sylvain thévoz

26/11/2017

De la soupe aux lettres à la popote numérique

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y mijote, avant de refermer le couvercle. Parfois nez pincé parfois bouche ouverte.

En général, j’y repêche à la louche des faits insipides voire crades, mais aussi des morceaux héroïques ou d'étonnantes fulgurances, bribes de compréhension. Cela me fait parfois saliver. L’écoeurement n’est jamais loin. Trop gras. Trop sucré. Trop lourd. Plus c’est inconsistant, plus c’est fort.

Quand ça se veut minestrone, ça risque toujours de partir en eau de boudin.

Désormais quand j’allume mon ordinateur, je me mets une serviette autour du cou. C’est désormais mon rituel avant de me mettre à table. Parce que cela tache et qu’il faut se méfier des éclaboussures.

Après tout, quand on jardine on met bien des gants.        

Je plonge ma cuillère, vise au mieux là-dedans, pour trouver entre grumeaux, nappes huileuses, strates sombres, une matière solide. Avec un brin d’expérience, et en sondant profond - mais parfois tout demeure à la surface, et la profondeur est transparente- je nourris un courage, des formes d’alliance et de reconnaissance.

Jamais sûr que cela favorise autre chose que le désir d’une faim plus grande. 

L’estomac gronde. Je lape oui. Je fais claquer langue oui. Et haut le cœur.  

Trop c'est trop et parfois pas assez.

Et souvent pas assez, c'est déjà trop.

Je vous parlerai un autre jour des plats de résistance.

 

Regarde la soupe, car la soupe, elle, ne te voit pas

Les yeux bougent de droite à gauche, les lèvres s’agitent toutes seules.

J’ai conscience du ridicule, avec serviette autour du cou, et l’air obnubilé de-qui-est-scotché devant une publicité alléchante et s’acharne sur un bout de vieille carne refusant de la laisser aller par le fond, la disputant âprement à d’autres.

A quoi bon lutter pour un bout de gras, quand les entrepôts regorgent de saindoux, et que c'est la capacité d'apprêter qui manque : les moyens de confection?

On n’est jamais seul devant sa soupe.

La table n'a pas été mise à notre attention. C’est la tambouille de masse, avec l’utopie du 5 étoiles à la carte service inclus pour les gogos de l’ego qui parlent pour l’humanité entière et, au final, touchent 10 copains dans la salle d’à-côté.

Ça fait très cher payé la gratuité et le all you can eat.

Je pousse de côté les aliments inassimilables – mes allergies- afin de séparer le bon gras de l’ivraie, dans ce qui ressemble à ce qu’était cette « soupe aux lettres » de l’enfance. Avec elle je jouais. Assemblage de vocable pour former des mots basiques. Beaucoup de lettres pour peu de mots. Beaucoup de lettres pour peu de pâtes. Peu de mots pour trop de soupe. Peu de soupe pour la faim.

Injonctions fortes. Finis ta soupe d’abord ! Aujourd’hui, l’injonction est inversée : continue à te distraire, au risque de lécher des panneaux publicitaire, comme les vaches pierre à sel.    

Cette soupe n’est pas qu’un lieu de consommation. On s’y déverse aussi, y fait sa popote. J’y participe avec ces agencements de lettres.

Est-ce que cela à une utilité ? Sitôt déposés dans le bouillon, ces agencements seront dépiautés, désagrégés.

Mais pour se nourrir, on se doit de bien mâcher.

Ayez donc de la patience.

 

Quand l’appétit va, tout va

Dans l’ambiance forcenée d’anorexie-boulimie d’aujourd’hui :

les gras deviennent plus gras et les maigres plus maigres encore.

Quelque chose qui ressemble à une civilité des manières, des échanges et des mets refusant le gavage, est en marche. Elle permet, même dans les bouillons les plus infâmes, de se faire (à) manger d’une infinie de sensibilité et de joie. Une petite cantine quoi, dans des gargotes portatives et communes, où l’on s’agrège par petits groupes, autour du feu ou de quelques brindilles faites d’affinités. Et où tout fait ventre.    

Car vous ne nous mangerez pas tout crus  ! Et si l'on vous choppe on vous bouffe.

Cuisine anthropophage s'il en est.

Pourtant les végétariens sont tous les jours plus nombreux, et heureux de ce choix.

 

Le bouillon est une sorte de soupe primitive, archaïque. Sous la rétine y mijote un bric-à-brac  de mots, d’images, d’os sans moelle et de moelle sans os. J’y mets mon grain de sel, y bois, ou simplement regarde ce qui s’y graille, avant de refermer rapidement le couvercle.

Je retire ma serviette du cou.

Place au dessert maintenant.

 

...............................

www.sylvainthevoz.ch

18:05 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/11/2017

Une femme assassinée

Une femme est morte dans la rue précise la manchette. Et on nous dit dans quel quartier: Servette ou Grottes, selon l'appréciation géographique de chaque journaliste.[1]

Mais on s'en fout que ce soit dans la rue.

Et peu importe que ce soit aux Grottes.

Condoléance à ses proches et à sa famille.

Cela fait-il plus de bruits quand le coup de feu est dans la rue que dans un appartement? Et plus de bruit quand c'est un coup de feu qu'un coup de poing?

Cette femme a été assassinée par son conjoint, un proche? Il s'agit de violences domestiques.

Un "inconnu" ? On est dans le cadre des violences faites aux femmes. Et ce n'est pas parce que ce crime se déroule dans l'espace public que cet élément doit devenir le plus marquant et l'emporter sur le reste.

L'enquête éclaircira les liens et les degrés de proximité entre les protagonistes de ce sordide événement. 

Si chaque fois qu'une femme était assassinée on donnait le lieu du décès, cela donnerait à peu près ceci :

une femme est morte en s'habillant pour aller au travail 

Une femme est morte dans sa voiture

une femme est morte dans son lit

sur une chaise

en regardant la télé

dans le tram

dans sa salle de bain

sur le palier

on ne sait pas où

à sa place de travail

en pelant des patates

en révisant ses notes

en changeant une ampoule

sans rien faire

entourée de ses amis

en dormant

en silence

en lieu sûr...

Et on aurait dû, pu le faire, 26 fois par an puisque c'est le nombre de décès de femmes sous les coups de leur conjoint chaque année en Suisse[2] (entre 2000 et 2004), ou 36 en 2015 ou 19 en 2016. Les chiffres varient. La violence structurelle demeure. C'est chaque fois un meurtre de trop. 

En Suisse, une femme sur cinq subit de la violence physique ou sexuelle au moins une fois dans sa vie de la part de son partenaire ou ex-partenaire. En moyenne 2 femmes par mois sont tuées par leur partenaire ou ex-partenaire.[3]17'685 infractions ont été enregistrée en 2016 en Suisse dans le domaine de la brutalité domestique, selon l'office fédéral de la statistique. Cela ce sont pour les statistiques, les chiffres, qui disent simplement l'ampleur, la profondeur, la racine de la violence contre les femmes dans notre société. 

Spontanément, un groupe de femmes appelle à un rassemblement ce jeudi aux grottes :

Ce soir à 18h nous nous réunissons pour Sarra, 36 ans, abattue hier soir rue de l'Industrie, dans le quartier des Grottes. Elle venait de fêter son anniversaire.

Sarra est morte dans la nuit.

Nous, les femmes, demandons une vie exempte de violences. #stopféminicide

Lieu : 5 rue de l'Industrie, 1201 Genève

Tonight at 6PM we gather for Sarra, 36 years old, shot yesterday night at the rue de l'Industrie in les Grottes, Geneva. She was coming out of her birthday party.
She died in the night.
We, women, demand a life without violence. #stopfeminicide
Where: 5, rue de l'Industrie, 1201 Geneva

 

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/faits-divers/La-femme-tuee-en-p...

[2] https://www.rts.ch/info/suisse/1148793-violence-conjugale...

[3] https://www.vd.ch/themes/vie-privee/violence-domestique/en-savoir-plus/statistiques/

 ..................................

www.sylvainthevoz.ch

15:47 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/11/2017

Tempête dans un bassinet

index.jpgTempête dans un bassinet. La droite municipale hurle à l'introduction du burkini dans les piscines municipales. La presse s'en fait l'écho, agitant les peurs et les polémiques.[1] Mais de quoi parle-t-on en fait ?

Tout simplement d'un nouveau règlement (excellent) du service des sports, qui énonce que les usagers et usagères doivent porter une tenue décente et appropriée dans et au bord des piscines. Cela implique que les tenues de bain sont autorisées pour autant qu’elles ne soient ni sales ni négligées. Les combinaisons de triathlète sont désormais autorisées ainsi que les maillots en dessous des genoux, pour autant qu'ils soient destinés à la natation uniquement. Alors oui, c'est vrai, les costumes de bain ne seront plus mesurés par les gardes bains avec un centimètre pour calculer ce qui dépasse et ce qui ne dépasse pas du coude ou du genou, ce qui n'était pas pas dans l’ordre de leur mission, et ce qu'ils n'ont d'ailleurs jamais fait, heureusement. De toute façon ils n'avaient pas de base légale pour le faire.  

L’objectif de ce nouveau règlement vise donc à assurer l’hygiène, la sécurité, l'accessibilité, et que l’équité de traitement soit garantie dans les piscines. Ce but est respectable. C'est même le seul que doit se proposer un établissement public. Il n'y a donc en aucune manière quoi hurler à la burkinisation des bassins. Au contraire. On a désormais un règlement clair, qui permettra à chacun-e de se vêtir plus librement et se déshabiller de même. En effet, l'ancien règlement rappelait qu'on ne pouvait pénétrer dans la zone de bassin en tenue autre qu'en maillot de bain et de se baigner ou de circuler dans l'établissement sans maillot de bain approprié à chaque sexe (monokini interdit). (art18.al.g). Désormais, le monokini est bienvenu en dehors des bassins. Eh oui. Donc c'est bien plutôt à l'accueil des seins nus que des burkinis qu'il faudrait hurler. Désormais, les femmes ne devront pas se contenter de rester en monokini hors de l'eau. Elles pourront se jeter à l'eau sans remettre le haut et profiter de la sensation de l'eau sur leur poitrine, tout comme les hommes le font déjà.  

 

L'interprétation désormais plus ouverte de ce qu'est un maillot de bain permet d'accepter dans les piscines non seulement les caleçon de bain en dessous du genou, et les t-shirts de bains protecteur (pour les enfants par exemple). Les mamans et les papas pressés qui ne comprennent pas que leur enfant soit refoulé parce que le maillot de leur enfant tombe bas sur les genoux sont reconnaissants de ce changement. L'enfant que l'on couvre d'un maillot anti-UV ne s'en portera que mieux.

 

index1.jpgCe règlement n'oblige pas le monokini ou la combi. Simplement les critères qui président à la gestion d'une piscine ne les interdisent pas. Bref. Une piscine est un établissement de bains public et le seul critère autorisant ou non un costume est son adéquation à des critères d'hygiène et de décence, en aucun cas à un prétendu historique chrétien agité comme un grelot qui dirait : bikini échancré pour toutes et tous amen. On ne parle pas de religion. Malgré le traitement polémique, on parle ici simplement d'un règlement de piscine qui a trait à l'usage d'un établissement public, permettant la natation dans les meilleures conditions.

 

220px-BathingSuit1920s.jpgPour conclure, en début d'année, une polémique éclatait sur l'habillement d'une conseillère aux Etats. Alors que l'obsession sur la manière dont les femmes se vêtissent est plus fort qu'au moyen-âge, alors que l'enjeu de la longueur des jupes des femmes fait toujours polémique, il serait bon et souhaitable de ne plus vouloir contrôler leur manière de s'habiller et de se déshabiller, et de vouloir faire de la politique sur leur dos jusque dans les règlements des piscines. Liberté pour toutes et tous... et manchons pour qui veut. 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Port-du-burkini-...

 

www.sylvainthevoz.ch

07:46 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (46) | Tags : piscine, sport, règlement, ouverture, burkini, femmes, hommes | |  Facebook |  Imprimer | | |

07/11/2017

Christian Constantin, roi des types

Christian Constantin va incarner Elvis à Las Vegas. C'est le journal le Matin qui nous l'apprend ce mardi. Le journal en fait sa manchette. Cet article occupe le quotidien sur pas moins de 7 pages. On y fait miroiter le rêve américain du millionnaire valaisan, qui s'en va avec les comiques Yann Lambiel, Vincent Kucholl et Vincent Veillon, animateurs vedette du 26 minutes, tourner un nanar aux US nommé Valais Bad trip. Au final, cet article sert la mise en avant de l'ego de de Constantin. Voilà pour la page glamour.

Troublant toutefois, que le même homme qui ait frappé au bord d'un terrain de football le commentateur sportif  Rolf Fringer fin septembre, se refasse ainsi une virginité médiatique. Troublant que celui qui cogne en prétendant que  son action avait été "un peu trop valaisanne", ne l'ayant ni regretté ni ne s'en soit excusé, ajoutant avoir appliqué la loi du talion, soit en Une. Que celui qui justifie sa violence avec des arguments pour la banaliser, en faisant un élément pulsionnel, soit ensuite valorisé dans la presse comme modèle de réussite. Les coups portés ont été prémédité et exercé de sang froid.[1] Il a été reconnu coupable, condamné à 100'000.- d'amende et interdit de stade pour 14 mois[2]. Voilà. Un type qui en cogne un autre, se fait 7 pleines pages dans un journal de la place. Un héros. Notre lilliputien B.Cantat à nous. 

Mais au final, Constantin n'est pas très intéressant. Ce qui est remarquable, et doit faire réfléchir, c'est la manière dont notre société accepte et banalise certaines violences, en condamne fortement d'autres, et découpe politiquement le traitement de ces violences.   

Car il est clair que la violence reçoit des traitements différents suivant qui l'exerce. Allez faire comprendre ensuite au gars devant sa téloche qu'il finira au poste s'il en cogne un autre à la fin du match, ou met quelques claques et un coup de pied au cul à sa femme comme le boss Constantin? Ou au jeune qui s'énerve au bord du terrain que le fair-play est plus important que de marcher sur son adversaire. Ah oui, la RTS nous informait cette semaine d'une augmentation des hooligans étrangers en Suisse. Surprenant non, le hooliganisme est à la fois dénoncé et un hooligan millionnaire est érigé comme modèle de réussite. [3]

La violence, finalement, c'est toujours les prolos et les étrangers qui l'exercent, non ? Quand c'est quelqu'un de chez nous qui l'exerce, c'est un trait régional ou la banale expression de la tradition...

Christian Constantin, roi des types. La culture de la violence et le machisme ont encore de beaux jours devant eux...

 

 

[1]https://www.tdg.ch/sports/football/constantin-rolf-fringe... 

[2] https://www.24heures.ch/sports/actu/amende-salee-christia...

[3]https://www.rts.ch/info/suisse/9063376-toujours-plus-de-hooligans-etrangers-viennent-chercher-la-bagarre-en-suisse.html

 

 ..................

www.sylvainthevoz.ch

 

18:58 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : violence, constantin, hooliganisme, presse, classe | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/11/2017

Le christianisme n’est pas né à Interlaken

Certains partis politiques font de l'islamophobie le moteur de leur politique. Ils stigmatisent une religion dont, en Suisse, 5% de la population se réclame. Cette excitation panique autour d'une religion particulière est négative. Elle fabrique un islam uniforme, sans différence culturelles et cultuelles, alors que ces dernières sont nombreuses. Les musulman-e-s de Suisse sont pour moitié des confédérés, pour le reste européens, principalement originaires des Balkans. La réalité est bien éloignée des fantasmes sur la burka et les songes orientalistes.

Disposer d'une diversité religieuse est une chance et une potentielle source d'enrichissement. Encore faut-il être motivé à la valoriser. Plus de 400 communautés religieuses résident à Genève. 13 communautés musulmanes ont été recensées, appartenant à quatre courants différents.[1] Du dialogue interreligieux et des invitations à la rencontre naissent des liens forts qui permettent de lutter contre le repli sur soi et/ou les certitudes nombrilistes. C'est notamment le sens de la démarche de la plateforme interreligieuse (PFIR) dont il faut saluer les actions et les initiatives, et qui fêtera le 6 novembre prochain ses 25 ans d'existence.[2]

Il faut avoir fort peu confiance dans nos traditions et nos institutions pour faire sienne la théorie du grand remplacement qui amalgame islam et étranger et les conjugue pour en faire une menace. Craindre l'islam parce qu'il serait un produit extérieur à nos valeurs, c'est oublier que le christianisme n'est pas né à Interlaken. Pourtant, il a modelé l'histoire de notre pays, en a marqué le langage et l'histoire et, pour le meilleur et pour le pire, diront certains, en a nourri et alimenté (et continue de nourrir et alimenter) la vie spirituelle et sociale. Jusqu'au point d'ailleurs, où certains le lient étroitement à notre identité. Pourtant, le christianisme non plus n'est pas homogène, ni soustrait aux dérives sectaires et mortifères. Faut-il rappeler ici les propos homophobes de l'évêque de Coire, ou les positions anti-avortement de certains courants? Or, malgré ces extrémistes, sa reconnaissance n'est pas remise en cause. Sa place évolue et son rôle change, sous la poussée et en dialogue avec les changements sociaux. Pourquoi en serait-il autrement pour d'autres religions ?

Les différentes formes de l'islam sont présentes en Suisse depuis des siècles. Si l'on veut vraiment en régler les pratiques, il faudra entamer sérieusement sa reconnaissance institutionnelle, et donc en accepter les formes et les manifestations  comme composant une religion officielle, celle de l'islam en Suisse. Cela permettra d'encadrer les formations, donner une place et un véritable statut à cette religion. Finalement, tout comme le christianisme, l'islam n'est pas né à Interlaken, pourtant il en suit le même chemin, et a pleinement droit à sa place en Suisse.

Au final, l'inquiétude ne vient pas de l'autre mais du doute sur ce qui nous rassemble véritablement et des engagements communs pour lesquels nous sommes prêts à nous mobiliser et nous engager collectivement. C'est là-dessus que nous avons à travailler, ensemble, plutôt que de donner du crédit politique à ceux qui fantasment un Islam hégémonique qui va les manger tout cru. Ces fantasmes sont si massivement injectés dans la réalité d'ailleurs, qu'il faut regretter qu'ils rendent l'islam finalement toujours plus sexy pour celles et ceux qui se cherchent, sont exclus, en quête de quelque chose de plus fort que ce qui leur est proposé ailleurs. Il faut arrêter d'alimenter ces fantasmes et avancer résolument sur les thèmes sociaux, de salaire équitable, de congé paternité, de fiscalité juste, de respect des travailleuses et travailleurs, de la reconnaissance du travail et du soin aux autres, d'écologie, etc.

Au final, taper sur les minorités, les musulman-e-s, ne fera pas de la Suisse que nous aimons un pays en quoi que ce soit plus fort, mais simplement plus discriminant, donc plus inégalitaire et finalement socialement plus violent. Plutôt que de lutter contre quelque chose qui n'existe pas, engageons-nous pour renforcer une Suisse plurielle, accueillante, exigeante, détricotant les clichés sur qui sont les autres, pour affirmer plutôt ce que nous voulons atteindre: un idéal de justice sociale et sa concrétisation dans la lutte pour une prospérité partagée. Par le respect du droit, et de la loi, qui inclut le choix de croire ou de ne pas croire, mais surtout de vivre et laisser vivre les autres, qu'ils soient nés ou non à Interlaken.    

 

[1] http://info-religions-geneve.ch/

[2] http://www.interreligieux.ch/

 

................................

www.sylvainthevoz.ch