sylvain thévoz

15/10/2017

Les 12 propositions du Parlement des Inaudibles

IMG_2930.JPGLe parlement des inaudibles s'est réuni pour la première fois ce week-end à l'occasion des 30 ans de la journée de lutte contre la misère.

Le Parlement des inaudibles était composé de citoyen-ne-s de tout milieu (personnes vivant la précarité au quotidien, membres d'associations et d'institutions sociales, journalistes, élu-e-s, militant-e-s, étudiant-e-s, etc. Avec pour légitimité de prendre la parole et dire haut et fort les parcours dans la précarité et les vécus personnels.

Le Parlement des inaudibles loin de faire de grandes théories, a mis en discussion et en partage des vécus. La parole a été prise par celles et ceux qui sont directement touchés par la précarité. Les échanges ont porté sur trois thèmes vitaux : le logement, le travail, les discriminations. Les 12 propositions suivantes ont été arrêtées. Il semble incroyable qu'en 2017 il faille encore lutter pour leur mise en œuvre. Ces 12 propositions fondamentales ont été adoptées à l’unanimité.  

 

Logement

  1. Personne ne doit dormir à la rue. 2. Sans adresse pas de travail : casser ce cercle vicieux. 3. Dormir en sécurité est un droit vital constitutionnellement garanti. Il doit être appliqué. 4. Transformer les espaces vides et inoccupés en logements habitables.

Travail

  1. Garantir des conditions de vie dignes pour chercher un travail. 2. Pas de travail pas de logement : casser ce cercle vicieux. 3. Stop aux discriminations à l’obtention d’un travail. 4 Démocratiser l’accès aux formations certifiantes et qualifiantes pour obtenir un emploi.

Discriminations

  1. Respect des droits pour toutes et tous, y compris pour les personnes vivant dans la précarité. 2. Garantir l’accès à toutes et à tous au domaine public. 3. Stop au délit de faciès 4. Pas de fouilles intimes dans la rue.

 

FullSizeRender.jpgLa force de ce moment, ce fut aussi celui des témoignages recueillis, partagés. Comme l'a relevé un parlementaire des inaudibles, le manque de conditions dignes ( se loger, se laver, se soigner, se raser) conduit des personnes sans abris à devenir des Hommes précaires, des Hommes de série B ou C.

Il faudrait avoir plus d'accompagnement pour que chacun-e- puisse faire partie de la série A. Mais ce ne sont pas aux personnes qui sont dans la précarité d'apporter les solutions. Il y a une responsabilité sociale, générale. Et beaucoup trop de gens bien se taisent, détournent les yeux, alors que des situations critiques sont glissées sous le tapis des convenances et du conformisme. Tant que les plus précaires ne ferons pas partie des priorités, malheureusement, rien ne changera. Tant que la lutte contre précarité ne sera pas une priorité sociale forte, le fossé continuera de se creuser entre ceux qui vivent la précarité dans leur chaire et les politiques qui s'occupent de beaucoup d'autres choses, parfois importantes, parfois accessoires, très souvent avec un discours décalé par rapport au vécu des citoyen-ne-s. Prendre la parole, sortir du silence, est un moyen de bouger ces lignes. Il n'y a pas de fatalité que la force de la collectivité ne peut remettre en cause.

 

Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes

 

C’est curieux que l’on parle des gens qui dorment dans la rue dans la Ville où il y a le siège des Nations Unies, où on parle des droits humains. J’ai vécu trois mois au bord du Rhône. C’est difficile quand on cherche du travail. Dormir, c’est un besoin vital, comme manger. Quand toute l’énergie est prise pour chercher un endroit où dormir « correctement », c’est difficile. Après, pour prendre une douche, tu dois prendre un ticket, faire la queue. Tout prend beaucoup plus de temps. Si tu as un appartement, le réveil, prendre une douche et un petit-déjeuner, prend moins de temps que défaire ton abri et ramasser tes affaires pour ne pas être repéré. Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes. Les touristes ont plus de valeur que nous. L’image de la ville est plus importante que les besoins vitaux des personnes en situation de précarité.

On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner

Quand le logement n’est pas assuré, on doit toujours changer de place, négocier des chambres, ou des matelas pour pouvoir dormir et ne pas être à la rue. Mais pour l’adresse c’est une autre histoire. Le possible employeur te demande toujours une adresse, si tu donnes une adresse « sociale », l’employeur ne t’accepte pas. Du coup, tu restes dans la misère. Faciliter l’accès à un logement légal et un loyer juste pour les personnes qui cherchent du travail et qui auraient le droit de travailler, ça faciliterait l’intégration à la société genevoise. On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner. On aimerait juste que le droit au logement et le droit au travail soit respecté.

 

Je rêve de partager des moments simples avec mes enfants

Dans ma vie, j’ai eu besoin de personnes qui étaient là pour m’épauler. Les difficultés étaient si grandes qu’elles m’ont fait oublier mes capacités et mes qualités. Avant, je travaillais, j’arrivais à avoir des petits boulots, je m’en sortais. Ce n’était pas parfait, mais je croyais encore à une vie meilleure. Mais à un moment, ma vie a basculé. J’ai perdu ma famille  et avec elle tous mes repères. J’ai sombré. A un moment, quelqu’un a cru en moi, et grâce à elle, j’ai pu reprendre contact avec mes enfants, le moteur de ma vie. Je remonte une pente. Des fois je ne sais pas si j’arriverais ni où j’arriverais. Je m’accroche à la confiance que ma nouvelle famille me fait même si ma vie est très dure. J’espère qu’un jour mon rêve de partager des moments simples avec mes enfants et de pouvoir travailler comme une personne normale se réalise.

 

Je n’aime pas quand on me met dehors des églises

C’est très difficile de vivre dans la rue. J’aimerai que toutes les personnes qui vivent dans la rue puissent dormir  à l’abri. Pas seulement en hiver. J’aimerai aussi dire à la police : Laissez-nous tranquilles ! Nous ne sommes pas des voleurs ! Ne mettez pas tout le monde dans le même sac ! Je n’aime pas quand, par exemple, je rentre dans une église pour prier ou me reposer, et que des personnes me prennent par le bras et me mettent dehors juste à cause de mon apparence.

 

 

 

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12/10/2017

Ne laisse personne être dans une précarité que toi-même ne supporterais pas

affichex600.pngLe 17 octobre est la journée internationale du refus de la misère. Cette année 2017 marque d'ailleurs le 30e anniversaire de l’Appel à l’action du Père Joseph Wresinski — qui est au fondement du 17 octobre en tant que Journée mondiale du refus de la misère - et de sa reconnaissance par les Nations Unies comme la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.[1]

 

Construire un monde qui ne laisse personne de côté

Que l'on soit suisse, rom, français, femme, que l'on soit jeune, chrétien ou musulman que l'on soit jeune ou âgé, avec ou sans papier, avec ou sans domicile fixe, personne ne doit être laissé de côté. Et personne, ça veut dire personne. Il serait aberrant d'opposer tel ou tel groupe en euphémisant des formes de violences sociales et de précarité sous prétexte qu'elles touchent plutôt tel groupe que tel autre, tel individu à défaut d'un autre. Les droits fondamentaux ne se négocient pas. Les droits fondamentaux ne se racialisent pas. Et ce qui nous rassemble, et nous fonde dans notre humanité partagée, c'est précisément le refus de la misère et la lutte contre toutes les formes de vulnérabilités et de précarités sociales, sans distinction de nationalité ou d'origine. Cela est incarné dans la règle d'or : fais à autrui ce que tu aimerais qu'il te fasse ou, autrement dit : ne laisse personne être dans une précarité que toi même ne supporterais pas. 

 

Le parlement des inaudibles 

A l’occasion des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, le Collectif 17 Octobre organise en Ville de Genève de nombreux événements.[2]  Il y en a un parmi ceux-ci qui a une dimension symbolique et politique particulière.

Le samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Chemin de la Gravière 7), la tenue du parlement des inaudibles permettra à chacun-e de s'exprimer et se faire entendre. Comme le rappelle Guillaume le Blanc : Dans notre société, les plus fragiles tendent à devenir invisibles, à disparaître du champ social. Mais une vie devient invisible à partir du moment où elle est inaudible. Il y a donc un enjeu politique à donner une voix aux sans-voix, à instaurer un parlement des inaudibles.  

La tenue du parlement des inaudibles sera précédé d’un repas convivial. Il sera suivi de l'adoption des mesures provenant des voix des citoyen-ne-s que l'on n'entend pas ou trop peut et à qui on ne porte pas suffisamment attention.[3] Si le parlement "officiel" est statistiquement celui des hommes blancs de 50 ans, bourgeois, il se trouve que dans la population des groupes bien plus nombreux ont d'autres voix et d'autres paroles à faire entendre que la dominante. Le Parlement des inaudibles débattra donc à haute voix de trois thèmes fondamentaux : les discriminations, le logement, le travail. Ce parlement discutera et votera les propositions travaillées auparavant en petits groupes. 

La précarité sociale est une violence.[4] Cette violence ne doit pas être glissée loin des regards ou repoussées dans les bois ou sous les ponts par les forces de l'ordre. Ce n'est pas à la force policière qu'il revient de traiter les inégalités sociales. A la violence sociale, il faut répondre par toujours plus d'écoute, de disponibilité, de solidarité, et... de moyens. Comme le rappelle le collectif : Notre société est fière de proclamer que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (préambule de la Constitution Suisse) ? Mais alors, pourquoi lui est-il si difficile de regarder en face et de prendre soin correctement de la précarité sociale qu’elle génère ?

Durant le parlement des inaudibles des témoignage seront partagés. En voilà deux parmi des centaines, parmi des milliers, qu'il nous revient de faire entendre et partager. 

Le témoignage d'Alexandre :

Bonjour, je m'appelle Alexandre, j'ai 30 ans, je suis de nationalité Suisse et Française. Ça fait depuis 2014 que je vis en Suisse. Je n'avais ni papiers français ni papiers suisses. Comme je ne suis pas genevois, je devais attendre 2 ans avant de m'inscrire sur la liste des logements de la ville. Quand j'ai pu enfin m'inscrire, le 1er janvier 2017, on m'a mis sur une liste d'attente de 2 ans de plus. Quand je suis arrivé à Genève, j'ai dormi dans la rue et dans les bunkers de la protection civile. J'ai ensuite été logé par l'hospice général dans un hôtel social. Par la suite, j'ai de nouveau vécu dans la rue. L'Hospice général me demandait de trouver un logement ou un hôtel, mais ils ont refusé de me payer un foyer que j'avais trouvé dans lequel il y avait pourtant des places. Comme je suis marié et que ma femme a un logement, ils ont refusé sous prétexte que je devais habiter avec ma femme. Mais ce n'était pas possible d'habiter avec elle car elle habitait elle-même dans une résidence-hôtel. J'ai donc dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je me suis fait voler mes papiers en dormant dans la rue, j'ai attrapé une pneumonie. Je me faisais expulser par la police et les agents de l'aéroport, je n'avais aucun endroit où aller. A cette saison, les bunkers de la protection civile n'étaient pas ouverts, ils sont ouverts seulement de novembre à avril. Pourtant, durant les autres mois de l'année, on a aussi besoin d'avoir un endroit où dormir. Au mois de novembre, l'Hospice Général nous ont placé, ma femme et moi, dans un hôtel. Ils nous mettaient la pression pour qu'on trouve un logement, en sachant qu'à Genève, c'est très difficile de trouver un logement. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous mettre à la rue en février 2017 si on ne trouvait rien. J'étais très stressé et en colère par rapport à cette situation. Heureusement, on a fini par trouver un logement 2 pièces, une chambre et une cuisine. Je suis encore actuellement dans ce joli appartement.

 

Le témoignage de Théo:

Bonjour, je m'appelle Théo, je viens de Roumanie. Je vis à Genève depuis 11 ans. Je suis venu pour la première fois à Genève pour des vacances chez ma tante qui a habité ici pendant plus de 40 ans. Elle travaillait à Meyrin. Ensuite, elle m'a demandé si je pouvais venir habiter avec elle parce qu'elle était malade et qu'elle avait besoin d'aide. J'ai donc quitté la Roumanie et je suis venu m'installer chez elle et je me suis occupé d'elle pendant 7 ans et demie. Après, elle est décédée. Je n'étais pas inscrit sur le bail, alors la régie m'a donné un délai de 3 mois pour quitter l'appartement. J'ai vécu dans la rue pendant 6 mois. Ce n'était pas facile. Ensuite, je suis allé chez un ami qui est malade et qui a besoin que je m'occupe du ménage, des courses, de l'administration, etc., Cela fait 4 ans que je suis chez lui. Sa santé s'est dégradée. Avec mon passeport roumain et mon âge, je n'arrive pas à trouver un travail qui me permette de payer un loyer à Genève, et je ne peux donc pas avoir mon propre studio. Pour moi, un studio, c'est du rêve.

En Roumanie, je travaillais comme installateur chauffage sanitaire pendant 22 ans. Ensuite, je suis venu m'installer à Genève chez ma tante qui était malade. Je pensais que je pourrai trouver du travail et me faire une nouvelle vie ici, en Suisse. Avec mon passeport roumain, un employeur pourrait faire des démarches pour m'engager mais avec mon âge, je n'ai rien trouvé. Je m'occupe de personnes qui ont besoin de moi pour faire les courses, le ménage, l'administration. Je fais du bénévolat pour des associations. J'aime faire quelque chose pour la société, même si la société ne peut pas forcément faire quelque chose pour moi. Je n'aime pas rester inactif. J'aimerais beaucoup trouver un travail.

 

Ami entends-tu la voix du parlement des inaudibles ?

Parlement des inaudibles : samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Gravière 7).

Bienvenue à toutes et tous.

 

 

[1]http://www.atd-quartmonde.org/mobilisation2017/30eme-jour...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-mi...

[3]https://www.radiolac.ch/actualite/la-precarite-a-geneve-parlons-en/

[4]https://www.letemps.ch/suisse/2017/10/11/thibaut-lauer-pa...

07/10/2017

Abolissons la coûteuse et inutile guerre aux pauvres

Ce matin, 5 policiers sont autour d'une personne assise à terre. Cela forme une parfaite ceinture bleue. Enserrée au milieu, la femme assise, on ne la voit presque plus. Cinq, cela fait beaucoup de policiers pour une femme immobile, son sac à demi ouvert devant elle.

Pendant que d'autres vont au boulot, déposent leurs enfants à la crèche, que les cafés sont pleins, que ça court de partout, les policiers ont fait corps autour d'une femme. Ils l'ont littéralement séparée des autre. Elle est contrôlée par deux policières pendant que les trois autres regardent au loin, comme si de là-bas allait venir quelque chose de très important, mais non, rien. Ils ont l'air blasé et faussement concentré, le regard absent de ceux qui aimeraient être ailleurs, mais doivent faire un truc rebutant.

Quel délit a commis cette femme ? Quelque chose de très grave assurément. Peut-être même a-t-elle volé dans le grand magasin d'à-côté, ou pire encore... a-t-elle mendié? Vu le déploiement policier, pas de toute, ce doit être un crime lié à la précarité (autrement dit touchant à la sécurité économique).

Etre assise à 9h du matin devant un grand magasin pendant que les autres courent, cela vous rend immédiatement suspecte, voir coupable. Vous pourrez difficilement prétendre être là par hasard, vous être arrêtée pour souffler, ou avoir eu juste envie de vous poser là quelques minutes, avec votre petite sourire et votre main tendue qui ne se levait certes pas pour remettre votre mèche, non. Faut pas prendre les policiers pour des cons. Il font leur boulot. Mendier est un crime qui doit sévèrement être puni. La scène dure de longues minutes puis la patrouille repart et la laisse assise sur le trottoir. Rien n'a changé.

A une seule différence près : une prune pour mendicité, forme de sanction dure à la hauteur du crime commis, avec amendes progressives et au final des peines de prison pour les contrevenant-e-s à l'injonction de prospérité. [1]

 

En Suisse, on légalise le cannabis, mais la pauvreté reste totalement interdite

Alors que le cannabis devient légal et dispose de ses points de vente en Suisse, rien de tel pour la précarité. Elle doit rester cachée, absente, et les espaces publics en être nettoyés de jour comme de nuit, par l'usage des forces de police. quand les plus précaires auront été bien repoussés sur les marges, dans les parcs, dans les bois, invisibilisés sous les ponts et dans les bosquets, on leur demandera poliment le matin de bien emporter leurs couvertures avec eux et de laisser la place propre derrière eux. Si ce gentleman agreement est respecté, si les pauvres sont dociles et propres, dorment sur le sol loin du centre, ne mendient pas, ne salissent pas, ne hurlent pas, ne se révoltent pas, et se déplacent sans cesse pour qu'on ne les voie pas, alors à ce prix, ils seront, ainsi anonymisés, tolérés, et sinon: c'est la police qui ira au contact.  La pauvreté est supportable chez nous du moment qu'elle ne se fait pas voir.

A Genève, la police s'occupe de la pauvreté - délit en soi rendant immédiatement et suspect et coupable - d'une manière plus étroite que de n'importe quel autre crime.

Devant cette scène où 5 (cinq!) policiers remplissent leur mission d'encercler une femme en situation de précarité, je constate que notre société a des choix politiques étranges. Dépenser tant d'heures de service, de belles compétences policières bien formées, pour acculer une pauvre assise sur un trottoir, c'est dingue.

Un voyageur venu d'un pays lointain, ayant d'autres moeurs et coutumes, ne manquerait pas de se demander ce que cette femme a fait, pour que le police s'occupe d'elle si étroitement, plutôt que de prendre soin, par exemple, de ceux qui mettent en danger des vies dans leur voiture en y téléphonant ou ceux, col blanc, faisant trafic et magouilles diverses de millions.

Si l'on résonne en terme de bonne logique libérale, alors que certaines banques et certains quartiers riches, sont remplis de fraudeurs au fisc qui, serrés, rapporteraient beaucoup d'argent à la société, mener la guerre aux pauvres est un non-sens économique.

C'est en effet un très mauvais investissement que de douiller les pauvres, dirait un vrai libéral. Combien coûte une nuit de prison à laquelle mènent des amendes pour mendicité non payées : 500.-  par jour environ. Quelle intérêt il y a-t-il donc à envoyer en prison un pauvre pour mendicité, qui en ressortira, si c'est possible toutefois, encore plus pauvre et fauché ?  Un seul intérêt et il n'est pas économique ni sécuritaire. Il est politique. C'est un intérêt de classe: criminaliser les pauvres, stigmatiser les plus précaires, et exonérer les criminels en col blanc de tout contrôle.   

Faites donc l'addition. Entre les heures policières, les heures de procès verbal, de jugement, d'établissement de la peine de prison, à combien se chiffre la guerre à un pauvre ? En centaines de milliers de francs pour la collectivité. Pour quels résultats?

- Pour lutter contre une femme assise à terre demandant deux balles aux passants.

Plutôt que de tolérer la chasse aux pauvres, on ferait bien de s'occuper de la guerre à la pauvreté.

A l'occasion de la journée internationale de lutte contre la pauvreté, le 17 octobre, cela sera rappelé à Genève.[2]

 

Et à ceux qui me diront : mais que proposez-vous, je répondrai:

1) Abolir la loi qui interdit la mendicité car à la pauvreté il ne faut pas rajouter la violence étatique.

2) Prendre soin des plus précaires, en établissant des logements d'accueil à l'année et en prévenant toutes formes de paupérisation. Ne surtout pas enfermer des gens qui ont commis pour tout délit celui d'être dans la précarité. 

3) Avec quel argent financer cela ? En faisant la chasse aux délinquants en col blancs et fraudeurs fiscaux, pour remplir les caisses de l'Etat, et en rétablissant des impôts justes sur les grandes entreprises et fortunes. 

 

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/amende-mendicite...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la...

 

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www.sylvainthevoz.ch

09:53 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (30) | |  Facebook |  Imprimer | | |