sylvain thévoz

22/07/2018

Le capitalisme veut ton sourire

Le capitalisme veut ton sourire :

jeune homme courant avec ton tapis sous le bras pour aller au cours de yoga 

trentenaire achetant tes produits bio acheminés en camion depuis la Pologne

famille râlant sur ton vol annulé, continuant chaque été à reprendre la même compagnie d'aviation

féministe refusant la domination masculine et t'épilant méthodiquement, parce que c'est quand même plus joli comme ça

travailleur précaire votant contre l'instauration du salaire minimum.

 

Le capitalisme veut ton sourire:

jeune femme, écouteur sur les oreilles, qui médite sur ton cours de pleine conscience, et traverse tout droit au milieu de la route sans voir les bagnoles

retraité dépassé par l'augmentation de tes primes d'assurance maladie, qui refuse la création d'une caisse publique d'assurance maladie

grand-mère effrayée que les riches partent si on fait sauter les forfaits fiscaux, et qui accepte de payer proportionnellement plus d'impôts qu'eux 

jeune avocat qui veut éradiquer le deal, et achète sa coke à l'étude

boucher qui se tue au travail et vote contre une semaine supplémentaire de vacances pour tous

médecin qui fume deux paquets de clopes par jour et recommande de faire de l'exercice

trentenaire qui trouve que la prostitution c'est mal et se branle sur youporn

étudiant qui refuse de payer 10ct le litre de lait plus cher, et qui bouffe au Mac do

diététicienne qui dit de manger 5 fruits et légumes par jour, quand on a même pas le fric pour aller chez Lidl  

 

Le capitalisme veut ton sourire :

quadra engagé qui trie méthodiquement ses déchets en regardant les camions de la Migros partir à l'incinérateur 

geek qui consomme son information sur Facebook et partage larme à l'œil l'avis mortuaire du Matin sur twitter 

autorité qui pose des bacs à fleur dans l'espace public en interdisant à quiconque d'y mettre un parasol 

autorité qui élargit les routes et interdit les grillades dans l'espace public, parce que cela sent trop mauvais 

vieillards qui râlent comme quoi c'était mieux avant, et continuent à faire que ce soit chaque jour pire

bobos qui aimeraient du silence et gueulent pour que les autres se taisent

décideur politique qui, au nom du respect de l'autre, impose sa loi à tous.

 

Le capitalisme veut ton sourire :

autorité qui invite les gens à se réapproprier l'espace public, puis colle des amendes à ceux qui le font sans autorisation et surtout sans le sponsor qui va avec 

adolescent qui trouve immonde de manger du chat, mais que le cheval ne dérange pas -Un petit lapin c'est si goûtu-

quinqua qui met "indigné" sur son profil facebook, puis retourne regarder le Tour de France après avoir "liké" le Mondial  

bon citoyen qui ne veut pas donner un centime aux mendiants, mais accepte de payer bonbon pour les placer en prison 

polytraumatisé des génuflexions pour qui la religion est encore l'opium du peuple, alors que l'on est passé au crack depuis l'informatique

connard qui dit je ne suis pas raciste, mais…

 

Le capitalisme veut ton sourire:

ingénu qui trouve les pays du sud corrompus et n'est jamais allé à la salle des pas perdus du Palais Fédéral.  

 

Le capitalisme veut le sourire, de tous, tout le temps.

Par des rapports de pouvoir qui sont devenus des habitudes. Par des habitudes de domination et de soumission qui sont devenus des secondes natures.

Par la capacité d'opposer les un.e.s aux autres en tirant structurellement sa manne de l'inaction et des disputes.

Par le nationalisme qui se maquille en folklore typique, par le sexisme qui se travestit en habile commerce. Par le racisme structurel qui se camoufle en distinction narcissique.

Par l'air que tu respires, doux très doux jusqu'à l'asphyxie, pendant que d'autres crèvent la bouche ouverte. Par l'interdiction de la contestation, ou alors seulement sur les T-shirt ou Facebook. 

Le capitalisme veut ton sourire. Par la complicité. Par la férocité de son appétit, par sa facilité à faire de tes désirs ses besoins; et de tes nouveaux besoins ses échanges monétaires.

Le capitalisme veut ton sourire.

Car de ton silence, de ta colère, de tes prières et lectures, il sait qu'il n'aura pas un sou.

 

 

 

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19/07/2018

Déraciner le racisme !

37197741_10156321900956826_2772716446893998080_n.jpgLa France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d'une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu'est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l'école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une "origine" aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l'armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l'activisme et l'indignation de nombreuses personnes pour que l'affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d'alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l'ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d'impunité que certains ressentent. 

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m'interpelle que l'information aie d'abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu'il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s'était saisi de l'affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le "travail journalistique", pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L'indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n'est pas une caricature, c'est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d'une telle image est inacceptable.[2]

C'est inquiétant qu'il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu'il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l'emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans "l'humour" ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l'on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de "chasse aux sorcières" ou de "lynchage médiatique", comme si la personne qui poste publiquement une photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d'être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l'ont bien cherché mais qu'elles sont des victimes d'agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre. 

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu'il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la "blague", l'humour, le renversement du rôle d'agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s'engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d'un autre temps.

Rappelons l'existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse...

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene...

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs...

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-...

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-...

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-...

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

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15/07/2018

Voiture à ras du sol

EA414663-F020-44BB-AB57-A70B202E736B.jpegOn entend souvent parler du grand chassé-croisé estival. Les protagonistes sont identifiés : juillettistes et aoûtiens. C'est vrai que cela fait du bruit quand ils se croisent. Sur des kilomètres, longs bouchons, colonnes de véhicules au ralenti, on en mesure la taille, les temps d'attente au tunnel du Gothard, aux péages. On lui donne des couleurs : rouges ou oranges, des noms d'oiseaux ou de bison, etc. Tout un folklore. Ce n'est pas de ce chassé-croisé que je souhaite parler, mais d'un autre qui est moins médiatique, plus discret.

 

 

L'été en fin de soirée...

Quelque chose attire parfois le regard. Une sorte de ballet autour de véhicules. Des personnes fument, d'autres empoignent une "dernière" valise - pas sûr qu'il n'y en aie pas encore une ou deux-, entament un casse-croûte sommaire, sur un coin de capot ou de trottoir. Voiture chargée de bagages, au ras du sol.

Ce théâtre de rue s'ouvre sitôt prononcées les vacances scolaires. Alors que pour certains la page de leur journée se clôt, pour d'autres un grand chapitre s'ouvre. S'allument les grands phares. C'est de ce chassé croisé là que je veux parler. Celui qui se passe entre ceux qui n'ont plus que quelques mètres à faire pour se mettre sous les plumes, alors que d'autres se préparent à une grande odyssée. Ce chassé-croisé qui durera tout l'été, dans l'anonymat des villes, des vies qui se croisent. 

 

Sur le départ

Ils contrôlent une dernière fois le niveau d'eau, d'huile. Ils vérifient qu'ils n'ont oublié ni triangle de panne, ni la petite couverture, pour quand il fera froid, pour la déposer dans l'herbe pour y pique-niquer tranquille sur l’aire d'autoroute.

Ils  font tourner le moteur. Ils font durer ce moment. Plaisir des ultimes préparatifs. Clôture du chargement. Ce qui est dans l'air avant le départ est bon, peut-être même meilleur, que le voyage lui-même.

Ce qui flotte dans l'air ? Le parfum du retour au pays. Impossible de savoir lequel. Toutes les valises se ressemblent. Les voyageurs aussi. Ils vont partir très longtemps. Et loin, cela se sent. Ils vont revoir des proches. Amener des cadeaux, en ramener aussi. Ils ne prennent pas un avion barbare et bon marché, qui vous catapulte d'un lieu à l'autre en quelques heures, vous laissant échoué et groggy. Non, ils prennent leur voiture, tous leurs bagages, un peu de leur maison d'ici pour la déplacer là-bas.

 

Tetris minutieux

Chaque espace du véhicule est le fruit d'un savant assemblage. Les places sont attribuées à chacun.e, parfois chèrement négociées. Personne ne veut se retrouver sur le siège central.

Ils savent qui conduira, pour combien de temps, qui le relaiera ensuite. Parfois, le conducteur refuse de transmettre le volant. Il en fait une affaire personnelle; ou alors prétend que cela a toujours été fait comme ça, le capitaine c’est lui. Il ne viendrait à l'idée de personne de lui disputer cette responsabilité : un privilège.

Il fera des siestes, biberonnera son red bull. Héros de la route, Ulysse des péages, il avalera les kilomètres : 1000 ou 2000, peut-être même plus. Les autres passagers seront réduits à l'intendance, condamnés à tour de rôle à refuser le sommeil comme des sentinelles. La nuque raide, l’oeil dans le vague, solidaires.

A ce chauffeur, on lui a préparé à manger : des sandwichs, faciles à emporter, enrobés dans du papier d'aluminium. Ses boissons préférée : thé vert ou thermos de café sucré, pour lutter contre le sommeil. Ce sommeil qui finira par emporter tout l'équipage juste avant le petit jour. Sauf lui, évidemment, gardant le cap, malgré la houle et les roulis du bitume. 

 

cycles de sommeil inversés 

C'est le grand départ. L’épopée. Tout le monde, au-delà de minuit, est en alerte, excité. Les enfants n'ont pas dormi les nuits précédentes. Ils ont littéralement piqué du nez à la piscine durant la journée.

C'est le dernier moment pour les derniers contrôles. Passeports, ok, pression des pneus, ok, carte grise rangée dans la boîte à gants, ok. Tout semble en ordre. Dernière bouffée de la dernière clope s'écrase du talon sur le trottoir. Et hop. Claquements de portes. Embrayage. Bye bye Genève, bye bye la Suisse. See you a la fin de l’été.

Parfois, quand on frotte deux cailloux l'un contre l'autre, une petite étincelle en jaillit. Parfois, il en est pareil du croisement de deux existences, il en jaillit alors un parfum, une image. On voit surgir des voitures au ras du sol les toits de villes du sud. On perçoit le parfum des cyprès, l'entêtante résine du mazout des stations essence ou de ports illuminés jour et nuit, le goudron fondu, la poussière sur les fruits trop mûrs.

Pendant que d'autres roulent, mes yeux se croisent.

Je m'endors. Ou plutôt : je rêve et je voyage avec eux.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=MbjIWSTYFWs

 

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11/07/2018

Le coupe du monde

444px-Foot_field_AG3.svg.pngLe capitaine, le public, le soigneur, le kiné, les hooligans, le préparateur physique, l’entraîneur, le masseur, le défenseur, le gardien de but, l’attaquant.

L'arbitre, le soigneur, le brancardier, l’ailier gauche, le remplaçant, le patron, le taulier, le libero, le commentateur sportif, le comédien, le président, le politique, le juge de ligne, l’ailier droit, le consultant, le vieux briscard.

Le kop, le parieur, les ultras, le comédien, le stimulateur, le vestiaire, le sponsor, le journaliste, l'équipe, le ramasseur de balle, le 13e homme, le récupérateur, le gratte ballon, le public, le buteur, le match winner, le looser, le millionnaire, le juge de touche, le coupeur de citron, le tacticien, le laveur de maillot, le barbier, le coiffeur, le tatoueur.

 

La testostérone.

Le coupe du monde.   

 

 

 

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07/07/2018

Ô rade ô désespoir

IMG_3082.jpgElle est bichonnée, elle est bien nettoyée, elle l'est surtout pour les touristes qui arpentent ses quais. Elle est objet de tous les soins, tous les égards, comme il sied aux cartes postales ou aux images d'Epinal. Mais n'en fait-on pas trop en terme esthétiques pour ce lieu. Et s'il est aisé de lustrer facilement ce qui brille, au détriment de quoi cela se fait-il ?

 

 

La mobilité en rade

Les cyclistes ne peuvent plus passer le long du jardin anglais, on les a repoussé à l'arrière du jardin (pas sur la route non, ça aurait probablement trop dérangé les automobilistes). Une piste provisoire s'étend le long du pont du Mont-Blanc où les cyclistes s'encolonnent (impossible de dépasser), avec au bout un arrêt mortel au pied de l'hôtel des Bergues, obligeant les vélos à monter sur les trottoirs s'ils veulent tourner pour remonter sur la rue de Chantepoulet pendant que les véhicules les frôlent.

Toujours et encore, la ville demeure pensée pour les voitures avant tout. L'autoroute urbaine qui longe le lac est dangereuse, avec des passages-piétons à risques, insuffisamment signalés le long du quai Gustave Ador, des temps de passage trop courts devant l'Horloge Fleurie - faut être adepte du sprint pour passer-, ou le long du quai Wilson - et tant pis pour les aîné.e.s ou les personnes à mobilité réduite-. La priorité aux voitures demeure la norme, c'est regrettable. Voilà pourtant, au-delà des vernis cosmétiques, ce qui changerait vraiment la rade : la rendre aux habitant.e.s, pas au trafic de transit. 

Au moment où certains évoquent un réaménagement futur de la rade et se réjouissent de l'ouverture de la nouvelle plage aux Eaux-Vives en 2019, pourquoi ne pas aller au-delà de l'esthétisation des quais, et refuser de laisser une autoroute les balafrer? La rade, belle rade, objet de tous les soins et obsessions, est bichonnées, nettoyée, mais malheureusement, aucun choix fort n'est posé pour la rendre à ses habitant.e.s.

 

IMG_3015.jpgSuperficie ici, abandon là-bas

Témoin, le concept de l'été pour la rade : l'Escale. Sorte de structure hybride, accueillant des concerts et une simili-bibliothèque (plutôt une colonne phallique avec trois ouvrages posés dedans), offrant des hamacs pour s'y délasser et à coups de publicités sponsorisés sur Facebook cherchant à faire venir des gens là où ils vont naturellement.

Oui, c'est agréablement fait, avec une prime à l'effet d'aubaine pour celui qui passe par là. Mais finalement à qui cela s'adresse-t-il, avec quelle intention ? Aux badauds, aux touristes? Et pourquoi déposer cette escale dans la rade alors que des quartiers comme le Petit-Saconnex, les Acacias, ou Châtelaine, manquent d'infrastructure publique, que des places de jeux nécessitent des rénovations urgentes sur la rive droite, pendant que des Maisons de quartier déplorent le manque de moyens et de ressources pour les centres aérés et l'accueil de jeunes?

Plutôt que de renforcer encore la centralité, et l'attractivité de lieux naturellement fréquentés, ne serait-il pas plus intéressant de renforcer une présence dans des lieux inanimés ou oubliés et amener les services publics là où il y a un déficit de ressources et, ou, des quartiers impactés par des travaux ou des changements structurels de fond ?

 

Tape à l'oeil

Le développement tape à l'oeil, d'animation facile et racoleur, ce tout à la rade, bien que sympathique accentue surtout, pour certains, le sentiment d'être les oublié.e.s d'une politique centrifuge.

Et certes, s'il est plus sexy pour un magistrat de mettre des lumières autour de la rade en hiver avec le festival Geneva lux, et en été de frimer avec l'Escale, il est intéressant de se demander, en terme de politique publique, si le plus urgent est réellement de mettre des lampions à la place Bel-Air et des hamacs le long du quai Gustave-Ador.

Point de vue communication, ça marche, évidement. Sur instagram c'est joli. Mais cela renforce surtout le sentiment qu'il y a des zones privilégiées et des quartiers éloignés, moins bien équipées et soignés. En terme de cohésion sociale, ce n'est ni bon ni souhaitable. C'est également une manière de surfer sur les problèmes de fond sans les traiter (trafic routier, gentrification). Et si certains exécutent les demandes  des hôtels de luxe de la rive droite pour qu'un tournoi de beach-volley soit déplacé au Port-Noir, car le bruit des sportifs incommodait les clients, ils restent plus hermétiques aux attentes et demandes des associations et habitant.e.s plus éloignés de la rade.

Escale

Le sentiment doux et sucré de lieux comme l'Escale ne fait ainsi aucunement disparaître les rapports de force et d'emprise sur l'espace public.

Au contraire même, en dépit des baby-foot et de la pétanque, ils les accentuent et rappellent qu'en terme de choix de lieux et d'intervention publique, rien n'est neutre.

Politiquement, renforcer ce qui est fort et délaisser ce qui nécessite plus d'attention ne fait que creuser les inégalités. C'est le choix fait quand on bichonne superficiellement la rade, tournant le dos à ce qui se passe fondamentalement au-delà de celle-ci.

Ô rade ô désespoir. Ô communicants ennemis.

 

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06/07/2018

Récit d’une radicalisation

IMG_E3042.JPGIl venait d’une famille normale, comme il y en a tant dans notre pays. Une enfance paisible, à l’abri du besoin, des peines et douleurs excessives. Une famille aimante et sécurisante. Une soeur un peu plus jeune, avec laquelle il a toujours eu une magnifique complicité. La religion ne l’intéressait pas du tout. Il n’a jamais fréquenté de lieu de culte. Ses parents ont toujours souhaité qu’à sa majorité il soit totalement libre de choisir (ou pas) la religion qui serait la sienne. Ils ne l’ont d’ailleurs jamais forcé. Ils n'étaient pas pour autant laxistes. Son père et sa mère avaient leur tronche et des idées bien arrêtées. On peut même dire que c’étaient des militants. Sa mère était engagée dans les années 80 dans le mouvement Touche pas à mon pote. Elle a toujours pensé que le racisme et le sexisme sont les plus grandes saloperies que l’humanité aie jamais engendré. Elle s’est battue toute sa vie pour la justice et l'égalité. Et maintenant...

Des parents comme les autres

Son père était maçon, un autodidacte aussi. Il lisait Libération et La Suisse. Le soir, il lisait des livres d'histoire. C’était un homme simple et droit. Jamais changé d’un pouce. Il prônait le respect du travail bien fait et de la parole donnée. La confiance dans le fait que si on se comporte bien, les gens se comportent correctement avec vous, et que ceux qui dérogent à cette règle paieront un jour d’une manière ou d’une autre (maladie, accident) leurs méfaits, car on ne peut faire souffrir les autres impunément. Il avait une forme de croyance, comme ça. Et maintenant...

Son père est resté maçon toute sa vie. A passé 50 ans, il a fondé sa propre boîte, engagé cinq personnes qu’il traite mieux que lui même, et pour lesquels on pourrait presque dire qu'il se sacrifie. Ok devenir patron, mais toujours assumer les responsabilités et égards dû à cette charge et respecter les gens.

Une enfance sans problèmes

Leur fils est né en 1990. Rien ne fut facile : pas de places de crèches, madame qui arrête de travailler pour s’occuper de lui à la maison. S’occuper des tâches ménagères et nettoyer la maison : le joug de la domination masculine ordinaire. Passée d’infirmière salariée à maman de jour bénévole pour ses enfants. Rapidement, ils découvrent que leur fils a quelque chose de spécial. Il reste seul de longues heures, où joue sans arrêt au foot avec ses amis. Enfin, peut être est-ce seulement après coup que l’on reconstitue tout ça afin de mieux comprendre ce qu'on a pu faire faux ou pas. Parce que, sur le moment, tout semblait normal. Personne n'aurait pu imaginer ce qui allait se passer...

Et si on l'avait su: qu’aurions-nous pu faire? Il ne faut pas accabler les parents, trop personnaliser ces trajectoires. Ce sont avant tout des drames politiques et sociaux. J’ai moi-même joué avec cet enfant. Il était pareil à tant d'autres gamins. Il était comme nous tous à son âge. Il aimait les vignettes Panini, que nous collectionnons à chaque mondial, les glaces à l’eau Rocket et les chicken nuggets. Et surtout, surtout, rouler très vite à vélo.

Quand j’ai appris ce qu’il est devenu ça m’a foutu un choc, comme à tous ceux qui l’ont connu

Je l'ai un peu perdu de vue à l'adolescence mais j'ai toujours entendu parler de lui. Tout semblait normal. Il suivait de bonnes études (payées par ses parents). Il ne manquait de rien. C’était pas l’abondance, mais en tout cas pas la misère. Je ne l’ai jamais entendu lever la voix sur quiconque, ou manquer de respect à une femme. Après, c’était pas un ange non plus. Quand il était ado, il a fait ses conneries. Plusieurs fois, il a roulé bourré, il aurait pu tuer des gens. Il a eu un retrait de permis. On a pensé que ça allait le calmer. Heureusement qu'il y avait sa famille autour, ça l'a aidé à se maintenir.

 

Et puis, ça a commencé à vriller...

Vers 19 ans, quelque chose a changé en lui. Il ne voulait pas reconnaître la loi ni l’autorité. Ses parents se sont inquiétés. On a essayé de discuter avec lui. Ce n’était plus possible. Ses parents ont fait le forcing pour l'inscrire à l’université, en sciences économiques. Il a accepté. Il lisait toujours plus de livres et s’isolait. Boire ne l’intéressait plus, ni voir ses amis, fêter ou danser. Il devenait rigoriste. Il a passé son bachelor et master, avec mention. Un étudiant brillant. Et pourtant...

 

Un voyage d'un an... et la radicalisation

Il a fait ce satané voyage qui l'a radicalement changé. Un an loin de chez lui. Si ses parents avaient su ce qui allait se passer, ils lui auraient confisqué son passeport, l’auraient sûrement empêché de partir. A son retour, personne ne l’a reconnu. C’était fini.

Il est revenu hautain et arrogant, a commencé méthodiquement à mettre en oeuvre son plan. Comme s’il avait subi un lavage de cerveaux. Il n’a pas agi seul. On a compris plus tard qu’il faisait partie d’un réseau et bénéficiait d’appuis. L’enquête de police aurait dû reconstituer les complicités et auditionner celles et ceux qui l’ont poussé sur cette voie. Malheureusement, personne n'a bougé. En apparence, tout était légal.

Il pouvait désormais passer à l'action. Il a été engagé comme trader dans une entreprise de négoces de céréales de Genève. Il a laissé alors pourrir dans des ports des navires chargés de blés quand les cours ne permettaient pas des bénéfices suffisamment luxuriants. La mort de centaines de milliers d’êtres humains en a découlé. Celui lui était égal. Endoctriné. 

Ses parents ont interpellé les politiques : comment a-t-il pu faire ce voyage d'un an à la City de Londres sans que personne ne s'en inquiète, ni qu'il y ait une cellule de déradicalisation à son retour? Pourquoi ne leur a-t-on rien dit, ni prévenu que leur fils allait devenir un tueur froid en col blanc? Désormais, il roule en Porsche Cayenne comme s’il était un roi du monde en se foutant bien du sort de ceux qu'il affame. Il est haï du 99% de l'humanité. Ses parents ont honte de lui.

Un cas parmi des centaines d'autres

Ses parents ont découvert que le destin de leur fils n’était pas unique. Il y a aujourd'hui des dizaines de jeunes hommes ou femmes qui ont le même destin que lui, perdant subitement leur identité et tout sens de l’empathie.

Radicalisés rapidement suite à un voyage, ou lors d’un camp prolongé où le maniement de produits financiers est enseigné, des techniques bien élaborée d’évasion fiscale, ils perdent rapidement tout contact avec la réalité.

Que faire?

Un voyage à la City. Le chemin vers la radicalisation. C’est chez nous, aujourd'hui, au sein de nos quartiers, dans nos familles, dans la tête de nos jeunes. Cette idéologie mortifère se répand et s'implante toujours plus. Faire du fric à tout prix en se foutant royalement des conséquences pour la vie d'autres êtres humains.

Deux parents dans la détresse. Une famille brisée. Ils n’arrivent plus à croire que c’est leur fils qui passe en voiture de luxe avec sa chemise blanche, l’air impeccable du salaud qui ne mesure plus la portée de ses actes et se contrefout de la mort qu’il répand autour de lui. 

Que faire ?

En parler autour de soi, afin que cela n'arrive pas à d'autres jeunes.

Dénoncer sans relâche les criminels qui entraînent toute une jeunesse au meurtre, et la complicité passive des autorités. 

 

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01/07/2018

Spécisme & co

antispécisme,alimentation,chasse,animaux,familiers,domestiquesQuelle est la différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Un bon chasseur il tire, et un mauvais chasseur... il tire aussi. Cette chute d'une vidéo des Inconnus sur les chasseurs a longtemps été citée comme paradigmatique de l'absurde de la chasse[1]. Aujourd'hui, si cette vidéo était prolongée, on pourrait y adjoindre une séquence : quand un chasseur voit la biche : il tire. Si c'est un âne: il tire pas. Ben ouais, la biche c'est un animal, et l'âne c'est... euh... un animal, mais pas comme la biche.

Le bon et le mauvais chasseur 

Un article de la tribune de Genève du 29 juin nous indique qu'un mauvais chasseur a été condamné  pour avoir tiré sur des ânes près du village d'Arith, en France voisine.[2]. Deux bêtes sont mortes sur le coup, deux autres gravement blessées ont été euthanasiées par la suite. Le chasseur a été poursuivi pour actes de cruauté envers animaux domestiques et violation d'ordonnance sur la chasse. La Fédération de chasse de la Savoie s'est aussi constitué partie civile. Le chasseur, pour sa défense, a prétendu avoir confondu les ânes avec des biches. La fédération des chasseurs a confirmé qu'il était impossible, à la distance où se tenait le chasseur, de les confondre. Le chasseur a été condamné à une amende. Son permis de chasse révoqué. Très (très) mauvais chasseur, donc.

Qu'est-ce qui différence un chat d'un chat sauvage?

Cela interpelle et questionne. Car enfin, un bon chasseur peut tirer des biches sans crainte de jugement pour cruauté envers animal, mais pas des ânes. Pourtant, qu'est-ce qui différencie la biche de l'âne? En un mot : la domesticité, qui est un autre mot pour dire la familiarité. L'âne a un propriétaire, là où la biche n'en a pas. Et les enfants, nous précise l'article, caressaient les ânes dans le champ, et jouaient avec eux. Si le mauvais chasseur avait tiré sur une vache, un chat ou un chien, il aurait certainement écopé du même verdict. Au diable galinettes cendrées, sangliers ou chevreuils, ces derniers peuvent passer sans autre à la moulinette. Les enfants n'ont pas de lien particulier avec eux, on ne leur donne pas de petit nom, ne les nomme ni "fleurette" ou "médor". Conséquence: on leur envoie du plomb. C'est la loi, la coutume.

L'acte de nommer ferait donc basculer du champ du sauvage à celui du familier et préserverait des balles. Il est intéressant de relever que le chemin inverse se fait pour les tueurs d'humain. L'histoire nous montre que ces derniers prennent comme première mesure de retirer le nom de leur victime, d'effacer l'identité de celles et ceux qu'ils peuvent ensuite tuer... comme des bêtes. Le fait de nommer distingue ce qui est familier de ce qui ne l'est plus, et qui finit, suivant une pente bien humaine et morbide, de ne plus mériter aucun égard, ni même la vie.

 

Qu'est-ce que le domestique?

Mais notre chasseur d'ânes, pourquoi n'a-t-il pas écopé de dommage à la propriété plutôt que cruauté sur animal ? Et puis,  s'il y a cruauté envers animaux, quand un chasseur s'en prend à des ânes dans un champ, comment se fait-il que le paysan qui envoie ses chevaux à l'abattoir ou fait de son cochon saucisses et boudins, n'écope pas lui aussi d'une même peine ? Ne devrait-il pas être pareillement condamné pour cruauté sur animal ? Les tribunaux seraient alors remplis d'éleveurs, et les chaînes de supermarchés définitivement et lourdement condamnées pour massacres en bande organisée. Pourtant, à ce jour, cela n'arrive pas. La loi protège ceux qui tuent des animaux domestiques pour autant que ces derniers soient sur une liste agrée et que cela se pratique dans les règles.

 

Tu ne tueras point ( sauf exceptions listées ci-dessous)

Résumons :

1) Les bêtes dites sauvages (celles à qui on ne donne pas un nom d'ami), on peut leur tirer dessus (pour autant qu'elles ne soient pas en voie de disparition, parce que là ça va trop loin), à des périodes spécifiques (chasse ou fêtes), en dehors desquelles, il faut les laisser souffler (elles doivent bien pouvoir se reproduire pour qu'on puisse les supprimer).

2) Les bêtes domestiques, il est interdit de leur faire du mal (essayez de tirer sur votre chat pour voir), mais à l'exception de certains animaux domestiques (qui sont joyeusement mis à mort), mais selon certaines règles (n'amenez pas votre chat à la boucherie, vous serez dénoncé, et ne tuez pas votre cheval dans un champ), et ce donc avec une ferveur redoublée  à certaines périodes de l'année (à Noël ou en été, pour la dinde ou les grillades).

3) Enfin, il y a des animaux domestiques qui sont supprimables sans aucuns soucis légaux (vous pouvez broyer de la souris tant que vous voulez, gazer des taupes, éliminer tous les insectes possibles et imaginables, ces derniers étant rangés dans la catégorie des nuisibles, donc considérés comme qualité négligeable, quel que soit le petit nom que vous ou vos enfants leur aurez donné. Un conseil, faites juste gaffe, si votre enfant a appelé mimi la petite souris de la cave, de bien nettoyer la pelle qui aura servi à l'occire, car en cas de disparition avérée, soupçonné, vous aurez à siéger devant le plus sévère des tribunaux : familial, dont la sanction ne sera pas pécuniaire, mais affective, ce qui est grave).

 

L'humain au centre: mais de quoi ?

Ces distinctions arbitraires entre le domestique et le sauvage sont construites sur des bases économiques, culturelles, historiques, relativement complexes. Voulues et pensées par l'humain, c'est lui qui en assume les frontières et les évolutions. L'histoire change, et si une certaine cohérence d'ensemble s'y retrouve, elle est grandement illisible pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas les mêmes codes culturels ou y cherchent une logique éthique (ici on mange les cuisses de grenouille là bas on ne touchera jamais au cuisseau d’un canasson). Bien sûr, tout cela change au fil des siècles, et si nos grands-parents ont massacré des renards, leur tirer dessus quand ils chapardent dans les poubelles du quartier serait condamné, et pas seulement pour trouble à l’ordre public. L'humain aujourd'hui reste le centre, mais l'économie, la culture ont changé, et pas sûr que les coutumes des grands-pères et grands-mères soient encore applicable à notre siècle.

 

L'antispécisme : un temps d'avance

Aujourd'hui, celles et ceux que l'on appelle antispécistes, et qui refusent toute mise à mort d'animaux, ont une avance éthique et une cohérence considérable sur ce sujet. Cela leur donne une puissance incontestable. Que certains d'entre eux en viennent à casser des vitrines pour se faire entendre est regrettable, mais devrait alimenter le débat de fond plutôt que de permettre à certains de se cacher derrière le verre éclaté pour ne pas affronter l’interrogation sur la légitimité au-delà de la légalité pour l’humain de tuer ou non des animaux, et la manière dont il se le permet.

L'humain a décidé des espèce qui lui sont asservies pour sa nourriture, son agrément, et son plaisir. Il a défini les espèces qu'il s’autorise à tuer, et d'autres qu'il peut élever pour un usage segmenté de telle ou partie de la bête - fourrure, oeufs, ou essences-, et d'autres enfin qu'il vénère. Aujourd'hui, cette carte peut, doit évoluer.

Le mauvais chasseur qui a tiré sur des ânes a été condamné pour cruauté sur animal. Les bons chasseurs aux mains immaculées : Monsieur et Madame tout le monde mangeant de bons steak au restaurant et se délectant de filets de perche ne le seront pas...  enfin, pas dans l'immédiat. Il n’empêche, la réflexion sur l’hégemonie humaine du droit de vie ou de mort sur les animaux de la part des bipèdes est à poursuivre.

 

 

[1]https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

[2]https://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Le-chasseur-suisse...

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

10:16 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antispécisme, alimentation, chasse, animaux, familiers, domestiques | |  Facebook |  Imprimer | | |