sylvain thévoz

21/10/2017

La domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique

Elles ont une force tellurique les voix des femmes demandant justice, criant douleur, colère, joie ou soulagement de pouvoir enfin exprimer une vérité intime, fracasser l’injustice.

Parce qu’elles viennent de l’intime, du vécu, elles laissent d’abord sans voix et obligent à entendre profondément ce qui se dit là.

Les voix qui s’expriment nomment les rapports de domination, les attouchements, les abus, les viols, qui se déroulent dans tous les espaces, en tous temps, dans toutes les classes. Elles disent la domination masculine et sa bonhomme assurance. Elles disent l’ambivalence liée à un système banalisant la domination d’un sexe sur l’autre : « je sentais que quelque chose de totalement anormal se passait, mais tout le monde autour de moi prétendait qu’il n’en était rien ». Elles désignent des témoins absents – ou aveugles et/ou muets-, comme si ces derniers avaient préféré regarder ailleurs. Ces voix nomment la violence et la banalité de la domination, qui se déroule sous nos yeux, majoritairement agi par des pères, des frères, des maris, dans un jeu de dupe destructeur.

Elles nomment la sidération et la difficulté de comprendre ce qui se passe quand l’entourage social semble trouver tout à fait normal la blague sexiste, le tripotage « bon enfant », le rabaissement humiliant. Enfin, elles disent ce qui se passe en soi quand les limites intimes, sociales et légales sont flétries, sans que personne ne le relève, et le sentiment crade d’abandon, de culpabilité et d’effritement personnel qui en découle.

Ces mots qui sortent du silence sont bouleversants.

Il n’y a rien à ajouter à leur puissance.

La domination ne peut plus prétendre se signer à l’encre sympathique

Ces voix illustrent le fait que la domination ne peut être circonscrite. Elle ne concerne pas que le harcèlement de rue –certains auraient été heureux de l’assigner à cette place et d’en faire porter la responsabilité aux migrants ou aux précaires.- Le harcèlement de rue n’est qu’une des facettes identifiée d’une domination générale s’exerçant dans tous les domaines de la société. Elle ne concerne pas tel ou tel moment du jour ou de la nuit, telle ou telle partie de la ville. Non, elle est bel est bien générale et généralisée.

Les dizaines, les centaines, les milliers de milliers de femmes qui s’expriment ces jours en témoignent. Elles illustrent le degré de sexisme et la capacité d’auto-aveuglement de notre société ainsi que l’intériorisation de cette domination par les femmes et les hommes.

La force de ces témoignages est de ramener, par la parole, clairement et distinctement ce qui se déroule à bas bruit et son caractère inacceptable. En un mot : de mettre en crise ce système, qui ne peut plus répondre à cette dénonciation en tapant individuellement sur telle ou telle femme accusée d’être : consentante hystérique ou aguicheuse afin de la faire taire, ou tel ou tel homme d'être une tarlouze ou une tafiole s'il s'y soustrait, mais se retrouve acculé par le nombre d'en prendre acte.

La domination forme système et porte une signature sociale. Aujourd’hui, la domination ne peut prétendre se signer à l’encre sympathique. La lumière est tombée. Mais assurément, elle le fera encore, prétendant être inodore, incolore, invisible, et sans souffrance pour quiconque. C’est dans sa nature, c’est là la source de son déni. A nous, individuellement, collectivement, de le refuser.

  

Puissance collective de la parole singulière

Un pan de la chape de silence, du déni, s’est massivement fissuré. Nous assistons à une affirmation de la parole et à l’exercice sa puissance partagée. Alors que le passage à l’acte dominant a pour lui la violence sidérante du geste non-consenti, de rendre muet et stupéfier, il y a une expérience collective de dire qui distingue, soigne, répare. Ce #metoo singulier partagé est désormais l’expression d’une puissance collective. Un lieu de résistance.  

Parler et entendre, ce sont des actes importants. Ils appellent à se positionner, à répondre, et réagir. Le faire sans prendre une voix qui surplombe, qui rajoute du plomb à la vivacité des paroles, c’est aussi une question de sensibilité.

La force qui se dégage aujourd’hui des témoignages de domination provoque une prise de conscience radicale. Elle ramène sur le devant de la scène des non-dit, des sensibilités, des constats de violence et en dresse l’implacable logique, pour en faire un enjeu collectif. En cela, cette expression est politique.

Je suis celle qui est

Dans la lignées des indignations de #JesuisCharlie, #JesuisParis ou Barcelone, quelle sera la suite de ce je suis #moiaussi, de ce je suis je, et pas une chose... et pas ta chose, monsieur, bouleversant?

La sortie massive du silence et l'indignation partagée alimentent les voix réclamant la fin de la culture du viol, de l’impunité et de la domination d’un genre sur l’autre.

Il revient aux femmes aussi bien qu’aux hommes, en tant qu’alliés, de se faire radicalement, inlassablement, individuellement et collectivement, les agents actifs de cette parole libératrice.

 

16:41 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Un excellent billet, Monsieur Thévoz. Cosmique !

Écrit par : incongru | 21/10/2017

Les méchants tripoteurs de chaire féminine d`un coté et les victimes tripotées de l`autre, n`est-ce pas un peu simpliste? De fait, quand les secondes se laissent tripoter (ou plus) par les premiers afin que leur carriere ne souffre pas, voire puisse meme décoller, on a affaire a un systeme dans lequel les "victimes" sont partie prenante. Ce n`est donc pas aux méchants tripoteurs qu`il faut s`attaquer mais au systeme dans lequel le cul est marchandisé. Pour cela, le mieux est peut-etre de condamner séverement les tripoteurs dénoncés tout en sachant que les victimes ne sont pas non-plus forcément d`innocentes agnelles.

Écrit par : J.S | 21/10/2017

Je suis irrésistiblement attiré vers vos billets. Non pas pour le contenu que je ne partage que rarement mais plutôt pour l'élégance du propos.
Ici, vous ne dérogez pas à mes impressions parfaitement subjectives, et vous dénoncez, comme d'hab', la violence inacceptable de la force physique du mâle.
Soit, qui pourrait honnêtement ne pas partager ?
Sauf que, vous en faites une doctrine que vous étalez à d'autres groupes victimes. Jusqu'à en appeler à la révolution.
Où sont donc les femmes fortes à qui on ne la fait pas et qui savent mettre à profit leurs qualités inhérentes pour déjouer les tentatives un peu désespérées de mâles en quête de femelles. On ne les entend pas. Seraient-elles toutes victimes, non consententes, désabusées et résignées ?
Par quels artifices devra-t-on dorénavant passer pour suggérer un intérêt ?
Qu'est-ce qui fait un homme ? Une femme ? La différence vous dérange-t'elle tellement que ça ? Voulez-vous uniformiser la vie ? Nier les subtils attributs dont nous avons été dotés ?
Je supporte mal votre discours moral et la récupération d'un mouvement justifié mais discutable.
Car c'est grâce à des intégristes de votre acabit que nous subissons un nivellement par le bas, sous prétexte d'égalitarisme. Le résultat, qui se fait sentir depuis une ou deux générations, c'est l'abandon. On ne va plus vers l'autre, trop différent. On s'associe entre-nous, on s'androgynise, on se féminise, et on commence à entendre des femmes comme Elisabeth Badinter se demander où sont passés les hommes.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/10/2017

Encore du blablabla des fascistes de gauche!

Écrit par : dominique degoumois | 21/10/2017

"et [la fin] de la domination d’un genre sur l’autre."
Cela ne manque pas de sel de la part d'un thuriféraire de l'islam. La fin de l'islam, non?

Écrit par : Daniel | 21/10/2017

les transgenres et leurs transporcs, les égoûts et leurs ratporcs ,les laïques de Genève et leurs Porcs Saïd, voir leurs Faceporcs "pour Ramadan y avait des rumeurs des Faceporcs disparus " des You You You tube censurés, le totalitarisme en devenir façon Parti Radical de Gauche de Genève c'est colporter des rumeurs à défaut de "Liste pour Genève c'est la liste de Schindler appuyer BF pour descendre dans les Bas Fonds

Écrit par : briand | 22/10/2017

En dehors de toutes atteintes sexuelles forcées (avec violance) ! « Mieux vaut dire "NON" et assumé son choix plutôt que dire "OUI" ou pire ne rien dire et le regretter. »

Écrit par : Guex | 22/10/2017

HARCÈLEMENT SEXUEL - Dès son plus jeune âge, Julie Delpy a toujours été "très claire et féroce" concernant le harcèlement sexuel. Alors que la liste des victimes d'Harvey Weinstein grandit, l'actrice et réalisatrice s'est confiée au Parisien ce samedi 21 octobre.

Dans un mail envoyé à la rédaction, la fille du comédien Albert Delpy raconte qu'elle a très vite été initiée à l'envers du décor hollywoodien. "A l'âge de 13 ans, lors de l'une de mes premières auditions, un réalisateur m'a fait une réflexion/proposition malsaine, il s'est pris le script dans la figure et ma réputation de chieuse a commencé", témoigne-t-elle.

Elle se confie à son père à qui elle affirme qu'elle ne sera "jamais actrice", si ça veut dire "ça". "Mon père m'a rassurée en m'expliquant que je n'avais pas à m'abaisser, jamais! Et que si j'avais du talent je pourrais travailler en gardant mon intégrité à 100%." Ce qu'elle explique avoir fait, même si "tout est moins facile quand on dit non et qu'en plus on l'ouvre."

Contrairement à Léa Seydoux, Julie Delpy n'a jamais été approchée par Harvey Weinstein. Mais elle n'a pas attendu que le scandale soit dévoilé pour aborder la question du harcèlement, aux Etats-Unis mais aussi en France. "J'ai toujours été très claire et féroce sur ce sujet depuis que je suis très jeune, j'ai même parlé du harcèlement quand j'étais en France à mes débuts car la France n'a rien à envier a Hollywood", estime-t-elle.

Écrit par : Guex | 22/10/2017

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