sylvain thévoz

03/09/2013

Rhône: pas de risque zéro

Grande découverte pour les citadin-e-s que nous sommes, un fleuve, la montagne, ce n’est pas comme sur une application i-phone. Comme on ne part pas en randonnée sur le Mont-blanc en sandale on ne se jette pas dans le Rhône sans savoir nager, y être un minimum préparé. Est-ce le Rhône qui est mortel ou plutôt nos comportements de citadin-e-s déconnecté-e-s de la réalité des éléments qui posent problème ? Dites, pourquoi il y a-t-il moins d’accidents à Berne dans l’Aar : parce que l’Aar est moins vilaine que le vilain Rhône ou plus certainement parce que les habitant-e-s ont une plus longue pratique du cours d’eau et que les aménagements présents y sont plus efficaces ?

Sommes-nous à ce point coupés des éléments, isolés des forces naturelles pour ne pas dire dénaturés pour ne plus en appréhender les risques et apprécier les variations ? Le médecin cantonal cède à l’hystérie : « Il ne faudrait jamais se baigner dans le Rhône » Rhône, risque zéro? Mais alors, de la même manière : aller en montagne est mortel. Car le Salève tue aussi. Le médecin cantonal a-t-il lancé l’alerte dans la presse : « Il ne faudrait jamais aller marcher au Salève ? »

Certainement le Rhône est dangereux. Certainement la montagne l’est. Il y a des risques, mais c’est ce courant, c’est ce lieu qui en fait sa force. Le problème n’est donc pas le Rhône en soi, mais notre manière de citadin-e-s d’y aller sans regard de nos capacités, de nos forces et de l'acceptation que se jeter à l’eau c’est assumer de prendre un risque. Plutôt que de céder à l'hystérie, essayons de voir les choses en face. Qui sont les personnes décédées: des hommes pour la plupart, et jeunes. En général d'ailleurs, au niveau Suisse, les hommes représentent 80% des noyés et il se confirme que le groupe entre 15 et 24 ans est particulièrement touché. Ce n'est donc pas le Rhône qui pose problème. Il est là, il le restera, mais les conduites à risque de ceux qui bravent les flots en se jetant à l'eau allant y chercher une excitation. Ce sont aussi les plus imperméables aux discours de prévention.

La nature n’accueille pas de risque zéro. Le Rhône est, dans un environnement citadin, un espace sauvage et risqué. Quoique l'on décide, quoi que l'on dise, il le restera, pour le meilleur et pour le pire.

Interdire la baignade dans le Rhône conduirait à augmenter l’attractivité de la transgression. Et donc augmenterait les risques. Faut-il faire le procès des aménagements et des pontons? Mais les aménagements aident à sécuriser la baignade, et les gens se baignaient déjà avant ceux-ci. Ce qui importe désormais, c'est de renforcer l'information sur les risques, de faire de la prévention pour les nageurs que la proximité du fleuve dans la Ville invite et invitera toujours à se lancer à l'eau. Il faut bien cibler le public des jeunes hommes, signaler clairement les jours où l'activité du barrage du Seujet augmente le débit du fleuve et multiplie les risques; sécuriser les plongeons depuis le pont et placer des panneaux supplémentaires très clairs rappelant les risques et la responsabilité individuelle de celui qui s'engage dans l'eau.

A qui d'entreprendre ces démarches? Au Canton ou à la Ville? Mais aux deux! Avec les moyens dont ils disposent et sans tarder. Mais n'attendons pas que les morts s'empilent encore sous les pontons avant d'agir et de prévenir. Et puis, après, au risque d'être fataliste, mais parce que la liberté est à ce prix: la nature qui est telle qu'elle est et le Rhône qui ne respecte pas le risque zéro, continueront d'inviter à s'y risquer, au péril de sa vie, par de jolies journées d'été. 

 

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19/08/2013

Il joue à la roulette russe

24203231.jpgLa dernière affiche de l'UDC genevoise en vue des votations fédérale du 22 septembre sur la suppression de l'obligation de servir a la mérite de faire tomber les masques. Violence pure, volonté extrême de faire le buzz en choquant, le soldat Schwitzguebel joue à nous faire peur en se mettant en scène une arme pointée sur sa tête. Cela fonctionne. Il rend compte à merveille de la morbidité de l'armée et des dangers de celle-ci. Il faut faire de la publicité à cette affiche, elle desserre la cause d'une armée suisse qui soi-disant protégerait sa population et lui donne son vrai visage: une institution armée qui menace ses recrues, et tue, accidents après accidents ceux qui, par l'arbitraire de leur sexe ou de leur nationalité, ont le malheur d'y être engagé. L'armée d'amateurs telle que nous la connaissons menace la population plus qu'elle ne la protège en mettant des milliers d'armes en circulation et en initiant à la guerre. L'UDC illustre combien jouer avec les armes peut rendre agressif ou suicidaire. Si l'armée suisse a pour mission de défendre le pays qu'elle prétend servir, concrètement, elle est surtout une institution qui retourne ses armes contre ceux qui la servent. Et ceux qui la servent, avant de se défendre d'un ennemi, sont surtout prêt à en découdre avec eux-mêmes ou avec leurs proches. Les multiples morts en lien avec l'armée sont illustratifs. L'amateurisme et les armes, ça ne fait pas bon ménage.    

Une expérience à Savatan

Mon expérience personnelle de l'armée : 4 mois à Savatan pour une école de recrue. 1 mort. Un jeune homme plein de vie qui marchait peu et que l'on a sanglé pour forcer à avancer, ce qui l'a tué. Rien appris, rien lu, coûté cher à la société, en matériel, en heures de travail perdues et en veilles inutiles dans des trous creusés dans la montagne, siestes à l'arrière de camions, marches sans but dans la nature. Des milliers de cartouches vidées dans la montagne, parce qu'il fallait bien épuiser des stocks de munition. Des levers à 4h30 du matin pour attendre quoi: - rien. Le mythe de l'école de recrue facteur de mixité nationale c'est du bidon. On était entre romands, et ça ne volait pas haut. Cela n'a pas fait de nous "des hommes" mais des abrutis en groupe passant le visage au cirage des plus fragiles et tondant les cheveux des plus petits ou de ceux qui ne tenaient pas les secouées à l'abricotine du mardi matin. L'uniforme porté par des amateurs rend con. L'uniforme porté par plusieurs cons rend au mieux très très con, au pire: méchant.  

Les obsédés des armes repartaient à la maison le vendredi avec des cartouches volées dans les poches avant d'aller se bourrer la gueule le samedi pour oublier qu'ils devaient revenir le lundi. Mon expérience de l'armée aujourd'hui: des courriers qui me viennent de Berne pour me demander si j'ai bien rendu mon fusil militaire il y a environ 10 ans, car l'armée ne sait plus si je l'ai rendu ou pas. Comme je n'ai pas répondu à une première lettre, un rappel deux mois après m'est parvenu et puis plus rien. Aujourd'hui, non seulement l'armée ne sait pas si j'ai rendu mon arme ou pas, mais en plus, elle se moque de savoir que je lui réponde ou non sur le fait que je la lui ai rendue. Bref, c'est le chaos, et on ne parle pas d'allumettes ou des factures Billag, mais d'un fusil militaire. L'amateurisme semble aussi régner en maître à l'arsenal central.  

Vive l'armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, tant qu'elle n'oblige que les mecs

Vive l'armée de mecs amateurs, garantie tout risque contre tous les terroristes

Vive l'école de recrue, vacances garanties où l'on risque sa vie

Vive la mythologie des armes, ça peut toujours servir à un arrêt de bus

Vive n'importe quelle armée, du moment que l'on en a une

Vive les accords militaires avec des états en guerre. Il y a de l'argent à se faire. L'armée de milice sert à tester à peu de frais notre matériel

Combien de morts chaque année grâce à l'armée suisse? Entre les tombés de camion, les noyés de rafting (5 morts sur la Kander en 2008), les ensevelis sous les coulées de neige (6 morts à la Jungfrau en 2010), les heurtés par les tanks (Bure, 2011, 16 blessés graves) les dégommé-e-s à un arrêt de bus par des recrues (Zurich, 2007, 1 morte), les supprimé-e-s au hasard (Dübendorf 2013, 1 blessé grave, Daillon 2013, 3 morts, 2 blessés gravement par un ancien capitaine de l'armée, Menznau, 3 morts, 7 blessés, Baden, 2007, 1 morts, 4 blessés grave etc., etc ) les personnalités (Corinne Rey-Bellet supprimé à l'arme d'officier en 2006), liste non-exhaustive et qui ne retient pas les nombres importants de suicides à l'arme militaire. Nous sommes tous et toutes, toi, toi, toi et moi, et toi encore, victimes potentielles des petits Schwitzguebel qui jouent avec les armes en les pointant sur eux, sur d'autres, en affiche mondiale ou plus banalement depuis leur fenêtres vers la rue. 

Une obligation de servir très récente

L'instauration du service militaire obligatoire ne date que de 1874.  Les conscrits avaient alors à charge de s'auto-armer. L'Etat disposait alors de moyens limités, il a relancé des mythes comme celui de Guillaume Tell et celui du citoyen-soldat, utiles pour discipliner les citoyen-ne-s. Mais désormais, le pouvoir est suffisamment fort pour ne pas laisser traîner des armes dans la natures et les confier à n'importe qui. 466 morts par arme à feu en Suisse 1998. Il y en avait 221 en 2010. Cette baisse va de pair avec la dimimution des effectifs militaires de 850'000 hommes dans les années 1990 à 180'000 actuellement. Moins il y a de soldats, moins il y a d'armes, moins il y de morts. C'est mathématique. Moins il y a d'amateurs qui peuvent se procurer d'armes, moins on risque sa peau. L'armée suisse telle qu'elle est construite aujourd'hui, avec une obligation de servir anachronique, devient une menace plus qu'une assurance.

A quoi sert une armée de milice? A donner aux petits Breivik en puissance des munitions. L'affiche de l'UDC donne la juste image de l'armée suisse. Armée à laquelle il nous est proposé de retirer rapidement les armes cédées aux citoyens qui les manipulent. Chaque citoyen enrôlé en moins c'est un risque diminué. Le 22 septembre, je vote OUI à la suppression de l'obligation de servir pour assurer un peu plus la paix civile et empêcher tous les petits Schwitzguebel de faire un carton.  

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée suisse, udc, milice, amateurisme, meurtre, 22 septembre | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2013

Grand homme, petit dormeur: éloge de la couille

sexisme,le matin,presse,politique,maudet,barthassat,dal busco,künzler,rochat,etc.,féminisme,virilité,couilleFallait-il se lever tôt aujourd'hui ou plutôt dormir debout comme des somnambules pour avaler le matin Dimanche et son article édifiant sur les hommes politiques qui se lèvent à 4h30 ou 5h pour être actifs le matin? Cet éloge des hommes qui veulent être la hauteur de l'adage l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt est une charge contre les femmes. L'adage dit bien à ceux et pas à celles; les femmes, c'est bien connu, lambinent et ronronnent dans leur sensualité, l'article nous le rappelle en les excluant. Trop lentes: hors-jeu. Du balai.

Le sexisme revient au sprint

A ces heures matinales où nous dormons, rêvons, faisons l'amour, poétisons, récupérons de la soirée de la veille, bref : vivons, nous sommes en-dehors du champ du pouvoir. Car le pouvoir c'est la puissance. Et la puissance vient de la virilité qui est forcément masculine. CQFD. Il faut le réaffirmer:  le vir, dans sa racine étymologique veut dire: le guerrier, l'homme. Le vir est même devenu le dénominateur du sexe masculin et par extention de l'humanité entière. Le pouvoir c'est le vir: le membre. Et les testicules, du latin testis témoin, témoignent du fait d'en être doté. Les testicules, testis culus, c'est donc littéralement avoir des couilles au cul et témoigner de sa virilité. Il faut donc lire cette mise en scène virile des grands hommes qui dorment peu par Le Matin comme une éloge de la couille et une mise en scène politique de la domination masculine.

Le pouvoir est réservé aux couillus. Et les couillus sont ceux qui se lèvent tôt, les super-mâles. Alors, les plus tôt debout, les plus virils, les plus actifs? Oui. Et encore mieux s'ils chassent les bêtes, les dominent, dirigent à l'armée d'autres mâles. Pourquoi Dal Busco sera élu au Conseil d'Etat et pas Barthassat? Pour une question de centimètres, au finish? Ou parce que Serge fait plus jeune, court le marathon, a une poignée de main ultra-virile et se lève tôt, alors que Luc cavale de noces en vogues, se couche tard et rigole? Le modèle de domination pourrait privilégier l'un au détriment de l'autre, mais la moto et la culture de la terre, permettont peut-être à l'hédoniste de regagner du terrain perdu sur l'homme de fer.

Une étude américaine le démontre, il y a une corrélation entre celui qui a des couilles et le courage. Celui qui n'en a pas n'a pas de force, pas de courage, c'est donc... une femme. Voilà pourquoi le PDC ne présente que des mecs et pourquoi les PLR cachent les leurs. Chère Isabel, si tu avais des couilles et si tu faisais du jogging, tu serais peut-être réélue. Tu sais ce qui te reste à faire: arrête de faire ta gonzesse. Il n'est pas trop tard pour faire campagne, prends de la testostérone! Le sexisme revient au sprint. Nous voilà revenu à l'âge des cavernes.

Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Ce que fait le Matin:

1) Une éloge gratuite du masculin. Parce que les femmes en sont exclues, hormis Doris Leuthard, qui a droit à une petite ligne parce qu'elle a renoncé à avoir des enfants pour porter un projet politique. Le Matin aurait dû aller plus loin et noter les temps de celui qui vide une bière le plus rapidement, urine le plus loin, a le plus grand nombre de conquêtes, propulse un noyau de cerise au-delà de ses limites. Ils se sont contentés du chrono, du classement, et de poser la couronne sur la tête du champion. Tout y est pour célèbrer le mâle dans sa puissance. Pas une femme sur le "podium" des surhommes (par définition, les frontières du genre et de la domination sont bien gardées). Mais où sont-elles les femmes? A la cuisine? Derrière leur grand homme (le petit dormeur)? Se lèvent-elles pour des tâches moins visibles et viriles que faire un jogging ou lire son courrier? Type: s'occuper des enfants, nettoyer le salon? - Il faudra lire Fémina pour le savoir... ah, ça tombe bien, il est en supplément-

2) Une mise en scène politique et morale. La mise en scène de cette masculinité dominante rappelle les heures les plus racoleuses du sarkozysme en mettant en avant un élu au trot dans la rade à 50 jours d'une élection cantonale. La question entre dormir peu et agir beaucoup est rhétorique, elle recouvre de fait un outil de promotion people et personnelle. Nul doute que cette publicité gratuite vaut son pesant de sueur. 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC. Tous des mecs, des bons mecs de droite qui se lèvent tôt. Mais se lèvent-ils tous pour courir? Non. Philippe Pidoux (PLR) se redresse pour s'occuper modestement de son cheval. Il rappelle:  "Il n'y a aucune vertu à cela. Les relations entre un homme et sa monture sont semblables à celles d'un homme et d'une femme. On sert d'abord avant d'être servi." Ah, la vache! Vu le choix du journaliste de les exclure, la phrase courtoise pourrait être remaniée pour les femmes en politique: " Nous on sert d'abord pour se faire monter ensuite". Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Sexisme partout égalité nulle part

Le sexisme revient au sprint. Il imbibe les rapports de domination, de leadership, et évacue les questions politiques portant sur l'éducation des enfants, des gardes, des rôles attribués aux femmes et qui les ralentissent dans les courses au podium et aux flashs, aux emplois en vue. On croyait l'ère Sarkozy et la mise en scène médiatique du jogging révolue. Non. On nous la refait en nous rejouant le cirque de l'hyperactif qui ne s'arrête jamais. On croyait que le suicide de Carsten Schloter serait un avertissement pour les surhommes. Mais non. La pression sociale et la nécessité de dépasser les limites et de s'afficher en téflon les pousse à s'aligner à bloc sur la ligne de départ. Et Vae victis, qu'ils aillent tous se faire pendre.

Il faut lire le Matin dimanche avant de le recracher, parce qu'il illustre le fait que le sexisme est présent ici maintenant, partout, en force, tout le temps. Que l'air du temps est un air vicié qui nous ressert les mêmes rengaines de vieux modèles de domination. Que ces modèles de domination sont masculins; qu'au nom de la neutralité journalistique, ils servent les pouvoirs dominants. Après cela, il faut mettre ce journal à la poubelle, ses préjugés sexistes et politiques avec.... et choisir résolument son camp histoire de construire une société ou ce n'est pas celui qui a les plus longues dents, les plus grosses jambes, des couilles en or qui l'emportera mais celle (ou celui) qui porte un projet collectif pour le plus grand nombre, jeunes comme vieux, homme comme femmes.   

15/08/2013

Les pandores veillent au bain?

 

download.jpgTous sur le pont pour éviter les noyades. Vraiment ? Cinq agents de la police municipale, un gendarme pour surveiller un pont vide, diable ceux qui voudraient se jeter à l’eau n’ont qu’à bien se tenir durant les jours qui viennent. Le dispositif on ne saute plus, à défaut d’on ne se noie plus est en place. Il est plutôt imposant.

La noyade du mois de juin, celle de vendredi passé et l’alerte déclenchée ce dimanche ont laissé des traces. Peu importe que celle-ci n’ait pas été le fait de quelqu’un qui s’était jeté du pont mais depuis le quai du Stand ;  peu importe que la présence des pandores, si elle dissuade les sauts n’empêche quiconque de se jeter à l’eau. Au final ils sont 6 sur le pont, et ils guettent. Personne ne vient. Personne ne saute. Personne ne se noiera donc. Vraiment ? L’interdiction ne résout rien (sauf quand le niveau de l’eau est bas, ce qui n’est pas le cas ces jours-ci). Rassure-t-elle ? Pas sûr non plus. L'embargo sur les sauts, si ce n’est pas la meilleure « prévention » qui soit, est en tout les cas la plus coûteuse.  

Depuis 2007, le Conseil d'Etat a adopté un arrêté cessant d'interdire la baignade le long du Rhône en aval du pont Sous-Terre. Cet arrêté interdit néanmoins toujours les plongeons depuis le pont. En 2010, quatre échelles sur la rive gauche du Rhône ont été posées pour faciliter l'entrée et la sortie dans le fleuve. En 2011, trois pontons d'une longueur totale de 90 mètres ont pu être installés pour inviter à la baignade après des années de discussion. Un quatrième emplacement de 160 mètres doit encore être installé cet été. Mais on cherchera en vain des indications sur la température de l’eau, un maître-nageur surveillant les flots, une indication d’heures de baignade protégée. On cherchera en vain des douches pour préparer les nageurs à la baignade et prévenir les chocs thermiques, des toilettes publiques et des installations complémentaires sur place, un miroir pour permettre à celles et ceux qui sautent du pont de voir si un bateau arrive dessous, voire une indication de la profondeur ou de la vitesse de l’eau ? Pourquoi pas un petit commerce qui équipe les nageurs, vend des manchons, des bouées? Enfin, des panneaux d'avertissements plus grands, signifiants? On pourrait imaginer une distribution de papillons aux baigneurs pour leur rappeler les dangers du fleuve, les comportements de sécurité de base, le comportement à avoir en cas de début de panique et si quelqu’un se trouve en détresse ? Le Canton est propriétaire de l’eau, la Ville des berges. Qui est responsable de l’information pour ceux qui vont de la berge à l’eau ?

On oscille pour l’instant dans une schizophrénie douce entre facilitation de la baignade le long des berge et répression de celle-ci depuis le pont. Six hommes en armes sur un pont dissuadent un plongeur en short de sauter. Le message transmis est paradoxal : ici c’est interdit, mais d’en bas vous pouvez y aller : aucuns soucis. Aucuns soucis, vraiment ? Quelle est la différence de risque entre sauter du pont ou sauter de la berge ? Il n’y en a pratiquement pas.

En 2011, les socialistes avaient préconisés, en plus des pontons, l'installation d'une passerelle piétonne reliant la promenade de Saint-Jean à la pointe de la Jonction et soutenu l'idée de l'installation d'une plate-forme au milieu du Rhône afin que les personnes en difficulté puissent se raccrocher à quelque chose; ou que quelqu’un tout du moins puisse, en cas de difficulté, leur venir en aide. Pourquoi ne pas imaginer des cordes qui pendraient ici et là, et que l’on pourrait saisir ?

45 personnes ont  péri noyé en Suisse en 2012 selont la société suisse de sauvetage dont 35 hommes, 6 femmes et 4 enfants. Ce sont 5 victimes de plus que l'année précédente. Ce chiffre de 45 noyades se situe dans la moyenne des années précédentes. 21 personnes ont perdu leur vie dans des rivières, 16 dans des lacs, six lors de la plongée, une personne dans une piscine, et une personne dans une piscine privée. Si les mauvais nageurs évitent en général les fleuves et les cours d’eaux, à la Jonction, la proximité urbaine et l’engouement autour des lieux de baignade, rendent peut-être les choses différentes.

Il s’agit maintenant de réagir rapidement afin de limiter au maximum les risques de noyades et sécuriser autant que possible le fleuve sur ce tronçon. Amener la police sur le pont ne résoudra rien, elle serait bien plus utile ailleurs. On est donc en droit d'attendre du Canton, qui a les compétences en matière fluviale, d'appliquer les propositions durables et créatives qui existent afin que les noyades ne soient pas une fatalité, et le Rhône ou la victime elle-même trop facilement blâmables.

Se limiter à une schizophrénie armée, en tout cas, ne résoudra rien. 

 

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04/08/2013

Culture et érotisme en ville de Genève

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Ah la belle lune de miel que nous avons passé dans nos musées. Souvenez-vous, les 11 et 12 mai derniers alors que le soleil basculait derrière l'horizon, les genvois-e-s disaient oui aux musées en se passant tendrement la bague aux doigts. Oui à la culture, à l'ouverture de lieux d'ordinaire fermés à la nuit tombée, ouuuuuui, on a crié, beaucoup.

Les petites bagues bleues et roses échangées, c'était glamour, et scellait l'union gratuite et sacrée avec nos vieux musées moelleux qu'il nous faut vite rénover, au risque de ne plus y vivre que des amours platoniques ou surranées. Pendant que nous nous aimions ainsi le temps d'une nuit, en France, le peuple s'étripait sur le mariage gay. De voir voler tout feu tout flamme ces petits cupidons culs nus faisant la nique à Calvin m'a rendu guilleret. J'ai aimé.

Bon, l'after c'était priorité aux familles. Célibataire sans enfant, il valait mieux te rhabiller; là-bas on allait seulement se déhancher avec papy et mamy, promis juré. Les appolons et aphrodites avaient pour sûr bien mieux à faire que de courir derrière des armures ou une exhibition de chauve-souris. Quoique... c'était mal nous connaître, nous sommes venus en grappe y assister. 

Enfin, si Amsterdam a son musée du sexe, Genève aurait désormais sa nuit des musées! Mais non, voyons, cela n'a rien à voir. Vous ne pouvez tout confondre et comparer des pommes et des poires. Certaines mauvaises langues ont affirmé que nous en étions restés au stade des préliminaires; ambiance fleur bleue d'une nuit qui se termine avant même de commencer. Ah, les frustré-e-s, c'est qu'ils la voulaient plus dyonisiaque qu'aphrodisiaque cette soirée. Or, dans le mariage, ce n'est jamais la première nuit qui compte. Tout s'améliore avec le temps. D'abord on prend ses marques, puis la mesure, enfin ses aises. Et puis, premiers émois et vibrations, c'était le printemps, le temps était encore gris et froid. L'été venu, l'amour allait sortir du bois, les corps et la culture fusionner. Avant le premier août, vous alliez voir de quel bois nous nous chauffions. Sur un air de Joe Dassin? Plutôt de Selah Sue, idéalement.

Mais d'où allait venir ce geste dyonisiaque, le buzz érotique de l'été? Du Bain des Pâquis et de ses aubes lascives, des crépuscules orangés du théâtre de l'Orangerie, des nuits surrannées des fêtes de Genève aux lambadas serrées serrées? D'un rythme cubain sur la scène Ella Fitzgerald saturée de sueur ? Faudrait-il attendre jusqu'à la Bâtie? Non, pitié!

Surprise, le geste le plus culotté surgit de nulle part, ou plutôt de la maison Rousseau et de la littérature qui décida ni une ni deux de s'encanailler avec un strip-tease estival devant lequel même Nabokov aurait salivé. La maison invitait sur ses affiches les auteurs à venir faire des galipettes sur le gazon de jeunes nymphes alanguies, buste pointé vers le ciel, puis à venir nous raconter leurs aventures. Qu'est-ce qui inspire les auteurs aujourd'hui ? Mmmmh Plutôt un sourire ou des cheveux négligemment défaits? Allez savoir....

Mais alors, les écrivaines, les autrices, elles n'ont pas droit aux muses, ELLES? Pourtant, cinquante nuances de gris avait ouvert la voie. Et du grille-pain à la baignoire ce n'est pas l'électro-ménager qui manque aux ménagères pour écrire une nouvelle excitante. Qu'est-ce que les autrices se mettent sous la dent avant de créer? Et si on lançait un concours de nouvelles affiches pour que les autrices puissent aussi s'a muser... N'auraient-elles pas aussi droit à leurs jeunes museaux, jolis minois?

Bon, après ce petit coup de chaud, quels enseignements tirer:

1) La nuit des musées, destinée aux familles, avec ses cupidons culs nus qui nous tiraient des flèches en carton n'a pu rivaliser avec la MRL où les auteurs ont batifolé sur des lolitas champêtres à moitié nues à la barbe des autrices

2) La littérature est définitivement plus sexy, excitante que les musées. La force érotique est dans l'imaginaire, bien plus que dans les armures du MAH ou les chauves-souris du MHN. La tendance sera difficile à inverser. A moins que le musée de la Réforme..... 

3) La Culture à Genève carbure au guarana et au gingembre. Pourtant, le musée d'ethnographie est encore fermé. Imaginez une peu l'émeute pour la future expo sur les étuis péniens, l'ethnographie de la chambre à coucher, ça va dépoter... et puis, d'où viendra la prochaine flèche d'Adonis? Des bibliothèques ou du théâtre de Poche?

Culture et érotisme en Ville de Genève, fantastique mélange pour fantasmer. Je crois que je suis en train de tomber amoureux. Enfin. Vivement l'automne... 

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11:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, érotisme, genève, nuit des musées, les auteurs s'a muse, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/08/2013

IN CAQUELON WE TRUST

En préambule de la fin : Au nom de Dieu Tout-Puissant, je souhaite de très beaux feux du 1e août à tous les indiens de la réserve helvète.

On a vu des couscoussières péter, des marmites de bouillabaisses se fissurer, des poëlles à paëlla se briser, mais jamais au grand jamais un caquelon de fondue exploser. Cela pourrait-il arriver? Il y a-t-il un risque?  La réponse est non. Que cela explose, c'est impossible. 

Pourquoi? Parce qu'il n'y en a point comme nous. Le caquelon suisse est blindé, il n'explose jamais. A la limite, il implose, mais on ne va pas en parler ici (ce serait trop long à développer). Les casseroles sont au placard. Les sergents, les caporaux, les capitaines veillent au grain. Notre armée est équipée de caquelons derniers cris. 88% des ménages helvètes en possèdent. C'est plus que les pétards, juste un peu moins que les bagnoles. C'est notre arme d'indigestion massive. Et on est prêt à s'en servir si vous venez nous envahir misérables européens, avides américains à l'oeil torve, islamistes à barbe en bataille. Venez donc nous picorer le pain sur la fourchette, tondre la laine sur le dos, triturer les tétines de nos bonnes vaches à lait, nous vous accueillerons avec nos toblerone de 6e génération et des abricots à vous rompre le ventre. Vous en voulez à nos réserves de fromage, mangeurs de pâtes, de grenouilles de schubligs, de tortillas ou d'hostie? Nous avons des drones fins comme des fourchettes qui patrouillent à la frontière et des caquelons avec radars prêts à l'emploi. 

Notre réduit national est le caquelon. Nous aimons sa généreuse convivialité sélective. Notre armée de milice ne vaut rien si ce n'est jouer aux cartes et faire des balades en montagne, mais nous ferons voler des biscottes suédoises pour 6 milliards, nous en sommes capables! Le caquelon, c'est notre symbole, notre étendard, notre navire amiral, nos Champs-Elysées notre Piazza Grande, notre Coran, notre Bible, notre ouverture à la mer! Indestructible, il est fait pour résister à toute épreuve. Etanche, résistance éprouvée, construit pour une sécurité maximale, fonte à double font, clapet de sécurité avec antidérapant au manche, y'en a pas des comme nous, je vous le dis, rien ne peut nous arriver. Nous sommes assurés à la standard & Poor, c'est dire si ça rigole. IN CAQUELON WE TRUST! On n'aime pas les étrangers mais on n'est pas des cons non plus. Pour tous les expats bien dotés on sort les serviettes. On veut juste sélectionner qui s'invite à notre table. Si tu m'achètes mes villas, je t'offre ma fondue. 

Au caquelon on cuisine une fondue équilibrée, harmonieuse, avec des ingrédients de qualité. Rien d'autre, jamais. Le caquelon c'est pour la fondue. Point, barre. Ta lystéria tes poissons on n'en veut pas, ni tes légumes ni ta semoule. Contrôles sévères, normes d'hygiène maximales, avec une marge de liberté uniquement sur le soupoudrage du poivre. -Tu en mets dedans ou à côté? - A côté je préfère, tu peux y aller. Et pan, droit dans les yeux! Si tu peux tu peux toujours déposer plainte au Conseil de l'Europe. En attendant, finis ton assiette, range tes minarets, estime-toi heureux, c'est la meilleure manière de l'être.

Jamais, quoi qu'il arrive, un caquelon à fondue n'explosera en Suisse. C'est dans nos gènes. C'est comme ça. Nous avons une tradition vivace. IN CAQUELON WE TRUST. La Suisse n'est pas qu'un état policé. Elle porte aussi des valeurs de coeur. 

Tu as faim? Pas de piments, pas d'oignons, tous les risques ont été écartés. Plus d'alcool à brûler, une pâte bleue comme un chewing-gum pour faire flamber. Le kirsch est rationné. Tout est sous contrôle. Le feu sécurisé. Rajoute une louche de maïzena, mieux vaut trop de liant que pas assez. Un mètre de sécurité tout autour. C'est bon, je suis paré pour déguster. Il s'agit de touiller doucement le mélange de gommeux avec une petite pelle en bois de nos forêts -pas en fer, non, surtout pas-. Brasser, faire des huits toujours dans le sens des aiguilles de ta swatch jusqu'à l'obtention d'une belle homogénéité, couleur beurre frais, crème double ou patate fripée. Tiens, couleur d'Ueli Maurer bouilli en plus coloré. Voilà, elle est à point. On peut la manger! Mmmmh. Quand il y a des fils, ils sont toujours blancs, en tout cas pas rouges ou bleutés, on n'est pas dans un James Bond ici ou un péplum hollywoodien. La seule musique que je veux entendre c'est celle du vieux chalet avec le choeur des armaillis. Ta house, ta techno ton ethno et ton rap, tu laisses tomber. Montes dans ta chambre, aujourd'hui c'est la fête nationale, on ne regarde pas la télé.  

Pourquoi jamais un caquelon à fondue n'explosera en Suisse ? 

A) ça ferait chenit

A') ce serait pas joli joli

B) mais que vont penser les gens?  

C) vous en avez de ces idées !

D) Champ-Dollon Mühleberg UBS ou la grande Dixence nous péteront à la gueule bien avant

Pour ceux qui ne digèrent pas le plat national, dangereux gauchistes, méchants révolutionnaires, suspects crachant dans le caquelon tout en y becquetant, il reste une alternative de dingue:  se tailler une raclette. Avec quatre cornichons ça passe toujours très bien.  


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30/07/2013

Cycliste on aura tes os

velo,sécurité,lcr,maudet,ralf latinaCycliste on aura tes os.

Le fait que tu puisses tourner à droite au feu rouge on n'en veut pas. Ne crois pas que l'on va essayer de te faciliter la vie. La route n'est pas à toi, tu n'es pas assez lourd pour l'abîmer, tu ne pèses donc pas. Les mêmes règles pour tous, une seule loi sur la circulation routière. Pas de facilités pour les cyclistes, que des désavantages et des risques. Voilà une loi, qu'elle est bonne. Elle nous plaît bien, n'en changeons pas.


Cycliste on aura tes os. Au feu vert, si tu ne démarres pas avant tout le monde, on te klaxonnera. Malheur à toi si tu ne pars pas bien droit sur ta selle. Prends ça: une bonne goulée de gaz d'échappements dans ta grimace ah ah ah ça t'apprendra à partir après tout le monde! On t'avait bien dit de rester chez toi, de prendre le bus, ou mieux de t'acheter une voiture, comme il se doit (5,6 millions de véhicules à moteur immatriculés en Suisse +22% depuis l'an 2000.) Sois gros ou tais-toi.

Cycliste on aura tes os. Si tu as le malheur de te dire que la seule manière de sauver ceux-ci c'est d'emprunter les trottoirs, fais gaffe, là non plus ce n'est pas chez toi. La semaine passé, Ralf Latina, un chasseur de cycliste, a braqué son revolver au poivre sur l'un d'eux. Comme si des 33 piétons tués sur les routes suisses un seul l'avait été par un vélo! Alors dis trente-trois, piéton. Et pense à chacun-e d'eux ....

Car non piéton, ce ne sont pas les vélos ta menace, tu te trompes de cible. Aménage plus de voies cyclables pour eux, donne-leur de la sécurité sur la route, et tu verras qu'ils ne viendront plus sur tes plate-bandes. Limite réelement le trafic au centre-ville, tes poumons, tes oreilles, tes enfants t'en seront reconnaissant. Tu veux ta place piéton, être en sécurité? Aide les cyclistes à avoir la leur! Soutiens la piétonnisation des routes, réduis le nombre de parking en ville, et ne terrorise pas les cyclistes qui ont droit, tout comme toi, à la sécurité. Ralf Latina, range ton pistolet au poivre, ta pétition, ou ils te feront faire un tour en tandem, et tu verras ce que ça fait, de rouler vraiment au milieu du trafic le cul sur une selle.   

Cycliste on aura tes os. Maudet est de notre côté, tu es un cyclo-terroriste, c'est prouvé. On va faire pleuvoir bûches, amendes, prunes sur toi, et le goudron et les plumes si tu continues. Maudet le dit, il voit une recrudescence de comportements anormal chez les cyclistes. Ah, l'ingénu! Avoir une conduite écolo, refuser le tout bagnole et revendiquer sa sécurité ça mérite évidemment une petite douille dans les gencives. Cycliste on aura ta peau. N'essaie pas de me prouver qu'il ne s'agit pas d'une question d'incivilité, de manque d'éducation ou de respect des lois quand tu t'adaptes comme tu peux. Ta question de survie et de rapport de force, je n'y crois pas. Tu es déviant pour le plaisir et il faut faire appliquer des lois qui favorisent les voitures au détriment des véhicules plus vulnérables. Alors ne limitons pas le trafic, n'aménageons pas de voies cyclables des espaces propres pour vélo, mobilions nos estaffettes de gendarmes derrière les fend-la-bise ou les dangereux tricératops à tricycles.

 Cycliste on aura tes os. Petit trophée on le mettra sur nos pare-choc, avec la queue de renard sous le rétro et on se baladera en klaxonnant le coude sur la fenêtre abaissée en sifflotant l'hymne à l'amour d'Edith.  Tiens, écoute ça: http://www.youtube.com/watch?v=sLBuErkHJ9c


Elle est pas belle, la vie?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : velo, sécurité, lcr, maudet, ralf latina | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/07/2013

Cycliste on aura ta peau

vélo,sécurité,ralf latina,lcr,maudetCycliste on aura ta peau. Tout d'abord, on ne laissera pas 70 cm d'espace entre toi et le trottoir. Tout automobiliste qui se respecte te tassera contre celui-ci, te klaxonnera pour que tu t'écrases, et bien sûr quand on te dépassera, on essaiera si possible de te frôler voir de te shooter. Jamais on ne te laissera les 80 cm de sécurité entre toi et la bagnole avec laquelle nous faisons corps. Tu prends trop de place, tu comprends? Et tu as pour toi le désavantage de ne pas polluer, ni de faire de bruit. Pour tout automobiliste qui se respecte et qui poireaute au feu, coincé dans les embouteillages, voir un cycliste glisser dans le trafic est une insulte. Quoi, un véhicule qui avance à la seule force des mollets, gratuitement, à l'air libre? Malédiction! Le vélo est l'un des derniers ilôts de gratuité. Rien que pour cela, il est à abattre. Cycliste, dès que je le peux, je te coupe la route. Tu risques en général 7 fois plus d'accident par kilomètre parcouru que moi. Rappelles-toi qu'environ 40 cyclistes sont tués chaque année sur les routes, que 900 sont très gravement blessés et plus de 2000 esquintés.  

Cycliste on aura ta peau. Attends donc que je te serre et que je te klaxonne si tu fais mine de prendre un peu plus de bitume que le bas côté où tu dois être relégué. Bien sûr, tu ne rouleras jamais côté à côte avec un de tes partenaires. C'est seulement dans nos bagnoles que l'on peut prendre 2 mètres de large et se parler entre deux sièges. Toi, tu rouleras en file indienne, et tu fileras doux. Les discussions seront pour plus tard, ou alors vas-donc à la campagne, sur des routes désertes. Tiens, je m'achèterai bien un 4X4 juste pour te bouffer encore un peu d'espace et réduire encore tes marges de manoeuvre. Tu ne vois plus rien quand tu es derrière moi? Très bien. Restes-y.

Cycliste on aura ta peau. Pour cela, on augmentera au maximum nos distractions: musique, téléphone mobile, GPS, écran plat, on fera tout pour ne pas penser à toi, ni te voir. Sandwich, sac à mains, bouteille d'eau, chewing-gum, livre, café sur les genoux, maquillages, tout est bon pour dévier de la route. Phares, klaxons, sirènes: on fera tout pour t'effrayer. Mon habitacle sera insonorisé au maximum. Hein, quoi? Tu peux bien jouer de la sonnette, crier même, rien à faire, je ne t'entend pas. Quand tu roules, pour moi tu n'existes pas.

Cycliste on aura ta peau. L'hiver on ne déneigera pas tes pistes cyclables, l'été les scooters te les prendront. L'angle mort est fait pour tuer et nous le revendiquons. Quand parqués nous ouvrons nos portières, ne te trouves pas derrière, sinon tant pis pour toi.  La chaussée est la propriété des véhicules à moteur, c'est compris? Un bon cycliste est un cycliste mort ou un piéton bien rangé. La peinture éraflée de ma voiture contre ta vie, ça me va. Je peux vivre avec cela. Et puis, une bonne portière dans les dents, un rail de tram pour tes gencives, ça te fera réfléchir. Que je t'y reprenne à rouler trop près de moi, tu verras... 

Cycliste on aura ta peau. Tu voudrais rouler un peu plus au centre ? -D'autres voitures te rabattront sur le bas côté; on te talonnera - Si je le peux, je te dépasserai par la droite, juste pour le plaisir. Tu es trop lent. Tu me retardes. Tu as fait le choix de rouler vulnérable, san rien d'autre pour te protéger qu'un petit casque sur ta tête, assume maintenant. Il te faut risquer ta peau le matin pour aller au boulot. Débrouille-toi pour franchir les trois voies sur le pont du Mont-blanc et accroche ton vélo où tu peux. Jamais on ne permettra à 15 cyclistes de se mettre là où l'on peut parquer une seule voiture.  Tes vélibs tu peux te les mettre où je pense. Genève, capitale suisse du tout bagnole, numéro 1 en pollution, le restera encore longtemps. Ah, si seulement notre salon de l'Auto pouvait durer toute l'année! Ton vélo,  tu peux te le monter dans ton appartement pour le décorer. 40'000 vélos sont volés chaque année en Suisse. Ne laisse pas traîner ton biclou dans nos rues où on te le fauche.

Cycliste on aura ta peau. Quant à tes os, on les veut aussi. Je t'écris encore un mot là-dessus demain. D'ici là, bonne route et...  profite bien des averses du jour.

 

09:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélo, sécurité, ralf latina, lcr, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/07/2013

Attention: blog comestible

boletosphère,blogosphère,mycophilie,scriptophilie,écriture,blogs,politiques,social,cultureAller aux blogs, c'est un peu comme se rendre aux champignons. On ne sait jamais ce que l'on va y trouver, ni ce que l'on va en ramener. On pourrait y passer une partie de la journée en flânant, l'air distrait, l'oeil vague, sans y dénicher rien de bon, sans rien y voir ni avoir à se mettre sous la dent. Pire, il en est des blogs comme de certains bolets, comestibles seulement en apparence mais qui pèsent ensuite sur le ventre. S'il y a des bons coins pour champignonner, il en est certainement de même pour les blogs. Il y a les bonnes adresses. Il y a aussi des lieux de désert; la tentation demeure pourtant d'y retourner. N'avais-je pas trouvé une fois une morille là même où toujours je retombais sur... rien ? - Une amanite? Ah misère, même les empoisonnés je commence à les prendre en affection. Ils ont le mérite de pousser, de persévérer, de s'inscrire dans ce paysage lunaire. Blogosphère ou mycophilie: même combat!

Il en est des blogs comme des bolets. Bolets-de-fiel, bolets fissurés, bolets des charmes, mous, rose pourpre, rudes, pruineux, et même satan.... la cartographie des blogs ressemble aux taches crèmes sur les amanites tue-mouche. Et si je vais au blog comme aux champignons, afin de prendre l'air, de l'altitude, y creuser quelques idées, traverser des thèmes comme des sentiers en forêt, je me retrouve souvent à quatre pattes à chercher l'invisible dans des taillis obscurs.

Il y a une injonction sur le site de la TDG à l'écriture du blog :"Une note par semaine c'est bien! plus c'est mieux!" On est proche des prescriptions intimant 5 légumes et fruits par jour (et les champignons c'est quoi alors?) Précepte rempli de bon sens. Pourtant, les blogs ne sont pas bons pour la santé, j'en ai la preuve. Deux amis comparaient leurs nombres de visites et leurs statistiques comme gamins nous comptions nos billes. Dis: "combien de pages vues chez toi? - trois mille. Trois mille, ah la vache!  et toi ? Moi: deux mille seulement. Ah, c'est peu. Oui, c'est peu, tu l'as dit..." Ils comptent leurs clicks comme d'autres leurs like sur facebook. Ils comptent leur visites comme d'autres leurs amis sur un site de rencontre.

J'aime les blogs. Parce que l'écriture. Parce que dire. Parce que l'autre. parce que l'on s'y échine, échoue, heurte, s'y confronte, dans la langue. Certains auront le plaisir d'apparaître dans l'édition papier du lendemain, comme sur un menu du jour, d'autres seront mis en exergue sur la carte du site. Par quels ressorts cachés certains sortent des broussailles alors que d'autres restent tapis sous les feuilles? Nul ne le sait. C'est la main invisible de la rédaction, tel un nuage de Tchernobyl, qui en agrandit certains, en rapetisse d'autres. Et si tout est bon dans le champignon, il n'en est pas autrement dans les blogs, il suffit d'avoir l'estomac costaud, un bon canif pour la découpe, et un solide coup de fourchette pour la dégustation. 

J'aime les blogs comme d'autres leurs paniers leurs canifs. Quelques conseils: faut surtout pas faire trop long. Non. Surtout pas. Faut être bref. Oui, bref, absolument. Percutant? Oui: per-cu-tant! Coller à l'actu'? Oui, coller à l'actu, radicalement. Râler? Non, râler ça suffit, basta, et si on essayait plutôt la marche buissonnière? Coupe moi le pied de ce bolet hideux, enfin, de ce blog gluant - ok?- ok! il faut faire comme cela. Oui, comme cela, tu vois? Ah bon.

On peut rire de tout? Pas sûr. Mais écrire? Assurément....Vote électronique le doute, pour sauver une ruche, l'expertisme nous gagne, la messe est dite, la Syrie un conflit oublié, Suisse scandale des enfants parias, conservons l'armée de milice (beurk), rendez le ciel aux oiseaux! Geneva airport: pay to jump the queues, Kate et Williams: naissance du royal baby. Voilà pour la récolte du jour. Merci.

Je blogue donc je suis. Et je crois que je suis tombé bien blog. Toi tu me réponds, mais non, depuis quelque temps tu planes, mais j'ai bien aimé ce que tu as écrit sur la soupe aux champignons. Même si je n'ai pas tout compris, fallait oser.

Tu n'as pas tout compris?

Non.

Ah, dommage.

Pas grave. Mais un peu long quand même.

Un peu long?

Oui, mais c'était bon.

C'était bon?

Oui.

Ah. Merci...

 

 

 

13/07/2013

Pour une laïcité curieuse

Au nom du principe de la séparation des pouvoirs religieux et politique, certains veulent effacer le religieux de l’espace public, et prétendent que ce dernier n’y a pas droit de cité. La laïcité rigide est souvent portée par des prêtres agnostiques plus croyants que tout autres. En laïcité rigide, l’espace public est sacralisé. Il faut cacher les vitraux, ne pas rénover les églises, retirer tout signe religieux de l’espace public, interdire les chants comme « il est né le divin enfant ». La laïcité rigide se cache derrière un discours d’émancipation pour imposer une loi, celle de l’appauvrissement d’un passé, d'une culture d'ouverture, et d'un futur. Quoi, des musulmans qui jeûnent et se promènent ventre vide dans l'espace public? C'est une atteinte à la laïcité, cela devrait être interdit. On n'est est pas loin de ce genre de positions....

La laïcité rigide a des allergies. Elle est une posture, un principe, qui se décline comme se récite un rosaire, en répétant le même acte et martellant une même rengaine ,sans chercher à s’interroger sur la situation de l’autre, son légitime désir de croire et d’exercer sa croyance dans un espace laïc accueillant. Interdire, bannir, condamner, c'est la logique de ceux qui veulent une laïcité rigide. C'est celle de monsieur Weiss qui veut lancer une loi pour interdire le port du voile à l'école. Comme s'il n'y avait rien de plus urgent et important à faire? Dites, monsieur Weiss, cela concerne combien de personnes votre projet de projet de loi ?  Le Tribunal Fédéral vient lui rendre un avis de droit autorisant le port du voile à l'école pour deux jeunes femmes, évaluant que le leur interdire était "une ingérance dans la liberté religieuse". Voilà pour le droit.

Bien entendu, il était innapproprié de réserver spécifiquement un espace de prière pour des groupes chrétiens et musulmans à l'Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture) à Genève. Le Conseil d'Etat a fort judicieusement corrigé le tir en ouvrant ce lieu à toute personne qui en ferait la demande et pour toute activité de réunion ou individuelle. Il ne doit pas y avoir de lieux publics réservés exclusivement à des groupes de prière. Mais faire de l’école un lieu où l’enseignement du fait religieux n’aurait pas sa place et où des espaces pour la prière ne pourraient y être aménagés serait excessif. Il y a bien des salons de prières  dans des aéroports, et alors?  La Constitution garantit le libre exercice du culte et la liberté religieuse de chacun-e-.  

Les tenants de la laïcité rigide voient du religieux partout. Quand des femmes se baignent en burkini dans une piscine ils en font une question religieuse. Or, il s’agit d’une question vestimentaire et de l'application d’un règlement. Est-ce que les plongeurs peuvent mettre leur tenue de néoprène ? Les cours de sauvetage autorisent-ils les apprenants à se jeter tout habillé dans la piscine ? Oui ? Alors pourquoi discriminer des femmes qui porteraient un tissu spécialement adapté pour la baignade ?

Les tenants de la laïcité rigide se tiennent par la barbiche avec les hérauts d’une religiosité offensive. Au-dessus d’eux se tient le droit républicain constitutionnel de chacun-e-  d’exercer sa foi en toute quiétude et dans le respect absolu des croyances ou non-croyances de l’autre.   

Je suis pour une laïcité ouverte, qui respecte la liberté de chacun-e, place le droit au-dessus des peurs et des stigmatisations des minorités et donne à notre République le droit à chacun-e de vivre selon ses croyances dans l'espace public. C'est une certaine idée de la liberté qui est en jeu.  

 

 

23:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, interdiction, laïcité | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/07/2013

Mouvement des Calimeros Genevois

mouvement de calimeros,solidarités,créativités,complémentaritésCe n’est pas que je veux peindre la réalité en rose. Ce n’est pas que je veux faire comme si tout allait bien, car non, toute ne va pas bien. Mais aux pensées aigries qui disent que tout est foutu que Genève c’était mieux avant, et que surtout : c’est de la faute à celui-ci ou celle-ci que tout va mal, j’aurai envie de répondre et vous que faites-vous, extrêmes droites et droites dure, à part jouer aux petits calimeros aux dents longues ?  Vous avez le sentiment d’avoir une coquille sur la tête, c'est vrai elle est fendue, bien vissée bien en place pour des gens se réclamant "hors système". C’est votre seconde peau maintenant. Elle vous plaît tant que vous proposez à tout le monde de mettre la même. Et qu’est-ce qui changera si chacun il enfile sa coquille morcelée? Rien. Extrêmes droites et droites dures, c’est comme jouer au jeu du cul d’œuf contre un autre cul d'œuf. Souvent les deux coquilles se brisent – Au final : même pas d’omelette.  

Ne seraient-ils que victimaires, ce serait déjà lourd, mais ils ont surtout le besoin du scandale comme le pendu de sa corde. Il est donc surtout important de montrer que tout va mal, que c’est bien le bordel, et d’y contribuer à tout prix. Il y aura toujours un frontalier à désigner, un homosexuel à stigmatiser, un noir à prendre devant une caméra. Mais au final : quelles améliorations pour la population et les genevois ? Pas grand chose. Même rien. Un plaisir personnel de mise en scène satisfait, cela même si ils défendent la même chose que leurs voisins. Libéraux ou Calimeros : même combat.    

Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons. Nous avançons pour une Genève agrandie, ambitieuse, accueillante pour le plus grand nombre. Et nous avons besoin de développer des moyens pour cela, de nouvelles solidarités. L'avenir est de donner des moyens à une Genève volontaire, ambitieuse, dotée d'une fiscalité juste qui ne taxe pas plus les entreprises suisses que les autres; avec une attitude  à la Ville et à l’espace public fait de confiance et d’ouverture. Vous voulez continuer à râler, faire de l’obstruction, pour que rien ne bouge? Mais la vie est trop courte pour grommeler. Nous ne voulons pas de mouchoirs, mais des poignées de mains et les bonnes volontés qui nourrissent plutôt que d'ébranler ce qui tient. Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons.

Entre vous et nous, nous mesurons chaque jour la différence. 

08:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouvement de calimeros, solidarités, créativités, complémentarités | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/07/2013

Bien vu l'artiste

topelement.jpgPourquoi, en regard de la fumeuse météorite de la plaine de Plainpalais, la suspension du cheval mort de Maya Bösch et Régis Golay déposé au Zabriskie point à 500 mètres de là a-t-il été un tel fiasco tout en faisant scandale ? Manquait-il de gens pour présenter l’oeuvre ? Fallait-il avoir un décodeur pour bien la comprendre; l’œuvre ne se suffisait-elle pas à elle-même ? Aurait-il fallu faire le lien avec le public pour qu’il puisse se l’approprier ? Certes, la lanière a lâché trop vite. Mais cela veut-il dire que les moyens étaient trop restreints, que l’on avait trop tiré sur la corde, fait une œuvre avec des bouts de ficelle ?

Quel paradoxe ! Un outil pédagogique pour trier des déchets semble basculer dans le domaine de l’art contemporain et une œuvre d’art contemporain se trouve projeté dans l’économie des carcasses d’animaux, avec une seule question en tête : peut-on recycler les cadavres de bête ? Le monde à l’envers. Et si la proximité avait joué un rôle ? D’un côté, une œuvre en vitrine, intouchable presque, mise sous verre, et de l’autre une construction à ciel ouvert, paraissant accessible, à portée de main ? Même si dans les deux cas le sens est équivoque, pour l’un ça semble marcher, pour l’autre ça casse.   

L’exposition actuelle, au Zabriskie point, a aussi rencontré son point de non-compréhension. C’est une œuvre de Marina Abramovic. On y voit sur un petit écran une femme et un homme se crier dessus jusqu’à l’épuisement. Les gens se sont inquiétés : une télé est restée allumée toute la nuit, on y voit une femme et un  homme qui n’arrêtent pas de se gueuler dessus. Les citoyen-ne-s appelaient alors le service public pour demander que l’on tire la prise. Certain-e-s passant-e-s n’ont pas compris qu’il y avait là une œuvre, un travail profond et un message. Pourtant, à nouveau, ils sont embarqués dedans, ils y participent. Leur réponse : il faut tirer la prise, on ne veut pas voir cela, éteignez-moi ce poste puisque je ne le comprends pas. 

Zabriskie point, pour la deuxième fois a réussi son coup, faisant ressentir l’insupportable et faisant du spectateur un acteur. Vive l’art dans l’espace public, créateur d’échanges, activant des liens sociaux et les rencontres, provoquant le débat. Cela prouve combien le besoin de changer d’échelles et d’oser des œuvres qui impactent notre quotidien et nous font rêver est fort. 

Quand je suis quand retourné sur la Plaine voir la météorite, il y avait une femme qui y finissait sa canette de coca avant de la jeter au pied de la sphère de déchets. N’avait-elle pas compris le message ? Au contraire, elle l’avait reçu 5 sur 5, à la perfection. Elle voulait juste, à son tour, participer à l’œuvre. Bien vu l’artiste ! 

 

 

 

 

 

 

04:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : météorite, zabriskie point, cheval mort, bösch, golay | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/07/2013

Une météorite manque sa cible

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Joli coup de pub : une météorite est tombé sur la plaine de Plainpalais. Mais que nous raconte-t-elle ?  Elle devait nous sensibiliser au fait que nous produisons trop de détritus. Y est-elle parvenue ?  Non.  Au contraire, elle donne plutôt  envie d’en produire encore plus, vu ce qui se créé de merveilleux avec ceux-ci ! J'ai demandé aux gens qui s’en approchaient ce que cela signifiait pour eux.  Réponses : c’est joli, ça fume, c’est grand, c’est laid, ça crée de l’animation, ça rend la Plaine vivante. Les gens avaient une approche esthétique de l’objet, mais ne commentaient ni ne comprenaient le sens de cette présence.

La météorite a raté sa cible, et tant mieux ! Elle a créé de la vie, de l’envie et de l’animation sur la plaine de plainpalais ! Le message n’a pas été compris, mais l’impact dans l’espace public a été fort.  CNN est venu jetter un oeil, d’autres chaînes de télévision ont relayé l’information, ça a marché, donc : c’était un succès. Mais un succès de quoi ? Qu’est-ce que l’on voit vraiment ? Que cette météorite de déchets est devenu aux yeux du public une attraction. Suffisant pour être une œuvre d’art dans l’espace public. Non. Mais elle a été appréhendé comme une pure création d’art visuelle, plutôt que comme une œuvre pédagogique avec un message particulier. Sorti de son orbite, ayant manqué sa cible, composé des déchets de consommations, elle est finalement accueillie comme une ode à celle-ci; comme telle elle est consommée. Cette météorite est la fétiche de notre temps. Elle reflète quelque chose d’extrêmement intéressant de nos modes d'être. Elle en porte le récit, la fumeuse météorite de Genève.  

Les néons qui ont été installé sur les immeubles adjacents en rougissent de colère : ah l’ordure, elle nous a volé la vedette, vivement que l’on s’en débarrasse!

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

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01/07/2013

Calvingrad et confettis

calvingrad,fête,musique, espace publicIl y a un consensus sur un point : il n’y a pas mille opportunités à Genève de croiser du monde autour d'évènements dans l'espace public. Parlez-en aux expatrié-e-s pour voir! Les moments de rassemblements et de vie dans l’espace public sont saisonniers et épisodiques. Ces événements qui provoquent de la joie et du rassemblement suscitent alors toujoursune sorte d’étonnement : mais où sont-ils ces gens le reste de l’année ? Ne sortent-ils pas de terre juste pour cette occasion ? 

L’interrogation revient alors sur soi comme un boomerang :  et moi je vais où le reste de l’année quand il n’y a pas de fête ? Oui : comment est-ce que je vis ma ville quand il ne s’y passe rien ? Et : s’il n’y a pas d’événements qui s’organisent, comment est-ce que j’arrive à en faire un ?

La Ville de Genève en finançant, organisant et développant des événements sociaux-culturels comme la fête de la musique, la fête des voisins, la Ville est à Vous, marque des points. Quand je vais à la fête de la musique, je sais pourquoi je paie des impôts et ce que j'en retire. Sans cela, peut-être bien que Calvingrad et son concert de silence l’emporteraient sur le besoin de se rencontrer et les opportunités pour le faire. Peut-être bien alors que chacun irait de son côté dans son petit projet libéral sans y croiser grand monde. Parce que notre climat est changeant, parce que la vie coûte trop cher, parce qu’un home-cinémas c’est si bien, ça permet de rester tranquillement chez soi.

Alors : Calvingrad ou confettis ? La Ville prouve évènements après évènements qu’elle trouve l'équilibre entre rigueur et besoins fondamentaux de soutien aux évènements dans l'espace public.

Non, la vie n'est pas une fête, mais la Ville, elle, arrive plutôt bien à faire mentir l'adage.   

 

 

 

 

 

 

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30/06/2013

Genève en fête

fête de la musique, musique en fête, espace public, genève Des gens dans les rues enfin. La fête de la musique a battu son plein, des milliers de personnes ont déambulé dans les rues de Genève il y a pile une semaine, mais était-ce vraiment la musique qui les faisait bouger ou n’était-elle qu’un prétexte ? Prétexte pour se retrouver, boire un verre, manger un morceau ensemble et rencontrer du monde ? Les deux, évidemment. Bon, j’ai réussi à traverser la fête de la musique sans écouter une note, ou presque, pris entre la scène techno et la déambulation, en sandwich dans la foule, trouvant plus de joie à voir les gens qu’à me glisser dans un concert. Mais peut-être que la fête de la musique est aussi une fête pour se réapproprier l’espace public et répond d’abord à une demande de rencontre sociale : faire un bout de ballade urbaine  ensemble ?  Ma plus belle expérience musicale fut  hybride : dans une oreille le Beau lac de Bâle et dans l’autre de la musique techno, en stéréophonie. Génial ! Elle fût celle du zapping aussi : allons vite voir en vieille-ville ce qui s’y passe, pour en revenir aussitôt…. hé on retourne à la cour des casemates...

Cette fête répond peut-être avant tout à une soif de partage des lieux de rassemblement dans l’espace public.  Besoin profond, vieux comme le monde, du citadin de croiser son voisin et de le saluer. Avant, il y avait des lieux géographiques pour cela : la place du village. Maintenant : il y a des événements dans l’année : fête de la musique, fêtes de Genève, fête de l’escalade. Allait-on se poser sur un banc de la place comme l’on va maintenant sous une tente aux bastions pour boire une bière ? Et prenait-on l’air comme l’on prend désormais du son ? Il faut un objectif à la ballade, et une raison de mettre le nez à la fenêtre alors que les incitatifs à demeurer chez soi sont forts (home-cinéma, inertie, économie, épuisement).  Pourtant c’est si beau une ville en fête, ça n’a pas de prix. Et là, ça tombait bien, c’était gratuit pour tout le monde, merci la Ville. Ce week-end on remettait ça, c'était la 31e édition de la fête de l'association pour l'encouragement de la musique improvisée  au parc des Cropettes. Pas vu Paul, pas vu Cécilia, ils devaient être au premier concert de Musique en été qui s'ouvrait ce samedi au Victoria Hall pour se clore le 21 août sur la scène Ella Fitzgerald. Génial, on aura donc tout l'été pour s'y retrouver...  

 

 

 

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25/06/2013

Vendre ou ne pas vendre telle est la question

imagesCANFEN60.jpgMes paroles volent en haut, mes pensées demeurent en bas. Paroles sans pensées ne montent point au ciel (Shakespeare, Hamlet)

Vendre ou ne pas vendre telle est la question se demande-t-il, la télécommande levée devant les yeux. Toute son existence semble être recueillie là, dans ce bouquet de programmes Naxoo et la promesse irréalisée d'un triple Play, comme l'hiver sur la glace il regardait Sourya Bonaly faire des triple lutz jusqu'à en avoir la tête qui tournait. Maintenant, télécommande levée devant les yeux, il préfère que les américains crèvent la gueule ouverte plutôt que de leur vendre une part de la société, et cela à n'importe quel prix. Pourquoi? Parce que tout est pourri au royaume US. Mais alors, comment garantir les emplois ? La question ne se pose pas. Pour lui, il ne faut surtout pas vendre Naxoo, par principe. Arrêt sur image. C'est un dogme, c'est un choix, c'est comme ça. Point final. Etre de gauche pour lui, c'est par principe ne jamais vendre aux américains. Comme être de droite c'est toujours vendre, quoi qu'il en soit. Malheur à qui déroge à cette loi. Fast forward sur la télécommande. Il se passe le débat en accéléré. Le son est un peu fort, en même temps,  c'est censé produire son effet et cela passe bien.

Pause: la téléphonie la télévision et internet évoluent dans un marché hyperconcurrentiel. Comment y régater en étant lié par une convention mal ficelée adoubée en 2006 par les syndicats? Il se gratte le ventre, ouvre une bière. Non, il n'a pas les moyens d’être compétitif, même avec toute la mauvaise volonté du monde. Mais peut-être qu'en y croyant fort, il pourrait y arriver. C’est la lutte finale ? Quand même, lâcher prise devant les suppôts du capital, ça il ne peut s’y résoudre. Et si on osait un petit reply ? En 2006 alors qu’il était aux Service industrielles de genève, le camarade Vanek a vendu les actions SIG aux américains d’UPC Cablecom sans broncher, le traître. Et le camarade Bernard Clerc lui a emboîté le pas en vendant les actions de la Banque cantonale genevoise à UPC Cablecom, le traître, lui aussi. Suppôts de Denver, va ! Mais autres temps autres mœurs, aujourd’hui les mêmes disent niet. S’il faut crever la gueule ouverte, qu’ils crèvent la gueule ouverte les travailleurs de Naxoo ! La politique politicienne avant tout. Ils ne passeront pas dans nos tubes, même si cela implique de les boucher.  

Pourtant, le meilleur moyen de maintenir les emplois, c’est bien de faire en sorte qu'une entreprise soit unie, compétitive, et qu’un patron reprenne la barre pour éviter les blocages entre actionnaires, avec la capacité d’investir. Comment stopper la baisse des emplois (-10 emplois depuis 2011) dans l’entreprise ? Comment stopper la perte de 2% de prises par an pour Naxoo ? Le meilleur moyen de maintenir les emplois ce n’est pas de figer l’entreprise. C’est de la laisser vivre. Et la laisser vivre, pour la Ville de Genève, c’est de vendre les actions qu’elle possède, au plus offrant.

Il pensait trouver du soutien dans les autres communes, mais Vernier, Meyrin, Lancy et même Carouge où Ensemble à Gauche est représenté, ont vendu, eux. Il est presque tout seul devant sa télé, et il est tard. Et il est le dernier à se poser des questions existentielles sur ses parts dans la société. Ce n’est pas une honte de vendre quand il faut sauver une entreprise. Ce n’est pas une honte de sauver des emplois, même s’il faut les négocier avec des américains. Et puis, surtout, le produit de la vente, les 57 millions, n’est-ce pas un bon apport d’argent pour des crèches, le service social, l’aménagement public ? N’est-il pas préférable d’obtenir des millions pour les besoins de la population plutôt que de conserver des prises télévision inutilisées ?  Dans la rue, des employé-e-s inquiets du changement crient : "Naxoo est à nous". Et ils ont raison ! Naxoo est à nous, à la collectivité publique, pas aux extrêmes de gauche ou de droite, qui veulent se l’approprier. Et puisque vendre est le seul moyen de rendre service à la collectivité et aux employé-e-s, il faut donc vendre, et reposer doucement cette télécommande.

Il se gratte le ventre et s'ouvre une nouvelle bière. Il ne veut pas  lâcher et vendre. Non. Vive le statu-quo ! Il veut tourner en bourrique les américains et caresser l’ego des syndicats. Ainsi, ils ne pourront nous contrôler et faire de 022 telegeneve SA, un lieu d'espionnage pointu à la solde de l'oncle Sam, tout savoir de nos messages et nos téléphonies, et voir le fond de nos canettes avant même que nous ne les ayons vidées. Comme si la CIA et la NSA avaient besoin de 022telegeneve pour nous espionner.

Vendre ou ne pas vendre telle est la question de notre Hamlet moderne. Et la folie le guette. Heureusement, sur sa chaîne préférée, il y a la diffusion d’un Marc Dorcell. La philosophie, ça va un temps, après il y faut de l'action. Il ne vendra pas, c’est décidé. Il enfonce la touche off, résolument. Tant pis pour la casse et les emplois. Parce que tout est pourri au royaume US.

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21/06/2013

La tortue a deux têtes est sur les pattes arrière

Qu'arrive-t-il à la tortue bicéphale du musée d'histoire naturelle? On la dit malade, déprimée. Et quand on demande à la rencontrer pour l'interviewer, on nous annonce poliment qu'elle est aux soins intensifs. Ordre des docteurs: aucunes visites autorisées pour l'instant. Au menu de la convalescente: prises de sang, pochettes de plasma, salade survitaminées et lait maigre dans un petit lit blanc composé de barreaux en allumettes. Notre tortue atypique est désormais en quarantaine chez les blouses blanches, invisible aux yeux du public. Ô longues plaintes des familles qui viennent de loin pour la voir, Ô larmes blanches des bambins qui tels des coryphées déversent des rivières argentées sur les escaliers à l'annonce de l'absence du Janus quadrupède. Janus, Dieu aux deux visages, Dieu des portes et du passage, au nom duquel des groupies se tapent leur unique tête sur la vitre d'un aquarium vide.

Un visage pour le passé, un visage pour le futur, notre tortue est désormais à la croisée des chemins. Janus frappé d'un terrible strabisme oscille entre la vie et la mort. Notre intérêt pour les singes empaillés, les lynx en sagex, les requins en plastique est relatif. C'est notre Caroline à deux faces qui aimantait tous les regards, que tous voulaient voir. La vie, la vivante! C'est notre tortue exotique qui faisait tourner les têtes, et qui aujourd'hui l'a dans le sac, pour ne pas dire ailleurs. Une seule tortue vous manque est tout est dépeuplé. Quelle est la raison de son mal étrange et encore non-diagnostiqué? Son âge? 16 ans (il est certes vénérable pour qui doit cohabiter avec son double). Mais non. Une schyzophérnie tardive? Non plus. Ce qui serait dans le collimateur des enquêteurs, c'est le changement de biotope. Le changement de terrarium m'a tuer aurait écrit la tortue triste de ses pattes tremblantes.

Les faits

Du petit terrarium situé à l'entrée qui lui plaisait tant, la tortue s'est fait aménager un espace avec piscine sur (dé)mesure au premier étage. Grand, beau, lumineux, mais voilà, elle ne s'y est pas adaptée. Cherchant à monter plus haut, à escalader des monticules trop grands, elle a basculé sur sa coquille, au risque d'y osciller jusqu'à la fin de ses jours, et d'y rester. Les gardiens devaient vite se précipiter et délicatement la remettre sur ses pattes. Dédié à cette tâche, il fallait les voir retourner la cascadeuse en lui parlant doucement pour la tranquiliser. Le risque de basculement a été réglé par quelques coups de lime sur les crêtes, mais voilà, l'agitation continue de tenailler notre tortue. Elle passe à l'auto-mutilation, se sciant ses gorges sur des angles du terrarium. Suicidaire notre tortue à deux têtes? Pendant que l'on entasse les humains à Champ-dollon et qu'ils deviennent fous du manque de place, elle cherche à mourir de trop d'espace et de solitude. Il se murmure que les docteurs veulent déjà mettre des reptiles en vitrine à sa place. Ô misère du monde médiumnique. 

Ce qui est sûr c'est que son nouveau terrarium a ajouté du stress à la vie de notre carapaçonnée. Ce domaine plus grand, plus ergonomique et lumineux lui a fait perdre la tête, combiné à l'augmentation du nombre de flashs et de sollicitations. Rançon de la gloire: une dépression carabinée de la bossue!!! Elle s'est alors mise sur les pattes arrière à défaut de s'allonger sur le divan. "Et si on essayait l'hypnose?" ont murmuré alors les psychologues de l'institution. Kafkaïen.

Morale de notre petite fable : la visibilité à tout prix a rendu notre encarapaçonnée vulnérable et les venimeux risquent désormais de lui piquer sa place.

Vous pouvez en soutien envoyer vos feuilles de salade à l'adresse du musée d'histoire naturelle.

Bon rétablissement et longue vie à notre tortue bicéphale!

20/05/2013

P.e.e.p.s.h.o.w d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e

Les mains posées sur la table comme dans le film de Wim Wenders "Paris-Texas". Il regarde le spectacle, ça bouge et ça danse derrière la vitre. Lui sait ce qui se donne à voir là dans le petit carré de verre et d'aluminium. Il connaît bien les règles. C'est lui qui les fait. Il dit: DEMOCRATIE= LIBERTE DE DIRE TOUT CE QUI ME PASSE PAR LA TETE. C'est très important pour lui. Un jour on l'a fait taire. Violemment.    

Il remet une pièce quand le rideau se baisse. Le rideau remonte alors doucement. Encore. Il a plaisir à voir le rideau se baisser; plaisir quand le rideau remonte aussi. Tout le monde veut y passer. Il fredonne doucement "you wanna play, you gotta pay" comme dans la chanson de Syleena Johnson. Voyeur? Non, il commente, lui, c'est tout. Il prend les autres à témoin. "Hey brother, it's okay, it's okay mon frère, let it be". Tu ne vas pas quand même pas t'attaquer à une montagne? T'es con ou quoi? 

Peep-show de la Pentecôte. Il se met à bouger un peu. Sabbah. Ahhhhhhh.

Ce qu'il voit c'est un long texte qui s'écrit, mais il n'entend aucun son. Ce n'est pas lu, c'est donc que c'est écrit. C'est un long rouleau oui: fragment de la bible. Un morceau deux fois millénaire, lourd. Le sacré, c'est une certaine idée de Dieu jetée dans le monde. Il se murmure pour lui même: l'écriture c'est encore autre chose, ça a un tout autre statut. Ecriture d'un côté, parole de l'autre. Rue d'un côté / rituel républicain de l'autre. Le mal / le bien. Tu déconnes? Il distingue cela très bien. Mais le bouc émissaire est toujours un peu porteur des deux. C'est un métisse, un hybride, c'est un bâtard, et c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. C'est un martyre, évidemment, le Christ aussi. 

D'un regard précis, il lit : Q.u.a.n.d l.e j.o.u.r d.e l.a P.e.n.t.e.c.ô.t.e a.r.r.i.v.a, l.e.s c.r.o.y.a.n.t.s é.t.a.i.e.n.t r.é.u.n.i.s t.o.u.s e.n.s.e.m.b.l.e a.u m.ê.m.e e.n.d.r.o.i.t

"Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit."

C'est bien ça. C'est la fête aujourd'hui et c'est congé. Pas de Migros, pas de Coop. Personne il va travailler. Sauf lui. Lui, il travaille. Il se frotte le menton, cherche encore une petite pièce dans sa poche. Pas facile de s'arrêter quand on turbine toute la journée, sans jamais prendre de repos, à peine manger. Et avec cette odeur de lessive et de souffre bouilli.... y'en a marre. Maintenant les mains dans le dos il s'avance tout contre l'écran comme cet homme s'avançait contre un autre dans un parlement. Presque à le toucher. N'était l'eau qui les séparait. Et l'injure. 

"T.o.u.t à c.o.u.p, u.n b.r.u.i.t v.i.n.t d.u c.i.e.l, c.o.m.m.e s.i u.n v.e.n.t v.i.o.l.e.n.t s.e m.e.t.t.a.i.t à s.o.u.f.f.l.e.r e.t i.l r.e.m.p.l.i.t t.o.u.t.e l.a m.a.i.s.o.n o.ù i.l.s é.t.a.i.e.nt a.s.s.i.s."

Il faut bien les imaginer ces lettres de feu qui s'impriment une à une sur l'écran. Dans un silence où plus rien ne se dit. Un homme se lève. Au micro il vitupère. Il n'est pas Satan, bien évidemment que non. Satan, si tu le connais, est beaucoup plus suave, beaucoup plus amical aussi. Banalité que tout cela.  Là où il y avait toujours le brouhaha il y a maintenant un parfum de scandale et une caméra qui filme cela.  Complicité de ceux qui parlent. Complicité de ceux qui se taisent. Il faut être tactique et stratégique Paul, tu comprends? 

Alors, power to the theology? Vieille anti-rengaine de la gauche soixante-huitarde. Mais pourquoi se sont-ils rassemblés dans cette pièce? Pour y faire quoi? Ont-ils peur? De qui? La porte est-elle fermée de l'intérieur? L'histoire ne le dit pas. L'histoire d'ailleurs ne dit rien tant que quelqu'un ne prend pas la liberté de l'inventer pour la raconter.

"I.l.s v.i.r.e.n.t a.l.o.r.s a.p.p.a.r.a.î.t.r.e d.e.s l.a.n.g.u.e.s p.a.r.e.i.l.l.e.s à d.e.s f.l.a.m.m.e.s d.e f.e.u; e.l.l.e.s s.e s.é.p.a.r.è.r.e.n.t e.t e.l.l.e.s s.e p.o.s.è.r.e.n.t u.n.e à u.n.e s.u.r c.h.a.c.u.n d.'.e.u.x."

Il y a donc une flamme pour chacun, même s'ils sont un groupe, unis, pourtant des individus toujours. Rivalités. Evidemment. Et s'il y a un groupe, chacun encore reçoit personnellement et donne de même. 1+1+1+1 ainsi jusqu'à 80. Bouche ouverte ou fermée. C'est selon.

"I.l.s f.u.r.e.n.t t.o.u.s r.e.m.p.l.i.s d.u S.a.i.n.t-E.s.p.r.i.t e.t s.e m.i.r.e.n.t à p.a.r.l.e.r e.n d.'a.u.t.r.e.s l.a.n.g.u.e.s, s.e.l.o.n c.e q.u.e l.'.E.s.p.r.i.t l.e.u.r d.o.n.n.a.i.t d.'.e.x.p.r.i.m.e.r."

Un délire?

Il y a là quelque chose qui lui parle qu'il comprend pas. Il relit Boulgakov, vite. "Le maître et Marguerite". C'est une soif, c'est une faim. Il ne veut surtout pas paraître pédant. Mais pourquoi se cacher? Il relit la page 73 dans l'édition Pocket. Une évidence,  Et puis A.c.t.e.s 2,1-4 en lettres rouges fluorescentes qui s'impriment alors que retombe le rideau de fer. Plus de pièce dans les poches. Plus de jus. Rien. Juste un smartphone pour consulter wikipédia et savoir à quoi se rattache Pentecôte. Il lit: du grec ancien πεντεκοστὴ qui signifie cinquantième jour. Cinquantième jour après Pâques. Cette fête marque la descente de l'esprit saint. Une voix lui dit que c'est la fin de la peur, la libération et la découverte de la confiance. Ah bon? Alors allelouhia alors.

Croyant ou non, c'est toujours bon à amorcer: la fin de la peur. Il croyait assister à un spectacle, en fait il s'y donnait. Moralité : on est toujours un peu plus acteur que spectateur, c'est ainsi. Il sort dans la rue, léger, tranquille. Il porte l'étrange sentiment d'avoir fait ce qu'il devait faire. L'été peut venir, les grandes fêtes chrétiennes sont passées. Bye bye peep-show de la pentecôte.  See you peut-être à la fête-Dieu qui sait, si le réglement le permet.

Et puis la dernière voix que l'on entend un tout petit peu avant minuit est comme venue de nulle part : "vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà", répète doctement Blaise, sirotant son soda sur une terrasse de Washington D.C.

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pentecôte, genève, bible etc. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/05/2013

Homophobie ou papillons?

En ce vendredi 17 mai : journée internationale de lutte contre l’homo et la transphobie,  il est plus que jamais important de réaffirmer que la question du choix de l’orientation sexuelle et de son affirmation dans l’espace publique est une question de liberté individuelle et de santé publique. Il faut aussi encourager la Ville de Genève a poursuivre sa lutte contre l’homophobie qui conduit à la dépression et au suicide de nombreux jeunes lors de la période délicate de l’affirmation de leur orientation sexuelle. La campagne des jeunes LGTBTyouth j’interAgis mise en cause par l’extrême droite a d’ailleurs montré cette semaine toute sa pertinence.  

Petit rappel. Lors de la séance du conseil municipal du mercredi 15 mai, un membre du mouvement citoyen genevois a attaqué ces jeunes qui luttent contre l’homophobie en comparant leur campagne j’interAgis à de la « propagande camouflée pour les pédophiles » avant de lancer « demain on mettra des croix gammées ». Ce monsieur a appuyé son intervention en prenant pour cible les papillons de papier j’interAgis que les socialistes avaient déposé sur leur pupitre et a provoqué un scandale.

Il était alors exclu pour les socialistes de retirer ces papillons comme nous avions prévu de le faire sans que ce conseiller municipal, pour le moins, revienne sur ses propos, voir soit rigoureusement sanctionné pour ceux-ci. Le bureau du conseil municipal, à majorité de droite, en choisissant de ne pas tenir compte des insultes de ce monsieur a fait preuve d’un certain laxisme qui a provoqué le blocage de la situation. Une ligne rouge avait été franchie. Elle devait clairement être signifiée, au risque de la suspension de séance. Laisser l’homophobie la plus crasse prendre le pouvoir au sein du conseil municipal n’était tout simplement pas envisageable.

La manière dont une partie de la presse a couvert ces évènements est extrêmement choquante. Mettre sur un pied d’égalité les propos discriminatoires de Monsieur Menoud et le fait que des flyers de papier colorés aient été déposé dans le parlement, contribue à la banalisation de l’homophobie. Il faut donc condamner avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables tenus par ce membre du MCG ainsi que les propos homophobes et sexistes récurrents au sein de ce groupe, comme il faut les combattre au quotidien l’homophobie, la misère sociale et toutes les inégalités sociales.

Qu’est-ce qu’une séance du conseil municipal agitée en regard d’un jeune adolescent ou d’une jeune adolescente qui se suicide en raison du rejet lié à son orientation sexuelle ?

12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, homophobie, intolérance, extrême droite, santé publique | |  Facebook |  Imprimer | | |