sylvain thévoz

22/10/2018

La religion qui ne dit pas son nom

Certains pensent encore que la religion est l’opium du peuple. Ils n'ont jamais dû prendre le bus le matin et voir la série de visages courbés sur leurs téléphones, possédés comme des déments, rire tout seuls ou jouer à des jeux répétitifs et niais, l’air content. La religion, en regard de la technologie, c'était un bonbon pour la gorge. 

Je me rappelle très bien d’une conférence où Blaise Matthey patron de la FER, en mode grand pape avait levé bien haut son i-phone et louait la technicité de ce jouet affirmant que c’était là rien de moins qu'une perfection de l’humanité, son progrès ultime. On aurait dit qu'il tenait une relique du Christ ou une hostie sainte, rien de moins. C'était Moïse sur la montagne ayant reçu les tables de la loi. L'illumination. 

Sauf que son jouet crée de l’addiction à tout de bras et que dans le sillage de l’intelligence artificielle se trouve la connerie mercantile de l’aliénation et son métallique jus financier. De manière aussi certaine que derrière les chalutiers qui rejettent des carcasses de poissons se trouvent des requins ou sur les décharges publics des rapaces, dans les mines africaines où des multinationales swiss made extraient les précieux métaux, se répand le sang des ouvriers spoliés et exploités. 

 

Pénétrer les cerveaux 

En marchant dans la rue, au bout de la rue du Rhône, j'ai été arrêté devant la vitrine d'une grande banque. Des écrans de 2 mètres sur 1 balancent en continu des petits films (public cible : les enfants, d'ailleurs l'écran est à peu près à hauteur de leurs yeux) avec des personnages joyeux et bêtes mettant des noisettes plus grandes qu'eux dans un panier en souriant, se tapant dans les mains dans ce qui est censé être la plus belle des harmonies. 

En voilà une magnifique éducation au capitalisme sauvage et suave. A l'arrêt de bus, l'air de rien, direct dans les yeux et dans les cerveaux des enfants. Même pas besoin d'allumer un écran, c'est dans la rue directement, dans l'espace public dans les petits cerveaux que ça rentre comme dans du beurre et fait tout son effet.  Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, on emmerde une librairie qui a des bacs à livre pour empiétement sur l'espace public...   

La nouvelle grand messe, c’est la technologie, et la divinité du capitalisme l'utilise avec avidité. Tous à plat ventre. Tous à quatre pattes. Elle a ses prêtres et ses papes. Ils répètent blockchain comme d’autres avant le pater noster et placent des écrans surpixellisés à tous les coins de rue comme avant on y plantait des croix ou des madones. De l’intelligence artificielle à la connerie mercantile : où comment chérir ce qui nous asservit et en redemander en payant le prix fort.

La vacuité de la réflexion sur le sens que l’on veut donner à ces outils n’a d’égal que notre incapacité à se rappeler que l’outil doit être mis au service de l’humain, pas l’inverse. Elle fait de son public cible des ouailles plus soumis et bêlants que des convertis à la sainte trinité. Doigts tendus, ça clique à fond pour accepter n'importe quel cookies et valider des contrats numériques que personne ne lit d'ailleurs, puisque ces textes s'étirent sur un menu déroulant, long comme un jour sans pain, dans une langue plus incompréhensible que le latin. 

Le capitalisme impose de plus en plus sa novlangue spiritualisante. Récemment dans la Tribune de Genève un banquier se déversait sur le supplément d'âme qu'il fallait insuffler à son institution pour en assurer la bonne marche. Suivait un gloubi-boulga ésotérique sur l'esprit, la communion, charabia digne des plus obédientes et rigides sectes religieuses.

En lisant les revues économiques spécialisées, on croit lire un récit de prophéties ou l'apocalypse. Vous avez remarqué, plus le capitalisme devient brutal et violent, plus il lui faut se parer d'atours joyeux annonçant l'Eden sur terre ou la cohabitation sereine à tous les étages de la tour de Babel, et évacuer les rapports de force et de domination. 

Certains ont pensé bon de faire une loi sur la laïcité, car disent-ils, l'Etat entretient des rapports avec les communautés religieuses et il faut les réguler. Ils retardent de quelques siècles dans leur volonté de séparer l'Etat de ce qui pourrait lui nuire. Ce que l'on appelle la religion n'est pas une menace, c'est une idéologie, comme tant d'autres. 

Par contre, ce qui s'appelle capitalisme, et qui n'assume même plus d'être une idéologie pour se prétendre être devenu l'air que l'on respire, s'est dématérialisé au point de se retrouver être la plus nocive des religions : celle qui n'a même plus besoin de dire son nom. La vraie menace.

On peut désormais pointer du doigt un voile, un crucifix ou invoquer la loi afin de bannir une kippa pour trouble à l'ordre public. La belle affaire. La belle excuse. Et surtout le bon prétexte. Pendant ce temps, les affaires continuent. Les marchands du temple ont trouvé leur bouc émissaire. La religion qui ne dit pas son nom va elle pouvoir continuer à faire ses affaires avec la bénédiction de l'Etat.

On n'a pas beaucoup évolué en terme de croyances depuis le Moyen-âge. Simplement muté. Les habits des grands prêtres ont changé, guère plus. Les princes qui s'acoquinaient avec le clergé au XVIIe vont désormais au moyen-orient. Les trajets ne se font plus en fiacre mais en jet, ils font pourtant toujours les mêmes courbettes. 

 

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 www.sylvainthevoz.ch

 

10:09 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

La citation complète est:

"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans âme comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple".

Écrit par : Déblogueur | 22/10/2018

@Déblogeur
Merci de citer l'extrait dans sa totalité, tant il a, que l'on approuve ou non son sens, de beauté littéraire.

Écrit par : Mère-Grand | 22/10/2018

Si la religion n'existait pas il n'y aurait pas de guerres ! Hélas, elle est partout puisque les socialos français (et leurs amis d'autres pays) ont eu un président qu'ils appelaient Dieu !! Concernant les smartphones, c'est uniquement à cause de ces appareils que la ville veut limiter la vitesse à 30 km/h puisque les abrutis consultent leurs importants messages sans regarder la circulation.

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 22/10/2018

C'est à cause des religions qu'il y a des guerres, soit, mais les poussins qui se battent entre eux pour attraper les grains que leur jette la fermière ont-ils une religion?

Les hosties, par la consécration, sont dites le corps du Christ.
Se présentant sous la forme de cachets… celui, Jésus, qui se disait médecin pour les malades non pour les bien-portants serait donc à la fois le médecin et la médecine...le remède, l'issue… tout n'est-il pas dans l'attente et l'intention de la personne qui communie?

Placebo, éventuellement, mais si la personne ensuite a repris des forces?

Peut-on forcément dire à haute voix du fond de la moelle de ses os, "je n'en peux plus, viens à mon secours"?

Ensuite… à la personne concernée de savoir si elle a été secourue et si oui… comment.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/10/2018

L'histoire de Jésus est étrange car il est né, paraît-il, dans un pays arabe, ses amis s'appelaient Mohamed, Mouloud, Rachid, etc. Puis il était Juif donc ces potes s'appelaient David, Moshe, Benjamin, Isaac, etc. mais, selon la Bible ses derniers amis s'appelaient Paul, Jean, Marc, etc. Alors on nous prend pour des c..s !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 23/10/2018

C'est amusant, mais on oublie systématiquement de citer le paragraphe qui suit:
"Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu'il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c'est exiger qu'il soit renoncé à une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l'auréole."

A tous les traitres et autres trotzkystes qui font alliance avec l'islam sous quelle forme que ce soit.

Écrit par : Daniel | 22/10/2018

J'observe une tendance, un schéma qui se répète inlassablement.
Lorsqu'on fustige un système, on le nourrit.
Dieu est mort depuis pas mal de temps, mais il en faut du temps pour que ça entre dans nos têtes.
En attendant, la religion semble vivre un dernier sursaut, le chant du cygne.
Le capitalisme que vous évoquez sans oser dire son nom en titre n'est certainement pas un mal en soi puisque tant y adhèrent.
Au lieu de le fustiger et renvoyer la faute à d'autres, peut-être serait-il sain d'envisager une autre voie qui consisterait à mieux répartir les fruits des activités sans remettre en cause notre besoin/envie de consommer.
Jeremy Rifkin le dit depuis un quart de siècle. Nous vivons dans l'abondance mais il n'y aura bientôt plus de travail.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/10/2018

Ne croyez pas que la religion soit finie, Pierre. Tout pres de nous par exemple, en France, il y avait environ cinquante mille évangélistes (un courant du protestantisme) a la fin des années cinquante, il y en a environ sept cent mille aujourd`hui. Le catholicisme romain et le judaisme régressent mais le protestantisme et le catholicisme orthodoxe musulmans se renforcent tandis que le bouddhisme continue a bien se porter merci pour lui.

Écrit par : Jean Jarogh | 24/10/2018

@ Yvan Descloux-Rouiller

Qui prend qui pour des cons?


"A partir du texte grec connaissant les techniques de traductions de l'hébreu en grec, et les résonances hébraïques de la koïné j'ai tenté de toucher le fond hébraïque pour ensuite revenir au grec avant de passer au français."

Vocabulaire et noms propres traduits.


Evangiles André Chouraqui...mais les Bibles en leur ensemble donnent des explications détaillées.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/10/2018

Je pense que tout ce que nous trouvons dans les bouquins prête à confusion. Un ami a lu dans un bouquin que Jésus est mort à 67 ans aux Indes et qu'il était communiste !! Un vieux monsieur a demandé à l'université si il pouvait apprendre l'araméen afin, lors de son décès, il puisse parler avec Jésus au paradis. Son interlocuteur lui a demandé "et si vous allez en enfer ?" Le vieux monsieur lui a répondu :"pas de problème, je parle déjà couramment l'arabe !!)
Bonne journée.

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 24/10/2018

Dans toute population, seule une petite partie est a la fois capable et désireuse de réflexion autonome. Vous etes-vous jamais demandé pourquoi vous etes en mesure d`en faire partie, Sylvain?

Écrit par : Jean Jarogh | 24/10/2018

Pourquoi un homme dans sa jeunesse surnommé bâtard fils d'impure (concernant Jésus, historique) se présente-t-il fils unique de Dieu (Marie seconde épouse de Joseph, enfants des deux mariages, Jules Isaac)?

La souffrance d'un enfant offensé par l'ensemble de sa fratrie dès la maison, à une exception près, éventuellement tenu à l'écart provoquant une prière à ce Dieu enseigné Créateur d'être ce papa ("abba") qu'il n'a pas…?

Cette questionnement n'est pas d'essence théologique mais empathique ce qui permet de marcher dans la voie de l'amour du prochain… pas à pas… comme enseigné...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/10/2018

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