sylvain thévoz

11/11/2013

Le paradis c'est exactement ici

IMG_4424.JPGTu vas dans un sens qui plaît à la sécurité israélienne : direction les territoires occupés. Tu passes moins d'heures au checkpoint. La route traverse la ville de Qalandyia, le chauffeur t’indique le camp de réfugiés. Des personnes vivent ici depuis 1948 –une vie de déterré- d’autres viennent d’arriver. C'est de là que descendent les gamins qui lancent parfois des pierres. Il y a 2 mois, en réaction à la mort d'un gamin assassiné, il y a eu des jets de gravats contre les miradors. Comme punition collective, les israéliens ont posé des blocs de béton. Résultat: le checkpoint est plus lent à passer ; le chaos interminable aux heures de pointe. La frustration des gens augmente et le ras-le-bol devant les discriminations, les tracasseries des soldats, éreinte. La ville est prise dans un étau, le mur l’a entouré. C’est invivable. Pourtant, ils tiennent.

Ramallah Dream

Tu montes vers Ramallah. Paysage d’une ville nouvelle. Ramallah récolte des capitaux étrangers grâce à la politique économique de l’ancien premier ministre Salam Fayyad. Une grande partie de l’aide des pays donateurs y arrive. La ville est en plein(e) boom (bulle) économique. Les grues des immeubles en construction sont nombreuses, les immeubles de plus de 10 étages légion. Jolis cafés, boutiques coquettes, restaurants sélects ; tiens, même un hôtel Mövenpick – Ouvert en 2010, les israéliens ont immédiatement interdit l’importation des célèbres glaces de l’enseigne – enfin de vraies raisons sécuritaires!- Pas un diplomate suisse pour protester contre l’outrage, on achètera quand même votre technologie militaire, soyez sans crainte- Ramallah en jette par son dynamisme, mais on peut penser, comme certains analystes, que les israéliens contrôlent stratégiquement ce développement. Laisser grandir Ramallah lui laisser des attributs, ne serait-ce pas en faire de facto la petite capitale des territoires occupés? Multiplier simultanément, pour les palestiniens de Jérusalem Est les entraves, les vexations, tout faire pour les décourager puis les chasser facilement, délégitimiser l’idée de deux états avec Jérusalem pour capitale? Au droit au retour que demandent les Palestiniens les israéliens répondent par les expulsions devant le mur qui déblaie les paysans devant soi et avale la terre. Israël tient la Palestine à la gorge, laisse passer un peu d’air, serre plus fort au besoin. Lis Benjamin Barthe : "Ramallah Dream" (éd.Découverte 2011). Tu ouvres grand les yeux. La résistance de ce peuple est hallucinante.

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Un modèle de colonisation

De fait, israël est partout. Ton shawarma vient d’israël, ton halva, ton agneau ton poulet, ton boeuf, tes aubergines, tes carottes, viennent d'israël, ton jus d'orange, ton café, ton chocolat, tes glaçons viennent d'israël. Ton Mars ton lait ton Kit et Kat viennent d’israël. Tout ce qui entre est d’israël, sujet au bon vouloir du prince. En sens inverse, tout ce qui vient des territoires occupés est étiqueté israël, en violation encore du droit international. Si israël ne reverse pas aux Palestiniens mensuellement le produit des taxes qu’elle perçoit à son compte, c’est la banqueroute immédiate pour l'Autorité Palestinienne. La dépendance économique est totale. La sujétion militaire aussi : en deux minutes, les forces d’israël seront au palais présidentiel, feront tomber Abbas, si elles le veulent. Les policiers Palestiniens ne sont pas armés. La Palestine, c’est la cour d’une prison. Certains sont dans la cour, d’autres dans des cellules d'autres dans le placard de leur cellule. Certains dans un sac dans le placard. La résistance de ce peuple est hallucinante.

 

Pour un clic ou pour un rien

Facebook est la fenêtre de la prison derrière laquelle des gamins agitent des mouchoirs. Le 8 novembre, 30 palestiniens ont été arrêté, dont un grand nombre des jeunes filles, parce qu’elles tapotaient des slogans entre deux mots d'amour sur le net. La plus forte armée du monde fracasse les portes des maisons pour sortir du lit des kids de 12 ans qui pourraient être tes fils et tes filles si tu avais oublié de leur mettre le contrôle parental, et qui ont écrit Fuck Israël sur leur mur virtuel – les gros terroristes!-. Un mur virtuel face au gros mur et aux "raisons sécuritaires" qui cassent leur vie pour vrai. L’armée israélienne pourchasse les gamins, les prend en photo et les arrête pour un clic ou pour un rien. Elle les tue aussi. Arbitrairement, par ennui, stratégie ou accident.

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Le paradis c'est exactement ici

Fadwah t’emmène de nuit à Jéricho avec ses filles. Elle te montre sur les collines les colonies illégales : ici Ariel, ici Ma'ale Adumim, ici encore une colonie et une autre, comme de petits Los Angeles sur la terre colonisée, toujours en hauteur, toujours au-dessus. Comme à Hébron où les soldats sont sur les toits avec les colons, et balancent sur les palestiniens en-dessous d’eux tous ce qui leur tombe sous la main ou leur urinent dessus. Plus loin un camp militaire ; là où il y a de grosses lumières; c’est une source d’eau accaparée. Là une prison, ici une route barrée, et derrière ces murs un centre militaire délivrant des autorisations de passage au compte-gouttes. Ce territoire est mité, bouffé par les installations d'occupations militaires et les colonies illégales en regard du droit international. Mais Israël pisse à la raie du droit international. Trop de radicalisme rend con, pas assez de radicalisme complice. L’écoeurement monte. Tu te demandes comment ils font pour respirer dans cet espace confiné, résister. Dans la voiture monte une clameur sur une chanson de Faïrouz, voix fortes. أنا لحبيبي وحبيبي إلي Je suis à mon amour et mon amour est à moi. Les filles tapent dans les mains, il faut bien se lâcher, sinon on devient dingues ici. Tu lis cette inscription sur le T-shirt de l’une d’elle –humour palestinien-

« Paradise is just where you are ». Le paradis c'est exactement là où tu te tiens.

Retiens bien la leçon.

C’est quand que le Dalaï Lama ou Frère François viennent visiter Ramallah ?

 

 

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10/11/2013

Droit dans le mur

2013-11-08 14.59.33.jpgTu sors de l’aéroport. Les amis t’avaient dit qu'ils t’attendaient là, que l’on allait venir te chercher, mais il n’y a personne, hormis un juif orthodoxe qui s’approche en souriant et te parle en hébreu. Tu entends « shalom » et « kippa » ; tu lui dis que tu ne parles pas hébreu, que tu es Suisse, et chrétien… pour arranger le tout. Il rit de sa méprise:tu as l’air si juif pourtant. Il ne manque que la kippa ! Juif, toi? Non. Mais il a raison : chemise blanche, veston bleu marine et barbe. Tu as (presque) tout du look du juif orthodoxe. Les « démarqueurs identitaires » sont trompeurs, source de méprise et d’ambivalence. Mais as-tu passé les douanes facilement parce que la douanière t’a vu plus juif que militant-poil-à-gratter; par pur arbitraire ou parce que le pouvoir voit en toi plus que tu ne vois toi-même ? Comment apprivoiser cette transparence et ruser avec les codes alors ? Tu hésites presque à twitter ou facebooker ça, mais… et si « le pouvoir » te lisait? Suspect, non?

Prudence de la parano

Bon, voilà, c’est fait, tu es parano. En même temps, il paraît que c’est commun dans ce pays, tout est fait pour que tu le sois, rien d’anormal. Faut juste vivre avec, et puis ça va être de belles vacances. Si les amis ne sont pas là pour t’accueillir, pourquoi ne pas passer directement de l’autre côté, monter à Ramallah, au nord de Jérusalem ? Le mur est partout en Israël, dans les champs dans les têtes, autant y aller tout droit. Mais on t’avait prévenu : si tu veux aller dans les territoires occupés, tu dois entrer dans une voiture à plaques jaunes (israéliennes) et non vertes (palestiniennes). Tu sors de l’aéroport, il n’y a que des voitures à plaques jaunes ! On t’avait dit aussi : si c’est un conducteur juif, il refusera de t’amener à Ramallah, si c’est un palestinien, il le fera. Le taximan face à toi veut bien t’amener à Ramallah, mais il doit s’arrêter au checkpoint de Qalandyia. C’est donc un juif. Qalandyia, c’est déjà ça de pris sur le chemin. Okay, marché conclu, tu as déjà un pied dans le taxi, puis tu hésites. Ce serait  préférable de donner ton argent à un Palestinien plutôt qu’à un israélien. Même si, en fait, les deux sont israéliens... oui, mais ils n’ont pas le même statut. L'un peut aller jusqu’à Ramallah, l’autre doit s’arrêter à Qalandyia.

5000 à 0

Faudrait-il stopper le taxi là et en sortir : parce que ce chauffeur n'est pas palestinien ? Non. Pourtant, si tu avais pu (su) choisir, tu aurais préféré aller avec un chauffeur palestinien, c’est  vrai. Parce qu’il t’aurait emmené directement à Ramallah ou parce que tu préfères donner ton argent à celui qui subit le pouvoir de domination plutôt qu'à celui qui l'exerce?Tu regardes le conducteur de taxi. Tu essaies de percevoir en lui le pouvoir de domination. Il met un peu plus fort la musique, se retourne vers toi et te demande si tu as fait bon voyage. Tu lui dis oui, un bon voyage. Le passage des douanes s’est bien passé. Il te regarde d’un air étonné: pourquoi cela se serait-il mal passé... Avec tout ça, tu as oublié de lui demander le prix de la course. -Combien pour aller au checkpoint de Qalandyia? 200 shekels. 200 shekels (50 francs) ! C’est cher. Tu essaies de négocier –trop tard- Il dit qu’il y a 80 km. Il veut bien baisser à 180 shekels, pas moins. Tu lui demandes pourquoi il ne peut pas aller à Ramallah. Il a de la peine à répondre, il dit qu’il comprend mal l'anglais. Tu lui demandes s’il est déjà allé à Ramallah, il dit oui : il y a plus de vingt ans. C’était comment ? Il ne comprend plus la question. Avec l’armée ? Oui, avec l’armée. Sur la route il te montre la prison d’Ofer, plus de 1100 prisonniers palestiniens détenus dans celle-ci, un cinquième de tous les détenus Palestiniens par Israël. Pourquoi il te montre ça ? Aucune idée, tu ne lui avais rien demandé pourtant. Combien de prisonniers Israéliens en Palestine déjà? - Aucun. 

Le mur de séparation

Le long de l’autoroute : murs et fils de fer barbelés et devant : Qalandya, le gros checkpoint comme un paquebot échoué. Ou plutôt: un titanic qui coule. Les palestiniens d'Israël dans des canots a plaque jaune, les autres qui rament ou crient en silence, t'a prévenue une amie. 50 km de route depuis Ben Gourion. Le chauffeur te dépose. Salut. Un homme s’approche: Ramallah? Oui, Ramallah. Combien? 200 shekels. 200 shekels ! Oui, parce que c’est dangereux. Dangereux ? Oui. On est vendredi, il risque d’y avoir des jets de pierre. Pourquoi? Parce que la colère. Lors de la sortie de la prière du vendredi, on ne peut plus comprimer la rage de la semaine, du mois, de l’année... des 60 dernières années. Mais pourquoi se ferait-il tirer des pierres, il est palestinien? Oui, il est palestinien, mais il a des plaques jaunes, vit en Israël. Et le passage du checkpoint est risqué. Il y a un camp de réfugié à côté et les gamins en descendent parfois avec des pierres. Peu importe quand tu es là-dedans qui tu es. Les pierres tombent, parfois ça tire, et si tu es au milieu, voilà, tu risques d’en prendre une.

Tu te souviens de ton look d'orthodoxe juif alors. Ta petite chemise blanche, ton petit veston bleu marine. Tu veux les enlever maintenant ? Ce qui est sûr c’est que la barbe tu la gardes, ça peut servir. Tu négocies (très mal) le prix à 150 shekels, le chauffeur donne 50 shekels à un homme qui gardait le parking. Bien que la Cour internationale de justice de la Haye ait arrêté en 2004 que le mur de plus de 700 kilomètres érigé en sinuant par Israël (le frontière de la ligne verte fait 370km) en Cisjordanie était contraire au droit international; bien qu'elle aie obligé Israël à réparer les dommages causés aux Palestiniens, bien que l'assemblée générale de l'Onu ait voté une résolution par 150 voix contre 6, le mur, complètement illégal, le mur est encore et les "dommages" se poursuivent.  

Le temps de charger deux autres personnes et la voiture se met en route en cahotant pour le franchir au checkpoint.


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09/11/2013

Jure de dire la vérité toute la vérité tout le temps

Arriver en Israël. Longue file d’attente à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Tu en as tellement entendu parler de cette arrivée, du pouvoir discrétionnaire qui fait que tu peux te retrouver durant 8h soumis à un entretien avec des membres de la sécurité que tu paranoïes un peu. Tu n’as pourtant rien à te reprocher. Tu viens en vacances en Israël, désireux de voir Jérusalem, les lieux saints, et bien entendu aussi aller en Cisjordanie, rencontrer les palestiniens qui vivent de l’autre côté du mur de séparation. Est-ce illégal ? Non.  

Tu vas voyager à Ramallah, à Bethléem? Bien entendu. Pourquoi, c'est mal? C'est déjà suspect pour l’état sécuritaire, et pourrait te valoir un petit détour par la « cabine d’essayage » et d’y rester un long moment en rade? Possible même que l’on te renvoie à la maison direct ? Peut-être. Paraît que ça se fait. C’est tout le pouvoir du pouvoir de laisser dans l’ambivalence peser sa force. Une règle de base de la domination : plus les règles seront floues, plus la possibilité d’arbitraire élargi, plus l’autocontrôle et la soumission seront grandes.

Si on te demande si tu vas dans les territoires occupés, tu diras non te recommandent tes amis. Ah non, tu diras oui, parce que tu es quand même invité pour 5 jours de festivités culturelles et sportives à Ramallah, et que c’est pour tes vacances. Tu ne vas pas mentir quand même? Pourquoi faudrait-il le cacher ? Après tout, Ramallah vaut bien Tel Aviv, il paraît que les shawarmas y sont même meilleurs.

Sous le regard du pouvoir

Tu doutes quand même. Ce pourrait-être une mauvaise réponse que de dire la vérité. Il vaudrait mieux ne pas tout dire, construire un récit plus «vendeur ». Bon, finalement, quoi que tu dises ce ne sera pas LA bonne réponse. Pas de garantie. Le pouvoir n'est pas entre tes mains. Te revient alors en tête ce débat sur les protections des données et la vidéosurveillance. L’argument de ceux qui disent que l’on n’a rien à craindre lorsque l’on n'a rien à cacher, et qu’il n’y a pas de soucis à être filmé ou fiché tant que l’on ne fait rien de « mal » est bidon. Longeant les couloirs de l’aéroport de Tel Aviv, tu te dis : ici et là je ne fais rien de répréhensible ou d’illégal, et pourtant, j’ai le sentiment de cacher quelque chose, et que cela pourrait m’être reproché. Comment est-ce possible ? C’est la société de contrôle, bien réelle qui t’est rentrée dans la moelle et le cerveau et tu l’as assimilée. A Genève, à New-York, Tel-Aviv ou Pékin, c’est la même logique en place, Celle du pouvoir et du contrôle, avec des degrés et des mise-en-scène différentes. Le pouvoir du pouvoir, c’est de faire porter à l’individu le poids de celui-ci. Dois-tu craindre l’œil tout puissant d’Israël, l'observer soigneusement, ou en parler à ton psy ? Les migrants africains qui doivent penser à  mentir comme toi à Ben Gourion ou à Cointrin n’ont pas de psy, eux, et pas de solution de retour. Ils sont autrement coincés que toi.

Dire oui dire non 

Tu penses à eux qui arrivent aux frontières et doivent construire des récits, aménager les vérités pour faire entendre aux fonctionnaires derrière les vitres ce qu’ils veulent entendre. Tu penses aussi à la petite commission des naturalisations du conseil municipal de la Ville de Genève. Comment, là, il faut se montrer plus suisse qu’un suisse à l’examinateur, étant entendu qu’être soi-même, ça risque d'être insuffisant suivant ce que pense l’examinateur de ce qu’être suisse veut dire. Perversité du système qui conduit l’autre à devoir coller à un modèle non-clairement signifié. Bon, si tu pouvais tout expliquer, tout irait mieux, Mais en même temps non, au contraire, plus il y aura de mots, d’interprétations, de complexités, moins tu seras compris ; plus la machine paranoïde sélective du pouvoir sera alimentée. Alors reste sobre : répondre par oui ou par non, c’est assez… si c’est possible… la file avance. 

La culture comme décodeur

Des images du film de Fernand Melgar, la Forteresse, ressurgissent. Les récits « vrais » ne sont pas toujours crus, ils sont pris pour des récits inventés par l’administration, alors que les récits construits, plus vrais que nature, passent mieux parfois. Accommodements stratégiques avec les contraintes de la parole et de la situation. Tu ne sais toujours pas ce que tu vas leur dire de ce que tu viens faire là…  parce que tu ne le sais pas vraiment toi-même finalement. La file avance. Un autre film surgit en tête : « Omar » de Hany Abu-Asad. La culture offre du matériel pour penser le réel. Ces films vus avant le voyage sont comme des décodeurs.  

Un couple de retraités suisses s’inquiète juste devant toi dans la file. Est-ce qu’ils vont être retenus, questionnés ? En riant tu leur dis d’être sage, et tout se passera bien. Clin d’œil, ils rient. Ils passent, après 10 bonnes minute. A ton tour, tu t’avances. Jolie douanière, yeux verts, elle te demande ce que tu viens faire en Israël, tu dis : voir Jérusalem, les lieux saints, la Mer Morte et Massada. Ce qui est vrai. Elle sourit. Tu as envie de lui faire une blague. Tu te retiens. Elle te sourit. Elle te donne ton visa d’entrée. Tu lui souris encore. L’attente du passage a duré 1 heure. Le passage : 3 minutes… seulement. Enfin, pour toi.

 

08:34 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, douane, vérité, migrants, identité, contrôle, pouvoir, territoires occupés | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/11/2013

Une grève pour la sécurité

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Le service de la protection des mineurs (SPMI) et le Service de protection des adultes (SPAD) sont en grève illimitée depuis le 4 novembre. Une grève nécessaire et motivée par plusieurs raisons extrêmement graves liées au manque de ressources dans ces services dédiés pour l'un à la jeunesse et pour l'autre aux adultes en difficulté. Au SPMI, boulevard Saint-Georges 16, la grève est très suivie. On ne rigole pas, les visages sont serrés. On sait l'importance de ce travail pour les mineurs suivis et ce n'est pas de gaieté de coeur que les travailleurs font grève. Ils y sont acculés.

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Acculés, tout d'abord, par un déménagement dans un immeuble inadapté à la confidentialité requise pour les entretiens avec les familles. Espaces en "open space", non-isolés. On voit dans l'ascenseur des cartons qui couvrent des parois défoncées par les poings rageurs des parents à qui l'on a retiré la garde de leurs enfants. Faire ce boulot est un risque quotidien. Les responsabilités sont lourdes, les conséquences des décisions dramatiques. Il y faudrait des moyens en suffisance, or c'est exactement l'inverse qui arrive. 4000 dossiers annuels traités, plus de 60 suivis par chaque travailleur, il en résulte un manque chronique de temps pour suivre les situations, un risque accru d'erreur et d'oublis. Le stress est intense, les burn-out fréquents, signe d'un malaise et d'un épuisement profond. Gérer sur un mode urgence permet de fonctionner un temps, puis tout lâche. Ce point de rupture est atteint aujourd'hui, les travailleurs l'écrivent sur des pancartes "Service Sociaux au bout du rouleau"... en bout de chaîne aussi. C'est quand les situations deviennent ingérables, incontrôlables, que l'on s'adresse à eux. La grève est ni plus ni moins un acte de légitime défense dans des situations de maltraitance institutionnelle, afin d'obtenir une juste considération et des moyens suffisants afin de faire leur travail, en respectant les critères professionnels.

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Il n'est pas correct que des travailleurs sociaux soient rétribués à la même hauteur qu'un animateur social alors que leurs charges et responsabilités sont plus élevées. Il est singulier qu'ils aient des conditions moins bonnes que les policiers par exemple, alors que leurs expositions au risques est équivalente si ce n'est supérieure dans certains cas. Lorsque les travailleurs sociaux du SPMI vont dans des familles pour des interventions sensibles, les policiers ont des gilets pare-balle, eux non. Et ils passent devant.

Depuis début 2013, le cahier des charges a pris du volume pour les travailleurs du SPMI. Ils sont désormais titulaires des dossiers qu'ils suivent, responsables pénalement. Mais s'ils ont plus de responsabilités, leur nouveau statut qui entrera en vigueur en 2014 les paie moins! On n'est pas dans le mythe du travailler plus pour gagner plus, mais dans la réalité d'absorber plus de responsabilités et de risques pour un salaire raboté! Certes, les salariés passent dans une classe supérieure, mais ils perdent leurs annuités, et surtout, doivent payer leurs cotisations sur un mode rétroactif. Leur diminution de salaire est évaluée à 10%! La grève, dans ces conditions, est un acte de légitime défense contre la maltraitance institutionnelle.

 

 

Leur lieu de travail? Les locaux du boulevard Saint-Georges sont ultra-sécurisés - claustrophobiques s'abstenir- n'entre pas qui veut. Il y faut bien une grève pour pouvoir y entrer! Le SPMI ressemble à une prison, et si on laisse le tout sécuritaire l'emporter sur les liens de parole et de confiance, l'avenir est mal barré, ou plutôt : tout tracé. Les sociaux doivent faire les flics (et de plus en plus les flics font du social, alors qu'ils n'y sont pas formés). On ne demande plus aux sociaux d'améliorer des situations mais de les sanctionner. Pourtant on ne peut gérer le social comme on gère des prisons ou une entreprise de communication. Le nouvel immeuble du boulevard Saint-Georges a coûté et coûtera encore des millions à l'Etat. Les travailleurs sont en colère quand ils voient l'argent public dilapidé et les petits arrangements financiers faits entre Mark Müller et Thierry Barbier-Müller sur le dos des travailleurs et des jeunes. Pour rappel, L'Etat devra verser à la société dont Thierry Barbier-Müller est président, environ 52 millions de francs sur 10 ans pour la location de ce bâtiment! Il faudrait donc accepter que l'argent destiné à des conditions de travail digne et à l'avenir des jeunes aille aux promoteurs? Entre les promoteurs avides et les jeunes en difficulté, vous voulez privilégier qui vous?    

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Dans cette dernière semaine avant les élections, les Conseillers d'Etat actuels seraient bien inspirés, avant de s'en aller, de changer la situation au SPMI et au SPAD. On souhaiterait aussi que les candidats  prennent des engagements fermes, afin de donner des garanties pour que la situation dans ces services en souffrances soit améliorée le plus rapidement possible. Il est dangereux que l'obsession policière l'emporte sur la sécurité et le manque de suivi des jeunes qui basculent dans la délinquance si un encadrement suffisamment bon ne leur est pas proposé. Il est dangereux de siphonner le social, la santé, la culture pour engager des policiers uniquement. C'est en amont que se règlent les situations. En aval: c'est plus difficile et coûteux. Chaque année 600 jeunes quittent le système scolaire sans que l'on sache ce qu'ils deviennent. Les professeurs ne peuvent les suivre. Les déscolarisés d'aujourd'hui seront les délinquants de demain s'ils ne sont pas suivis. 

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Cette grève n'est pas un caprice de fonctionnaire gâté mais un signal d'alarme très grave d'un dysfonctionnement social profond et du tic tac d'une bombe à retardement sur le point d'exploser dans les bureaux et dans les rues si la prévention ne se fait plus, si des décisions de qualité pour les jeunes ne peuvent plus être prises au profit d'une gestion policière et médiatique du corps social.

Avant de construire plus de prisons, il faut se donner les moyens pour que les jeunes n'y arrivent pas. C'est bien le sens de cette grève: faire comprendre aux décideurs que les arbitrages budgétaires en faveur des petits copains promoteurs et du graissage du bâton sécuritaire produisent des dégâts graves. Enfin, attirer l'attention des travailleurs de l'enseignement, travailleuses de la santé, travailleurs du social, citoyens, citoyennes, que cette grève est la leur, car c'est leur sécurité et leur avenir qui est en jeu. 

Remerciements à Eric Roset pour son travail photos. Tous droits sur celles-ci lui sont réservés. 

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08:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grève, spmi, spad, eric roset | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/11/2013

Une nuit à la rue avec les roms

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Eric Roset, photographe, réalise un livre sur les roms. Nous passons la nuit avec lui. Premier arrêt derrière un bâtiment public. Une dizaine de roms dorment là, tapis de mousse sur le gravier, ou plutôt: essaient. 21h, à peine le temps d'échanger quelques mots arrivent deux gendarmes -lampes torches sur les visages- qui intiment l'ordre à tout le groupe de dégager "Dégagez". Et pour aller où ? -N’importe où mais pas là. « Dégagez » c’est un mot que les roms connaissent très, très bien. Toujours bouger, pour aller.. nulle part. Alors dix, quinze, vingt fois par jours, si ce n’est plus, ils « dégagent », obéissent à l'illégalité de ces éloignements forcés. La police use à répétition de la contrainte pour obliger les personnes précaires à se déplacer sans cesse. Parmi les personnes précaires, elle en cible arbitrairement certains. La police a ses têtes de turc et les roms ont le profil. ils s’exécutent respectueusement, se déplacent, évitent le conflit. Ils racontent que certains policiers leur demandent d’aller à un endroit, d’où sont chassés d’autres roms au même moment pour aller là où ils se trouvent. Les groupes se croisent et se retrouvent en quelque sorte encerclé par deux polices qui leur demandent d’aller là où les autres doivent en dégager. Kafkaïen. Inutilité de mettre des personnes en mouvement, sans rien proposer d’autre qu'un harcèlement répétitif. Mobilisation des forces de police à vide qui seraient bien mieux utilisées à faire, par exemple, respecter le code de la route, verbaliser ceux qui le transgressent, mettent leur vie ou celles d’autres en danger; des forces de police qui seraient par exemple plus utiles en protégeant les citoyen-ne-s contre les nuisances sonores, la criminalité. Notre police, dans cette situation, est payée pour faire la chasse aux pauvres. Et l’argent du contribuable sert là à activer un déplacement sans fin, sans résultats. Cette situation en devient presque risible tellement elle est absurde. Combien de policiers engagés en plus cette année? 19, rien qu'en ville, et combien au canton? Cela fait cher la chasse aux pauvres. Et si on investissait plutôt dans le social, la santé, l'éducation maintenant, d'une manière plus durable?

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21h10, le temps d'enrouler les matelas, les couvrir de plastique, et c’est le début de la marche. Nous croisons un deuxième groupe délogé qui cherche un autre abri, sautons dans le tram. Regards de mépris, une jeune femme se moque. Si nous nous taisons, on ne nous identifie pas. Par le fait d’être avec eux, nous y sommes assimilés. Les apparences et les préjugés s’enclenchent très vite. Sac de couchage, sac plastique, on devient vite un moins-que-rien. Supporter ce regard est une expérience. Entendre ce qui se dit, un choc. 

La marche nous amène dans le préau d'une école, complètement désert à cette heure. La pluie menace. Les roms racontent les abus de droit quotidiens de la part des services de police. Ils citent : l’argent confisqué, les téléphones ramassés, les affaires saisies et jetées à la benne par la voirie, le fait d’être fréquemment embarqués au poste pour y être retenu. Demande-t-on aux jeunes qui font des fêtes dans l'espace public, par exemple rue des Acacias, de bouger ? Non. Est-ce que les corps de police demanderaient à des jeunes de se déplacer d’un banc pour aller marcher plus loin, ou à deux amoureux qui s'embrassent ? Non, jamais. Alors pourquoi cela est-il fait avec les roms, au nom de quoi ?

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Ils aimeraient juste qu’on les laisse dormir un peu, en paix. Ils nettoient le lieu où ils dorment en partant. Ils ont compris que leur survie était à ce prix. Ils se font discret, veulent dormir et si possible travailler, est-ce un crime? Ils sont pourtant l’objet d'un harcèlement constant, fréquents coups de pieds pour les réveiller, et occasionnels sprayages de nuit pour les faire « dégager ». C’est leur quotidien, sans qu’ils n’aient commis aucuns délits. Si certains policiers font leur travail avec respect (c’est à dire, leur demandent de dégager sans violences supplémentaires), d’autres non. Insultes, mépris, intimidation, confiscations. Les roms peuvent donner les jours, les heures: ça c’est passé ici et là. On partage le thé, un peu de vin que l’on a amené. La fatigue se fait sentir. Encore quelques histoires et on va essayer de dormir. 

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23h30, à peine le temps de dérouler les matelas, trois policiers municipaux arrivent et sans ménagement, exigent que nous dégagions. Les roms commencent à plier bagage. Il est illégal de nous évacuer d'un espace public, sans que nous ayons commis quoi que ce soit de répréhensible et sans nous donner aucune raison. Nous contestons. Les policiers sont décontenancés, affirment que c'est un espace privé, enfin.. qui appartient au Département de l’instruction publique, enfin... « Dégagez! ». Ils deviennent nerveux, demandent qu'Eric Roset arrête de prendre des photos. Ils ne semblent pas très au clair sur l’espace dans lequel ils interviennent, au nom de quoi. Reçoivent-ils des ordres ? Ils disent ne faire qu'appliquer les directives comme des enfants pris en faute. Mais quelles directives ? Ils l'ignorent ou le gardent pour eux comme un secret et continuent de pointer leur lampe torche sur les visages en mettant la pression : « bon, maintenant il faut dégager ». Le préau est désert, silencieux. Bouger mais pour aller où ? C’est absurde, il va pleuvoir. « Vous dégagez» Puis, menace à peine voilée: "Vous refusez donc de quitter les lieux" qui semble lourde de conséquences funestes. Brrrrrr. Une image nous revient en tête des films américains, ou au moins dans la fiction, le policier lit à la personne qu’il arrête ses droits. Ici, non. Trois policiers que les roms craignent parce qu’ils les connaissent pour leur donner des coups et du spray et les forcent, de jour comme de nuit, qu'il pleuve ou qu'il vente, à quitter un abri où ils n’importunent finalement personne pour tourner en rond dans la ville et se faire chasser ainsi par d’autres patrouilles de police, en pure perte. 

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Nous cédons. Par crainte que notre opposition coûte cher aux roms en représailles, quittons les lieux. Nous tournons en rond. Arrêt proche d'un arrêt de bus, mais impossible de dormir devant ce bâtiment. Le concierge évacue lui aussi. Une heure passe, la pluie menace de plus en plus. Nous rebroussons chemin vers le préau de l'école, y déroulons à nouveau les matelas. Il est deux heures du matin. La nuit passera ainsi, rythmée par les cris des jeunes qui boivent dans le parc, des ombres passantes. En veilles, réveils en sursaut, et sans retour de la police à cet endroit. C'est dire si leur intervention a porté ses fruit...
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A l’aube, le concierge arrive. Il ne parle pas. En levant son téléphone, il montre simplement qu’il appelle la police. Cela devient pavlovien. Nous replions les matelas, direction la plaine de Plainpalais pour un café que les roms ne veulent pas prendre dans un bistrot de la place par crainte d’en être chassés et pour ne pas créer de problèmes. Nous prenons des cafés à l’emporter et les buvons sur un banc. D’autres sans-abris arrivent. Il y a l’Armée du salut (environ 80 places), mais le Canton ne fait rien pour accueillir les personnes sans domicile fixe. On se salue, on hésite à se poser. Chacun-e- prend des nouvelles d'un tel ou une telle. Les roms reconnaissent Eric qui continue de prendre des photos. Il leur promet de les leur envoyer par la suite. Des couples prennent la pose. Genève en arrière-plan.   

7h15, une nouvelle journée commence… on se prend aussi à guetter la police, comme si nous étions devenus des criminels. Une voiture de police tourne à l’angle de la rue… on le pressent, il va falloir dégager… on bouge, on recommence à marcher. Buna ziua. Bonne journée!   

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16/10/2013

Un gentil derby de hockey

e6988.jpgGenève Servette hockey-club s'est incliné 4 à 1 à la maison contre Lausanne dans le derby de ce mardi. 4 buts à 1 autant dire une rouste, une dérouillée, une correction. Et pourtant, dans les faits, ce fût un très, très gentil derby. A peine six petites pénalités de deux minutes et pratiquement pas de charges. Un jeu de gentleman je vous le dis, presque de danseuses, n'était le fait que la danse est un exercice violent et que le corps y est soumis à très rude épreuve, plus qu'au hockey finalement. Ce match lémanique a plutôt ressemblé à un bal musette. Le puck, loin d'être disputé, était plutôt un cadeau dont on ne savait que faire: à toi à moi, à toi, allez... tu ne le veux pas, prends-le, je te le laisse volontiers... non non je n'en ferai rien... tu es sûr? Bref, on était plus proche d'une messe avec don d'hostie que d'une gué-guerre avec un gral à conquérir.

Culture et sport

Est-ce parce qu'une dizaine de joueurs lausannois sont passés par l'effectif genevois, que les deux clubs s'échangent des joueurs, se les prêtent, se les vendent, ou parce que deux couples de frères sont partagés entre les deux contingents (les frères Savary et Antonietti) que finalement l'on joue un peu au derby comme l'on joue à la dinette en famille aux Vernets? Je ne sais pas. Je connais moins le hockey que l'art contemporain, mais il semble au final que l'on s'étripe plus dans celui-ci que dans celui-là. Il semble en tout cas, à Genève, que la culture est plus compétitive que le sport. Il est plus dur d'y survivre. Quant à Lausanne, c'est plutôt l'inverse. Ce n'est pas pour rien que Lausanne a le siège du comité olympique international et que nous n'avons que le Grand Théâtre. A chacun sa croix. Il y en a de plus chères que d'autres...

Le derby des familles

Alors, derby lémanique ou promenade en famille? Quand on sait que Hugh Quennec, patron du genève servette hockey club mais aussi du Servette football club a des actions dans le club de hockey de Lausanne, c'est fort. Comment imaginer une compétition alors que tout le monde fait partie, à peu de choses près, du même contingent? En voilà une bonne raison de ne pas se faire trop mal. Au final, le véritable objectif de cette soirée caritative était surtout de ne pas se blesser. Ce fût un échec. L'impossible s'est produit. Le malheureux Eliot Berthon a reçu un puck en pleine poire, dévié par son coéquipier Berger. Jeux de mains jeux de vilain? Genève jouait pourtant comme ses pieds. Bon, les lausannois, eux, n'ont pas perdu le nord. Après un début poussif et un but reçu d'entrée (le traditionnel quart d'heure vaudois), ils s'échauffent, s'ébrouent -on ne réveille pas un vaudois impunément!- et hop: et un et deux et trois buts d'affilées! Les genevois ramassent la rondelle dans leurs filets, mines dépitées cannes basses, gants sur la glace. Pas de révolte ni de coups, l'aigle a piteuse allure et le lion un air de crack. Déjà (déjà!) les spectateurs quittent les gradins; ça se dépeuple très vite en tribunes. On peut pas dire que la rage de vaincre les habite -plus préoccupés d'aller chercher leur voiture en premier histoire de ne pas être pris dans les embouteillages-, que de pousser leur équipe? Ah lala, les supporters lausannois donnent alors de la voix "ici c'est Lausanne" "ici c'est chez nous" les effrontés! Un "frontaliers frontaliers frontaliers" impertinent, torse nu sur les murs en plexiglas de la patinoire claque chez les rupestres. Les pom pom girls sont jalouses, on leur vole la vedette; les frontaliers aussi, les genevois sont relégués en périphérie du classement. Et pan, c'est le 4 à 1 et c'est la fin.

Chauffer les oreilles du voisin

Que des frontaliers traitent de frontalier toi-même (c'est celui qui le dit qui y est) les locaux, fussent-ils leurs familiers et soumis au même patron qu'eux, on en rigole encore, car ça  ne manque pas de piquant, étant entendu que l'on est toujours le frontalier de quelqu'un d'autre et que lors de ce gentil derby, au final, personne ne s'y est senti vraiment dépaysé. A la fin du gala: quelques échauffourées, entre genevois - allez comprendre- mais peut-être que des eaux-viviens avaient une dent contre des Pâquisards, ou des servettiens contre des carougeois, suffisamment pour se chauffer les oreilles avant d'aller se frotter au cordon de police protégeant des lausannois tout content d'avoir triomphé et d'invectiver leurs copains avec des noms d'oiseaux. 4 buts à 1 au final, il fallait bien une petite baston en famille pour clore le gentil derby, ça fait partie du folklore. Bon, maintenant, je me demande si ce rituel fleurira à l'opéra au spectacle. Il paraît qu'ils jouent Wagner... encore un boche celui-là, ça pourrait en exciter plus d'un...     

13:14 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hockey, derby, famille, lausanne | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/10/2013

Debout les damné.e.s du sandwich!

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"Le système économique est complètement fou. Je suis persuadé que ça ne durera pas. Nous allons entrer dans une période de révolution et il faudrait la préparer". -Albert Jacquard-

Vendredi : indignation. Dimanche: élection. Mardi: utopie. Les jours qui viennent, ne dites pas que vous avez piscine, que les kids veulent aller à la montagne, vous ne serez pas crédibles. Suspendez les cours de gym. Zumba, bokwa, power-yoga, ça attendra. Il y a une rétrospective De Funès à la télé? Même Jess Owens ou Jesse James sur petit écran, ça ne fait pas le poids. McDo-boulot-dodo, emplettes à la Migros: embargo. Même la sieste est bannie -mmmmh c'était si bon pourtant-. Vous voulez du changement, une révolution? Debout, les damné-e-s du sandwich. Cette semaine ça ne rigole pas. Au menu: indignation, élection, utopie. Rien que ça. 

Vendredi: Indignation La Maison de Rousseau et de la Littérature (MRL) ouvre les feux avec un cycle de quatre jours  autour de l'indignation comme moteur de création. Russel Banks, guérillero US, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, lunettes au front, plume en bandoulière allume la mèche avec une lecture-conférence évoquant le rôle de l'indignation dans son parcours d'écrivain. Retour sur sa critique de la guerre d'Irak, la fondation de son ONG établissant aux États-Unis des lieux d'asile pour écrivain-e-s menacé-e-s? Trois jours d'atelier, d'écriture, de lectures et performances à la MRL suivront ce Big Banks. Alors, Collin, Rousseau, Fiedler, Lo Verso, Banks, même combat? A voir, à entendre surtout, ça va ferrailler sec en vieille-ville. Les livres vont voler, fumer les pages, chauffer les cartouches d'encre rouge. Poudre, paroles (paroles?)... il vous manque le programme. Vous souhaitez vous engager? C'est par là que ça se passe... suivez le sentier (éclairé): www.m-r-l.ch

Dimanche: Election Hasard du calendrier ou complot révolutionnaire: entre indignation et utopie, se faufilent les élections. C'est à Uni-mail que ça se passe. Les partis politiques prennent leurs quartiers dans des cafés transformé en bocal boursouflés de ballons et de bannières. Dans une ambiance de kermesse ou d'abattoir, les militant-e-s de la première à la dernière heure animent le boulevard Carl-Vogt ; ça ronge son crayon à l'attente des premiers résultats, tapote son écran, fume clopes sur clopes. On trouve le temps long. Le chewing-gum est insipide. On guette le serveur, les photographes les papables, en alternance. Transpiration fine (ne rien montrer surtout), commentaires petites vannes, avant d'aller vite vite sur un plateau télé et faire, quoi qu'il arrive, contre mauvaise fortune bon cœur. On prend un dernier bonbon au miel, au menthol. Allez, ça donne la gnaque avant les entrées triomphales, les mots d'ordres répétés ou la débandade discrète par une porte escamotée. Vous avez-eu l'impression de vous ennuyer durant cette campagne, venez à Uni-mail en fin de journée, ce sera votre revanche. Vous en aurez un jus condensé. Les jours d'élections sont à la politique, ce qu'une arrivée est à la course cycliste. Le reste du temps on s'y ennuie, sauf les spécialistes. Vous voulez les résultats des jeux électifs? Pour le sprint, suivez cette ligne: http://www.ge.ch/chancellerie

Lundi: Débriefing. Résultats au scratch. L'élu de la veille au soir est sorti de route. Cyclothymiques, fébriles tachycardes attention, c'est ce jour là que s'enclenchent les vraies dépressions. Les stratèges font leurs comptes, les autres nettoient leurs bureaux, parlent à leur porte-manteau.

signet_evenements.gifMardi: Utopie Soyez raisonnables, demandez l'impossible. La Fureur de lire a placé la barre haut au-dessus de l'horizon. Cap sur l'utopie cette année. Russel Banks, après s'être indigné, aimante à l'utopie. Vous voulez du concret? En voilà: Des Pourfendeur de nuages, un Lamouratoire d'écriture, une constituante piratesque, des utopies cyclolittéraires. Une Société secrète d'explorateurs municipaux, un troc de livre, une Nuitopie, un bristophone, archiborescence. Ah ah! Pour terminer cette semaine folle, Isabelle Huppert lira Sade miam miam. Plaisir, enfer, paradis, utopie ou neurasthénie: la révolution s'en vient. Si vous voulez du beurre sur vos utopies, la brioche c'est par là: http://www.ville-ge.ch/culture/fureur

Avalée cette semaine gargantuesque, c'est promis, vos sandwichs n'auront plus jamais la même saveur. Utopie?


 

 

11:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indignation, utopie, élection, russel banks, mrl, fureur de lire, grand conseil | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/09/2013

Tu votes ou tu votes pas?

 

élection,grand conseil,canton,inégalités,société,pme,économie,sécurité,éducation,santé

A 6 jours de l'élection du 6 octobre le taux de participation est toujours à moins de 10%. Le train est encore à quai, il est temps d'y monter. Après, ce sera trop tard, fini pour 5 ans, basta. Et suivant l'équipage, 5 ans, c'est long. Le 6 octobre, on élit avant tout 100 députés. Et ce n'est pas pour les mettre dans un wagon de première classe, mais pour qu'ils assurent la bonne marche collective, son service, sa conduite.

Alors citoyen-ne, voisin-e, tu veux être actrice du voyage, passager-e- concerné-e par la destinée du train, ou rester bêtement à quai à regarder passer les wagons? En démocratie, tu as pour mandat d'élire, mais aussi de surveiller, relancer, informer, contester ceux qui gouvernent par délégation afin qu'il fassent ce pour quoi on les élit: assurer la bonne marche de la société. En tout cas pas de leur offrir un voyage de 5 ans tous frais payé reconductible automatiquement. Citoyen-ne, voisin-e, voter te permettra ensuite de leur demander des comptes et de les placer devant leurs responsabilités. La priorité c'est aujourd'hui de lutter contre la pauvreté, pas contre les pauvres ; de lutter pour que la classe moyenne sorte la tête de l'eau, pas pour qu'elle s'y enfonce. On récolte de ses élu-e-s ce qu'on y a semé. Ou alors on change. Ou bien? 

Un bilan à faire

Avant de s'embarquer dans ce voyage de 5 ans, quel bilan tirer du voyage précédent?

La droite avec une majorité écrasante au Grand Conseil (68 députés contre 32 de gauche) 4 Conseillers d'Etat contre 3 a poursuivi sa politique de démantèlement des services aux citoyen-ne-s et de bradage de l'Etat. Cette majorité a mené le Canton au bord de l'implosion sociale et les inégalités n'ont cessé de croître ces dernières années. Cette droite chaotique a mené notre canton au bord de la faillite. Des politiques perverses et dangereuses pour les travailleurs et travailleuses, la stigmatisation des personnes au bénéfice de l'aide sociale ont rendu tous les liens sociaux plus fragiles. A force d'être férocement économistes, ces politiques ont perdues de vue celles et ceux qu'elles doivent servir: les citoyen-ne-s. Les libéraux-radicaux pousseront peut-être des cris d'orfraie devant ces affirmations, qu'ils le fassent. Ils aimeraient pratiquer l'art du serrage de boulons pour certains et l'ajout de service de première classe et de communication sur papier glacé pour d'autres en toute tranquillité, mais non. On ne peut pas tondre les citoyen-ne-s et avoir en plus leurs remerciements. Le peut-on?

Le new-management est dangereux pour la santé

Suppression du RMCAS, empilage de dossiers (jusqu'à 80 à l'Hospice Général sur des assistant-e-s sociaux débordés), augmentation des "critères" et des "barèmes" comme seules manières d'envisager l'humain. La guerre au doublon et la prime aux fusions d'entités a fait des victimes: les citoyen-ne-s. Une seule porte où s'adresser, et elle est bien gardée, n'entre plus qui veut et ça va empirer. Aux EPI (Etablissements publics pour l'intégration) le slogan c'est : "Après la fusion la culture d'entreprise". Allez voir ce qui reste du Département de la solidarité et de l'emploi après le passage de Monsieur Longchamp et avant que Madame Rochat, par un grossier tour de passe-passe, ne s'y fasse doucement oublier avant les élections.... La Santé? Et un et deux et trois plans de restructuration plus tard, allez écouter les travailleurs et travailleuses et rendez-vous aux urgences pour une petite attente de 6 heures, vous m'en direz des nouvelles. Vous cherchez un logement. Revenez dans 5 ans..... ou mettez trois mille balles sur la table. Merci qui? Merci Mark Müller, merci Longchamp, merci Rochat, merci Maudet.   

Les pauvres sous le tapis les beaux sur l'affiche?

L'Hospice Général ne fait plus son boulot par manque de moyens. Il fait donc refluer les personnes vers les communes ou simplement à la rue. Sous couvert de bonnes gestions et d'"intégration" avec un joli discours formaté new management les libéraux-radicaux coupent les prestations, fragilisent les prestataires ou les basculent vers d'autres horizons, espérant les perdre en route ou s'en débarrasser. Cela augmente la précarité sociale, et l'insécurité. 

Cette manière de (dé)faire les liens sociaux en créant des murs administratifs compose de fait des difficultés supplémentaire. Le culte du chiffre ne se marie pas avec la vie sociale. Ces politiques sont non seulement dangereuses mais surtout perverses. Le tout sécuritaire, voulu par Monsieur Maudet, avec des poses de caméras à plus 2 millions, des corps de police spécialisés qui se tournent les pouces pendant que d'autres triment sur le terrain; des dizaine de gendarmes et agents municipaux en plus qui au final font du travail administratif, tout cela coûte au final très très cher et n'éponge qu'à peine ce que les politiques anti-sociales voulues par Monsieur Longchamp et Madame Rochat ont contribué à créer.

Un autre quotidien est possible
La gauche, au quotidien, en travaillant sur le terrain, que ce soit pour soutenir l'économie sociale et solidaire ou en développant et en alimentant en Ville un fonds chômage ainsi que la Fondetec, Fond de soutien aux PME et aux start-up empoigne les enjeux autrement, sous l'angle de la durabilité. Elle lutte pour conserver une administration forte, redistributrice, créatrice d'emplois. Elle développe l'offre des places de crèche, développe une école inclusive, qui limite les décrochages et permet, si pas l'égalité des chances au moins de limiter la casse des inégalités. Elle a une vision plus large de ce qu'est la sécurité, et maintient un service public de qualité et efficace. La collectivisation des sols permet de retirer le terrain sous les pieds des spéculateurs. Un éducateur spécialisé dans chaque école c'est aussi moins d'insécurité dans les rues. 

Dernier départ pour la Genève qui se lève 

Il est temps, ici et maintenant, de changer cette majorité crasse du Grand Conseil, pour oser un autre modèle de société, et donner un autre rythme que celui du confort pour certains et les économies pour d'autres. C'est maintenant que tout se joue. C'est le dernier départ pour la Genève qui se lève. Après, le train partira pour 5 ans et que tu sois à quai ou pas, dedans ou non, voisin-e-, citoyen-ne-, habitant-e-, tu le sentiras passer, ça c'est garanti.


Alors, tu votes ou tu votes pas? 

24/09/2013

Abstention piège à con

Je n’irai pas voter, ils n’auront pas ma voix. Ma voix, je la couve, je la donne au silence, à la protestation muette. Ils n’auront rien de moi. Mon adhésion je la garde, et tant pis si je fais le jeu de la minorité gueulante, si je roule pour les pouvoirs en place, me condamne à manger le même plat durant 5 ans, personne ne me donne envie aujourd'hui, c'est ainsi. Je rends mon stylo, ma fourchette, je fais la grève de la faim des bulletins. C’est quand même le boulot des partis et de leurs candidat-e-s de me faire saliver et ouvrir l’appétit, non? Vais pas leur prémâcher le boulot?   

Je n’irai pas voter. Un budget de 7 milliards, n’importe qui peut le gérer, ça ne me regarde pas. D'ailleurs, c'est toujours les mêmes qui se partagent le gâteau; font des promesses et ne les tiennent pas. J'ai trop mangé mon pain noir, je préfère ne plus y mettre mon grain de sel. Et puis, il y a trop de dents en avant, trop d’égo, d’ambitions. Moi je ferme la bouche, préfère me taire et ne rien changer au menu indigeste. Je ne prendrai pas ma feuille. Mettre une croix ? Faut pas rêver non plus. Fermer l'enveloppe : exclu. Je ne lâcherai pas une miette. Et peu importe qui me servira la soupe pendant 5 ans. L’abstention c’est mon élection. Alors je rentre la tête dans les épaules, j’attendrai que ça passe (jusqu’à quand ?). Mes impôts je les paie, les feux rouges les respecte, on ne peut rien me reprocher.Je ne jette pas de papiers par terre, je ramasse mes crottes de chien, j'attends sagement mes trams même quand il n'y en a pas qui viennent. Pas de bruit après 22h, je râle sur les chuchoteurs et ne fais plus la fête. Je trie mes poubelles comme il faut, c'est des Eds qui récoltent les pots cassés. Je vide ma boîte aux lettres et tant pis s'il n'y a plus de poste dans mon quartier. Je suis un-e- bon-ne- citoyen-ne, mais voter, à d’autres de s’en charger. Faut pas trop m’en demander. De la démocratie, j’abandonne les droits pour les devoirs. D'ailleurs je ne sais pas comment ça marche, mais faut pas m'expliquer. Je fais la grève des bulletins. C'est décidé. 

J’accepte les décisions du 30%, de la moitié de la population, eux ce sont les vrais patrons. Au mieux je me tais, au pire je me la coince. Voter, c’est un droit pour ceux qui veulent être pris pour des pigeons. Moi, j'ai la rage froide et je me prive de son expression. Je ne veux pas légitimer la société. Le société ce n’est pas moi, elle ne me touche pas, je suis assis à côté, au-dessus en dehors, j’ai construit ma petite bulle, elle résiste sous la presse (jusqu'à quand?). Ce gouvernement, je n’y serai pour rien. On ne pourra rien me reprocher, je n’aurai rien fait. Je resterai neutre, enfin: absent (jusqu'à quand?). 

La démocratie pour moi, c’est aller dans un supermarché et accepter que d'autres remplissent mon caddy de ce qu'ils veulent sans contrôle sur les dates de péremptions. Pas de vérification du prix à payer. J'accepte même les produits avariés. Après, je déguste, bien évidemment. Je composerai avec mes haut-le-coeurs, comme je le peux. Parfois, c'est vrai, je regrette. J'aurai bien voulu oser autre chose. Mais j’ai renoncé à avoir des élus à mon image. Non, je n’irai pas voter, je ne ferai pas partie des 30% de ceux qui décideront de l’avenir du Canton; de toute façon ce n’est jamais mon avis qui l’emporte, jamais mon parti qui gagne. Je préfère l’abstention. C'est si bon, l'abandon.

Le 6 octobre je mettrai la tête dans ma télé ou j'irai jardiner, après je pourrai enfin critiquer pendant 5 ans, librement. De toute façon, on ne me demandera plus mon avis. Pester c'est si bon, c'est du petit lait.Abstention piège à con ? Ce billet ne me fera pas changer d’avis. Je veux bien être con, c'est acquis, mais j'ai ma fierté, même pas besoin d'essayer...

- Et si j'essayais cette fois, juste pour voir, de changer de catégorie? -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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09/09/2013

Bâtie: public pointu ou provincial?

Salaud de public. Il a payé, et il se croit tout permis. Il est venu assister à la représentation de Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersemaeker au Bâtiment des forces motrices dans le cadre du festival de la Bâtie et alors que la pièce s'ouvre par un long solo de violon Partita n° 2 en ré mineur de Bach qui donne son nom à la pièce, certains toussotent, se raclent déjà la gorge. Ah, les barbares, les bouseux, les culs-terreux. Mais chhhuuuuuut font les autres. Est-ce parce que la radicalité de la proposition en ce lieu passe moins bien qu'à ciel ouvert dans la cour d'honneur d'Avignon? Toujours est-il que les ingrat-e-s, qui ont payé pour voir et se retrouvent plongé dans le noir, trépignent sur place et le font savoir. Ils ne voient pas entrer les deux danseurs qui se déplacent dans la pénombre - pas sûr, de toute façon, au-delà du 15e rang, qu'ils puissent les distinguer encore- Alors si aux premiers rangs on communie, au-delà on expie- Ce spectacle est-il produit pour ceux qui ont pu se projeter devant le plus rapidement possible? L'émotion semble bien passer dans un rayon de 25 mètres autour de la scène, pour les initiés. Au-delà: bye bye, on regardera le spectacle à la télé la prochaine fois. 

Bon, ça courate en rond un petit moment, Anne essaie de rattraper Boris, Boris court après Anne, Anne fait du Boris, Boris s'adapte au système d'Anne. Anne vole, Boris tombe et nous, nous on observe. Enfin, on a quand même un peu le tournis. Certains salauds continuent de faire du bruit. La pièce manque de souffle, mais c'est normal, c'est minimal, c'est fait pour. Le salaud de public se sent un peu floué -il se sent tenu d'applaudir au milieu de la pièce - Mais c'est trop tôt, ils n'ont rien compris les bougres-. Les artistes prennent leur pied. Et nous: quoi? La pièce n'est pas achevée, ça fait tout juste 35 minutes qu'on y est. Pour certains cela semble déjà être long, ils le font savoir. Grrrrrr on se croirait à la Praille.

Coup de théâtre, une corde du violon, lâche au désespoir du violoniste - mince ma corde, je n'ai pas de violon en rab- sûr alors qu'il va se faire virer par Anne et qu'elle ne lui pardonnera jamais d'avoir fauté à ce moment là- Mais non, Anne n'est pas comme ça, n'est pas si vache. Même au tour de France, les champions ont les pneus qui crèvent, Anne le sait bien. Pourquoi cela n'arriverait-il pas aux artistes, même aux meilleurs? Pas besoin de faire cette tête là. On continue. Allez hop. On sait bien que la pièce ne doit pas se terminer maintenant, on a compris. Comment vont-ils se sortir de l'imprévu nos artistes?

Certains hésitent à applaudir -non, non, non, chuuuuuut, arrêtez- c'est si fragile. Anne et Boris nous  jettent un petit intermède improvisé comme un os à des chiens, allez battez-vous avec cela pendant que l'on attend que notre violoniste sorte des cordes. Petits pas de danse pour faire patienter, quelques jabs et mouvements de kung-fu, pieds jetés ; si vous avez l'impression de vous ennuyer, c'est normal, parce que tout ATDK-BC que l'on soit, ça nous perturbe aussi tout ça. On vous le fait d'ailleurs savoir. #tête d'enterrement #regards dépités #toomuchistoomuch. 

Et ce salaud de public, jamais capable de recevoir religieusement l'obole culturelle, se racle encore la gorge. Ne peut-il pas juste s'en aller silencieusement quand ils s'ennuie, sans trop le faire savoir? On pense alors revivre l'enfer de Castellucci en 2008 où les contraintes de la scène du Forum Meyrin avaient fait partir en fumée une partie de la pièce lui retirant toute puissance en plombant sérieusement le budget du festival. On en vient alors à se demander s'il est bien raisonnable de programmer à Genève des pièces crées avant tout pour la cour d'honneur du festival d'Avignon. Et si vraiment tout est transposable; si se payer des stars (et si possible plus cher qu'ailleurs) n'est finalement pas l'aboutissement absolu des villes de Province, et de leur rêve à toutes: faire venir un peu après tout le monde des artistes en se posant comme à la pointe. Rampling à la Comédie, tu iras voir? Moi j'avais adoré Cantat dans les Trachiniennes, je retournerai bien voir ma 21e pièce de Wajdi Mouawad... ouais ouais trop bien ! La culture, quand c'est fait par des stars, c'est un peu... pour des stars aussi, et nous en sommes. Johnny Halliday jouant Molière, chiche, on l'achète? Y'aura du monde, c'est clair, et une bonne couverture presse. 

Il faut se demander si faire des resucées du festival d'Avignon (Öhrn, Lauwers, Charmatz, Keersemaeker, Quesne cette année) permet au public provincial d'accéder à ce qui se fait de mieux sur les scènes d'Europe, ou juste de se la péter le temps d'une soirée en pensant se la jouer pointu. Et si, sans salle de dimension ambitieuse, sans salle dotée d'une véritable âme, Genève peut avoir cette ambition. Parce que le théâtre se fait quand même avant tout dans des lieux. Et dans des lieux qui ont une résonnance, une âme. On ne dépose pas n'importe quel objet culturel n'importe où. Entre le théâtre du loup et le Grand Théâtre où on cuit sur place, l'Association pour la danse contemporaine casée dans une école, la Comédie où ça sent le vieux et le BFM ou l'on se pense à l'Arena, c'est pas gagné d'avance. Salaud de public? Faut le comprendre, même si Antigel l'a habitué à aller visiter des piscines et des salles de gym en trouvant ça trendy, c'est quand même bien aussi d'habiter de véritables espaces culturels.   

Anne et Boris dansent encore. Ils font un dernier petit tour en rond et nous lancent un biscuit en rab' pour s'excuser du désagrément de la corde qui a sauté. J'ai décroché, c'est vrai, mea culpa. Anne envoie des bisous volants au public qui se lève et applaudit, moitié en transe, moitié transi, moitié soumis, moitié parti. Boris sourit.

Et on termine par un grand salut dans un émouvant moment de communion. Salut les artistes. Salut le public. Et vive la Bâtie.

 

 

 

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03/09/2013

Rhône: pas de risque zéro

Grande découverte pour les citadin-e-s que nous sommes, un fleuve, la montagne, ce n’est pas comme sur une application i-phone. Comme on ne part pas en randonnée sur le Mont-blanc en sandale on ne se jette pas dans le Rhône sans savoir nager, y être un minimum préparé. Est-ce le Rhône qui est mortel ou plutôt nos comportements de citadin-e-s déconnecté-e-s de la réalité des éléments qui posent problème ? Dites, pourquoi il y a-t-il moins d’accidents à Berne dans l’Aar : parce que l’Aar est moins vilaine que le vilain Rhône ou plus certainement parce que les habitant-e-s ont une plus longue pratique du cours d’eau et que les aménagements présents y sont plus efficaces ?

Sommes-nous à ce point coupés des éléments, isolés des forces naturelles pour ne pas dire dénaturés pour ne plus en appréhender les risques et apprécier les variations ? Le médecin cantonal cède à l’hystérie : « Il ne faudrait jamais se baigner dans le Rhône » Rhône, risque zéro? Mais alors, de la même manière : aller en montagne est mortel. Car le Salève tue aussi. Le médecin cantonal a-t-il lancé l’alerte dans la presse : « Il ne faudrait jamais aller marcher au Salève ? »

Certainement le Rhône est dangereux. Certainement la montagne l’est. Il y a des risques, mais c’est ce courant, c’est ce lieu qui en fait sa force. Le problème n’est donc pas le Rhône en soi, mais notre manière de citadin-e-s d’y aller sans regard de nos capacités, de nos forces et de l'acceptation que se jeter à l’eau c’est assumer de prendre un risque. Plutôt que de céder à l'hystérie, essayons de voir les choses en face. Qui sont les personnes décédées: des hommes pour la plupart, et jeunes. En général d'ailleurs, au niveau Suisse, les hommes représentent 80% des noyés et il se confirme que le groupe entre 15 et 24 ans est particulièrement touché. Ce n'est donc pas le Rhône qui pose problème. Il est là, il le restera, mais les conduites à risque de ceux qui bravent les flots en se jetant à l'eau allant y chercher une excitation. Ce sont aussi les plus imperméables aux discours de prévention.

La nature n’accueille pas de risque zéro. Le Rhône est, dans un environnement citadin, un espace sauvage et risqué. Quoique l'on décide, quoi que l'on dise, il le restera, pour le meilleur et pour le pire.

Interdire la baignade dans le Rhône conduirait à augmenter l’attractivité de la transgression. Et donc augmenterait les risques. Faut-il faire le procès des aménagements et des pontons? Mais les aménagements aident à sécuriser la baignade, et les gens se baignaient déjà avant ceux-ci. Ce qui importe désormais, c'est de renforcer l'information sur les risques, de faire de la prévention pour les nageurs que la proximité du fleuve dans la Ville invite et invitera toujours à se lancer à l'eau. Il faut bien cibler le public des jeunes hommes, signaler clairement les jours où l'activité du barrage du Seujet augmente le débit du fleuve et multiplie les risques; sécuriser les plongeons depuis le pont et placer des panneaux supplémentaires très clairs rappelant les risques et la responsabilité individuelle de celui qui s'engage dans l'eau.

A qui d'entreprendre ces démarches? Au Canton ou à la Ville? Mais aux deux! Avec les moyens dont ils disposent et sans tarder. Mais n'attendons pas que les morts s'empilent encore sous les pontons avant d'agir et de prévenir. Et puis, après, au risque d'être fataliste, mais parce que la liberté est à ce prix: la nature qui est telle qu'elle est et le Rhône qui ne respecte pas le risque zéro, continueront d'inviter à s'y risquer, au péril de sa vie, par de jolies journées d'été. 

 

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19/08/2013

Il joue à la roulette russe

24203231.jpgLa dernière affiche de l'UDC genevoise en vue des votations fédérale du 22 septembre sur la suppression de l'obligation de servir a la mérite de faire tomber les masques. Violence pure, volonté extrême de faire le buzz en choquant, le soldat Schwitzguebel joue à nous faire peur en se mettant en scène une arme pointée sur sa tête. Cela fonctionne. Il rend compte à merveille de la morbidité de l'armée et des dangers de celle-ci. Il faut faire de la publicité à cette affiche, elle desserre la cause d'une armée suisse qui soi-disant protégerait sa population et lui donne son vrai visage: une institution armée qui menace ses recrues, et tue, accidents après accidents ceux qui, par l'arbitraire de leur sexe ou de leur nationalité, ont le malheur d'y être engagé. L'armée d'amateurs telle que nous la connaissons menace la population plus qu'elle ne la protège en mettant des milliers d'armes en circulation et en initiant à la guerre. L'UDC illustre combien jouer avec les armes peut rendre agressif ou suicidaire. Si l'armée suisse a pour mission de défendre le pays qu'elle prétend servir, concrètement, elle est surtout une institution qui retourne ses armes contre ceux qui la servent. Et ceux qui la servent, avant de se défendre d'un ennemi, sont surtout prêt à en découdre avec eux-mêmes ou avec leurs proches. Les multiples morts en lien avec l'armée sont illustratifs. L'amateurisme et les armes, ça ne fait pas bon ménage.    

Une expérience à Savatan

Mon expérience personnelle de l'armée : 4 mois à Savatan pour une école de recrue. 1 mort. Un jeune homme plein de vie qui marchait peu et que l'on a sanglé pour forcer à avancer, ce qui l'a tué. Rien appris, rien lu, coûté cher à la société, en matériel, en heures de travail perdues et en veilles inutiles dans des trous creusés dans la montagne, siestes à l'arrière de camions, marches sans but dans la nature. Des milliers de cartouches vidées dans la montagne, parce qu'il fallait bien épuiser des stocks de munition. Des levers à 4h30 du matin pour attendre quoi: - rien. Le mythe de l'école de recrue facteur de mixité nationale c'est du bidon. On était entre romands, et ça ne volait pas haut. Cela n'a pas fait de nous "des hommes" mais des abrutis en groupe passant le visage au cirage des plus fragiles et tondant les cheveux des plus petits ou de ceux qui ne tenaient pas les secouées à l'abricotine du mardi matin. L'uniforme porté par des amateurs rend con. L'uniforme porté par plusieurs cons rend au mieux très très con, au pire: méchant.  

Les obsédés des armes repartaient à la maison le vendredi avec des cartouches volées dans les poches avant d'aller se bourrer la gueule le samedi pour oublier qu'ils devaient revenir le lundi. Mon expérience de l'armée aujourd'hui: des courriers qui me viennent de Berne pour me demander si j'ai bien rendu mon fusil militaire il y a environ 10 ans, car l'armée ne sait plus si je l'ai rendu ou pas. Comme je n'ai pas répondu à une première lettre, un rappel deux mois après m'est parvenu et puis plus rien. Aujourd'hui, non seulement l'armée ne sait pas si j'ai rendu mon arme ou pas, mais en plus, elle se moque de savoir que je lui réponde ou non sur le fait que je la lui ai rendue. Bref, c'est le chaos, et on ne parle pas d'allumettes ou des factures Billag, mais d'un fusil militaire. L'amateurisme semble aussi régner en maître à l'arsenal central.  

Vive l'armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, tant qu'elle n'oblige que les mecs

Vive l'armée de mecs amateurs, garantie tout risque contre tous les terroristes

Vive l'école de recrue, vacances garanties où l'on risque sa vie

Vive la mythologie des armes, ça peut toujours servir à un arrêt de bus

Vive n'importe quelle armée, du moment que l'on en a une

Vive les accords militaires avec des états en guerre. Il y a de l'argent à se faire. L'armée de milice sert à tester à peu de frais notre matériel

Combien de morts chaque année grâce à l'armée suisse? Entre les tombés de camion, les noyés de rafting (5 morts sur la Kander en 2008), les ensevelis sous les coulées de neige (6 morts à la Jungfrau en 2010), les heurtés par les tanks (Bure, 2011, 16 blessés graves) les dégommé-e-s à un arrêt de bus par des recrues (Zurich, 2007, 1 morte), les supprimé-e-s au hasard (Dübendorf 2013, 1 blessé grave, Daillon 2013, 3 morts, 2 blessés gravement par un ancien capitaine de l'armée, Menznau, 3 morts, 7 blessés, Baden, 2007, 1 morts, 4 blessés grave etc., etc ) les personnalités (Corinne Rey-Bellet supprimé à l'arme d'officier en 2006), liste non-exhaustive et qui ne retient pas les nombres importants de suicides à l'arme militaire. Nous sommes tous et toutes, toi, toi, toi et moi, et toi encore, victimes potentielles des petits Schwitzguebel qui jouent avec les armes en les pointant sur eux, sur d'autres, en affiche mondiale ou plus banalement depuis leur fenêtres vers la rue. 

Une obligation de servir très récente

L'instauration du service militaire obligatoire ne date que de 1874.  Les conscrits avaient alors à charge de s'auto-armer. L'Etat disposait alors de moyens limités, il a relancé des mythes comme celui de Guillaume Tell et celui du citoyen-soldat, utiles pour discipliner les citoyen-ne-s. Mais désormais, le pouvoir est suffisamment fort pour ne pas laisser traîner des armes dans la natures et les confier à n'importe qui. 466 morts par arme à feu en Suisse 1998. Il y en avait 221 en 2010. Cette baisse va de pair avec la dimimution des effectifs militaires de 850'000 hommes dans les années 1990 à 180'000 actuellement. Moins il y a de soldats, moins il y a d'armes, moins il y de morts. C'est mathématique. Moins il y a d'amateurs qui peuvent se procurer d'armes, moins on risque sa peau. L'armée suisse telle qu'elle est construite aujourd'hui, avec une obligation de servir anachronique, devient une menace plus qu'une assurance.

A quoi sert une armée de milice? A donner aux petits Breivik en puissance des munitions. L'affiche de l'UDC donne la juste image de l'armée suisse. Armée à laquelle il nous est proposé de retirer rapidement les armes cédées aux citoyens qui les manipulent. Chaque citoyen enrôlé en moins c'est un risque diminué. Le 22 septembre, je vote OUI à la suppression de l'obligation de servir pour assurer un peu plus la paix civile et empêcher tous les petits Schwitzguebel de faire un carton.  

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée suisse, udc, milice, amateurisme, meurtre, 22 septembre | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2013

Grand homme, petit dormeur: éloge de la couille

sexisme,le matin,presse,politique,maudet,barthassat,dal busco,künzler,rochat,etc.,féminisme,virilité,couilleFallait-il se lever tôt aujourd'hui ou plutôt dormir debout comme des somnambules pour avaler le matin Dimanche et son article édifiant sur les hommes politiques qui se lèvent à 4h30 ou 5h pour être actifs le matin? Cet éloge des hommes qui veulent être la hauteur de l'adage l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt est une charge contre les femmes. L'adage dit bien à ceux et pas à celles; les femmes, c'est bien connu, lambinent et ronronnent dans leur sensualité, l'article nous le rappelle en les excluant. Trop lentes: hors-jeu. Du balai.

Le sexisme revient au sprint

A ces heures matinales où nous dormons, rêvons, faisons l'amour, poétisons, récupérons de la soirée de la veille, bref : vivons, nous sommes en-dehors du champ du pouvoir. Car le pouvoir c'est la puissance. Et la puissance vient de la virilité qui est forcément masculine. CQFD. Il faut le réaffirmer:  le vir, dans sa racine étymologique veut dire: le guerrier, l'homme. Le vir est même devenu le dénominateur du sexe masculin et par extention de l'humanité entière. Le pouvoir c'est le vir: le membre. Et les testicules, du latin testis témoin, témoignent du fait d'en être doté. Les testicules, testis culus, c'est donc littéralement avoir des couilles au cul et témoigner de sa virilité. Il faut donc lire cette mise en scène virile des grands hommes qui dorment peu par Le Matin comme une éloge de la couille et une mise en scène politique de la domination masculine.

Le pouvoir est réservé aux couillus. Et les couillus sont ceux qui se lèvent tôt, les super-mâles. Alors, les plus tôt debout, les plus virils, les plus actifs? Oui. Et encore mieux s'ils chassent les bêtes, les dominent, dirigent à l'armée d'autres mâles. Pourquoi Dal Busco sera élu au Conseil d'Etat et pas Barthassat? Pour une question de centimètres, au finish? Ou parce que Serge fait plus jeune, court le marathon, a une poignée de main ultra-virile et se lève tôt, alors que Luc cavale de noces en vogues, se couche tard et rigole? Le modèle de domination pourrait privilégier l'un au détriment de l'autre, mais la moto et la culture de la terre, permettont peut-être à l'hédoniste de regagner du terrain perdu sur l'homme de fer.

Une étude américaine le démontre, il y a une corrélation entre celui qui a des couilles et le courage. Celui qui n'en a pas n'a pas de force, pas de courage, c'est donc... une femme. Voilà pourquoi le PDC ne présente que des mecs et pourquoi les PLR cachent les leurs. Chère Isabel, si tu avais des couilles et si tu faisais du jogging, tu serais peut-être réélue. Tu sais ce qui te reste à faire: arrête de faire ta gonzesse. Il n'est pas trop tard pour faire campagne, prends de la testostérone! Le sexisme revient au sprint. Nous voilà revenu à l'âge des cavernes.

Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Ce que fait le Matin:

1) Une éloge gratuite du masculin. Parce que les femmes en sont exclues, hormis Doris Leuthard, qui a droit à une petite ligne parce qu'elle a renoncé à avoir des enfants pour porter un projet politique. Le Matin aurait dû aller plus loin et noter les temps de celui qui vide une bière le plus rapidement, urine le plus loin, a le plus grand nombre de conquêtes, propulse un noyau de cerise au-delà de ses limites. Ils se sont contentés du chrono, du classement, et de poser la couronne sur la tête du champion. Tout y est pour célèbrer le mâle dans sa puissance. Pas une femme sur le "podium" des surhommes (par définition, les frontières du genre et de la domination sont bien gardées). Mais où sont-elles les femmes? A la cuisine? Derrière leur grand homme (le petit dormeur)? Se lèvent-elles pour des tâches moins visibles et viriles que faire un jogging ou lire son courrier? Type: s'occuper des enfants, nettoyer le salon? - Il faudra lire Fémina pour le savoir... ah, ça tombe bien, il est en supplément-

2) Une mise en scène politique et morale. La mise en scène de cette masculinité dominante rappelle les heures les plus racoleuses du sarkozysme en mettant en avant un élu au trot dans la rade à 50 jours d'une élection cantonale. La question entre dormir peu et agir beaucoup est rhétorique, elle recouvre de fait un outil de promotion people et personnelle. Nul doute que cette publicité gratuite vaut son pesant de sueur. 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC. Tous des mecs, des bons mecs de droite qui se lèvent tôt. Mais se lèvent-ils tous pour courir? Non. Philippe Pidoux (PLR) se redresse pour s'occuper modestement de son cheval. Il rappelle:  "Il n'y a aucune vertu à cela. Les relations entre un homme et sa monture sont semblables à celles d'un homme et d'une femme. On sert d'abord avant d'être servi." Ah, la vache! Vu le choix du journaliste de les exclure, la phrase courtoise pourrait être remaniée pour les femmes en politique: " Nous on sert d'abord pour se faire monter ensuite". Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Sexisme partout égalité nulle part

Le sexisme revient au sprint. Il imbibe les rapports de domination, de leadership, et évacue les questions politiques portant sur l'éducation des enfants, des gardes, des rôles attribués aux femmes et qui les ralentissent dans les courses au podium et aux flashs, aux emplois en vue. On croyait l'ère Sarkozy et la mise en scène médiatique du jogging révolue. Non. On nous la refait en nous rejouant le cirque de l'hyperactif qui ne s'arrête jamais. On croyait que le suicide de Carsten Schloter serait un avertissement pour les surhommes. Mais non. La pression sociale et la nécessité de dépasser les limites et de s'afficher en téflon les pousse à s'aligner à bloc sur la ligne de départ. Et Vae victis, qu'ils aillent tous se faire pendre.

Il faut lire le Matin dimanche avant de le recracher, parce qu'il illustre le fait que le sexisme est présent ici maintenant, partout, en force, tout le temps. Que l'air du temps est un air vicié qui nous ressert les mêmes rengaines de vieux modèles de domination. Que ces modèles de domination sont masculins; qu'au nom de la neutralité journalistique, ils servent les pouvoirs dominants. Après cela, il faut mettre ce journal à la poubelle, ses préjugés sexistes et politiques avec.... et choisir résolument son camp histoire de construire une société ou ce n'est pas celui qui a les plus longues dents, les plus grosses jambes, des couilles en or qui l'emportera mais celle (ou celui) qui porte un projet collectif pour le plus grand nombre, jeunes comme vieux, homme comme femmes.   

15/08/2013

Les pandores veillent au bain?

 

download.jpgTous sur le pont pour éviter les noyades. Vraiment ? Cinq agents de la police municipale, un gendarme pour surveiller un pont vide, diable ceux qui voudraient se jeter à l’eau n’ont qu’à bien se tenir durant les jours qui viennent. Le dispositif on ne saute plus, à défaut d’on ne se noie plus est en place. Il est plutôt imposant.

La noyade du mois de juin, celle de vendredi passé et l’alerte déclenchée ce dimanche ont laissé des traces. Peu importe que celle-ci n’ait pas été le fait de quelqu’un qui s’était jeté du pont mais depuis le quai du Stand ;  peu importe que la présence des pandores, si elle dissuade les sauts n’empêche quiconque de se jeter à l’eau. Au final ils sont 6 sur le pont, et ils guettent. Personne ne vient. Personne ne saute. Personne ne se noiera donc. Vraiment ? L’interdiction ne résout rien (sauf quand le niveau de l’eau est bas, ce qui n’est pas le cas ces jours-ci). Rassure-t-elle ? Pas sûr non plus. L'embargo sur les sauts, si ce n’est pas la meilleure « prévention » qui soit, est en tout les cas la plus coûteuse.  

Depuis 2007, le Conseil d'Etat a adopté un arrêté cessant d'interdire la baignade le long du Rhône en aval du pont Sous-Terre. Cet arrêté interdit néanmoins toujours les plongeons depuis le pont. En 2010, quatre échelles sur la rive gauche du Rhône ont été posées pour faciliter l'entrée et la sortie dans le fleuve. En 2011, trois pontons d'une longueur totale de 90 mètres ont pu être installés pour inviter à la baignade après des années de discussion. Un quatrième emplacement de 160 mètres doit encore être installé cet été. Mais on cherchera en vain des indications sur la température de l’eau, un maître-nageur surveillant les flots, une indication d’heures de baignade protégée. On cherchera en vain des douches pour préparer les nageurs à la baignade et prévenir les chocs thermiques, des toilettes publiques et des installations complémentaires sur place, un miroir pour permettre à celles et ceux qui sautent du pont de voir si un bateau arrive dessous, voire une indication de la profondeur ou de la vitesse de l’eau ? Pourquoi pas un petit commerce qui équipe les nageurs, vend des manchons, des bouées? Enfin, des panneaux d'avertissements plus grands, signifiants? On pourrait imaginer une distribution de papillons aux baigneurs pour leur rappeler les dangers du fleuve, les comportements de sécurité de base, le comportement à avoir en cas de début de panique et si quelqu’un se trouve en détresse ? Le Canton est propriétaire de l’eau, la Ville des berges. Qui est responsable de l’information pour ceux qui vont de la berge à l’eau ?

On oscille pour l’instant dans une schizophrénie douce entre facilitation de la baignade le long des berge et répression de celle-ci depuis le pont. Six hommes en armes sur un pont dissuadent un plongeur en short de sauter. Le message transmis est paradoxal : ici c’est interdit, mais d’en bas vous pouvez y aller : aucuns soucis. Aucuns soucis, vraiment ? Quelle est la différence de risque entre sauter du pont ou sauter de la berge ? Il n’y en a pratiquement pas.

En 2011, les socialistes avaient préconisés, en plus des pontons, l'installation d'une passerelle piétonne reliant la promenade de Saint-Jean à la pointe de la Jonction et soutenu l'idée de l'installation d'une plate-forme au milieu du Rhône afin que les personnes en difficulté puissent se raccrocher à quelque chose; ou que quelqu’un tout du moins puisse, en cas de difficulté, leur venir en aide. Pourquoi ne pas imaginer des cordes qui pendraient ici et là, et que l’on pourrait saisir ?

45 personnes ont  péri noyé en Suisse en 2012 selont la société suisse de sauvetage dont 35 hommes, 6 femmes et 4 enfants. Ce sont 5 victimes de plus que l'année précédente. Ce chiffre de 45 noyades se situe dans la moyenne des années précédentes. 21 personnes ont perdu leur vie dans des rivières, 16 dans des lacs, six lors de la plongée, une personne dans une piscine, et une personne dans une piscine privée. Si les mauvais nageurs évitent en général les fleuves et les cours d’eaux, à la Jonction, la proximité urbaine et l’engouement autour des lieux de baignade, rendent peut-être les choses différentes.

Il s’agit maintenant de réagir rapidement afin de limiter au maximum les risques de noyades et sécuriser autant que possible le fleuve sur ce tronçon. Amener la police sur le pont ne résoudra rien, elle serait bien plus utile ailleurs. On est donc en droit d'attendre du Canton, qui a les compétences en matière fluviale, d'appliquer les propositions durables et créatives qui existent afin que les noyades ne soient pas une fatalité, et le Rhône ou la victime elle-même trop facilement blâmables.

Se limiter à une schizophrénie armée, en tout cas, ne résoudra rien. 

 

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04/08/2013

Culture et érotisme en ville de Genève

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Ah la belle lune de miel que nous avons passé dans nos musées. Souvenez-vous, les 11 et 12 mai derniers alors que le soleil basculait derrière l'horizon, les genvois-e-s disaient oui aux musées en se passant tendrement la bague aux doigts. Oui à la culture, à l'ouverture de lieux d'ordinaire fermés à la nuit tombée, ouuuuuui, on a crié, beaucoup.

Les petites bagues bleues et roses échangées, c'était glamour, et scellait l'union gratuite et sacrée avec nos vieux musées moelleux qu'il nous faut vite rénover, au risque de ne plus y vivre que des amours platoniques ou surranées. Pendant que nous nous aimions ainsi le temps d'une nuit, en France, le peuple s'étripait sur le mariage gay. De voir voler tout feu tout flamme ces petits cupidons culs nus faisant la nique à Calvin m'a rendu guilleret. J'ai aimé.

Bon, l'after c'était priorité aux familles. Célibataire sans enfant, il valait mieux te rhabiller; là-bas on allait seulement se déhancher avec papy et mamy, promis juré. Les appolons et aphrodites avaient pour sûr bien mieux à faire que de courir derrière des armures ou une exhibition de chauve-souris. Quoique... c'était mal nous connaître, nous sommes venus en grappe y assister. 

Enfin, si Amsterdam a son musée du sexe, Genève aurait désormais sa nuit des musées! Mais non, voyons, cela n'a rien à voir. Vous ne pouvez tout confondre et comparer des pommes et des poires. Certaines mauvaises langues ont affirmé que nous en étions restés au stade des préliminaires; ambiance fleur bleue d'une nuit qui se termine avant même de commencer. Ah, les frustré-e-s, c'est qu'ils la voulaient plus dyonisiaque qu'aphrodisiaque cette soirée. Or, dans le mariage, ce n'est jamais la première nuit qui compte. Tout s'améliore avec le temps. D'abord on prend ses marques, puis la mesure, enfin ses aises. Et puis, premiers émois et vibrations, c'était le printemps, le temps était encore gris et froid. L'été venu, l'amour allait sortir du bois, les corps et la culture fusionner. Avant le premier août, vous alliez voir de quel bois nous nous chauffions. Sur un air de Joe Dassin? Plutôt de Selah Sue, idéalement.

Mais d'où allait venir ce geste dyonisiaque, le buzz érotique de l'été? Du Bain des Pâquis et de ses aubes lascives, des crépuscules orangés du théâtre de l'Orangerie, des nuits surrannées des fêtes de Genève aux lambadas serrées serrées? D'un rythme cubain sur la scène Ella Fitzgerald saturée de sueur ? Faudrait-il attendre jusqu'à la Bâtie? Non, pitié!

Surprise, le geste le plus culotté surgit de nulle part, ou plutôt de la maison Rousseau et de la littérature qui décida ni une ni deux de s'encanailler avec un strip-tease estival devant lequel même Nabokov aurait salivé. La maison invitait sur ses affiches les auteurs à venir faire des galipettes sur le gazon de jeunes nymphes alanguies, buste pointé vers le ciel, puis à venir nous raconter leurs aventures. Qu'est-ce qui inspire les auteurs aujourd'hui ? Mmmmh Plutôt un sourire ou des cheveux négligemment défaits? Allez savoir....

Mais alors, les écrivaines, les autrices, elles n'ont pas droit aux muses, ELLES? Pourtant, cinquante nuances de gris avait ouvert la voie. Et du grille-pain à la baignoire ce n'est pas l'électro-ménager qui manque aux ménagères pour écrire une nouvelle excitante. Qu'est-ce que les autrices se mettent sous la dent avant de créer? Et si on lançait un concours de nouvelles affiches pour que les autrices puissent aussi s'a muser... N'auraient-elles pas aussi droit à leurs jeunes museaux, jolis minois?

Bon, après ce petit coup de chaud, quels enseignements tirer:

1) La nuit des musées, destinée aux familles, avec ses cupidons culs nus qui nous tiraient des flèches en carton n'a pu rivaliser avec la MRL où les auteurs ont batifolé sur des lolitas champêtres à moitié nues à la barbe des autrices

2) La littérature est définitivement plus sexy, excitante que les musées. La force érotique est dans l'imaginaire, bien plus que dans les armures du MAH ou les chauves-souris du MHN. La tendance sera difficile à inverser. A moins que le musée de la Réforme..... 

3) La Culture à Genève carbure au guarana et au gingembre. Pourtant, le musée d'ethnographie est encore fermé. Imaginez une peu l'émeute pour la future expo sur les étuis péniens, l'ethnographie de la chambre à coucher, ça va dépoter... et puis, d'où viendra la prochaine flèche d'Adonis? Des bibliothèques ou du théâtre de Poche?

Culture et érotisme en Ville de Genève, fantastique mélange pour fantasmer. Je crois que je suis en train de tomber amoureux. Enfin. Vivement l'automne... 

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11:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, érotisme, genève, nuit des musées, les auteurs s'a muse, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/08/2013

IN CAQUELON WE TRUST

En préambule de la fin : Au nom de Dieu Tout-Puissant, je souhaite de très beaux feux du 1e août à tous les indiens de la réserve helvète.

On a vu des couscoussières péter, des marmites de bouillabaisses se fissurer, des poëlles à paëlla se briser, mais jamais au grand jamais un caquelon de fondue exploser. Cela pourrait-il arriver? Il y a-t-il un risque?  La réponse est non. Que cela explose, c'est impossible. 

Pourquoi? Parce qu'il n'y en a point comme nous. Le caquelon suisse est blindé, il n'explose jamais. A la limite, il implose, mais on ne va pas en parler ici (ce serait trop long à développer). Les casseroles sont au placard. Les sergents, les caporaux, les capitaines veillent au grain. Notre armée est équipée de caquelons derniers cris. 88% des ménages helvètes en possèdent. C'est plus que les pétards, juste un peu moins que les bagnoles. C'est notre arme d'indigestion massive. Et on est prêt à s'en servir si vous venez nous envahir misérables européens, avides américains à l'oeil torve, islamistes à barbe en bataille. Venez donc nous picorer le pain sur la fourchette, tondre la laine sur le dos, triturer les tétines de nos bonnes vaches à lait, nous vous accueillerons avec nos toblerone de 6e génération et des abricots à vous rompre le ventre. Vous en voulez à nos réserves de fromage, mangeurs de pâtes, de grenouilles de schubligs, de tortillas ou d'hostie? Nous avons des drones fins comme des fourchettes qui patrouillent à la frontière et des caquelons avec radars prêts à l'emploi. 

Notre réduit national est le caquelon. Nous aimons sa généreuse convivialité sélective. Notre armée de milice ne vaut rien si ce n'est jouer aux cartes et faire des balades en montagne, mais nous ferons voler des biscottes suédoises pour 6 milliards, nous en sommes capables! Le caquelon, c'est notre symbole, notre étendard, notre navire amiral, nos Champs-Elysées notre Piazza Grande, notre Coran, notre Bible, notre ouverture à la mer! Indestructible, il est fait pour résister à toute épreuve. Etanche, résistance éprouvée, construit pour une sécurité maximale, fonte à double font, clapet de sécurité avec antidérapant au manche, y'en a pas des comme nous, je vous le dis, rien ne peut nous arriver. Nous sommes assurés à la standard & Poor, c'est dire si ça rigole. IN CAQUELON WE TRUST! On n'aime pas les étrangers mais on n'est pas des cons non plus. Pour tous les expats bien dotés on sort les serviettes. On veut juste sélectionner qui s'invite à notre table. Si tu m'achètes mes villas, je t'offre ma fondue. 

Au caquelon on cuisine une fondue équilibrée, harmonieuse, avec des ingrédients de qualité. Rien d'autre, jamais. Le caquelon c'est pour la fondue. Point, barre. Ta lystéria tes poissons on n'en veut pas, ni tes légumes ni ta semoule. Contrôles sévères, normes d'hygiène maximales, avec une marge de liberté uniquement sur le soupoudrage du poivre. -Tu en mets dedans ou à côté? - A côté je préfère, tu peux y aller. Et pan, droit dans les yeux! Si tu peux tu peux toujours déposer plainte au Conseil de l'Europe. En attendant, finis ton assiette, range tes minarets, estime-toi heureux, c'est la meilleure manière de l'être.

Jamais, quoi qu'il arrive, un caquelon à fondue n'explosera en Suisse. C'est dans nos gènes. C'est comme ça. Nous avons une tradition vivace. IN CAQUELON WE TRUST. La Suisse n'est pas qu'un état policé. Elle porte aussi des valeurs de coeur. 

Tu as faim? Pas de piments, pas d'oignons, tous les risques ont été écartés. Plus d'alcool à brûler, une pâte bleue comme un chewing-gum pour faire flamber. Le kirsch est rationné. Tout est sous contrôle. Le feu sécurisé. Rajoute une louche de maïzena, mieux vaut trop de liant que pas assez. Un mètre de sécurité tout autour. C'est bon, je suis paré pour déguster. Il s'agit de touiller doucement le mélange de gommeux avec une petite pelle en bois de nos forêts -pas en fer, non, surtout pas-. Brasser, faire des huits toujours dans le sens des aiguilles de ta swatch jusqu'à l'obtention d'une belle homogénéité, couleur beurre frais, crème double ou patate fripée. Tiens, couleur d'Ueli Maurer bouilli en plus coloré. Voilà, elle est à point. On peut la manger! Mmmmh. Quand il y a des fils, ils sont toujours blancs, en tout cas pas rouges ou bleutés, on n'est pas dans un James Bond ici ou un péplum hollywoodien. La seule musique que je veux entendre c'est celle du vieux chalet avec le choeur des armaillis. Ta house, ta techno ton ethno et ton rap, tu laisses tomber. Montes dans ta chambre, aujourd'hui c'est la fête nationale, on ne regarde pas la télé.  

Pourquoi jamais un caquelon à fondue n'explosera en Suisse ? 

A) ça ferait chenit

A') ce serait pas joli joli

B) mais que vont penser les gens?  

C) vous en avez de ces idées !

D) Champ-Dollon Mühleberg UBS ou la grande Dixence nous péteront à la gueule bien avant

Pour ceux qui ne digèrent pas le plat national, dangereux gauchistes, méchants révolutionnaires, suspects crachant dans le caquelon tout en y becquetant, il reste une alternative de dingue:  se tailler une raclette. Avec quatre cornichons ça passe toujours très bien.  


08:09 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête nationale, fondue, cornichons, kirch, armée suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/07/2013

Cycliste on aura tes os

velo,sécurité,lcr,maudet,ralf latinaCycliste on aura tes os.

Le fait que tu puisses tourner à droite au feu rouge on n'en veut pas. Ne crois pas que l'on va essayer de te faciliter la vie. La route n'est pas à toi, tu n'es pas assez lourd pour l'abîmer, tu ne pèses donc pas. Les mêmes règles pour tous, une seule loi sur la circulation routière. Pas de facilités pour les cyclistes, que des désavantages et des risques. Voilà une loi, qu'elle est bonne. Elle nous plaît bien, n'en changeons pas.


Cycliste on aura tes os. Au feu vert, si tu ne démarres pas avant tout le monde, on te klaxonnera. Malheur à toi si tu ne pars pas bien droit sur ta selle. Prends ça: une bonne goulée de gaz d'échappements dans ta grimace ah ah ah ça t'apprendra à partir après tout le monde! On t'avait bien dit de rester chez toi, de prendre le bus, ou mieux de t'acheter une voiture, comme il se doit (5,6 millions de véhicules à moteur immatriculés en Suisse +22% depuis l'an 2000.) Sois gros ou tais-toi.

Cycliste on aura tes os. Si tu as le malheur de te dire que la seule manière de sauver ceux-ci c'est d'emprunter les trottoirs, fais gaffe, là non plus ce n'est pas chez toi. La semaine passé, Ralf Latina, un chasseur de cycliste, a braqué son revolver au poivre sur l'un d'eux. Comme si des 33 piétons tués sur les routes suisses un seul l'avait été par un vélo! Alors dis trente-trois, piéton. Et pense à chacun-e d'eux ....

Car non piéton, ce ne sont pas les vélos ta menace, tu te trompes de cible. Aménage plus de voies cyclables pour eux, donne-leur de la sécurité sur la route, et tu verras qu'ils ne viendront plus sur tes plate-bandes. Limite réelement le trafic au centre-ville, tes poumons, tes oreilles, tes enfants t'en seront reconnaissant. Tu veux ta place piéton, être en sécurité? Aide les cyclistes à avoir la leur! Soutiens la piétonnisation des routes, réduis le nombre de parking en ville, et ne terrorise pas les cyclistes qui ont droit, tout comme toi, à la sécurité. Ralf Latina, range ton pistolet au poivre, ta pétition, ou ils te feront faire un tour en tandem, et tu verras ce que ça fait, de rouler vraiment au milieu du trafic le cul sur une selle.   

Cycliste on aura tes os. Maudet est de notre côté, tu es un cyclo-terroriste, c'est prouvé. On va faire pleuvoir bûches, amendes, prunes sur toi, et le goudron et les plumes si tu continues. Maudet le dit, il voit une recrudescence de comportements anormal chez les cyclistes. Ah, l'ingénu! Avoir une conduite écolo, refuser le tout bagnole et revendiquer sa sécurité ça mérite évidemment une petite douille dans les gencives. Cycliste on aura ta peau. N'essaie pas de me prouver qu'il ne s'agit pas d'une question d'incivilité, de manque d'éducation ou de respect des lois quand tu t'adaptes comme tu peux. Ta question de survie et de rapport de force, je n'y crois pas. Tu es déviant pour le plaisir et il faut faire appliquer des lois qui favorisent les voitures au détriment des véhicules plus vulnérables. Alors ne limitons pas le trafic, n'aménageons pas de voies cyclables des espaces propres pour vélo, mobilions nos estaffettes de gendarmes derrière les fend-la-bise ou les dangereux tricératops à tricycles.

 Cycliste on aura tes os. Petit trophée on le mettra sur nos pare-choc, avec la queue de renard sous le rétro et on se baladera en klaxonnant le coude sur la fenêtre abaissée en sifflotant l'hymne à l'amour d'Edith.  Tiens, écoute ça: http://www.youtube.com/watch?v=sLBuErkHJ9c


Elle est pas belle, la vie?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29/07/2013

Cycliste on aura ta peau

vélo,sécurité,ralf latina,lcr,maudetCycliste on aura ta peau. Tout d'abord, on ne laissera pas 70 cm d'espace entre toi et le trottoir. Tout automobiliste qui se respecte te tassera contre celui-ci, te klaxonnera pour que tu t'écrases, et bien sûr quand on te dépassera, on essaiera si possible de te frôler voir de te shooter. Jamais on ne te laissera les 80 cm de sécurité entre toi et la bagnole avec laquelle nous faisons corps. Tu prends trop de place, tu comprends? Et tu as pour toi le désavantage de ne pas polluer, ni de faire de bruit. Pour tout automobiliste qui se respecte et qui poireaute au feu, coincé dans les embouteillages, voir un cycliste glisser dans le trafic est une insulte. Quoi, un véhicule qui avance à la seule force des mollets, gratuitement, à l'air libre? Malédiction! Le vélo est l'un des derniers ilôts de gratuité. Rien que pour cela, il est à abattre. Cycliste, dès que je le peux, je te coupe la route. Tu risques en général 7 fois plus d'accident par kilomètre parcouru que moi. Rappelles-toi qu'environ 40 cyclistes sont tués chaque année sur les routes, que 900 sont très gravement blessés et plus de 2000 esquintés.  

Cycliste on aura ta peau. Attends donc que je te serre et que je te klaxonne si tu fais mine de prendre un peu plus de bitume que le bas côté où tu dois être relégué. Bien sûr, tu ne rouleras jamais côté à côte avec un de tes partenaires. C'est seulement dans nos bagnoles que l'on peut prendre 2 mètres de large et se parler entre deux sièges. Toi, tu rouleras en file indienne, et tu fileras doux. Les discussions seront pour plus tard, ou alors vas-donc à la campagne, sur des routes désertes. Tiens, je m'achèterai bien un 4X4 juste pour te bouffer encore un peu d'espace et réduire encore tes marges de manoeuvre. Tu ne vois plus rien quand tu es derrière moi? Très bien. Restes-y.

Cycliste on aura ta peau. Pour cela, on augmentera au maximum nos distractions: musique, téléphone mobile, GPS, écran plat, on fera tout pour ne pas penser à toi, ni te voir. Sandwich, sac à mains, bouteille d'eau, chewing-gum, livre, café sur les genoux, maquillages, tout est bon pour dévier de la route. Phares, klaxons, sirènes: on fera tout pour t'effrayer. Mon habitacle sera insonorisé au maximum. Hein, quoi? Tu peux bien jouer de la sonnette, crier même, rien à faire, je ne t'entend pas. Quand tu roules, pour moi tu n'existes pas.

Cycliste on aura ta peau. L'hiver on ne déneigera pas tes pistes cyclables, l'été les scooters te les prendront. L'angle mort est fait pour tuer et nous le revendiquons. Quand parqués nous ouvrons nos portières, ne te trouves pas derrière, sinon tant pis pour toi.  La chaussée est la propriété des véhicules à moteur, c'est compris? Un bon cycliste est un cycliste mort ou un piéton bien rangé. La peinture éraflée de ma voiture contre ta vie, ça me va. Je peux vivre avec cela. Et puis, une bonne portière dans les dents, un rail de tram pour tes gencives, ça te fera réfléchir. Que je t'y reprenne à rouler trop près de moi, tu verras... 

Cycliste on aura ta peau. Tu voudrais rouler un peu plus au centre ? -D'autres voitures te rabattront sur le bas côté; on te talonnera - Si je le peux, je te dépasserai par la droite, juste pour le plaisir. Tu es trop lent. Tu me retardes. Tu as fait le choix de rouler vulnérable, san rien d'autre pour te protéger qu'un petit casque sur ta tête, assume maintenant. Il te faut risquer ta peau le matin pour aller au boulot. Débrouille-toi pour franchir les trois voies sur le pont du Mont-blanc et accroche ton vélo où tu peux. Jamais on ne permettra à 15 cyclistes de se mettre là où l'on peut parquer une seule voiture.  Tes vélibs tu peux te les mettre où je pense. Genève, capitale suisse du tout bagnole, numéro 1 en pollution, le restera encore longtemps. Ah, si seulement notre salon de l'Auto pouvait durer toute l'année! Ton vélo,  tu peux te le monter dans ton appartement pour le décorer. 40'000 vélos sont volés chaque année en Suisse. Ne laisse pas traîner ton biclou dans nos rues où on te le fauche.

Cycliste on aura ta peau. Quant à tes os, on les veut aussi. Je t'écris encore un mot là-dessus demain. D'ici là, bonne route et...  profite bien des averses du jour.

 

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23/07/2013

Attention: blog comestible

boletosphère,blogosphère,mycophilie,scriptophilie,écriture,blogs,politiques,social,cultureAller aux blogs, c'est un peu comme se rendre aux champignons. On ne sait jamais ce que l'on va y trouver, ni ce que l'on va en ramener. On pourrait y passer une partie de la journée en flânant, l'air distrait, l'oeil vague, sans y dénicher rien de bon, sans rien y voir ni avoir à se mettre sous la dent. Pire, il en est des blogs comme de certains bolets, comestibles seulement en apparence mais qui pèsent ensuite sur le ventre. S'il y a des bons coins pour champignonner, il en est certainement de même pour les blogs. Il y a les bonnes adresses. Il y a aussi des lieux de désert; la tentation demeure pourtant d'y retourner. N'avais-je pas trouvé une fois une morille là même où toujours je retombais sur... rien ? - Une amanite? Ah misère, même les empoisonnés je commence à les prendre en affection. Ils ont le mérite de pousser, de persévérer, de s'inscrire dans ce paysage lunaire. Blogosphère ou mycophilie: même combat!

Il en est des blogs comme des bolets. Bolets-de-fiel, bolets fissurés, bolets des charmes, mous, rose pourpre, rudes, pruineux, et même satan.... la cartographie des blogs ressemble aux taches crèmes sur les amanites tue-mouche. Et si je vais au blog comme aux champignons, afin de prendre l'air, de l'altitude, y creuser quelques idées, traverser des thèmes comme des sentiers en forêt, je me retrouve souvent à quatre pattes à chercher l'invisible dans des taillis obscurs.

Il y a une injonction sur le site de la TDG à l'écriture du blog :"Une note par semaine c'est bien! plus c'est mieux!" On est proche des prescriptions intimant 5 légumes et fruits par jour (et les champignons c'est quoi alors?) Précepte rempli de bon sens. Pourtant, les blogs ne sont pas bons pour la santé, j'en ai la preuve. Deux amis comparaient leurs nombres de visites et leurs statistiques comme gamins nous comptions nos billes. Dis: "combien de pages vues chez toi? - trois mille. Trois mille, ah la vache!  et toi ? Moi: deux mille seulement. Ah, c'est peu. Oui, c'est peu, tu l'as dit..." Ils comptent leurs clicks comme d'autres leurs like sur facebook. Ils comptent leur visites comme d'autres leurs amis sur un site de rencontre.

J'aime les blogs. Parce que l'écriture. Parce que dire. Parce que l'autre. parce que l'on s'y échine, échoue, heurte, s'y confronte, dans la langue. Certains auront le plaisir d'apparaître dans l'édition papier du lendemain, comme sur un menu du jour, d'autres seront mis en exergue sur la carte du site. Par quels ressorts cachés certains sortent des broussailles alors que d'autres restent tapis sous les feuilles? Nul ne le sait. C'est la main invisible de la rédaction, tel un nuage de Tchernobyl, qui en agrandit certains, en rapetisse d'autres. Et si tout est bon dans le champignon, il n'en est pas autrement dans les blogs, il suffit d'avoir l'estomac costaud, un bon canif pour la découpe, et un solide coup de fourchette pour la dégustation. 

J'aime les blogs comme d'autres leurs paniers leurs canifs. Quelques conseils: faut surtout pas faire trop long. Non. Surtout pas. Faut être bref. Oui, bref, absolument. Percutant? Oui: per-cu-tant! Coller à l'actu'? Oui, coller à l'actu, radicalement. Râler? Non, râler ça suffit, basta, et si on essayait plutôt la marche buissonnière? Coupe moi le pied de ce bolet hideux, enfin, de ce blog gluant - ok?- ok! il faut faire comme cela. Oui, comme cela, tu vois? Ah bon.

On peut rire de tout? Pas sûr. Mais écrire? Assurément....Vote électronique le doute, pour sauver une ruche, l'expertisme nous gagne, la messe est dite, la Syrie un conflit oublié, Suisse scandale des enfants parias, conservons l'armée de milice (beurk), rendez le ciel aux oiseaux! Geneva airport: pay to jump the queues, Kate et Williams: naissance du royal baby. Voilà pour la récolte du jour. Merci.

Je blogue donc je suis. Et je crois que je suis tombé bien blog. Toi tu me réponds, mais non, depuis quelque temps tu planes, mais j'ai bien aimé ce que tu as écrit sur la soupe aux champignons. Même si je n'ai pas tout compris, fallait oser.

Tu n'as pas tout compris?

Non.

Ah, dommage.

Pas grave. Mais un peu long quand même.

Un peu long?

Oui, mais c'était bon.

C'était bon?

Oui.

Ah. Merci...