sylvain thévoz

21/01/2015

Terre, terreau, territoire (IV)

Il n’a pas sursauté au premier coup.

Il sait que les orages sont là. La foudre va s’abattre sur lui, le foudroyer à son tour. Il n’a pas peur. La foudre va le foudroyer c’est sûr, c’est aérien, électrique, presque. Il est au-delà. C’est un sculpteur, il connaît les molécules lourdes. Il demande la matière, la réclame, la traite, boulanger des poussières. Il a rangé ses affaires, ramené ses mains vers son corps, ou plutôt son bloc de main, ses doigts resserrés ; d’un ongle il peut gratter un millimètre de sa peau sur le dos, s’écorcher même.

Il est vivant, ça bouge en lui, tout autour. Il sent, n’est pas un objet. Mais il ne peut se lever et courir jusqu’au pont, ni embrasser son enfant comme collé au pneu d’un véhicule couleur cendre. Il est attaché, câble électrique serré ou simple fil de couturier. Noué comme pour couper toute circulation.

Il n’est pas encore exsangue, pourtant lentement son sang se fige. En lui encore tout va et vient de vie. Il déborde même de jus (ses yeux) ruissellent et tombent par terre. Il aimerait qu’une petite herbe verte en jaillisse. Maintenant, que vienne une pousse, qu’il puisse encore croire que les larmes donnent vie, ne s’évaporent pas en vain, ne se perdent dans le sol. Tout revient au cœur. Il a toujours veillé à l’humidité, tempérer les poussières, ne rien laisser se craqueler ou se fendre.

Ses lèvres font mal, papier abrasif trop frotté sur surface granuleuse : ces mots qui disaient : ma femme, ma maison, mon tour de potier, qui disaient la propriété et l’appartenance. 

Il a voulu faire de ses mains une danse, s’est toujours émerveillé de les sentir tourner comme des flammes au feu, suivre le rythme du tour, l’appel du four, envies libres de ses pensées.

Immobilisé, contraint. Lui qui a toujours dansé par ses pieds, comme un cheval piétine sa propre cadence, galvaude son propre galop dans la terre glaise, chevilles jointes désormais enflées. Respirer : remplir cette forge. Aspirer, se gonfler d’ailleurs et du non-soi. Expirer : ses mains sont liées désormais. Tout ce qu’il a devant lui c’est un trou. Un grand trou pour potier. Une excavation large de la terreoù sera logée la sculpture de son corps comme un bout de lard que les chiens se disputeront qui sait.

Poussière tu étais, poussière tu redeviendras. Moins que terre, moins qu’objet, moins que rien. Il se demande comment il va tomber, basculer; sur quelle épaule, en arrière ? Il respire encore. Comment va-t-il cuire, se décomposer ? Quelle fournaise là en-bas ? Oui un froid absolu avec chutes de cheveux et  rapides de degrés: très vite le givre sur les cils les cheveux et même sur les poils du nez –il rit c’est ridicule- Comment son corps va-t-il durcir, sécher se conserver, héberger des insectes ?

Cuire à l’étouffée ? – il rit c’est ridicule-

Il avait une pièce à finir elle est encore sur le tour. Il ne la touchera plus. Il ne sera plus là pour observer, sentir, se former, et personne pour la retirer de là, soupeser sa composition. Il n’est pas une tasse. Il n’est pas un plat. Il est un homme. Il ne sait plus bien à quel moment il cessera de l’être. Et s’il est déjà trop tard. Il n’est pas un vase, il n’est pas un bol. Il n’est même plus cela. Il vaut moins que cela maintenant ? Il est quelque chose de cassé et de brisé désormais. Avant même que porte le coup final, c’en est fini de lui. S’il survivait, maintenant, les morceaux pourraient-ils être recollés alors qu’il semble intact. A l’extérieur, tel il paraît.  

Le commandant boit à sa gourde.

Il se demande quelle couleurs auraient les amphores les vases les pots les tasses les assiettes de toutes ces terres que l’on décrit à la télé, ces terres recouvertes de décombres, ces terres survoltées ?

Quelles couleurs auraient les vases les pots les tasses les assiettes de cette terre mêlée de sang et de débris humains. S’il devait boire dedans et y manger, y déposer des fleurs, comment faire cela ?

Il se demande s’ils croient vraiment que leur vaisselle est bien blanche, bien lisse où tout est propre. S’ils ne voient pas qu’on y a mis une grosse couche de peinture dessus de la laque et même un vernis encore pour faire tenir le tout.

Cette terre chargée, piquée d’esquilles d’os, de morceaux de poumons, de petites peaux comme une flanelle déchiquetée et dans laquelle aux restaurants ils portent les lèvres en trinquant et se gargarisant : terre territoire terrorisme de tout ce qu’ils ne verront jamais.

Il se demande encore comment lui peut observer tout cela, si clairement maintenant alors qu’il est trop tard que tout fini que l’homme en noir soulève sa dernière pièce dans l’atelier et la projette au sol comme une pièce trop lourde sans qu’il ne bouge même.

Plus personne ne le regarde.


Il est ailleurs déjà.

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19/01/2015

Terre, terreau, terrorisme (III)

Ils attendent leur tour. Ils attendent que ça tire. Ils flairent la poudre, le moment où ils n’auront plus besoin de poireauter pour mourir.

Ils sont seuls, sans secours, sans état, sans maman, sans soldats, sans sirène, superman ou supermarché pour venir les sauver, détourner l’attention ou la balle.

Ils sont seuls. Il ne reste que le ciel et la terre qui est là, la dernière, la première, -toujours été fidèle-, et qui ouvre grande sa bouche : large fosse creusée rapidement à la pelle ou par arrachement d’une bande au bulldozer. Ils ne savent pas comment ni pourquoi. Eux, ce sont des figurants des paysans des maçons des potiers. Ils n’ont pas le script. On les a raflé au village pour les placer là, les aligner les uns à la suite des autres, et on a attendu longtemps que l’autre vienne avec sa caméra… pour commencer le shooting.  

Celui au village qui faisait pousser les blés pense maintenant aux quintaux de farine bien sèche qu’il aurait pu tirer de ce sol. Il évalue les heures de travail : sarcler arroser, enlever les mauvaises herbes, chasser la nuit les sangliers et les bêtes sauvages qui ravagent les épis, broutent les boutis dans les blés, cassent les tiges de leurs sabots cornés.

Graine de courge à la grange la glèbe est partout maintenant.

Les grenades si grosses ressemblent à des pommes, les obus alignés : betteraves oblongues. Tout semble si innocent. Irréel.

Il revoit presque sa grange craquer sous le poids des sacs de farine qu’il ramène en tracteur, utilisant la vieille poulie rouillée –la même que son père et son arrière-grand-père utilisaient- pour monter les récoltes à l’abri. C’était du temps d'avant. Il y a très longtemps déjà. Il a les muscles tendus et fatigués. Les cosses sont au sol, il marche dessus, enfonçant sans même le remarquer les graines dans le sol. La vie le dépasse. Il sème malgré lui.

Elles pousseront ces graines, elles pousseront avec ou sans lui. Elles jailliront sans même qu’on leur ait demandé quoi que ce soit, dans ce sol non préparé. Elles jailliront malgré le manque de soin. Il voit les épis sauvages, l’imprévu, le vent qui balaie les têtes du son, lourdes graines, chardonnerets roses, ronces et rhododendrons. On dirait des ballots sur des ânes dodelinant, un ciel de lavande presque métallisé maintenant par l’orage qui vient par l’orage qui gronde.

Et soudain, alors qu’il est dans sa tête mais ailleurs déjà, que déjà il n’entend plus rien alors qu’il perçoit tout – assourdi- : un grand coup de tonnerre résonne et se loge en lui portant son corps loin de lui et glaire et bourbe se brouillent et barbouillent son visage. Il plonge dans la terre comme une graine que l’on sème de force et fore au cœur des choses. Abyssal et lunaire.  

Il ne voit pas le talon de l’homme qui l’enfonce plus avant dans le sol. Il ne voit plus rien. Son destin est de naître maintenant. Il ne doit plus rien à ce monde.  Il ne doit plus rien entendre ni comprendre.

C’est ailleurs que ça se déroule maintenant.   

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17/01/2015

Terre, terreau, terrorisme (I)

 

Les sans terre qui partent des sans foi en quête de territoire les mains sales et caleuses non de terre non du travail des hommes de la glaise de la salive et de la céramique mais du sang et des boyaux et des flashs des appareils photos.

Terre, terreau, terrorisme de ceux qui partent de chez eux, mais étaient-ils déjà accueillis quelque part ? Avaient-ils vraiment atterris, sentis un jour le sol sous leurs pieds, où alors, d’où qu’ils soient, n’étaient-ils pas déjà en rotation, en suspension dans l’air, et frappés par chaque idée comme des cerfs-volants affolés par le vent ; de petites miettes même, projetées par un ventilateur invisible et puissant baladés de-ci de-là sans attaches, sans repères ? N’étaient-ils pas déjà apatrides, ceux que la violence a déraciné profond, les sans terre que les flashs-backs, les mémoires brisées, effacées, lavées à l’eau de javel ou aux écrans pixélisés ont déterritorialisés ?  

Ils rejoignent là-bas loin ceux qui se battent pour un bout de terre, rien de nouveau, même pas une idée, rien. La lutte pour le territoire, pour des arpents de bois ou les faubourgs d’une ville, pour avancer, reculer, et avancer-reculer encore, réussir l’offensive, la dernière c’est promis, avant le jugement dernier, où tout pourra recommencer. Opérer le repli, le premier, faire de la terre où poussent où pousseraient où pousseront, qui sait, oliviers, blé, ou chêne de Mamré, un champ non de ruine ou de mines mais stérile, de terre durcie par le martellement des bottes, des roues, des camions. Prendre un temps d’avance pour détruire plus vite, ils disent.

Ils ont tassé le jardin là-bas, où ? –c’était il y a si longtemps déjà- les légumes y étaient cultivés, les fanes des carottes avaient belle allure et quelles côtes de bettes... Devant l’école poussaient quelques fleurs, dahlias et pensées éclairaient un petit muret où des fruits rouges gorgés de sucrés pendaient. Les enfants s’y écorchaient les genoux, y grimpaient, environnés d’abeilles au vol ballot comme trop lourdes de pollens de pistils, abus de sucs des poires blettes au sol tombées. Des graines étaient séchées et conservées précieusement au grenier. Sésame et thym jetées par poignées dans le pétrin pour agrémenter avec huile d’olive le pain. Gros sel couché sur des tartines dorées. Tout cela c’était avant que la terre du jardin ne soit tassée.

Les paysans n’auraient jamais pu imaginer cela : des dameuses d’abord puis des hommes foulant aux pieds non le raisin mais piétinant les abords du jardin pour que la terre soit bien plane, pour que la terre soit un roc, ne puisse plus produire autre chose qu’un bon sol aride, un bon sol calcaire, sol solide pour véhicules blindés, bonne plateforme pour hélicoptères huilés, aux pales larges et coupantes comme des faux mais chargées comme des brouettes de missiles longues portées : aubergines géantes de métal ou grosse courges prêtes à exploser.

De la cabane à outils ils ont fait un hangar à pièces détachées : rotors, hélices, carlingues, repoussé dans un coin le tour du potier. Le mouvement de rotation est désormais fait pour propulser l’air non ramener la glaise au cœur, faire vrombir des moteurs et décoller les zincs, grincer des écrous, brinquebaler des boulons, non lisser la terre et donner souffle à ce qui naît.     

C’est comme un jeu, un casse-pipe. Cela consiste à aligner le plus possible d’objets noirs sur la cible. Mettre une croix sur cette femme, une croix sur cet enfant, une croix sur cet homme, même sur ce chien, pour rire. Marquer des villages entiers, en rayer autant de croix planifiées, étudiées, pour bien faire gicler la tourbe, éclabousser les murs et les yeux d’un sang pressé fort – frais du jour- framboises broyées.

Projeter la matière, la disséminer, faire sauter, déformer débonder,  bouillabaisse de glaise, purée de chaires trop cuites : à l’étouffée ou chauffés à blanc, oubliés au balcon et tartinées sur des murs effondrés. Les écrans restent propres. A la fin de la journée, y passer un tampon de désinfectant. Il n’y a pas une tache. Rien de crotté.

Terre, terreau, terrorisme.

Peut-être nous faut-il travailler les récits autrement qu'en comptant les victimes à l'heure des talk-shows. 


 

15:21 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : terre, terreau, terrorisme, mots. | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/01/2015

Etre ou ne pas être Charlie... telle n'est pas la question

charlie hebdo,être ou ne pas être,terroristes,parisDire je suis ou je ne suis pas Charlie est la dernière "question" que les dramatiques événements de la semaine passée à Paris semblent avoir produits. Cette question nous fait encore retomber dans un essentialisme crasse et un choix binaire inutile. Tu en es ou tu n'en es pas? Sans que l'on sache vraiment ce que cette appartenance recouvre, ce qu'engage ce cri: "Je suis Charlie" (devenu pour certain déjà un business, pour d'autres un outil de récupération politique, voir même une marque de cynisme ou d'hypocrisie, pour d'autres encore: le rappel d'un humanisme et d'une tendresse).   

Quoi, il y aurait donc d'un côté ceux qui sont Charlie et de l'autre ceux qui ne le sont pas? Quelle farce, et quelles divisions est-on en train de créer encore, à partir de bons sentiments et d'une volonté légitime de s'identifier à une cause?   


L'ennemi ne porte pas la barbe, l'ennemi c'est la peur  

L'enjeu n'est évidemment pas d'être ou de ne pas être Charlie. Il est, d'une manière urgente, de refuser de se trouver piégé dans des identités uniques ou d'y enfermer l'autre; d'éviter précisément de se trouver avec des Charlie d'un côté et des non-Charlie de l'autre, des musulmans ici, des chrétiens là, des athées plus loin, des homos à la marge, des hétéros au centre; des femme collées aux marmots, des homme rangés au boulot, barbares terroristes séparés des bons humanistes, monde figé et cliché des vignettes d'Epinal. L'ennemi ne porte pas la barbe, l'ennemi, c'est la peur. Il existe aussi des fondamentalismes pseudo-démocratiques, comment les révéler?    

On pourrait multiplier ces exemples d'identités rigides et crispée avec bien souvent un drapeau qui le surplombe: Charlie pour les uns, Dieudonné pour les autres, la République-raison-d'Etat- pour les plus flagorneurs. Or, nous avons plus que jamais besoin de souplesse, d'appartenances multiples, et de ne pas réduire l'entier de l'individu à l'une ou l'autre de ses parties, au risque que cette gigantesque opération de réduction finisse par faire de nous les uns pour les autres des bourreaux, des victimes ou... des moutons cherchant des yeux un sauveur, quel qu'il soit.    

L'extrême vitesse des évènements de la semaine passée a poussé un grand nombre de citoyen-ne-s à descendre dans la rue avec un slogan d'appartenance: "Je suis Charlie". Mais qui rassemble exclut dans un même mouvement lorsqu'il ne le fait pas au nom de valeurs auxquelles chacun-e- peut s'identifier. "Liberté d'expression" ne s'avère pas être un slogan au-dessus de tout soupçon, puisque ceux qui crient aujourd'hui "Je suis Charlie Coulibaly" ne font rire personne et se retrouvent inculpés d'apologie de terrorisme, ce qui en montre les limites. "Tu ne tueras point" pourrait en être un. Mais comment justifier alors les assassinats légalisés de l'armée française ? 

charlie hebdo,être ou ne pas être,terroristes,parisDu tout politique au tout polémique

Les polémiques enclenchées depuis une semaine sont incessantes, des plus sérieuses aux plus triviales. Un florilège : Jeannette Bougrab était-elle la compagne de Charb? Fallait-il accepter la présence ou non des chefs d'état lors de la manifestation de rassemblement, un pigeon a-t-il vraiment chié sur Hollande ? Est-ce un phallus que Luz a dessiné sur le prophète? La liberté d'expression est-elle une liberté d'outrager? Fallait-il inculper Dieudonné? etc., etc.,

Le temps du deuil n'existe plus. Il se dessine un monde obscène où tout peut donc doit être montré. Si dans les années 60 tout était politique, aujourd'hui tout est polémique. Au passage, polémique vient du grec polemos : la guerre. La course au scoop ou à la vente en est concomitante. Il faut presser le jus de tout événement... puis en trouver un autre, quitte parfois à l'inventer ou s'y déchirer.  

Touche pas à mon prophète, touche pas à mes martyrs

Dans les années 80, la foule descendait dans la rue avec "Touche pas à mon pote" comme slogan. Faut-il en déduire que l'on est passé des engouements altruistes aux manifestations grégaires? Que l'on descendait à un moment pour l'autre et que maintenant on descend contre lui (Pegida en Allemagne), au nom des prophètes ou des martyrs seulement (de la liberté de blasphème ou de son interdiction) ? - Non. Ce serait trop simpliste de l'énoncer comme cela. Cela raconte pourtant indéniablement quelque chose de l'air du temps.

Si je suis ou je ne suis pas Charlie n'est pas la question, si la voie de la polémique n'est qu'une impasse ou une machine à jus médiatique,  quelles sont les questions qui doivent nous mobiliser désormais pour ne pas céder à la peur, crever d'insécurité ou d'isolement sécuritaire ?

Il y a un élément d'espoir aujourd'hui, c'est celui qui fait jaillir de cet électrochoc social un rapport à l'autre différent créant et imaginant des rapports plutôt que des isolats; qui pousse à aller visiter les synagogues, découvrir les mosquées, ouvrir les portes du dialogue, s'intéresser à ses voisins, tisser des liens avec les barbus, les jaunes, les verts; et là où la peur est la plus forte, qui fait redoubler d'intérêt et de curiosité.

Si le tout sécuritaire l'emporte alors nous sommes foutus. Un durcissement et une rigidité accrue de notre société avec des budgets toujours plus grands pour les polices sera avant tout un constat d'échec et de défaite source d'insécurités plus grandes. Il ne me sera d'aucun secours de recevoir un Charlie Hebdo doré aux feuilles de la légion d'honneur dans une boîte aux lettre sous surveillance avec des caméras à l'entrée de mon immeuble et des flics plein les rues, je sursauterais alors si quelqu'un me suit dans la rue...

Ce n'est pas cette société là qui est désirable.

Je suis un être de désir, non de refus, de peur ou de haine.    

 

Dessins : Géraldine Puig

17:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, être ou ne pas être, terroristes, paris | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/01/2015

Charlie Hebdo : d'Hommages collatéraux

Pendant que la France "pousse un ouf de soulagement", que des journaux inconscients osent titrer: "happy end" (La liberté) à une telle boucherie, faut-il célébrer béatement la "liberté d'expression", et se glorifier qu'un aréopage de chefs d'état viennent marcher dimanche à Paris, Benjamin Netanyahaou en tête dans le piège sirupeux du : le cauchemar est terminé, vous pouvez vous assoupir à nouveau, dans le péril d'une récupération massive des évènements des derniers jours par ceux qui bafouent les valeurs que la rédaction de Charlie défendait.  

Rendre hommage aux victimes est un besoin vital, nécessaire, qui nous rappelle à notre humanité. Affirmer que l'équipe de Charlie Hebdo serait morte pour la liberté d'expression est aussi morbide qu'asséner que d'autres meurent pour Allah. Coller des étiquettes et des raisons à la mort divise encore. L'équipe de Charlie Hebdo ne cherchait pas la mort. Ils ne sont pas morts pour, ils ont été assassinés par, lâchement, tristement, injustement alors qu'ils célébraient la vie, le rire, le blasphème, la dérision jusqu'à la moquerie.  

Pendant que se prépare l'hommage de ce dimanche par une grande marche républicaine à Paris, la liberté d'être, mais aussi de religion, de rassemblement est quotidiennement bafouée en France. Tirs contre des mosquées, graffitis, menaces de morts, passages à tabac; comment sont qualifiées aujourd'hui ces attaques contre les lieux de culte et mosquées ? Je n'ai pas encore entendu le mot 'terroriste' ni 'attaque contre la liberté religieuse' ni aucun républicain, chrétien bouddhiste ou Dieu sait qui sommé de venir s'en excuser. Plus ou moins passés sous silence au profit des remerciements aux forces de l'ordre et au soulagement général; ce sont là pourtant des attaques contre la liberté d'être extrêmement graves.

Il faut saluer les nombreuses prises de parole et éditoriaux rappelant la nécessité d'une France refusant la violence, l'intolérance; le soin et la dignité prises à faire la différence fondamentale entre musulmans et terroristes; le désir d'éviter les amalgames, de bien distinguer les "bons musulmans des affreux terroristes". Saluer les hommages, au-delà même du cercle restreint de la rédaction de Charlie, des hommes et femmes tombés, et parmi ceux qui composaient cette rédaction, les poètes les dessinateurs, qui faisaient leur boulot avec joie et passion. Ce sont des humains qui ont été tués, pas des symboles. 

La tentation sécuritaire prend du galon. Certaines rédactions lèvent bien haut le drapeau de cette "liberté d'expression" (Tribune de Genève), tout en faisant paradoxalement (Judith Mayencourt), l'apologie dans ce journal d'une diminution de la liberté individuelle et d'un contrôle accru des citoyens : "à l'heure du fichage universel, défendre les droits de la personne contre la surveillance de l'Etat est sans doute louable. Mais ce combat semble d’une naïveté presque coupable au regard des enjeux sécuritaires" [1] Mais oui, fliquons tout le monde, c'est sûrement la meilleure solution qui s'impose.

Si les terroristes ont assassiné " au nom de", rappelons que l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo n'est pas morte au nom de quoi que ce soit, mais assassinée en pleine vie qu'elle vivait avant tout du désir, du plaisir, de la joie et  de la création. Valeurs qui risquent, au nom des raisons d'Etat et des récupérations avides, d'être violemment, aujourd'hui même, piétinées. D'Hommages collatéraux.      

 

 

Dernières atteintes à la liberté d'être ou d'exercice du culte en France depuis mercredi : 

Mercredi : tirs contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle, tirs contre un véhicule d'une famille musulmane dans le Vaucluse. L'entrée de la mosquée de Poitiers est couverte de graffitis anti-musulmans énonçant" mort aux Arabes".

Jeudi : trois grenades à main lancées contre la mosquée des Sablons au Mans, une balle tirée. Explosion d'origine criminelle visant un kebab proche d'une mosquée à Villefranche-sur-Saône. Deux mosquées vandalisées avec des graffitis anti-musulmans à Liévin et Béthune. En Isère un jeune homme de 17 ans est agressé par une bande et battu après des insultes racistes. Une mosquée prend feu dans des circonstances suspectes à Aix-les-Bains.

Vendredi : graffitis à l'extérieur d'une mosquée à Bayonne disant " liberté, Charlie", "assassins", "sales arabes". A Rennes, un centre islamique de prière est vandalisé et tagué avec le mot "dehors" en breton et en français. La mosquée de Bischmiller est vandalisée avec le mot "ich bin Charlie". 4 tirs contre la mosquée de l'entrée de la mosquée de Saint-Juéry, proche d'Albi (sud de la France). 5 coups de feu contre la mosquée à Soisson. En Corse, une tête de sanglier est déposée devant une salle de prière avec l'inscription : " la prochaine fois ce sera votre tête".

Samedi : "Dieu n'existe pas" tagué sur une mosquée,

etc., etc.,

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10:51 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, terrorisme, politique, république, hommages, dommages, collatéraux | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/01/2015

3 terroristes made in France

Il sera difficile de regarder la vérité en face pour les français. Il sera difficile d'assumer que les trois terroristes abattus ce vendredi sont de purs produits nationaux. La tentation sera forte de basculer sur l'Islam, sur les musulmans (indistinctement), les femmes voilés et que sais-je encore, la responsabilité, la défiance, la genèse de ces jeunes trentenaires parlant à peine l'arabe, ayant à peine quitté l'Hexagone de toute leur existence.

Il sera tentant de faire peser la responsabilité sur l'Islam de France... des partis politiques s'y emploieront activement. Il sera tentant et on les entend déjà, les généraux, les militaires, les policiers, demander plus de moyens, plus de surveillance. Mais quoi, mettre des milliers de jeunes mecs sous surveillance, ce sera la solution ? - Et comment, pour quels résultats?- Il s'est avéré impossible de sécuriser une rédaction de journaliste, comment surveiller un pan de sa jeunesse? Ces terroristes, avant de passer à l'acte étaient connus des services de sécurité, sur des listes noire américaines, et pourtant ils ont été capables de passer à l'action. Un pas a été franchi. Et maintenant, vous voulez encore plus de sécurité? Changez d'approche plutôt.  

Les crimes écoeurants de ces derniers jours ont montré combien la République est démunie, combien elle est faible, combien le déni sera puissant pour ne pas constater que ces trois terroristes ne sont pas des illuminés, des extra-terrestres, mais des produits sociaux, ceux de la société française, ceux de jeunes largués auxquels la République n'a plus grand chose d'autre à offrir que des prisons surpeuplées et des existences en péril sans filet de sécurité, facilitant grandement le boulot pervers des prêcheurs et semeurs de haine.        

Ces terroristes made in France révèlent l'échec extrême de la République. Pas que les terroristes soient tout puissants (avant de l'être, pour leur sommet morbide et médiatique, ils étaient orphelins, à la rue, puis en taule), mais parce que la République peine à proposer à des jeunes de "seconde génération", "français", "musulman" (mettez tous les guillemets que vous voulez si ça vous rassure), autre chose qu'une identité au rabais, une appartenance sur les marges, et des identifications impossibles.

Ce terrorisme est un produit social, pas une importation exotique. Nos analystes peuvent bien s'efforcer d'aller chercher à des milliers de kilomètres ce qui s'est tramé à Paris sur 60km2, le cauchemar ne se terminera pas ce soir par le soulagement de la neutralisation de ces terroristes suicidaires, et la célébration des forces de police. Le cauchemar a atteint une nouvelle intensité, et qu'on le veuille ou non, ces trois là seront désormais célébrés par des moins de quinze ans comme des héros (c'est écoeurant, ça donne envie de vomir, oui). Pourquoi le seront-ils, quelle est donc la racine de la guerre menée à la République?       

Ces trois trentenaires sont nés, ont grandi, aimé, en France (c'est désagréable à entendre, assurément). Ils sont, jusqu'à la moelle, des produits made in France. Les français pourront-ils se placer devant cette vérité et essayer d'en assumer toutes les conséquences? Pas sûr. Derrière cet événement, c'est l'affreux retour d'un refoulé colonial jamais traité, l'impasse d'une société raciste où le front national devient une référence banalisée, d'inégalités sociales extrêmes, où les semeurs de haine (Zemmour, Finkelkraut, Dieudonné,  Elisabezh Lévy, pullulent); où les armes lourdes, de guerre, se vendent facilement ; où le socialisme est fade, un pays qui n'a jamais véritablement traité les racines de son passé collaborationniste, s'autoconditionnant aveuglement au fait que la menace viendrait du retour de djihadiste de Syrie ou d'Irak, alors qu'elle vient de l'origine de ces départs, quand plus rien ne les rattache à leur pays d'origine (France). Pour preuve, quand on les empêche de partir (Kouachi), c'est ici qu'ils passent à l'acte; comprendre: quand il n'y a plus rien à perdre, une aura de martyre est préférable à une existence minable. Pas besoin d'aller faire un camp d'entraînement en Syrie, les buttes Chaumont feront l'affaire. 

Ce que j'écris ne soustrais aucune responsabilité à ces trois assassins, tueurs abjects, mais elle cherche à l'approfondir. Ce que j'écris est peut-être inaudible aujourd'hui. Si la France veut faire le procès du djihadisme et de l'Islam, qu'elle le fasse, qu'elle s'y complaise, elle y trouvera réconfort et cohésion, replaçant soigneusement à l'extérieur la menace en glorifiant ses forces de sécurité et pleurant la merveilleuse équipe de Charlie Hebdo qu'elle a pourtant très faiblement contribué à protéger, la laissant être une cible désignée bien isolée.

Ces trois terroristes seront enterrés en France, car ils y sont nés, y ont grandi et été éduqué. Ils lui appartiennent pleinement.     

19:41 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, terrorisme, france, kouachi, coulibaly | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/01/2015

Contre-feux à la haine

Placé de force devant la barbarie, devant l'abattage, devant la cruauté sans nom de ceux qui sont allé au nom de rien, au nom de la froide raison destructrice, de la déraison prophétique, assassiner des hommes sans défense, armés uniquement de leurs idées, leurs paroles, leur courage de libre penseurs, de provocateurs, de poètes.


Contraint un temps à la stupeur, au silence, au deuil et au recueillement.


Contraint de force par les images, les giclées des nouvelles, les commentateurs de la radio, télé et du net; soumis à l'amplification des petits entrepreneurs de la haine, d'inflation des ego avides de sang. Contraint par l'acte d'une brutalité infinie, par la terreur, d'y répondre, de métaboliser l'absurde, rapidement. 

 

Contraint de donner forme à l'émotion, de partager ce qui paraît peser de si peu de poids aujourd'hui: pensée, tendresse et créations. Affirmer sa vulnérabilité devant les armes, ses forces de vies face au meurtre, la nécessité de la parole face aux violences. Placé devant l'assiette du meurtre, obligé de se mettre à table. Mâchonner de force mais avec résolution cette mie sombre là, ce pain pourri de cendre pétri dans la violence... en tirer de la vie, encore. Oser l'amour, encore.   

Parmi tous les messages de solidarité, rassemblements, respirations vitales, sur le pont du mont-blanc une banderole blanche est étirée, nouée à la balustrade. Une écriture bleue, légère, presque transparente. Le style en est télégraphique. Pour en dire le plus possible avec le moins de mots disponibles? C'est un message en morse presque, comme un appel. Parce que la place manque. Parce que cela parvient déjà de très loin. Parce que le lac complètera. 

Stop. Musulmans citoyens du monde. Nous sommes Charlie. Liberté d'expression = liberté de religion. Amour. Stop à la barbarie de rien.

Une banderole sur un pont, un lien entre deux rives. Ce n'est pas au nom de la religion que cet assassinat a été commis. Ce n'est pas en notre nom. Ne nous prenez pas à notre tour pour cibles. Ce n'est pas au nom du talion que les musulmans deviendront des cibles, mais encore au nom de la barbarie de rien. 

La colère, la vengeance et la haine exercent leur pouvoir d'attraction. Le feu grandit, il n'est plus en Syrie, il n'est plus à Paris. Il se répand. Il est encore plus proche et intérieur que cela. L'émotion est un combustible puissant. Stop à la barbarie de rien. Oui à la réflexion.          

Ce n'est pas une guerre de civilisations qui a lieu, mais une guerre pour la civilisation dont les fronts sont multiples, les combattants, cagoulés et masqués, armés différemment, que ce soit de haine, de mépris, de toute-puissance, de kalachnikov, de rage, de ressentiments. Devant eux, contre eux, le besoin de faire corps est grand, car leur nombre grandit et va grandir encore dans les jours et semaines qui viennent.    

Et nous, contre-feux à la haine, qu'arriverons-nous à métaboliser et construire ensemble? 

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27/12/2014

Un pape avec du peps

Je faisais, j'avoue, partie des sceptiques lors de l'accession au pouvoir de Jorge Mario Bergoglio au rang de pape en mars 2013. Je percevais le pape François comme un prêtre ayant raté le train de la théologie de la libération, en tous les cas, toujours marqué une distance avec le mouvement de lutte pour la liberté et la dignité humaine en Amérique latine; avait même passivement plutôt lutté contre [1]. Le mouvement de la théologie de la libération, par sa fameuse méthodologie empirique  : voir / juger / agir, engageait l'évangile à changer le monde, et n'esquivait pas les enjeux politiques de celui-ci.

Je croyais donc le pape François destiné à être un pape de plus dans la longue lignée de papes conservateurs, réactionnaires,racoleurs, demeurant au service d'une église et oubliant d'être au service du monde, servant avant tout la perpétuation des rentes de situation et la popularité mièvre des icônes.

L'écho sur-médiatique donné au nouveau pape n'était pas rassurant. J'y voyais avant tout une machine de promotion de ce qui est inoffensif, charitable, et donc fidèle à une image très consensuelle de la foi et de la fonction d'un pape de décoration que l'on sort de la napthaline à Noël ou à Pâques. Plus les médias tournent autour d'un objet, plus il est insipide en général (ça doit bien se trouver quelque part dans les Evangiles d'ailleurs). 

Un message à la Curie qui secoue l'encensoir 

Entendre les voeux de Noël du pape à la Curie m'a fait reconsidérer mon point de vue sur François [2] . Parce qu'enfin un homme dit ses quinze vérités aux membres d'une institution en panne de renouvellement et de discours spirituel. Enfin, un pape met le doigt sur les travers de l'institution ecclésiale et sur ces vieux messieurs confits dans leurs fonctions. Pertinence et puissance sont bien présents dans la description minutieuse, par le pape, des maux qui rouillent l'église.

Prenant assise auprès des pères du désert, faisant ce qui, pour un marxiste, est une autocritique, ce qu'Edgar Morin a si bien réussi à faire [3], dressant un catalogue des maladies spirituelles auxquelles est sujette l'institution et ceux qui la font vivre, le pape porte une charge universelle qui va au-delà de l'église et peut-être appliquée à toute institution où l'appétit du pouvoir l'emporte sur les idées; où l'usage de celui-ci l'emporte sur le service; où l'abus de puissance étouffe ceux que le pouvoir est censé servir, s'en trouvant accaparé par quelques happy fous. 

Que dit François ? Il dénonce 15 maladies spirituelles

François dénonce la Curie comme un corps porté aux maux quand il ne prend pas soin des maladies qu'il génère. Ceux-ci sont au nombre de 15. La maladie de ceux qui se transforment en patron et se pensent supérieurs à tous ;  la pathologie du pouvoir qui découle du narcissisme ; la maladie de ceux qui ont un coeur de pierre et se cachent derrière des papiers, devenant des bureaucrates coupés de leur sensibilité ; la maladie du fonctionnalisme et de la planification minutieuse poussant à devenir des petits comptables frustrés. L'alzheimer spirituel conduisant à la dépendance. La schizophrénie existentielle, recours à une double vie pour combler la vacuité spirituelle; le terrorisme des ragots,  conduisant à céder à la rivalité ou à la vantardise; le carriérisme et l'opportunisme; l'indifférence aux autres. La maladie du visage funéraire, consistant à poser sur son visage un masque de sérieux pour toujours bien montrer que l'on est archi occupé ou important). La maladie de vouloir toujours plus de biens matériels, l'avidité, celle des cercles fermés, qui mettent l'appartenance à un groupe au-dessus de celle du corps social; la recherche du profit mondain, de prestige par la calomnie et la médisance d'autres.

Il faut écouter comment il décortique ces maladies, avec quels mots précis, soigneusement choisis il les évalue; et combien ces mots peuvent s'appliquer très bien à bon nombre d'institutions laïques, sociales, culturelles, politiques.


Un François chasse l'autre

Je suis chrétien, je ne suis pas catholique. Je suis socialiste. J'ai soutenu et voté François Hollande. Je me suis réjouis de son accession au pouvoir, le défendant jusqu'à ce que la lâcheté de sa position durant l'agression israélienne sur Gaza soit la goutte finale qui me fasse lâcher prise.

Aujourd'hui, des deux François, il est piquant de constater que celui dont je doutais le plus me semble le plus à même de relever les défis et avoir un regard critique et radical sur le monde. Celui que je soutenais tout d'abord me paraît réduit à gérer l'urgence au mieux et patauger dans un bourbier médiatique et politique, dans lequel il est au mieux condamné à surnager, au pire à couler à pic, dans un exercice d'impuissance qui frise le ridicule ou la contrition.   

Le pape François donne du peps, oui, une énergie concrète pour repenser un monde moins corrompu où le pouvoir ne serait plus accaparé par des groupes auto-suffisants et égocentrés. Si le mot éco-socialisme a été beaucoup utilisé, celui de socialisme spirituel doit  être repensé, en étant plus attentif aux développement, en Amérique latine, à partir de la théologie de la libération, des mouvements de libération et d'émancipation de catégories entières de population et de balance de pouvoirs modifiés.   

La véritable révolution à venir sera socialo-spirituelle. Cette révolution intime et intérieure, doit être menée sur les barricades de l'éthique et de la conscience en plus de la lutte pour l'amélioration des conditions matérielles d'existence. Si elle échoue, on assistera comme annoncé à l'apocalypse écologique, migratoire, ou guerrière... what else?  

 

Les 15 maladies de la Curie selon François :

Se croire immortel, immunisé ou indispensable.

Trop travailler.

S'endurcir spirituellement ou mentalement.

Trop planifier.

Travailler dans la confusion, sans coordination.

L'Alzheimer spirituel.

Céder à la rivalité ou à la vantardise.

La schizophrénie existentielle (recourir à une double vie pour combler sa vacuité spirituelle).

Le terrorisme des ragots.

Le carriérisme et l'opportunisme.

L'indifférence aux autres (par ruse ou jalousie).

Avoir un « visage funéraire » (pessimisme, sévérité dans les traits).

Vouloir toujours plus de biens matériels.

La formation de « cercles fermés » qui se veulent plus forts que l'ensemble.

La recherche du prestige (par la calomnie et la discréditation des autres).



[1]  http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/14/jorge-bergoglio-n-est-pas-le-pape-des-pauvres

[2]https://www.youtube.com/watch?v=LsFwjtIoVJw&spfreload=10

[3] Edgar Morin, Autocritique, Seuil, "Points essais", 1994 (Nouvelle édition)

20:58 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : curie, pape, françois, noël | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/12/2014

Occupy Hong Kong / Occuper l'urne

occupy-umbrella.jpg« Occupy central » le mouvement de désobéissance civile à Hong Kong a été réduit au silence. Les derniers étudiants sur place ont été chassé du centre-ville. Quels enseignements tirer de l'occupation des rues de Hong Kong? Tout d'abord, la force du mouvement démocratique.

Le déclencheur de la crise

Août 2014, le gouvernement chinois annonce qu’en 2017 les élections du conseil exécutif de Hong Kong ne se feront pas au suffrage universel. La réaction des gens de la rue ? Pour un certain nombre : l'indifférence. Venant de Chine, éduqués en Chine, ils ont toujours cette pensée que le parti communiste est bon et l’influence de Mao est opérante. Les chansons de la révolution culturelle de Mao sont encore chantés par l'ancienne génération. Les jeunes, les plus éduqués, désirent autre chose. Ils comprennent ce qu’est le parti communiste chinois. Mais l’environnement politique est faible à Hong Kong. ll y a peu de gens qui façonnent l'opinion publique et peu d'information concernant la politique. Les candidats qui peuvent gérer et politiquement diriger HK sont peu nombreux.

Dès le 28 septembre, les gens investissent les rues. Ils sont confrontés à la répression de la police qui fait prendre plus d’ampleur à la situation. Les manoeuvres des pro-chinois cherchent à décourager le mouvement, engageant et payant des mafias pour perturber, intimider et discréditer les manifestants. Aux intimidations, le discrédit a été ajouté.  « Apple Daily », le quotidien démocratique de Hong Kong, a été accusé de travailler pour les anglais et les américains. Les manifestants tiendront deux mois et demi.

images.jpg

Prendre place !

De l'occupation de Wall Street aux place Taksim (Istambul), Tahrir (Caire), à la mémoire de Tiananmen, les lutte politiques sont désormais des luttes dans les villes et pour les places.


Tu es dans le cerveau du monstre

Depuis plus d’une année, le mouvement « occupy central » était en réflexion sur l’action à mener. Elle n’est pas venue du jour au lendemain. Deux associations d’étudiants l'ont conduite. Un square, situé en face des bureaux du gouvernement, a été ciblé. Le gouvernement a essayé de bloquer son accès. Peine perdue. Le 26 septembre 2014 les étudiants tiennent des manifestations à l’extérieur du square, puis réussissent à y entrer pour s'y asseoir pacifiquement. Sitôt le square occupé, le projet de bloquer la route principale puis « Central », coeur du business et de l’économie à Hong Kong est né. Objectif : avoir un impact maximum et faire pression sur le gouvernement. Bloquer les flux économiques, les centres urbains. Immobiliser le trafic est l'enjeu des luttes politiques et citadines. On repense à cette phrase de Ché Guevara à Jean Ziegler en 1964 : "tu es dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici".

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Les raisons de la révolte

Depuis 1997, année du retour de Hong Kong dans le giron chinois, la ville a un statut spécial. En 1997, première élection : les candidats qui pouvaient concourir à celle-ci sont au nombre de 800. La plupart, membres d’instances pro-chinoises. Il y a bien deux ou trois autres candidats pour faire de la figuration, mais les dés sont pipés.

Aujourd'hui, la démocratie est un vernis fragile. La plupart des organisations ou journaux à Hong Kong sont placés sous influence chinoise et un grand nombre de pages sont consacrées à des actions pro-chinoise et à la propagande d’état. Au fur et à mesure que les années passent, la propagande se  durcit. Lorsque Hong Kong est revenu dans le giron chinois, le gouvernement a annoncé que rien n’allait changer pour 50 ans. Mais les choses changent, rapidement! Si, avant 2003, il était nécessaire d’avoir des visas pour venir à Hong Kong, y voyager désormais sans contraintes administratives est facilité. De nombreux migrants, pauvres, y cherchent une vie meilleure, encouragés par le gouvernement de Beijing. Cela provoque des conflits importants entre les habitant-e-s de Hong Kong et ceux des territoires continentaux. Les prix augmentent. Un puissant rapport de force portant sur l’influence et l’idéologie est à l’œuvre par le biais de ces migrations. Que signifie "être chez soi" quand le propriétaire change ?


images1.jpg Comment va évoluer la situation ?

Les places sont désormais nettoyées. Le mouvement a été stoppé. La majorité des personnes qui participaient à «Occupy Central » étaient des étudiants. Pour le reste : des travailleurs provenant de la middle-class, excédés de payer trop pour voir leurs conditions se dégrader. Le mouvement « Occupy Central » était un mélange de différentes revendications qui se sont cristallisées à un moment donné. Mais si beaucoup de gens à Hong Kong sont restés silencieux, cela ne veut pas dire qu’ils s’en foutaient, ni qu’ils étaient désinvestis. La plupart veulent pouvoir maximaliser leur usage personnel. Lorsqu'ils sont affectés dans leur vie quotidienne, parce que les transports sont entravés, le nettoyage des places impossible, leur attitude évolue. 


urne_et_main_votant1_1.jpg"Occupy l'urne" 

L’idée d’occuper les centres économiques est importante. L'idée de bloquer les flux de mouvement centrale. Mais changer les mentalités et les idées des gens doit être une priorité. En Suisse, l'occupation des lieux urbain ne peut être perçu que comme un geste ultime, la grève des TPG l'a démontré. L'élection et la votation le précède largement, dans un système permettant la représentativité politique, et un accès libre au suffrage universel.

"Occupy l'urne" doit être un cri de ralliement dans une année 2015 où les échéances municipale (avril-mai) et fédérales (octobre) occuperont le devant de la scène.

Hong Kong est Hong Kong, la Suisse est la Suisse. L'accès à l'urne nous est libre, investissons-le.     

12:09 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hong kong, occupy central, démocratie, villes | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/10/2014

La R'vue genevoise : moins vraie que nature?

Le défi de la R'vue genevoise ce jeudi 30 octobre au Casino-Théâtre est abyssal : comment faire encore et toujours rire, et surtout, comme l'annonce le site de la R'vue, demeurer "à la hauteur des bêtises de nos vaillants dirigeants"[1]. Les politiciens se donnent en spectacle, Stauffer est, à lui tout seul, un numéro cosmique et caricatural de sa personne autant que de sa fonction; que ce soit dans l'enceinte du parlement où il oblige les policiers à le raccompagner en leur serrant les pognes comme dans un vieux film de Pagnol, un mauvais vaudeville, ou encore dans ses clips amateurs bords de piscine au Marbella club beach club où il se met en scène d'une manière mi-comique mi pathétique, jouant à l'acteur bon marché sur le retour avec sa doublure Medeiros travaillant au ralenti la scène des grosses bouteilles de champagne qui roulent sous le bar comme dans un remake tardif de Top Gun; Roger Golay déguisé en pom-pom girl de flamenco:Olé! Où sont les toilettes, dites ?  

Stauffer clown triste

Clown triste Stauffer? Dans l'excès, la démesure, la grandiloquence et la fuite en avant ; mais comment être plus drôle que lui et arriver à braquer les spotlights sur soi ? Le défi sera de taille pour la R'vue ; de quelle manière brocarder les politiciens, alors qu'une partie de ceux-ci le font très bien sans aide, ni maquillage, ni cachets (mais avec jetons de présence) entre verres d'eau, insultes et sprays au poivre.

Génération selfie

Sur la scène genevoise, le spectacle est continu; la Genferei: une répétition générale. Alors, la scène genevoise, à hurler de... rire? Pourquoi faudrait-il alors payer encore pour aller au théâtre en voir une parodie? Autant aller au Grand Conseil directement, la représentation est gratuite. Le temps où les rois se payaient des bouffons pour se faire rire est révolu. Désormais, la mode est aux selfies. Certains politiciens font des économies, ils se tournent eux-mêmes en dérision. Les caméras tournent en streaming sur Léman Bleu, la R'vue permet juste un arrêt sur image. La raison du succès de la R'vue est, comme pour les rétrospectives de fin d'année, de nous replacer devant l'année écoulée et d'arrêter le temps. Une p'tite dernière Genferei avant la suivante, ça permet toujours de faire le compte et de se mettre à jour avant la prochaine.     

Philippe Cohen : douche froide

Mais alors que je doutais de la capacité de la R'vue à faire plus drôle que les blagounettes du MCG, quelle surprise, en écoutant Couleur 3 lundi matin d'entendre Philippe Cohen dans l'émission de la "douche froide" faire presque plus MCG que le MCG! [2] Nouvelle technique de promotion ? Volonté pour le comique d'aller braconner sur le terrain politique et risquer le chassé-croisé? Aux politiques le comique, aux comiques le politique, trop fort, vraiment.

Alors que l'animateur radio demandait au créateur de la R'vue s’il avait peur de perdre sa subvention quand il faisait une blague et que le maire était dans la salle, la réponse du créateur de la R'vue fusait : mais non, parce que l’on ne se moque pas de lui, mais de son système d'administration pléthorique et inerte. Ahahaha, trop drôle, impayable. - Mais 335'000.- de financement publique par la Ville, ça fait quand même cher la vanne... 70'000.- précisément ? - Mais non répond le plus beau miroir narcissique des politiciens:  "il ne faut pas voir la chose comme cela, la collectivité ne met que 20% du budget... et ce sont même des arnaqueurs la Ville de Genève, il nous reprennent 50% s'il y a des bénéfices à la production." Ahahahaha, quel comique, on aurait pu croire que c'était du Stauffer en vrai, si l'on n'avait deviné que c'était du Cohen pur sucre qui faisait une parodie de Stauffer sans son costume de la R'vue. Le thème de la R'vue cette année: des artistes jouent le rôle de politiques qui prennent des rôles d'artistes pour avoir le pouvoir sur scène. Wouaw : à force d'être moins vraie que nature, elle a fini par l'être encore plus la R'vue. La frontière entre réalité et fiction est si fine... 

Spectacle partout, comique nulle part?

Face au défi, pour la R'vue, de faire plus drôle que les drôles du MCG au théâtre, et moins MCG dans la salle que Philippe Cohen à la radio, on se demande comment la R'vue va trouver sa voix. Suspens. Pour sûr, le spectacle sera avant tout dans la salle, avec les politiciens et journalistes venus en nombre se regarder le nombril et cultiver le reflet du plus petit microcosme vivant: le Genevois. Ensuite, plus de 16'000 spectateurs viendront retrouver ou chercher un peu du comique des politiciens sur scène. Peut-être qu'à force de voir des comiques aux tribunes, il est nécessaire de revenir à des choses moins vraie que nature. La musique et de la danse, ça aide sérieusement à faire passer la pilule.  

Du rire, à tout le moins:  un sourire

Rendez-vous jeudi soir pour rire un bon coût, à tout le moins sourire. La R'vue, institution typique genevoise, comment vivre sans? On aime tellement rire de soi, voire que tout le monde se foute un peu de notre gueule, comment pourrait-on s'en priver? C'est si bon un peu de masochisme ultra médiatique. Quand c'est aux dépens des autres, c'est encore meilleur. La R'vue genevoise : moins vraie que nature, mais délicieux réconfort, à consommer sans modération.

Avec le sourire toujours, bien sûr.    



[1] http://www.larvue.ch

[2] http://www.rts.ch/audio/audio/couleur3/programmes/la-douche-froide/6217294-l-invite-du-jour-philippe-cohen-27-10-2014.html

08:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la r'vue, genève, politique, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/10/2014

Synode à Rome : Dialogue entre le Christ et Dieu

- Père, éteins la télé, je n'en peux plus de ce synode

- Calme-toi mon fils

- Je ne vais pas me calmer, ça me rend dingue

- La dernière fois que tu t'es mis en colère, ça a très mal fini pour toi

- Père, je veux bien leur pardonner, ils ne savent pas ce qu'ils font, c'est entendu, mais quand même, ça fait 2000 ans que ça dure. Tu n'en as pas marre qu'ils se fassent du bénéfice sur ton dos, abusent de ta parole? Ils parlent et tuent en ton nom, se disent tes suiveurs, interprètent les écritures comme bon leur semble, toujours entre mecs; entre potes au coin du bar, se font les couilles en or. Ce que j'en pense? Ils s'en moquent. Un petit clin d'oeil par-ci, un petit signe de croix par-là, et s'assoient sur les écritures. Ils ne prennent pas le temps de les relire. 

- Il faut se méfier du veau d'or comme des couilles en or, tu as raison fiston. Un peu trop cossus pour être honnêtes ces évêques, ils défendent leurs piscines, leurs privilèges, que sais-je.  

- Je ne me suis pas fait tuer pour rien. Je ne suis pas venu délivrer un message pour les hommes, mais pour toutes et tous. Hommes, femmes, enfants, de toutes orientations et origines. Jamais, dans ma parole, je n'ai fait de distinction disant: ce message est réservé aux hétérosexuels, aux homosexuels, aux bien mariés et pas aux divorcés seulement; à ceux qui mettent la capote ou pas. Jamais je n'ai distingué, catégorisé. Ou alors, si je l'ai fait, dis-moi où et quand! Non. Je m'en suis toujours moqué. Cela ne compte pas. Je suis venu dans l'amour, pour l'amour. L'important c'est le salut, la foi, et le dépassement dans l'espérance. Et j'ai fait ma tournée. Et j'ai rempli des salles. Est-ce que je me suis planté mon Père? Je n'ai pas été suffisamment clair ?

- Tu as fait ce qu'il fallait mon fils; enfin, du mieux que tu pouvais. Tu n'as pas été aidé, c'est clair. Les hommes, tu sais... et puis j'ai eu un petit coup de mou aussi.

- Sympa que tu reconnaisses que tu as faibli sur la fin, parce qu'en bas, ils croient encore que tu es un Dieu tout-puissant. Ce serait bien que tu fasses un communiqué de presse pour la mise à jour une fois.

- Impossible mon fils. Les hommes sont de grands enfants, c'est comme ça. On ne les changera pas du jour au lendemain. Ils n'entendent rien. Il leur faut des superman, des héros, des idoles et des guerres. 

- Je n'aurais pas dû m'embarrasser de toutes ces paraboles, je t'avais dit que ce n'était pas optimal en terme de comm'. Ils ont compris que dalle, rien, tout de travers, c'était trop compliqué. Quand ils voulaient lapider la prostituée, j'ai écrit dans le sable, c'était subtil. J'aurais mieux fait de leur crier ce que j'ai écrit: bande de tarés, sur grand écran, et bande d'inconscients, avec une bande son poussée à l'extrême.

- A l'impossible nul n'est tenu mon fils. 

- Tu vois où m'a mené toute cette histoire: à la retraite anticipée. Et en bas, ils continuent de se bouffer, à laisser les idoles décider pour eux. Ils ont pourtant tout pour être heureux, mais non. Les pharisiens accaparent le pouvoir, les autres n'osent s'exprimer. Les gardiens du temple possèdent les clés, les autres quémandent la permission de sortir ou entrer. Ils se cachent derrière la loi, brisent les coeurs, les autres ramassent les morceaux, essaient de les recoller. Nom de Dieu (excuse-moi) quand on m'a mis sur le bois, il n'y avait pourtant plus que les femmes autour de moi. Les prêtres avaient disparus, les donneurs de leçon avec, et les autorités se lavaient les mains. Les prostituées m'ont tout enseigné. Le seul apôtre qui m'ait vraiment compris, c'est celui avec qui j'ai couché. 

- Je sais mon fils, c'est pour cela que je t'ai aimé.

- Je t'en supplie Père, renvoie-moi en bas. Renvoie-moi chez eux, je dois aller faire le ménage, annoncer l'apocalypse, reprendre la genèse, ça ne peut plus durer.

- Je ne peux pas mon fils

- Pourquoi ?

- Avec tes cheveux longs, ta robe légère, ton air efféminé, tu te feras repérer et crucifier vite fait.  

- Envoie ma soeur alors! 

- Ta soeur?

- Ce que je n'ai pu réussir à faire, seule une femme le fera.

- La pauvre, mais ils vont la tuer!

- Si tu peux être un Père plus présent que la dernière fois, ça peut changer. 

- Cela ne va pas être une partie de plaisir, ils sont encore plus bouchés que quand tu y étais allé. Je n'aimerais pas être à sa place.

- Moi non plus (je sais de quoi je parle)

- Je l'envoie où?

- C'est égal, partout pareil. 

- Passe-moi les chips

- Tiens

- Merci mon fils

- A ton service Père.

Il rote. Rallume la télé.

Une jeune femme entre timidement dans la pièce. 

 

15:06 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : synode, église catholique, christ, crucifixion | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/10/2014

Les zizis de Zep provoquent la zizanie à Paris

2014_paris_zizi.jpgEn France, l'association Foutez-leur la paix s'insurge contre l'exposition "le zizi sexuel" du dessinateur genevois ZEP à la cité des Sciences à Paris du 14 octobre au 2 août 2015. Cette exposition, pourtant bien hétéro-centrée, et pas franchement transgressive, avait déjà été montrée à la Cité des Sciences en 2007, y remportant un grand succès, puis présentée ensuite avec un succès équivalent à Genève lors du salon du livre 2009. Mais depuis, l'adoption de la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels en France et l'agitation de la marche pour tous sont passés par là. Aujourd'hui une exposition sur ce sujet devient malheureusement polémique et politique, par le fait de mouvements réactionnaires.     


Foutez-nous la paix

Une association Foutez-leur la paix appelle par voie de pétition électronique à retirer cette exposition.[1] Pour rappel, l'exposition découle d'un petit ouvrage : le guide du zizi sexuel (2001), ou Titeuf et ses copains éclairent avec humour et légèreté les mystères de l’adolescence, de l’amour et de la sexualité. Comment s'explique l'appel à la censure de cette exposition à la cité des sciences de l'exposition "Zizi sexuel" destinée aux enfants de 9 à 14 ans ?  

Les arguments des opposants

Cette exposition ouvre ses portes à des classes entières (Oh mon Dieu!) emmenées par leur enseignant pour traiter de la sexualité de "manière ludique". Autant dire que c’est une abomination. Comme l'énonce la pétition en ligne, il ne faut pas que ces "sujets" soient traités de manière ludique (mais bien pudique, voire taboue). Sachez-le bien, le sexe c'est pas drôle, c'est même mal. Douloureux. Pour les pétitionnaires, ces sujets devraient "appartenir seulement du domaine de l’ordre de l’éducation", étant entendu que l'éducation, c'est du domaine réservé de la famille !

Les parents : éducateurs sexuels naturels?

La logique des pétitionnaires : ce n’est pas à une « Cité des Sciences » d’aborder ces questions, et surtout pas de « manière ludique ». C'est à la famille et aux parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants (et doivent en garder le monopole). Comme si les parents étaient naturellement les mieux placés pour éduquer leurs enfants à la sexualité, alors que l'histoire démontre abondamment que ce n'est pas toujours le cas. Quand les réactionnaires se lâchent, ça donne ça : "Laissez nos enfants tranquilles, jouer à des jeux de leurs âges, ne les pervertissez pas, et ne leurs inculquez pas, de manière soit disant ludique, des comportements malsains. Foutez-leur la paix ! Et annulez cette exposition de la Cité des Sciences !"Bref: la transmission d'une sexualité rendue problématique car problématisée à dessein.  

un mouvement puritain et sexophobe

On a presque envie de rire que certains veuillent ainsi foutre la paix en annulant le zizi sexuel, n’étaient le projet idéologique et une vision traditionaliste crispée sur l’éducation sexuelle que cela révèle et surtout le mouvement de fond réactionnaire et sexophobe qui s'y illustre. La Suisse est aussi touchée. Le peuple va devoir probablement se prononcer sur l'éducation sexuelle à l'école. L'initiative populaire "protection contre la sexualisation à l'école maternelle et à l'école primaire" a abouti et ce texte de la droite conservatrice souhaite empêcher toute éducation sexuelle à l'école avant que les enfants aient atteints l'âge de 9 ans.[2] Un cours obligatoire ne pourrait être proposé qu'à des jeunes de 12 ans et plus. Il devrait être destiné à la transmission de savoirs sur la reproduction et le développement humains.  

Pour conclure, face aux mouvements réactionnaires et puritains, on a envie de dire, avec Titeuf: Mais qu'est-ce que ça peut vous foutre que les enfants soient éveillés au fait que la sexualité est quelque chose de beau, de ludique et de simple et ce, dès le plus jeune âge ?



[1] http://citizengo.org/fr/12095-annuler-lexposition-zizi-sexuel

[2]http://www.rts.ch/info/suisse/5581302-l-initiative-contre-l-education-sexuelle-des-jeunes-enfants-a-abouti.html

13:56 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zep, zizi sexuel, titeuf, puritanisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/10/2014

Bienvenue en Suisse ou alors bye bye

Bienvenue en Suisse. Merci de bien essuyer tes pieds à l’entrée. On aime que ce soit propre ici. Tu peux garder ton accent, ta barbe, tes coutumes. Tu ne déranges pas tant que tu es comme sur une pub Benetton. Tu es beau, tu es jeune, ça peut faire l'affaire. Un i-phone, une chemise fleurie, ta mine réjouie : c’est parfait. L’exotisme, c’est l’étrange acceptable, le bien domestiqué. L’étranger c’est le trop familier auquel il ne faut pas se confronter. L’autre, l’étranger c’est toi. Ce sera toujours toi. Tu seras responsable du poids de ta différence.

Bienvenue en Suisse bye bye

Bienvenue en Suisse. Tu peux être tel que tu es. Tant que tu ne le montres pas en public. Ici c’est ta force de travail qui compte. C’est ton muscle ta jeunesse et ta hargne, la joliesse de tes formes. Ta femme tes enfants il vaut mieux les laisser au village. Tu seras plus habile. Tu seras plus flexible. Ce sera plus rapide. Tu sauras rebondir et te tenir bien droit. N’avoir rien à perdre rend plus docile. Sans famille ce sera plus facile de trouver un travail. Tu pourras via skype parler du building de ta nouvelle ville, du permis révocable que tu recevras bientôt, souhaiter bonne nuit à tes enfants au loin. Mieux vaut un papa numérique que pas de papa du tout. Mieux vaut un papa absent qu’un papa qui ne gagne pas.  Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Ne fais pas le malin. Tiens-toi à carreau. Fais-toi tout petit. Ignore tes droits, évite la police, les caméras. Deviens caméléon gris noir gris transparent. Le mimétisme, c’est bien. L’intégration, c’est mieux. A huit dans une cave de dix mètres carrés tu auras toujours chaud. Dans la chambre de bonne chez ta sœur tu vivras un retour en enfance chanceux. Au dortoir de l’usurier, chez le vendeur de sommeil estime-toi satisfait. Tu ne dérangeras pas. Tu n’éternueras pas. Tu t’acquitteras de toutes les sommes sans broncher. Même celles qui te permettraient de vivre au pays une année. Un toit, ça n’a pas de prix, ou alors files à la rue. Jamais triste, jamais malade. Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Une petite croix et ça passe

Le capital est habile. Le mieux est toujours mercantile. Ici, l’amitié se monnaie. A la place de l’affect il y a Western Union la télé et les bières en cannettes. Essaie de changer de registre, de penser autrement. Cela va vite dans ta tête. Fais ici comme chez toi, essuies vite tes pieds à l’entrée. Souviens-toi, tu es l’étranger. Il faudra repartir. On te le rappellera souvent, ne t’inquiète pas. Pour être suisse tu resteras au moins dix ans avec ton permis révocable. L’autorité jugera de ton intégration. Tu endureras l’humiliation. Respecte toutes les règles. Surtout celles que tu ne connais pas. Dans le doute abstiens-toi. Dans l’abstention sois discret. Dans la discrétion : respectable. Affiche une croix suisse. Mets ta casquette rouge et blanche. Soutiens l’équipe de foot. Sois patriote bon sang. Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Tu étais sage-femme tu seras femme de chambre. Tu étais dentiste, tu seras bagagiste. Tu étais cuisinier : commence par mettre la table. Le nettoyage c’est pour toi. Le transport c’est pour toi. Les veilles le soir aussi. Les lourdes charges, c’est un bon entraînement. Si tu te casses le dos, continues le boulot. Pas le choix. Pas de boulot pas de paie. Pas de pain pas de permis. Une paie de misère, estime toi content. Tu respecteras ici dix commandements. 1-Tu seras un migrant malléable. 2- Ne te plaindras jamais. 3- Ne refuseras rien. 4- Ne t’afficheras pas. 5- Diras oui merci oui, merci, merci oui bien entendu. Ja danke. 6-Tu travailleras même blessé même malade. 7- Diras toujours à ta famille : oui ça va, oui ça va . 8- Tu ne te retourneras pas. 9- Poursuivras ton rêve. 10- Tu ne défendras pas tes droits, tu t’intégreras même s’il faut pour cela fusionner disparaître. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye.  

 

Intégration : 4 balles 50

Oeuvrer dans le bâtiment c’est utile. Le stéthoscope, la truelle, c’est du pareil au même. Ton patron gagne 60 fois plus que toi, c’est normal. Il faut bien commencer quelque part. Il était là avant toi. Tu mourras plus jeune. La vie c’est injuste, c’est comme ça. 4 balles 50 de l’heure c’est le prix qu’on te laisse pour une heure de chantier. Ça commence à l’aube à cinq heures. A prendre ou à crever. Le choix est maintenant un concept d’oppression délicat. Le choix : liberté pour les possédants seulement. Suisse-Eldorado c’est l’entrée dans l’usine. La pointeuse à l’entrée ne marche plus pour toi. Ne compte pas tes heures. Le patron note pour toi. Jouer au loto ça tu peux. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye.   

One-way : ça passe ou ça casse

Le retour interdit, migrer c’est toujours aller-simple. Tu n’es pas content, file en France pour voir, en Suède, en Norvège, si tu peux. Tu rêves d’une maison au pays, d’y ouvrir un chantier ? Une petite entreprise à faire fructifier, juste permettre à ta mère de pouvoir se soigner ? Que tes vieux vieillissent mieux, tes enfants aient d’autres chances que toi, puissent avoir des diplômes, vivre tranquilles chez eux ? Le tourisme fait flamber les prix de l’immobilier. C’est à peine si tu peux revenir habiter au village. Avec Easyjet, tu feras un saut au pays, c’est moins cher que rester à Genève. Acheter un coca dans l’avion c’est possible tu le peux. Un jour ça ira mieux, il sera possible de vivre à la maison comme chez soi. Etre ailleurs un simple étranger sans devoir devenir comme les autres. Le capital se fout bien de ta gueule. Le capital suce ta force de travail. L'ego-pop, l'UDC veulent te mettre dehors. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye? L’amitié entre les peuples est un mot plein d’espoir c’est un acte politique par-dessus les frontières. L’amitié entre peuples : solidarité, travailleuses, travailleurs. Le marteau, le clavier et le coeur.

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15/09/2014

Nos voisins sont fantastiques (Lyon)

Un week-end à l'étranger, ça aide à revenir chez soi avec d'autres idées et nourri de nouvelles idées. Un week-end à Lyon, voisine d’à peine 150km, que traverse le même fleuve qu'à Genève, surprend toujours. Pourquoi ces deux villes ne sont-elles pas plus liées ; pourquoi les idées ne circulent pas plus encore et les collaborations ne sont-elles pas plus nombreuses? Raison historiques ? Rivalités marchandes? Peur de l’étranger ou résistance culturelles? Les frontières sont bien présentes dans les têtes encore, les corps. Nos voisins, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud, font des choses fantastiques. Et s'y on s'en inspirait un peu plus?   

677189-des-danseurs-participent-au-10e-defile-de-la-biennale-de-la-danse-considere-comme-la-plus-grande-par.jpgBiennale de la danse

A Lyon s’ouvrait ce week-end la biennale de la danse (du 10 au 30 septembre) [1] La biennale, ce sont  de nombreux projets à destination des amateurs comme des professionnels. Parmi les événements gratuits :des ciné-bals pour danser entre amis, en famille et voisins…  Ce dimanche, c'était l'ouverture de la biennale avec un grand défilé sous le soleil de septembre.  Plus de 300'000 personnes dans les rues pour voir défiler plus de 4'500 danseurs, professionnels, amateurs, de tout âge, horizons. Splendide! Une fête populaire, gratuite, avec rassemblement final sur la place Bellecour colorée, remplie de vie. Impossible de ne pas danser sur place, et même entamer quelques pas avec son voisin. [2]

photo.JPGLes pots de terre résistent

Quelques centaines de mètres plus loin, les potiers de France étaient réunis pour leur foire annuelle géante dans le vieux Lyon.[3] Sur le parvis de l’église Saint-Jean, pots, vases et sculptures exposés dans une diversité et créativité étonnante. Beauté de l’artisanat et de ses 140 producteurs. Et en avant pour dépoussiérer les clichés de ce qu’est un potier: plus punk et cinglé que tout ce que l'on peut imaginer. Un crieur animait la foule, l'invitant à écouter des poètes lire leurs textes sur le thème de la terre ; à déposer leurs propres poèmes, déclarations citoyennes dans une boîte pour les lire ensuite : sous l’égide du « Ministère des rapports humains », fondé dans la rue à son initiative. Rires généraux, applaudissements nourris, avant que ne surgisse une fanfare déglinguée faisant jonction avec les danseurs de la biennale.   

images.jpgL’art public : Rive de Saône

Quand la foule devient trop dense, on s’évade le long de la Saône et du Rhône et s’émerveille des nouveaux aménagements des quais de Saône. D’habiles pontons bordent le fleuve, permettent aux passants de longer l’eau avec des itinéraires ponctués d’interventions artistiques.[4] Treize artistes contemporains  ont construit, au fil de l’eau des interventions faisant écho à l’environnement, à un contexte singulier, à des usages et une histoire liée aux méandres du fleuve. Manière agréable de flâner et de faire de l'exercice à l'air pur. On peut même désormais rejoindre le Rhône depuis la Saône sans avoir à lutter avec les voitures. Comment?    

index.jpgUn tunnel pour vélos et piétons uniquement

Désormais, c'est un long tunnel réservé uniquement aux piétons et cyclistes qui traverse[5] la colline de Croix-Rousse. Inauguré en décembre 2013, c’est alors une "première mondiale" selon la municipalité. Long de près de 2 km ce tunnel est animé de vidéos avec effets sonores. Traverser ce conduit, c’est vivre une expérience esthétique et visuelle forte. A l’heure de l’obésité générale, l’incitatif à se bouger devient vital, et l’expérience artistique une manière stimulante de sortir de chez soi et encore: gratuitement. Lors de l’inauguration, Gérard Collomb, maire de la ville l'affirmait : "C'est une première mondiale et nous serons, comme pour la fête des Lumières, bientôt imités". Le rapport à la ville est ici pensé à la fois d’une manière pratique, mais aussi culturelle, esthétique, pour que le  plaisir de se déplacer et la qualité de vie s’unissent; pour que les habitants soient pleinement pris en compte dans les aménagements urbains, et surtout vivent l’environnement comme une expérience enrichissante, envoûtante, plutôt que contraignante. La beauté et l'expérience esthétique, participative, doivent prendre toujours plus de place dans l'espace public.   

Certes, il n’y en a pas des comme nous, Genève c'est unique. En même temps, quand on découvre ce que nos voisins réalisent, on se dit que c'est peut-être dommage que l'on soit unique à ce point. Et s'il n'y en a pas des comme nous, il nous manque peut-être parfois un peu de l'inspiration des autres. Et l'on serait peut-être bien inspiré d'aller voir ailleurs si l'on ne s'y trouve pas, quelque part, en devenir.

Prochaine visite: Lausanne ou Fribourg, j'hésite encore.  

Nos voisins sont fantastiques.



[1] http://www.labiennaledelyon.com/fr/danse/

[2] http://www.liberation.fr/societe/2014/09/14/lyon-fete-le-10e-defile-de-sa-biennale-de-la-danse_1100510

[3]http://www.monweekendalyon.com/evenements/foires-salons/les-tupiniers-du-vieux-lyon#.VBbczRAQVI0

[4] http://www.lesrivesdesaone.com/le-projet/lart-public/

[5] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20131205.AFP4350/a-lyon-ouverture-d-un-tunnel-pour-pietons-velos-et-bus-une-premiere-mondiale.html

14:15 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, tourisme, espace public, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/08/2014

J'aime le foot, Nabila ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.

Monsieur Jean-Noël Cuénod, écrivain, journaliste libre, rédacteur en chef de la Cité, dans son dernier blog titré " Persécutions des chrétiens d'Irak, où sont les manifestants?" (http://jncuenod.blog.tdg.ch) fait le reproche à ceux qui manifestent contre le carnage actuel à Gaza de ne pas descendre dans la rue pour les chrétiens d'Irak et les yézédis, soumis au feu de l'armée de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il écrit notamment : " Le sang des chrétiens serait-il moins pur que celui des islamistes?" Faisant cela, il se trompe de cible. Ce n'est pas, à Gaza, le sang des islamistes qui coule, mais celui des femme et des enfants, d'un peuple tout entier. C'est un sang humain, point. Et c'est le sang quotidiennement versé, fruit du travail de la colonisation israélienne menée avec l'appui des USA et le silence des européens qui est dénoncé par celles et ceux qui lèvent le poing. Il faut avoir marché un peu avec eux pour apprécier la diversité, les multiples origines, générations qui y sont représentées. Citoyen-ne-s pour qui l'injustice, la violence, le meurtre sont inacceptables, dans un mouvement qui n'est pas de solidarité confessionnelle.   

Le sang n'a pas d'autre couleur que rouge

Cuénod passe du procès d'intention à l'injonction de manifester lorsqu'il écrit : "l'actuel silence des musulmans d'Europe n'est pas supportable". Il commet là une double erreur. Premièrement, en rendant les "musulmans d'Europe" (comme si un tel groupe existait), responsable ou garant ce qui se déroule actuellement en Irak. Deuxièmement, en laissant penser, par la négative, que les non-musulmans seraient, eux, en droit de se taire. Comme si l'empathie et l'indignation étaient clanique ou tribal. Comme si c'était pour ceux de "son camp" que l'on devait s'engager et n'avait de légitimité et donc de responsabilité que sur ceux-ci.

Cet ahurissant glissement, fruit de l'amalgame entre la situation à Gaza et en Irak est dangereux, car il renforce l'attrait pour une lecture communautariste des conflits. Si la puissance des manifestations pour Gaza est profonde aujourd'hui, c'est justement parce qu'elles les ont depassées. Ce conflit est emblématique d'une lutte d'émancipation et de résistance contre une colonisation qui se poursuit depuis plus de 60 ans. Ce samedi encore, à l'appel des palestiniens de Gaza, 200'000 personnes sont descendues dans les rues en Afrique du Sud, 150'000 à Londres, des dizaines de milliers à Berlin, Paris, etc.,). Nul ne manifeste pour le plaisir de manifester, mais parce qu'il y a des objectifs et des interlocuteurs à qui adresser des revendications. Changement de paradigme en Europe = changement de politiques = changement de situation sur le terrain.     

L'abjecte comparaison des massacres

La dimension qui réunit ces deux massacres, c'est leur caractère commun d'assassinats contre des civils innocents. Mais Cuénod, en en faisant une question communautaire avant tout, gomme cela précisément. Il y a quelque chose d'écoeurant dans cette mise en rivalité des massacres. Comme si l'on devait peser sur une balance d'épicier le poids d'une boucherie et celui d'une autre, et que les niveaux soient parfaitement ajustés

Bien entendu qu'il faut s'engager contre les violences terrifiantes commises contre les chrétiens et les yézédis d'Irak, pousser à une intervention afin qu'elles cessent. Mais à qui adresser ces messages ? Aux responsables actuels de la montée en puissance de l'EIIL? Aux USA, qui ont fait éclater la chaudière Irakienne en attisant tous les communautarismes? Aux USA encore, qui ont armé l'EIIL pour contenir Al Qaida, comme le révèle le livre des mémoires d'Hillary Clinton ? A Israël, qui a nourri le Hamas à la petite cuillère afin d'affaiblir l'OLP de Yasser Arafat, et qui à tout intérêt a ce qu'Islam rime avec islamisme et islamisme radical avec barbarie? Ce serait donc vers eux qu'il faudrait se tourner pour "agir"? Vers l'ONU? Merci Monsieur Cuénod de nous aider à avancer sur la compréhension de ces conflits, sur les responsables de la barbarie actuelle en Irak; qui doit intervenir et comment. 

EIIL, Gaza meme combat?

Mais minute, l'occident demeurerait immobile sur Gaza et se lancerait pour protéger les chrétiens et les yézédis d'Irak? Bien. Mais comment justifier l'inaction d'une part et l'interventionnisme de l'autre? Les forces internationales toléreraient le massacre de plus de 1200 civils à Gaza sans bouger, et frapperaient en Irak lorsque des chrétiens et des yézédis sont menacés (alors que depuis des mois déjà des humains se font massacrer par l'EIIL sans provoquer plus d'émotion que cela de la part des Messieurs Cuénod et avatars en tous genre appelant maintenant à des réactions)

Alors oui, ce serait encore de deux poids deux mesures dont il s'agirait. Et cela contribuerait d'autant a faire le lit des extrémismes. Logiques perverses. Tant qu'un soutien indéfectible sera apporté à Israël, tout autre intervention au Moyen-Orient ne pourra être lue que comme une opération impérialiste, la prolongation de politiques tordues pour maintenir ou déstabiliser des équilibres politiques en raison d'intérêts particuliers. Tant que le sang humain ne sera évalué qu'en fonction d'une appartenance ethnique ou religieuse, "mes morts, tes morts", l'ONU et toute instance internationale seront aussi faibles qu'elle ne le sont aujourd'hui.

Manifester un jour, manifester toujours?

La tendance actuelle n'est pas que les gens manifestent uniquement pour telle ou telle cause et pas toutes les autres (et même si c'etait le cas, et alors?), c'est qu'ils s'arrêtent de manifester pour les causes qui leur sont, déjà exemplaires, puis ne s'indignent plus pour quoi que ce soit.

La morale des voix qui cherchent à limiter l'élan à manifester en disant : si tu manifestes une fois, tu  manifesteras pour toujours, ou alors resteras chez toi; ces voix qui répètent : si tu sors une fois pour un combat, tu sortiras pour tous les autres: pour le massacre des chrétiens d'Irak, la faim dans le monde, l'intervention de la Russie, en Ukraine, la chasse aux phoques et Dieu sait quoi, ces voix proviennent d'outre-tombe et servent, in fine, au confort de la résignation.  

Moi, je dirai plutôt : A toi qui n'a pas bougé en solidarité avec Gaza, n'est-ce pas à ton tour d'agir, écrire, afin que l'indignation, la révolte, ne reposent pas sur ceux qui ont manifesté mais aussi sur ceux qui oublient parfois de le faire? Il est vrai que lorsque l'on ne manifeste pour rien, que l'on ne prend plus position, ne descend plus dans la rue, on n'a plus de problème. On ne sera sommé par aucun plouc d'avoir à se justifier de s'être mobilisé sur quoi que ce soit, vu qu'on aura abdiqué sur tout.

Sans honte, sans vergogne on pourra dire alors : je suis toujours resté chez moi, n'ai pris parti à rien, rien risqué. Comprenez-moi bien, c'était tout ou rien, et dans le doute il était préférable de m'abstenir. Et ainsi dire tranquillement, conscience en paix : Gaza, EIILL, même combat, je ne suis pas antisémite pour sûr, ni islamophobe, c'est clair, j'aime ma patrie et mon clan, mais mon horizon s'arrête à ma ville (et encore), à ma famille déjà; ces combats ne me regardent pas.

J'aime le foot, Nabila, ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.


 

 

 




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09/08/2014

Pour Israël, la négociation est l'ennemi à abattre

Michel Warschawski, fils d'un grand rabbin de Strabourg et du Bas-Rhin, est né en 1949 à Strasbourg. Journaliste et militant pacifiste d'extrême gauche, il est l'ancien président de la ligue communiste révolutionnaire marxiste israélienne. Condamné à vingt mois de prison en 1989 pour "prestations de services à des organisations illégales". Il a été chroniqueur pour Siné hebdo, collabore avec le Monde Diplomatique, le Courrier. Conférencier reconnu, il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russel sur la Palestine.

Pourquoi cette guerre à Gaza actuellement ?

Il faut dire tout d'abord que Gaza est secondaire. Pourquoi la guerre, point. A mon avis, pour repousser le plus longtemps possible toute velléité internationale de tendre à l'ouverture de négociations. L'ennemi stratégique du gouvernement israélien, c'est la négociation. Ce gouvernement ne veut pas négocier. Certes, dans l'air du temps, il y a comme une volonté américaine, européenne de pousser israël à négocier. Il leur faut donc faire contre-feu afin que les négociations ne soient pas mises à l'ordre du jour. Il était clair qu'en attaquant Gaza les négociations, allaient être rendues impossibles. C'était l'objectif stratégique le plus important.

Dans le même état d'esprit, la cible n'est pas le Hamas, c'est Mahmoud Abbas. Mahmoud Abbas est celui que la communauté internationale présente comme prêt à discuter ; celui dont tout le monde dit à Israël: c'est avec lui que vous devez parler. En attaquant Gaza, ce gouvernement met Mahmoud Abbas dans une situation impossible. Soit il se solidarise avec Gaza et donc avec le Hamas et renforce par là le discours de Netanyahou diabolisant et le Hamas et Abbas. Soit il se désolidarise, et perd alors toute légitimité palestinienne. Pour israël, cela semble donc être une win-win situation. Sauf que cela ne se passe pas tout à fait comme cela. Car Mahmoud Abbas est poussé par les américains à jouer le rôle d'intermédiaire. Le président de la Palestine se trouve ainsi à jouer le rôle des Nations Unies alors que c'est son peuple qui est attaqué. Mahmoud Abbas reste au coeur de l'action diplomatique. Ils n'ont pas réussi à le neutraliser, mais sa position est fragile. 

Que répondez-vous aux arguments des gens qui disent: pourquoi manifester autant sur ce conflit? On ne vous entend pas autant sur la Syrie ou au sujet de Boko Haram ?

D'abord, c'est une remarque fallacieuse. Car ce sont les mêmes qui se mobilisent pour la Syrie, l'Afrique, toujours les mêmes. Qu'ils arrêtent donc de toujours nous coller : vous êtes uniquement engagés sur la Palestine et Israël, c'est faux, point. Ceci dit, il y a évidemment une intensité plus forte concernant ce conflit, pour des raisons historiques que j'expliquerai plus loin.

Le pouvoir français, les éditorialistes couvrant ce conflit disent vouloir éviter "l'importation du conflit". C'est un mot que je ne comprends pas. Lorsqu'il y a eu un immense mouvement de solidarité avec le Viêt-Nam, importait-on le conflit du Viêt-Nam? Non. On identifiait une grande injustice et un grand combat: c'était le Viêt-nam! Et tout le monde ou presque était viêt-namien. Il en est de même aujourd'hui avec la Palestine, qui est un conflit emblématique. Il se trouve sur la ligne de front du soi-disant choc des civilisations. C'est donc tout à fait compréhensible qu'il y ait cette mobilisation. Si l'on veut vraiment parler du risque d'importation du conflit, il faudrait alors désigner les institutions juives, soi disant représentatives des juifs de France, de Suisse, d'Allemagne, qui deviennent de fait des ambassades d'Israël, des bureaux de propagande de la politique israélienne. Eux, oui, ils "importent" le conflit en disant: "Nous, les juifs de France n'avons rien à dire contre le massacre de Gaza". C'est grave. Heureusement, ils parlent pour eux, pour une petite minorité des communautés juives, et ce n'est pas vrai pour les autres. Mais en disant, pour résumer: les juifs de France, c'est Tsahal, beaucoup d'autres français, et en particulier d'origine musulmane répondent: eh bien si les juifs de France c'est Tsahal, les musulmans de France c'est le hamas. A ce moment là, on fait d'un conflit politique étranger, une lutte de communauté en France. Mais a mon avis, 100% de cette responsabilité retombe en France sur le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et ailleurs, sur des organisations équivalentes.

Vous dites ligne de front, combat emblématique, mais de quoi? En quoi finalement, ce conflit concerne-t-il l'Europe plus qu'un autre? En quoi serait-il lié à l'histoire de l'Europe?

C'est en fait doublement la responsabilité européenne. L'Europe, puis la communauté internationale, a crée ce conflit. Elle a décidé de résoudre le problème des rescapés de la seconde guerre mondiale et du génocide des juifs d'Europe en disant: vous savez quoi, on vous donne un état, prenez les clés, vingt francs, vous aurez une soutien politique, militaire, etc., acceptant en cela de faire payer les arabes de Palestine pour un crime dans lequel ils n'avaient rien à faire. C'était donc se dédouaner d'une manière abjecte, sur le dos des autres, de la responsabilité européenne du génocide. Le sionisme a pu se présenter pour l'Europe comme une solution face au problème posé en 1945: que faire des survivant-e-s? Mais c'est un problème européen, pas musulman, pas arabe et en tout cas pas palestinien. L'Europe, par le problème qu'elle a crée et la solution qu'elle a proposé, en est venue à faire payer doublement les palestiniens.

L'opinion publique est indignée, mais se sent globalement impuissante. Les gens écrivent, se mobilisent, manifestent, mais pour quels résultats? Quels sont les moyens d'actions concrets pour ceux qui veulent agir afin de mettre fin à ce conflit?

Le moyen d'agir existe, il va aller en se renforçant et il sera de plus en plus efficace. C'est le BDS (Boycott désinvestissement et sanctions contre israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation israélienne) qui est une campagne politique construite, réfléchie, visant a faire pression sur israël. Une pression qui dénonce, mais aussi traduit dans des actes qu'Israël, par son comportement, se met hors-la-loi et doit être traité comme tel. BDS est un grand pas en avant. BDS est en terme d'action globale un formidable levier à exercer sur israël. 

Le BDS dispose d'une grande légitimité aussi. Lancé par des ONG palestiniennes en juillet 2005, avec un fort soutien populaire, on ne peut accuser ce mouvement d'être une émanation néo-coloniale.

En effet. C'est un mouvement qui s'appuie sur l'exemple de l'Afrique du Sud, de l'Espagne de Franco, la Grèce des colonels. Je passe mon temps en Europe à contrer les arguments de ceux qui disent: quoi, vous voulez boycotter? Je me souviens, que tout petit, on ne touchait pas aux oranges outspan, on n'allait pas en vacances en Espagne. Cela faisait partie d'une culture progressiste, de boycotter d'une façon générale et pousser à des actions contre des états qui ne respectaient pas le droit.

Cela n'est-il pas une attaque contre les citoyen-ne-s d'israël?

Non. Pour que la politique gouvernementale change, il faut qu'il y ait une pression et un mouvement pacifiste qui émerge. Et cela, c'est toujours le résultat d'un prix à payer. Par exemple, pour cette population, que son économie paie le prix de la colonisation. En ce moment, en israël, le tourisme est en berne, pour cause de guerre. Les acteurs de la branche commencent à hausser le ton. On peut donc toucher la population israélienne par l'économie. La population israélienne est comme n'importe quel peuple, peut-être même plus. Elle est extrêmement sensible à l'image que l'on donne d'elle. Personne aime ne pas être aimé. Personne aime être mis au ban, boycotté. Personne n'aime ça, ni un individu ni une société. Israël n'est pas si différent des autres pays, même si, ici, on roule des mécaniques, en disant: on s'en fout, qu'ils ne viennent pas! Mais ce n'est pas vrai. A long terme, on est ici comme ailleurs extrêmement sensible à l'idée que les autres se font de soi. Le discours "ce sont tous des antisémites" existe c'est vrai, mais il est défensif, et ne contredit pas le désir, pour israël et les israéliens, d'être reconnus et accueillis. Le fait d'être estampillé infréquentable ne plaît pas, ni dans le business ni dans l'art. Personne n'aime voyager et être confronté dans le monde par des gens qui, en gros, leur disent: cela n'est pas correct.

Un sondage dit que 80% des israéliens soutiennent l'intervention à Gaza. quel regard as-tu sur cette société qui a glissé vers la droite et semble suivre aveuglément Netanhyaou et Lieberman?

Il n'y a pas l'ombre d'un doute, les hommes politiques, le gouvernement, en israël, ont clairement glissé à droite. Et pourtant, je pense que la société israélienne et divisée sur le fond en deux moitiés. Une grande moitié et une petite moitié. Un peu moins de 50% soutient la politique de la droite, vote pour ces partis. Et l'autre moitié n'aime pas les colons, s'en moque du grand Israël, aimerait bien une solution de compromis. Et puis, il y a quand même au milieu, une petite frange qui s'abstient ou vote pour des partis du centre.

La grande assymétrie entre ces deux grands pans de la société, c'est que la droite est au pouvoir. La droite agit, dans une urgence permanente, alors que les modérés, vus qu'ils ne paient pas le prix de la colonisation (avant Gaza), sont insouciants. La situation est calme, rien ne menace Israël. Il y a la sécurité individuelle, plus de bombes. Israël est une société performante, son économie tourne. Pourquoi changer? Face à cela, la droite avance. Ce n'est pas l'absence d'une opposition potentielle, mais son anomie qui pose problème. A la manifestation de Tel Aviv du 2 août, la majorité des gens qui étaient là-bas étaient pour la plupart des tel-aviviens typiques, totalement dé-idéologisés, plongés dans la consommation. C'était, je dirai presque, les bobos de Tel Aviv. Ils se sont mobilisés pour Gaza. Oh, pour certains ils avaient même une petite larme dans le coeur. Ils avaient vu des photos, même si, ici, il faut les chercher. Mais pourquoi manifestaient-ils, alors qu'ils le font si rarement? Parcequ'ils ont surtout peur pour leur Israël, leur Tel Aviv détendu, non-idéologique, plutôt à gauche qu'à droite, qui est sévèrement menacé. Ils voient desormais émerger un pays de tueurs ou Netanyahou devient presque le centre! Avec comme détonateur, l'assassinat de Mohammad Abou Khdeir, brûlé vif par trois citoyens. Le gouvernement a eu beau dire : ce sont trois illuminés, pas du tout. Ils sont dans la continuité d'une politique. Ce sont des gens qui viennent de bonne famille de droite, de famille respectée. Ils sont l'expression d'une partie d'Israël qui s'intègre dans un discours raciste, vote de lois racistes. On n'aurait jamais imaginé cela, il y a 15 ans. Certains se réveillent maintenant en se disant: cela n'est pas notre israël !

15 ans ce n'est pas en un jour, mais c'est un rythme extrêmement rapide.

Oui, c'est très rapide. Le tournant date de 2000. C'est la reconquête, la fin du mouvement de la paix. Ce sont les positions et les discours de Ehud Barak qui détruisent la paix. Les gens n'y croient plus. Ce qui veut dire que la moitié non de droite sort démobilisée, déboussolée de ces années, et offre un monopole idéologique à la droite. En 2013, Yahir Lapid a reçu 19 mandats, 10% des votes, alors qu'il est un peu comme Pepe Grillo en italie "ni de droite ni de gauche, ni pour ni contre, ni ni". Il a une belle gueule et prétend tout changer. Il était star de télé, n'a jamais pris position politiquement avant de se présenter aux elections et recevoir le vote de Tel Aviv. Il est clairement de centre droit. avec une idéologie de droite raciste, fortement positionnée contre les pauvres. Son programme? "Nous, à Tel Aviv, on ne veut pas payer pour les va-nu-pieds". Mais ce qui est intéressant, c'est de voir la jeunesse, ceux qui ont 30 ans, fatigués de la vieille politique, ne voter pour rien ou pour quelque chose qui ne veut rien dire, qui n'est engagé à rien, et qui demeure donc libre de faire ce qu'il veut. La manifestation de Tel Aviv était la prise de consience de la classe moyenne de Tel Aviv que leur israël est soumis au risque de disparaître. J'étais dans un des cafés branché de la ville et leur discours était: on va partir. Ce pays commence à sentir mauvais, on ne s'y reconnaît plus. Lieberman, Netanhyaou, les colons, ce ne sont pas nous. Certes, ils ne partiront pas. Mais cela leur permet de ne pas assumer, ne pas lutter. Ils sont résignés dans cette condition de dire: on ne veut pas cela, mais sont incapables à ce jour de proposer autre chose.

 

Que pensez-vous des discours désignant le Hamas comme mouvement terroriste?

Le Hamas est, à mes yeux, avant tout un mouvement de résistance. Je me positionne par rapport au Hamas d'abord et avant tout comme un mouvement de résistance. La charte du Hamas ne m'a jamais dérangé, parce que le charte de l'OLP était exactement pareille avant que l'OLP n'en change. Une charte, c'est un bout de papier. La charte du Likoud, c'est le grand Israël jusqu'en Syrie. Or, plus personne n'en parle aujourd'hui. C'est vieux, et on ne se débarrasse du vieux qu'en échange d'autre chose. Arafat a rendu la charte de l'OLP caduque en affirmant: on veut bien supprimer cette charte, mais que donnez-vous en échange? Il est de notoriété publique, le hamas l'a dit et répété, que si israël se retire des territoires occupés, sur les frontières de 1967, il est prêt à une houdna (trêve) de durée illimitée. C'est exactement ce passage de la posture du: "on va tout détruire",  à: "on peut parler et négocier" qu'avait fait l'OLP. "Ne nous demandez pas le reconnaissance, c'est hors de question, mais on peut accepter l'existence de fait". Le Hamas a dit qu'il ne saboterait pas les discussions avec israël, ne s'opposerait pas aux tentatives du président Mahmoud Abbas, mais a prédit leur échec. Le Hamas est une organisation assez frustre, enracinée dans la paysannerie (en Cisjordanie surtout). D'origine villageoise, avec une capacité de résistance incroyable.

Cette capacité de resistance du hamas justement, vous a-t-elle surprise?

Il n'y a  pas une guerre de laquelle israël ne s'en tire pas avec la gueule de bois et frappé de stupeur par la force de la réaction. Surprise ! Comme si on ne savait pas. Au Liban on ne savait pas, à la guerre du Kipour pareillement. La première intifada surprise, la deuxième : surprise encore. J'ai écrit récemment un texte où je réclamais le remboursement de mes impôts payés indument pour des services de renseignements à la noix, considérés pourtant comme les meilleurs du monde mais toujours surpris. Ils ne savaient pas que le hamas avait des missiles d'une aussi grande portée, et pourtant, rien d'étonnant. Quand tu enfermes quelqu'un, que fait-il ? Il essaie de sortir: par en haut, par en bas. En haut, c'est les missiles, en bas, les tunnels. Je l'ai appris, moi, dans le ghetto de Varsovie. On a des exemples historiques de comment réagissent des peuples en état de siège. Il y a ce besoin de sortir coûte que coûte. Tu creuses tu creuses, tu envoies ce que tu peux de l'autre côté. Cela, pour un peuple assiégé, c'est déjà en soi une victoire. Israël se fait toujours surprendre par l'état de préparation de l'ennemi. Personne n'aurait pu croire qu'israël n'arriverait pas à nettoyer Gaza. Pourtant, c'est un match nul. Et un match nul entre l'équipe d'Algérie et l'Allemagne, c'est comme une victoire pour l'équipe d'Algérie. Ce qui aurait permis au Hamas de ramasser la mise c'est si l'Egypte était restée neutre. Or, le Hamas doit se battre à la fois contre israël et contre l'égypte. Personne n'aurait imaginé que la junte militaire égyptienne irait aussi loin dans sa collaboration avec Israël pour casser la résistance du hamas. Je pense que, sans l'Egypte collaborationniste, le hamas aurait pu gagner. Or, là, israël va pouvoir se retirer unilatéralement, sans allégement du siège. Il y aura un retrait, mais un maintien du blocus sur un champ de ruine. 

Pourquoi le hezbollah ne bouge-t-il pas, pourquoi le Cisjordanie ne se soulève pas? Comment cela se fait-il qu'il n'y ait pas de deuxième, de troisième front ?

Il se peut que cela arrive. Jérusalem, par exemple, vit des micros soulèvement et des accrochages tous les jours. Mais il manque une direction politique, quelqu'un qui dise: on y va. Une instance qui coordonne, donne le rythme, et pas uniquement une bande de jeunes, liés au Fatah ou à autre chose, qui vont à la confrontation, se font frapper et tuer d'une manière désordonnée. Là encore, Mahmoud Abbas a une très grande responsabilité. Là encore, il ne joue pas son jeu de représentant des palestiniens, mais plutôt celui de l'ONU. Il est l'ONU. Mais ce n'est pas juste, il est élu pour être le président des palestiniens en lutte et pour mener cette lutte à terme. 


Jérusalem, août 2014.

Cet entretien est paru dans le journal le Courrier du jeudi 7 août avec un complément de notes et une mise en situation redactionnelle.

http://www.lecourrier.ch/122913/pour_israel_l_ennemi_c_est_la_negociation?utm_content=buffera321f&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/08/2014

Lettre aux amis d'Israël

Chers amis, amies d'Israël,

J'ai entendu, depuis quatre semaines, vos arguments en faveur du droit à se défendre d'israël et la diabolisation constante du Hamas; le rappel permanent à sa fameuse charte pour justifier une guerre qui n'a de défensive que le nom.

Un chauffeur de taxi me montre la photo de sa soeur assassinée a Gaza. Elle vivait à 100km d'ici. Il lui parlait de temps en temps au téléphone. Depuis 8 ans, il ne pouvait plus aller la voir. Elle était bouclée dedans. Il me montre ses enfants et dit qu'il a peur pour eux, qu'il ne parvienne pas à les protéger; que les bombes tombent un jour à Ramallah, Naplouse, ou qu'ils soient repoussés toujours plus loin, tués. Les nouvelles colonies qu'il désigne sur les collines donnent à sa peur tout son poids.

Amis d'Israël, je vous le demande, sur qui repose le poids quotidien de la terreur ? Et comment peut-on justifier que des enfants qui vivent a 50 km de la mer ne la verront jamais et demeurent scotchés dans un état de sous-développement chronique, "pour raisons de sécurité" bien sûr. Cela, il faudrait le demander aux soldats du checkpoint qui rient en se montrant des films pornographiques sur leurs téléphones portables et demandent six fois la même question stérile, bloquant le portail de la bétaillère qui sert de tri pour se désennuyer un peu. Amis d'Israël, quand irez-vous faire le pélerinage quotidien du bétail humain au checkpoint de Bethleem ou Qalandyia? Partager le zaatar, le pain et l'huile d'olive avec ceux qui sont des hommes et des femmes comme vous, à Jéricho ou Hébron?   

J'ai été estomaqué, amis d'Israël, par votre support inconditionnel au gouvernement de Netanyahou. Que la charte du Likoud prévoie la réalisation du grand Israël sur tout le territoire palestinien ne vous a jamais semblé problématique. Que cette guerre soit la poursuite d'une volonté d'éradication et de domination d'un peuple entier, accélérée vertigineusement depuis 2001, n'a soulevé aucunes critiques de votre part, ni d'appels pour vous distancer un tant soit peu du gouvernement actuel.

Tuer les mères

Quand Mordechai Kedar professeur à la Bar Ilan Université a publiquement suggéré de violer les mères et sœurs des 'terroristes', j'ai attendu votre condamnation. Elle n'est pas venue. Je ne vous ai pas entendu commenter les dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux appelant à tuer les mamans des "terroristes" parce que tuer leurs enfants ne suffisait pas. Pendant que Ayelet Shaked, membre du parlement israélien, parti maison juive, appelait l'armée d'Israël à détruire les maisons des 'terroristes', à  assassiner leurs mères pour que ne naissent plus de petits serpents, j'ai pris note de votre silence.

Alors que les chants appelant à 'tuer les arabes' tonnaient sur les réseaux sociaux, j'ai espéré de votre part plus de pondération et de distance vis à vis du gouvernement qui les inspirait. A la guerre comme à la guerre me répondrez-vous peut être. Oui, je vous comprends. Mais à trop se ranger derrière ceux qui violent le droit et bombardent 1.8 millions de personnes (et qui, pour rappel, sont 80% de réfugiés déplacés), bouclés depuis 8 ans sur un territoire manquant de tout, vous risquez de devenir comme eux : déshumanisés, au nom d'une logique grégaire d'état. 

Gaza future Ibiza?

Les interventions sur Gaza se succèdent à intervalles réguliers. 2002, 2008, 2012, 2014, avec un blocus aérien maritime et terrestre constant. Certains, en Israël appellent à faire de Gaza une future Ibiza. Moshe Feiglin, vice-président de la Knesset, veut en faire une ville israélienne florissante. Qui sait, une fois débarrassés des arabes, peut-être que l'on pourra y danser comme l'on danse aujourd'hui à Tel Aviv et qu'il n'y aura même plus le sifflement des roquettes pour rappeler qu'un peuple vivait ici auparavant et prétendait -scandale, terrorisme- à avoir le droit d'y vivre en paix, danser et chanter aussi. L'aéroport fermé de Gaza pourrait même alors réouvrir, accueillir des vols easy jet bon marché. Et il y aura, qui sait, sûrement de bonnes opérations immobilières à réaliser.

Je vous ai beaucoup entendu démontrer l'ignominie du Hamas, justifier une guerre "propre", "défensive", "préventive" et vous cacher derrière des barbus pour prétendre a l'innocence des frappes d'Israël. Pour ma part, quand j'entends Netanhyaou s'exprimer avec le vocabulaire des: 'terroristes', 'tunnels de la mort', 'attaques de terreur' je n'arrive pas à le croire. Comme il m'était devenu impossible de croire à Georges Bush et sa rhétorique guerrière pour légitimer ses violations du droit international.

Hamas, Israël même combat?

Si le destin d'Israël est de faire pire ou de se mesurer à l'ignominie pour s'y aligner et l'amplifier, c'est une triste compétition qui est engagée, et je ne me risquerai pas à juger qui du Hamas ou d'Israël en remportera le ponpon. Mais ce que je sais, au vu des récentes opérations d'assassinats ciblées d'enfants, de femmes, de civils, et l'incapacité d'en assumer la responsabilité, qu'Israël a surpassé le Hamas dans le mensonge, en demeurant loin des standards qu'il prétend respecter et imposer. Cela est-il suffisant pour nommer Israël un état terroriste? Non? Que manque-t-il alors? Le rappel des assassinats ciblés, des listes d'homme à abattre ou des 7000 prisonniers palestiniens parmi lesquels des parlementaires, des élus et des enfants, détenus?

J'aurai voulu vous entendre faire une distinction entre votre amour pour Israël et la politique de son gouvernement. J'aurai rêvé moins d'hypocrisie et l'abandon du double discours qui déplore les victimes humaines tout en soutenant la politique qui les crée. J'aurai attendu, démocrates, que vous puissiez regarder en face ce gouvernement et que celui-ci arrête d'en désigner d'autres pour se cacher derrière. 

Israël prétend avoir gagné cette bataille. Elle est selon moi de celle qui lui feront perdre la guerre. Ce gouvernement d'Israël, bébé européen, est maintenant un enfant tyrannique. A qui la faute? Et qui assumera d'autorité de lui rappeler les conduites à adopter envers ses semblables?

Des droits, pas un téléthon

Pour conclure, amis d'Israël, est-il possible de casser le cycle de la violence maintenant? Non. Il est pourtant en notre pouvoir de ne pas l'alimenter. La paix est-elle possible? Jamais sans justice. Pour l'obtenir, il faudra clairement casser les cycles de complaisances, d'indifférences, signes de complicités. Il faudra aussi casser les cycles de charités -payer pour oublier- et le versement de chèques pour reconstruire les immeubles rasés avant une nouvelle guerre pour verser encore l'obole nécessaire à la poursuite du génocide a feu doux. A quoi bon la charité pour maintenir dans une vie diminuée 1.8 millions de personnes dans une prison de 365 kilomètres carrés (sur lequel chaque METRE carré vient de recevoir 5 kg de bombes) et 2,5 millions de personnes en Cisjordanie sans perspective d'avenir autre que de se faire bouffer la laine sur le dos? Pour ma part, je refuse la complaisance et je renonce à la charité. La Palestine a besoin d'obtenir des droits et qu'ils soient respectés, pas de bénéficier d'un téléthon international ou de larmes de crocodiles. 

Amis d'Israël, tenants d'une nécessaire solution négociée, vous devez faire le pas de coté, refuser d'être pris en otage de la logique de colonisation, de domination, et de conquête constante de nouvelles terres qui met en danger l'existence d'Israël par le souffle d'impuissance et de violence qu'elle soulève.

Vous me direz peut-être que je rêve. Non. J'ai les yeux bien ouverts, et refuse que le cauchemar me berce au son de la petite musique de Netanhyahou et son armée de tueurs.

Vous pouvez toujours prétendre que vous dormiez, qu'il faut regarder ailleurs. Mais faisant cela, amis d'Israël, vous faites, convenez-en ou non, un grand tort à ce pays. Et surtout, ne venez pas prétendre demain que vous ne saviez pas. Et si vous saviez, expliquez aujourd'hui, maintenant, au nom de quoi vous n'avez rien fait, n'avez rien dit, et implicitement ou explicitement, encouragé ce gouvernement criminel agissant au nom de de votre amitié.     


12:35 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, israel, palestine, blocus. | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/07/2014

La trêve d’israël est un abus de langage

Clausewitz écrivait : La guerre est une poursuite de l'activité politique par d'autres moyens. Pour israël : la diplomatie est la poursuite de la guerre par d'autres moyens.

La trêve d’Israël est un abus de langage


Après 18 jours de combats qui ont fait 1'049 morts et 6'032 blessés depuis le 8 juillet dont une écrasante majorité de civils et au moins 192 enfants, Israël a annoncé vendredi soir un trêve humanitaire dans la bande de Gaza, de 8h00 à 20h00  le samedi 26 juillet  aux conditions suivantes : 

1) Les civils de Gaza à qui il a été demandé d'évacuer leur logement doivent s'abstenir d'y retourner.

2) israël ripostera si les dénommés terroristes tentent d'exploiter cette période pour attaquer des soldats ou tirer sur des civils israéliens.

3) Pendant cette trêve, les activités opérationnelles pour localiser et neutraliser les tunnels de la bande de Gaza vont se poursuivre !

La trêve d’israël n’est pas un cessez-le-feu. La trêve d’israël est un abus de langage et nous devons l’entendre pour ce qu’elle est: une poursuite de la guerre. Elle signifie véritablement : Nous pouvons  continuer de vous tirer dessus mais vous ne le pouvez pas. Nous pouvons continuer de détruire vos infrastructures, vous ne riposterez pas. Nous pouvons empêcher les ambulances de passer, passer à perte et profit le sang des enfants sur les plages, dans les caves, et dans les écoles écroulées. Nous pouvons tirer sur des bâtiments de l'ONU, tuer ses employés, les réduire en purée, sans conséquences. Vous ne réagirez pas. Nous pouvons continuer de décrédibiliser le CICR, leur faisant évacuer des quartiers pour bombarder ensuite les civils exposés. Nous pouvons tuer des employés du croissant rouge, des bibliothécaires, des fleuristes, des cafetiers. Et quand nous penserons avoir suffisamment tués pour en imposer, nous imposerons encore une trêve. 

Soyons sérieux. La trêve d’israël n’est pas un cessez-le-feu. La trêve d’israël n’est pas un acte humanitaire. C’est une manœuvre diplomatique pour réduire la résistance Palestinienne au silence en tuant des civils tout en légitimant sa conduite derrière un sordide voile humanitaire. israël ne sait plus comment freiner la mécanique de mort qu'elle pensait dominer. Plusieurs milliers d'israéliens manifestent à Tel Aviv pour la fin de la guerre. israël est en train de perdre la bataille de la justification et de la communication; plus personne ne peut croire à sa rhétorique défensive quand elle tue plus de 1'000 civils.   

Négocier la fin de la guerre pas imposer la trêve

La trêve d’israël est un abus de langage. La trêve d’israël est faite de papier mâché. Elle ne la dégage en rien de l’écrasante responsabilité quant aux corps que l’on dégage des décombres. Elle ne la dégage en rien de la situation de colonisation, véritable source du conflit. Elle ne la dégage en rien de sa lâcheté de se dissimuler derrière le Hamas prétexte malléable pour poursuivre à cibler et détruire des civils. Elle ne la dégage en rien de ses responsabilités d'état signataire des conventions de Genève. Il faudra bien à un moment qu'israël vienne s'assoir à la table des négociations pour discuter la fin de la guerre, pas l'imposition de trêves. Il faudra bien qu'à un moment israël comprenne qu'il ne peut sortir de l'ornière sans négocier avec le Hamas et le Fatah réunis à nouveau ; qu'il ne peut imposer sa force uniquement. Il devra y mettre son intelligence et son désir de paix et entamer un véritable dialogue sous l'égide de l'ONU.   

Je souhaite partager ci-dessous un texte qui est un appel de la société civile de Gaza porté par 91 personnalités publiques.  Il a été traduit en français à Genève par des militant-e-s de BDS (Boycott Désinvestissement Sanction contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation en Palestine).  


Dimanche matin, au prétexte de roquettes envoyées en direction de son territoire, Israël annonce la reprise des frappes sur Gaza.  

Pas de cessez-le-feu sans justice pour Gaza

Déclaration de 91 personnalités publiques de la société civile de Gaza (publiée dans The Electronic Intifada, Bande de Gaza, 22 juillet 2014).

En nos qualités d’universitaires, de personnalités publiques et de militants, témoins du génocide planifié de 1,8 million de Palestiniens vivant dans la Bande de Gaza, nous appelons à un cessez-le-feu avec Israël uniquement s'il est lié à la fin du Blocus et au rétablissement des libertés fondamentales interdites à notre peuple depuis plus de sept ans.

Nos préoccupations principales ne sont pas seulement la santé et la sécurité des personnes au sein de nos communautés, mais aussi leur qualité de vie - leur capacité à vivre sans craindre d’être emprisonné sans procès équitable, à soutenir leurs familles par un emploi salarié, à circuler librement pour rendre visite à leurs familles et poursuivre leurs études.

Il s’agit d’aspirations humaines fondamentales sévèrement limitées pour le peuple palestinien depuis plus de 47 ans, mais dont sont particulièrement privés depuis 2007, les habitants de la Bande de Gaza. Nous avons été poussés au-delà des limites de ce qu'une personne normale peut endurer.

Une vie de mort vivants

Les accusations portées dans les médias et par des politiciens de tous bords à l’encontre du Hamas, d'avoir ordonné aux habitants de Gaza de s’opposer aux ordres d'évacuation, pour ensuite les utiliser comme boucliers humains, sont fausses. Avec des abris temporaires remplis et des bombardements israéliens aveugles, il n'y a littéralement aucun endroit sûr à Gaza.

Le Hamas a reflété le sentiment de la grande majorité des résidents en rejetant le cessez-le-feu unilatéral proposé par l'Egypte et Israël sans que personne n'ait été consulté à Gaza. Nous partageons le sentiment largement répandu dans l'opinion publique qu'il est inacceptable de revenir simplement au statu quo – où Israël entrave strictement l’entrée et la sortie de la Bande de Gaza, contrôle l’entrée des approvisionnements (notamment en prohibant la plupart des matériaux de construction), et interdit pratiquement toutes les exportations, paralysant ainsi l'économie et provoquant l'un des taux de pauvreté et de chômage les plus élevés du monde arabe.

S’y plier signifierait un retour à une vie de morts vivants.

Malheureusement, l'expérience a montré qu’à plusieurs reprises le gouvernement israélien est revenu sur ses promesses de négociations et ses engagements de réforme.

De même, la communauté internationale n’a fait preuve d’aucune volonté politique pour faire appliquer ces engagements. En conséquence, nous appellerons à un cessez-le-feu uniquement quand les conditions négociées auront abouti aux résultats suivants :

- Liberté pour les Palestiniens d'entrer et de sortir de la Bande de Gaza

- Importation et exportation illimitée de fournitures et de marchandises, y compris par voies terrestre, maritime et aérienne

- Utilisation sans restriction du port de Gaza ;

- Suivi et application de ces accords par un organisme désigné par l'Organisation des Nations Unies, accompagné des mesures de sécurité appropriées.

Chacune de ces attentes est garantie dans la plupart des pays. Il est temps qu'on respecte les droits humains des Palestiniens de Gaza.

Signatures :

·    Akram Habeeb, Assistant Professor of American Literature, Islamic University of Gaza (IUG)


·    Mona El-Farra, Vice President and Health Chair of the Palestinian Red Crescent Society


·      Ramy Abdu PhD, Chairman of the Euro-mid Observer


·      Abdullah Alsaafin, Palestinian Writer/journalist


·      Ali Alnazli, Businessman


·      Adel Awadallah, Head of the Scientific Research Council


·      Hanine Hassan, Graduate Research Assistant


·      Sheren Awad, Journalist


·      Yahia Al-Sarraj, Associate Professor of Transportation, IUG


·      Tawfik Abu Shomar, Writer and political analyst


·      Hasan Owda, Businessman


·      Ibrahim AlYazji, Businessman


·      Walid Al Husari, Chair, Gaza Chamber of Commerce


·      Nael Almasri, Dentist


·      Wael El-Mabhouh, Political researcher


·      Rami Jundi, Political researcher


·      Ashraf Mashharawi, Filmmaker


·      Mohammad Alsawaf, Journalist


·      Hasan Abdo, Writer and political analyst


·      Kamal El Shaer, Political researcher


·      Omar Ferwana, Dean of Medicine Faculty, IUG


·      Iyad I. Al-Qarra, Journalist, Palestine newspaper


·      Musheir El-Farra, Palestinian activist and author


·      Khalil Namrouti, Associate Professor in Economics, IUG


·      Moein Rajab, Professor in Economics, Al-Azhar University - Gaza


·      Basil Nasser, Planning advisor


·      Hani Albasoos, Associate Professor in Political Science, IUG


·      Arafat Hilles, Assistant Professor, Al-Quds Open University


·      Imad Falouji, Head of Adam Center for Dialogue of Civilizations


·      Moin Naim, Writer and political analyst


·      Yousri Alghoul, Author


·      Mohammad Jayyab, Editor of Gaza Journal of Economics


·      Mousa Lubbad, Lecturer in Finance, Al-Aqsa University


·      Iskandar Nashwan, Assistant Professor in Accounting, Al-Aqsa University


·      Shadi AlBarqouni, Graduate Research Assistant


·      Adnan Abu Amer, Head of Political Department, Al-Umma University


·      Wael Al Sarraj, Assistant Professor in Computer Science, IUG


·      Said Namrouti, Lecturer in Human Resource Management, IUG


·      Khaled Al-Hallaq, Assistant Professor in Civil Engineering, IUG


·      Asad Asad, Vice Chancellor for Administrative Affairs, IUG


·      Hazem Alhusari, Lecturer in Finance, Al-Aqsa University


·      Shadi AlBarqouni, Graduate Research Assistant


·      Deya’a Kahlout, Journalist, Al-Araby newspaper


·      Raed Salha, Assistant Professor in Geography, IUG


·      Sameeh Alhadad, Businessman


·      Tarek M. Eslim, CEO, Altariq Systems and Projects


·      Sami Almalfouh PhD, Senior engineer


·      Fayed Abushammalah, Journalist


·      Fadel Naeim, Chairman of Palestine Physicians Syndicate


·      Zeyad Al-Sahhar, Associate Professor in Physics , Al-Aqsa University


·      Iyad Abu Hjayer, Director, Palestinian Center for Democracy and Conflict Resolution


·      Wael Al-Daya, Associate Professor in Finance, IUG


·      Younis Eljarou, Head of the Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Donia ElAmal Ismail, Head of the Creative Women Association


·      Zeinab Alghonemi, Head of Women for Legal Consulting Association


·      Amjad AlShawa, Palestinian Nongovernmental Organizations Network (PNGO)


·      Mohsen Abo Ramadan, Head of Palestinian Nongovernmental Organziations Network (PNGO)


·      Abed Alhameed Mortaja, Assistant Professor of Linguistics, IUG


·      Talal Abo Shawesh , Head of Afaq Jadeeda Association


·      Zohair Barzaq, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Marwan Alsabh, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Ghassan Matar, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Rania Lozon, Writer


·      Ashraf Saqer, IT Specialist


·      Samir AlMishal, Mishal Cultural Centre


·      Jamila Sarhan, Independant Commission for Human Rights


·      Jalal Arafat, Union of Agricultrual Work Committees


·      Khalil Abu Shammala, Aldameer Association for Human Rights


·      Jamila Dalloul, Association Head of Jothor ElZaiton


·      Maha Abo Zour, Psychologist


·      Psychologist Ferdous Alkatari


·      Yousef Awadallah, Health Work Committee


·      Yousef Alswaiti, Al-Awda Hospital Director


·      Taysir Alsoltan, Head of Health Work Committees


·      Taghreed Jomaa, Union of Palestinian Women’s Committees


·      Imad Ifranji, Journalist, Alquds TV


·      Jehal Alaklouk, Activist


·      Adel Alborbar, Boycott Committee


·      Hatem AbuShaban, Board of Trustees of Al-Azhar University -Gaza


·      Saleh Zaqout, Secretary of the Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Mohammed Alsaqqa, Lawyer


·      Nihad Alsheikh Khalil, Professor of Modern and Contemporary History, IUG


·      Mohsen Alafranji, Lecturer at Media Department, IUG


·      Nedal Farid, Dean of Business Faculty, Al-Aqsa University


·      Salem Helles, Dean of Commerce Faculty, IUG


·      Ahmad Ali PhD, Economic Analysis


·      Raed M. Zourob PhD, Head of the Department of Preventive Medicine, Ministry of Health


·      Mosheer Amer, Professor of Lingusitics, IUG


·      Moheeb Abu Alqumboz, Lecturer


·      Fatma Mukhalalati, Supreme Court judge

·      Fahmi Alnajjar, Supreme Court judge


10:45 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, crimes de guerre, israël, trêve, guerre, cesser-le-feu | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/07/2014

Gaza : Plus de t(Rêve)

Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de répit pas de replis plus de respect pas de médecins plus d'alerte pas de fin plus de sucre pas d'appuis pas de tunnels

Plus de pitié plus de possibles plus de classe plus de lait plus de pain plus de sel plus de calme plus de plage plus de confiance plus de crème pas de navires de sorties.

Plus d'amis plus d'alliés plus de souffle plus de farine plus de temps plus le choix plus de voix plus d'arrêt plus de flotte plus de frontière plus de passeport pas de pays de passage plus de trou plus de cave pas de maison


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de papa plus de fusil plus de livres plus d'argent plus de cartouches pas de jeux de vêtements pas de douche plus de bain plus de miel plus de miettes plus de vacances plus de soutiens pluie de pas pluie de plus pas de maman.

Plus de paix plus d'olives plus de poids pas de plumes plus de thym plus de juifs pas de cousins plus de ciel plus de bêtes plus de peur que du mal plus d'oiseaux plus de raison pas de salut

Plus de plumes plus de bombes pas de course pas d'arrêt


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus d'avenir plus d'essence plus de camions plus de tunnels plus de pompiers pas le temps

Plus d'échelles plus de bétons plus de fer plus de barbies plus de coton plus de souffle barbelés barbelés barbelés plus de foot plus de stade plus de rêves plus de chaussures pas de maillots que des tanks

Plus de pansements plus de buts plus d'envie plus de pas plus de droits plus de voix plus de visites plus de lettres pas de tunnel plus d'enfants


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de papier plus de sommeil plus de jus plus de structure plus de large plus d'état plus d'été pas de fin pas de chutes pas de jour pas de nuit

pas d'oubli

plus de sang

pas de fin

pas de justice

plus de (t)Rêve  


Rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien

Samedi 19 Juillet 14h place des nations, Genève.

  israel,gaza,bds

11:40 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, gaza, bds, manifestation | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/05/2014

Blues du spammeur

Monsieur, Madame, Dear friends, sexy one, pas besoin de te dire comment je m'appelle, tu n'en moques, tu penseras de toute façon que j'écris sous pseudo. Je ne suis pas veuve, je ne cherche pas un mari, ne suis pas un ancien capitaine de l'armée américaine. Je n'ai pas mis la main sur un magot de 400 milliards de dollars US $$$ dollars. Ma fille n'est pas en train de perdre la vie (je n'ai pas de fille), ma femme n'est pas atteinte d'une maladie rare (je n'ai pas de femme), je n'ai pas eu d'accidents (ma vie est un accident), ma maison n'a pas brûlé, il n'y a pas de révolutions en cours ici (malheureusement), juste bientôt un coup d'état (je veux bien te faire un mail en direct à ce moment là si ça peut t'attendrir). Je n'ai pas récupéré un fond caché $$$$$, je ne suis pas membre de la CIA. On ne se connaît pas. Je ne suis pas ton cousin caché. Ne m'envoie pas de photo de ton sexe. Je ne suis pas une femme. Je ne te ferai pas chanter. Je ne vais pas te maraboutiser. Tu n'as pas besoin de danser nu devant ta webcam en rêvant aux tambours de l'Afrique, aux mouches tsé tsé, patati et patata, etc. etc. Je ne te demande rien.

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08:34 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spams, blues, loto, gros lot, gogo | |  Facebook |  Imprimer | | |