sylvain thévoz

23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

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17/05/2018

Tolérance zéro pour les grillades ... et les matraques pour les fumeurs de chichas ?

2-26.jpgDans le journal 20mn, Monsieur Barazzone, par la voix de son porte-parole, annonce que la Ville va "serrer la vis face à de nombreux abus" concernant les grillades "sauvages". Il s'en suit une explication fumeuse sur le fait que des débuts d'incendie de bosquet ont été déclenché après que des gens y aient vidé leurs braises, et que des groupes occupent des grils municipaux, les privatisant de fait. C'est en effet une explication improbable, car le fait  que les grills soient squattés découle précisément du fait qu'ils sont installés en nombre insuffisants, et précisément de l'interdiction de la Ville de laisser la liberté à chacun.e. d'amener son propre grill. Si la Ville veut interdire les grills individuels, qu'elle établisse au moins un nombre suffisant de grills collectifs pour celles et ceux qui souhaitent s'adonner à cette pratique populaire.

Malheureusement, ce n'est pas la voie suivie. Aujourd'hui : tolérance zéro pour les personnes qui veulent juste griller un petit bout de viande ou de tofu en été. Et gel des nouveaux grills collectifs. Avec une seule logique : celle de la répression et de la mise à l'amende. Quand on n'a pas vraiment de position, l'intolérance peut vite devenir une norme.

Et si on sortait de la logique de la répression et de l'amende ?

Il existe pourtant des solutions. Tout d'abord des zones de grillades libres et encadrées, afin que chacun.e. puisse amener son propre matériel. Ou alors, établissement de grills électriques collectifs, qui ne produisent aucune fumée, fonctionnent sans braise ni production de déchets après la grillade. Cette solution permettrait à chacun.e. de griller ses saucisses et ses mets végétariens sans nuire à la qualité de vie dans les parcs et pacifierait le sujet.[2]

Cette solution de grills électriques augmenterait aussi la convivialité. Puisque ce n'est ni un tel ni tel autre qui a allumé le grill, ce dernier se partagerait plus librement. Fin de l'appropriation. La convivialité augmenterait d'autant. Installé en nombre suffisant, ces grills seraient une véritable alternative à la fumée et aux nuisances que peuvent occasionner les grills à charbon. Ils pourraient même être utilisés durant plusieurs saisons et être un mode attractif de faire vivre les parcs aux saisons moins ensoleillées et une alternative à l'enfermement chez soi. Ces grills électriques sont aujourd'hui installés dans plusieurs communes de suisse romande, notamment Nyon, Yverdon, Montreux et Lausanne bientôt.

Belle idée que d'augmenter l'appropriation citoyenne dans les parcs, et populariser la grillade en automne ou en hiver, avec des grills collectifs. Ces derniers pourraient même être solaires. Il faudrait pour cela équiper les parcs et sortir de la logique de parcs sanctuaires et du réflexe de la mise à l'amende pour ce qui ne respect pas la rigidité des règlements. 

Et si, plutôt que d'une position intolérante voulant éteindre un mouvement populaire, on passait à une position de tolérance pour le vivre ensemble en amenant des solutions ?

Avec un peu d'imagination et de créativité, c'est possible.

Genève mérite beaucoup mieux que des policiers chassant aux cris de tolérance zéro les gens qui pique-niquent dans les parcs. 

 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Grillades-dans-les-parcs--la-Ville-va-serrer-la-vis-cet-ete-25217494

[2] http://www.greenplategrill.ch/

19:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2018

Gandhi à Gaza

1522432572_gaza-12-morts-ensanglantent-la-grande-marche-du-retour.jpgIl s’est mis sur le petit rocher. Il voit la foule avancer. La foule de celles et ceux qui vivent dans une prison à ciel ouvert. La foule de celles et ceux qui n’ont plus rien à perdre, de celles et ceux qui ont été chassé de leur terre il y a 70 ans, qui ont le droit et la justice pour eux, et des fusils sur la tempe. 

 

Il secoue la tête pendant que la foule avance vers les barrières de sécurité et que les soldats chargent leurs armes pour viser celles et ceux qui sont devant. Il regarde mieux. Ce n'est plus une foule qu'il voit, mais des femmes et des enfants, des avocats et des médecins, monsieur et madame tout le monde, un vieillard qui marche courbé, un homme en chaise roulante que son frère pousse. Ils se dirigent vers les barrières de sécurité. [1] 

Il voit l’arrogance du pouvoir, cette toute puissance crasse du pouvoir colonial, de la force pure et de l'abus. Il sait qu’à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la  barrière, des officiels, triomphants, fêtent, protégés par des centaines de soldats et de policiers. Ils trinquent, gorgés de pouvoir à l’établissement d’une humiliation supplémentaire. Ce sont des petits blancs qui sont là, de jolis blonds américains, des occidentaux venus faire la loi et poursuivre l'état des colonies. Du sang sur les mains. Du sang sur les mains. 

Au moment où certains commémorent la Nakba, l'exode palestinien de 1948 en agitant les clés et criant leur droit au retour, d'autres rajoutent une humiliation de plus à une très très longue série. Ils trinquent, en appuyant de leur bottes sur les visages de celles et ceux qui sont placés sous eux. Qui pour protester devant cette injustice?

De l’autre côté de la barrière, enfermés à double tour, les boulangers et les ferrailleurs, les pécheurs et les balayeuses continuent de marcher vers les barbelés. 

Gandhi reconnaît la profonde résolution de celles et ceux qui ont un droit et qui sont prêt à mourir pour. Il voit les fusils s'abaisser et les soldats tirer sur les boulangers, les enseignantes, les enfants, à les tuer les uns après les autres, comme des lapins, comme des pipes en plâtre à la foire, comme à Sabra et Chatila les sinistres exécutants, comme s'ils en avaient le droit, comme si ces vies là n'avaient pas d'importance, leur appartenaient, et qu'ils pouvaient en couper les fils comme ils le voulaient. 

Les soldats sont bien protégés derrière leurs casques, intouchables derrière leurs remparts, riant de l'éclat intouchable des lâches que la domination a placé du bon côté de la barrière.

Impossible de plaider la légitime défense, aucun inconscient ne le ferait. Gandhi est avocat de formation, il sait distinguer un assassinat d'une bavure, la légitime défense d'une exécution.     

Gandhi est venu à Gaza, il y vu la marche non violente du peuple de Gaza pour obtenir ses droits et briser ses chaînes. Il a vu le sang de ceux qui subissent les vexations racistes, les préjugés, l'enfermement, les rationnements, et l'assassinat.

Et il a entendu les gouvernements qui plaident la paix et la démocratie s'accommoder d'un massacre immonde et se taire honteusement. Et il a entendu les états amis ronchonner un peu mais continuer de s'accommoder de l'innommable comme s'ils n'avaient aucune responsabilité là-dedans et comme s'ils ne jouaient aucun rôle. 

Gandhi se rappelle d'Amirtsar, en 1919 lorsque les troupes britanniques avaient tiré sur son peuple, femmes et hommes réunis dans les jardins de Jallianwallah Bagh. Plus de 379 morts et 1200 blessés, un général anglais acclamé à son retour en Angleterre devenant un héros. Ce fut le début d'une grande lutte d'indépendance.

Aujourd'hui, les soldats israéliens tirent dans la foule démunie comme hier les anglais tiraient sur les indiens et les français sur les algériens.

Seront-ils arrêtés avant d'avoir supprimés 1,9 millions de gazaouis ?

Gandhi se lève et va saisir un drapeau noir rouge vert et blanc. Il avance vers les barrières.

Il y a plein d'enfants qui courent autour de lui. Ils rient de ses petites lunettes et de son drôle de costume qui flotte au vent.

Ils s'en amusent, comme des cerf-volants qu'ils voient danser au dessus de leurs têtes.   

 

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/des-palestiniens-abandonnes-et-deshumanises_5299183_3232.html

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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08/05/2018

Manifeste cycliste

Alors que toujours plus de cyclistes meurent sur les routes, victimes du manque de réactivité des pouvoirs publics qui continuent à vouloir faire cohabiter des véhicules de plusieurs tonnes avec des personnes vulnérables exposées sans aucune protection.

Alors que le nombre de cyclistes augmente sans cesse mais que les infrastructures et pistes cyclables ne suivent pas.

Alors que trop souvent, un simple trait de peinture jaune est tracé sur le sol, et que très souvent, même un peu de peinture, c'est encore trop demander.

Alors qu'aucun trait de peinture n'a jamais empêché quiconque de mourir quand une voiture zigzague sur lui.

Des pistes cyclables sécurisées partout, voilà ce qui arrêtera de faire mourir les cyclistes sur les routes.

 

Alors que les véhicules sont plus gros, et ceux qui sont dedans plus isolés, avec des gadgets toujours plus attractifs pour les distraire.

Alors que les cyclistes se font shooter comme des lapins pour une seconde d'inattention.

Alors que certains continuent de nommer cycloterroristes ceux qui essaient de survivre sans moteur dans un espace routier pensé toujours pour la voiture uniquement.

Des pistes cyclables partout, voilà ce qui mettra fin aux transgressions des cyclistes.

 

Alors que la voiture est un mode de déplacement du siècle dernier voué à disparaître.

Alors que de nombreuses personnes aimeraient se déplacer en vélo mais n'osent pas car ils estiment cela trop dangereux.

Alors que des questions de santé publique (pollution sonore et pics de pollutions) plaident pour une accélération du passage à des modes de transport ni dangereux ni nocifs.

Alors que la loi sur la circulation routière est dépassée et souffre d'un anachronisme grave.

On ne trouvera plus aucun cycliste pour violer la loi routière quand celle-ci sera pensée également pour lui et à son avantage

Ce n'est pas le vélo qui est dangereux c'est les véhicules qui le serrent.

 

Alors que nous sommes placés devant un choix : voir toujours plus de cyclistes mourir parce que les infrastructures et les mentalités ne changent pas ou changer les mentalités et les infrastructures.

Pour partager l'espace il existe une solution évidente: que chacun.e puisse disposer du sien d'une manière sécurisée.

 

Pour toutes celles et tous ceux qui risquent leur vie tous les jours dans la jungle urbaine. En mémoire de toutes celles et de tous ceux qui l'ont perdue dedans.

Construisons des espaces en zone propre pour les vélos et les piétons exclusivement.

Et arrêtons de repousser les cyclistes sur la part congrue des routes mais ramenons-les au centre.

Par tous les moyens nécessaires. 

 

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05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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