sylvain thévoz

Sur le chemin des vacances...

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0C1CF489-058B-4486-8E63-0C8620BDC25F.jpegUn arrêt en gare pour un TGV, ce n'est pas long, 3 ou 4 minutes peut-être. Mais cela peut sembler un temps infini. Et lié à un événement qui se déroule durant ce laps de temps, cela peut même se poursuivre longtemps après. J'aimerai vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée sur le chemin des vacances...

 

Je suis monté dans un train à destination de Paris. Ce dernier s'est trouvé à l'arrêt en gare de Bellegarde. Il y avait, sur le quai, un homme d'une trentaine d'années avec une poussette et deux fillettes dedans. Il était grand, avec une chemise blanche et une barbe bien taillée. Les fillettes étaient bien habillées également, comme endimanchées. Elles avaient de grands yeux bruns et un ruban dans les cheveux. Elles semblaient se préparer à rejoindre quelqu'un qu'elles n'avaient pas vu depuis longtemps, ou aller à la fête de quelqu'un. Enfin, c'est ce que j'ai imaginé après coup.

L'homme voulait monter dans le train. Même plus : il devait monter. C'est un mouvement de ses bras qui a attiré mon attention. Les contrôleurs étaient inflexibles devant lui et répétaient que non, en secouant la tête et faisant barrage de leur corps. La scène était confuse. L'homme ne semblait pas comprendre ce qu'on lui demandait. N'avait-il pas de réservation? Il voulait monter. Les contrôleurs lui refusaient l'accès. C'était net et brutal.   

Les deux fillettes roulaient de grands yeux. Elles voyaient plus loin, elles avaient autre chose en tête : un rêve, un souvenir, quelque chose qui semblait merveilleux et qui les attendait. Elles semblaient ne rien comprendre à ce que le monsieur avec la casquette et celui avec la cravate disaient. Qu'est-ce que ces adultes étaient encore en train de fabriquer? Elles n'étaient pas au fait de ces détails qui les retardait. 

Il n'y avait pourtant que quelques pas à faire pour monter dans ce train, et puis hop en quelques heures on serait arrivé. Le prochain arrêt c'était Paris, c'est papa qui l'avait dit. Et Paris, c'était…  elles se souvenaient de ce que papa avait répété plusieurs fois, et tournaient la tête vers lui maintenant, pleines d'interrogations. Elles ne comprenaient pas pourquoi on s'était dépêché pour arriver là et maintenant que l'on était arrivé, on ne pouvait plus faire un pas. 

Indistinctement j'entendais : le train est plein, non il n'y a pas la place, désolé, aucune idée, merci. Le compte à rebours avant le départ était lancé. L'homme argumentait, désignait des sièges vides dans le train, mais rien à faire. Les deux contrôleurs étaient inflexibles. C'était la loi: pas de réservation, pas de siège. Pas de siège, pas d'accès au train. Ils jouaient la montre, sûrs de leur puissance et de leur autorité. Le bip bip des portes se faisait entendre. Le train était au départ, un homme et deux fillettes à l'agonie sur le quai.

Tout cela s'est passé très vite et dura pourtant un temps infini. Quand j'y repense deux émotions me serrent : la honte de n'avoir rien fait, et la révolte qu’on laisse volontairement un homme à quai avec deux fillettes, prétextant qu'il n'a pas la bonne réservation.

Les contrôleurs ne semblaient pourtant pas de mauvais bougres. On avait échangé auparavant quelques propos anodins sur le sport, notamment les transferts des joueurs de football et les derniers résultats. L'homme à casquette avait un club de coeur, c'était l'olympique de Marseille. Il avait loué le nouvel entraîneur, mais tenu un propos glauque. Il n'était pas très satisfait que le brassard de capitaine revienne à un certain Payet. Il le trouvait fainéant, et expliquait cette fainéantise par le fait qu'il venait des îles. Ces gens-là, n'aiment pas trop l'effort avait-il dit.

Deux émotions me serrent : la honte de n'avoir rien dit, et la révolte qu'on laisse un homme à quai. Un écrit de Kropotkine me revient en tête. Intitulé "Aux jeunes gens", Kropotkine y oppose la justice à la loi, et rappelle que la loi doit être méprisée si elle ne sert pas la justice. Rester serviteur de la loi écrite, ce serait chaque jour se mettre en opposition avec la loi de la conscience et marchander avec elle. Pour Kropotkine, nous avons en gros deux options : devenir des coquins en faisant taire notre conscience et nous accomodant du monde tel qu'il est, ou travailler à l'abolition de toutes les injustices (économiques, politiques, sociales) et devenir révolutionnaires, quitte à s'opposer à la loi.  

Il aurait peut-être fallu tirer le signal d'alarme de ce train pour le forcer à ne pas repartir. Car oui il y avait urgence. Lorsque les gendarmes seraient venus, on aurait dit : eh quoi, allait-on vraiment laisser un homme et ses deux fillettes sur un quai de gare, alors qu'un demi wagon est vide, et que certes la loi interdit de monter sans billet, mais la justice veut qu'on l'accueille.

Il y a urgence  à servir la justice, plutôt que la loi. En de nombreuses occasions, quotidiennement, la loi est scélérate et sert les intérêts des puissants au détriment des plus faibles. Et toi, lecteur, lectrice, de quel côté te places-tu, du côté de la loi ou de la justice ? Du côté de la capitaine Rackete ou de Salvini? 

Peut-être me jugerez-vous. Peut-être trouverez-vous que j'ai été trop lent à comprendre et bien bête de ne pas réagir. C'est juste, c'est d'ailleurs ce que je me suis dit. Mais si vous allez en Grèce, en Italie, en France ou en Espagne cet été, tous pays merveilleux, aux plages douces baignées d'un soleil magnifique, gardez quand même en tête ma petite histoire, et n'oubliez pas qu'il y a là aussi des lois qui s'opposent à la justice et que cette mer est le symbole d'une bataille ou la loi dit : c'est ainsi alors que la justice réclame de s’en affranchir. Pas sûr que vous aurez un signal d'alarme à tirer, mais peut-être inventerez-vous autre chose.

Ce qui est certain c’est que l'on n’a plus le droit d’aller tranquilles sur le chemin des vacances en laissant tant de gens à quai, ou pire, au fond de la mer.

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

Lien permanent Catégories : Air du temps 9 commentaires

Commentaires

  • Vous vous montez de sacrés histoires, ça me conforte dans l'idée qu'être "de gauche" n'est pas un choix idéologique mais une maladie mentale.

  • "Il y a urgence à servir la justice, plutôt que la loi. En de nombreuses occasions, quotidiennement, la loi est scélérate et sert les intérêts des puissants au détriment des plus faibles."

    Euh... faut-il vous rappeler que vous participez directement à ce que vous dénoncez au travers de votre mandat législatif.

  • Décidément, le monde est bien cruel.... Il faut un billet valable pour monter dans le train, on voit bien là la griffe du capitalisme.
    Et dans les trains à réservation obligatoire, les contrôleurs ont le culot d'exiger une réservation, même aux papas avec deux adorables fillettes. C'est carrément dégueulasse.

    Selon ce même raisonnement, quiconque n'a ni passeport valable ni visa ni motif d'asile doit être accueilli et pris en charge, surtout s'il noie son enfant. Le chantage émotionnel ouvre toutes les portes !

  • Sachant d`expérience que les hommes dits "de gauche" ont le plus souvent plus d`empathie que les hommes dits "de droite", je pense que c`est surtout cela que votre histoire illustre, Sylvain Thévoz et je crois que l`avenir est a l`empathie.

  • Dura lex sed lex - autem vero - Summum jus, summa injuria

    Bonnes vacances Topo

  • Comment prendre le TGV?

    https://www.over-blog.com/Prendre_un_train_TGV_que_fautil_savoir_conseils-1095204432-art140908.html

    Oui, il existe des règles, des règlements, des lois. Ce n'est pas fait pour les chiens, mais peut-être que les gauchistes s'estiment au-dessus des lois, à l'image des roitelets des républiques bananières.
    Dans toutes les sociétés animales, il y a des règles, elles n'ont pas besoin d'être écrites.
    Oui! la loi est dure, mais c'est la loi.

    Je pense que quasiment tout le monde sait qu'il faut réserver sa place pour prendre le TGV, c'est comme l'avion. Il faut être vraiment bobet pour prendre le TGV comme on prend le bus. Cette histoire est-elle un bobard?

    "Le prochain arrêt c'était Paris, c'est papa qui l'avait dit. "

    Voyons voir si après Bellegarde, l'arrêt suivant c'est Paris?

    https://www.tgv-lyria.com/fr-CH/booking/destinations/geneva-paris


    "Ce qui est certain c’est que l'on n’a plus le droit d’aller tranquilles sur le chemin des vacances en laissant tant de gens à quai, ou pire, au fond de la mer."

    Vous croyez vraiment qu'on a toujours pu, de tout temps, aller et venir comme bon vous semble? Même aujourd'hui, vous ne pouvez voyager à votre guise. Essayez d'aller en Chine, en Corée du nord ou en Russie sans visas. Essayez d'allez dans des pays non européens où ce sésame est obligatoire, vous pourrez nous raconter une magnifique histoire d'un type outragé d'avoir été refoulé à la frontière et qui se dira que les douaniers de ce pays étaient de véritables salauds, qu'ils auraient dû faire acte d'empathie, ah, ce joli mot qui donne tous les droits à tout humaniste qui se respecte.

  • Pourquoi tant d´acrimonie? Reflechissez plutot a cela: sans l´empathie comment les humains auraient-ils invente les lois et les reglements democratiques qui, en principe, protegent l´interet general contre les interets des gros bras et des petits malins egoistes?

  • Je peux avoir de l'empathie pour les personnes qui malgré elles se retrouvent dans la merde, mais dans le cas que nous conte Toto Thévoz, je pense que le gars a mis toutes les chances de son côté pour s'y mettre. C'est comme ces gens qui vont faire de la randonnée en montagne au-dessus de 1500 m ou du ski hors piste en zone à risque en dilettante.

    Si je veux aller à New-York ou à Singapour, je dois réserver un billet d'avion et le payer, et nul besoin d'être fute fute pour le savoir, et si vous ne le savez pas, vous vous renseignez (agences de voyage ou compagnies aériennes), vous pouvez même acheter votre billet à l'aéroport.

    Pour aller à Paris en train, vous vous adressez au guichet de la gare si vous n'êtes pas trop con et l'agent vous renseignera et vous donnera tous les détails sur le déroulement du voyage. D'ailleurs, vous n'avez pas trop le choix, soit vous prenez votre billet au guichet, soit vous l'achetez par internet. Je pense qu'on vous pose un certain nombre de questions auxquelles vous devez répondre, parmi elles, il y a probablement un champ qui concerne la réservation pour vous attribuer le numéro de votre place. Ai-je tort?

    Je pense que le personnage de Toto Thévoz est une pure invention de son imagination.
    Il y a une autre explication, le type a acheté un billet classique non valable pour le TGV Lyria, ce que Sylvain Thévoz, malgré ses yeux perçant n'a pas pu voir, comme d'ailleurs, je ne sais pas si vraiment il a pu entendre la conversation entre le grand homme à la barbe bien taillée et les contrôleurs.

    Je fais remarquer autre chose. Thévoz voit des places libres, mais qui lui dit que ce ne sont pas des places réservées à partir de Nurieux ou de Bourg-en-Bresse? Combien de fois ne me suis-je pas assis dans un compartiment pour remarquer au bout d'un moment qu'il y avait des places réservées!

  • Ca a changé alors...Parce qu'à l'époque des "Nuls" et d'Hassan Cehef, voyager et payer plus tard, c'était possible. Avec en cadeau, un saucisson .

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