sylvain thévoz

13/07/2013

Pour une laïcité curieuse

Au nom du principe de la séparation des pouvoirs religieux et politique, certains veulent effacer le religieux de l’espace public, et prétendent que ce dernier n’y a pas droit de cité. La laïcité rigide est souvent portée par des prêtres agnostiques plus croyants que tout autres. En laïcité rigide, l’espace public est sacralisé. Il faut cacher les vitraux, ne pas rénover les églises, retirer tout signe religieux de l’espace public, interdire les chants comme « il est né le divin enfant ». La laïcité rigide se cache derrière un discours d’émancipation pour imposer une loi, celle de l’appauvrissement d’un passé, d'une culture d'ouverture, et d'un futur. Quoi, des musulmans qui jeûnent et se promènent ventre vide dans l'espace public? C'est une atteinte à la laïcité, cela devrait être interdit. On n'est est pas loin de ce genre de positions....

La laïcité rigide a des allergies. Elle est une posture, un principe, qui se décline comme se récite un rosaire, en répétant le même acte et martellant une même rengaine ,sans chercher à s’interroger sur la situation de l’autre, son légitime désir de croire et d’exercer sa croyance dans un espace laïc accueillant. Interdire, bannir, condamner, c'est la logique de ceux qui veulent une laïcité rigide. C'est celle de monsieur Weiss qui veut lancer une loi pour interdire le port du voile à l'école. Comme s'il n'y avait rien de plus urgent et important à faire? Dites, monsieur Weiss, cela concerne combien de personnes votre projet de projet de loi ?  Le Tribunal Fédéral vient lui rendre un avis de droit autorisant le port du voile à l'école pour deux jeunes femmes, évaluant que le leur interdire était "une ingérance dans la liberté religieuse". Voilà pour le droit.

Bien entendu, il était innapproprié de réserver spécifiquement un espace de prière pour des groupes chrétiens et musulmans à l'Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture) à Genève. Le Conseil d'Etat a fort judicieusement corrigé le tir en ouvrant ce lieu à toute personne qui en ferait la demande et pour toute activité de réunion ou individuelle. Il ne doit pas y avoir de lieux publics réservés exclusivement à des groupes de prière. Mais faire de l’école un lieu où l’enseignement du fait religieux n’aurait pas sa place et où des espaces pour la prière ne pourraient y être aménagés serait excessif. Il y a bien des salons de prières  dans des aéroports, et alors?  La Constitution garantit le libre exercice du culte et la liberté religieuse de chacun-e-.  

Les tenants de la laïcité rigide voient du religieux partout. Quand des femmes se baignent en burkini dans une piscine ils en font une question religieuse. Or, il s’agit d’une question vestimentaire et de l'application d’un règlement. Est-ce que les plongeurs peuvent mettre leur tenue de néoprène ? Les cours de sauvetage autorisent-ils les apprenants à se jeter tout habillé dans la piscine ? Oui ? Alors pourquoi discriminer des femmes qui porteraient un tissu spécialement adapté pour la baignade ?

Les tenants de la laïcité rigide se tiennent par la barbiche avec les hérauts d’une religiosité offensive. Au-dessus d’eux se tient le droit républicain constitutionnel de chacun-e-  d’exercer sa foi en toute quiétude et dans le respect absolu des croyances ou non-croyances de l’autre.   

Je suis pour une laïcité ouverte, qui respecte la liberté de chacun-e, place le droit au-dessus des peurs et des stigmatisations des minorités et donne à notre République le droit à chacun-e de vivre selon ses croyances dans l'espace public. C'est une certaine idée de la liberté qui est en jeu.  

 

 

23:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, interdiction, laïcité | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/07/2013

Mouvement des Calimeros Genevois

mouvement de calimeros,solidarités,créativités,complémentaritésCe n’est pas que je veux peindre la réalité en rose. Ce n’est pas que je veux faire comme si tout allait bien, car non, toute ne va pas bien. Mais aux pensées aigries qui disent que tout est foutu que Genève c’était mieux avant, et que surtout : c’est de la faute à celui-ci ou celle-ci que tout va mal, j’aurai envie de répondre et vous que faites-vous, extrêmes droites et droites dure, à part jouer aux petits calimeros aux dents longues ?  Vous avez le sentiment d’avoir une coquille sur la tête, c'est vrai elle est fendue, bien vissée bien en place pour des gens se réclamant "hors système". C’est votre seconde peau maintenant. Elle vous plaît tant que vous proposez à tout le monde de mettre la même. Et qu’est-ce qui changera si chacun il enfile sa coquille morcelée? Rien. Extrêmes droites et droites dures, c’est comme jouer au jeu du cul d’œuf contre un autre cul d'œuf. Souvent les deux coquilles se brisent – Au final : même pas d’omelette.  

Ne seraient-ils que victimaires, ce serait déjà lourd, mais ils ont surtout le besoin du scandale comme le pendu de sa corde. Il est donc surtout important de montrer que tout va mal, que c’est bien le bordel, et d’y contribuer à tout prix. Il y aura toujours un frontalier à désigner, un homosexuel à stigmatiser, un noir à prendre devant une caméra. Mais au final : quelles améliorations pour la population et les genevois ? Pas grand chose. Même rien. Un plaisir personnel de mise en scène satisfait, cela même si ils défendent la même chose que leurs voisins. Libéraux ou Calimeros : même combat.    

Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons. Nous avançons pour une Genève agrandie, ambitieuse, accueillante pour le plus grand nombre. Et nous avons besoin de développer des moyens pour cela, de nouvelles solidarités. L'avenir est de donner des moyens à une Genève volontaire, ambitieuse, dotée d'une fiscalité juste qui ne taxe pas plus les entreprises suisses que les autres; avec une attitude  à la Ville et à l’espace public fait de confiance et d’ouverture. Vous voulez continuer à râler, faire de l’obstruction, pour que rien ne bouge? Mais la vie est trop courte pour grommeler. Nous ne voulons pas de mouchoirs, mais des poignées de mains et les bonnes volontés qui nourrissent plutôt que d'ébranler ce qui tient. Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons.

Entre vous et nous, nous mesurons chaque jour la différence. 

08:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouvement de calimeros, solidarités, créativités, complémentarités | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/07/2013

Bien vu l'artiste

topelement.jpgPourquoi, en regard de la fumeuse météorite de la plaine de Plainpalais, la suspension du cheval mort de Maya Bösch et Régis Golay déposé au Zabriskie point à 500 mètres de là a-t-il été un tel fiasco tout en faisant scandale ? Manquait-il de gens pour présenter l’oeuvre ? Fallait-il avoir un décodeur pour bien la comprendre; l’œuvre ne se suffisait-elle pas à elle-même ? Aurait-il fallu faire le lien avec le public pour qu’il puisse se l’approprier ? Certes, la lanière a lâché trop vite. Mais cela veut-il dire que les moyens étaient trop restreints, que l’on avait trop tiré sur la corde, fait une œuvre avec des bouts de ficelle ?

Quel paradoxe ! Un outil pédagogique pour trier des déchets semble basculer dans le domaine de l’art contemporain et une œuvre d’art contemporain se trouve projeté dans l’économie des carcasses d’animaux, avec une seule question en tête : peut-on recycler les cadavres de bête ? Le monde à l’envers. Et si la proximité avait joué un rôle ? D’un côté, une œuvre en vitrine, intouchable presque, mise sous verre, et de l’autre une construction à ciel ouvert, paraissant accessible, à portée de main ? Même si dans les deux cas le sens est équivoque, pour l’un ça semble marcher, pour l’autre ça casse.   

L’exposition actuelle, au Zabriskie point, a aussi rencontré son point de non-compréhension. C’est une œuvre de Marina Abramovic. On y voit sur un petit écran une femme et un homme se crier dessus jusqu’à l’épuisement. Les gens se sont inquiétés : une télé est restée allumée toute la nuit, on y voit une femme et un  homme qui n’arrêtent pas de se gueuler dessus. Les citoyen-ne-s appelaient alors le service public pour demander que l’on tire la prise. Certain-e-s passant-e-s n’ont pas compris qu’il y avait là une œuvre, un travail profond et un message. Pourtant, à nouveau, ils sont embarqués dedans, ils y participent. Leur réponse : il faut tirer la prise, on ne veut pas voir cela, éteignez-moi ce poste puisque je ne le comprends pas. 

Zabriskie point, pour la deuxième fois a réussi son coup, faisant ressentir l’insupportable et faisant du spectateur un acteur. Vive l’art dans l’espace public, créateur d’échanges, activant des liens sociaux et les rencontres, provoquant le débat. Cela prouve combien le besoin de changer d’échelles et d’oser des œuvres qui impactent notre quotidien et nous font rêver est fort. 

Quand je suis quand retourné sur la Plaine voir la météorite, il y avait une femme qui y finissait sa canette de coca avant de la jeter au pied de la sphère de déchets. N’avait-elle pas compris le message ? Au contraire, elle l’avait reçu 5 sur 5, à la perfection. Elle voulait juste, à son tour, participer à l’œuvre. Bien vu l’artiste ! 

 

 

 

 

 

 

04:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : météorite, zabriskie point, cheval mort, bösch, golay | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/07/2013

Une météorite manque sa cible

MMV530829_TFR.jpg

Joli coup de pub : une météorite est tombé sur la plaine de Plainpalais. Mais que nous raconte-t-elle ?  Elle devait nous sensibiliser au fait que nous produisons trop de détritus. Y est-elle parvenue ?  Non.  Au contraire, elle donne plutôt  envie d’en produire encore plus, vu ce qui se créé de merveilleux avec ceux-ci ! J'ai demandé aux gens qui s’en approchaient ce que cela signifiait pour eux.  Réponses : c’est joli, ça fume, c’est grand, c’est laid, ça crée de l’animation, ça rend la Plaine vivante. Les gens avaient une approche esthétique de l’objet, mais ne commentaient ni ne comprenaient le sens de cette présence.

La météorite a raté sa cible, et tant mieux ! Elle a créé de la vie, de l’envie et de l’animation sur la plaine de plainpalais ! Le message n’a pas été compris, mais l’impact dans l’espace public a été fort.  CNN est venu jetter un oeil, d’autres chaînes de télévision ont relayé l’information, ça a marché, donc : c’était un succès. Mais un succès de quoi ? Qu’est-ce que l’on voit vraiment ? Que cette météorite de déchets est devenu aux yeux du public une attraction. Suffisant pour être une œuvre d’art dans l’espace public. Non. Mais elle a été appréhendé comme une pure création d’art visuelle, plutôt que comme une œuvre pédagogique avec un message particulier. Sorti de son orbite, ayant manqué sa cible, composé des déchets de consommations, elle est finalement accueillie comme une ode à celle-ci; comme telle elle est consommée. Cette météorite est la fétiche de notre temps. Elle reflète quelque chose d’extrêmement intéressant de nos modes d'être. Elle en porte le récit, la fumeuse météorite de Genève.  

Les néons qui ont été installé sur les immeubles adjacents en rougissent de colère : ah l’ordure, elle nous a volé la vedette, vivement que l’on s’en débarrasse!

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

06:58 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : déchets, voirie, attraction | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/07/2013

Calvingrad et confettis

calvingrad,fête,musique, espace publicIl y a un consensus sur un point : il n’y a pas mille opportunités à Genève de croiser du monde autour d'évènements dans l'espace public. Parlez-en aux expatrié-e-s pour voir! Les moments de rassemblements et de vie dans l’espace public sont saisonniers et épisodiques. Ces événements qui provoquent de la joie et du rassemblement suscitent alors toujoursune sorte d’étonnement : mais où sont-ils ces gens le reste de l’année ? Ne sortent-ils pas de terre juste pour cette occasion ? 

L’interrogation revient alors sur soi comme un boomerang :  et moi je vais où le reste de l’année quand il n’y a pas de fête ? Oui : comment est-ce que je vis ma ville quand il ne s’y passe rien ? Et : s’il n’y a pas d’événements qui s’organisent, comment est-ce que j’arrive à en faire un ?

La Ville de Genève en finançant, organisant et développant des événements sociaux-culturels comme la fête de la musique, la fête des voisins, la Ville est à Vous, marque des points. Quand je vais à la fête de la musique, je sais pourquoi je paie des impôts et ce que j'en retire. Sans cela, peut-être bien que Calvingrad et son concert de silence l’emporteraient sur le besoin de se rencontrer et les opportunités pour le faire. Peut-être bien alors que chacun irait de son côté dans son petit projet libéral sans y croiser grand monde. Parce que notre climat est changeant, parce que la vie coûte trop cher, parce qu’un home-cinémas c’est si bien, ça permet de rester tranquillement chez soi.

Alors : Calvingrad ou confettis ? La Ville prouve évènements après évènements qu’elle trouve l'équilibre entre rigueur et besoins fondamentaux de soutien aux évènements dans l'espace public.

Non, la vie n'est pas une fête, mais la Ville, elle, arrive plutôt bien à faire mentir l'adage.   

 

 

 

 

 

 

11:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : calvingrad, fête, musique, espace public | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/06/2013

Genève en fête

fête de la musique, musique en fête, espace public, genève Des gens dans les rues enfin. La fête de la musique a battu son plein, des milliers de personnes ont déambulé dans les rues de Genève il y a pile une semaine, mais était-ce vraiment la musique qui les faisait bouger ou n’était-elle qu’un prétexte ? Prétexte pour se retrouver, boire un verre, manger un morceau ensemble et rencontrer du monde ? Les deux, évidemment. Bon, j’ai réussi à traverser la fête de la musique sans écouter une note, ou presque, pris entre la scène techno et la déambulation, en sandwich dans la foule, trouvant plus de joie à voir les gens qu’à me glisser dans un concert. Mais peut-être que la fête de la musique est aussi une fête pour se réapproprier l’espace public et répond d’abord à une demande de rencontre sociale : faire un bout de ballade urbaine  ensemble ?  Ma plus belle expérience musicale fut  hybride : dans une oreille le Beau lac de Bâle et dans l’autre de la musique techno, en stéréophonie. Génial ! Elle fût celle du zapping aussi : allons vite voir en vieille-ville ce qui s’y passe, pour en revenir aussitôt…. hé on retourne à la cour des casemates...

Cette fête répond peut-être avant tout à une soif de partage des lieux de rassemblement dans l’espace public.  Besoin profond, vieux comme le monde, du citadin de croiser son voisin et de le saluer. Avant, il y avait des lieux géographiques pour cela : la place du village. Maintenant : il y a des événements dans l’année : fête de la musique, fêtes de Genève, fête de l’escalade. Allait-on se poser sur un banc de la place comme l’on va maintenant sous une tente aux bastions pour boire une bière ? Et prenait-on l’air comme l’on prend désormais du son ? Il faut un objectif à la ballade, et une raison de mettre le nez à la fenêtre alors que les incitatifs à demeurer chez soi sont forts (home-cinéma, inertie, économie, épuisement).  Pourtant c’est si beau une ville en fête, ça n’a pas de prix. Et là, ça tombait bien, c’était gratuit pour tout le monde, merci la Ville. Ce week-end on remettait ça, c'était la 31e édition de la fête de l'association pour l'encouragement de la musique improvisée  au parc des Cropettes. Pas vu Paul, pas vu Cécilia, ils devaient être au premier concert de Musique en été qui s'ouvrait ce samedi au Victoria Hall pour se clore le 21 août sur la scène Ella Fitzgerald. Génial, on aura donc tout l'été pour s'y retrouver...  

 

 

 

20:31 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête de la musique, musique en fête, espace public, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/06/2013

Vendre ou ne pas vendre telle est la question

imagesCANFEN60.jpgMes paroles volent en haut, mes pensées demeurent en bas. Paroles sans pensées ne montent point au ciel (Shakespeare, Hamlet)

Vendre ou ne pas vendre telle est la question se demande-t-il, la télécommande levée devant les yeux. Toute son existence semble être recueillie là, dans ce bouquet de programmes Naxoo et la promesse irréalisée d'un triple Play, comme l'hiver sur la glace il regardait Sourya Bonaly faire des triple lutz jusqu'à en avoir la tête qui tournait. Maintenant, télécommande levée devant les yeux, il préfère que les américains crèvent la gueule ouverte plutôt que de leur vendre une part de la société, et cela à n'importe quel prix. Pourquoi? Parce que tout est pourri au royaume US. Mais alors, comment garantir les emplois ? La question ne se pose pas. Pour lui, il ne faut surtout pas vendre Naxoo, par principe. Arrêt sur image. C'est un dogme, c'est un choix, c'est comme ça. Point final. Etre de gauche pour lui, c'est par principe ne jamais vendre aux américains. Comme être de droite c'est toujours vendre, quoi qu'il en soit. Malheur à qui déroge à cette loi. Fast forward sur la télécommande. Il se passe le débat en accéléré. Le son est un peu fort, en même temps,  c'est censé produire son effet et cela passe bien.

Pause: la téléphonie la télévision et internet évoluent dans un marché hyperconcurrentiel. Comment y régater en étant lié par une convention mal ficelée adoubée en 2006 par les syndicats? Il se gratte le ventre, ouvre une bière. Non, il n'a pas les moyens d’être compétitif, même avec toute la mauvaise volonté du monde. Mais peut-être qu'en y croyant fort, il pourrait y arriver. C’est la lutte finale ? Quand même, lâcher prise devant les suppôts du capital, ça il ne peut s’y résoudre. Et si on osait un petit reply ? En 2006 alors qu’il était aux Service industrielles de genève, le camarade Vanek a vendu les actions SIG aux américains d’UPC Cablecom sans broncher, le traître. Et le camarade Bernard Clerc lui a emboîté le pas en vendant les actions de la Banque cantonale genevoise à UPC Cablecom, le traître, lui aussi. Suppôts de Denver, va ! Mais autres temps autres mœurs, aujourd’hui les mêmes disent niet. S’il faut crever la gueule ouverte, qu’ils crèvent la gueule ouverte les travailleurs de Naxoo ! La politique politicienne avant tout. Ils ne passeront pas dans nos tubes, même si cela implique de les boucher.  

Pourtant, le meilleur moyen de maintenir les emplois, c’est bien de faire en sorte qu'une entreprise soit unie, compétitive, et qu’un patron reprenne la barre pour éviter les blocages entre actionnaires, avec la capacité d’investir. Comment stopper la baisse des emplois (-10 emplois depuis 2011) dans l’entreprise ? Comment stopper la perte de 2% de prises par an pour Naxoo ? Le meilleur moyen de maintenir les emplois ce n’est pas de figer l’entreprise. C’est de la laisser vivre. Et la laisser vivre, pour la Ville de Genève, c’est de vendre les actions qu’elle possède, au plus offrant.

Il pensait trouver du soutien dans les autres communes, mais Vernier, Meyrin, Lancy et même Carouge où Ensemble à Gauche est représenté, ont vendu, eux. Il est presque tout seul devant sa télé, et il est tard. Et il est le dernier à se poser des questions existentielles sur ses parts dans la société. Ce n’est pas une honte de vendre quand il faut sauver une entreprise. Ce n’est pas une honte de sauver des emplois, même s’il faut les négocier avec des américains. Et puis, surtout, le produit de la vente, les 57 millions, n’est-ce pas un bon apport d’argent pour des crèches, le service social, l’aménagement public ? N’est-il pas préférable d’obtenir des millions pour les besoins de la population plutôt que de conserver des prises télévision inutilisées ?  Dans la rue, des employé-e-s inquiets du changement crient : "Naxoo est à nous". Et ils ont raison ! Naxoo est à nous, à la collectivité publique, pas aux extrêmes de gauche ou de droite, qui veulent se l’approprier. Et puisque vendre est le seul moyen de rendre service à la collectivité et aux employé-e-s, il faut donc vendre, et reposer doucement cette télécommande.

Il se gratte le ventre et s'ouvre une nouvelle bière. Il ne veut pas  lâcher et vendre. Non. Vive le statu-quo ! Il veut tourner en bourrique les américains et caresser l’ego des syndicats. Ainsi, ils ne pourront nous contrôler et faire de 022 telegeneve SA, un lieu d'espionnage pointu à la solde de l'oncle Sam, tout savoir de nos messages et nos téléphonies, et voir le fond de nos canettes avant même que nous ne les ayons vidées. Comme si la CIA et la NSA avaient besoin de 022telegeneve pour nous espionner.

Vendre ou ne pas vendre telle est la question de notre Hamlet moderne. Et la folie le guette. Heureusement, sur sa chaîne préférée, il y a la diffusion d’un Marc Dorcell. La philosophie, ça va un temps, après il y faut de l'action. Il ne vendra pas, c’est décidé. Il enfonce la touche off, résolument. Tant pis pour la casse et les emplois. Parce que tout est pourri au royaume US.

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : naxoo, vente, upc cablecom, hamlet, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/06/2013

La tortue a deux têtes est sur les pattes arrière

Qu'arrive-t-il à la tortue bicéphale du musée d'histoire naturelle? On la dit malade, déprimée. Et quand on demande à la rencontrer pour l'interviewer, on nous annonce poliment qu'elle est aux soins intensifs. Ordre des docteurs: aucunes visites autorisées pour l'instant. Au menu de la convalescente: prises de sang, pochettes de plasma, salade survitaminées et lait maigre dans un petit lit blanc composé de barreaux en allumettes. Notre tortue atypique est désormais en quarantaine chez les blouses blanches, invisible aux yeux du public. Ô longues plaintes des familles qui viennent de loin pour la voir, Ô larmes blanches des bambins qui tels des coryphées déversent des rivières argentées sur les escaliers à l'annonce de l'absence du Janus quadrupède. Janus, Dieu aux deux visages, Dieu des portes et du passage, au nom duquel des groupies se tapent leur unique tête sur la vitre d'un aquarium vide.

Un visage pour le passé, un visage pour le futur, notre tortue est désormais à la croisée des chemins. Janus frappé d'un terrible strabisme oscille entre la vie et la mort. Notre intérêt pour les singes empaillés, les lynx en sagex, les requins en plastique est relatif. C'est notre Caroline à deux faces qui aimantait tous les regards, que tous voulaient voir. La vie, la vivante! C'est notre tortue exotique qui faisait tourner les têtes, et qui aujourd'hui l'a dans le sac, pour ne pas dire ailleurs. Une seule tortue vous manque est tout est dépeuplé. Quelle est la raison de son mal étrange et encore non-diagnostiqué? Son âge? 16 ans (il est certes vénérable pour qui doit cohabiter avec son double). Mais non. Une schyzophérnie tardive? Non plus. Ce qui serait dans le collimateur des enquêteurs, c'est le changement de biotope. Le changement de terrarium m'a tuer aurait écrit la tortue triste de ses pattes tremblantes.

Les faits

Du petit terrarium situé à l'entrée qui lui plaisait tant, la tortue s'est fait aménager un espace avec piscine sur (dé)mesure au premier étage. Grand, beau, lumineux, mais voilà, elle ne s'y est pas adaptée. Cherchant à monter plus haut, à escalader des monticules trop grands, elle a basculé sur sa coquille, au risque d'y osciller jusqu'à la fin de ses jours, et d'y rester. Les gardiens devaient vite se précipiter et délicatement la remettre sur ses pattes. Dédié à cette tâche, il fallait les voir retourner la cascadeuse en lui parlant doucement pour la tranquiliser. Le risque de basculement a été réglé par quelques coups de lime sur les crêtes, mais voilà, l'agitation continue de tenailler notre tortue. Elle passe à l'auto-mutilation, se sciant ses gorges sur des angles du terrarium. Suicidaire notre tortue à deux têtes? Pendant que l'on entasse les humains à Champ-dollon et qu'ils deviennent fous du manque de place, elle cherche à mourir de trop d'espace et de solitude. Il se murmure que les docteurs veulent déjà mettre des reptiles en vitrine à sa place. Ô misère du monde médiumnique. 

Ce qui est sûr c'est que son nouveau terrarium a ajouté du stress à la vie de notre carapaçonnée. Ce domaine plus grand, plus ergonomique et lumineux lui a fait perdre la tête, combiné à l'augmentation du nombre de flashs et de sollicitations. Rançon de la gloire: une dépression carabinée de la bossue!!! Elle s'est alors mise sur les pattes arrière à défaut de s'allonger sur le divan. "Et si on essayait l'hypnose?" ont murmuré alors les psychologues de l'institution. Kafkaïen.

Morale de notre petite fable : la visibilité à tout prix a rendu notre encarapaçonnée vulnérable et les venimeux risquent désormais de lui piquer sa place.

Vous pouvez en soutien envoyer vos feuilles de salade à l'adresse du musée d'histoire naturelle.

Bon rétablissement et longue vie à notre tortue bicéphale!

20/05/2013

P.e.e.p.s.h.o.w d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e

Les mains posées sur la table comme dans le film de Wim Wenders "Paris-Texas". Il regarde le spectacle, ça bouge et ça danse derrière la vitre. Lui sait ce qui se donne à voir là dans le petit carré de verre et d'aluminium. Il connaît bien les règles. C'est lui qui les fait. Il dit: DEMOCRATIE= LIBERTE DE DIRE TOUT CE QUI ME PASSE PAR LA TETE. C'est très important pour lui. Un jour on l'a fait taire. Violemment.    

Il remet une pièce quand le rideau se baisse. Le rideau remonte alors doucement. Encore. Il a plaisir à voir le rideau se baisser; plaisir quand le rideau remonte aussi. Tout le monde veut y passer. Il fredonne doucement "you wanna play, you gotta pay" comme dans la chanson de Syleena Johnson. Voyeur? Non, il commente, lui, c'est tout. Il prend les autres à témoin. "Hey brother, it's okay, it's okay mon frère, let it be". Tu ne vas pas quand même pas t'attaquer à une montagne? T'es con ou quoi? 

Peep-show de la Pentecôte. Il se met à bouger un peu. Sabbah. Ahhhhhhh.

Ce qu'il voit c'est un long texte qui s'écrit, mais il n'entend aucun son. Ce n'est pas lu, c'est donc que c'est écrit. C'est un long rouleau oui: fragment de la bible. Un morceau deux fois millénaire, lourd. Le sacré, c'est une certaine idée de Dieu jetée dans le monde. Il se murmure pour lui même: l'écriture c'est encore autre chose, ça a un tout autre statut. Ecriture d'un côté, parole de l'autre. Rue d'un côté / rituel républicain de l'autre. Le mal / le bien. Tu déconnes? Il distingue cela très bien. Mais le bouc émissaire est toujours un peu porteur des deux. C'est un métisse, un hybride, c'est un bâtard, et c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. C'est un martyre, évidemment, le Christ aussi. 

D'un regard précis, il lit : Q.u.a.n.d l.e j.o.u.r d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e a.r.r.i.v.a, l.e.s c.r.o.y.a.n.t.s é.t.a.i.e.n.t r.é.u.n.i.s t.o.u.s e.n.s.e.m.b.l.e a.u m.ê.m.e e.n.d.r.o.i.t

"Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit."

C'est bien ça. C'est la fête aujourd'hui et c'est congé. Pas de Migros, pas de Coop. Personne il va travailler. Sauf lui. Lui, il travaille. Il se frotte le menton, cherche encore une petite pièce dans sa poche. Pas facile de s'arrêter quand on turbine toute la journée, sans jamais prendre de repos, à peine manger. Et avec cette odeur de lessive et de souffre bouilli.... y'en a marre. Maintenant les mains dans le dos il s'avance tout contre l'écran comme cet homme s'avançait contre un autre dans un parlement. Presque à le toucher. N'était l'eau qui les séparait. Et l'injure. 

"T.o.u.t à c.o.u.p, u.n b.r.u.i.t v.i.n.t d.u c.i.e.l, c.o.m.m.e s.i u.n v.e.n.t v.i.o.l.e.n.t s.e m.e.t.t.a.i.t à s.o.u.f.f.l.e.r e.t i.l r.e.m.p.l.i.t t.o.u.t.e l.a m.a.i.s.o.n o.ù i.l.s é.t.a.i.e.nt a.s.s.i.s."

Il faut bien les imaginer ces lettres de feu qui s'impriment une à une sur l'écran. Dans un silence où plus rien ne se dit. Un homme se lève. Au micro il vitupère. Il n'est pas Satan, bien évidemment que non. Satan, si tu le connais, est beaucoup plus suave, beaucoup plus amical aussi. Banalité que tout cela.  Là où il y avait toujours le brouhaha il y a maintenant un parfum de scandale et une caméra qui filme cela.  Complicité de ceux qui parlent. Complicité de ceux qui se taisent. Il faut être tactique et stratégique Paul, tu comprends? 

Alors, power to the theology? Vieille anti-rengaine de la gauche soixante-huitarde. Mais pourquoi se sont-ils rassemblés dans cette pièce? Pour y faire quoi? Ont-ils peur? De qui? La porte est-elle fermée de l'intérieur? L'histoire ne le dit pas. L'histoire d'ailleurs ne dit rien tant que quelqu'un ne prend pas la liberté de l'inventer pour la raconter.

"I.l.s v.i.r.e.n.t a.l.o.r.s a.p.p.a.r.a.î.t.r.e d.e.s l.a.n.g.u.e.s p.a.r.e.i.l.l.e.s à d.e.s f.l.a.m.m.e.s d.e f.e.u; e.l.l.e.s s.e s.é.p.a.r.è.r.e.n.t e.t e.l.l.e.s s.e p.o.s.è.r.e.n.t u.n.e à u.n.e s.u.r c.h.a.c.u.n d.'.e.u.x."

Il y a donc une flamme pour chacun, même s'ils sont un groupe, unis, pourtant des individus toujours. Rivalités. Evidemment. Et s'il y a un groupe, chacun encore reçoit personnellement et donne de même. 1+1+1+1 ainsi jusqu'à 80. Bouche ouverte ou fermée. C'est selon.

"I.l.s f.u.r.e.n.t t.o.u.s r.e.m.p.l.i.s d.u S.a.i.n.t-E.s.p.r.i.t e.t s.e m.i.r.e.n.t à p.a.r.l.e.r e.n d.'a.u.t.r.e.s l.a.n.g.u.e.s, s.e.l.o.n c.e q.u.e l.'.E.s.p.r.i.t l.e.u.r d.o.n.n.a.i.t d.'.e.x.p.r.i.m.e.r."

Un délire?

Il y a là quelque chose qui lui parle qu'il comprend pas. Il relit Boulgakov, vite. "Le maître et Marguerite". C'est une soif, c'est une faim. Il ne veut surtout pas paraître pédant. Mais pourquoi se cacher? Il relit la page 73 dans l'édition Pocket. Une évidence,  Et puis A.c.t.e.s 2,1-4 en lettres rouges fluorescentes qui s'impriment alors que retombe le rideau de fer. Plus de pièce dans les poches. Plus de jus. Rien. Juste un smartphone pour consulter wikipédia et savoir à quoi se rattache Pentecôte. Il lit: du grec ancien πεντεκοστὴ qui signifie cinquantième jour. Cinquantième jour après Pâques. Cette fête marque la descente de l'esprit saint. Une voix lui dit que c'est la fin de la peur, la libération et la découverte de la confiance. Ah bon? Alors allelouhia alors.

Croyant ou non, c'est toujours bon à amorcer: la fin de la peur. Il croyait assister à un spectacle, en fait il s'y donnait. Moralité : on est toujours un peu plus acteur que spectateur, c'est ainsi. Il sort dans la rue, léger, tranquille. Il porte l'étrange sentiment d'avoir fait ce qu'il devait faire. L'été peut venir, les grandes fêtes chrétiennes sont passées. Bye bye peep-show de la pentecôte.  See you peut-être à la fête-Dieu qui sait, si le réglement le permet.

Et puis la dernière voix que l'on entend un tout petit peu avant minuit est comme venue de nulle part : "vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà", répète doctement Blaise, sirotant son soda sur une terrasse de Washington D.C.

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pentecôte, genève, bible etc. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/05/2013

Homophobie ou papillons?

En ce vendredi 17 mai : journée internationale de lutte contre l’homo et la transphobie,  il est plus que jamais important de réaffirmer que la question du choix de l’orientation sexuelle et de son affirmation dans l’espace publique est une question de liberté individuelle et de santé publique. Il faut aussi encourager la Ville de Genève a poursuivre sa lutte contre l’homophobie qui conduit à la dépression et au suicide de nombreux jeunes lors de la période délicate de l’affirmation de leur orientation sexuelle. La campagne des jeunes LGTBTyouth j’interAgis mise en cause par l’extrême droite a d’ailleurs montré cette semaine toute sa pertinence.  

Petit rappel. Lors de la séance du conseil municipal du mercredi 15 mai, un membre du mouvement citoyen genevois a attaqué ces jeunes qui luttent contre l’homophobie en comparant leur campagne j’interAgis à de la « propagande camouflée pour les pédophiles » avant de lancer « demain on mettra des croix gammées ». Ce monsieur a appuyé son intervention en prenant pour cible les papillons de papier j’interAgis que les socialistes avaient déposé sur leur pupitre et a provoqué un scandale.

Il était alors exclu pour les socialistes de retirer ces papillons comme nous avions prévu de le faire sans que ce conseiller municipal, pour le moins, revienne sur ses propos, voir soit rigoureusement sanctionné pour ceux-ci. Le bureau du conseil municipal, à majorité de droite, en choisissant de ne pas tenir compte des insultes de ce monsieur a fait preuve d’un certain laxisme qui a provoqué le blocage de la situation. Une ligne rouge avait été franchie. Elle devait clairement être signifiée, au risque de la suspension de séance. Laisser l’homophobie la plus crasse prendre le pouvoir au sein du conseil municipal n’était tout simplement pas envisageable.

La manière dont une partie de la presse a couvert ces évènements est extrêmement choquante. Mettre sur un pied d’égalité les propos discriminatoires de Monsieur Menoud et le fait que des flyers de papier colorés aient été déposé dans le parlement, contribue à la banalisation de l’homophobie. Il faut donc condamner avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables tenus par ce membre du MCG ainsi que les propos homophobes et sexistes récurrents au sein de ce groupe, comme il faut les combattre au quotidien l’homophobie, la misère sociale et toutes les inégalités sociales.

Qu’est-ce qu’une séance du conseil municipal agitée en regard d’un jeune adolescent ou d’une jeune adolescente qui se suicide en raison du rejet lié à son orientation sexuelle ?

12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, homophobie, intolérance, extrême droite, santé publique | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/05/2013

Le MCG ne combat plus, il colle.

Le MCG ne combat plus, il colle.

Faisant preuve de sa haine de toute différence envers les femmes, les frontaliers, les gays (faudrait les mettre dans les camps de travail!) et les musulmans; comparant un mouvement de jeunes défendant les mêmes droits pour tous de cache à pédophile, et poussant toujours plus loin la provocation et la surenchère, le mouvement, gonflé aux hormones d'une campagne électorale, tombe dans la caricature de lui-même en bloquant le fonctionnement du conseil municipal par des propos qui n'ont rien à faire dans une enceinte parlementaire. Alors que des parlementaires mettaient en avant une action de la Ville de Genève, dans le cadre de la semaine d'action contre l'homophobie: http://www.ville-geneve.ch/ Monsieur Menoud, soutenu par son groupe,  avec une  intervention hors cadre et hors norme accusant les homosexuels d'être des pédophiles confond liberté d'expression et insultes. L'enjeu ce n'est donc pas qu'il y ait eu un placard de papier posé dans l'enceinte du parlement, mais que des élus utilisent ce lieu comme un déversoir pour répandre la haine.

A court d'idées à défaut de phrases chocs, inefficace à élaborer des projets, à bout de souffle, le MCG, est incapable de ne pas cèder à la tentation de bloquer la séance du conseil municipal, comme un boxeur fatigué s'accroche à son adversaire pour ne pas tomber. Le MCG ne combat plus, il colle. Il englue le système de toute sa force pour le mettre en échec. Alors vite, on sort le détachant, pour s'en défaire, et mesurer la bonne distance face au boxeur fatigué. L'aile populaire et sociale du MCG, luttant contre les inégalités est en train de se faire dépasser par une frange jusqu'au boutiste et sensationnaliste qui n'a plus que le conflit en tête et veut détruire les institutions. Qui paiera les pots cassés au final ?  

Le mouvement a les pattes lourdes, il se bouge lentement, mais il fait obstruction. Le style échevelé du mouvement se tasse, sa stratégie est prévisible. Ses provocations marchent mal, elles sentent les vieilles ficelles d'acteurs. Attendues, elles se transforment en tics. Un coup sur ceux qui mangent du porc, un coup sur la gauche, un coup sur les femmes. Il faut enfermer les gay dans des camps de travail Et tout le monde de rigoler à la terrasse du café avant que cela n'entre dans les couloirs du parlement. Ah, la bonne blague.  

Faut-il attendre, se taire devant les manoeuvres? Non, il s'agit de répondre par des paroles et des actes. Si la patience et le fait de ne pas jouer le jeu de son adversaire est louable, si la tactique de ne pas lui amplifier son audience se comprend, se taire c'est être complice des intimidations et laisser le champ libre à ceux qui tiennent des propos excluant des parties toujours plus grandes de la population et précarisant l'existence d'un nombre toujours plus grand de citoyen-ne-s.

Le MCG, puncheur fatigué, ne combat plus, il tangue et colle. Il s'agit maintenant de le faire tomber en s'écartant d'un pas en le laissant à ses provocations et méthodes tout en luttant pour les vrais combats: finances, logement, social, mobilité et... sécurité.

14:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égalité sociale, homophobie | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/05/2013

Le mensonge : barre énergétique ou dopage du politique ?

 

index.jpgQu’est-ce qui faisait l’actualité ? Les mensonges d’un ex-ministre Français, engagé dans le tourbillon du mensonge, de l’avidité fiscale et la fausse-croyance dans l’impunité d’un système. Qu’est-ce qui la fait aujourd’hui : les retombées des soirées Bunga bunga berlusconiennes, ses mensonges et malversations politiques. Alors, le mensonge est-il un piège à retardement ou une promesse de promotion rapide ? « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir "écrivait La Fontaine. Vrai, ça ?   

Il y a des mensonges salvateurs et des omissions utiles. Il ne s’agit pas d’imposer un moralisme, mais d’exiger le respect des citoyen-ne-s et de leurs volontés, des cadres légaux et des volontés collectives. Cahuzac, Armstrong : même ascension et même chute. Quand Cahuzac dit « j’aurais dû refuser de devenir ministre mais je n’ai pas eu la force d’âme de le faire », on constate qu’il a bien négocié la valeur de son « âme » (quelques millions dans une banque suisse).  Revers brutal d’amour gloire et beauté

La séparation entre vie privée et vie publique est devenue archi-poreuse. Yvan Perrin s’est rendu médiatiquement et visiblement malade avec ses fragilités. Freysinger, en voyant son drapeau fasciste excavé par les medias et en cherchant à l’enterrer à nouveau, a révélé au grand jour sa part d’ombre. Les médias font leur job. Tant mieux. Et si Trierweiler a écrit trop vite ce qu’elle pensait tout bas, Cahuzac n’a jamais pu dire tout haut ce que les gens devaient entendre. Les politiques sont désormais des menteurs comme les autres. Mais soumis à des pressions fortes, avec une exigence de répondre de leur image à chaque instant qui les rend plus humains, plus proches. Le désir d’esquiver est fort. Les writus les lapsus les téléphones portables sont désormais mouchards ou angelots de poche, c'est selon. Et que celui qui n’a jamais trébuché vole la première pierre.  

Ce qui me réjouis, c’est de sentir que les anticorps sont vivaces, la capacité d’indignation et de révolte puissante. Le désir de justice sociale et de transparence n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui. Egalité de traitement, pour les riches et les puissants comme pour les pauvres. Une mise à jour du programme LA Fontaine 2.0 est à faire. « Que vous soyez puissant-e- ou misérable les jugements de cour vous prendront comme tout simple citoyen redevable devant votre communauté. » Alors qu’une campagne virulente contre les requérant-e-s d’asile se déroule (votations le 9 juin et où le requérant est comparé à un parasite, un abuseur) et qu’ils doivent faire, eux, toute la lumière sur leur vie, montrer patte blessée, mais pas trop ni trop noire quand même, tout en étant scanné / ausculté sans égards ni pudeurs, quelle justice est dressée pour les menteurs en costard et magouilleurs à col blanc des dessous de coupoles ?

La démarche du gouvernement français d’exiger des ministres qu’ils révèlent leurs avoirs était un bon signal. Parce que, comme dans le sport, les politiques doivent sentir les contrôles et les tricheurs être sanctionnés. Et c'est tous les jours que les élus doivent être placés devant les citoyen-ne-s; quotidiennement que les citoyen-ne-s peuivent exiger des comptes de leurs élu-e-s. Le mensonge, balle à saisir au bond et renvoyer. Tribunaux sportifs, tribunaux administratifs, tribunaux pénaux, tribunaux médiatiques. Tribunaux légaux, même combat.

Tribunaux des coeurs: tribunaux révolutionnaires.


 

09:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mensonge, politique, engagement, privé-public | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/05/2013

Le nouveau management tue l'associatif

L'association Tierra Incognita, s'estimant insuffisamment soutenue par les autorités, fermera ses portes à la fin du mois après dix ans d'existence. L'espace, rue Charles-Humbert, qui incluait une cafétéria, proposait des événements culturels, des services pour les migrants, des cours de français et d'espagnol est mort. Cet annonce est un choc dans le milieu socio-culturel genevois, mais pas une totale surprise. Pourquoi ? Parce que l'épuisement guette les associations. Les bénévoles engagés sur le terrain se voient confronter à des charges constamment en hausse et des ressources qui diminuent, voire sont supprimées. Le décalage entre la réalité du terrain, ses besoins complexes, cycliques, se heurtent de plus en plus à des méthodes de gestion et de planification sur le long terme, à grande échelle, en vue d'une promotion de l'action publique grandissante. Or, le socio-culturel c'est aussi du tricotage, du cas par cas, des échelles réduites; des actions qui n'ont pas la prestance et la volonté d'en mettre plein les yeux, mais qui changent la vie. Décalage.

La demande de soutien des associations n'est pas toujours que financière. Elle touche aussi à un besoin de reconnaissance, d'accompagnement et de soutien. Et ces demandes "d'en-bas", se heurtent parfois à des mauvaises compréhensions. L'administration souhaite un "retour sur investissement" et en vient à reprocher aux associations, ça s'entend, par exemple, de ne pas inviter suffisamment les magistrats lors de leurs événements. Mais, pour les associations, les magistrats sont avant tout des garants et des bénéficiaires de leurs activités, (dans le cas de Tierra Incognita, il y a  des personnes qui apprennent le français, ne sont pas dans la rue, une cafétériat qui propose un lieu de socialisation à bas prix, c'est un plus pour la vie commune à Genève, ça!), pas des commanditaires. On voit là l'enjeu de gouvernance et les rapports de pouvoirs que cela implique.

Rajouter un poste de communication pour se faire voir ou valoir, c'est au-dessus des moyens des associations. Rajouter un poste d'administrateur pour faire les papiers les demandes, s'occuper du lobby politico-administratif, cela demande des moyens. Si vous nous demandez plus, nous devons en avoir les moyens, sinon vous nous mettez la corde au cou. Grossir ou mourir, est-ce la seule issue au nouveau management?

La mécanique de la mise à mort des associations est en route.  Si la gestion au projet claque bien sur le papier, rigide, elle pousse à la précarisation dans la durée des associations, ne leur permettant pas de se poser dans la durée. Faites toujours plus, montrez que vous le faites, et si possible, montrez plus que vous ne faites, et faites le savoir. Ce n'est pas possible à tenir dans la durée, et cela finit par se faire au détriment des missions des associations sur le terrain. 

Plus tôt cette année, c'était le lieu d'expérimentation Ex-Machina qui a mis la clé sous le paillasson. Cet espace, rue Cingria, ouvert depuis 5 ans, dans un ancien atelier industriel, a accueilli plus de 200 artistes organisant plus de 24 expositions servant de véritable plate-forme de lancement et de production pour des artistes locaux. N'ayant pu trouver le soutien auprès des autorités locales, Ex-machina a décidé de boucler l'association sur une dernière exposition fin 2012 avec plus de 60 artistes venus précédemment, et de remettre le local. ( Chouette, un nouveau bar à vin en vue!)

Participant à des événements comme la MAC (manifestation d'art contemporain, événement biennal mis en place par le fonds d'art contemporain de la Ville, qui permettait au public de déambuler de lieux artistiques en espaces indépendants de création et de découvrir la richesse du  terreau culturel de notre Ville (éditions en 2006, 2009, 2011) elle "coûtait" au contribuable la somme de 10'000 francs par an. Mais maintenant, malgré ses appels à l'aide, c'est fini, c'est mort. 10'000 francs d'économisé mais un lieu culturel de fermé. Pas très rentable. Le nouveau management tue l'associatif. Il n'est pas possible de soutenir une association comme on dirige une compagnie d'assurance. C'est une question d'échelle, de missions, de philosophie et de culture.

Maintenant, une question très pratique: quelle sera la prochaine association à se faire hara-kiri et qui en portera la responsabilité ?

 

 

01:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : associatif, soutien, management, précarité réseau social | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/05/2013

Sous les pavés les potagers!

cc30-a5.jpgQu’est-ce qui nage dans mon assiette ? Comment cela est-il produit, par qui, et dans quelles conditions ? Le vent de panique suite au scandale des lasagnes au cheval étiquetées bœuf a conduit à une profonde prise de conscience que nous n’avons plus le contrôle sur ce qui atterrit dans nos assiettes. Les éclats de merde fourrés dans les tartelettes d’IKEA montrent ce que les chaînes industrielles de consommation peuvent produire de plus exquis. Le parti socialiste ville de Genève a donc choisi de faire un numéro thématique spécial sur les questions alimentaires, pour planter de nouvelles graines.  

Qui sait encore planter, sarcler, biner, faire pousser des tubercules ?Comment voulons-nous produire notre alimentation, selon quels modes et avec qui? La préservation de terres agricoles et fondamentale. Comment garantir une agriculture de qualité et de proximité ? Les jardins urbains pourraient encore être accrus et la vente directe encouragée. Le porte-monnaie de chacun-e- ne s'en porterait que mieux.L’agriculture contractuelle, à l’inverse d’une agriculture livrée aux marchés et aux acheteurs dans des postures de monopole (COOP, MIGROS, etc.,) permet de produire à un juste prix, pour le producteur, pour le consommateur. 

L’affaire TourneRêve, les Jardins de Cocagne, le Jardin des Charrotons, les cueillettes de Landecy, les Ares et Vous à la ferme des Verpillères de Choulex, les vergers d’Epicure, le panier à 4 pattes, etc., etc., sont des démarches participatives qui renforcent ce lien de confiance et créent une plus-value sociale et relationnelle. L’épicerie-restaurant Les Mangeurs, La Fin des haricots, la ferme de Budé, etc permettent de se procurer les produits de l’agriculture de proximité et les déguster. L’espace-terroir délivre des paniers de légumes et de fruits et soutient ainsi la production de la région. Les alternatives existent, elles sont de plus en plus nombreuses ! Pourquoi continuer à manger Dieu sait quoi couvert par des emballages au mieux sexy au pire mensongers? 

Un remède de cheval à la crise de l'alimentation : l’écosocialisme

Parce que tout se tient, parce que le citoyen n’est pas un consommateur passif qui gobe ce qu’on lui met devant le nez comme un cochon, mais un agent de changement et de créativité. Parce que la question du sens, du coût et de l’éthique doit se poser, nous avons désormais deux plats bien distincts devant les yeux : l'écosocialisme ou la merde en boîte. Pourquoi manger de la crotte lointaine quand on peut manger des carottes locales? 

Sous les pavés: les potagers! Sur la planchette: le partage des ressources.  Le changement passera par un changement d'assiette (fiscale et alimentaire). Venez au lancement du journal Causes communes dédié à l'alimentation (28 pages, avec illustrations de Tom Tirabosco) pour déguster la différence.

Vendredi 3 mai dès 18h au Bibarium, 5 rue Dizerens. Vous amenez un petit quelque chose à manger, on amène le vin....  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

28/04/2013

Camphre, calvaire, selles de cuir et cuisses épilées

05_map.jpgLe voilà il arrive le peloton dans notre rade. Final du tour de romandie sur les quais à Genève ce dimanche, ça sent fort le camphre et la sueur dans l'aire d'arrivée. Les oriflammes colorées et la distribution de gadgets publicitaires rajoutent à la dimension d'un jour de fête. Tiens, j'ai presque envie d'une glace mais une gourde d'isostar glacée fera l'affaire. Pas de voitures à l'horizon, même les oiseaux sont perchés sur les branches pour apprécier le spectacle. C'est beau une ville sans bagnoles. Pas de rivalité pour arriver au feu rouge. Des muscles qui chauffent en attendant le signal du départ. Pas de klaxons, de coups de freins ou de bruit, hormis celui du haut parleur qui égrène les titres des coureurs et les écarts entre leurs positions.

Dans le cyclisme, comme partout ailleurs désormais, c'est le temps qui compte. Celui derrière lequel ils courent, avec lequel ils rivalisent pour boucler leur parcours, ne pas être hors délai, arriver dans les temps ; et si possible même un peu en avance sur celui-ci. Alors ils redescendront de leur selle les jambes un peu arquées et titubant, comme on ressort du grand huit, le ventre barbouillé et la mine mi-réjouie mi-écoeurée d'en avoir terminé.

Qui sont ces dingues qui s'embarquent dans un carrousel de 18km de long pour vingt minuscules minutes d'accélérations? Ici, pas d'esprit balladeur. Le printemps c'est pour ceux qui ont la durée avec eux. Quand ils déboulent dans la rade c'est pour en resortir le plus vite possible après leur contre-la-montre. Eux, ce sont les pilotes de formule1 de l'écologie! Eux, ils sont assez masos pour aller chercher l'hiver au sommet des cols. Et en été, ils iront le plus au sud, là où il fait le plus chaud, se perdre entre Miramas et Marseille sous le cagnard et dans la caillasse. Ils sont liés au bitume comme le marin à sa mer, le pompier au brasier.

Le cycliste ne sait pas où il est, seul l'intéresse où il va. Il ne connaît pas le milieu qu'il traverse, mais seulement les dénivelées, les courbes, et les trajectoires qu'il visualise sans cesse. Ce n'est pas un homme de terrain. C'est un être de passage, de transition. Ce n'est pas un homme de la profondeur, c'est un homme de la superficie et de la vitesse. Et puis, le cycliste fait corps avec sa machine. Son vélo est sa prothèse comme pour d'autres leur smartphone. Le cycliste-cyborg, homme machine, produit de notre temps.

Prière du cycliste : "Mon Dieu donnez-moi mes kilomètres quotidien et mon coup de pédale explosif". Car ça ne rigole pas tous les jours dans l'univers du cyclisme! "Forçats de la route", "porteurs de bidons", "vieux grenadier du groupetto" avec toujours la voiture balais au cul, et dans l'oreillette un sponsor qui lance des invectives: plus de jambons, achetez mon assurance maladie, ma boisson énergétique, c'est de la dynamite; ondes qui parasitent sa lecture de la course pendant que ses yeux s'obnubilent: il doit rattraper celui qui s'est échappé. Il doit faire cela, lui sucer la roue. A tout prix. Cycliste, Sisyphe: même combat! Mais l'homme-cycliste est aussi homme sandwich; panneau publicitaire en mouvement. Il doit toucher le plus grand nombre possible sans jamais s'approcher de personne. Debout les damnés du bitume. Debout les forçats de la route! Mettez-vous en danseuse.

Il y a bien évidemment quelque chose du troupeau ou de la troupe dans ce peloton de solitaires. Toujours des grades et des métaphores guerrières: des lieutenants, des patrons, des chefs de clans, des francs-tireurs; ceux qui veillent au grain, surveillent que tout ce petit monde se tienne bien. Les garde-chiourme qui distribuent les bons de sortie. Ceux qui musèlent les échapées, ceux qui les autorisent. Cyclisme: univers carcéral? Les rôles sont bien répartis. Mais s'il y a des matons, pas de marquage à la culotte. La peau de chamois ne se prête pas tant que cela aux contacts. Et si celui qui part en échappée est un éclaireur, celui qui n'arrive pas au bout est personne. Dure loi du sport et des affaires. Et puis il risque toujours de tomber dans une tranchée; parfois celle d'Arenberg, ou plus modestement dans la béance d'un pavé descellé; pire, sur le museau d'un spectateur gueulard, qui par ses grandes claques dans le dos aura réussi à le faire chuter. Heurts et malheurs du cycliste. Ascension et chute. Tout est là.

Calvaire. Le parcours de ces bipédes sur roue ressemble à s'y méprendre à un chemin de croix. Dans ce cas, c'est le condamné à l'effort qui est porté par sa potence d'aluminum plutôt que porteur de son gibet de bois. Ces garçons sont si bien épilés, et correctement parfumés lorsque les filles leur remettent des fleurs et une bise à l'heure du trophée qu'on leur donnerait le bon Dieu sans confession, sur un air de Pete Doherty. Quant à savoir ce qu'ils trafiquent dans leurs chambres d'hôtels, c'est une autre paire de manche et une drôle de tambouille, d'un goût parfois très douteux qu'ils concoctent là. Les dortoirs-laboratoirs n'infusent pas que le sommeil et les tisanes. Mais s'il est acquis que le cycliste est un bad boy, la course est si belle!

La passion sera toujours le sport le plus vertigineux et dangereux. L'amour n'a qu'un temps. Ce n'est pas celui du chronomètre.

10:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tour de romandie, cyclisme, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/04/2013

L'enfer du cocon: le risque c'est pour les autres?

La guerre entre les klaxons et les sirènes est-elle ouverte ? Les ambulanciers et autres professionnels de la route activateurs de sirènes tirent la sonnette d'alarme. Ils sont de moins en moins pris en compte par les utilisateurs de la route. La raison ? La musique amplifiée dans les véhicules, l’usage de téléphones mains libres, écouteurs vissés sur les oreilles, des habitacles de plus en plus hermétiques laissent de moins en moins passer les sons, provoquent aussi un manque d’attention et d’écoute pour ce qui vient de l’extérieur. Une des solutions envisagée est donc d’augmenter la puissance des sirènes.  Mais alors, si la puissance des sirènes est augmentée pour attirer l’attention de ceux qui se trouvent dans leurs coques coconnées, qu’en sera-t-il des nuisances pour les piétons, les enfants et les cyclistes, encore plus fortement exposés à l’amplitude des sirènes ; et du coup à une double nuisance : celles de véhicules plus lourds et plus sourds, et des services d’urgence poussant leur puissance de signalement à l’extrême ? Les plus exposés se trouvant alors de fait encore plus vulnérable dans un espace public encore plus agressif.

Il y a là un paradoxe des mécanismes de protection qui certes protègent (certains) tous en les enfermant, et surtout agressent d'autres (ceux qui ne les possèdent pas et les rendent encore plus vulnérables). Alors, au détriment de qui le besoin d’être entendu par les services d’urgence doit-il être porté? Du désir des automobilistes de rouler confinés ou de la nécessité des autres usagers de la route, des trottoirs, de pouvoir circuler sans un surplus d’agressions sonores ? Comment trouver l'équilibre?

L'enfer du cocon: le bruit c'est les autres? L’enfer du cocon, c’est toujours l’autre ? Allez, on essaie d’étendre ce raisonnement de la sirène aux digicodes ?  En quelques années, leur usage s’est généralisé. Est-ce que cela a limité le nombre de cambriolages ? Non. Leur principale qualité semble plutôt être de stigmatiser encore plus ceux qui n’en ont pas, les désigner comme cible prioritaire. Au final, ce sont toujours les plus fragiles, les moins monétarisés qui en pâtissent. L'escalade des moyens de fermeture ne rime à rien si l'on ne s'attaque pas à la source des problèmes. Et puisque la sécurité est bien plus qu’un verrou, ou un simple moyen de retarder les cambrioleurs, l’escalade des moyens de protection n’expose-t-il pas encore plus aux risques ceux qui ne peuvent se payer le luxe de suivre les tendances à la hausse de la fermeture généralisée? Lorsque des prises de sécurités individuelles occasionnent surtout des prises de risques collectives, c’est un signal fort qu’il est urgent de renforcer les moyens collectifs d’agir au détriment des risques individuels à les supporter. Il est urgent de démocratiser l'accès à la sécurité. Ce n'est pas uniquement les gros 4X4 ou les propriétaires de villas  disposant de sécurité privée qui doivent se sentir en sécurité et accroître objectivement l'insécurité de ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir un cocon renforcé.

Comment alors renforcer les moyens collectifs de sécurité ? Tout d'abord, en réaffirmant le principe de sécurité pour toutes et tous, et pas juste pour les plus aisés dans les quartiers les plus protégés et en se donnant les moyens de la réaliser. Enfin, en faisant les premiers gestes pour que l’autre, mon voisin, ma voisine, mon proche, mon plus lointain, soit une garantie plutôt qu’une menace pour mon bien être, qui inclut ma sécurité, mais pas seulement. Et si le meilleur cocon était celui qui englobe le plus grand nombre ; et si, en acceptant aussi, parfois, une degré d'inconfort minimal, cela évitait de se renfermer sur soi-même et de faire de sa tour d'ivoire une menace, pour soi-même et pour d'autres? On a vu des tours s'effondrer sur elles-mêmes. On a aussi vu des tours devenir des ponts.

La sécurité est un défi, il ne peut être résolu que collectivement et socialement. Les habitacles et les enveloppes, extensibles à plusieurs, poreux par endroits, sont aussi une garantie que la lumière et l'air passent encore; et sont la marque de la juste répartition de l'insécurité. Ouvrons un petit peu les fenêtres plutôt que d'amplifier le niveau des sirènes, augmentons les niveaux de sécurités collectives plutôt que d'investir chacun dans sa petite serrure et son spray au poivre portatif.   


18:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, cocon, collectif, voisinage | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/03/2013

L'économie genevoise progresse

Bonne nouvelle, l'économie genevoise progresse! C'est l'Office cantonal de la statistique qui l'annonce aujourd'hui. Et selon les estimations trimestrielles du produit intérieur brut (PIB) cantonal, la croissance de l'économie genevoise s'accélère légèrement au quatrième trimestre 2012.  Le PIB genevois croît même de 1,6% par rapport au quatrième trimestre 2011, soit une hausse plus importante qu'à l'échelon national!Cocorico? On pourrait être tenté de se taper sur le ventre et se dire qu'à Genève on continue de créer de la richesse. Mais alors pourquoi notre canton a-t-il le plus haut taux de chômage de Suisse? Mais pourquoi l'augmentation des dossiers ouverts à l'hospice général se poursuit-elle ? Cela amène un premier constat. Nous sommes certainement plongés dans une société toujours plus riche mais aussi toujours plus inégalitaire. Il y a donc deux questions que nous devons affronter: comment continuer de produire de la richesse, mais surtout, à qui profite celle-ci et comment mieux la répartir afin qu'elle ne satisfasse pas seulement un nombre toujours plus restreint d'individus ?

Pour l'ensemble de l'année 2012, une première estimation mène à une hausse du PIB de 1,1% par rapport à 2011. Il est bon de se réjouir de ces résultats globalement positifs. Ils nous autorisent, en passant, à nous poser des questions sur l'acharnement des partis de droite à couper à tout prix à la hache dans le budget cantonal 2013, d'une manière préventive en quelque sorte. Pensent-ils que le canton se gère comme une multinationale qui licencie préventivement afin de maximaliser ses revenus? Les coupes préventives sur un budget par définition projectif jettent dans la précarité la vie de nombreux citoyen-ne-s, d'associations, d'entreprises, qui sont eux aussi des micros-moteurs de croissance, pour atteindre un équilibre de zéro déficit uniquement théorique. 

En parallèle, et pour colorer d'une autre teinte ce tableau économique, le ralentissement de la croissance se confirme par rapport aux deux année précédentes (+4,2% en 2010, +2,3% en 2011). La richesse croît donc alors que la croissance baisse. Qu'est-ce qui peut expliquer ce double mouvement paradoxal ? Le fait que ce PIB en augmentation soit lourd d'inégalités, de rabais d'impôts forcés pour les hauts revenus! Il nous faut donc interroger la nature de cette croissance, car si elle profite aussi peu à la collectivité, n'est-elle pas source aussi de régressions et de coûts futurs qui ne sont pas encore pris en cause? 

Le PLR, en attaquant le budget 2013 et réduisant de 100 millions les prestations et services pour les habitant-e-s et donc une meilleure répartition des richesses, a fait la démonstration que les inégalités sociales lui importent peu. Bon, après tout, c'est logique, c'est dans l'essence de son projet politique, mais que l'UDC et le MCG, partis dit "populistes" se soient alliés à eux dans cette OPA sur le budget collectif du canton identifie clairement ceux qui se cachent sous le voile du budget fantôme comme des porteurs de cagoule cherchant le casse du siècle: 100 millions piqué à la population!  

Puisque l'économie genevoise progresse, il est essentiel d'en réserver les bénéfices au plus grand nombre plutôt qu'à un nombre restreint de happy fews et de faire supporter les charges aux autres.       

 

 

21:29 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budget2013, impôts, gc, répartition, richesses | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/03/2013

Le black bloc du parlement

Clin d'oeil du calendrier, pratiquement une année après avoir fait voter une loi liberticide qui limitait le droit de manifester (11 mars 2012) et chargeait lourdement les organisateurs de manifestations, les PLR-UDC-MCG commémorent leur fascination pour la casse en se transformant en bloc noir du parlement, se donnant le droit d'y faire ce qu'ils interdisent à d'autres dans la rue. Casser du budget. PLR-UDC-MCG: bloc noir du parlement. S'ils n'en ont pas les cagoules, ils en ont retenus les méthodes et le style et la casse. Ce qui est interdit au peuple: manifester sa rage est autorisé dans l'arène politique. Il y a des castes chez les casseurs. Un privilège de classe pour les casseurs en cravatte sur les casseurs en cagoule. 

Il y a une année, le rapporteur spécial de l'ONU sur les droit de réunion et d'association pacifique avait relevé que les modifications de la loi sur les manifestations restreignait "indûment les droits à la liberté de réunion pacifique et d'expression qui sont l'essence de toute démocratie". Dont acte. Le parlement profite lui pleinement de sa loi d'exception et du monopole qui autorise les manifestations violentes et la casse des services de l'Etat en son sein, sans qu'aucun organisateur n'en paie le prix. Enfin, pour l'instant, car c'est bien le peuple qui au final passera à la caisse. Le bloc noir du parlement casse, le peuple paie. C'est la loi qui veut ça. Et le MCG, s'il se tenait jusque là habilement sur la barricade, a montré maintenant dans quel camp il se tenait, copain du PLR, main dans la main pour casser l'existant et reporter les responsabilités sur d'autres. Le MCG est comme ce gamin jeteur de pierre qui pris, en faute, dénonce toujours son voisin. C'est jamais lui qui brise les vitres, pourtant son papa est vitrier. Tiens donc.

Vous me direz peut-être: mais c'est bien le peuple qui a choisi de voter la loi limitant le droit de manifester pour se prémunir de possibles violences, et c'est aussi ce peuple qui a placé le bloc noir sur les sièges de ce parlement. C'est cela l'exercice de la démocratie. Mais oui, et c'est donc encore le peuple qui choisira en novembre 2013 s'il souhaite se débarrasser du bloc noir PLR-UDC-MCG en l'empêchant de jeter ses amendements comme on jette des pierres ou qui l'élira à nouveau pour 5 longues années pour mener sa politique pirate de diminution des services, des soins, et de la sécurité.  Il y a des pouvoirs légaux qui peuvent devenir illégitimes. Le bloc noir du parlement siège sans cagoule, mais il a fait pleinement preuve de sa volonté de voyou. Le vrai réflexe citoyen, c'est maintenant de lui faire barrage.     

 

      

19:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : black bloc, parlement, grand conseil, budget | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/03/2013

Budget 2013: la scie des guérisseurs de droite

Budget 2013, après une journée de boucherie au Grand Conseil, quels morceaux en soupeser? Tout d'abord, que les chiens fous du PLR-UDC-MCG ont mis leurs habits de médecins imaginaires et maintenu leur ligne dogmatique de coupe nette de 2% dans le budget de l'Etat. Ils continuent par là de ralentir le processus d'adoption du budget et ont apposé définitivement leur copyright sur le mot blocage.

Si la Ville de Genève s'est dotée depuis décembre d'un budget, le Canton, à forte majorité de droite, est en pleine curée et n'arrive plus à s'entendre. La guerre entre le PDC et le PLR est désormais déclarée. Le conflit entre le PLR et ses propres conseillers d'Etats sans pitié. On n'entend plus Pierre Maudet? Où est passée la verve du communiquant? On ne voit plus Monsieur Longchamp, où se cache-t-il? Madame Rochat? Disparue. PLR MCG et l'UDC  ont remonté leurs manches pour casser des os et en sucer la moëlle. L'intérêt citoyen là-dedans?  Broyé. Une coupe linéaire de 2% occasionne non pas des économies mais des coûts exponentielles et des charges supplémentaires pour la société.  

Les explications détaillées de certains conseiller d'Etat se suivent alors sur les dégâts irréversibles que les coupes vont occasionner. Dans le domaine de la santé, un plan de restructuration est déjà en cours (25 millions), auquel il va falloir y ajouter 20 millions de coupes supplémentaires mais aussi.... des pertes provoquées par effet de levier des assurances privées. Pour demeurer dans un rapport de 55-45% de répartition, elles baisseront elles aussi leurs remboursements de frais (16 millions), etc. La machine à saigner est enclenchée. Elle ignore tout des hémorragies qu'elle déclenche, des effets de ruptures successifs qu'elle entraîne. Pour un principe, un concept, une posture politique, en un mot: pour une projection de dépenses, elle a décidé de passer au scalpel tous les organes, sans distinctions. 

On enlève au Grand Conseil l'appendice comme on supprime un rein, et on ne comprend pas que, pour certains organes, les réduire de 20% c'est les tuer. Ici, on coupe une jambe parce que l'on préfère prévenir que guérir. Là, on supprime l'éclairage tout en proposant de continuer à opérer. La saignée était préconisée au moyen âge pour tous les maux. Le PLR-MCG-UDC charognent sur un budget ensanglanté, et lui enlèvent toute vitalité, préférant l'immobilité forcée au soin dynamique. 

Les coupes, bien plus que d'équilibrer le budget, le font basculer, en provoquant des charges supplémentaires. C'est comme si l'on disait que l'on enlève "juste" 1/4 des roues d'une ambulance, mais qu'elle pourra continuer de rouler!  Il ne se trouve personne parmi cette droite arc-boutée sur son idée de coupe linéaire pour revenir sur sa décision. Non. Le budget est tenu sous anesthésie et ils peuvent en faire ce qu'ils veulent. Plus besoin de réfléchir. Ni Conseillers d'Etats, ni opposition, ni population, personne, rien ne leur fera poser un garrot. Dans leur manuel de guérisseurs, à part le mot "amputation" il n'y a rien d'autre. Vous toussez? amputation! Vous avez mal quelque part ? Amputation.

Les étudiant-e-s venus en nombre peuvent crier devant le Grand Conseil, les syndicats donner de la voix; une soignante témoigner que déjà les toilettes des patients ne se font plus tous les jours, par manque de moyens, que l'on doit éjecter des patients toujours plus vite, que la situation n'est déjà plus sécurisée; que couper encore plus court cela va provoquer toujours plus de charges sur les quelques uns qui ne pourront plus tenir... et si les derniers lâchent, tout lâchera. Mais rien n'y fait. La saignée est programmée. Les trois guérisseurs imaginaires PLR-MCG-UDC se moquent de savoir si le corps social y survivra. Ils ont levé la scie. La machine à saigner est prête. Ils veulent aller au bout de son mouvement. Par principe.

Le curseur de la machine idéologique ne s'est pas déplacé vers la droite comme l'écrit alors Pascal Décaillet mais vers la brutalité. L'Etat, en n'assurant plus des services entiers, créera de nouvelles charges, entraînera les désinvestissements d'autres partenaires. Que vont faire les autres communes? Combler ce que le Canton ne souhaite plus faire? Que va faire la Ville, se substituer toujours plus à l'anémie du Canton ? Qui honorera les contrats? Il faudra fermer des services, renvoyer les gens. Pourquoi? Parce que l'on n'a pas d'argent? Non. Parce que l'on a choisi de s'en priver. Désastreux.

En fin de soirée le budget anémiée est renvoyé en salle froide et sous respiration artificielle  par 48 guérisseurs imaginaires (PLR, MCG, UDC) contre 40 décidés à le sauver (Socialistes, Verts, PDC, l'indépendant Didier Bonny) et 2 abstentions radicales. Le corps du budget est alors placé au frigo avant un 3e débat qui aura lieu au mois d'avril. 

On doit désormais espérer un apport de sang frais. On doit demander une préservation des organes vitaux. On doit mobiliser dans la rue les proches et les familles. Et puis, Pâques oblige, on peut encore prier pour une résurrection. Mais surtout, on ne devra pas oublier ce qui s'est passé dans cette salle du grand conseil transformée en salle d'opération improvisée, au moment de faire les comptes. Notre révolte se nourrira de leurs abats.   

 

08:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |