérenne les problèmes d'adaptation de cette population européenne?

Pourquoi la ville de Genève impose-t-elle des quotas aux roms pour l'accès à l'abri de la protection civile ainsi qu'aux lieux de distribution de repas chauds et gratuits? Au risque de quoi laisse-t-elle dormir des femmes enceintes et des enfants sur son territoire alors qu'il gèle la nuit et que le seul abri de la protection civile ne sera ouvert que le 15 novembre prochain?

Enfin, et, plus fondamentalement, pourquoi la Suisse qui paie son écôt comme membre du Conseil de l'Europe, n'en reçoit pas les bénéfices en ne faisant pas partie de ce programme de médiation concernant les roms, à tel point que les personnes qui souhaitent se former à la médiation (payée par le Conseil de l'Europe) doivent aller se faire former en France? La Suisse cotise donc pour faire partie d'un club dont elle refuse les avantages....

Avec des réponses claires de la part des pouvoirs fédéraux, cantonaux, municipaux, à ces questions nous aurons, il me semble, quelques pistes nouvelles afin d'améliorer la situation des roms en Suisse en général et à Genève en particulier. En tous les cas, nous aurons fait un pas pour sortir du tabou de notre état anti-rom, dont l'une des conséquences directe est qu'une femme enceinte de 6 mois "dort" sous les ponts le long de l'Arve avec d'autres personnes dans l'indifférence générale malgré les interpellations d'une conseillère municipale et de l'association Mesemrom. Probablement qu'à 4h du matin, la police viendra les faire dégager, comme cela fût le cas il y a trois jours, ce genre d'intervention étant pour l'instant la seule réponse qu'articule Genève face à la question de la présence et de l'intégration des roms sur son territoire.

17:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, état, rom, genève, maudet, rochat, conseil de l'europe, discrimination | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/11/2012

Salerno l'incontournable

Deux belles pages dans le journal Bilan du 31 octobre, rien de moins. Sandrine Salerno est devenue incontournable.  Bilan tente bien un enième lifting d'un profil polémico-médiatique déjà trop étiré, mais cette fois l'article claque comme un masque trop serré sur un visage affirmé. Est-elle trop militante, polémique, trop jeune? Son compagnon est-il à l'Asloca? A-t-elle un temps d'avance et l'état actuel de l'économie valide-t-il les propositions qu'elle avance et les critiques qu'elle adresse à ses représentant-e-s ? Oui oui et encore oui. Quand l'économie zigzague et entraîne au passage des gens dans son sillage, il est bon que des femmes courageuses ne quittent pas le navire. On pourra essayer le botox ou les injections d'EPO pour booster le profil de l'économie, on pourra aussi décider d'élire Salerno.   

Sur le fond, rien de neuf dans l'article de Bilan, si ce n'est de définitivement poser Salerno comme incontournable. Tant pis si, en donnant pas aux milieux d'affaires conservateurs des garanties de soumission, elle leur colle le trouillomètre à zéro. Ce n'est pas Sandrine Salerno qui crée la peur, c'est la fragilité d'un système qui vacille à force d'avoir été trop chargé au sommet et menace de tomber comme un chateau de cartes. Ceux qui avaient promis la croissance sans fin, des emplois garantis, n'ont plus le vent dans le dos. A force d'avoir chargé le château sur une base trop fragile, c'est l'ensemble de l'économie qui vacille.

Salerno, elle, dit depuis toujours des choses simples: si des fondements sains, stables, et assurés ne sont pas posés, nous ne pourrons pas continuer ainsi longtemps et au final ce seront les citoyen-ne-s qui paieront les pots cassés. Si nous ne diversifions pas l'économie, ne sortons pas de la monoculture économique, tout le château risque de s'écrouler. Mais s'il y a bien une chose que les milieux d'affaire détestent, c'est le bon sens, et d'être freinés dans leur course au profit; et de l'être au nom de la collectivité et de la sécurité collective. L'UBS raye d'un coup de crayon 1600 emplois sans états d'âme. La propagande des milieux d'affaire ne nous protégeront de rien. Leur peur est la soeur jumelle de leur impuissance à réguler quoi que ce soit. Le vent vient désormais de face. Salerno est la seule politicienne à pouvoir le recevoir.

On nous annonce l'ouragan de la crise, on nous prédit le crash, mais qui l'aura soufflé? Qui en portera la responsabilité? Les stratèges de l'économie se sont plantés et la peur a changé de camp. Le château tangue? Il faut désormais repositionner les cartes autrement. Quand Salerno occupera le poste de David Hiler, augmentera-t-elle le taux d'imposition des hedge funds à 13% comme le souhaitent les milieux d'affaire ou le poussera-t-elle à 19% ou 24.3% ? Voilà ce qui fait réellement trembler les milieux d'affaires. Pourront-ils continuer de maximaliser leur intérêt ou devront-ils composer avec une personne capable d'instaurer de vrais rapports de force pour un juste équilibrage vers une économie saine, stable et performante, en un mot: durable? 

Si la peur a désormais changé de camp, l'espérance aussi. Salerno est devenue incontournable, c'est Bilan qui l'écrit, avec un petit pincement au coeur en remuant le passé (surtout), le présent (un peu), et le futur (passionnément) de Sandrine Salerno dans un article qui fera date dans une campagne pour le Conseil d'Etat qui s'annonce palpitante.

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25/10/2012

Pour un Islam de gauche

Certains politiciens d’extrême droite et Madame Mireille Vallette qui a récemment obtenu des tribunes d’expression dans le Temps et le Matin pour un livre prônant la haine et les clivages ethnique veulent faire de l’Islam, religion séculaire, complexe, ayant imprégné le continent européen, sa science et sa culture, une caricature. Leur fatras intellectuel prétend répondre aux fatwas en mêlant indistinctement pays d’origine, appartenance religieuse, pratique effective, discrimination sociale et racisme, tout en refusant le principe laïc du respect de la croyance et de la pratique religieuse. La Suisse est ainsi entraînée sur une pente que l'on peut qualifier de néo-fasciste (interdiction des minarets, limites mises à l’exercice du culte) et les minorités religieuses servent de bobsleigh sous les fesses de partis conservateurs prônant l’intolérance.

  

Il faut rappeler qu’en Suisse, les musulman-e-s sont entre 300'000 et 350'000 (3,8 à 4,5 % de la population). Ce sont des citoyens et des citoyennes comme les autres, qui paient leurs impôts, respectent les lois, et contribuent au bien-être de ce pays qui est le leur. Si 75% des musulman-e-s vivants en Suisse résident dans les villes, 76% résident en suisse-allemande. Ce sont en grande majorité des turcs. Ceux qui résident en Suisse Romande, 14%, sont principalement originaires du pourtour méditerranéen. Et s’il y a aujourd’hui environ 100 lieux de prières en Suisse, ces espaces sont de loin inadéquats (garages, appartements). Il faut d’une manière urgente emprunter la voie d’accommodements raisonnables, négociés, afin que les différences culturelles entre les peuples ne soient pas des murs mais des espaces de négociation et de dialogue. Sur la question des rapports entre les hommes et les femmes, c’est aux femmes musulmanes de décider ce qu’elles veulent pour elles, pas à leurs hommes ni à certaines féministes occidentales voulant faire leur « bonheur » à leur place et bien souvent sur leur dos.

 

Etre de gauche, c’est accepter de dialoguer avec son voisin là où il est et tel qu’il est, non pas de le vouloir à son image. Etre musulman, c’est placer Dieu au cœur de sa vie, un Dieu de justice et de respect. Les discours essentialistes, qu’ils viennent de formes dégénérées parlant au nom de l’Islam ou de réactions xénophobes apeurées en Suisse doivent être écartés pour progresser vers une société de la compréhension réciproque et du respect de l’autre. Nous défendons une Suisse ouverte, accueillante, riche et curieuse de ses diversités et qui ne bafoue pas les valeurs que prône sa Constitution qui commence, faut-il le rappeler, par cette phrase de son préambule « au nom de Dieu tout puissant », sans que cela en fasse pour autant une théocratie. Le journal Le matin nous a refusé tout droit de réponse aux thèses propulsées par Madame Vallette. Nous déplorons ce journalisme orienté jetant de l'huile sur le feu et stigmatisant une minorité. Les nationalismes étriqués sont un poison. Ils ont démontré toute leur nocivité dans l'histoire. Oui à une Suisse ouverte et curieuse. Oui à un Islam de gauche, afin que tous deux puissent, en se rencontrant, se féconder réciproquement.     

 

Hafid Ouardiri, Directeur de la fondation de l’Entre-Connaissance.

Sylvain Thévoz, Conseiller municipal socialiste en Ville de Genève.

 

14:17 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islam, gauche, dialogue, xénophobie | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/10/2012

Combler le jet d'eau (et vite)

"A la différence des autres villes, Genève est sans emphase. Paris n'ignore pas qu'il est Paris, Londres la bienséante sait qu'elle est Londres, Genève sait à peine qu'elle est Genève. Les grandes ombres de Calvin, de Rousseau, d'Amiel et de Ferdinand Hodler sont là mais personne n'en parle au voyageur" -J.L.Borges-

Borges se trompe quand il écrit que Genève est sans emphase. Tout d'abord parce que Genève a désormais Borges dans la peau, hôte d'honneur logé au cimetière des rois pour l'éternité. Mais surtout, Genève rayonne culturellement dans le monde entier avec son joyau: le jet d'eau. Oui, notre spécificité mondiale, c'est d'envoyer de l'eau en l'air. Notre distinction: vaporiser du vent, et ça en jette. En cela réside l'esprit du lieu. Le jet d'eau, inconscient collectif, est notre modèle politique rêvé. Les fameuses Genferei et autres lancers de verre d'eau, seau d'eau, sont des tentatives à petite échelle, des ébauches de condensations, maquettes d'embruns pour rivaliser avec notre seule réalisation marquante :viser le ciel pour mieux en retomber. Avec pour seule finalité, se faire voir, ou plutôt: mousser. Nous sommes des Sisyphes lacustres et recommençons sans cesse le même travail. Il faut nous penser heureux (et libérés de la Cour des comptes). 

Allons plus loin. Si l'idée du premier jet d'eau, alors que l'usine hydraulique était à la Coulouvrenière, visait à empêcher la supression, et que le jet d'eau d'une hauteur alors de 30 mètres (on était modestes) permettait de contrôler la pression et de la réguler, notre jet a évolué. Il dispose désormais d'un moteur autonome pour le faire fonctionner. En bref, il n'évacue même plus la pression, mais tourne sur lui même. La masse d'eau suspendue en l'air est conséquente: 7 tonnes et il ne faut que 16 secondes à une goutte sortant de la buse pour revenir au lac. En résumé: c'est joli mais lourd et implacable. Et si ça fait beaucoup d'effet, ça retombe très vite.

Sur la tombe de Borges, une inscription: And Ne Forthedon Na, que l'on peut traduire par: On ne doit pas avoir peur, et qui invite à la tranquillité. Alors que tout semble partir à vau-l'eau dans notre République, du verre d'eau au seau, et que ça risque encore de déborder, on doit craindre désormais un tsunami. Mais assez de psychodrames, remettons les pieds sur terre, il y a urgence. Osons le seul geste culturel radical: combler d'urgence le jet d'eau (serrons-en tout du moins déjà vite les vannes).

Libérés inconsciemment de notre modèle de la chute inéluctable, notre République pourra enfin prendre de la hauteur et qui sait, s'extraire définitivement de sa gangue?

 

14:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jet d'eau, politique, genève, cour des comptes, inconscient collectif | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/10/2012

Post tenebras ploutocratie

Aujourd'hui, une élection ne semble plus se gagner, mais s'acheter. Post tenebras ploutocratie, est-ce la nouvelle teneur des armoiries de notre république? Lorsque l'on demande au candidat Barazzone à combien se monte son budget de campagne il répond négligemment, la mèche de travers, d'une manière distraite: entre 100'000 et 200'000 francs. Arrogance de celui pour qui, au moment du point presse, une centaine de milliers de francs est un point de détail. Le pouvoir de l'argent est puissant. Il devient totalitaire lorsqu'en face de-celui-que-l'on-voit-partout, les trois autres petits candidats réunis ne comptabilisent pas le quart de cette somme ou de la surface sur les espaces d'affichage public, banderoles sur les bus, posters sur les trams, autres supports publicitaires. Et comme si ce n'était pas encore assez, surgissent oh miracle du journalisme d'enquête, deux pages supplémentaires dans le "journal" Le Matin mettant en scène Monsieur Morisod faisant un coming out "politique" opportun. L'écoeurement monte devant l'indécence et la servilité d'une partie de la presse. Elle se transforme en nausée quand le candidat du fric-show reproche à l'Association Transport Environnement (ATE) d'envoyer un courrier à ses membres pour mettre en avant la candidature d'un des trois petits, membre de son comité. Le pouvoir de l'argent est sans limite, il ne supporte ni la contradiction ni ce qui lui résiste, et surtout pas l'indépendance du mouvement associatif, qui ne se laisse pas acheter.

Plus choquant encore que le montant des sommes engagées, c'est l'opacité de leur provenance. Plus trouble que les réseaux d'influence, c'est leurs contreparties cachées. Monsieur Vanek se trompe lorsqu'il annonce béatement que le candidat de droite sera le bon otage d'un conseil administratif de gauche. Le candidat à la mèche ne sera pas l'otage de la gauche, car il est déjà celui des milieux financiers, qui sont exclusifs. Pour preuve, quand on lui demande quelle est la provenance de ses fonds, il nous répond que le magot provient d'entreprises, des cotisations des conseillers municipaux de son parti ( à 3000.- par tête de pipe par an?) de particuliers; certains dit-il ont même donné 5 francs... On se demande alors s'il ne nous prend pas, bonnes poires, pour des C***, car addition faite, on demeure loin du compte. Alors Barazzone, votre liste de "donateurs", vous nous la montrez? On aimerait juger sur pièce, et en transparence constater quels sont les pouvoirs de l'argent dans notre République, jusqu'où ils se nichent et quelle est la longueur des tentacules qui vous soutiennent, vous qui êtes pour les baisses d'impôts sur les personnes morales, quitte à ce que ceux des personnes physiques soient relevés.

La vérité? Les puissances de l'argent se rient du thème de la sécurité ou de l'insécurité, elles se moquent des questions de logement comme de l'an quarante. Ce qui les intéresse, c'est de faire parler des candidats ventriloques et porter un discours qui les maintiendra en tant que puissances d'influences et ne bousculera pas la poursuite de leur entreprise d'emprise sur les institutions publiques ou associatives.

Vous me répondrez : l'important, c'est que la Fer (Fédération des Entreprises Romandes) y trouve son compte, et le business ses bonus. Pour le reste: Post tenebras ploutocratie, le PLR, arrogant, peut placer ses hommes dans tous les conseils d'administration et ses hommes de main aux exécutifs. Post Tenebras ploutocratie, il faut subir le chantage à la fuite des entreprises favorisant l'évasion fiscale, c'est la loi. Post Tenebras Ploutocratie, le débat sur la fiscalité n'a aucune dimension éthique, money is money, et c'est ainsi. Post tenebras ploutocratie, nous devrons relever les impôts des familles pour permettre aux entreprises morales de continuer à payer moins pour gagner plus.

Mais je vous répondrai, avec Jaurès: au moment où l'on voit qu'un Etat nouveau, l'Etat financier, a surgi dans l'Etat démocratique, avec sa puissance à lui, ses fonds secrets à lui, c'est une contradiction lamentable que de ne pas entreprendre la lutte contre cette puissance. Alors, Post Tenebras ploutocratie, une fatalité? Au citoyen, bulletin de vote en main, d'y répondre en exerçant le dernier luxe du pauvre: celui de viser l'urne.

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15/10/2012

Fragile, force de notre Constitution

54,1% de oui contre 46 % de non. Mais surtout 30% seulement de votants parmi les 60% de citoyen-ne-s ayant ce droit dans le canton, si le soulagement et la joie du oui l'emportent, pas de quoi jouer les gros bras. Cette votation a, en partie, divisée la gauche, marquée par des interprétations divergentes du texte. Surtout, la faible adhésion populaire fait peur. Cette votation n'a pas été le plébiscite de LA grande Constitution voulue par toutes et tous, ni un rassemblement populaire autour d'une Constitution rêvée. Malgré cela, ou plutôt, par cela même, ce oui du bout des lèvres, ce oui timide, ce oui du doute, ce oui apparaît comme une opportunité car il ne nous acquitte de rien, ne nous dédouane de rien, ne nous permet pas de nous en remettre pleinement à une constitution toute puissante. Au contraire, il nous contraint, dans un temps d'extrême incertitude, à la participation; dans sa fragilité, il puise sa force.

Si une constitution est le reflet d'une époque, celle-ci l'est parfaitement. Un univers en expansion risque, à un certain stade de son développement, par surplus de matière, l'effondrement. Nous sommes arrivés là. Fin de la croissance, le péril du trou noir est perceptible et rien, ou si peu, ne pourra nous en prémunir. Faut-il désespérer? Céder à la peur? Non. La foi dans la croissance infinie et les institutions pour la porter est terminée. La foi dans le politique omnipotent appartient au passé. Les sauveurs providentiels ont été promus ailleurs. Le salut par l'économie, les frontières, est un salut troué, fictionnel, faillible. Mité, poreux, le tissus social fuit de partout, tant mieux! Tant mieux, car on y voit plus clair, on y voit même au travers, et ce oui de rien du tout au premier round de la lutte oblige à se prendre en main. Il oblige ceux qui n'ont rien fait pour lui à s'engager. Il les met au défi, par effet miroir, car tout reste à négocier, à transcrire en lois, à interpréter, et le peu d'adhésion au projet final montre combien celui-ci sera plastique dans son application même.  

Ceux qui parlaient de la fin des idéologies se sont trompés, ce sont les idéaux qui sont morts. Face à leurs cadavres tièdes, face aux croyances surranées dans les supermen et wonderwomen, deux postures possible. La première, celle du refus du désenchantement et de la dépression; du déni de la fin des idéaux soutenu par la poursuite de boucs émissaires et la construction d'un cocon nostalgique. La deuxième : la mise en oeuvre, dans les failles, les fêlures, les fissures, dans l'imperfection et les débris, au ras du bitume, par petits groupes, par agrégats, d'une cardioplastie citoyenne, celle du rapatriement du pouvoir au niveau de micro-communes, réanimation cardiaque visant à faire refluer le sang du centre vers les périphéries et des périphéries vers le centre à un rythme accéléré. 

Cette nouvelle constitution appelle participation, amendements, et poursuite du travail entrepris. Elle est une mise sous tension et un électrochoc participatif; une prise de conscience que ce oui du doute, de la fragilité est une force. Car plus rien ne nous rassemble autant que les fragilités et les failles. Notre lot commun est d'être devant le gouffre, et notre fierté sera d'y être pleinement, dans la fragilité des démembrements, des éboulements, et de la perte. Sombre? Non. Car désormais, le défi, à partir de là, c'est de faire société, communauté, dans la lucidité nue que les seuls pouvoirs qui nous sauveront seront ceux que nous serons capables de nous octroyer, de défendre et de supporter contre toutes tentations idéalisantes ou totalisantes, de repli sur soi. 

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13/10/2012

Flibusterie fiscale

Prostitution pour les faire venir. Supplications pour qu'ils restent. Le Conseil d'Etat continue de se mettre à quatre pattes devant le secteur du négoce des matières premières, des hedge funds et des entreprises dites auxiliaires. Prêt à tout, il a annoncé jeudi la baisse massive de 24,2% à 13% du taux d'imposition global sur toutes les personnes morales. Mais pourquoi écrase-t-il ses taux d'impositions des personnes morales? - Par peur que la constellation des entreprises pirates du négoce alimentaire et des hedge funds laissent Genève en rade.

Le Conseil d'Etat est donc prêt à avaler la couleuvre d'un manque à gagner d'un demi-milliard avec un taux d'imposition à 13% unique pour continuer d'être le port d'attache des pirates. A force de se mettre à quatre pattes et de céder au chantage, il est devenu un paillasson sur lequel le milieu économique essuie ses mocassins. Il a choisi son camp : celui de l'intérêt des entreprises, contre la collectivité. La fédération des entreprises romandes de Genève (FER), applaudit la décision. Merci pour les cadeaux, elle dit.

Le Conseil d'Etat, à son petit jeu fiscal avec les milieux économiques est en train de payer le prix fort de sa logique d'attraction. Pour ne pas accepter l'échec de sa politique de développement économique à court terme et se désavouer, il doit continuer de faire alliance avec les pirates. Sauf que sa logique de céder sur tout pour que les holdings et autres sociétés auxiliaires restent à Genève est en train de se muer en dérive. Sur 5 ans, ce sont déjà 30 milliards que ces entreprises ont soustraits à la collectivité publique grâce à des taux préférentiels. La baisse annoncée à 13% des taux d'imposition va encore augmenter cette somme d'un demi-milliard par an!

Le choix politique suivi par le Conseil d'Etat de se mettre à quattre pattes devant les milieux économiques se résume en une phrase: les petits je les tient, les gros je les engraisse. L'impôt, ainsi instrumentalisé, devient un outil de contrôle social et d'accroissement des inégalités. Le chantage à l'emploi, à la fuite, à la croissance, n'a qu'un seul objectif: servir la maximalisation des intérêt des entreprises; intérêts de classe pour lesquels la collectivité paie le prix fort et le paie toujours plus.

A quatre pattes devant le lobby économique, c'est la ligne politique et la choix tactique voulu par ce Conseil d'Etat ultra libéral. Le peuple, lui, n'est pas condamné à le suivre. Plutôt que de faire leur quatre volonté, il devient urgent de repousser les pirates, de changer ce gouvernement qui prend ses objectifs à court terme pour ses finalités, et de reprendre le contrôle du bateau genevois avant qu'il ne soit pillé et coulé par la flibusterie fiscale. 

 

04/10/2012

Le sexe de ma Constitution

Si le Matin fait sa manchette en mesurant la longueur des sexes des Suisses, la nouvelle Constitution que l'on va voter à Genève le 14 octobre est moins sexiste. Elle ramène les sexes masculins à leur juste proportion: celui de la complémentarité. Ainsi l'article 15 affirme que la femme et l'homme sont égaux en droit en précisant surtout, et c'est une nouveauté, que la loi pourvoit à l'égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail. Ainsi, ce n'est pas le plus gros pénis ni le plus long ni même le pénis tout court qui l'emporte désormais. Mais c'est le lien et le bon lien entre les sexes. La nouvelle Constitution :un véritable aphrodisiaque législatif. 

On peut comprendre que certains esprits rétrogrades s'échauffent, que la nouvelle Constitution leur hérisse les poils en mettant un frein à la domination d'un sexe sur l'autre. Mais de là à charger sous la ceinture comme la ligue suisse contre la vivisection et pour les droits de l'animal en tirant à vue sur la nouvelle Constitution c'est se prendre pour des gorilles. Affirmer que la nouvelle Constitution réintroduit la chasse, c'est souffrir de gesticulations précoces, car la seule chasse que la nouvelle Constitution réintroduit, c'est celle au mâle dominant. Et le seul animal que la LSCV défend avec sa position c'est le bon gros bourrin sexiste et homophobe. Hi Han.  

L'article 15 de la nouvelle constitution affirme aussi que nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d'une déficience. La nouvelle Constitution met donc à poil ceux qui, sous couverts de libre opinion, s'en prennent aux orientations sexuelles. Elle inscrit ces différences dans le cadre des droits humains et en garantit, enfin, leur inscription dans un texte de loi qui couvre la société dans son ensemble.  

Le sexe de la nouvelle Constitution est le bon. Et comme le dit le proverbe, quand le sexe va, tout va. Il est bon de dire oui oui oui et encore, OUUUUI. Il sera bon d'embrasser la nouvelle Constitution le 14 octobre pour plus d'égalité entre les sexes et moins de discriminations en liens avec l'orientation sexuelle. Au nom de quoi et pourquoi devrions-nous nous priver de ce plaisir?

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25/09/2012

Swastika à la Seymaz

IMG_1460.JPGSale vision vendredi, sous le cycle de Seymaz, une petite bicoque couverte de graffitis: une swastika, le sigle des SS, le signe du kkk couvrent le mur. Depuis la route de Myranie, ça se voit bien, les automobilistes ne peuvent pas rater ça. Mais depuis combien de temps ces inscriptions le recouvrent, trois jours, une semaine, un mois? Quelqu'un a-t-il contacté la mairie de Chêne-Bourg, la police municipale, qui s'en soucie? Swastika le long de la Seymaz, pas de réaction visible en retour. On banalise, on fait comme si de rien? Tumeur sur un mur blanc, ce stigmate, le manque d'empressement pour l'effacer, que raconte-t-il de la réactivité citoyenne, de la tonicité de noss anti-corps sociaux?  

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21:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |