sylvain thévoz

25/02/2018

Sans-abrisme : sortir de la charité saisonnière

HOLENWEGDSC4461.jpgD'habitude cela se déroule uniquement durant les fêtes de Noël. Les températures glaciales font prendre conscience que des gens dorment dehors, et un mécanisme humain et médiatique de compassion se met en branle.

Il semble alors que l'on découvre la précarité sociale comme un fait nouveau. Il y a une prise de conscience plus vive que celles et ceux qui dorment dehors risquent leur peau. Cela est alors suffisamment grave pour rédiger des articles, et faire bondir la courbe des volontés de bénévolat. Mais cela ne devrait pas nous faire oublier, que si le risque de mourir de froid dans la rue est réel par grand froid, il n'est pas moindre, voir même plus fort le reste de l'année (risques de déshydratation associé à d'autres facteurs : la chaleur, les vêtements inadaptés pour la saison, l'extrême fatigue, les noyades). On doit en fait penser que les risques de mourir en hiver sont... moindres qu'en été (ouverture d'abris de protection civil, maraude, déclenchements de plans d'alerte) et surtout qui-vive des pouvoirs politiques qui craignent un décès qui le reste du temps est dégagé comme un malheureux aléa de l'existence et non une responsabilité politique. Le reste de l'année, à bas bruit, la précarité sociale détruit des vies, toujours, avec ou sans regard médiatique. 

 

LEUENBERGERDSC2614.jpgOui, cette mobilisation ponctuelle et charitable, sur des périodes définies, et parce qu'il fait froid nous empêche finalement de penser que tout le reste de l'année la précarité sociale est la même si ce n'est pire. Elle nous aveugle. On s'en inquiète alors fortement deux semaines et puis... n'oublie-t-on pas ? Ceci dit, des articles de la qualité et profondeur de ceux de Thierry Mertenat méritent d'être relevés.[1] Mais l'indignation temporaire ne fait pas une politique publique et ne change pas la donne du fond du problème.

Les personnes qui se retrouvent à la rue sont de plus en plus nombreuses.  Elles font les frais d'une précarisation grandissante du monde du travail, de l'accès et de la conservation des droits aux logements et aux services sociaux, comme le rappelait le collectif La Genève escamotée en... 2013 déjà![2]

Les plus précaires se retrouvent facilement sans domicile. Plus de 400 personnes, selon les estimations de certaines associations cherchent quotidiennement un lieu chaud pour passer la nuit. La précarité sociale se fout du thermomètre, des vacances ou des fêtes religieuses.

L'accueil d'urgence n'est toujours pas adapté à l'augmentation croissante du nombre de personne en grande précarité. Malgré les efforts de la Ville de Genève et des associations spécialisées, encore trop seule dans ce domaine, où sont les autres lieux d'accueil pour les personnes à la rue ? Il faudra plus qu'un 144 pour sauver les personnes qui sont à la rue [3]

Il serait surtout grand temps d'entendre Monsieur Poggia, conseiller d'Etat coupable d'une inactivité et d'un silence terrible sur cette question, balayant chaque année des vies dans les bois sous les ponts, par grand froid ou par grand chaud en raison d'un manque de courage politique. Inactivité coupable du Canton de Genève sur ce sujet.

 

IRMINGERDSC2465.jpgUne politique d'urgence saisonnière

La politique du thermomètre est un échec. Les durées de séjour limitées ou payant dans les abris envoient des personnes toujours plus loin dans la forêt ou dans des abris cachés ou il devient plus difficile de nouer un contact avec eux, et donc leur fait courir de plus grands risques encore. Le nettoyage par les polices de la précarité sociales avec des mises à l'amende des pauvres est scandaleuse et devrait empêcher quiconque de verser une larme à la lecture d'un article sur la précarité sociale alors que le reste de l'année on ferme les yeux sur le fait que des pauvres se retrouvent en prison pour amendes de mendicité ou d'usage abusif de l'espace public (c'est-à-dire : dormir sur un banc par exemple)!

Il est urgent de sortir d'une forme de charité émotionnelle et ponctuelle pour lutter véritablement toute l'année contre le sans-abrisme qui détruit des vies. Il ne suffira pas de bonnes consciences et de bénévolat, -fut-il magnifique et à renforcer-, mais véritablement d'une volonté politique forte, de nouveaux moyens alloués, que ce soit en terme de lieux d'accueil, de personnel formé, et d'une meilleure concertation entre tous les services concernés. 

Et si cela n'est pas fait, on pourra certes toujours avoir des articles touchants, de la charité ponctuelle, mais rien ne changera, et l'on fera ce que l'on a toujours très bien su faire en Suisse et à Genève, avec plus ou moins de bonne conscience détourner la tête des problèmes de précarité et pauvreté et accepter que ce soit le thermomètre ou les matraques des pandores qui régissent grandement la politique sociale.

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/grand-froid-souf...

[2]http://www.alcip.ch/menu-nouvelles/34-la-geneve-escamotee...

[3]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Les-temperatures-chutent-priorite-aux-sans-abri/story/17836849

 

Photographies Eric Roset http://www.eric-roset.ch/

www.sylvainthevoz.ch

10:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/02/2018

Pascal Holenweg, ou comment ne pas s'en débarrasser

DD24D652-52F3-4718-8944-87E5EDEB2E0F.jpegLe pragmatisme sans l'utopie, ce n'est très vite que du cynisme. Et l'utopie sans le pragmatisme, ce n'est très longtemps que de la branlette. Le ton est donné. Dans son dernier livre, le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, qu'il présentera ce mercredi 21 février à 19h à la librairie le Parnasse[1], Pascal Holenweg rappelle non seulement les fondamentaux du socialisme, mais aussi l'utopie et la radicalité qu'il porte. Mâtiné d'un constat étayé sur l'état actuel de la gauche, il rappelle les périls d'un positionnement qui serait signes de défaite: converger vers un centre indistinct, s'efforcer à réformer ou recomposer, alors que la véritable ambition devrait être de retrouver une hégémonie culturelle.

Holenweg, insomniaque notoire et empêcheur de dormir tranquille, par ailleurs politologue, conseiller municipal, membre du parti socialiste genevois, sonne le réveil d'une écriture efficace, où il convoque tour à tour l'histoire et les grandes figures du socialisme, de Marx (Un spectre hante la gauche socialiste européenne : celui de son impotence), à Proudhon, en passant par Gramsci, tout en portant une critique sur le présent, et la manière dont la gauche s'y déploie, qu'elle soit au pouvoir ou cherche à y être. 

Holenweg invite à retourner aux sources et à une radicalité première. Il trace une première ligne rouge sur la question de la propriété, celle-ci étant pensée comme le lieu du clivage entre socialisme et ses adversaires. Pour Holenweg est socialiste toute organisation pour qui la propriété collective prime sur la propriété individuelle et la propriété sociale sur la propriété privée. Il trace une deuxième ligne rouge sur la question de l'égalité concrète des droits, la basant sur l'espace de la gratuité face à celui du paiement, du droit face à la marchandise. Seule la gratuité met le riche et le pauvre sur un pied d'égalité

Il renvoie dos à dos étatisme et capitalisme, ouvrant un chemin de créativité, et d'engagement libertaire. Il allume quelques mèches sur l'obéissance, la nature des conflits, le salariat, et on l'imagine très bien, de nuit, toujours, dans l'arrière-salle d'un café, faisant ce travail de lucidité et de réflexion, comme d'autres préparaient des bombinettes. -car il y a bien cette volonté subversive du résistant, du clandestin, dans le projet social et politique d'Holenweg, fut-il dévoilé au grand jour-

Bréviaire militant, essai philosophique et historique, avec un sens caustique et des punchlines mordantes, ce livre devrait ravir les militant-e-s de 9 à 99 ans qui veulent définitivement changer le monde avant qu'il ne soit trop tard. 

Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser est le livre d'une des plumes les plus pointues et pertinentes de la République. Il sait comme personne tracer avec intelligence dans une lettre, comme il lui plait de le rappeler, à peu près quotidienne et assez généralement socialiste, CauseS Tousjours"[1] ainsi que dans un blog[2] les enjeux, les travers, et les ambitions du politique. La citation de Jean Sénac, poète libertaire algérien, indépendantiste solaire, qu'il porte en signature de son blog : si le socialisme est une pommade lénifiante sous laquelle demeurent les plaies, qu'éclate le socialisme, résume bien le projet du bonhomme. Tout Holenweg est là, dans sa démesure et sa volonté radicale, ancré dans le quotidien, la réalité telle qu'elle est à affronter, avec la responsabilité de n'y rien céder en respectant la liberté des autres et l'intégrité de chacun-e-. 

Pascal Holenweg ou comment ne pas s'en débarrasser.... mais en achetant et en lisant son livre et en venant le rencontrer ce soir au Parnasse pardi !

 

Pascal Holenweg, Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, édition de l'Aire, 2018.

Vernissage du livre mercredi 21 février à 19h, Librairie Le Parnasse, 6 rue de la Terrassière.

 

[1] https://www.facebook.com/events/144294662894825/

[2] https://www.facebook.com/Causestoujours/?hc_ref=ARQI6G4iY...

 [3]http://causetoujours.blog.tdg.ch/

 

 

.................

sylvainthevoz.ch

07:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/02/2018

OUI au logement au Petit-Saconnex !

visuel_petitsacc.pngLe 4 mars nous votons OUI à la construction de logements en Ville, et pour un quartier du Petit-Saconnex vivant. Nous soutenons la délibération du Conseil municipal de la Ville de Genève approuvant le projet de modification des limites de zone au Petit-Saconnex. Ce OUI est un signal important au développement de notre ville et à ses habitant-e-s. L’intérêt général est prioritaire. Nous voulons que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse pour l’environnement et pour le bien de toutes et tous. 

 

 

Un peu d’histoire  

Le site Moïse Duboule s’est construit sur d’anciens domaines agricoles, principalement entre 1800 et 1940. Aujourd’hui, il y règne un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée.  Les parcelles y sont découpées par des murets, avec des ruptures d’échelles entre le centre historique et les grandes opérations immobilières des années 70. Cela donne un ensemble disparate qui n’est pas pleinement réalisé. Les propriétaires des 18 villas du site ainsi que l’UDC et le MCG ont soutenu un référendum pour que rien ne bouge. Je porte une autre vision pour notre ville que celle de la nostalgie crispée. Ne pas accepter aujourd’hui le changement de zone signifierait s’aligner avec l’UDC et le MCG et leur vision de la ville passéiste et clientéliste. Créer un Ballenberg genevois, un petit réduit pour des privilégié-e-s, n’est pas compatible avec notre vision sociale.  

Faire évoluer en douceur le quartier  

La modification de plan de zone soumis à votation le 4 mars préserve l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale ainsi que d’implanter 200 logements en ce lieu. Mais attention, sur un horizon de 20 à 30 ans, progressivement ! Il n’y a donc aucun risque de grand chambardement, mais plutôt la chance de permettre une lente évolution. Aucune expulsion n’est à redouter. Les propriétaires qui voudront vendre pourront le faire au fur et à mesure dans le cadre d’un plan localisé de quartier concerté.   

 

Pour le bien de toutes et tous 

La modification de plan de zone sur laquelle nous nous prononçons est raisonnable. Nous sommes face à l’un des derniers secteurs pouvant se développer en Ville de Genève, en conformité avec le plan directeur cantonal. On valorisera le patrimoine bâti existant en créant des venelles piétonnes, alignant les bâtis pour créer une urbanité sur la place du Petit-Saconnex, alignant le chemin de la Tourelle avec l’existant. On valorisera l’espace public avec une densité adaptée à un cœur de village en renforçant les liaisons traversantes existantes, créant un maillage de circulations douces tout en préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Ce quartier est calme, avec un trafic limité. N’est-il pas juste d’en faire profiter le plus grand nombre possible en faisant évoluer l’habitat d’une manière harmonieuse ? Si l’on ne construit pas ici, comment pourrait-on justifier de le faire ailleurs ?  

Un projet qui ne défigure pas le quartier 

Contrairement à ce que prétendent les référendaires, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé ! L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant. On ne casse rien. On modifie. On bonifie.   

 

Conclusion 

Certes, voir évoluer des quartiers bucoliques provoque toujours un pincement au cœur. Mais pensons à celles et ceux qui doivent faire 2h de trajets pour venir au centre-ville car ils ne trouvent pas à s’y loger. Pensons à celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic et refusons le quant-à-soi, la défense d'une qualité de vie de quelques uns alors que le plus grand nombre doit être logé dans des conditions décentes. 

Pour défendre le logement en ville et le rendre accessible au plus grand nombre, il s'agit de voter oui le 4 mars prochain à la modification du plan de zone au Petit-Saconnex. Cela permettra l’ouverture de nouvelles perspectives pour ce quartier, avec une possibilité de densification raisonnable.

Voter oui, c’est se tourner vers demain, en prenant soin que le changement opère en douceur et que celui-ci soit choisi plutôt que subi.  

17:23 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aménagement, petit-saconnex, ville de genève, ville, densification, changement | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/02/2018

Maudet veut en finir avec les Fêtes de Genève

fêtes de genève, tourisme, économie, maudet, genève La faillite de Genève Tourisme dans le dossier des fêtes de Genève est sans appel. Pertes financières des éditions 2016 et 2017 (déficit cumulé de 9.2 millions de francs), mais surtout du Conseil d'Etat où malgré les conseils professoraux et fort tardifs de Pierre Maudet, l'incurie de l'Etat a été totale.

Le magistrat en charge de l'économie du Canton arrive bien tard pour se poser en donneur de leçons alors qu'il a laissé filer les éditions précédentes et même affirmé que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève étaient sans importance, bafouant au passage la démocratie. 

 

Une tentative de hold-up

La tentative de hold-up est grossière. On résume. 1) L'Etat ne contrôle pas Genève Tourisme qui fait faillite dans sa gestion des fêtes. 2) Maudet, magistrat à l'économie annonce que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève n'auront aucune importance 3) Il annonce dans la presse qu'il compte utiliser les 16 millions de Genève Tourisme pour faire la promotion des hôtels, des congrès et des cliniques privés! Au final : fin des fêtes, et des millions ai service des intérêts du privé. La tentative de hold-up est parfaite. Les Genevois-e-s se laisseront-ils faire?

Pierre Maudet se pose aujourd'hui en fossoyeur des fêtes alors que l'Etat n'a rien fait pour assurer le suivi de la perception de la taxe touristique. 16 millions laissés flottant depuis des années!

Dans certains pays on demanderait la démission du ministre en charge de l'économie pour un tel scandale. A Genève, non, pas encore. Après deux éditions désastreuses, tout le monde est désormais d'accord pour dire que les fêtes doivent évoluer. Mais est-ce à la population, attachée aux fêtes, d'en payer le prix? Non. Est-ce à Monsieur Maudet qui n'a pas pu empêcher la faillite de proposer un nouveau projet ? Sûrement pas. 

 

Ce n'est pas aux Genevois-e-s de payer le prix du hold-up

Voilà des années que la Ville de Genève se bat pour que Genève Tourisme évolue, mette plus en avant la culture, et pas seulement les congrès et les banques. Aujourd'hui Maudet veut toujours plus... de la même chose, laissant à la Ville l'héritage de son incurie.

Parlant d'une fête de 4 jours seulement en 2019, si on suit Maudet, c'en est fini de la fête populaire pour les genevois-e-s. Le magistrat à l'économie pense lui aux... cliniques privées pour valoriser notre ville comme destination de référence pour une clientèle fortunée.

En résumé, le magot de 16 millions sur lequel Genève Tourisme est assis risque de ne plus du tout revenir aux Genevois-es. Ce magot, le PLR veut donc le mettre à disposition des cliniques privées, des congrès et de l'élite, des cinq étoiles et des joueurs de golf! [1]

De plus, Monsieur Maudet est drôlement culotté quand il affirme vouloir charger la Ville d'organiser de nouvelles fêtes en été...  alors que son groupe PLR coupe dans les budgets culturels et sociaux chaque année et n'arrête pas de vouloir moins de vie en Ville. Faudrait voir pour accorder ses violons du côté du PLR.

 

Votations du 4 mars : la population a son mot à dire

C'est donc aux habitant-e-s, le 4 mars prochain, de faire entendre leur voix, et de dire s'ils souhaitent soutenir une initiative populaire qui ramène les fêtes à 7 jours et charge la Ville de les organiser, laissant ainsi le magot de Genève Tourisme dans les mains des vendeurs de clinique privées, ou s'ils soutiennent le contre-projet qui demande au moins 11 jours de fêtes pour toutes et tous, exigeant de Genève Tourisme et du Conseil d'Etat de s'y impliquer en proposant autre chose que la vente internationale de Genève aux élites!

La votation du 4 mars garde donc tout son sens. Elle donne un espoir de pouvoir résister à une vision sociétale du type Monaco-sur-Léman que défend Maudet. Les fêtes populaires et les forains ne doivent pas être sacrifiées sur l'autel de la promotion d'une économie élitiste.

Le 4 mars, je vote Non à l'initiative et Oui au contre-projet, pour éviter que Genève Tourisme et Pierre Maudet n'empochent les millions au détriment de la population.

Aux Genevois-e-s de voter, s'ils ne veulent pas devenir les dindons de la farce.

 

[1]https://www.letemps.ch/suisse/pierre-maudet-veux-un-nouveau-pilotage-destination-touristique-geneve

 

..................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

11:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fêtes de genève, tourisme, économie, maudet, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/02/2018

Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

 

topelement.jpg

Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

 

......................

www.sylvainthevoz.ch

08:56 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramdan, tariq, bonnant, sexisme, machisme, domination ordainire, violences, pouvoir | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/02/2018

5mn pour la démocratie

je-vote-pour-lui.jpgDans la rue, tu es interpellé-e, pour signer une initiative, être informés-e sur les prochaines élections, entamer une discussion sur un enjeu d'importance pour la vie de ton quartier (mobilité douce, vie nocturne, sécurité, santé). Très souvent, tu t'arrêtes, signes une initiative, la lis même parfois, prends un flyer, et de très belles rencontres ont lieu. La quantité de force et d'énergie parfois dormante parfois en attente de déclic est phénoménale.

Parfois une réponse fuse : je n'ai pas le temps. Pas le temps, ou pas l'envie, ou pas la force peut-être. J'y vois également une forme de politesse. Plutôt que de dire je ne partage aucune de vos idées... ou : j'en ai rien à foutre, il est certes en effet plus poli, plutôt que de dire qu'il ne sert à rien d'en discuter, que le temps manque. Une forme de fatalité quoi.

Pourtant, ne pas partager les mêmes idées ne devrait pas empêcher d'en débattre. Et s'opposer à une proposition ne pas renoncer à évoquer celle-ci. Les fronts ne sont pas figés. C'est vrai que changer d'idées peut demander de la souplesse et une forme d'ouverture. Une remise en question aussi. Et cela va dans les deux sens. Pour celui qui interpelle autant que pour celui qui est interpellé. 

Parfois l'intérêt manque, tout simplement. Pourquoi? Je reviens à ma question de départ : combien de temps mets-tu chaque jour pour la démocratie ? Certes, le prochain bus n'attend pas, ni l'achat d'une nouvelle paire de chaussures. Mais au final, si tu ne t'occupes pas de la politique elle se charge de toi. La petite machine du chacun pour soi avance, avec un côté frénétique et doux, suave comme un capitalisme consumériste. Un oeil sur son téléphone portable, un autre sur son porte-monnaie, et au final une société drôlement louche.

 

5 mn pour la démocratie par jour, est-ce trop ? 

Faisons le compte : combien de temps chaque jour pour se doucher, manger, prendre soin du choix de ses vêtements... sans compter le temps de se regarder sur les réseaux sociaux, s'oublier dans la contemplation béate d'une match de foot ou d'un concert de Beyoncé ? Les médecins recommandent la consommation de 5 fruits et légumes par jour. Combien faut-il d'investissement personnel pour les enjeux publics afin de bénéficier d'une bonne prévention des maladies sociales graves (individualisme, sentiment d'isolement, aigreurs d'estomac, phobie de l'autre) et renforcer son système immunitaire? Tiens, je propose que la LAMAL rembourse les investissements pour la collectivité, et que l'on mette la SUVA sur le coup pour les messages de prévention.

A toi de jouer !

Oui, combien de minutes pour identifier qui prend soin avec intérêt et énergie de la chose commune? A toi de jouer pour identifier qui s'en fiche,  se contente d'être actif deux mois tous les 5 ans, juste avant les élections, pour se rendormir aussi sec sitôt l'échéance électorale passée ; retourner à la promotion de soi sur les réseaux sociaux, faisant de la gestion des enjeux communs une pure administration de produits de placement ?

J'entends aussi cette rengaine du "tous pourris" et du "à quoi bon", du désenchantement pressé et d'un oubli de son pouvoir d'agir. C'est vrai, prendre position, débattre, voter, peut sembler parfois plus lointain que d'aller sur la lune et en revenir. Et nous avons là une autocritique générale à faire. N'avons-nous pas laissé glisser les choses, oublié l'enseignement du civisme, une véritable éducation populaire, par une valorisation accrue de la chose publique et collective qui, avant même d'être partisane, serait participative?[1]  

 

L'envers de la médaille du "tous pourris : le "tous absents"

Si on a les politicien-ne-s que l'on mérite, on a surtout la démocratie que l'on cultive. Il se pourrait bien, au final, que ce ne soit pas une question de temps mais de disponibilité, de désir et de pouvoir d'agir. La démocratie demande, comme un arbre, du temps et de l'attention afin de porter des fruits. Au-delà même de quelques minutes par jour, il se peut plus certainement que ce soit le désir et l'envie de faire monter une forêt qui est en jeu. Et cela, bien sûr, dépend des moyens culturels et économiques dont chacun-e dispose, individuellement et collectivement.

Les plus fragile, les plus précaires, les plus assommé-e-s, en disposent d'évidence le moins. Pourtant, ce sont eux qui subiront davantage les décisions prises par d'autres, soi-disant au nom de tous, mais souvent sur le dos de l'intérêt commun et des voix les moins fortes.  

Lutter contre l'abstention, le "je n'ai pas le temps", est une question de sève. Ceux qui en ont le plus sont invités à retrousser les manches pour faire advenir un nouveau printemps à Genève. Sinon, on repartira pour 5 ans d'hiver pour Genève, soit exactement 2'592'000 minutes.

Deux millions cinq cent nonante deux minutes!

C'est, en définitive beaucoup, beaucoup de temps.  

Beaucoup plus que cinq minutes par jour, assurément.

 

 

[1]https://www.franceculture.fr/oeuvre/le-cens-cache

......................

www.sylvainthevoz.ch

 

16:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |