sylvain thévoz

17/03/2014

Marcher avec les roms

18.jpgEric Roset, photographe, vit avec les roms à Genève. Il a appris le roumain, le romani, et années après années s’est impliqué dans l’association Mesemrom pour la défense et le soutien des roms de passage.  Ses photos sont nées de cet engagement quotidien auprès de personnes sans domicile harcelées par la police, maltraitées et voyant leurs droits quotidiennement violés. Au fur et à mesure qu’une hystérie anti-rom se développait dans la ville, les roms se trouvaient mis en danger dans l’espace public. La proximité et les amitiés qu’Eric Roset a développé avec les roms donne à ses photos une valeur de témoignage intime en profond décalage avec le caractère d’anonymat qui entoure les roms dans la rue et le poids des préjugés qui est projeté sur eux. 

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12:54 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, genève, eric roset, exposition, précarité sociale, xénophobie, police | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/03/2014

Ne nagez pas samedi

hqdefault.jpgLe gardien de bain l'a dit spontanément, il devait le porter sur le coeur depuis un moment. "Ne venez pas nager le samedi matin", vous ne trouverez pas de lignes ouvertes au public, elles sont toutes réservées aux clubs. Conseil d'ami? Cela se passe à la piscine des Vernets, où la foire d'empoigne c'est tous les jours entre midi et 14h, et dès 17h jusqu'à la fermeture. Le gardien de bain est fataliste. La semaine, il reste une petite ligne pour le public, mais les 80% de la piscine sont occupés par les clubs. Le samedi... c'est encore pire. Ne venez pas nager, faites plutôt de la course à pied, du vélo, à moins que vous n'aimiez la boxe. On va y penser.... vivement l'été qu'on puisse aller nager au lac?

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11/03/2014

MAH mamia

museearthistoire3.jpgL'affiche du Festival international des droits humaines était pourtant alléchante. On a préféré aller au débat contradictoire sur le Musée d'Art et d'Histoire à la maison des associations organisé par les Verts sur le droit d'avoir un musée digne. Deux camps s'y sont opposés. D'un côté, ceux qui veulent rénover et agrandir les surfaces d'exposition du musée. De l'autre, ceux qui ne veulent... rien. Ne pas toucher aux murs, ne pas surélever d'un pouce le bâtiment, ne pas combler la cour, ne pas augmenter les surfaces d'exposition, etc., Bienvenue à Genève où tout projet d'une certaine ampleur se trouve exposé aux localismes et chapelles conservatistes. Comme Patrimoine Suisse incarne les deux, il propose de  ne rien changer, ne pas prendre de risques et continuer de faire avec l'existant. C'est si sympa de sentir la mite. 

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16/02/2014

Nous sommes les 49,7%

1653540_10152189125346826_1160588183_n.jpgNous sommes le 49,7%. Belle consolation. Et puis quoi? Nous sommes le 49,7%, ce n'est pas rien, certes, mais en l'état ça ne pèse pas encore bien lourd. Il y a dans ce nombre quelque chose de fortifiant, une source de cohésion, mais nous valons mieux, et surtout, plus que cela.


49,7% mais de quoi?

On sait contre quoi nous nous sommes retrouvés : refus de l'initiative trompeuse de l'UDC contre l'immigration de masse qui péjore le développement de la Suisse, complique toute dynamique de création de richesse (sans résoudre la question de sa répartition), en revenant à des contingents pour les travailleurs étrangers. Initiative rendant plus précaires les conditions de travail des employé-e-s, ajoutant des complications aux entreprises, et n'améliorant pas d'un iota la question du dumping salarial, tout en crispant encore plus les rapports sociaux et bureaucratisant à l'extrême les conditions d'embauche des travailleurs et travailleuses. Nous sommes, pour l'instant, le 49,7% du refus au refus, du rejet au rejet de l'autre qui apporte travail et prospérité à la Suisse.

Non à la division des masses

A lire les analyses de la semaine, plutôt qu'une Suisse unie et forte, ce sont la division et l'opposition qui ont marqué des points. Opposition de la suisse-romande à la suisse-allemande, des villes aux campagnes, des vieux aux jeunes, opposition des suisses qui auraient une conscience nationale à ceux qui ne l'ont pas, de la Suisse réelle à la Suisse irréelle, des bobos hystériques au peuple authentique, du quartier des Avanchets et de Châtelaine aux autres communes, des élites autistes au peuple réifié... des 49.7% aux 50,3%. N'est-ce pas surtout là que se nicherait la victoire des initiants?  Dans la division de masse qu'elle a réussit à imposer? Dans le fait de creuser les clivages et la division dans un pays qui a crée sa richesse en faisant travailler ensemble les différences plutôt qu'en les exacerbant? Blocher ne dérape pas quand il dit que les romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. Il poursuit, inlassable, son projet de division des masses, en bon petit patron.

Suspens économique

Et maintenant qu'allons-nous faire? L'annonce de la non-ratification par le Conseil Fédéral de l'accord pour l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie oblige l'Europe à geler la participation de la Suisse aux programmes "Horizon 2020" (8000 emplois potentiels en Suisse de perdus) et Erasmus (fin d'une mobilité facilitée pour les étudiants suisses en Europe). Jusqu'aux CFF, on s'inquiète. 25% des monteurs de voies salariés, 26% des installateurs de ligne de contact, 15% des employés de maintenance sont étrangers. Selon Le Temps, 75% du personnel qui travaille sur les chantiers ferroviaires a un nom à consonance étrangère. Dès 2016, lorsque le fonds d'infrastructure sera débloqué, qui va aller poser les rails et renouveler le réseau ferroviaire? Les retraités à la croix-blanche, comme le désire l'UDC? Il serait bon de les voir serrer les boulons de nuit sur les chantiers ferroviaires. Quel gâchis. Et qui va aller ramasser les patates dans les champs? Les chômeurs ? Quelle illusion.

Un conte rappelle l'histoire d'un homme tellement en colère qu'il marchait dans la rue avec une pierre pour frapper les gens. Ne voulant plus avoir à ramasser sa pierre à chaque fois qu'il en frappait un, il l'avait attaché à un élastique afin qu'elle lui revienne à chaque fois. Parfois il touchait quelqu'un, mais toujours, qu'il atteigne sa cible ou non, la pierre lui revenait... dans la figure. Soulagé, il recommençait plus tard, encore, encore. Effet boomerang, quand tu nous tiens....

download.jpg50,3% de f...âchés ?
Non, "eux" ce ne sont pas 50,3% de fachos, plutôt 50,3% de fâchés (39% à Genève). Je les écoute. Ils disent non aux bus bondés, aux cacas de chiens en bas de chez eux, aux cages d'escalier taguées, oui à la Suisse du formol, non à l'étranger (sans savoir très bien qui c'est au juste), oui à la Suisse éternelle, au goût original du Toblerone, au "c'était mieux avant", à des billets de train moins cher, au deuxième McDo gratuit. Non au changement-si-je-ne-sais-pas-ce-que-j'ai-au-bout, aux jeunes qui traînent dans la rue. Cette Suisse fâchée des 50,3% a mille bonnes raisons de l'être, mais au final, en l'écoutant bien, pas une seule qui rentre directement en adéquation avec le libellé de l'initiative UDC. Cette Suisse des 50,3% vote contre ses intérêts. En suivant sa colère, elle s'est surtout fait instrumentaliser et mal à elle-même. Recommencera-t-elle? C'est à craindre. La Suisse de celles et ceux qui ne sortent plus de chez eux le soir et n'essaient même plus, parce qu'en lisant les nouvelles on voit bien que c'est l'horreur. Et qui maintenant ont même peur chez eux en lisant le GHI qui annonce la torture d'un aîné en Une, créant la psychose  (4 cas avérés rappelle la Police en petit caractère en bas de page). La Suisse de celles et ceux qui veulent retrouver un pays d'avant, mythifié et rêvé, plutôt que de construire le pays d'après, et font confiance à Blocher, petit patron du tassement, qui divise les masses pour mieux prospérer. Une Suisse qui à force d'être en sécurité à tout prix, risque d'être morte avant de commencer à vivre.

Le 18 mai nous serons combien?

Nous étions 49,7%. Il nous a manqué 0,3%. Il a manqué 20'000 voix à l'appel, ou d'avoir pu faire changer d'avis 10'000 personnes. Cela veut-il dire qu'il ne nous manquerait plus que 0,3% pour être une majorité ? Ce serait si facile. Aujourd'hui, une semaine après, combien sommes-nous? Plus ou... moins de 49,7%? Et demain?

Combien serons-nous le 18 mai à refuser de payer la somme astronomique de 3 ou 4 milliards pour acheter des avion de combat Gripen ? Un petit peu plus ou un petit peu moins que 49.7%? Combien serons-nous le 18 mai à accepter l'initiative populaire pour la protection de salaires équitables (initiative sur les salaires minimums) qui résoudra pour partie les questions du dumping salarial et des abus patronaux ? Plus, ou moins de 49,7% ?

Si nous avons su nous rassembler contre une Suisse qui regarde dans le rétroviseur, nous pouvons maintenant réussir à faire une majorité pour la Suisse qui avance, économiquement et socialement. 

11:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, votation, immigration de masse, division des masses, udc, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/02/2014

Suisse: tête froide, extrémités chaudes

EW-0055.jpgC'est un profond tremblement qui a agité la Suisse ce dimanche. Une mise en échec des instituts de sondage, du Conseil Fédéral, des principaux partis et des syndicats, une mise en échec de la politique établie avec l'Europe, des bilatérales, des vertus du développement économique, une mise en échec de l'accueil de l'étranger, de la libre circulation des personnes... mise en échec de la confiance dans l'avenir et même une mise en échec de l'initiative xénophobe "contre l'immigration de masse" : comment en effet placer des contingents dans une économie qui a besoin d'étrangers pour la faire tourner, comme un malade a besoin de son infirmière? A Genève, le Canton compte davantage d'emplois que d'habitant-e-s en âge de travailler! 

Mises en échecs

Une monumentale secouée et une mise en échec des étudiant-e-s suisses qui voudront étudier à l'étranger, mise en échec des suisses de l'étranger, de la flexibilité économique sans rien rajouter à la protection des travailleurs et travailleuses. Mise en échec surtout de la technique des petits pas et des positionnements stratégiques. Mise en échec du PLR et des partis bourgeois qui ont toujours refusé les mesures d'accompagnements et qui aujourd'hui portent une grande responsabilité dans l'échec; mise en échec face aux inquiétudes liées à l'emploi, à la trop libre concurrence et au dumping salarial. (Le PLR et les partis bourgeois ont joué la même partition sur le secret bancaire, jouant la montre et en en constatant aujourd'hui le coût avec les cascades de scandales sur l'UBS et les procès contre les banques suisses.) Mise en échec de l'Europe, de l'ambition d'y jouer un rôle, mise en échec du dialogue. On continue? Bien sûr que le Conseil Fédéral a raison de garder la tête froide et d'appeler à ne pas céder à des réactions trop émotionnelles. N'empêche il y a un petit souci de tension. On ne hurlera pas au dimanche noir, on reste en Suisse ici, faut pas s'énerver. Mais tête froide, extrémités chaudes après ce dimanche 9 février: est-ce le signe d'une poussée de fièvre ou le début d'une infection ?

Comment on continue?

Certains analystes expliquent cette mise en échec par la peur ou la souffrance du chômage, la pénurie de logements; responsables, les transports publics bondés? Mais comment alors saisir que ce sont les cantons qui en souffrent le moins (à l'exception du Tessin et du Jura, pour la pression sur l'emploi) qui ont le plus soutenu cette initiative? L'explication paternaliste et condescendante a ses limites. Le oui à l'initiative de l'UDC " Contre l'immigration de masse" doit être entendu comme un refus, un rejet agressif; mais ne devrait-il pas aussi être lié au vieillissement de la population et d'une indécrottable nostalgie, celle du "c'était mieux avant", au "il n'y en a pas comme nous", d'une crainte des ruraux devant la densification des villes, de ceux qui ont connu l'Eldorado des années 70 et 80 helvétique dans un monde bien en place, avec ses blocs et ses contingents de frontaliers, face au changement? Le tremblement : une nostalgie du paradis perdu? Et ce oui celui de ceux qui ont et veulent des contingents, des murs, des frontières, pour se protéger de l'extérieur dans un monde qui change, et protéger leur qualité de vie; ceux qui veulent plus de richesse, même contre ceux qui la leur procurent? Un oui égoïste, le oui de la peur. Oui. 

Une Suisse porte-flambeau

La Suisse est bel et bien au centre de l'Europe, et ce vote, au nom de son indépendance, sonne aussi comme un échec de celle-ci, par la teneur conformiste aux mouvements réactionnaires qui agitent le vieux Continent et par la limitation des marges de manoeuvre qu'elle s'impose à elle-même. Cette votation apporte sa pierre à une Europe dont la tentation dominante risque d'être celle du repli sur soi, du refus de l'autre, de la défiance envers ce qui se construit, prend du temps, exige du dialogue, de la collaboration. Le Front National a été l'un des premiers a saluer la décision de la Suisse. Hannes Swoboda chef de fil des sociaux démocrates a lui souligné l'encouragement que la Suisse a donné ce dimanche aux mouvements extrémistes en Europe. La Suisse porte donc le flambeau d'une Europe qui doute, craint, refuse, et se recroqueville. L'UDC, avec sa campagne brutale et démagogique sur les minarets, a été une source d'inspiration pour le Front National en France. Cette mise en échec du 9 février donnera du tonus à nos plus nauséeux voisins. Elle ne sortira pas la Suisse de l'Europe, non, elle ne sortira surtout pas les étrangers de Suisse - nous ne pouvons pas faire sans - mais elle donnera de la légitimité en plus et du pouvoir à celles et ceux qui attisent la peur et veulent revenir en arrière, renforçant encore plus l'image d'une Suisse en mal de son paradis perdu et qui pourrait bien, à son corps défendant, y sacrifier son présent, voir son avenir.

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09/02/2014

Nous avons progressé depuis le Paléolithique

Et c'est parti pour un dimanche de compét'!  Descente homme des Jeux Olympiques à Sotchi. Les coureurs s'élancent et loin du grand idéal prônant l'importance de participer, ce qui est attendu, c'est : qui sera le champion. Au début; savoir comment nos athlètes nationaux vont se comporter, se rater ou pas se rater; au final: qui va l'emporter. Soif de résultats, de performances. Pour le style on repassera... Dario Cologna pour le skiathlon, Defago pour la descente. Allez les gars. Hop hop hop. Pour un centième, un millième, un bout de ski lancé, je veux être le témoin de l'infime différence qui la fera en entier ; un vainqueur, des vaincus. Au final: les fleurs ou les clous, les caméras ou l'oubli, le podium ou le placard. C'est ça ce qu'il faut en retirer? Spectateur, je suspends mon souffle, ça passe ou ça casse. Depuis le fauteuil assiste en live à la descente de Sotchi, à celle en gorge du café. Très rapidement, c'est déjà de l'histoire.  

50 - 50

Top chrono. Je lève le pouce, je baisse le pouce. J'ai assisté au retour de Wavrinka à l'aéroport, chez nous bien de chez nous le fils de polonais. Il y a trois ans, je trouvais que c'était un mou. Maintenant j'ai changé d'avis, c'est un grand champion. Fier d'être Suisse. L'étranger, c'est qui? L'étranger c'est moi, c'est l'autre. Je le veux seulement quand il est payé 3000 balles sur mes chantiers? C'est lui qui fait le dynamisme économique. C'est qui qui en profite? Lui qui fait les places chères dans le bus? Je ne veux pas froisser le sens national. Ce qui est à nous est à nous. Ce qui est à d'autre leur appartient. Mais si on peut leur en prendre un maximum, tant mieux. Ce qui flotte sous le drapeau, j'aime bien. Mais ceux qui l'utilisent pour nettoyer la table et y poser leur bière sont des barbares. Les places dans le tram manquent, on est trop serré. Mais c'est très vite là le soir, ça manque d'éclairage. Un drapeau n'est pas un bout de tissu. Non. C'est une robe à fleur que je veux. C'est 50-50 sur l'initiative UDC contre l'immigration de masse. Stop chrono.

Nous n'avons pas progressé depuis le Paléolithique


On retiendra les médailles, on retiendra les résultats

Tu sais sur quoi tu as voté camarade? Ou tu l'apprends au moment des résultats? Votations: devant les écrans et sur les téléphones : guetter les alertes. Les premiers résultats tombent. Nous avons travaillé. Nous avons fait campagne. Donné la parole. Pris la parole. Tracté, débattus, chauffés les muscles, dans l'ombre, sous la pluie, au froid. Nous avons slalomé sur les trottoirs. Pour rien, peut-être? Non, pas pour rien. Quoi qu'il arrive le dimanche, le lundi, ça recommence, ça continue. La bataille est une bataille pour les idées, et les résultats ne portent pas de fin en eux.

Au finish, juste un dimanche de pourcentages et de colonnes de chiffres? Non. A l'arrivée, à Genève, c'est NON à l'initiative de l'UDC à plus de 60%. Genève avait déjà refusé pareillement l'initiative de l'UDC sur les minarets. Cologna ramasse la médaille d'or. Il a porté son attaque dans la dernière montée. Genève dit OUI au financement du fonds ferroviaire. On entend en arrière-fond le son des cloches et les calicots s'agitent. Je finis mon kägi-fret. L'hymne national retentit. Résultats, résultats, résultats. J'éteins ma télévision. C'est fini. Des cantons basculent pour 50 voix et toi camarade, tu penses toujours que ta voix ne compte pas? La décision se jouera à quelques voix près, se jouera au peuple, et toi tu es resté devant ta télévision: un dimanche de compét' ? Merde.


Nous avons progressé depuis le Paléolithique

Ce soir, lundi matin, demain, on analysera les fautes de carres, le vote sur l'économie, les dérapages contre les étrangers, l'enfermement la peur, et la lutte pour le pouvoir; on en tirera des leçons sur la parole, la politique et la poésie à produire pour les porter. On s'entraînera encore. Encore: pour les votations sur le salaire minimum le 18 mai prochain, pour les votations sur Ecopop au printemps, les votations sur la libre circulation avec la Croatie en 2015. Encore.

Rien n'est perdu, rien n'est gagné.

Nous avons dit oui aux chemins de fer. L'avortement ne se pratique plus avec des cornes de rhinocéros. Vive les Jeux Olympiques.

Vive la Suisse


Nous avons progressé depuis le paléolithique? Ah bon.


 

 


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28/01/2014

Bon sexe, bon genre?

 

fly_CC33.jpgEst-il vrai que, selon le code pénal, seules les femmes peuvent être violées? Combien de femmes avortent chaque année à Genève? Combien cela coûte-t-il à l'assurance? Qu'-est ce que le planning familial? Sami Kanaan est-il plus féministe que Sandrine Salerno? Comment peut-on mieux partager le temps de travail entre femmes et hommes? La cogestion, ça marche seulement entre femmes? Pourquoi les hommes artistes réussissent-ils mieux? La Ville de Genève a-t-elle mauvais genre? Quelles sont les stratégies de survie d'une femme en politique? Les murs des crèches sont-ils extensibles? Comment survivre à 3 régimes matrimoniaux, 5 changements de nom de famille, et deux lois sur le divorce? La question du genre est-elle fondamentale? Pourquoi, en Italie, de jeunes gays se défenestrent-ils ? Le "burkini" dans les piscines pourrait-il devenir une mode? Si ces questions vous intéressent et si vous n'avez pas peur d'en lire les réponses: procurez-vous le Causes Communes, bimenstruel irrégulier et périodique des socialistes ville de Genève, qui sera présenté ce Mercredi 29 janvier à 18h30 à la bibliothèque Filigrane, 67 rue de la Servette. Cette présentation sera suivie d'un apéritif convivial.

 

aiguille.jpgPourquoi un numéro sur le sexe et le genre?


Ce numéro de Causes Communes fait la peau aux préjugés, informe, fournit des antidotes contre le sexisme et les politiques réactionnaires qui veulent revenir à l'âge de pierre des rapports de genre : femmes derrière les fourneaux, pendant que les hommes s'occupent de la chose publique, en s'identifiant corps et âme au rôle socialement valorisé de pourvoyeurs de fonds. La votation du 9 février sur le financement de l'avortement risque de faire revenir les faiseuses d'ange; la votation sur la loi sur les crèches, pourrait faire de Genève la ville avec le plus mauvais taux d'encadrement des bambins de Suisse voire d'Europe. La menace d'un retour en arrière est réel. Sous couvert de raisons économiques, c'est une vision de la place de la femme dans la société qui est en jeu.  En 1942, l'avortement était un crime de haute trahison et deux condamnations à mort étaient prononcées sous le régime de Pétain. En 2014, ce serait un crime économique, et il faudrait payer pour cela? Les inégalités économiques entre femmes et hommes demeurent massives. Au premier emploi, les femmes sont moins bien payées. Elles continuent à se heurter au plafond de verre, assument encore l'essentiel de l'éducation, du soin aux enfants et des tâches ménagères. Au Grand Conseil, les femmes sont passées de 30 à 26 sur 100 élu-e-s. La journée des femmes du 8 mars devrait être une occasion massive de mobilisation et de revendication, le sera-t-elle? Le féminisme est toujours aussi subversif et révolutionnaire. S'il n'a toujours pas bonne presse, il n'a pas pris une ride non plus. Mais la bonne volonté uniquement ne suffira pas. Les voeux de début d'année c'est bien, des actes toutes l'année, c'est mieux. Quotas, mentorats, aménagement des horaires, lutte contre toutes les formes de violences et pour les changements des mentalités seront les seuls moyens efficaces pour lutter contre les inégalités.    

 

Paroles aux femme


Demander au hasard dans la rue aux femmes si les rapports entre femmes et hommes sont égalitaire est édifiant. Les réponses fusent : "Je suis péruvienne, lorsque je suis arrivée à Genève, j'ai cru que c'était la fin du machisme. J'ai été étonnée de découvrir qu'ici c'est plus machiste qu'au Pérou." A la question: comment rendre les rapports entre femmes et hommes plus égalitaires : "Il faut réagir, s'affirmer. Quand un mec me siffle en jupe l'été je lui fais un doigt d'honneur. Il faut que les femmes se révoltent, qu'elles changent de mentalité. Il faut aussi changer les modèles, les représentations, par l'éducation." Et que signifie être une femme pour vous? "C'est porter la vie. Etre condamnée à survivre, être plus coriace. Etre une femme, c'est être réglée, être donc plus sensible, avoir un corps qui se transforme: être plus malléable". Ces paroles de femmes, comment les traduire en politiques, produire du changement?  Ce numéro de Causes Communes est composé de 80% de femmes et de 20% d'hommes. Il est 100% féministe et 100% compatible avec une société plus harmonieuse et juste.    

 

Sans titre.pngBon sexe, bon genre? 


Se sont engagés dans ce numéro : Maria Bernasconi, Lorella Bertani, Olivia Bessat, Bernadette Gaspoz, Coline de Senarclens, Béatrice Graf Lateo, Sami Kanaan, Virginie Keller, Pierre Lepori, L'équipe de F-information, le Planning familial, Liliane Maury Pasquier, Salima Moyard, Sandrine Salerno, Albane Schlechten, Virginie Studemann, Sylvain Thévoz, Manuel Tornare.


Illustrations: Atelier Supercocotte

Impression: Imprimerie Nationale, rue Plantamour, 3000 exemplaires sur papier recyclé.

Exemplaires disponibles gratuitement au siège du parti socialiste ville de Genève, 15 rue des Voisins ou sur http://www.ps-geneve.ch dès mercredi 29 janvier.

Les questions de genre sont portées par des rapports économiques, des rapports de classe. Qu'est-ce qui permettra d'équilibrer les rapports de force?

08:19 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sexe, genre, féminisme, avortement, économie, égalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/01/2014

Le miel gris

miel.jpgLe Miel est un roman intense et sensuel, doté d'une langue riche qui raconte les pérégrinations d'une famille serbe déplacée de sa région de la Krajina durant la guerre d'ex-Yougoslavie. La famille fuit devant les combats, mais le père Nikola reste à l'arrière refusant de quitter ses ruches et sa terre. Les fils ne s'aperçoivent que tardivement de l'absence du paternel; un des fils, Vesko, décide alors, dans un road-récit haletant d'aller le rechercher derrière les lignes croates, utilisant pour cela l'appui d'un russe. Plongés dans ces pages dans la guerre, avec la peur, la violence, sa dimension ethnique, voyant le conflit à travers les yeux du fils Vesko, on y découvre de l'intérieur un paysage changé, trouble, aux frontières mouvantes. Le Miel est un roman habité d'une dimension spirituelle, mystique presque mais  très... politique aussi.    

Que le Miel soit un roman réussi et fort, c'est certain. Qu'il soit un chef d'oeuvre comme le glisse Jean-Michel Olivier, peu importe... d'ailleurs qu'est-ce qu'un chef d'oeuvre? Je ne serai pour ma part pas aussi neutre qu'Isabelle Rüf dans sa critique du Temps du 11 janvier qui relève que "les guerres ne font que des victimes, dans tous les camps, c’est une des morales du Miel, avec sa fin ambiguë. Il y a une dizaine d’années encore, le récit de Slobodan Despot aurait été irrecevable." Mais en quoi ce récit est-il recevable aujourd'hui, même "10 ans après"? Isabelle Rüff ne le dit pas. Si le livre de Slobodan Despot relève en effet que toutes les guerres font des victimes dans tous les camps, il raconte beaucoup plus que cela et a résolument choisi son camp. Que dit donc politiquement ce roman, à travers son narrateur ? C'est là que les choses se compliquent...

Un génocide du bout des lèvres

Dans l'émission de radio du 21 janvier "la librairie Francophone" sur France Inter, interpelé par l'animateur qui rappelle à Slobodan Despot son passé de nationaliste serbe et le fait qu'il ait nié le génocide de Srebrenica, l'auteur est rappelé à ses déclarations : "on ne peut dire qu'il y ait eu génocide du moment qu'il n'y ait eu que des hommes qui ont été tué". Il louvoie, nie avoir dit cela, avant, acculé, de le reconnaître du bout des lèvres tout en ajoutant qu'il faut éviter de répondre au génocide par le génocide, et que cela ne servirait à rien... tout en en profitant immédiatement pour rappeler qu'il possède une liste de plus de 3000 serbes supprimés, des vieillards et des femmes. Alors : génocide? Nettoyage ethnique? Despot, contre la communauté internationale, laisse entendre qu'il y a eu génocide de tous côté, et prétend à une sorte de neutralité dans l'horreur. 1-1 au Génocide, balle (ou roman?) au centre. Autant dire que les serbes étaient des victimes comme tant d'autres, faisant fi qu'au début de toute guerre il y a un agresseur et un agressé et que n'est pas génocide tout crime de guerre. Non, on ne s'en sortira pas en se jetant un génocide à la gueule l'un contre l'autre dit Slobodan. Et pourtant, que fait ce livre concrètement, si ce n'est affirmer clairement, contre les croates, les souffrances du peuple serbe et les violences des croates contre les serbes, des tueurs djihadistes musulmans contre les femmes et enfants serbes se cachant sous le voile pudique du "roman".   

Père et fils

Le narrateur, s'il cherche son papa de l'autre côté des lignes, est surtout habité par le désir de rétablir l'équilibre macabre, niveler les compteurs; c'est-à-dire, d'une manière unilatérale, et par une sorte d'inversion, de renverser le fait que les serbes étaient les agresseurs à l'origine de ce conflit. Le héros roule avec le regard rivé dans le rétroviseur, dans une voiture qui semble avancer vers un impossible retour, vers le pays unifié, baignant dans une nostalgie sirupeuse. Non, ce ne serait pas rendre justice à ce roman que de passer sous silence sa structure politique. Contrairement à l'histoire, ici les victimes sont massivement des serbes, victimes d'une construction occidentale et d'une cabale internationale contre eux alliée à de croates impitoyables. Jeux de miroirs déformants que le miel lustre. 

Après avoir digéré ce Miel, j'en sors mal-à-l'aise, y découvrant la description manichéenne que fait Despot, à travers son narrateur, de soldats croates décrits comme pervers, des hommes qui terrorisent le héros serbe pour le plaisir de lui voir mouiller son pantalon, lui écraser la carotide du bout de leur arme, dirigeant un "camp de la mort", camp de torture, insultant le pauvre serbe: "Tu sais que les tiens se sont carapatés d'ici comme des pédales" et sont placés dans la suivance et rappelé à l'héritage de leurs pères oustachis nazis. Partition jouée, il est vrai, sur une petite musique humaniste, qui rend encore plus trouble la brillance du miel.  

L'étrange couleur de ce miel

Peut être que le trouble n'aurait pas été si fort, sans connaître les déclarations de Despot et ses polémiques sur la question du génocide, ni son engagement en tant qu'éditeur chez Xenia, à publier ce qui se fait "de mieux" en matière de xénophobie et de nationalisme : Oscar Freysinger (dont il est aussi le chargé de communication), Renaud Camus, avec des liens vers l'extrême droite européenne, etc., Ce livre ne peut être uniquement lu comme un oeuvre esthétique, littéraire (dans un sens romanesque qui le délierait du politique) alors qu'il emporte avec lui, est lesté d'une histoire et d'une charge existentielle beaucoup plus lourde. Pas de censure pour Slobodan Despot, non, puisque la liberté d'expression implique son lot de miel et de boue, mais au moins: une clarification politique. Impossible de ne pas faire des allers-retours entre l'œuvre et l'auteur; et pour cause: ils sont liés. Alors, livre dégusté, je demeure sur mes gardes, voir méfiant, devant ce si joli pot de miel et son insertion presque badine dans une histoire sanglante. Doit-on faire le rapprochement avec le livre de W.G Sebald "de la destruction comme élément de l'histoire naturelle" inventoriant les pertes civiles allemande, la terreur des bombardements des alliés sur les villes allemandes, en l'analysant froidement? Non, parce que le Miel, récit romanesque, refuse le face à face avec l'histoire, il la contourne et la réécrit, sans l'assumer pleinement, et Slobodan est beaucoup trop impliqué pour avoir le recul froid de Sebald. Il en témoigne dans le livre quand il trace au sol dans un bois vaudois la carte de la Serbie qui se rétrécit à son grand désarroi.      

Lire ou ne pas lire le Miel, l'aimer ou ne pas l'aimer, le défendre ou non, ce n'est pas le débat. Mais qu'est-ce qui a motivé Despot à lancer son lecteur en terrain miné avec une carte trouée? Il est difficile de trouver réponse à cette question dans son livre, et au vu de ses déclarations publiques, de pouvoir entendre de sa bouche quelque chose qui permette de clarifier les positions. On est ici dans le camp du trouble, du gris et de l'ombre, qui est quand même une étrange couleur pour du miel.  

Roman politique ou récit politique romancé?

Alors, le Miel, roman politique ou récit politique romancé? A chacun de se faire son idée, mais contourner l'obstacle en soulignant les indéniables qualités narratives et poétiques de l'ouvrage en gommant pudiquement ses prises de position idéologique et ce qu'il véhicule serait rejeter dans l'angle mort une partie de ce que Slobodan nous adresse, certes avec talent et séduction, mais qu'il est malaisé de recevoir sans le nommer pour ce qu'elle est aussi : la vision partisane et ambiguë d'une sale guerre.  

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15/01/2014

Le courage de dire non quand ça pue

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Ni traversée de la rade, ni traversée du lac. Il faut avoir le courage de dire non quand ça p(oll)ue. Ce n'est pas une histoire d'idéologie, ni de refus primaire de la voiture, mais une question d'arguments et de pesées d'intérêts rationnels. Pourquoi s'opposer à ces deux projets? Allons y mettre le nez.

Une initiative rétrograde et dépassée

Faut-il défendre l'option d'une traversée de la rade? Non. Son coût est estimé aujourd'hui à plus d'1 milliard de franc. Cette traversée posera de plus des problèmes de trafic inextricables, une augmentation des pollutions sonore et de l'air : oxyde d'azote et particules fines qui sont déjà bien supérieures aux valeurs limites fixées dans l'ordonnance sur la protection de l'air (OPair). L'initiative de l'UDC est «complètement dépassée et créerait des bouchons à ses deux extrémités». Ce n'est pas un vilain gauchiste ou un écolo qui dit cela, c'est le PLR Daniel Zaugg président de la commission des transports du Grand Conseil. Payer 1 milliard pour construire une autoroute sous-lacustre en saturant encore plus l'hypercentre? ça, ça pue. 1 milliard: les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse pensent-ils qu'il s'agit là de leur intérêt?

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteUne tentative coûteuse et désespérée
Le fait est que les partis de droite peuvent difficilement refuser cette mauvaise initiative sans proposer autre chose. Ils craignent que leur posture politique devienne illisible. Ils défendent la voiture, sa libre conduite, et refuseraient un tunnel pour bagnoles? Les voilà donc qui s'embarquent dans une improbable proposition de traversée du lac à... 4 milliards ! Qui dit mieux? Quand on demande au Touring Club Suisse (TCS) et au Groupement Transports Economie (GTE) ce qu'ils pensent de la traversée de la rade, ils reconnaissent volontiers que l'initiative de l'UDC est pourrie. Ils soutiennent alors le contre-projet à 4 milliards. Les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse veulent-ils payer cash la manoeuvre partisane? Le plus piquant, c'est lorsque l'on demande au TCS ce qu'il fera si le contre-projet de la traversée du lac est refusé. Soutiendra-t-il alors l'initiative de la traversée de la rade? Sans honte, le TCS répond... OUI. Et pourquoi ? "Parce que nos membres ne comprendraient pas que le TCS s'y oppose". Bref, nous avons là une initiative pourrie que le TCS est prêt à soutenir malgré tout si sa surenchère de la traversée du lac ne fonctionnait pas, parce qu'il doit à tout prix défendre la route et la bagnole. C'est son parti priX affiché... quitte à ce que les conducteurs paient les yeux de la tête un pont qu'ils n'utiliseront que peu et baignent dans les bouchons. 

Une traversée du lac inutile 
Pour ce qui est de la traversée du lac: imaginer faire débouler une autoroute à Thonex, c'est voir encore tout petit et vouloir toujours imposer la même chose: une autoroute dans un centre urbain. Quelles seront les conséquences sur le biotope de la pointe à la bise? Aucunes études d'impact trafic n'a été fait côté français. Or, une bretelle d'autoroute est en planification. On s'acheminerait donc vers un pont débouchant en rase campagne ou sur une autoroute déjà saturée. C'est pour cette raison, le 4 septembre dernier, que les techniciens de l'Office fédéral des routes (Ofrou) ont affirmé que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l'autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faudrait intégrer la traversée du lac dans un projet d'urbanisation de la Rive gauche. Que les communes de la Rive gauche construisent déjà des logements, il sera temps de parler pont ensuite, avec la Confédération comme partenaires pour d'éventuels financements.

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteArrêter la valse des milliards

Enfin, dira un genevois un peu bougon mais peut-être représentatif : est-ce à moi de payer 4 milliards ( ou 5 milliards si l'on suit l'UDC et le MCG qui se disent pour la traversée de la rade ET la traversée du lac) pour permettre à des frontaliers d'aller travailler dans le canton de Vaud sans que cela ne réduise en aucune manière les problèmes de trafic à Genève? L'initiative de l'UDC et le contre-projet de traversée du lac sont pollueurs. Il faut avoir le courage de les refuser, qu'ils proposent ou non de nous mettre un petit train à crémaillère sur le pont ou un petit passage piéton dans le tunnel pour faire joli sur l'addition, cela ne changera rien à l'affaire.    

Des solutions simples sans couler les finances publiques

Plutôt que de payer un pont qui servira à d'autres, utilisons l'argent de la Confédération soumis à votation le 9 février pour nos besoins : réaliser l'extension en souterrain de la gare Cornavin et le déploiement du rail à Genève, première mesure pragmatique, avec le CEVA, de régler les problèmes de mobilité à Genève. L'extension des lignes de trams, la multiplication des pistes cyclables, et des parkings P+R sont d'autres mesures peu coûteuses et dynamiques. Elles amélioreront fortement la mobilité sans couler les finances publiques.  

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14/01/2014

Un pont, un tunnel sous la rade... Et pourquoi pas une pyramide?

pont,rade,rail,genève,transport,écologie,économiesUne mauvaise initiative: La commission des transports du Grand Conseil a rejeté l’initiative de l'UDC «pour une traversée de la Rade» (Initiative 152)  qui propose une traversée sous le lac de 4 voies de l'avenue de France au Port-Noir, ainsi qu'un tunnel de liaison à 2x1 voies entre le Port-Noir et la route de Malagnou. Ce projet est mal conçu. Il est inadéquat en regard des aménagements réalisés ces dernières années en Ville, bloquera le développement du centre, surchargeant encore plus le trafic. Même le TCS et le Groupement Transports et Economie (GTE) l'affirment, ce projet conduira à une augmentation considérable du trafic. Rue de Lausanne + 40%, Avenue de France +50%, Quai Gustave-Ador +20%, rampe de Cologny +30%, route de Malagnou +10%. Enfin, + 11,5% sur le périmètre de la petite ceinture! Ce projet viendrait perturber le fonctionnement du réseau de voirie actuel et des transports publics. Bref, circulez, il n'y a rien à voir. Un tunnel sous la rade, c'est encore plus de bagnoles au centre et toujours plus de bouchons. L'initiative de l'UDC est nocive pour la Ville, dangereuse pour son développement futur, coûteuse, et ne résout rien. 

Un contre-projet inutile

Ce qui est inquiétant, c'est que la commission des transports du Grand Conseil s’est sentie obligée d’élaborer un contre-projet. Mais un contre projet pour quoi... un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est? Les rêves de grandeurs de certains laisse songeur. Alors que la construction d'une traversée de la rade est évaluée à plus d'un milliard de francs et mettrait en péril d'autre financements importants pour le Canton (Ecoles, crèches, logements, etc), sans aucune garantie de désengorger le centre-ville, ce goût pharaonique pour un grand projet inquiète. Aujourd'hui déjà, les normes liées aux nuisances sonores et à la pollutions de l'air sont largement dépassées. La pollution endommage insidieusement et quotidiennement la santé des genevois-e-s. Il est urgent de limiter les nuisances, les émissions polluantes, et les bouchons, pas d'accroître le trafic.   

Le fédéral dit stop

Le 4 septembre dernier, les techniciens de l’Office fédéral des routes (Ofrou) ont été auditionné par les députés du Grand Conseil. Qu'ont-ils dit ? Que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l’autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faut intégrer la traversée du lac dans un projet d’urbanisation de la Rive gauche. Urbaniser la rive gauche? Diable, ce ne serait donc pas à la commission des transports de faire un contre-projet, mais plutôt à la commission du logement et de l'aménagement du canton. Quand les communes de la Rive gauche auront enfin construit des logements, il sera alors envisageable de discuter avec la Confédération d'un éventuel financement...

Ne pas alimenter un serpent de lac

Devant quelles alternatives nous trouvons-nous aujourd'hui? Voter pour une mauvaise initiative pour traverser la rade à 1 milliard qui créera plus de problèmes qu'elle n'en résout ou soutenir une grande traversée du lac Léman à 3 ou 4 milliards permettant uniquement, si l'on s'embarque dans ce fantasme, de... terminer en cul-de-sac en rase-campagne. Ces deux mauvaises propositions doivent être rejetées et combattues. Alimenter un serpent de lac en y jetant des milliards, sans aucuns contrôles ni des coûts ni des garanties de financements, ce n'est pas responsable et surtout: c'est inutile. Ni petite ni grande traversée du lac : gardons les pieds sur terre en ne cédant ni aux sirènes d'un mauvais projet ni à celles d'un contre-projet coûteux bidouillé en dernière minute.

Une solution qui tient la route : Le rail
Une vraie proposition ? Renoncer à passer autant au-dessus que sous le lac, mais résoudre les enjeux du trafic à Genève en augmentant au maximum le potentiel du rail. Tout d'abord, en terminant rapidement le CEVA, puis en étendant les lignes de trams existantes; en réalisant l'extension souterraine de la gare de Cornavin... mais aussi en construisant des parkings en périphérie, en aménageant plus de pistes cyclables, en développant les services liés aux vélos électriques (prêts, vélo-stations, etc.,). Bref, en étant créatifs et inventifs, plutôt que de déverser des milliards dans le lac. On commencera alors à respirer vraiment, et durablement. Genève n'a pas pour destinée d'être un aspirateur crasseux à bagnoles. Augmenter les transports publics, les modes alternatifs de transports, diminuer le nombre de véhicules à moteurs, c'est la seule alternative VIABLE. Nos poumons et porte-monnaie nous en remercieront. Un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est?

Il y a  une solution bien moins coûteuse à portée de mains: le rail. Et ça tombe bien, la Confédération est prête à le financer! 

 

 

 

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06/01/2014

De l'érotisme sécuritaire

1620719_pic_970x641.jpgEt s'il entrait dans le désir de plus de caméras et de policiers de la gourmandise plus qu'un argument basé sur la peur et la crainte? Et si le moteur n'était pas le tremblement mais la tension du désir, peut-être un peu inavouable, caché, fantasmatique et goulu, de sentir l'exercice de la force, sa puissance. Tentation de la grosse voiture au bonhomme musclé bien matelassé, de son bâton -big stick- revolver qui en impose, ou son "inverse" qui ne fait que le renforcer encore plus : une jolie dame policière, féminine, blonde si possible, sur-féminisée même, car taillée dans l'uniforme de la force, renversant puissamment les représentations tout en les magnifiant.


Cela vous rassure ou cela vous excite? 

Bon, allons un peu plus loin. Vous avez vu, Genève a sa "police de l'extrême" habillée tout de noir avec la cagoule et se postant à l'entrée de véhicules comme devant des dark-room. You want to come in? Leur regard invite à s'approcher. Venez voir ce qui vous est caché. Venez voir qui peut intervenir à tout moment, entrer partout, jaillir de nulle part. Attention, pour voir, faudra payer. Combien au juste le petit plaisir ? On ne sait pas, c'est secret... vous reprendrez bien une coupe de champagne; comptez voir un petit million pour voir... Genève a sa police de l'extrême, mais le Jura aussi (le GITE), Vaud (le DARD ah bon), Fribourg (le GRIF), Neuchâtel (COUGAR, tiens tiens). Comme si cela ne suffisait pas, l'armée ET l'autorité de la police judiciaire fédérale ont aussi leurs crazy horses. Mazette. Cafouillages garantis lors de chaque opération (une fois tous les 5 ans). C'était le cas, par exemple, lors du ratage face au forcené de Bienne en 2010 qui avait pu partir tranquille de chez lui au nez et à la barbe des barbouzes avant d'être arrêté par une... habitante. Chaque canton désire ses Rambos, peu importe le prix à payer. L'addiction est irrépressible, peu importe l'addition. Ils sont si jolis dans leurs costumes tout noirs, avec une cagoule si seyante. De quand date leur dernière intervention? Euhhhh..... à Genève en 2008 pour sécuriser les matchs de l'Eurofoot selon les mauvaises langues, mais bon on ne minaude pas son petit plaisir secret et coquin. Il faut savoir se faire désirer et être prêt à intervenir au cas où, même si on empile les forces spéciales au kilomètre carré, les redouble avec celles des services étrangers lors des visites des dignitaires, c'est si sexy et vertigineux de jouer avec le danger. Heureusement qu'il reste l'aéroport pour s'envoyer en l'air, ça permet de justifier un corps de police en plus. Et hop. Mais on n'est plus dans l'érotisme là, plutôt dans la pornographie dure. Encore un petit million pour faire passer le tout?


1620761_pic_970x641.jpgQui, combien, pour faire quoi?

Alors, pourquoi, au-delà du raisonnable, et du nécessaire, cette appétence pour les moyens de sécurités qui se redoublent ? D'où vient cette obsession sécuritaire, quel en est le puissant levier? Ce n'est visiblement pas pour que l'on aie moins peur, ça non, on a toujours autant les jetons; pourtant les détournements d'avions et les prises d'otage ne sont pas si légion dans nos régions. Alors? Serait-ce que le jouet est si beau à manier, donne du plaisir à certain pendant qu'il en fait fantasmer d'autres? Cela fera toujours de jolies photos à prendre. Et puis c'est quand même plus sexy à montrer que cent vieilles dames a qui l'on aura pu mettre une prothèse de hanche, n'est-ce pas?


Erotisme sécuritaire

Pourquoi cette appétence pour la mise en scène des moyens de surveillance? Cette fascination pour la figure du policier, de la douane, de la cage, de l'enfermement, des menottes et sirènes?  Tout l'art réside dans le voilé, le dévoilé, bref: un érotisme, contenu dans le plaisir de l'exhibitionnisme (se rendre visible) allié à celui de tout voir, de surveiller tout le temps (voyeurisme). Pouvoir tout voir et contrôler, être soumis à tous en même temps. Tu les entends, ils se moquent bien que la NSA les écoute et que les caméras les filment, car celui qui n'a rien à cacher n'a rien à craindre, en effet : puisque son fantasme est de tout montrer. Et ils s'adonnent avec une passion sucrée à se dévoiler sur tous les médias sociaux, danse lascive. Les polices n'ont pas à les cueillir: ils s'offrent. Erotisme de la surveillance : être sur-veillé.     

   

1620711_pic_970x641.jpgFantasme sécuritaire

L'insécurité n'est pas un fantasme, elle est bien réelle; augmentera si ce qui fait le lien entre les humains et détissé. Mais la sécurité est un fantasme quand elle prend la forme d'un érotisme sécuritaire. On met bien un contrôle parental sur les sites de fesses pour les mineurs; des évangélistes américains donnent leur code d'accès à des personnes de confiance pour ne pas chuter. Peut-être faudrait-il de même instaurer un contrôle citoyen pour les députés qui s'échauffent à toujours plus de police au détriment de la santé, de l'éducation, de la culture et du logement, tâches qui les excitent semble-t-il moins. Alors, à quel moment décidera-t-on de les sevrer du peep-show qui les conduit à faire payer toujours plus cher toujours plus de fantasme sécuritaire pour moins de sécurité?



Toutes les polices se nourrissent d'un érotisme sécuritaire. 

Aucune ne nous protège de son fantasme.


 

10:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erotisme, police, peep-show, sécurité, fantasme, pornographie, media sociaux | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/12/2013

Tu fais quoi le 31 décembre?

geneve-fete-le-31-flyer.jpgTu fais quoi le 31 décembre? T'as un plan? C'est la question qui est en général sur toutes les bouches deux ou trois jours avant la fin de l'année. Les réponses sont multiples. Entre ceux qui, depuis longtemps, ont prévu une escapade loin de la ville, ceux qui filent à la montagne, qui verront bien à la dernière minute, ou ceux qui aimeraient bien mais n'ont pas l'argent, les options et les possibilités sont multiples. Il y a probablement autant de manière de planifier son réveillon que... de le rater. 

Il y a aussi ceux qui n'ont pas de projets, ne veulent pas choisir, préfèrent se laisser emporter par l'instant, les propositions de dernière minutes, saisir les invitations qui viendront (ou pas). Ceux que le 31 décembre rebute, écoeure, fatigue, avec ses aspects clinquants, forcés:  "Ce soir on s'amuse" et pour lesquels réveillon rime plutôt avec "je me terre, je fais le mort, et j'attends que ça passe".

Un 31 décembre en solitaire ?

Subir la pression sociale qui veut que le 31, par définition, est joyeux, festif n'est pas simple. Faire la fête le dernier jour de l'année en solitaire : pas à la porté de tous. Vous avez déjà essayé de faire le 31 décembre devant votre télé et d'attendre les 12 coups avant d'aller vous coucher? L'isolement, le sentiment d'exclusion est renforcé durant les fêtes. Pour celles et ceux qui n'ont pas de réseaux ou de moyens d'agrémenter leurs solitudes, c'est la galère. Les lieux habituels sont fermés, la ville ralentit, les familles se regroupent, les solitudes s'accroissent. On se souviendra, en riant jaune, du film " Le père Noël est une ordure". On se rappellera que le temps des fêtes est aussi celui des solitudes et de l'isolement, un temps de fragilisation et d'augmentation des conduites à risques. 

Bilan de l'année ou bilan de vie?

Nouvel An, c'est aussi le moment de l'année où l'on fait les bilans, subit les innombrables rétrospectives (et moi dans tout ça qu'est-ce que j'ai fait?) où l'on constate que l'on n'est pas le superman Suisse de l'année (Wavrinka) -ah bon?- ou Genevois (Dicker); tiens donc, il n'y a pas de catégorie féminine ? Le 31 décembre, moment où l'on se prend en face la réalité compacte de sa situation sociale. Fêtes des familles séparées, des deuils de l'année, fêtes où l'on-aimerait-bien- oublier-mais-où-l'on-n'y-parvient-jamais-tout-à-fait, fêtes où l'on remarque les absents; papas en prisons, sans travail, mamans éloignées, où les expatriée-e-s ne sont jamais autant sans patrie, et où la helpline suicide des HUG marche à plein (022.372.42.42) 24h sur 24 et 7 jours sur 7.  Alors: Tu fais quoi le 31? Certains s'inventent des plans, pour ne pas dire qu'ils ne font rien, et qu'ils sont seuls sans l'avoir vraiment choisi.


Bravo la Ville de Genève!

Dans ce contexte difficile, bravo à la Ville de Genève qui a compris que le 31 décembre n'est pas un jour comme les autres, et pas qu'une fête. Malgré les rabat-joie de droite, qui pensent peut-être que tout le monde a une famille ou du fric pour s'évader. Exemple: Eric Bertinat, UDC, pour qui le 31 décembre ne peut être qu'un bastringue de musique électro avec des gens bourrés, pétés à l'alcool ou au cannabis, ou Adrien Genecand (PLR) pour qui la Ville n'a pas à se soucier des personnes qui n'ont pas 50 balles pour aller danser, ou des solitudes qui n'ont nulle part où aller un soir de réveillon. Tous deux ne voient que le côté "divertissant" de cette fête tout en jouant les pisse-froid. Triste. Mais puisque le 31 décembre est aussi une fête, qui dit fête, dit évidemment possibles excès, et tant mieux si ceux-ci sont encadrés et canalisés en un lieu.

Bravo à la Ville de Genève de préparer cette fête d'une manière créative bien loin du fantasme des "botellon géant" que craignent ces élus de droite. Bravo à la Ville qui prend ses responsabilités de collectivité publique. Bravo à elle qui sait qu'organiser une fête populaire, gratuite, sur la plaine de Plainpalais est important. Celles et ceux qui ne savent pas où aller, ne peuvent aller nulle part, ou tout simplement veulent faire la fête dans leur Ville sans débourser des centaines de francs, pourront le faire. Et puis, n'est-il pas de la responsabilité de la Ville de Genève, qui se targue de son rang international et de cité d'importance, d'offrir à celles et ceux pour qui notre territoire est avant tout un lieu de transit ou d'accueil et qui de fait sont loin de leurs familles, de commémorer le passage à l'année nouvelle avec d'autres? Et de faire ainsi de l'espace publique autre chose qu'un espace désert, silencieux, et froid?  

Une fête simple et conviviale

Le programme du réveillon sur la plainte de Plainpalais est simple, diversifié, et convivial. Installation d'une grande scène à la pointe de la plaine, avec en début de soirée Aliose, groupe suisse, aux textes poétiques. Place ensuite à de la musique rock-funk-disco des années 70 à nos jours puis vibrations électros jusqu'à 2h du matin. Petit plus: possibilité de transmettre ses voeux (textes, photos, vidéos) en direct et sur grand écran le soir de la fête en utilisant le hashtag #31GE sur les réseaux sociaux (instagram, facebook, google + etc.,). Sympa!


Je ne sais pas si j'irai faire la fête le 31 décembre sur la plaine de Plainpalais, mais savoir qu'elle existe, qu'il y aura là quelque chose plutôt que rien, un espace gratuit pour aller marquer le coup, est réjouissant.

Bravo et merci à la Ville, à celles et ceux qui travailleront ce soir là pour la collectivité; pour qui faire la fête c'est aussi la faire pour d'autres, et bonne année à toutes et tous! 

http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/fete-31-decembre-2013/

 

 

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23/12/2013

Les PDC se lourdent

Ils y vont et ça fait la une de la presse. Le président du PDC suisse Christophe Darbellay et le conseiller national Yannick Buttet (VS) vont pour Noël en villégiature à Lourdes pour fêter l'élection de leurs deux conseillers d'Etat démocrate-chrétien à Genève, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Allelouhia. Joli coup médiatique: faire d'un pari entre chrétien un geste politique sur les réseaux sociaux à la veille de Noël. Sympa? Non. Cohérent? Allez savoir. Ils soutiennent bien une initiative pour faire payer aux femmes le droit à l'avortement, ils peuvent sans soucis aller entre mecs vouer un culte à la vierge à Lourdes. Le départ était paraît-il dans l'esprit des fêtes, avec la petite phrase sibylline et assassine du PLR François Longchamp: "Pour rien au monde je ne louperai le jour où Christophe Darbellay tient une promesse." Décidément, c'est Noël dans les coeurs, et les baisers de Judas volent en guise de baisers d'adieux. Certes, il y a quelque chose de respectable dans le fait de faire ce que l'on a promis et de promettre ce que l'on veut faire. On ne s'étonnera donc pas que Guillaume Barazzone soit resté à la maison. 

Car on aurait bien voulu qu'ils emmènent dans leur sac à dos Guillaume Barazzone. Malheureusement, lui n'a pas tenu parole, il est donc privé de Lourdes. Le conseiller administratif de la Ville de Genève, en effet, en plus de son don d'ubiquité ( il siège en simultané à Berne et à Genève) possède désormais le don du double discours, ayant "défendu" en tant que Conseiller administratif le budget de la Ville de Genève, tout en avalisant le fait que son groupe attaque ce budget en faisant alliance avec l'UDC et le MCG. Au final, Barazzone a quand même réussi à retirer ses hosties du feu en se félicitant que le budget ait été voté et ses postes supplémentaires de policiers municipaux votés. Bravo. Bon, il s'est quand même brûlé les doigts en essayant sur les réseaux sociaux et dans la presse de s'en attribuer le mérite. Raté. Le baiser de Judas de Guillaume à la Ville de Genève n'est pas passé inaperçu. On ne peut pas vouloir casser quelque chose et se féliciter de l'avoir construit. Pas très catholique tout cela. Croire aux miracles est une chose. Nous prendre pour des con-ne-s en est encore une autre.
 
Les PDC, en Ville de Genève, en faisant alliance avec les partis d'extrême droite, attaquant le budget que leur magistrat était supposé défendre collégialement, ont violé leur serment d'élu de servir leur Ville. Ils ont trahi celle-ci au profit d'intérêts cantonaux. Ils peuvent bien, ensuite, voir leurs chefs de partis et conseillers nationaux partir le coeur léger se refaire une virginité dans les eaux baptismales, et les saluer du chapeau même, ce sont des gestes de grenouilles de bénitier. Quand on fait alliance avec l'extrême droite, ce n'est plus à Lourdes, en tant que chrétiens, qu'il faut aller.   
 
Des actes ou des miracles
Un miracle que les PDC aient deux élus cantonaux? Qu'ils aillent jusqu'à Rome sur les genoux s'ils le veulent. Pour moi, le véritable miracle serait que les PDC tiennent parole et fassent ce pour quoi ils s'engagent. Quand Guillaume Barazonne affirme "défendre les intérêts de la Ville" sur la page web de son parti, qu'il le fasse réellement, plutôt que de chercher à la casser au profit d'intérêt cantonaux ou nationaux. 
 
Et puis, plutôt que de promettre Lourdes ou le paradis à la télé ou la radio, il semble plus important que jamais de prendre des mesures rapides pour que le chômage baisse, pour que de nouveaux logements soient construits, pour maintenir le niveau de prestations envers la population, garantir un service social de qualité. Plutôt que d'aller à Lourdes et faire le buzz avec ses nouvelles chaussures, veiller à ce que ceux qui sont déjà élus ne trahissent pas leur parole, et s'engagent à construire une société plus solidaire et responsable. Bref plutôt que de croire aux miracles, faire son boulot, tout simplement, sinon, on risque bien, légitimement, un jour ou l'autre, de se faire, par le peuple, qui ne croit que ce qu'il voit : lourder.   
 

 

 

 

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13/12/2013

Titeuf et Dany le rouge montent aux barricades

Que partagent en commun Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge, député européen, Zep, dessinateur, Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police ? Le fait de signer, avec 13 autres personnalités de premier plan, un appel du 14 décembre pour que les conseillers municipaux de droite rassemblés dans une alliance trouble MCG-UDC-PLR-PDC ne coupent pas l'essentiel de ce qui forme le coeur et les valeurs de la Ville de Genève : la prévention sociale. Cette prévention sociale fait faire des économies à la Ville de Genève, il ne faut pas la supprimer. 

Face à l'attirail de tronçonneuses, tenailles, haches, tronçonneuses adoucies, petits canifs dont la droite se plaît à faire étalage ces derniers jours, détaillant avec jubilation les différentes coupes qu'elle pourrait opérer ce samedi lors du vote du budget (49 emplois cisaillés, 32 placés en respiration artificielle, 17 découpés, amputation de deux services), ce petit jeu du docteur risque de tourner à l'opération à vif sans anesthésie, au risque d'une hémorragie de la cohésion sociale.

Si l'escalade célèbre la défense et résistance historique des genevois contre l'envahisseur, il est stimulant de relever le prolongement que marque cet appel du 14 décembre. Des genevois-e-s et étranger-e-s s'unissent contre une menace qui est désormais intérieure: celle de voire l'action sociale et les liens de solidarités passés au crible des pertes et profits et sommés, en plus d'être rentables, d'être super-rentables pour rembourser des dettes anticipées ou plutôt: faire des bénéfices. La menace n'est désormais plus symbolisée par des échelles sur une muraille mais par des lignes barrées colonnes après colonnes sur un budget. Au final: un déficit abyssal de sens et des charges supplémentaires pour les services sécuritaires qui sont déjà entravés dans leurs missions fondamentales pour faire du travail de médiation sociale et de liens, ce qui est contre-productif et coûteux.  

La volonté de gérer la Ville comme une entreprise cotée en bourse montre que la droite réunie sous la grande bannière de la faux joue avec ses engagements vis-à-vis de la Ville et ses citoyen-ne-s, mais aussi ses valeurs profondes. Si une entreprise privée doit des comptes à ses actionnaires, il est surprenant que des conseillers municipaux prennent leurs ordres dans des états-majors cantonaux contre les intérêts de leur cité et de ses citoyen-ne-s.     

Dans l'appel du 14 décembre, Titeuf et Dany le rouge, parmi d'autres, montent aux barricades pour rappeler des fondamentaux. Une tradition humaniste, des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable. Cet appel est à prendre au sérieux. Ce ne sont pas que des mots, mais le reflet d'actes et des contours que prendra la Genève de demain, qu'on l'appelle Grand Genève, Genève internationale, agglomération, cette Genève qui se construit et construira à cheval sur plusieurs frontières devra faire bien attention à prendre avant tout soin de ses citoyen-ne-s, favoriser les liens sociaux et la cohésion sociale, dans toutes ses ramifications, complexités.  

Genève ne se construira ni à coup de baguettes magiques ni à coups de haches. Noël approche. Les démocrates chrétiens et le MCG, surprenante alliance, se sont unis à la cognée pour casser des branches. 

Ne laissons pas faire du petit bois de ce qui fait la richesse et la sève de notre ville: son capital humain. Car au final, ce ne sont pas que de chiffres que l'on parle. Et ce qui est brisé se reconstruit difficilement.        

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30/11/2013

Plus qu'un droit à l'anniversaire

israel,palestine,bds














Le 29 novembre est la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Elle est célébrée depuis 1977 sur demande de l’assemblée générale de l’ONU.  Pourquoi cette date? parce que le 29 novembre 1947, l’assemblée générale de l’ONU, par la résolution 181, marquait le partage de la Palestine en évoquant les droits inaliénables du peuple palestinien à l’autodétermination et à créer un Etat indépendant. Depuis 1947, ce droit demeure virtuel. Ni les déclarations et résolutions accumulées depuis,  ni la condamnation du mur par la Cour internationale de justice en 2004, ont changé quelque chose à l’affaire. La voie politique semble sans issue. Et si la solution était économique ?

Sanctions

Nouveauté, à partir du 1e janvier 2014, toute entité israélienne – entreprise université  association, située au-delà des frontières de 1967 ne pourra plus recevoir de financements européens. Le gouvernement israélien a immédiatement pris le contre-pied de cette directive européenne en s'engageant à les indemniser. Cette indemnisation sera proportionnelle et payée sur le budget du ministère de l’Économie. Les choses bougent. Et si la position européenne était un vrai pas vers le changement ?  

 

israel,palestine,bdsNouvelle génération

Une nouvelle génération entre dans l’adolescence en Palestine. La génération post-mur (2004). Une génération qui n’a rien à voir avec les générations précédentes et qui a tourné le dos à la violence. Cinq jeunes hommes assis en cercle, un seul à la tête levée. Est-ce parce qu’il est le seul à se révolter ? Non. Les quatre autres sont sur Facebook. Qu’est-ce que Facebook ? Pour le paysan palestinien, c’est un tournevis pour déboulonner les présidents! Pour les autres : une soif d’apprendre, d’échanger, d’étudier, une fenêtre sur d'autres mondes pour gagner la bataille des idées. Ceux qui ont écrit sur le facteur Facebook dans les pays arabes comme détonateur de révolution peuvent aller se rhabiller. Les gouvernements ne tombent pas d’un coup de clic sur Facebook. Sinon, en ce 29 novembre, la Palestine existerait déjà, avec les plus de 10 millions de like de son peuple. Quel sera le rôle des nouvelles technologies dans la lutte pour l’émancipation ? Aujourd’hui, 94% des palestiniens ont un téléphone portable. Mais ils n’ont pas accès à la 3G. Israël bloque les fréquences. Que fera cette nouvelle génération ? Quels seront ses nouveaux moyens de combat face à la colonisation ? 

israel,palestine,bdsOrganisation

Le Fatah du président Mahmoud Abbas est contesté par la base : combien de colonies avez-vous réussi à faire démanteler, combien de checkpoints à lever lui demandent les palestiniens, fatigués de se voir entraver dans leurs déplacements et de vivre une existence d’emmurés. Les gens veulent la fin de l’occupation, c’est tout. Ils désirent une solution globale, et ne la voient pas venir. Donnez-nous une terre, un espace pour vivre et un terrain. Donnez-nous une vie qui ressemble à toute vie, riche de possibles. Quels fruits les compromis successifs entamés par l’autorité palestinienne ont-ils donné ? L’autorité palestinienne s’est efforcée d’être un bon élève suivant les réquisitions d’Israël et des pays occidentaux. Résultat ? De nouvelles colonies, un mur qui s’enfonce profondément en territoire Palestinien, plus de 4000 prisonniers dans les prisons israéliennes et des jeunes arrêtés arbitrairement tous les soirs parce qu'ils écrivent "j'aime palestine" sur leurs murs facebook. Jeunesse cloîtrée en révolte sourde et privée d'anniversaire.

israel,palestine,bdsFragmentations

L’accession au pouvoir démocratique du Hamas dans la bande de Gaza (2006) a changé la donne, et servi les intérêts d’Israël orchestrant une mise au ban internationale du mouvement. La Palestine est de facto aujourd’hui séparée en deux entités. La bande de Gaza et la Cisjordanie. La Cisjordanie étant elle-même désormais constituée de trois « cantons » par les colonies sauvages israéliennes et les découpages géopolitique qui rendent la construction d’un état Palestinien comparable à un chemin de croix. Est-ce que cette fragmentation extrême laisse encore espérer un Etat Palestinien pour la nouvelle génération ? Certains pensent que non, qu’il y aura à terme un seul Etat. Comment Israël, pensé par le sionisme comme Etat juïf sinon rien, qui étend ses frontières vers l’est au mépris du droit international,  pourra-t-il devenir un état multiculturel et démocratique incluant les palestiniens sans imploser ? Quelles révolutions intérieures Israël est-il prêt à faire pour sortir des logiques ultra-sécuritaires ? Les palestiniens vivront-ils en Cisjordanie comme à Gaza toujours plus dans des prisons à ciel ouvert, toujours plus petites, surveillées, toujours plus étroites? Viable ? Les tenants de la solution à deux états rappellent eux qu’Israël avait des colonies à Gaza jusqu’en 2007. Puis, il les a démantelées. Les marches arrière existent donc. Est-t-il possible d’en faire de même en Cisjordanie, ou les colonies sont des villes, dotées d’université, de routes, toute une infrastructure, où il y en a plus de 170, et des centaines de milliers de colons. Mais pourquoi Israël renoncerait-il au droit du plus fort pour le droit tout court. Qu'est-ce qui pourrait le faire changer? 

 

israel,palestine,bdsColonisation

Condoleeza Rice a fait plus de 18 visites en Israël ces dernières années, chaque fois pour dire sorry ou mimer l’effroi lorsqu’on lui apprenait que de nouvelles colonies avaient vu le jour. Le mur s’allonge chaque jour. Il n’y a plus d’eau. La situation est catastrophique. La jeune génération est bloquée. Quoi qu’il arrive, il faudra faire de douloureuses négociations. Les Palestiniens en ce jour de « fête » les ont déjà faites, se sont efforcés à l’inacceptable : ne pas avoir d’état, ne pas avoir Jérusalem comme capitale, voir son territoire couvert de colonies, de checkpoints, d’une présence militaire violente et intrusive, d’être soumis à une présence militaire dans la plaine du Jourdain, de voir les colons cultiver leurs terres, confisquer l’eau, et exporter leurs produits en Europe et aux Etats-Unis, accepter que les frontières de 1967 s’éloignent et qu’Israël prenne maintenant les frontières du mur comme base de négociation, etc., etc, Les conflits en Syrie, l'instabilité en Egypte limite les approvisionnements dans les camps palestiniens, la nourriture est moindre, la situation se tend.

 

israel,palestine,bdsSolution 

Et si une partie de la solution venait de l’extérieur, et notamment de l'Europe ? Les importation israéliennes sont évaluée à plus de 230 millions dans la zone euro, les échanges militaires sont multiples. Ueli Maurer envisage même l’achat de drones israéliens pour l’armée suisse en 2014 ! Simultanément, la situation des palestiniens dans les camps coûte plus de 300 millions par an à l’Union européenne qui paie de facto rubis sur l'ongle la colonisation. Une campagne de boycott, de sanctions, et le désinvestissement d’Israël est une des voies de solution. Elle a fonctionné en Afrique du Sud! L’Europe commence à réaliser qu'elle ne peut entretenir et financer une situation d'occupation et de violations du droit international sur les bords de la méditerranée, continuer à manger le bonnes dattes de la vallée du Jourdain cultivées par des colons, si elle veut jouer un véritable rôle géopolitique.Les européens, les Suisses, ont leur porte-monnaie et leur vote pour agir afin que les enfants palestiniens aient eux aussi le droit de fêter leur anniversaire le 29 novembre prochain, et surtout... de l'exercer!  

 

 


 

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20/11/2013

Eaux-vives: ni jeux ni plage?

625650_557675444253089_425232650_n.jpgIl n'y aura pas de plage aux eaux-vives avant 2020, dans le meilleur des cas. Et les habitant-e-s ne pourront bientôt même plus se contenter de l'existant. En effet, l'installation de jeux située à Baby Plage doit être démantelé rapidement. Un carton laconique aux tonalités de pierre tombale l'indique: "Dans l'impossibilité de rendre nos installations conformes aux normes européennes, nous nous voyons contraints de les démonter. Nous vous prions de ne plus les utiliser. Un grand MERCI aux membres de l'association, et aux donateurs pour leur soutien. Le comité de l'Association Cheetah-Baby Plage. 19 novembre 2013." C'est le début de la fin pour les jeux de Baby-Plage. On démantèle en discrétion en novembre ce qui manquera en juin.

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Une installation suspendue

Comment en est-on arrivé là? Les chambres à air installées ingénieusement par Jean-Georges Ernst en 2011 et l'association Cheetah baby plage ne répondent pas aux normes européennes. Elles doivent donc être supprimées. Pour mémoire, Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, s'était vigoureusement opposé aux services juridiques et avait défendu le maintien de cette installation. Il a permis ainsi à des milliers d'enfants de continuer à jouer sur cette installation autrement plus ludique, créative et ingénieuse que des toboggans et bascule en plastoc made in china bien conformes aux normes européennes. Il y a  donc déjà un grand nombre d'années que les chambres à air entremêlées de Baby Plage ne répondent plus aux normes européennes. Qu'est-ce qui a subitement changé? Ce qui a changé, c'est que Manuel Tornare avait pris sur lui et assumé un risque politique pour offrir un statut d'équipement singulier à Baby Plage. Le maire, résidant des eaux-vives, parti au conseil national, ce sont aujourd'hui les inspecteurs cantonaux de la police du feu qui décident de l'application des normes et qui font la loi. Ce qui a changé? Le courage politique d'assumer les risques.

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Pourtant... ça marche!

Pourtant, l'installation est durable, résistante. Pourtant, plus de 900 personnes ont signé en quelques jours une pétition ce printemps pour maintenir l'installation. Pourtant, Jean-Georges Ernst, âgé de 81 ans, a trouvé un successeur, qui est prêt à assurer l'entretien de l'installation. Et puis, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les arbres ne souffrent pas de cette installation ludique. Un grand soin a été pris à intégrer harmonieusement les chambres à air d'une manière non nocive pour ceux-ci. Le Service des espaces verts de la Ville l'a relevé à plusieurs reprises. Le matériel donne toutes les garanties de sécurité. En 14 ans d'existence, aucun accident n'a été déploré. Pourtant ça marche donc. Pourtant, l'installation devra être démantelée. A moins que.... 

download4.jpgNi jeux ni plage?

Baby Plage: début de la fin, ou maintien de l'existant? Cela dépend désormais de la mobilisation rapide des habitant-e-s et du courage politique que sauront montrer les responsables exécutifs de la Ville et du Canton. Le temps est désormais très court avant que les genevois ne soient placés devant la norme du fait accompli et qu'il n'y ait plus ni plage ni jeux aux eaux-vives. 


Pour plus d'informations, on lira le bel article de Sylvie Meynier sur le site de Signé Genève rédigé en avril 2013 http://www.signegeneve.ch/geneve/centre/a-baby-plage-comme-dans-la-jungle.html

 

 

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18/11/2013

Hollande en Israël: diplomatie ou complaisance?

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Elles ne sont pas des jeunes filles. Elles ont respectivement 101 ans et 80 ans. Elles vivent dans le camp de réfugié d'Al-Arroub, 10'000 habitants pour 1km carré de surface, à 15 kilomètres de Bethléem. Depuis 1948 elles sont hébergées dans une maison en préfabriqué construite par l'ONU pour une durée qui devait être de... 7 jours, avant qu'elles puissent rentrer chez elle. Depuis 65 ans elles attendent de pouvoir exercer ce droit au retour dans leurs maisons quittées de force en 1948. Elles ont, comme la plupart des habitants ayant fui à cette époque, fermé soigneusement la porte en partant, gardé précieusement leur clé, et leurs registres établissant leur droit de propriété. Cette clé est devenue le symbole du droit au retour, garanti par la résolution 194 des nations unies en 1948 puis la résolution 3236 en 1974 qui affirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils ont été déplacés et déracinés". Ce droit n'a jamais été appliqué. Cette clé, symbole d'une solution du conflit, reste pour l'instant dans les boîtes en bois des déplacés, propriétaires de terres cultivables auxquelles ils n'ont plus accès. Le camp reçoit une aide alimentaire de la part des Nations Unies. 

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Tour de garde et barbelés

Au pied du camp, il y a une tour de garde, et une barrière qui peut être fermé de la même manière que l'on parque les bêtes à l'enclos, au bon vouloir des soldats. Les tours sont un des moyens de contrôler et d'épuiser les habitants des territoires occupés. Elles sont innombrables. De plus, on comptait en 2008, rien que sur les routes, 630 obstacles divers, 93 checkpoints et 537 obstacles matériels recensés. Ces obstacles sont en constante augmentation. Dans le camp d'Al-Arroub, qui ne diffère pas des autres en la matière, pratiquement tous les jeunes hommes ont été arrêté au moins une fois. Les détentions sont arbitraires et indéterminées. Elles se font de nuit. Les soldats entrent de force dans les maisons, cassent les portes, y jettent des gaz lacrymogènes, et, ou des grenades assourdissantes, c'est selon. Parfois, il n'y a personnes à arrêter, il faut juste que l'armée s'entraîne, pratique ses techniques d'arrestation. Il est bon de se faire la main dans des villages de réfugiés, imposer sa domination afin d'en forcer la reconnaissance. Partout, dans le camp, des graffitis rappellent la détention:"La prison ne nous fait pas peur". Des drapeaux sont mis au fenêtre quand un jeune revient de détention.  

Ballet diplomatique

Que Saeb Ereka, chef des négociateurs palestiniens ait donné sa démission le 14 novembre n'a ébranlé personne dans le camp. Depuis 100 jours que duraient les négociations 6'000 constructions de maison avaient été annoncées par Israël dans les territoires occupés, suivies de 20'000 en plus à la mi-novembre. 19 palestiniens ont été tués, plus de 129 maison détruites. Les violences commises par les colons contre les locaux ont augmenté de 49%. Le mur de séparation continue d'avancer et de couper des villages entiers de leurs champs et donc leurs moyens de subsistance. Jérusalem-Est est isolé de son arrière pays. Continuer de parler de "processus de paix", dans ces conditions équivaut à cautionner le processus planifié d'anéantissement culturel; jouer le jeu de négociation un jeu de dupe, qui sert unilatéralement les avantages d'Israël, progressant sur le terrain en violant en toute impunité les droits de l'homme dans les territoires occupés. Conflit en Syrie, tensions en Egypte, Liban bouillonnant, Irak explosif, Iran nucléaire, les sujets de crise se sont multipliés dans la région. Les israéliens auraient-ils les coudées franches pour continuer d'acculer les palestiniens. Qui mettra un frein au bulldozer israélien dans les territoire occupés? Hollande? Arrivé à Tel Aviv ce dimanche, cela semble peu probable. Son objectif affiché: une pincée de diplomatie, beaucoup de complaisance, un maximum de business, c'est annoncé. Les droits humains, dans ce contexte, qui les fera respecter?

Coquillages et crustacés

Mais c'est trop déprimant tout ça. Vas vite à Tel-Aviv t'amuser, c'est une ville branchée, les lumières y sont stroboscopiques. Tu verras de jolies choses dans la boutique. L'offre y est généreuse. Tu peux toucher du doigt les objets , te faire offrir le thé même et discuter les prix avec le patron. Vitrine dorée d'une boutique où, dans son arrière cour, on castagne joyeusement les gens. Et si tu demandes d'où viennent les cris que tu entends, on te dira au mieux que cela vient de la rue, au pire que ce sont quelques arabes à mater. On taira que ce sont les cris d'un peuple singulier, avec une culture unique, cherchant à survivre sur sa terre face à des colons russes et de Brooklyn fraîchement débarqués pour s'y imposer Non. Le patron montera un peu le son "raisons de sécurité" -rien de tel pour danser- et se détendre, c'est si chouette. Tel Aviv est à 3h d'avion de l'Europe, faut pas se prendre la tête. Ce n'est pas un shekel donné en plus ou en moins qui changera la donne. Mais va jeter je t'en prie, avant le duty-free, un oeil dans l'arrière boutique de la vitrine israélienne, tu m'en diras des nouvelles. Tu pourras ensuite bronzer au soleil avec la petite musique des vies cassés en tête, ou repenser comment le boycott, le désinvestissement, et les sanctions ont permis de faire évoluer la situation en Afrique du Sud dès les années 60.

Corps mort: risque sécuritaire?

Ce ne sont pas des jeunes filles, l'une s'est fait opérer du dos. Les médecins lui ont lui a mis une plaque, chinoise, de mauvaise qualité, il a fallu la changer. Elle ne peut plus bouger, c'est son amie qui s'occupe d'elle et quelques voisins. Le toit fuit, elle arrive en riant à faire en sorte qu'on vienne le lui réparer. Qu'est-ce qu'elle espère? Etre désormais enterré dans son village. Morte ou vive, d'exercer son droit au retour, retrouver sa terre et reposer auprès de ses aînés. 

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14/11/2013

Prier en athée

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Comment cuisiner une bonne colonie? D'abord avoir une bonne casserole bien étanche, ne rien laisser sortir ni entrer que l'on ait décidé. Avoir de bonnes valves bien serrées pour pouvoir réguler la pression et un contrôle sur le feu, laisser mijoter à feu doux. Quand la pression est trop forte, ouvrez un peu les vannes ou baissez le feu doucement. Voilà, comme ça, vous pouvez aussi rajouter un peu d'huile, arroser le tout de sauce grasse, ça rend le dessus du panier plus docile et le bouillon plus digeste. Servir chaud mais pas trop. Ne jamais laisser refroidir surtout. Vous devez maintenir la pression. Un conseil: si vous en avez les moyens, fractionnez, divisez le contenu et cuisinez-le dans quatre casseroles séparées. Il n'en sera que plus tendre à traiter. Montrez toujours bien qui est le chef et qui tient la spatule.

La colonie, une économie

Passer le checkpoint à pieds, dans les longs couloirs à bestiaux: 80mètres de tubes grillagés qui avalent tous les matins leur quota de travailleurs sous-payés et les recrache au soir après les avoir bien digérés fragmentés et malaxés dans ses entrailles durant la journée. L'économie du mur est bonne pour Israël. Les coûts de construction, ce sont les USA qui les paient. Les gains, c'est l'économie locale qui les prend. Le contrôle social est maximal. Les palestiniens qui veulent obtenir un permis de travail en Israël doivent avoir au moins 35 ans, être marié, avec des enfants, n'avoir pas eu, sur trois générations, un proche qui ait tiré une pierre ou eu maille à partir avec la puissance d'occupation; cas échéant, le permis est refusé. A la moindre incartade, il est retiré. Très bon incitatif pour se tenir à carreaux en toute occasion. Les droits du travail sont régulièrement violés, il y a très peu de risques de plaintes. Si plaintes il y a, peu de chance qu'il y soit donné suite. La compétition entre travailleurs sous-payés est forte. La main d'oeuvre palestinienne est petit à petit remplacée par des chinois, philippins, etc., Un bon business que ce mur finalement. Pareil pour l'eau. Les puits sont confisqués. Entourés d'une haute barrière. L'eau est ensuite revendue à ses propriétaires expropriés. Même business pour les oliviers arrachés sur le tracé du mur. Rien à dire: une colonisation bien en place, ça rapporte. Et moins ça conteste, moins ça résiste, plus c'est rentable.

Les bédouins sous la tente. Feu de bois pour faire cuire à manger: riz et poulet dans de larges casseroles. Tu te demandes ce que les moutons peuvent manger: pierre et terre ocre à perte de vue sans une mèche d'herbe. Grillages à perte de vue : tu te demandes comment les bédouins peuvent encore bouger. A la nuit ça chante et ça danse. Tu te demandes comment ça peut encore danser et chanter. On t'offre le thé.

Hébron

Les gamins lancent des pierres tous les jours, mettent les bouchées double le vendredi. Le déroulement est le suivant: un colon colle un gnon à un gamin ou pire.... Le gamin rentre chez lui. La nouvelle se répand. Les petits descendent dans la rue et caillassent le checkpoint pour venger leur copain. Les soldats sortent en nombre: grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes: le grand manège. Les gamins se déplacent et caillassent les soldats depuis un autre endroit. Et ça dure ainsi une partie de l'après-midi et de la nuit, à jouer au chat et à la souris dans la vieille-ville. Les marchands continuent de vendre, les passants de passer. Scènes surréalistes au milieu des étals. Une femme court avec sa poussette entre pierres et gaz pour faire son chemin. Un oiseleur, tranquille, ne bouge pas. Il reste sur sa chaise devant sa devanture, comme si de rien n'était. C'est le quotidien. Avec les pierres, les gamins lancent des insultes. Les mots fusent comme des noms d'oiseaux. Les marchands engueulent les petits quand les pierres les frôlent. C'est mauvais pour le tourisme, (pas plus de 40 personnes par jour), mauvais pour les affaires, mais c'est l'intifada, la résistance. Les marchands sont solidaires des petits qui zigzaguent dans le marché pour se planquer. Jets continus. Jours après jours, ça ne faiblit pas. Malgré les caméras partout, dans les coins, sur les toits, sur les tours, dans la mosquée, sur les casques des soldats. Il y a ces kids qui ramassent les pierres et à 40 mètres visent quelque part entre casque et gilet pare-balle sans parvenir à toucher. Les explosion de rages jubilatoires se paieront cash, c'est sûr. En attendant, ils font le V de la victoire. Une petite fille sur le chemin de l'école met un mouchoir devant son nez.

Prier en athée

Un soldat traverse la rue en courant. Il marche sur une pierre que les gamins ont lancé, se tord la cheville et grimace. Les commerçant rient mais se détournent pour que les soldats ne les voient pas. La rue entière trouve le soldat ridicule et lui aussi doit sentir qu'il l'est, maladroits et pataud, bêtement méchant à suer derrière des gamins sous les pierres. Mais il doit agir comme un soldat, protéger les colons qui viennent se mettre au milieu des palestiniens et les harceler pour qu'ils partent, parce que dans une écriture mythique d'un récit historiquement non attesté il se trouverait là le tombeau de quatre patriarches et matriarches. Adam, Eve, Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Léa. Sur ce point fictif, tout le monde est d'accord, c'est un lieu saint pour les trois religions. Sur ce tombeau des patri-matri-arches se trouve une mosquée, une synagogue; et ce fût un temps une église. Aujourd'hui musulmans et juifs y prient côte à côte dans le même lieu, mais désormais séparés par des portiques de sécurité et l'armée. Tu y entres pour y prier en athée. Si cela a été possible hier pourquoi cela ne le serait-il pas demain? Le samedi, les juifs prient dans la mosquée, mais ne prennent plus soin, dit l'imam, d'enlever leurs chaussures en entrant...

La poésie vaincra

Le poète Mahmoud Darwich a sa tombe dans un musée en forme de livre à Ramallah. Dans une salle: ses affaires personnelles, lunettes, stylo, cafetière. Il en était addict au café, et pouvait dire, selon le café qu'on lui servait, à sa saveur, à qui il avait à faire.  Un film passe en continu où subitement, en lisant, il se met à pleurer. Le public de l'assistance se lève, l'applaudit. Il pleure encore plus, essuie ses larmes et tout en les essuyant, doucement d'abord, puis de plus en plus fort, recommence à lire. Sur sa tombe, il n'y a pas de combat d'appropriation, non, ici c'est très calme. Il flotte un air doux, passage des oiseaux et du vent. Deux vers entêtants reviennent en boucle : "Ce siège durera jusqu'à ce que nous enseignions à nos ennemis Quelques morceaux choisis de notre poésie anté-islamique."  et: "Lui ou Moi. Ainsi débute la guerre. Mais elle s'achève par une rencontre embarrassante, Lui et Moi."

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13/11/2013

Rouages de la domination

 

IMG_4610.JPGAvant le passage du checkpoint de Qalandyia. Une femme te dit : tu vas aller sur ma terre. Moi je n’ai plus le droit d’y aller. Tu viens de l’autre bout de l’Europe et tu peux voyager avec facilité. Je n'y ai plus accès. Elle habite à 10 kilomètres de chez elle, de l’autre côté du mur. Un jour, elle a pu obtenir une autorisation pour le franchir. Elle s’est rendue avec une amie sur son terrain pour voir sa maison. Des personnes lui ont demandé ce qu’elle faisait là. Elle a dit qu’elle admirait la nature. Elle ne pouvait pas dire pourquoi elle était là. On l’aurait chassée. Des gamins habitent à 20 km de la mer Méditerranée. Ils n'y sont jamais allé. Des vieux ne l'ont plus revue depuis 60 ans. 

Pendant le passage de Qalandyia. Tu comprends petit à petit le tourbillon administratif et ses complexités. 1)Les résidents des Territoires occupés ont une carte orange, ils ne peuvent entrer dans le bus et passent à pieds le checkpoint, leurs automobiles ont des plaques vertes, et ne sortent pas des territoires. 2)Les résidents « permanents » de Jérusalem ont des cartes d’identité bleues, leurs automobiles ont des plaques jaunes, elles peuvent entrer dans les territoires occupés. Obtenir toute pièce administrative est un chemin de croix.

Un seul peuple, régi arbitrairement par le découpage d’un mur et l’occupation. La séparation du mur impose des statuts complètement différent. L'ordre administratif impose à des familles d’être séparées, de ne plus pouvoir se voir; à des villageois de perdre l’usage de leurs champs. Ce dernier est juste de l’autre côté du mur, mais il faut un détour de 45 kilomètres, franchir un checkpoint, pour y rentrer, à des heures spécifiques, étriquées, et toujours au risque des brimades, refus, pertes de temps imposée. Tu lis René Backmann, un mur en Palestine (Folio, 2009). Lire, comprendre, avoir bien visible devant les yeux ces rouages de domination. Ici, ça malaxe et broie de vies. Le soleil brille, l'air est si doux. Des chats jouent dans la rue.  

2013-11-09 16.01.18.jpgPassage de Qalandyia. Les militaires israéliens montent à trois dans le bus, gilet pare-balle et arme en bandoulière. Ils contrôlent les documents de chacun-e-. Avec rudesse. Une jeune soldate demande du menton à un homme de retirer la casquette de sa tête, ce qu’il fait. Il la remet. Elle lui demande de la retirer une deuxième fois, ce qu’il fait encore. Il te glisse doucement : « they are crazy ». Ils demandent à une femme au fond du bus de sortir. Elle ne veut pas. La soldate insiste pour qu’elle sorte. Elle gagne du temps. Les passagers du bus la soutiennent. Les soldats vont parler au chauffeur du bus et s'en vont. Le chauffeur du bus se lève. Il demande à la femme de sortir. Elle y est obligée, prend son enfant sous le bras. Les soldats l’entourent à 4. Le bus repart. Un homme engueule le chauffeur du bus durant le reste du voyage.   

Après le passage de Qalandyia. Dans le bus, une mère de famille qui revient de Gaza, y travaille comme pédiatre. Gaza-Ramallah : 83 kilomètres. Des familles entière séparées. Pour aller à Gaza elle doit passer par la Jordanie, puis de là en Egypte, avant d’entrer dans la bande par le poste frontière. C'est comme si, pour aller à Berne, tu devais passer par Paris en avion et entrer par l'Allemagne (en beaucoup plus compliqué risqué et coûteux). Les comparaisons sont faiblardes et bancales, car tu es libre, toi.

Sa voisine enseigne à l’université Al-Quds (Jérusalem). Excédée de tout, fatiguée, mais avec une rage qui ne laisse pas place au doute. Elle vient d’aller voir sa sœur malade à Bethléem. Pour cela, il lui faut sortir de Ramallah, passer le check-point de Qalandyia, entrer à Jérusalem, passer le checkpoint de Bethléem, et rebelote dans l’autre sens pour rentrer chez elle. 6h minimum de déplacement pour aller de Genève à Morges. Elle parle de l’interminable attente pour avoir cette autorisation pour entrer seulement 24h en Israël. Pendant ce temps, sa sœur meurt. Elle lui parle par téléphone. Elle dit: je suis résolue, je n'arrêterai pas de lutter jusqu'à la fin de l'occupation, mais je me sens aussi comme un hamster qui se démène dans sa cage. Jusqu'à quand? 

checkpoint,humiliations,administration,aparthied,stapartheid,israël,palestineDes gens vont à l’hôpital en Israël. Ils obtiennent des autorisations de 24h. Pour faire les examens, rester en observation, recevoir les résultats, il leur faudrait le double et plus.Humiliations en passant aux checkpoints où il n’y a pas de contacts humains. Une voix derrière une paroi dit : tu poses tes affaires là, tu avances de quatre pas, tu lèves les mains. Tu avances de huit pas. Bien. Une voix lui crie dessus si elle ne fait pas exactement ce que la voix veut qu’elle fasse. Tu recules de huit pas! (c'est donc cela ce qu'ils appellent processus de paix) Une voix qui la rend pareil à une chose. Une voix qui se protège d’elle-même peut-être, de sa propre humanité, derrière la cloison. Les gants en plastique sur sa peau. Elle dit: être traité comme moins qu'une chose. On prend plus soin du matériel que des gens ici.

A la sortie de Qalandyia, l’embouteillage est monstrueux. Chaos de voitures et de bus qui se poussent. On reste deux heures coincé à parler. Sa fille l’appelle, elle veut savoir quand elle sera rentrée à la maison. Elle dit: bientôt... 

J'arrive.

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12/11/2013

Yasser est mort, Staline prend du galon

IMG_4635.JPG11 novembre, anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Il y a 9 ans que s'est éteint à Paris le père de la nation Palestinienne. Il y a foule à la Moqat'a des anciens, des jeunes, des enfants, militaires, militants, politiques et la garde officielle. Le portrait de Yasser est ni plus ni moins que d'habitude toujours présent dans toute la ville. Le résistant, père pour les orphelins, repère pour les autres, militant terroriste dirigeant survivant fedayin prix Nobel de la Paix, est allongé là. S'il repose à la Moqata'a, siège du gouvernement, malgré son souhait d'être enterré à Jérusalem, c'est aux israéliens qu'il le doit. Ils lui ont refusé cette dernière volonté.  

 

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Du polonium dans la Stapartheid

Le 8 novembre, les dirigeants palestiniens désignent Israël comme responsable de l'empoisonnement au polonium de Yasser. Alors que la bande de Gaza est sous contrôle du Hamas (qui a refusé d'autoriser une journée d'hommages au défunt), les différences économiques se creusent entre palestiniens; avec des classes privilégiées qui se créent à Ramallah, suscitant la frustration des sans terre et des paysans chassés, une diaspora qui se fait harceler aux douanes israéliennes pour renoncer à revenir, un printemps arabe et les conflits syriens, irakiens qui rendent les appuis meubles; des palestiniens résidant en Israël privés de contacts avec la Cisjordanie par le mur, rien n'est simple. Avec des israéliens amenant à la table des négociations des demandes prenant désormais le tracé illégitime du mur comme base de frontière sur le mode de " ce qui est à nous on le garde, on négocie maintenant ce qui vous appartient", technique institutionnalisée par Staline. Israël aurait-elle, à la barbe de l'occident, créé son monstre: la Stapartheid? Mélange d'apartheid et de stalinisme dans la conduite des conflits; de roublardise, de sadisme, de séduction et de force pour servir la séparation raciale des groupes? Le retour d'Avigdor Liebermann, faucon d'extrême droite au poste de ministre des affaires étrangères ce même jour en est un signe inquiétant.    

Si la figure de Yasser Arafat occupe, avec une pointe de nostalgie peut-être, une place si prépondérante aujourd'hui, c'est que le présent demeure sous le joug de l'occupation, et l'avenir, tel que certains le dessinent, intolérable. 

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L'arme à gauche

Tambours des sareyyet, fifres et tambours, drapeaux et chants. Un cortège aux flambeaux déboule sur l'esplanade de la Moqata'a chassant des centaines de gens devant lui. Les journalistes télés et photographes demandent aux jeunes à keffieh de prendre la pose, et faire le V de la victoire. Eux ne l'auraient pas eu cette idée. Pas de quoi se réjouir aujourd'hui, ni de crier victoire, mais il y a des images plus vendeuses que d'autres et les stéréotypes ont la vie dure. Les brigades des martyrs d'Al-Aqsa rebaptisées Brigades de Yasser Arafat le Chahid, branche armée du Fatah, sont rangées sous leurs bannières; démonstration de force à grands renforts de cris et de poings levés. Pourtant, les gamins sont tout jeunes, des pious pious qui lèvent haut les jambes en courant avec des drapeaux presque plus grand qu'eux criant à la vie à la mort. Les filles font pareil, et il semble que leur habit noir soit presque trop grand pour elles, leurs bras trop fins pour empoigner les couronnes de fleur qu'elles posent avec soin sur la tombe d'Abou Amar. Un groupe de japonais vient lui rendre hommage en se recueillant en joignant les mains et s'inclinant pendant que derrière eux des musulmans saluent debout, en rang devant la tombe au pied de laquelle un garde a laissé son fusil - oubli, appui, symbole-  ou: rappel à l'ordre, on ne sait pas.

 

07:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, yasser arafat, staline, liebermann, aparthied, stapartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |