sylvain thévoz

24/01/2016

Musée d'art et d'histoire : Voter OUI, c'est faire l'histoire!

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Je n'étais pas, dès le départ, acquis au OUI à la rénovation et l'extension du Musée d'art et d'histoire. Ce qui m'a convaincu, c'est de creuser les arguments, engager le débat avec des opposants, des personnes acquises au projet. Je me réjouis que notre démocratie helvétique permette ce débat d'idées, avec cette qualité d'information et de décision.

 

Opposants à un projet ou à des personnes?

Certains opposants énoncent le fait que le projet divise, et qu'il serait donc par là-même un mauvais projet. C'est un argument très faible. Au contraire, si l'objectif est d'avoir un projet qui rassemble tout le monde, et que tout le monde il soit gentil avec, le résultat sera un projet particulièrement lénifiant et triste. A ne pas vouloir prendre de risques et satisfaire tout le monde, on obtient au final des projets rabotés, au rabais, sans ambition.

Le projet du musée d'art et d'histoire crée un vif débat. C'est un indice supplémentaire de sa qualité et de sa dimension innovante!

Je m'interroge par contre sur le fait que certains opposants se fassent de plus en plus virulents, au fur et à mesure que la population affine son opinion. Les attaques sont de plus en personnelles, portant avant tout uniquement sur l'architecte, un mécène, le magistrat Sami Kanaan, et même sur la personne des médiateurs culturels avec un personnage qui appelle à les tuer [1]!

Cela montre bien que certains opposants, dans leur nihilisme, confondent la critique avec la haine.

Il finira par apparaître à chacun que ce n'est pas ce projet qui leur déplait... mais qu'il y en ait un, tout simplement.

 

Tout projet culturel est un projet critiqué 

Tant les musées Guggenheim, à New-York qu'à Bilbao, que le Centre Pompidou, la pyramide du Louvre, et plus récemment la rénovation et l'extension du Rijksmuseum à Amsterdam[2], ont fortement divisé, été décrié comme trop grands, trop chers, pas beaux... avant d'être adulés par la suite!

Les opposants prennent alors appui sur le temps qui passe pour dénoncer le projet du Musée d'art et d'histoire. Le projet serait un vieux projet. Mais là aussi, l'argument est faible. Prétendre défendre le patrimoine, l'héritage historique, et faire du jeunisme en dégommant un projet parce qu'il ne date pas d'hier, quand bien même il n'a cessé d'évoluer depuis 1998 serait comique, si ce n'étaient au final les genevois qui paieront l'addition de cette triste rhétorique!

Exiger un projet tout neuf estampillé 2016, c'est faire fi de toute l'histoire de l'art et de l'humanité. Combien de temps a-t-il fallu pour construire les pyramides ? La construction du Louvre s'étend sur 800 ans ! il a fallu 33 ans pour que Marseille fasse aboutir son projet du MUCEM.[3] Et puis, n'est-ce pas la démocratie helvétique qui impose son rythme, ses recours, ses votes, ses référendums et ajustements ? Tout nouveau projet passera par le même tamis. Au final, si le projet du OUI était refusé le 28 février, on repartira à nouveau pour 20-30 ans de coûteux débats et avis "d'experts" en frustrations et haine.

Il n'y a pas, en Suisse, de projet parfaitement parfait que l'on puisse sortir d'un chapeau du jour au lendemain, n'en déplaise aux opposants.

Votons OUI le 28 février ! Oui au Musée d'art et d'histoire, à un projet qui renouvelle, dynamise notre muséographie, notre Ville, honore son patrimoine, restaure ses collections, réimplante le musée de l'horlogerie, établit enfin un musée des instruments de musique anciens, et permet d'aller de l'avant. Pour notre ville, son histoire, pour la culture, toute la culture!

 

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[1]http://www.bilan.ch/node/1032805

[2] http://www.bbc.com/news/entertainment-arts-22149807

[3] http://www.mucem.org/fr/le-mucem/un-musee-pour-leurope-et...

 

 

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23/01/2016

La culture, toute la culture

MAH+, musée d'art et d'histoire, culture,

A qui appartient la culture? C'est la question qu'a cherché à poser Leila el-Wakil dans son blog "la culture confisquée"[1] avant de l'abandonner rapidement pour casser ceux qui défendent le OUI au Musée d'art et d'histoire et adopter une posture partisane. C'est dommage. 

Que reproche exactement Leila el-wakil à ceux qui disent OUI à un musée agrandi et rénové en Ville de Genève? Elle leur reproche de s'approprier la culture, en apposant un  autocollant Oui au musée sur le panneau d'un volet du célèbre retable de Konrad Witz, et de faire ainsi "main basse sur les biens publics". Elle va même jusqu'à se demander ce que Witz aurait pu penser de ce "kidnapping", et du "mauvais goût" de ce collage. Elle ajoute là un anachronisme à sa réflexion avant de juger lourdement les incultes qui ont osé taguer le retable sur un flyer. La culture se pratique "dans l'intelligence et passe par la connaissance" énonce-t-elle avant de reprocher aux incultes de la dénaturer... ne voyant pas combien elle démontre là une vision élitiste et réductrice de l'art.

La question " à qui appartient la culture" s'est dès lors muée en acte d'accusation et de dégradation de ceux qui ne pensent pas comme elle, et c'est dommage. C'est dommage pour elle d'abord, qui oublie toutes nuances, et finit par faire exactement ce qu'elle prétend dénoncer: prendre en otage la culture. C'est dommage ensuite pour sa position politique qui se mue en refus d'un projet novateur pour Genève et d'une culture en évolution et changement. Après l'affiche du NON qui montrait un architecte changé en Nosferatu casser le Musée d'art et d'histoire, on découvre à nouveau une vision négative, recroquevillée sur elle-même, dénigrante de la culture, s'opposant à tout changement au nom d'une vision classieuse de la culture ou figée dans le passé. Il est faux d'opposer culture ancienne et moderne. Elles devraient idéalement pouvoir voisiner, se visiter ensemble. Il n'y a pas une culture. Il y en a plusieurs. La question est plutôt: comment les faire coexister ?     

Au secours Konrad Witz ! 

Il est ridicule d'appeler au secours Konrad Witz, prétendre parler en son nom, pour lui faire exprimer son dégoût d'avoir un autocollant sur sa toge. Cela nie toute l'histoire de l'art, qui est faite d'emprunts, d'ajouts, de collages et de détournements. Depuis la nuit des temps, de Lascaux, en passant par le mouvement Dada qui fêtera ses cent ans le 5 février, au surréalisme, au situationnisme, aux emprunts occidentaux aux arts premiers, au futurisme, jusqu'aux post-matérialistes, la culture est faite de recouvrement, de provocation et de collage.... jusqu'à l'affiche des opposants détournant Nosferatu pour le mettre à leur profit ! Il s'agit là de créativité, d'expression culturelle encore, dans toute leur dimension, et tant mieux ! Il faut d'ailleurs vraiment être un taliban de la culture pour ne pas faire la distinction entre une oeuvre d'art et un flyer de soutien à un musée renouvelé et étendu ; manquer singulièrement d'humour et de second degré pour y voir une dégradation.

     

La culture, toute la culture 

Alors, à qui appartient la culture ? A personne! Autrement dit : à tout le monde! Ou plutôt : à tous ceux et toutes celles qui la servent, par la création, l'imagination, l'inventivité et leur sensibilité. L'enjeu n'est alors plus de savoir, contrairement à ce que pense Leila el-wakil, qui la possède, mais qui favorise son éclosion et son développement... qui passe aussi, ne lui en déplaise, par des mutations.

Qui soutient la culture, toute la culture, qui refuse de la casser, de la limiter? Qui refuse de la diviser, de couper dans les budgets culturels, que des corniches tombent, que le Musée d'art et d'histoire s'enfonce dans la marasme ? Qui lutte pour permettre une meilleur conservation des oeuvres et une augmentation des surfaces d'exposition, mais aussi qu'elle puisse continuer d'émerger dans des lieux improbables de la Ville, se transmettre, et demeurer une aventure humaine multiple? Qui lutte pour que les artistes soient reconnus, que leur travail soit rémunéré à sa juste valeur, sans mépris ni fausse considération? Qui dit oui à la culture, toute la culture?

On l'aura compris, la question à se poser n'est pas à qui appartient la culture mais qui est à son service. La culture nous constitue. Ne la limitons pas, n'empêchons pas son renouvellement. Acceptons la créativité, comme nous soutenons tout projet culturel qui augmente la qualité de vie et l'intelligence collective en Ville de Genève, en lui donnant les moyens d'exister, de rayonner.

Il serait souhaitable que les opposants, comme ceux qui soutiennent le renouvellement et l'extension du musée d'art et d'histoire, ne s'affrontent pas sur une affiche ou pour un autocollant sur une reproduction mais servent le public genevois et son intérêt légitime à disposer, sans perdre plus de temps encore, d'un vrai beau musée en Ville de Genève.  

 

[1] http://lelwakil.blog.tdg.ch/archive/2016/01/17/la-culture-confisquee.html

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18/01/2016

OUI au Musée d'art et d'histoire le 28 février !

 

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Prenez un musée

Prenez un musée centenaire qui n'a jamais été rénové, dont les corniches tombent, dont les infiltrations d'eau et les variations de température mettent en danger les oeuvres.

Prenez un musée dont 1,5% seulement des collections sont exposées, dont la muséographie n'est plus optimale, entravée par une architecture inadaptée aux besoins actuels de conservation et d'exposition. 

Prenez un musée dont les accès sont limités pour les personnes à mobilité réduite, qui ne peut envisager des expositions de grande ampleur pour des questions de sécurité et de place ou plus prosaïquement parce que certaines assurances refusent d'y assurer le prêt d'oeuvres. 

Prenez un musée encyclopédique dont les expositions permettent de valoriser le patrimoine, restaurer des oeuvres et développer des métiers de l'art et de la recherche, mais qui est coincé dans son développement. 

Prenez un musée qui sera fermé prochainement s'il n'est pas d'urgence rénové; un musée qui aujourd'hui coûte cher et montre peu d'oeuvres.

Prenez une Ville, Genève, qui a le droit d'oser l'ambition et voir plus grand que le fond de sa cuvette.  

 

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Proposez un projet

Proposez un projet qui valorise le patrimoine, offre 50% de surfaces d'exposition en plus, double les surfaces dédiées à l'accueil des publics, crée un restaurant panoramique et innove avec un forum de 300 places, permet l'utilisation de ceux-ci hors des heures d'ouverture du musée.

Proposez un financement à 50% assuré par les privés, qui préservera les finances publiques.

Proposez un projet culturel qui inclut un musée d'horlogerie, un musée des instruments anciens, de valoriser la collection existante et d'y ajouter l'étonnante collection d'une fondation privée.

Proposez de maintenir la gratuité du musée, d'animer la Vieille-Ville, de soutenir ainsi la Culture, le Vivre ensemble, et l'accueil des publics.

Proposez un projet écologique, utilisant 80% d'énergies renouvelables, doté d'une pompe géothermique, d'un système de récupération d'eau de pluie et d'une isolation optimale.

Proposez de ne pas accorder d'importance aux architectes frustrés, aux chercheurs de noises, à ceux qui veulent figer le temps en 1910, ceux qui prétendent que ce projet coûte trop cher quand c'est l'immobilisme qui est un gaspillage de ressources et le pinaillage qui le plombe.

Proposez de ne plus perdre de temps. Le temps c'est de l'élan.  

 

mah+,musée,projet,genève

 

Votez maintenant

Votez pour un projet servant l'avenir, pas pour le refus et la peur.  

Votez pour un projet, pas contre un architecte, un mécène ou contre le changement.

Votez pour un projet culturel concret, réaliste, créateur de richesses.

Votez pour éviter de rejouer dans 20 ans la même histoire avec de nouveaux opposants sur le dos et un projet qui sera obligatoirement plus cher.

Votez pour le respect de notre patrimoine.

Votez pour Genève, pas contre ses intérêts. 

Votez OUI au Musée d'art et d'histoire, le 28 février. 

 

 

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13/01/2016

Le pays basque marche pour la paix et le retour de ses prisonniers politiques

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Plus de 70'000 personnes se sont rassemblé samedi 9 janvier à Bilbao pour dire non à la violence et exiger la fin de la politique de dispersion et le respect des droits des prisonniers politiques basques. L’appel de l’organisateur Sare (Réseau de citoyens en faveur des droits des détenus, des exilés et des déportés basques), relayé par les principales entités politiques du pays Basque, a été extrêmement suivi. Pour la première fois, cette manifestation se tenait simultanément côté français, à Bayonne, où 10'000 personnes, dont de nombreux élus, se sont réunis. 

 

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Ce 9 janvier 2016, la nuit tombe sur Bilbao. Des camionnettes (les mêmes qui amènent les familles pour visiter les détenus) avancent en tête de cortège avec des panneaux rappelant l’éloignement kilométriques des principales prisons. Clairvaux (945km), Cordoba (850km), Murtzia (850km). Derrière eux marchent les familles de détenus, bougies à la main. Des affiches au nom des détenus malades sont levées par leurs proches. Elles portent le nom et l’âge du détenu, son diagnostic, et une demande de libération pour raison de santé. Derrière eux : la veuve Rosa Rodero, dont le mari avait été assassiné par l’ETA en 1993 et qui est venue marcher pour les droits humains et la défense d’une société réconciliée, des artistes, des sportifs basques.
Les applaudissements de la foule accueillent le passage des familiers par un seul cri de ralliement : Euskal Presoak Etxera (retour à la maison pour les prisonniers basques), avant que la foule n’emboîte le pas aux familles et déroule un gigantesque cortège pacifique à travers la ville. La marche se termine devant la mairie par une série de prise de paroles, des chants traditionnels, et le bris symbolique de pierres. Mugi Daitezen Harriak ! Ensemble déplaçons les montagnes ! Les pierres sont lourdes et nombreuses à encombrer le chemin, mais si tout le monde s’y efforce, elles seront déplacées. La foule se disperse enfin dans les nombreux bars de la Vieille-Ville, entonnant chants et danses.

 

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Depuis l’annonce du cessez-le-feu permanent, général et vérifiable par l’ETA en 2011, la France et l’Espagne n’ont pas infléchi leur politique punitive à l’égard des détenus basques. A ce jour, 463 prisonniers politiques sont enfermés dans 73 prisons différentes. 40% d’entre eux sont éloignés de plus de 800km de leurs proches, 50% de plus de 400km et 10% de plus de 200km. La société civile basque demande aux autorités espagnoles et françaises de cesser cette politique de dispersion. Le droit à l’intimité et la vie familiale des personnes incarcérées est reconnu par la Convention européenne des Droits de l’Homme et des libertés publiques, par la Constitution espagnole de 1978, ainsi que d’autres réglementations de rang inférieur. La loi soutient que les prisonniers politiques doivent être regroupés au pays Basque ou à proximité. L’éloignement forcé des prisonniers rend les visites à ceux-ci extrêmement difficiles, voire dangereuses (16 personne ont perdu la vie et plus de 400 accidents ont eu lieu depuis 1989). Elle exerce sur les familles un coût économique supplémentaire, apparaît comme une vengeance supplémentaire et inutile infligée à la société civile basque dans son entier. Cette dernière veut désormais tourner la page de la violence par l’établissement d’une société réconciliée. La politique de dispersion freine le processus de pardon et de reconnaissance mutuelle des souffrances subies.

 

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En ventilant volontairement les prisonniers politiques à travers toute la France et l’Espagne, Paris et Madrid marquent la volonté de faire du prisonnier politique un droit commun, dépolitisant son discours ; le dévitalisant en l’obligeant à vivre hors de sa région. En coupant les liens avec ses proches, ses origines, en limitant l’usage de sa langue, c’est une atteinte à la personnalité visant à la détruire qui est poursuivie. Il s’agit là d’une double peine, qu’aucune raison sécuritaire n’impose, et la poursuite d’un exercice de la violence dont plus personne ne veut.


Il est piquant de constater, dans le débat sur la déchéance de nationalité qui agite les voisins français, sa volonté de se débarrasser à peu de frais de ses nationaux, que l’Espagne semble choisir un tout autre chemin, refusant toujours de renvoyer au pays Basque ceux qui ont lutté en son nom pour qu’ils puissent y purger leur peine, cherchant à l’encontre du droit à garder en Espagne ces hommes et ces femmes, que le peuple Basque réclame à la maison.


Face à la violence, la réponse de l’Etat peut être multiple. Face à la violence de l’Etat, la réponse de la société civile basque est unanime : assez de souffrances et de sang. Le respect du droit, en démocratie, doit être garanti à toutes et tous, et son application identique assurée pour chacun.e, quelle que soit son origine, son identité, où les délits commis. Mettre fin à la violence implique le respect du droit par toutes les parties… Etat inclut. Et il revient à la société civile d’en exiger son respect, encore et toujours.

 

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PHOTOGRAPHIES: ERIC ROSET http://www.eric-roset.ch/

Ce texte a été publié dans le journal le Courrier et sur le site du Journal la Cité.

http://lacite.website/2016/01/12/a-bilbao-une-vague-humai...

 

 

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06/01/2016

Charlie Hebdo : un numéro spécial plein de vie

4841109_6_22d3_2016-01-04-8854d6f-6317-13nvr84_805b451e8e4cb916641decfe3126f108.jpgLa une de Charlie Hebdo sortie ce mercredi 6 janvier, un an après la tuerie, fait jaser. Ce numéro spécial porte en "une" un Dieu barbu, armé d'une kalachnikov, à l'habit ensanglanté qui annonce la couleur. La cible, c'est Dieu, la religion, responsables d'avoir tué la rédaction.[1] Mais ce numéro rageur, vengeur, dans l'esprit Charlie, vaut beaucoup plus qu'une caricature.

Tiré à 1 million d'exemplaires, ce numéro anniversaire, provocateur (ben oui c'est Charlie), costaud (32 pages) est promis à une belle vente... mais sera-t-il lu? L'éditorial de Riss cogne dur et juste : "Ce ne sont pas deux petits cons encagoulés qui vont foutre en l’air le travail de nos vies. Ce n’est pas eux qui verront crever Charlie. C’est Charlie qui les verra crever." Ce numéro courageux, émotionnel (retranscription de la journée du 7 janvier de l'intérieur qui nous plonge dans l'horreur)rend hommage aux morts comme aux survivants (merveilleux texte de Philippe Lançon) et pose à sa manière des questions fondamentales sur l'époque que nous vivons (subissons?).

La religion, les cons, les tueurs, la fragmentation

Charlie assume sa connerie aussi. Un petit dessin vengeur de Coco en page 8 avec un chat qui défèque en affirmant "religion j'écris ton nom", renvoie la religion au bac à sable. Mais pourquoi confondre les assassins encagoulés et Dieu, offensant ainsi tous les croyants, et invoquant une laïcité dogmatique qui sert parfois de cache-sexe à l'offense et au défouloir? "Il n'était pas pensable qu'au XXIe, en France, une religion tue des journalistes." Sérieusement, Charlie pense que c'est la religion qui est responsable? -Oui. En tout cas, ce n'est plus elle qui sauve : "Les convictions des athées et des laïcs peuvent déplacer encore plus de montagnes que la foi des croyants" (Riss). Putain de Dieu! crie Charlie dans sa colère. On n'est pas loin de l'appel au djhiad laïc mais avec les crayons pour seules armes. 

 

Ne nous emmerdons pas les uns les autres 

Charlie se fait plaisir, aussi. Mais à quoi bon se payer Dieu, gratuitement, lui qui ne demande pas grand chose, si ce n'est, à défaut que l'on s'aime les uns les autres de ne pas s'emmerder les uns les autres? Ce Dieu, que les assassins comme les plumes acerbes, caricaturent grossièrement (ou drôlement), en jouant du blasphème ou de la kalachnikov pour mieux le déformer, ne mériterait-il pas qu'on lui foute la paix ? A quoi bon diviser encore plus le monde entre croyants et athées, laïques, en les clivant? -Au nom de la liberté d'expression? Certainement.    

La sacralité est défoncée depuis le travail critique des lumières au XVIIIe. Voir Charlie "enculer toutes les religions", et ressusciter le cadavre de Dieu pour mieux l'abattre aurait fait marrer Nietzsche, pour sûr. L'obscurantisme a de nombreux voiles. Heureusement, l'humour nous sauvera toujours de la connerie et Vuillemin, dans ce numéro, émeut aux larmes. 

Achetez Charlie : un antidote au dogme

Dieu est autre qu'un gadget pour djihadiste en herbe ou un hochet pour laïcard. Oui. Et puisqu'il y a aujourd'hui des pouvoirs autrement plus matérialisés, nocifs et destructeurs desquels se gausser plutôt que de dézinguer Dieu, Charlie les épingle férocement dans ce numéro, en restant fidèle à sa ligne de rire de tout et de tous (Valse de Vienne pour Marine Le Pen : un rêve de petite fille ! Le dernier grand Chantier de Chirac.. éviter la taule...).

Ce numéro spécial de Charlie est exceptionnel, de force, d'intelligence, de courage et... de connerie, bref : de vie. "Croit-on vraiment que l'on stoppera la propagande totalitaire religieuse avec un communiqué?" interroge Charlie. Non, certainement pas. Mais par l'écriture, la pensée, par le courage et le dialogue, l'intelligence, tout est possible.

La lutte se poursuit... éternel recommencement.

 

 

[1] http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/01/04...

 

 

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05/01/2016

0% des électeurs de la Ville de Genève soutient l’alliance PDC-MCG-PLR-UDC!

Genève, mars 2015, la droite élargie, obtient 43 sièges au parlement municipal contre 37 à l’Alternative. Le premier acte de cette droite élargie est de faire élire un ancien salazariste mimant l’égorgement à ceux qui ne pensent pas comme lui à la présidence du Conseil municipal tout en présentant une feuille de route composée de dix points au Conseil administratif.[1] Cette feuille de route exclut notamment toute hausse d’impôts, souhaite revoir le statut du personnel, aliéner une partie du parc immobilier de la Ville à une fondation de droit public.

Le deuxième acte de cette droite élargie est de refuser l’entrée en matière du budget au mois de septembre, renvoyant ce dernier, pourtant équilibré, au Conseil administratif. Une manifestation sauvage au mois d’octobre donne prétexte à la droite élargie de sanctionner à tort l’Usine en gelant ses subventions. Cette décision sera jugée illégale par le Conseil d’Etat[2]. La droite élargie, toute penaude, doit reconnaître qu'elle a outrepassé ses droits, mais le mal est fait.

La stratégie de la tension et des rapports de force au mépris de la concertation, est lancée. La droite élargie vote encore 25 postes de pompiers à la va-vite et sans concertation au mois d’octobre[3], fâchant les autres communes genevoises, pour satisfaire l'électoralisme du magistrat Guillaume Barazzone alors en campagne pour le Conseil national, avant de tailler sauvagement dans le budget 2016 de la Ville le 14 décembre. Principales victimes de ces coupes budgétaires : la culture et le social qui se voient supprimer 7 millions, sur un budget pourtant bénéficiaire et une gestion financière de la Ville saluée par les agences de notation internationales.


Et un et deux et trois Alep sur Léman ?

La manifestation sauvage du 19 décembre produisant des déprédations en Ville de Genève, si elle laisse penser à certains que Genève est une nouvelle Alep sur Léman, doit pourtant, avec un peu de recul, être analysée comme une épreuve en miroir de la production de violence, de casse et de mépris entreprise dans le parlement municipal par une droite décomplexée, ayant choisi de détruire ce qu’elle ne comprend pas ou ce qui ne sert pas ses intérêts.

L'emploi d’un discours extrêmement moraliste et dominant, le franchissement des limites de la légalité (gel des subventions de l’Usine, censure du troisième débat dans le cadre du débat budgétaire) revient à jeter à tout va de l’huile sur le feu.

L’appel au calme et à la raison du Conseil administratif n’y feront rien. L’hubris de la droite municipale semble insatiable. Principale cible de ses foudres : les classes les plus défavorisées, les artistes précaires, le fond chômage, le social, ce qui à ses yeux ne rapporte pas, ne crée pas de bénéfices financiers immédiats, au risque de fragiliser l’avenir et l’équilibre social.

 

2 référendums pour que la population se rappelle au bon souvenir des élus


L'Alternative, les mouvement sociaux, syndicaux et culturels, ont lancé à Noël 2 référendums pour contrer les coupes budgétaires dans le domaine des services municipaux, de l’emploi, de la culture. Objectif : 4000 signatures pour chaque référendum d’ici au 12 février[4]... et un travail d’explication à fournir afin de démontrer que la casse dans des domaines produisant de la richesse coûtera au final beaucoup plus cher que les maigres économies espérées.


L'aboutissement des référendums conduira le peuple à voter dès le mois de juin 2016 afin de préserver les tissus associatifs et culturels locaux. L’enjeu est important : faire entendre la voix du Souverain à la droite afin que la législature municipale de 5 ans ouverte en juin 2015 ne devienne pas celle de l’hubris et de la casse sociale à tout va ; afin aussi qu’il soit mis un contrepoids à un autoritarisme parlementaire démesuré.


0% des électeurs soutient l’alliance inédite PDC-MCG-PLR-UDC


Si, en démocratie, la délégation de pouvoir est un fondement du système, il faut toutefois la relativiser en rappelant que sur 37% d’électeurs, disons, allez, qu’une petite moitié a voté à droite. Cela donne, reconnaissons-le, une très faible légitimité populaire pour faire n’importe quoi dans les enceintes délibératives. Surtout, il faut rappeler qu’un grand nombre d’électeurs ne pouvait imaginer que le premier acte des partis bourgeois comme le PLR ou le PDC serait de s’allier étroitement à l’extrême droite pour entamer la casse sociale.

En effet, 0% des électeurs s'est prononcé pour une telle alliance, absente de tous les programmes électoraux. Cette alliance qui n'ose même aujourd'hui dire son nom ne s’est scellée qu’une fois les résultats connus et les affiches recouvertes. On peut d'ailleurs, concernant le PDC, presque parler de tromperie électorale, ce parti ayant toujours claironné son refus d’alliance avec le MCG [5]. Or, que fait-il en Ville de Genève, depuis juin 2015 ? Il s’aligne à tout va sur la politique du parti populiste, faisant bloc avec lui…. contre ses principes et ses électeurs!


Se servir d’une courte majorité pour aller contre les intérêts de la population nécessite que celle-ci puisse, à un moment donné, se rappeler au bon souvenir de ceux qui lui ont fait miroiter un menu mais, au final, lui ont servi un breuvage étrangement mitonnée.


La folle passion du MCG et du PDC se poursuivra-t-elle en 2016?

L’année 2016 sera-t-elle placée sous le signe d’un retour à la concertation, à la tempérance, et à un mode de gouvernance plaçant les intérêts de la Ville de Genève et des habitant-e-s avant les rapports de pouvoirs et de domination ? Il faut le souhaiter.

Il reviendra finalement à la population de faire entendre sa voix afin de calmer la démesure passionnelle de la droite municipale. Il reviendra surtout au PDC, qui a toujours eu un rôle de pivot et de balance, de clarifier sa position sur l'échiquier politique. Car entre des déclarations de principes refusant l’alliance avec le MCG et, dans les faits, une intimité incestueuse avec ce dernier, on peut imaginer que l’électorat de ce parti ne se sente, à terme trompé, et refuse la filouterie électorale si des signaux clairs de distanciation ne sont pas fournis par le parti "démocrate chrétien".

 

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/plr-pdc-mcg-udc-s...

[2]https://www.letemps.ch/culture/2015/12/16/canton-annule-g...

[3] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/creation-25-poste...

[4] https://gallery.mailchimp.com/a357a7d03293fef5762ba9bcd/files/feuille_de_signatures_re_fe_rendums_budget_PS_final.pdf

[5] http://www.ghi.ch/le-journal/lactu-de-decaillet/le-pdc-re...

 

 

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02/01/2016

2016 sera-t-il spirituel ou ne sera-t-il pas? (Hommage à Maurice Zundel)

C'est par hasard que je suis tombé, à la rue Lissignol, sur deux petits ouvrages d'inédits de Maurice Zundel publiés aux éditions du Tricorne (Genève) : l'humble présence et Témoin d'une présence.[1] 

Qui était Maurice Zundel ? Maurice Zundel (1896-1975) était un fou. Maurice Zundel était un fou de Dieu. Maurice Zundel avait une petite démarche d’homme de Dieu. Il prenait son café sur l’avenue d’Ouchy à Lausanne avant d’aller à la paroisse du Sacré Cœur découper un saucisson sur un banc en pierre. Maurice Zundel croquait le soir une patate bouillie avec un café au lait tiède, parfois un peu de raisiné ou de beurre frais les jours de fête. Il lisait un psaume avant de se coucher, après avoir parcouru la feuille d’avis. Enfin, cela dépendait des jours. Parfois il ne lisait rien, il priait. C’était un saint, le dernier peut-être. Dieu seul le sait.


Maurice fût l’un des plus grands mystiques du XXe siècle, c’est attesté. Un XXe qui, en terme de mystique n’a pas fait fort ; c'est attesté aussi. Le vrai hit-parade, là où ça se bouscule au portillon, fût celui de la fascisation, des meurtres de masse, et de l’épuisement des ressources naturelles. Dans cette catégorie-là, ils sont légion à vouloir recevoir leurs récompenses. 

 

Mystique de Maurice Zundel


Zundel, lui, était d’une autre catégorie. Il ne reçut aucun prix. Le Pape, toute la hiérarchie catholique l’ont toujours empêché, réduit à rien. Il était trop libre, dérangeant, trop fin, humble, trop simple simplement, authentique, trop croyant, trop divin, divinement.

Un grand pote à Zundel ça aurait pu être Brassens, Georges (1921-1981) mais à ma connaissance ils ne se sont jamais rencontrés ailleurs que dans le cœur du monde. Cela aurait aussi pu être Georges Haldas (1917-2010) greco-genevois qui vécu ses dernières années au Mont-Sur-Lausanne. Maurice lui venait aussi d’ailleurs, de Neuchâtel. A l’époque, venir de Neuchâtel, c’était aussi mal vu que de venir de Syrie, ou d'Afghanistan, ou d'aller à la mosquée; très très mal vu, oui.


Maurice était tellement fou qu’il pouvait écrire : "dans le mal c’est Dieu qui a mal " ou : " le vrai problème n'est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort. "

C’était un bosseur, il écrivait, parlait, pensait : "le Bien c’est quelqu’un à aimer, pas quelque chose à faire". C’était un bûcheur Momo Zundel, parce qu’un feu brûlait en lui, le réclamait. Pas parce qu’il voulait devenir quelqu’un d’autre ou prouver qu’il existait vraiment. Non, ce n’était pas ça, ce n’était pas un petit braquet. Il avait une œuvre à réaliser, une voix à exprimer, au-delà de lui-même, simplement. 

Le féminisme n’avait pas encore passé la deuxième vitesse (1968), mais Maurice avait déjà dépassé haut la main la guerre des sexes. Cela n’avait rien à voir avec sa chasteté ou son célibat de prêtre. Femme, Homme, oiseaux, chats, chiens, dans les jardins et les forêts de Momo Zundel, toute créature était égale, parce qu’elle était avant tout créature de vie, supérieure à ses conditions d'existence, et produit d’éternité, non pas d’une classe, d’un genre, ou d’un drapeau.

Tout cela Maurice l’avait compris très vite. A croire qu’il le savait avant même d’être. Il avait dépassé les formes, les étiquettes ; les looks... de cela, il s’en moquait comme de sa première communion. Il était fixé sur l'être.


François d’Assise (1181-1226), le saint, le fou, était un intime de Momo Zundel. Il pensait un peu comme lui ou peut-être que c’est lui qui pensait dans la voie du frère d’Assise. Enfin, là encore, que ce soit une pensée avant l’autre ou l’une après l’autre, ni le copyright ni le temps linéaire n’ont jamais existé chez les grands mystiques, puisque tous boivent à la même source, plongent leurs racines dans le même terreau.

2016, année spirituelle?

On serait alors sur le levier que Galilée (1564-1642) réclamait pour faire pivoter la terre sur son axe. Ce serait la révolution, l’entrée dans une autre dimension. Et si l'on retournait le matérialisme comme un gant?

Mais cela, est-ce souhaitable? Car enfin, soyons sérieux, s'accrocher au connu, c'est si bon. L'Oréal: c'est délicieux, les barquettes en plastique brûlent très bien, même avec de la viande au centre.

L'inconnu: à repousser! Avec la peur de tomber comme les cours des bourses qui chutent, les unes après les autres, avec les mêmes autorités qui dérégulent, investissent des millions pour que la bicoque de planche de clous d’électronique et de bip- bip tienne encore malgré tout… et qu’elle nous supporte encore un peu…encore un peu... encore un peu... malgré Daech, le cancer, les casseurs, Alzheimer, les forfaits fiscaux pour les nantis, les redressements pour les autres, tout cela qui vrombit et vrille d'une manière confuse et indifférenciée. Prêts à tout pour que ça ne bouge plus? Mais le vent de l'histoire souffle. Quelles voiles lever maintenant?

 

Dépasser la peur

Maurice aka Momo avait dépassé la peur. Il ne travaillait que pour les choses essentielles. Du coup, il ne travaillait plus, il vivait. Simplement.

Il était devenu un passager, un voyageur solaire. Il avait du temps pour tout le monde, avait cessé de se préoccuper de lui-même. Ses plages de rendez-vous étaient végétales. Pas d'Outlook, pas d’I-phone, il était libre pour la vie et la vie l’était pour lui.

Maintenant, Momo Zundel mange les pissenlits par la racine, mais les siens, c’est sûr, ont le goût de la lumière du sel et de l’infini. Il a fini par mourir enfin, afin de commencer à vivre sa vie d’après la vie.

Quand viendra l’hiver cosmique, pas le Winter is coming cathodique, non, mais dans la mendicité de l’infini, il n’y aura plus ni Roms ni Genevois, ni Moldaves ni Zizous ou Vaudois. On ira tous au jardin du silence, pieds nus et fragiles, les uns derrière les autres, tendre la main à Momo Zundel. Et Momo sera là, miracle! avec ses betteraves et ses choux rouges, des aliments que l’on n'aurait jamais pensé manger, que la Migros avait même catalogué invendable.

Et là, coincés entre le silence la faim et la nuit, dans la folie la joie et le crépuscule de la mort, avec de grands feux d'artifice et des publicités pour Mars et Mac Donald sur des écrans géants, des litanies d'annonces de plans vigipirate, et des partis fascisants se posant en victimes à tous les coins de rue, on se mettra debout, et avec le sourire par-dessus le marché car Il faut changer de Dieu, c'est-à-dire qu'il faut trouver Dieu dans une expérience, dans l'expérience même de l'Homme on bêchera les quelques légumes de Momo dans les jardins célestes pour les faire bouillir, se racontant des histoires pour se faire rêver en faisant claquer le D de Démocratie en se souhaitant, encore et toujours une bonne et joyeuse année sans fin, fous que nous sommes.

2016 sera-t-il spirituel ou ne sera-t-il pas?

Le vrai problème c'est d'être vivant aujourd'hui

aurait répondu Maurice "Momo" Zundel en souriant...

car il avait de l'humour, le bougre.    

 

 

 

 

[1] Marc Donzé, l'humble présence, inédits de Maurice Zundel, tome I, Editions du Tricorne, Genève, 1986.

Marc Donzé, témoin d'une présence, inédits de Maurice Zundel, tome II, Editions du Tricorne, Genève, 1987.

 

 

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27/12/2015

Le spa miroir du monde

FullSizeRender.jpgEn me promenant au bord du lac au matin, là où les barrières et les villas n'empêchent pas encore partout de profiter des rives, je suis tombé sur ce portail orné d'une inscription: On ne peut changer le monde mais pour vous nous changeons le décor.

 

Eh quoi, serait-ce donc là réinvention contemporaine et suave du chant troisième de la Divine comédie de Dante: Vous qui entrez, laissez toute espérance? Une invite refusant d'aller au bout du chemin, mais décorant l'enfer, avec jolies tentures et éclairages tamisés, en appliquant les oeillères du consumérisme et l'eau tiède au nombril ?

Le brouillard était épais et le chant des sirènes tentant. J'ai médité un peu devant le portail pour décrypter ce qu'il nommait.

Eh quoi, il ne nous resterait plus que cela : le réduit, le replis hédoniste, le cocon où oublier l'espérance de changer le monde et l'ambition d'en faire autre chose, autrement ? C'est donc aux bu-bulles qu'il faudrait aller pour noyer toute espérance radicale et ne pas se compliquer la vie-déjà-trop-pénible avec la pensée; mais s'anesthésier avec une ou deux flûtes de champagne, un massage à 60 balles ; et se refaire ainsi la façade ?

- Coûteuse anesthésie.

 

Le communautarisme le plus agressif d'aujourd'hui

Le communautarisme le plus à la mode et le plus virulent aujourd'hui est le communautarisme de classe. Celui de l'argent, de ceux qui en ont contre ceux qui n'en ont pas, des puissants contre les autres, de ceux qui se construisent leurs territoires protégés, leurs espaces symboliques, leurs immeubles surveillés, avec un discours taillé sur mesure pour le légitimer.

Entrez ici et oubliez le monde, et dans cet espace du cocon et du ressourcement, vous pourrez pour quelques heures tout oublier... jusqu'à vous même, avec le sentiment de faire partie du club des happy-few.

- Fous que vous êtes. 

 

La nécessité de nommer pour dominer

Oh, le puissant pétrissage des cerveaux, les rotatives de l'usine à saliver qui tournent à plein régime et bâtissent de petits îlots protégés en sucre d'orge ;  sans culpabiliser que le monde s'effrite tout autour, s'en accommodant même d'un trait de plume.

Cette idéologie triste des people et de ce qu'ils mettent sous leur sapin (cf,le Matin), racontant leurs souvenirs communs, ce qui se trouve dans leur assiette ou dans leur lit ; le jeu du pouvoir dominant qui ne rassemble plus rien, ne draine ni espérance ni engouement, mais anesthésie par l'image et le luxe, la conformité ou l'intimidation; le jeu de ceux qui ont envie et de ceux qui font mine d'avoir, mais qui pourtant sont nus.  

 

Comment cela pourrait-il tenir encore, puisque ne reposant plus sur rien ?

 

Oh le puissant déni usant son morceau de savon noir jusqu'au bout, pour nous faire oublier tout engagement et toute responsabilité.

Oh la peau morte qui ne tient plus et partira sans frottement. Il ne lui suffit pas d'exister, elle doit se nommer et se photoshoper pour faire tinter le tiroir caisse. 

 

Tout pour la joie

J'en étais là de ma méditation quand une étrange réjouissance m'a saisi face à ce présent et à l'avenir qui s'ouvre et sera nécessairement un espace de renouveau et de subversion, de solidarité et de partage.

Car ce système, à l'évidence, touche à son terme. Il vit déjà sur ses réserves, avec des contradictions de plus en plus grandes, des injustices plus criantes; et les grosses ficelles qui le maintiennent sont en train de céder. Notre société abrite les plus grands traders et négociants de matière première de la planète, les plus grands affameurs, mais voudrait être quitte de son environnement, et de la solidarité internationale, arrêtant les migrants à 500 kilomètres de là.

Cette société qui se prétend mondialisée mais ne se soucie pas du monde à l'heure du partage ne sera sauvée par aucun spa; et aucun changement de décor, ravalement de façade, ne lui suffira à sortir de ses contradictions et de ses failles; aucune jingle bells aucun message charitable ne cachera sa monstruosité structurelle.     

 

Je suis resté un temps devant cette entrée, invitation à franchir le Léthé, pour y prendre mon pied.

Et j'ai tourné les talons.

- On ne peut changer le décor, ensemble nous changerons le monde.

 

 

 

 

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25/12/2015

Jésus à Champ-Dollon

Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes y jusqu'à ce que je te parle, car Hérode va rechercher le petit enfant pour le faire mourir. (Matthieu 2,10)

Ainsi commence la vie de Jésus selon l'évangile, par une fuite dans la nuit loin de la terreur et d'un empereur voulant le supprimer... puis le retour de cet enfant sur la terre qui l'a vu naître lorsque cet empereur meurt.

Que l'on ait retenu de Noël les cadeaux, les rois mages et la fête de l'abondance, une trace de la joie et de l'allégresse est une chose, mais pourquoi escamoter la dimension politique, marginale et menacée de la naissance de Jésus ? La précarité de sa naissance, qui place d'entrée son existence sous le signe de miracles successifs (comme un petit enfant qui survivrait au naufrage d'une embarcation en Méditerranée).

Cadeau de Noël

Je réfléchissais à cela dans un train pour rejoindre mes parents dans un petit village vaudois. A Gland, le long de la voie ferrée et des baraquements : une trentaine de migrants assis attendaient le train ou n'attendaient rien, ils étaient là.

Dans le wagon, de mon côté, deux vieux, mari et femme, qui regardaient ces hommes comme si tout à coup ce qu'ils voyaient parfois à la télévision avaient rejoint leur réalité, sans qu'il ne me soit possible de savoir ce qu'ils en pensaient vraiment.

Au jour de Noël, à travers le petit écran d'une vitre de verre feuilletée, deux réalités instantanées, croisement fugace. Une question me vient alors : comment les rapprocher, les mettre en lien, ces deux mondes-là? Alors que ni la langue, ni l'histoire, ne les rapproche, et que pourtant ils sont appelés à vivre ensemble, cohabiter, partager les mêmes gares, les mêmes trains, les mêmes nourritures?   

Après quelques minutes d'arrêt, le train est reparti. Les deux anciens, avec leur panier de victuailles et leur sac "île de la Réunion" dans une direction. Les migrants immobiles, demeurant le long des voies ferrées.

C'était mon cadeau de Noël.

Seuls ceux qui ne veulent pas comprendre ne comprendront pas.

 

Jésus étranger à la prétendue "Civilisation judéo-chrétienne"

Je crois Jésus, réfugié politique, étranger à ceux qui parlent de la société judéo-chrétienne, des "valeurs chrétiennes", voulant les travestir et circonscrire à un territoire, une aire géographique, les instrumentalisant pour rejeter tout ce qui ébranle et conteste leurs certitudes et conforts.

Je crois à Jésus, réfugié politique, va-nu pied, migrant, dépossédé, ami des humbles, des doux et opprimés; de sa naissance à sa mort, pourchassé, prisonnier, condamné puis mis à mort, traçant un chemin de Noël à Pâques, sur l'arc d'une trajectoire radicalement étrangère à tout discours sur la prétendue "société judéo-chrétienne" légitimant en fait une société fermée, anti-évangélique et anti-chrétienne.

Je crois à Jésus, assis au bord d'un quai à Gland, prêt à accueillir celui qui descendra du train, dans l'ouverture, toujours.

Je crois à Jésus, bébé emmené dans les bras d'une femme, passant une frontière à Vallorbe ou au Tessin.

Je crois à Jésus, sorti quelque part de Syrie par son père qui s'est levé, pour fuir la mort et répondre à la vie.

Je crois aujourd'hui Jésus, musulman, chrétien, juif ou athée. 

Je crois à Jésus, adolescent, Dieu incarné, désigné du statut de non entrée en matière (NEM), souriant le long d'une voie ferrée.

Je crois à Jésus arrivant à Genève Ville de refuge et dormant sous les ponts, avec les roms déplacés d'une rue à l'autre par les bâtons tactiques.

Je crois Jésus à Champ-Dollon.

 

 

Joyeux Noël. 

 

 

 

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16/12/2015

Barazzone joue à cache-cache-double mandat

Suite à la casse dans le budget de la Ville de Genève par une droite ivre de son nouveau pouvoir, le fait de voir Guillaume Barazzone absent des débats, en a choqué plus d'un, à droite (légèrement) comme à gauche (très profondément).

Monsieur Barazzone s'est piteusement justifié dans la presse. Ce n'était pas en raison de son agenda politique (Monsieur Barazzone a un double mandat qui l'a emmené à Berne lundi renforcer une révision du mariage rétrograde, que défend son parti), mais pour des raisons politiques se défend-il.[1] 

Utiliser le mot politique pour se justifier de ne pas assumer sa fonction ni ce pour quoi les genevois l'ont élu et le rétribuent via leurs impôts est faire injure au mot de politique.

 

Des raisons politiques ? la belle affaire. 

Monsieur Barazzone a approuvé ce budget, il a réussi à y faire ajouter 25 pompiers au mois de novembre, puis l'a défendu devant la presse avec les quatre membres de gauche du Conseil administratif avant de... se débiner au moment de faire face à ses responsabilités.

"Je ne suis pas en phase avec le discours de la majorité du Conseil administratif tenu samedi. Je ne m'y suis pas du tout reconnu. Je l'ai jugé trop partisan et ne voulais pas y être associé."

Voilà la seule justification de ce monsieur : ne pas se reconnaître dans les discours de ses collègues. Mauvais signal. Quant on en dans une équipe de 5, et que l'on obtient plus que les 4 autres sur un budget, que son parti organise le grand tabassage de la culture et du social, il est pour le moins malvenu de se poser en oie blanche ou en victime.

Son propre budget de droite que Barazzone n'assume pas

Le budget de la Ville voté dans la nuit de mardi est un budget de droite, voulu par la droite, Guillaume Barazzone en tête. En tant que seul représentant de cette droite au CA, il devait l'assumer publiquement.

Or, que faisait Monsieur Barazzone à Berne lundi ? Y donnait-il un signal politique ? Non. Aurait-il voulu donner ce signal qu'il aurait marqué son absence par communiqué à Genève le lundi même. Or, il ne l'a pas fait. Pensait-il que son absence allait passer sans autre? Rompre la collégialité pour des questions de forme est injustifiable. Monsieur Barazzone semble aussi peu concerné par la chose collective que par la solidarité envers les institutions. Pourtant, elles le légitiment. Or, aujourd'hui, il s'en sert plutôt qu'il ne les sert.

S'il y a quelque chose avec lequel Guillaume Barazzone n'est pas en phase, plutôt que le Conseil administratif de gauche, c'est notre système démocratique. Double-mandataire, jouant à cache-cache au moment du budget et rompant une collégialité pour servir son agenda personnel, il méprise nos institutions.    

 

Un leader de la droite qui ne dit pas son nom

Idéologiquement, Barazzone désavoue toute la droite dont il est pourtant le représentant avec un aplomb hallucinant : "Il faut faire des économies, mais couper n'est pas la bonne solution, car les coupes linéaires ne permettent pas de dégager des priorités! Elles prennent les associations au dépourvu."

Pourtant, il n'était pas là pour l'exprimer lundi, ni pour retenir ses troupes de couper. C'est une forme de lâcheté politique que de désavouer le lendemain des coupes qui impacteront la vie de centaines de gens et prétendre s'en émouvoir alors qu'il les a lui-même ordonnées.

 

Se moquer du monde sans oser rire de soi

Arrivé à ce point là, Monsieur Barazzone montre son vrai visage en se moquant de... tout le monde.

 

  • Il se moque tout d'abord du Conseil Administratif, brisant la collégialité pour trahir le conseil administratif sur un budget dont il est responsable et qu'il a signé.
  • Il se moque des règles du jeu de la démocratie. Tout comme celles de la loi, l'important dans notre système, c'est d'apprendre à les respecter. Or, quand on est minoritaire, on vit et on perd comme minoritaire, ce que la gauche a durement éprouvé durant le vote du budget. On ne se pose pas en diva en biaisant les règles. Sinon, cela devient de l'arbitraire, et c'est cela qui nourrit aujourd'hui une colère contre la droite. Invoquer une fois le respect de la loi et "La démocratie" pour dominer l'autre au nom du "respect des règles" est une chose ; mais l'invoquer aussi comme minoritaire pour biaiser le débat, et dans les deux cas, en tirer avantage, c'est bafouer les institutions. C'est ce que Monsieur Barazzone a fait durant le vote de ce budget. Il a voulu gagner sur tous les tableaux à la fois, utilisant chaque fois les institutions à son avantage. Est-ce cela la démocratie ? Non.
  • Il se moque enfin de son parti, le PDC, leader dans l'opération de coupes sauvages contre la culture et le social en affirmant que ces coupes ne sont pas une bonne chose. Il s'en distingue dans la presse alors qu'il en est l'instigateur. Mais quoi? Monsieur Barazzone n'a-t-il pas été élu comme conseiller administratif par le PDC? Comment la main peut-elle faire une chose et la tête une autre ? Cette schizophrénie politique montre l'incohérence politique de ces coupes. Au fond, elles ne sont assumées ni par la tête ni par la main qui s'en renvoient la responsabilité. Elles sont du même ordre que les grands discours que porte le PDC contre l'alliance avec le MCG au niveau cantonal. Mais au final: qui a été l'allié principal du MCG durant le vote du budget ? Le PDC...
  • Enfin, il se moque surtout de la population genevoise. En jouant au petit prince médiatique pouvant gagner sur tous les tableaux politiques, il montre son avidité de le faire au détriment de la chose commune et des vies en jeu, de la prospérité de Genève. Il montre, par son exemple, que les combinazione politique peuvent dominer sur la cohérence, et le trouble sur la transparence, ce qui jette le discrédit sur toute la classe politique.  

 

Le règne du faux semblant

En raison de ses ambivalences et démissions, et tout ce que cela laisse envisager de chaos et de casses futures pour notre Ville de Genève:

J'aimerais inviter Monsieur Barazzone à la réflexion et à se demander s'il ne serait pas bienvenu de laisser sa place à un homme ou une femme de son parti, qui aurait plus à coeur et plus de temps que lui pour défendre les intérêts collectifs et surtout les assumer, quelles que soient ses options politiques.  

J'aimerais aussi inviter Monsieur Barazzone à la réflexion sur son double mandat, afin qu'il soit capable d'être présent à Genève quand il y est, et assumer sa politique plutôt que de se défiler; effectuer un travail de duplicité entre le conseil administratif et le conseil municipal à Genève, mais aussi entre Genève et Berne n'est pas bon pour notre cité. 

Enfin, l'inviter à considérer ce qu'il faut penser d'un magistrat filant à Berne quand ça devient difficile ici avant de revenir au bout du lac quand Berne lui déplaît, le faisant bien sûr toujours au nom des institutions et de notre Ville, mais au final lui causant un tort certain.

 

 

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/barazzone-absent-budget-voulais-associe-discours-partisan-executif/story/22042877    

 

 

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15/12/2015

La droite s'enivre: le social et la culture trinquent

La droite s'est élancée sur le budget de la Ville de Genève pour le taillader. Tout à son enthousiasme de disposer enfin d'une majorité pour faire ce qu'elle voulait du budget 2016 de la deuxième ville de Suisse, elle a, après avoir refusé une première fois en septembre de faire le travail, choisi avant Noël de le hacher.

L'hybris de la coupe s'est emparée de la droite. Frénésie sélective quand même puisqu'elle a choisi arbitrairement d'épargner le sport, le Grand théâtre et les crèches...gare à la gueule de bois. Ses coupes ont permis de jeter une lumière crue sur l'inconsistance du seul magistrat de droite au Conseil administratif Guillaume Barazzone (PDC) qui a choisi de faire son lobby personnel à Berne, plutôt qu'honorer son mandat en Ville, et assumer le saccage de ses troupes.

La droite se renie

La droite coupant dans les budgets des associations culturelles et sociales, supprimant des emplois, le fonds de réinsertion fonds chômage, tout un pan de la vie associative locale, obnubilée par les chiffres abstraits, a perdu le contact avec l'économie réelle.

Elle a même perdu le contact avec ce qu'elle prétend encore défendre malgré elle: le courage d'entreprendre, la créativité, et l'engagement pour la collectivité. Si les explorateurs et entrepreneurs que la droite valorise avaient eu la même mentalité que cette droite rabougrie, ils auraient dit : nous ne pouvons pas avancer, il y aura peut-être des difficultés, restons au chaud, coupons tout. Arrêtons la vie.

Barazzone a choisit d'aller surfer à Berne, tranquille.  

La gauche s’est opposée aux coupes déséquilibrant le budget municipal en refusant le boni de 15.5 millions effectué sur le dos des forces vives de la société.

Ces coupes votées produiront des charges reportées. Elles mettent directement en péril des associations, des emplois, la cohésion sociale, et diminuent fortement les prestations à la population. Par un effet domino, elles entameront aussi profondément des secteurs de la vie collective. Surtout, elles pénaliseront injustement certaines associations qui se voient déjà assommer par les coupes du Canton. Elles créent des inégalités de traitement injustifiées.

Quelques exemples parmi tant d'autres!

Centre social protestant
Pour le CSP, la baisse du Canton représente CHF 30'000.- de moins au budget. Cette baisse devra être compensée par une hausse des produits propres; cumulée à d'autres pertes, elle débouchera sur
une suppression de poste. Les coupes de 2% imposées au Centre Protestant de Vacances par la droite du conseil municipal les y condamnera probablement.

Caritas
Pour Caritas, la baisse du Canton sera du même ordre de grandeur que le CSP (CHF 30'000.-) avec les mêmes problèmes (compensation à chercher sur d'autres recettes) et les mêmes conséquences potentielles (nécessité de réduire les charges sur les coûts de personnel). Les coupes de 2% imposées en Ville les y condamnera.

F-information
Pour l'association destinée aux femmes et aux familles, les coupes cantonales  représentent 30'000.- en moins sur budget. C'est la suppression d’un poste de 30% avec 8 heures de consultation en moins par semaine pour les femmes. Le montant de la réduction ne pourra pas être compensé par ailleurs. La droite municipale y ajoute encore 2% !


Alcip
Pour l’Alcip, l'association de lutte contre les injustices sociales et la précarité, les coupes cantonales déboucheront sur une suppression de poste d’un permanent à 50 % et à ne plus pouvoir éditer leur journal. Ils vont devoir réduire également de moitié leur distribution de nourriture via Partage pour les plus démunis. Les 2% de coupe ajoutée en Ville limiteront encore l'appui aux plus démunis.


Boulevard, Aspasie

Pour les associations boulevard et Aspasie, aux 5% cantonaux doivent s’ajouter le 1% de solidarité avec l’association PVA (Personnes vivant avec) qui s’occupent des personnes atteintes du VIH. Boulevard a déjà perdu 6% de son budget pour 2016. Un poste de collaboratrice socio-sanitaire à été supprimé. Les coupes de 2% en Ville fragilisent encore plus la structure.


Pro Juventute
Pour Pro Juventute, les coupes cantonales représentent une diminution de 95'000.-  Comment y faire face? 2% de coupe en Ville en plus! Joyeux Noël pour les enfants. 


A ces associations fragilisées qui surnageaient déjà difficilement, auquel le Canton a mis la tête sous l’eau. La droite municipale a choisi d'attacher une pierre.

 

Double coupes pour certains, triple coupes pour d'autres

Les acteurs culturels sont eux aussi frappés de plein fouet. Là aussi :  double sanctions des coupes cantonales et municipales. Cela fait donc 3% de coupe pour le Théâtre Am Stram Gram, Les Marionnettes, le Poche, la Comédie, l'Orchestre de Suisse Romande, L'Orchestre de Chambre Genevois, exemples parmi d'autres. Mais il faut là y ajouter encore la baisse de 10% des fonds de soutien à la création et aux manifestations ! 

Ces coupes interviennent dans un contexte économique difficile pour la culture, avec une crise financière, et le franc fort. Les coupes de la droite touchent un secteur vital pour la ville locale ayant permis l'engagement de presque deux mille personnes en 2014.

Elles affectent les petites institutions qui n'ont pas de budget de production, mais aussi les manifestations qui en dépendent: fête du théâtre, fête de la danse, festival Electron, Black Movie, Filmar, Animatou, Ciné Transat, etc.

Ce sont donc directement des prestations à la population qui sont touchées.

 

La droite n'aime pas la musique

Si l'on prend le fonds général Musiques et chorales, ce sont les ensembles suivants de musique populaire qui seront touchés : Empro, Losange, Fifres et tambours, Cercle choral, Union accordéonistes mixtes, etc... la culture porte seule plus de 10% des coupes de la droite!

Pourquoi un tel acharnement sur ce qui fonde le vivre ensemble?

 

Tout le monde y perd

Au final, les habitant-e-s de la Ville de Genève paieront toujours autant d’impôts pour moins de service. La production collective de richesse en Ville sera atteinte. Ceux qui ont de la peine à boucler les fins de mois seront les premiers touchés.


La gauche s’est opposée à cette ivresse destructrice de la droite qui, pour une question de posture politique, a balayé le fait que les dépenses de fonctionnement de la Ville sont sous contrôle (1%), que la gouvernance et la gestion financière de la Ville sont fortes. Aujourd’hui, la Ville honore sa dette, dispose de liquidités. Pourquoi casser un budget à l’équilibre? Est-ce parce que la Ville fait mieux que le Canton que la droite veut la faire tanguer ?

 

Retirer le coupe-coupe des mains de la droite


La population augmente, les besoins croissent. L'endettement des collectivités publiques ne conduit pas à des politiques restrictives. La dette en ville de Genève est sous contrôle et n'entame pas l’exercice budgétaire.

Par contre, la politique du coupe-coupe à courte vue détruit une économie réelle de proximité, des savoirs-faire, et une production de richesse. Aujourd’hui, la Ville assure les moyens de ses prestations. Avoir sabré dans ce budget 2016 met en péril tout un pan de l’économie et de la population.

 

Les référendums sinon rien

La gauche lancera donc des référendums pour contester ces coupes devant le peuple. Je suis persuadé que le peuple les soutiendra et refusera de payer toujours plus pour recevoir toujours moins, et de valider ces coupes qui vont contre son intérêt et son attachement à des associations et acteurs culturels de Genève qui le lui rendent au centuple. 

 

Quant au PDC qui tabasse le social et la culture avec un magistrat absent et se lie toujours plus étroitement au MCG malgré ses grandes déclarations de refus d'alliance avec ce parti, il est définitivement passé du côté des tartuffes.

 

Barazzone démission


Et si Monsieur Barazzone a oublié qu'il a été élu pour siéger dans un Conseil Administratif en Ville de Genève et y faire son boulot, qu'il démissionne. Son absence durant le vote du budget illustre bien l'incohérence des discours de la droite et son irresponsabilité.

Appeler les autres à la rigueur tout en se donnant des passe-droits est hallucinant. La droite devrait s'appliquer sa morale avant de l'imposer à ceux qui, faisant leur travail, luttant au quotidien, créent des richesses et améliorent la vie en Ville de Genève.

 

 

 

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11/12/2015

Terrorisez-vous, n'ayez pas peur

Terrorisez-vous, restez chez vous, téléphonez à la police si vous voyez un barbu, une djellaba, une valise abandonnée, un sac à main, un mouchoir en papier, une corne de gazelle, une canette de coca délaissée.

Terrorisez-vous, lisez la presse sur les peut-être il se peut on ne sait jamais mieux y croire, mieux vaut prévenir que guérir, il ne se passe rien il faut le dire, Genève est une cible mondiale, personne ne s'y intéresse.

Terrorisez-vous, faites-confiance à toutes les rumeurs, ayez peur du passage de toutes les camionnettes, serrez-les fesses, partez à la campagne, ne restez surtout pas seuls, levez les bras au ciel.

Terrorisez-vous, regardez chaque jeune du Lignon des Avanchets de la mosquée comme des kamikazes potentiels, chaque jeune tout court, toute barbe et plaques françaises ou belges, tout ce qui est précaire est dangereux. Comptez les jours depuis le dernier article parlant de possibles éventuels départ en Syrie, craignez le retour, craignez qu'il ne se passe rien, ça continue sûrement dans l'ombre alors.

Terrorisez-vous, dites à tous vos amis du monde que vous les aimez, que vous allez bien, touchez-vous sur twitter, mais pas en vrai, renoncez aux cadeaux de Noël, remplissez-vous la panse, fuyez la foule, les rassemblements, la fête de l'escalade, les matchs de hockey... le foot vous pouvez y aller, il n'y a jamais personne.

Terrorisez-vous, rumorisez-vous, paranoïez-vous. Floutez les visages de tous les barbus, tout le monde est suspect, même vous, doutez de tout, ne soyez pas, fantasmez, violentez-vous, retournez-vous dans la rue, épiez votre voisin, cachez-vous, ne dormez plus, faites la guerre au poil, au Coran, aux croissants.

Terrorisez-vous, la menace est partout, aliénez-vous, la menace est personne, sursautez dans la rue, restez bien informés, il ne se passe rien, on ne sait jamais. Mettez des photos de flics en armes partout, postez-vous dans la rue, transparencez-vous, montrez patte blanche, ne cachez rien, ne dites rien, ne pensez plus, ne contestez pas, ne dansez pas, laissez-vous fouiller de fond en comble s'il le faut, rendez-les armes, vous n'en avez pas.

Faites comme Pierre pas Simonetta, hurlez au loup, agitez-vous, soulevez la poussière, rameutez la presse, bloquez une rue, ne tenez pas compte de Berne, écoutez la CIA, Facebook, radio psychose, la menace est partout. Faites comme d'habitude, ne changez rien à vos angoisses, élevez les d'un cran, degré rouge orange bleuté vert avec clignotement de sirènes, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

Faites comme vous avez toujours fait, tout est sous incontrôle, terrorisez-vous juste une pincée, rentrez plus tôt. 

Terrorisez-vous, terrez-vous, téléphonez-vous, inquiétez-vous les uns les autres, partez en vacances ne partez plus, réservez, annulez, réservez, questionnez mille fois le lieux de vos repos, partez au Nord, à Helsinki ou Stockholm, marchez sur la pointe des pieds, comptez jusqu'à cent dans la rue, jetez-vous à terre pour vous entraîner, fermez les portes sans les claquer, gardez la tête froide, rampez.

Surtout dites vous que vous n'avez pas peur, car ils auraient gagnés.

Informez-vous, terrorisez-vous, n'ayez pas peur. 

 

 

 

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28/11/2015

Climat : je marche, donc nous sommes

Pluie, neige et froid. Un temps tempéré aujourd'hui pour manifester pour le climat. Mais qu'est-ce que cela veut dire, au juste, manifester pour le climat?

Est-ce que le climat a besoin de moi, de nous, de nos chants, de banderoles et des schémas alarmants des courbes de Co2 prenant l'ascenseur?

Le climat n'a pas d'âme pas de liens, pas de responsabilités; il se moque que notre terre se torréfie et que nous soyons destinés, à plus ou moins courte échéance, si rien ne change, à y cuire.

Le climat nous grillera tous comme les derniers des criquets à la fin d'un été torride. Mais nous, en attendant... quelle vie voulons-nous et pour combien de temps? Alors que la conférence de Paris sur les changements climatiques s'ouvre du 30 novembre au 11 décembre, marcher pour le climat, c'est marcher pour l'humain.

C'est aller pour la vie, l'affirmer. 

   

La tyrannie de l'état d'urgence

L'air social est devenu, en certains lieux du continent, irrespirable. L'Etat liberticide a pris le pas sur l'état d'urgence. La France embastille aujourd'hui même 24 militants éco socialistes au nom de l'Etat d'urgence[1]. Elle opère des perquisitions administratives contre des couples de maraîchers bio et des associations de semeurs de graine ! Partout, des manifestations pour le climat ont été annulées en Europe pour risque d'attentat. La responsabilité de manifester est aujourd'hui plus grande que jamais, au nom de ceux qui sont empêchés de le faire. 

Les corrélations entre terrorisme et climat sont clairement posées.[2] Les liens entre instabilités géopolitique, migrations, noués. Il y a des luttes et des mouvements qui sont en marche. L'air du temps est à la défense de nos droits fondamentaux, ceux de vivre, s'opposer, respirer, manifester.  

 

Marcher pour l'éco-socialisme

Marcher pour le climat, c'est marcher pour les humains, dans leur écosystème; se balancer d'un pied sur l'autre, refaire encore et encore ce geste ancestral caractère des premiers hominidés. Geste d'humanité, depuis l'acquisition de la bipédie il y a 4 millions d'années ; de Lucy à ceux qui ont pressé le pas pour se mettre à l'abri le 13 novembre et pour tous ceux et toutes celles qui vivent sur cette planète, soumis aux aléas climatiques et sociaux, à l'accentuation des dérèglements.

 

Cyclo-révolutionnaires de tous les pays unissez-vous

Je marche pour un écosystème durable et protecteur, dans un pays libre. Je marche pour ceux qui partent à pied en laissant tout derrière eux, et se heurtent à des murs.

Je marche pour une réflexion profonde, morale (même si ce mot est raillé par les cyniques), sur la politique capitaliste coûteuse et à courte vue, qui sectionne nos héritages et ampute notre avenir aussi sûrement que des rafales de kalachnikov.

Je marche contre un système fou consumant un présent frénétique, avec l'hypocrisie d'une société se rêvant à 2000 watts mais n'arrêtant pas d'ajouter des prises et des câbles, des prothèses numériques à son vide existentiel.

Je marche contre ceux qui appellent cyclo-terroristes ceux qui veulent une place devant les 4X4, et mettent en taule des gamins de 16 ans parce qu'ils n'ont pas le bon permis de séjour.

 

Marcher pour la vie

Aujourd'hui, marcher pour le climat, c'est marcher pour une vision durable de l'humain dans son écosystème, respectueux de ce qu'il a reçu gratuitement, responsable de ce qu'il transmettra après lui.

C'est marcher pour faire groupe, corps, agréger les possibles, à mille ou deux mille à Genève et toujours plus demain, malgré toutes les menaces, contre toutes les résignations.

C'est marcher pour arrêter de rêver que nous sommes dans une bulle hors du monde, et que notre avenir se construira cloîtré chez soi avec un état d'urgence imposé et des camions de police dans la rue, soumis à l'angoisse unique que la connexion internet ne lâche et qu'il faille écrire Je suis nombril pour se sentir encore exister un tout petit peu.

 

 

Marche pour le Climat. Samedi 28 novembre, Genève.

Rassemblement à 13h, place des 22 Cantons.

 

 [1]etat-d-urgence-cosse-s-insurge-contre-la-mise-en-cause-de...

 [2]Terrorisme-et-si-on-cherchait-les-causes-du-cote-du-chang...

 

 

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www.sylvainthevoz.ch 

 

 

 

 

 

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23/11/2015

Au nom d'Allah, du marché et de l'audimat

Début octobre, la SSR annonçait la suppression de 250 postes et la réduction de programmes, films, séries, émission religieuses et littéraires. Le Tribunal fédéral ayant décidé d’amputer la TVA à la redevance, la SSR devra faire face à quelque 35 millions en moins par an. Mais en 2018, l’élargissement de la redevance, (acceptée en votation populaire en juin 2015), apportera des recettes supplémentaires!  La SSR pourrait donc s’endetter, temporairement, et ainsi dépasser ce cap sans casse. Pourtant, la direction de la SSR a fait le choix de couper dans l'offre, les programmes... et dans les postes. Cette gestion à courte vue est désastreuse, pour les postes d'emploi à Genève, l'économie locale, et le public. Et puis, couper des émissions littéraires, sur le fait religieux, par les temps qui courent... faut-il être sot ! 

 

Le mépris du partenariat social

La direction de la SSR confirmait, le 17 novembre, après "consultation", vouloir sacrifier les emplois publics. Ceci, malgré plus de 400 propositions d'économie alternative avancée par le personnel.[1] Ces propositions alternatives ont été balayées par la direction. La consultation a servi d'alibi. [2] Une consultation bidon, certes prescrite par la loi, mais sans effet, pour entériner des coupes avant même que le parlement fédéral n'ait été saisi.[3]  Une consultation pipeau donnant quittance aux petits soldats du management et de l'austérité: les sots, champions de l'abêtissement généralisé.

Vous reprendrez bien un grand Prix de Formule1 et une couverture saignante d'attentats pour vous exciter le dimanche soir ?

 

Pour une vrai radio-télévision publique

Et si la radio-télévision publique se recentrait sur le service... public, avec des émissions de qualité,  et d'approfondissement?

Et si l'on protégeait la radio de la structure organisationnelle qu'a imposé la télévision sur la radio ? Si l'on sortait du règne du nivellement par le bas, avec un affaiblissement général des programmes par manque de moyens et le diktat de l'audimat?

Si rien n'est fait pour contrer cette entreprise d'abêtissement général, nous allons à terme vers la mort du service public. Alors, si l'on veut louer la liberté d'expression et défendre notre mode de vie, ce n'est pas seulement dans l'après coup, après que des terroristes aient tiré dans le tas, mais aussi quand les exécutants de la doxa financières suppriment des lignes, des services et des postes, compriment les cerveaux et compactent la masse. 

Il est temps de monter aux barricades pour refuser qu'au nom d'Allah, du marché ou de l'audimat, l'entreprise de vidage de cerveaux ne soit généralisée.

 

Le travail de sape des sots

Encore un mot. Dans le Matin Dimanche, j'ai lu avec stupéfaction la proposition d'un député genevois, fort sot, d'ajouter 2 millions aux forces de sécurité du canton pour qu'elles aient de plus performants fusils et gilets pare-balles pour combattre d'éventuels terroristes. Sauf que, deux pages avant, le chef des polices romandes annonçait, rassurant et professionnel, le parfait équipement et la capacité adéquate à faire face des polices romandes! 

Ceci pour démontrer la sottise et la surenchère dans laquelle nous sommes embarqués; la vilaine pente de la dictature de l'audimat, de l'émotionnel et du tout sécuritaire, qui fait plier la raison.

Il suffit aujourd'hui à certains d'hurler sécurité sécurité, armement armement pour dégommer les moyens pour l'éducation, le social, la conscientisation des esprits.

La direction de la SSR, les bancs de droite des députés, les sots: alliés objectifs des terroristes, dans leur entreprise de sidération et d'abêtissement généralisé.

La 5e colonne est au Parlement

Vous cherchez la 5e colonne des terroristes? Je vous en prie, n'allez pas à la mosquée ou dans les quartiers précarisés, vous la trouverez à la droite du Parlement, et dans certains conseils d'administration. C'est là qu'elle est implantée et déploie ses effets délétères.

Au nom du marché, du profit et de l'austérité; cherchant à détruire l'Etat, le vivre ensemble, avec une compréhension sotte et à courte vue d'une société sans culture et sans justice sociale, cette 5e colonne façonne une société extrêmement vulnérable.

Si nous laissons faire ce travail de sape, à ce rythme là, nous n'aurons bientôt plus besoin de terroristes, pour que tout s'écroule.

Notre société tombera d'elle-même, absorbée par sa propre vacuité (mais avec des budgets équilibrés).       

 

 

 [1] http://www.ssm-site.ch/fr/medienmitteilung-das-ssm-ist-schwer-enttaeuscht/

[2] http://www.ssm-site.ch/fr/note-de-protestation-relative-a-lissue-de-la-procedure-de-consultation/

[3] http://www.edito.ch/fr/2015/11/17/ssr-la-consultation-nau...

 

 

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De la Sottise (D.Bonhoeffer)
 
 
La sottise est une ennemie du bien plus dangereuse que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le mettre à nu, l’empêcher par la force; le mal porte toujours en soi un germe d’autodésagrégation, en laissant derrière soi un malaise. Nous sommes impuissants contre la sottise. Nous n’obtenons rien, ni par nos protestations ni par la force; le raisonnement n’opère pas; les faits qui contredisent ses préjugés, le sot ne voit pas la nécessité de les croire - dans ce cas, il va jusqu’à devenir critique- et lorsqu’ils sont inattaquables, il peut les mettre de côté comme cas isolés sans signification.
Contrairement au méchant, le sot est entièrement satisfait de lui-même; il devient même dangereux lorsque, facilement irrité, il passe à l’attaque. C’est pourquoi la prudence est de mise davantage face au sot que face au méchant. Nous n’essaierons plus jamais de convaincre le sot par le raisonnement; ce procédé est absurde et dangereux. Pour avoir prise sur la bêtise, il nous faut chercher à comprendre son essence. Elle est un manque qui n’est certainement pas intellectuel, mais bien plutôt humain. Il existe des gens d’une grande souplesse intellectuelle qui sont sots, et d’autres qui, bien qu’engourdis intellectuellement, sont intelligents. A notre grande surprise, nous avons fait cette découverte dans des situations précises. On constate que la sottise n’est pas un défaut inné, mais que, dans certaines circonstances, les gens s’abêtissent ou se laissent abêtir. Nous observons en outre que chez les solitaires ce défaut est plus rare que chez les gens ou dans les groupes qui penchent vers la sociabilité ou qui y sont contraints. Ainsi, la sottise semble être un problème sociologique plutôt que psychologique. Elle est une forme spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, une manifestation psychologique qui accompagne un certain état de choses. En y regardant de plus près, nous constatons que n’importe quel grand déploiement de puissance extérieure, politique ou religieuse, frappe de sottise une grande partie de l’humanité. Cela semble être carrément une loi psycho-sociologique. La puissance des uns a besoin de la sottise des autres.
Dans ce processus, certaines aptitudes de l’homme, comme l’intelligence, ne viennent pas à manquer brusquement, pas plus qu’elles ne s’étiolent, mais, sous l’influence écrasante de ce déploiement de puissance, l’homme est privé de son indépendance intérieure et renonce consciemment ou inconsciemment, dans telle ou telle situation, à une attitude personnelle. Qu’on ne s’y trompe pas: l’obstination fréquente du sot ne doit pas nous faire croire qu’il agit ou pense de façon autonome. Dans la discussion, on sent nettement que ce n’est pas à lui personnellement qu’on a à faire, mais aux grands mots qui le possèdent. Il subit un charme, il est aveugle. On abuse de sa personne, on l’aliène. Devenu ainsi un instrument dépourvu de volonté propre, le sot sera prêt à commettre n’importe quelle mauvaise action, et en même temps incapable de la reconnaître comme telle. C’est là le danger d’un abus diabolique. Par là, des hommes pourront être abîmés pour toujours.
Il saute alors aux yeux, précisément, que seul un acte de libération peut vaincre la bêtise, et non pas le raisonnement. On est obligé de convenir qu’une vraie libération intérieure ne peut intervenir que lorsqu’elle est précédée d’une libération extérieure; jusque là, il nous faut renoncer à toute tentative de convaincre le sot. Cet état de choses explique d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours en vain de savoir ce que “le peuple” pense réellement, et pourquoi cette question est si inutile pour celui qui pense et agit de façon responsable, toujours dans certaines circonstances. Le texte biblique qui dit : “la crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse” (Ps 111:10) déclare que la libération intérieure de l’homme responsable est la seule victoire véritable sur la sottise. Du reste, ces pensées sur la bêtise sont consolantes en ce sens qu’elles ne permettent absolument pas de croire sotte la majorité des hommes en toute circonstance.
Les autorités attendront-elles davantage de la sottise des hommes ou de leur intelligence et de leur liberté intérieure ? Tout dépendra de cela.
 
Dietrich Bonhoeffer, Résistance et Soumission, Editions Labor et Fides.

 

 

 

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20/11/2015

Touche pas à mon Etat

Suite aux attaques de Paris de vendredi passé, les services publics sont en première ligne, et montrent, s'il en était besoin, ce qui nous permet de vivre et survivre ensemble, ce qui fait le liant dans nos sociétés. 

La police, les pompiers, les ambulanciers, les psychologues, les bénévoles coordonnés par des travailleurs sociaux, les douaniers, la Mairie de Paris, les radios publiques, les médecins, les infirmières, les pompes funèbres, les experts, les consultants, les spécialistes, formés dans des universités, tous en premier ligne, tous au service de la population. Ceux qui travaillent en amont, les puéricultrices, les artistes, les éducatrices, les enseignants, les matons, les juges, les gardiens de la loi, tous et toutes: au  service de la population.  

Ces services, c'est l'Etat, qui se positionne, affirme, protège, pare au plus pressé, travaille et évite que la catastrophe ne se transforme en apocalypse. 

 

Touche pas à mon Etat ! 

Ces services, c'est tout ce qui, pour les petits soldats du libéralisme, "coûte cher" et ne rapporte rien ; tout ce qui, alors que nous nous balançons au-dessus de l'abime, voir que nous y avons déjà un pied, nous retient par le col. 

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A nourrir, éduquer, protéger, soigner, entretenir, choyer, et protéger.

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A préserver le vivre ensemble. A établir un Etat que les tenant de l'austérité et du libéralisme forcenés veulent mettre à bas.

 

Est-ce que Mac Do nous protègera des attaques terroristes?

Est-ce que Procter & Gamble, UBS, Crédit Suisse, les patrons du trading et de la finance viendront ramasser ta maman sur le trottoir quand un connard l'y aura collé?

Non, selon le modèle américain, et les normes du management contemporain, ils l'enjamberont pour aller travailler, parce que ce n'est pas rentable de ramasser les mamans au sol.   

Il est choquant qu'aujourd'hui, des entreprises ayant quitté la France pour venir s'établir en Suisse, n'y paient pas d'impôts, s'y trouvent à l'aise, en sécurité, bien content d'être ici, à l'oeil et en sécurité, pendant que d'autres se font canarder, que des ressources qui devraient être alloués pour lutter contre le terrorisme, l'insécurité, en France et en Suisse, se trouvent évacués pour engraisser des actionnaires.

Il est choquant que la droite veuille une transparence totale sur les citoyens (Lrens), et protège par des lois spéciales l'opacité des circuits financiers depuis des décennies (secret bancaire, forfaits fiscaux), se faisant l'allié objectif des terroristes, d'Oussama Ben Laden à Daech.

Il est choquant que malgré le péril, la droite la plus bête du monde, veuille encore dégommer l'Etat.  

 

Le terrorisme est le visage ultralibéral de la guerre économique

J'ai été éberlué d'entendre le patron d'un des cafés mitraillé de Paris, motiver ses employés à reprendre le travail le lundi suivant la canarde, comme s'il s'était agi là d'un événement mineur : allez hop les gars on y retourne... on va pas se laisser abattre. Il y avait une part d'héroïsme là-dedans, de résistance, oui. Mais il y avait aussi une part de folie, l'impossibilité de freiner, se réparer, se recueillir, soutenue par la tyrannie du travail.

Comme le déni du hamster dans sa roue, une frénésie : la terrible violence économique, celle qui fait renvoyer sur une terrasse celui qui a failli y claquer 4 jours avant, en lui demandant de sourire, pour satisfaire le client, comme il faut, comme avant.

 

L'Etat garant du vivre ensemble

Vers qui se tournent les citoyen-ne-s alors que le trouillomètre est à zéro ?

Vers  l'Etat et ses services, garants de l'ordre, de la sécurité, d'un enseignement de qualité, avec de lieux culturels diversifié, permettant les échanges sociaux, de proposer aux cerveaux autre chose que la merde djihadiste ou consumériste se trouvant sur internet et en abondance sur les écrans des gamins avec des décapitations à la pelle et une boucherie continue.  

 

Qui, hormis l'Etat, sera un antidote à la propagande djihadiste ? 

Alors que la tempête est sur nous, l'Etat prévient, balise, encadre, éduque, encourage, et punit au besoin.

Aujourd'hui, cet Etat nous protège. La droite libérale veut le casser en bradant par des cadeaux fiscaux, le juste prix d'établissement en Suisse pour des entreprises, en bousillant des associations, un savoir faire et savoir être, en coupant dans les effectifs des fonctionnaires, en ne payant pas les acteurs culturels qui créent du lien social et luttent à leur échelle contre les forces de destruction, etc.

Moins d'Etat c'est moins de service, de protection, et plus d'insécurité. 

 

Tu préfères que la dette augmente ou te faire shooter un matin par un djihadiste?

Faire, comme s'en gausse la droite, des annonces de coupe sur les budgets 2016 pour le Canton de Genève et la Ville de Genève au nom de la dette, c'est, de la part de la droite la plus bête du monde, une déclaration de guerre.

C'est pour elle se ferait l'alliée objectif des terroristes et des forces de destruction. 

C'est aussi ridicule et bête que la RTS qui annonce 250 licenciements, et coupe des émissions littéraires (Entre les lignes, index.php?id=855) et religieuses (rts-fache-supprimant-emissions-religieuses) sur ses ondes. Alors que nous n'avons jamais eu autant besoin de créer du sens, de comprendre le monde que nous habitons, de construire un vivre ensemble, bousiller ce qui fait notre culture et notre lien social est un acte suicidaire, donc terroriste. 

 

L'hydre à deux têtes

A l'hydre à deux têtes: djihadistes et droite libérale : alliés objectifs dans la destruction. 

A l'hydre à deux têtes, nous disons : ne touchez pas à notre Etat, ne touchez pas au vivre ensemble, ne touchez pas à nos cultures, nos musées, nos lieux d'enseignements.     

Nous refusons vos plans de destruction.

 

 

 

 

 

 

 

13:04 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : terrorisme, paris, néo-libéralisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/11/2015

Résister à la terreur

Pleurer les morts, soutenir les vivants 


Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont aux vivants, à ceux qui, aujourd’hui à Paris,  et partout ailleurs dans le monde, descendent dans la rue pour acheter leur pain, croisent leur voisin, iront à un rassemblement demain, avec l’angoisse que cela pète encore, ne sachant plus trop qui ils vont croiser, où rôde le danger, à qui ils parlent ; à tous ceux et celles qui devront résister à la méfiance, à la peur, au règne de l’angoisse.

Mes pensées vont à tous ceux et toutes celles qui se feront désigner comme responsables, en raison d’une appartenance, d’un silence, d'une religion; à tous ceux qui refuseront de crier avec les loups, avec les chiens, à ceux qui refuseront la mort, le repli, la récupération et l'instrumentalisation.

Mes pensées vont, aux différents, aux silencieux, aux choqués, aux secoués, aux amoureux et aux enfants, aux doux et aux sidérés. 

A tous ceux et toutes celles qui aujourd'hui pleurent et résistent, allument une bougie, écrivent, travaillent, prient, plantent ou sèment pour d’autres, tournent les yeux au ciel, vers leur voisin : là où se trouveront toujours tous les possibles. 


Résister à l'intimidation massive

Attaquer simultanément et en 6 lieux différents dans Paris et proche du stade de France où se déroulait un match avec 80'000 personnes dont le président de la République, il fallait y penser. A un mois des fêtes de Noël, frapper pour terroriser, Il fallait y penser. Oui, il fallait y penser. Cela pour dire que : « les barbares », les « tueurs » sont, et c'est peut-être difficile à écrire, aussi des penseurs. Et cette pensée là, précisément, d'assassins, donne froid dans le dos, jusqu’à la moelle. Cette terreur n'est pas aveugle. Elle porte la trace d'une déclaration de guerre, avec la signature de l'Etat islamique à ce jour et avec une intention : nous entraîner dans sa spirale.  

Rien n’a été laissé au hasard. Attaquer le Bataclan, lieu culturel, de rassemblement, ravager des terrasses, cibler la rue, c’est attaquer le vivre ensemble, ébranler la racine du quotidien, le peuple. Il n’y a pas eu de tuerie aveugle. Il y a eu un choix du terrorisme comme arme d’intimidation massive. Après Charlie Hebdo, il y a 11 mois, c'est, ce vendredi 13 novembre, encore en France, pays des lumières, des cibles culturelles, symboliques, populaires qui ont été désignées et 132 personnes assassinées, 250 blessées. 

 

Tous et toutes des cibles
Face à cela, un fait s’impose aujourd’hui comme une brutale évidence. Nous sommes tous et toutes des cibles. L’Europe n’est plus, si elle pouvait encore se penser telle, une bulle isolée des tourments du monde, un îlot à l’abri de ce qui hier, aujourd’hui et demain, frappe, frappait et frappera à Beyrouth, à Nairobi, à Tripoli. Nous sommes dans le monde, immergés dans sa violence, et nous sommes désormais là pour tenter d’y vivre, non pas comme avant, mais comme après, en résistant. 

Tous et toutes des cibles? Passée la sidération, comment réagir ? Un constat : ceux qui appellent aujourd'hui aux fermetures des frontières, au renforcement des système de sécurité, essaient de nous faire croire que cela serait LA solution, ou désignent des boucs émissaires, sont dans la naïveté de l'angélisme viriliste. La France s'y est essayée après les attentats de Charlie Hebdo. Quel résultat aujourd'hui ? Il faut craindre que le terrorisme ne soit là pour durer. Robert Badinter le rappelait à propos cette semaine à Genève lors d'une conférence sur le terrorisme. La réponse doit être plus large qu'une délégation incantatoire au tout sécuritaire. Elle sera politique, policière, sociale, culturelle et dépassera forcément le cadre de nos frontières.     


Répondre au quotidien

Qu’elle doit être notre réponse face au carnage et à l’intimidation massive ? 

Le formidable élan qui rassemble les Français, les Européens, et le mouvement de solidarité dans le monde nous oblige à défendre notre vivre ensemble, à continuer d’aller au théâtre, au cinéma, au match de football, à ne pas fuir à Noël sur des îles ou des montagnes, mais à se rendre à Paris, à Tunis ou Beyrouth, à tisser des liens, partout, tout le temps.  

Parce que ce que veulent les terroristes, par leur méthode brutale et réfléchie d'intimidation massive, c'est nous fragmenter, nous replier, désunir, et nous rendre les uns aux autres suspicieux, paranoïaques et menaçants. 

Non, il ne s’agit pas de construire de nouveaux ilots sécurisés pour quelques happy few à l’abri, des archipels sécuritaires, en repoussant les terrorisables sur les marges, mais de vivre en résistants, avec cette menace qui nous désigne tous et toutes comme cibles, et en la refusant radicalement.

Aux islamistes radicaux, notre réponse doit être celle d'humanistes intégraux.

Nous ne resterons pas cloîtrés chez nous.

 

Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont à tous ceux qui dans ce monde se lèvent le matin sous la menace des tueurs,

le soir pleurent ceux qui sont tombés sous leurs coups

se relèvent le lendemain.

 

 

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09/11/2015

La tyrannie des normes

La tyrannie des normes, c'est celle du courrier de l'Etat arrivé la semaine passée sur le bureau de la magistrate Esther Alder qui "l’avertit" que les normes en matière de sécurité ont changé. L’entrée en vigueur, au 1er janvier 2015, de nouvelles prescriptions de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI) intimerait à la Ville de Genève de limiter son accueil dans l'abri de protection civile des Vollandes avec pour conséquence que des personnes dorment dehors et risquent leur vie le long des berges gelées de l'Arve. 23437568

La tyrannie des normes, obligerait de limiter les places dans des abris en se moquant du fait que des hommes et des femmes dorment toute l'année dehors. Il n'y a donc pas de normes sécuritaires qui protègent la dignité humaine? Que fait l'association des établissements cantonaux d'assurance incendie pour ceux qui se reposent dans les caves, les cabines téléphoniques, des voitures? Leur chemin de fuite est-il véritablement assuré ?

 

Limiter les risques : tuer les pauvres

On se souvient de la montée de l'Arve au printemps passé. Une trentaine de personnes dormant à même les talus avaient été évacué d'urgence et sans ménagements grâce à l'alerte lancée par le service social de la Ville de Genève. Sans cette réactivité qui ne doit rien aux normes, aux drones, aux caméras, mais au souci de l'autre et à  sa vigilance, des vies ont été épargnées de justesse ; ces mêmes vies qui, toute l'année, sont menacées par le choix sélectif de ce que les normes et les lois protègent, escamotent ou condamnent. 

 

Le feu au lac : l'aléatoire tyrannie des normes

La tyrannie des normes c'est, lors du nouvel an 2014, les pompiers de Genève qui refusent l'installation de 1800 postes de feu et des dizaines de fûts et fontaines de braise à l'entrée des Bains des Pâquis et jusqu'au sommet du phare pour fêter la Saint-Sylvestre, puis s'adoucissent devant la résistance des Bains pour imposer uniquement aux spectateurs de contempler le feu depuis le quai Wilson, avant de céder sur toute la ligne. Les Bains des Pâquis se sont, ce soir-là, littéralement enflammés: braises, escarbilles et flammes faisant rêver les milliers de genevois-e-s devant un feu géant.

Au nom de la norme !

Simultanément, le tunnel de la rue du Valais subissait les foudres du normativisme le plus acéré. Pas une seule bougie dans le tunnel pour fêter le Nouvel An. Au nom de la norme ! Comment expliquer alors aux habitant-e-s que les Bains des Pâquis s'embrasent et qu'à Sécheron, il n'y ait pas une seule chandelle autour de trois extincteurs ?

Parce que la tyrannie des normes est économique et politique. Elle pèse de tout son poids sur ceux qui ignorent les moyens d'y résister, est instrumentalisée par le pouvoir politique, domine ceux qui, timorés, n'osent s'y opposer, ou cèdent à une prudence excessive devant celle-ci, en favorise d'autres.

 

 

Arracher des arbres par sécuritarisme

N'a-t-on pas entendu récemment le magistrat Barazzone préconiser des arrachages d'arbres lorsque les racines risquent de faire trébucher les passants et invoquer la menace terrible et mortelle de la chute des branches sur la tête des passants pour dégommer les vieilles branches ? Le terrorisme sécuritaire est la plus grande menace pour le vivre ensemble en Ville de Genève.

Le magistrat de police Pierre Maudet abat lui son arme secrète de la loi sur la restauration et le débit de boisson pour mettre au pas l'Usine en écrasant d'un légalisme étroit ceux qui, par bon sens, économie et volonté créative, commettent le grave péché de penser et créer en dehors de normes mal ajustées.

Et pendant ce temps, au mépris de tout respect des normes et des lois, les taux de particules fines dans l'air sont dépassés, vous éclatent les poumons et envoient des bébés asthmatiques à l'hôpital et les aînés au cimetière sans que les tenants rigides du respect des normes ne s'en soucient le moins du monde.

 

 

L'application des normes est politique 

L'argument fallacieux des tenants de la tyrannie des normes :  les normes sont telles qu'elles sont et doivent s'appliquer pour tous est hypocrite. Les inégalités sociales illustrent combien le normativisme étroit ne peut être l'unique facteur d'appréciation d'une situation. Personne, à ce jour, n'est égal devant les normes. Quand l'égalité sera réalisée, alors on pourra prétendre appliquer avec la même vigueur les mêmes normes à tous et toutes. 

Car d'une simple fête du nouvel an à la gestion de l'Usine et à celle des Ports-Francs, on voit que si, pour certains, la loi s'applique avec toute sa vigueur, d'autres y sont, avec complaisance, soustraits.

Les espaces de non-droit ne sont pas à chercher au Lignon ou aux Avanchets, mais dans les  entrepôts des Ports-Francs ou les comptes d'exploitation d'UBS.

 

Lutter contre l'instrumentalisation des normes

La tyrannie des normes doit être combattue. Il y va de notre liberté. Surtout quand elle est portée par des personnes qui en font une application stricte et rigide à but anti-social et anti-culturel.

Quand la tyrannie des normes, au nom de la sécurité ou de l'efficience conduit à laisser des gens sur le carreau et à amender ceux qui ont le malheur de dormir à la rue, la résistance est un droit, et invoquer d'autres textes (nos constitutions: genevoises, fédérales, nos codes éthiques et moraux) une nécessité; employer d'autres moyens que la soumission béate: une obligation morale. 

 

La démocratie dépasse le normativisme

Les décideurs politiques qui, sous couvert de sécuritarisme et de fausse prévenance cassent la culture, le social, accroissent les inégalités, provoquent des coûts accrus pour la collectivité.

La lutte contre les inégalités et les privilèges est engagée. Ce combat est politique et économique. Le courage de dire non au normativisme et à son instrumentalisation politique nous anime.

L'épouvantail agité de la tyrannie des normes ne doit pas nous induire en erreur. Ce qui est effrayant, ce sont les privilèges toujours plus grands que s'octroient ceux qui prétendent mettre aux pas l'Usine, les Roms, les fumeurs de joint, les jeunes, pour nous distraire des largesses dont ils disposent en prospérant d'une manière hors-norme sur le dos de notre démocratie.    

Ce qui fait peur, c'est la politique qui déplace, cache, les plus précaires d'un lieu à l'autre de la ville, police les conduites, interdit les pratiques festives, bannit les grèves, construit de nouvelles prisons, et maintient des privilèges d'un autre temps pour les plus riches et puissants. 

La tyrannie des normes est un outil de domination sociale.

Elle doit être combattue. Il y va de notre liberté.

 

 

Genève, 9 novembre 2015.

 

 

 

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28/10/2015

La droite irresponsable veut détruire l'Usine

La droite élargie (PLR, PDC, UDC, MCG) si elle ne sait pas s'unir pour des projets communs au service des Genevois, sait par contre faire alliance pour casser des institutions et mettre en péril ce qui fonctionne à Genève.

 

Au Conseil Municipal de la Ville de Genève, ce mercredi soir, la droite destructrice, unie, a donc décidé de suspendre toutes les subventions de l'Usine et de forcer la Ville de Genève à prendre en charge les déprédations commises par quelques individus isolés ayant débordé l'encadrement de l'Usine samedi passé et malheureusement dénaturé cette manifestation, y déversant leur désarroi. 

 

La droite, en faisant payer à une institution culturelle les dégâts que celle-ci n'a ni commis ni voulu, commet une injustice; et en faisant payer au public de l'Usine une situation qui ne le concerne pas, elle le prend en otage. Voulant faire payer à la Ville la casse, elle crée un précédent juridique absurde. Depuis quand la Ville devrait-elle payer pour des casseurs?

Avançant des arguments plus moraux que politiques: "quand mon enfant fait une bêtise je lui donne une claque"; ignorant tout de la réalité d'une institution culturelle de l'ampleur de l'Usine; allant même jusqu'à la comparer à un club de sport:  "quand les supporters d'un club de sport dérapent, c'est au club de payer", la droite destructrice, en plus de faire démonstration de son incompétence, faire preuve de rétorsion en punissant une entité culturelle qui accueille plus de 100'000 personnes par an, est animée par 18 associations (un théâtre, un lieu d'exposition, des salles de concerts, des buvettes, une radio, un atelier de sérigraphie, etc.,) http://usine.ch/ ; une institution phare qui a joué et joue un rôle clé, historique, symbolique, alternatif, à Genève, à l'échelle de la Suisse, et même européenne.

Cette droite destructrice est nocive, dangereuse pour Genève et pour sa paix sociale. 

 

L'Usine, c'est une Institution, une référence. Ouverte en 1989 avec l'appui décisif d'un libéral de l'époque (Claude Haegi) qui avait, lui, compris que la jeunesse a besoin d'un lieu d'expression  et que l'on ne peut laisser une ville sans lieux bon marché, culturel, inclusif et associatif.

L'Usine, c'est une institution qui a vu émerger des artistes de classe internationale, qui a permis de former, créer et donner des espaces d'expression à des artistes qui aujourd'hui font la fierté de Genève (John Armledder, les Young Gods, Sandrine Kuster, Greta Gratos, Yann Marrussich, Gigi, Lionel Bovier, les Klat, qui ont crée la statue Frankenstein à Plainpalais, Nirvana est passé à l'Usine, Mapping Festival, Electron, Black Movie y ont pris leurs marques, et tant d'autres... la liste est longue.)

 

Attaquer l'Usine, de la part de la droite destructrice, c'est une déclaration de guerre irresponsable envers des milliers de personnes. C'est mettre le feu aux poudres. 

 

Ce coup, porté par la droite torpille tout effort de dialogue entamé par l'Usine. Au nom d'une application de la loi littérale sur un enjeu de petite ampleur (il faudrait que l'Usine demande sans délai 5 autorisations administratives distinctes pour ses buvettes), elle sape tous les efforts de dialogue et de médiation entamés par la Ville de Genève pour trouver une issue à la crise déclenchée et alimentée par la magistrat de police Pierre Maudet et son petit homme de main en ville Barazzone.

Pire, la droite bafoue l'Usine, qui jusqu'au dernier moment a cherché le dialogue en demandant, sans succès, d'être reçue et entendue en commission par les casseurs du conseil municipal. 

 

Rien, dans ce conflit jusqu'alors administratif entre l'Usine et le Canton, ne concerne au fond le conseil municipal. C'est une affaire cantonale que gère (mal) Monsieur Maudet magistrat de police cantonal. Ce dernier a bloqué le versement de dons de la Loterie Romande, il instrumentalise maintenant sciemment le conseil municipal de la Ville de Genève pour forcer l'Usine à plier. Cela n'est pas démocratique. Le chantage institutionnel n'a pas sa place dans notre République. Etre chargé de garantir la loi et son application, ne signifie pas faire usage de la loi du plus fort. C'est mal interpréter l'esprit de la loi, en détourner l'usage, que de prétendre l'appliquer à son unique avantage.

 

L'entière responsabilité des violences et déprédations qui pourraient découler de l'attitude irresponsable et dangereuse de la droite, ainsi qu'à Monsieur Maudet, pyromane en chef, devront lui être imputée. 

Ceux qui ont choisi, bien au chaud sur leur siège, de couper des subventions, de saboter une institution culturelle pour l'empêcher de fonctionner en conformité avec la loi, de punir tout un public la fréquentant, ont opté pour la voie de la violence institutionnelle.

Cette droite destructrice, irresponsable, a jeté de l'huile sur le feu et sciemment déclaré la guerre à l'Usine. 

On ne peut que craindre désormais le retour de flamme.  

 

23:16 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usine, maudet, genève. | |  Facebook |  Imprimer | | |

La culture rend-elle heureux?

culture,heureux,classes sociales,médiationLa culture rend-elle heureux? C'est la question qui a été posée dans une étude récente qui vient d'être publiée par le Département fédéral de l'intérieur. publikationen.html?publicationID=6750

 

Pour cette étude, une définition élargie des pratiques culturelles a été pris en compte. Il s'agissait autant des activités de loisirs (fêtes, sport) que des activités particulières (fréquentation des bibliothèques, cinémas open air, festivals de films). L'objectif avoué étant d'évaluer la satisfaction dans la vie.

Il en ressort des enseignements, certes globaux, mais intéressants. Par exemple, que les institutions culturelles les plus fréquentées sont les cinémas, que plus de quatre personnes sur dix ont fréquenté des concerts de musiques actuelles en Suisse; un pourcentage analogue de la population (41%) ayant assisté à des spectacles de culture classique, comme une pièce de théâtre, un concert de musique ou de danse. Enfin, qu'un peu plus du quart de la population a fréquenté une bibliothèque ou une médiathèque pour ses loisirs durant l'année. Que disent au final ces chiffres? Qu'une bonne accessibilité à la culture, garante d'une bonne qualité de vie, est disponible en Suisse et que la population en use avec profit.

Avis à ceux qui veulent raboter dans la culture: autant dire qu'ils s'attaquent directement au bien être.

Poursuivons la lecture de cette étude. 71% de la population suisse a participé au moins une fois durant l'année à une fête, qu'elle soit du premier août, au carnaval, à une fête de quartier ou de village. Preuve que la culture, dans son acceptation large et participative, est grandement investie et contribue à la qualité de vie et au sentiment d'appartenance.

La population suisse, dans son ensemble, exprime un degré de satisfaction dans la vie élevé à très élevé. La fréquentation de spectacles de culture classique (théâtre, musique classique, ballet) et de manifestations de culture populaire (musique folklorique, théâtre populaire ou amateur) -avec toutes les réserves que l'on peut émettre sur ces catégories- augmente les chances de faire partie des personnes très satisfaites dans la vie.


Des différences significatives entre les classes

Mais cette étude donne aussi des renseignements intéressants sur les profils socio démographiques. 30% des personnes diplômées du secondaire I ont visité des monuments et des musées contre près de 80% pour celles du degré tertiaire! Les personnes d'âge moyen et avancé, bénéficiant d'un revenu élevé et surtout d'un niveau de formation tertiaire sont surreprésentées. A contrario, les étrangers, les jeunes et les personnes moins formées par exemple, y sont sous-représentés. Il y a de réelles différences de classes dans l'accessibilité à la culture. Et sans surprises, ce sont les classes les plus précaires qui en bénéficient le moins.  

Si la culture rend heureux, elle bénéficierait avant tout à ceux qui... le sont déjà, ou en tout cas qui bénéficient, du fait de leur revenu, âge, santé, logement, des conditions favorables pour en profiter. Or, si la culture contribue à être heureux, il est important qu'elle soit un facteur de lutte contre les inégalités sociales et partant, des risques de ruptures et tensions dans la société.

Son accès devrait donc être facilité pour les publics moins favorisés et des entreprises de médiation à leur intention spécifiquement développés.  Sinon, on risque d'aller vers une culture de classe, et donc, paradoxalement, un culture qui, incluant moins, exclut.

Que les classes privilégiées le soient et demeurent heureuses d'aller au musée n'est pas un enjeu prioritaire des politiques publiques.

Mais que les personnes les plus précaires et sur les marges puissent, par le biais de la culture, développer des liens sociaux et développer leur capital social et symbolique, en est un, de toutes évidence, pour la collectivité. 

C'est à mes yeux l'enseignement important à retirer de cette étude.

 

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14/10/2015

Je vote moi non plus

Ce dimanche, l'abstentionnisme risque malheureusement d'être le meilleur élu lors des élections fédérales. Ce serait une leçon pour les partis, ou plutôt un désaveu, voire un désamour de la chose publique.

Mais pourquoi la politique fédérale et les enjeux autour des représentant-e- genevois-e-s à Berne passionnent si peu? Le citoyen a-t-il le sentiment de ne pas avoir assez de contrôle. C'est trop loin, trop abstrait ? Il y a trop de listes ? Les retours du terrain témoignent d'un sentiment d'être perdu devant la quantité de papillons dans la boîte aux lettres transformée en urne, des difficultés à comprendre les enjeux, voire les règles du vote (liste, panachage, biffage, etc.). Ce cumul de difficultés, à laquelle se rajoute le manque d'insertion sociale d'un nombre grandissant de citoyen-ne-s explique pour partie la faiblesse des votes.

En Suisse, on vote environ 4 fois par an. Un-e- citoyen-ne modèle votera environ 250 fois durant sa vie! Le système est complexe, particulièrement pour ceux qui sont maintenus à distance de ses enjeux. L'insertion sociale et économique est un facteur important de participation. Plus le niveau de qualification augmente plus on participe. Le fait de payer des impôts serait un élément prépondérant à la participation. Au final, c'est en s'engageant que l'on est toujours plus engagé, en votant que l'on s'habitue à voter (comment renforcer ce cercle vertueux?).

 

Une démocratie qui exclut ?

Notre démocratie représentative ne représente pas assez bien sa diversité. Or, si la composition des parlements reflète imparfaitement la diversité de la population, c'est toute la légitimité de notre démocratie qui est en péril. Des groupes manquant de modèles de référence désinvestissent le champ des élections. Il y a trop peu de femmes dans les parlements (30% en moyenne) de jeunes (2%), et de représentant-e-s des minorités visibles. Autant de facteurs qui provoquent le retrait, le désintérêt, puis l'oubli du politique par nos concitoyen-ne-s. L'usage de la langue unique et la difficulté pour des suisses non-francophones de saisir facilement les enjeux est un facteur excluant de plus. 

 

Les jeunes : on en parle !  

La chancelière Anja Wyden relevait, lors d'une journée de réflexion dédiée à la jeunesse et la citoyenneté, la faible participation électorale des jeunes. En 2013,  les taux de participation étaient, selon les classes d'âge de : 34.3 % pour les 18-19 ans. De 31.3% pour les 20-24 ans; de 31.4 % pour les 25-29 ans. En comparaison : la classe d'âge des 70-74 ans votent à  68.9% ! Et la population totale à 48.8%.

La participation des jeunes varie toutefois suivant les thèmes. Lors des votations sur l'école (novembre 2010), le tabac (2008), la gratuité des transports publics genevois(2008), ou l'initiative pour abroger le service militaire obligatoire (2013), les jeunes se sont mobilisés ! Leur comportement électoral tend vers plus de flexibilité et d'intermittence dans un contexte social marqué par la défiance et la protestation envers les associations et les grands partis (devenus plus suspects). 

Chacun-e est aujourd'hui plus seul dans la construction de son identité. La citoyenneté est alors plus critique, mais aussi plus individuelle (le chacun pour soi, tend à remplacer le un pour tous, tous pour un). Refuser de se faire enfermer dans une norme préétablie conduirait à ne plus voter pour affirmer sa différence (sauf que c'est devenu... la norme).

 

Dedieu on vote ou bien ?

On se politise désormais de plus en plus contre que pour ! On a basculé dans une citoyenneté du rejet, de la réaction, ou il est plus commun de râler que de s'engager!

Pour lutter contre ce mouvement, il faut continuer d'agir à différents niveaux et à travers des actions de proximité. Citons-en quelques unes  :

  • La sensibilisation, via des clips, des brochures, des bandes dessinées, les réseaux sociaux: utiliser ces moyens d'une manière ludique, constructive et non rébarbative. Regagner la confiance. 
  • Les contacts de proximité : toucher les gens par des discours portés par des modèles, d'une manière simple, directe. Trouver l'émotion, la passion. En faisant des porte à porte, des stands, des téléphones, des repas communs, employer tous les moyens à disposition pour ouvrir le débat et surtout ECOUTER ce que chacun-e- a à dire! 
  • L'éducation : L'école joue un rôle clé, tant par des cours sur la citoyenneté que l'organisation de débats en son sein, appuyés par des dossiers pédagogiques, avec des projets d'initiation des jeunes à ce qu'est la vie parlementaire. La famille est le premier lieu de transmission des savoirs, comment y favoriser la parole politique ? 
  • Des expériences  participatives:
  • Cinécivic (concours de films et affiches pour les 15-25 ans) où l'on constate que ce sont les jeunes qui savent le mieux parler aux jeunes!  http://www.ge.ch/cinecivic/
  • Easy Vote, visant à promouvoir le vote grâce à du matériel de vote simplifié et à des mesures de sensibilisation adaptées aux jeunes) www.easyvote.ch
  • Des événements médiatiques: par exemple la Semaine de la démocratie organisée par la chancellerie qui vise, grâce à des conférences publiques, forum, spectacles, expositions, à échanger et débattre du vivre ensemble et de la démocratie. :  http://www.semaine-democratie.ch/

 

Voter: un respect de soi

L'abstentionnisme n'est pas une fatalité.

Pour que le "je vote moi non plus" se transforme en "Je vote moi aussi!" ce sont un cumul d'actions et d'engagements qu'il faut engager dans la durée... mais c'est aussi un geste très simple à faire : celui de voter. 

Le 18 octobre, définitivement: JE VOTE! par amour pour la démocratie et parce que je me respecte en tant que citoyen-ne.

Et vous?

 

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11:53 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |