sylvain thévoz

13/05/2014

Protège ta jouissance comme toi-même

teaser_ring_bestellen_fr.jpgElle est belle cette nouvelle campagne de prévention contre les infections sexuellement transmissibles de l'office fédéral de la santé publique. Elle est esthétiquement aboutie, puissante, jouissive. Surtout pas moralisatrice, ou punitive, elle ne vise pas à faire peur mais donne envie. Envie de faire l'amour, envie de se protéger, envie d'explorer, de ne rien regretter. Ouverte à toutes les classes d'âge représentant les diverses orientations sexuelles, elle est un chant à la diversité et à la beauté des corps humain, de leurs relations entre eux. Un clip de campagne, sur l'air de "Non je ne regrette rien" d'Edith Piaf, donne envie de faire l'amour, oui, de se protéger, oui, tout simplement. On en viendrait presque à se demander s'il ne faudrait pas s'inspirer de ce type de campagne pour lutter contre les abus du tabac et de l'alcool. Peut-être bien que l'amour de la vie est un moteur plus fort que la crainte de la perdre et la non-diabolisation d'un comportement le moyen le plus sûr d'éviter les transgressions et les conduites à risque.

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19:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lovelife, prévention, sida, mst | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/05/2014

Prier au bout du ponton

 

2014-04-30 09.22.40.jpgJe suis venu simplement au bout de la jetée sur le ponton de bois et j’ai joint les mains. Je me suis assis le long de l’eau et j’ai regardé couler, dévider simplement ce qui ne s’arrête pas. Je suis monté sur une petite pierre et j’ai écrit sur un bout de bois, quelques mots, pas grand-chose, même pas le début d’une histoire, pas un poème non. J’ai écrit parce que l’eau le voulait, parce que le flot le murmurait, parce que quelque chose l’exigeait. Dans le ventre ? Dans le ventre. C’est souvent de là que ça monte.

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17/04/2014

Guillaume Tell, Marwan Barghouti: même combat

hodler-1.jpgLe 17 avril est, depuis 1975, sous l'impulsion du Front de Libération de la Palestine (FPLP) la journée internationale de solidarité avec les militant-e-s emprisonné-e-s en raison de leur engagement politique. Cette date du 17 avril, liée à l'origine à la détention des milliers de prisonniers Palestiniens s'est internationalisée et rend justice aujourd'hui aux prisonniers anticolonialistes, anti-impérialistes du monde entier. Elle rappelle les milliers de militant-e-s emprisonnés en raison de leurs opinions et engagements politiques; dénonce les peines les touchant, le manque de soin, de justice, et l'abus de violences à leur égard. La mère de toutes les violences: la privation de liberté. 1 détenu c'est au minimum 10 personnes qui souffrent. 

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22/03/2014

Le printemps c'est maintenant

bonhommeHiver1.pngOn a brûlé des bonhommes hiver un peu partout hier et depuis il fait un petit peu plus... froid. Etrange, et pourtant voilà, c'est le printemps. Les milans noirs ont fait leur retour en ville. Ils reviennent d'Afrique subsaharienne, avec un peu de sable dans les plumes. On les annonçait pour fin-avril, ils ont atterri mi-mars. Ils sont en retard? Mais que sait-on du temps des bêtes? On les a vu mercredi pour la première fois sur les hauteurs de Saint-Jean. Ils repartiront fin août, peut-être...

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06/03/2014

Politique: jeu d'enfant

Le 9 février tu as vite léché toute ta glace préférée pour que personne d'autre que toi ne puisse en profiter. Tu as fait ça dis? Oui, bon, c'était mi pour rire mi sérieux, mais maintenant tu te demandes si tu n'as pas fait une bêtise. Oups. Tu as quand même envie de goûter à d'autres parfums. Le parfum Erasmus, Blue Brain, Bilatérales douces. Mais pas touche, c'est désormais con-gelé. Tu comprends quand les autres disent: si tu veux pas partager ta glace, pourquoi on partagerait la nôtre? Tu comprends, mais c'était plus fort que toi, il fallait l'affirmer: cette glace est à moi, ce cornet m'appartient, ce sucre je le veux, je ne le partage pas. Seules les saveurs d'antan m'intéressent: les vieilles recette sinon rien. Alors les glaces c'est fini? - Bon, tu n'as pas un Sugus?- Si, mais made in Illinois maintenant. Bah, il nous reste le chocolat: Toblerone de Kraft Food. Les américains sont peut-être des étrangers, ils restent des valeurs sûres, surtout chez nous.


49.7% et moi et moi...

Le 10 février, tu as compris: il y en a qui veulent paraître très très sérieux. Tellement sérieux qu'ils en deviennent durs et stupides, c'est-à-dire: égoïstes. Ils montrent leurs petites dents, ça sent le vieux renard dedans. Ils ont fait de grandes affiches comme ça, avec des bottes noires à la place des glaces, ça faisait très très peur comme si on allait tout nous voler et être submergés. Plutôt que d'autres langues s'approchent, mieux vaut que la glace ne profite à personne. La glace par terre: au moins personne ne l'aura. Ils réfléchissent comme ça. Moins de glace, moins de langues. Le "travailler plus pour gagner plus" n'a plus la cote, c'est désormais: " Posséder moins pour partager moins" Miam Miam.Tu peux toujours traîner ta langue par terre si tu veux, ou sucer des cailloux, ça c'est déjà vu par le passé (cf. Victor Klemperer, LTI: la langue du III Reich) Tu peux aussi adopter la langue de bois ou celle du ressentiment, du pourrissement par la tête: celle des milliardaire versés en politiques, des agresseurs victimaires. On est pas à une contradiction près. Il n'y en pas comme nous, même si on veut toujours être comme tout le monde. Slurp. 


Politique du passeport

Ils te montrent du doigt les "bons suisses". Toi, toi, toi, non pas toi là, pas toi non plus là. Pour l'un la bonne glace au lait des Alpes, pour l'autre l'abri de la Protection Civile, les surplus de l'armée, les barbelés ou la mer méditerranée. Toi: Raus. Toi: Papa partir travailler en Suisse, il reviendra dans une année. Pour toi : Papy Blocher, cul bordé de nouilles, qui dit que l'on est tous des demeurés si on ne s'aligne pas casqué pour chanter l'hymne national comme de bons patriotes (bien constipés si possible, ça résonne mieux dans les aigus). Pouët Pouët.


Les héros des barricades

Tu as vu à la télévision là-bas les barricades, des hommes et des femmes qui ont tenu des mois dans le froid, devant la police, sous les coups, reprenant la place quand ils en avaient été chassé. Tu as demandé : de quoi vivent-ils? Qu'est-ce qu'ils mangent? Qui leur cuisine une soupe chaude? Où dorment-ils? Que feront-ils demain? Personne ne t'a répondu. Tu les as juste vu tenir, matins après matins. Avec le grand piano sur les sacs de sable. Et les pneus tout plein de flammes. Puis, on leur a tiré dessus. Des hommes habillés en noir. Dans la foule. Bang Bang Bang, visant la tête. Maintenant, finis ton déjeuner, c'est l'heure d'aller à l'école.


Du show de Sotchi à celui des militaires

Tu dis: pourquoi ceux qui n'ont pas de drapeaux et des cagoules mais dont tout le monde sait très bien qui ils sont, ont passé la frontière? Pourquoi personne ne les arrête ? Plus on est gros et fort, plus on peut faire peur, et prendre les glaces des autres ? On a le droit avec soi pour dire: la glace là-bas dans la main de cet homme elle est à moi, je la lui prends? On a le droit pour dire : j'ai pensé que tu allais prendre ma glace alors je prends d'abord la tienne et si tu bouges t'auras une torgnole? On peut faire ça? Oui, on peut. Cela, tu le savais déjà, ça s'apprend tout petit. Mais tu pensais que les grands... Et tu te souviens comme c'était joli le patinage artistique à Sotchi, la voix douce du commentateur.


Les avions que nous avons et qui ne servent à rien

Toi, tu aimes les avions. Quand le monsieur qui vient d'Afrique parce que les demandes il ne peut plus les déposer dans tes ambassades a amené directement son avion à Genève, tu étais tout content. Tu as dit: je veux aller le voir sur la piste! C'est quand même plus chouette que lorsque l'on attache les gens avec un sac sur la tête pour les faire partir, Et moins gênant que lorsque l'on va en vacances dans le pays de celui qui s'étouffe dans ses crachats et sa morve, bâillonné sur le siège à côté. Tu as dit: pourquoi il n'y a pas des gens qui nous amènent des avions plus souvent ? On t'a répondu: parce qu'ils n'ont pas d'autorisations. Et sans autorisations, on ne peut rien avoir. C'est pour cela que l'on va voter l'autorisation d'avoir plus d'avions pour lutter contre les avions de ceux qui n'ont pas d'autorisation pour venir. Oui, mais... puisque nous avons déjà les avions des autres que l'on a autorisé pourquoi avoir besoin d'autres avions pour empêcher que des avions arrivent encore? On t'a dit alors: les avions qui sont à nous ne volent pas avant l'heure du petit-déjeuner. Point barre. Ou alors quand il y a un sommet pour les plus riches dans les Grisons. Car c'est pas Suisse de voler avant le petit-déjeuner, ça perturbe le sommeil des gens, les vols migratoires des canards. Le terrorisme peut bien attendre l'heure de l'apéro. Tout ça ça s'appelle la souveraineté du ciel. La sou-ve-rain-et-é-du-ciel... oui oui là où passent tous les avions de chasse des autres armées. Alors tu as fait le calcul, ces petits jeux d'adultes, ça coûtera 4milliards, pour des avions qui ne voleront toujours pas avant que le ciel soit clair. Tu as pensé : c'est se moquer un peu du monde et surtout de la grand-maman du 3e qui a de la peine à payer son loyer.   


Politique: jeu d'enfant

Avec 4 milliards, tu as pensé à toutes les glaces que tu pourrais t'acheter, à toutes les grands-mamans qui pourraient être aidé pour payer leurs loyers et tes yeux ont brillé. Tu as pensé à tous les petits copains que tu allais rencontrer si tu les partageais, et tu t'es dit, parce que tu es économe, que de ne pas envoyer l'argent en l'air, c'était vraiment le salaire minimum. La politique: un jeu d'enfant.


Vivement que tu grandisses un peu.

 

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24/12/2013

Pourquoi encore fêter Noël ?

Pourquoi encore fêter Noël... aujourd'hui? On pourrait après tout le fêter demain ou après-demain. Le 24 décembre n'est rien d'autre qu'une date arbitraire. Jésus n'est certainement pas né un 24 décembre et certainement pas il y a 2013 ans. Et puis, enfin, pourquoi le fêter tout court? Jésus n'est peut-être pas né du tout, et si c'était le cas, faut-il vraiment s'en réjouir? Le Christianisme semble en Europe un monument en décrépitude; le temps de la foi et de la religion semblent appartenir au passé. L'engouement pour la fête sonne creux, à moins que nous ne fêtions désormais un Noël dé-christianisé, ce qui est possible aussi, mais alors: nettoyons les vieux chants et inventons de nouveaux rites. Il y a encore trop de christianisme dans notre fête commerciale. Et puis, si le Christianisme rime si peu avec fête, avec quoi résonne-t-il? -Avec accueil et recueillement peut-être-. Mais qu'accueille-t-on au juste et en quoi se recueille-t-on alors?

Fêter Noël, pour quoi faire?

Pour célébrer une ancienne fête religieuse dont on ne sait plus trop ce qu'elle veut dire; révérer un fétiche à la messe de minuit; la récupération chrétienne arbitraire d'un passage au solstice d'hiver; s'adonner à l'orgie commerciale? Pour célébrer la famille, les amis, se couvrir de cadeaux ? - Tant de gens sont seuls pourtant, et tant ne se font plus de cadeaux- Noël: une guerre froide? La célébration des solitudes plutôt que des solidarités, des isolations forcées tout autant que les retrouvailles? Je ne fête pas Noël, mais je m'approche comme une bête, un animal, en rampant d'une baraque en torchis ou un couple fugitif a mis bas un enfant destiné à la mort. Et c'est peut-être cela que j'accueille: un témoignage inédit sur la bête humaine.

Je ne fête pas Noël

Je ne fête pas la trêve, l'ennui, le morne moment symbolique à passer, mais je m'arrête devant le mystère qui demeure cloué en moi et continue de m'agiter : comment se fait-il qu'ils disent qu'au début était la parole, et qu'ils y croient; que tout soit parti de là, d'une parole, et d'une foi, et puisse être incarné, sans la chaire mais dans la chaire, puisque Joseph l'a toujours affirmé: je ne l'ai pas touchée ; et sa femme l'a répété: il n'aurait pas osé me tripoter; comment se fait-il alors qu'au début il y ait quelque chose plutôt que rien et que ce quelque chose soit avant tout nommé ? Que de cela il soit fait mémoire et mémoire, encore, alors que l'on a, semble-t-il, tout oublié?

Je fête l'éveil

Et si Noël me semble toujours attaché à "antan", comme la boue colle aux souliers crottés, j'essaie de m'en défaire. Et si Noël semble toujours placé dans le temps, lointain, dans le domaine des : il était une fois et des contes de fées, des Noëls de l'enfance, la naissance du petit Jésus (Yeshoua le va-nu-pied) n'est pas relégable au rang de mythe Disney, il y entre la poudre de la révolution. Il y a cette phrase bouleversante de l'évangile de Jean que des générations de moines ont écrit en tremblant: Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Après cela, tu peux bien ouvrir tes huîtres et réajuster le sapin. Denner ferme à 19h, il est encore temps d'aller acheter une bonne bouteille de blanc. Noël est un récit de l'origine qui raconte quelque chose d'intemporel qui te place à la fois devant ta vie, devant ta mort, le dépassement des deux, et te plante aujourd'hui devant une étable vide et nettoyée.      

Noël a-venir

Noël parfois me semble aussi éloigné dans le temps, que la planète Mars l'est dans l'espace, à tel point qu'il semble ne plus signifier grand chose ici et maintenant. Et pourtant, en même temps, il y a cette parole simple de l'évangile de Jean : Celui qui vient après moi m'a précédé, car il était avant moi. Et avec cela, la temporalité prend un monumental coup dans la mâchoire, l'espérance est relancée. Noël est a-venir, pas à célébrer comme une messe mortuaire. Noël n'est pas encore arrivé. Noël est cela qui vient, les naissances à venir, annonce une résurrection à Pâques, comme la tienne quand tu seras tombé et que la mort sera enfin derrière toi.  

Je ne fête pas Noël, je le mâchonne.

Je ne fête pas Noël, je le rumine.

Je ne fête pas Noël, je m'y enfonce malgré tout, avec des bougies, des spectres, des co-naissances et quelques bêtes amies. Et je me dis qu'au final, c'est-à-dire au tout début, à l'origine, c'est peut-être Noël, la naissance d'un petit bonhomme, qui fête l'Homme, et que je n'ai que cela à recueillir: l'accueil de celui qui est venu pour rapprocher Dieu des Hommes et que ceux-ci ont rejeté de la même manière que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n'ont point reçue. Combat de tous les jours, quête quotidienne pour en être, sur la frontière, sur la limite.  

Je te souhaite, ami voisin humain, frère, soeur, prochain, dans la lumière comme dans la nuit, un Noël intense.

Et s'il est aussi joyeux, alors tant mieux, je m'en réjouis.

 

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02/10/2013

Votez pour moi, qu'on en finisse!

Je me suis donné sans compter dans cette campagne. J'ai payé de ma personne, jusqu'à ouvrir un petit crédit. J'ai parcouru en tous sens la campagne et la ville, battu le rappel, couvert plus de dix mille kilomètres à pieds; arpenté les trottoirs dans tous les sens et parfois dans le vide, j'ai les zygomatiques tendus, 5 kilos en trop. Si la politique est un sport à risque, les élections c'est jouer à zig-zag-zoug dans un champ de mine. Vivement qu'on en finisse. Faut-il vraiment risquer autant pour si peu? J'ai distribué 3'613 flyers. Je n'en suis pas peu fier. J'ai même laissé deux ongles dans la boîte aux lettres de mon voisin, retirant le flyer de mes adversaires. (Mon flyer a aussi fini dans la poubelle. je l'ai regardé comme un bébé abandonné. S'ils savaient ce que j'y ai mis!) 432 sonnettes activées. On m'a toujours ouvert, et ça m'a quand même fait de l'effet, surtout quand le chien aboyait. Je pensais que les gens allaient avoir peur, mais non, ils étaient contents de me voir, soulagés que je ne sois pas témoin de Jéhovah, curé, ou pire: un créancier. Ils disaient: c'est si gentil de venir nous voir, on se sent parfois si seuls dans ce quartier. 32 fois on m'a offert de rester boire un café, toujours j'ai accepté. Ce qui se raconte sur les pas-de-porte, vous n'avez même pas idée... Je ne me souviens pas le nombre de cafés que j'ai bus, je ne les compte même plus. J'en ai payé tout autant, j'en suis tout excité. Offrir des pots, c'est ce que recommandaient les anciens, pour ne pas boire la tasse.

Les pieds plats

Je croyais que la politique était un investissement; au final, pieds couverts de camphre de menthol et de cloques, je crois que c'est un don: convictions et action. J'ai eu ma chance. J'ai eu mes crampes. Je suis un candidat dans le vent. 15 stands dans la rue, sous la tente, sous la pluie, à donner des flyers des biscuits à des gens qui couraient au tram ou accéléraient vers les boutiques. 12'356 mains serrées, ça oui j'ai compté. J'ai toujours aimé rencontrer les gens, les écouter. C'est un amour, ma motivation. 4'200 amis Facebook confirmés; toujours un petit mot pour leur anniversaire, message câlin avant d'aller se coucher. A 2h du matin, je me suis parfois connecté, pour poster une ou deux piques vers mes adversaires. Qui aime bien châtie bien. L'art de la guerre selon Sun Tzu est mon livre de chevet. 132 tweets postés. La petite phrase qui tue, j'ai peu à peu réussi à la ciseler. J'ai reçu 4 lettres d'insultes, ça m'a presque rassuré. C'est là que je me suis dit que j'avais des opinions bien trempées. Deux fois levé pour aller courir à 4h30 du matin. Je n'en ai parlé à personne. Quand même. Vous ne vouliez pas que je dise combien je donne aux handicapés ?   

Les mains serrées

Je suis un candidat en forme. Bien sûr, j'ai grincé des dents. J'ai même pété une ou deux fois les plombs, mais toujours gardé ça pour la maison, à la plus grande joie de ma famille. Ils me remercient tous les jours de faire de la politique en regardant la télé. Ah, 2 petits plateaux de télé seulement; faut dire qu'il y a dix ans j'avais fâché le chef des émissions. J'avais pris de vraies positions politiques, il ne me l'a jamais pardonné. On m'avait pourtant déconseillé de faire ça, faut pas trop la ramener, faut ressembler aux affiches, mais j'ai pas pu m'empêcher. J'aurai bien voulu en faire plus, mais je n'ai pas le bagout facile et mon électorat est sensible. J'aurai dû commenter une affaire de crime? Quoi, me taire m'a sûrement coûté des voix? Je m'en fous. J'aurai pu faire mieux, hurler avec les loups, mais pire aussi... On est 476 sur les listes, c'est une petite société. On sera 100 élu-e-s à l'arrivée. Le choix, vous vous en occupez, électeurs électrices adoré-e-s,  alors dépêchez-vous, qu'on en finisse.

les dents longues

Cela va se jouer à quelques voix. C'est vrai, j'aurai pu être plus saignant. Je fais dare-dare un petit tour dans le quartier. 65 flyers en plus chez mes voisin-ne-s, 234 mains serrées vite-vite, et l'affaire est dans l'urne, effectue mes derniers deals. Tu m'ajoutes sur ta liste, je te mets sur la mienne. D'accord, tu le fais? Oui, clair -souvenirs de cour d'école- croisant mes doigts derrière le dos. Mentant, pas grave, je suis persuadé qu'il fait pareil. Je supplie, je sanglote, rappelle mes ex, descends dans la séduction à des niveaux inédits:  please please glissez-moi sur vos listes, je serais sage, ferais Onex - Vieille Ville à genoux, poserais des ex-voto à Saint-pierre.  La radio? C'est ma plus grande joie. Le jour de l'émission sur MeFM, j'ai salué ma grand-mère, elle en a perdu son dentier. Depuis on raconte que j'ai les dents longues, tsssss, les mauvaises langues!  

Vous pensez que je serai élu? Cela dépend de vous, mais j'y crois. Je suis un mec déjà, paraît que ça paie en politique. Les statistiques fédérales les études américaines le confirment. Si je n'ai pas de réseaux, j'ai le soutien des grands-mères de l'EMS où j'ai travaillé, et j'ai labouré du terrain. Je ne suis pas calviniste, ne crois pas au salaire au mérite. Mais si je suis élu, ce sera juste je crois, car j'ai tout donné. Je n'ose plus dire votez pour moi, je l'ai trop répété. Mes actes parlent en mon nom et mon parti croit en moi. A défaut de la grâce j'ai la foi, et jusqu'à dimanche je vais tout donner. Des fois je me dis que l'élection se jouera à zig-zag-zoug et que j'aurai pu rester à la maison. Fatigué? Même pas. Votez pour moi! Qu'on en finisse.

 

 

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14/08/2013

Nathalie Chaix: Désir addict?

chaix1.jpgNathalie Chaix vit à Genève. Elle travaille dans le domaine de la culture, a publié trois romans, tous aux éditions Campiche (Orbe), trois romans vrais qui pèsent leur poids de désir, d’espace et d’invitation à entrer dans la splendeur et les affres des relations. Dans son premier livre, Exit Adonis (Prix Georges-Nicole 2007), l’auteure nous entraîne dans un mano a mano étourdissant entre une femme éprise d’un homme qui répond finalement à la fascination qu’il lui imprime par une présence énigmatique, effacée, puis son retrait. Elle, elle veut le quitter, elle désire cela, elle n’y parvient pas. On comprend pourquoi elle veut partir. On comprend pourquoi elle n’y parvient pas. Rôde le spectre d’un père absent, des fantômes. On ne s’enlise pas dans la psychologie ou l’analyse cérébrale de l’impuissance, non. On est ici placé dans le domaine du ressenti, des tripes, des morsures, de la machine désirante et du manque. On effleure, on palpe, ressent.

Elle est ainsi l’écriture étonnamment dépouillée et charnelle de Nathalie Chaix. On y éprouve une grande facilité à creuser des espaces, à se mouvoir, explorer, s’y abandonner. Exit Adonis est le récit d’une aliénation ; bref d’une « banale histoire d’amour », d’un empêchement à quitter et d’une impossibilité à être aimé : d’une contrainte. La tension qui traverse ce livre est relatée avec finesse et douceur, une pudeur de la souffrance qui la creuse encore plus dans ce que le personnage porte en elle pour dire l’insupportable. Le récit se construit sur 5 chapitres, autant d’années parcourues. Répétition amoureuse dans la traversée (lente) de la lassitude, des pics de plaisir et des gouffres de l'addiction (grave) au désir. Comment va-t-elle s’en sortir ? Comment peut-elle tant tenir alors qu’elle n’en peut plus ? Inconsciente ? Folle ?

Impossibilité à quitter entêtement à aimer

Dans Exit Adonis, le grand présent c’est l’absent : le père. Comment le mettre dehors ? L’héroïne ne parvient à rien d’autre qu’à répéter : impossible de quitter, entêtement à aimer. Freud marmonne dans sa barbe : éternel recommencement, ambivalence du lien, venez donc vous allonger ! Le vieux se marre. Vraiment ? Nathalie Chaix allonge ses phrases, c’est plus qu’assez. A un moment il y a la libération sans que l’on comprenne comment, l’héroïne a pu se sevrer, elle est passée ailleurs. Elle a quitté. A un moment cette répétition s’est biaisée pour que l’enfermement devienne une spirale et qu’il y ait une possibilité de sortie là où il n’y avait auparavant que l’impasse. Comment? Il faudrait y retourner pour voir…

Qu'est-ce qui vous manque?

Dans Il y a toujours un rêve qui veille (2010), deuxième roman, la famille s’agrandit, les femmes sont convoquées, la mère et la grand-mère invitées : sur-présence de la maternité. D’où vient l’enfant, comment viendra celui qui naît ? Des portraits d’hommes, de femmes, rythment l’ouvrage et répondent à une question simple : qu’est-ce qui vous manque ?  Et toujours l’absence équilibre toute présence. Celle du père, omniabsent, encore lui, jamais assez là, figure du trou, du vide que ne comble pas la nourriture, malgré l’abus.Non, rien ne comble le trou, que ce soit le trop-plein de sucre consommé avec culpabilité ou la quête de l’homme comprise avec douleur pour assouvir l’inassouvissable. Délectation des sucres sur la langue, orgie du sexe dans la bouche, mais très vite : retour au vide, au manque. Encore. Condamnée au bagne de ce qui manque.

N'est-ce pas toujours sur le fil du rasoir que l’on se meut dans les romans de Nathalie Chaix, là où l’on passe, à fleur de peau? Et là où tous les chameaux d’hommes passent, par le trou de l’aiguille, on va. Mais il faut être pauvre et nu pour comprendre la souffrance d’aimer, du manque d’amour. Si en apparence on vit la même chose, on ne vit pas la même chose, elle dit. C’est chaque fois un singulier pluriel. Un homme,  à l’ombre d’un père manquant, ne répond pas présent. Je suis amoureuse de toi elle dit sur tous les tons, ça permet de rejouer la partition : celle du père absent. Dans ce second opus ça fait mal encore, ça tabasse sec. L’homme aimé en a une autre, l’homme aimé ment, manque, manipule. Les femmes sont trahies. Les femmes sont baisées. Les femmes se font avoir ; ça cogne sexe.

Faut-il être une femme pour suivre l’auteure? Non. Même si parfois on a le sentiment de s’asseoir à une table avec ses ami-e-s proches pour papoter, tout se dire raconter, la voix de l’auteure est résolument plus fine, tendre, tranchante, que celle d’une fin de soirée un peu moelleuse presque mièvre. Ce qui en fait la pointe ? La finesse du trait sur ce qu’elle dit du désir féminin, dans ce désir féminin qui le creuse encore et exprime son devenir mystérieux.


Il y a encore un troisième roman, sorti l'année passée:  Grand Nu orange  (2012) Rejoue-t-il la loi de l'éternel recommencement?  La passion triste et impossible ? Allez-y pour voir alors que l'on bascule doucement vers la fin de l'été, vous m’en direz des nouvelles….. la chute est partout, et la sortie, marqué EXIT, dans une autre langue, excite.

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08:25 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, nathalie chaix, genève, désir, féminin, père | |  Facebook |  Imprimer | | |

31/07/2013

Accident de personne: pudeur ou omerta?

Des trains ont été supprimés partiellement entre Genève et Lausanne à cause d'un "accident de personne" le long du chemin de l'impératrice à 7h15 du matin ce mardi. Accident de personne, euphémisme amer pour dire suicide sous un train.

On connaît l'heure du suicide, le retard qu'il a provoqué sur le trafic. On sait le rétablissement prévu de celui-ci. A la minute près, on est au courant que les trains Lancy-Pont-Rouge-Coppet ont été supprimés entre Genève et Creux-de-Genthod. Les voyageurs de Versoix pour Genève ont dû emprunter le réseau des bus TPG, les voyageurs de Nyon pour Coppet ceux du réseau des bus TPN. Mais on ne dit pas suicide, non, ça on ne peut pas. On ne pose pas la question du pourquoi. On dit: accident de personne, et c'est bon, on peut passer au suivant.

La Régie fédérale des transports ne publie aucunes statistiques sur ces pudiques "accidents de personne". En regard, les catastrophe ferroviaire de ces dernières semaines au Québec, en France, en Espagne, à Granges-Marnand, sont abondamment commentées, disséquées: on veut comprendre, on cherche les explications, les responsables. C'est naturel. Il ne faut pas que cela se reproduise. Il est important d'améliorer la sécurité. Et d'ailleurs, comment se fait-il que cela soit arrivé? Epuisement, distraction, stress professionnel, jeu avec la mort? On peut se poser la question. Mais pourquoi les autres "accidents de personne" qui s'égrènent sur les voies tout au long de l'année sont-ils passés sous silence? Et combien il y en a-t-il sur les rails suisses : deux, quatre, six, sept, dix, vingt, cinquante, ou plutôt cent, deux-cent de ces "accidents"? Combien de Granges-Marnand silencieux chaque semaine à ton avis? Plutôt trois ou quatre? Tu dirais quoi, toi?

Etrange refus de tenir compte du nombre dans un pays où tout se chiffre pourtant. Pas de traces, pas d'explications ni de recherches du boulon manquant ou d'un manque de barrière. Rien. Le silence. Est-ce de la pudeur ou une omerta concernant le nombre de suicidés sur les voies ferrées? Est-ce pour ne pas donner l'idée à d'autres de se suicider? Je me demande si le non-dit et le tabou retiennnent du côté de la vie. Je ne crois pas, non. C'est plutôt le contraire. Le silence tue. Tant que le nombre de suicide n'est pas nommé, comptabilisé, et connu, tout peut continuer tranquillement. Pas de barrières, pas de sécurité, pas de précautions. Et puis, ce serait plutôt au Canton ou au transporteur de s'en préoccuper?

On ne dit pas : un homme s'est jeté sur la voie, une femme a posé sa tête sur les rails, un adolescent s'est couché sur les gravats, a éteint son téléphone et attendu l'intercity de 7h15. On dit:  il y a eu deux accidents de personne en une semaine, deux perturbations de trafic ont provoqué des retards.

On ne dit pas deux gamines de 19 ans sont allées se faire couper en morceaux sur les voies. On dit :deux accidents de personne ont ralenti le trafic, et cent passagers ont raté leur correspondance.

On dit cela, on ne dit rien.

Et les conducteurs de train, après cela, ils deviennent quoi?

15:53 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cff, suicides, accident de personnes | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/07/2013

Engouement pour un suicide

Carsten Schloter, patron de Swisscom, s’est pendu. Le titre de l'entreprise a dans un premier temps perdu -0.58% avant de remonter.

Engagé contre l’initiative 1:12 visant à réduire les hauts salaires, celui qui avait un revenu annuel de 1.8 millions de francs s’était finalement engagé à baisser le sien. Ceux qui répètent à l’envi que l’argent ne fait pas le bonheur pourront méditer à loisir cette maxime. Dans ce cas-là, elle se vérifie, c’est le moins que l’on puisse dire. Bon, de là à dire que l’initiative 1 :12 lui aurait sauvé la vie, on n’ira pas jusque-là,  mais en tous les cas, la maxime travailler plus pour gagner plus a d’évidence du plomb dans l'aile. Divorcé, une vie séparée, une famille qui a volé en éclat : le prix à payer de l’hyper-travail ? Jusqu'où peut-on être un bourreau de travail avant de s'en prendre à soi-même et à ses proches? « J’ai trois jeunes enfants et je vis séparé. Je les vois toutes les deux semaines, et cela me donne à chaque fois un sentiment de culpabilité. Je pense, que j’ai fait quelque chose qui n’est pas juste » disait Carsten Schloter dans une émission évoquant le plus grand échec de sa vie. Evidemment, l’enfermement et l’impasse existentielle dépassent toutes les classes sociales. On se suicide riche, on se suicide pauvre, on se suicide entouré, on se suicide seul. On se suicide pour des raisons professionnelles, médicales, personnelles, secrètes. On se suicide parce que l’on a plus le temps de vivre.  On se suicide parce que l’on ne sait plus quoi faire, parce que l’on a trop de choix, etc., etc., 

Alors, ce n’est pas parce qu’il était un patron que Carsten Schloter s’est pendu. Mais bien parce qu’il s’est pendu comme patron d'une des plus grandes entreprises suisse que l’écho médiatique est si fort aujourd’hui. Parlons-en. Mais combien de Carsten Schloter au quotidien et combien de une dans la presse ? Combien de Carsten Schloter sous les rails, sur les ponts, au fond du Rhône ou dans le silence d’ambulances sans sirènes ? En parcourant la presse aujourd’hui, on se demande ce que révèle l’engouement pour ce suicide. Consternation, stupéfaction, les qualificatifs ne manquent pas devant le libre choix d’un homme qui a choisi d’en terminer courageusement avec sa vie. Alors, pourquoi ce tremblement ? N’est-ce pas l’aboutissement logique d’une vide de dingue et du libre choix ? Et si c'était parce que ce suicide montrait l’échec d’un modèle ? De l’hyper-vitesse à l’hyper-compétitivité, et qu’il parlait à chacun-e- de ce que l’on devine de l'envers du swiss-dream : suicides, cachets, dope, divorces, neurasthénies ?   

Nos héros antiques à nous s’appellent désormais Pantani, Schloter, Whinehouse, Stern, ils sont à demi-dopés ou fous et meurent pendus, assassinés. Rien de bien nouveau sous le soleil. A la différence près que si les héros grecs se battaient pour devenir plus qu’humains, les nôtre semblent lutter pour le redevenir, simplement, et semblent juste dire : « nous rêvons de deux choses : d’avoir du temps, simplement quelques heures devant nous sans agenda précis, et de retrouver l’intensité émotionnelle que l’on avait quand on était jeune ou enfant.» Et ils meurent de ne pas y parvenir.

A la question : comment changer de vie quand on n’arrive plus à vivre la sienne ?Tu aurais répondu comment, camarade Carsten, si tu avais été libre de le faire ?

...

Mais tu as répondu. Et tu as dit: le suicide est ma réponse.C’est ta réponse. Respect pour ton geste. Et respect pour ta mort.   

A l’llustré, qui te demandait de quoi tu rêvais, tu avais affirmé : «  Je rêve d’un monde moins égoïste, moins avide de tout, tout de suite. De stopper cette course en avant que l’être humain et la planète ne supporteront plus longtemps» Beau projet de vie.

Un rêve aussi grand, aussi noble, qui se termine pendu au bout d’une corde, ça fait mal.

 

09:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schloter, suicide, swisscom, projet de vie, projet de mort | |  Facebook |  Imprimer | | |

07/07/2013

La langue de bois qu’il faut brûler

langue de bois,pouvoir,politique,rapports de forceLa langue de bois brûle facilement. Pas besoin d’y mettre beaucoup de feu, elle prend bien. Et si elle est sèche en plus, ou vermoulue à souhait, ça démarre très vite. Il ne faut donc ni contrer ni chercher à construire avec elle, mais en frottant sous elle deux petits cailloux blancs, ou mettant deux morceaux de silence l'un contre l'autre, la faire chauffer vers sa flamme. Car elle brûle facilement, cette langue, c’est là sa principale -si pas unique- qualité.

La langue de bois brûle facilement. A part cela, à quoi est-elle bonne? Quand elle ne sonne pas creux, ce qui est rare, elle résonne mal. Elle ânonne, fatigue, assomme. Car on l’a déjà entendue mille fois se plier pour ne rien dire. Enfin, et c'est plus subtil, elle dit sans dire et répète sans faire, soustrait de l’énergie là où elle devrait en rendre et amène de la pesanteur là où elle pourrait insuffler de la légèreté. On ne peut rien faire de la langue de bois. Peut-être comprendre comment elle est portée, pourquoi on construit avec, et encore. Je crois que le mieux à faire est de la brûler pour rendre au bois sa noblesse, et pour cette langue, l'appeler de plastique désormais. Le bois est trop noble pour servir à cela. 

Porter le feu, est-ce violent? Peut-être. Mais qu’est-ce que cette violence par rapport au travail de sape de la langue qui nous prend pour des poutres du paléolithiques ? Qu’est-ce que le feu devant le travail de soupe de coupe de copeaux des termites sur les bois vivants?

La langue de bois peut être vernie. Elle peut être peinte. Elle ne dit jamais ce qu’elle pourrait dire, de crainte que l’on entende ce qu'elle ne peut pas dire. Alors, elle en dit encore moins; dissimule les veinules, les noeuds du bois, efface des traces et poli toute aspérité. La langue de bois a une seule visée : s'effacer, se faire le plus lisse possible. Par là même cesser de rendre compte de quoi que ce soit. 

Pourquoi n'arrête-t-elle pas de jouer ce jeu alors que la pièce est autre et que les acteurs le savent ? Parce que la flexibilité manque, parce que les circonstances l’imposent ? Parceque la stratégie y conduit ? Parce que c’est mieux ainsi? C’est comme un pli. Lorsque le pli est pris, c'en est déjà presque fini.

La langue de bois qu’il faut brûler n’est pas une langue neutre. C’est la langue du bulldozer ou du rouleau compresseur au service d'une logique d’Etat, administrative, politique. Elle offre la répétition du même et l'impossibilité de s'y opposer. Il n'y a plus de fronts de taille. C'est la langue retorse de la vrille. Pourquoi la langue de bois est-elle si populaire? Parce qu'elle distrait? Occupe? Endort? Parce qu'elle remplit, servie parfois en sciure sur un nid de prunes ou de chataîgnes dans les oreilles.

Je préfère l'allumette et la poix aux gros platanes qui poussent trop droit. Et je préfère commencer par brûler la langue de bois que je porte en moi. Pour faire place nette. En faisant des petits fagots de mots, petites brisures de sons, brindilles inarticulées : bégaiements de bogues et de pives, écorce vives. Peut-être alors que de cela il naîtra une autre parole, vive et poétique, une langue de sève.

 

 

 

 

 

 

 

 

10:26 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : langue de bois, pouvoir, politique, rapports de force | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/06/2013

L'écran, Nabila et Platon, les plates-bandes des Talibans

nabila,platon,taliban,bombes,écransDans la cosmologie sumérienne, celle des égyptiens, des premiers grecs, la terre était plate et elle était au centre de l'univers. A partir du 6e siècle, ça se corse: le fait que la terre est ronde est acquis (merci Pythagore et Platon). L'histoire du monde est ensuite une fascinante évolution pour connaître la place de notre sphère dans l'univers et sa composition. Tension avec l'église catholique et sa lecture lisse, fidèle à la lettre de la Bible, qui conçoit la verticalité (haut/bas, ascension/chute) mais honnit les courbes, les ondes et les bosses. La vie doit être conforme à la tablette de pierre. Au début était le verbe, pas la vallée.

Placé par quelques inspirés aux replis de l'univers, tournant autour du soleil (Copernic, Galilée), l'Homme jouit pour quelque temps des volumes. Si Thalès imaginait la terre comme un disque flottant sur l'eau, Eluard la voyait lui bleue comme une orange, et malgré le fait que les premiers navigateurs pensaient basculer au-delà de la ligne d'horizon directement dans le vide, rongés par le scorbut, l'abus de rhum et de café, gavés de soleil de sel et de poudre à canon, leurs voyages délirants allaient confirmer que la terre est bel et bien ronde comme le pourtour d'une bouche et sa profondeur sans fin, même en surface.

Et maintenant?

Fini le flower power. Gelé les bourgeonnements du désir, l'éclatement 68-69 d'un feu d'artifice qui appartient déjà à un autre siècle. Le volcan a délivré sa lave. Nous avançons désormais sous la retombée des cendres. Froides. Fukushima et Tchernobyl ont consumé leur coeurs, se ratatinant. Aujourd'hui: écran plats, ordinateurs, publicités placardées sur les murs, les volumes ont disparu. Plus de profondeur de champ et des visions panoramiques. L'horizon c'est le cadre et le cadre c'est le pixel : multitude de petits points, parfois animés, qu'il faut essayer de relier et de fantasmer pour former chair, volume. Des trompe-l'oeil, rien de plus.

Ecran, écran, dis-moi si je suis la plus belle ?

Si l'écran est la seule ouverture, celle-ci est bien souvent un miroir déformant. Comme Narcisse se penchait sur la rivière pour se mirer dans son reflet, on entend aujourd'hui: écran, écran, dis-moi si je suis la plus belle (via skype)? Mais routes, barrières, murs, l'Homme travaille aux angles et aux aplats et les vagues seules permettent de brouiller l'image et la recomposer. Jeter une pierre dans la vitre, l'écran, comme les jeunes hors-cadre, permet de fêler les apparences. Des bouts d'écrans démembrés et recomposés formeront peut-être de nouvelles mosaïques....

La tête dans les étoiles

Faut-il toujours attendre la bonne fenêtre météorologique pour envoyer une fusée dans l'espace? De toute façon, on n'y envoie plus d'humains, on ne décole plus. Désormais entre le café et la dépose des enfants à l'école, un voisin pilote à toutes heures du jour et de la nuit des drones sur petit écran pour les envoyer réduire à rien quelques talibans lointain. Conduites par écran interposés, les courbes des utopies se sont inversée. Nous avions la lune, l'espace dans le collimateur, nous avons attéri en Afghanistan sur les plates-bandes des Talibans.

Le dernier Eldorado sera-t-il mammaire?

Ce qui semble encore porteur, ce sont les marques volumineuses, crise oblige, comme celles de Nabila, dernière en date à offrir à la masse des sphère et du volume. Découpages sur petit écran ou papiers glacés, là se logent les dernières espérances virtuelles d'un relief (avec les trajectoires du petit ballon rond du football peut-être). Platon, Aristote nous ont fait croire aux courbes sur l'aplat du papier. Nabila, Zahia, par leurs courbes fictionnalisées et pixelisées, nous ont recollé à l'écran. Et quand Angelina se fait une double masectomie des seins, aplatit préventivement ses formes, un choc tellurique secoue la planète.

Un monde à plat?

Alors que les anciens pensaient la terre plate, ils ont lancé les voyages des grandes découvertes pour y aller voir. Alors que nous pensons tout voir sur le petit écran, que ce monde semble clos et sans relief, il y a urgence à former des plis et reformer des crêtes, passer tête la première au travers du cadre.

Ecran de veille.

L'aventure véritable commence en creux, là où s'éteint l'écran.

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23/05/2013

Le kamikaze de Notre-Dame le MCG et la haine ordinaire

Dominique Venner, idéologue d'extrême droite, résolument opposé au mariage homosexuel, a voulu donner une dimension publique extrêmement forte a son suicide en allant se supprimer dans la cathédrale de Notre-Dame. Comment interpréter cet acte? Tout d'abord, comme un acte kamikaze. Cette opération suicide a fait une victime: lui même. Acte terroriste tourné contre soi même, il montre la morbidité extrême de l'extrême droite, sa puissance destructrice cristalisée en un acte. Se rendre dans un lieu sacré, une cathédrale, pour s'y supprimer, c'est montrer qu'il n'y a plus rien qui tient devant la volonté de mort, la pulsion de destruction.

Il faut relire le commentaire de Marine Le Pen suite à cet acte kamikaze sur twitter : "Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France."  Le respect pour un homme qui se tue? L'option préférentielle de saisir de fusils pour réveiller les français ? Mais quel réveil possible et quelle est la valeur accordée à la vie pour que le respect honore ceux qui se suppriment?  L'extrême droite dit: nous respectons la mort, nous respectons celui qui se colle une balle dans la tête, à défaut de lui offrir une promesse de paradis. On est là dans le champ de l'éloge et de la glorification mortifère.

Finalement, qu'est-ce qui sépare l'extrême droite phobique des islamistes radicaux phobiques? Pas les armes, car ils emploient les mêmes. Anders Behring Brevnik et son massacre sur l'île d'utoya en 2011, les ratonades d'homosexuels en France (+23% en quelques mois), les intimidations, les menaces, et comme ce mardi derrière l'autel de Notre-Dame, les passages à l'acte violent sont le miroir exact des attentats et des atteintes à la liberté individuelle par les islamistes radicaux. Alors, qu'est-ce qui distingue l'extrême droite des islamistes radicaux? Après cet acte de mort salué par la cheffe de parti de l'extrême droite française, rien. Même éloge d'une pureté mythique, même rejet de l'autre, abhorration de toute expression de la diversité, qu'elle soit ethnique religieuse ou sexuelle... et même glorification de la mort. 

L'extrême droite et l'islamisme radical sont les deux face d'un même visage, où la parole, l'échange, le dialogue, sont niés. Nous ne sommes pas à l'abri de cela en Suisse, les propos du MCG ces derniers jours, que ce soit au conseil municipal de la Ville, où le conseiller municipal Menoud annonce le retour des croix gammées, et traite une campagne de lutte contre l'homophobie de propagande pédophile alimente directement ce genre de poison qui circule sur internet: " Je mettrai volontiers une balle dans la nuque aux personnes qui font les lois en vue d'adoption d'enfants par des gays et lesbiennes" lu sur le profil Facebook de Laurent Leisi, conseiller municipal MCG. Cette banalisation de la haine ordinaire ne suscite pas d'enquête, le procureur ne semble pas s'en inquiéter, dans une sorte d'impunité, juridique, morale, qui fortifie l'escalade des propos et le sentiment d'impunité de certains. Alors, balle dans la nuque ou balle dans la tête? Si Marine Le Pen souhaite que les coups de fusils réveillent les français. Que cherche le mouvement citoyen genevois, en train de virer milice?

Combien d'insultes et de provocations encore avant qu'un déséquilibré endoctriné ne se sente inspiré par les propos d'élu-e-s MCG qui pourrissent la vie parlementaire de la République? Un seul barrage à l'extrême droite, qu'elle soit du front national en France ou du MCG à Genève: les urnes. La mobilisation pour ne pas cèder à la haine ordinaire, la désignation de boucs émissaires et la banalisation de la violence verbale voire physique qui l'accompagne.

Car si la libre expression de la haine ordinaire peut se confondre avec la liberté d'expression, elle ne poursuit résolument pas les mêmes buts. 

 

 

13:49 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : notre-dame, dominique venner, extrême droite, mcg | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/04/2013

Deux hommes seuls


Etait-ce possible de ne pas suivre ce qui se passait à Boston? Etait-ce possible, même d'un oeil, de s'en éloigner, tant l'hystérie était forte, tant la construction du récit singeait celle d'un film à suspens? Après le journaliste "embedded" pour couvrir l'évènement, c'est désormais le spectateur qui est entraîné dans la construction du récit. C'est lui qui fait l'enquête, en décortique les éléments, signale à la police des indices, compare les photos. Il suit l'action en direct, il peut même l'influencer, entraver l'action de la police ou l'aider. Le télespect'acteur va vite alors regarder dans son arrière-cour si le terroriste ne s'y cache pas; ou s'il se vide de son sang dans son bateau rangé pour la belle saison. La réalité est devenu un mille feuilles. Le telespect'acteur regarde d'un oeil son écran et de l'autre par la fenêtre s'il voit passer en courant celui qui est sorti brusquement du cadre un fusil à la main.

Et moi, à distance, je regarde tout cela. 

Passez moi le pop-corn, ou alors c'est que je rêve.

Le terroriste est un intimiste. C'est nouveau? Il ne frappe pas le pouvoir politique où il se trouve, dans ses tours ou ses parlements, dans ses voitures blindées, mais là où il s'exerce. Il le frappe dans sa télé, sur la ligne d'arrivée du marathon, dans un théâtre public. La haute sécurité des périmètres protégés a rendu les lieux du quotidien des cibles par défaut. Dans une société de masse, le pouvoir, c'est... la masse. Qui d'autre? Mais la masse, c'est par définition... personne. Alors que le terroriste, lui, c'est quelqu'un, et il le prouve. Il peut la secouer la masse. Et de celle-ci tombent des êtres, qui deviennent subitement un peu tout le monde. Car c'est toi cet homme qui court sur le bitume, c'est moi ce passant ensanglanté, et c'est toi le monstre aussi, car c'est ton fils qui part en fumée sans que tu n'aies rien pu faire. 

Mais pourquoi une telle chasse à courre derrière deux hommes? Parce que, durant l'intervalle de quelques heures, le pouvoir a perdu le contrôle de la masse. Il ne savait plus qui l'habitait et ce qui la secouait. Et la masse ne savait plus qui elle hébergeait et donc qui elle était. La ville n'a pas été arrêtée pour retrouver deux individus mais pour l'empêcher de s'activer encore plus. Au final pourtant: deux hommes seuls, rien de plus. Vraiment?      

La réalité ressemble désormais tant à la fiction qu'elle en prend la trame, jusque dans l'indécence de la relégation des victimes au rang de résidus de l'actu. Les superstars médiatiques sont les hommes armés, police ou terroristes, et le télespectateur jouit de pouvoir suivre le script de l'histoire en temps réel. Images hypnotiques de verres soufflés au ralenti, secousses puis fumées grises qui se répandent sur la ligne d'arrivée d'une course populaire.  Echo avec le petit bruit de la canette de bière ouverte et du bip du micro-onde signalant le terme de la cuisson à air chaud - la tarte aux pommes congelée est prête! - La haie d'honneur aux policiers casqués ramenant les cornes et le corps d'un jeune homme à casquette montre que le socle a vacillé. Et les trophées tristes illustrent les hauts niveaux d'angoisse et la fragilité d'un système qui ne repose plus que sur sa capacité à générer du rêve de la fiction et du sport.... ou des ennemis à abattre.   

Deux hommes seuls, avec des clous, deux cocotte minute, ont fait fermer une ville d'un million d'habitant-e-s, en mettre plusieurs autres sur un pied de guerre et fait tanguer tout un pays.  Signe de l'extrême faiblesse d'une nation rongée par la violence d'un système qui roule depuis longtemps sur sa jante. Les Etats désunis d'Amérique n'ont jamais semblé aussi vulnérable. Ses forces de cohésion s'épuisent. Or, si ce qui a conduit à la violence n'est pas compris et modifié, qu'est-ce qui l'empêchera de réapparaître? Et qu'est-ce qui est en train de se passer pour que des hommes de moins de trente ans, français ici, américains là-bas, tirent ou fassent sauter à l'aveugle des bombes dans la foule, et avec une radicalité morbide, sans revendications, sans paroles, sans messages, sans destinataires baculent dans la mort avec une trouble résolution ?

THE END

Et l'Amérique entière, "comme un seul homme" parvenue à la fin de son talk-show, se leva pour applaudir la prouesse de ses forces de l'ordre. Fin d'un mauvais film, problème réglé, on va pouvoir continuer "comme avant". Vraiment? Que raconte, dans le fond, cette histoire, si ce n'est que cette séquence fait partie d'un récit plus large pour laquelle nous avons les images, et dont nous sommes les acteurs, mais à laquelle il nous manque la bande son.

 

22:11 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : boston, terrorisme, medias, telespect'acteur | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/02/2013

Le petit délire de la dépense (1)

Se dépenser sans compter, et par là ne plus penser, ne plus chercher à comprendre. Faire rupture avec le raisonnable, l'établi, le bien pensant. Se dé-penser, défouler, larguer les amarres des convenances et contenances et même du convenu. Déborder hors de ce qu'il est permis ou non de faire, s'en moquer désormais. Etre au-dessus des codes, au-delà de la ligne, sans pour autant être hors-jeu, sans sortir de ses agencements et de ses gonds. La dé-pense, fièvre de la prodigalité, rage du manque et de l'excès: petite poussée de fièvre jouissive dans son exubérance même. Joie corporelle qui purge et soulage. Hors d'elle, le monde de la jauge est étriqué, et celui de la taille trop bien balisé, étroit.

Genevois, donc quelque part calviniste dans l'âme, bon gestionnaire, où se trouvent désormais tes espaces de dépenses et de transgressions ? Où est-ce que ça délire, si ça délire encore, ailleurs que dans la sphère privée que d'ailleurs tout le monde partage dans ce petit village?      

Les amérindiens avaient le Potlatch (en chinook:donner), instituant le don et le contre-don, où chacun, lorsqu'il donnait un objet à l'autre, s'attendait à recevoir en échange un don équivalent au sien. La logique du potlatch poussée à l'extrême, des richesses entières partaient en fumée. Gigantesque mise en scène où des fortunes étaient exhibées, entassées et détruites afin que le chef démontre aux autres sa puissance. Il prouvait alors qu'il pouvait sacrifier sans coup férir, et doublement; 1) Il pouvait réduire ses richesses à rien et 2) les rebâtir selon sa volonté. Il obligeait ainsi par son don les autres à monter dans l'escalade du leur. La dérive du potlatch, rivalité pure, se faisait alors au détriment du don et du contre-don, par pur souci d'exercer le pouvoir. Pure dépense qui obligeait, dans sa prodigalité même, les autres à donner, et si pas au-delà d'eux mêmes, de se soumettre ou de continuer d'accumuler. Car il y a de la rage dans le don de soi radical et un rapport de pouvoir dans les manières de donner.

Income / outcome.

Alors, hédonistes économes, pour quoi se dépenser sans compter? Pour ne pas se soumettre aux heures de fermeture des bars à minuit, au nombre de bouteilles de vin bues ou à boire, pour le respect des liens sacrés du mariage, des budgets à équilibrer, du temps à respecter; pour prendre 1,3 millions dans les caisses pour jouer; pour le temps d'enfiler une combinaison de latex; ou comble de folie, pour rien, pour d'autres, la pure beauté d'un geste... gratuit?

Tu dis: il y a un calcul de la dépense, même dans l'excès.

Tu ne crois pas, plus, au geste gratuit? 

 

 

 

 

 

 

10:07 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, don et contre-don, dépenses, budgets, finances | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/01/2013

Charlie-hebdo co-dépendant fondamentaliste

On pourrait penser que Charlie-Hebdo, en réchauffant, ce 2 janvier, les caricatures de Mahomet en publiant une BD de la vie du prophète certifiée Hallal souhaite 1) faire exploser ses ventes 2) s'offrir de la pub facile 3) défendre la liberté d'expression 4) tirer sur la barbe des intégristes de tout poil 5) rire un bon coup. Probablement un peu de tout ça, assurément.

Suivant le mécanisme de la dépendance alcoolique, et son corrolaire: la co-dépendance, une autre idée vient à l'esprit. Celle d'une co-dépendance fondamentaliste. Qu'est-ce que c'est? Les symptômes, du co-dépendant fondamentaliste, sont les mêmes que chez le co-dépendant alcoolique : avoir un comportement obsessionnel, une volonté de contrôler le comportement de l'autre, répéter toujours la même chose. Car enfin, que serait Charlie Hebdo sans l'islam fondamentaliste, sans céder au kick de caricaturer Allah, ridiculiser Mahommet, et le rush de faire du sacré une pantalonnade; parodier Rushdie?

Pas besoin d'avoir la foi pour être accro au fondamentalisme. Au contraire, c'est même déconseillé. Suffit d'y adhérer. Par contre, y être symétriquement opposé pousse à y croire. Si la co-dépendance fondamentaliste n'est pas listée dans le DSM, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (qui a inclu les problèmes religieux et spirituels comme catégorie signifiante en 1994), je parie ma bible, mon coran, mon Charlie-Hebdo, qu'elle ne tardera pas à faire son entrée dans la 5e édition (prévue pour mai 2013). La recherche psy progresse sur les fondamentalismes qu'ils soient religieux ou athées. Que Charlie-Hebdo se foute de la gueule des fondamentalistes: bravo. Mais qu'il ironise sur des figures rassembleuses pour les croyant-e-s, à quoi ça sert, hormis jeter de l'huile sur le feu et y faire dorer les marrons des islamophobes? 

Les co-dépendants fondamentalistes ont besoin des fondamentalistes et de leur conception rigide de la religion comme un curé de sa robe de première communion. Tous deux se tiennent par la barbichette. Pendant que l'un rit, l'autre montre les dents; pendant que l'un menace, l'autre provoque. Vieux couple.

Pendant ce temps, les croyant-e-s vont à la mosquée, à l'église, aiment, dorment, font l'amour, des enfants, votent, bossent, et se foutent pas mal des caricatures de Charlie caricaturant l'islam caricaturé des fondamentalistes, que ce soit au nom de la liberté de la presse, des exigences du marché ou du droit de rire de tous. Ils achètent Charlie-Hebdo, voient que les caricatures des caricatures y sont presque plus vraies que nature, c'est-à-dire, qu'elles finissent par faire l'apologie de ce qu'elles prétendaient dénigrer. Vieux couple.

Mais si les accros à la provoc' des deux bords parvenaient à se lâcher la barbiche, afin que chacun puisse croire, ou ne pas croire en paix, que ce soit dans la vie ou dans le livre ce serait, pour la compréhension respectueuse des croyances, qu'elles soient athées ou inspirées, un véritable coup de foudre. Malheureusement, entre dépendants et co-dépendants, les histoire de haine sont souvent des histoires d'amour et durent même quand les caricatures des Lumières et des mille et une nuits  pâlissent et font moins rire.     

 

16:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, caricatures de mahomet, bd, dépendance, codépendance. | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/12/2012

Bang Bang

Depuis la folie meurtrière de Newtown, elle est entrée dans les cerveaux, la question fiévreuse portée par l'industrie médiatique : quand est-ce que cela nous arrivera ici. Dans la veillée d'arme du tsunami meurtrier, certains guettent des signes, nerveux. La propagation de la panique (Miguel D.Norambuena) fait son chemin dans les esprits. Oubliez votre cartable dans une rue, la rue est évacué, votre cartable explosé. Faites péter un ballon dans la rue, quatre personnes se couchent à terre. Ecrivez sur facebok "je vais faire un massacre LOL", les flics sonnent à votre porte, alors que vous vous prépariez à aller jouer aux quilles. La panique prend racine, elle se visse dans les têtes, comprime les poumons. L'air qui se respire ne permet plus de ne pas prendre au sérieux ce qui pourrait faire croire au pire. Dans le doute: alarme générale. Pour tout, pour rien. Comme des rats de laboratoires soumis à un stress constant, la parano du pire entretient son coûteux appareil sécuritaire. A la présomption de vie bonne et confiante se subsitue la présomption criminelle et violente biberonnée par les amplificateurs médiatiques qui se régalent de confiture rouge.... allô police bobo, je sais pas ce que tu m'as fait suis plus safe.

Suite à Newtown, des autorités scolaires et des polices helvètes sont montées fissa au créneau. La ville de Zürich a annoncé des investissements de plusieurs millions pour un système d'alerte unifié. Il manquerait des hauts-parleurs, des systèmes bloquants les portes. Elle s'est vantée de la mise en place d'un logiciel d'analyse des risques: 30 questions permettent d'évaluer si un jour un élève fera usage de la violence. Programme, programme, dis-moi qui est le plus dingo. Tout élève est désormais un tueur potentiel. A force de fantasmer le carnage on peut se poser la question sur l'attente inconsciente d'en voir surgir un...

Nous voilà donc arrivés à un temps de l'histoire où la peur est devenue panique. Où ce qui garantissait notre sécurité commune: la certitude d'une vie commune et d'une protection entre pairs, s'étiole et où le fait de vivre ensemble n'est plus une garantie que l'autre, c'est-à-dire, l'inconnu, potentiellement autistiquement arrimé uniquement à son ordinateur, son téléphone portable et son antidépresseur, n'est pas une menace mortelle. Pour y faire face, l'escalade sécuritaire est promue antidote. Vous voulez quelques millions pour de nouvelles portes blindées et des gilets pare-balles, des caméras? Si pour avoir la paix il faut y mettre le prix, allez, on casse la tirelire. Un garde armé devant chaque école? Oui, pourquoi pas. On va se rassurer à coups de caméras, se régaler de portes bloquantes, d'APM 24/24 sans bien sûr toucher au sacro-saint service militaire et aux armes d'ordonnance à la maison; celles-là on les garde sous l'oreiller, pour le cas où. Et des avions supersoniques sur nos têtes? Oui, oui, c'est bon. Et s'il y a un petit malin pour sortir l'argument comme quoi cela va booster l'économie, il faudra bien policer à blanc l'espace public, car notre sécurité le vaut bien.

Mais pourquoi mon adolescent me regarde-t-il avec ce drôle d'air? Pourquoi la menace me semble-t-elle avant tout intérieure, et pourquoi, concrètement, les policiers sont-ils dans le voisinage? Demandez-leur, ils vous le diront: pour des jeunes dans un parc, des voisins qui font du bruit, un homme qui marche seul à minuit dans la zone villa, pour un arabe ou un black assis sur un pas de porte. Allô police bobo ou le blues du gendarme. 9 fois sur 10, la police, quand elle ne tourne pas en rond dans le vide, est réclamée pour des tâches de conciergerie de gardiennage, de pouponnage, dans une société du cran où le gendarme est devenu avant tout le gardien des angoisses et le doudou des faillites relationnelles ; deus-ex-machina d'un espace social remplacé par des écrans et des interfaces tactiles. 

Nous voilà arrivés à un temps de l'histoire où des alarmes toujours plus sophistiquées et coûteuses ne nous protègeront plus de rien. Dans un état de guerre économique où la guerre des places s'ajoute à la guerre des classes, où l'épuisement guette, les derniers mécanismes inhibants de contrôle social qui faisaient aux bêtes humaines retourner la violence contre eux, et se jeter sous un train ou du haut d'un pont, menacent de céder à la tentation de se lancer dans la rue armés d'un flingue.

Ceux qui attaquent le service public, vident les espaces de leur dimension commune, remplacent partout l'homme par la machine et le témoin par l'automate, le texte par l'annonce publicitaire, et créent des champs urbains minéralisés au nom de la rentabilité, faisant tenir à l'humain un rôle subalterne ou décérébré, ceux là, quand ils attaquent en plus les budgets et les ressources sociales qui créent du lien : les financements d'écoles, d'hôpitaux, des travailleurs sociaux, des maisons de quartier, des crèches, des concierges, sont alors les porte-flingues qui huilent et arment les tireurs de demain.

Une logique de sécurité préventive viserait d'abord à se prémunir contre ces porte-flingues et leurs attaques préméditées contre l'espace social, le tissus, le lien, la transmission et cohésion sociale, garants de la sécurité collective. Assurer cette sécurité là ne coûterait pas des millions d'ailleurs... ni même la corde pour les pendre, ces sicaires.

 

22:14 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : newtown, suisse, violences, social, écoles | |  Facebook |  Imprimer | | |

26/12/2012

De l’abri de la bergerie à la boulangerie bombardée

Joyeux anniversaire, Christ. Les représentations que l’on se fait de toi n’ont guère changées, barbe claire, yeux bleus, tu es vieux, plus de 2000 ans paraît-il, et pourtant, tu es né hier. Que sont deux siècles à l’échelle de l’univers et de l'éternité ? Un vent... et ce monde change si vite. Tu me diras peut-être que rien ne change. Vanité des vanités, tout est vanité, et quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Mais tu as la part belle désormais : tu es au musée Grévin des mystiques, rendu intemporel. Ce ne sont pas les quelques curés laïcs qui passent à télé-noël pour louer des projets de charité opportuns qui te ramèneront sur le devant de la scène. Tu es passé du retrait au retard en 200 ans à peine, à moins que tu n'en sois l'avenir. Combien de temps encore avant ton avènement?

Serais-tu né aujourd’hui, tu n’aurais pour sûr pas vu le jour entre le souffle de l’âne et les cuisses du bœuf mais entre un i-phone et une play-station sous les lumières d’une couveuse électrique. Tu aurais risqué le Ritalin à ta cinquième année, pour sûr l’école en REP ou le terrain vague. Si tu avais revisité Bethléem, tu aurais été bercé entre un check-point et un mur barbelé. Ton père aurait été absent : service militaire ; ta mère t'aurait probablement accouché en prison. Tu aurais vagi dans un abri antiatomique, ou dans les ruines d’une boulangerie bombardée. Comme tu le vois, notre humanité a progressé à pas de géants pendant ton absence. Ce ne sont pas les feux d’artifices qui manquent sur la planète. Joyeux anniversaire, Christ. On te rajoute une bougie.

Chaque événement chasse l’autre. Toi, tu es poussé hors-jeu. On vend des églises, on en détruit d’autres. Tant mieux peut-être, elles étaient vides. Pas sûr que tu t’y plaisais beaucoup non plus. Tu ne fais plus rêver. Tu sembles presque un peu has-been. Christ, produit dépassé ? Excessivement ésotérique, rebelle, politiquement incorrect pour être monnayable. A l’ère du tout jetable, du remplaçable, qu’est-ce que ça vaut un message pour l’éternité ? L’homo oeconomicus occidental est résolu à se passer de toi. Le père Noël t’a supplanté, les crèches nous restent sur les bras. Seuls les sapins bios produits en Pologne ou à Taïwan résistent au froid.  

Le spirituel est devenu surnuméraire. L’i-phone irremplaçable. Tu likes ?

Fukushima est un souvenir médiatique inodore et incolore. Tchernobyl appartient à l’histoire et Hiroshima à l’antiquité déjà. Ça turbine sec ici-bas, ça mouline et surchauffe. Tu sens l'odeur de plastique brûlé qui monte vers toi? Les contractions s’accélèrent de ce qui semble être l’enfantement monstrueux d’une planète éventrée. Le nucléaire se fissure sous nos pieds. 2 milliards d’humains boivent une eau saumâtre dans des flaques quand ils en trouvent. Des banksters font et défont des fortunes en un clic ou en perdent tout autant en le doublant. Notre idéal de société est  le casino où se  joue à quitte ou double du blé, de l'orge, nos déchets nucléaires et des microtechniques militaires à dérivés humanitaires. Si tu as le temps, feuillettes le petit livre de Baudoin de Bodinat : « La vie sur terre, réflexion sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », ou « l’insurrection qui vient »  du comité invisible, j’aimerai bien ton avis là-dessus.

Joyeux anniversaire Christ. Merci pour la liberté laissée. De l’abri de la bergerie à la barbarie programmée, on a fait un sacré bout de chemin dans notre humanité. Y'a de quoi être fier et se taper sur l'épaule. Ne te sens pas obligé de revenir, on se débrouille très bien sans toi ici-bas, pas de soucis. Le pain et le vin de la messe, sont devenus chair et sang pour vrai, pétrin de farine et de larmes, ici, ici et là et là encore. Pas besoin de google earth pour mettre le doigt dessus. Personne pour crier au miracle, alors on baisse la tête et on continue de remplir nos bagnoles de mélasses fossiles. Le patron de la Fédération des Entreprises Romandes exhibe son smartphone, très fier : voilà le sommet auquel notre société est capable d’arriver. Ah bon. Dis, pour ton prochain anniversaire, tu préfères quoi : un cartable blindé, un nouvel abattement fiscal ou un i-phone-6 ?

Joyeux anniversaire Christ. Ne reviens pas trop vite, ici on gère. La croissance ne va pas si mal, on annonce une embellie sur le front des affaires et notre humanité crie par une ouverture franche tirée au botox bordées de dents radioactives : avant nous le déluge, la barbarie est à venir, on saura bien la prendre de vitesse avant qu'il ne soit trop tard.

16/12/2012

Peut-on encore jouir du sexe des huîtres?

Dans la nuit de jeudi à vendredi passé le parlement allemand a fait voter une loi qui rend passible de 25'000 euros d'amende les pratiques zoophiles, afin de protéger les animaux. La nouvelle loi interdit de "soumettre à des actes sexuels ou de mettre un animal à disposition de tiers en vue de le forcer à des actes sexuels". On se demande maintenant comment les juges feront pour évaluer la notion de "forcer" un animal, tout comme celles de "plaisir", "désir" que ce dernier pourrait ou non éprouver envers son meilleurs compagnon : l'Humain.

La sexualité se résume-t-elle à la génitalité? Non. De la caresse au petit baiser sur la truffe en passant par le flattage coquin de l'encolure, combien de maîtres exhibitionnistes expérimentent aussi le SM en attachant leurs bêtes à la laisse devant la Coop ou la Migros? On les comprend. Pourquoi faudrait-il s'en priver? Comme le chantait si bien Brassens :" le gorille est un luron, supérieur à l'homme dans l'étreinte, bien des femmes vous le diront". Alors gare aux gorilles! Faut-il désormais, par crainte de la loi se priver de flatteries sur la croupe, de giligilis dans le cou? Et demander à celles et ceux qui veulent adopter une bête un certificat de bonnes vies et moeurs avant de la leur livrer pattes et coussinets liés? Qui se trouvera en présence d'un animal trop expansif, devra-t-il contacter d'abord son avocat ou un éthologiste afin d'être sûr des intentions de l'animal à son égard? Et les castrations, ça tombe sous le coup de la loi? Baiser avec une bête, c'est pénal, lui couper les couilles, non. Allez comprendre....    

Plus sérieusement: la nouvelle loi permet donc de punir sévèrement les amoureux des bêtes même en l'absence de blessures constatées chez l'animal. Il est désormais interdit de faire jouir et de jouir des bêtes. On ne peut jouir qu'entre animaux humains, sinon, à défaut de carottes: bâton! Depuis 2007, l'amour avec les bêtes est condamné en France par deux ans d'emprisonnement, et 30'000 euros d'amende. Un homme avait reçu un an de prison avec sursis, interdiction définitive de posséder un animal et 2'000 euros d'amende pour avoir sodomisé son poney. Le poney s'était-il plaint? En Suisse, c'est une peine de prison allant jusqu'à trois ans ou une amende qui attend l'amoureux des cornes et sabots, mais seulement s'il fait subir des violences à l'animal (art 135 et 197 du code pénal).

Mais après tout, Jacques Dupin, dans Ballast, enculait bien les chèvres, en poésie il est vrai. Doit-il être condamné pour incitation à la débauche? Et depuis la nuit des temps, que ce soient dans la mythologie grecque, les sociétés agricoles, nomades, masaï, innuits, hopis, rurales, la nôtre donc, la proximité avec les bêtes qui étaient soignées, caressées, utilisées, servaient de modèles éducatifs a toujours été, d'une façon ou d'une autre, sexualisée. L'homme n'a jamais semblé aussi bestial envers ses semblables qu'à notre époque, est-ce une raison pour qu'il s'interdise de caresser ses bêtes? 

Enfin, et c'était le point de vue de Marcela Iacub, juriste des moeurs, dans "Confession d'une mangeuse de viande", il est quand même troublant que la justice se mêle de sanctionner le fait de donner du plaisir aux bêtes et d'en recevoir, alors que l'on peut toujours les tuer/découper/démembrer/écarteler/égorger et ultimement: dévorer. Hameçonner sa truite, avant de l'éventrer, c'est parfait, mais l'utiliser pour autre chose que de se la mettre dans la bouche, c'est pénal! Qui mange un oeuf viole un boeuf? Pas encore. Mais qui sait, peut-être verra-t-on bientôt fleurir sur les emballages des steaks et des boîtes de thon des indication pudiques: "interdit au moins de 18 ans", "contenu pornographique extrême", avec des rideaux opaques pour cacher les viscères de nos bestioles destinées à nos babines lubriques.

Mais ne nous gâchons pas les fêtes pour autant. Ce sont quand même celles du petit Jésus ayant vu le jour entre le boeuf et l'âne, réchauffé par le museau de l'un et serré par les cuisses de l'autre. Alors haro sur le foie gras, le oeufs de lompe, mais ne jouez pas trop avec la nourriture. Et quand vous collerez votre langue sur les sexes d'huîtres vibrantes, ayez l'air calviniste. Il n'y a rien là de sexuel. Et puis surtout, réflechissez avant d'appeler votre amoureuse chienne ou de monter en hennissant votre étalon, des oreilles prudes pourraient bien appeller la police. Et si vous avez le malheur d'avoir d'autres bêtes à la maison, vous pourriez bien finir l'année derrière les barreaux. Autrement dit: en cage....     

 

15:29 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zoophilie, viande, moeurs, sexualité, plaisir, iacub | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/12/2012

L'enfant au pistolet de plastique

Papa regarde plus souvent que d’habitude la télévision. Il dit : ce n’est pas possible qu’ils osent faire cela. Tu vois à l’écran des femmes se prendre les mains dans la tête, et des maisons ouvertes comme des fruits trop mûrs, ou comme si l’on avait donné un coup de pied dans un gâteau d’anniversaire. Papa dit : ils bombardent à nouveau Gaza, comme ça.  Tu es sorti jouer dehors. Avec tes amis, vous faites la course, tu tournes au coin de la rue et tu reviens. La télé est toujours allumée, tu vois des hommes qui lèvent des armes, refusent de se faire traiter et écraser comme des vers. Tu vas chercher dans ton petit placard ton petit pistolet de plastique rouge. C’est décidé, toi aussi, tu vas résister.

30 novembre: Fête à la maison ! Papa et maman chantent, ils tapent des mains, ils disent quelque chose de compliqué qui ressemble à : nous sommes reconnus par l’assemblée des nations unies à New-York comme état observateur non-membre, plus rien ne sera comme avant, notre existence comme pays est acquise aux yeux du monde ! C’est un grand jour. Tu ne comprends pas tout. Ta sœur t’explique : l’assemblée générale des nations unies, c’est comme une cour d’école avec tous les enfants dedans.  Hier, on était dedans mais tout le monde faisait comme si on n’y était pas. Maintenant, les autres enfants nous reconnaissent le droit d’y être et de regarder ce qui s’y passe. Fête à la maison, fête dans la rue, dans toute la ville, on crie et on chante. C’est un moment historique. Mais toi tu dis : regarder, c’est bien, mais c’est quand qu’on pourra y jouer pour vrai dans la cour avec les copains ?

A la télévision, un homme avec une barbe embrasse le sol. Papa dit : c’est Meshaal, en exil depuis plus de 25 ans il revient dans notre pays, la Palestine. Il a tendu la main au Fatah, et le Fatah lui tend la main, les palestiniens marchent unis à nouveau, ça tu comprends bien. Papa sourit, maman aussi, même si elle n’a pas oublié les bombes et les morts des semaines passées. Tu sors jouer au foot avec tes amis. Pas de soldats en vue. Quand ils sont là, c’est plus compliqué, ils confisquent parfois le ballon. Un jour ils ont fait boire leur urine à un copain.  Alors, tu as quand même glissé ton pistolet en plastique rouge dans ta ceinture, au cas où...

La rumeur se répand qu’un des 4700 prisonniers palestiniens en Israël est mort suite à une grève de la faim. Les plus grands du quartier, par rage et dégoût sont allés chercher des pierres, les ont lancées en direction des soldats. Trois arrestations. Personne ne sait quand on les reverra, parfois ça prend des années. Ta sœur pleure. Toi aussi. Ils ont emmené ton copain Marwan. 

Papa dit qu’il n’a pas été payé depuis deux mois. Les taxes perçues par Israël et reversée ensuite à l’Autorité Palestinienne sont bloquées. Un projet de colonisation est réactivé. Ils l’appellent E1. Cela veut dire : ne plus pouvoir traverser la rue, être coupé des voisins et priver à terme notre nouvel état d’accès à sa capitale Jérusalem. Tu enrages. Tu connais bien ça quand tu joues, il y a le gros Rachid qui ne supporte pas que tu le dépasses à la course. Quand tu le fais, il te tape toujours dessus. Là c’est pareil. Le gros David se croit tout permis. Et la décision de l’Organisation des Nations Unies ? Et tous les autres enfants alors, ils disent rien ? Tu sors dans la rue pour crier. C’est pas toujours le plus gros qui va l'eeeeeeemporter et tu fermes tes poings.

12 décembre. Ton père se frotte la moustache. A Bagdad la ligue arabe réunie en conférence signe une déclaration commune en faveur des prisonniers arabes et palestiniens en Israël et promet la création d’un fonds de 100 millions pour l’accompagnement des prisonniers à leur sortie. Ce n’est pas cela qui te rendra Marwan plus vite, la liberté n’a pas de prix. Tu te lèves pour demander à papa une partie des millions. Après tout : murs, barbelés, soldats, toi aussi tu vis dans une prison depuis que tu es né.  

13 décembre Tu sors dans la rue. Tu joues avec tes amis aux résistants et à l’agresseur. Tu cours tout droit et le ciel est franc bleu. Et puis ça crie derrière toi et tu lèves la tête, les bras, et tu vois les soldats. Il y a six ou sept pétards qui éclatent puis tu ne sens plus rien, ni tes bras ni tes jambes, rien, et tu voles. Tu vois Marwan, ta sœur, ta maman à la télé et puis plus rien. Tes petites dents touchent le béton en même temps que ton cœur et tout s’éteint

"Hebron fake gun teenager killed. Israeli troops shot dead a palestinian teenager carrying a fake gun near a holy site in the West bank city of hebron" 

Ta sœur ouvre grand  les yeux sur l’écran de son téléphone avant de crier ton nom et courir dans la rue....  

Hébron, Etat de Palestine occupée, 13.12.2012.

09:22 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, israël, occupation, bds, onu, apartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |