sylvain thévoz

29/12/2013

Tu fais quoi le 31 décembre?

geneve-fete-le-31-flyer.jpgTu fais quoi le 31 décembre? T'as un plan? C'est la question qui est en général sur toutes les bouches deux ou trois jours avant la fin de l'année. Les réponses sont multiples. Entre ceux qui, depuis longtemps, ont prévu une escapade loin de la ville, ceux qui filent à la montagne, qui verront bien à la dernière minute, ou ceux qui aimeraient bien mais n'ont pas l'argent, les options et les possibilités sont multiples. Il y a probablement autant de manière de planifier son réveillon que... de le rater. 

Il y a aussi ceux qui n'ont pas de projets, ne veulent pas choisir, préfèrent se laisser emporter par l'instant, les propositions de dernière minutes, saisir les invitations qui viendront (ou pas). Ceux que le 31 décembre rebute, écoeure, fatigue, avec ses aspects clinquants, forcés:  "Ce soir on s'amuse" et pour lesquels réveillon rime plutôt avec "je me terre, je fais le mort, et j'attends que ça passe".

Un 31 décembre en solitaire ?

Subir la pression sociale qui veut que le 31, par définition, est joyeux, festif n'est pas simple. Faire la fête le dernier jour de l'année en solitaire : pas à la porté de tous. Vous avez déjà essayé de faire le 31 décembre devant votre télé et d'attendre les 12 coups avant d'aller vous coucher? L'isolement, le sentiment d'exclusion est renforcé durant les fêtes. Pour celles et ceux qui n'ont pas de réseaux ou de moyens d'agrémenter leurs solitudes, c'est la galère. Les lieux habituels sont fermés, la ville ralentit, les familles se regroupent, les solitudes s'accroissent. On se souviendra, en riant jaune, du film " Le père Noël est une ordure". On se rappellera que le temps des fêtes est aussi celui des solitudes et de l'isolement, un temps de fragilisation et d'augmentation des conduites à risques. 

Bilan de l'année ou bilan de vie?

Nouvel An, c'est aussi le moment de l'année où l'on fait les bilans, subit les innombrables rétrospectives (et moi dans tout ça qu'est-ce que j'ai fait?) où l'on constate que l'on n'est pas le superman Suisse de l'année (Wavrinka) -ah bon?- ou Genevois (Dicker); tiens donc, il n'y a pas de catégorie féminine ? Le 31 décembre, moment où l'on se prend en face la réalité compacte de sa situation sociale. Fêtes des familles séparées, des deuils de l'année, fêtes où l'on-aimerait-bien- oublier-mais-où-l'on-n'y-parvient-jamais-tout-à-fait, fêtes où l'on remarque les absents; papas en prisons, sans travail, mamans éloignées, où les expatriée-e-s ne sont jamais autant sans patrie, et où la helpline suicide des HUG marche à plein (022.372.42.42) 24h sur 24 et 7 jours sur 7.  Alors: Tu fais quoi le 31? Certains s'inventent des plans, pour ne pas dire qu'ils ne font rien, et qu'ils sont seuls sans l'avoir vraiment choisi.


Bravo la Ville de Genève!

Dans ce contexte difficile, bravo à la Ville de Genève qui a compris que le 31 décembre n'est pas un jour comme les autres, et pas qu'une fête. Malgré les rabat-joie de droite, qui pensent peut-être que tout le monde a une famille ou du fric pour s'évader. Exemple: Eric Bertinat, UDC, pour qui le 31 décembre ne peut être qu'un bastringue de musique électro avec des gens bourrés, pétés à l'alcool ou au cannabis, ou Adrien Genecand (PLR) pour qui la Ville n'a pas à se soucier des personnes qui n'ont pas 50 balles pour aller danser, ou des solitudes qui n'ont nulle part où aller un soir de réveillon. Tous deux ne voient que le côté "divertissant" de cette fête tout en jouant les pisse-froid. Triste. Mais puisque le 31 décembre est aussi une fête, qui dit fête, dit évidemment possibles excès, et tant mieux si ceux-ci sont encadrés et canalisés en un lieu.

Bravo à la Ville de Genève de préparer cette fête d'une manière créative bien loin du fantasme des "botellon géant" que craignent ces élus de droite. Bravo à la Ville qui prend ses responsabilités de collectivité publique. Bravo à elle qui sait qu'organiser une fête populaire, gratuite, sur la plaine de Plainpalais est important. Celles et ceux qui ne savent pas où aller, ne peuvent aller nulle part, ou tout simplement veulent faire la fête dans leur Ville sans débourser des centaines de francs, pourront le faire. Et puis, n'est-il pas de la responsabilité de la Ville de Genève, qui se targue de son rang international et de cité d'importance, d'offrir à celles et ceux pour qui notre territoire est avant tout un lieu de transit ou d'accueil et qui de fait sont loin de leurs familles, de commémorer le passage à l'année nouvelle avec d'autres? Et de faire ainsi de l'espace publique autre chose qu'un espace désert, silencieux, et froid?  

Une fête simple et conviviale

Le programme du réveillon sur la plainte de Plainpalais est simple, diversifié, et convivial. Installation d'une grande scène à la pointe de la plaine, avec en début de soirée Aliose, groupe suisse, aux textes poétiques. Place ensuite à de la musique rock-funk-disco des années 70 à nos jours puis vibrations électros jusqu'à 2h du matin. Petit plus: possibilité de transmettre ses voeux (textes, photos, vidéos) en direct et sur grand écran le soir de la fête en utilisant le hashtag #31GE sur les réseaux sociaux (instagram, facebook, google + etc.,). Sympa!


Je ne sais pas si j'irai faire la fête le 31 décembre sur la plaine de Plainpalais, mais savoir qu'elle existe, qu'il y aura là quelque chose plutôt que rien, un espace gratuit pour aller marquer le coup, est réjouissant.

Bravo et merci à la Ville, à celles et ceux qui travailleront ce soir là pour la collectivité; pour qui faire la fête c'est aussi la faire pour d'autres, et bonne année à toutes et tous! 

http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/fete-31-decembre-2013/

 

 

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23/12/2013

Les PDC se lourdent

Ils y vont et ça fait la une de la presse. Le président du PDC suisse Christophe Darbellay et le conseiller national Yannick Buttet (VS) vont pour Noël en villégiature à Lourdes pour fêter l'élection de leurs deux conseillers d'Etat démocrate-chrétien à Genève, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Allelouhia. Joli coup médiatique: faire d'un pari entre chrétien un geste politique sur les réseaux sociaux à la veille de Noël. Sympa? Non. Cohérent? Allez savoir. Ils soutiennent bien une initiative pour faire payer aux femmes le droit à l'avortement, ils peuvent sans soucis aller entre mecs vouer un culte à la vierge à Lourdes. Le départ était paraît-il dans l'esprit des fêtes, avec la petite phrase sibylline et assassine du PLR François Longchamp: "Pour rien au monde je ne louperai le jour où Christophe Darbellay tient une promesse." Décidément, c'est Noël dans les coeurs, et les baisers de Judas volent en guise de baisers d'adieux. Certes, il y a quelque chose de respectable dans le fait de faire ce que l'on a promis et de promettre ce que l'on veut faire. On ne s'étonnera donc pas que Guillaume Barazzone soit resté à la maison. 

Car on aurait bien voulu qu'ils emmènent dans leur sac à dos Guillaume Barazzone. Malheureusement, lui n'a pas tenu parole, il est donc privé de Lourdes. Le conseiller administratif de la Ville de Genève, en effet, en plus de son don d'ubiquité ( il siège en simultané à Berne et à Genève) possède désormais le don du double discours, ayant "défendu" en tant que Conseiller administratif le budget de la Ville de Genève, tout en avalisant le fait que son groupe attaque ce budget en faisant alliance avec l'UDC et le MCG. Au final, Barazzone a quand même réussi à retirer ses hosties du feu en se félicitant que le budget ait été voté et ses postes supplémentaires de policiers municipaux votés. Bravo. Bon, il s'est quand même brûlé les doigts en essayant sur les réseaux sociaux et dans la presse de s'en attribuer le mérite. Raté. Le baiser de Judas de Guillaume à la Ville de Genève n'est pas passé inaperçu. On ne peut pas vouloir casser quelque chose et se féliciter de l'avoir construit. Pas très catholique tout cela. Croire aux miracles est une chose. Nous prendre pour des con-ne-s en est encore une autre.
 
Les PDC, en Ville de Genève, en faisant alliance avec les partis d'extrême droite, attaquant le budget que leur magistrat était supposé défendre collégialement, ont violé leur serment d'élu de servir leur Ville. Ils ont trahi celle-ci au profit d'intérêts cantonaux. Ils peuvent bien, ensuite, voir leurs chefs de partis et conseillers nationaux partir le coeur léger se refaire une virginité dans les eaux baptismales, et les saluer du chapeau même, ce sont des gestes de grenouilles de bénitier. Quand on fait alliance avec l'extrême droite, ce n'est plus à Lourdes, en tant que chrétiens, qu'il faut aller.   
 
Des actes ou des miracles
Un miracle que les PDC aient deux élus cantonaux? Qu'ils aillent jusqu'à Rome sur les genoux s'ils le veulent. Pour moi, le véritable miracle serait que les PDC tiennent parole et fassent ce pour quoi ils s'engagent. Quand Guillaume Barazonne affirme "défendre les intérêts de la Ville" sur la page web de son parti, qu'il le fasse réellement, plutôt que de chercher à la casser au profit d'intérêt cantonaux ou nationaux. 
 
Et puis, plutôt que de promettre Lourdes ou le paradis à la télé ou la radio, il semble plus important que jamais de prendre des mesures rapides pour que le chômage baisse, pour que de nouveaux logements soient construits, pour maintenir le niveau de prestations envers la population, garantir un service social de qualité. Plutôt que d'aller à Lourdes et faire le buzz avec ses nouvelles chaussures, veiller à ce que ceux qui sont déjà élus ne trahissent pas leur parole, et s'engagent à construire une société plus solidaire et responsable. Bref plutôt que de croire aux miracles, faire son boulot, tout simplement, sinon, on risque bien, légitimement, un jour ou l'autre, de se faire, par le peuple, qui ne croit que ce qu'il voit : lourder.   
 

 

 

 

17:15 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lourdes, pdc, darbellay, barazzone, genève, esprit de noël, buttet | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/12/2013

Titeuf et Dany le rouge montent aux barricades

Que partagent en commun Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge, député européen, Zep, dessinateur, Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police ? Le fait de signer, avec 13 autres personnalités de premier plan, un appel du 14 décembre pour que les conseillers municipaux de droite rassemblés dans une alliance trouble MCG-UDC-PLR-PDC ne coupent pas l'essentiel de ce qui forme le coeur et les valeurs de la Ville de Genève : la prévention sociale. Cette prévention sociale fait faire des économies à la Ville de Genève, il ne faut pas la supprimer. 

Face à l'attirail de tronçonneuses, tenailles, haches, tronçonneuses adoucies, petits canifs dont la droite se plaît à faire étalage ces derniers jours, détaillant avec jubilation les différentes coupes qu'elle pourrait opérer ce samedi lors du vote du budget (49 emplois cisaillés, 32 placés en respiration artificielle, 17 découpés, amputation de deux services), ce petit jeu du docteur risque de tourner à l'opération à vif sans anesthésie, au risque d'une hémorragie de la cohésion sociale.

Si l'escalade célèbre la défense et résistance historique des genevois contre l'envahisseur, il est stimulant de relever le prolongement que marque cet appel du 14 décembre. Des genevois-e-s et étranger-e-s s'unissent contre une menace qui est désormais intérieure: celle de voire l'action sociale et les liens de solidarités passés au crible des pertes et profits et sommés, en plus d'être rentables, d'être super-rentables pour rembourser des dettes anticipées ou plutôt: faire des bénéfices. La menace n'est désormais plus symbolisée par des échelles sur une muraille mais par des lignes barrées colonnes après colonnes sur un budget. Au final: un déficit abyssal de sens et des charges supplémentaires pour les services sécuritaires qui sont déjà entravés dans leurs missions fondamentales pour faire du travail de médiation sociale et de liens, ce qui est contre-productif et coûteux.  

La volonté de gérer la Ville comme une entreprise cotée en bourse montre que la droite réunie sous la grande bannière de la faux joue avec ses engagements vis-à-vis de la Ville et ses citoyen-ne-s, mais aussi ses valeurs profondes. Si une entreprise privée doit des comptes à ses actionnaires, il est surprenant que des conseillers municipaux prennent leurs ordres dans des états-majors cantonaux contre les intérêts de leur cité et de ses citoyen-ne-s.     

Dans l'appel du 14 décembre, Titeuf et Dany le rouge, parmi d'autres, montent aux barricades pour rappeler des fondamentaux. Une tradition humaniste, des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable. Cet appel est à prendre au sérieux. Ce ne sont pas que des mots, mais le reflet d'actes et des contours que prendra la Genève de demain, qu'on l'appelle Grand Genève, Genève internationale, agglomération, cette Genève qui se construit et construira à cheval sur plusieurs frontières devra faire bien attention à prendre avant tout soin de ses citoyen-ne-s, favoriser les liens sociaux et la cohésion sociale, dans toutes ses ramifications, complexités.  

Genève ne se construira ni à coup de baguettes magiques ni à coups de haches. Noël approche. Les démocrates chrétiens et le MCG, surprenante alliance, se sont unis à la cognée pour casser des branches. 

Ne laissons pas faire du petit bois de ce qui fait la richesse et la sève de notre ville: son capital humain. Car au final, ce ne sont pas que de chiffres que l'on parle. Et ce qui est brisé se reconstruit difficilement.        

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30/11/2013

Plus qu'un droit à l'anniversaire

israel,palestine,bds














Le 29 novembre est la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Elle est célébrée depuis 1977 sur demande de l’assemblée générale de l’ONU.  Pourquoi cette date? parce que le 29 novembre 1947, l’assemblée générale de l’ONU, par la résolution 181, marquait le partage de la Palestine en évoquant les droits inaliénables du peuple palestinien à l’autodétermination et à créer un Etat indépendant. Depuis 1947, ce droit demeure virtuel. Ni les déclarations et résolutions accumulées depuis,  ni la condamnation du mur par la Cour internationale de justice en 2004, ont changé quelque chose à l’affaire. La voie politique semble sans issue. Et si la solution était économique ?

Sanctions

Nouveauté, à partir du 1e janvier 2014, toute entité israélienne – entreprise université  association, située au-delà des frontières de 1967 ne pourra plus recevoir de financements européens. Le gouvernement israélien a immédiatement pris le contre-pied de cette directive européenne en s'engageant à les indemniser. Cette indemnisation sera proportionnelle et payée sur le budget du ministère de l’Économie. Les choses bougent. Et si la position européenne était un vrai pas vers le changement ?  

 

israel,palestine,bdsNouvelle génération

Une nouvelle génération entre dans l’adolescence en Palestine. La génération post-mur (2004). Une génération qui n’a rien à voir avec les générations précédentes et qui a tourné le dos à la violence. Cinq jeunes hommes assis en cercle, un seul à la tête levée. Est-ce parce qu’il est le seul à se révolter ? Non. Les quatre autres sont sur Facebook. Qu’est-ce que Facebook ? Pour le paysan palestinien, c’est un tournevis pour déboulonner les présidents! Pour les autres : une soif d’apprendre, d’échanger, d’étudier, une fenêtre sur d'autres mondes pour gagner la bataille des idées. Ceux qui ont écrit sur le facteur Facebook dans les pays arabes comme détonateur de révolution peuvent aller se rhabiller. Les gouvernements ne tombent pas d’un coup de clic sur Facebook. Sinon, en ce 29 novembre, la Palestine existerait déjà, avec les plus de 10 millions de like de son peuple. Quel sera le rôle des nouvelles technologies dans la lutte pour l’émancipation ? Aujourd’hui, 94% des palestiniens ont un téléphone portable. Mais ils n’ont pas accès à la 3G. Israël bloque les fréquences. Que fera cette nouvelle génération ? Quels seront ses nouveaux moyens de combat face à la colonisation ? 

israel,palestine,bdsOrganisation

Le Fatah du président Mahmoud Abbas est contesté par la base : combien de colonies avez-vous réussi à faire démanteler, combien de checkpoints à lever lui demandent les palestiniens, fatigués de se voir entraver dans leurs déplacements et de vivre une existence d’emmurés. Les gens veulent la fin de l’occupation, c’est tout. Ils désirent une solution globale, et ne la voient pas venir. Donnez-nous une terre, un espace pour vivre et un terrain. Donnez-nous une vie qui ressemble à toute vie, riche de possibles. Quels fruits les compromis successifs entamés par l’autorité palestinienne ont-ils donné ? L’autorité palestinienne s’est efforcée d’être un bon élève suivant les réquisitions d’Israël et des pays occidentaux. Résultat ? De nouvelles colonies, un mur qui s’enfonce profondément en territoire Palestinien, plus de 4000 prisonniers dans les prisons israéliennes et des jeunes arrêtés arbitrairement tous les soirs parce qu'ils écrivent "j'aime palestine" sur leurs murs facebook. Jeunesse cloîtrée en révolte sourde et privée d'anniversaire.

israel,palestine,bdsFragmentations

L’accession au pouvoir démocratique du Hamas dans la bande de Gaza (2006) a changé la donne, et servi les intérêts d’Israël orchestrant une mise au ban internationale du mouvement. La Palestine est de facto aujourd’hui séparée en deux entités. La bande de Gaza et la Cisjordanie. La Cisjordanie étant elle-même désormais constituée de trois « cantons » par les colonies sauvages israéliennes et les découpages géopolitique qui rendent la construction d’un état Palestinien comparable à un chemin de croix. Est-ce que cette fragmentation extrême laisse encore espérer un Etat Palestinien pour la nouvelle génération ? Certains pensent que non, qu’il y aura à terme un seul Etat. Comment Israël, pensé par le sionisme comme Etat juïf sinon rien, qui étend ses frontières vers l’est au mépris du droit international,  pourra-t-il devenir un état multiculturel et démocratique incluant les palestiniens sans imploser ? Quelles révolutions intérieures Israël est-il prêt à faire pour sortir des logiques ultra-sécuritaires ? Les palestiniens vivront-ils en Cisjordanie comme à Gaza toujours plus dans des prisons à ciel ouvert, toujours plus petites, surveillées, toujours plus étroites? Viable ? Les tenants de la solution à deux états rappellent eux qu’Israël avait des colonies à Gaza jusqu’en 2007. Puis, il les a démantelées. Les marches arrière existent donc. Est-t-il possible d’en faire de même en Cisjordanie, ou les colonies sont des villes, dotées d’université, de routes, toute une infrastructure, où il y en a plus de 170, et des centaines de milliers de colons. Mais pourquoi Israël renoncerait-il au droit du plus fort pour le droit tout court. Qu'est-ce qui pourrait le faire changer? 

 

israel,palestine,bdsColonisation

Condoleeza Rice a fait plus de 18 visites en Israël ces dernières années, chaque fois pour dire sorry ou mimer l’effroi lorsqu’on lui apprenait que de nouvelles colonies avaient vu le jour. Le mur s’allonge chaque jour. Il n’y a plus d’eau. La situation est catastrophique. La jeune génération est bloquée. Quoi qu’il arrive, il faudra faire de douloureuses négociations. Les Palestiniens en ce jour de « fête » les ont déjà faites, se sont efforcés à l’inacceptable : ne pas avoir d’état, ne pas avoir Jérusalem comme capitale, voir son territoire couvert de colonies, de checkpoints, d’une présence militaire violente et intrusive, d’être soumis à une présence militaire dans la plaine du Jourdain, de voir les colons cultiver leurs terres, confisquer l’eau, et exporter leurs produits en Europe et aux Etats-Unis, accepter que les frontières de 1967 s’éloignent et qu’Israël prenne maintenant les frontières du mur comme base de négociation, etc., etc, Les conflits en Syrie, l'instabilité en Egypte limite les approvisionnements dans les camps palestiniens, la nourriture est moindre, la situation se tend.

 

israel,palestine,bdsSolution 

Et si une partie de la solution venait de l’extérieur, et notamment de l'Europe ? Les importation israéliennes sont évaluée à plus de 230 millions dans la zone euro, les échanges militaires sont multiples. Ueli Maurer envisage même l’achat de drones israéliens pour l’armée suisse en 2014 ! Simultanément, la situation des palestiniens dans les camps coûte plus de 300 millions par an à l’Union européenne qui paie de facto rubis sur l'ongle la colonisation. Une campagne de boycott, de sanctions, et le désinvestissement d’Israël est une des voies de solution. Elle a fonctionné en Afrique du Sud! L’Europe commence à réaliser qu'elle ne peut entretenir et financer une situation d'occupation et de violations du droit international sur les bords de la méditerranée, continuer à manger le bonnes dattes de la vallée du Jourdain cultivées par des colons, si elle veut jouer un véritable rôle géopolitique.Les européens, les Suisses, ont leur porte-monnaie et leur vote pour agir afin que les enfants palestiniens aient eux aussi le droit de fêter leur anniversaire le 29 novembre prochain, et surtout... de l'exercer!  

 

 


 

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20/11/2013

Eaux-vives: ni jeux ni plage?

625650_557675444253089_425232650_n.jpgIl n'y aura pas de plage aux eaux-vives avant 2020, dans le meilleur des cas. Et les habitant-e-s ne pourront bientôt même plus se contenter de l'existant. En effet, l'installation de jeux située à Baby Plage doit être démantelé rapidement. Un carton laconique aux tonalités de pierre tombale l'indique: "Dans l'impossibilité de rendre nos installations conformes aux normes européennes, nous nous voyons contraints de les démonter. Nous vous prions de ne plus les utiliser. Un grand MERCI aux membres de l'association, et aux donateurs pour leur soutien. Le comité de l'Association Cheetah-Baby Plage. 19 novembre 2013." C'est le début de la fin pour les jeux de Baby-Plage. On démantèle en discrétion en novembre ce qui manquera en juin.

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Une installation suspendue

Comment en est-on arrivé là? Les chambres à air installées ingénieusement par Jean-Georges Ernst en 2011 et l'association Cheetah baby plage ne répondent pas aux normes européennes. Elles doivent donc être supprimées. Pour mémoire, Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, s'était vigoureusement opposé aux services juridiques et avait défendu le maintien de cette installation. Il a permis ainsi à des milliers d'enfants de continuer à jouer sur cette installation autrement plus ludique, créative et ingénieuse que des toboggans et bascule en plastoc made in china bien conformes aux normes européennes. Il y a  donc déjà un grand nombre d'années que les chambres à air entremêlées de Baby Plage ne répondent plus aux normes européennes. Qu'est-ce qui a subitement changé? Ce qui a changé, c'est que Manuel Tornare avait pris sur lui et assumé un risque politique pour offrir un statut d'équipement singulier à Baby Plage. Le maire, résidant des eaux-vives, parti au conseil national, ce sont aujourd'hui les inspecteurs cantonaux de la police du feu qui décident de l'application des normes et qui font la loi. Ce qui a changé? Le courage politique d'assumer les risques.

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Pourtant... ça marche!

Pourtant, l'installation est durable, résistante. Pourtant, plus de 900 personnes ont signé en quelques jours une pétition ce printemps pour maintenir l'installation. Pourtant, Jean-Georges Ernst, âgé de 81 ans, a trouvé un successeur, qui est prêt à assurer l'entretien de l'installation. Et puis, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les arbres ne souffrent pas de cette installation ludique. Un grand soin a été pris à intégrer harmonieusement les chambres à air d'une manière non nocive pour ceux-ci. Le Service des espaces verts de la Ville l'a relevé à plusieurs reprises. Le matériel donne toutes les garanties de sécurité. En 14 ans d'existence, aucun accident n'a été déploré. Pourtant ça marche donc. Pourtant, l'installation devra être démantelée. A moins que.... 

download4.jpgNi jeux ni plage?

Baby Plage: début de la fin, ou maintien de l'existant? Cela dépend désormais de la mobilisation rapide des habitant-e-s et du courage politique que sauront montrer les responsables exécutifs de la Ville et du Canton. Le temps est désormais très court avant que les genevois ne soient placés devant la norme du fait accompli et qu'il n'y ait plus ni plage ni jeux aux eaux-vives. 


Pour plus d'informations, on lira le bel article de Sylvie Meynier sur le site de Signé Genève rédigé en avril 2013 http://www.signegeneve.ch/geneve/centre/a-baby-plage-comme-dans-la-jungle.html

 

 

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18/11/2013

Hollande en Israël: diplomatie ou complaisance?

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Elles ne sont pas des jeunes filles. Elles ont respectivement 101 ans et 80 ans. Elles vivent dans le camp de réfugié d'Al-Arroub, 10'000 habitants pour 1km carré de surface, à 15 kilomètres de Bethléem. Depuis 1948 elles sont hébergées dans une maison en préfabriqué construite par l'ONU pour une durée qui devait être de... 7 jours, avant qu'elles puissent rentrer chez elle. Depuis 65 ans elles attendent de pouvoir exercer ce droit au retour dans leurs maisons quittées de force en 1948. Elles ont, comme la plupart des habitants ayant fui à cette époque, fermé soigneusement la porte en partant, gardé précieusement leur clé, et leurs registres établissant leur droit de propriété. Cette clé est devenue le symbole du droit au retour, garanti par la résolution 194 des nations unies en 1948 puis la résolution 3236 en 1974 qui affirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils ont été déplacés et déracinés". Ce droit n'a jamais été appliqué. Cette clé, symbole d'une solution du conflit, reste pour l'instant dans les boîtes en bois des déplacés, propriétaires de terres cultivables auxquelles ils n'ont plus accès. Le camp reçoit une aide alimentaire de la part des Nations Unies. 

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Tour de garde et barbelés

Au pied du camp, il y a une tour de garde, et une barrière qui peut être fermé de la même manière que l'on parque les bêtes à l'enclos, au bon vouloir des soldats. Les tours sont un des moyens de contrôler et d'épuiser les habitants des territoires occupés. Elles sont innombrables. De plus, on comptait en 2008, rien que sur les routes, 630 obstacles divers, 93 checkpoints et 537 obstacles matériels recensés. Ces obstacles sont en constante augmentation. Dans le camp d'Al-Arroub, qui ne diffère pas des autres en la matière, pratiquement tous les jeunes hommes ont été arrêté au moins une fois. Les détentions sont arbitraires et indéterminées. Elles se font de nuit. Les soldats entrent de force dans les maisons, cassent les portes, y jettent des gaz lacrymogènes, et, ou des grenades assourdissantes, c'est selon. Parfois, il n'y a personnes à arrêter, il faut juste que l'armée s'entraîne, pratique ses techniques d'arrestation. Il est bon de se faire la main dans des villages de réfugiés, imposer sa domination afin d'en forcer la reconnaissance. Partout, dans le camp, des graffitis rappellent la détention:"La prison ne nous fait pas peur". Des drapeaux sont mis au fenêtre quand un jeune revient de détention.  

Ballet diplomatique

Que Saeb Ereka, chef des négociateurs palestiniens ait donné sa démission le 14 novembre n'a ébranlé personne dans le camp. Depuis 100 jours que duraient les négociations 6'000 constructions de maison avaient été annoncées par Israël dans les territoires occupés, suivies de 20'000 en plus à la mi-novembre. 19 palestiniens ont été tués, plus de 129 maison détruites. Les violences commises par les colons contre les locaux ont augmenté de 49%. Le mur de séparation continue d'avancer et de couper des villages entiers de leurs champs et donc leurs moyens de subsistance. Jérusalem-Est est isolé de son arrière pays. Continuer de parler de "processus de paix", dans ces conditions équivaut à cautionner le processus planifié d'anéantissement culturel; jouer le jeu de négociation un jeu de dupe, qui sert unilatéralement les avantages d'Israël, progressant sur le terrain en violant en toute impunité les droits de l'homme dans les territoires occupés. Conflit en Syrie, tensions en Egypte, Liban bouillonnant, Irak explosif, Iran nucléaire, les sujets de crise se sont multipliés dans la région. Les israéliens auraient-ils les coudées franches pour continuer d'acculer les palestiniens. Qui mettra un frein au bulldozer israélien dans les territoire occupés? Hollande? Arrivé à Tel Aviv ce dimanche, cela semble peu probable. Son objectif affiché: une pincée de diplomatie, beaucoup de complaisance, un maximum de business, c'est annoncé. Les droits humains, dans ce contexte, qui les fera respecter?

Coquillages et crustacés

Mais c'est trop déprimant tout ça. Vas vite à Tel-Aviv t'amuser, c'est une ville branchée, les lumières y sont stroboscopiques. Tu verras de jolies choses dans la boutique. L'offre y est généreuse. Tu peux toucher du doigt les objets , te faire offrir le thé même et discuter les prix avec le patron. Vitrine dorée d'une boutique où, dans son arrière cour, on castagne joyeusement les gens. Et si tu demandes d'où viennent les cris que tu entends, on te dira au mieux que cela vient de la rue, au pire que ce sont quelques arabes à mater. On taira que ce sont les cris d'un peuple singulier, avec une culture unique, cherchant à survivre sur sa terre face à des colons russes et de Brooklyn fraîchement débarqués pour s'y imposer Non. Le patron montera un peu le son "raisons de sécurité" -rien de tel pour danser- et se détendre, c'est si chouette. Tel Aviv est à 3h d'avion de l'Europe, faut pas se prendre la tête. Ce n'est pas un shekel donné en plus ou en moins qui changera la donne. Mais va jeter je t'en prie, avant le duty-free, un oeil dans l'arrière boutique de la vitrine israélienne, tu m'en diras des nouvelles. Tu pourras ensuite bronzer au soleil avec la petite musique des vies cassés en tête, ou repenser comment le boycott, le désinvestissement, et les sanctions ont permis de faire évoluer la situation en Afrique du Sud dès les années 60.

Corps mort: risque sécuritaire?

Ce ne sont pas des jeunes filles, l'une s'est fait opérer du dos. Les médecins lui ont lui a mis une plaque, chinoise, de mauvaise qualité, il a fallu la changer. Elle ne peut plus bouger, c'est son amie qui s'occupe d'elle et quelques voisins. Le toit fuit, elle arrive en riant à faire en sorte qu'on vienne le lui réparer. Qu'est-ce qu'elle espère? Etre désormais enterré dans son village. Morte ou vive, d'exercer son droit au retour, retrouver sa terre et reposer auprès de ses aînés. 

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14/11/2013

Prier en athée

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Comment cuisiner une bonne colonie? D'abord avoir une bonne casserole bien étanche, ne rien laisser sortir ni entrer que l'on ait décidé. Avoir de bonnes valves bien serrées pour pouvoir réguler la pression et un contrôle sur le feu, laisser mijoter à feu doux. Quand la pression est trop forte, ouvrez un peu les vannes ou baissez le feu doucement. Voilà, comme ça, vous pouvez aussi rajouter un peu d'huile, arroser le tout de sauce grasse, ça rend le dessus du panier plus docile et le bouillon plus digeste. Servir chaud mais pas trop. Ne jamais laisser refroidir surtout. Vous devez maintenir la pression. Un conseil: si vous en avez les moyens, fractionnez, divisez le contenu et cuisinez-le dans quatre casseroles séparées. Il n'en sera que plus tendre à traiter. Montrez toujours bien qui est le chef et qui tient la spatule.

La colonie, une économie

Passer le checkpoint à pieds, dans les longs couloirs à bestiaux: 80mètres de tubes grillagés qui avalent tous les matins leur quota de travailleurs sous-payés et les recrache au soir après les avoir bien digérés fragmentés et malaxés dans ses entrailles durant la journée. L'économie du mur est bonne pour Israël. Les coûts de construction, ce sont les USA qui les paient. Les gains, c'est l'économie locale qui les prend. Le contrôle social est maximal. Les palestiniens qui veulent obtenir un permis de travail en Israël doivent avoir au moins 35 ans, être marié, avec des enfants, n'avoir pas eu, sur trois générations, un proche qui ait tiré une pierre ou eu maille à partir avec la puissance d'occupation; cas échéant, le permis est refusé. A la moindre incartade, il est retiré. Très bon incitatif pour se tenir à carreaux en toute occasion. Les droits du travail sont régulièrement violés, il y a très peu de risques de plaintes. Si plaintes il y a, peu de chance qu'il y soit donné suite. La compétition entre travailleurs sous-payés est forte. La main d'oeuvre palestinienne est petit à petit remplacée par des chinois, philippins, etc., Un bon business que ce mur finalement. Pareil pour l'eau. Les puits sont confisqués. Entourés d'une haute barrière. L'eau est ensuite revendue à ses propriétaires expropriés. Même business pour les oliviers arrachés sur le tracé du mur. Rien à dire: une colonisation bien en place, ça rapporte. Et moins ça conteste, moins ça résiste, plus c'est rentable.

Les bédouins sous la tente. Feu de bois pour faire cuire à manger: riz et poulet dans de larges casseroles. Tu te demandes ce que les moutons peuvent manger: pierre et terre ocre à perte de vue sans une mèche d'herbe. Grillages à perte de vue : tu te demandes comment les bédouins peuvent encore bouger. A la nuit ça chante et ça danse. Tu te demandes comment ça peut encore danser et chanter. On t'offre le thé.

Hébron

Les gamins lancent des pierres tous les jours, mettent les bouchées double le vendredi. Le déroulement est le suivant: un colon colle un gnon à un gamin ou pire.... Le gamin rentre chez lui. La nouvelle se répand. Les petits descendent dans la rue et caillassent le checkpoint pour venger leur copain. Les soldats sortent en nombre: grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes: le grand manège. Les gamins se déplacent et caillassent les soldats depuis un autre endroit. Et ça dure ainsi une partie de l'après-midi et de la nuit, à jouer au chat et à la souris dans la vieille-ville. Les marchands continuent de vendre, les passants de passer. Scènes surréalistes au milieu des étals. Une femme court avec sa poussette entre pierres et gaz pour faire son chemin. Un oiseleur, tranquille, ne bouge pas. Il reste sur sa chaise devant sa devanture, comme si de rien n'était. C'est le quotidien. Avec les pierres, les gamins lancent des insultes. Les mots fusent comme des noms d'oiseaux. Les marchands engueulent les petits quand les pierres les frôlent. C'est mauvais pour le tourisme, (pas plus de 40 personnes par jour), mauvais pour les affaires, mais c'est l'intifada, la résistance. Les marchands sont solidaires des petits qui zigzaguent dans le marché pour se planquer. Jets continus. Jours après jours, ça ne faiblit pas. Malgré les caméras partout, dans les coins, sur les toits, sur les tours, dans la mosquée, sur les casques des soldats. Il y a ces kids qui ramassent les pierres et à 40 mètres visent quelque part entre casque et gilet pare-balle sans parvenir à toucher. Les explosion de rages jubilatoires se paieront cash, c'est sûr. En attendant, ils font le V de la victoire. Une petite fille sur le chemin de l'école met un mouchoir devant son nez.

Prier en athée

Un soldat traverse la rue en courant. Il marche sur une pierre que les gamins ont lancé, se tord la cheville et grimace. Les commerçant rient mais se détournent pour que les soldats ne les voient pas. La rue entière trouve le soldat ridicule et lui aussi doit sentir qu'il l'est, maladroits et pataud, bêtement méchant à suer derrière des gamins sous les pierres. Mais il doit agir comme un soldat, protéger les colons qui viennent se mettre au milieu des palestiniens et les harceler pour qu'ils partent, parce que dans une écriture mythique d'un récit historiquement non attesté il se trouverait là le tombeau de quatre patriarches et matriarches. Adam, Eve, Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Léa. Sur ce point fictif, tout le monde est d'accord, c'est un lieu saint pour les trois religions. Sur ce tombeau des patri-matri-arches se trouve une mosquée, une synagogue; et ce fût un temps une église. Aujourd'hui musulmans et juifs y prient côte à côte dans le même lieu, mais désormais séparés par des portiques de sécurité et l'armée. Tu y entres pour y prier en athée. Si cela a été possible hier pourquoi cela ne le serait-il pas demain? Le samedi, les juifs prient dans la mosquée, mais ne prennent plus soin, dit l'imam, d'enlever leurs chaussures en entrant...

La poésie vaincra

Le poète Mahmoud Darwich a sa tombe dans un musée en forme de livre à Ramallah. Dans une salle: ses affaires personnelles, lunettes, stylo, cafetière. Il en était addict au café, et pouvait dire, selon le café qu'on lui servait, à sa saveur, à qui il avait à faire.  Un film passe en continu où subitement, en lisant, il se met à pleurer. Le public de l'assistance se lève, l'applaudit. Il pleure encore plus, essuie ses larmes et tout en les essuyant, doucement d'abord, puis de plus en plus fort, recommence à lire. Sur sa tombe, il n'y a pas de combat d'appropriation, non, ici c'est très calme. Il flotte un air doux, passage des oiseaux et du vent. Deux vers entêtants reviennent en boucle : "Ce siège durera jusqu'à ce que nous enseignions à nos ennemis Quelques morceaux choisis de notre poésie anté-islamique."  et: "Lui ou Moi. Ainsi débute la guerre. Mais elle s'achève par une rencontre embarrassante, Lui et Moi."

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13/11/2013

Rouages de la domination

 

IMG_4610.JPGAvant le passage du checkpoint de Qalandyia. Une femme te dit : tu vas aller sur ma terre. Moi je n’ai plus le droit d’y aller. Tu viens de l’autre bout de l’Europe et tu peux voyager avec facilité. Je n'y ai plus accès. Elle habite à 10 kilomètres de chez elle, de l’autre côté du mur. Un jour, elle a pu obtenir une autorisation pour le franchir. Elle s’est rendue avec une amie sur son terrain pour voir sa maison. Des personnes lui ont demandé ce qu’elle faisait là. Elle a dit qu’elle admirait la nature. Elle ne pouvait pas dire pourquoi elle était là. On l’aurait chassée. Des gamins habitent à 20 km de la mer Méditerranée. Ils n'y sont jamais allé. Des vieux ne l'ont plus revue depuis 60 ans. 

Pendant le passage de Qalandyia. Tu comprends petit à petit le tourbillon administratif et ses complexités. 1)Les résidents des Territoires occupés ont une carte orange, ils ne peuvent entrer dans le bus et passent à pieds le checkpoint, leurs automobiles ont des plaques vertes, et ne sortent pas des territoires. 2)Les résidents « permanents » de Jérusalem ont des cartes d’identité bleues, leurs automobiles ont des plaques jaunes, elles peuvent entrer dans les territoires occupés. Obtenir toute pièce administrative est un chemin de croix.

Un seul peuple, régi arbitrairement par le découpage d’un mur et l’occupation. La séparation du mur impose des statuts complètement différent. L'ordre administratif impose à des familles d’être séparées, de ne plus pouvoir se voir; à des villageois de perdre l’usage de leurs champs. Ce dernier est juste de l’autre côté du mur, mais il faut un détour de 45 kilomètres, franchir un checkpoint, pour y rentrer, à des heures spécifiques, étriquées, et toujours au risque des brimades, refus, pertes de temps imposée. Tu lis René Backmann, un mur en Palestine (Folio, 2009). Lire, comprendre, avoir bien visible devant les yeux ces rouages de domination. Ici, ça malaxe et broie de vies. Le soleil brille, l'air est si doux. Des chats jouent dans la rue.  

2013-11-09 16.01.18.jpgPassage de Qalandyia. Les militaires israéliens montent à trois dans le bus, gilet pare-balle et arme en bandoulière. Ils contrôlent les documents de chacun-e-. Avec rudesse. Une jeune soldate demande du menton à un homme de retirer la casquette de sa tête, ce qu’il fait. Il la remet. Elle lui demande de la retirer une deuxième fois, ce qu’il fait encore. Il te glisse doucement : « they are crazy ». Ils demandent à une femme au fond du bus de sortir. Elle ne veut pas. La soldate insiste pour qu’elle sorte. Elle gagne du temps. Les passagers du bus la soutiennent. Les soldats vont parler au chauffeur du bus et s'en vont. Le chauffeur du bus se lève. Il demande à la femme de sortir. Elle y est obligée, prend son enfant sous le bras. Les soldats l’entourent à 4. Le bus repart. Un homme engueule le chauffeur du bus durant le reste du voyage.   

Après le passage de Qalandyia. Dans le bus, une mère de famille qui revient de Gaza, y travaille comme pédiatre. Gaza-Ramallah : 83 kilomètres. Des familles entière séparées. Pour aller à Gaza elle doit passer par la Jordanie, puis de là en Egypte, avant d’entrer dans la bande par le poste frontière. C'est comme si, pour aller à Berne, tu devais passer par Paris en avion et entrer par l'Allemagne (en beaucoup plus compliqué risqué et coûteux). Les comparaisons sont faiblardes et bancales, car tu es libre, toi.

Sa voisine enseigne à l’université Al-Quds (Jérusalem). Excédée de tout, fatiguée, mais avec une rage qui ne laisse pas place au doute. Elle vient d’aller voir sa sœur malade à Bethléem. Pour cela, il lui faut sortir de Ramallah, passer le check-point de Qalandyia, entrer à Jérusalem, passer le checkpoint de Bethléem, et rebelote dans l’autre sens pour rentrer chez elle. 6h minimum de déplacement pour aller de Genève à Morges. Elle parle de l’interminable attente pour avoir cette autorisation pour entrer seulement 24h en Israël. Pendant ce temps, sa sœur meurt. Elle lui parle par téléphone. Elle dit: je suis résolue, je n'arrêterai pas de lutter jusqu'à la fin de l'occupation, mais je me sens aussi comme un hamster qui se démène dans sa cage. Jusqu'à quand? 

checkpoint,humiliations,administration,aparthied,stapartheid,israël,palestineDes gens vont à l’hôpital en Israël. Ils obtiennent des autorisations de 24h. Pour faire les examens, rester en observation, recevoir les résultats, il leur faudrait le double et plus.Humiliations en passant aux checkpoints où il n’y a pas de contacts humains. Une voix derrière une paroi dit : tu poses tes affaires là, tu avances de quatre pas, tu lèves les mains. Tu avances de huit pas. Bien. Une voix lui crie dessus si elle ne fait pas exactement ce que la voix veut qu’elle fasse. Tu recules de huit pas! (c'est donc cela ce qu'ils appellent processus de paix) Une voix qui la rend pareil à une chose. Une voix qui se protège d’elle-même peut-être, de sa propre humanité, derrière la cloison. Les gants en plastique sur sa peau. Elle dit: être traité comme moins qu'une chose. On prend plus soin du matériel que des gens ici.

A la sortie de Qalandyia, l’embouteillage est monstrueux. Chaos de voitures et de bus qui se poussent. On reste deux heures coincé à parler. Sa fille l’appelle, elle veut savoir quand elle sera rentrée à la maison. Elle dit: bientôt... 

J'arrive.

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12/11/2013

Yasser est mort, Staline prend du galon

IMG_4635.JPG11 novembre, anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Il y a 9 ans que s'est éteint à Paris le père de la nation Palestinienne. Il y a foule à la Moqat'a des anciens, des jeunes, des enfants, militaires, militants, politiques et la garde officielle. Le portrait de Yasser est ni plus ni moins que d'habitude toujours présent dans toute la ville. Le résistant, père pour les orphelins, repère pour les autres, militant terroriste dirigeant survivant fedayin prix Nobel de la Paix, est allongé là. S'il repose à la Moqata'a, siège du gouvernement, malgré son souhait d'être enterré à Jérusalem, c'est aux israéliens qu'il le doit. Ils lui ont refusé cette dernière volonté.  

 

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Du polonium dans la Stapartheid

Le 8 novembre, les dirigeants palestiniens désignent Israël comme responsable de l'empoisonnement au polonium de Yasser. Alors que la bande de Gaza est sous contrôle du Hamas (qui a refusé d'autoriser une journée d'hommages au défunt), les différences économiques se creusent entre palestiniens; avec des classes privilégiées qui se créent à Ramallah, suscitant la frustration des sans terre et des paysans chassés, une diaspora qui se fait harceler aux douanes israéliennes pour renoncer à revenir, un printemps arabe et les conflits syriens, irakiens qui rendent les appuis meubles; des palestiniens résidant en Israël privés de contacts avec la Cisjordanie par le mur, rien n'est simple. Avec des israéliens amenant à la table des négociations des demandes prenant désormais le tracé illégitime du mur comme base de frontière sur le mode de " ce qui est à nous on le garde, on négocie maintenant ce qui vous appartient", technique institutionnalisée par Staline. Israël aurait-elle, à la barbe de l'occident, créé son monstre: la Stapartheid? Mélange d'apartheid et de stalinisme dans la conduite des conflits; de roublardise, de sadisme, de séduction et de force pour servir la séparation raciale des groupes? Le retour d'Avigdor Liebermann, faucon d'extrême droite au poste de ministre des affaires étrangères ce même jour en est un signe inquiétant.    

Si la figure de Yasser Arafat occupe, avec une pointe de nostalgie peut-être, une place si prépondérante aujourd'hui, c'est que le présent demeure sous le joug de l'occupation, et l'avenir, tel que certains le dessinent, intolérable. 

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L'arme à gauche

Tambours des sareyyet, fifres et tambours, drapeaux et chants. Un cortège aux flambeaux déboule sur l'esplanade de la Moqata'a chassant des centaines de gens devant lui. Les journalistes télés et photographes demandent aux jeunes à keffieh de prendre la pose, et faire le V de la victoire. Eux ne l'auraient pas eu cette idée. Pas de quoi se réjouir aujourd'hui, ni de crier victoire, mais il y a des images plus vendeuses que d'autres et les stéréotypes ont la vie dure. Les brigades des martyrs d'Al-Aqsa rebaptisées Brigades de Yasser Arafat le Chahid, branche armée du Fatah, sont rangées sous leurs bannières; démonstration de force à grands renforts de cris et de poings levés. Pourtant, les gamins sont tout jeunes, des pious pious qui lèvent haut les jambes en courant avec des drapeaux presque plus grand qu'eux criant à la vie à la mort. Les filles font pareil, et il semble que leur habit noir soit presque trop grand pour elles, leurs bras trop fins pour empoigner les couronnes de fleur qu'elles posent avec soin sur la tombe d'Abou Amar. Un groupe de japonais vient lui rendre hommage en se recueillant en joignant les mains et s'inclinant pendant que derrière eux des musulmans saluent debout, en rang devant la tombe au pied de laquelle un garde a laissé son fusil - oubli, appui, symbole-  ou: rappel à l'ordre, on ne sait pas.

 

07:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, yasser arafat, staline, liebermann, aparthied, stapartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/11/2013

Le paradis c'est exactement ici

IMG_4424.JPGTu vas dans un sens qui plaît à la sécurité israélienne : direction les territoires occupés. Tu passes moins d'heures au checkpoint. La route traverse la ville de Qalandyia, le chauffeur t’indique le camp de réfugiés. Des personnes vivent ici depuis 1948 –une vie de déterré- d’autres viennent d’arriver. C'est de là que descendent les gamins qui lancent parfois des pierres. Il y a 2 mois, en réaction à la mort d'un gamin assassiné, il y a eu des jets de gravats contre les miradors. Comme punition collective, les israéliens ont posé des blocs de béton. Résultat: le checkpoint est plus lent à passer ; le chaos interminable aux heures de pointe. La frustration des gens augmente et le ras-le-bol devant les discriminations, les tracasseries des soldats, éreinte. La ville est prise dans un étau, le mur l’a entouré. C’est invivable. Pourtant, ils tiennent.

Ramallah Dream

Tu montes vers Ramallah. Paysage d’une ville nouvelle. Ramallah récolte des capitaux étrangers grâce à la politique économique de l’ancien premier ministre Salam Fayyad. Une grande partie de l’aide des pays donateurs y arrive. La ville est en plein(e) boom (bulle) économique. Les grues des immeubles en construction sont nombreuses, les immeubles de plus de 10 étages légion. Jolis cafés, boutiques coquettes, restaurants sélects ; tiens, même un hôtel Mövenpick – Ouvert en 2010, les israéliens ont immédiatement interdit l’importation des célèbres glaces de l’enseigne – enfin de vraies raisons sécuritaires!- Pas un diplomate suisse pour protester contre l’outrage, on achètera quand même votre technologie militaire, soyez sans crainte- Ramallah en jette par son dynamisme, mais on peut penser, comme certains analystes, que les israéliens contrôlent stratégiquement ce développement. Laisser grandir Ramallah lui laisser des attributs, ne serait-ce pas en faire de facto la petite capitale des territoires occupés? Multiplier simultanément, pour les palestiniens de Jérusalem Est les entraves, les vexations, tout faire pour les décourager puis les chasser facilement, délégitimiser l’idée de deux états avec Jérusalem pour capitale? Au droit au retour que demandent les Palestiniens les israéliens répondent par les expulsions devant le mur qui déblaie les paysans devant soi et avale la terre. Israël tient la Palestine à la gorge, laisse passer un peu d’air, serre plus fort au besoin. Lis Benjamin Barthe : "Ramallah Dream" (éd.Découverte 2011). Tu ouvres grand les yeux. La résistance de ce peuple est hallucinante.

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Un modèle de colonisation

De fait, israël est partout. Ton shawarma vient d’israël, ton halva, ton agneau ton poulet, ton boeuf, tes aubergines, tes carottes, viennent d'israël, ton jus d'orange, ton café, ton chocolat, tes glaçons viennent d'israël. Ton Mars ton lait ton Kit et Kat viennent d’israël. Tout ce qui entre est d’israël, sujet au bon vouloir du prince. En sens inverse, tout ce qui vient des territoires occupés est étiqueté israël, en violation encore du droit international. Si israël ne reverse pas aux Palestiniens mensuellement le produit des taxes qu’elle perçoit à son compte, c’est la banqueroute immédiate pour l'Autorité Palestinienne. La dépendance économique est totale. La sujétion militaire aussi : en deux minutes, les forces d’israël seront au palais présidentiel, feront tomber Abbas, si elles le veulent. Les policiers Palestiniens ne sont pas armés. La Palestine, c’est la cour d’une prison. Certains sont dans la cour, d’autres dans des cellules d'autres dans le placard de leur cellule. Certains dans un sac dans le placard. La résistance de ce peuple est hallucinante.

 

Pour un clic ou pour un rien

Facebook est la fenêtre de la prison derrière laquelle des gamins agitent des mouchoirs. Le 8 novembre, 30 palestiniens ont été arrêté, dont un grand nombre des jeunes filles, parce qu’elles tapotaient des slogans entre deux mots d'amour sur le net. La plus forte armée du monde fracasse les portes des maisons pour sortir du lit des kids de 12 ans qui pourraient être tes fils et tes filles si tu avais oublié de leur mettre le contrôle parental, et qui ont écrit Fuck Israël sur leur mur virtuel – les gros terroristes!-. Un mur virtuel face au gros mur et aux "raisons sécuritaires" qui cassent leur vie pour vrai. L’armée israélienne pourchasse les gamins, les prend en photo et les arrête pour un clic ou pour un rien. Elle les tue aussi. Arbitrairement, par ennui, stratégie ou accident.

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Le paradis c'est exactement ici

Fadwah t’emmène de nuit à Jéricho avec ses filles. Elle te montre sur les collines les colonies illégales : ici Ariel, ici Ma'ale Adumim, ici encore une colonie et une autre, comme de petits Los Angeles sur la terre colonisée, toujours en hauteur, toujours au-dessus. Comme à Hébron où les soldats sont sur les toits avec les colons, et balancent sur les palestiniens en-dessous d’eux tous ce qui leur tombe sous la main ou leur urinent dessus. Plus loin un camp militaire ; là où il y a de grosses lumières; c’est une source d’eau accaparée. Là une prison, ici une route barrée, et derrière ces murs un centre militaire délivrant des autorisations de passage au compte-gouttes. Ce territoire est mité, bouffé par les installations d'occupations militaires et les colonies illégales en regard du droit international. Mais Israël pisse à la raie du droit international. Trop de radicalisme rend con, pas assez de radicalisme complice. L’écoeurement monte. Tu te demandes comment ils font pour respirer dans cet espace confiné, résister. Dans la voiture monte une clameur sur une chanson de Faïrouz, voix fortes. أنا لحبيبي وحبيبي إلي Je suis à mon amour et mon amour est à moi. Les filles tapent dans les mains, il faut bien se lâcher, sinon on devient dingues ici. Tu lis cette inscription sur le T-shirt de l’une d’elle –humour palestinien-

« Paradise is just where you are ». Le paradis c'est exactement là où tu te tiens.

Retiens bien la leçon.

C’est quand que le Dalaï Lama ou Frère François viennent visiter Ramallah ?

 

 

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10/11/2013

Droit dans le mur

2013-11-08 14.59.33.jpgTu sors de l’aéroport. Les amis t’avaient dit qu'ils t’attendaient là, que l’on allait venir te chercher, mais il n’y a personne, hormis un juif orthodoxe qui s’approche en souriant et te parle en hébreu. Tu entends « shalom » et « kippa » ; tu lui dis que tu ne parles pas hébreu, que tu es Suisse, et chrétien… pour arranger le tout. Il rit de sa méprise:tu as l’air si juif pourtant. Il ne manque que la kippa ! Juif, toi? Non. Mais il a raison : chemise blanche, veston bleu marine et barbe. Tu as (presque) tout du look du juif orthodoxe. Les « démarqueurs identitaires » sont trompeurs, source de méprise et d’ambivalence. Mais as-tu passé les douanes facilement parce que la douanière t’a vu plus juif que militant-poil-à-gratter; par pur arbitraire ou parce que le pouvoir voit en toi plus que tu ne vois toi-même ? Comment apprivoiser cette transparence et ruser avec les codes alors ? Tu hésites presque à twitter ou facebooker ça, mais… et si « le pouvoir » te lisait? Suspect, non?

Prudence de la parano

Bon, voilà, c’est fait, tu es parano. En même temps, il paraît que c’est commun dans ce pays, tout est fait pour que tu le sois, rien d’anormal. Faut juste vivre avec, et puis ça va être de belles vacances. Si les amis ne sont pas là pour t’accueillir, pourquoi ne pas passer directement de l’autre côté, monter à Ramallah, au nord de Jérusalem ? Le mur est partout en Israël, dans les champs dans les têtes, autant y aller tout droit. Mais on t’avait prévenu : si tu veux aller dans les territoires occupés, tu dois entrer dans une voiture à plaques jaunes (israéliennes) et non vertes (palestiniennes). Tu sors de l’aéroport, il n’y a que des voitures à plaques jaunes ! On t’avait dit aussi : si c’est un conducteur juif, il refusera de t’amener à Ramallah, si c’est un palestinien, il le fera. Le taximan face à toi veut bien t’amener à Ramallah, mais il doit s’arrêter au checkpoint de Qalandyia. C’est donc un juif. Qalandyia, c’est déjà ça de pris sur le chemin. Okay, marché conclu, tu as déjà un pied dans le taxi, puis tu hésites. Ce serait  préférable de donner ton argent à un Palestinien plutôt qu’à un israélien. Même si, en fait, les deux sont israéliens... oui, mais ils n’ont pas le même statut. L'un peut aller jusqu’à Ramallah, l’autre doit s’arrêter à Qalandyia.

5000 à 0

Faudrait-il stopper le taxi là et en sortir : parce que ce chauffeur n'est pas palestinien ? Non. Pourtant, si tu avais pu (su) choisir, tu aurais préféré aller avec un chauffeur palestinien, c’est  vrai. Parce qu’il t’aurait emmené directement à Ramallah ou parce que tu préfères donner ton argent à celui qui subit le pouvoir de domination plutôt qu'à celui qui l'exerce?Tu regardes le conducteur de taxi. Tu essaies de percevoir en lui le pouvoir de domination. Il met un peu plus fort la musique, se retourne vers toi et te demande si tu as fait bon voyage. Tu lui dis oui, un bon voyage. Le passage des douanes s’est bien passé. Il te regarde d’un air étonné: pourquoi cela se serait-il mal passé... Avec tout ça, tu as oublié de lui demander le prix de la course. -Combien pour aller au checkpoint de Qalandyia? 200 shekels. 200 shekels (50 francs) ! C’est cher. Tu essaies de négocier –trop tard- Il dit qu’il y a 80 km. Il veut bien baisser à 180 shekels, pas moins. Tu lui demandes pourquoi il ne peut pas aller à Ramallah. Il a de la peine à répondre, il dit qu’il comprend mal l'anglais. Tu lui demandes s’il est déjà allé à Ramallah, il dit oui : il y a plus de vingt ans. C’était comment ? Il ne comprend plus la question. Avec l’armée ? Oui, avec l’armée. Sur la route il te montre la prison d’Ofer, plus de 1100 prisonniers palestiniens détenus dans celle-ci, un cinquième de tous les détenus Palestiniens par Israël. Pourquoi il te montre ça ? Aucune idée, tu ne lui avais rien demandé pourtant. Combien de prisonniers Israéliens en Palestine déjà? - Aucun. 

Le mur de séparation

Le long de l’autoroute : murs et fils de fer barbelés et devant : Qalandya, le gros checkpoint comme un paquebot échoué. Ou plutôt: un titanic qui coule. Les palestiniens d'Israël dans des canots a plaque jaune, les autres qui rament ou crient en silence, t'a prévenue une amie. 50 km de route depuis Ben Gourion. Le chauffeur te dépose. Salut. Un homme s’approche: Ramallah? Oui, Ramallah. Combien? 200 shekels. 200 shekels ! Oui, parce que c’est dangereux. Dangereux ? Oui. On est vendredi, il risque d’y avoir des jets de pierre. Pourquoi? Parce que la colère. Lors de la sortie de la prière du vendredi, on ne peut plus comprimer la rage de la semaine, du mois, de l’année... des 60 dernières années. Mais pourquoi se ferait-il tirer des pierres, il est palestinien? Oui, il est palestinien, mais il a des plaques jaunes, vit en Israël. Et le passage du checkpoint est risqué. Il y a un camp de réfugié à côté et les gamins en descendent parfois avec des pierres. Peu importe quand tu es là-dedans qui tu es. Les pierres tombent, parfois ça tire, et si tu es au milieu, voilà, tu risques d’en prendre une.

Tu te souviens de ton look d'orthodoxe juif alors. Ta petite chemise blanche, ton petit veston bleu marine. Tu veux les enlever maintenant ? Ce qui est sûr c’est que la barbe tu la gardes, ça peut servir. Tu négocies (très mal) le prix à 150 shekels, le chauffeur donne 50 shekels à un homme qui gardait le parking. Bien que la Cour internationale de justice de la Haye ait arrêté en 2004 que le mur de plus de 700 kilomètres érigé en sinuant par Israël (le frontière de la ligne verte fait 370km) en Cisjordanie était contraire au droit international; bien qu'elle aie obligé Israël à réparer les dommages causés aux Palestiniens, bien que l'assemblée générale de l'Onu ait voté une résolution par 150 voix contre 6, le mur, complètement illégal, le mur est encore et les "dommages" se poursuivent.  

Le temps de charger deux autres personnes et la voiture se met en route en cahotant pour le franchir au checkpoint.


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09/11/2013

Jure de dire la vérité toute la vérité tout le temps

Arriver en Israël. Longue file d’attente à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Tu en as tellement entendu parler de cette arrivée, du pouvoir discrétionnaire qui fait que tu peux te retrouver durant 8h soumis à un entretien avec des membres de la sécurité que tu paranoïes un peu. Tu n’as pourtant rien à te reprocher. Tu viens en vacances en Israël, désireux de voir Jérusalem, les lieux saints, et bien entendu aussi aller en Cisjordanie, rencontrer les palestiniens qui vivent de l’autre côté du mur de séparation. Est-ce illégal ? Non.  

Tu vas voyager à Ramallah, à Bethléem? Bien entendu. Pourquoi, c'est mal? C'est déjà suspect pour l’état sécuritaire, et pourrait te valoir un petit détour par la « cabine d’essayage » et d’y rester un long moment en rade? Possible même que l’on te renvoie à la maison direct ? Peut-être. Paraît que ça se fait. C’est tout le pouvoir du pouvoir de laisser dans l’ambivalence peser sa force. Une règle de base de la domination : plus les règles seront floues, plus la possibilité d’arbitraire élargi, plus l’autocontrôle et la soumission seront grandes.

Si on te demande si tu vas dans les territoires occupés, tu diras non te recommandent tes amis. Ah non, tu diras oui, parce que tu es quand même invité pour 5 jours de festivités culturelles et sportives à Ramallah, et que c’est pour tes vacances. Tu ne vas pas mentir quand même? Pourquoi faudrait-il le cacher ? Après tout, Ramallah vaut bien Tel Aviv, il paraît que les shawarmas y sont même meilleurs.

Sous le regard du pouvoir

Tu doutes quand même. Ce pourrait-être une mauvaise réponse que de dire la vérité. Il vaudrait mieux ne pas tout dire, construire un récit plus «vendeur ». Bon, finalement, quoi que tu dises ce ne sera pas LA bonne réponse. Pas de garantie. Le pouvoir n'est pas entre tes mains. Te revient alors en tête ce débat sur les protections des données et la vidéosurveillance. L’argument de ceux qui disent que l’on n’a rien à craindre lorsque l’on n'a rien à cacher, et qu’il n’y a pas de soucis à être filmé ou fiché tant que l’on ne fait rien de « mal » est bidon. Longeant les couloirs de l’aéroport de Tel Aviv, tu te dis : ici et là je ne fais rien de répréhensible ou d’illégal, et pourtant, j’ai le sentiment de cacher quelque chose, et que cela pourrait m’être reproché. Comment est-ce possible ? C’est la société de contrôle, bien réelle qui t’est rentrée dans la moelle et le cerveau et tu l’as assimilée. A Genève, à New-York, Tel-Aviv ou Pékin, c’est la même logique en place, Celle du pouvoir et du contrôle, avec des degrés et des mise-en-scène différentes. Le pouvoir du pouvoir, c’est de faire porter à l’individu le poids de celui-ci. Dois-tu craindre l’œil tout puissant d’Israël, l'observer soigneusement, ou en parler à ton psy ? Les migrants africains qui doivent penser à  mentir comme toi à Ben Gourion ou à Cointrin n’ont pas de psy, eux, et pas de solution de retour. Ils sont autrement coincés que toi.

Dire oui dire non 

Tu penses à eux qui arrivent aux frontières et doivent construire des récits, aménager les vérités pour faire entendre aux fonctionnaires derrière les vitres ce qu’ils veulent entendre. Tu penses aussi à la petite commission des naturalisations du conseil municipal de la Ville de Genève. Comment, là, il faut se montrer plus suisse qu’un suisse à l’examinateur, étant entendu qu’être soi-même, ça risque d'être insuffisant suivant ce que pense l’examinateur de ce qu’être suisse veut dire. Perversité du système qui conduit l’autre à devoir coller à un modèle non-clairement signifié. Bon, si tu pouvais tout expliquer, tout irait mieux, Mais en même temps non, au contraire, plus il y aura de mots, d’interprétations, de complexités, moins tu seras compris ; plus la machine paranoïde sélective du pouvoir sera alimentée. Alors reste sobre : répondre par oui ou par non, c’est assez… si c’est possible… la file avance. 

La culture comme décodeur

Des images du film de Fernand Melgar, la Forteresse, ressurgissent. Les récits « vrais » ne sont pas toujours crus, ils sont pris pour des récits inventés par l’administration, alors que les récits construits, plus vrais que nature, passent mieux parfois. Accommodements stratégiques avec les contraintes de la parole et de la situation. Tu ne sais toujours pas ce que tu vas leur dire de ce que tu viens faire là…  parce que tu ne le sais pas vraiment toi-même finalement. La file avance. Un autre film surgit en tête : « Omar » de Hany Abu-Asad. La culture offre du matériel pour penser le réel. Ces films vus avant le voyage sont comme des décodeurs.  

Un couple de retraités suisses s’inquiète juste devant toi dans la file. Est-ce qu’ils vont être retenus, questionnés ? En riant tu leur dis d’être sage, et tout se passera bien. Clin d’œil, ils rient. Ils passent, après 10 bonnes minute. A ton tour, tu t’avances. Jolie douanière, yeux verts, elle te demande ce que tu viens faire en Israël, tu dis : voir Jérusalem, les lieux saints, la Mer Morte et Massada. Ce qui est vrai. Elle sourit. Tu as envie de lui faire une blague. Tu te retiens. Elle te sourit. Elle te donne ton visa d’entrée. Tu lui souris encore. L’attente du passage a duré 1 heure. Le passage : 3 minutes… seulement. Enfin, pour toi.

 

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06/11/2013

Une grève pour la sécurité

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Le service de la protection des mineurs (SPMI) et le Service de protection des adultes (SPAD) sont en grève illimitée depuis le 4 novembre. Une grève nécessaire et motivée par plusieurs raisons extrêmement graves liées au manque de ressources dans ces services dédiés pour l'un à la jeunesse et pour l'autre aux adultes en difficulté. Au SPMI, boulevard Saint-Georges 16, la grève est très suivie. On ne rigole pas, les visages sont serrés. On sait l'importance de ce travail pour les mineurs suivis et ce n'est pas de gaieté de coeur que les travailleurs font grève. Ils y sont acculés.

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Acculés, tout d'abord, par un déménagement dans un immeuble inadapté à la confidentialité requise pour les entretiens avec les familles. Espaces en "open space", non-isolés. On voit dans l'ascenseur des cartons qui couvrent des parois défoncées par les poings rageurs des parents à qui l'on a retiré la garde de leurs enfants. Faire ce boulot est un risque quotidien. Les responsabilités sont lourdes, les conséquences des décisions dramatiques. Il y faudrait des moyens en suffisance, or c'est exactement l'inverse qui arrive. 4000 dossiers annuels traités, plus de 60 suivis par chaque travailleur, il en résulte un manque chronique de temps pour suivre les situations, un risque accru d'erreur et d'oublis. Le stress est intense, les burn-out fréquents, signe d'un malaise et d'un épuisement profond. Gérer sur un mode urgence permet de fonctionner un temps, puis tout lâche. Ce point de rupture est atteint aujourd'hui, les travailleurs l'écrivent sur des pancartes "Service Sociaux au bout du rouleau"... en bout de chaîne aussi. C'est quand les situations deviennent ingérables, incontrôlables, que l'on s'adresse à eux. La grève est ni plus ni moins un acte de légitime défense dans des situations de maltraitance institutionnelle, afin d'obtenir une juste considération et des moyens suffisants afin de faire leur travail, en respectant les critères professionnels.

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Il n'est pas correct que des travailleurs sociaux soient rétribués à la même hauteur qu'un animateur social alors que leurs charges et responsabilités sont plus élevées. Il est singulier qu'ils aient des conditions moins bonnes que les policiers par exemple, alors que leurs expositions au risques est équivalente si ce n'est supérieure dans certains cas. Lorsque les travailleurs sociaux du SPMI vont dans des familles pour des interventions sensibles, les policiers ont des gilets pare-balle, eux non. Et ils passent devant.

Depuis début 2013, le cahier des charges a pris du volume pour les travailleurs du SPMI. Ils sont désormais titulaires des dossiers qu'ils suivent, responsables pénalement. Mais s'ils ont plus de responsabilités, leur nouveau statut qui entrera en vigueur en 2014 les paie moins! On n'est pas dans le mythe du travailler plus pour gagner plus, mais dans la réalité d'absorber plus de responsabilités et de risques pour un salaire raboté! Certes, les salariés passent dans une classe supérieure, mais ils perdent leurs annuités, et surtout, doivent payer leurs cotisations sur un mode rétroactif. Leur diminution de salaire est évaluée à 10%! La grève, dans ces conditions, est un acte de légitime défense contre la maltraitance institutionnelle.

 

 

Leur lieu de travail? Les locaux du boulevard Saint-Georges sont ultra-sécurisés - claustrophobiques s'abstenir- n'entre pas qui veut. Il y faut bien une grève pour pouvoir y entrer! Le SPMI ressemble à une prison, et si on laisse le tout sécuritaire l'emporter sur les liens de parole et de confiance, l'avenir est mal barré, ou plutôt : tout tracé. Les sociaux doivent faire les flics (et de plus en plus les flics font du social, alors qu'ils n'y sont pas formés). On ne demande plus aux sociaux d'améliorer des situations mais de les sanctionner. Pourtant on ne peut gérer le social comme on gère des prisons ou une entreprise de communication. Le nouvel immeuble du boulevard Saint-Georges a coûté et coûtera encore des millions à l'Etat. Les travailleurs sont en colère quand ils voient l'argent public dilapidé et les petits arrangements financiers faits entre Mark Müller et Thierry Barbier-Müller sur le dos des travailleurs et des jeunes. Pour rappel, L'Etat devra verser à la société dont Thierry Barbier-Müller est président, environ 52 millions de francs sur 10 ans pour la location de ce bâtiment! Il faudrait donc accepter que l'argent destiné à des conditions de travail digne et à l'avenir des jeunes aille aux promoteurs? Entre les promoteurs avides et les jeunes en difficulté, vous voulez privilégier qui vous?    

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Dans cette dernière semaine avant les élections, les Conseillers d'Etat actuels seraient bien inspirés, avant de s'en aller, de changer la situation au SPMI et au SPAD. On souhaiterait aussi que les candidats  prennent des engagements fermes, afin de donner des garanties pour que la situation dans ces services en souffrances soit améliorée le plus rapidement possible. Il est dangereux que l'obsession policière l'emporte sur la sécurité et le manque de suivi des jeunes qui basculent dans la délinquance si un encadrement suffisamment bon ne leur est pas proposé. Il est dangereux de siphonner le social, la santé, la culture pour engager des policiers uniquement. C'est en amont que se règlent les situations. En aval: c'est plus difficile et coûteux. Chaque année 600 jeunes quittent le système scolaire sans que l'on sache ce qu'ils deviennent. Les professeurs ne peuvent les suivre. Les déscolarisés d'aujourd'hui seront les délinquants de demain s'ils ne sont pas suivis. 

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Cette grève n'est pas un caprice de fonctionnaire gâté mais un signal d'alarme très grave d'un dysfonctionnement social profond et du tic tac d'une bombe à retardement sur le point d'exploser dans les bureaux et dans les rues si la prévention ne se fait plus, si des décisions de qualité pour les jeunes ne peuvent plus être prises au profit d'une gestion policière et médiatique du corps social.

Avant de construire plus de prisons, il faut se donner les moyens pour que les jeunes n'y arrivent pas. C'est bien le sens de cette grève: faire comprendre aux décideurs que les arbitrages budgétaires en faveur des petits copains promoteurs et du graissage du bâton sécuritaire produisent des dégâts graves. Enfin, attirer l'attention des travailleurs de l'enseignement, travailleuses de la santé, travailleurs du social, citoyens, citoyennes, que cette grève est la leur, car c'est leur sécurité et leur avenir qui est en jeu. 

Remerciements à Eric Roset pour son travail photos. Tous droits sur celles-ci lui sont réservés. 

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05/11/2013

Une nuit à la rue avec les roms

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Eric Roset, photographe, réalise un livre sur les roms. Nous passons la nuit avec lui. Premier arrêt derrière un bâtiment public. Une dizaine de roms dorment là, tapis de mousse sur le gravier, ou plutôt: essaient. 21h, à peine le temps d'échanger quelques mots arrivent deux gendarmes -lampes torches sur les visages- qui intiment l'ordre à tout le groupe de dégager "Dégagez". Et pour aller où ? -N’importe où mais pas là. « Dégagez » c’est un mot que les roms connaissent très, très bien. Toujours bouger, pour aller.. nulle part. Alors dix, quinze, vingt fois par jours, si ce n’est plus, ils « dégagent », obéissent à l'illégalité de ces éloignements forcés. La police use à répétition de la contrainte pour obliger les personnes précaires à se déplacer sans cesse. Parmi les personnes précaires, elle en cible arbitrairement certains. La police a ses têtes de turc et les roms ont le profil. ils s’exécutent respectueusement, se déplacent, évitent le conflit. Ils racontent que certains policiers leur demandent d’aller à un endroit, d’où sont chassés d’autres roms au même moment pour aller là où ils se trouvent. Les groupes se croisent et se retrouvent en quelque sorte encerclé par deux polices qui leur demandent d’aller là où les autres doivent en dégager. Kafkaïen. Inutilité de mettre des personnes en mouvement, sans rien proposer d’autre qu'un harcèlement répétitif. Mobilisation des forces de police à vide qui seraient bien mieux utilisées à faire, par exemple, respecter le code de la route, verbaliser ceux qui le transgressent, mettent leur vie ou celles d’autres en danger; des forces de police qui seraient par exemple plus utiles en protégeant les citoyen-ne-s contre les nuisances sonores, la criminalité. Notre police, dans cette situation, est payée pour faire la chasse aux pauvres. Et l’argent du contribuable sert là à activer un déplacement sans fin, sans résultats. Cette situation en devient presque risible tellement elle est absurde. Combien de policiers engagés en plus cette année? 19, rien qu'en ville, et combien au canton? Cela fait cher la chasse aux pauvres. Et si on investissait plutôt dans le social, la santé, l'éducation maintenant, d'une manière plus durable?

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21h10, le temps d'enrouler les matelas, les couvrir de plastique, et c’est le début de la marche. Nous croisons un deuxième groupe délogé qui cherche un autre abri, sautons dans le tram. Regards de mépris, une jeune femme se moque. Si nous nous taisons, on ne nous identifie pas. Par le fait d’être avec eux, nous y sommes assimilés. Les apparences et les préjugés s’enclenchent très vite. Sac de couchage, sac plastique, on devient vite un moins-que-rien. Supporter ce regard est une expérience. Entendre ce qui se dit, un choc. 

La marche nous amène dans le préau d'une école, complètement désert à cette heure. La pluie menace. Les roms racontent les abus de droit quotidiens de la part des services de police. Ils citent : l’argent confisqué, les téléphones ramassés, les affaires saisies et jetées à la benne par la voirie, le fait d’être fréquemment embarqués au poste pour y être retenu. Demande-t-on aux jeunes qui font des fêtes dans l'espace public, par exemple rue des Acacias, de bouger ? Non. Est-ce que les corps de police demanderaient à des jeunes de se déplacer d’un banc pour aller marcher plus loin, ou à deux amoureux qui s'embrassent ? Non, jamais. Alors pourquoi cela est-il fait avec les roms, au nom de quoi ?

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Ils aimeraient juste qu’on les laisse dormir un peu, en paix. Ils nettoient le lieu où ils dorment en partant. Ils ont compris que leur survie était à ce prix. Ils se font discret, veulent dormir et si possible travailler, est-ce un crime? Ils sont pourtant l’objet d'un harcèlement constant, fréquents coups de pieds pour les réveiller, et occasionnels sprayages de nuit pour les faire « dégager ». C’est leur quotidien, sans qu’ils n’aient commis aucuns délits. Si certains policiers font leur travail avec respect (c’est à dire, leur demandent de dégager sans violences supplémentaires), d’autres non. Insultes, mépris, intimidation, confiscations. Les roms peuvent donner les jours, les heures: ça c’est passé ici et là. On partage le thé, un peu de vin que l’on a amené. La fatigue se fait sentir. Encore quelques histoires et on va essayer de dormir. 

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23h30, à peine le temps de dérouler les matelas, trois policiers municipaux arrivent et sans ménagement, exigent que nous dégagions. Les roms commencent à plier bagage. Il est illégal de nous évacuer d'un espace public, sans que nous ayons commis quoi que ce soit de répréhensible et sans nous donner aucune raison. Nous contestons. Les policiers sont décontenancés, affirment que c'est un espace privé, enfin.. qui appartient au Département de l’instruction publique, enfin... « Dégagez! ». Ils deviennent nerveux, demandent qu'Eric Roset arrête de prendre des photos. Ils ne semblent pas très au clair sur l’espace dans lequel ils interviennent, au nom de quoi. Reçoivent-ils des ordres ? Ils disent ne faire qu'appliquer les directives comme des enfants pris en faute. Mais quelles directives ? Ils l'ignorent ou le gardent pour eux comme un secret et continuent de pointer leur lampe torche sur les visages en mettant la pression : « bon, maintenant il faut dégager ». Le préau est désert, silencieux. Bouger mais pour aller où ? C’est absurde, il va pleuvoir. « Vous dégagez» Puis, menace à peine voilée: "Vous refusez donc de quitter les lieux" qui semble lourde de conséquences funestes. Brrrrrr. Une image nous revient en tête des films américains, ou au moins dans la fiction, le policier lit à la personne qu’il arrête ses droits. Ici, non. Trois policiers que les roms craignent parce qu’ils les connaissent pour leur donner des coups et du spray et les forcent, de jour comme de nuit, qu'il pleuve ou qu'il vente, à quitter un abri où ils n’importunent finalement personne pour tourner en rond dans la ville et se faire chasser ainsi par d’autres patrouilles de police, en pure perte. 

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Nous cédons. Par crainte que notre opposition coûte cher aux roms en représailles, quittons les lieux. Nous tournons en rond. Arrêt proche d'un arrêt de bus, mais impossible de dormir devant ce bâtiment. Le concierge évacue lui aussi. Une heure passe, la pluie menace de plus en plus. Nous rebroussons chemin vers le préau de l'école, y déroulons à nouveau les matelas. Il est deux heures du matin. La nuit passera ainsi, rythmée par les cris des jeunes qui boivent dans le parc, des ombres passantes. En veilles, réveils en sursaut, et sans retour de la police à cet endroit. C'est dire si leur intervention a porté ses fruit...
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A l’aube, le concierge arrive. Il ne parle pas. En levant son téléphone, il montre simplement qu’il appelle la police. Cela devient pavlovien. Nous replions les matelas, direction la plaine de Plainpalais pour un café que les roms ne veulent pas prendre dans un bistrot de la place par crainte d’en être chassés et pour ne pas créer de problèmes. Nous prenons des cafés à l’emporter et les buvons sur un banc. D’autres sans-abris arrivent. Il y a l’Armée du salut (environ 80 places), mais le Canton ne fait rien pour accueillir les personnes sans domicile fixe. On se salue, on hésite à se poser. Chacun-e- prend des nouvelles d'un tel ou une telle. Les roms reconnaissent Eric qui continue de prendre des photos. Il leur promet de les leur envoyer par la suite. Des couples prennent la pose. Genève en arrière-plan.   

7h15, une nouvelle journée commence… on se prend aussi à guetter la police, comme si nous étions devenus des criminels. Une voiture de police tourne à l’angle de la rue… on le pressent, il va falloir dégager… on bouge, on recommence à marcher. Buna ziua. Bonne journée!   

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16/10/2013

Un gentil derby de hockey

e6988.jpgGenève Servette hockey-club s'est incliné 4 à 1 à la maison contre Lausanne dans le derby de ce mardi. 4 buts à 1 autant dire une rouste, une dérouillée, une correction. Et pourtant, dans les faits, ce fût un très, très gentil derby. A peine six petites pénalités de deux minutes et pratiquement pas de charges. Un jeu de gentleman je vous le dis, presque de danseuses, n'était le fait que la danse est un exercice violent et que le corps y est soumis à très rude épreuve, plus qu'au hockey finalement. Ce match lémanique a plutôt ressemblé à un bal musette. Le puck, loin d'être disputé, était plutôt un cadeau dont on ne savait que faire: à toi à moi, à toi, allez... tu ne le veux pas, prends-le, je te le laisse volontiers... non non je n'en ferai rien... tu es sûr? Bref, on était plus proche d'une messe avec don d'hostie que d'une gué-guerre avec un gral à conquérir.

Culture et sport

Est-ce parce qu'une dizaine de joueurs lausannois sont passés par l'effectif genevois, que les deux clubs s'échangent des joueurs, se les prêtent, se les vendent, ou parce que deux couples de frères sont partagés entre les deux contingents (les frères Savary et Antonietti) que finalement l'on joue un peu au derby comme l'on joue à la dinette en famille aux Vernets? Je ne sais pas. Je connais moins le hockey que l'art contemporain, mais il semble au final que l'on s'étripe plus dans celui-ci que dans celui-là. Il semble en tout cas, à Genève, que la culture est plus compétitive que le sport. Il est plus dur d'y survivre. Quant à Lausanne, c'est plutôt l'inverse. Ce n'est pas pour rien que Lausanne a le siège du comité olympique international et que nous n'avons que le Grand Théâtre. A chacun sa croix. Il y en a de plus chères que d'autres...

Le derby des familles

Alors, derby lémanique ou promenade en famille? Quand on sait que Hugh Quennec, patron du genève servette hockey club mais aussi du Servette football club a des actions dans le club de hockey de Lausanne, c'est fort. Comment imaginer une compétition alors que tout le monde fait partie, à peu de choses près, du même contingent? En voilà une bonne raison de ne pas se faire trop mal. Au final, le véritable objectif de cette soirée caritative était surtout de ne pas se blesser. Ce fût un échec. L'impossible s'est produit. Le malheureux Eliot Berthon a reçu un puck en pleine poire, dévié par son coéquipier Berger. Jeux de mains jeux de vilain? Genève jouait pourtant comme ses pieds. Bon, les lausannois, eux, n'ont pas perdu le nord. Après un début poussif et un but reçu d'entrée (le traditionnel quart d'heure vaudois), ils s'échauffent, s'ébrouent -on ne réveille pas un vaudois impunément!- et hop: et un et deux et trois buts d'affilées! Les genevois ramassent la rondelle dans leurs filets, mines dépitées cannes basses, gants sur la glace. Pas de révolte ni de coups, l'aigle a piteuse allure et le lion un air de crack. Déjà (déjà!) les spectateurs quittent les gradins; ça se dépeuple très vite en tribunes. On peut pas dire que la rage de vaincre les habite -plus préoccupés d'aller chercher leur voiture en premier histoire de ne pas être pris dans les embouteillages-, que de pousser leur équipe? Ah lala, les supporters lausannois donnent alors de la voix "ici c'est Lausanne" "ici c'est chez nous" les effrontés! Un "frontaliers frontaliers frontaliers" impertinent, torse nu sur les murs en plexiglas de la patinoire claque chez les rupestres. Les pom pom girls sont jalouses, on leur vole la vedette; les frontaliers aussi, les genevois sont relégués en périphérie du classement. Et pan, c'est le 4 à 1 et c'est la fin.

Chauffer les oreilles du voisin

Que des frontaliers traitent de frontalier toi-même (c'est celui qui le dit qui y est) les locaux, fussent-ils leurs familiers et soumis au même patron qu'eux, on en rigole encore, car ça  ne manque pas de piquant, étant entendu que l'on est toujours le frontalier de quelqu'un d'autre et que lors de ce gentil derby, au final, personne ne s'y est senti vraiment dépaysé. A la fin du gala: quelques échauffourées, entre genevois - allez comprendre- mais peut-être que des eaux-viviens avaient une dent contre des Pâquisards, ou des servettiens contre des carougeois, suffisamment pour se chauffer les oreilles avant d'aller se frotter au cordon de police protégeant des lausannois tout content d'avoir triomphé et d'invectiver leurs copains avec des noms d'oiseaux. 4 buts à 1 au final, il fallait bien une petite baston en famille pour clore le gentil derby, ça fait partie du folklore. Bon, maintenant, je me demande si ce rituel fleurira à l'opéra au spectacle. Il paraît qu'ils jouent Wagner... encore un boche celui-là, ça pourrait en exciter plus d'un...     

13:14 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hockey, derby, famille, lausanne | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/10/2013

Debout les damné.e.s du sandwich!

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"Le système économique est complètement fou. Je suis persuadé que ça ne durera pas. Nous allons entrer dans une période de révolution et il faudrait la préparer". -Albert Jacquard-

Vendredi : indignation. Dimanche: élection. Mardi: utopie. Les jours qui viennent, ne dites pas que vous avez piscine, que les kids veulent aller à la montagne, vous ne serez pas crédibles. Suspendez les cours de gym. Zumba, bokwa, power-yoga, ça attendra. Il y a une rétrospective De Funès à la télé? Même Jess Owens ou Jesse James sur petit écran, ça ne fait pas le poids. McDo-boulot-dodo, emplettes à la Migros: embargo. Même la sieste est bannie -mmmmh c'était si bon pourtant-. Vous voulez du changement, une révolution? Debout, les damné-e-s du sandwich. Cette semaine ça ne rigole pas. Au menu: indignation, élection, utopie. Rien que ça. 

Vendredi: Indignation La Maison de Rousseau et de la Littérature (MRL) ouvre les feux avec un cycle de quatre jours  autour de l'indignation comme moteur de création. Russel Banks, guérillero US, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, lunettes au front, plume en bandoulière allume la mèche avec une lecture-conférence évoquant le rôle de l'indignation dans son parcours d'écrivain. Retour sur sa critique de la guerre d'Irak, la fondation de son ONG établissant aux États-Unis des lieux d'asile pour écrivain-e-s menacé-e-s? Trois jours d'atelier, d'écriture, de lectures et performances à la MRL suivront ce Big Banks. Alors, Collin, Rousseau, Fiedler, Lo Verso, Banks, même combat? A voir, à entendre surtout, ça va ferrailler sec en vieille-ville. Les livres vont voler, fumer les pages, chauffer les cartouches d'encre rouge. Poudre, paroles (paroles?)... il vous manque le programme. Vous souhaitez vous engager? C'est par là que ça se passe... suivez le sentier (éclairé): www.m-r-l.ch

Dimanche: Election Hasard du calendrier ou complot révolutionnaire: entre indignation et utopie, se faufilent les élections. C'est à Uni-mail que ça se passe. Les partis politiques prennent leurs quartiers dans des cafés transformé en bocal boursouflés de ballons et de bannières. Dans une ambiance de kermesse ou d'abattoir, les militant-e-s de la première à la dernière heure animent le boulevard Carl-Vogt ; ça ronge son crayon à l'attente des premiers résultats, tapote son écran, fume clopes sur clopes. On trouve le temps long. Le chewing-gum est insipide. On guette le serveur, les photographes les papables, en alternance. Transpiration fine (ne rien montrer surtout), commentaires petites vannes, avant d'aller vite vite sur un plateau télé et faire, quoi qu'il arrive, contre mauvaise fortune bon cœur. On prend un dernier bonbon au miel, au menthol. Allez, ça donne la gnaque avant les entrées triomphales, les mots d'ordres répétés ou la débandade discrète par une porte escamotée. Vous avez-eu l'impression de vous ennuyer durant cette campagne, venez à Uni-mail en fin de journée, ce sera votre revanche. Vous en aurez un jus condensé. Les jours d'élections sont à la politique, ce qu'une arrivée est à la course cycliste. Le reste du temps on s'y ennuie, sauf les spécialistes. Vous voulez les résultats des jeux électifs? Pour le sprint, suivez cette ligne: http://www.ge.ch/chancellerie

Lundi: Débriefing. Résultats au scratch. L'élu de la veille au soir est sorti de route. Cyclothymiques, fébriles tachycardes attention, c'est ce jour là que s'enclenchent les vraies dépressions. Les stratèges font leurs comptes, les autres nettoient leurs bureaux, parlent à leur porte-manteau.

signet_evenements.gifMardi: Utopie Soyez raisonnables, demandez l'impossible. La Fureur de lire a placé la barre haut au-dessus de l'horizon. Cap sur l'utopie cette année. Russel Banks, après s'être indigné, aimante à l'utopie. Vous voulez du concret? En voilà: Des Pourfendeur de nuages, un Lamouratoire d'écriture, une constituante piratesque, des utopies cyclolittéraires. Une Société secrète d'explorateurs municipaux, un troc de livre, une Nuitopie, un bristophone, archiborescence. Ah ah! Pour terminer cette semaine folle, Isabelle Huppert lira Sade miam miam. Plaisir, enfer, paradis, utopie ou neurasthénie: la révolution s'en vient. Si vous voulez du beurre sur vos utopies, la brioche c'est par là: http://www.ville-ge.ch/culture/fureur

Avalée cette semaine gargantuesque, c'est promis, vos sandwichs n'auront plus jamais la même saveur. Utopie?


 

 

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29/09/2013

Tu votes ou tu votes pas?

 

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A 6 jours de l'élection du 6 octobre le taux de participation est toujours à moins de 10%. Le train est encore à quai, il est temps d'y monter. Après, ce sera trop tard, fini pour 5 ans, basta. Et suivant l'équipage, 5 ans, c'est long. Le 6 octobre, on élit avant tout 100 députés. Et ce n'est pas pour les mettre dans un wagon de première classe, mais pour qu'ils assurent la bonne marche collective, son service, sa conduite.

Alors citoyen-ne, voisin-e, tu veux être actrice du voyage, passager-e- concerné-e par la destinée du train, ou rester bêtement à quai à regarder passer les wagons? En démocratie, tu as pour mandat d'élire, mais aussi de surveiller, relancer, informer, contester ceux qui gouvernent par délégation afin qu'il fassent ce pour quoi on les élit: assurer la bonne marche de la société. En tout cas pas de leur offrir un voyage de 5 ans tous frais payé reconductible automatiquement. Citoyen-ne, voisin-e, voter te permettra ensuite de leur demander des comptes et de les placer devant leurs responsabilités. La priorité c'est aujourd'hui de lutter contre la pauvreté, pas contre les pauvres ; de lutter pour que la classe moyenne sorte la tête de l'eau, pas pour qu'elle s'y enfonce. On récolte de ses élu-e-s ce qu'on y a semé. Ou alors on change. Ou bien? 

Un bilan à faire

Avant de s'embarquer dans ce voyage de 5 ans, quel bilan tirer du voyage précédent?

La droite avec une majorité écrasante au Grand Conseil (68 députés contre 32 de gauche) 4 Conseillers d'Etat contre 3 a poursuivi sa politique de démantèlement des services aux citoyen-ne-s et de bradage de l'Etat. Cette majorité a mené le Canton au bord de l'implosion sociale et les inégalités n'ont cessé de croître ces dernières années. Cette droite chaotique a mené notre canton au bord de la faillite. Des politiques perverses et dangereuses pour les travailleurs et travailleuses, la stigmatisation des personnes au bénéfice de l'aide sociale ont rendu tous les liens sociaux plus fragiles. A force d'être férocement économistes, ces politiques ont perdues de vue celles et ceux qu'elles doivent servir: les citoyen-ne-s. Les libéraux-radicaux pousseront peut-être des cris d'orfraie devant ces affirmations, qu'ils le fassent. Ils aimeraient pratiquer l'art du serrage de boulons pour certains et l'ajout de service de première classe et de communication sur papier glacé pour d'autres en toute tranquillité, mais non. On ne peut pas tondre les citoyen-ne-s et avoir en plus leurs remerciements. Le peut-on?

Le new-management est dangereux pour la santé

Suppression du RMCAS, empilage de dossiers (jusqu'à 80 à l'Hospice Général sur des assistant-e-s sociaux débordés), augmentation des "critères" et des "barèmes" comme seules manières d'envisager l'humain. La guerre au doublon et la prime aux fusions d'entités a fait des victimes: les citoyen-ne-s. Une seule porte où s'adresser, et elle est bien gardée, n'entre plus qui veut et ça va empirer. Aux EPI (Etablissements publics pour l'intégration) le slogan c'est : "Après la fusion la culture d'entreprise". Allez voir ce qui reste du Département de la solidarité et de l'emploi après le passage de Monsieur Longchamp et avant que Madame Rochat, par un grossier tour de passe-passe, ne s'y fasse doucement oublier avant les élections.... La Santé? Et un et deux et trois plans de restructuration plus tard, allez écouter les travailleurs et travailleuses et rendez-vous aux urgences pour une petite attente de 6 heures, vous m'en direz des nouvelles. Vous cherchez un logement. Revenez dans 5 ans..... ou mettez trois mille balles sur la table. Merci qui? Merci Mark Müller, merci Longchamp, merci Rochat, merci Maudet.   

Les pauvres sous le tapis les beaux sur l'affiche?

L'Hospice Général ne fait plus son boulot par manque de moyens. Il fait donc refluer les personnes vers les communes ou simplement à la rue. Sous couvert de bonnes gestions et d'"intégration" avec un joli discours formaté new management les libéraux-radicaux coupent les prestations, fragilisent les prestataires ou les basculent vers d'autres horizons, espérant les perdre en route ou s'en débarrasser. Cela augmente la précarité sociale, et l'insécurité. 

Cette manière de (dé)faire les liens sociaux en créant des murs administratifs compose de fait des difficultés supplémentaire. Le culte du chiffre ne se marie pas avec la vie sociale. Ces politiques sont non seulement dangereuses mais surtout perverses. Le tout sécuritaire, voulu par Monsieur Maudet, avec des poses de caméras à plus 2 millions, des corps de police spécialisés qui se tournent les pouces pendant que d'autres triment sur le terrain; des dizaine de gendarmes et agents municipaux en plus qui au final font du travail administratif, tout cela coûte au final très très cher et n'éponge qu'à peine ce que les politiques anti-sociales voulues par Monsieur Longchamp et Madame Rochat ont contribué à créer.

Un autre quotidien est possible
La gauche, au quotidien, en travaillant sur le terrain, que ce soit pour soutenir l'économie sociale et solidaire ou en développant et en alimentant en Ville un fonds chômage ainsi que la Fondetec, Fond de soutien aux PME et aux start-up empoigne les enjeux autrement, sous l'angle de la durabilité. Elle lutte pour conserver une administration forte, redistributrice, créatrice d'emplois. Elle développe l'offre des places de crèche, développe une école inclusive, qui limite les décrochages et permet, si pas l'égalité des chances au moins de limiter la casse des inégalités. Elle a une vision plus large de ce qu'est la sécurité, et maintient un service public de qualité et efficace. La collectivisation des sols permet de retirer le terrain sous les pieds des spéculateurs. Un éducateur spécialisé dans chaque école c'est aussi moins d'insécurité dans les rues. 

Dernier départ pour la Genève qui se lève 

Il est temps, ici et maintenant, de changer cette majorité crasse du Grand Conseil, pour oser un autre modèle de société, et donner un autre rythme que celui du confort pour certains et les économies pour d'autres. C'est maintenant que tout se joue. C'est le dernier départ pour la Genève qui se lève. Après, le train partira pour 5 ans et que tu sois à quai ou pas, dedans ou non, voisin-e-, citoyen-ne-, habitant-e-, tu le sentiras passer, ça c'est garanti.


Alors, tu votes ou tu votes pas? 

24/09/2013

Abstention piège à con

Je n’irai pas voter, ils n’auront pas ma voix. Ma voix, je la couve, je la donne au silence, à la protestation muette. Ils n’auront rien de moi. Mon adhésion je la garde, et tant pis si je fais le jeu de la minorité gueulante, si je roule pour les pouvoirs en place, me condamne à manger le même plat durant 5 ans, personne ne me donne envie aujourd'hui, c'est ainsi. Je rends mon stylo, ma fourchette, je fais la grève de la faim des bulletins. C’est quand même le boulot des partis et de leurs candidat-e-s de me faire saliver et ouvrir l’appétit, non? Vais pas leur prémâcher le boulot?   

Je n’irai pas voter. Un budget de 7 milliards, n’importe qui peut le gérer, ça ne me regarde pas. D'ailleurs, c'est toujours les mêmes qui se partagent le gâteau; font des promesses et ne les tiennent pas. J'ai trop mangé mon pain noir, je préfère ne plus y mettre mon grain de sel. Et puis, il y a trop de dents en avant, trop d’égo, d’ambitions. Moi je ferme la bouche, préfère me taire et ne rien changer au menu indigeste. Je ne prendrai pas ma feuille. Mettre une croix ? Faut pas rêver non plus. Fermer l'enveloppe : exclu. Je ne lâcherai pas une miette. Et peu importe qui me servira la soupe pendant 5 ans. L’abstention c’est mon élection. Alors je rentre la tête dans les épaules, j’attendrai que ça passe (jusqu’à quand ?). Mes impôts je les paie, les feux rouges les respecte, on ne peut rien me reprocher.Je ne jette pas de papiers par terre, je ramasse mes crottes de chien, j'attends sagement mes trams même quand il n'y en a pas qui viennent. Pas de bruit après 22h, je râle sur les chuchoteurs et ne fais plus la fête. Je trie mes poubelles comme il faut, c'est des Eds qui récoltent les pots cassés. Je vide ma boîte aux lettres et tant pis s'il n'y a plus de poste dans mon quartier. Je suis un-e- bon-ne- citoyen-ne, mais voter, à d’autres de s’en charger. Faut pas trop m’en demander. De la démocratie, j’abandonne les droits pour les devoirs. D'ailleurs je ne sais pas comment ça marche, mais faut pas m'expliquer. Je fais la grève des bulletins. C'est décidé. 

J’accepte les décisions du 30%, de la moitié de la population, eux ce sont les vrais patrons. Au mieux je me tais, au pire je me la coince. Voter, c’est un droit pour ceux qui veulent être pris pour des pigeons. Moi, j'ai la rage froide et je me prive de son expression. Je ne veux pas légitimer la société. Le société ce n’est pas moi, elle ne me touche pas, je suis assis à côté, au-dessus en dehors, j’ai construit ma petite bulle, elle résiste sous la presse (jusqu'à quand?). Ce gouvernement, je n’y serai pour rien. On ne pourra rien me reprocher, je n’aurai rien fait. Je resterai neutre, enfin: absent (jusqu'à quand?). 

La démocratie pour moi, c’est aller dans un supermarché et accepter que d'autres remplissent mon caddy de ce qu'ils veulent sans contrôle sur les dates de péremptions. Pas de vérification du prix à payer. J'accepte même les produits avariés. Après, je déguste, bien évidemment. Je composerai avec mes haut-le-coeurs, comme je le peux. Parfois, c'est vrai, je regrette. J'aurai bien voulu oser autre chose. Mais j’ai renoncé à avoir des élus à mon image. Non, je n’irai pas voter, je ne ferai pas partie des 30% de ceux qui décideront de l’avenir du Canton; de toute façon ce n’est jamais mon avis qui l’emporte, jamais mon parti qui gagne. Je préfère l’abstention. C'est si bon, l'abandon.

Le 6 octobre je mettrai la tête dans ma télé ou j'irai jardiner, après je pourrai enfin critiquer pendant 5 ans, librement. De toute façon, on ne me demandera plus mon avis. Pester c'est si bon, c'est du petit lait.Abstention piège à con ? Ce billet ne me fera pas changer d’avis. Je veux bien être con, c'est acquis, mais j'ai ma fierté, même pas besoin d'essayer...

- Et si j'essayais cette fois, juste pour voir, de changer de catégorie? -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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09/09/2013

Bâtie: public pointu ou provincial?

Salaud de public. Il a payé, et il se croit tout permis. Il est venu assister à la représentation de Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersemaeker au Bâtiment des forces motrices dans le cadre du festival de la Bâtie et alors que la pièce s'ouvre par un long solo de violon Partita n° 2 en ré mineur de Bach qui donne son nom à la pièce, certains toussotent, se raclent déjà la gorge. Ah, les barbares, les bouseux, les culs-terreux. Mais chhhuuuuuut font les autres. Est-ce parce que la radicalité de la proposition en ce lieu passe moins bien qu'à ciel ouvert dans la cour d'honneur d'Avignon? Toujours est-il que les ingrat-e-s, qui ont payé pour voir et se retrouvent plongé dans le noir, trépignent sur place et le font savoir. Ils ne voient pas entrer les deux danseurs qui se déplacent dans la pénombre - pas sûr, de toute façon, au-delà du 15e rang, qu'ils puissent les distinguer encore- Alors si aux premiers rangs on communie, au-delà on expie- Ce spectacle est-il produit pour ceux qui ont pu se projeter devant le plus rapidement possible? L'émotion semble bien passer dans un rayon de 25 mètres autour de la scène, pour les initiés. Au-delà: bye bye, on regardera le spectacle à la télé la prochaine fois. 

Bon, ça courate en rond un petit moment, Anne essaie de rattraper Boris, Boris court après Anne, Anne fait du Boris, Boris s'adapte au système d'Anne. Anne vole, Boris tombe et nous, nous on observe. Enfin, on a quand même un peu le tournis. Certains salauds continuent de faire du bruit. La pièce manque de souffle, mais c'est normal, c'est minimal, c'est fait pour. Le salaud de public se sent un peu floué -il se sent tenu d'applaudir au milieu de la pièce - Mais c'est trop tôt, ils n'ont rien compris les bougres-. Les artistes prennent leur pied. Et nous: quoi? La pièce n'est pas achevée, ça fait tout juste 35 minutes qu'on y est. Pour certains cela semble déjà être long, ils le font savoir. Grrrrrr on se croirait à la Praille.

Coup de théâtre, une corde du violon, lâche au désespoir du violoniste - mince ma corde, je n'ai pas de violon en rab- sûr alors qu'il va se faire virer par Anne et qu'elle ne lui pardonnera jamais d'avoir fauté à ce moment là- Mais non, Anne n'est pas comme ça, n'est pas si vache. Même au tour de France, les champions ont les pneus qui crèvent, Anne le sait bien. Pourquoi cela n'arriverait-il pas aux artistes, même aux meilleurs? Pas besoin de faire cette tête là. On continue. Allez hop. On sait bien que la pièce ne doit pas se terminer maintenant, on a compris. Comment vont-ils se sortir de l'imprévu nos artistes?

Certains hésitent à applaudir -non, non, non, chuuuuuut, arrêtez- c'est si fragile. Anne et Boris nous  jettent un petit intermède improvisé comme un os à des chiens, allez battez-vous avec cela pendant que l'on attend que notre violoniste sorte des cordes. Petits pas de danse pour faire patienter, quelques jabs et mouvements de kung-fu, pieds jetés ; si vous avez l'impression de vous ennuyer, c'est normal, parce que tout ATDK-BC que l'on soit, ça nous perturbe aussi tout ça. On vous le fait d'ailleurs savoir. #tête d'enterrement #regards dépités #toomuchistoomuch. 

Et ce salaud de public, jamais capable de recevoir religieusement l'obole culturelle, se racle encore la gorge. Ne peut-il pas juste s'en aller silencieusement quand ils s'ennuie, sans trop le faire savoir? On pense alors revivre l'enfer de Castellucci en 2008 où les contraintes de la scène du Forum Meyrin avaient fait partir en fumée une partie de la pièce lui retirant toute puissance en plombant sérieusement le budget du festival. On en vient alors à se demander s'il est bien raisonnable de programmer à Genève des pièces crées avant tout pour la cour d'honneur du festival d'Avignon. Et si vraiment tout est transposable; si se payer des stars (et si possible plus cher qu'ailleurs) n'est finalement pas l'aboutissement absolu des villes de Province, et de leur rêve à toutes: faire venir un peu après tout le monde des artistes en se posant comme à la pointe. Rampling à la Comédie, tu iras voir? Moi j'avais adoré Cantat dans les Trachiniennes, je retournerai bien voir ma 21e pièce de Wajdi Mouawad... ouais ouais trop bien ! La culture, quand c'est fait par des stars, c'est un peu... pour des stars aussi, et nous en sommes. Johnny Halliday jouant Molière, chiche, on l'achète? Y'aura du monde, c'est clair, et une bonne couverture presse. 

Il faut se demander si faire des resucées du festival d'Avignon (Öhrn, Lauwers, Charmatz, Keersemaeker, Quesne cette année) permet au public provincial d'accéder à ce qui se fait de mieux sur les scènes d'Europe, ou juste de se la péter le temps d'une soirée en pensant se la jouer pointu. Et si, sans salle de dimension ambitieuse, sans salle dotée d'une véritable âme, Genève peut avoir cette ambition. Parce que le théâtre se fait quand même avant tout dans des lieux. Et dans des lieux qui ont une résonnance, une âme. On ne dépose pas n'importe quel objet culturel n'importe où. Entre le théâtre du loup et le Grand Théâtre où on cuit sur place, l'Association pour la danse contemporaine casée dans une école, la Comédie où ça sent le vieux et le BFM ou l'on se pense à l'Arena, c'est pas gagné d'avance. Salaud de public? Faut le comprendre, même si Antigel l'a habitué à aller visiter des piscines et des salles de gym en trouvant ça trendy, c'est quand même bien aussi d'habiter de véritables espaces culturels.   

Anne et Boris dansent encore. Ils font un dernier petit tour en rond et nous lancent un biscuit en rab' pour s'excuser du désagrément de la corde qui a sauté. J'ai décroché, c'est vrai, mea culpa. Anne envoie des bisous volants au public qui se lève et applaudit, moitié en transe, moitié transi, moitié soumis, moitié parti. Boris sourit.

Et on termine par un grand salut dans un émouvant moment de communion. Salut les artistes. Salut le public. Et vive la Bâtie.

 

 

 

11:13 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bâtie, festival, théâtre, charmatz, keersemaeker, danse, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |