sylvain thévoz

29/09/2017

Merci aux géantes de nous élever !

Les géantes sont à Genève, et pour une fois enfin, cette ville ressemble à ce qu'elle pourrait, devrait être tous les jours de l'année : un espace sans voitures, ou les gens peuvent marcher librement, s'émerveiller, et surtout, du fait de la présence de ces deux marionnettes géantes, faire de chaque coin de rue, un espace d'où peut surgir l'inattendu. De par la magie poétique de ces deux être animés, l'espace public, n'étant plus privatisé par les voitures et la circulation, redevient un territoire où déambuler véritablement. Là est déjà l'émerveillement : les géantes nous rendent notre ville ! Et notre ville prend un air de fête et de transgression, en un mot : de possibles.  

Si les géantes nous regardent de haut, elles nous hissent avant tout à leur hauteur. Elles nous donnent du volume, de l'espace, nous permettent aussi de grandir. Nous qui sommes d'habitude réduits aux trottoirs, tassés aux bords de route avec nos vélos, ou serrés dans les trams, avec parfois la tête dans les épaules, voilà que la route est à nous durant trois jours, où nous devenons véritablement des géants.

Placés à la hauteur des géantes, on se demande pourquoi nous restons si petits tout le reste de l'année.

Mais alors que des centaines de milliers de personnes s'enthousiasment de ce grand théâtre à ciel ouvert, s'amusent de cette partie de cache-cache à hauteur d'immeuble,  et de chasse au trésor XXL; alors que les genevois-es, inspirés par le récit merveilleux de cette petite-fille et de la grand-mère, écarquillent des yeux grands comme ça en hissant leurs enfants sur leurs dos, voilà qu'une petite armée de râleurs sortent du bois et persiflent. On leur a volé leur droit de bagnolard ! On a entravé leur droit à rouler en ville, et crée du retard sur la route, des embûches au droit de s'encolonner sans raison... et ça c'est grave! Ce que la ville compte de plus réactionnaire et conservateur klaxonne sur les réseaux sociaux, oubliant que c'est une fois tous les 30 ans qu'un événement d'une telle ampleur a lieu, et qu'il y a des choses bien plus vitales que le droit de rouler stressé : celui de rêver ensemble et d'inviter très loin à la ronde des gens à venir le faire avec nous. 

C'est beau, c'est absolument magique, de voir les âmes d'enfants se réveiller au passage des géantes, de constater combien ce spectacle réveille la magie d'une ville, et nous rappelle que nous avons, avec elles, toujours le pouvoir de nous élever.

Alors oui, il y a des blocs en béton et des policiers armés, c'est juste. Mais à ceux qui voient dans cela une incongruité, il faut rappeler que nous ne vivons ni dans un conte de fée ni un monde idéal, mais dans cette réalité ou kalachnikov et poésie coexistent. C'est cela aussi le pouvoir des géantes. Elles n'effacent rien, n'oblitèrent rien, mais nous permettent de voir ce monde parfois étriqué en agrandi, en plus intense, en magnifié. Elles nous offrent un miroir du monde en nous invitant à les regarder. Elles nous montrent notre société dans tout ce qu'elle peut avoir de beau, de nécessaire, mais aussi de violent et de risqué. Elles relèvent avec brio le défi du rassemblement populaire engageant une foule confiante, à une époque où les foules sont plutôt â risque, et les groupe défiants.

Il faudra toujours nous habituer, et pour longtemps encore, à voir coexister la poésie, les râleurs, et les blocs de béton.

Merci aux géantes de nous réveiller de notre torpeur et de secouer notre quotidien. Merci à elles d'éclairer le chemin de la poésie et de la magie et de nous inviter à les suivre.

Grâce à elles, le temps d'une fin de semaine, nous rêvons à une autre échelle... et vivons le fait aussi que les rêves les plus fous deviennent parfois réalité.

 

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20/09/2017

Tempête dans une tasse de thé ?

21751736_10155539708341826_7806048941785785153_n.jpgPassant devant une mosquée à Lausanne, je me suis vu proposer une tasse de thé par deux personnes qui se trouvaient devant celle-ci. J'ai trouvé la proposition belle et touchante. J'étais attendu pour un repas, mais cette invitation m'a ému et m'en a rappelé d'autres, en ce lieu. J'ai  mis la photo jointe sur facebook avec une légende que j'imaginais laconique :  "Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un devant cette mosquée, on m'a proposé d'y entrer pour boire un thé. Ce fut encore le cas aujourd'hui. Merci. #hospitalité"

J'ai trouvé extrêmement troublant alors que des gens, et même des élus, profitant de ce témoignage d'hospitalité et d'accueil, sortent leur haine de l'Islam, tenant des propos qui faisaient de moi un provocateur pour avoir posté ce message ou un naïf se faisant embobiner par des fanatiques.

Usant d'amalgames réducteurs, ramenant la diversité de l'Islam[1] à une caricature crasse, l'invitation à boire un thé était presque devenue, sous leur regard, une crainte de la soumission à un prosélytisme. Allons donc, parler de thé et de mosquée aujourd'hui, ce serait être soumis à un risque de contagion? Il faudrait donc que tout ce qui a trait à cette religion et à ceux qui la pratiquent soit tais et tapis, que les musulman-e-s longent les murs silencieusement, et sinon gare : on fera de vous un apôtre de la charia ou du terrorisme.

Mais excusez-moi, vous ne trouvez pas dingue que dès que l'on prononce le mot musulman, la phobie fasse perdre toute raison? Et que certains citoyen-ne-s se voient heurter dans la pratique légitime de leur culte, leur envie d'inviter des gens à les rencontrer?   

Tempête dans une tasse de thé ?

Alors, cette petite histoire: une tempête dans une tasse de thé ? A quoi bon même la relever? A mon avis, il serait plutôt dangereux de la banaliser. Cette petite histoire est illustrative des crispations et des peurs, certaines réactions étant révélatrices d'une ignorance crasse. Pour certains, dès que l'on dit mosquée, minaret ou thé à la menthe, ils sortent leur revolver, donnant un bon indicateur de l'islamophobie ambiante. 

Cette mosquée est pourtant autofinancée et ne reçoit aucun subside. L'imam y est modéré et prêche la plus grande prudence par rapport à l'Arabie Saoudite  selon un de ses fidèles. Il y est prôné, semble-t-il, un islam suisse avant tout. Plus des deux tiers des membres en ayant la nationalité. Les élu-e-s sont souvent invités aux fêtes musulmanes, même si très peu s'y déplacent. Oscar Tosato, magistrat de la Ville de Lausanne s'y est rendu à de nombreuses reprises, ainsi que d'autres magistrats de tout bords politique. Celui-ci a reçu le prix de l'entreconnaissance 2017 de l'union vaudoise des associations musulmanes. A Genève, Pierre Maudet se rend aussi régulièrement dans des lieux de culte, afin d'ouvrir ou entretenir le dialogue avec des communautés religieuses. Distinction ne veut pas dire négation, et séparation ne veut pas dire relégation.... cela s'appelle tout simplement la laïcité.

Il s'agissait, avec ce petit témoignage, de rendre compte de cette belle invitation à boire un thé. Un geste d'hospitalité simple, qui n'oblige à rien. En effet, quand on franchit un seuil, rien ne contraint à penser comme la personne qui vous accueille. Certains font de l'Islam une caisse de résonance à leurs fantasmes tordus. Un seul moyen de sortir des miroirs déformants : aller sur place, rencontrer des gens, croiser les points de vue, et se faire une idée par soi-même. 

Pour conclure, un petit rappel. Je suis un fervent adepte de notre Constitution Suisse qui garantit la liberté de culte et la liberté de croire (Article 15).[2] Je suis laïc et défends donc la liberté de chacun-e, dans notre pays, de croire ce qu'il souhaite croire et d'exercer son culte comme il l’entend... boire ou ne pas boire du thé relevant de la convivialité simple. Je suis un défenseur de l’Etat, et je soutiens son pouvoir de faire respecter la loi et sanctionner celles et ceux qui l’enfreignent. A ce jour, il ne me semble pas qu’offrir du thé soit de quelque manière répréhensible (mais ça va peut-être changer… on a bien eu une initiative sur les minarets, peut-être qu'il y en aura bientôt une bannissant le thé à la menthe).

Allez, j’ose même une parole folle, j'imagine même que prier est bon pour la santé (ce sentiment étant fondé sur de nombreuses études d’ailleurs), comme l’est également la méditation, ou le jogging (cette question reste débattue). Bon, après, si d’autres préfèrent manger des fruits et des légumes 5 fois par jour, chacun-e- fait ses choix. Tiens, on peut même cumuler jogging, thé à la menthe et prière sans s’en porter plus mal ni nécessairement emmerder son monde, ni tout opposer. Dingue. La vie c’est beau, cela peut-être si simple aussi... soyons heureux, paraît que ça rend moins con.

Prochaine fois que l'on m'invite à boire un thé, je répondrai oui.

Et tant pis pour la fatwa des intégristes islamophobes et autres allergiques à une suisse multiculturelle, et tant pis pour les bien-pensant voulant restreindre la liberté de croire de chacun-e au nom de leurs délires paranoïaques.

Si le thé est trop fort pour eux, ma fois, qu'ils en restent à la tisane, tant qu'ils ne contraignent personne à la boire.  

 

[1]http://www.geocities.ws/ahmadaminiant/Textes/Diversite.pdf

[2]https://www.humanrights.ch/.../sources/liberte-religieuse

 

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07:19 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : thé, menthe, minaret, islam, dialogue, hospitalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/09/2017

Biji Kurdistan!

IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

 

kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

 

IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

 

Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

Biji Kurdistan !

 

[1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

 

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10:35 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : kurdistan, indépendance, peuple, votation, referendum, solidarité | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/09/2017

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

 

FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

 

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

 

[1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2...

 

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18:10 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : publicité, politique, genève, spectacle, commerce | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/09/2017

Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-d...

 

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sylvainthevoz.ch

10:58 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : eid, islam, tolérance, rencontre, constitution, suisse, diversité | |  Facebook |  Imprimer | | |