sylvain thévoz

28/06/2018

Lettre à un ami athée

athéime,foi,croyance,dialogueMon cher ami, la dernière fois que je t’ai vu, tu m’as dit que tu ne comprenais pas que l’on puisse croire en quelque chose qui n’existe pas. Je t’ai trouvé péremptoire dans ta prise de position. Comme si tu devais absolument effacer du monde une présence que, par ailleurs, tu ne reconnais pas. Mais s'il n'y a rien, pourquoi t'échiner alors à lui donner consistance pour le nier? Il suffirait de laisser le rien n'être rien, non ?

Mais c'est comme si tu savais, de source sûre, ce que signifie croire. Pourtant c'est un mystère, surtout pour celui croit, au point que cela est souvent au coeur même de sa croyance. Demande au croyant ce qu'il croit, et souvent, dans ses réponses, tu entendras un mélange d'embarras, de maladresse ou d'hésitation.

Croire revient, presque par définition, à entrer dans un mystère et à sentir que tout n'est pas dicible et démontrable. Et conduit, en conséquence, à déraciner les certitudes et les affirmations toutes faites pour naviguer un peu à vue. Comme un pilote d’avion entrant dans le brouillard, et dont le pilote automatique tombe en panne, le laissant condamné à s’en remettre à un mélange d'expérience, d’aspiration et d’abandon, pour s'ouvrir un chemin.

Croire serait donc une entrée dans le monde du tâtonnement, de l’intuition, du désir, plus que de la connaissance. À cela tu opposes le bloc compact de ta négation, la persévérance satisfaite de celui qui a une mission définie : nier la prétention de l'autre à toute transcendance. Bon, pour aller dans ton sens, il y a des croyants au dogme et à l'intransigeance morbide et inacceptables. Mais qu'à le fait de croire là-dedans? Il y a bien des athées qui respectent le fait de croire ou de ne pas croire, n'en font pas une croisade, tout comme il y a des croyant.e.s qui savent douter et accueillir chacun.e. dans sa différence.  

Mon cher ami. Comme un lutteur chevronné, tu cherches à plaquer ton adversaire au sol, -l'hésitant croyant qui ne sait dire en quoi et pourquoi il croit, mais cherche et perçoit quelques chose qui le transcende-. Jusqu’à ce que ses deux épaules soient au sol et la soumission acceptée. Tu ne cherches pas le dialogue, mais la victoire par la force. Les croisades, les petits-déjeuners au pensionnat, l'église du XVIe, et les abus sexuels de prêtres déviants, c'est en quelque chose un stade indépassable et illustratif de ton nihilisme. Les points godwin du religieux. Imparables selon toi. 

Mon cher ami, je ne sais pas ce que croire est. Je ne juge pas ceux qui ne croient pas, que l’on nomme agnostique, ou les athées qui ne font pas église de leur non-croyance, ni des animateurs de croyances occultes. Je n’ai pas voulu te contredire, ni entamer une discussion sans fin, sur le sens de tout cela. Cela me semblait perdu d'avance. Tu n’en avais d’ailleurs nulle envie. L’affirmation toute puissante de la non-existence de la foi de l’autre te servait de rempart, pour éviter d'être ébranlé dans ta certitude sur ce qu’est croire et ce que ça recouvre.

Voyant en toi vibrer le feu féroce du zélote, la rage du convaincu, j’ai reconnu la peur fragile envers un Dieu gourmand dont les ouailles sont nombreux. Le Dieu des certitudes toutes faites, et des enclos protecteur excluant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Alors j'ai choisi d'écrire, cela permet de prendre le temps de poser quelques arguments.

Cher ami, je refuse de figer l’autre dans une place qui n’est pas la sienne, l'enrôler sous une bannière ou étiquette, comme s’il n’y avait pas d’allers retours possibles, de déplacements entre une conscience intime et son expression, une identité sociale et une quête intérieure. Le chemin de croire est à mes yeux presque obligatoirement un parcours oscillant entre une présence et une absence, une certitude confuse et un doute radical.

Un peu, au final, comme échanger avec toi. 

 

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23/06/2018

L'UDC tacle notre équipe nationale de football. Carton rouge pour ce parti.

football,mondial,shaqiri,xhakaLa Suisse a battu la Serbie 2-1 ce vendredi soir lors du mondial de football en Russie, grâce à un magnifique travail de coaching, une belle dynamique de groupe et deux splendides buts de Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. 

 

L'UDC alimente une vaine polémique

Les deux buts marqués par la Suisse ont été célébré par les joueurs en joignant les deux mains pour former un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. Que deux joueurs suisses aient, dans un moment de joie extrême, symbolisé leur double identité est de leur plus pure liberté. Mais cela a conduit des nationalistes aigris à s'étrangler devant ce symbole, y voyant un manque de respect, ou pire une trahison des couleurs helvétiques, cherchant une polémique qui prend surtout sa source dans leur esprit étriqué. 

 

Liberté du jeu

Ils sont libres ces joueurs de célébrer leur but comme bon leur semble. Ils sont libres de convoquer les esprits et les identités qui les inspirent. Certains lèvent deux doigts au ciel, d'autres font un signe de croix, d'autres encore soulèvent leur T-shirt pour montrer le visage de leur nouveau né; ou saluent la mémoire d'un être cher décédé, quand certains crient Allah Akbhar quand ils marquent. Et alors ? 

Il faudrait vraiment être tordu pour invoquer la laïcité afin de critiquer un joueur de football qui ferait le signe de croix en entrant sur le terrain, ou voire dans ce qui est un signe individuel d'appartenance, une atteinte envers tel ou tel groupe ou religion. Des appartenances, tout le monde en a plusieurs, et chacun est libre de les convoquer comme il l'entend pour les exprimer. À moins que l’on veuille des joueurs type robotique et aseptisés. Dites, vous croyez que l’UdC va bientôt poser une motion au parlement demandant à la police fédérale de contrôler la teneur des tatouages de nos joueurs? 

Dans la même veine, il serait absurde de penser que ce serait trahir la Suisse si un joueur faisait un signe de coeur à sa femme plutôt que de mettre sa main sur son maillot, à l'emplacement de la croix suisse. C'est pourtant cette critique que porte l'UDC. Ce parti  aimerait que les joueurs de la Nati soient des bons petits soldats tous identiques et à la botte de leur idéologie totalitaire.

Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, membre de l'action pour une suisse indépendante et neutre, ne s'est pas réjouie des buts et de la victoire de l'équipe suisse, car ces derniers étaient, selon son appréciation, marqués plutôt pour le Kosovo que pour la Suisse. Ce commentaire est aussi bête que de penser que quand Federer gagne la Coupe Davis est envoie des baisers à sa femme Mirka, ce n'est pas la Suisse qui gagne.

 

Les joueurs ne sont pas du bétail propriété d’un club ou d’un pays 

Xhaka est Suisse. Il est né à Bâle. Shaqiri est Suisse, il est né dans ce qui est aujourd’hui le Kosovo, est arrivé en Suisse alors qu'il avait un an. Tous deux ont choisi de jouer pour la Suisse. Ce sont des joueurs professionnels qui ont été formés dans notre pays et dont on peut être fiers. Ils exercent aujourd’hui leur métier en Angleterre, tout en étant tissé d'identités multiples, assumant de les revendiquer.

Les attaques de l'UDC contre l'équipe de Suisse montrent une chose avant tout :  le caractère nationaliste, intolérant et totalitaire de ce parti, qui n'est plus en phase avec la population. Il est lassant de voir que pour certains, il y a encore différentes classes de Suisse. Les segundos, les suisses d'origine étrangère, les suisses naturalisés, ceux qui font l'aigle et ceux qui ne le font pas, tous étant plus ou moins suspect de ne pas atteindre le même niveau de suissitude que les suisses prétendus "de souche", etc. Toutes ces distinctions sont absurdes et insignifiantes.

Quand on est Suisse, on est Suisse, point. On peut manger de la fondue ou pas, faire le signe de croix ou pas, effectuer plutôt le ramadan que shabbat, dessiner des aigles, des petits fleurs ou des lotus avec ses doigts, selon ses croyances, ses libertés, sa créativité et ses appartenances, cela n’autorise personne à catégoriser et distinguer entre  ce qui serait l'essence de la suisse et ce qui ne le serait pas, et surtout cela n'autorise personne à dégrader celui-ci ou critiquer celui-là en se prétendant être la norme. 

L'UDC a toujours cherché à créer la division entre les Suisses et les étrangers. Il cherche maintenant à créer la division entre les Suisses au moment où tout un pays communie dans la joie.

Je souhaite, pour ma part, de tout cœur, à notre équipe nationale de football, toujours plus de victoires et de joies, de diversité et de liberté, car ce sont des énergies positives, fruit d'un travail et d'objectifs élevés et rassembleurs. Et pour l'UDC: un carton rouge, pour le sortir enfin du terrain où son jeu agressif et mesquin est source de troubles et de désunions uniquement.

C'est la meilleure chose que l'on peut souhaiter à notre beau pays, si riche dans sa diversité.

Suisse 1- UDC 0

 

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05/06/2018

Bye bye Conseil Municipal, bonjour Grand Conseil

topelement.jpgAprès 7 ans passés au Conseil municipal de la Ville de Genève, je quitte celui-ci ce mardi 5 juin à 19h. Je pars avec une pointe d’émotion mais surtout une grande satisfaction, celle d’avoir donné de mon temps et de mon énergie pour le bien de la collectivité. Dans toutes les commissions où j’ai pu siéger, durant les séances plénières, je me suis toujours efforcé d’honorer la confiance que les habitant.e.s de notre ville m’ont faite en m’y portant.

Siéger à 80 élu.e.s, avec les conseillers administratifs et conseillères administratives, 7 groupes politiques, et des indépendants, est un bel exercice de dynamique de groupe, une exigeante école de vie, qui oblige à une forme de modestie et de relativisme, à dialoguer avec d'autres personnes qui n'ont pas toujours, voire rarement les mêmes idées, tentant de trouver, y parvenant parfois, souvent, des convergences, des points communs, obtenant des résultats, se voyant opposer des objections, tentant de travailler les consciences, en se confrontant aux logiques et idéologies de chacun.e.

La politique municipale c'est du concret, une belle illustration que rien n'est facile ni ne va de soi. Il ne suffit pas de mettre des gens ensemble pour qu'ils soient d'accord, ni n'obtiennent des résultats. Regardez bien votre famille, vous y êtes 5 ou 6? Eh bien imaginez, en étant 80 à chaque repas où il faudrait décider de quelque chose, ce que ça donnerait... Alors bien entendu, il faut s'armer de patience, avoir un brin de philosophie et une louche de bonne volonté pour durer, accueillir victoires et défaites en continuant à travailler.

J'ai aimé ce rôle de lien avec des associations, les habitant.e.s individuel.le.s, afin de formuler et porter des enjeux à travers la voie délibérative (pour le sport, la culture, pour une ville plus accueillante, plus en phase avec son époque en terme de mobilité douce et de place pour les piétons et vélos dans la ville; pour des repas végétariens dans les écoles, des espaces plus inclusifs pour les diverses minorités, pour défendre les moyens d'une collectivité prospère mais avec de grands écarts en terme de revenus individuels, et de grandes zones d'ombre où s'exercent les discriminations ; ayant le pouvoir de favoriser la redistribution des richesses au maximum, luttant contre la précarité et le sans-abrisme.

J'ai eu beaucoup de plaisir à être ce relais critique, d'être à disposition (nos numéros sont accessibles à chacun.e.sur le site de la Ville) des celles et ceux qui portent des idées, des plaintes et des combats : les associations, des habitant.e.s engagé.e.s, les magistrats. Ce n'est pas un engagement facile, mais c'est une chance aussi. Il se fait certes en plus d'un engagement professionnel, sur le temps que l'on rêve parfois d'employer pour des loisirs ou la détente, de la lecture, mais il est terriblement gratifiant et nourrissant.

Certains disent parfois qu'un mandat politique est une forme de formation continue. C'est aussi vrai. C'est en tout cas une belle manière de découvrir le pouvoir que l'on peut avoir comme citoyen.ne, et saisir le système dans lequel on baigne pour mieux l'utiliser et le mettre au service de la collectivité. C'est surtout un bon antidote au défaitisme ou aux mouvements dépressifs de type: "de toute façon on est foutu", "ils ne font que ce qu'ils veulent", "on n'a aucun pouvoir". C'est à mes yeux, au contraire, l'apprentissage limité et tonifiant de constater que l'on obtient le pouvoir que l'on conquiert et qu'on a besoin d'aller le chercher collectivement. Mauvaise nouvelle : il ne tombe pas du ciel, il faut aller le conquérir. Bonne nouvelle : une fois que l'on est en route, il n'y a pas de limite à ce que l'on peut obtenir, et les possibles sont immenses. Tout dépend, au final, de l'énergie déployée et de la force des collectifs.       

Aujourd’hui, je me réjouis qu’une socialiste reprenne la place que je quitte dans ce Conseil. Elle défendra avec la même ardeur des politiques publiques incisives pour atteindre la justice sociale et renforcer la lutte contre les discriminations et inégalités frappant les habitant.e.s de notre belle ville. Je prolongerai pour ma part désormais ce combat à une autre échelle, mais d’une manière identique sur le fond, au sein d'un autre groupe socialiste, au Grand Conseil.

J’aimerai, pour conclure ces quelques lignes, remercier chaleureusement le groupe socialiste du Conseil municipal, ma section, mon parti, pour l'engagement sans faille que nous avons porté ensemble au cours de ces années pour nos idéaux et notre projet de société. Remercier aussi chaleureusement les collaborateurs et collaboratrices de l’administration qui garantissent la qualité des prestations municipales et font un travail essentiel pour le vivre ensemble et la lutte contre les inégalités à Genève. 

Bye bye Conseil municipal, bonjour Grand Conseil.

Mon engagement, lui, reste le même.  

 

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