sylvain thévoz

28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

.......................................

 www.sylvainthevoz.ch

 

11:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : football, karius, ballon, argent, mondial, people, mass, show-business | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

"d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie"
Je le pense aussi, ayant notamment fait 13 ans de judo dans ma jeunesse, ce qui permet de juger d'une prise très habillement maîtrisée, qui lui aurait probablement valu la disqualification dans une compétition. Sa réputation parle d'ailleurs pour cette interprétation.

Écrit par : Mère-Grand | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

P.S.
"maîtrisée pour blesser" voulais-je écrire.

Écrit par : Mère-Grand | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

Le foot de mon papa était plein de respect, celui d'aujourd'hui est devenu un exutoire aux frustrations. Tous les coups sont permis tant que l'arbitre ne sanctionne pas. On a inversé les valeurs comme dans le reste de la société mais ne dites surtout pas que c'est à cause du brassage culturel car vous seriez taxé de xénophobe aux pensées nauséabondes. D'ailleurs pas sûr que ce commentaire soit publié...

Écrit par : norbert maendly | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

C'est de la poésie. J'attends simplement, dans la suite de la décision à l'encontre de Michel Platini, le blanchiment de Sepp Blatter.
Pour enterrer mes dernières illusions sur le troisième pouvoir après avoir fait le deuil des deux premiers.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

Pauvre N. Maendly, vos haines vous obsèdent au point de vous faire raconter n'importe quoi. N'importe quelle personne qui suit le football depuis des années (visiblement ce n'est pas votre cas) pourra vous confirmer que ce sport est devenu beaucoup moins violent, salop et vicieux qu’il y a quelques années. Bien sûr, il reste encore des Sergio Ramos, mais aujourd'hui celui-ci est une (fâcheuse) exception alors qu’il n’y a pas si longtemps, les défenseurs dans son genre étaient la règle.

Quant à S. Thévoz, je veux bien que cela fasse très "gau-gauche" de prendre pour les perdants mais si vous aimiez vraiment le foot, vous préféreriez ceux qui gagnent simplement parce qu'ils jouent mieux au ballon.
Mais bon, chacun son truc et puis bon préférer les perdants cette année j’ai bien peur que cela équivaut à soutenir….la Suisse.

Écrit par : Vincent | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

@ Vincent.
Vous avez raison j'avais oublié "la haine" dans les qualificatifs de ceux qui ne chantent pas avec la chorale des mondialistes.

Écrit par : norbert maendly | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

Non, N. Maendly; Visiblement vous n’oubiez jamais votre haine pour tous ceux qui ne savent pas chanter l’hymne national suisse dans les trois langues.... Quelque soit le sujet vous le commentez selon votre prisme xénophobe...

C’est d’ailleurs grâce à cette belle ouverture sur le monde que vous avez été brillamment réélu....

Encore chapeau !

Écrit par : Vincent | 28/05/2018

Répondre à ce commentaire

@ Vincent :
Si je suis pauvre et que je n'ai pas été réélu comme vous le dites alors pourquoi vous acharnez vous sur ma personne ? Quel danger représente-je pour vous ? Ou simplement serait-ce peut être parce que je suis blanc chrétien et suisse de souche ? Expliquez moi.

Écrit par : norbert maendly | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

Mais c’est vous qui vous acharnez systématiquement contre tous les étrangers N.Maendly.
Pour ma part, je ne fais que me permettre de le souligner (un peu méchamment il est vrai et je vous présente mes excuses).
Quant au fait que vous soyez chrétien et Suisse de souche, je ne vois pas ce que cela vient faire là. D’autant que je suis tout comme vous, c’est juste sur notre adhésion à la « vision » de l’UDC que nos valeurs sont fondamentalement opposées..

Bonne journée pareil !

Écrit par : Vincent | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

"Pauvre N. Maendly"
Ce genre d'expression de mépris ne devrait plus figurer dans les blogs. Pas plus que "-phobe", "nauséabond" et quelques autres.
La langue française est assez riche pour que l'on puisse puiser dans le vocabulaire qui fait référence à l'intelligence et au savoir, en évitant de mettre les passions au premier plan.

Écrit par : Mère-Grand | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

Vous ne croyez pas Mère-Grand qu'il faut appeler un chat un chat ?
Un xénophobe est un xénophobe, je ne vois pas pourquoi, il faudrait trouver un autre nom pour le désigner.

Quant au vocabulaire plus ou mois bien choisi, il me semble que c'est encore la Liberté de chaque intervenant d'utiliser les mots qui lui semblent le plus adéquats ? Il n'y a donc rien de passionnel.

Mais peut-être vous sentez-vous une âme de flic bien décidé à imposer sa façon de voir à tous les intervenants....

Écrit par : Vincent | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

"Mais peut-être vous sentez-vous une âme de flic"
Vous êtes tout à fait libre de continuer sur le même ton. Qui pourrait d'ailleurs vous en empêcher, puisque nous vivons dans un pays démocratique, qui de plus protège la liberté de pensée et d'expression.
C'est loin d'être le cas, vous le savez certainement, dans bien des pays. Je pense que nous avons le droit de les critiquer (et non de les agresser militairement) à cause de cela sans être traités de "xénophobes".
Vous semblez penser seuls les "flics" ont la charge de défendre le principe qu'il vaut mieux s'exprimer sans insulter. Ils s'en sentiront certainement honorés, surtout si on les appelle "policiers" plutôt que "flics". Je pense cependant qu'il revient à tout citoyen qui préfère la paix à la guerre, fût-elle une guerre des mots, de le faire.
Avec mes meilleurs messages.

Écrit par : Mère-Grand | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

@Vincent
Ne pensez-vous pas que l'on peut appeler un chat un "chat", plutôt qu'une "saleté de chat".

Écrit par : Mère-Grand | 29/05/2018

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.