sylvain thévoz

31/07/2013

Accident de personne: pudeur ou omerta?

Des trains ont été supprimés partiellement entre Genève et Lausanne à cause d'un "accident de personne" le long du chemin de l'impératrice à 7h15 du matin ce mardi. Accident de personne, euphémisme amer pour dire suicide sous un train.

On connaît l'heure du suicide, le retard qu'il a provoqué sur le trafic. On sait le rétablissement prévu de celui-ci. A la minute près, on est au courant que les trains Lancy-Pont-Rouge-Coppet ont été supprimés entre Genève et Creux-de-Genthod. Les voyageurs de Versoix pour Genève ont dû emprunter le réseau des bus TPG, les voyageurs de Nyon pour Coppet ceux du réseau des bus TPN. Mais on ne dit pas suicide, non, ça on ne peut pas. On ne pose pas la question du pourquoi. On dit: accident de personne, et c'est bon, on peut passer au suivant.

La Régie fédérale des transports ne publie aucunes statistiques sur ces pudiques "accidents de personne". En regard, les catastrophe ferroviaire de ces dernières semaines au Québec, en France, en Espagne, à Granges-Marnand, sont abondamment commentées, disséquées: on veut comprendre, on cherche les explications, les responsables. C'est naturel. Il ne faut pas que cela se reproduise. Il est important d'améliorer la sécurité. Et d'ailleurs, comment se fait-il que cela soit arrivé? Epuisement, distraction, stress professionnel, jeu avec la mort? On peut se poser la question. Mais pourquoi les autres "accidents de personne" qui s'égrènent sur les voies tout au long de l'année sont-ils passés sous silence? Et combien il y en a-t-il sur les rails suisses : deux, quatre, six, sept, dix, vingt, cinquante, ou plutôt cent, deux-cent de ces "accidents"? Combien de Granges-Marnand silencieux chaque semaine à ton avis? Plutôt trois ou quatre? Tu dirais quoi, toi?

Etrange refus de tenir compte du nombre dans un pays où tout se chiffre pourtant. Pas de traces, pas d'explications ni de recherches du boulon manquant ou d'un manque de barrière. Rien. Le silence. Est-ce de la pudeur ou une omerta concernant le nombre de suicidés sur les voies ferrées? Est-ce pour ne pas donner l'idée à d'autres de se suicider? Je me demande si le non-dit et le tabou retiennnent du côté de la vie. Je ne crois pas, non. C'est plutôt le contraire. Le silence tue. Tant que le nombre de suicide n'est pas nommé, comptabilisé, et connu, tout peut continuer tranquillement. Pas de barrières, pas de sécurité, pas de précautions. Et puis, ce serait plutôt au Canton ou au transporteur de s'en préoccuper?

On ne dit pas : un homme s'est jeté sur la voie, une femme a posé sa tête sur les rails, un adolescent s'est couché sur les gravats, a éteint son téléphone et attendu l'intercity de 7h15. On dit:  il y a eu deux accidents de personne en une semaine, deux perturbations de trafic ont provoqué des retards.

On ne dit pas deux gamines de 19 ans sont allées se faire couper en morceaux sur les voies. On dit :deux accidents de personne ont ralenti le trafic, et cent passagers ont raté leur correspondance.

On dit cela, on ne dit rien.

Et les conducteurs de train, après cela, ils deviennent quoi?

15:53 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cff, suicides, accident de personnes | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/07/2013

Engouement pour un suicide

Carsten Schloter, patron de Swisscom, s’est pendu. Le titre de l'entreprise a dans un premier temps perdu -0.58% avant de remonter.

Engagé contre l’initiative 1:12 visant à réduire les hauts salaires, celui qui avait un revenu annuel de 1.8 millions de francs s’était finalement engagé à baisser le sien. Ceux qui répètent à l’envi que l’argent ne fait pas le bonheur pourront méditer à loisir cette maxime. Dans ce cas-là, elle se vérifie, c’est le moins que l’on puisse dire. Bon, de là à dire que l’initiative 1 :12 lui aurait sauvé la vie, on n’ira pas jusque-là,  mais en tous les cas, la maxime travailler plus pour gagner plus a d’évidence du plomb dans l'aile. Divorcé, une vie séparée, une famille qui a volé en éclat : le prix à payer de l’hyper-travail ? Jusqu'où peut-on être un bourreau de travail avant de s'en prendre à soi-même et à ses proches? « J’ai trois jeunes enfants et je vis séparé. Je les vois toutes les deux semaines, et cela me donne à chaque fois un sentiment de culpabilité. Je pense, que j’ai fait quelque chose qui n’est pas juste » disait Carsten Schloter dans une émission évoquant le plus grand échec de sa vie. Evidemment, l’enfermement et l’impasse existentielle dépassent toutes les classes sociales. On se suicide riche, on se suicide pauvre, on se suicide entouré, on se suicide seul. On se suicide pour des raisons professionnelles, médicales, personnelles, secrètes. On se suicide parce que l’on a plus le temps de vivre.  On se suicide parce que l’on ne sait plus quoi faire, parce que l’on a trop de choix, etc., etc., 

Alors, ce n’est pas parce qu’il était un patron que Carsten Schloter s’est pendu. Mais bien parce qu’il s’est pendu comme patron d'une des plus grandes entreprises suisse que l’écho médiatique est si fort aujourd’hui. Parlons-en. Mais combien de Carsten Schloter au quotidien et combien de une dans la presse ? Combien de Carsten Schloter sous les rails, sur les ponts, au fond du Rhône ou dans le silence d’ambulances sans sirènes ? En parcourant la presse aujourd’hui, on se demande ce que révèle l’engouement pour ce suicide. Consternation, stupéfaction, les qualificatifs ne manquent pas devant le libre choix d’un homme qui a choisi d’en terminer courageusement avec sa vie. Alors, pourquoi ce tremblement ? N’est-ce pas l’aboutissement logique d’une vide de dingue et du libre choix ? Et si c'était parce que ce suicide montrait l’échec d’un modèle ? De l’hyper-vitesse à l’hyper-compétitivité, et qu’il parlait à chacun-e- de ce que l’on devine de l'envers du swiss-dream : suicides, cachets, dope, divorces, neurasthénies ?   

Nos héros antiques à nous s’appellent désormais Pantani, Schloter, Whinehouse, Stern, ils sont à demi-dopés ou fous et meurent pendus, assassinés. Rien de bien nouveau sous le soleil. A la différence près que si les héros grecs se battaient pour devenir plus qu’humains, les nôtre semblent lutter pour le redevenir, simplement, et semblent juste dire : « nous rêvons de deux choses : d’avoir du temps, simplement quelques heures devant nous sans agenda précis, et de retrouver l’intensité émotionnelle que l’on avait quand on était jeune ou enfant.» Et ils meurent de ne pas y parvenir.

A la question : comment changer de vie quand on n’arrive plus à vivre la sienne ?Tu aurais répondu comment, camarade Carsten, si tu avais été libre de le faire ?

...

Mais tu as répondu. Et tu as dit: le suicide est ma réponse.C’est ta réponse. Respect pour ton geste. Et respect pour ta mort.   

A l’llustré, qui te demandait de quoi tu rêvais, tu avais affirmé : «  Je rêve d’un monde moins égoïste, moins avide de tout, tout de suite. De stopper cette course en avant que l’être humain et la planète ne supporteront plus longtemps» Beau projet de vie.

Un rêve aussi grand, aussi noble, qui se termine pendu au bout d’une corde, ça fait mal.

 

09:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schloter, suicide, swisscom, projet de vie, projet de mort | |  Facebook |  Imprimer | | |

07/07/2013

La langue de bois qu’il faut brûler

langue de bois,pouvoir,politique,rapports de forceLa langue de bois brûle facilement. Pas besoin d’y mettre beaucoup de feu, elle prend bien. Et si elle est sèche en plus, ou vermoulue à souhait, ça démarre très vite. Il ne faut donc ni contrer ni chercher à construire avec elle, mais en frottant sous elle deux petits cailloux blancs, ou mettant deux morceaux de silence l'un contre l'autre, la faire chauffer vers sa flamme. Car elle brûle facilement, cette langue, c’est là sa principale -si pas unique- qualité.

La langue de bois brûle facilement. A part cela, à quoi est-elle bonne? Quand elle ne sonne pas creux, ce qui est rare, elle résonne mal. Elle ânonne, fatigue, assomme. Car on l’a déjà entendue mille fois se plier pour ne rien dire. Enfin, et c'est plus subtil, elle dit sans dire et répète sans faire, soustrait de l’énergie là où elle devrait en rendre et amène de la pesanteur là où elle pourrait insuffler de la légèreté. On ne peut rien faire de la langue de bois. Peut-être comprendre comment elle est portée, pourquoi on construit avec, et encore. Je crois que le mieux à faire est de la brûler pour rendre au bois sa noblesse, et pour cette langue, l'appeler de plastique désormais. Le bois est trop noble pour servir à cela. 

Porter le feu, est-ce violent? Peut-être. Mais qu’est-ce que cette violence par rapport au travail de sape de la langue qui nous prend pour des poutres du paléolithiques ? Qu’est-ce que le feu devant le travail de soupe de coupe de copeaux des termites sur les bois vivants?

La langue de bois peut être vernie. Elle peut être peinte. Elle ne dit jamais ce qu’elle pourrait dire, de crainte que l’on entende ce qu'elle ne peut pas dire. Alors, elle en dit encore moins; dissimule les veinules, les noeuds du bois, efface des traces et poli toute aspérité. La langue de bois a une seule visée : s'effacer, se faire le plus lisse possible. Par là même cesser de rendre compte de quoi que ce soit. 

Pourquoi n'arrête-t-elle pas de jouer ce jeu alors que la pièce est autre et que les acteurs le savent ? Parce que la flexibilité manque, parce que les circonstances l’imposent ? Parceque la stratégie y conduit ? Parce que c’est mieux ainsi? C’est comme un pli. Lorsque le pli est pris, c'en est déjà presque fini.

La langue de bois qu’il faut brûler n’est pas une langue neutre. C’est la langue du bulldozer ou du rouleau compresseur au service d'une logique d’Etat, administrative, politique. Elle offre la répétition du même et l'impossibilité de s'y opposer. Il n'y a plus de fronts de taille. C'est la langue retorse de la vrille. Pourquoi la langue de bois est-elle si populaire? Parce qu'elle distrait? Occupe? Endort? Parce qu'elle remplit, servie parfois en sciure sur un nid de prunes ou de chataîgnes dans les oreilles.

Je préfère l'allumette et la poix aux gros platanes qui poussent trop droit. Et je préfère commencer par brûler la langue de bois que je porte en moi. Pour faire place nette. En faisant des petits fagots de mots, petites brisures de sons, brindilles inarticulées : bégaiements de bogues et de pives, écorce vives. Peut-être alors que de cela il naîtra une autre parole, vive et poétique, une langue de sève.

 

 

 

 

 

 

 

 

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16/06/2013

L'écran, Nabila et Platon, les plates-bandes des Talibans

nabila,platon,taliban,bombes,écransDans la cosmologie sumérienne, celle des égyptiens, des premiers grecs, la terre était plate et elle était au centre de l'univers. A partir du 6e siècle, ça se corse: le fait que la terre est ronde est acquis (merci Pythagore et Platon). L'histoire du monde est ensuite une fascinante évolution pour connaître la place de notre sphère dans l'univers et sa composition. Tension avec l'église catholique et sa lecture lisse, fidèle à la lettre de la Bible, qui conçoit la verticalité (haut/bas, ascension/chute) mais honnit les courbes, les ondes et les bosses. La vie doit être conforme à la tablette de pierre. Au début était le verbe, pas la vallée.

Placé par quelques inspirés aux replis de l'univers, tournant autour du soleil (Copernic, Galilée), l'Homme jouit pour quelque temps des volumes. Si Thalès imaginait la terre comme un disque flottant sur l'eau, Eluard la voyait lui bleue comme une orange, et malgré le fait que les premiers navigateurs pensaient basculer au-delà de la ligne d'horizon directement dans le vide, rongés par le scorbut, l'abus de rhum et de café, gavés de soleil de sel et de poudre à canon, leurs voyages délirants allaient confirmer que la terre est bel et bien ronde comme le pourtour d'une bouche et sa profondeur sans fin, même en surface.

Et maintenant?

Fini le flower power. Gelé les bourgeonnements du désir, l'éclatement 68-69 d'un feu d'artifice qui appartient déjà à un autre siècle. Le volcan a délivré sa lave. Nous avançons désormais sous la retombée des cendres. Froides. Fukushima et Tchernobyl ont consumé leur coeurs, se ratatinant. Aujourd'hui: écran plats, ordinateurs, publicités placardées sur les murs, les volumes ont disparu. Plus de profondeur de champ et des visions panoramiques. L'horizon c'est le cadre et le cadre c'est le pixel : multitude de petits points, parfois animés, qu'il faut essayer de relier et de fantasmer pour former chair, volume. Des trompe-l'oeil, rien de plus.

Ecran, écran, dis-moi si je suis la plus belle ?

Si l'écran est la seule ouverture, celle-ci est bien souvent un miroir déformant. Comme Narcisse se penchait sur la rivière pour se mirer dans son reflet, on entend aujourd'hui: écran, écran, dis-moi si je suis la plus belle (via skype)? Mais routes, barrières, murs, l'Homme travaille aux angles et aux aplats et les vagues seules permettent de brouiller l'image et la recomposer. Jeter une pierre dans la vitre, l'écran, comme les jeunes hors-cadre, permet de fêler les apparences. Des bouts d'écrans démembrés et recomposés formeront peut-être de nouvelles mosaïques....

La tête dans les étoiles

Faut-il toujours attendre la bonne fenêtre météorologique pour envoyer une fusée dans l'espace? De toute façon, on n'y envoie plus d'humains, on ne décole plus. Désormais entre le café et la dépose des enfants à l'école, un voisin pilote à toutes heures du jour et de la nuit des drones sur petit écran pour les envoyer réduire à rien quelques talibans lointain. Conduites par écran interposés, les courbes des utopies se sont inversée. Nous avions la lune, l'espace dans le collimateur, nous avons attéri en Afghanistan sur les plates-bandes des Talibans.

Le dernier Eldorado sera-t-il mammaire?

Ce qui semble encore porteur, ce sont les marques volumineuses, crise oblige, comme celles de Nabila, dernière en date à offrir à la masse des sphère et du volume. Découpages sur petit écran ou papiers glacés, là se logent les dernières espérances virtuelles d'un relief (avec les trajectoires du petit ballon rond du football peut-être). Platon, Aristote nous ont fait croire aux courbes sur l'aplat du papier. Nabila, Zahia, par leurs courbes fictionnalisées et pixelisées, nous ont recollé à l'écran. Et quand Angelina se fait une double masectomie des seins, aplatit préventivement ses formes, un choc tellurique secoue la planète.

Un monde à plat?

Alors que les anciens pensaient la terre plate, ils ont lancé les voyages des grandes découvertes pour y aller voir. Alors que nous pensons tout voir sur le petit écran, que ce monde semble clos et sans relief, il y a urgence à former des plis et reformer des crêtes, passer tête la première au travers du cadre.

Ecran de veille.

L'aventure véritable commence en creux, là où s'éteint l'écran.

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23/05/2013

Le kamikaze de Notre-Dame le MCG et la haine ordinaire

Dominique Venner, idéologue d'extrême droite, résolument opposé au mariage homosexuel, a voulu donner une dimension publique extrêmement forte a son suicide en allant se supprimer dans la cathédrale de Notre-Dame. Comment interpréter cet acte? Tout d'abord, comme un acte kamikaze. Cette opération suicide a fait une victime: lui même. Acte terroriste tourné contre soi même, il montre la morbidité extrême de l'extrême droite, sa puissance destructrice cristalisée en un acte. Se rendre dans un lieu sacré, une cathédrale, pour s'y supprimer, c'est montrer qu'il n'y a plus rien qui tient devant la volonté de mort, la pulsion de destruction.

Il faut relire le commentaire de Marine Le Pen suite à cet acte kamikaze sur twitter : "Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France."  Le respect pour un homme qui se tue? L'option préférentielle de saisir de fusils pour réveiller les français ? Mais quel réveil possible et quelle est la valeur accordée à la vie pour que le respect honore ceux qui se suppriment?  L'extrême droite dit: nous respectons la mort, nous respectons celui qui se colle une balle dans la tête, à défaut de lui offrir une promesse de paradis. On est là dans le champ de l'éloge et de la glorification mortifère.

Finalement, qu'est-ce qui sépare l'extrême droite phobique des islamistes radicaux phobiques? Pas les armes, car ils emploient les mêmes. Anders Behring Brevnik et son massacre sur l'île d'utoya en 2011, les ratonades d'homosexuels en France (+23% en quelques mois), les intimidations, les menaces, et comme ce mardi derrière l'autel de Notre-Dame, les passages à l'acte violent sont le miroir exact des attentats et des atteintes à la liberté individuelle par les islamistes radicaux. Alors, qu'est-ce qui distingue l'extrême droite des islamistes radicaux? Après cet acte de mort salué par la cheffe de parti de l'extrême droite française, rien. Même éloge d'une pureté mythique, même rejet de l'autre, abhorration de toute expression de la diversité, qu'elle soit ethnique religieuse ou sexuelle... et même glorification de la mort. 

L'extrême droite et l'islamisme radical sont les deux face d'un même visage, où la parole, l'échange, le dialogue, sont niés. Nous ne sommes pas à l'abri de cela en Suisse, les propos du MCG ces derniers jours, que ce soit au conseil municipal de la Ville, où le conseiller municipal Menoud annonce le retour des croix gammées, et traite une campagne de lutte contre l'homophobie de propagande pédophile alimente directement ce genre de poison qui circule sur internet: " Je mettrai volontiers une balle dans la nuque aux personnes qui font les lois en vue d'adoption d'enfants par des gays et lesbiennes" lu sur le profil Facebook de Laurent Leisi, conseiller municipal MCG. Cette banalisation de la haine ordinaire ne suscite pas d'enquête, le procureur ne semble pas s'en inquiéter, dans une sorte d'impunité, juridique, morale, qui fortifie l'escalade des propos et le sentiment d'impunité de certains. Alors, balle dans la nuque ou balle dans la tête? Si Marine Le Pen souhaite que les coups de fusils réveillent les français. Que cherche le mouvement citoyen genevois, en train de virer milice?

Combien d'insultes et de provocations encore avant qu'un déséquilibré endoctriné ne se sente inspiré par les propos d'élu-e-s MCG qui pourrissent la vie parlementaire de la République? Un seul barrage à l'extrême droite, qu'elle soit du front national en France ou du MCG à Genève: les urnes. La mobilisation pour ne pas cèder à la haine ordinaire, la désignation de boucs émissaires et la banalisation de la violence verbale voire physique qui l'accompagne.

Car si la libre expression de la haine ordinaire peut se confondre avec la liberté d'expression, elle ne poursuit résolument pas les mêmes buts. 

 

 

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22/04/2013

Deux hommes seuls


Etait-ce possible de ne pas suivre ce qui se passait à Boston? Etait-ce possible, même d'un oeil, de s'en éloigner, tant l'hystérie était forte, tant la construction du récit singeait celle d'un film à suspens? Après le journaliste "embedded" pour couvrir l'évènement, c'est désormais le spectateur qui est entraîné dans la construction du récit. C'est lui qui fait l'enquête, en décortique les éléments, signale à la police des indices, compare les photos. Il suit l'action en direct, il peut même l'influencer, entraver l'action de la police ou l'aider. Le télespect'acteur va vite alors regarder dans son arrière-cour si le terroriste ne s'y cache pas; ou s'il se vide de son sang dans son bateau rangé pour la belle saison. La réalité est devenu un mille feuilles. Le telespect'acteur regarde d'un oeil son écran et de l'autre par la fenêtre s'il voit passer en courant celui qui est sorti brusquement du cadre un fusil à la main.

Et moi, à distance, je regarde tout cela. 

Passez moi le pop-corn, ou alors c'est que je rêve.

Le terroriste est un intimiste. C'est nouveau? Il ne frappe pas le pouvoir politique où il se trouve, dans ses tours ou ses parlements, dans ses voitures blindées, mais là où il s'exerce. Il le frappe dans sa télé, sur la ligne d'arrivée du marathon, dans un théâtre public. La haute sécurité des périmètres protégés a rendu les lieux du quotidien des cibles par défaut. Dans une société de masse, le pouvoir, c'est... la masse. Qui d'autre? Mais la masse, c'est par définition... personne. Alors que le terroriste, lui, c'est quelqu'un, et il le prouve. Il peut la secouer la masse. Et de celle-ci tombent des êtres, qui deviennent subitement un peu tout le monde. Car c'est toi cet homme qui court sur le bitume, c'est moi ce passant ensanglanté, et c'est toi le monstre aussi, car c'est ton fils qui part en fumée sans que tu n'aies rien pu faire. 

Mais pourquoi une telle chasse à courre derrière deux hommes? Parce que, durant l'intervalle de quelques heures, le pouvoir a perdu le contrôle de la masse. Il ne savait plus qui l'habitait et ce qui la secouait. Et la masse ne savait plus qui elle hébergeait et donc qui elle était. La ville n'a pas été arrêtée pour retrouver deux individus mais pour l'empêcher de s'activer encore plus. Au final pourtant: deux hommes seuls, rien de plus. Vraiment?      

La réalité ressemble désormais tant à la fiction qu'elle en prend la trame, jusque dans l'indécence de la relégation des victimes au rang de résidus de l'actu. Les superstars médiatiques sont les hommes armés, police ou terroristes, et le télespectateur jouit de pouvoir suivre le script de l'histoire en temps réel. Images hypnotiques de verres soufflés au ralenti, secousses puis fumées grises qui se répandent sur la ligne d'arrivée d'une course populaire.  Echo avec le petit bruit de la canette de bière ouverte et du bip du micro-onde signalant le terme de la cuisson à air chaud - la tarte aux pommes congelée est prête! - La haie d'honneur aux policiers casqués ramenant les cornes et le corps d'un jeune homme à casquette montre que le socle a vacillé. Et les trophées tristes illustrent les hauts niveaux d'angoisse et la fragilité d'un système qui ne repose plus que sur sa capacité à générer du rêve de la fiction et du sport.... ou des ennemis à abattre.   

Deux hommes seuls, avec des clous, deux cocotte minute, ont fait fermer une ville d'un million d'habitant-e-s, en mettre plusieurs autres sur un pied de guerre et fait tanguer tout un pays.  Signe de l'extrême faiblesse d'une nation rongée par la violence d'un système qui roule depuis longtemps sur sa jante. Les Etats désunis d'Amérique n'ont jamais semblé aussi vulnérable. Ses forces de cohésion s'épuisent. Or, si ce qui a conduit à la violence n'est pas compris et modifié, qu'est-ce qui l'empêchera de réapparaître? Et qu'est-ce qui est en train de se passer pour que des hommes de moins de trente ans, français ici, américains là-bas, tirent ou fassent sauter à l'aveugle des bombes dans la foule, et avec une radicalité morbide, sans revendications, sans paroles, sans messages, sans destinataires baculent dans la mort avec une trouble résolution ?

THE END

Et l'Amérique entière, "comme un seul homme" parvenue à la fin de son talk-show, se leva pour applaudir la prouesse de ses forces de l'ordre. Fin d'un mauvais film, problème réglé, on va pouvoir continuer "comme avant". Vraiment? Que raconte, dans le fond, cette histoire, si ce n'est que cette séquence fait partie d'un récit plus large pour laquelle nous avons les images, et dont nous sommes les acteurs, mais à laquelle il nous manque la bande son.

 

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10/02/2013

Le petit délire de la dépense (1)

Se dépenser sans compter, et par là ne plus penser, ne plus chercher à comprendre. Faire rupture avec le raisonnable, l'établi, le bien pensant. Se dé-penser, défouler, larguer les amarres des convenances et contenances et même du convenu. Déborder hors de ce qu'il est permis ou non de faire, s'en moquer désormais. Etre au-dessus des codes, au-delà de la ligne, sans pour autant être hors-jeu, sans sortir de ses agencements et de ses gonds. La dé-pense, fièvre de la prodigalité, rage du manque et de l'excès: petite poussée de fièvre jouissive dans son exubérance même. Joie corporelle qui purge et soulage. Hors d'elle, le monde de la jauge est étriqué, et celui de la taille trop bien balisé, étroit.

Genevois, donc quelque part calviniste dans l'âme, bon gestionnaire, où se trouvent désormais tes espaces de dépenses et de transgressions ? Où est-ce que ça délire, si ça délire encore, ailleurs que dans la sphère privée que d'ailleurs tout le monde partage dans ce petit village?      

Les amérindiens avaient le Potlatch (en chinook:donner), instituant le don et le contre-don, où chacun, lorsqu'il donnait un objet à l'autre, s'attendait à recevoir en échange un don équivalent au sien. La logique du potlatch poussée à l'extrême, des richesses entières partaient en fumée. Gigantesque mise en scène où des fortunes étaient exhibées, entassées et détruites afin que le chef démontre aux autres sa puissance. Il prouvait alors qu'il pouvait sacrifier sans coup férir, et doublement; 1) Il pouvait réduire ses richesses à rien et 2) les rebâtir selon sa volonté. Il obligeait ainsi par son don les autres à monter dans l'escalade du leur. La dérive du potlatch, rivalité pure, se faisait alors au détriment du don et du contre-don, par pur souci d'exercer le pouvoir. Pure dépense qui obligeait, dans sa prodigalité même, les autres à donner, et si pas au-delà d'eux mêmes, de se soumettre ou de continuer d'accumuler. Car il y a de la rage dans le don de soi radical et un rapport de pouvoir dans les manières de donner.

Income / outcome.

Alors, hédonistes économes, pour quoi se dépenser sans compter? Pour ne pas se soumettre aux heures de fermeture des bars à minuit, au nombre de bouteilles de vin bues ou à boire, pour le respect des liens sacrés du mariage, des budgets à équilibrer, du temps à respecter; pour prendre 1,3 millions dans les caisses pour jouer; pour le temps d'enfiler une combinaison de latex; ou comble de folie, pour rien, pour d'autres, la pure beauté d'un geste... gratuit?

Tu dis: il y a un calcul de la dépense, même dans l'excès.

Tu ne crois pas, plus, au geste gratuit? 

 

 

 

 

 

 

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02/01/2013

Charlie-hebdo co-dépendant fondamentaliste

On pourrait penser que Charlie-Hebdo, en réchauffant, ce 2 janvier, les caricatures de Mahomet en publiant une BD de la vie du prophète certifiée Hallal souhaite 1) faire exploser ses ventes 2) s'offrir de la pub facile 3) défendre la liberté d'expression 4) tirer sur la barbe des intégristes de tout poil 5) rire un bon coup. Probablement un peu de tout ça, assurément.

Suivant le mécanisme de la dépendance alcoolique, et son corrolaire: la co-dépendance, une autre idée vient à l'esprit. Celle d'une co-dépendance fondamentaliste. Qu'est-ce que c'est? Les symptômes, du co-dépendant fondamentaliste, sont les mêmes que chez le co-dépendant alcoolique : avoir un comportement obsessionnel, une volonté de contrôler le comportement de l'autre, répéter toujours la même chose. Car enfin, que serait Charlie Hebdo sans l'islam fondamentaliste, sans céder au kick de caricaturer Allah, ridiculiser Mahommet, et le rush de faire du sacré une pantalonnade; parodier Rushdie?

Pas besoin d'avoir la foi pour être accro au fondamentalisme. Au contraire, c'est même déconseillé. Suffit d'y adhérer. Par contre, y être symétriquement opposé pousse à y croire. Si la co-dépendance fondamentaliste n'est pas listée dans le DSM, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (qui a inclu les problèmes religieux et spirituels comme catégorie signifiante en 1994), je parie ma bible, mon coran, mon Charlie-Hebdo, qu'elle ne tardera pas à faire son entrée dans la 5e édition (prévue pour mai 2013). La recherche psy progresse sur les fondamentalismes qu'ils soient religieux ou athées. Que Charlie-Hebdo se foute de la gueule des fondamentalistes: bravo. Mais qu'il ironise sur des figures rassembleuses pour les croyant-e-s, à quoi ça sert, hormis jeter de l'huile sur le feu et y faire dorer les marrons des islamophobes? 

Les co-dépendants fondamentalistes ont besoin des fondamentalistes et de leur conception rigide de la religion comme un curé de sa robe de première communion. Tous deux se tiennent par la barbichette. Pendant que l'un rit, l'autre montre les dents; pendant que l'un menace, l'autre provoque. Vieux couple.

Pendant ce temps, les croyant-e-s vont à la mosquée, à l'église, aiment, dorment, font l'amour, des enfants, votent, bossent, et se foutent pas mal des caricatures de Charlie caricaturant l'islam caricaturé des fondamentalistes, que ce soit au nom de la liberté de la presse, des exigences du marché ou du droit de rire de tous. Ils achètent Charlie-Hebdo, voient que les caricatures des caricatures y sont presque plus vraies que nature, c'est-à-dire, qu'elles finissent par faire l'apologie de ce qu'elles prétendaient dénigrer. Vieux couple.

Mais si les accros à la provoc' des deux bords parvenaient à se lâcher la barbiche, afin que chacun puisse croire, ou ne pas croire en paix, que ce soit dans la vie ou dans le livre ce serait, pour la compréhension respectueuse des croyances, qu'elles soient athées ou inspirées, un véritable coup de foudre. Malheureusement, entre dépendants et co-dépendants, les histoire de haine sont souvent des histoires d'amour et durent même quand les caricatures des Lumières et des mille et une nuits  pâlissent et font moins rire.     

 

16:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, caricatures de mahomet, bd, dépendance, codépendance. | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/12/2012

Bang Bang

Depuis la folie meurtrière de Newtown, elle est entrée dans les cerveaux, la question fiévreuse portée par l'industrie médiatique : quand est-ce que cela nous arrivera ici. Dans la veillée d'arme du tsunami meurtrier, certains guettent des signes, nerveux. La propagation de la panique (Miguel D.Norambuena) fait son chemin dans les esprits. Oubliez votre cartable dans une rue, la rue est évacué, votre cartable explosé. Faites péter un ballon dans la rue, quatre personnes se couchent à terre. Ecrivez sur facebok "je vais faire un massacre LOL", les flics sonnent à votre porte, alors que vous vous prépariez à aller jouer aux quilles. La panique prend racine, elle se visse dans les têtes, comprime les poumons. L'air qui se respire ne permet plus de ne pas prendre au sérieux ce qui pourrait faire croire au pire. Dans le doute: alarme générale. Pour tout, pour rien. Comme des rats de laboratoires soumis à un stress constant, la parano du pire entretient son coûteux appareil sécuritaire. A la présomption de vie bonne et confiante se subsitue la présomption criminelle et violente biberonnée par les amplificateurs médiatiques qui se régalent de confiture rouge.... allô police bobo, je sais pas ce que tu m'as fait suis plus safe.

Suite à Newtown, des autorités scolaires et des polices helvètes sont montées fissa au créneau. La ville de Zürich a annoncé des investissements de plusieurs millions pour un système d'alerte unifié. Il manquerait des hauts-parleurs, des systèmes bloquants les portes. Elle s'est vantée de la mise en place d'un logiciel d'analyse des risques: 30 questions permettent d'évaluer si un jour un élève fera usage de la violence. Programme, programme, dis-moi qui est le plus dingo. Tout élève est désormais un tueur potentiel. A force de fantasmer le carnage on peut se poser la question sur l'attente inconsciente d'en voir surgir un...

Nous voilà donc arrivés à un temps de l'histoire où la peur est devenue panique. Où ce qui garantissait notre sécurité commune: la certitude d'une vie commune et d'une protection entre pairs, s'étiole et où le fait de vivre ensemble n'est plus une garantie que l'autre, c'est-à-dire, l'inconnu, potentiellement autistiquement arrimé uniquement à son ordinateur, son téléphone portable et son antidépresseur, n'est pas une menace mortelle. Pour y faire face, l'escalade sécuritaire est promue antidote. Vous voulez quelques millions pour de nouvelles portes blindées et des gilets pare-balles, des caméras? Si pour avoir la paix il faut y mettre le prix, allez, on casse la tirelire. Un garde armé devant chaque école? Oui, pourquoi pas. On va se rassurer à coups de caméras, se régaler de portes bloquantes, d'APM 24/24 sans bien sûr toucher au sacro-saint service militaire et aux armes d'ordonnance à la maison; celles-là on les garde sous l'oreiller, pour le cas où. Et des avions supersoniques sur nos têtes? Oui, oui, c'est bon. Et s'il y a un petit malin pour sortir l'argument comme quoi cela va booster l'économie, il faudra bien policer à blanc l'espace public, car notre sécurité le vaut bien.

Mais pourquoi mon adolescent me regarde-t-il avec ce drôle d'air? Pourquoi la menace me semble-t-elle avant tout intérieure, et pourquoi, concrètement, les policiers sont-ils dans le voisinage? Demandez-leur, ils vous le diront: pour des jeunes dans un parc, des voisins qui font du bruit, un homme qui marche seul à minuit dans la zone villa, pour un arabe ou un black assis sur un pas de porte. Allô police bobo ou le blues du gendarme. 9 fois sur 10, la police, quand elle ne tourne pas en rond dans le vide, est réclamée pour des tâches de conciergerie de gardiennage, de pouponnage, dans une société du cran où le gendarme est devenu avant tout le gardien des angoisses et le doudou des faillites relationnelles ; deus-ex-machina d'un espace social remplacé par des écrans et des interfaces tactiles. 

Nous voilà arrivés à un temps de l'histoire où des alarmes toujours plus sophistiquées et coûteuses ne nous protègeront plus de rien. Dans un état de guerre économique où la guerre des places s'ajoute à la guerre des classes, où l'épuisement guette, les derniers mécanismes inhibants de contrôle social qui faisaient aux bêtes humaines retourner la violence contre eux, et se jeter sous un train ou du haut d'un pont, menacent de céder à la tentation de se lancer dans la rue armés d'un flingue.

Ceux qui attaquent le service public, vident les espaces de leur dimension commune, remplacent partout l'homme par la machine et le témoin par l'automate, le texte par l'annonce publicitaire, et créent des champs urbains minéralisés au nom de la rentabilité, faisant tenir à l'humain un rôle subalterne ou décérébré, ceux là, quand ils attaquent en plus les budgets et les ressources sociales qui créent du lien : les financements d'écoles, d'hôpitaux, des travailleurs sociaux, des maisons de quartier, des crèches, des concierges, sont alors les porte-flingues qui huilent et arment les tireurs de demain.

Une logique de sécurité préventive viserait d'abord à se prémunir contre ces porte-flingues et leurs attaques préméditées contre l'espace social, le tissus, le lien, la transmission et cohésion sociale, garants de la sécurité collective. Assurer cette sécurité là ne coûterait pas des millions d'ailleurs... ni même la corde pour les pendre, ces sicaires.

 

22:14 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : newtown, suisse, violences, social, écoles | |  Facebook |  Imprimer | | |

26/12/2012

De l’abri de la bergerie à la boulangerie bombardée

Joyeux anniversaire, Christ. Les représentations que l’on se fait de toi n’ont guère changées, barbe claire, yeux bleus, tu es vieux, plus de 2000 ans paraît-il, et pourtant, tu es né hier. Que sont deux siècles à l’échelle de l’univers et de l'éternité ? Un vent... et ce monde change si vite. Tu me diras peut-être que rien ne change. Vanité des vanités, tout est vanité, et quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Mais tu as la part belle désormais : tu es au musée Grévin des mystiques, rendu intemporel. Ce ne sont pas les quelques curés laïcs qui passent à télé-noël pour louer des projets de charité opportuns qui te ramèneront sur le devant de la scène. Tu es passé du retrait au retard en 200 ans à peine, à moins que tu n'en sois l'avenir. Combien de temps encore avant ton avènement?

Serais-tu né aujourd’hui, tu n’aurais pour sûr pas vu le jour entre le souffle de l’âne et les cuisses du bœuf mais entre un i-phone et une play-station sous les lumières d’une couveuse électrique. Tu aurais risqué le Ritalin à ta cinquième année, pour sûr l’école en REP ou le terrain vague. Si tu avais revisité Bethléem, tu aurais été bercé entre un check-point et un mur barbelé. Ton père aurait été absent : service militaire ; ta mère t'aurait probablement accouché en prison. Tu aurais vagi dans un abri antiatomique, ou dans les ruines d’une boulangerie bombardée. Comme tu le vois, notre humanité a progressé à pas de géants pendant ton absence. Ce ne sont pas les feux d’artifices qui manquent sur la planète. Joyeux anniversaire, Christ. On te rajoute une bougie.

Chaque événement chasse l’autre. Toi, tu es poussé hors-jeu. On vend des églises, on en détruit d’autres. Tant mieux peut-être, elles étaient vides. Pas sûr que tu t’y plaisais beaucoup non plus. Tu ne fais plus rêver. Tu sembles presque un peu has-been. Christ, produit dépassé ? Excessivement ésotérique, rebelle, politiquement incorrect pour être monnayable. A l’ère du tout jetable, du remplaçable, qu’est-ce que ça vaut un message pour l’éternité ? L’homo oeconomicus occidental est résolu à se passer de toi. Le père Noël t’a supplanté, les crèches nous restent sur les bras. Seuls les sapins bios produits en Pologne ou à Taïwan résistent au froid.  

Le spirituel est devenu surnuméraire. L’i-phone irremplaçable. Tu likes ?

Fukushima est un souvenir médiatique inodore et incolore. Tchernobyl appartient à l’histoire et Hiroshima à l’antiquité déjà. Ça turbine sec ici-bas, ça mouline et surchauffe. Tu sens l'odeur de plastique brûlé qui monte vers toi? Les contractions s’accélèrent de ce qui semble être l’enfantement monstrueux d’une planète éventrée. Le nucléaire se fissure sous nos pieds. 2 milliards d’humains boivent une eau saumâtre dans des flaques quand ils en trouvent. Des banksters font et défont des fortunes en un clic ou en perdent tout autant en le doublant. Notre idéal de société est  le casino où se  joue à quitte ou double du blé, de l'orge, nos déchets nucléaires et des microtechniques militaires à dérivés humanitaires. Si tu as le temps, feuillettes le petit livre de Baudoin de Bodinat : « La vie sur terre, réflexion sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », ou « l’insurrection qui vient »  du comité invisible, j’aimerai bien ton avis là-dessus.

Joyeux anniversaire Christ. Merci pour la liberté laissée. De l’abri de la bergerie à la barbarie programmée, on a fait un sacré bout de chemin dans notre humanité. Y'a de quoi être fier et se taper sur l'épaule. Ne te sens pas obligé de revenir, on se débrouille très bien sans toi ici-bas, pas de soucis. Le pain et le vin de la messe, sont devenus chair et sang pour vrai, pétrin de farine et de larmes, ici, ici et là et là encore. Pas besoin de google earth pour mettre le doigt dessus. Personne pour crier au miracle, alors on baisse la tête et on continue de remplir nos bagnoles de mélasses fossiles. Le patron de la Fédération des Entreprises Romandes exhibe son smartphone, très fier : voilà le sommet auquel notre société est capable d’arriver. Ah bon. Dis, pour ton prochain anniversaire, tu préfères quoi : un cartable blindé, un nouvel abattement fiscal ou un i-phone-6 ?

Joyeux anniversaire Christ. Ne reviens pas trop vite, ici on gère. La croissance ne va pas si mal, on annonce une embellie sur le front des affaires et notre humanité crie par une ouverture franche tirée au botox bordées de dents radioactives : avant nous le déluge, la barbarie est à venir, on saura bien la prendre de vitesse avant qu'il ne soit trop tard.

16/12/2012

Peut-on encore jouir du sexe des huîtres?

Dans la nuit de jeudi à vendredi passé le parlement allemand a fait voter une loi qui rend passible de 25'000 euros d'amende les pratiques zoophiles, afin de protéger les animaux. La nouvelle loi interdit de "soumettre à des actes sexuels ou de mettre un animal à disposition de tiers en vue de le forcer à des actes sexuels". On se demande maintenant comment les juges feront pour évaluer la notion de "forcer" un animal, tout comme celles de "plaisir", "désir" que ce dernier pourrait ou non éprouver envers son meilleurs compagnon : l'Humain.

La sexualité se résume-t-elle à la génitalité? Non. De la caresse au petit baiser sur la truffe en passant par le flattage coquin de l'encolure, combien de maîtres exhibitionnistes expérimentent aussi le SM en attachant leurs bêtes à la laisse devant la Coop ou la Migros? On les comprend. Pourquoi faudrait-il s'en priver? Comme le chantait si bien Brassens :" le gorille est un luron, supérieur à l'homme dans l'étreinte, bien des femmes vous le diront". Alors gare aux gorilles! Faut-il désormais, par crainte de la loi se priver de flatteries sur la croupe, de giligilis dans le cou? Et demander à celles et ceux qui veulent adopter une bête un certificat de bonnes vies et moeurs avant de la leur livrer pattes et coussinets liés? Qui se trouvera en présence d'un animal trop expansif, devra-t-il contacter d'abord son avocat ou un éthologiste afin d'être sûr des intentions de l'animal à son égard? Et les castrations, ça tombe sous le coup de la loi? Baiser avec une bête, c'est pénal, lui couper les couilles, non. Allez comprendre....    

Plus sérieusement: la nouvelle loi permet donc de punir sévèrement les amoureux des bêtes même en l'absence de blessures constatées chez l'animal. Il est désormais interdit de faire jouir et de jouir des bêtes. On ne peut jouir qu'entre animaux humains, sinon, à défaut de carottes: bâton! Depuis 2007, l'amour avec les bêtes est condamné en France par deux ans d'emprisonnement, et 30'000 euros d'amende. Un homme avait reçu un an de prison avec sursis, interdiction définitive de posséder un animal et 2'000 euros d'amende pour avoir sodomisé son poney. Le poney s'était-il plaint? En Suisse, c'est une peine de prison allant jusqu'à trois ans ou une amende qui attend l'amoureux des cornes et sabots, mais seulement s'il fait subir des violences à l'animal (art 135 et 197 du code pénal).

Mais après tout, Jacques Dupin, dans Ballast, enculait bien les chèvres, en poésie il est vrai. Doit-il être condamné pour incitation à la débauche? Et depuis la nuit des temps, que ce soient dans la mythologie grecque, les sociétés agricoles, nomades, masaï, innuits, hopis, rurales, la nôtre donc, la proximité avec les bêtes qui étaient soignées, caressées, utilisées, servaient de modèles éducatifs a toujours été, d'une façon ou d'une autre, sexualisée. L'homme n'a jamais semblé aussi bestial envers ses semblables qu'à notre époque, est-ce une raison pour qu'il s'interdise de caresser ses bêtes? 

Enfin, et c'était le point de vue de Marcela Iacub, juriste des moeurs, dans "Confession d'une mangeuse de viande", il est quand même troublant que la justice se mêle de sanctionner le fait de donner du plaisir aux bêtes et d'en recevoir, alors que l'on peut toujours les tuer/découper/démembrer/écarteler/égorger et ultimement: dévorer. Hameçonner sa truite, avant de l'éventrer, c'est parfait, mais l'utiliser pour autre chose que de se la mettre dans la bouche, c'est pénal! Qui mange un oeuf viole un boeuf? Pas encore. Mais qui sait, peut-être verra-t-on bientôt fleurir sur les emballages des steaks et des boîtes de thon des indication pudiques: "interdit au moins de 18 ans", "contenu pornographique extrême", avec des rideaux opaques pour cacher les viscères de nos bestioles destinées à nos babines lubriques.

Mais ne nous gâchons pas les fêtes pour autant. Ce sont quand même celles du petit Jésus ayant vu le jour entre le boeuf et l'âne, réchauffé par le museau de l'un et serré par les cuisses de l'autre. Alors haro sur le foie gras, le oeufs de lompe, mais ne jouez pas trop avec la nourriture. Et quand vous collerez votre langue sur les sexes d'huîtres vibrantes, ayez l'air calviniste. Il n'y a rien là de sexuel. Et puis surtout, réflechissez avant d'appeler votre amoureuse chienne ou de monter en hennissant votre étalon, des oreilles prudes pourraient bien appeller la police. Et si vous avez le malheur d'avoir d'autres bêtes à la maison, vous pourriez bien finir l'année derrière les barreaux. Autrement dit: en cage....     

 

15:29 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zoophilie, viande, moeurs, sexualité, plaisir, iacub | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/12/2012

L'enfant au pistolet de plastique

Papa regarde plus souvent que d’habitude la télévision. Il dit : ce n’est pas possible qu’ils osent faire cela. Tu vois à l’écran des femmes se prendre les mains dans la tête, et des maisons ouvertes comme des fruits trop mûrs, ou comme si l’on avait donné un coup de pied dans un gâteau d’anniversaire. Papa dit : ils bombardent à nouveau Gaza, comme ça.  Tu es sorti jouer dehors. Avec tes amis, vous faites la course, tu tournes au coin de la rue et tu reviens. La télé est toujours allumée, tu vois des hommes qui lèvent des armes, refusent de se faire traiter et écraser comme des vers. Tu vas chercher dans ton petit placard ton petit pistolet de plastique rouge. C’est décidé, toi aussi, tu vas résister.

30 novembre: Fête à la maison ! Papa et maman chantent, ils tapent des mains, ils disent quelque chose de compliqué qui ressemble à : nous sommes reconnus par l’assemblée des nations unies à New-York comme état observateur non-membre, plus rien ne sera comme avant, notre existence comme pays est acquise aux yeux du monde ! C’est un grand jour. Tu ne comprends pas tout. Ta sœur t’explique : l’assemblée générale des nations unies, c’est comme une cour d’école avec tous les enfants dedans.  Hier, on était dedans mais tout le monde faisait comme si on n’y était pas. Maintenant, les autres enfants nous reconnaissent le droit d’y être et de regarder ce qui s’y passe. Fête à la maison, fête dans la rue, dans toute la ville, on crie et on chante. C’est un moment historique. Mais toi tu dis : regarder, c’est bien, mais c’est quand qu’on pourra y jouer pour vrai dans la cour avec les copains ?

A la télévision, un homme avec une barbe embrasse le sol. Papa dit : c’est Meshaal, en exil depuis plus de 25 ans il revient dans notre pays, la Palestine. Il a tendu la main au Fatah, et le Fatah lui tend la main, les palestiniens marchent unis à nouveau, ça tu comprends bien. Papa sourit, maman aussi, même si elle n’a pas oublié les bombes et les morts des semaines passées. Tu sors jouer au foot avec tes amis. Pas de soldats en vue. Quand ils sont là, c’est plus compliqué, ils confisquent parfois le ballon. Un jour ils ont fait boire leur urine à un copain.  Alors, tu as quand même glissé ton pistolet en plastique rouge dans ta ceinture, au cas où...

La rumeur se répand qu’un des 4700 prisonniers palestiniens en Israël est mort suite à une grève de la faim. Les plus grands du quartier, par rage et dégoût sont allés chercher des pierres, les ont lancées en direction des soldats. Trois arrestations. Personne ne sait quand on les reverra, parfois ça prend des années. Ta sœur pleure. Toi aussi. Ils ont emmené ton copain Marwan. 

Papa dit qu’il n’a pas été payé depuis deux mois. Les taxes perçues par Israël et reversée ensuite à l’Autorité Palestinienne sont bloquées. Un projet de colonisation est réactivé. Ils l’appellent E1. Cela veut dire : ne plus pouvoir traverser la rue, être coupé des voisins et priver à terme notre nouvel état d’accès à sa capitale Jérusalem. Tu enrages. Tu connais bien ça quand tu joues, il y a le gros Rachid qui ne supporte pas que tu le dépasses à la course. Quand tu le fais, il te tape toujours dessus. Là c’est pareil. Le gros David se croit tout permis. Et la décision de l’Organisation des Nations Unies ? Et tous les autres enfants alors, ils disent rien ? Tu sors dans la rue pour crier. C’est pas toujours le plus gros qui va l'eeeeeeemporter et tu fermes tes poings.

12 décembre. Ton père se frotte la moustache. A Bagdad la ligue arabe réunie en conférence signe une déclaration commune en faveur des prisonniers arabes et palestiniens en Israël et promet la création d’un fonds de 100 millions pour l’accompagnement des prisonniers à leur sortie. Ce n’est pas cela qui te rendra Marwan plus vite, la liberté n’a pas de prix. Tu te lèves pour demander à papa une partie des millions. Après tout : murs, barbelés, soldats, toi aussi tu vis dans une prison depuis que tu es né.  

13 décembre Tu sors dans la rue. Tu joues avec tes amis aux résistants et à l’agresseur. Tu cours tout droit et le ciel est franc bleu. Et puis ça crie derrière toi et tu lèves la tête, les bras, et tu vois les soldats. Il y a six ou sept pétards qui éclatent puis tu ne sens plus rien, ni tes bras ni tes jambes, rien, et tu voles. Tu vois Marwan, ta sœur, ta maman à la télé et puis plus rien. Tes petites dents touchent le béton en même temps que ton cœur et tout s’éteint

"Hebron fake gun teenager killed. Israeli troops shot dead a palestinian teenager carrying a fake gun near a holy site in the West bank city of hebron" 

Ta sœur ouvre grand  les yeux sur l’écran de son téléphone avant de crier ton nom et courir dans la rue....  

Hébron, Etat de Palestine occupée, 13.12.2012.

09:22 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, israël, occupation, bds, onu, apartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/12/2012

Du mariage du sexe de l'homme de la femme de la famille et de l'onanisme politique.

Le mariage, d'essence divine ou sacralisant l'union exclusive d'un homme et d'une femme est mort. Il ne suffit plus, ne tient plus, n'est plus la digue qui assurait la durabilité et la reproduction contre vents et marées. Il n'est plus adapté aux amours, aux désirs, aux élans, aux besoins et aux formes actuelles de faire lien. Car on fait des gamins par éprouvette, par touchette, par pipette, et que l'on soit hétéro homo ou bi, ne change rien à l'affaire. Pour un projet d'enfant, la mère seule suffit. On lance un spermatozoïde sur un ovule par désir et de plus en plus par des rampes de lancement qui sont prothétiques. Ce geste désirant n'a pas besoin d'être porté par un phallus. Seulement, le droit retarde. Tous et toutes ne sont pas encore égaux pour le faire et s'en voir reconnaître la possibilité. Au nom de quoi? 


Ceux qui nient le droit au mariage pour les homosexuel-le-s, au nom d'un naturel hétérosexuel, sont à la pointe du débat d'arrière-garde. Car que l'on soit hétéro homo ou bi ne change rien aux liens et aux besoins d'une juste équité dans la reconnaissance de leur durabilité. Le fait est que l'on ne se marie plus pour la vie, mais pour faire du divorce une relation à long terme. Le mariage est désormais une garantie supplémentaire de faire lien dans la séparation. Il faut bien se marier pour réussir son divorce. Pas de jugement moral là, au contraire, ça bouge! Mais un constat de la nouvelle plasticité des liens et de leurs multiples possibles. Et pourtant, si le mariage a été désacralisé au XVIIIe, il sent encore l'encens.


L'institution mariage n'est plus up to date, elle est désuète, à rénover ou dynamiter. Après cinq ans de mariage, 50% de divorce. Les paires durables ou les mères mariées sont de fait devenus exception, source d'admiration ou d'idéalisation, pour ne pas dire de mythe. Nous sommes corps et âmes dans le temps des polygamies effectives, des choix affectifs à double-clic, plutôt que dans celui des signatures à la vie à la mort sur les parchemins. Le défi est doncde rénover ce qui peut l'être et de remplacer ce qui est mort. Ce qui se traduit concrètement par : mariage pour toutes et tous, ou alors, abrogation du mariage, source d'inégalité sociale.

 

Le mariage, la famille, l'hétérosexualité sont des constructions politiques. Aucun naturalisme là-dedans. Le mariage n'était d'abord que religieux, avec interdiction du divorce. John Milton (doctrine et discipline du divorce, 1644), a institué le droit de divorcer, acte fondateur de la conjugalité moderne. Et c'est grâce à la révolution française que le droit de se marier à la mairie a été inscrit. Le mariage c'est de la pâte à modeler. Il est politique, plastique et doit continuer d'évoluer, que ce soit sur les question de genre mais aussi du nombre de personnes qu'il lie. Si le mariage a encore un avenir, ce sera en incluant la diversité. Il sera de fait polygame, polyandre, comme l'est la société qu'il sert, assemblera 2, 3, 5 personnes ensemble, ou deviendra, de fait, une pièce de musée, vénérée par certains certes, mais à côté des mouvements sociaux de compositions décompositions et recompositions des liens. La famille ne tient plus seulement du couple mais de la meute, des parentalités partagées, des co-parentalités, des homo-parentalités et des mono-parentalités. Le mariage doit être actualisée et en rendre compte, la plupart des pays d'Europe l'ont compris, par encore la Suisse. Onanisme politique? 


13:20 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, homme, femme, sexe, famille, politique, suisse, droits, lgbtiq | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/12/2012

La crise du divorce

Le mariage est mort, vive le contrat. L'obsolescence programmée des objets est inscrite désormais dans l'ADN des relations humaines. Rien ne dure ni n'est fait pour durer. Ni matériel électronique, ni relations ou liens affectifs. C'est le propre de la société du projet de ne plus fonctionner pour la durée. Ainsi, on construit au coup par coup, subventionne au projet, se hait pour un temps, aime jusqu'à l'alinéa suivant, sous-traite généralement. On quitte un plan pour un autre, de vie de cul ou de carrière. Plus rien pour la comète. Le temps comprimé / éclaté marque un changement de cap fondamental pour le vivre ensemble. Le désenchantement généralisé est l'angle corné du plan; le motif numéro un de consultation chez le toubib. Des projets, y'en a plein, mais au final: pour faire quoi? On aime sur l'air du new management.


Plongé dans un temps qui ne promet plus l'impossible, mais promeut le tout révocable et jetable, le mariage n'est plus que la promesse d'un divorce réussi. Les calculateurs qui se marient n'ont plus qu'un but: divorcer dans les formes, c'est à-dire, sans se quitter, tout en continuant à faire couple autrement. Le mariage permet de continuer à faire relation quand on n'y sera plus. Le grand divorce où l'on tirait un trait sur l'autre n'existe plus. Skype, Facebook, les enfants, l'autre est partout, toujours au coin de la rue ou sur l'écran. Plus de grandes ruptures, de sublimes drames, ça c'est juste pour les journaux et les manchettes, sorte de contes modernes, d'anti-modèles pour faire rêver. Dans nos réalités, on amènage au quotidien, on négocie, partage le temps, coupe les cheveux en quatre ou tire dessus. On trompe, pas trop, juste ce qu'il faut, glisse, gueule, balance, oscille, revient. Loin des yeux, proche du clavier, ainsi se poursuivent les liens, loin de l'idéal papier glacé, dans des polygamies subtiles où l'idéal sociétal est désormais la mère célibataire avec deux enfants et des célibataires qui tournent autour. Jamais le vide, jamais le manque, marché sexuel ouvert et dérégulé, facebook ou skype allumé en permanence dans le salon ou sur l'i-phone. Le modèle n'est plus celui du couple, c'est celui des meutes. Le contact semble pareil au scotch du capitaine haddock. Sitôt contre, impossible de s'en dépétrer.


Je te connais avant même de t'avoir vu. Et même quand tu ne seras plus là, je continuerai d'être en lien avec toi. Ce qui se joue aujourd'hui fortement et fébrilement, ce n'est donc pas de réussir son mariage, mais de parvenir à accomplir son divorce. Non pas de faire lien, mais d'en finir avec lui. Ce qui se met en scène: comment faire meute sans tuer le couple, tout en faisant société. Ou: comment s'en prémunir, tout en demeurant social, c'est-à-dire : perméable à l'autre....


Mon stock d'amis facebook est plein, je t'invite à me rejoindre sur une autre page.



 

 

14:10 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, divorce, couple, meute, facebook. | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/11/2012

Gaza, prépuce d'Israël?

Le 7 novembre dernier, à Genève, une imam, un rabbin et un pasteur s'étaient réunis pour parler de la circoncision. Le rabbin a eu des paroles d'une finesse et d'une profonde intuition. Il disait, tout d'abord, ce qu'était matériellement l'acte de la circoncision, qui vise à sectionner le prépuce, petit bout de peau qui entoure le gland tout en protégeant ce dernier. Ensuite, et surtout, il faisait de cet acte une lecture symbolique et spirituelle. Le sexe recouvert d'une peau est symboliquement fermé et représente l'image d'un plaisir recroqueveillé sur lui même. Sectionner le prépuce, c'est ainsi, pour le rabbin, s'ouvrir à l'autre, à son désir. Si cela n'est pas fait, on demeure sous le dôme protecteur de la peau, dans la clôture. Le possible partenaire de la relation sexuelle n'est alors pas considéré comme sujet partenaire mais objet de plaisir à asservir ou menace dont se méfier. Pour la femme, pas de rituel équivalent. Pourquoi? Parce qu'elle est ouverte déjà, dans la vulnérabilité; dans l'ouverture naturellement taillée.

Gaza, prépuce d'Israël? Pourquoi? Parce que de ces territoires coupés, découpés, retiré du plaisir, il semble que le déni et la négation de l'autre aient remplacé l'alliance avec Dieu, parfois au nom de Dieu même. La question de Gaza ne repose-t-elle pas avant tout sur une faille spirituelle, et un déni, de la part de deux peuples circoncis, de leur alliance commune avec Dieu découlant d'un ancêtre commun : Abraham, et d'une prescription commune: l'ouverture à la vulnérabilité et l'exposition mesurée mais confiante à l'autre?

Dans les textes des deux peuples circoncis pourtant, la reconnaissance de l'existence de l'autre est inscrite. Il est écrit dans le Coran (sourates 2:136 ) Dites : "Nous croyons en Allah et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis". Et dans la Torah, qui est aussi le premier testament des chrétiens, la prière d'Abraham à Dieu est la suivante: "Si seulement Ismaël pouvait vivre devant toi" (Genèse 17,18). Prière d'Abraham pour Ismaël auquel Dieu donne suite: "En ce qui concerne Ismaël, je t'ai exaucé: je le bénirai, je le ferai proliférer, et je le multiplierai considérablement. Il aura pour fils douze princes et je ferai de lui une grande nation." (Genèse 17, 20). Ismaël, ancêtres des Arabes pour les musulmans, et même pour ces derniers, rénovateur, de la ka'aba, dont il ne restait que ruines, confié à Dieu dans la prière par le patriarche des juifs!

Dans cette lecture de la Torah et du Coran, la convergence d'origine est inscrite dans la circoncision d'Abraham. Si la déchirure de Gaza était un manque à la circoncision, une trahison de la parole de Dieu? Ce ne serait pas la religion qui dresserait ces deux peuples circoncis l'un contre l'autre, mais bien son déficit. Gaza peau restante, ni entière ni tranchée. Gaza lieu de la fermeture dans la foi des lanceurs des bombes, des kamikazes ou des pilotes d'avions. Gaza peau de chagrin de chacun clamant la légitimité de son camp. Gaza,  prépuce d'Israël? Pour autant qu'Israël soit le prépuce de Gaza, et que chacun accepte d'être à la fois le membre et l'enveloppe de la zone vulnérable de l'autre; lieu de l'intime blessure comme de la possible sanctification et la présence de l'autre comme présence sacrée d'une image de Dieu. Difficile? Certes. 

En ce sens là, la circoncision est toujours a-venir. Une circoncision qui serait bien plus que la section d'un bout de peau ou de territoire, mais véritable remise à Dieu de ce que l'homme croyait sien. La terre sacrée, pour un croyant, n'est-elle pas un fermage de Dieu, un simple prêt à usage? Dans cet abandon par Dieu d'un territoire occupé par les hommes, ne faut-il pas aussi lire le retrait unilatéral de Dieu et la confiance qu'il fait aux hommes d'en prendre soin? Confiance trahie par les bombes? L'acte de laisser la terre en héritage n'est pas un blanc seing.   

Peut-être alors que la circoncision à Gaza et en Israël, ne s'opérera pas avec des chars des bombes ou des roquettes, mais avec le couteau de la sagesse et la prière juïve qui accomplit la circoncision: "bénis sois-tu éternel qui nous a demandé d'entrer enfant dans l'alliance d'Abraham"; par des spiritualités renouvelées incluant l'autre et l'invitant à se convertir pour rapprocher les camps encore capable de s'entendre et minoriser les forces incapables de le faire. 

 

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10/10/2012

Gaston fou roillé

Il disait je suis l'affreux, le mouton noir le fils de l'ouvrier et de la servante, enfant perdu, mauvais garçon. Oscillant entre l'argot et une langue travaillée, entre le refus des bourgeois et l'oubli de sa classe, il a avancé sur un fil, le beatnik de la Broye, pécheur de tanches. Il disait: je suis un martyre un dérangeant, un dérangé. Il vivait au Lieu qui est une jolie place pour être, à la vallée de Joux, entre le Chenit et le Sentier, proche du jour comme du jouir. J'écris il vivait, car il a changé d'espace, le millitant le révolté, l'élu du Parti Ouvrier Populaire, éloigné de l'enseignement pour raisons politiques; le renégat, non-renonçant, étendu sous une bannière gauchiste, entendu sous une autre, forcené social. Main tendue poings fermé, dans Cherpillod, j'entends charpie, billlot, entends ruclon, bétaillère, raisinée, ruches, galetas, salée au sucre, petit blanc du Lavaux... et la bise noire désormais. Donner, recevoir, échanger: des mots, des coups. Mort, Cherpillod, vraiment? Morts Chappaz, Haldas, Yvette Z'graggen, Monique Laederach, encore? Têtes chercheuses des lettres romandes, l'ayant fait vrombir à plein moteur sur leur gauche, là où le coeur se loge, dans une langue vernaculaire, celle du combat du peuple des cafés et des stades, des théâtres, des collèges, des parlements, de toutes des arènes de paroles, généreuses, granuleuses... grivoises aussi. Ecrevisses aux pâtes grêles, voix qui portent.

Dans ce temps où les lieux de parole collective sont attaqués, menacés, contestés par l'hégémonie du langage opérationnel, programmatique, efficace; ou l'écran fait véritablement obstacle, ou dire c'est pour faire et faire pour se taire, il disait, le poète que prendre la parole à la place d'autrui était non seulement risqué mais scandaleux. Chacun sa voix. Chacun son souffle. Mais chacun pour tous. Son parti place l'écriture au rang de patrimoine muséal, et le public avant le peuple, il choisit d'aller se faire élire ailleurs. Cherpillod, chêne brûlé, Gaston for ever, pour ne pas dire foudroyé. Fou roillé, dingue, illuminé, irradié d'une folie révolutionnaire aurait dit: les balbutiements de la gauche sont un problème orthophonique. Quand on a des cristaux dans l'oreille, ça peut conduire au vertige, on doit alors se jeter violemment contre un mur. Et ça passe. Pour bien entendre et bien dire, il faut des oreilles et une langue propre. Gaston en a donné une, fondamentale, elle appelle la tradition, socle où rebondir.  Elle est aussi foudre ou benzine, produit inflammable tombé d'un ciel bleu pâle hautement incendiaire.        

16:03 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cherpillod, politique, langage, poésie | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/08/2012

Prier pour les Pussy

2011-piss-christ.jpgComment prendre le maquis avec les Pussy Riots ? Par la communion de prière. C’est Patrice Duret, qui m’en a glissé l’idée et la première prière : Fini l’homme fort / Pussy se libère / Elle détient les clés. Prière laïque, prière inspirée ou silencieuse, tout est bon dans la prière, du moment que cela vient du cœur. La prière n’est pas un mouvement hygiénique à effectuer dans un confessionnal, ou un mouvement de reptation sur un parquet d’église, elle est un murmure quotidien, invocation vers le Tout Autre. Elle peut être une gueulante, un cri du cœur : « Eli Eli lama sabachthani. Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné », en voilà une sacrée prière, les tripes à l’air sur le bois, il y a plus de deux mille ans, et ça résonne encore, fort.

 

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13:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pussy riots, christianisme, mystique, révolution, poutine | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/08/2012

Frère Roger, 7 ans déjà.

Grab-frere-roger.jpgLe 16 août 2005, frère Roger entrait dans l'au-delà, poignardé à Taizé par une femme déséquilibrée durant la prière commune. Celui qui était parti de Genève pour la bourgogne en 1940, jeune pasteur de 25 ans, chercher une maison où prier, y créa une communauté à partir de presque rien: un appel, un désir. Quelques frères, un prêt modique, l'achat d'une maison, où très vite des juifs et des résistants trouvèrent refuge. Sous pression de la Gestapo, il quitte Taizé en 1942 accompagné de ses frères et trouve refuge à Genève. En 1944, retour à Taizé, il se consacre à l'accueil de jeunes orphelins et... de prisonniers de guerre allemands. Taizé est né.

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10:50 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spiritualité, oecuménisme, taizé, frère roger, anniversaire. | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/07/2012

18 ans: suicidé du système

Il serait absurde, injuste et bête de dire que ce fut la faute à celui qui a fait ou non le copier-coller. On ne pourra dire: il était fragile, sensible, on l'avait vu venir, il était psychologiquement ceci ou psychologiquement cela. Impossible de dire: c'était une humeur versatile, ou de culpabiliser les parents. On ne pourra montrer du doigt la directrice Geneviève Nanchen, le directeur général de l'enseignement postobligatoire du canton de Vaud, Séverin Bez. On ne pourra dire non plus que ce meurtre est le fait du hasard. Car le fait qu'un jeune homme soit tué dans son école, parce qu'il ne voyait pas son nom sur la liste des réussites à la matu révèle un mal plus grand et oblige à prendre conscience que le responsable du meurtre, c'est le système et ses rouages faisant promotion de la réussite à tout prix. Si cette atteinte à soi-même échappe à toute responsabilité individuelle, c'est une responsabilité collective qui la porte. X, jeune homme de 18 ans ayant cru à tort avoir raté sa matu, suicidé du système.

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09:03 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suicide, canton de vaud, capitalisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/05/2012

Un mot est un acte

Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte Un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte un mot est un acte est un mot

Facile, tu dis? - Menteur -

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