sylvain thévoz

  • Moins de prévention, plus de droits

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    bd5093f2-bb3f-425e-838d-0b8dd61c6a82.jpegEt ça recommence. Avec le printemps revient la enième campagne de prévention à l'adresse des cyclistes et des piéton.ne.s, pour leur communiquer les bonnes pratiques et les manières d'être bien visibles sur les routes et le long de celles-ci.[1]

    Encore une fois on blâme les victimes, et déresponsabilise les conducteurs à téléphone portable, à l'attention évanescente, au pied vissé sur le champignon. Pensez-donc : si des cyclistes et des piéton.ne.s meurent, c'est de leur faute, ils oublient parfois de mettre leur gilet jaune, pas parce qu'ils avancent en milieu hostile et dangereux prétend le BPA (Bureau de prévention des accidents). 

    Prévention, piège à con

    Le constat est alarmant. Entre 2013 et 2017 le nombre de cyclistes et piéton.ne.s blessé.e.s sur les routes suisses a augmenté de 15%. Le vélo est le seul secteur dans lequel le nombre de personnes tuées ou blessées lors d’accidents a augmenté depuis l’an 2000: plus de 27% ! Alors que celui des automobilistes blessés ou tués a diminué de 34%. De plus en plus de gens se tournent vers le vélo. Pourtant, la circulation est encore régie par et pour les automobilistes. Nous avons des décennies de retard en terme d'infrastructures. 

    Un docte membre du bpa nous rappelle que des éléments ont déjà été pris en compte au niveau des lois, avec l'adoption de via Secura et de mesures sur l'alcoolémie pour les conducteurs et qu'il faudrait maintenant prendre des mesures concernant la mobilité douce. Il veut nous faire croire que l'effort est symétrique, et que c'est au tour des usager.e.s de la mobilité douce de "faire leur part". 

    Cette benoîte campagne nationale espère donc sensibiliser la population aux dangers mortels de la route pour les plus fragiles, nous faisant croire qu'il suffit de ne pas porter des habits sombres et avoir une petite loupiote à la main sur son casque ou à la main pour être "en sécurité".

    Nous avons droit à la sempiternelle vidéo d'un policier goguenard qui à l'aide de la réalité virtuelle à un citoyen de se retrouver virtuellement écrasé par un camion afin de "voir ce que cela fait". Assurément, s'il avait porté deux bandelettes fluorescentes cela ne se serait pas passé ainsi. Cette bonhomie complice nous laisse sans voix alors que les pandores sont impassibles face à l'usage des téléphones portable au volant et passifs face au parking sauvage, sur les pistes cyclables par exemple.  

    2019 : changer de braquet

    On avait déjà eu droit, en 2017, à une campagne irresponsable de la SUVA qui attaquait les cyclistes, les rendant coupables de leur propre insécurité.[2] Aujourd'hui, c'est encore et toujours la même rengaine qui est servie: ce serait aux usager.e.s les plus fragiles, les plus exposé.e.s de la route de faire attention, de se prémunir avec quelques mesurettes pour sauver leur peau.

    Ce n'est pas en respectant les feux que vous ne vous ferez pas tuer, ni en marchant sur des passages piétons que vous éviterez d'être une crêpe (la probabilité est pratiquement identique de s'y faire shooter qu'en dehors[3]). Car si l'espace publique est à tout le monde, la route ne l'est pas, et les véhicules motorisés y règnent en maître depuis plus d'un siècle.

    Les mesurettes et les discours de prévention nous prennent radicalement pour des cons. Pourquoi ? 

    Parce que ce sont les conditions structurelles qu'il faut changer. Le code de la route censé "être le même pour toutes et tous" est un héritage historique à revisiter. Il n'est pas possible d'avoir les mêmes règles pour des usages aussi dissymétriques que la conduite d'un camion ou celle d'un vélo. Les conditions structurelles du partage de l'espace public doivent être changées.

    Nos villes et nos campagnes sont balafrées et dénaturées par les décennies du tout à la route au profit d'un mode de transport. C'est cette architecture anti-écologique et sociale qui fait planer un danger mortel, au point où les jeunes générations prennent moins le vélo qu'avant[4], et que les enfants ne peuvent aller à leur école seul.e.s en sécurité. 

    En ville, le danger est partout, de jour comme de nuit. On ne risque pas sa peau parce que l'on oublie son catadioptre. On est en danger dès que l'on met une roue sur le bitume ou longe un trottoir. Le coût financier et social de notre manque d'évolution en terme de mobilité est énorme. 

    Les villes de demain seront plus vertes, plus sûres et sans bagnoles.

    Hâtons le mouvement!

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes?

    En multipliant les pistes cyclables, en construisant des espaces protégés et distincts pour les divers usagers de la route,  en réduisant les vitesses, en adaptant le code de la route pour protéger efficacement toutes et tous les usager.e.s, enfin en réduisant, puis éliminant les voitures des villes, puis les routes.

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes? En prenant de vraies mesures structurelles pour limiter l'emprise des véhicules motorisé.e.s au coeur de nos villes.

    Sans ce changement fondamental, la prévention ne sera qu'un piège à con, ou une manière sinistre de se moquer des victimes. Un peu comme certains disent aux femmes qui se font violer qu'elles n'avaient qu'à pas mettre une jupe, on lance post mortem aux cyclistes écrasée,s, qu'ils n'avaient qu'à mettre leur gilet jaune.  

    Le 23 septembre dernier, le peuple Suisse a voté OUI à l'inscription du vélo dans la Constitution, donnant mandat aux autorités de revaloriser le trafic cycliste. Le vélo est désormais inscrit dans la Constitution et les pistes cyclables encouragées au même titre que les chemins pédestres. Il serait donc bon qu'il en soit pris acte du changement et qu'il y ait désormais moins de prévention mais plus de droits pour les usagères et usagers de la mobilités douce. 

    En attendant, nous continuerons donc de mettre casques, gants, gilets, lumières, et de serrer les dents, comme si nous allions en expédition ou à la guerre, de craindre pour nos enfants et nos aîné.e.s, alors que nous souhaitons simplement utiliser l'espace public, et que nous y avons droit.  

     

    [1] https://www.rts.ch/play/tv/lactu-en-video/video/pietons-en-danger?id=10303224

    [2]https://www.letemps.ch/opinions/cyclistes-campagne-irresponsable-suva

    [3]https://www.mobilitepietonne.ch/fileadmin/redaktion/publikationen_f/FB_2014_04_Fussgaengerunfaelle_f.pdf

    [4]https://www.rts.ch/info/suisse/9638243-enfants-et-adolescents-apprennent-de-moins-en-moins-a-faire-du-velo.html

     

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  • Graffitis : des réformatrices au mur

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    Dans la nuit de dimanche à lundi passé, un collectif féministe a inscrit la question : "où sont les femmes*?" sur le mur des Réformateurs et sur la statue du général Dufour, légitimant leur action par le ras-le-bol d'une histoire racontée uniquement par et pour les hommes, dénonçant l'invisibilisation des femmes de l'espace public, sur les statues et le nom des rues, et contestant leur sous-représentation dans les lieux de pouvoir et publics, sous l’excuse du contexte historique, et de la glorification masculine.[1].

    Il ne fallait pas être grand clerc pour imaginer que leur action allait faire grincer des dents. Seraient-ce alors Marc Bonnant ou Jean Romain, Eric Stauffer ou Peter Rothenbühler, les tauliers d'une masculinité dominante, qui allaient s'offusquer d'une telle atteinte à la bien-séance et à l'histoire de notre Cité ?  

    Surprise, la réplique est venue d'ailleurs. A l'action coup de poing, provocatrice et contestatrice du collectif féministe, a répondu un billet du jeune journaliste Alexis Favre dans le Temps[2]. Selon lui, ces femmes se trompaient de tags et d'époque. Elles se trompaient également d'interlocuteurs en allant chambrer Théodore de Bèze et Calvin.

    Alexis Favre, écrit que : "L’égalité mérite peut-être mieux qu’un anachronisme un peu benêt, griffonné dans la nuit à la peinture violette". Ce faisant, il réagit pourtant exactement de la manière dont ces femmes dénoncent le patriarcat d'aujourd'hui : en propriétaire des lieux réagissant de manière pavlovienne et en bourgeois sûr de son droit au premier tag violet. Ne serait-ce pas lui qui serait anachronique? Le journaliste d'infrarouge a foncé tête la première sur le premier fichu agité devant lui. Même les taureaux semblent parfois plus subtils dans leur charge que lorsque le beau gosse de la télé pique la mouche.[3]   

     

    Alexis Favre se trompe à mon avis doublement en pensant que ces femmes s'adressent à Théodore de Bèze et à Calvin. Non, c'est bien à nous qu'elles s'adressent, à leur contemporain.e.s. Et il se trompe encore quand il pense que l'histoire est révolue et qu'elle est écrite une fois pour toute. L'histoire est évidemment ce qu'on en fait et comment on la raconte. Si l'on suivait Alexis Favre  dans sa lecture, les statues de Staline orneraient encore la Russie et le mausolée de Franco ne serait pas contesté en Espagne. Au nom de "l'histoire c'est l'histoire et l'on n'y touche pas", on baignerait dans le formol (c'est encore malheureusement trop le cas).   

    Certes, le passé est révolu, mais nos lectures de celui-ci sont politiques, et se font au présent. Il est donc salutaire de renommer des rues, modifier des mausolées, déboulonner des statues... et taguer les murs. Cela s'est toujours fait. C'est la preuve d'un esprit rebelle vivifiant et contestataire. Alexis Favre pense-t-il que les graffitis sur le mur de Berlin étaient des salissures et la fresque de Banksy sur le mur de la honte qui sépare Israël de la Palestine des taches de couleur à nettoyer?  

    C'est une belle intuition d'aller colorer ce mur des réformateurs/trices pour faire d'un lieu de mémoire un lieu progressiste pour notre époque. En cela, c'est presque encore un hommage et une forme de reconnaissance pour ce lieu de parvenir à le rendre vivant pour notre époque en désacralisant avec un brin de transgression cette sacro-sainte légende patriarcale. Finalement le mur des réformateurs sert encore à quelque chose d'autres qu'aux touristes à venir y prendre des photos. Il est utile de s'y adosser pour changer le présent. 

    Celles qui ont tagué ce mur sont les réformatrices d'aujourd'hui. Plutôt que de dénoncer le "vandalisme" en portant plainte, ou s'offusquer dans des billets d'humeur, une belle idée serait de sculpter dans la pierre des figures de femme et de les 'ajouter à la galerie de nos réformateurs.

    Notre époque a effectivement bien besoin d'honorer ses réformatrices. Pourquoi celles qui ont tagué ce mur n'auraient-elles pas leur place sur celui-ci? Et tant pis si cela fait grincer des dents les tenants d'un patriarcat d'un autre âge.

    Un dernier mot, en forme de voeu, en cette journée du 8 mars: plutôt que de s'offusquer de graffitis ou de slogans sur les murs et de symboles écornés, indignons-nous plutôt des inégalités quotidiennes, de la violence sexuelle, de genre, de classe, de race, qui n'est pas du tout révolue et à classer au rayon histoire, mais bien présente et opérante au quotidien.

    Enfin, que chacun.e s'engage dans cette journée de luttes pour les droits des femmes comme elle/il veut : en mixité choisie, sans homme cisgenre, entre mecs, entre jeunes, entre aîné.e.s, peu importe les assemblages pour développer les actions qu'il/elle souhaite, en les faisant bien entendu converger dans la mesure du possible.

    Tant que le poids de l'histoire est secoué et les inégalités du présent déboulonnées, peu importe le genre. Peu importe qui tient le pinceau, la plume, qui agite la tenaille, qui pose un graffiti sur le mur.  

     

    [1] https://renverse.co/La-ville-la-nuit-l-espace-public-et-les-murs-gris-1930

    [2] https://www.letemps.ch/opinions/femmes-mur

    [3]  https://www.illustre.ch/magazine/portrait-dalexis-favre-un-journaliste-beau-gosse-torture

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  • Anachronisme chronophage

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    7A35D62C-2FDE-41A7-8CE8-B82EAAD887B7.jpegAnachronisme chronophage c'est un peu barbare comme énoncé, mais je trouve que ça résume bien le fait qu'il y a des survivances du passé qui aujourd'hui nous empêchent d'être dans le présent.

    Je m'explique : Devant un hôtel 5 étoiles du quai des Bergues, sous les enseignes rutilantes des marques de luxe, des bolides de luxe sont alignés. Des modèles rares sûrement, qui se manoeuvrent avec précaution, s’emboîtant les uns dans les autres pour former une lignée tape à l’œil. 

    Est-ce remarquable ? En tous les cas, cela attire l’attention. En face de ce mur de rétroviseurs stylés, de carénages empâtés, de jeunes hommes prennent des photos, immortalisent un monde en train de mourir, se prenant eux-mêmes en photo devant ces cercueils de métal rendus sexy par des peintures affriolantes. . 

    Ces jeunes hommes s’approchent des modèles comme s’il s’agissait d’un Saint-Graal ou de totems anthropologiques à vénérer. Mais on dirait plutôt des reliques d'un monde défait. Sorte de mausolées ou de cénotaphe, monument funéraire sans corps, sans vie, sans avenir. On se rappelle alors que le quai des Bergues devait être piéton des ponts de l’Ile à l’hôtel des Bergues, et que devant l’hôtel de luxe devait se trouver une zone piétonne. Dans les faits, cet espace sert de fait de parking de luxe offrant l’image la plus vulgaire, à contre-courant de l’histoire et caricaturale que l’on puisse imaginer. On en vient vite au constat de la quantité de vie que prennent ces bolides. Vie des rues, vie des routes, place des places piétonnes. Empiétement et envahissement.   

      

    Mausolée de l'auto

    Ce culte des bagnoles de luxe doit avoir lieu en lien avec une grande messe quelconque. C’est évidemment le traditionnel salon de l’auto qui s’annonce. Ce défilé de bagnoles est aussi vulgaire et anachronique qu’un « ballet aérien » (nom poétique pour dire « vol d'avions en escadron » ou un concours de jet ski.

    Ces occupations du XXe siècle, définitivement ringardes, polluantes, traces historiques d’une période de l’histoire où l’humain pouvait pétarader comme un cochon dans la nature, et avec jubilation s’envoyer en l’air avec son petit avion ou sa grosse bagnole en se pensant le roi du monde et définitivement seul dans celui-ci.

    Ces occupations désuètes devraient être remisées aux expositions du musée d’ethnographie. On pourrait les documenter, en retracer l’histoire, cela aurait des vertus éducationnelles pour les prochaines générations. Pas sûr que cela les fasse rire. Peut-être pleurer. Mais les déployer encore pour en faire des événements publics, en 2019 ? Démontons ces voitures et gardons un rétroviseur pour le musée d'art et d'histoire ou une boîte d'embrayage pour le MEG. Et basta. 

    Dans cet alignement pornographique de bolides de luxe devant un hôtel de luxe, tout y est d’un monde qui s’écroule. Les inégalités sociales jaillissent d’abord, dans ce que les jantes rutilantes laissent voir des employés qui les astiquent, l’étalement vulgaire du luxe, et le cannibalisme visuel de téléphones qui sont exhibés pour prendre en photo des machines pétaradantes et suintantes d'arrogance.   

    La manchette du Temps de ce mardi 5 mars : « La terre est-elle à son point de rupture ?», fait réfléchir. Et si c’était notre cerveau qui était au point de fusion ?

    Anachronisme chronophage c'est un peu barbare comme titre. Je voulais dire que les reliquats d'hier non seulement maltraitent notre présent mais mettent en péril notre futur. Et que si nous voulions commencer à vivre maintenant comme demain, il faudrait se débarrasser rapidement de certaines de ces habitudes archaïques. 

    Mais peut-être devrais-je changer le titre de ce billet. Anachronisme chronophage, ça traîne en longueur.

    Et du temps, nous n'en avons plus beaucoup. 

     

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  • Nos tilleuls sont-ils chinois ?

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    C'est un joli parc de la Ville. Un panneau y annonce que la municipalité va y replanter 7 tilleuls, afin de restaurer le double alignement du parc régulier du XVIIIe siècle. Cela permettra d’accélérer la perspective menant au cœur bâti du domaine.

     

    Ce matin-là, un gros camion aux plaques hollandaises occupe l’espace et des hommes en déchargent des arbres. Renseignements pris, auprès de l’un d’eux, les tilleuls viennent bien de Hollande (parfois seul le camion l’est, car après avoir livré en Espagne il peut remonter à vide et charger en France ou en Italie, ou alors en revenant de Pologne, ajouter du matériel en Suisse-allemande). L’homme à casquette est catégorique. Le chargement vient bien des Pays-Bas... ce qui ne veut toutefois pas encore dire que les arbres aient poussés là-bas. Peut-être viennent-ils d’abord en bateau de plus loin sourit-il, goguenard, en se moquant un peu de moi, et de nous tous finalement, montrant par son ironie, le côté illimité et dément de ces déplacements forcés et des origines masquées. Seraient-ce des tilleuls chinois ? 

     

    Bien sûr, je lui demande pourquoi les arbres ne sont pas indigènes. On ne sait plus planter des tilleuls ici ? Je repense à l’homme qui plantait des arbres, ce livre de jean Giono, qui décrit le geste simple d'un homme qui plante en une terre déserte des glands pour y faire pousser des chênes et qui, par sa générosité, repeuple entièrement une terre déserte. Je me souviens bien de la figure de ce berger, qui examinait attentivement ses glands, les choisissant soigneusement. Une phrase m'est restée : La société de cet homme donnait la paix. La terre appartenait-elle au berger? Non. Elle n'était à personne. Mais il plantait ses arbres dans la solitude et le silence, pour servir la vie, il en planta des centaines, puis des milliers, qui devinrent des dizaines de milliers.[1]

     

    Désert urbain

    Pourquoi ici, dans nos déserts urbains, réglementés, faut-il maintenant, pour les décorer, faire rouler des arbres sur des milliers de kilomètres avec une dépense de pétrole et de caoutchouc brûlé, depuis l’autre bout de l’Europe ? Pourquoi faut-il ici, avant de les mettre en terre, comme on dépote une plante pour la mettre dans un autre contenant, y ajouter force tourbe et terreuses boissons énergétiques, stimulus dopants, pour que le flétrissement de la transplantation ne survienne, que la greffe tienne? Pourquoi faut-il compter sur ses doigts le nombre d'arbres plantés, comme s'il s'agissait de pierres précieuses. Quand les bagnoles s'entassent les unes sur les autres?

    Parfois la greffe prend. Parfois elle ne prend pas. L'arbre meurt. Mais il n'était finalement peut-être jamais né. On ne transplante pas les arbres et les être comme on déplace des choses. On ne plante pas 7 arbres, chichement, sur l'espace que le béton ne nous a pas encore volé, comme on refait un trottoir, en veillant simplement à ce qu'il soit à niveau, en respectant les espacements prescrits. 

      

    Une société qui ne plante plus d'arbres a-t-elle encore un avenir ? 

    Si un arbre tombe, on ne veut plus voir le trou, ni prendre le temps de voir pousser une graine, une tige, puis des branches, avec tous les risques d’échec, de fragilité, que cela comporte. Non. Nous voulons un arbre, direct. 

    Il nous faut un arbre déjà tout fait que l’on puisse planter en terre. S'il était en plastique, à la limite, ça irait aussi. Le remplacement immédiat, comme si de rien n’était.  D'un claquement de doigt. Parce que le temps, c'est de l'argent. Ce serait donc lui qui imprimerait la mesure de toute chose? Parce que nous ne serions plus capables de voir pousser les plantes, les êtres, se développer les choses dans la durée, à leur rythmes? 

     

    Pourquoi ne plus planter d'arbres depuis la graine?

    Peut-être, parce que cela coûte trop cher, parce que les pépiniéristes n’ont plus le temps de passer de la graine à l’arbre. Mais si c'est trop coûteux d'attendre ne devient-il pas pareillement coûteux de vivre? Si nous sommes dans une société qui ne peut plus attendre de voir pousser les arbres, comment imaginer qu'elle puisse avoir le temps d'attendre sa fin sans la précipiter, et de vivre et mourir selon les cycles et les rythmes de la nature, pas ceux du marché.  

     Promenons-nous dans les bois... avant que plus rien n'y soit 

    Je me demande si une société qui ne prend plus le temps de planter et voir pousser des arbres, peut prétendre durer encore. Alors quand je passe maintenant devant ces 7 nouveaux tilleuls du joli parc de la ville, je les regarde avec un mélange de joie et de tristesse.

    Ils me font penser à des survivants ou à des malades luttant pour leur survie, sans que l'on sache bien de quel côté de la vie ils vont basculer, ni comment on peut les aider. Un peu comme nous. Nous sommes à leur image.

    Par sauvage semis de graines, déposé dans ce parc, je m'efforce de les multiplier maintenant...   

     

     

    [1] https://www.youtube.com/watch?v=n5RmEWp-Lsk&t=929s

     

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