sylvain thévoz

06/09/2018

Affaire Maudet : crash-test pour notre démocratie

Toute l'énergie que Pierre Maudet a mise pour se hisser au pouvoir - et il  faut lui reconnaître qu'il en a mis beaucoup- va être mise désormais au service de s'y maintenir à tout prix. Il n'y a ni surprise ni choc dans le fait qu’il cherche à préserver sa position. Qu’il refuse de s'appliquer à lui-même les règles et lois qu'il a appliquées sans pitié aux autres achève toutefois d’enterrer l’image du monsieur propre au service de la République que ses mensonges ont détruits. Cela démontre que ce n'est pas l'intérêt général qui était poursuivi mais la satisfaction de l'ambition d'un seul. Or, l'ambition et la volonté de puissance d'un homme, si grandes soient-elles, ne peuvent pas primer sur les institutions, surtout quand il est prouvé que ce dernier leur fait du tort comme jamais auparavant aucun politicien ne l'a fait. Pierre Maudet restera a-minima dans l'histoire comme le premier président du Conseil d'Etat inculpé.

Cet enfermement découle de choix assumés, de compromissions torves, de mensonges finement élaborés et répétés depuis des mois et des années pour tromper tout son monde. La justice fera certes toute la lumière sur la profondeur et les véritables motifs et bénéfices de ceux-ci. En attendant, le politique doit tenir son rang, assumer ses responsabilités, sans se décharger de celles ci sur le ministère public, au risque d’en sortir durablement affaibli. 

Il est inimaginable aujourd’hui que les institutions puissent fonctionner avec un homme qui sera inculpé sous peu, et qui n'incarne plus l'Etat. Maudet maintenu à sa tête, ce serait une preuve, la signature que quelque chose est définitivement corrompu dans la République. Aucun Etat démocratique ne peut l'accepter sans être mis en danger dans sa nature et son fonctionnement. Des mois et des années de mensonges ne peuvent se balayer avec un : faites-moi confiance pour solde de tout compte. Cela ne tient pas. 

La contrition tardive et forcée de Pierre Maudet, face caméras, sonne faux. Du choix de ses mots visant à se dédouaner, à la nouvelle réinvention d'une enième version, en jouant cyniquement de la carte affective, de sa famille, mettant ses enfants en avant, est une triste instrumentalisation et provoque le dégoût. Sa volonté de sauver sa place se fait sur le dos de la transparence et de la vérité. 

Pierre Maudet va s'accrocher. Il va utiliser tous les moyens pour rester au pouvoir: les mêmes que ceux qu'il a utilisés pour y parvenir, quitte à entraîner tout le monde et les institutions avec lui.

Mentir à la justice, à une commission de gestion, à des élus, à la presse, bafouer son serment, comme Pierre Maudet l'a fait, aucun élu ne l'a jamais fait dans l'histoire de Genève. C'est inédit. L'enjeu n'est pas aujourd'hui de gloser sur l'immoralité du mensonge, ou de philosopher sur la culpabilité, il est de reconnaître qu'un élu soupçonné avec qui la confiance est totalement rompue n'est plus en état de présider notre République sans continuer de lui causer un tort énorme.

Le 31 mai 2018 Pierre Maudet jurait main levée en faisant le serment suivant : «Je jure ou je promets solennellement: - d’être fidèle à la République et canton de Genève, d’observer et de faire observer scrupuleusement la constitution et les lois, sans jamais perdre de vue que mes fonctions ne sont qu’une délégation de la suprême autorité du peuple; - de maintenir l’indépendance et l’honneur de la République, de même que la sûreté et la liberté de tous les citoyens; - d’être assidu aux séances du Conseil et d’y donner mon avis impartialement et sans aucune acception de personnes; - d’observer tous les devoirs que nous impose notre union à la Confédération suisse et d’en maintenir, de tout mon pouvoir, l’honneur, l’indépendance et la prospérité. » Ayant bafoué ce serment, il doit en tirer les conséquences, point. Il n'est plus digne de la délégation de la suprême autorité du peuple.

 

En tant que politicien de milice. Je donne du temps et de l’énergie pour faire avancer des enjeux pour le bien de la collectivité. Sur des stands, dans la rue, je rencontre et écoute des habitant.e.s qui ont perdu confiance dans la politique. Ils disent : tous pourris, tous les mêmes. Ce qui me fait peur, ce serait de devoir admettre un jour que l'histoire leur a donné raison : que le mensonge et la dissimulation à un degré inouï peuvent l'emporter sur la justice et la transparence, et leur confiance être sciemment abusée. 

Contre les taux d'abstention et la démobilisation nous nous battons pour refaire du lien et redonner confiance. Cette confiance se mérite et se conquiert au-delà du verdict des urnes. Monsieur Maudet doit maintenant démissionner pour que cette nouvelle législature puisse traiter des enjeux importants pour Genève, pas de sa petite personne. 

L’affaire Maudet est un crash-test pour notre démocratie.

 

 

 

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